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in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/revueetgazettemu1860pari
REVUE
ET
GAZETTE MUSICALE
DE PARIS
RÉDIGÉE PAR MESSIEURS
G. BÉNÉDICT,
LÉON DUROCHER,
E. M. DE MONTER
HECTOR BERLIOZ,
ELWART,
TH. PARMENTIER,
ED. BERTRAND,
FÉTIS père,
ARTHUR POUGIN,
ADOLPHE BOTTE,
ADRIEN DE LA FAGE,
SAINT-YVES,
MAURICE BOURGES,
GUSTAVE HÉQUET,
PAUL SMITH,
DAMCKE ,
GEORGES KASTNER,
SCHWAB,
DUESBERG,
ED. MONNAIS,
WARTEL.
J% / 7Û
VINGT-SEPTIÈME ANNÉE l 2 ^
1860
■■■■■■
PALUS
AU BUREAU DU JOURNAL, 1, BOULEVARD DES ITALIENS
l&GO
TABLE DU VINGT-SEPTIEME VOLUME
REVUE
ET
ETTE MUSICALE
mm paru
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
Académie îles beauï-arts.
(institut de feance.)
Renouvellement du bureau pour 1860, 22.
Concours annuel ouvert pour les paroles d'une cantate,
102. . . i
Approbation donnée à la méthode d enseignement musi-
cal de M. Duchemin-Boisjousse, 185.
Concours préparatoire de composai''" musicale, 190.
Examen des cantates destinées au concours, 198.
Jugement du concours, 245.
Approbation accordée à un travail de M. Stephen de la
Madelaine , intitulé : Leçon écrite sur l'air cl' An-
nette, du Freischutz, 318.
Séance annuelle; distribution des prix; ouverture et
cantate, art. signé P. S., 358.
Nomination de M. Pelletier comme académicien libre, en
remplacement de M. de Mercey, 377.
Associations.
Banquet annuel offert à M. le baron Taylor, par les
quatre associations d'artistes dont il est le fondateur,
190.
AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES.
Séance annuelle; rapport de M. Théodore Aune, 182.
Réception de la commission par le nouveau ministre
d'Etat, 433.
AUTEURS, COMPOSITEURS ET ÉDITEURS
DE MUSIQUE.
Assemblée générale annuelle; rapport de M. Grus, 205.
Fixation d'une assemblée générale extraordinaire, 345.
ARTISTES MUSICIENS.
Messe de Mozart exécutée par cette Société dans l'église
Notre-Dame, 120.
Messe de M. Ch. Manry, exécutée par cette Société à
Saint-Roch, 165.
Assemblée générale annuelle,- art. de P. Smith, 203.
Messe de Sainte-Cécile à Saint-Eustache au profit de l'as-
sociation, art. d'A. Botte, 405.
Collecte au profit de l'association par les membres du
Congrès pour la restauration du plain-chant et de la
musique religieuse, 434.
ORPHÉONS.
Concours de composition chorale ouvert par la commis-
sion de surveillance de l'enseignement du chant dans
les écoles communales de Paris, 31.
Formation d'un comité pour la propagation des orphéons
et des sociétés chorales en France, 81.
L'Orphéon français à Londres, art. d'E. Mathieu de
Monter, 160.
Médailles d'or décernées par les juges du concours de
composition chorale, 198.
Organisation du festival des orphéonistes de France 4
Londres, par M. Delaporte, 198.
Démission de M. Delaporte comme président des Sociétés
chorales de Paris, 262.
Première séance solennelle des orphéons au Cirque Na-
poléon, art. signé P. S., 276.
Deuxième séance, 285.
Auditions musicales de Paris.
(Voyez aussi Concerts.)
Séances de musique de chambre d'Alard et Franchomme:
lrc séance, art. d'A. Botte, 28.
2° séance, id. 44.
3e séance, id. 70.
Dernière séance, art. signé P. S., 77.
Séances de quatuors d'Armingaurl, E. Jacquard, Lalo et
Làprét, art. d'A. Butte, 28, 70 126.
Se. mees de musique de Muurin et Clioïillard, ar:. d'A.
Botte, 35 153.
Soirées de musique classique de Lcbouc , art. d'A.
Botte, 70, 126.
Séances de musique de chambre de la Société Lamou-
reux, art. d'A. Botte, 70.
MATINÉES, SOIRÉES, CONCERTS, etc.
Adlcr (V.), art. d'A. Botte,
98.
André (Mlle J.), id., 166.
liatta (A.), id., 09, 106.
Batta (Mme C), id. 79.
Baumetz(Mlle M.),id.,58.
Baur (J.), id., 79, 160.
Beaulieu (Mme C), id.,
150.
Becker (J.), id., 52.
Bertrand (Mlle J.), id., 149.
Bessems (A.), id., 117.
Binfield frères, id., 44.
Bochkoltz-Falconi ( Mlle ) ,
id., 81, 160.
Brassin (L. ), id., 69, 98,
150.
Bulow (H. de), id., 44, 58.
Casella (de), id., 106.
Croisez (A.), id., 126.
Cuvillon ( P. de), id., 52,
98.
Delsarte (F.), id., 126.
Devençay ( Mlle M. ), 154.
Dien, art. d'A. Botte, 69.
Dombrowski, id., 116.
Dufils (L.), id„ 52.
Durand (A.), id., 98.
Fétis (A.), id.. 142.
Forgues (E.),id., 126, 178.
Franck (J.), id., 99.
Franco-Mendès, id., 16C.
Fumagalli (L.), id., 69.
Gavaux - Sabatier ( Mme ),
art. slgnéS. D., 143.
Goulfé (A.), art. d'A. Botte,
149.
Greive, id., 99.
Hammer (R.), id., 100.
Hermau (A.), 153.
Hcrwyn (M. et Mme), 6.
Hocuiclle (E. ), art. d'A.
Botte, 78.
Huct (Mlle V.), 6.
Humbert (Mlle L.), 101.
Ingeborg-Starck (Mlle), art.
d'A. Botte, 125, 150,
166.
Jacobi (G.), id., 88, 178.
Jacoby (H.), 450.
Jaèll (A.), art. d'A. Botte,
87.
Jung-Guibert ( Mme), id.,
159.
Katow (Mlle H. de), id.,
126.
Ketten (H.), id.. 28, 150.
Ketterer (E.), id., 35, 79.
Kœmpel (A.), id., 106.
Krafzoff, id., 125, 178.
Kreutzer (L.), id., 178.
Kruger (W.j, id., 58.
Kull (Mlle A.), id., 88.
Lacombe (L. ), id., 105,
142.
Laguesse (Mlle J.),id., 117.
Lauton (L.!, id., 106.
Leclercq (Mlle F.), id., 98.
Levasseur, 181.
Lotto (J.), art. d'A. Botte,
141.
Lyon (M. et Mme E.), id.,
88.
Magnus (D.), id.,35.
Mansour (A.), id., 177.
Marchand (Mlle M.), id.,
99.
Martin (E.), id., 99.
Martin (Mlle J.), id., 16G.
Mira (Mlle M.), id., 58.
Molidoff (Mlle), 162.
Momigny (G. de), art. d'A.
Botte, 1,2.
Moritz-lleuchsel (Mlle), id.,
150.
Murer (Mlle L.), id., 106.
Mutel (A.), id., 35.
Nathan (E.), id., 117.
Paladilhe (E.), id., 79.
Pfeilfer(G.), id., 52, 98.
Pfeiffer (Mme C), 418, 441.
Pleyel (Mme M.), art. d'A.
Botte, 86, 105.
Potier (M. et Mme II.), id.,
150.
Prudent (E.), id., 87.
Rabaud, id., 150.
Ravisy, id., 141.
Reynier (L.), id., 125.
Rie(B.), id., 110.
Ruf (K.), 222.
Sainton-Dolby (Mme), art.
d'A. Botte, 79.
Saint-Saéns (C), id., 142.
Seeling (H.), id., 143.
Ségisser (Mlle A.), id., 142.
Sievers (Mme), art. signé
S. D., 143.
Siïhicelli, 154.
Sowinski (A.), art. d'A.
Botte, 98.
Stamaty (C!, id., 149, 325.
Stanzieri, 154.
Szarvadv-Clauss (Mme),
art. d'A. Botte, 58, 78,
105.
Telesiuski (J.), id., 142.
Van-der-Beck (Mlles), id.,
52.
Vaucorbeil (A. E. de), id.,
44.
Viard-Louis (Mme), id.,
116.
Viening (Mlle), 270.
Viguier (M. et Mme), art.
d'A. Botte, 105.
Vrabélv (Mlle S.\ id., 99.
Wi< niawski (J. , 159, 440.
Wiest (L.), id., 219.
Wocher (Mlle J. de), id.,
178.
Zadrobilek (Mlle A.), id.,
89, 125.
Zani di Ferranti, id., 44.
Zarzycki, id., 126.
Zompi (D.)., id., 116.
Bibliographie.
PUBLICATIONS MUSICALES.
Ida et Uathilde, caprices-valses d'E. Wolff, 14.
Allegro rapido, dédié à C. Stamaty, par D. Zompi, 14.
Clairette, polka de M. V. Boullard, 14.
Partition pour piano, à quatre mains, du Pardon de
Ploërmel, 22
Chants rie l'Italie, pour piano, et Faites l'aumône à
l'orphelin, stances, par A. Kalkbrenner, 31.
Première série des Echus des opéras, par J. Rummel, 38.
La Danse des fées (nouvelle édition), d'E. Prudent, 46.
Fantaisie pour le piano sur des motifs de Diane de So-
lange, par E. Ketterrer, 54.
La Plaine dts vertus, ronde, par S. Mangeant, 54.
La Consolation, nocturne, de Bergson ; la Aostalgie,
fantaisie facile, et Polonia, mazurka de salon, par
M. Lee ; la Folle, do Grisar, par A. Croisez, 54.
L'Orphéon français, par A. Vialon, 54.
Grand duo brillant pour le piano, sur les motifs de Slra-
della, par E. Wolfl', 62.
Réminiscences de Y A me en peine, par \V. Kruger, 62.
Juanita, polka d'E. Lee, 62.
Recueil des Mélodies de A.-E. de Vaucorbeil, 62.
Tome II des Œuvres de Hacndel, 73.
Hymnes pour la fête des Rameaux, par G. d'Albano, 73.
OEuvres nouvelles do Cli.-B. Lysberg. 110.
L' Enfant dangereux, mélodie de Ch. Manry, 120.
SchiUer-Marscfi (2e édition), 137.
Deux quadrilles sur le Roman d'Elvire, par Arban et par
Marx, 137.
Fantaisie pour piano sur des thèmes de Stradella, par
Longueville, 154.
Partition de Fanchelte, pour piano et chant', 154.
Le Bouquet, lo Jasmin titane, la Pervenche, Il pleut, il
pleut, bergère, compositions nouvelles pour le piano,
par Mme J. Caye, 101.
Polka sur le Roman d'Elvire, par Ettling, 162.
Huit magnificat, pour l'orgue, par J. Ganuza, 162.
t liants evangéliques, par M. Bourgc, 162.
Partition, pour chant et piano, du Roman d'Elvire, 169.
La Triangulation de Paris, chansonnette, par F. Gau-
tier, 170.
La Prière d'une Vierge, morceau a quatre mains, pa
Mme Badarzcwska, 170, 278.
Le Chat et la Souris, fable de la Fontaine, par Th. ïm-
uert, 182.
Œuvres de musique de danse, par A. Rosselloty, 182.
Transcription, pour le piano, delà berceuse du Pardon,
par Dolmelsch, 190.
Adieu, bonjour Suzon et la Vision, romances, par V. Jon-
cières, 190.
Valse-boléro de Pianella, parMusard, 198, 205.
Partition, pour piano et chant, de Pianella, 205.
Bymneàla Vierge de l'opéra de Stradella, 205.
Les Refrains baroques, ronde de M. Mangeant, chantée
dans les Jours gras dcmadame, 205.
Mon Etoile et mon guide, mélodie, par Mme L. Auffant,
213.
Trois ballades, romances sans paroles, danse bretonne,
parDolmetsch, 213.
Transcription, pour violoncelle, de la Marche funèbre de
Chopin, par Lebouc, 214.
Arrangement, pour ténor et chœur de la mélodie irlandaise
de Maria, par L. Manotte, 230, 278.
Œuvre 4, pour orgue, de M. E. Batiste, 230.
Tableau de genre, par St. Heller, 238.
Transcription pour piano du 2e Morceau de salon de
Vieuxtemps, parL. Brassin, 238.
O belle étoile, 6 doux regard, romance d'A. Reichardt,
246.
Fantaisie sur des thèmes delà Part du Diable, par A.
Frelon ; souvenir de Guillaume Tell, par Durand, 246.
Bouquet de mélodies sur le Roman d'Elvire, par J.-Ch.
Hess, 246.
L'Etoile du pécheur, mélodie de M. E. Cottin, 254.
Partition, pour piano et chant, de Bit a, 262.
Flocons de neige, suite de valses pour le piano, par A.
Rosselloty, 262.
Ouverture à grand orchestre du Roman d'Elvire, 277.
Cinquante numéros nouveaux de la Lyre française, 278.
Valse de Montebello, par M. Henrion de Solènes, 278.
Anita Garibaldi, légende, par A. Elwart, 285.
Parties d'orchestre de l'ouverture de Pianella, 285.
Le Deuil de Syrie, élégie par l'abbé Touzé, 285.
Divers morceaux de la Sémirumis, de Rossini, 294, 326.
Lieu le veut ! cantate par A. Kalkbrenner, 310.
Partition des Rosières, d'Hérold, 310.
Œuvres nouvelles d'A. Kunc ; Refrain militaire, de F.
Dolmetsch, 326.
Répertoire des .Sociétés chorales et des Orphéons, 346,
362,402, 434.
Bonne chance, polka-mazurka, par Z.-B. Katto, 346.
Tome VII des Œuvres de Haendel, 354.
Agnus Dei et Kyrie à trois voix avec accompagnement
d'orgue ou harmonium et piano, par L. Lacombe, 354.
Douce rêverie, morceau pour piano, par Mme Badar-
zewska, 354.
Caliban, grande valse de salon ; l'Escarpolette,
fantaisie sur des thèmes du comte Orij, pour piano,
par R. Favarger, 362.
Mon paradis. Vivacité, et constance, morceaux de piano,
par A. Cunio, 362.
L'Ecole primaire, solfège par A. Panseron, 370.
Le Roi des Aulnes de Schubert, orchestré par H. Berlioz,
.377.
Te Deum impérial et militaire, par M. Sain-d'Arod,
378.
Souvenirs du Tyrol, romance sentimentale pour le pia-
no, parD. Krug, 378.
Le Pot de terre et le Pot de fer, et les Médecins, fables
de la Fontaine, mises en musique par Th. Ymbert,
378.
La Mulle de Metz, mélodie imitative, par Mlle José-
phine Caye, 378.
Lu Mer et Puisqu'ici bas tout aime, mélodies par Nié-
dermeyer, 378.
Bouquet de la fiancée, par Ch. Jeltsch, 386.
Si tu l'avais voulu, mélodie par Audran, 386.
Fantaisie de salon, pour orgue, sur l' Etoile du Nord, par
F. Alday, 394.
Variations sur le Carnaval de Venise, transcrites pour
le violoncelle, par M. Ganz, 394.
Douce rêverie, Souvenir a ma chaumière, mazurka,
pour le piano, par T. Badarzcwska, 394.
Première série de la Collection des chefs-d'œuvre des
grands maîtres publiée par A. Catelin, 403.
Le Satyre et le Passant, la Mort et le Bûcheron, fables
de la Fontaine mises en musique par Th. Ymbert, 410.
Album posthume d'Ahuàic, 410,442.
Pëkinette, polka chinoise par Rebsamen, 418.
La Schiller-Marsch de Meyerbeer, arrangée par Liszt en
morceau de concert, 425.
Bibi-Bamban, quadrille d'Arban; les Valets de. Gascogne,
quadrille de Strauss, 426.
Solfège artistique, par H. Duvcrnoy, 434.
Les six Prières, pour chant et piano, par Armingaud,
434.
JBalladc, valse élégante, polka caractéristique, souve-
nance, clair de lune, impromptu, morceaux pour le
piano, par H. Litolff, 441.
L'Abeille et Première fleur, mélodies; l' Enfant, duo,
par L. Marnet, 442.
Le Bouquet de la fiancée de C. Jeltsch, trarscrit pour
musique militaire, par Bonnet, et pour musique de cava-
lerie, par Cressonnois, 442.
Astre des nuits et Echos du bal, morceaux pour piano,
par Mlle L. Tonel, 442.
Nouvelles romances bouffes, par M. A. Vialon, 442,450.
Fantaisie militaire sur les Dragons de Villars, par Vali-
quet, 442.
Gi and air du Crocialo do Mcycrbcr, pour orchestre, 440.
Villanellc d'E. Albert, 449.
PUBLICATIONS DIVERSES.
Biographie, universelle des musiciens, par M. Fétis
(lor volume), 6.
TABLE ALPHABÉTIQUE
Histoire d'un inventeur au dix-neuvième siècle, par
0. Comettant, 32.
Observations de. quelques musiciens et de quelques
amateurs sur la méthode de musique de M. le doc-
teur E. Chevé, 54, 81.
Histoire générale et chronologique de 1830 à 1860, par
G. Oppelt, 110.
Simple réponse, par M. Chevé, 161.
Histoire de la Société des Concerts, par A. Elwart, 162.
Les anciennes maisons de Paris, par M. Lefeuve, 182.
Mises en scène du Pardon de Ploërmel, du Roman
d'Elvire et du Diable au moulin, par L. Palianti, 190.
Elude artistique sur le diapason normal, par G. Béné-
dit, 190.
La Maîtrise (3= année), 198.
Les concerts de Paris, par M. Fillonneau, 198.
Biographie de Mozart, par Otto John, 205.
Autobiographie de Spohr (2e volume), 222.
Paris neuf, parCh. Soullier, 238.
Histoire de la musique espagnole depuis l'arrivée des
Phéniciens jusqu'à l'année 1859, par S. Nuertes, 254.
Le Voyage comique et orphéonique. de 3,000 Français à
Londres, par B. Gastineau; le Festival de Londres
etVOrjihéon dunkerquois, 285.
L'Honnête homme, comédie, par un musicien, 378.
Almanach illustré des Deux-Mondes et Almanach mu-
sical, par 0. Comettant, 386.
L'Art musical, nouveau journal de M. L. Escudier, 426.
Lettre sur la musique, suivie de quatre poèmes d'opéras,
par R. Wagner, 433.
L'Art de la prononciation, par M. Dorval-Valentino, 450.
Biographies.
Mouret (suite), par M A. Pougin, 18, 127.
Brassin (F.), art. d'A. Botte, 43.
Spohr (L.), autobiographie, art. de Th. Parmentier, 60.
Balfe (M. G.), extrait de la Biographie universelle des
musiciens, par F.-J. Fétis, 330.
Barroilhet (P.), extrait du même ouvrage, 344.
Bocquillon-Wilhem (G.-L.), extrait du même ouvrage, 350.
Bcaulieu jM.-D. Martin), extrait du même ouvrage, 391.
Alard (Delphin), extrait du même ouvrage, 408.
Concerts à Paris.
(Voyez aussi Auditions musicales.)
Concert donné par les chanteurs lilliputiens, 14.
Inauguration des soirées musicales de M. Benson, 14.
Soirée musicale chez M. Jules Béer, 21.
Audition d'un trio de M. J. Bellon, chez M. Gouffé, 21 .
Audition de Mlle Balby, au cercle des Sociétés savantes,
31.
Célébration du deuxième anniversaire de la fondation de
la Société chorale allemande, 38.
Audition de J. Becker dans une soirée intime, 3S.
Soirée donnée par M. et Mme Herwyn, 38.
Fête annuelle donnée par la Société de secours mu-
tuels du quartier Saint-Thomas-d'Aquin, 46.
Soirée donnée par E. Nathan, 54.
Audition d'Angelo et Teresa Ferai chez S. A. I. la prin-
cesse Mathilde, 54.
Audition de Mlle Singer dans une soirée intime, 54.
Concert a l'Institution impériale des Jeunes Aveugles
art. d'A. Botte, 78.
Audition des dernières compositions de W. Krùger, dans
une soirée intime, 81.
Soirée donnée par M. B. .., amateur, 81.
Premier concert des Tuileries, 92.
Audition d'A. Duvernoy cans les salons de M. Marmon-
tel, 92
Audition de Léter aux concerts du Palais de l'Industrie
101.
Concert au profit de l'Œuvre Saint-Joseph des Alle-
mands, art. d'A. Botte, 106.
Audition de Hans de Bulow et d'E. Prudent i la cour
110.
Concert donné par l'Association des fabricants et arti-
sans, art. d'A. Botte, 117.
Concert donné an profit de l'Œuvre des faubourgs, art.
d'A. Botte, 117.
Audition de F. de Croze chez Mme la maréchale Randon,
120.
Concert donné à l'aristocratie russe par Mlle Ida Ber-
trand, 120.
Concert à l'Hôtel de ville, 1 45.
Réunion particulière au boulevard Italien, n° 1, 152.
Concert donné par les élèves de Mme C. Pfeiffer, 154.
Séance musicale de l'Académie universelle des arts et
manufactures do Paris, 154.
Concert de la Société allemande de bienfaisance, art.
d'A. Botte, 160.
Concert de la fondation Beaulieu, art. signé P. S., 177.
Audition de Mlle Hilliard, chez Duprez, dans la Favorite
et dans Desdemona, à'Otello, 190.
Audition de M. Mohr au concert annuel de la Société
des enfants d'Apollon, 198.
Exécution d'un trio d'Ad. Blanc chez Rossini, 205.
Audition des élèves de M. Herrensclmeidcr dans la salle
Beethoven, 205.
Audition de l'ode-symphonic de la Mer, par Wekerlin,
et de la pastorale bouffe, Loin du bruit, par P. Ber-
nard, chez Rossini, 213.
Audition des élèves d'A. Goria en présence d'un jury
chargé de leur distribuer des récompenses, 213.
Matinée de quatuor par MM. le marquis de Cesoles, de
Lwoff, Franchomme et G. Pfeiffer, chez Mme la mar-
quise de B***, 262.
Matinée musicale organisée par M. Forrenc en l'honneur
de Moschelès, 294.
Audition de J. Wieniawski dans une des réunions du
Liederkranz de Paris, 378.
Concert donné en l'honneur de l'anniversaire de la nais-
sance de Schiller par la Société chorale la Teutonia.
402. '
Audition de Mlle L. Tonel dans une matinée intime.
410. '
Concert donné à l'Hôtel de ville, au bénéfice des crèches,
410.
Concert donné dans la salle Saint-Jean de l'Hôtel de ville
par la Société des sciences industrielles de Paris, 418.
Séance musicale chez Mme Zaccone, 434.
Audition de Reichardt dans une réunion particulière, 434.
Concert annuel de la Société philanthropique savoisienne,
art. de P. Smith, 440.
Audition de J. Vieniawski dans un concert donné au
lycée Louis-le-Grand, 449.
Séance musicale à l'amphithéâtre de l'École de médecine,
au profit de la Société de secours mutuels du quartier
de la Monnaie, 449.
Société des concerts du Conservatoire, 22, 136, 169.
Société des jeunes artistes du Conservatoire :
1er concert, art. signé P. S., 28.
2' concert, 46.
3e concert, Struensée , de Meyerbeer , art. signé
P. S., 57.
4e concert, art. signé P. S., 97.
Dernier concert, 120, 129.
OPÉRAS DE SALON.
La Perruque du bailli, opérette de Mlle Tbys, dans un
concert de Mme Gavaux-Sabatier, art. signé S. D., 143.
Jeanne d'Arc, opéra en trois actes et six tableaux, par
G. Duprez, exécuté à l'Ecole spéciale de chant, art. de
P. Smith, 151.
Conservatoire impérial de musique et de
déclamation.
Retraite de M. Guérin, remplacé par M. Ch. Dancla, 6.
Nomination de M. Sauzay comme professeur dejviolon,
en remplacement de M. Girard, 61.
Nomination de M. Paulin comme professeur de chant, en
remplacement de Faure, 136.
Nomination de Mocker comme professeur de la classe
d'opéra-comique de Moreau-Sainti, décédé, 145.
Souscription ouverte au profit de Mme Couvé-Rameau',
petite-nièce du compositeur, 230.
Exercice des élèves, 250.
Concours à huis clos, 25S.
Concours publics, 266.
Concours publics, art. signé P. S., 275.
Distribution des prix, art. signé P. S. , 282.
Concours d'harmonie et de composition pour les classes
d'élèves militaires ; concours de solfège .pour les mêmes
élèves, 402.
Exercice lyrique ; le Barbier de Sécille, art. signé P. S.,
414.
Souscription pour l'érection d'un monument à Cherubini
dans la ville de Florence, 416.
Départements -
THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, etc.
Algeh. Mme Piquct-Wild dans Robert le Diable; reprise
des Dragons de Villars, 63. — Débuts de Périé et de
Raynal, 386.
Allevard. Concert donné par F. de Croze et Gozora,
294.
Amiens. Premier concert de la Société philharmonique,
23. — Représentation du Prophète , 39, 47, 93. —
Audition de Roger, Graziani et .Mlle Vestvali dans un
concert, 120. — Audition de Mlle M. Battu à la Société
philharmonique, concert de M. J. Deneux, 182, —
Représentations de la troupe des Bouffes-Parisiens,
197.
Angers. Etudes du Pardon de Ploërmel, 82; représen-
tation de cet opéra. — Représentations de Bataclan et
de la Rose de Saint-Flour, 121. — Débuts de Mme
L. Reine, 387.
Anr.AS. Deuxième concert de la Société philharmonique,
102. — Concert annuel de cette Société, 326. — Con-
cert donné par cette Société au bénéfice des pauvres ;
Mlle Rey et M. Tagliafico, 41S.
Avignon. Représentation de Martha, 23, S2. — Reprise
de Robert le Diable, 82. — Représentations de Roger
dans la Favorite et la Dame blanche, 190.
Bailleul. Inauguration, dans l'église de Saint-Amand,
d'un orgue construit par M. A. Cavaillé-Coll, 238.
Baïonne. Concerts de D. Magnus, 318.
Beaicaire. Concours d'orphéons dans les Arènes, 2S5.
Beauvais. Messe de S. Neuckomm, exécutée par les élèves
du grand séminaire, 419.
Belleï. Inauguration du grand orgue de la cathédrale,
169.
Besançon. Concerts de Bazzini et de Mme Sanchioli,
222. — Programme d'un concours musical pour l'expo-
sition bizontine, 2S6. — Correspondance de M. E.
Mathieu de Monter : détails sur la célébration de cette
fête chorale, 351. — Représentations de Mme Cabel,
394.
Blois. Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et
MM. J. Lefort et Castel, 22. — Soirée organisée par
la direction du Figaro , au bénéfice des pauvres,
318.
Bone. Représentation de l'Etoile du Nord, 7.
Bordeaux. Lauréat du dernier concours de la société Sain-
te-Cécile, 22. — Reprise de Robert le Diable, 47. —
Représentation de Martha; concert de H. Wieniawski,
55. — Débuts de Mlle Micheau, 102. — Concert de
M. L. Duflls, 198. — Représentations de Roger ; repré-
sentation des Dragons de Villars, 213. — Prix décer-
né à un opéra-comique par la société Sainte-Cécile,
270. — Débuts de Renard dans Guillaume Tell, 277.
— Expériences de M. Sudre dans les salons de l'Aca-
démie impériale, 286. — Programme du concours de
composition musicale, proposé par la société de Sain-
te-Cécile, 338. — Débuts de la troupe d'opéra, 338. —
Admission de Clienest; débuts de Mme Borghèse-Du-
four, 394. — Audition de cette cantatrice dans les
Dragons de Villars, 419. — Puis dans le Prophète,
426 — Reprise des concerts de la Société philharmoni-
que, 434. — Audition de Sivori , de Magnus et de
Mme Viardot aux concerts de cette Société, 441. —
Mme Borghèse dans le Prophète, 450.
Boulogne-sur-Mer. Concert deReichardt; visiteurs de dis-
tinction, 286. — Premier concert organisé par l'admi-
nistration des bains, 295. — Solennité de musique
religieuse, pour l'inauguration du grand orgue de l 'é-
glise Saint-Nicolas, 302. — Concert de la Société phil-
harmonique, 310. — Soirée musicale donnée par
Bazzini et Mme Sanchioli, 338. — Concert religieux,
historique et classique donné dans la cathédrale par
C. Vervoitte, 354. — Premier concert d'hiver de la
Société philharmonique, 419.
Bourbonne-les-Bains. Concerts de Géraldy, 302.
Bourges. Inauguration du grand orgue de la cathédrale
370, 394.
Brest. Représentation du Pardon de Ploërmel , 154.
— Représentation de Joconde, 170. — Représentation
de Martha, 191.
Caen. Festival organisé par Lair de Beauvais, 7. — Re-
présentations de Mlle A. Cordier, 39. — Représentation
du Cheval de Bronze; représentations de Mme Bor-
ghi-Mamo, 82. — Audition de M. et Mme Léonard
dans un concert, 278. — Concert de Bazzini et de
Mlle M. Talvo, 419. — Acquisition des instruments en
cuivre de Sax pour la musique municipale (extr. du
Moniteur du Calvados), 432.
Cambrai. Mise au concours du projet de construction
d'un théâtre, 302.
Carcassonne. Souscription locale pour la représentation
d'un opéra inédit, 326.
Chalon-sur-Saône. Mise à l'étude des Malices de Ni-
cai.se, opéra-comique nouveau, 32.
Chambbry. Préparatifs des fêtes offertes à LL. MM. Im-
périales, 278.— Te Deum impérial de M. Sain-d'Arod,
chanté a l'église métropolitaine, 318.
Chartres. Solennité religieuse pour le 600* anniversaire
de la dédicace de la cathédrale, 362.
Château-Thierry. Fête annuelle en l'honneur de Jean
la Fontaine, 246.
Cherbourg. Séance d'inauguration du congres scientifi-
que ; cantate de M. J. Barrière, 319.
Constantine. Clôture du théâtre par l'Etoile du Nord,
214-
Dieppe. Inauguration des concerts du Pavillon, 246.
Dijon. Audition de Roger dans une fête musicale organi-
sée au profit des pauvres, 38. — Représentation de
Guillaume Tell, 39. — Reprise du Prophète, 121. —
Concerts de Bazzini, 262.— Représentations de Martha,
434.
Dunkeiique. Grand concert donné par l'Orphéon, 326. —
Audition de Bazzini et de Mme Sanchioli, 346. — Re-
présentation du Pardon de Ploërmel; 9e concert de
l'Orphéon ; messe de L. de Rillé, 426.
Eaux-Bonnes. Concert de E. Nathan et de Mme Fournier,
262.
Epinal. Concert donné par Mlle Marie Boulay, 371.
Grenoble. Représentation de Martha, 7. — ■ Reprise des
Dragons de Villars ; bénéfice de M. Goudboz, 162.
Havre (le) Représentations de Roger, 21. — Clôture du
Grand-Opéra par le Prophète, 19S. — Concerts de Baz-
zini et de Mme Sanchioli, 294. — Reprise de Giralda,
394. —Reprises des Dragons de Villars et du Postil-
Ioji de Longjumeau, 410.
Lille. Acte de bonne confraternité artistique envers un
"artiste lillois, 31. — Répétitions du Pardon de Ploër-
mel, 32. — Première représentation de cet opéra, 47,
55, 93.— Reprise de Martha, 93. — Reprise de Robert
le Diable ; audition d'Alard au Cercle du Nord ;
solennité musicale à l'église cathédrale de Saint-Mau-
rice, 146. — Fête musicale donnée par le Conservatoire
eu l'honneur du maréchal de Mac-Mahon, 162. Au-
dition de Mlle M. Battu à la Société philharmonique,
182. — Audition de Mme Arnold dans un concert don-
né au bénéfice d'un artiste, 254. — Distribution des
prix du Conservatoire, 302.
Livrï. — Concours des orphéons et des sociétés chora-
les, 354.
Lyon. Matinée musicale de M. Pontet, 32. — Reprise de
l'Etoile du Nord. 47. — Reprise de Robert, le Dia-
ble ; concert de F. de Croze, 63. — Mise â l'étude du
Roman d'Elvire, 74. — Rentrée de Mme Vandenheu-
vel par le Barbier de Sëville ; concert annuel de
G. Hainl, 110. — Représentations de Pradeau aux
Célestins, 162 . — Représentations de Roger, Tamber-
lick et Merly au grand Théâtre ; concert de H. Herz,
206. — Audition de divers morceaux de musique de
chambre, par E. Albert, dans les salons de M. Prost,
270. — Représentations de la troupe des Bouffes-
Parisiens, 277. — Rentrée de Mathieu, de Bovier-La-
pierre et représentations de Mlle Costan , 326. —
Rentrée de Mme Rey-Balla dans Robert le Diable, 386.
— Répétitions du Pardon, 419. — Concert de A. So-
«inski, 449.
DES MATIERES.
Mans (le). Représentation du Pardon de Ploërmel,
198. — Représentations données par la troupe lyrique
de M. Rousseau, 214. — Festival à l'occasion des
courses, 302.
Marmande. Bénédiction du nouvel orgue de l'église pa-
roissiale par le cardinal-archevêque de Bordeaux,
410.
Marseille. Début de Mme Elmire dans le Prophète ;
études du Jugement de Dieu, opéra de M. A. Morel,
15. — Audition de Th. Ritter, 31. — Concert de
Mlle O. Caussemille, 32. — Reprise des répétitions du
Jugement de Dieu, 63. — Rentrée d'Armandi dans
les Bugueno's et dans Robert le Diable, 74. — Pre-
mière représentation du Jugement de Dieu, musique
de M. A. Morel. 92, 102. — Concert de H. Herz ; en-
gagements de Renard, de Merly et de Mlle Sannier,
102. ^ — Représentation des Deux avares, remis en
musique par M. Agnelli, 122. — Nouveaux engagements
de M. Montelli, 154. — Concert de Seligmann, 162.—
Souscription pour faire graver la partition du Juge-
ment de Dieu, 169. — Tableau de la troupe de
M. Montelli, 310. — Réouverture du grand Théâtre
par Guillaume Tell, 319. — Concerts de M. E. Albert,
325. _ — Représentations de Roger, 402. — Débuts de
Bussine, et de Mmes Riquier-Delaunay et Lafranque,
403. — Roger dans le Prophète ; concert de Sivori,
410.
Metz. Représentations du Pardon de Ploërmel, 15, 39.
— Représentation de Martha, 55. — Représentation
de cet opéra au bénéfice de Warnots, 122. — Représen-
tations de Bordas et de Mme Laget-Planterre, 145. —
Représentations de Cazaux , 162. — Bordas dans
Othello, 190.
Montbéliard. Concerts de. Bazzini et de Mme Sanchiou,
222.
Montmorency. Solennité musicale et religieuse, célébrée
dans l'église de cette commune, au bénéfice de l'asso-
ciation des artistes musiciens, 262.
Montpellier. Représentation des Dragons du Villars,
91. — Représentation de cet opéra au bénéfice de
M. Granier, 162.
Mulhouse. Concerts de Bazzini et de Mme Sanchioli,
222. — Correspondance: festival de Mulhouse, cinquiè-
me réunion des chanteurs alsaciens, art. d'A. Couvert,
261. — Représentation de Fanchelte, 3"0. — Inaugu-
ration de l'orgue de l'église catholique, 394.
Nancy. Reprise des Dragons de. Vilturs, 47. — Repré-
sentation de Martha au bénéfice de M. Litté, 82. —
Représentations de Bordas et de Mme Laget-Planterre,
145. — Représentation du Pardon de Ploërmel, 181. —
Bordas dans Robert le Diable Jérusalem, Norma et
la Favorite, 190. — Succès du Pardon, 198.
Nantes. Etudes du Pardon de Ploërmel , 74. — Repré-
sentation de cet opéra, 82. — ■ Correspondance signée
X...: Détails sur cette représentation, 91. — Audition
de Servais et de Mme Vestvali à la Société des beaux-
arts, 92. — Concert de Mlle François, 121. — Repré-
sentation des Dragons de Villars, 214- — Débuts de
la troupe d'opéra dans Robert le Diable, 338. — Dé-
buts de Mme Raynaud , 346. — Représentation du
Pardon de Ploërmel, 410, 426. - Concert du Cercle
des beaux-arts, 426.
Néris. Audition de Mlle E. Guérette au salon de conver-
sation, 262.
Nice. Mme Sanchioli dans le Trovalore et dans Maria di
Rohan, 7. — Succès de Mmes Sanchioli et Boccobadati;
concert de Bazzini ; compositions nouvelles de M. Per-
ny, 23. — Fêtes du carnaval, 39. — Audition de
Mlle O. Caussemille chez la reine douairière de Dane-
mark ; concert de Seligmann ; l'opéra italien et
Mme Sanchioli, S3. — Représentation de Marie Tudor,
opéra nouveau d'un compositeur russe, 109. — Audi-
tion de Seligmann, chez S. M. l'impératrice douairière
de Russie, 138. — Concert de Mlle d'Arboville, 147. —
Concert de Mlle O. Caussemille, 155. — Cantate niçoi-
se, composée par M. J. Cohen. 169. — Chanl patrio-
tique, composé par M. Perny, 191. — Audition de ce
chant, 270 — Les jeunes chanteurs de la chapelle
russe, 295. — Publication d'une valse de concert inti-
tulée Nice, par M. Perny, 354. — Début de Mme San-
chioli dans le Prophète, 371. — Représentations du
théâtre italien, 426.
Nîmes. Représentation du Toréador, 82. — Mise à l'étu-
de du Pardon de Ploërmel ; représentation de Giral-
da, 363. — Représentation du Pardon , 426, 434. —
Représentation des Pantins de Violette, 435.
Orléans. — Représentation des Dragons de Villars ,
74. —Audition de Mohr à l'Institut musical, 101. —
Mise à l'étude des Valets de Gascogne, 371.
Perpignan. Répétitions de l'Etoile du Nord, 32. — Re-
présentation des Dragons de Villars, 450.
Poitiers. Préparatifs du grand festival de cette ville,
162. — Congrès annuel de la grande association mu-
sicale de l'Ouest. 191.
Provins. Correspondance de M. E. Mathieu de Monter
à propos du dixième concours d'orphéons du départe-
ment de Seine-et-Marne, 268.
Reims. Deuxième séance delà Société des concerts, 32.
— Audition deBerthelior dans un concert organisé par
les musiciens de la ville, 277.
Rennes. Représentations du Pardon de Ploërmel, 6, 7,
15. — Premier concert de la Société musicale, 22. —
Grand succès du Pardon, 55. — Représentation d'a-
dieux de Mme Laurence, avec Robert le Diable, 110.
— Début de Jouard dans ce même opéra, 154.
Rocheeort. S'abat Mater exécuté à la chapelle des or-
phelines d-î la marine, 147.
Rochelle (la). Représentation du Dîner de Madelon,
opérette, 147. — Lettre de M. Meneau â propos d'un
passage de M. Fétis dans son article biographique sur
M. Beaulieu, de Niort, 410. — Représentation de Qui
compte sans son hâte, proverbe de MM. G. Mareschal
et L. Meneau, 434.
Rouen. Reprise de Joconde, 32. — Représentation
du Pardon de Ploërmel, 63, 73. — Correspondance :
inauguration du grand orgue de la cathédrale, 9u. —
Exécution de la Marche aux 'lambeaux, 110. — Re-
prise du Prophète, 121. — Représentation du Faust,
de Gounod, 145. — Solennité de Pâques célébrée à la
cathédrale, 146. — Représentation au bénéfice des
choristes du théâtre des Arts, 205. — Début de la sai-
son nouvelle dans l'opéra et l'opéra-comique, 346. —
Annonce de la représentaiion de Pianella, 362. —
Reprise des Dragons de Villars; débuts de M. Har-
vin, 378. — Correspondance d'A. Méreaux : reprise du
Pardon, 384, 403. — Concerts de Bazzini, 441.
Saint-Dizier. Correspondance d'E. Mathieu de Monter :
concours des Sociétés musicales de cinq départements,
Saint-Etienne. Etudes de la Charmeuse de Saint-Val-
lier, opéra nouveau de M. A. Dard, 93. — Représen-
tation de cet opéra, 121. — Représentations de
Jlme Cabel ; reprise des Dragons de Villars, 386.
Saint-Germain-en-Laye. Audition de M. H. Herwyn dans
un concert donné au bénéfice d'un artiste malheureux,
230.
Saint-Malo. Audition de Bessems dans un concert de la
Société philharmonique, 121. — Premier concert du
Casino, 278.
Saint-Omer. Concert donné par H. Herwyn, 63.
Saint-Servan. Concert donné par A. Bessems au profit
des pauvres, 354.
Saujiur. Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et
MM. J. Lefort et Castel, 22.
Strasbourg. Représentation des Dragons de Villars, 15.
— Messe de M. Schwab, exécutée dans l'église de Saint-
Pierre le Jeune, 21. — Séances de musique de chambre
de M. Schwcederlé, 32. — Représentation de Stradella,
47. — Concert annuel au profit du Conservatoire mu-
nicipal, 55. — Musique de chambre, 93. — Dernière
séance de musique de chamDre ; concert de M. Wald-
teufel, 12t. — Représentation du Faust, de Gounod,
145. — Concert de MM. Wnille et Stenebruggen, 163.
— Représentations de Bordas dans Othello, 190. —
Représentation de Czar et Charpentier, opéra de
Lortzing, 191. — Concert de Mlle M. Boulay, 319. —
Concert d'harmonie militaire donné par la musique
du 3= régiment d'artillerie, 346. — Concert de Mile M.
Trautmann, 387. — Reprise de l'Etoile du Nord, 419.
— Seconde séance de la Société de musique de cham-
bre, 426.
Toulon. Représentation du Prophète, 162. — Inaugura-
tion du grand orgue de l'église Saint-Louis, 302. —
Représentation de la Fée aux Roses, 419. — Repré-
sentation prochaine du Pardon de Ploërmel, 450.
Toulouse. Reprise des Dragons de Villars, 39. —
Etudes de l'Etoile du Nord, 55. — Accident ar-
rivé à Puget, 73. — Représentation de l'Etoile du
Nord au grand Opéra, 82, 92. — Représentation du
Prophète, 162. — Roger dans cet opéra, 198. —Inau-
guration des nouveaux salons du maréchal Niel, 246.
— Représentation des Pantins de Violette, 362.
Tours. — Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et
MM. J. Lefort et Castel, 22. — Représentation de la
Sérénade, opérette nouvelle de M. Labit, 170. — Con-
cert donné par la Société de Sainte-Cécile au profit
des pauvres, 205. — Débuts de Mme L. Reine,
394.
Trouville. Concerts de D. Zompi au Casino et au théâ-
tre, 338.
Troyf.s. Audition de J. Massenet dans un concert de la
Société philharmonique, 41.8.
Uriage. Concert donné par F. de Croze et Gozora,
294.
Valenciennes. Concours ouvert à la Société impériale
pour chœur d'hommes, 101. — Grand concert donné
par la Société philharmonique pour la fête de la ville,
346.
Valmondois. Matinée annuelle organisée par Duprez au
profit des pauvres de la commune, 310.
Versailles. Concert au bénéfice de l'Asile maternel, 213.
— Concerts au parc, sous la direction de M. Klosé,
par la musique de l'artillerie de la garde, 222.
Vichy. Concerts : audition de Romeo Accursi, 262. —
Soirée donnée par Mme E. Doche, 310. — Correspon-
dance d'A. Botte : représentations théâtrales et con-
certs, 330.
Viroflay. Messe à deux voix, de M. E. Hocmelle,
chantée dans l'église de cette commune pour la fête,
346.
Viviers. Inauguration d'un grand orgue à la cathédrale,
46.
Wazemmes. Inauguration du nouvel orgue. (Extr. du
Mémorial de Lille), 12.
Engagements.
Achard, à l'Opéra, 61.
Barbot (M, et Mme), au théâtre de Bologne, 253.
Barbot (Mme C), â Turin, 386.
Barrielle, renouvellement à l'Opéra-Comique, 100.
Berthelier, renouvellement â l'Opéra-Comique, 237.
Bcttini (A.), au théâtre Italien de Barcelone, 120.
Borghi-Manio (Mme), au théâtre de Sa Majesté, à Lon-
dres, 130.
Id., au théâtre de la Scalà, à Milan.
213.
Id., au théâtre de Bologne, 245.
Bruuet (Mlle M.), résiliation â l'Opéra, 109.
Id., engagement â Berlin, 402.
Carman, au grand Théâtre de Bordeaux, 3&7.
Carvalho (Mme Miolan-), au théâtre de Covent-Garden,
à Londres 130.
Id., à Berlin, 254-311.
Charton-Demeur (Mme), au théâtre de l'Oriente, à Ma-
drid, 253.
Crosti, renouvellement à l'Opéra-Comique, 245.
Czillag (Mme), a l'Opéra de New-York, 302.
Damoreau (Mme Wekerlin-), au théâtre Lyrique, 213.
Depoitier, au grand Théâtre de Bordeaux, 347.
Faure, résiliation à l'Opéra-Comique, 100.
Id., engagement au théâtre de Covent-Garden, à
Londres, 109, 285.
Id., à Berlin, 301.
Ferraris (Mme), à Berlin, 370.
Fraschini, au théâtre de l'Oriente, à Madrid, 213.
Gilliess (Mlle), au théâtre Lyrique, 294.
Giuglini, au théâtre de la Scala, à Milan, 30.
Graziani (F.), au théâtre Italien de Saint-Pétersbourg,
246.
Jourdan, au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, 80.
Lahéda (Mlle C), à Bade, pour la saison, 190.
Lagramanti (Mlle), aux théâtres de Saint-Pétersbourg et
de Moscou, 285.
Lagrua (Mlle E. de), a l'Opéra de Saint-Pétersbourg,
253.
Lefebvre (Mme Faure-) , résiliation à l'Opéra-Comique,
100.
Mariinou (Mlle), à l'Opéra-Comique, 145.
Mario, au théâtre Italien de Paris, 230.
Masson (Mlle), â l'Opéra, 14.
Id., au théâtre de la Pergola, à Florence, 338.
Morelli, â l'Opéra, 345.
Niemann, à l'Opéra, 245.
Obin, renouvellement à l'Opéra, 309.
Pancani, au théâtre Italien de Paris, 245-
Roger, au théâtre Italien, 14, 21.
Id., à Bade, pour chanter un opéra inédit, 213.
Id., à Berlin, 311.
Ronconi, au théâtre Italien de Paris, 361.
Saint-Urbain (Mlle), â l'Opéra-Comique, 393.
Sanchioli 'Mme G.), à Nice, 338.
Sax (Mlle M.), à l'Opéra, 153.
Stoltz (Mme R.), au grand théâtre de Lyon, 326.
Szarvady-Clauss (Mme), à Cologne, par la Société des
concerts, 386.
Tedesco (Mme), à l'Opéra, 153, 212.
Ugalde (Mme), â l'Opéi a-Comique, 237.
Vandenheuvel (MmeC. Duprez-), à l'Opéra, 61.
Viardot (Mme P.), â Berlin, 311.
Wicart, â l'Opéra, 212.
Id., au grand théâtre de Bordeaux, 347.
Étranger.
THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, etc.
Aix-la-Chapelle. Exécution du Paulus de Mendelssohn, 7.
Amsterdam. Audition de Guglielmi à la Société Félix
Mentis, 15. — Audition d'A. Jaëll à la même Société,
111. — Concert d'adieux de cet artiste, 121. — Nomi-
nations et récompenses décernées par la Société néer-
landaise, pour L'encouragement de fart musical,
394.
Andernach. Festival et concours de chant, 254.
Anvers. Miseâ l'étude du Pardon de Ploërmel, 74. —
Audition de Litolff à la Société royale d'harmonie, 110.
— Représentation du Pardon, au bénéfice de Scott,
122. — Mise à l'étude de l'Amour, drame de MM P.
Niboyet et L. Lacombe, 302.— Reprise de Martha,
378. — Représentation de gala, 403. — Séances de mu-
sique classique, par M. Bcssems et exécution d'une
messe de sa composition, 425. — Représentations de
Mme Cabel, 433.
Arkheim. Festival organisé par la Société pour l'encou-
ragement de la musique, 271.
Bade. Audition du ténor Niemann, devant les souve-
rains réunis dans cette ville, 230. — Correspondances
signées J. R. et M. S.: Ouverture de la saison, par
trois concerts; audition de Laub, Gleichauf, MmesSan-
chioli, Caussemijle, Litschner, etc., 243, 244. — Audi-
tion de Mlle M. Bsttu ; concerts du corps de musique
de la garnison prussienne de Rastadt, 271. — Audition
de A. Bettlni, 277. — Correspondance: représentation
de la Colombe, nouvel opéra deGounod, 284. — 'Pro-
gramme du grand concert annuel de M. Bénazet, 285.
— Exécution de ce concert, 310. — Concert dans le
salon Louis XIII, 311. — Audition de l'orgue Alexan-
dre, par L. Engel, devant S. A. R. la princesse de
Prusse, 318. — Représentation de la comédie de
Mlle Aug. Brohan et de M. H. de Pêne, 319. — Cor-
respondance signée R. : les concerts, 324. — Comé-
die nouvelle de Méry ; fête de bienfaisance ; Sivori et
Mme R. Kastncr-Escudicr, 338. — Un opéra de Vivier,
art. signé R., 350. - Cancers dans le salon Louis XIV,
et lête à l'orangerie de la villa Bénazet, 371.
Bale. Vingt-neuvième réunion de la Société helvétique
de musique, 109. — Découverte d'un portrait de Schil-
ler chez un marchand de bric-à-brac, 230 .
Barcelone. Représentation de Maria, 103. — Début de
A. Bettini dans le Barbier de Sèville, 147. — Con-
certs de Sarasate, 394 .
Berlin. Représentations de la troupe italienne; produit
de trois concerts versé par M. Hans de Bulow à la caisse
de la fondation Schiller, 7. — Mlle Artot dans le Bar-
bier de Séville ; concerts de Vieuxtemps et de Tabo-
rowski, 23. — Représentation de Un vieux compagnon
ouvrier, opérette de Kaiser, 32. — Audition de Carrion
et de Mlle Artot à la cour; représentations de la Société
TABLE ALPHABÉTIQUE
italienne ; représentation de Christine de Suède, opéra
de M. de Redern, 39. — Concert à la cour du prince
régent, 47 — Représentation de Higoletto, 55. —
H. de Bulow nommé pianiste de la cour; concert de
M. Dumont, 63. — Représentations diverses du théâtre
de l'Opéra ; représentation d'une comédie latine de
Plaute ; troisième anniversaire de la fondation de la
Société Bach, 74- — Concert à la cour, sous la direction
de Meyerbeer ; Mlle de Anna dans le Prophète ; repré-
sentation de Don Pasqualc, 82. — F.eprise de l&Flûte
enchantée; concerts à la cour, del'Académie de chant et
de A. Dreyschock ; mort deMmeHoelck; représentation
du Trovatore; fête commémorative pour Mme Schœder-
Devrient, 102. — Représentation à'Oberon et de deux
vaudevilles français, 122. — Fin des représentations
de l'Opéra italien, 138. — Musique d'église pendant la
semaine sainte ; fête commémorative â l'occasion de la
mort de Mme Schrœder-Devrient ; décoration de l'aigle
rouge donnée à Dreyschock; cadeaux faits aux artistes
de l'opéra italien, 155. Représentation de Maria
au théâtre Kroll, 191. — Engagement de Mme Hucca
au théâtre de l'Opéra; représentation A'Oberon et du
Fourbisscur, de Lortzing, 207.— Reprise du Médecin
et l'Apothicaire, deDittersdorf ; fête offerte au conseil-
ler Hellwig par l'Académie de chant, 214. — Reprise du
Templier et la Juive, de Marschner; représentations
d'Une nuit à Grenade, de Kreutzer, et de Stradella,
de Flotow, 223. — Représentation de Marta, 231. —
Clôture des représentations de l'opéra; représentations
de l'opéra-comique ; concerts organisés par G. Bock ;
3,000e concert de Ch. Eichelberg, 239. — Représenta-
tion d'Orphée aux enfers , d'Offenbach, 247. — Cata-
logue de la succession du professeur Dehn , 254. —
Débuts de l'opéra, dirigé par M. Mcswadba, 271. —
Solennité funèbre en l'honneur de la reine Louise de
Prusse ; Orphée aux enfers ; reprise des représenta-
tions de l'Opéra, 287. — Fêtes pour l'anniversaire de
la naissance de Goethe, 295. — Programme de la sai-
son prochaine, 311. — Représentation pour l'anniver-
saire de la naissance de Goethe, 319. — Succès à'Or-
phée aux enfers, 326. — Débuts de Mme Miolan-
Carvalho, dans le Barbier de Sêville, et de Mme Cash,
dans les Huguenots, 339. — MmeMiolan-Carvalho, dans
la Intcia, 345. — Tableau de la troupe italienne,
347. — Débuts de cette troupe par la ïiorma, 353. —
Anniversaire de la naissance de Schiller ; rentrée de
Mme Kœster ; fin des représentations de Mmes Miolan-
Carvalho et Cash ; clôture de la salle Kroll ; cadeau fait
par le régent à M. Taglioni, 355. — Représentations
de la troupe italienne ; annonce d'une seconde troupe,
363. — Ouverture du théâtre Victoria ; cinquantième
anniversaire de la fondation de l'Université ; Mme Tre-
belli, dans II malrimonio segreto, 371.— Représenta-
tion d'Armide ; soirée du ministre des cultes ; soirée de
la Société Bach : succès de Mlle Trebelli ; rentrée de
Mlle Artot, 378. — Représentations de l'Opéra natio-
nal et des deux théâtres italiens ; engagement de
Mme de Lagrange ; prolongation du traité Merelli,
387. — Débuts de Faure, 394.— Fermeture des théâtres
royaux par suite du décès de l'impératrice mère de Rus-
sie ; engagement de Mmes Trebelli et de Lagrange ;
exécution du Requiem de Mozart; élection de M. J.
Rietz, comme membre de l'Académie des beaux-arts,
395. — Note de la Patrie relative aux débuts de
Faure, 402. — Représentation de la Traviata; exécu-
tion de la Schiller-Marsch, par la Société le Schiller-
bund, 403. — Vogue de l'opéra italien ; représentations
du théâtre de la cour, concerts de Mme C. Schumann,
411. — Représentation des Dragons de Villars sous
le titre de la Clochette de l'Ermite, 425. — Repré-
sentations du théâtre de la cour et concerts, 426. —
Grand succès de Mlle Brunet, 433.— Comité formé pour
l'érection d'un monument 4L. Rellstab,|434. — Repré-
sentations diverses ; second concert d'abonnement de
Radecke, 435. — Représentations théâtrales et concerts
divers, 442. — Représentations d'Armide et d'Orphée
au théâtre de la cour, 450.
Berne. Célébration du festival annuel, 287.
Bielfeld. Préparatifs du festival de l'Allemagne du Nord,
263.
Bologne. Triomphe de Mme Borghi-Mamo dans la Favo-
rite ; études du Prophète, 387 . — Exécution de l'ou-
verture du Pardon de Ploërmel dans uu concert don-
né au bénéfice de l'institution Rossini, 395. — Mme Bor-
ghi-Mamo dans le Prophète, 4u9, 411, 41". — Adieux
de Mme Borghi-Mamo, 449.
Boston. Cinquième et dernier concert philharmonique,
223.
BnÈME. Représentation du Pardon de Ploërmel, 387. —
Succès du violoniste J. Becker, 418.
Brescia. Ouverture du théâtre par Vittore Pisani,
311.
Breslad. Représentation du Pardon de Ploërmel, 163.
— Mise au concours d'un prix pour une messe à quatre
voix ; représentation du n° CC, d'Offenbach ; adieux de
Mme Lasslo-Doria , 223. — 250e représentation du
Frcijschûlz, 239. — Adieux de Mme Jauner-Krall,
dans Maria, 247. — Représentation des Deux jour-
nées, pour l'anniversaire de la mort de Cherubini ; en-
gagement de Mme M. Zirndorfer, 339.
Bruges. Reprise de la Muette de Portici, 403. — Début
de Pages, baryton ; audition de Mlle M. d'Orban dans
un intermède musical, 442. — Représentation du Par-
don de Ploërmel, 450.
Brunswick. Concert d'A. JaSll ; exécution de l'ouverture
du Roi Bear, de Berlioz, 170. — Troisième concert
d'A. Jaëll, 183. — Reprise de Lestocq au théâtre de la
cour, 191.— Représentation de Dinora/t, 303, 326,
355, 303.
Bruxelles. Représentations du Pardon de Ploërmel, 6,
7, 14. — Représentation de Veuve Crapin au théâtre
du Parc, 15. — Nouvelles des concerts et des théâtres,
23. — Accident arrivé pendant la représentation du
Pardon, 39. — Représentation de Phcedé, opéra-co-
mique de M. Stoumon ; deuxième concert du Conserva-
toire ; concert de la Société philharmonique ; rapport
de M. Fétis, lu à l'Académie royale, 47. — Audition
d'H. Litolff à la Société philharmonique, 54- — Inaugu-
ration des concerts annuels pour l'exécution des maîtres
belges, 63. — Accident arrivé à Mlle Dupuy, 73. —
Etudes de Gustave III, 82. — Représentation de Roger
au théâtre du Cirque, 91. — Reprise de Gustave III;
tournée artistique de M. et Mme Léonard; concert de
l'Association des artistes musiciens, 93 . — Seconde re-
présentation de Gustave, 102. — Représentation du
Violoneux au théâtre du Parc, 122. — Troisième con-
cert du Conservatoire, 138. — Représentations du
théâtre de la Monnaie ; reprise de Guillaume Tell,
147. — Succès du Pardon, 155. — Reprise des Dragons
de Villars ; représentations de la troupe italienne de
M. Merelli, 163.' — Succès des Dragons; représenta-
tions du théâtre Italien , 170. — Représentation de
Norma ; concert du Conservatoire, 182. — Correspon-
dance de Fétis père : résumé de la saison musicale,
188. — Représentation de Buda au théâtre du Cirque,
199. — Reprise de Giralda; représentation de VEllsir
d'amore par la Compagnie italienne, 206. — Clôture du
théâtre de la Monnaie et des représentations de la
troupe italienne ; arrivée d'Offenbach avec sa troupe ;
lecture d'une partie de l'introduction de VBistoire
générale de la musique faite par M. Fétis à l'Acadé-
mie royale de Belgique, 214. — Succès du Pardon
apprécié par les journaux, 222.— Extrait de l'Année
musicale ; représentations des Bouffes-Parisiens, 223.
— Les Bouffes-Parisiens, 231. — Représentation des
Dames de la Halle et des Petits prodiges, 239. —
Départ des Bouffes, 247. — Audition dans une soirée
intime de fragments d'un opéra-comique de Bériot,
254. — Concours du Conservatoire, 278. — Nouvelles
compositions de M. Bordèse, 286. — Engagement de
Mlle Litschner au théâtre de la Monnaie, 303.— Réou-
verture de ce théâtre par le Pardon, 310. — Réouver-
ture du Grand-Théâtre par le Pardon et par la Favo-
rite ; réouverture du nouveau théâtre du Parc, S19. —
Début de Mlle Litschner dans Guillaume Tell, 326,
338. — Début de Jourdan ; reprise du Domino noir,
338. — Séance publique annuelle de la classe des beaux-
arts de l'Académie ; rapport de M. Fétis père, 344. —
Exécution de l'ouverture et de la polonaise de Slruen-
sëe dans cette séance, 346. — Représentations du théâtre
de la Monnaie ; reprise de stradella ; mise â l'étude
de la Vieille, de M. Fétis, au Paie, 347. — Reprises du
Pardon et des Dragons de Villais, 354.— Début de
Mlle Gay dans le Pré aux clercs ; reprise du Farfa-
det, 363.— Nomination de M. Letellier pour la saison
prochaine ; reprise de Giralda ; concert de Mlle de
Katow ; représentation de Tromb-al-ca-zar au Parc,
371.— Reprise de l'Etoile du Nord, 378, 387.— Arrêté
royal portant publication des œuvres les plus remar-
quables des anciens compositeurs belges, 402 . — Début
de Mlle Hiller-Mitchell, 403.— Rapport lu par M. Fétis
à l'Académie royale sur la question du diapason normal ;
messe de Ch. Gounod exécutée à l'église de Saint-
Michel et Sainte-Gudule, à l'occasion de la Sainte-Cé-
cile, 411.— Première représentation d'Herculanum,
419. — Rapport de M. E. Fétis sur la situation de la
Caisse centrale des artistes, 434. — Premier concert
de l'Association des artistes musiciens, 435. — Corres-
pondance : rapport lu â l'Académie royale par M. Van-
Hasselt sur le projet de publication des œuvres de
Tinctoris, 440. — Reprise de Masaniello ; bénéfice de
Mme Vandenhaute ; reprise de la Vieille ; concerts de
Mme Cabel, 450.
Bucharest. Succès de la troupe hongroise d'opéra, 255.
Caire (le). Messe d'A. Doin pour l'inauguration d'une
chapelle dans l'égise catholique de cette ville, 394.
Carlsruhe. Reprise du Prophète, 171. — Représentation
au théâtre de la cour de la Première nuit de Wal-
purgis, de Mencelssolm, 206. — Représentations de
Roger au théâtre de la cour, 303, 318. — Représenta-
tion d'Orphée, de Gluck, 442.
Cassel. Concert de J. Becker, 101.
Catane. Représentations de Mlle Poinsot au théâtre
communal, 111.
Chijiay. Sérénade donnée à W. Kriiger par la musique
d'harmonie de cette localité, 386.
Coeourg. Publication du programme du festival de
chant, 214, 247.
Cologne. Exécution û'Esther, oratorio de Haendel, 7. —
Représentation de la Compagnie italienne de Merelli,
287. — Adieux de cette troupe parla Norma, 339. —
Audition de Mme Szarvady-Clauss au deuxième concert
d'abonnement, 411.— Adoption du nouveau diapason
normal, 433.
Constantinople. Célébration de l'anniversaire de la
naissance de Schiller par la Société Tcutonia, 47. —
Les musiciens bohèmes ; fête artistique de l'association
allemande Tcutonia et la Biedertafel, 207. — Concert
de Miska Hauser, 222.
Copenhague. Exécution des Noces de la Dryade, de
P.-E. Hartmann, au concert du Musik-Verreiu, 74. —
Représentations de Roméo et Julie/te et du Malri-
monio segreto ; audition des frères Holmes au Musik-
Yerrcin, 171. — Concerts des frères Muller, 215. —
Représentation de Maria, 295. — Mise â l'étude du
Pardon de Ploërmel, 327.— Audition d'Ole-Bull au
théâtre du Peuple; représentation de l'Epreuve de
cour, opéra de M. Bérendt ; Compagnie française
d'opéra, 419. — Reprise des Deux journées, 435.
Creuznach. Concerts de Mmes Clara Schumann et
Bochkollz-Falconi et de MM. J. Stockhausen et Rey,
347.
Dantzig. Annonce d'une troupe italienne sous la direc-
tion de M. Carlos de Paez, 311.
Darmstadt. Exécution d'une symphonie nouvelle de
M. Abert, 7. — Représentation de l'Etoile du Nord,
55. — Représentation de Dinorah au théâtre Grand-
Ducal, 155.— Représentation de la Cendrillon, de Ni-
colo, 183- — Représentation du Titus, de Mozart, 206.
Résumé des représentations de l'opéra, 263.
Dresde. Célébration des anniversaires de Beethoven et
de Weber. 15. — Concert annuel pour les pauvres au
Schauspielhaus, 23.— Représentation du Pardon de
Ploérmel, 30 . — Rentrée de Tichatscheck dans Rienzi,
254. — Inauguration de la statue de Weber, 363, 378.
— Reprise du Pardon, 387. — Mort de F. Braun, cé-
lèbre dilettante, 419. — ■ Représentation du Faust, de
Spohr, 427.
Dublin. Représentation de Dinorah par la compagnie
Harrison, 199.
Dusseldokf. Préparatifs du 37e festival du Bas-Rhin, 74,
171.— Programme de cette fête, 191. — Célébration du
festival, 206.
Edimbourg. Excursion artistique d'Engel, 74.
Ems. Concert donné par H. Herz , Mlle de la Morlière et
Mlle M. Cruvelli : séjour d'Offenbach, 287.— Concert
de Géraldy ; concerts de Mme L. Jung, 302.— Dernier
concert de la saison, 354.
Eschenbach. Inauguration du monument élevé au célèbre
Minnesaenger, 370.
Florence. Concert de la Société philharmonique, 47. —
Engagement du ténor Tombesi au théâtre de ïrieste,
93. — Commission pour l'érection d'un monument à la
mémoire de Cherubini, 278.— Entreprise de la Pergola
confiée à M. Lanari, 339. — Début prochain de
Mlle Masson dans le Prophète, 371.— Succès de cet
opéra, 379, 387, 402. — Exécution de la Schiller-Marsch
à la Filarmonica, 411. — L'Ilalia artistiea, nouveau
journal musical, 426. — Représentation du Prophète
au bénéfice de V. Sarti, 427.
Francfort-sor-le-Mein. Etudes du Pardon de Ploérmel;
concert d'A. Dreyschock, 39. — Représentation du
Pardon, 74, 81.— Début de Mlle Frassini dans cet
opéra, 122. — Mort de Fr. Messer, 147. — Son service
à la cathédrale, 155. — Médaille pour les arts et les
lettres donnée à G. Schmidt par le duc de Saxe-
Cnbourg-Gotha, 190.— Création d'une école de musique,
206. — Représentations de Niemann, 231. — Représen-
tations de la troupe italienne de Merelli ; nomination
de M. Muller comme directeur de la Société Sainte-
Cécile, 254.— Représentation de Sémiramis par la
troupe italienne, 263 . — Mise à l'étude de Fanïska,
opéra de Cherubini ; représentation de la Cour du granit
duc, opéra nouveau de M. Gollmick, 311. — Représenta-
tion du Vampire, en l'honneur de Marschner, 319. —
Projet de retraite prêté à Vieuxtemps, 347. — -Fonda-
tion d'une Société de musique de chambre par M. Tu-
ger.holt, 371.
Fribourg. Préparatifs d'un grand festival de chant, 183.
— Célébration de cette fête 239.
Cand. Représentation du Pardon de Ploérmel, 21, 23,
47, 55, 82. — Reprise de Martha, 82. — Succès du
Pardon, 93. — Clôture de la saison théâtrale, 147. —
Réouverture par les Diamants de la couronne ; début
de Mermant dans Robert le Viable, 371. — Reprise
des Dragons de Villars ; représentation des Pantins
de Violette, 403.
Gènes. Concert au profit de la cause nationale, donné
par la Société de secours mutuels des artistes musi-
ciens, 247. — Exécution de la Chasse, symphonie du
comte Graziani, dans uu concert, 271. — Restauration
du théâtre Carlo Felice, 295. — Débuts malheureux au
théâtre Paganini, 379.
Genève. Représentation 'du Pardon de Ploérmel, 39, 83.
— Mise à l'étude du Roman d'Elvire, 403.
Giessen. Apprêts d'une solennité commémorative en
l'honneur de Spohr, 263.
Goettingen. Sociétés de chant et d'orchestre dans l'uni-
versité, 214.
Gotha. Représentation Au Pardon de Ploérmel, 55, 102.
— Représentation prochaine de Frédéric à la poche
vide, opéra de iNargiller, 111.
Graz. Croi:: d'officier du Medschidié envoyée par le sul-
tan au compositeur Cari Evers, 287.
Hambourg. Représentation du Pardon de Ploérmel, 30.
— Concert donné pour l'anniversaire de la naissance
de Mozart, 47. — Audition de Joachim au concert
philharmonique, 63.— Dix-huitième concert de la So-
ciété musicale, 83. — Succès du Pardon, 93. — Re-
présentation d'il Barbiere par l'opéra Italien, 155. —
Mlle G. Schubert dans le Pardon, 163. — Concert
annuel donné par l'orchestre du théâtre, 199. — Mme
Frassini dans Maria et dans la Sonnàmlmla, 214.
— Reprise du Pardon, 263.— Ouvrage sur Beethoven,
publié par M. de Lenz, 279. Représentation de
Mlle Schmidt, de Darmstadt, dans les Huguenots. 287.
— Représentations de Mlle Lita, de Dresde, 303. —
Représentation de K. Formés ; reprise du Pardon, 326.
— Anniversaire de la naissance de Goethe, 355. —
Roger dans le Prophète, 363, 370, 387. — Fin des re-
présentations de cet artiste, 395. — Mort par accident
de Mlle Spannugel, 403. — Mise à l'étude de t'Exile,
opéra de Munchheimer, 435.
Haxovre. Concert donné par Mme C. S'iiumann et Joa-
chim, 15. — Représentation du Pardon de Ploérmel,
81, 102. — Nomination de J. Stockhausen comme
chanteur de la chambre, 102. — Audition a la cour
d'A. Jaëll et de Joachim, 183. — Adieux au public de
Mme Noltès, 231. — Augmentation des appointements
de Joachim, 255. — Remplacement de Niemann par
Stéger au théâtre de la cour, 295, 327. — Troupe ita-
lienne, 395. — Débuts de cette troupe par Lucia, 411.
DES MATIERES.
— Audition de Mme Castella et de J. Joachim au
premier concert de la saison, 419.
Havane (la). Départ des artistes engagés pour le théâtre
Tacon, 346.
Haïe (la). Représentation de Slradella; Mme de Vriès
dans Â'orma , 32. — Représentations très-suivies du
théâtre Italien, 63. — Audition de M. et Mme Léonard
à la Société Diligentia, 74. — Audition d'A. Jaëll à la
même Société, 101. — Engagement de Mlle E. Dan-
hauser, 354. — Réouverture par la Juive; débuts de
Mlle Pradal, 355. — Reprise du Prophète, 426. —
Début de Mlle E. Danhauser, 435.
Kaiseuslautern. Préparatifs du premier festival du Pala-
tinat, 263.
Koenigsberg. Représentation du Pardon de Ploérmel,
81, 207, 223.
Leipzig. Audition de M. Davidoff au Gewandhaus ; concert
donné au Conservatoire, 15. — Reprises de la Flûle
enchantée, du Prophète et de Santa Chiara, 55. —
Quinzième concert du Gewandhaus, 74. — Concert de
bienfaisance; concert annuel de la Société de chant
des étudiants de l'Université, 93. — Concert de J.
Becker, 101. — Chaire de musique créée à l'université
de cette ville, 101. — Concert au profit du fonds des
pensions, 102. — Dix-huitième concert du Gewand-
haus, 138. — Représentation du Pardon de Ploérmel,
163, 170. — Représentation de Maison à vendre,
opéra-comique de Peutenrieder, 183. — Dernier con-
cert du Gewandhaus ; deuxième concert de la Société
Richard Muller et quatrième concert de la Société des
amateurs, 206. — Représentations du théâtre de la
ville, 214. — Publication du 9e volume des œuvres de
S. Bach, 222. — Concert en l'honneur de Zœllner: re-
présentations de Niemann, 311. — Représentations du
théâtre de la ville, 326. — Reprise de Robert le Diable,
339. — Ouverture prochaine du Gewandhaus, 347,
355. — Représentations du théâtre de la ville, 371. —
Représentation de Diane de Solange; audition de C.
Glogguer, dans un concert du Gewandhaus, 378. —
Souscription en faveur de la famille de C. Zoellher,
387. — Représentation du théâtre de la ville; concerts
du Gewandhaus et soirées de musique de chambre,
375. — Audition de Mme Szaryady-Çlauss au Gewand-
haus, 411, 419- — Compositions inédites exécutées au
Gewandhaus, 427. — Représentations théâtrales et
concerts, 435. — Concert de Mme C. Schumann, 442.
— Concerts du Gewandhaus et de la société Euterpe,
450.
Lemberg. Représentation de Flis , opéra nouveau de
Boguslawski, 147.
Liège. Mme Stranski dans le Prophète, 39. — Concert
annuel du Conservatoire, 47. — Représentation du
Pardon de Ploérmel; préparatifs du 119e anniver-
saire de la naissance de Grétry, 55. — Distribution des
prix du Conservatoire, 63. — Concerts de H. Litolff;
93. — Grand succès du Pardon, 122, 138. — Henri
Litolff à Liège, art. de J.-B. Rongé, 189. — Audition
d'Arban au concert du Casino, 214. — Préparatifs d'un
festival à l'occasion de la présence du roi dans cette
ville, 338. — Concours international de chant d'en-
semble, 303. — Statue de Grétry transférée sur la
place du théâtre, 371. — Correspondance de J.-B.
Rongé sur le concours international, 384.
Linz. Représentation prochaine du Pardon de Ploérmel,
279. — Succès de cet opéra, 387.
Lisbonne. Mme Tedesco dans la Favorite, 15. — Re-
présentation du Prophète, 81. — Mme Tedesco dans
le Barbier de Séville, M. — Reprise de Robert le
Diable, 103. — Représentation des Vêpres siciliennes
au bénéfice de Mme Tedesco, 147, 197. — Cession du
théàtrede San-Carlos à une administration particulière,
246. — Engagements du maestro Fabricca, 277. —
Tableau de la troupe de San-Carlos, 318.
Liverpool. Représentation de Maria au théâtre royal
italien, 371.
LoNnr.ES. Représentation, à Covent-Garden, de Victorine,
opéra nouveau de M. A. Mellon ; second concert de la
Société des amateurs; matinée musicale de M. Cata-
laire, 7. — Concert donné à Saint-James Hall par M.
Brinley-Richard ; concert de la Société littéraire et
scientifique, 23. — Représentation de Lurline , opéra
de W. Wallace, 82. — Concert au palais de Cristal ;
concert annuel de M. Ransford, 93. — Audition de
J. Becker à Saiut-James Hall, 101. — Représentation
extraordinaire du Pardon, pour la reine, 102. —
Programme de la saison du théâtre italien de M. Smith,
et de celui de Covent-Garden; souscription Jullien;
clôture du Royal-English-Opéra, 122. — Personnel et
programme du théâtre de Covent-Garden, 136. — Ou-
verture des deux théâtres italiens par Maria et le
Pardon de Ploérmel, 144. — Succès de Becker dans
les concerts, 145. — Au théâtre de Sa Majesté la
Traviata;i. Covent-Garden, Fidelio, 155. — Repré-
sentation de Mme Czillag; les théâtres italiens, 163. —
Nouvelle troupe française de M. Laurent, 169. — Re-
présentations d'adieux de Mlle l'iccolomini; Almina,
opéra nouveau de M. F. Campana; représentation de
Lucrezia Borgia; rentrée de Mario et de Mme Grisi
dans la Favorite, 170. — Représentations des deux
théâtres italiens; commencement des représentations
de l'opéra-comique français par la Part du diable,
182. — Matinée musicale de Th. Ritter ; concert de
D. Magnus; début de Mlle M. Brunet dans Rigolelto ;
rentrée de Mme Peuco dans Don Giovanni: concert a
la cour, 189. — Succès de Mme Alboni dans le brin-
disi de Lucrezia Borgia, 198. — Représentation de
Serniramide; rentrée de Mme Nantier-Didiéc; concert
du harpiste Oberthùr, 206. — Représentation simul-
tanée des Huguenots aux deux théâtres italiens ; Mme
Alboni au concert du palais de Cristal, 214.— Festival
des orphéonistes français au palais de Sydenham, 219.
— A propos de la lutte soutenue par les deux direc-
tions du théâtre italien (extr. de la Revue et Gazette
des théâtres), 220. — Représentations extraordinaires
du lundi aux deux théâtres italiens; représentation de
Fra Diavolo ; rengagement de Graziani par M. Gye,
■223. — Début triomphal des orphéonistes français,
236. — Représentations des d<ux troupes italiennes;
concert annuel de Bénédict ; concerts de diverses So-
ciétés; concert du prince G. Galitzin, 238. — Les or-
phéonistes, 242. — Audition de L. de Meyer. 246. —
Représentation d'Orphée à Covent-Garden, 247. — Au-
dition d'H. Ketten devant la reine, 254. — Représen-
tation du Prophète à Covent-Garden ; Oberon au théâ-
tre de Sa Majesté; représentation de clôture; Mme
Ferraris et Mme Cabel ; concerts populaires du lundi,
254. — Représentations des deux théâtres italiens;
matinée annuelle de L. Engel, 263. — Représentations
des deux théâtres italiens ; grand concert, 270. —
Succès de Mme Cabel; engagements pour la saison
prochaine au théâtre de Sa Majesté, 277. — Vogue
à'Obcron; bénéfice de Giuglini; reprise de Rigoli'tto ;
programme du Jullien-Festiral, 279. — Clôture des
représentations de Covent-Garden par le Prophète,
286. — Concert à Surrey-Gardens au bénéfice de Mme
veuve Jullien, 294. - Engagement de M. Willert Beale,
302. — Concerts de A. Mellon dans la salle florale de
Covent-Garden; organisation de plusieurs Sociétés d'or-
phéonistes, 303. — Concerts de la salle florale, 326.
— Représentations de comédie française données par
Talexy, 339. — Annonce d'opéras anglais devant al-
terner avec des opéras italiens au théâtre de Sa Ma-
jesté, 355. — Réouverture de Covent-Garden par Lur-
line; adieux de Mme C. Ndvello, 363. — Ouverture
du théâtre de Sa Majesté par le Trovalore; représen-
tation de Robin Hood, opéra de Macfarren ; reprise de
Dinorah à Covent-Garden, 371. — Représentations du
théâtre de Sa Majesté et de Covent-Garden ; souscrip-
tion en faveur de Mme Jullien, 387. — Reprise de la
Rose, de Castille, de Balfe, 395. — Représentations d i
ihëâtre de Sa Majesté et de Covent-Garden; incendie
de la manufacture de pianos de la maison Chappel,
403. — Annonce d'un grand festival international pour
l'année 1861, 410. — Reprise des Night dancers, bal-
let, à l'opéra anglais de Covent-Garden; inauguration
de la troisième saison des concerts populaires du lundi,
411. — Représentations de Marta au théâtre de la
reine et des Noces de Jeannette â l'opéra anglais de
Covent-Garden, 419. — Concert de Mme T. Wartel ,
425. — Représentation deBianca, la fiancée du bravo,
opéra de Balfe, â l'opéra royal anglais; exécution de
l'oratorio Salomon, 435. — Représentation de la Reine
Topaze au théâtre de Sa Majesté, 450.
Lcbeck. Représentation du Pardon de Ploérmel, 155.
Lucerne. Concert donné par F. de Croze et Gozora, 294-
Madrid. Succès de Mlle Trebelli dans Lucrezia Borgia,
32. — Représentation de la Cenercnlola, 93. — Discus-
sion entre Mario et le chef d'orchestre du théâtre, 169.
— Débat de Tamberlick par le rôle d'Otetlo, 204. —
Engagements de Giraldoni, de Marra et de Mme Sa-
rolta au théâtre de l'Oriente, 230. — Début de
Mme Charton-Demeur dans la Sonnambula , 371. —
Début de Mme de Méric-Lablache au théâtre de l'O-
riente, 386. — Succès de Morini et de Mmes Charton-
Demeur et J. Dejean, 387. — Représentation de Lucia,
395. — Réception de Sarasate par la reine ; son pre-
mier concert, 402. — Mme Charton-Demeur et Fras-
chini dans la Lucia, 419. — Morini dans la Lucrezia,
442.
Manchester. Représentations de la troupe italienne de
M. Beale, 339.
Manheim. Représentation du Pardon de Ploërmel , 15,
32. — Concours proposé par la Tonhalle, S3. — Con-
cours pour un prix à décerner au meilleur quatuor, 206.
— Prix décerné par la Tonhalle à une partition pour
opérette, 254. — Représentations de Mme J. AVagner,
378. — Premier prix de la Tonhalle obtenu par l'orga-
niste Stiel, 386.
Maïence. Concert de la Liedertafel, 63. — Programme
du quatrième festival du Mittel-Rhein , 239. — Célé-
bration de cette fête, 287.
Meiningen. Théâtre de la ville transformé en théâtre de
la cour, 239.
Milan. Représentation de Marie Tudor, opéra nouveau
de Kachpéroff, 32.— Rentrée des sœurs Marchisio, 102.
— Représentation de Corrado , console di Milano ,
opéra nouveau de P. Gioza , 111. — Exécution de
l'ouverture du Pardon de Ploérmel, à la Scala; dé-
buts de Mongini , 122. — Première représentation de
Giudiita, op"éra de Péri, 138. — Rectification à pro-
pos de l'ouverture du Pardon exécutée à la Pergola ,
145. — Concert de C. Sivori; représentation des Pre-
cauzioni, opéra nouveau de Petrella, 155. — Adoption
de la métliode de Bonoldi par le Conservatoire, 162. — ■
Concert d'adieu de Sivori, 222. — Concert donné au
profit de la cause nationale par Sivori et Bottesini, 247.
— Représentation de i Parenli apparenti , opéra de
Gibelli, 263. — Concours instrumental et vocal des
élèves du Conservatoire, 270. — Débuts de Mme Lumley
au théâtre Re, 278. —Les concerts de Sivori, 294. —
Préparation de deux opéras nouveaux pour la saison
d'automne ; concert des sœurs Ferni, 295. — Réou-
verture de la Scala avec VAssedio di Fuenze, 319,
326. — Représentation de il Vecchio délia Montagiui,
opéra nouveau de Cagnoni ; nomination de M. J. Ter-
zaghi comme directeur des théâtres royaux, 327. —
Premier concert de L. Fumagalli, 435.
Modi'ne. Catalogue musical des trois derniers siècles ,
dressé par ordre du gouvernement, 278.
Mon<. Audition de Litolfl à la Société philharmonique ,
55. — Incident curieux pendant une représentation de
la Favorite, 136. — Succès du Pardon de Ploërmel,
138.
Moscou. Préparatifs d'un grand festival pour lasecoDde
semaine du carême, 81. — Engagement du ténor Kraft-
zow, 206.
Munich. Concert donné par M. Moralt, 15. — Premier
concert de l'Odéon , 93. — Cinquantaine de Catarina
Cornaro, opéra de Lachner, 111. — Représentation du
Pardon de Ploërmel, 163, 18J, 223. — Audition d'ar-
tistes de la première chapelle nationale musicale de
Pesth, 326. — Représentation des Huguenots à l'oc-
casion de la fêle de. la reine, 347. — Reprises de l'E-
toile du Nord, des Deux journées et de Fidelio, 371.
Concert extraordinaire pour le cinquantième anni-
versaire de la fondation de l'Académie de musique,
403. .
Namue. Préparatifs d'un grand festival musical, 246.
Nah.es. Exécution de deux ouvertures et d'une messe
de Major Tedesco; représentation de Morosina, opéra
nouveau de Petrella; chute du ballet de Rila , 32. —
Représentation de i due Ciabatlini, opéra bouffe de
Ruggi, 165. — Représentation de la Favorite sous le
titre de Leonore de Guzman; succès de Salvini au
théâtre (les Florentins; représentation d'une comédie
du chevalier de Durci, 207. — Représentation de
Monzu Gnazio, nouvel opéra de N. d'Arienzo, 231.
— Effets du régime constitutionnel octroyé par le roi,
270. — Augmentation de la subvention du théâtre San-
Carlo, 295. — Représentation de il Folelto di Gresy,
opéra nouveau de Petrella, 319. — Ordre de réouver-
ture des théâtres; engagement de Mme Steffenone, 347.
Ouverture du théâtre San-Carlo par Semiramide,
371. — La Muette de Portiei défendue par la censure,
377. — Représentation de Vno episodio delta guerra
d'Italia del 1859, ballet nouveau, musiqne de Gia-
quinto, 387. — Scènes déplorables au théâtre Sau-
Carlo et fermeture, 442.
New-York. Adieux ae la Compagnie italienne Clmann
et Strakosch, 47. — Représentation de Fidelio, 183.
— Mme Frezzolini dans Lucrezia Borgia , 190. —
Représentation de Mose in Ecjitio , 205, 222. — Ou-
verture de la saison de Maretzek par la représentation
de Nabuco, 231. — Acquisition du Musical World
par les éditeurs Massen frères, 311. —Réouverture de
l'Académie de musique par la Sqnnambula; nouvelle
troupe, 347. — Représentations de l'Académie, 371. —
Représentations de l'opéra italien, 395. — Départ de
la troupe italienne; création difficile d'un Conserva-
toire de musique, 419, 442.
Nonvicn. Grand festival annuel sous la direction de Bé-
nédict, 347.
Nouvelle-Orléans. Débuts de la Société lyrique par
Robert le Diable, 55. — Ouverture de la saison du
théâtre Italien, par le Barbier de Séville, 170. — Ta-
bleau de la troupe du nouveau directeur D. Ronzani,
346.
Omii-Amiiiergau. Représentation de la Passion le lundi
de la Pentecôte, 222. — Nouvelles représentations et
leur clôture, 370.
Pbsth. Dépôt de la faux en argent massif de Mme Scho-
del au musée national, 63. — Nouvelle partition de
F. Erkel, 74. — Reprise de Benvcmilo Cellini, opéra
deKerne, 122. — Représentations données par la troupe
italienne de M. Salvi, 230. — Mlle Lagrua dans Norma
et, le Trovalore, 253. — Clôture des représentations
italiennes, 255. — Poignard offert à Mlle Lagrua par
les jeunes gens de la ville, 277. — Mise à l'étude de
Joseph, de Méhul; concert du pianiste Boskowitz, 295.
— Représentation du Pardon de Ploërmel, 435. —
Philadelphie. Représentation de Maria, 395.
Pon-r-Louis [île Maurice). Débuts de la compagnie d'o-
péra par Robert le Diable et le Barbier, 403.
Prague. Annonce de la mise en vente d'un violoncelle de
Guarncrius, 22. — Audition de Mlle de Tiéfensée â la
cour, 39. — Représentation de Joseph, de Méhul,
au bénéfice de M. Emminger, 74. — Représentation
du Pardon de Ploërmel, 81, 93. — Départ du direc-
teur de musique Skraup, 263. — Reprise du Prophète,
387. — Reprise du Pardon, 419.
Ratisbonne. Représentation du Pardon de Ploërmel,
214. — Société d'oratorios, 263.
Rio de Janeiro. Accident arrivé à Mme de Lagrange, 80.
— Mme Tosi dans la Linda ; adieu de Mme Medori,
395.
Rome. Représentation à'Amleto, opéra nouveau, de
L. Moroni, 231. — Représentation de. Gianni di Ni-
Silda, opéra nouveau, de Pacini, 403. — Représenta-
tion de Slejanias, opéra nouveau de R. Gentili, et de
il genio Ànarack, ballet de Rota, 427.
Rostock. — Représentation du Pardon de Ploërmel, 39.
Rotterdam. Audition de A. Jaëll au concert Erudilio mu-
sica, 101. — Fondation d'une Société pour la repré-
sentation des opéras allemands, 214. — Direction de
cet opéra confiée à M. Vriès, 295. — Formation de
la troupe, 339. — Mise en action de cette entreprise,
410.
Saint-Pétersbourg. Etudes du Pardon de Ploërmel, 7.
— Représentation de Don Giovanni, au bénéfice de
Marin), 15. — 14., au bénéfice de Dcbassini; diner
et concert donnés par M. de Sabourolf; concert de
Mme lngeborg-Starck, 23. — Concours ouvert pour
une cantate par la Société musicale, 38. — Bénéfice
de Mcngiui ; représentation entraordinaire au Théâ-
tre Français, 39. — Début de Mlle Balfe dans la Tra-
viata, 47. — Correspondance signée X : belle repré-
sentation du Prophète; nouvelles diverses, 53. —
Correspondance signé D : représentations de Pâque-
rette, ballet de Saint-Léon, et du Pardon de Ploërmel,
chanté par la troupe italienne ; représentation de Gus-
tave III; premier concert des sœurs Ferai, 71. —
Représentation du Pardon (il Pcllegrinaggio) ; béné-
TABLE ALPHABETIQUE
fice de Mlle Lagrua: Mlle Balfe, Tamberlick; concert
des Allemands, correspondance signée D., 80. — Dé-
part des artistes italiens ; réengagement de Mme Ro-
sati ; programme de la saison des concerts, 93. — Aug-
mentation du capital de la Société musicale ; représen-
tations du théâtre Italien ; débuts de Mme Maïkoff, 103.
— Départ de Vieuxtemps ; dernier concert des sœurs
Ferai; 111.— Concerts de Dreyschock; personnel du théâ-
tre Italien pour la prochaine saison, 138. — Concerts de
la saison ; départ des sœurs Ferni ; factum d'un ama-
teur de musique ; arrivée d'H. Wieniawski et des demoi-
selles Pallini, 147. — Concert d'H. Wieniawski au Grand-
Théâtre, 163. — Service du bout de l'an en l'honneur
de Mme Bosio ; empressement du public pour la pro-
chaine saison italienne ; arrivée de l'opéra de Moscou ;
fondation d'un concert public dans l'île du Village
neuf, 171. — Nomination d'H. Wieniawski comme
violon solo de l'empereur et des théâtres impériaux,
183. — Début de Mlle Séménow dans Marta ; succès
de Mlle Bagdanoff; reconstruction du théâtre du
Cirque, 191. — Décoration du cordon de Saint-Alexan-
dre Newski donnée à M. de Sabouroff, 205. — Fonda-
tion d'un fonds de secours pour les gens de lettres et
les savants; décoration de Saint-Wladimir accordée
au pb.niste Henselt, 213. — Travaux de la Société
symphonique, 215. — Engagement de Mme Ristori et
de sa troupe, par M. de Sabouroff, 230. — Examen des
élèves de la classe instrumentale à la chapelle des
chantres de la cour, 231. — Décision impériale qui
met les théâtres lyriques au diapason adopté par la
commission française, 238. — Achèvement du théâtre
de la grande-duchesse Marie, 247. — Diapason nor-
mal; préparation d'un opéra nouveau de M. Villebois
pour la saison d'automne ; retour du jeune Taborowski ;
les diamants de Mlle Friedberg, 271. — Concert au
profit de l'hospice Nicolas, 303. — Ouverture pro-
chaine du théâtre Marie, 339. - Ouverture de ce théâ-
tre et débuts au théâtre Français, 353. — Débuts de
Mlle Lagrua, 371. — Inauguration du théâtre Marie,
par la Vie pour le tzar, de Glinka, 379. — Reprises
du Freiischùlz et des Puritains; débuts de Mlle Fio-
retti, 387. — Correspondance : série de concerts dans
le nouveau théâtre Marie, 425. — Correspondance :
derniers concerts donnés dans cette salle, 432. — Dé-
buts de Mme Ristori pour la réouverture des théâtres,
442. — Reprise du Prophète, 450.
Salzburg. — Premier concert de la Société de musique
delà cathédrale et du Mozarteum, 138. — Deuxième
concert, 199. — Musique religieuse exécutée par le
Mozarteum, 287.
Schwerin. Représentation du Conte d'hiver , nouvel
opéra de M. de Flotow, 101.— Sérénade donnée à M. de
Flotow; reprise d'Indra, 183. — Clôture des repré-
sentations du théâtre de la Cour, par Robert le Diable,
191. — Premier festival du Mecklenbourg; clôture du
théâtre de la Cour, 23J.
Sondersiiaosen. Représentation de Dinorah, 138.
Spa. Audition de M. Laub, violoniste, 271. — Concert de
Mme Miolan-Carvalho et de J. Prume ; concert de Vi-
vier, pour l'inauguration de la promenade Meyerbeer,
286. — Grand concert auquel prennent part Vivier,
Mlle H. François et Franco-Mendès, 295, 310. — Con-
cert donné par l'harmonie de la Redoute et la So-
ciété musicale de Sainte-Marie d'Ognics, 311. — Con-
cert de L. Brassin, 319. — Audition de Mlle de Guin-
gand et de MM. Duhem et Gitz, â la Redoute, 325. —
Fête musicale brillante, 347.
Stettin. Inauguration de la saison théâtrale par les Hu-
guenots, 387.
Stockholm. Représentation de Lullg et Quinault, opéra
de Berens, 15, 31. — Concerts d'Ole-Bull et de Vieux-
temps, 239. — Arrivée de Mme J. Lind-Goldschmidt,
247. — Vieuxtemps nommé membre d'honneur de
l'Académie de musique et décoré de l'ordre de Wasa,
255. — Réformes introduites dans l'Académie de mu-
sique, 295. — Concerts de Willmann, Lachner,
Mmes H. Tegerstrom et C. Magnus, 311. — Nomination
d'H. Berens comme chef d'orchestre du second théâ-
tre, 427.
Stuttgard. Interruption des représentations do. Dinorah;
cinquantième anniversaire du service de G. Krùger
comme membre de la chapelle royale , 82. — Mise à
l'étude du Soir de la Saint-Jean , opéra de Pressel,
111. — Représentation de cet opéra, 247. - Récapitu-
lation des représentations de l'opéra, 311. — ■ Réou-
verture du théâtre de la Cour par la Nuit de la Saint-
Jean, de Presse!, 355. — Inauguration de la nouvelle
salle des concerts, 363. — Concert de W. Krùger,
3S7. — Représentation du Nid de Cigogne, opéra de
Vogel, 403.
Swinemunde. Concert donné par W. Kriiger au profit
des pauvres , 310.
Toepl-.tz. Célébration du premier festival de la Bohême,
303.
Tournai. Incident curieux pendant la représentation de
la Muette de Portiei, 137. — Concert de Wicart, 338.
Trieste. Début de Mlle A. Jackson dans Robert le
Diable, 223. — Préparation de Dinorah, 295.
— Réouverture du grand théâtre par les Puritains,
355.
Turin. Représentation de Guillaume Tell , 83. — Re-
présentation du Barbier ; Mlle Fioli , 277. — Exécu-
tion d'une symphonie de M. Caliste Borelli, 403. —
Représentation de Bianca Capello, de Dell'Ongara, et
i'Esmératda, ballet de Perrot, 411.
Dpsal. Sérénade donnée par les étudiants à Jeuny Lind,
339.
Varsovie. Concerts de J. Wieniawski, 23.— Solennités
musicales pour réunir les fonds destinés au nouveau
Conservatoire, 111. — Ouverture de cet établissement
sous la direction de M. Ap. Kontski, 303. — Opéras
composés par Mouiuszko , 311.
Venise. Fermeture de tous les théâtres, 23.
Vergnies. Inscription â la mémoire de Gossec, 54-
Vienne. Théâtres impériaux abandonnés à l'industrie
privée , 7 . — Réouverture prochaine de l'Opéra ita-
lien ; anniversaire de Beethoven; théâtres nouveaux, 15.
— Concert de l'Académie de chant : le Mari à la
porte , au Carl-Theater , 23. — Avis singulier d'un
facteur de pianos, 31. — Rentrée d'Ander dans Stra-
della, 32. ■ — Premier concert philharmonique ; reprise
d'Iphigenieen Tauride, 39. — Reprise des Huguenots,
63. — Centième soirée du quatuor Hellmesberger, 74.
— Grimminger dans le Prophète ; saisie du journal
Recensionen, 83. — Reprise du Moulin du Diable, de
W. Muller , 102. — Programme de la saison du
théâtre Italien, 111. — Représentations du théâtre de
la cour, 138. — Concert chez le prince Paul Es-
terhazy ; cinquantième anniversaire des débuts de
Mme Haitzinger ; soirée Muzart à la Suciété philhar-
monique, 147. — Début de Mlle Lagrua dans Norma;
reprise des Huguenots ; succès d'Orphée aux enfers;
départ de Mme C. Schumann ; exécution du Mise-
rere d'AUegri à l'église des Augustins , 155. — Re-
présentations de Mlle Lagrua ; représentation d'un
ballet intitulé la Nymphe ; concert de J. Stockhau-
sen, 163. — Représentation de Rigoletto ; bénéfice
de l'orchestre de l'Opéra de la cour, 170. — Repré-
sentation de Domingo, opéra-comique de Dessauer ;
concert de Poznanski ; représentations de l'opéra alle-
mand , 183. — Troisième concert de J. Stockhausen ;
engagement de Mlle Frassini au théâtre de la cour ,
191. — Représentations de Lucrezia Borgia et de la
Traviala par la troupe italienne, 199. — Succès de
MlleLagruadanslMssetfio di Corinto et de Mme Char-
ton -Demeur dans VElisir d'amore, 206. — Envoi
d'une bague enrichie de diamants à Herbeck , de la
part de l'empereur, 213. — Sérénade donnée au roi
Louis de Bavière par la société académique de chant;
représentations de Mme Ellinger, 215. — Clôture du
théâtre italien , 223. — Représentation au bénéfice
de Mlle Lagrua; travaux du théâtre de la cour, 231.
— Concert donné par la troupe italienne au profit de
l'Association académique de chant, 239. — Ouverture
de la saison allemande , 255. — Construction d'une
nouvelle salle d'opéra, 263. — Opéras en projet pour
la saison prochaine, 271. — Distribution des prix aux
élèves du Conservatoire, 287. — Nouvelle partition de
Rubinstein ; direction du théâtre italien confiée â Salvi,
295. — Mise en répétition de la Fiancée, d'Auber,
303. — Rentrée d'Ander dans le Prophète ,311. —
Représentations de l'opéra de la cour, 319. — Démis-
sion d'Eckert, directeur de ce théâtre ; projet de mo-
nument en l'honneur de Beethoven, 326. — ■ Reprise
de l'Etoile du Nord, 339. — Conditions de l'entreprise
particulière du théâtre de la cour, 347. — Reprise de
la Juive; projet d'un nouveau théâtre, 355. — Asso-
ciation de charité entre les chefs des corps de musique
militaire, 363. — Morceaux portés aux programmes
des concerts philharmoniques et de l'association des
étudiants, 371. — Départie Liszt; ouverture prochaine
du théâtre Treumanu , 379. — Mise â l'étude de la
Médée, de Cberubiui , 387. — Rapport du secrétaire
du Maenner-Gcsang-Verein, 395. — Solennité musi-
cale à l'occasion de l'anniversaire de la naissance de
Schiller, 403. — Nouvelles diverses , 419. — Annonce
d'un concert de la Concordia ; soirées de quatuors
d'Hellmesberger, 427. — Concession de l'opéra à une
entreprise particulière, 435. — Difficulté de trouver un
imprésario pour l'opéra de la cour ; représentation de
la Poupée de Nuremberg , au Karl-Theater , 442. —
Compétiteurs nombreux pour la direction de l'opéra de
la cour, 450.
Weimar. Exécution de l'ouverture de Dinorah à la
cour, 111. — Représentation, au théâtre de la cour,
de Frauenlob, opéra nouveau de E. Lassen, 170. —
Représentations de Mme Burde-Ney, au théâtre grand-
ducal , 214. — Mise en répétition de Macbeth, de
Chelard, 295, 386. — Représentation de cet opéra;
l'intendant général Dingelstedt nommé commandeur de
l'ordre du Faucon, 411
Wiesbade. Représentation de Dinorah, 122. — Mme Zirn-
dorfer, dans Robert te Diable, 183. —Début de Ti-
chatscheck dans Lohe.ngrin,ilh. — Fin des représen-
tations de cet artiste , 239. — Représentation du
Barbier par la troupe italienne de Merelli ; concert du
Kursaal, 263. — Programme d'une solennité musicale,
285. — Concert de L. Brassin, 294. — Concert de
H. Litolff, 311. — Inauguration de la saison par le
Duc de Tijrol, opéra nouveau de Nargiller, 37S. —
Concert de bienfaisance, 450.
Wittemberg. Concert spirituel â l'occasion de l'anniver-
saire de la mort de Mélanchton, 171.
Wurtzbourg. Représentation du Pardon de Ploërmel,
122. — Hymne â quatre voix, composée par le duc de
Saxe-Cobourg -Gotha, 171.
Zofingen. Célébration du festival d'Argovie, 254-
Zurich. Fête commémorative en l'honneur de Spohr ,
13S. — Sérénade donnée à A. Jacll , par la Société
chorale, 41S.
Zwickad. Célébration du cinquantième anniversaise de
la naissance de R. Schumann, 199, 239.
H
(Voyez aussi Nominations.)
Alard (D), nommé officier de l'ordre de Charles III, par
S. M. la reine d'Espagne, 2S5.
Alary, décoration de l'ordre de Charles III d'Espagne,
370.
Alexandre (E.), décoration de la Légion d'honneur, 31.
Alexandre père et fils, diplôme d'honneur décerné par
le jury de l'exposition universelle de Besançon, 409.
Amat (L.), décoration de la Légion d'honneur, 338.
Artus (Al.), médaille d'argent, grand module, de la part
de S. M. l'Empereur, 346.
Aucher, médaille de première classe décernée par le
jury de Besançon, 409.
Barbier (F.), médaille de la part de S. M. l'Empereur,
294.
Batta (A.), nommé officier de l'ordre de la Couronne de
chêne, par S. M. le roi des Pays-Bas, 238.
Id. grande médaille d'or du Mérite, de la part de S. M.
le roi de Sardaigne, 346. «
Battu (Mlle M.), magnifique bracelet de la part de M.
Calzado, 61.
Bonnifas, médaille d'argent de première classe, décernée
par le jury d'exposition de Montpellier, 278.
Bourdon, médaille d'argent de la part de S. M. l'Empe-
reur, 370.
Brandus (G.), médaille en or du Mérite civil, de la part
de S. M. le roi de Wurtemberg, 31.
Cohen (J.), belle médaille delà part de S. M. l'Empe-
reur, 31.
Cormon (E.), décoration de la Légion d'honneur, 294.
Dalloz (P.), décoration du même ordre, 294.
Danel (L.), décoration du même ordre, 294.
David (F.), pension de 2,400 fr. accordée par S. M. l'Em-
pereur, 394.
Debain, décoration de la Légion d'honneur, 73.
Delteil, médaille d'argent de la part de S. M. l'Empe-
reur, 370.
Empis, nommé commandeur de l'ordre de la Légion
d'honneur, 21.
Ferraris (Mme), bracelet enrichi de diamants de la part
de S. M. l'Empereur, 109.
Florentino, décoration de l'ordre d'Ernest, par S. A. R .
le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, 22.
Foulon, décoration de la Légion d'honneur, 38.
Franco-Mendès (J.), décoration de l'ordre du Mérite, par
S. A. R. le duc de Saxe-Meiningen, 38.
Id., décoration (quatrième classe) de l'ordre Adolphe de
Nassau, 62.
Gevaért, décoration de la Légion d'honneur, 294.
Groot (de), médaille d'argent de la part de S. M. l'Em-
pereur, 294.
Hammer (R.), décoration du Lion et du Soleil, par le
shah de Perse, 394.
Haslinger (C), croix eu or pour le mérite, décernée par
S. M., l'empereur d'Autriche, 22.
Herz (H.), diplôme d'honneur décerné par le jury de
Besançon, 402.
Kapry (G.), belle bague en or surmontée d'un saphir,
de la part de S. M. l'Impératrice douairière de Russie,
213.
Kastner (G.), décoration de l'ordre d'Ernest, par S. A. R.
le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, 14.
Kiicken, décoration de l'ordre de Danebrog, par S. M.
le roi de Danemarck, 370.
Lacaussade, décoration de la Légion d'honneur, 294.
Laya (L.), décoration du même ordre, 294.
Lefèbvre (H.), décoration de l'ordre d'Ernest , par S.
A. R. le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, 22.
Maillart (A.), médaille en argent, de la part de S. M.
l'Empereur, 61.
Id., décoration de la Légion d'honneur, 294-
Id., médaille en or, de la part de S. M. l'Empereur, 362.
Marpurg, médaille en or pour les arts et les lettres, de
la part de S. A. le grand-duc de Hesse, 278.
Martin (P.), médaille d'argent de première classe, dé-
cernée par le jury de l'exposition de la Société philhar-
monique de Bordeaux, 22.
Id., médaille d'or décernée par le jury de l'exposition
de Montpellier, 262.
Mérimée, nommé commandeur de l'ordre de la Légion
d'honneur, 294.
Méry (L.), épingle ornée d'une perle fine, de la part de
S. M. l'Empereur, 346.
Moitessier, médaille d'argent décernée par le jury de
l'exposition de Montpellier, 262.
Morel (A.), décoration de la Légion d'honneur, 338.
Id., épingle ornée d'une perle fine, de la part de S. M.
l'Empereur, 346.
Perrot de Renneville, médaille d'argent, de la part de
S. M. l'Empereur, 370.
Pfeiffer (G.), bague enrichie de diamants de la part de
S. M. l'impératrice douairière de Russie, 238.
Provost (E.), décoration de l'ordre de Charles III d'Es-
pagne, 402.
Révial, décoration de la Légion d'honneur, 294.
Saint-Victor, décoration du même ordre, 294.
Sarasate, décoration de l'ordre de Charles III d'Espa-
gne. 441.
Schwab (F.), décoration du même ordre, 377.
Séjour (V.), décoration de la Légion d'honneur, 294.
Sighicelli, décoration de l'ordre de Charles III, d'Espa-
gne, 378.
Tichatscheck, médaille d'or pour les sciences et les arts,
de la part de S. A. le grand-duc de Hesse, 197.
Viardot (Mme P.), riche bracelet de la part de la grande-
duchesse Hélène de Russie. 311.
Vieuxtemps (H.), décoration de l'ordre de Gustave Wasa,
par S. M. le roi de Suède, 239.
Wagner (R.), décret d'amnistie rendu en sa faveur par
S. M. le roi de Saxe, 278.
Wey (F.), nomme officier de l'ordre de la Légion d'hon-
neur, 294.
DES MATIERES.
Jurisprudence artistique, scientifique
et théâtrale.
Demande en réhabilitation de M. Sax, 38.
Jugement de la sixième chambre du tribunal de la Seine,
en faveur de M. Ad. Sax contre ses contrefacteurs ,
130.
Action intentée, sous prétexte de diffamation, par M.
Kretzschmann contre M. A. Sax, 246.
Procès de M. Calzado contre M. de Saint-Salvi, pour la
location du théâtre Italien, 285.
Rejet du pourvoi de M. G. Bessou dans le procès des
contrefacteurs d'A. Sax, 294.
Arrangement à l'amiable d'un différend survenu entre
MM. Réty et E. Reyer, 345.
Arrêt de la Cour impériale de Douai donnant gain de
cause à la Société des auteurs, compositeurs et édi-
teurs de musique, contre le directeur du Pré-Catelan
de Lille, 346.
Arrêt de la Cour impériale confirmant le jugement de
première instance dans le procès de M. J. Barbier
contre la commission des auteurs, à propos des Noces
de Figaro, 410.
Jugement de la sixième chambre du tribunal de pre-
mière instance dans une affaire relative au droit de
réponse, contre MM. Paris et Chevé, 431.
JLettres.
M. Eug. Déjazet aux principaux organes de la presse
théâtrale, au sujet de son privilège, 190.
Les vingt-trois signataires d'une brochure intitulée : Ob-
servations de quelques musiciens et de quelques
amateurs sur la méthode Chevé , aux membres du
comité de patronage de cette méthode, 174.
MM. Aimé Paris et Emile Chevé â M. le directeur de la
Revue cl Gazette musicale, 220.
M. Oppelt au directeur du journal, à propos de la tra-
duction du Meunier de Mérân, 230.
M. L. F. Vaudin au directeur du journal, à propos de
la démission de M. Eug. Delaporte, 277.
Rossini à M. H. Schlesinger, pour le remercier de l'en-
voi d'un portrait de Mozart, 294.
Meyerbeer à MM. les membres du conseil communal de
Spa à propos de la promenade à laquelle on a donné
son nom, 301.
M. W. Cronthal à M. le comte de Sollohub, sur le passé,
le présent et l'avenir du chiffre appliqué à la nota-
tion musicale en Allemagne, 366, 374.
S. A. R. le duc de Saxe-Cobourg à la Société chorale
pour voix d'homme de Vienne, 450.
Littérature musicale.
Prospectus de la Biographie universelle des musiciens,
par M. F.-J. Fétis père, 19.
Mondonville et la guerre des coins, art. d'A. Pougin,
193, 201, 217, 225, 241,
Chants de l'armée française, par G. Kastner (V. l'année
précédente), 227.
Fragments de l'introduction d'Une histoire générale de
la musique, par Fétis père, 233, 289, 305, 321, 358,
381.
Conclusion d'un article de la Revue contemporaine, par
M. A. Lefaivre, sur la critique musicale en Allemagne,
De la musique en Espagne, art. d'A. de La Fage, 397,
415, 423.
Mariages.
Mlle V. Balfe, avec sir John Crampton, 145.
Mlle Piccolomini avec le marquis Gaétani, 181.
Mme la princesse de Wittgenstein avec F. Liszt, 197.
Mlle Mirés avec M. le prince de Polignac, 213.
Mlle Pauline Thys avec M. Charles Sébault, 222.
Mlle Isabelle Bessie-Hampton avec H. Wieniawski, 285.
Mlle Natalie Eschborn-Frassini avec le prince Ernest de
Wurtemberg, 302.
Mlle Hedwigc-Brezowska avec M. le comte Méjan, 302.
Mlle E. Guérete avec M. C. Aland, 346.
Mlle A. Heugel avec M. H. Chevalier, 362.
Mlle Wilfrid de la Rochefoucauld avec H. Litolff, 370.
Mlle Marie Pion avec M. Robert Nourrit, 434.
Musique militaire.
Modifications introduites dans la musique des régiments
par un décret en date du 26 mars, 137.
Autorisation accordée à la musique des guides d'accom-
pagner les orphéonistes à Londres, 230.
Musique religieuse.
MESSES. - ORATORIOS. — SOLENNITÉS RELI-
GIEUSES. - ORGUE.
Inauguration de l'orgue de Sainte-Clotildo, art. d'A. de La
Fage, 4.
Messe nouvelle de M. Benoist, exécutée â Saint-Eus-
tache, 6.
Exécution de plusieurs morceaux de MM. Ed. Hocmelleet
A. Elwart à la chapelle du Sénat, 6.
Messe de M. L. Gastinel, exécutée dans l'église de Saint-
Vincent-de-Paul, 46.
Inauguration d'un harmonium De.bain à Notre-Dame de
Lorette, 62.
Messe de M. Benoist, exécutée à Saint-Eustache au pro-
fit de la caisse des écoles, art. d'A. Botte, 117.
Solennité à Saint-Eustache pour l'inauguration des gran-
des peintures de cette église, 146.
Exécution d'une messe à grand orchestre de M. Peny,
dans l'église Sainte-Marguerite, 146.
Exécution de la messe en fa mineur, de Mozart, dans
l'église dé Neuilly, 146.
Exécution d'une messe de M. Leprévôt, dans l'église de
Sainte-Marguerite, 205.
Séance préparatoire du congrès pour l'amélioration du
plain-chant et de la musique d'église, 205.
Messe de M. le prince de Polignac, exécutée à la Made-
leine pour le mariage de Mlle Mirés avec l'un des frères
du compositeur, 213.
Ave Maria, de Gounod, chanté par Mlle E. Guérette dans
une messe de mariage à Saint-Mandé, 238.
Concours de l'école de musique religieuse de Paris, 577.
Messe chantée dans l'église de Passy pour le mariage de
Mlle A. Heugel avec AI. H. Chevalier, 362.
Messe impériale d'Haydn, exécutée le jour de la Tous-
saint par la maîtrise de Saint-Roch, 386.
Fête patronale de Saint-Eustache; messe en musique de
M. Castégnier, art. d'A. Pougin, 391.
Messe de Cherubini à la Madeleine, au profit de l'Asso-
ciation philanthropique des artistes de l'Opéra, art.
d'A. Botte, 406.
Inauguration d'un orgue de chœur à Saint-Germain des
Prés, 409.
Séance d'ouverture du congrès pour la restauration du
plain-chant et de la musique d'église, 426.
Messe de M. Charles Manry, à Saint-Eustache, art. d'A.
Botte, 447.
N
Nécrologie et articles nécrologiques.
Alexandre (Mme), 182.
Autor, 326.
Barrit (G.-H.), 370.
Béraud (A.), 54.
Bianchi (Mme L.), 319.
Binder (C), 419-
Boehner (L.), 146.
Breitig(H.),442.
Buhl (J.-D.), 146.
Cornet (J.), 362.
Couplet (J.), 146.
Czartoryski (le prince C),
191.
Devaux, 14.
Dotzauer (J.-F.), 110.
Echeverria, 230.
Ely, 362.
Enke (H.), 22.
Félix-Mélotte (Mme), 230.
Hexmore (R.), 310.
Galiotti (G.), 403.
Girard (N.), art. nécrolo-
gique signé P. S., 29.
Gliérîiann (G.), 22.
Gordigiani (L.), 182.
Goria (A.), 246.
Gosselin, 54.
Haminerstein, 102.
Hausmann, 302.
Heiu.Tg (J.-L.), 326.
Hérold (Mme veuve), 102.
Horzalka, 346.
Jullien. 102.
Id., art. nécrolog., 109.
Kastner père, 410.
Kramer (C), 73.
Luchini (Mme R.), 230.
Lurine (L.), 418.
Mathieu (N.-J.), 286.
Mayer(J.), 403.
Méreaux (Mme A.), 263.
Miolau (Mme veuve), 92.
Montés (Mme Lola-), 278.
Moreau-Sainti. art. nécro-
logique, 130.
Moritz-Reuchsel (Mlle), 410.
Moscheck (C), 82.
I\":elsen (N.-P.), 137.
Paér (A.), 222.
Panseron, service du bout
de l'an, 270, 278.
Pillet-Will (le comte), 54, 62.
Raby (Mme), 386.
Rée (E.), 73.
Rellstab IL.), 426.
Robberechts (A.), 198.
Id. , art, nécrolog., 205.
Rollandini (MlleL.), 146.
Sauvageot (C), 121.
Schedemeyer, 162.
Schrœder-Devrient (Mme),
46, 92.
Schubert (Mme A.), 62.
Segarelli, 146.
Silcher, 310.
Sobiéry, 7.
Solomé, 354.
Spannagel (Mlle), 403.
Stahremberg (le prince G.
A.), 154.
Stilcher, 47.
Teichmanu, 278.
Thys (Mme), 102.
Tinney (F. -G.), 119.
Trœg (A.), 286.
Turbri (H.l, 22.
Vohs-Werdy (Mme), 246.
Waagen-Schechner (Mme
N.), 190.
Weigl (Mme E.), 92.
Wild (F.), -12.
Wœlffle (A.), 295.
Zœllner (C), 354.
Zumsteeg (G.-A.), 22.
rVoininations.
Bacciocchi (S. Exe. M. le comte) comme surintendant des
théâtres impériaux, 433.
Beaumont (A.), comme directeur privilégié de l'Opéra-
Comique, 229.
Calzado, comme directeur du théâtre Italien (prolonga-
tion de privilège), 362.
Candia père (le major général de), comme commandant
général de la division militaire de Sardaigne, 425.
Caumont, comme directeur des beaux-arts au ministère
d'Etat, 377.
Coenen (F.), comme membre de mérite de la Société
néerlandaise pour l'encouragement de l'art musi-
cal, 394.
Deldevez, comme second chef de la Société des con-
certs, 169.
Dormeuil père, comme directeur privilégié du théâtre
du Vaudeville, 433.
Gounod (C), comme membre correspondant de la Société
néerlandaise, 394. r
Jahn (O.), id., 394.
Kastner (G.), comme membre démérite de la même So-
ciété, 394.
Léonard (M. et Mme), comme membres associés de la
Société philharmonique du Calvados, 346.
Leroy, comme régisseur de l'Opéra-Comique, 402.
Marchand (E.), comme secrétaire général du ministère
d'Etat, 418.
10
Massé (V.), comme chef de chant à l'Opéra, 37.
Petipa, comme professeur de la classe de perfectionne-
ment de la danse à l'Opéra, 92.
Réty (C), comme directeur du théâtre Lyrique, 129,
145.
Rubinstein (A.), comme membre honoraire de la Société
philharmonique de Londres, 190.
Saxe-Cobnurg-Goiha (S. A. R. le duc de), comme membre
de la Société d'Euterpe à Vienne, 230.
Stockhausen (J.i, comme membre honoraire de la Lieder-
tafel de Mayence, 285.
Tilmant, comme chef d'orchestre de la Société des con-
certs, 169.
Van-Eyken, comme membre de mérite de la Société néer-
landaise, 394.
Volkmann, id., 394.
Walewski (S. Exe. M. le comte), comme ministre d Etat,
409.
Questions artistiques, musicales et
théâtrales.
Sur l'enseignement populaire de la musique, art. de Fé-
tis père, 9, 25, 41, 65.
Subventions aux théâtres impériaux et au Conservatoire
de musique, 21.
Examen de la situation nouvellement faite aux théâtres
des communes annexées, 21.
Lecture à l'Académie des sciences d'un mémoire de
M. Cavaillé-Coll sur la. Détermination des dimensions
des tuyaux d'orgues par rapport à leur intona-
tion, 46.
Observations de quelques musiciens et de quelques ama-
teurs sur là méthode de musique de M. le docteur
Chevé, 107,118.
Traité passé entre la ville de Paris et l'entrepreneur des
deux théâtres de la place du Châtelët, 145.
Ouverture de l'enquête pour la construction d'une nou-
velle salle d'Opéra, 153, 181, 204, 386.
Fondation du Cercle, de l'union artistique, 154, 198.
Enseignement populaire de la musique (extrait de la
Revue contemporaine), 166.
Polémique avec MM. Emile Chevé et Aimé Paris, art.
signé S. D., 220, 236.
Commission nommée pour l'examen de l'emplacement de
l'Opéra, 221, 237, 245.
Constructions projetées des théâtres du Prince impérial,
du Cirque et du théâtre Lyrique, 222.
Loi votée par le Corps législatif pour la prolongation des
breveis d'A. Sax, 262.
Texte de cette loi, 332.
Circulaire du préfet de police relative au diapason nor-
mal, 410.
Le théâtre de l'Opéra replacé dans les attributions du
ministre d'Etat, 418.
V annexe-piano de MM. Alexandre père et fils et le litho-
phone de M. Bordas, 418.
Sur l'utilité de la création d'un institut spécialement
destiné â l'enseignement de la musique (extr. du Fils
de lu patrie, journal russe), 424.
Augmentation des droits d'auteurs à l'Opéra, 433.
SSeccttes «les théâtres, concerts, hais et
spectacles de curiosités.
Album des contemporains, art. d'A. Botte, 3.
Six proverbes, de Gevaërt, art. d'A. Botte, 4.
Douleur, mélodie ; le Vent d'automne, mélodie, par H.
Litolff, art. signé Y., 61,
O belle étoile. ! ô doux regard! mélodie par A. Reichardt,
art. d'A. Botte, 300.
Deux Chœurs religieux; deux morceaux de l'Amour,
par L. Lacombe ; Répertoire des Orphéons et des So-
ciétés chorales, art. d'A. Botte, 376.
PIANO.
Album de H. Litolff, art. d'A. Botte, 4-
Confidence, Rimenibranza, par A. L'Hôte, art. signé Y.,
29.
Publications nouvelles de J. Blumenthal, art. de G.
Héquet, 59.
Deuxième édition de la Danse des Fées, par E. Prudent,
art. d'A. Botte, 70.
Mosaïque brillante sur le Pardon de Ploérmel, par A.
Kalkbrenner ; trois fantaisies sur Maria, par F. Hun-
ten; Orphée, de Gluck, par A. Vincent; souvenir du
Prophète, par P. Perny, Echos des opéras, par
Rummel ; Ida, valse-caprice, et Mathilde, valse-ca-
price, par E. Wolff, art. d'A. Botte, 108.
le Trésor des pianistes, par A. Farrenc, art. de Fétis
père, 179.
Mélodie irlandaise de Marta, transcrite pour piano, par
Ponce de Léon, art. signé Y., 252.
Grand caprice sur les Huguenots, par Magnus, art. signé
S. D.. 253.
Décembre
1859,
30
Juin
Janvier
1860,
53
Juillet
Février
—
91
Août
Mars
—
153
Septembre
Avril
—
190
Octobre
Mai
—
222
Novembre
ES
suie critique.
CHA
NT.
TABLE ALPHABETIQUE
Tableau de genre àe Siép. Heller, art. d'A. Botte, 283.
Caprice-valse sur le Pardon de ploérmel ; transcription
du Prophète;l& Carillon, par A. Jaell. —Transcrip-
tion de l'Air varié, de Vieuxtemps, par L. Brassin. —
Fantaisie dramatique sur Stradella, par A. Longue-
yjlle. — Bouquet de mélodies ur le Roman d'Elvire,
par J.-C. Hess. — Souvenirs de Guillaume Tell, par
A. Durand. — Fantaisie de concert sur la Part du
Diable, par L.-F.-A. Frelon. — Valse-boléro sur
Pianella, par Musard, art. d'A. Botte, 300.
Schlller-Marsch, deMeyerbeer, arrangée â quatre mains;
deux Chansons polonaises, par Éd. Wolff; caprice
brillant sur le Carnaval de Venise, de Ch. Voss, ar-
rangé à quatre mains, art. d'A. Botte, 323.
Fantaisie sur le- Comte Ory ; Caliban, grande valse de
salon ; l'Escarpolette, morceau de salon, par R. Fa-
varger ; la Prière d'une vierge, arrangée à quatre
mains ; Douce rêverie, par T. Badarzewska ; Vivacité,
galop de concert; Constance, allegretto; mon Para-
dis, andante, par A. Cunio, art. d'A. Botte, 368.
Sonate ; six grandes études, par G. Péronnet, art. d'A.
Botte, 400.
Fantaisie-caprice sur le Pardon de Ploérmel, par D.
Magnus ; transcription variée du Pardon de Ploérmel,
par Ch. Neustedt; fantaisie sur les Huguenots et sur
Maria, par R. Favarger, art. d'A. Botte, 424.
Romance-étude; Inquiétude; les Travestissements;
une Chanson d'autrefois; au Bord de la mer, par
A. Méreaux ; transcription du Souvenir d'Amérique,
d'H. Vieuxtemps, par A. Vincent; le Bouquet de la
Fiancée, par C. Jeltsch, art. d'A. Botte, 431.
Romances sans paroles, de Mendelssohn, premier vo-
lume du Répertoire de musique classique du piano.
— Six nouvelles mélodies, deL. Lacombe, art. d'A.
Botte, 447.
COMPOSITIONS INSTRUMENTALES DIVERSES.
Concerto pour violoncelle, par P. Seligmann, art. d'A.
Botte, 19.
Marta, trio pour piano, violon et orgue ; Robert le Dia-
ble, grand duo caractéristique pour piano et orgue ;
trio de Guillaume Tell, arrangé pour piano, violon et
orgue, par F. Brisson, art. signé Y., 29.
Quinzième grand solo pour la flûte, par Tulou, art.
signé Y., 253.
Sixième petit air varié pour violon, par Ch. Dancla,
art. signé Y., 253.
Fantaisie de concert sur la Muette, par D. Alard. —
Fantaisie de concert sur la Muette; morceau de
salon sur le Pardon de Ploérmel ; divertissement sur
Marta, par Ad. Herman. — Six mélodies pour violon
ou violoncelle et piano, par A. Bessems, art. d'A.
Botte, 342.
Souvenirs de la Société des concerts du Conservatoire,
six duos pour violon et piano, par Ch. Dancla, art.
d'A. Botte, 376.
Le Roi, des Aulnes, ballade de F. Schubert, orchestrée
par H. Berlioz, art. d'A. Botte, 400.
MÉTHODES ET OUVRAGES DE THÉORIE.
Méthode simple et facile pour apprendre à accompa-
gner le plain-chant avec orgue à clavier transposa
leur, par A. Bruneau, art. d'A. de La Fage, 20.
Ouvrages divers relatifs à V accompagnement du
plain-chant, art. d'A. de La Fage, 211, 252.
L'Art de chanter, par H. Panofka. (Extr. de la Revue
contemporaine), 222.
OUVRAGES DIVERS.
Biographie universelle des musiciens, 2e édition, par
F.-J. Fétis, art. de P. Smith, 80,186, 259.
Méhul, sa vie et ses œuvres, par P.-A. Vieillard, art.
d'A. de la Fage, 128.
Histoire du Conservatoire impérial de. musique et de
déclamation, par Lassabathie, art. de Paul Smith,
Découverte des anciens vernis italiens employés pour
les instruments à cordes et à archets, par M.-E.
Maillard, art. d'A. de La Fage, 298.
Sul nuovo R. instituto dominicale, di Firenze, cenno
di A. Basevi, art. d'A. de La Fage, 308.
Histoire de la Société des concerts du Conservatoire
impérial de musique, par A. Ebvart, art. de P.
Smith, 341.
Paiis en lSB0;les théâtres de Paris depuis IS06
jusqu'en 1860, par M. L. Véron, art. de Paul Smith,
389.
Suppléments.
(Voyez à la fin de la table.)
T
Théâtres de BDaris.
(Pour les théâtres des départements et de l'étranger,
voir à ces mots.)
THÉÂTRES LÏH1QUES.
OPÉRA.
Début de Mlle M. Brunet dans les Huguenots, 30.
Mme C. Barbot dans la Favorite, 45.
Début de Michot dans la Favorite, art. signé P. S.,
Première représentation de Pierre de Médicis, opéra en
quatre actes, musique du prince J. Poniatowski, art.
de P. Smith. 85.
Michot, dans Lucie, de Lammermoor, 169.
Accident arrivé à Mme Ferraris dans Pierre de Médicis,
204.
Représentations de Wicart dans Guillaume Tell, 321.
Strophes de M. Méry, mises en musique par M. J. Cohen
à l'occasion de l'annexion de Nice et de la Savoie à
la France, 222.
Premier emploi du diapason normal, 229.
Wicart dans les Huguenots, 245.
Photographie des costumes de Pierre de Médicis, 245.
Première représentation de Sémiramis, opéra en quatre
actes, musique de Rossini, art. de P. Smith, 249.
Robert le Diable ; débuts de Mme Vandenheuvel-Du-
prez et de Mlle Marie Sax, art. signé R., 273, 284.
Représentation gratuite à l'occasion delà fête de S. M.
l'Empereur ; chant d'allégresse de M. A. Maillait,
293.
Représentation extraordinaire au bénéfice des chrétiens
d'Orient, 203, 301.
Mme Vandenheuvel dans les Huguenots, 301.
Le Trouvère, avec Michot et Mlle B. Marchisio, 324.
Adoption du procédé Carteron, 324.
Rentrée de Mlle Emma Livry dans la Sylphide, 345.
Reprise du Prophète ; rentrée de Mme Tedesco dans le
rôledeFidès, art. signé P. S., 357.
Rentrée de Gueymard dans le Prophète, 401.
Accident arrivé à Mlle Baratte, choryphée de la danse,
409.
Première représentation du Papillon, ballet-pantomime,
musique de J. Offenbach, art. de P. smith, 413.
Exécution à' Ivan IV, cantate de M. Paladilhe, 425.
Reprise de Guillaume Tell; Morelli et Mlle Carlotta
Marchisio, 449.
OPÉRA-COMIQUE.
Reprise aVHaydée, 6.
Troy dans le Pardon de Ploérmel, art. signé P. S., 17.
Rentrée de Faure et de Mme Faure-Lefebvre, 45.
Première représentation du Roman d'Elvire, opéra-co-
mique en trois actes, musique d'Amb. Thomas, art. de
D. A. D. Saint-Yves, 49.
Reprise de Galathée, avec Mme Cabel, 61.
Début de Mlle Tuai dans Fra Diavolo, 91.
Renirée de Mlle Monrose dans le Roman d'Elvire, après
une longue indisposition, 136.
Début de Mlle Breschon dans le Chalet, 136.
Première représentation du Château-Trompette, opéra-
comique en trois actes, musique de Gevaert, art. de
D. A. D. Saint- Yves, 157.
Première représentation de Rita ou le Mari battu, opéra-
comique en un acte, musique posthume de Donizetti,
art. de D. A. D. Saint-Yves, 173.
Première représentation de l'Habit de Milord, opéra-
comique en un acte, musique de M. P. Lagarde, art.
de D. A. D. Saint-Yves, 185.
France et Savoie, cantate de M. Matton, chantée â l'oc-
casion de l'annexion, 222.
Changement de direction, 229.
Représentation extraordinaire ayant pour but de délivrer
du service le fils d'un artiste, 237.
Changements dans le personnel de l'administration, 238.
Représentations de Roger, 245.
Rentrée de Mlle Dupuy dans le Chercheur d esprit,
245.
Début de Laget dans le Toréador, 253.
Rentrée de Carré dans le Songe d'une nuit d'été; rentrée
de Couderc dans l'Avocat Pathelin; Roger et Mme
Ugalde dans le Domino noir, 262.
Adieux de Roger dans la Dame blanche, 270.
Reprise du Petit Chaperon-Rouge, opéra-comique en
trois actes, musique de Boieldieu, art. de D. A. D.
Saint-Yves, 273.
Représentation gratuite à l'occasion de. la fête de b. ni.
l'Empereur; Vive l'Empereur! cantate de M. J.
Cohen, 293.
Mlle Monrose dans la Part du Diable, 301.
Première représentation du Docteur Mirobolan, opéra-
comique en un acte, musique de M. E. Gautier, art.
de D. A. D. Saint- Yves, 307.
Reprise du Caid, avec Mme Ugalde, 310.
Rentrée de Moutaubry dans Fra Diavolo, 318.
Reprise du Roman d'Elvire, 324. .
Représentation au bénéfice des chrétiens de Syrie ;
Ma Tante, dort; Mlle Monrose dans le rôle de Dino-
rah ; le Petit Chaperon-Rouge, art. signé A. B.,
329.
Rentrée de Mlle Marimon dans les Diamants de la Cou-
ronne, 370. ,
Reprise du Pardon de Ploérmel, art. signé P. b., 373.
Représentations de Mme M. Cabel, 402.
Première représentation de l'Eventail, opéra-comique
en un acte, musique de M. L. Boulanger ; reprise de
la Perruche, de M. Clapisson, art. de D. A. D. Saint-
Yves, 421.
Début de Mme Numa dans le Caid, 433, 441.
Mise en pratique du diapason normal, 441.
Première représentation de Barkouf, opéra-comique en
trois actes, musique de J. Offenbach, art. de D. A. D.
Saint-Yves, 445.
Rentrée de Mme Ugalde dans Galathée, 449.
THÉÂTRE ITALIEN.
Reprise de I Purilani, 6. j,„„„t.
Première représentation de Marghenta la mendicante,
opéra en trois actes, musique de G. Braga, art. signé
P, S., 11,
Mlle Marie Battu dans la Sonnambula, art. signé P. S.,
17.
Premier concert de R. Wagner ; reprise de il Matrimo-
nio segreto, art. de P. Smith, 33.
Deuxième concert de R. Wagner, 46.
Roger et Mlle Marie Battu dans Lucia di Lanvmermoor,
art. signé P. S., 51.
Reprise de Don Giovanni, 61.
Début de Roger dans la Traviata, art. signé P. S., 77.
Rentrée de Tamberlick dans Otello, art. signé P. S., 97.
Reprise de il Crociato in Egitto, musique de G. Meyer-
beer, art. de P. S.iiitb, 113.
Reprise de Rigoletto, 136.
Reprise de Poliuto, 153.
Clôture de la saison, 169.
Programme de la saison prochaine, 293.
Introduction du nouveau diapason, 301.
Réouverture; lu. Sonnambula, art. signé P. S., 349.
Début de Pancani dans le Trovatore, 361.
Début de Mlle Edenska dans le même opéra ; reprise
à'Emani, 377.
Reprise de il Malrimonio segreto, art. signé P. S., 384.
Rentrée de Mario et de Ronconi dans il Barbiere, 393.
Reprise de la Traviala, 402.
Reprise de Marta, de Flotow, art. signé R., 422.
Reprise de Semiramide, 433.
Concert de M. Wekerlin ; les Poèmes de la mer, ode-
symphonie, art. de P. Smith, 439.
Reprise de IPuritani, 449.
THÉÂTRE LYRIQUE.
Reprise de la Reine Topaze, 21.
Première représentation de Ma tante dort, musique de
M. H. Caspers, art. de L. Durocher, 34.
Première représentation de Philémon et Baucis, opéra
en trois actes, musique de Ch. Gounod, art. de L. Du-
rocher, 67 .
Première représentation de Gil Blas, opéra-comique en
cinq actes, musique de T. Semet, art. de Léon Du-
rocher, 114.
Changement de direction, 129.
Première représentation de Fidelio, opéra en trois actes,
musique de Beethoven, art. de L. Durocher, 174.
Reprise des Rosières, opéra-comique en trois actes, mu
sique d'Hérold; première représentation des Valets de
Gascogne, opéra-comique en un acte, musique d'A
Dufresne, art. de L. Durocher, 209.
France et Savoie, cantate chantée à l'occasion de 1 an
nexion, 222.
Première représentation de Maître l'aima, opéra-co
mique en un acte, musique de Mlle Rivay, art. de L
Durocher, 226.
Clôture, 245. .
Représentation extraordinaire au bénéfice de M. Qumchez,
régisseur, 245.
Programme du théâtre pour la saison prochaine, 301.
Réouverture, 310.
Premières représentations de Crispin rival de son maî-
tre, mis en musique par M. Sellenick. et de l'Auberge
des Ârdennes, opéra-bouffon en un acte, musique de
M. A. Hignard; reprise des Dragons de Villars, art.
de L. Durocher, 315.
Différend survenu entre MM. Réty et Reyer, 337.
Début de Mlle Gilliess dans les Dragons de Villars, 362.
Première représentation (a ce théâtre) du Val d'Andorre,
opéra-comique en trois actes, musique de M. F. Ha-
lévy, art. de L. Durocher, 365.
Reprise d'Orphée, 393.
Représentation extraordinaire au bénéfice d'Emile Taigny,
393.
Première représentation des Pêcheurs de Cutané, opéra-
comique en trois actes, musique de M. A. Maillart,
art. de L. Durocher, 437.
REVUE DES THEATRES.
Par D. A. D. Saint-Yves.
Bilan dramatique de l'année 1859, 12.
Les a-propos et les cantates du 14 juin, 228.
La semaine des revues, 448.
THÉÂTRE-FRANÇAIS.
Le Quinze janvier, à-propos en un acte, par M. H. de
Bornier ; le Malade imaginaire et ses trois intermèdes,
36.
Le Feu au couvent, comédie en un acte, de M. T. Bar-
rière, 119.
Reprise de l'Aventurière, comédie de M. E. Augier, 152.
Représentation au bénéfice d'une petite-fille de Racine ;
Mme Ristori et la Fedra; stances de M. Legouvé ;
Hommage à Racine, par M. A. Rolland, 180.
Les deux Veuves, comédie en un acte, par M. Mallefille,
196.
Début d'Ariste dans VEcole des Maris ; reprise du Cœur
et la Dot, de M. Mallefille, 244.
L'Africain, comédie en quatre actes, par M. Charles Ed-
mond, 292.
Débuts de Guicbard clans Britannicus et dans Horace et
Lydie ; débuts de Mlle Ponsin dans l'Ecole des Vieil-
lards, 317.
Continuation des débuts de Guichard et de Mlle Ponsin,
336.
Reprise des Jeunes Gens, de M. L. Laya, 352.
Reprise de l'Ecole des Vieillards, 369.
La Considération, comédie en quatre actes et en vers,
par M. C. Doucet, 401.
DES MATIERES.
ODÉON'.
Les Equipées de Stenio, comédie en trois actes, de M. P .
Juillerat, 12.
La Fête de Molière, à -propos en un acte, par M. A.
Martin, 36.
Le Parvenu, comédie en cinq actes et en vers, par
M. A. Rolland, 99.
Daniel Lambert, drame en cinq actes, par M. C. de
Courcy, 152.
Débuts de Mlle Olga dans Cinna; les Profits du ja-
loux, comédie en un acte, par M. de Léris, 180.
Une Veuve inconsolable, comédie en trois actes et en
vers, par M. 0. Perrucbot, 166.
Fermeture, 211.
Réouverture, le Parasite, comédie en un acte et en vers,
par M. E. Pailleron ; les Mariages d'amour, comédie
en cinq actes et en prose, par M. E. Dubreuil, 317.
Débuts de Mlle Karoly et de M. Dubarry, 336.
Les Vertueux de province, comédie en trois actes et en
vers, par M. Galoppe d'Onq'uaire, 352.
Continuation des débuts de Mlle Karoly dans Androma-
que, 369.
La Vengeance du mari, drame en trois actes, de M. A.
Bélot, 392.
L'Epreuve après la lettre, comédie en un acte, par
MM. Delaunay et Rasetti, 416.
L'Oncle million, comédie en cinq actes et en vers, par
M. L. Bouilhet, 432.
GYMNASE.
Reprise du Bal d'enfants, 72.
Le Cheveu blanc, proverbe de M. 0. Feuillet ; une Voix
du ciel, comédie de MM. Fournier et Meyer; le Para-
tonnerre, comédie-vaudeville en deux actes, par
MM. Dupeuty et Gabriel; les Deux timides, vaude-
ville de MM. Marc Michel et Labiche, 119.
Jeanne qui pleure et Jeanne qui rit, comédie en quatre
actes, de MM. Dumanoir et de Kéraniou, 144.
Rentrée de Lafontaine dans une Femme qui trompe son
mari, et dans Je dîne chez ma mère, 180.
Les Pattes de mouche, comédie en trois actes, par M. V .
Sardou, 196.
Reprise des F aux Bons-hommes, 269.
La Folle du logis, comédie en quatre actes, par M. La-
tour Saint-Ybars ; reprise de Sijeunesse savait, vaude-
ville de M. Mélesville, 317.
Le Voyage de M. Perrichon, comédie en quatre actes,
par MM. E. Labiche et E. Martin, 336.
Représentation extraordinaire, dans laquelle s'est fait en-
tendre D. Magnus, 378.
Le capitaine Bitterlin, comédie en un acte, de MM. E.
About et deNajac; un Tyran en sabots, comédie en
un acte, de Mil. Dumanoir et Lafargue, 392.
Reprise delà Dame aux camélias, 416.
VAUDEVILLE.
La Pénélope normande, pièce en cinq actes, par M. A.
Karr, 36.
Reprises des Mémoires du Diable, et de On demande
un gouverneur, 72.
Reprises de la Mardtre et de la Dame aux camélias, 99.
La Tentation, pièce en cinq actes et six tableaux, par
M. 0. Feuillet, 119.
L'Envers d'une conspiration, comédie en cinq actes, par
Alexandre Dumas, 211.
La Femme doit suivre son mari, comédie de M. Dela-
cour; Toute seule, vaudeville de MM. E. Plouvier et
J. Adenis; le Trésor de Biaise, comédie de M. ***,
244.
Reprise de la Vie de Bohême et de la Tentation, 269.
Ce qui pla.lt aux femmes, pièce en trois actes, par Pon-
sard.
Reprise des Mères repenties, drame de M. Mallefille,
317.
Une tasse de thé, comédie en un acte, par MM. Nuitter
et Derley ; reprise de Dalila, 352.
Rédemption, pièce en cinq actes, par M. O. Feuillet, 385.
Les Mitaines de l'ami Poulet, comédie en deux actes,
de MM. Cormon et Carré, 416.
VARIÉTÉS.
Une femme aux cornichons, vaudeville de MM. Sirau-
din et Delacour; Quel drôle de monde, vaudeville de
MM. Clairville etE. Moreau; les Portiers, vaudeville
deMM.Brisebarre et E. Nus; la Grande marée, vau-
deville'en deux actes, de MM. Th. Cogniard et Clair-
ville, 119.
Les Amours de Cléopdtre, vaudeville en trois actes,
par MM. Marc Michel et Delacour, 144.
Sourd comme un pat, vaudeville de MM. Dupin et
H. Leroux, 166.
La Fille du Diable, vaudeville fantastique en huit ta-
bleaux, par MM. Clairville, Siraudin et L. Thiboust,
228.
Une Chasse à Saint-Germain, vaudeville en deux ac-
tes, par MM. R. Deslandes et Moreau; Joseph Prud-
homme, chef de brigands, vaudeville en trois actes,
par H. Monnier; reprises de Madame et Monsieur
Pinchon et d'une Fille terrible, 336. •
Ce qui plaît aux hommes, pièce en un acte de M. H.
Meilhac; Un troupier qui suit les bonnes, vaudeville
en trois actes, par MM. Clairville, P. Mercier et
Morand, 369.
Le Guide de l'étranger dans Paris, vaudeville en trois
actes, de MM. E. Grange etL. Thiboust, 392.
Oh! là, là, que c'est bête tout çà 1 revue de 1860, en
vingt-deux tableaux, par MM. Th. Cogniard et Clair-
ville, 448.
PALAIS-ROYAL.
VOmeletledu Niagara, revue-vaudeville en trois actes,
par MM. Dormeuil père et L. Thiboust, 12.
Jeune de cœur, vaudeville de MM. E. Martinet deNajac;
J'invite (e colonel, vaudeville de MM. Marc Michel et
E,, Labiche, 36.
Je suis mon fils, vaudeville de MM. Varin et Roche-
fort; la Pénélope à la mode de Caen, parodie de
MM. Siraudin et L. Thiboust, 72.
Si Pontoise le savait, vaudeville de MM. Adenis et
Tourte, 99.
La Sensitive, vaudeville en trois actes, par MM. Labi-
che et Delacour, 119.
Un Bal sur la tête, vaudeville de MM. Siraudin et V.
Bernard, 144 .
Les Jours gras de Madame, vaudeville de MM. Nuit-
ter et Derley, 180.
Le Pantalon de Xessus, vaudeville de MM. A. Mon-
nier et E. Martin, 196.
Les trois fils de Cadet-Roussel, vaudeville en trois
actes, par MM. Varin, Laurencin et Kichel Dela-
porte, 211.
Le Capitaine Georgetle, vaudeville de MM. Siraudin,
Delacour et J. Harmant, 244.
Les Mémoires de Mimi Bamboche, vaudeville en cinq
actes,parMM. E. GrangeretL. Thiboust ;Fou-yo-po,
vaudeville de MM. Delacour et A. Choler, 269.
Un Jeune homme en location, vaudeville de MM. H.
Lefebvre et Dubruel, 336.
La Famille de l'horloger, vaudeville de MM. Labiche
et R. Deslandes ; un Gros mot, vaudeville de MM. La-
biche et Dumoustier, 352.
Réduction de rédemption, parodie de MM. E. Grange
et L. Thiboust, 392.
J'ai perdu mon Eurydice, vaudeville de MM. Marc Mi-
chel et A. Choler; le Passage Radzivill, vaudeville en
trois actes, de MM. E. Grange, Siraudin et L. Thi-
boust; le Serment d'Horace, comédie de M. H.
Murger; le Passé de SSichette, vaudeville de M. L.
Thiboust, 416.
PORTE-SAINT- MARTIN .
Le Roi des lies, drame en cinq actes et huit tableaux,
par MM. E. Rollin et Wœstyn, 152.
Reprise de la Closcrie des Genêts, 180.
Le Gentilhomme de la montagne, drame en cinq actes et
huit tableaux, par Alexandre Dumas, 228.
Reprise des Étudiants, 269.
Le Pied de Mouton, féerie-ballet en vingt et un ta-
bleaux, par MM. H. Cogniard et H. Crémieux, 336.
La 70* représentation du Pied de mouton, 416.
AMBIGU.
Le Marchand de coco, drame en cinq actes, par
MM.Dennery et F. Dugué, 12.
Le Compère Guillery, drame en neuf tableaux, par
M. V. Séjour, 99.
La Sirène de Paris, drame en cinq actes, par MM. E.
Grange et X. de Montépin,lSO.
Reprise de l'Ecole des jeunes filles, drame de Mme Mé-
lanie-Waldor, 196.
Reprise du Juif Errant, 228.
La Maison du pont Notre-Dame, drame en six ta-
bleaux, par MM Barrière et H. de Kock, 352.
La Dame de Monsoreau, drame en dix tableaux, par
MM. A. Dumas et A. Maquet, 416.
GAITÉ.
Le Prêteur sur gages, drame en cinq actes et huit ta-
bleaux, par MM- Anicet Bourgeois et Michel Mas-
son, 72.
Les Aventuriers, drame en cinq actes, avec prologue, par
M. V. Séjour, 152.
Une Pécheresse, drame en cinq actes, par Mme Ré-
gnault de Prébois et M. Th. Barrière, 211.
La Petite Pologne, drame en cinq actes, par MM. L.
Thibouêt etE. Blum, 244.
Reprise du Fils du Diable, drame de MM. P. Féval et
Saint-Yves, 317.
L'Escamoteur, drame en cinq actes, par MM. Dcnnery et
Brésil, 369.
CIRQUE IMPÉRIAL.
L'Histoire d'un drapeau, drame en douze tableaux, par
M. Dennery, 36.
Le Cheval fantôme, drame en dix tableaux, par MM. A.
Bourgeois et F. Dugué, ISO.
Reprise d'Héloiseet Alieilard, 211.
Le Bataillon de la Moselle, drame en treize tableaux,
par MM. Monnier et Martin, 244.
Reprise de la Poule aux œufs d'or, 292.
THÉÂTRES, CONCERTS ET BALS DIVERS.
THÉÂTRE VENTADOUR.
(Troupe italienne).
Mme Ristori dans Elisabetta, regina d'Inghilterra, et
dans Maria Stuarda, 196.
Les adieux de Mme Ristori, 211 .
BOUFFES-PARISIENS.
Le Carnaval des Revues, opérette en deux actes et neuf
tableaux, musique d'Offenbach, art. signé P. S>. SI.
12
Daphnis et Chloé, opérette en un acte, musique d'Of-
fenback ; C'était moi! opérette en un acte, musique de
M. Debillemont, art. signé D., 116.
Le petit Cousin, opérette en un acte, musique du comte
Gabrielli, art. signé R., 151.
Le sou de Lise, opérette en un acte, musique de Mme
C. Blangy, art signé R., 176.
Titus et Bérénice, opérette en un acte, musique de L.
Gastinel, art. signé A. B., 186.
Adjudication du théâtre à l'audience des criées, 238.
Réouverture par Orphée aux en/ers, 318.
Reprise du Sou de Lise, 370.
L'Hôtel de la Poste, opérette en un acte, musique de
M. A. Dufresne, 399.
THEATRE DÉJAZET.
Fanchelte, opéra-comique en un acte, musique et paroles
d'Eug. Déjazet, art. signé D., 59.
P'tit fi, p'tit mignon, vaudeville de MM. Gabriel et Du-
peuty; le Carnaval de Gavarni, vaudeville en trois
actes et cinq tableaux, de MM. Guénée et Previllé, 72.
L'Ile de Sol-si-ré, opérette, musique de M. Ruitter,
100.
Vne bonne pour tout faire, vaudeville de MM. Adenis
et Rostaiug ; ta Marée démontante, à-propos de
M. Guénée, 119.
Reprise, à ce théâtre, du Marquis de Lauzun, 136.
Pianella, opérette en un acte, musique de M. deFlotow,
art. d'A. Botte, 176.
L' Enlèvement des Sobins, vaudeville en deux actes par
M. H. Lefebvre; la Famille Robinet, vaudeville de
MM. Latouche et Peupin; Monsieur Garât, vaudeville
en deux actes par M. V. Sardou, 180.
Interruption de Pianella par suite d'un accident arrivé
à Halbleid, 190.
Racine vit encore, vaudeville de M. Carmouche ; Mlle C.
Mendez et les danses espagnoles, 196.
Le jeune homme au riflard, vaudeville de MM. Varin
TABLE ALPHABÉTIQUE
et Cadot; la Traite d'un nègre blanc, pochade en
deux tableaux, par M. Guénée; reprise de Pianella.
211.
France et Savoie, cantate de M. F. Barbier, chantée à
l'occasion de l'annexion, 222.
Réouverture : Matelot et Fantassin, vaudeville, 325.
As-tu déjeuné, Jacquot 1 opérette en un acte, musique
de M. Debillemont, 402.
Reprise des Premières armesde Richelieu, 416.
Le Doigt dans l'œil, revue en 20 tableaux, par MM. C. Po-
tier et Dunan-Mousseux, 448.
THÉÂTRES DIVERS.
Revues des Folies-Dramatiques, des Délassements-Comi-
ques, du Théâtre Déjazet et du Théâtre dd Luxem-
bourg, 12.
Ouverture du Cirque de I'Impératrice et de I'Hippodro-
me; Léotard et Leone Stare, 196.
Réouverture du Cirque Napoléon, 369.
Intermède musical par M. Krathy-Baschick, sur l'harino-
nicor , au Cirque Napoléon, 418.
Folies-Dramatiques. — // pleut , il pleut , bergère,Tevue
en vingt tableaux, par M. H. Thiéry.— Réouverture et
revue des Délassements-Comiques, 418.
BALS, CONCERTS ET SPECTACLES.
Bals masqués de l'Opéra, 54, 450.
Bal annuel de l'Opéra au bénéfice delà caisse des pensions
de retraite des artistes et des employés, 433.
Casino de la rue Cadet, 7,22,146. — Clôture, \170. —
Réouverture, 326. — Soirée d'inauguration, 362. —
378, 450.
Concerts de Paris, aux Champs-Elysées, 170. — Réouver-
ture, art. signé S. D., 178. — Exécution de la Polonaise
de Struensée, 198. — H. Wuille, 210,230,246,262,
— Ouverture d'Olgmpie, de Spontini, 270. — 278, 286,
295. — Ouverture du Roman d'Elvire, 302, — 310.—
Soirée au bénéfice des chrétiens de Syrie, 318. —
319.
Emploi de l'harmoniflûte dans un concert du Chalet des
Iles, au bois de Boulogne, 394.
Ouverture du panorama de la Prise de Malakoff, aux
Champs-Elysées, 286, 402.
Variétés.
Revue de l'année 1859, art. de P. Smith, 1.
La maison où est né Grétry, art. deJ.-B. Rongé, 5.
Le Calliope, nouvel instrument de musique (extr. de
l'Indicateur populaire), 6.
Nouveau pédalier de A. Wolff, 62.
Généreuse action de Mme veuve Brochant de Villiers, 62 .
Quelques mots à M. Scudo, 152.
A propos des Dragons de Villars, d'A. Maillart. (Extr.
du Figaro), 188.
Beethoven chef d'orchestre, par L. Spohr, 250.
Des carillons et cloches {nouvelles recherches), art. d'A.
de La Fage, 257, 265, 281.
Un virtuose de Melbourne, art. de J. Duesberg, 260.
Piron et Rameau, art. d'A. de La Fage, 292.
Découverte d'un instrument naturel nommé lilhophone,
par M. Bordas, 294.
Un opéra inédit de Gluck, art. de O. Lindner, 30S.
A propos d'un opéra deBortniansky (extr. de l'Indépen-
dance belge), 325.
Un opéra inédit de Mozart, art. de K. Gollmick, 360.
Le premier éditeur de musique en France, 400.
Premier voyage artistique de Spohr (extr. de son auto-
biographie), art. de J. Duesberg, 406, 429.
Paganini et Paer, 408.
A propos de la collection de musique, de livres et d'ins-
truments de J. Terby, de Louvain, 409.
Découverte d'un nouvel instrument nommé le clavier
déliateur,tik2.
MORCEAUX DE MUSIQUE DONNES COMME SUPPLÉMENTS DANS LE COURANT DE L'ANNÉE 1860.
Avec le n° 1 (en primes), scène et canzonetta du Pardon
de Ploérmel, par G. Meyerbeer.
Album Litolff.
La partition de Maria, de F. de Flotow,
arrangée pour piano seul.
Avec le n° 9, le Rouet, lied de F. de Hartog.
Avec le n° 16, le Caril'on, morceau de salon, par A. Jaëll.
Avec le n° 27, la valse-boléro de Pianella, par Musard.
Avec le n° 33, O belle étoile! 6 doux regard! romance
d'A. Reicliardt.
Avec le n° 39, la Fileuse, romance saDS paroles de Men-
delssohn-Bartholdy.
Avec le n° 46, l'Abeille, nouvelle mélodie de Léo Marnet.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS.
Abadie (L.), 3. «0, 434, 442.
Abbadia (Mme), 102.
Abdul-Medjid (S. M. leSultan), 207.
Abert, 7.
About (E.), 393.
Abraham, 203.
Abrit (Mme), 7, 162.
Accursi, 154, 310, 331.
Achard, 61, 74, 450.
Achenbach, 325.
Ackens, 385.
Acs (Mlle), 38.
Adam (A.), 46, 120, 126, 160, 206,
219, 236, 237, 259, 331, 333, 334,
363, 371, 376, 414, 418, 442, 447.
Adam (instrument), 70, 120.
Adam (du Conservatoire), 276.
Adami. 319.
Ader (J.), 3.
Adler (V.l, 81, 98, 137.
Agen (S. G. l'éveque d'), 410.
Agnelli, 15, 122.
Agresti (A.), 277.
Agricola (A.), 345.
Agrone (Mlle), 247.
Aguado (les comtes 01. et On.), 167.
Ahna (Mlle de), 82.
Aiblinger, 93.
Alard (D.), 21, 28, 44, 59, 61, 70,
87, 93, 116, 117, 120, 126, 142,
145, 146, 166, 262, 278, 285, 319,
343, 408, 449.
Alary (G.), 142, 370.
Albano (G. d'), 73.
Albéric (le moine), 22S.
Albert ( S. A. R. le prince ), 238,
254, 325.
Albert (E.), 270, 325, 410. 418, 449,
Albertini (Mme), 47.
Albiga (J.), 435.
Alboni (Mme), 32, 61, 109, 114,
117, 136, 154, 169, 198, 20b, 214,
238, 254, 263, 270, 277, 295, 310,
353, 361, 370, 384, 386, 406, 409,
422,425,433,441,449.
Albrech (Mlle), 119.
Alday, 162, 394.
Aldighieri, 170, 206.
Alenis, 299.
Alessandrini (L.), 319.
Alexandre père et fils, 31, 182, 41S,
Alexandre (de la Gaité), 120.
Alexandrine (Mlle), 362.
Alkan (C.-V.), 150.
Allard(C), 101,346.
Allegri, 23,155.
Allouard, 258.
Alphonsine (Mlle), 145, 393, 448.
Altès(E.), 58, 160.
Altès (Mme Ribault-), 36, 205,331.
Alwens, 302.
Amat (L.), 39, 228.
Amberger, 230.
Ambroise, 2, 386, 393, 422.
Amodio, 170, 347.
Amossova (Mme), 72.
Ampère, 228.
Anatole (Mme), 198.
Ancessy aîné, 203.
Anda, 299.
Ander, 15, 32, S3, 295, 311, 450.
André (A. et J.), 331, 361.
André (MlleJ.), 166, 178.
Angelbert, 228.
Angelini, 6, 109, 270, 345, 349,
353, 370, 449.
Angles (d'), 338
Angles de Fortuni (Mme), 3.
Angri (Mme d'), 147.
Anschùtz, 47,310.
Anspacher (Mlle), 258.
Anthiome, 154,
Antonucci, 103, 277.
Antor, 326.
Apollinaire (S.), 227.
Apte, 402.
Arban, 2, 7, 22, 109, 121, 137,
146, 170, 214, 239, 276, 324, 320.
346,362, 378,403,426,450.
Arboville (Mlle d'), 147.
Archaimbaud, 29, 310, 441.
Ardavani, 47.
Arienzo (N. d'), 231.
Ariste, 244.
Armand (Mlle), 3.
Armandi, 63, 74, 92, 102.
Armingaud (J.), 6, 22, 29, 38, 54.
58, 70, 73, 89, 92, 99, 126, 142.
150, 310, 434, 440.
Arnal, 37, 393.
Arnaud (E.), 46, 191.
Arnaut, 154.
Arnold, 394.
Arnold (Mme), 254-
Arnould, 258.
Arnstein, 63,230, 318.
Artaria, 371.
Artot (Mlle), 23, 39, 55, 102, 138,
155, 183, 286, 371, 378, 387, 411,
442.
Artus (Al. et Am.), 120, 270,346.
Ascher (J.), 117, 294.
Atella, 202.
Aubel (d'), 117, 150,166.
Auber, 30,32, 72, 74, 81, 93, 99.
103, 108,150,152,153,167,179,
191,214,231,254,271, 276,293.
303, 315,318,319,325, 333,343,
355, 387, 393, 402, 409, 416, 417,
424, 441, 449.
Auberlen, 367.
Aubéry, 267.
Aubry, 121.
Aucher, 410.
Audibert (Mlle), 110.
Audinot (Mlle), 313.
Audran, 47, 371, 380, 403.
Audran (E.), 277.
Auer, 311.
Auffant(Mme L.), 213.
Augier (E.), 47,152, 154, 317.
Auguin (Mlle), 147.
Aususta (Mlle), 121.
Aujac, 7, 15, 93, 222, 319, 346,
354,363,450.
Aulnaye (de F), 26.
Aumont (le duc d'), 194.
Auriac (E. d'), 243.
Auroux, 160.
Autran (J.), 409, 43').
Autriche (S. M. l'empereur d'),
435.
Auvray, 409.
Avette, 426.
Aynssa (Mlle de), 93, 378.
Azzolino (le marquis P.), 278, 308.
Babaud, 267.
Bacciochi (le comte), 109, 433.
Bach (J.-S.), 4, 23, 44, 58, 70, 79,
89, 91, 107, 118, 125, 138, 146,
150,155,206,214, 222,223,311,
387,442.
Bach (E.) 171.
Bâche, 101.
Bachmann, 387.
Badarzewska (T.), 170, 278, 354,
368, 394.
Bade (LL. AA. le grand-duc et la
grande-duchesse de), 239.
Badia (Mme), 31.
Badiali. 34,61, 78, 117, 169, 270,
384, 406, 455, 433.
Badnelly (J.-B.j, 3.
Bagdanoff (Mlle), 53, 171, 191.
Baillot, 62, 93, 259, 40S.
Bailly, 21, 160,166.
Bailly-Labat (Mme), 198.
Balanqué, 15, 46, 69, 141, 151,
166,245, 284, 316, 439.
Balbàtre, 194.
Balbi (Mlle), 31,46, 77, 266, 267,
283, 414, 440.
Balfe (M.-G.), 260, 330, 363, 395,
419,435.
Balfe (Mlle V.), 23, 39, 47, 53, 80,
138, 145.
Baltard, 146.
Banderali, 344.
Baneux, 358.
Baragli, 395, 411.
Baratte (Mlle), 409.
Barbier (J.), 45, 67, 80, 114, 174,
175, 284, 204,315,324,337,410,
417, 421, 422, 441.
Barbier (A.), 120.
Barbier (F.), 222, 294. 325.
Barbot (P.), 46, 106, 120, 125, 253,
285, 295,411.
Barbot (Mme C.), 45, 73, 77, 106,
145, 178, 181,204,245,253, 284,
285,301,309,386,395.
Barbot (M. et Mme A.), 32, 63, 356,
384, 403.
Baretty (Mlle), 52, 125, 141, 143,
178, 250, 266, 207, 275, 283, 310,
353, 362, 393, 425, 437, 439.
Barnard (Mlle), 267.
Barnbeck, 82.
Baroche, 120.
Barrault (Mlle), 410.
Barré, 32, 47, 93.
Barriellc, 100, 100, 145, 161,174,
189, 274, 310, 324, 329, 374, 393.
Barrière (A.), 319.
Barrière (J.), 23, 319.
Barrière (T.), 119, 212, 209, 337.
Barrit (G. -II.), 370.
Barroilhet(P.), 344-
Barthe, 98.
Barthel (Mlle), 21.
Barthélémy, 160, 318.
Bartholoméus. 63.
Bartholoni, 204.
Bartholini (O.), 15.
Basevi (A.), 308.
Basile, 434.
Bassano (Mme la duchesse de), 286.
Basset (A.), 173.
Basseux, 150.
Bataille, 99, 338, 363, 387, 450.
Batiste (E.), 46, 86, 118, 145,166.
219, 230, 236, 302, 318, 346, 354,
3*0,394, 402,406, 410,434,440.
Batta (A.), 70, 79, 88, 101, 106,
143,238,346, 371.
Batta (Mme C), 62, 79, 106, 143,
166.
Battaille, 45, 69, 74, 78, 98, 120,
175, 100, 191, 26i, 337, 366.
Battmann (J.), 294.
Battu, 293, 358.
BattujMlle M.), 14, 17, 21,45, 51, 61,
97, 117, 120, 136, 151, 152, 169,
182, 246, 270, 271, 318, 325, 345,
349, 351, 370, 384, 3S6, 393, 409.
417, 422,425,441.
Baucardé, 47.
Baudriller (Mlle), 101.
Baumann fils, 449.
Baumetz (Mlle M.), 53, 370.
Baumgartner (W.), 418.
Baur (J.), 22,31, 73,79,110,160.
Bautain, 6, 258.
Baute, 258.
Baveri, S0, 432.
Bavière (LL. MM. le roi et la reine
de), 21, 163, 215, 287.
Baze lies sœurs), 63.
Bazin (F.), 81, 167, 195, 198, 270,
276.
Bazzini, 23, 38, 39, 222, 230, 244,
262, 263, 294, 326, 338, 346, 441,
Bazzoli, 231.
Beale (W.), 31, 81, 302, 339, 418,
449.
Beaslas, 276.
Beau (Ml)eJ.), 109, 116,136.
Beaubœuf, 109, 132, 133, 134, 135
136.
Beaudoin (Mlle), 399.
Beaulieu (M.), 145, 161, 166, 177,
190, 191, 391,392, 410.
Beaulieu (Mme C.), 146, 150.
Beaumont (A.), 229, 237, 238 262.
270, 273, 277,235,293,324,329,
337,345,377, 393, 441, 447.
Beaumont (E. de), 6.
Beautran, 191.
Beauvallet, 152, 244.
Bêcher, 160.
Beck (C.), 206; 255, 339, 387, 450.
Becker (J.), 3, 31. 32, 38, 46, 52,
101,145 219,261,262,287,347,
418,426.
Beckers (M. et Mme), 74, 170.
Becquié rie Peyreville 182.
Béer (J.), 21.
Béer (M.), 57.
Beethoven, 15, 28, 29, 30, 35, 39,
44, 58. 69, 70, 74 78, 79, 88, 89,
90, 93, 97, 105, 106, 116, 120,
121. 125, 142, 145, 149, 150, 151,
159, 160, 161, 163, 174, 175, 187,
199, 206, 214, 223, 231, 244, 250,
251, 252, 254, 262, 263, 287, 310,
311, 324, 341, 342, 355, 376, 434,
435,442,448.
Bégé (J.), 154.
Behr (H.), 206.
Bélart, 155, 206, 238, 254, 271. 277,
Bélia (Mlle Z.), 161, 186, 213,274,
301, 374, 447.
Bélin, 326.
Bellecour, 101.
Bellet (Mme), 32.
Belletti, 238, 239.
Bellini, 17, 106, 152, 214, 345, 349,
Bellini (Mme E.), 277.
Bellon (J.), 21.
Belmontet, 81.
Bélot (A.), 392.
Belotti (L.), 430.
Beltramelli (Mme), 15.
Bélu, 92.
Belval, 120, 145, 262, 273, 301, 324,
353, 357, 440.
Bénard,47, 55.
Benardaki, 111.
Bénazet, 230, 271, 285, 294, 311,
324.
Bender, 210, 311, 425.
Benedetti, 147, 155.
Bénédict, 93. 238, 246, 254, 279,
347, 387, 411-
Bénédit (G ), 190.
Beneventano, 83, 147, 206, 230,
Bengraff (Mlle), 250.
Benincori, 391.
Bennett, 347.
Benoist (F.), 6, 22,110,117,205.
Benson, 14.
Béranger, 350.
Béraud (A.), 54.
Bérendt (A.), 419.
Berens (IL), 15, 31, 427.
Berger (A.), 371.
Bergson, 54, 126.
Berini (Mme), 426.
Bériot (de), 125, 178, 206, 254.
Berlioz (H.), 2, 30, 39, 55, 61, 81,
131, 150, 167, 170, 230, 259,
284, 310, 311, 324, 334, 346,
377, 400, 416, 433.
Berna, 93.
Bernard (P.), 59, 213, 294.
Bernard (l'abbé), 282.
Bernard (de' Rouen), 110.
Bernard (du Conservatoire), 258,
267.
Bernardi (Mlle), 23, 71, 138,353,
371, 387.
Bernardin, 72, 310.
Bernier, 82, 01.
Berry, 47.
Berteu, 276, 402.
Berthélemy, 354.
Berthelier, 142, 152, 154, 158, 190,
237, 277, 301, 308, 318, 353,
394, 447.
Berthoud (H.), 294.
Bertillot, 352.
Bertini (Mme A.), 54, 79, 106, 302.
Berton, 409.
Berton (P.), 78, 318.
Bertrand, 63, 74, 338.
Bertrand (J.), 277.
Bertrand (Mlle L), 70, 120, 149,
166, 418.
Besnier (de), 170, 198.
Besozzi, 81, 160, 198, 219, 236,
268, 276, 294, 351.
Besselièvre (de), 230, 263, 27S, 286,
324.
Bessems (A.), 81, 117, 121, 343,
354, 425.
Bessie-Hampton (Mlle L), 285.
Besson (G.), 109, 131, 132, 133,
134, 135, 136, 137, 294, 333,
334, 335.
Bethmann-Hollweg (de), 378.
Bettini (A.), 91, 120, 148, 245, 277,
310, 403.
Bettini (G.), 53, 71, 72.
Bianchi (Mlle L.), 319.
Bibès, 25S.
Bido (Mlle A.), 239.
Biétry, 166.
Biéval, 143.
Biéville (Mme de), 89.
Bignon (L.), 211.
Billet (A.), 244.
Billing (de), 395.
Binchois (E.), 344, 383.
Binda (Mlle), 266.
Binder (C.), 419.
Bineau, 15, 47.
Binfield, 38, 45.
Binzeghi. 426.
Biron (le maréchal de), 218.
Bizet, 258.
Blanc (A.), 70, 117, 149, 205.
Blanc (Mlle), 267.
Blangy (Mme C.), 176, 370.
Blanvalet, 142.
Bléau (Mlle), 15, 47, 55.
Bléger, 275.
Blein (le général), 26.
Bleuse (C.), 146, 198,205.
Blève, 295.
Blevmann (Jllle), 33.
Blondeau, 391.
Blondelet, 170.
Bluat (l'abbé), S0.
Blumenthal (J.), 59, 60, 137, 263.
Blummer, 102.
Boadois, 23.
Bocage, 13.
Boccabadati (Mme), 23.
Boccherini, 426.
Boccherini (Mme), 231.
Boccolini, 379.
Bochkoltz-Falconi pime), 6, 45,
52, 63, 81, 106, 107, 146, 154,
160, 177, 347, 402.
Bock (G.), 239, 434.
Bock, (de), 47.
Bock-Héintzcn (Mme), 155.
Bocquillon-Wilhem, 25, 43, 196,
350, 351.
Bodovillée (L.), 277.
Boehner [L), 146, 182, 326.
Boerkh, 305, 434.
Boesendorfer (J.). 3.
Bogulawski, 147, 394.
Bohm, 276.
Bohrer (L.), 146.
Boïtldieu, 12u, 141, 161, 213, 273,
274, 326, 331.
Boisgelin (le vicomte A. de), 154.
Boisgontnier (Mlle), 119.
Boi--seaux (H.), 287, 294, 324, 409,
417, 445,446.
Roisselot (X.), 3, 14, 150.
Boissier-Durand, 394.
Boissy (de), 217.
Bollaërd, 126.
Bombes (de), 6.
Bounani, 299.
Bonnetti, 146, 169, 377, 394, 402,
405, 406.
Bonfichi, 430.
Boni-Bartel (Mme), 171.
Bonjour, 150
Bonnefoy, 63, 419.
Bonnehée, 45, 86, 237.
Bonnesseur, 63, 121, 346, 384.
Bonnet, 442.
Bonnifas, 278.
Bonno, 309.
Bonoldi (F. , 32, 151, 162, 386.
Bootsey, 26.
Bordas, 145, 190, 294, 418.
Bordeaux (S. Gr. l'archevêque de),
410.
Bordèse (L.), 286.
Bordogni, 315.
Borelli (C.), 403.
Borghèse-Dufour (Mme J.), 82, 214,
394, 419, 426 450.
Borghi-Mamo (Mme), 11, 12, 15,
32, 82, 87, 91, 97, 109, 114, 136,
144, 155, 163, 170, 182, 206, 213,
214, 220, 222, 23S, 239, 245, 253,
277, 2S5, 310, 339, 387, 395, 409,
411, 417, 449.
Bornier (H. de), 36.
Borri (P.), 433.
Borinianski, 118, 239, 325.
Borzaga (Mlle), 387.
Boschetti (Mlle), 32, 270.
Bosio (Mme), 3, 171.
Boskewitz, 295.
Bosret (N.), 431.
Bosselet, 47.
Bossi, 231.
Bott (J. F.), 239, 263.
Botte (A.), 188.
Bottesini, 23, 31, 247, 263, 295,
319, 325, 327.
Boucan (de), 201.
Bouché, 7, 162.
Boucher (A.), 3S, 394.
Boucher-Desnoyers (le baron), 35S.
Boucherie (le docteur), 335.
Boucherse, 332.
Bondousquié, 170.
Bouffé, 13.
Boufflers (le duc de), 194.
Bouilhet (L.), 331, 432, 433.
Bouilly, 175.
Boulangeot (Mme), 154,191.
Boulanger (E.), 58, 324, 393, 417,
421, 422.
Boulanger (de Lille), 162.
Boulard, 259.
Boulart (Mlle), 7, 14, 39, S2, 102,
155, 103, 188, 206, 222, 319, 338,
354, 363,371,378,387,450.
Boulay (Mlle M.), 267, 275, 2S3,
319, 371.
Bonlèse, 74.
Boullard (V.), 14.
Boulokhow plme), 191.
Bounet, 331.
Bourdeau, 276.
Bourdon, 370.
Bourgeois (A.), 11.
Bourgeois (L.), 39,82.
Bourges (M.), 162.
Bourget(E.),170, 190.
Bourgoing (de), 268.
Bournonville, 295,
Bousquet, 331.
Bousquet pille), 303.
Boulines, 162, 275.
Boutoille (Mlle), 258, 259.
Bouttier, 162.
Bouvard, 32, 121.
Bovier-Lapierre, 162, 326.
Box (Mlle M.), 53.
Boyer (P.), 121.
Boyer (l'abbé), 146.
Boymont, 55.
14
Brabant (LL. AA. RU. le duc et la
duchesse de), 14, 47, 110, 170,
319, 434.
Braga (G.), 6, 11, 12, 32, 154,222,
310, 378.
Brahms, 427.
Brambilla (Mme), 53, 138.
Brandt, 126.
Brandus(G-), 31,205,449.
Brasseur, 13, 212, 417.
Brassin (L.),23, 31, 37. 43, 46, 57,
62, 69. 92. 08, 137, 146, 151,
238,294, 300, 319.
Braun (F.), 419.
Breiting (H.), 442.
Brémond, 155.
Brenner (Mlle), 93, 419 427.
Breschon (Mlle), 136.
Brésil (J.), 3, 153, 369.
Bressant, 79, 98, 119, 237. 319,
338. 401.
Breteuil (le baron de), 297.
Breuillé (Mlle), 2, 3.
Brezowska (Mlle H.), 302.
Briani (F.), 371, 419.
Briard, 52.
Bricard, 258.
Brice, 302.
Bridault, 222.
Bright, 243.
Brignoli, 1"0, 205, 222, 347, 395.
Brindeau, 136, 269.
Brinley-Richards, 23, 31, 74.
Brisson (F.), 29, 116, 178, 213,
442.
Brochant de Villiers, 62.
Brohan (Mlle A.,, 79, 98, 169, 196,
230, 237, 244, 319, 338.
Brohan (Mlle M.), 196, 262, 319.
Brosig, 223.
Brou de Lavessière (Mlle), 266,
267, 275, 283.
Brouckère (C. de), 163.
Bruge( de), 27(1, 33S.
Brunaud, ,70.
Bruneau (M. et Mme), 20, 394,
450.
Brunet, 162.
Brunet (Mlle M.), 14, 21, 30, 61,
109, 144, 151, 182, 189, 198, 206,
222, 23S, 310, 338, 402, 411, 433,
434,442, 449, 450.
Brunswick, 3, 49.
Bruyant. 177.
Bruyssère, 82.
Bryon d'Orgeval, 373.
Buchet, 214.
Buffet jeune, 132, 133, 134, 135,
136.
BuhKJ. D.), 146.
Bulow (H. de), 2, 7, 31, 44, 53, 62,
63, 88, 110, 426.
Buloz, 152.
Bunet. 275.
Burchardt (Mme), 74.
Burde-Ney (Mme), 31, 102, 155,
163. 170, 214, 254, 287, 378, 427.
Bureau (A.), 3.
Buret aîné (Mlle), 313.
Burgmuller, 147.
Burnand (Mme), 199.
Burnouf, 306.
Burrus. 276.
Bury (Mlle), 230.
Busnois (A.), 344.
Bussi-Masset, 23, S2.
Bussine, 23, 93, 318, 350, 354, 371,
403.
Biitti, 387.
Cabel (Mme M.), 14, 17, 61,
92, 100, 109, 144, 145, 158,
205, 213, 223, 229, 237,
254, 263, 270, 277, 338,
386, 394, 402, 40!), 417,
450.
Cabrol (E.), 154.
Caccini (J.), 415.
Cagniard de la Tour (le baron
Cagnoni, 327.
Caillât, 331.
Calabresi, 302.
Calonne (E. de), 431.
Calzado, 61, 91, 169, 245, 270,
301, 302.
Calzolari, 7, 39, 47, 53, 71, 93,
432, 442.
Camargo (la), 218.
Catnauer, 385.
Cambardi (Mme), 01, 99, 102,
278, 287, 302, 354.
Cambon, 85, 414, 441.
Cambridge (le duc de), 122.
Campana (F.), 163, 170.
Candia père (de), 425.
Canis (C), 345.
Canisius (Mlle), 63.
Cantoni (V.), 277.
Canus, 275.
Capendu, 269.
Capitain (R.), 47.
Caponl, 58, 142, 178, 250, 206, 267,
414, 440.
Cappa(A. J.), 14-
Cappa (Mme Munoz-), 14.
Cappello, 103.
Carafa, 6t, 74, 81, 83, 167, 189,
250, 333, 393, 416, 450.
Carcassonne (A.), 92, 102.
Carignan (le prince de), 18, 416.
Caristie, 221.
Carman, 7, 147, 163, 222, 319, 347,
354, 371, 385,435, 450.
Carmouche, 197, 238.
Caroli, 430.
Carré (M.), 21, 45, 67, 80, 114, 157,
158, 174,175,230,284, 294,315,
324,325,337,345,302, 410,417,
421, 422,425,437.438,441.
Carré {ténor), 91, 214, 262, 270,
324.
Carrion, 23, 39, 55, 102, 138, 155,
214.
Carteron, 238, 324.
Carvalho, 129, 145, 222, 237.
Carvalho (Mme Miolan-), 14, 21,
45, 09,109, 120, 122, 129,136,
144, 163, 171, 182, 18!), 213,
214, 223, 230, 238, 247, 254,
270, 271, 278, 284, 286, 303,
310, 311, 320, 339, 345, 354,
355, 362, 370, 394 420.
Casella (A. de), 92, 116, 154, 160,
449.
Cash (Mme), 339, 347, 355.
Casimir (Mme), 274,447.
Caspers(H.', 14, 21, 30, 34, 45,
54, 284, 329, 395.
Cassamovata, 308.
Castegnier, 386, 391.
Castel, 22, 78, 143.
Castellan (Mme), 393, 395, 411,
419.
Castellan (Mlle), 207, 275, 440.
Castellano, 197.
Castelli, 208.
Castelmary, 39.
Castiglioni (Mme), 430.
Castil-Blaze, 334, 394.
Catelani (A.), 278.
Catelin (A.), 386, 403.
Catherine de Russie (S. A. I. la
grande-duchesse), 80
Cachet, 121.
Caumont, 377.
Caussade, 213.
Caussemille (Mlle O.), 32, 83, 155,
244,311, 324, 371,410.
Cavailhès (.Mlle1, 258.
Cavaillé-Coll (A.), 4, 46, 169, 237,
238, 395, 410.
Cavalier, 258.
Cavallini, 263, 425.
Cayallo (P;), 46, 376.
Cave, 39.
Cavos, 353, 379.
Caye (Mlle J.), 161, 378.
Cazat (Mlle), 78.
Cazaux, 45, 145, 162, 204, 230,
275, 301, 309, 318, 354, 425.
Cazot, 386.
Cazotte, 217.
Celano (le comte de), 281.
Cellier (Mlle F.), 119, 258.
Cerami, 270, 402.
Céret (M. et Mme), 55, 122, 138,
1S9.
Cerfbeer (A.), 3.
Ceronetti (Mlle), 250, 434.
Cesare, 319.
Cesoles(le comte de), 262.
Chabert (Mlle), 110, 136, 176, 370.
Chall'et, 258.
Chaine (G.), 54, 81, 9S, 142, 150,
160, 162, 191.
Chaix-d'Est-Ange, 221,431.
Chambon, 102, 449.
Chamhord (le comte de), 294.
Champon (Mlle D.), 22, 54, 119.
Chapell, 122.
Chaple, 371.
Chaptal (le baron), 259.
Chapuis, 74.
Chardard, 318, 354, 419.
Chardin, 259.
Chardini, 314.
Charles d'Autriche (S. A. I. l'ar-
chiduc), 239.
Charles, 82, 91, 214, 410.
Charles (Mlle), 19S.
Charlet, 425.
Chariot, 323.
Charpentier, 36, 258.
Charreire (P.), 434.
Charry (Mlle), 338.
Chart (Mlle), 258.
Charton-Demeur (Mme), 7, 23, 39,
53, 71, 80, 93, 111, 138, 183,
199, 206, 238, 239, 253, 277,
318, 371, 387, 395, 419, 440.
TABLE ALPHABÉTIQUE
Chartrain (H.), 434.
Chaunier (Mme), 395.
Chauvet, 258.
Chelard, 93, 295, 386.
Chenest, 69, 93, 146, 394, 426.
Chéri (V.), 46, 141, 159.
Chéri (Mme R.), 119, 144, 416.
Chéron, 313.
Chéron (L.), 27.
Cherouvrier, 302.
Cherreau (Mlle), 14.
Cherubini, 39, 70, 117, 129, 155,
178, 206, 278, 311, 315, 339,
342, 371, 382, 394, 406, 411,
426, 435.
Chevalier (H.), 362.
Chevé (E.), 42, 43, 54, 65, 66, 81,
107, 108, 118, 161, 166, 168,
190, 194, 195, 196, 220, 221,
230, 236, 237, 431.
Chevillard, 6, 14, 22, 35, 38, 54,
92, 101. 120, 150, 158.
Chevillard (Mme A.), 418.
Chiaramonte, 402, 406.
Chilly (de), 229.
Chimay (le prince de), 386.
Chœl (Mlle), 258.
Cholet, 422.
Chopin, 29, 44, 58, 79, 81, 89,
98, 99, 105, 106, 117, 122, 125,
126, 138, 142, 150, 159, 160,
347, 411, 426, 442.
Choquet (G.), 36.
Choron, 25, 41, 196, 441.
Christian, 229, 369, 448.
Christiani (Mlle G ), 346.
Ciampi (G.), 163, 188, 202, 206,
238, 271, 277, 347, 371
Cianchi, 295.
Ciardi, 432.
Cico (Mlle), 116, 136, 266, 440.
Cimarosa, 34, 171, 183, 384.
Clairville, 100, 109, 116, 228,
293.
Clapisson, 81, 167, 293, 393, 416,
417, 421, 422, 434.
Clauss (Mlle), 267.
Clément (F.), 370.
Clément (J.), 345.
Clerc de Laudresse, 352.
Clerck, 131.
Clotilde (S. A. I. la princesse),
190.
Cocchi, 202.
Coche, 166.
Coche (Mme), 88.
Coche (Mlle), 267.
Codelaghi, 93, 146.
Cœilte, 163, 317, 378.
Coenen (F.), 394.
Cogniard frères, 337.
Cohen (J.), 31, 97, 130, 169, 193,
222, 240, 293, 318, 329.
Cohen (L.), 254.
Cokken, 268, 331, 351.
Colas (Mlle S.), 143, 353.
Colasanti, 23, 94. 138.
Colbrand (Mme E ), 249.
Coletti, 231, 270, 346.
Colin, 358.
Collet, 27, 201.
Collongues frères, 150 .
Colmet d'Aage, 203.
Colomer, 267.
Colomyès, 213, 426.
Colonne, 70, 207.
Colson (Mme), 170, 371 .
Comettant (O.), 32, 294, 386.
Commerson, 120.
Comte, 3.
Comte (C), 238.
Comte-Borchardt, 410.
Concetti, 254.
Conestabile, 408.
Connerose (Mlle), 258.
Constantin, de Russie (LL. AA.
H. le grand-duc et la grande-
duchesse), 23.
Conte, 358.
Cooper(W.),303.
Coqueliu, 266.
Corbari (Mme), 31, 81, 254.
Cordier (A.), 213.
Cordier (Mlle A.), 2, 39, 82, 91,
222, 285, 422.
Corilla (Mlle O.), 262.
Cormon (E.), S0, 100, 157, 15S,
230, 284, 293, 294, 307, 33S,
350, 425, 437, 438.
Cornago, 311.
Cornéiis, 3S5, 411.
Cornet (J.), 302.
Cornu (Mlle), 258.
Cornudet, 221 .
Coronelli, 299.
Corradini, 318.
Corri (H.), 82, 411.
Corselli, 423.
Corsi, 138, 442.
Corsi (J.), 415.
Cortesi (Mme A.), 231, 347.
Cossmann, 244.
Costa, 163, 330.
Costan (Mlle), 326.
Cotagni (A.), 109, 147, 319.
Cottier (M.), 154.
Cottin (E.), 254.
Couder, 203, 268, 331, 351.
Couderc, 100, 120, 145, 158,
237, 262, 270, 277, 307,
361, 393.
Coulon, 221, 250, 357.
Couperin, 127, 146.
Couplet (J.), 146.
Couqui (Mlle), 163, 214.
Courcy (C. de), 153.
Courtigis (le général de), 167.
Courtois (Mlle), 214.
Couvé-Rameau (Mme), 230.
Coypel, 194.
Crambade, 162.
Crampton (S. J.), 145,
Crémieux (H.), 14, 21, 30, 34,
337.
Créquillon (T.), 345.
Cressonnois, 442.
Creutznach (Mlle), 203.
Cristiani, 15.
Croisez (A.), 54, 110, 126.
Croisilles, 02.
Crongny, 258.
Crosnier 30, 173.
Crosset, 7.
Crosti, 50, 57, 117, 136, 159,
245, 262, 274, 293, 301,
371, 386, 394, 422.
Croze (F. de), 63, 120, 230,
318.
Cruise fmiss F.), 82.
Cruvelli (Mme la baronne Vij
174.
Cruvelli (Mlle M.), 287, 435,
Cunio (A.), 325, 362, 368.
Cuvier, 81.
Cuvillon (P. de), 38, 52, 82
101, 116, 106, 178.
Cyriali (L.), 198, 214.
Czartoryski (le prince G.),
391.
Czillag (Mme), 2, 63, 93, 144,
161, 163, 1S2, 189, 198,
238, 247, 254, 263, 277,
286, 302,319, 371.
D
Dall'Ongaro, 180, 411.
Dalloz (P.), 294.
Dambricourt (Mlle), 266.
Damcke, 125, 394 .
Damoreau (Mme\ 273.
Damoreau (Mme AVekerlin-), 105,
150, 213.
Dancla (C), 6, 54, 253, 377.
Dancla (L.), 198.
Danel (L.), 66, 67, 294.
Danemark (S. M. la reine douai-
rière de), 83, 138.
Danglas (L.), 55, 82, 92.
Danhauser, 190.
Danhauser (Mlle E.), 170, 191,
213, 354, 435.
Danielli, 403.
Dantan, 324.
Darder, 245.
Darder (Mlle), 345, 301, 370.
Dard (A.), 93, 121.
Dargomitzki, 103, 215.
Darjou(MlleM.), 6, 8S.
Danois (A), 324.
Daudoird (Mlle), 337.
Daussoigne-Méhul, 55, 63, 117.
166, 385.
Dauvergne, 226.
Dauverné, 268, 331, 351.
David (F.), 3, 36, 77, 106, 136.
161, 162, 107, 319, 394, 419.
David (G.), 82.
David (de Leipzig), 355, 3S7
395, 442.
David [de Bordeaux), 47.
David [de Rome), 35S.
David (du Cotiser v.), 267.
David (Mme), 138.
Davidoff, 15, 395, 442.
Davin, 261.
Davioud, 92, 161.
Debain, 62, 73.
Debassini, 7, 23, 39, 53, 71, SO
13S, 353, 442.
Debillemont, 116, 294, 402, 418.
Decaroli, 231.
Deffès (L.), 2, 20S, 351.
Defontaine, 154.
Defournaux(MUe), 89.
Defrance. 70.
Dehn, 255.
Deichmanu, 247.
Dejaure,129.
Déjazct (Mlle), 13, 49, 72, 136
101, 131,417.
Déjazet (E.), 46, 59, 136, 154,
190, 285, 370, 449.
Dejean, 278.
Dejean (Mme J.), 387.
Delachapelle, 319,
Delacour, 182.
Delafield (Mme), 207.
Delafontaine, 386, 410, 449.
Delafosse (Mlle), 89.
Delage (Mlle), 258.
Delahaye (J.), 245, 325, 353.
Delaistre (Mlle), 197.
Delamarre :H.), 154-
Delamarre (de Nancy), 198.
Delannoy, 212.
Delannoy (du Conserv ), 267.
Delaporte (E.), 2, 61, 81, 160, 198,
219, 236, 243. 262, 268, 269,
277,303, 331, 351, 352, 410.
llelarroqua, 402.
Delaunay, 119, 244, 401.
Delaunay-Ricquier, 88, 205, 210,
221. 337, 353.
Delavigne (C), 369.
Delcaïup (Mme), 43.
Deldevez, 30, 62, 16J.
Deléchaux (Mme), 93, 319, 347.
Delestre-Poirson, 3.
Delibes (L.), 46, 63, 262, 301,
337, 441.
Delille, 150.
Delille (Mlle), 145.
Délia Costa, 319.
Délie Sedie, 102,138, 155, 403.
Deloffre (M. et Mme), 40, 150, 363.
Delpeuch, 419.
Delsarte (F.), 81, 126, 268, 351.
Delteil, 370.
Delvil (Mme), 15.
Demersmann, 28, 38, 102, 179,
270, 319, 362.
Demotz de. la Salle (l'abbé) , 25.
Deneux (J.), 23, 182.
Denière, 221
Denis (A.), 220, 238.
Denue-Baron, 278.
Dennery, 13, 37, 72, 161, 229,
293, 294, 369.
Depassio, 15, 32, 74, 92-, 403.
Depoitier, 82, 93, 147, 319, 346,
347, 419, 450.
Deprès (J.), 344,
Depret, 254.
Dérivis, 82.
Derval-Dobigny, 203, 318.
Derval (d'Angers), 121.
Derval (Mllei, 120.
Dervieux, 267.
Desarbres (N.), 310.
Deschamps (E.), 45.
Deschamps (T.), 262.
Desgranges (E,), 205, 301.
Deshaves (Mlle), S9.
Deshays-Meifred (Mlle), 259, 267.
Désiré, 51, 116, 136.
Deslandes (P.), 369.
Deslandes (R.), 61, 182.
Deslandres (A.), 190, 245.
Desmaisons (Mlle E.), 38.
Desmonts, 186.
Desmonts (Mme), 72.
Desm.ittes, 47.
Desplaces (H.), 39, 147.
Desplécbin, S5, 414.
Desquenes, 319.
Desrieux, 144.
Dessauer, 183.
Dessof (A.), 7, 271.
Dessoir, 319.
Desterbecq (Mlle), 39, 3i8.
Destribaud. 3.
Desveaux, 371.
Deswert (J.), 101, 106.
Deulin, 116, 145, 151.
Devaux, 14, 203.
Devaux (Mlle), 162, 302.
Devençay (Mlle M.), 154-
Devisme, 313.
Devoyod (Mlle), 330.
Devrient (E.), 325.
Diaz, 190.
Didio, 244.'
Didot (F.). 278.
Didron, 2S2.
Diémer, 258, 440.
Dieu (A ), 69, 70, 142.
Diet-ich (A.), 277.
Dieisch, 30, 37, SI, 167, 173, 213,
406.
Dimier, 276.
Dinaux, 229.
Dingelstedt, 101, 325, 3S6, 411.
Diogelstedt (Mlle J.-L.), 370.
Dittersdorf, 214, 309.
Dobré (Mlle). 55.
Doche (Mine), 37, 100, 310.
Doehler, 99.
Doerschel, 244.
Dolbv (Mme Saiuton-), 02, 73, 79,
182 1S9, 239, 425.
Dolmeuch (F.), 190, 213, 326.
Dombrowski, 101, 116.
Domergue (Mlle), 198, 214.
Doni (B.), 415.
Donizetti, 2, 59, 125, 136, 153,
163, 169, 173, 188, 206, 214,
231, 262, 330, 344, 354, 355,
395, 403.
Donjon, 150.
Donon, 170.
Donval, 74.
Doppler, 3, 255.
Dorette, 430.
Dorgeval, 82.
Dormeuil père, 433.
Dorn (A.), 326, 371, 394.
Dorus, 70, 142, 191, 276.
Dorus (Mme), 273.
Dorval-Valentino, 450.
Dorville (Mlle), 32.
Dottini (Mme), 2, 34, 106, 353,
384, 450.
Dotzauer (J.-F.), 110.
Douai (R.), 116, 117, 142, 144,
177.
Doucet (C), 393, 401.
Douglas (Mlle), 353.
Douhard (Mlle), 47, 63.
Doyen, 81.
Dragoni, 37.
Drake, 295.
Dreyer (A.), 277.
Dreyfus (Mlle C), 46, 302.
Dreyschock (A.), 39, 55, 63, 89,
94, 102, 111, 125, 138, 155, 434.
Drouelle, 132.
Droysen, 46.
Duban, 361.
Dubarry, 336.
Dubois, 190.
Dubois (le comte), 132, 167, 332.
Dubois (Mlle E.), 117.
Dubois-Desoër (Mme), 5.
Dubouchet (Mlle), 212.
Duboys (J.), 99.
Dubreuil (E.), 317.
Dubruel, 337.
Du Camp (M.), 441.
Duchaumont (M. et Mme), 426.
Uuchaurnont fils, 138.
Duchemin Boisjousse, 182.
Ducrest (Mlle M.), M6.
Dufay (G.), 344, 383.
Dutils (L.), 31, 46, 52, 198.
Dufossez (Mlle), 162, 302.
Dufour, 205, 432, 449.
Dufrêne, 268, 351.
Dufresne, 61, 81, 102, 120, 222,
250, 324.
Dufresne (A.!, 197, 209, 221, 325,
337, 362, 371, 399,450.
Dufresnoy (Mlle), 363.
Dugué (F.), 13.
Dugnet (J.), 214.
Duhem, 326.
Duhot, 258.
Dulaurens, 230, 338.
Duluc, 63.
Dumaine, 72, 153, 245, 294, 318.
Dutnanoir, 72, 144, 294, 324, 421,
422.
Dumanoir (le vicomte K.), 154.
Dumas (A.). 37, 45, 49, 73, 80,
204, 212, 229, 417.
Dumas fils (A.), 416.
Dumas (Mlle F..), 74, 170, 363.
Dumestre, 45, 221, 222, 293, 345.
Dumont, 63, 263.
Dumont-Fier, 3.
Dunstaple, 383.
Dupart, 169.
Dupin (le baron C), 110.
Dupin (H.), 421, 422.
Dupin (Mlle), 266, 267.
Dupire (Mlle), 258, 302.
Duplan, 266.
Duponchel (H.), 153.
Dupont (E.), 61.
Dupont (P.), 101, 269.
Dupont (de Bruxelles), 278.
Duport, 318.
Duprat, 39.
Duprato, 3, 126, 277, 324, 441.
Duprez (G ), 137, 145, 151, 173,
310, 393, 434.
Duprez (E.), 137, 434.
Duprez (L.), 310.
Dupuch (P.), 136, 213.
Dupuis (J.), 31, 46, 69, 166.
Dupuis (dit Gymnase), 119, 180,
353.
Dupuis (du théâtre Véjazet), 59,
181.
Dupuis (de Lille), 162, 302.
Dupuy (Mlle), 73, 82, 93, 163,
245, 354, 363, 387, 435, 450.
Durand (A.), 58, 81, 98, 300, 370.
Durand (Mlle L.),337.
Durand-Fordel (le docteur), 331.
Durand-Eperclic (Mme), 162.
Durant (Mlle), 267, 316.
Durci (le chevalier de), 207.
Durrner (J.), 3.
Dussargues, 426.
Dussy (Mlle M.), 120.
Dustmann-Meyer (Mme), 39,287.
Dutertre, .'28, 238.
Dutsch, 303.
Duval (Mlle A.), 13.
Duverger (Mlle), 72,136.
Duvernois (A.), 61.
Duvernoy (A.), 92, 266, 311.
Duvernoy (E.;, 267, 440.
Duvernoy (H.), 434.
Duvernoy (de l'Opéra-Comique),
308.
Duvernoy (des Bouffes-Parisiens),
Eberhoffer, 311.
Eberius, 311.
Ecbeverria, 230.
Eck (F.), 408.
Eckert, 3J6, 339, 347.
Edelestand du Méril, 228.
Edenska (Mlle), 325, 370.
Edmond (C), 285, 292.
Edmond (le docteur), 270.
Egerton (S.), 7.
Eggeling (Mlle), 263, 303, 355.
Kicliflberg (C), 239.
Eichoff, 290.
Elfrique, 276,402.
Ellinwr (Mme), 215.
Elmire (Mme), 15, 92. 102, 319,
419.
Elwart (A.), 6, 54, 81, 162, 170,
268, 285, 319, 338, 341, 342,
351, 376, 418.
Ely, 362.
Emant, 38.
Emminger, 74.
Emon (Mlle), 39, 83.
Empis, 21.
Enequiste (Mlle), 266, 267.
Engel (L.), 23, 31, 74, 81, 239,
263, 271, 295, 311, 318.
EngsMd, 11.
Enke (H.). 22.
Eperche (Mlle), 403.
Erambert (Mlle), 23, 39, 82, 93,
363, 426, 435.
Erard, 131.
Erber, 263.
Erdœdy (la comtesse d'), 187.
Erk (L.), 11.
Erkel (F.), 74.
Erlanger, 301, 441.
Ermel, 81, 167, 198.
Ernst, 244, 394, 418.
Escudier (L.), 426, 449.
Eslava (don H.), 397.
Espagne (S. M. la reine d'), 387,
402, 441.
Espaignet, 100, 318, 354.
Espin y Perez, 259.
Espinosa, 229.
Essler (Mlle J.), 100.
Ett (G.), 93.
Ettling (E.), 162.
Eugénie (S. M. l'Impératrice), 86.
92, 110, 169, 278, 318.
Everardi, 23, 71, 80, 138, 144,
155, !63, 206, 214, 238, 254,
277.
Evers (C.], 2S7.
Fabian, 121.
Fabre, 121.
Fabri (Mme), 419, 430.
Fabricca, 277.
Fa£el (Mlle), 198.
Fagotti, 147.
Faivre (Mlle), 175, 221, 245, 284,
316, 324, 353, 439.
Falcon (Mlle), 210.
Fantacchiotti (E.), 278.
Fargueil (Mlle), 100, 385 .
Farrenc (A.), 179, 1S0, 294.
Farrenc (Mme V.), 3.
Fasch, 214.
Fauconnier, 2, 99, 386.
Faure, 5, 17, 45, 70, 92, 97, 100,
109, 120, 122, 144, 163, 170,
198, 214, 220, 223, 238, 271,
277, 285, 301, 309, 311, 318,
324, 373, 386, 394, 402.
Fauré (G.), 277.
Fauré (Mme Brière-), 85, 169, 182.
Faux, 287.
Favarger (R.), 285, 362, 368, 386,
424.
Favart (Mlle), 180, 262, 319, 401.
Febvre, 353, 433.
Fechter, 72, 100.
Fel (Mlle), 218, 225.
Félix, 72.
Félix-Mélotte (Mme), 230.
Fenelli, 3.
DES NOMS.
Féré (O.), 176.
Féret, 354.
Ferket, 47, 63.
Ferlendis, 430.
Ferai frère et sœurs, 23, 53, 54,
72, 94, 111, 138, 147, 295, 340.
Fernkorn, 326.
Ferrand (Mlle), 89, 121 .
Ferranti (Z. de), 6, 44.
Ferraris (Mme), 2, 86, 109, 204,
212, 229, 237, 254, 277, 284,
293, 361, 370, 386, 433.
Ferreyra (Mlle J.), 229, 369, 393,
448.
Ferri, 47, 170, 205, 222, 347, 385.
Fesca, 142.
Fétis père, 6, 19, 47, 53, 54, 57,
63, 78, 89, 90, 91, 101, 131, 138,
143, 158, 159, 167, 186, 187,
214, 223, 233, 242, 259, 342,
344, 346, 347, 391, 408, 409,
410, 411, 435, 441, 450.
Fétis (A.), 110, 121, 137, 142.
Fétis (E.), 434.
Feuillet (0.), 100, 119, 182, 209,
385, 393, 416.
Féval (P.), 294, 318.
Fichel (Mme E.), 354.
Fichu, 275.
Field, 159.
Figeac (Mlle), 244.
Filey (Mlle), 147.
l'illutte-Loraux, 129.
Filliette (Mme H.), 419.
Filliol, 91.
Fillon (Mlle M.), 72, 181.
Fillonneau, 198.
Finoli (Mlle), 154.
Fioli (Mme G.), 277.
Fioravanti, 147,206, 231, 299, 347.
Fiorentini (Mme), 31, 74, 319.
Fiorentino, 22.
Fioretti (Mme), 53, 13S, 353, 379,
387, 411,425, 432, 442, 450.
Fischoff, 285, 370.
Fissot, 258.
Fix (Mlle), 79, 98, 136, 180, 244.
Fizelicr, 244.
Flahaut, 276.
Flamand, 246.
Flan (A.), 286.
Flandin, 204.
Flandre (S. A. R. le comte de),
110, 170, 238.
Flaubert (G), 431.
Fleury (Mlle E.), 119, 262.
Flexmore (R.), 310.
Fliege, 239.
Florenza, 254, 354.
Flotow (de), 7, 15, 29, 32, 47, 54,
62, 74, 81, 82, 83, 92, 93, 101,
103, 108, 120, 122, 136, 144,
153, 154 , 169, 170, 170, 178,
179,183, 190, 191,205,214, 223,
230, 231, 246, 247, 278, 285,
286 , 295, 300, 301, 303, 311,
325, 343, 353, 362, 370, 371,
378, 386, 403, 419, 424, 434.
Flynn (Mlle), 254.
Folz, 263, 302.
Forest, 19S.
Forey (le général), 278.
Forgues (E.), 105, 126, 142, 162,
178,442.
Formés (K.), 311, 326, 339, 371,
419.
Forst, 255.
Forti (A), 3.
Fortuna, 45, 69, 137, I69.
Fossey, 294.
Foucher (V.), 81, 167, 198.
Foulon, 3S, 203.
Fourcade, 275, 440,
Fournier (E.), 186.
Fournier (M.), 337.
Fournier (Mme), 262.
Frackmann (W.), 434.
Framery, 27.
Franchomme, 21, 28, 44, 70, 110,
126, 150, 262, 434, 449.
Franck aîné, 4.
Franck (J.), 46, 81, 99, 169, 346,
Franco-Mendés (J.), 38, 62, 120,
137, 150, 154, 160, 166, 178,
286, 293, 310, 354, 450.
François, 222.
François (Mlle H.), 121, 141, 191,
286, 295, 310.
Francon, 383.
Frankenberg (Mlle), 147.
Frantz, 10.
Frantzen, 267.
Fraschini, 15, 103, 213, 395, 419,
Frassini (Mlle), 122, 155, 1G3, 191,
214, 223, 255, 302.
Frédérick-Wilhelm, de Prusse (S.
A. R. le prince), 171.
Frelon (A.), 246, 300.
Frémeaux, 302.
Fréret, 250.
Frescobaldi, 146.
Frezzolini (Mme), 47, 190.
Fricdbei'g (Mlle), 271.
Frison (Mlle), 21 .
Fritsche, 261.
Fritze, 23.
Frizzi, 155,
Fromant, 45, 210, 221, 337, 305.
Frondoni, 246.
Fuertés idon M. S.), 362, 398,
399, 415, 423.
Fumagalli (A.), 69, 435.
Fumagalli (L.), 14, 32, 38, 54,
69, 155, 435.
Fumagalli (Mme), 386.
Furpille, 213, 226, 402, 418.
Furstenow, 47.
Fuzelier, 201.
Gabriel, 210, 221.
Gabrielli (le comte N.) , 2, 145,
151.
Gade,55, 199, 393.
Gaëtani (le marquis), 181.
Gaillard (Mlle), 331.
Galetti-Gianoli (Mme), 311.
Galilée (V.), 415.
Galin, 41, 42, 43, 65, 167, 194,
195, 221.
Galiotti (G.), 403.
Galitzin (le prince G.), 239, 303.
Galles (S. A. R. le prince de), 395.
Galli (F.). 249.
Galli (Mme), 146.
Galli-Marié (Mme), 39, 162, 198.
Gallino (Mlle), 267, 275.
Gallois, 267.
Galois, 23.
Galoppe d'Onquaire , 59, 213 ,
352
Galvani, 163, 18S, 206, 347, 363.
Gambale, 26.
Ganesco (G.), 254.
Ganuzza(J.), 162.
Ganz(M.), 394.
Garcia, 146.
Gardoni, 12, 17, 34, 61, 144, 169.
189, 223, 238, 270, 325, 330.
345, 349, 384, 402, 406, 425,
449.
Garibokli, 346.
Garimond, 150, 166, 177.
Garique, 275.
Carreau, 81.
Gasc (M. et Mme), 162.
Gasse(H.), 342.
Gasser, 258.
Gassier (M. et Mme) 144, 190, 206.
214, 220, 23S, 254,277.
Gastineau (B.),285.
Gastinel (L.), 31, 46, 186, 203,
325.
Gautier (T.), 71.
Gautier (E.), 237, 277, 307, 434-
Gautier (F.), 170.
Gautrot, 131,246.
Gavaudan ainée et cadette (Mmes),
313.
Gavaux, 175.
Gay (Mlle), 363, 371.
Gazzaniga-Malespina (Mme), 277.
Geffroy, 153, 293, 401.
Geibel, 403.
Geismar (Mlle), 346, 378.
Génat (Mlle), 345.
Gênée, 261.
Genest (Mme), 46.
Génin, 275, 426.
Gentili (R.), 427.
Geoffroy (du Gymnase), 336.
Geoffroy ( du théâtre Dcjazet ) ,
325, 402.
Geoffroy (Mme C), 189, 293.
Geraizer, 267, 414-
Géraldine (Mlle), 59, 177, 285.
Géraldy, 31, 120, 141. 142, 1S2,
198, 2S7, 302, 302, 370.
Gérard (E), 14.
Gérardy-Saintine, 291 .
Gerbert, 382.
Germain, 326.
Geiminy (le comte de), 62.
Gérôme, 154.
Gerpré, 63, 346, 378, 3S4, 403.
Gervais (C. H.), 194.
Geslin (de), 42.
Gevaërt, 2, 3, 4,80, 100, 120, 136,
157, 158, 167, 223, 254, 294,
434.
Ghilain, 275.
Giacometti (P), 197.
Giannini, 277.
Giaquinto, 68'.
Gibclli, 263.
Gide (C), 81.
Gigout (E.), 277.
Gil-Perez, 13, 145, 202, 417.
Gilbert, 22.
15
Gille (P.), 38, 51, 209, 213, 226,
362, 371, 399.
Gillette, 53.
Gilliess (Mlle L), 150, 294, 362.
Gio (C.), 319.
Giovanni (de), 147 .
Giozza, 103, 111.
Giraldoni, 15, 47, 53, 91, 93, 138,
230.
Girard, 259.
Girard (N.), 29, 30.
Girard (Mme veuve), 100, 136.
Girard (Mlle), 115, 210, 221, 317,
324, 325, 393.
Girardin, 258.
Girardin (Mme E. de), 142, 144
Girardot, 210, 316, 317, 325, 353,
439.
Girardot (Mlle), 258.
Gits, 326.
Giuglini, 2, 6, 21, 30, 144, 163,
170, 206, 214, 2J8, 277, 278,
339, 371, 3S7, 403,419, 435.
Gleichauff, 38, 78, 434.
Gliémann (G.), 22.
Glinka , 80 , *03 , 109 , 239 , 379,
435.
Glogguer (C), 81, 8S, 378.
Gluck, 2, 32, 39, 44, 78, 90, 108,
113 , 127 , 152 , 199 , 202, 200,
217, 223, 231, 245, 246, 254,
259, 271, 309, 313, 325, 377,
378,387, 411, 417.
Gobelin, 258.
Godard (B.), 106.
Goddard (miss A.), 93, 206, 223,
239, 449.
Godefroid (F.), 88, 419.
Godefroy, 259.
Godfrend (Mlle), 310, 434.
Godfrin, 260, 283.
Goethe, 113, 239, 295, 355, 400,
447.
Goldner, 450.
Golle, 425,
Gollmick, 311.
Gombert (N.), 345.
Goossens, 183.
Gordigiani (L.), 182.
Goria (A.), 213, 246, 434.
Goria (Mme), 434.
Gossec, 54 , 297, 298, 313 , 314,
315, 441.
Gosselin, 54,
Got, 36, 120,136, 204, 244, 352.
Gottschalk, 32.
Goubaux, 3.
Goudboz, 162.
Gouffé (A.), 21, 62, 70, 146, 149,
203.
Goumas, 109, 132, 133, 134, 133,
136.
Gounod (C.), 2, 3, 38, 45, 53, 55,
61, 67, 68, 69, 81, 97, 117, 136,
145, 150, 152, 154, 167, 196,
198, 213, 230, 261, 262, 276,
284, 302, 310, 362, 394, 410,
411-
Gourdin, 250, 266, 267, 2S3, 414-
Gourdon, 101, 103.
Geurdon'E.),281.
Gozio de Solence, 430.
Gozlau (L.), 144, 371.
Gozora, 230, 294.
Graat, 154, 191.
Graff, 263.
Grandval (Mme la comtesse de),
169.
Grange (E.), 38, 51, 182, 269,
277.
Grange (MlleC.), 46.
Granier, 162.
Granler (Mlle I.),120.
Grassau (Mme), 47, 198, 450.
Graun, 155.
Graziani (le comte M.), 39, 271.
Graziani (F.), 6, 12, 21, 32, 51
54,87,91, 106,117, 120, 136,
147, 150, 154, 169, 170, 198,
206, 223, 230, 238, 246, 270,
325, 326, 353, 361 , 370, 377,
3S6, 402, 409, 422, 425, 441,
449.
Graziani (L.), 15, 103, 3S7.
Grazzini (Mlle), 47.
Grédelu, 93.
Grégoir (F.), 442.
Greive, 82, 99, 159, 311, 324.
Grell, 214.
Grétry, 5, 55, 99, 122, 261, 276,
371, 403.
Ori|let, 346.
Grillon, 317.
Grillparzer, 346.
Grimminger, 83.
Grinswell. 347.
Grisar (A.), 2,161,294,393.
Grisi (Mme G.), 17, 170, 19S, 214,
222, 238, 277, 371.
Grodvolle, 244, 2S4, 311.
Groot (de), 181, 245, 293, 294.
1G
Gros (A.), 409.
Grossmann (C), 295.
Grus, 205.
Guardi, 175.
Gudin, 333.
Guédron, 70.
Guérette (Mlle E.), 238, 202, 346,
Guérin, 6.
Guérin (de Cille'), 47.
Gueymard, 53, 73,86, 145, 204,
253, 2G2, 273, 301, 353, 357,
386, 393, 401, 417, 433, 441,
449.
Gueymard ;MmeLauters-), 53, 80,
86, 100 , 120, 136, 145, 153,
223, 293, 309, 324, 345, 377,
425, 449.
Guglielmi, 15, 61, 73, 79.
Gui d'Arezzo, 382.
Guiaud (Mlle), 311.
Guicciardi, 15, 319, 347.
Guicciardi (Mlle J. de), 187.
Guichard, 317, 336.
Guidon frères, 154.
Guillard (L.), 403.
Guillaume. 295, 347.
Guillemot, 154.
Guilmant ( A. et Mlle L. ) , 302 ,
Guing'and (Mlle de), 326.
Gutmann (A.), 178.
Guttierez (E.), 246.
Guyon (E.), 125.
Guyon(Mme), 180, 293, 317, 401.
Cuyot, 53, 116, 391.
Gye, 93, 109, 122, 136, 144, 222,
223, 303.
H
Habeneck, 341, 408.
Haendel, 23, 36, 73,79,80,89,
90, 91, 14C, 155, 189, 199, 206,
214, 233, 239, 354, 377, 378,
a03, 411, 435.
Haeser, S2.
Hainl (G ), 110.
Haitzinger, 174.
Haitzinger (Mme), 138, 147.
Halanzier, 63, 147, 346, 384.
Halarypere, 109, 132, 133, 134,
135', 136.
Halary, 191.
Halbleid, 59, 190, 212, 402.
Halévy (F.), 30, 81, 109, 131, 160,
167, 177, 198, 214, 219, 231,
276, 325 , 326, 333, 358, 365 ,
374, 416.
Halévy (L.), 285.
Hall (le baron de), 82.
Halle, 182.
Hamackers (Mlle), 88, 120, 145,
221,245,353, 357, 370.
Hamilton (la duchesse), 271.
Hammer(R.), 106, 126, 142, 160,
394, 441. .
Hammerstein, 102.
Hanf, 206.
Hanslick (le docteur), 310.
Hanssens (C.),155, 163, 170, 246,
319, 411.
Hardouin (Mlle), 267.
Harriès-Wippei'n (Mme), 102, 271.
Harrison , 82 , 310, 363, 371, 395,
435.
Hartmann (P. E.), 74, 244.
Hartog (E. de), 21, 101, 138,188.
Hartung, 407.
Harvin, 39, 121, 346, 378.
Haslinger (K.;, 22.
Hasse, 160.
Hasselmans, 55, 261, 426.
Haszler (L.), 219.
Hatton, 31.
Hausmann, 302.
Haussmann (S. E. le préfet de la
Seine), 145, 153, 276, 285.
Hauteroohe, 307.
Haydn, 29, 32, 35, 58, 70, 74, 77,
80, 81, 90, 101, 120, 126, 146,
214, 246, 276, 325, 341, 362,
377, 386, 430.
Hayet, 110, 318, 354, 386.
Hébert, 130.
Héblot, 258.
Heiberg (J.-L.), 326.
Heid, 270, 402.
Heinisch (Mme), 309.
Heinroth, 11, 43.
Heintz (J.), 54, 107.
Hélène de Russie (S. A. I. la gr.-
dii' liesse), 15, 215, 311.
Hell'éricli (Mlle), 214.
Heller (S.), 78, 105, 142, 160,190,
238, 270, 271, 283.
Hellmesberger, 74, 131, 427.
Henkel, 206.
Henri, 205.
Henrichs, 346.
Henri™ (Mlle), 6, 262, 441, 449.
Henrion de Solènes, 278.
Henrotay, 63.
Henselt, 213.
Hensler (MmeE.), 81, 103, 277.
Hantschel (E.), 3, 11, 67, 374,
375.
Héquet(G.), 52, 81,160,167,402.
Herbeck, 213, 419.
Herluison (Mlle), 266, 267.
Herman (A.), 6, 16, 36. 46, 70, 78,
79, 81, 98, 117, 126, 152, 153,
177, 302, 343, 362, 426.
Hermann, 276, 395.
Hernandez, 275.
Hernoud, 267.
Hérold, 197, 204, 209, 221, 310,
326.
Hérold (Mme veuve), 102.
Herrenschneider, 205.
Hersant (Mlle O.), 110, 378.
Hervé (F.), 170, 205.
Herwyn (M. et Mme H.), 6, 38,
63, 230.
Herz (H.), 43, 52, 98, 102, 161,
206, 213, 267, 287, 310, 402.
Herz (J.), 213.
Hess, 259, 267.
Hess (J.-C), 146, 246, 300, 303,
409.
Hesse (LL. A A. RR. le grand-duc
et la grande-duchesse de), 287.
Iletsch, 254.
Heugel, 5.
Heugel (Mlle A.), 302.
Heurard, 258.
Heyberger, 261.
Heyligenstadt (Mlle de), 163.
Heymann, 425.
Hicntzsch, il.
Higli, 411-
Hignard (A.), 54, 294, 301, 315,
316, 441.
Hilger, 206.
Hille, 214.
Hiller (F.), 74, 163, 200, 254, 411.
Hiller-Mitchcll (Mme), 403.
Hilliard (Mlle), 190.
Himy (Mlle), 448.
Hitzmanu, 275.
Hochstettcr (F.), 277.
Hocmelle (E.), 6, 22, 62, 78, 346.
Hoelck (Mlle), 102.
Hoffer-Kohler (Mlle), 259.
Hognet, 287.
Hollande (S. M. la reine douai-
rière de), 93.
Kollassy (Mlle), 435.
Holm (Mlle), 207.
Holmes frères, 171.
Holtzem, 186.
Homps, 122.
Hooghe (d'), 32.
Hopdé (Mrnrl, 102.
Horschelt (A.), 278.
Horstig, 366.
Horzalka, 346.
Hostein, 37, 181, 222.
Hubert (J.), 196, 351.
Hucbald, 228, 382.
Hucca (Mlle), 206.
Huerta, 318.
Huet (Mlle V.), 6, 45, 73.
Hugo (V.), 3, 45, 88, 143, 281, 378,
448.
Hulsen (de) , 102. 402, 426, 434.
Humbert (Mlle L.), 101.
Humblot, 63.
Humboldt (de), 286.
Hummel, 70, 93, 122, 142, 166,
244, 270.
Hiiuten, 108.
Hurand, 118, 391, 402, 400, 410.
Hnry-Haigh, 7.
Hutschenruyter (Mlle. H.), 3.
Hyacinthe, 13.
I
Ikelmer (A.), 205.
Imbault (Mlle), 259.
Ingelwrg-Starck (Mme), 23.
Inkli (Mlle I.), 199, 363.
Isbert, 135, 136.
Isidore de Séville, 359.
Ismaël 32, 386.
Ismaël (Mme), 39.
Isnard (Mme), 23, 93.
Jachmann-Wagner (Mme), 287.
Jackson (Mme A.), 223.
Jacob (V.), 110, 132, 133, 134,
135, 136.
Jacobi (G.), 52, 54, 73, 88, 140,
161, 166, 178, 402.
Jacoby (H.), 450.
Jacquard (L.), 6, 22, 29, 38, 54,
58, 70, 73. 79, 92, 126, 142,
271, 310, 311.
Jacqueminot (le général), 277.
Jacques (Mlle), 38.
TABLE ALPHABÉTIQUE
Jadassohn, 419-
Jaëll (A.), 46, 54, 62, 73, 81, 87,
88, 101, 106, 111, 121,137, 141,
170, 183, 263, 287,300, 347, 418.
Jahn (O.), 74, 205, 394.
Jaillet, 252.
Jalheau, 63.
Jallais (A. de), 22, 285.
Jancourt, 191.
Jandeau. 276.
Jansenne (Mlle), 449.
Jaspar, 63.
Jauner-Krall (Mme), 163, 247.
Javal, 81.
Jean (d'Amiens), 258.
Jean-Paul, 116, 186, 399.
Jeliotte, 218, 225, 242.
Jeltsch (C), 386,431, 442.
Jenneval, 37.
Jérôme, 47, 63.
Jessel (A.), 277.
Joachim (J.), 15, 63, 147, 183,
206, 255, 419, 427.
Johannsen, 183.
John (C), 246.
Joiuville (Mlle), 313.
JolietfH.), 292.
Jolly (Mme de), 47, 55, 338.
Joly, 258.
Joly (A.), 277.
Jomard, 81, 167, 350, 351.
Jomelli, 202, 214.
Jonas (E.), 268, 351.
Joncières (V.), 190.
Jones (W.), 290.
Jorris, 426.
Jouard (M. et Mme), 82, 154.
Jouassin (Mlle), 244.
Jourdan, 6, 36, 80, 99, 166, 189,
191, 237, 270, 319, 338, 354, 363,
371,378,387,435,450.
Jouvin (B.), 188.
Juclier, 198.
Jue, 42.
Juillerat (P.), 13.
Julian (T.), 100.
Jullien, 22, 38, 62, 81, 92, 102,
109, 122.
Jullien (Mme veuve), 121, 271, 294.
Jullien (Mlle), 101.
Jung(L.), 287.
Jung-Guibert (Mme L.), 137, 159,
302.
K
KadefO.), 394.
Kaiser, 32.
Kalergis (Mme de), 81.
Kalkbrenner (A.), 31, 108, 310.
Kalliwoda, 81,160.
Kanschine (D.), 205.
Kap.y (G.), 213.
Karoly (Mlle), 336, 309, 440.
Karr (A.), 37, 72.
Kaschpéroff, 32, 161.
Ka*tner (G.), 14, 81, 163, 167, 203,
227, 333, 370, 394, 410, 416.
Kastner (Mme Escudier-), 324, 338,
371.
Katow (Mlle de), 126, 347, 371.
Katto (Z.-B.), 346.
Kéerkëmëty, 3.
Kenneth. (miss), 103, 204, 230.
Kéraniou (de), 144.
Kerle (J. de), 93, 345.
Kerne, 122.
Ketten (H.), 6, 22, 29, 106, 137,
146, 150, 254, 449.
Ketterer (E.), 6, 14, 22, 36, 46,
54, 62, 79, 88, 152, 246, 302,
3S6, 419.
Riesling, 223.
Kime, 433.
Kindermann, 285, 287.
Kiss-.loszi, 14.
Klaproth, 290, 291.
Klein, 90. 146, 203, 442.
Klett, 367.
Klosé, 222, 351.
Koch (J.-F.-G.), 11, 367.
Kock (H. de), 353.
Koehler, 263.
Koempel (A.), 38, 46, 61, 77, 81,
101, 105, 106, 107, 136, 142,
412.
Kœnig, 6, 357. 378.
Kœnnemann, 284, 324, 371.
Kœster, 442.
Kœster (Mme), 102, 223, 355, 3S7,
442, 450.
Kœtlitz, 47.
Kologrivoff (V.), 215.
Kontski (A. de), 111, 271, 303, 432.
Kontski (C. de), 117, 303, 432.
Kopp, 369.
Kortzer, 286.
Kotschoubey (la princesse), 39,100.
Kraeshner (E.), 254.
Kral'zotr (J.), 125, 178, 204, 213.
Krall (Mlle), 386.
Kramer (C), 73.
Kraty-Baschik, 418.
Krausnick, 434.
Krebs-Michalesi (Mme), 239.
Krestowsky, 271.
Kretzschmann, 131, 246.
Kreutzer, 128, 129, 160, 219, 223,
236.
Kreutzer (L.), 21, 166, 178, 354.
Krug (D.), 378, 450.
Kruger (G. I, 82.
Kruger (W.), 38, 46, 58, 62, 73,
81, 106, 142, 146, 152, 160,
213, 278, 310, 386, 387.
Kruger (le docteur), 214.
Kûcken, 82, 160, 219, 236, 247,
363, 370, 376, 387, 449.
Kuhl (Mlle A.), 38, 88, 106.
Kuhne, 363.
Kul, 247.
Kune (A.), 326, 370.
Kuniscli, 407.
Labarre, 52, 376.
Labat, 402.
Labat (Mme V.), 47.
Labaye, 132.
Labbé (Mlle), 266.
Labéda (Mlle C), 190.
Labiche (E.), 330, 353.
Labit (H.), 170, 206.
Lablache fils, 286.
Laborde (Mme), 15.
La Bruère, 201.
Laçassagne (l'abbé), 27.
Lacaussade, 294.
Lachner (V. et F.), 93, 111, 254,
311, 362, 371, 386, 411.
Lack (L.), 277.
Lacombe (L.), 46, 81, 92, 101, 105,
117, 120, 137, 142, 160, 197,
213, 219, 238, 302, 354, 376,
419, 448.
Lacombe (Mlle), 213, 261.
Locourt (Mme), 82.
Lacressonnière, 353.
Lacressonnière (Mme), 11.
I.a Fage (A. de), 42,81, 205,351.
Laferrière, 37, 153.
La Ferté< (de), 297.
Lafeuillade, 55.
Lafon (Mme), 15, 111, 147.
La Fons-Melicocq (de), 257.
Lafont, 49, 119.
Lafont (C), 182.
La Fontaine, 68, 182.
Lafontaine, 37, 180,197,203,416.,
Lafranque (Mlle), 403.
I.agai'de (P.), 136, 1S5.
Lag^t, 39, 253, 275, 393, 422,
449.
Laaet-Planterre (Mme), 145.
Lagier (Mlle S.), 153.
Lagnier (Mlle), 213.
Lagramanti (Mlle), 285, 450.
Lagrange (Mme A. de), 80, 362,
387, 395, 403, 411, 442.
Lagrange (Mme), 353.
Lagrua (Mlle E. de), 15 , 23, 39,
47, 53, 80, 93, 111, 138, 147,
155, 163, 183, 199, 206, 230.
221, 239, 253, 277, 310, 353, 371,
387, 425, 432.
Laguesse (Mlle), 117.
Lainez, 314.
Laîr de Reauvais, 7.
Lajarte (T. de), 2.
Lalanne (Mlle), 89.
Lalliet, 275.
Lalo (E), 6, 22 , 28, 38, 54, 5S,
70, 73, 92, 99, 126, 142.
Laloue, 449.
La Msdelaine (S. de), 318.
Lamakiel, 295.
Lamare (de), 259.
La Marre (l'abbé de), 218.
Lamartine (de), 392, 437.
Lamber (F.), 326.
Lambert (L.), 434.
Lambert (Mme M.), 78.
Lambertini (l'abbé), 260.
Lambotte (Mlle), 63.
Lamorlière (Mlle de), 45, 143, 287.
La Motte, 218.
Lamoureux(Cl, 6, 14, 31,70, 116.
Lamoury (P.), 117, 166,331.
L'nmpillas, 415.
Lanari, 339.
Lang, 263.
Langer (H.), 101.
Laughaus, 355.
Langlé (F.), 182.
Langlois (le colonel), 2S6.
Lapchina (Mme), 72.
Lapommeraye (Mlle de), 22,54,
81, S9, 142,278, 302,440,441.
Laprade (V. de), 389.
Lapret (E.), 6 , 22, 29 , 38, 54,
58, 70, 73, 92, 99, 126, 142.
Lapret (L.), 434.
Larabit, 81.
Larina (L.), 411.
Laroche, 266, 283.
La Rochefoucault (Mlle L. de),
311, 370.
La Rounat (de), 99.
Larrivée (Mme), 225.
Lascelles (Mlle), 93.
Lassabathie, 22, 297, 313, 315,
341.
Lassen (E.), 170.
Lasserre (J.), 98, 178.
Lasslo-Doria (Mme), 223.
Lasso (Orlando), 93, 345.
I.assouche, 434.
La Tanaye (l'abbé de), 217.
Laterza, 15.
Latila, 202.
Latouche (Mme), 93, 378.
Latour, 225.
Latour Saint-Ybars, 317.
La Trémouille (le duc de), 194.
Laub, 147, 244, 271, 287, 302.
Lauch (C). 3.
Laudoux aînée (Mlle), 258, 259.
Laurence-Cyriali(Mme),7, 55,110,
154, 198, 214.
Laurent, 169, 182, 337.
Laurent (T.), 277.
Laurent (Mme), 100, 121, 318.
Laurentie, 205.
Laussel (A.), 277, 318.
Lauterbach, 74.
Lautier, 276.
Lauton (L.), 92, 106.
Laval (Mlle C), 53.
Lavenu (L.-H.), 3.
Lavoye (Mlle), 82, 91, 371.
Lawroff (Mme M.), 402.
Laya (L.l, 182, 294, 352.
Lays, 313.
Lazareff, 147.
Lebeau (A.), 54, 81.
Leblanc (Mlle), 337.
Leborne, 173.
Lebnuc, 21, 30, 38, 54, 70, 73, 92,
105,117, 126, 160, 205, 214.
Lebreton, 39.
Lebrun (A.j, 46, 126, 158, 178,
269, 410, 450.
Lechesne (Mlle), 267.
Lecieux(L.), 99,120,143,150.
Leclère, 119, 393.
Leclercq (Mlle), 82, 98, 259, 440.
Lecomte (Mlle), 258.
Ledent, 63.
Lee, 54, 62, t)9, 199, 410, 440.
Lefébure-Wély (M. et Mme), 4, 5,
22, 62, 79, 106, 146, 167, 169,
198, 213, 285,362.
Lefebvre(H.), 22,337.
Lefebvre (J.), 146.
Lefebvre (de Lille), 47.
Lefebre (de Rouen, 90.
Lefebvre (Mme Faure-), 100, 109,
120, 161, 174, 237, 274, 293, 31S,
324, 330, 393, 422.
Lefeuve, 182.
Lefort (J.), 7, 21, 22, 46, 58, 78,
105, 117, 143, 166, 243, 263,
271,277.
Lefort (d'Angers) , 121.
Lefranc, 151.
Legendre, 179, 270, 319.
Legouix (E.), 190, 245.
Legouvé (E.), 180.
Legrain (Mlle), 247.
Legrand (E.), 277.
Legrand (du th. lyrique), 227,
441.
Legrand (P.), 13, 92, 120, 153,
176, 205, 212.
Legros, 53, 225.
Leîimann (E.), 277.
Leibnilz, 290.
Leins, 363, 403.
Lelong, 267.
Lemaire, 158, 274, 308, 447.
Lemaire (de. Strasbourg), 47.
Lemaire (Mlle), 206, 254, 338, 371,
419.
Lemaitre (F.), 13.
Lemercier (Mlle), 50, 136, 15S, 189.
237, 307, 329, 361, 3S6, 393.
Lemmé (C), 26.
Lemmens, 12, 90, 91, 278, 302.
Lemmens-Sberrington (Mme), 7,
182, 263 , 371.
Lemoine lA.) , 42.
Lemonnier, 7.
Lenormant, 227.
Lenz (de), 1S7, 279.
Lenzi (P.), 379.
Léo, 202.
Léonard M. et Mme), 47, 74, 93,
141, 27S, 346, 347, 370.
Léonce, 239.
Léonova (Mlle), 303.
Léopold, 47, 198.
Léopold (S. M. le roi des Belges),
110, 1-69.
Léotard, 197, 369.
Lepercq, 162, 302.
Lépine (E.), 167.
Le Play, 332.
Lepot-Delahaye, 259.
Leprévôt, 30, 198, 205, 262.
Léris(de). 136,180,185.
Lerouge, 222.
Le Roux (J), 257.
Leroux, 293, 401.
Leroy (instr.), 142, 191.
Leroy (de l'Op.-Com.), 238, 402,
409.
Le Sage, 114.
Lesage, 221, 227, 337.
Lesie (H.), 198.
Lespérut (le baron de), 331.
Lessing, 434.
Lesueur, 68, 342, 409.
Le Tanneur, 432.
Letellier, 63, 102, 303, 371.
LétGr 101.
Leuvèn (de), 37, 45 , 49, 73, 80,
204, 402, 434.
Levasseur, 169, 181, 318, 393.
Lévèque, 169.
Lévy (F.), 440.
Lévy (M.), 203.
Lévy (S.), 267, 346.
Lévy (Mlle C), 159.
Leybach, 155.
Lhéritier (Mme Ricquier-), 88, 99,
117, 205, 403.
Lhomet, 449.
L'Hôte (A.), 29, 116.
Lhuillier, 362.
Liadova (Mme), 72.
Lichtenstein, 360.
Liébé, 261.
Liebig, 239.
Liesniewska (Mme), 263.
Limbach (Mme) , 247.
Limnander, 2, 81, 223, 361.
Lincelle, 81, 434.
Lind-Goldschmidt (Mme J.), 6, 239,
247, 339.
Lindau (R.), 440.
Lindpaintner, 261, 319, 403.
Lionnet frères, 150, 237, 287.
Lipp, 363.
Lippe (Mlle), 160.
Liszt (F.), 23, 29, 44, 70, 88, 142,
197, 223, 346, 370, 379, 395,
419,425, 426.
Lita (Mlle), 303, 326.
Litolff (H.), 3, 4, 22, 29, 32, 47,
54, 55, 61, 63, 81, 86, 93, 105,
110, 142, 155, 189, 190, 254,
285, 311, 370, 386, 441-
Litschner (Mlle), 32, 74, 92, 244,
303, 326, 338, 346.
Litté, 47, 82.
Livry(Mlle E.), 100,109,136, 229,
277, 284, 337, 345, 386, 413,
414.
Lobkowitz (le prince), 251.
Lobstein, 169.
Lockroy, 310,
Loder (E.), 410.
Lodi, 103.
Loëwe (T.), 255, 271.
Lola-Montès (Mme), 278.
Longueville (A.), 154, 300.
Loret, 238.
Lorini , 39 , 138, 155, 363, 395,
435.
Lorini-Mariani (Mme) , 163, 1S2,
188, 206, 347.
Lorini- Vera (Mme), 138, 207, 270,
319, 347, 353.
Lortzing, 39, 191, 207, 231.
Losse, 275.
Lotsky (J.), 346.
Lotti délia Santa (Mme), 103, 238,
277, 346.
Lotto (J.), 121, 137, 141.
Louault, 47, 403.
Lovely (Mlle), 331.
Loys, 267,449.
Lubeck père, 74.
Lubeck (E.), 32, 46, 1R6, 142, 182,
310.
Lubert, 3.
Lucca (F.), 3.
Lucca (Ville), 387.
Lucche6i, 52, 117.
Luchini (Mlle R.), 230.
Lueder, 442.
Luguet (H.), 153.
Luguet (IL), 212, 417, 434.
Lully, 100, 182, 225, 400.
Lumley (M. et Mme), 278, 319,
330.
Lund (Mlle), 171.
Lurine (L.), 418, 433.
Lutz, 440.
Lux, 261.
LwolIT (A. -F. de), 147, 231, 238,
262, 271.
Lyon (M. et Mme E.), 6, 73, 88,
177.
Lysberg (C.-B.), 110.
M
Macaferri, 47.
Mac-Farren , 182, 326,355, 371,
387.
Mac-Mahon (le maréchal de), 162.
Maesen (Mlle de), 63, 162.
Magin -Marrens, 167.
Magne, 82, 91, 214.
Magnien (F.), 44, 275.
Magnien (V.), 162, 302.
Magnus (D.), 21, 36, 18 », 189, 253,
318, 362, 37S, 424, 434, 441.
Magnus (Mlle C), 311.
Magny (Mlle), 337.
Mabler, 130.
Mahuet, 331.
Maïkoff (Mme), 103.
Mailand (E.), 298, 299.
Maillard (Mlle), 313.
Maillard (Mlle E.), 81, 160, 250,
267.
Maillart (A.), 15, 47, Gl, 81, 147,
162 , 163, 170, 181 , 188, 213,
284 , 293, 294 , 317, 319, 324,
325, 337, 345, 353, 354, 362,
378,393,410,417, 425,437,438,
439.
Maillot, 418.
Maine (la duchesse du), 18.
Malagola, 347.
Malard, 266.
Malézieux, 347.
Mallefille (F.), 196, 244, 318.
Malpass (Mlle), 258.
Mancel (Mme). 318, 450.
Manchicourt (P. de), 345.
Manelli, 201.
Mangeant (S.), 54, 205, 212, 234,
269, 434-
Mangin, 198.
Mangot (Mlle), 258.
Manotte (L.), 230, 278, 426.
Manry (C), 31, 88, 101, 120, 105
198, 222, 411, 447.
Mansour, 146, 177.
Manvoy (Mlle), 266.
Maquet (A.), 417.
Mara (Mme), 263.
Marcello (M.), 138, 160, 219, 263.
Marchand (E.j, 418.
Marchand (Mlle M.), 99.
Marchant, 176, 370.
Marchisio sœurs (MIJes), 100, 102.
109, 145, 169, 204, 245, 249.
250, 270, 277, 284, 309, 324, 337.
345, 353, 361, 370, 386, 400.
409, 425, 433, 441, 449.
Marchot, 93.
Marcoliui (Mine), 430.
Mareschal (G.), 434.
Maretzeck, 170, 231.
Margucrie (L.), 111.
Mariani (A.), 80, 247, 347, 395.
411.
Marie-Antoinette (la reine), 282.
Marié, 177.
Marimon (Mlle), 21, 145, 161.
229, 245, 274, 318, 324, 350,
370, 371, 433, 446, 447.
Marini, 15,23, 53,138, 147,171.
Mario, 161, 169, 170, 189, 198.
214, 230, 238, 270, 277, 273.
325, 349, 370, 371, 386, 393,
409, 422, 441.
Mariotti, 308.
Markevitsch, 103.
Markowski, 278.
Marlow (Mme), 387, 403.
Marloye, 131.
Marmontel, 45, 213, 410.
Marnet (L.), 389, 442.
Marochetti, 14, 54, 106, 12Ô, 178.
Marot (C), 45.
Marpurg, 278, 287.
Marquet (Mlle D.), 119.
Marra, 230, 395.
Marra-Volmer (Mme), 279.
Mars (Mlle), 60.
Marschner, 38, 207, 223, 319, 411,
419, 449.
Marseille (S. Gr. l'évêquc de).
213.
Marsollier, 250.
Martainville, 337.
Martin (A.l, 36, 205.
Martin (E.), 99, 284, 336.
Martin (P.), 22, 262, 278.
Martin (de I." Opéra-Comique), 274.
314.
Martin (décorateur), 85, 414.
Martin (organiste), 140.
Martin (d'Amiens), 173.
Martin (de Lille) j 146.
Martin (de Kimes), 426.
Martin (Mlle J.), 78, 120, 143, 150,
DES NOMS.
Martinet (Mlle), 121.
Martinez (Mme), 46.
Martini d'Ormoy (Mme), 47.
Marty (Mlle), 197.
Marval, 83.
Marx (A.), 58, 137, 187.
Marx (de Berlin), 326, 371.
Marzi frères, 213.
Mas, 98, 117.
Massart, 03, 189.
Massart (Mme A.), 6 , 29 , 70,
141, 440.
Massât, 276, 402.
Massé (V.), 2, 3, 37, 100, 169,
318, 324, 387, 419, 450.
Massé (Mlle), 47.
Massen frères, 311.
Massenet (J.), 259, 394, 418.
Massimino, 25, 43.
Massini (F.), 411.
Masson (M.), 11, 182.
Masson (Mlle E.) , 14, 108, 324,
338, 371, 379, 387, 402.
Massot (M. et Mme), 144, 450.
Massy (Mlle L), 121, 435.
Mathias (G.), 2.
Mathieu, 63, 326.
Mathieu (E.), 449.
Mathieu (J.-N.), 286.
Mathilde (S. A. I. la princesse) ,
54.
Mattmann (Mme), 70, 149.
Matton, 106, 222.
Maucourt, 407.
Maugard, 23, 47, 93.
Mauraisin (Mlle), 198, 214.
Maurin, 6, 14,22, 35, 38, 54,
92, 105, 126, 150, 158.
Mauro, 347.
Maury, 203.
Mayer (J.), 403.
Mayer (Mlle L.), 53.
Mayerhofer (M. et Mlle), 32, 93,
121, 426.
Mayeur, 222, 275.
Mayseder, 155.
Mazzoleni, 32.
Méa (Mlle), 369.
Mechelaëre, 357.
Medori (Mme), 395.
Megnot, 7.
Méhul, 74, 128, 129, 250, 295.
355, 391, 392, 441.
Meilhac (H.), 369.
Meillet, 14, 35, 115, 366.
Meillet (Mme), 32, 74, 213, 337,
365, 449.
Méjan (le comte), 302.
Mélcsville, 182, 318.
Mélingue, 100, 417.
Mellinet (le général), 81, 154
167, 198, 205, 275.
Mellon (A.), 7, 82, 303, 326, 371,
Melvil (Mme), 82.
Membrée (E.), 79, 120, 136, 143,
154, 167, 204.
Meudelssohn-Bartholdy , 23, 28,
29, 44, 46, 52, 57, 63, 70, 81,
86, 93, 98, 99, 102, 105, 106.
121, 125, 138, 141, 150, 159,
160, 169, 178, 189, 191, 199.
206, 219, 236, 239, 263, 287,
321, 329, 331, 338, 371, 377 .
392, 395, 418, 419, 435, 441 ,
447.
Mendès (la segnora C.), 197.
Mendioroz, 250, 266, 267.
Meneau (L.), 147, 410, 434.
Mcngand, 7.
Menier (P.), 120, 365.
Menjaud (Mgr), 370.
Mérante, 337.
Mercadante, 78, 231, 425.
Mercey (de), 377.
Mercier, 39.
Mercklin, 12, 46, 73, 90, 302.
Mercuriali, 206.
Mercurier, 394.
Méreaux (A ), 263, 302, 431.
Merelli (F.), 3, 163, 182, 188,
199, 214, 254, 263, 2S7, 311,
339, 353, 363, 387.
Mérian (le baron de), 291.
Méric, 32, 63, 121, 346, 378,
384, 403.
Méric-Lablache (Mme de), 386.
Mérimée, 294.
Merly, 2, 39, 102, 109, 114, 153,
182, 206.
Mermant, 318, 371.
Méry, 36, 100 , 143 , 222 , 228 ,
230, 249, 250, 254, 294, 326,
338, 350.
Méry (L.), 346.
Mcsser (F.), 147, 155, 3S0.
Messon (Mlle), 7.
Mestépès, 310.
Mélastaso, 226, 309.
Mctgé'f .), 326.
Metiifessel (E.), 254.
Metternich (le prince de), 154.
Mey (A.), 69, 402.
Meyer, 21.
Meyer (L. de), 147, 223, 239, 246,
254, 380.
Meyerbeer (G.), 6, 7, 14, 23, 29,
30, 30, 39, 47, 53, 55, 57, 59,
71, 74, 79, 80, 81, 82, 91, 92,
93, 98, 101, 102, 108, 100, 110,
113, 114, 120, 121, 122, 137,
138, 141, 144, 145, 146, 152,
153, 154, 155, 160, 167, 170,
177, 179, 101, 198, 199, 205,
206, 207, 214, 222, 223, 231,
236, 238, 239, 247, 253, 254,
262, 263, 270, 271, 286, 287,
293, 295, 301, 310, 311, 318,
319, 323 , 325, 356, 329 , 330 ,
334, 337, 339, 343, 345, 346,
347, 352, 353, 354, 355, 357 ,
362, 363, 370, 371, 374, 377,
378, 384, 386, 387, 394, 395,
402, 403, 411, 416, 41", 419,
424, 425, 426, 427, 432, 434 ,
442, 449, '(50.
Meynne, 183, 189.
Michaëlis (G.), 239.
Michal (Mlle L.), 206.
Micheau (Mlle), 102.
Michel (A.), 448.
Michel (Mlle), 378.
Michot, 77, 120, 153, 169, 181,
253, 309, 324, 345, 353, 301,
380, 400, 425.
Mick (Mlle), 387.
Migriant, 275.
Milesi, 206.
Millont, 162.
Minnesaenger, 370.
Miolan IMme veuve), 92.
Mira (Mlle M.), 46, 58, 59, 213.
Mîraglia, 15.
Mirai, 250, 266.
Mirapelli, 82, 338.
Mirés (Mlle], 213.
Miroy (Mme C.), 37.
Miska-Hauser, 222, 295.
Mocker, 145, 158, 318, 329, 386,
422.
Mocker (M.), 418.
Moderati, 311.
Moësner (Mlle M.), 15, 63.
Mohenot (J.), 265.
Mohr, 101, 149, 198, 236, 353.
Mohr-Dietsch (Mme), 47.
Moisson (Mlle), 3.
Moitessier, 262, 27S.
Moléri, 386.
MolidofT (Mlle) , 162.
Moline Saint-Yon (le général), 205
Molique, 347.
Momas, 32.
Momigny (G. de), 53.
Moncouteau, 409.
Mondonville, 193, 194, 201, 202,
218, 225, 226, 241, 242.
Monestier, 268.
Mongiardini, 379.
Mongini, 23, 39, 53, 122, 138,
155, 170, 189, 206, 214, 23S
239, 254, 263, 271, 277.
Moniot, 205.
Moniuszko, 311.
Monjauze, 32, 337, 365.
Monnais (E.), 81, 167, 237, 416,
Monnier (A.), 228.
Monnier (H.), 237, 337.
Monplaisir (Mlle), 229.
Monrose, 196, 401.
Monrose (Mlle), 2, 5, 50, 91, 100,
109, 120, 136, 151, 204, 229,
262, 293, 301, 324, 329, 337,
353, 361, 370 , 373, 336, 393,
418.
Montagne (Mlle), 40.
Montaland (Mlle C), 153, 337.
Montanello (B.), 25.
Montaubry, 5, 23, 50, 53, 61, 73,
80, 92, 136, 145, 152, 161, 204
229, 237, 245, 293, 318, 324,
329, 353, 361, 393.
Montauriol, 391.
Montaut (Mme), 162.
Montcavrel, 270, 33S.
Montéclair, 27.
Monteil, 282.
Montelli, 120, 154, 310, 403.
Montigny, 94, 138.
Montigny-Lemoine, 119.
Montmant, 450.
Moralt, 15.
Morcau, 270, 295, 319.
Moreau (E.), 154.
Morcau (Mlle), 14, 227, 441.
Morcau-Sainti (M. et Mme), 130.
Morcl (A.), 15, 63, 92, 102, 169,
335, 340.
Morclli, 345, 353, 425, 433, 441,
449.
Morère, 266, 275.
Moretti, 27.
Morin-Nilo (M. et Mme), 449.
17
Morini (F.), 2, 117, 278, 38.% 442.
Morino, 47.
Moritz-Reuchsel (Mlle), 137, 150,
410.
Morley (C.), 299.
Morny (le comte de), 120, 167,
354.
Moroni (L.), 231.
Morris, 419.
Morrison, 32.
Mosata, 416.
Moscheck (C.), 82.
Moschelès, 98, 254, 267, 286, 386,
440.
Moskowa (le prince de la), 154.
Motto, 430.
Moulin, 198.
Moulins (S. Gr. l'évêque de), 262.
Mouravieva (Mme), 53.
Mouret, 18, 127, 126.
Mouron (Mlle), 145.
Mozart, 2, 14, 21, 23, 29, 32, 33,
34, 35, 38, 44, 52, 58, 70, 74,
87, 90, 98, 101, 105, 110, 116,
120, 126, 138, 146, 149, 150,
160, 175, 189, 191, 199, 206,
219, 231, 236, 254, 259, 261,
263, 287, 311, 325, 341, 360,
361, 363, 371, 377, 395, 403,
426, 430, 434, 442, 448.
Muhldorfer, 32.
Muhlendorf, 284.
Muir-Wood, 74.
Mulder (R.), 419.
Mulder (Mlle L.), 37(1, 386.
Muller, 38, 52, 69, 78, 9S , 160,
254, 435.
Muller (E.), 244.
Muller frères, 217, 239.
Muller (Mlle), 387.
Munchheimer, 435.
Murât (le comte J ), 167.
Murât, 161.
Muratet, 267, 275.
Murer (Aille L.), 92, 101, 106.
Murger (H.), 269, 417.
Musard père, 3.
Musard, 2, 154, 179 , 198, 205,
225, 233, 238, 246, U70, 286,
294, 295, 301, 319.
Musset (A. de), 45, 190, 416.
Mutel (A.), 36, 46, 99, 246, 331.
N
Nadaud (G.), 6, 150, 347.
Nœgeli (H.), 10.
Nagenzaun, 287.
Naglia (Mme), 147.
Najac (de), 182.
Nantier-Didiée (Mme), 23, 39, 47,
53, 71, 80, 138, 144, 198, 200,
214, 220, 238, 247, 326, 345,
353, 374, 425, 432, 450.
Napoléon III (S. M. l'Empereur),
31, 61, 86, 92, 109, 161, 181,
230, 278, 286,425, 433.
Napoléon (S. A. I. le prince), 190.
Nargeot, 342.
Nargiller, 111, 378.
Nassau ( LL. AA. RR. le grand
duc et la grande-duchesse de),
311, 319, 370, 450.
Nathan (E.), 14, 32, 54, 81, 110,
117, 142, 169, 262, 378, 449.
Nathan (deVÙjiéra-Comique), 186,
213.
Nathorp,ll, 367.
Navarre (Mlle), 347.
Nefl (A.), 263.
Negrini, 231, 270.
Nelly (Mlle), 337.
Neri (Saint-Philippe), 415.
Neri-Baraldi, 277, 286.
Ncswadba, 138, 271.
Neuberth, 222, 276.
Neukomm (S. et A.), 131 , 167,
287, 291, 419.
Neulat (M. et Mme), 23.
Neumans, 1S3.
Neustedt (C.), 294, 3S6, 424.
Ney (C.), 21, 44, 52, 62, 70, 117,
126.
Ney (Mlle), 20G.
Niboyet (P.), 105, 302.
Niboyet (Mme), 351.
Nichetti (l'abbé A.-M.), 41.
Nicolaî, 82, 371.
Nicolo, 1S3, 274.
Nicou-Choron, 331.
Niedermeyer, 81, 167, 198, 238,
2liS, 277, 331, 334, 378.
Niel (le maréchal], 246.
Nielscn(N.-P.), 137.
Nielsson (Mlle C.), 311.
Niemann, 222, 230, 231, 245, 263,
295, 310, 311, 326, 339.
Nieuwerkerke (le comte de), 92.
Nissen-Saloman (Mme), 94, 103.
Noël, 276.
Nolau, 85, 414, 441.
18
Kollet, 78.
Noltës (Mlle), 231.
Norbliri, 52, 92.
Norrowine (I.), 325.
Nourrit (A.), 344, 390.
Nourrit (R.), 434.
Novello (.lime C), 3C3, 387.
Nuertès (S.), 254.
Nuitter, 310.
Numa-Blanc (Mme), 433, 441.
0
Oberthur, 206.
Obiu, 86, 145, 204, 250, 309, 324,
370, 449.
Obrecht (J.), 344.
Ockeghem (J.), 344.
Odesenne, 47.
Oehlcnschlaeger, 394.
Oiïenbach (J.), 2, 5, 14, 23, 38,
51, 100, 109, 116, 121 , 122,
136, 138, 167, 169, 170, 107,
214, 231, 238, 247, 271, 277,
284, 287. 301, 303, 318, 319,
324, 337, 355, 362, 393, 395,
402, 409, 413, 414, 435, 441,
445, 446, 447.
Offenbach (Jules), 106, 160, 354.
O'kelly, 441.
Olbacli (le baron d'), 217.
Ole-Bull, 239, 255, 311, 394, 419.
Olivier (Mlle). 162.
Onslow, 93, 149, 333.
Oppel, 206.
Oppelt (G), 15, 110, 205, 230.
Oprawil (Mlle), 377, 386.
Orange (S. A. R. le prince d'),
55.
Orban (Mlle M. d'), 442.
Orfila, 107.
Orlandini, 201.
Orléans (C. d'), 45.
Orléany, 138.
Orray (Mme G. d'), 346.
Orsini, 163, 188, 347,395.
Ortigiie (J. d'), 81, 167, 198, 205.
Ortolani (Mme), 83, 355.
Orwil (Mlle), 393.
Osmond (le comte d'), 154, 338.
Oubilicheff, 187.
Oudshoorn , 32, 93 , 121 284 ,
426.
Ouseley (S.), 290.
Oxenstiern (le comte), 295.
Oxtoby (Mlle), 162.
Pacini, 254, 394, 403, 427.
Pacini (E.), 85, 394.
Paër, 408, 409, 430.
Paër (A.), 222;
Paër (Mme), 331.
PaËz (C. de), 311.
Paganini, 408, 409.
Pagans (L.j, 120, 144, 433.
Page (Mlle), 136, 181.
Pages, 442, 450.
Pagez (Mlle), 331.
Pagngelï, 125, 347.
Pailleron (E.), 317.
Pain (Mme), 3.
Paisiello, 70, 176, 222.
Paladilhe (A.), 62, 79,99,245,258,
358, 393, 425, 441.
Palestrina, 345.
Palfy (le comte), 250, 251.
Palianti (L.), 190, i29.
Pallini sœurs (Mlles), 147.
Palmieri (Mme), 411.
Pancani, 138, 245, 270, 346, 353,
361, 377.
Panis, 431.
Pannard, 18.
Pannetrat (Mlle) , 189, 222 , 230,
S85, 393, 422.
Panofka (II.), 222, 310.
Panseron (A.), 3, 270, 278, 370.
Papin, 276.
Paque, 189,
Paquis, 166.
Parade, 337.
Parepa (Mme), 7, 03, 263, 303,
419, 450.
Paris (A.J, 42, 167, 194, 195, 220,
221, 230, 236, 237.
Paris (U.), 426.
Paris (S. E. l'archevêque, de), 117.
145.
Parizot (V.), 205.
Parme (S. A. It. la duchesse de),
294.
Parmentier (M. et Mme), 246,
261.
Pascal, 270.
Pasdeloup, 28, 77, 81, 87, 97,
120, 129, 145, 167 , 195, 198,
250, 270, 276,441.
Pasi, 109.
Pasqualati (le baron), 419.
Pasqué, 170, 394.
Pasta (Mme), 114, 349.
Pastou (de), 42.
Patriossi (M. et Mme), 6, 271,
419.
Patry, 7.
Pati (Mme A.), 170, 205, 222,
347, 395.
Paulin (M. et Mme), 6 , 70. 136.
Paulin (Saint-), 228.
Paulus, 102.
Paur, 442.
Paurelle (Mlle), 449.
Pavani, 199.
Paxton (J.), 243,
Pazzi (E.), 325
Pélissier (le maréchal), 280.
Pellegriu (Mme), 81, 151, 153.
Pelletier (J.), 270, 282,283, 377.
Pelletier (l'abbé), 205, 410.
Pellini (Mlle R.), 163.
Pemmark, 197.
Penco (Mme), 6, 21, 34, 61 , 109,
114, 117, 153, 169 , 189, 198,
222, 238, 247, 270, 353, 361,
370, 377, 384, 402, 1,00, 425,
433, 441, 449.
Pêne (H. de), 230, 319.
Pentenrieder (X.), 183.
iJény, 146.
Pépin, 39, 403.
Péreuil, 258.
Pérey (C.), 245.
Perez(don V,), 423.
Perfall (de), 15.
Pergolése, 176, 201.
Péri (J.), 103, 138, 415.
Périé, 275, 386, 391.
Périga (Mlle), 119.
Périllé, 82.
l'erman (J.), 238, 277.
cerne, 323.
Perny (P.), 23, 108, 191, 270,
354-
Péronnet (G.), 400,
Péront, 258, 266, 318, 414.
Perrault, 274.
Pcrrin (E.), 120, 173.
Perron, 55.
Perrot, 94, 136, 411-
Perrot [du Conservatoire), 259.
Perrot de Renneville, 370.
Perruggi, 55, 122, 13*.
Persigny (le comte de), 230, 243,
Peschard, 77, 267,275, 283, 393.
425, 437, 4Î9.
Peschel (Mlle), 267.
Pestalozzi, 10.
Petipa, 85, 92.
Petipa(Mme), 72.
Petit (P.), 146, 250, 266, 267,
283.
Petit (ban/Ion), 302.
Petit (Mlles M. et L.) , 267.
Petitet (Mlle) , 266.
Petiton, 203.
Petrella, 32, 155,247, 319.
Petrolï, 303.
Pfau, 355.
Pfeiffer (G.), 31, 38, 52, 82, 98,
238, 262, 294, 418, 441.
Pfeiffer (T.), 10.
Pfeiffer (Mme C.), 154, 370, 418,
441.
Pfotzer (Mlle), 198, 250, 266, 283.
Piatti, 287, 311, 425.
Piavo (F.-M.), Il , 12, 254.
Picard (Mlle A.), 150, 258.
Piccini, 202, 217.
Piccioli, 103.
Piccolo, 14.
Piccolomini (Mlle), 91, 155, 163,
170, 181, 271.
Pickaërt, 259.
Piedbœuf, 63.
Piermarini, 293.
Pierson, 355.
Pierson (Mlle), 244.
Pignant, 275.
Pilati, 120.
Pilet (L), 70.
Pilinski (S.), 277.
Pillet-Will (le comte), 54, 02.
Pilling (miss), 82.
Piquet- Wild (Mme), 63.
Piron, 292.
Pinon, 331.
Pisari, 442.
Pischeck, 303, 387.
Pistilli (A.), 387.
Pithou-Chéret (Mme), 54.
Pizzigali, 32.
Placet, 246.
Platitude (C.), 190,262.
Planté (F.), 28, 44, 70, 116.
Plessy(Mme Arnould-), 153,369.
Pleyel (Mme M.), 53, 61 , 73, 81,
86, 101, 105, 142, 278.
Plock de Bcrthier ( Mme M. ) ,
40.
Plou (Mlle M.), 434.
TABLE ALPHABETIQUE
Poé (E.), 197.
Pohl (E.J, 353.
Poincet, 125.
Poinsot (Mlle), 111.
Pointaux (Mlle), 258.
Poisot(C), 54, 205, 434.
Poize (F.), 47, 99, 402, 434.
Pokorny, 15.
Polignac (le prince A. de), 15!i,
213.
Polonini, 271.
Pomey, 299,
Pompadour (la marquise de), 201,
202, 218, 226,
Ponce de Léon (S.), 154, 252. 319.
Ponchard (C.), 61, 158, 186, 318,
324, 394, 422.
Poniatowski (le prince J.), 5, 37, 45,
73, 81. 85, 120, 154, 167, 169,
277, 319, 377, 410.
Ponsard (F.), 182, 293, 317, 369.
Ponsin (Mlle), 206, 283, 317, 306.
Pontet, 82, 449.
Ponti (Mme), 403.
Poorten (A.), 94.
Porst, 21.
Portehaut, 213.
Potel, 210, 227, 399.
Potesini, 261.
Potier (C.), 119, 150, 337.
Potier (M. et Mme H.), 2, 130,
137, 150, 354.
Pouillet, 131.
Pouilley, 154, 198, 214.
Pourcelle, 23.
Pourchez, 276.
Pouschkine, 38, 171, 215, 325.
Poussèze (Mlle), 15,55, 394, 410.
Poznianski, 183.
Pozzi (Mlle), 379.
Pozzo, 426.
Pradal (Mlle A.), 266, 267. 355,
426.
Pradeau, 102, 434.
Prechtler (O.), 191.
Pressel (G.), 111,247, 355.
Prévost, 26.
Prikhounova (Mme), 72.
Prilleux, 4, 50, 100, 136, 158.
180, 308, 386, 434-
Prohaska, 207.
Prost, 270.
Prost (Mlle), 109, 308, 310, 374,
386, 393.
Protat (l'abbé), 394-
Provini, 6, 46.
Provost, 403.
Provost (E.), 402.
Prudent (E.), 2, 22,31, 46, 52,
54, 61, 70, 71, 73, 81, 87, 92,
100, 110,121, 122, 150,310.
Prume (E.), 3.
Prume (J.), 271, 286.
Prumier père, 203.
Prumier (C.), 262.
Prusse (LL. AA. RR. le prince
régent et la princesse de), 122,
171, 223,311, 318, 319.
Puget, 73, 338.
Pugni, 94.
Puliga (le comte de), 154.
Pyne (miss L.), 199, 310, 363,
371, 395, 419, 435.
Quclus, 231, 303.
(Juesne, 318.
Quew, 171, 191.
Quinchez, 245.
Itabaud (H.), 137,150.
Haby (Mme), 386.
Radecke, 435.
Radccke(Mme R.), 13S.
Radziwill (le prince de), 319.
Raine, 275.
Rambures (de), 26, 43.
Rameau, 68, 12 7, 218, 221, 292.
Ramelli (Mme), 433.
Randhartiger, 326.
Ransdorf, 93.
Raoux, 109, 132, 133, 134, 135,
136.
Rathail (J. de), 227.
Rauïs (Mme), 82, 419.
Raupach, 346.
Raux (Mlle), 258.
Ravaisson, 167.
Ravel, 37, 181, 353, 393, 417.
Ravina, 46, 8S, 101.
Ravisy, 141.
lîayual, 151, 3S6, 448.
Raynard, 229.
Baynaud (Mme), 32, 47, 55, 93,
146,346, 410, 420.
Raynouard, 113.
Rebel, 18.
Reber, 22, 70, 261, 416.
Reboul, 276.
Rebsamen (J.-J.J, 418.
Redern (le comte de), 7, 39, 47,
155, 422.
Rée (E.), 73.
Regnault de Prébois (Mme), 212.
Régnier, 153, 244, 319, 401, 403.
Régny (Mlle), 266, 283.
Régondi, 7.
Reichardt (A.), 31, 246, 277, 281,
286, 295,301, 418, 434.
Reine (Mlle L.), 387,394.
Reinecke (C.), 347, 395.
Reissiger (G. -T.), 3.
Reiter, 199.
Reizet (J. de), 154-
Uellstab (L.j, 426,434, 442.
Rémaury (Mlle), 270.
Reuvy d'Auxerre, 382.
iîémusat, 442.
Renard, 45, 61, 98, 102, 120, 277,
386, 393.
Renaud, 31.
Renouleau (Mlle), 250.
Réty (C.), 129, 145, 161, 294, 325,
337, 345, 416.
Reuss (le prince de), 154.
Rèverand, 276, 402.
Révial, 294.
Révilly (Mlle), 109, 308, 386.
R-y, 347.
Rey (Mlle A.), 222, 325, 357, 401,
402, 418, 425.
Rey-Balla (Mme), 63, 326, 386.
Rey-Saimon (Mme), 162.
Reyer(E.), 3, 337,345, 362, 41S,
441.
Reynaud,275.
Reynier (M. et Mlle L.), 125.
Riban, 333.
Ribes, 15,245, 353.
Ricci (L.),3.
Richard (Mlle Z.), 189, 254, 262,
273.
Riohter, 354.
Ricordi(T.),354.
Rie (B.), 70, 92, 101, 110, 116,
117, 205.
liiebesthal, 26.
Riedle(C), 122.
Riehl, 267, 268.
Ries (F.), 187.
Riester (Mlle), 258.
Rietschel, 338.
ietz(J.),138, 206, 363, 395.
Rifaut (Aille), 258.
Riga, 385.
Rignault (Fr.), 62, 106, 142, 203,
441.
Rillé (L. de), 54, 81, 160, 198,
219, 236, 268, 346, 351, 385,
426, 449.
Rinaldo (de Capoue), 202.
Rinuccini (O.), 415.
Riquer(Mlle E.), 237.
Ristori (Mme), 180, 197, 2 '2, 230,
432, 442.
Ritter (T.), 2,. 6, 29, 31, 78, 79
106, 1S2,189, 219.
Rivay (Mlle), 197, 213, 226.
Hobberechts (A.), 198, 205, 434.
Robert, 162.
Rotertaux, 205.
Robilanski, 206.
Robin, 173.
Rocco, 47.
Roche (E.), 434.
Rochefort, 145, 151.
Rocke, 32.
Rode, 259.
Rodrigues (E.), SI, 167, 19S.
Rœber (F.), 395.
Roehn, 132.
Roentgen, 395.
Roever (L.), 286.
Roger, 2, 7, 14, 21, 38, 45, 51, 61,
77, 91, 106, 120, 146, 190, 198,
205, 206, 213, 230, 237, 245,
253, 262, 270, 2S4, 303, 310, 311,
318, 325,326, 303,370,387, 395,
402, 410, 449.
Roger [baryton], 222.
Roger (du Conservatoire], 276.
Roger-le-Fëron, 258.
Rogier (C.), 402.
Rogier (de Lille], 265.
Rohault de Fleury, 361 .
Rohleder (J.), 26.
Roissy (Mme de), 170, 206, 230.
Rokytanski,15.
Rolin (Mlle), 267, 275,414.
Rolla, 430.
Rolland (A.), 99,180.
Rollandini (Mlle L.), 146.
Roller, 71,131.
Rolliu, 153.
Romagucsi, 163.
Roraberg (H.), 3, 160.
Rouconi, 144, 189, 198, 238, 361,
370, 3S0, 393, 402, 409, 417,
449.
I Rondeau, 39.
Rongé, 383.
Ronzani !D.), 346.
Ronzé (MmeC.), 362.
Roqueplan (N.), 158, 229, 273,
284, 293.
Roques, 258-
Rore (C. de), 345.
Rosa, 379.
Rosati (Mme), 2, 53, 71, 72, 9a,
136,271.
Rosenhain (J.), 55, 88, 418.
Rosselloty (A.), 182, 262.
Rossi, 138, 426.
Rossini, 34, 59, 62, 82, 83, 103,
109, 113, 138, 150, 153, 154,
161, 162, 178, 182, 190, 199,
204, 205, 231, 238, 249, 254,
263, 294, 311, 319, 325, 330,
339, 346, 353, 355, 368, 371,
393, 403, 411, 414, 416, 441,
442. .
Rota, 427.
Roubin (A. de), 22.
Rouen (S. E. l'archev. de), 90.
Rouff, 121.
Rouget de Lisle (Mlle) , 259.
Roulle (Mlle), 259.
Rousseau, 214, 313:
Rousseau (J. J.), 187, 176, 194,
202, 217, 221, 366, 367.
Rousseil (Mlle), 266.
Roussel, 78.
Rousselot, 70.
RoyerfA.), 30, 161, 212, 250.
Roze, 318, 354.
Rozier, 361.
Roziès (Mlle), 250, 267, 317, 324,
325, 337, 365.
Rubé, 85 , 414, 441.
Rubi, 347.
Rubini, 349.
Rubinstein (A.), 74, 94, 147, 170,
190, 206, 215, 255, 295, 319, 326,
419, 442.
Rucquoy, 55, 244, 261, 371.
Ruda (MmeR. de), 32,39, 55,13S,
Ruf (K.), 222.
Ruggi, 155,
Ruiner, 100.
Ruitz, 395.
Rumigny (le général de), 333.
Rumrael (J.), 38, 103, 394.
Russie (LL. MM. l'Empereur et
l'Impératrice de), 39, 215, 238.
Russie ;S. M. l'Impératrice douai-
rière de), 109, 138, 161.
Rust, 294.
Sabatier, 6, 14, 22, 35, 38, 54,
158.
Sabatier (Mme Gavaux-), 21, 22,
78, 79, 143, 166, 449.
Sabatier (Mlle J.), 22, 78.
Sabatier-Blot (Mlle), 267.
SabourofT (de), 23, 190, 205, 230,
246, 271, 285, 294, 425.
Sacchero (M.), 238.
Saëmann-Paëz (Mme), 102, 311.
Saenser (E.;, 69, 92.
Sain d'Arod, 63, 230, 27S, 318.
Sdnt-Aguet (Mlle), 267, 275.
Saint-Amant, 45.
Saint-Brice, 7, 198, 214.
Saint-Elia (la princesse de), 207.
Sainte-Foy, 17, 23, 59, 61, 100,
106, 109, 145, 152, 158,213, 237,
318 , 338, 345, 350 , 353, 361,
373, 447.
Saint-Georges (de), 2, 5, S5, 284,
31S, 365, 377, 386, 409, 413.
Saint-Huberti (Mme), 313.
Sainti (T.), 130.
Saiutis, 426.
Saint-LéOD, 53, 71, 72.
Saint-Marc (Mlle), 100.
Saint-Martin, 121.
Sainton, 62, 73, 80, 189, 425.
Saint-Saeus, 120, 129, 142, 213,
406.
Saint-Salvi, 285.
Saint-Urbain (Mlle), 2S7, 393, 417,
425, 441, 445.
Saint- Victor, 294.
Saint-Yves, 176, 294, 31S.
Salazar y Luua (B. de), 415.
Salle (Mlle), 18.
Sallis, 276.
Salmon, 26.
Salomon (H.), 353.
Salvator-Luis (D.), 415.
Salvi, 111,230,253,255, 295.
Salvini, 207.
Sampayo (O.), 154.
Sampieri (le marquis de), 167.
Samson, 78, 237, 369.
Sanchioli (Mme), 7, 23, 83, 109,
147, 161, 162, 204, 222, 230,
244, 262, 294, 326, 338, 346,
371, 426, 441.
San-Clementi (le duc de), 278.
San nier (Mlle), 23, 302.
Sapm, 121.
Sarasate, 59, 78, 149, 310, 394,
402, 441.
Sardou (V.), 161, 197, 284, 293.
Saretie, 314, 315.
Sari, 319.
Sarolta (Mlle), 230.
Sarti (V.), 379, 387, 42?.
Sasonofï, 213.
Satow, 394.
Satriano (le duc de), 32.
Saunière (P.), 31.
Sauvage, 136, 185, 386.
Sauvageot (C), 121.
Sauveur, 25.
Sauzay, 61.
Savart, 333.
Savary, 198, 403.
Sax (A.), 27, 32, 38, 110, 130, 132,
133, 134, 135, 136, 246, 262,
276, 294, 331, 332, 333, 334,
335, 336, 432.
Sax (Mlle M.), 2, 14, 45, 46, 145,
153, 166, 230, 263, 270, 273,
284, 293, 310, 324, 353, 386,
Saxe (S. M. le roi de), 31.
Saxe-liobourg (S. A. R. le duc
de), 23, 71, 230, 247, 311, 326,
378, 450.
Saxe-Weimar (S. A. le grand-duc
de), 230.
Sbriglia, 346.
Scalese, 319.
Scannapieca, 231.
Schachner, 387.
Schafhault, 131.
Scharnke (Mlle), 347, 450.
Schedeaieyer père, 162.
Scheidemann (H.), 219.
Schenck. 187.
Scheremberg (Mme), 310.
Schey, 13.
Schiller, 47, 53, 230, 355, 370,
386, 403.
Schimon, 150.
Schindelraeister, 263.
Schindler, 187.
Schlesinger (H.), 294.
Schlosser fières, 243.
Schlottmann, 222.
Schmidt (G.), 155, 190, 252, 360,
378.
Schmidt [Mlle E.), 206, 287, 303,
311.
Schneider, 199, 311.
Schneider (Mlle), 269, 434.
Schneitzhoeffer, 414.
Schnorr, 206, 287.
Schober, 326.
Schoberlechner (Mme), 94.
Schodel (Mme), 63.
Schœn (F.), 402, 425.
Schott (Mine B.), 63, 450.
Schrader, 11.
Schreck (Mlle), 204, 287.
Schrceder-Devrient (Mme), 46, 50,
92. 102, 310, 155, 174.
Schubert (Fr.), 79, 80, 83, 100,
160, 162, 163, 183, 239, 377,
400, 448.
Schubert (Ferd.), 3.
Schubert (C), 170.
Schubert (Mme A.), 30, 62, 379.
Schubert (Mlle G.), 122, 163, 387.
Schuloff (J.), 410. 442.
Schûltz (H.), 378.
Schulze, 366.
Schumann (R.), 32, 58, 70, 74,
77, 81, 83, 93, 102, 105, 199,
206, 239, 355, 395, 426.
Schumann (Mme C.), 15, 155, 347,
395, 411, 435, 442.
Schumpff, 106.
Schunké, 426.
Schûtsky, 363, 403.
Schùtze, 12, 40, 73, 90, 302, 442.
Schutzenberger, 21, 121.
Schwab (F.), 21, 55, 163, 261,
294, 377.
Schwab (Mlle), 259.
Schwarzbach (Mlle), 223.
Schwœderlé (M., Mme et Mlle), 32,
93, 121, 426.
Scot-Erigène (J.), 382.
Scott, 322, 278.
Scribe (E.), 2, 47, 49, 182, 221,
263, 287, 293, 301, 324, 337,
303, 409, 417, 441, 445, 440,
449.
Scribot, 450.
Scudo (P.), 152, 203. 204, 223,
Sébault (C), 222.
Seelig (H.), 6, 143.
Segarelli, 146.
Seghcrs, 177.
Ségisser (Mlle A.), 101, 110, 137,
142, 152.
Séguier (A.), 131, 333.
Seiffert, 286, 303.
Séjour (V.), 37, 100, 153, 294.
Séligmann (P.), 19, 39, 83, 138,
162, 169, 278,287, 410.
Sellenick, 294, 315, 316.
Sellette, 202.
Séméladis, 39.
Séménoff (Mme), 373, 191.
Semet (T.), 114, 115, 310.
Sendré, 198, 214.
Senfl (L.), 93.
Sérene, 175.
Sergent, 90, 302, 318, 354.
Servais, 61, 88, 92, 117, 173, 182,
223, 278, 286, 324, 326, 331.
Sétoff, 72.
Seyfried (de), 187, 251.
Shane, 394.
Sieg, 254.
Siévers (Mme), 120, 143, 144, 150,
311.
Sighicel'.i (H.), 105, 154, 366, 246,
371, 378.
Silas (E.), 23.
Silcher, 310.
Simart, 18.
Simon (l'abbé), 145.
Sims-Reewes, 371.
Singer, 199.
Singer (Mlle), 54.
Siraudin (P.), 228.
Sivori (C.), 2, 6, 23, 31, 81, 88,
136, 155, 198, 222, 247, 294,
311, 324, 338, 362, 403, 410,
434, 441.
Skraup, 263.
Smith, 122, 144, 103, 206, 214,
237. 254, 271, 277, 419.
Smith (E.-T.), 82,263.
Snel, 385, 441.
Sobiéry, 7.
Solié, 82, 91, 426.
Solieri, 263.
Solliva, 429, 430.
Sollohub (le comte de), 42, 118
366.
Solomé, 354.
Sontheim, 387.
Sophie d'Autriche (S. A. I. l'archi-
duchesse), 23a.
Soubiran, 6.
Soubre, 385.
Souhaitty (le père), 167.
Soulié (F.), 181, 269.
Soullier (C), 238.
Sowinski (A.), 22, 92, 98, 111,
121, 449.
Spannagel (Mlle), 403.
Spezzia (Mlle), 32.
Spira (E.), 31, 46.
Spohr (L.), 2, 23, 38, 60, 74. 77,
107, 138, 222, 250, 251, 362,
378, 406, 408, 418, 427, 429,
430, 435, 450.
Spontini, 82, 122, 240, 270, 278,
333, 371, 379, 418.
Squarcia (D.), 163, 1L8, 399, 206.
Stadt (Mlle), 387.
Stahl, 374.
Stahn, 426.
Stahremberg (le prince G. -A.!,
354.
Stamaty (C.), 349, 325.
Stanley, 7.
Stanzieri, 137, 154, 326.
Stappers (A.), 55.
Starck (Mlle I ), 125, 150, 166,
178.
Stare (L.), 197.
Stargardt, 254.
Starzer (Mme), 309.
Stefani (J.), 111.
Steffani, 93.
Steffenone (Mme B.), 270, 347.
Stéger, 238, 295, 327.
Stein (le baron de), 239.
Steiner, 450.
Stendhal, 249.
Stennebruggen, 55, 12), 163, 244,
261.
Sténosse, 275.
Stévons (Mme), 39.
Stiel, 386.
Stipaneck, 394.
Stigelli, 346, 419.
Stilcher, 47.
Stokhausen (J.), 55, 74, 83, 102,
111, 121, 163, 191, 206, 285,
287, 347.
Stoeger (Mlle), 223, 347.
Stoll, 47.
Stoltz, 302, 409.
Stoltz (Mme R.), 109, 277, 326,
330.
Stoltz (Mme), 122.
Stoumon, 47.
Stradella, 278.
Strakoscb (M. et Mme), 47, 170, 347.
DES NOMS.
Stranski (Mme), 39.
Strassmann-Dambock (Mme), 403.
Strauss, 54, 205, 426,433.
Stroecken, 46.
Studemand, 11.
Stumz (J.-H.), 3, 93.
Stutz (P.), 294.
Sudre (M. et Mme), 28G.
Sue (E.), 229.
Suiste, 258.
Sujol, 263, 435.
Sulzer (J.), 191.
Suppé, 111.
Surdun, 150.
Survie, 120, 131, 334.
Susini, 170, 205, 222, 347.
Szarvady-Clauss(Mme),31, 40, 58,
78, 105, 142, 386, 411, 439.
Taborowski, 23, 94, 29i, 303.
Tacchinàrdi (N.), 3.
Taffanel (M. et Mlle), 275, 399.
Tagliafico, 31, 81, 105, 144, 238,
271, 346, 418.
Taglioni, 7,355. 370.
Taglioni (MmeM.), 2, 300, 318, 337,
377, 386, 413, 414.
Taigny (E.), 386, 393.
Talexy(A-), 136,339.
Talexy (Mlle), 246.
Talma, 60.
Talon, 82.
ïalvo(MlleM.),394, 419.
Tamara, 183.
Tamberlick, 2, 23, 39, 47, 53, 80,
91, 97, 100, 109, 120, 136, 138,
146, 153, 101, 169, 204, 200, 230,
238,245, 254,263,270, 271,279,
286,310,318,353, 371,387,425,
432, 450.
Tamburini, 247.
Tapi au, 32.
Tardieu deMalleville (Mme), 33.
Tartini, 347.
Taste, 182.
Tasti, 347.
Tati (Mme), 170, 230.
TaubrTt, 133, 371, 4-14-
Tautin, 176.
Tautin (Mlle L ), 51.
Tayau, 186, 387.
Taylor (le baron), 2, 46, 154, 102,
190, 203, 262, 405, 434.
Tedesco (Mm-), 15, 32,81,91,147,
153, 161,197,204,212.253, 284,
301, 318, 324, 337, 345, 357, 370,
377, 385, 401, 417, 433, 441, 449.
Tegerstrom (MmeH.),311.
Tcgner, 394.
Teichmann. 278.
Telesynski (J.), 142, 154.
Terby (J.), 409.
Terranova, 147.
Terry, 03, 189.
Terzagi (le main,, is), 327.
Tesi-Traiiiontani (Mme), 309.
Texier (E ), 278.
Thalberg, 29,131, 151,178, 346.
Tuêaulori, 209, 273, 274.
Thélen, 122.
Therlwals (miss), 7, 435.
Thiboust (L.), 228, 269.
Thierret (Mme), 393.
Thierry, 85,414, 441.
Thierry, (E.), 150, 403.
Thomas (A.), 5, 37, 45, 40, 49,50,
61, 73, 74, 80, 81, 88, 99, 145,
146, 160, 167, 169, 189, 108, 204,
219,236, 243,302,324, 331,334,
386, 416.
Thomas (J.), 286.
Thomascik, 374.
Thuillier (Mlle), 393, 433.
Thurner, 303, 394.
Thys (Mme), 102.
Thys (Mlle P.), 89, 143, 222.
Tiberini, 83, 355.
Tichatscheck, 183, 397, 214, 239,
254, 427.
Tiéfensée (MlleF.de), 39,325.
Tilmant, 30, 46, 50, 87, 158, 166,
169, 386.
Tinctoris (J.), 344, 440,441.
Tinney (F.-G.), 419.
Tirabosclii, 415.
Tisserant, 393, 433.
lissier, 230, 285, 325.
Tissot (Mlle), 258.
Tiljens (Mlle), 103, 144, 170, 182,
189,198, 200,214, 223,238,204,
203,277,339, 371,387,403,419,
435.
Todor, 81.
Tolbecque, 169.
Tombcsi (G.), 93.
Tonel (Mlle L.), 410, 442.
Tonelli (la), 201 .
Tordeus (Mlle), 266, 283.
Tosi (Mme), 230, 395.
Tostée (Mlle), 152, 186.
Tournier, 109, 132, 133, 134, 3 35,
136.
Tourte (F.), 254.
Touzé (l'abbé), 285.
Trautmann (Mlle M.), 387.
Trebelli (Mme), 32, 93, 3 53, 237.
254, 325, 339, 347, 363, 373,
378, 387, 395, 403, 413, 435,
442, 450.
Trefftz (Mlle J.), 449.
Treitt, 431.
Treumann (K.), 15, 303.
Trianon (H.), 30, 307.
l'riberth, 309.
Tridémy (J.), 277.
Triébert, 70, 177, 191, 202, 208.
331.
Trinquart, 146.
Trochu (Mlle N.), 180, 190, 197.
Trœg (A.), 286.
Troplong, 120.
Troy, 17, 45, 120, 145, 213,373.
Tuai (Mlle), 91, 386, 393, 422.
Tugeniiolt, 371.
Tulou, 30, 253.
Turbri (H.), 22.
Turnbout (G. de), 345.
U
l'chard (M.), 154.
Ugalde (Mme), 14, 35, 52, 109.
115, 110, 129, 161, 389, 230,
237, 245, 253, 262, 270, 277.
284, 293, 301, 310, 318, 32U.
445, 449.
Uhland, 142.
Ulmann, 47, 170, 302, 318, 347.
Uschmann, 121, 261.
Vadé (Mme), 162, 439.
Vadé (Mlle), 353.
Vaéz(G.), 100, 109, 173.
Valentini (Mme), 319.
Valiquet (H.), 294, 442.
Vallée (O. de), 335.
Valsovain, 339.
Van-Ahsen, 302.
Vandenhaute (Mme), 93, 346, 419,
450.
Vandenheuvel (Mme C. Duprez-),
47, 61, 74, 100, 110, 129, 262,
270, 273, 284, 293, 301, 309,
310, 324, 353, 361, 380, 393,
434.
Vanderbeck sœurs (Mlles), 38, 52.
Vandervelpen, 344, 345.
Vaneri (Mme), 69, 206, 238, 254.
Van-Eycken, 394.
Van-Hasstlt, 440, 441.
Van-Haute, 160, 318.
Van-Hoye, 344, 345.
Vantrappe, 83.
Varcollier, 81, 367, 193.
Varesco (l'abbé), 360.
Varesi, 15, 120, 147, 170, 206,
230.
Varin, 221.
Varney, 214,
Vasseur (L.), 275, 277.
Vaucanson, 193.
Vaucorbeil (A. E. de), 45, 62,106.
Vaudin (J.-F.), 81, 160,219,243.
Vaulhrot, 406
Vautrin, 276.
Vecchi (Mme C. de), 337.
Vény, 351.
Venzano, 117.
Vercken, 385.
Verdi, 55, 74, 82, 103, 118, 138,
147, 163, 167, 231, 311, 370,
411, 441.
Vei-din (Mlle B.), 154.
Verhulst (J,),32, 214, 385.
Verne, 294.
Verninck (Mlle), 63.
Véron (le docteur L.), 389, 390.
Véron (P.), 36, 221.
Verrimst (V.-F.), 39.
Verroust, 4)9, 440.
Verstowski, 81.
Vert, 420.
Vervoite (C.), 166, 310, 318, 354,
386, 394, 410.
Vestri (Mlle), 349.
Vestvali (Mme), 1, 5, 53, 92,120,
346, 353, 301, 377.
Vialctti, 144, 200, 238,277, 339,
419, 435.
Vialon (A.), 54,442, 450.
Viard (Mme L.), 301, 116.
Viardot. (Mme P.), 2, 14, 61, S0,
87, 120,161,1,75,190, 204,230,
245, 293, 310, 311, 371, 377,
386, 393, 394, 434, 441.
Victor-Emmanuel (S. M. le roi de
Sardaigne), 416.
Victoria (S. M. la reine d'Angle-
19
terre), 102, 122, 170, 238, 239,
325.
Victoria (Mlle), 144.
V.eillard (A ), 128, 129.
Viening (Aille), 270.
Vierling, 435.
Vietinhoff, 103.
Vietti (Mme), 182.
Vieuxtemp'i (H.), 15, 23, 52, 53,
72, 94, 103, 107, 111, HO, 138,
147, 223, 239, 254, 255, 271,
310, 311, 347, 431.
Vigourel, 63.
Viguier (M. et Mme), 6, 14, 22,
35, 33, 54, 101, 105, 158, 166,
178.
Vila, 121.
Vilbac (R. de), 90, 358, 370, 394.
Villalobos, 415.
Villanfret, 150.
Villani, 81.
Villebichot, 276.
Villebois, 247, 271.
Villemessant (de1, 318.
Villeneuve (Mlle O. oe), )S0.
Villette (Mme), 7, 214.
Villiers (Mlle), 212.
Vincent (A.), 39, 108, 410, 431.
Viotti, 403.
Vitaux, 362.
Vivier, 230, 286, 2S7, 295, 319,
338, 350, 370, 371, »77.
Viviers (Mgr l'évéque de), 4G.
Vizentini, 426.
Vogcl (A.), 378, 403.
Vogler (A.), 113.
Vogler (l'abbé) 206.
Vogué (le comte M. de), 154.
Voisenon (l'abbé de), 217, 225,
226, 242.
Voituret, 276.
Voizel (Mlle C), 426.
Volkmann, 394.
Volpini (M. et Mme), 346.
Voltaire, 293.
Von-Milde (Mme), 171.
Voss fC.), 81, 198, 219, 268, 302,
323, 351, 385, 426.
Vounderlich, 14.
Vrabély (Mlle), 99.
Vriès (de), 2^5.
Vriès (Mme de), 32, 63, 371, 387,
435.
Vrcye (A. de), 88, 142.
Vrydagh, 32.
Vulpian, 228.
W
Waagen (Mme), 190.
Wachtel, 303, 326, 355, 442.
Wackenthaler (M. et Mlle), 211,
252, 426.
Wadislavleff, 171.
Wadmann, 367.
Wagner (R. i, 21, 31, 33, 46, 58,
68, 100,188, 231,255, 278,310,
326, 433.
Wagner (décorateur)^ 71.
Wagner (Mme J.), 39, 37S.
Walckiers, 349.
Waldor (Mmo M.), 397.
Waldteul'el (M. et Mlle), 121, 122,
125.
Walew.~ki (le comte dej 409,418,
433.
Wallace (W.), 82,355, 363, 395.
Wallenstein, 450.
Wallon (le comte), 00.
Walter, 199, 255.
Warnotz (M. et Mme), 55, 122,
162, 338, 426.
Warot, 91, 109, 101, 174, 178,
237, 262, 274, 308, 330, 374,
447.
Wartel fils, 210, 316, 353.
Wartel (Mme T.), 302, 425.
Watier, 47, 146.
Weber (C. M, de), 2,15, 32, 55, 70,
89, 106, 113,117, 159,189,214,
231, 239, 244, 254, 335, 363, 377,
378, 3S5, 394, 426.
Weber (E.), 32, 93, 121.
Wegeler, 187.
Weiile (C), 271.
Weigand, 267.
Weigl (Mme E.), 92.
Weilich, 47.
Weingacrtner, 267, 275 .
Weismann (Mlle), 270.
Weith (Mlle), 74.
Wekerlin (J. B.), 59, 213, 409,
433, 439, 440.
Wellington (lo duc de) 238.
Wenner, 258.
Wenzel-Muller, 102.
Werdy (Mme), 246.
Werthcimber (Mlle), 61, 121,159,
205, 237, 245, 31S, 337, 303,
361, 370, 373, 386, 393, 402,
409.
20
Westmoreland (le comte de), 3.
Wetzenstein (Mlle), 263.
Wey (F.), 294.
Wicart, 82, 93, 147, 212, 221,229,
237, 245, 319, 338, 346, 347,
419, 450.
Wicart (décorateur), 32.
Widor, 169.
Wielheorsky (le comte), 109, 118,
Wieniawski (H.), 23, 54, 55, 147,
163, 183, 262, 285,425, 432.
Wieniawski (J.), 23, 72, 81, 101,
110, 137, 152, 154, 159, 170,
183, 190, 262, 325, 378, 402,
425, 433, 440, 449.
Wieprecht, 271.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES RÉDACTEUBS.
Wiesen (M. et Mme], 81, 160.
Wiest (L.), 219.
Wigand (G.-H.), 60.
Wignon (J.), 265.
Wilbrant, 55.
Wild (F.), 22, 38.
Wildauer (Mlle), 339.
Wilden (Mlle), 267.
Wilhelmy, 450.
Wilhem, 154, 363.
Wilhéme (Mlle), 63.
Wilhorst (Mme), 83.
Wilke, 367.
Willaërt (A.), 345.
Willems, 228.
Willmann, 311.
Wilson (Mme), 6.
Winkler (L.), 367, 375, 376.
Winter, 93, 419.
Wittgenstein (la princesse), 197.
Wocher (MUe de), 178.
Woëlffle (A.), 295.
Wœstyn, 153.
Woldemar, 26.
Wolff(A.),62.
Woltf (E.), 14, 62, 108, 150, 152,
159, 323.
Wolff(J.-L.), 3.
Wuerst (R.), 435.
Wuillaume, 267.
Wuille (H.), 163, 205, 210, 261,
284, 324.
WiUIner, 7, 385.
Wurin, 303.
Wurtemberg (le prince E. de), 302.
Y
Ymbert (T.), 182, 378, 402, 410,
418.
Zacchi(M.), 311.
Zaccone (M. et Mme), 176, 434.
Zacconi (Mme), 231.
Zadrobilek (Mlle A.), 22, 52, 82.
89, 110, 125.
Zahm, 299.
Zara, 449.
Zarzycki, 126.
Zelger, 82, 144, 238.
Zeller (C.-A.-F.), 10.
Zelter, 447.
Zevaco (Mme), 337.
Zichy (le comte), 39.
Zinck, 171.
Zirndorfer (MUe M.), 183, 339.
Zoboli, 231.
Zœllner (famille), 435.
Zœlner (C), 311, 354, 387.
Zompi (D.;, 14, 101, 116, 338.
Zucchini, 12, 34, 61, 117, 169,
270, 384, 425.
Zumsteeg (G. A.), 22.
TABLE ALPHABÉTIQUE DES BÉDACTEUBS.
Botte (A.), 3, 19, 28, 35, 43, 44, 52, 58, 69, 78, 86, 87,
98, 105, 108, 116, 125, 141, 149, 159, 166, 176, 177,
219, 283, 300, 323, 330, 342, 368, 376, 400, 405, 424,
431, 440, 447.
Convert (Aug.), 261.
Duesberg (J.), 260, 406, 429.
Durocher (L.), 34, 67, 114, 174, 209, 226, 315, 365, 437.
Fétis père, 9,19, 25, 41, 65, 179, 188, 233, 289, 305, 321,
330, 344, 350, 358, 381, 391, 408.
Gollmick (K.), 360.
Héquet (G.), 59.
Kastner (G.), 227.
Kronthal (W.), 366, 374.
LaFage (A. de), 4,20, 128. 211, 252,257,265, 281, 292,
298,308, 397, 415, 423.
Lindner (O.), 308.
Mathieu de Monter (E.), 160, 268, 331, 351.
Méreaux (A.), 384.
Parmentier (T.), 60.
Pougin (A.), 18, 127, 193, 201, 217, 225, 241, 391.
Rongé (J.-B.), 5, 189, 384.
Saint-Yves (D.-A.-D.), 12, 36, 49, 72, 99, 119, 144,
152, 157, 173, 180, 185, 196, 211, 228, 244, 269, 273,
292, 307, 317, 336, 352, 369, 385, 392, 401, 416, 421,
432, 445, 448.
Smith (P.), 1, 33, 85, 89, 113, 151, 186, 203, 249,259,
J97, 313, 341.-389, 413, 439.
Articles signés A. B., 186, 329.
Articles signés D., 59, 116.
Article signé I. R., 243.
Article Bigné M. S., 244,
Articles signés P. S., 11, 17, 28, 29, 51, 57, 77, 97,
177, 250. 275, 276, 282, 349, 357, 358, 373, 384, 414.
Articles signés R., 151, 176, 273, 324, 350, 422.
Articles signés S. D., 71, 80, 143, 178, 220, 236, 253.
Articles signés X., 53, 91.
Articles signés Y, 29, 61, 252.
c°, mu nui
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
rc° i.
1er Janvier 186
ON S'ABONNE 1
Dans les Déportements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les libraires, et aux
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REVUE
ET
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Étranger 34 •> H.
Le Journal paraît le Dimanche.
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yiWCtïHSEPVIEHB ANNÉE.
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
DE PARIS
O/fre à ses abonnés au renouvellement de l'année les
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ËtreiiMëÉ-Ifriittës
DONT VOICI LES TITRES :
1°
Une nouvelle composition de
SCÈNE ET CANZONETTA
Chantées par Madame Nanticr- Didiée, aux représentations, à Londres, du
WAWM©n mm ploiebmel
PAROLES ITALIENNES ET FRANÇAISES.
à&ûtiiii i
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CONTENANT
Trois nouveaux morceaux de D'ian» :
ROSÉE DE MAI. — V CHANT DE LA FILEDSE. - LES OCTAVES, ÉTUDE.
3°
Llh. IPAGuTOTOÛlN]
ARRANGÉE POUR LE PIANO SEUL, DE
Opéra semi-seria en quatre actes, musique de
1I1U. les Abonnés de Paris sont priés de vouloir bien faire re-
tirer les prîmes, en renouvelant leur abonnement, dans nos
bureaux, 1, boulevard des Italiens. Nous les enverrons franco
aux Abonnés de province.
SOMMAIRE. — Revue de l'année 1859, par Paul Smith; — Album des con-
temporains, Album de Henry Litolff, six proverbes de Gevaert, par Adolphe
Botte. — Inauguration de l'orgue de Sainte-Clotilde , par Adrien de Iia-
Fagc. — La maison où est né Grétry, par «Î.-B. Kong-é. — Nouvelles et an-
nonces.
BEVUE DE L'AMEE 1859.
Depuis longtemps nous n'avons eu à dresser le bilan d'une année
aussi riche que celle qui vient de finir en productions théâtrales d'un
mérite supérieur, parmi lesquelles même nous comptons un chef-
d'œuvre. C'est donc par la qualité exceptionnelle de quelques-uns
des ouvrages qu'elle a enfantés, et non par leur quantité, en général,
que la défunte année se distinguera de ses sœurs aînées. Une autre
particularité qui la caractérise, c'est la lenteur qu'elle a mise à débu-
ter dans la carrière ; c'est l'abstinence complète de nouveautés qu'elle
a observée pendant deux grands mois. Chaque théâtre était en tra-
vail, et il semblait que l'un attendît l'autre, en disant comme les offi-
ciers français à Fontenoy : « Nous ne tirons jamais les premiers. »
L'Opéra préparait Herculanum; le théâtre Lyrique, la Fée Cara-
bosse et Faust, dont les destinées devaient être si diverses; et l'Opéra-
Comique, le Pardon de Ploërmel. Rien n'apparaissait encore ; mais
les observateurs tenaient leurs lorgnettes incessamment braquées du
côté de l'Orient, pour être à portée de signaler la naissance de l'un
des nouveaux astres. Enfin Herculanum se montra, mais pas avant
le mois de mars ; la Fée Carabosse et Faust le suivirent à quelques
jours d'intervalle, et le k avril le Pardon de Ploërmel brillait à l'ho-
rizon. Après un tel effort, le repos était nécessaire, et les théâtres ne
se le refusèrent pas. 11 en résulta un second chômage que les extrêmes
chaleurs de l'été prolongèrent jusqu'à l'automne. Les théâtres repri-
rent alors un peu de cette activité dont le succès les avait dispensés ;
les nouveautés devinrent moins rares et atteignirent à peu près leur
chiffre habituel.
Voici du reste le bulletin détaillé des travaux dont nous venons
d'exposer l'ensemble.
Au théâtre impérial de l'Opéra, Herculanum à l'avantage d'ouvrir
et de fermer la liste des œuvres vraiment inédites. Roméo et Juliette,
qui vint longtemps après, n'était que la traduction d'une œuvre ita-
lienne, une seconde édition revue et arrangée des Capuleti c i Mon-
tecchi, que nous avions déjà vus et entendus en France. Ce qu'il y eut
de plus remarquable dans la pièce, c'est le début de Mme Vestvali ,
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
qui tenait à se montrer d'abord en costume masculin. Avant elle, une
cantatrice célèbre en Allemagne, Mme Csillag, s'e'tait essayée avec un
certain succès dans le Prophète et dans la Favorite ; néanmoins elle
ne s'établit pas chez nous : Mme Vestvali fut plus heureuse. 11 n'y a
plus à noter que deux reprises : celle de Y Ame en peine, et celle du
ballet des Elfes. Chose singulière! l'année entière s'est passée sans
un ballet nouveau. Mme Rosati s'en est allée, Mme Ferraris est reve-
nue ; Mlle Taglioni compose, en société avec MM. de Saint-Georges et
Offenbach : c'est tout ce que nous avons à dire pour l'avenir, comme
pour le passé.
Le théâtre de l'Opéra-Comique ne pouvait consacrer trop de zèle,
de soins, d'études à l'œuvre d'un compositeur illustre, qui, pour la
seconde fois, lui confiait son génie et sa gloire. Le Pardon de Ploër-
mel iut monté comme il devait l'être, et produisit tout ce qu'il devait
produire. Les trente-deux premières représentations versèrent plus
de 195,000 fr. dans la caisse du théâtre : c'était environ 6,100 fr.
par soirée. Depuis sa reprise, le chef-d'œuvre a prouvé qu'il n'avait
rien perdu de sa force attractive, comme un digne frère de cette
Etoile du Nord, de ce Prophète, de ces Huguenots et de ce Robert
le Diable, qui, soit d'un côté du boulevard, soit de l'autre, occupent
toujours le poste d'honneur. Les autres ouvrages donnés après le
Pardon de. Ploërmel sont : le Diable au moulin, de Gevaërt, le Ro-
sier, de Henri Potier, le Voyage autour de ma chambre, de Grisar, la
Pagode, de Fauconnier, Yvonne, de Limnander, Don Gregorio, du
comte Gabrielli ; total, 7 pièces et U actes. En fait de débuts, il y
a eu d'abord celui d'une charmante jeune fille, qui n'a paru que pour
être applaudie et mourir, la pauvre Mlle Breuillé ; ensuite, celui de
Mlle Cordier, celui de Mlle Monrose, celui d'Ambroise, qui chantait
aux Variétés, et qui maintenant joue à l'Opéra-Comique.
Au théâtre Italien, dans la saison du printemps, nous avons eu le
Polhtto, de Donizetti, chanté par Tamberlick, qui nous revient tou-
jours avec les hirondelles : dans la saison d'automne, Il Cui ioso
accidente, dont le titre est devenu l'histoire ; car c'est un accident
curieux que celui d'une représentation seule el unique, dans la salle
Ventadour surtout. Plusieurs débuts heureux ont compensé l'échec de
cette soirée malencontreuse. Morini, Merly, Giuglini ont été reçus à
bras ouverts, et n'ont recueilli que des bravos. On a fait à Mme Dottini
un accueil moins chaleureux, et pourtant c'est une jeune et jolie
femme.
Le théâtre Lyrique a marché d'un pas plus ferme que jamais dans
la double voie de la musique moderne et de la musique ancienne.
Après la Fée Carabosse, de Victor Massé, le Faust, de Gounod, il a
offert à son public, ['Enlèvement au sérail, de Mozart, V Abou-Hassan,
de Weber ; après les Violons du Roi, de Deffès, et Mamzell' Pénélope,
de Lajarte, il a remonté YOrphëe, de Gluck, avec un succès qui a
dépassé toutes les espérances. Son contingent de l'année est, au ré-
sumé, de 7 pièces et de 17 actes ; mais, en outre, il a découvert une
cantatrice dans un café du voisinage, Mlle Marie Sax, et il a conquis
Mme Viardot, la seule artiste capable de triompher du rôle d'Or-
phée, et peut-être aussi de celui de Leonore, dans le Fidelio de Beetho -
ven, dont elle doit bientôt s'occuper.
Au théâtre des Bouffes-Parisiens, la vogue interminable d'un Orphée,
de tout autre genre que celui de Gluck, a longtemps et richement
défrayé le répertoire : à peine quelque opérette bien modeste parve-
nait à s'y glisser, dans le plus strict incognito. Ce fut seulement à
l'époque- de la villégiature, lorsque la troupe joyeuse reprit le chemin
des Champs-Elysées, son pays natal, que les nouveautés se montrèrent
publiquement, à visage découvert, et qu'on nous donna successivement
Y'Omelelte à la Follembuche, Y Ile d'amour, Un mari à la porte, les
Vivandières de la grande armée, le Fauteuil de mon oncle. Dans la
rue. Le retour au passage Choiseul fut signalé par Veuve Gropin, le
Major Schlagmann, la Polka des sabots, et enfin par cette Geneviève
de Brabant, destinée à ressusciter le fabuleux succès d'Orphée. Tout
cela forme un total de 10 pièces et de 11 actes, dans lesquels Offen-
bach entre pour sa bonne part de travail et aussi de talent. Sa
fécondité est telle, qu'elle lui permet d'écrire en même temps la mu-
sique d'un ballet avec Mlle Taglioni, la musique d'un ou deux opéras-
comiques avec M. Scribe. On lui reproche quelquefois (singulier
reproche!) d'avoir un genre à lui, un théâtre à lui, théâtre qui n'est pas
plus grand que la maison de Socrate ; mais, qu'importe ! si, malgré
l'étroitesse du local, il peut encore y recevoir quelques jeunes gens,
que Gluck, Mozart, Beethoven et Weber empêchent d'arriver ailleurs ?
Ne faut-il pas que tout le monde vive un peu, même les vivants ?
Avant de franchir le cercle théâtral, enregistrons cette magnifique
soirée, dans laquelle un de nos artistes les plus aimés, les plus juste-
ment célèbres, nous revenait après un terrible accident, et recueillait
en bravos sans fin le prix d'un courage héroïque. Oui, le courage a
sauvé Roger, en l'élevant plus haut que tous ses succès ne l'avaient
placé encore. Le courage lui a donné plus de voix, plus d'accent, plus
de puissance dramatique. Et pourtant il nous quitte, il s'éloigne, mais
non pour longtemps, il faut l'espérer. Ce qui n'est pas remplacé,
n'est pas détruit, disait une femme célèbre, à propos de quelque chose
de plus sérieux que l'art. Roger a-t-il un remplaçant ? Nous aimerions
à connaître son nom et son adresse.
Toujours dans la région dramatique, notons le joyeux avènement
des Huguenots à Boston, de Robert le Diable à Barcelone, du Pardon
de Ploërmel à Londres, à Stuttgard, à la Haye, à Bruxelles, sans
parler des villes de France où le chef d'œuvre a été reçu comme à
Paris.
Le festival de Bade toujours dirigé par Berlioz lui a permis de sou-
lever un coin du rideau qui couvre encore l'opéra dont il est
doublement l'auteur pour les vers et la musique. « Comment voulez-
» vous, disait un touriste naïf, que les Troyens réussissent à Bade,
» n'est-ce pas le pays des Grecs? » Cependant, en dépit des Grecs,
les Troyens ont réussi ! Berlioz pourra bien loger l'auteur de ce mot
dans sa galerie des Grotesques de la musique.
La grande réunion des orphéonistes de France au palais de l'In-
dustrie, organisée et dirigée par M. Delaporte, a couronné dignement
les efforts inouïs d'un homme qui n'a pas son égal en dévouement
à la propagande du chant populaire.
La fête de Schiller célébrée à Paris et dans le monde entier n'avait
pas de modèle et restera peut-être à jamais sans copie. On ne doit
pas moins la considérer comme un témoignage glorieux de la sympa-
thie universelle que rencontre de nos jours le souvenir d'un grand
poète qui eut les sentiments, les idées d'un grand citoyen.
N'oublions pas qu'un double festival de musique militaire s'est tenu
au palais de l'Industrie, sous l'impulsion toujours active et féconde
de M. le baron Taylor. Ajoutons que l'association des artistes musi-
ciens, dont il est fondateur et président, nous a fait connaître cette
année, le jour de sainte Cécile, une messe de Mozart, comme l'année
dernière elle nous en avait révélé une de Weber.
Parmi les concerts qui méritent une mention, hâtons-nous d'inscrire
ceux d'Emile Prudent, de Georges Mathias, de Hans de Bulow, de
Sivori et de Théodore Ritter.
Rappelons l'ouverture du Casino, dont l'excellent orchestre recon-
naît Arban pour chef, et celle des concerts aériens dirigés par Musard
aux Champs-Elysées.
Enfin le diapason normal, dont le principe était déjà résolu, a reçu
d'un arrêté ministériel sa sanction définitive, que l'exécution doit
bientôt suivre, malgré les obstacles ridicules maladroitement jetés
sur son chemin. Tant d'opiniâtreté sied-elle aux bassons et aux cla-
rinettes ?
Maintenant, passons à ce que notre tâche annuelle nous impose de
plus douloureux. Pendant les douze mois qui viennent de s'écouler, que
de fois la mort n'a-t-elle pas frappé de ces coups imprévus qui attei-
gnent indistinctement tous les âges ! La France a perdu des composi-
DE PARIS.
teurs, des auteurs, tels que Panseron, Philippe Musard, Brunswick,
Goubaux, Ader; d'anciens directeurs, comme Lubbert, Comte, Deles-
tre-Poirson, Alphonse Cerf-Beer (qui fut l'associé de M. Crosnier à
l'Opéra-Comique et non celui de Delestre-Poirson au Gymnase);
Mlle Armand, une ancienne cantatrice ; Mlle Breuillé, qui débutait à
peine; Mlle Victorine Farrenc, Mlle Moisson, toutes les deux jeunes ;
Mme Joseph Pain, la doyenne des violoncellistes féminins; un physicien
célèbre, le baron Cagniard de la Tour, inventeur de la sirène, instru-
ment fait pour mesurer la fréquence des vibrations ; Allyre Bureau,
qui, sortant de l'École polytechnique, entra dans l'artillerie pour deve-
nir musicien, journaliste, et mourir sur la terre d'exil au moment de
revoir sa patrie.
A l'étranger, il faut porter sur la liste funèbre Louis Spohr, le comte
de Westmorland, Luigi Ricci, Reissiger, Doppler, J.-L. Wolff, Tac-
chinardi , l'ancien chanteur, père de Mme Persiani ; Mme Bosio ,
Mme Anglès-Fortuni , Mlle Hélène Hutschenruyter, Henri Romberg ,
fils du célèbre André; Ferdinand Schubert, frère de Franz; Franz
Mérelly, J. Beckert, Cari Lauch, Ernest Prume, Jean Durrner, Henri
Lavenu, Keerkémety , le violoniste bohémien; Badnelly, violoniste
belge; Lucca, l'éditeur de Milan; Fenelli, poète de la cour de Saxe-
Gotha ; Boesendorfer, facteur de pianos, à Vienne ; Stuntz, maître de
chapelle, à Munich ; Antoine Forti, ancien chanteur à Vienne ; Michel
Dumontfier, chanteur amateur à Cologne, et bien d'autres encore dont
le temps a déjà dispersé les noms : ludibria ventis.
Mais, tandis qu'une génération s'éteint, une autre se lève : chaque
année produit des noms nouveaux qui demandent leur place au soleil.
Faisons des vœux pour que l'année qui commence nous indemnise
largement de ce que nous regrettons avee amertume. Espérons qu'elle
nous donnera de beaux talents, d'éminents artistes ; mais, hélas ! nous
n'en sommes que trop sûrs, elle ne nous rendra pas nos amis.
Paul SMITH.
AIBU1 DES CONTEMPORAINS.
ALBUM DE HENRY LITOLFF, SIX PROVERBES DE GEVAERT.
II ne nous faut pas une bien grande dose de pénétration pour devi-
ner qu'en voyant le seul mot d'album, plus d'un musicien sérieux va
sourire et dire : « Passons. A quoi bon, quand tant d'oeuvres impor-
tantes réclament mon attention, s'occuper de ces œuvres légères que
chaque jour de l'an voit éclore et qui le plus souvent sont oubliées à
la fin de la saison ? »
Cette fois, notre lecteur est en défaut. Nous n'en sommes pas fâché ;
car il ne nous ménage guère sans doute, quand nous avançons quelque
chose qui n'est pas de son goût. Afin de le rassurer, nous commen-
çons par déclarer que nous n'entendons parler ni de la richesse de la
reliure, ni de la beauté des dessins, et nous ajoutons que nous lui
faisons grâce des mille et un albums qui s'étalent dans la montre des
marchands et presque dans les baraques en plein vent. Nous sommes
plus délicat. Mais malgré l'approche du jour de l'an, nous croyons
encore nous occuper de critique musicale plutôt que de réclame indus-
trielle en rendant compte de l'album de Litolff et de l'album des Con-
temporains qu'ont signé Félicien David, Gounod, Ernest Reyer, Victor
Massé, Xavier Boisselot, Abadie, Duprato, Destribaud, Gevaert. Voilà
certes des noms entourés d'estime, de sympathie, quelques-uns même
d'admiration. Ils méritent bien qu'on leur consacre quelques instants,
et l'on conviendra qu'un moment d'examen donné à chacun d'eux
n'est pas un moment perdu.
Commençons par Gounod. L'excellent maître a chanté la neige des
pommiers et les bruissements harmonieux de la nature. La Chanson
du printemps est une délicieuse mélodie. Son talent n'a rien perdu en
descendant ainsi dans la vallée. La pureté, l'élégance du style et
certaines coquetteries harmoniques trahissent la main qui a écrit tant
de belles pages.
Nos lectrices, si bons juges en matière de délicate et rêveuse poésie,
remarqueront, sans nul doute, une pièce des Contemplations :
Moi, seize ans et l'air morose ;
Elle, vingt : ses yeux brillaient;
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.
Reyer a noté cette vieille chanson du jeune temps en musicien ca-
pable de traduire, d'agrandir même, par les développements exquis
de sa mélodie, les couplets si naïfs, si jeunes, si parfumés de Victor
Hugo.
L'histoire de quatre orphelins, courageux enfants qui comprennent
trop tôt les douleurs et les devoirs de l'homme a inspiré à Gevaert
un chant dont la simplicité égale le charme. C'est de la pure romance,
mais rehaussée par le tact sûr et le goût exercé du compositeur.
Victor Massé, avant ses succès au théâtre, avait mis en musique
plusieurs pièces de nos vieux poètes; il y avait fait remarquer son
goût pour les grandes pensées, son talent fin et chercheur. Aujour-
d'hui, par une filiation toute naturelle, il passe de Ronsard à Victor
Hugo : sa muse toujours amie des beaux vers choisit dans les Rayons
et les Ombres la délicieuse guitare que tout le monde connaît : Ramez,
dormes, aimez ! La musique est tout à fait distinguée de rhythme.
On y retrouve le même soin, les mêmes détails ravissants que
dans tout ce qui est sorti de la plume délicate et féconde du jeune
maître.
Une courte et spirituelle chanson de J. Duprato : la Petite Madelon,
nous paraît destinée à cette chose rare et précieuse qu'on appelle le
succès populaire. Dégagée de toute prétention, cette petite page sera
écoutée avec plaisir et par les simples et par les doctes.
Pour notre part, et quoique la question soit très-controversée, nous
croyons que les compositeurs n'ont qu'à gagner au contact de la vraie
poésie. Boisselot en est encore un exemple. La villanelle :
Quand viendra la saison nouvelle,
Quand auront disparu les froids,
Tous les deux nous irons, ma belle,
Pour cueillir les muguets aux bois,
est une des plus suaves fantaisies vocales de cet album. Le piano
chargé de rendre la fraîcheur du printemps, le chant des merles et
des rossignols, s'en acquitte de façon à ravir Théophile Gautier lui-
même, si peu dilettante, du moins s'il faut en croire l'aveu qu'en a
fait le charmant poëte dans les Grotesques.
On devine Félicien David à je ne sais quel parfum antique que l'on
respire dans ses mélodies, où le mode mineur intervient souvent avec
ses accents plaintifs et caressants. Nul mieux que lui peut-être ne sait
exprimer la rêveuse mélancolie et son cortège de regrets et de larmes.
Témoin le Vieillard et les Eoses, douce et gracieuse élégie, comme
les soupire dans ses heures de loisir l'auteur du Désert.
11 ne faut pas que les talents élevés nous fassent oublier les talents
naïfs et plus exclusivement prime-sauliers. A côté des ouvrages plus
habilement ciselés, Louis Abadie a écrit, avec un sentiment drama-
tique, une sincérité d'émotion que plus d'un musicien, mieux accou-
tumé à toutes les ressources de l'art, pourrait lui envier : le Miracle
des roses, la Conversion de saint Paul, le Centenier et les Etoiles.
M. Destribaud a fort bien dramatisé une jolie petite scène de Jules
Brésil, l'Ondine.
Au lieu de l'uniformité d'inspiration, de la monotonie d'un genre,
de la seule note émue ou gracieuse que possèdent quelques-uns de
nos compositeurs de romances, et qu'ils répètent chaque année sans
toujours la varier suffisamment, on sera heureux de trouver dans
l'Album des contemporains la variété charmante qui devait naître
nécessairement de cette réunion de talents si divers. C'est un ravis-
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
sant tournoi musical. A qui le public décernera-t-il le prix? Nous l'igno-
rons. Mais nous pouvons affirmer que toutes ces chansons de prin-
temps, si fraîches et si souriantes, réchauffent l'imagination et qu'elles
nous ont fait oublier celte semaine les rigueurs du froid et les tris-
tesses du dégel.
Il suffit de lire les six Proverbes de Gevaert pour se convaincre
qu'il a parfois l'esprit badin. Les si et les mais entre autres nous
montrent la chansonnette élevée à une hauteur inconnue du goût tri-
vial qui a compromis ce genre charmant après tout quand on sait le
rendre tel. La critique est souvent obligée d'avoir recours à ces deux
terribles monosyllabe.? pleins de réticences, les si et les mais. Cette
fois encore el e aurait pu les employer en analysant ces bluettes, mais
ces choses-là ne s'analysent pas. Contentons-nous de dire que les
accompagnements de Gevaert sont frappés au coin de la science et
qu'il a su conserver de la distinction au milieu de la franche et par-
fois folle gaieté qui éclate dans Tout passe, tout lasse, tout casse,-
Faute d'un point; Bonjour lunettes, adieu ftllett's; Une aiguille dans
une botte de pjin ; Un œuf pour un bœuf.
Les paroles sont de Prilleux, le spirituel artiste de l' Opéra-Co-
mique. Poète et comédien sont deux beaux titres; ils vont bien en
semble, et, sans évoquer les grandes ombres qui n'ont que faire ici,
les annales de Favart offrent plus d'une fois cet heureux assemblage
du double talent de créateur et d'interprète.
Les trois morceaux de piano qui composent l'album de Henry Li-
tolff sont de moyenne difficulté et cependant très-brillants. On sait
quel légitime succès obtint et obtient encore son Premier chant de
la fileuse. La matière n'était pas plus épuisée, il paraît, que le talent
pour la mettre en œuvre, car c'est un Deuxième chant de la fileuse
qui ouvre ce joli recueil. Obtiendra-t-il la même vogue que l'aînée?
Nous n'en serions nullement surpris. Il est aussi imitatif, aussi chan-
tant, aussi distingué de forme. Plusieurs thèmes ornés d'arpèges
gracieux, de trilles légers et scintillants se succèdent, se développent
et reviennent avec beaucoup de charme. A la page 5 une modulation
enharmonique produit une délicieuse sensation. Le motif più moderato
confié à la basse, et sur lequel se dévide et bruit une espèce de trille
en tierces, est d'un beau caractère plein de trouble et d'expression.
La fougue de la pensée est remarquable dans les Octaves. Cette
élude de concert produit assurément beaucoup d'effet. Le majeur con
bravura ne manque certes ni d'élévation ni de puissance, ni de feu;
néanmoins, malgré son talent, malgré les élégantes marches d'har-
monie qu'il a employées et qu'il a su rajeunir par d'ingénieuses va-
riantes, l'auteur n'a pu entièrement dissimuler ce que ces sortes
d'études comportent d'uniformité. Aussi préférons-nous de beaucoup
Rosée de mai. Dans ce chant sans paroles, comme dans ta Fileuse,
point de singularité, point de bizarrerie, point de sensibilité inquiète
et fébrile, ni de modulations inattendues et étranglées ; au contraire
une simplicité, une clarté mélodique et harmonique qui devient de
plus en plus rare. C'est poétique et vrai. La signification de chaque
phrase, bien née du sentiment, n'emprunte rien au nombre des
noies.
Le plus beau mécanisme du monde ne peut donner que ce qu'il a
et ne saurait suppléer à ce que les véritables amateurs demandent
avec raison à la musique. Litolff l'a parfaitement compris ; sa Rosée
de mai ne laisse rien à désirer sous le rapport instrumental, elle est
bien l'œuvre d'un compositeur connaissant tous les secrets du piano,
mais en même temps elle est le fruit d'une heureuse et fertile imagi-
nation qui veut toucher le cœur et intéresser l'esprit.
Adolphe BOTTE.
INAUGURATION DE L'ORGUE DE SAINTE- CLOTILDE.
L'inauguration du grand instrument construit pour la nouvelle église
de Sainte-Clotilde par M. Aristide Cavaillé-Coll a eu lieu le 19 dé-
cembre. Une très-nombreuse réunion avait bravé le froid excessif et
l'épais brouillard qui, alors, ont pu faire croire aux Parisiens et
aux étrangers qu'ils étaient dans un tout autre pays que la France.
Cette assemblée, dans laquelle on voyait de nombreuses célébrités ar-
tistiques, n'a pas eu à se repentir de s'être rendue à l'appel de M. Ca-
vaillé. Je parlerai de l'orgue dans un autre article où certaines ques-
tions, assez graves, seront traitées par occasion ; aujourd'hui, je me
borne à rendre compte de la séance d'inauguration.
M. Franck aîné, organiste de la paroisse, a commencé par un mor-
ceau largement taillé et dont le style plein de force a été remarqué de
tout l'auditoire, qui n'a pas moins apprécié M. Franck lorsque, cessant
de se montrer lui-même comme compositeur, il s'est hardiment ap-
puyé du génie de Sébastien Bach. C'est toujours se risquer fort que
d'exécuter en public des pièces de ce compositeur, et en certains sens,
les organistes ont bien raison de jouer plutôt leur propre musique que
j celle-là. La difficulté n'est pas tant, à mon avis, de représenter ma-
tériellement les idées de Bach sans faire une faute; c'est de savoir
exploiter tout cet immense capital harmonique de manière à lui faire
rendre tout ce qu'il peut produire. Quand on veut exécuter en public
de la musique de Bach, il faut avant tout se persuader à soi-même qu'il
y a dans celle harmonie si compliquée autre chose que des notes,
autre chose que des difficultés de doigté, autre chose que des traits
incommodes, et autres embarras dont on se rend maître par l'exer-
cice : il faut, outre cette précision, cette régularité qu'il est déjà si dif-
ficile d'atteindre, trouver moyen de donner à tout cela une couleur,
un caractère; faire sentir, en un mot, Vâme de cette grande musique ;
c'est seulement ainsi qu'elle peut intéresser, émouvoir même. Com-
ment, dira-t-on, deviner cette couleur, comment l'exprimer par
l'orgue, instrument inexpressif? Comment ? C'est là le secret des grands
organistes, et ils ne sont pas plus capables que moi de vous le dévoi-
ler ; car c'est alors chez eux une sorte d'intuition. Ils peuvent bien la
reconnaître, mais ils ne sauraient se l'expliquer, ni, à plus forte
raison, l'expliquer aux autres. C'est à ce but que paraît tendre
M. Franck, et la manière dont il s'est tiré de la fugue en mi mineur a
prouvé que ce n'était pas chez lui une vaine tentative. Des études aussi
sérieuses que celles qu'il a dû faire annoncent chez lui une persévé-
rance et lui donnent, dès à présent, une place parmi les organistes de
premier ordre. Il s'est encore montré sous le jour le plus heureux
lorsque, reprenant le clavier pour son propre compte, il a joué son
morceau final sur le grand chœur. Dans ce finale, on a reconnu les idées
et l'exécution d'un véritable maître.
Que dire maintenant de Lefébure-Wely ? Que dire des charmantes
improvisations du plus aimable des organistes, de ce véritable repré-
sentant de notre école française. En l'enlendant, celle-ci ne devrait-
elle pas songer à se renouveler, à se régénérer, à retrouver, comme
i! a su le faire, ces formes élégantes, ces idées gracieuses, ces heu-
reuses combinaisons, cet emploi piquant de certains effets, cette con-
naissance parfaite de l'instrument qui lui fait sentir sur-le-champ quel
jeu convient à telle idée, quelle idée convient à tel jeu, et comment
avec celte multitude de détails on arrive à faire un merveilleux en-
semble.
On a bien reconnu les qualités de son admirable talent dans les
deux premières improvisations, où il a fait valoir toutes les ressources
de l'instrument, le présentant tour à tour sous différents aspects, on
y a entendu séparément les jeux les plus intéressants, dont les tim-
bres ont paru séduisants à toutes les oreilles.
Mais le morceau où il a été le plus complet et dans lequel il a vrai-
ment ravi son auditoire, est l'improvisation symphonique dans laquelle,
DE PARIS.
se rappelant l'époque de l'année à laquelle nous touchions, il a sem-
blé chercher ses idées dans l'évangile de Noël, s'efforçant de faire un
tableau scénique des circonstances qui ont accompagné la naissance
de Jésus. Il a introduit dans ce grand morceau le chant assez mo-
derne, mais fort intéressant, de l'hymne Adeste fidèles, qui, joué sur
les voix humaines et avec tous les moyens d'expression imaginés pas
la facture moderne, a produit la plus douce sensation. Enfin il a ter-
miné par un grand chœur travaillé, sur l'air d'un cantique assez connu,
Il est né ce divin enfant. On ne se lasse pas d'entendre ces vieux
airs français, justement admirés pour leur caractère franc et naïf. Sous
les habiles et savantes mains de notre excellent Lefébure, celui dont
je parle acquérait à chaque moment un charme nouveau.
l'ai dit sous ses habiles et savantes mains ; c'est qu'il s'est trouvé
des gens assez sots pour lui reprocher précisément ce qui donne le
plus de prix à son talent et en fait le principal caractère, savoir : la
tournure gracieuse de ses idées, l'harmonie quelquefois légère dont il
préfère l'usage, enfin son habitude d'improviser presque toujours et
de ne jouer jamais de morceaux écrits.
Sous ce dernier rapport, et malgré le peu de cas à faire de sem-
blables critiques, on n'en peut croire les auteurs assez simples pour
penser que si M. Lefébui'3 ne joue pas de musique écrite, ce soit chez
lui manque de capacité, et qu'il ne se trouve pas assez bon lecteur pour
exécuter correctement la musique des grands maîtres^qui l'ont pré-
cédé. Au reste, notre improvisateur a répondu dernièrement et de la
meilleure manière à ces partisans d'une musique savante qui a pour
preneurs des hommes qui sont si peu savants. M. Lefébure a donné dans
la Maîtrise, que publie M. Heugel, de trop peu nombreuses pièces
d'orgue dans le style lié ; là se montre la vraie science sous son aspect
le plus élégant ; là les idées parfaitement ordonnées et sobrement dé-
veloppées se déroulent avec l'emploi convenable de la richesse harmo-
nique exempte de toute pesanteur, et renfermée dans les limites que
prescrivent et le bon goût et cette saine raison à laquelle les plus
belles imaginations se soumettent sans effort, sachant combien ces
faciles concessions augmentent leur force et leur procurent d'inap-
préciable avantages.
Adrien de LA FAGE.
LA MAISON OU EST NE GRÉTRY.
Le touriste français qui pénètre en Belgique par le chemin de fer
du Nord arrive bientôt aux rives fleuries de la Meuse qui ont vu
naître l'illustre auteur de Richard. Ce beau fleuve décrit de capricieux
méandres entre des rochers et des montagnes boisées dont le carac-
tère est plus pittoresque que grandiose. A mesure que l'on avance
dans cette belle partie du pays wallon, le tableau se déroule, la val-
lée s'élargit, la nature est plus riche et plus verdoyante. Le garde du
convoi ne tarde pas à crier : Liège ! Si notre voyageur est artiste et
musicien, ce mot lui rappellera un nom bien cher aux arts, le nom
de Grélry ! et il ne voudra pas passer par cette ville sans visiter la
modeste habitation qui donna le jour à ce grand compositeur. S'il in-
terroge quelque cicérone pour savoir ce que la reconnaissance des
Liégeois a fait pour la mémoire de leur illustre compatriote, on lui
répondra : « Une belle et large rue, une place publique, et plusieurs
Sociétés de chant et d'harmonie portent son nom. Une statue en
bronze du chantre liégeois, érigée sur un piédestal en marbre blanc
où est renfermé son cœur, s'élève, non en face du théâtre, sa véri-
table place, mais vis-à-vis de l'Université ; cette situation ne peut
être justifiée que par le voisinage du Conservatoire de musique, qui
a déjà produit tant d'artistes distingués, et de la salle d'Emulation, qui
a ouvert ses portes à tous les grands virtuoses de l'Europe. Le Cercle
artistique a pris depuis quelque temps une initiative qui lui fait hon-
neur en célébrant chaque année l'anniversaire de Grétry par l'exécu-
tion d'un de ses ouvrages. Mais ce n'est pas seulement dans une
salle de concert qu'on doit exécuter les œuvres dramatiques, c'est sur
la scène, au milieu des applaudissements de la foule ; aussi chacun
attend avec impatience le jour où la ville donnera une fête musicale
populaire, le 1 1 février de chaque année, pour célébrer l'anniversaire
de la naissance du inaitre liégeois, et où l'on exécutera un de ses opéras
avec tout le soin et le respect que les villes d'Allemagne donnent
aux œuvres des Beethoven et des Mozart. Enfin la maison où est né
Grétry est aujourd'hui la propriété de la ville et son produit, affecté
à une fondation artistique, grâce à la libéralité de Mme veuve Dubois-
Desoer dont l'action généreuse ne saurait obtenir trop de publicité (1).»
Notre touriste, à qui l'on a indiqué la direction à suivre, franchit
le pont des Arches, en reconstruction, que notre compositeur a par-
couru tant de fois pour se rendre à la collégiale de Saint-Denis, où,
par parenthèse, on lui donnait plus de coups que "de principes de
musique ; il traverse un quartier fort populeux, vaste ruche indus-
trielle de la ville, et, dans une rue adjacente, il trouve une petite ma-
sure de chétive apparence, habitée par plusieurs ménages d'artisans,
sur laquelle on lit ces mots :
Ici est ni André- Modeste Grétry, le 11 février 1741 -
Quoi ! dira notre voyageur, c'est dans cette humble demeure que
reçut le jour le père de l'opéra-comique français, celui qui a fait les
délices de plusieurs générations et dont les chants heureux sont im-
primés clans toutes les mémoires ! Cet homme qui a posé les premiers
jalons d'une route si brillamment parcourue par Méhul, Dalayrac, Hé-
rold, Auber, ces illustrations musicales qui jettent tant d'éclat sur la
France artistique du xixe siècle ! Et après avoir visité, non sans une
certaine émotion, la chambre de quelques pieds carrés où l'auteur de
Richard et du Tableau parlant vit la lumière pour la première fois,
il s'éloigne en réfléchissant aux singuliers caprices de la destinée
qui fait naître si petit celui que la postérité doit faire si grand un
jour !
J.-B. RONGÉ.
NOUVELLES.
-/, Aujourd'hui, dimanche, à l'Opéra, par extraordinaire, Robert le diable,
(423° représentation).
*** Guillaume Tell, le Trouvère, et la Sylphide, ont défrayé le réper-
toire de la semaine. Mme Vestvali répète activement le rôle de Fidès,
dans lequel elle s'est déjà montrée fort remarquable en pays étranger.
Les répétitions de l'ouvrage en cinq actes du prince Poniatowski et du
ballet de MM. de Saint-Georges et Offenbach se poursuivent en même
temps.
**„ La santé de Faure n'étant pas encore rétablie, les représenta-
tions du Pardon de Ploërmel sont toujours interrompues. Suivant toutes
les probabilités l'ouvrage pourra être repris dans le courant de la se-
maine.
*** Les principaux rôles du nouvel ouvrage d'Ambroise Thomas, en
répétition à l'Opéra-Comique, sont confiés à Mlle llonrose et i Montau-
bry. On répète également Zêmire et Âzor, de Grétry.
(1) Mentionnons un acte de libéralité et de patriotisme qui sera vivement loué
par tous ceux qui professent le culte de nos grands hommes, et qui s'intéressent
au progrès de l'art musical. Mme veuve Dubois-Desœr a fait don à la ville de la
maison où est né notre illustre compatriote Grétry. La donatrice, à laquelle l'ad-
ministration communale de Liège s'est empressée d'exprimer sa reconnaissance, n'a
mis à sa libéralité que deux conditions : la première, d'entretenir la mais on à perpé-
tuité et avec soin, ainsi que l'inscription qui se trouve placée sur la façade ; la
seconde, d'affecter les revenus, déduction faite des frais d'entretien, a des subsides
pour l'encouragement des études musicales. Le collège pourra cumuler les reve-
nus pendant plusieurs années, pour rendre les subventions plus effioaces. Cette
donation est approuvée par arrêté royal du 20 juin 1859.
[Extrait du rapport de la ville.)
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
„% Dimanche dernier on a repris Haydée. Mlle Henrion, qui chantait
pour la première fois le rôle principal , s'est tirée à son honneur de
cette épreuve. Jourdan a obtenu son succès habituel.
„*„ Les Puritains ont reparu jeudi dernier au Théâtre-Italien; Giuglini,
Graziani, Angelini et Mme Penco chantaient les quatre rôles de cet ou-
vrage si longtemps populaire. Tous ces artistes ne méritent que des éloges.
Pour son second début Giuglini s'est surpassé : il a dit surtout dé-
licieusement la charmante canzone : Cerca il somio, que Mme Penco
fait d'abord entendre dans le lointain, Giuglini n'est engagé que pour
douze représentations ; il a chanté sept fois dans le Trovatore : il ne
chantera plus que cinq fois dans les puritains.
.% C'est décidément demain lundi que l'opéra nouveau de Braga,
Margherita la mendicante, doit être représenté. En présence de nom-
breuses demandes de places qui lui ont été adressées et auxquelles il lui
était impossible de répondre favorablement un jour d'abonnement, la
direction du théâtre Italien s'est trouvée en quelque sorte dans l'obliga-
tion de donner, par extraordinaire et abonnement suspendu, cette pre-
mière représentation. Afin de n'apporter aucun changement dans le
cours régulier des représentations d'i Puritani, la troisième représenta-
tion de cet opéra sera donnée mardi prochain, et la deuxième de Mar-
gherita la mendicante le jeudi suivant
„*t Au théâtre Lyrique, la Reine Topaze, chantée par Mme Carvalho,
doit êtrereprise dans la semaine. Philérnonet Baw.is, ouvrage en trois actes
de Gounod, dans lequel Mme Carvalho doit également remplir le princi •
pal rôle, et Gil Dlas, en quatre actes, musique de Sémet, avec Mme Ugalde.
seront représentés ensuite dans le courant du mois.
»% Le Pardon de Plnarmel vient d'obtenir le succès le plus éclatant à
Bruxelles. A Hennés, où le dernier ouvrage de Meyerbeer vient aussi
d'être représenté , il a également excité l'enthousiasme. On le donnera
prochainement à Nantes, Rouen, Lide. Bordeaux, Toulon, Clermont, Brest,
Gand, Anvers et Mons.
„,% M. Fétis père, notre savant et illustre collaborateur, se propose
de publier incessamment dans ce journal une suite d'articles sur l'en-
seignement populaire de la musique et certains systèmes de notation.
*** Une messe nouvelle de M. Benoist a été exécutée dimanche der-
nier, 25 décembre, à Saint-Eustache. Cette œuvre d'un compositeur qui
a pris rang parmi les plus dignes, se recommande aux amateurs de mu-
sique d'église par un style toujours grave et par des mélodies toujours
élevées. Le Kyrie est formé d'une seule phrase, qui, par l'heureux emploi
d'ingénieux développements, passe, sans fatiguer l'auditeur, dans toutes
les parties vocales et instrumentales. Le Gloria in excelsis, qui débute par
un allegro brillant, renferme plusieurs solos d'un caractère différent, se-
lon l'exigence des paroles du texte sacré. Le Qui tollis, surtout, nous a
semblé empreint d'accents d'une douleur touchante, et la facture en est
éminemment religieuse. La mélodie de VO salularis, douce et suave, a
bien le caractère mystique et élevé qui convient au mystère du saint
sacrifice Les harpes ajoutent encore à cet effet par des arpèges d'une
harmonie sévère. VAgnus Dei, qui doit se dire trois fois, ainsi que le pres-
crit la liturgie, est chanté d'abord par le baryton, ensuite dans un mode
mineur par un enfant de chœur, et enfin par tout le chœur dans le ton
principal. Ce morceau se termine par quelques imitations qui rappellent
un peu le faire de Cherubini. Cet éloge n'est pas le seul que mérite
M. Benoist, de même que ce n'est pas seulement dans le genre sacré que
sa plume s'est exercée avec les qualités qui constituent le maître.
t% M. Guérin, l'excellent professeur de violon, vient de prendre sa
retraite au Conservatoire. Il est remplacé par M. Dancla, qui n'était que
professeur adjoint. Cette dernière place est supprimée.
»%, Le duo brillant pour piano et violon que MM. Herman et Ketterer
ont composé sur des thèmes du Pardon de Ploërmel, et qui obtient un si
grand succès dans les soirées où ces artistes le font entendre, paraîtra
très-prochainement.
*% Théodore Hitter et C. Sivori ont été forcés de suspendre le cours
de leurs succès à la salle Beethoven. Sivori est appelé à Londres, et
Th. Pùtter est parti pour Marseille. Nous sommes certains d'être agréa-
bles à leurs nombreux admirateurs en annonçant pour le 1er février
la continuation de leurs intéressantes séances.
*% Le premier volume de la nouvelle édition de la Biographie uni-
verselle des musiciens, de M. Fétis, entièrement refondue, et augmentée de
plus de moitié, vient de paraître chez MM. Firmin Didot frères, fils et Ce.
Nous nous empresserons de rendre compte de cette publication si impor-
tante pour l'histoire de l'art et des artistes, et si impatiemment attendue.
*** La grande quantité d'oeuvres de toute nature publiée depuis un
an par la maison G. Brandus et S. Dufour, a rendu indispensable la pu-
blication de suppléments à son catalogue. Ces suppléments paraîtront
dans le cours de la semaine; mais nous donnerons dès aujourd'hui la
liste des ouvrages pour le piano publiés pendant l'année 1S5D.
„*, On annonce que Mme Jenny Lind-Goldschmidt se propose de fonder
une caisse de secours au profit des chanteurs nécessiteux et de leurs
familles.
*% M. Seling, excellent pianiste compositeur, vient d'arriver à Paris,
où il se fera entendre cet hiver.
t% Mlle Virginie Huet a donné, lundi 26 décembre, une soirée dans
laquelle la charmante pianiste-organiste s'est fait vivement applaudir en
exécutant le prélude de Bach avec M. Hervvyn, puis l'air du Barbier, une
fantaisie sur les Puritains, et la marche des Veilleurs de nuit qu'on lui
a redemandée. Sivori a joué la prière de Moïse, de Paganini, qui lui a
valu des bravos unanimes. Ferranti , le guitariste, a fait entendre un
délicieux morceau. Gustave Nadaud a terminé cette brillante soirée en
chantant plusieurs de ses plus jolies chansons.
„% Le jeune Henri Ketten donnera cette année son second grand con-
cert à orchestre le 18 janvier dans la salle Herz. Ce virtuose de onze ans
et demi fera entendre entre autres morceaux le cinquième concerto de
Beethoven et la grande polonaise de Chopin, sans aucun doute, devant
un très-nombreux public.
*** Il y a quelques jours M. et Mme Herwyn ont donné une brillante
soirée musicale. Pour la première fois de l'hiver, ils ouvraient leurs
salons du quai de la Tournelle, et, malgré la rigueur du froid, il s'y
trouvait une assemblée nombreuse, d'excellents artistes, des noms connus
et aimés. On y a fait de belle et bonne musique. Mmes Bockholtz-Fal-
coni et Wilson, Virginie Huet, Marie Darjou, MM. Lyon, Paulin et
Hervvyn figuraient au programme, et chacun, à leur tour, ont charmé
l'auditoire.
,*» Jeudi dernier, à la chapelle du Sénat, MM. Ed. Hocmelle et A. Ehvart
ont fait exécuter plusieurs morceaux de leur composition pendant la
célébration du mariage de M. Elie de Beaumont, sénateur, avec Mme la
marquise Dubouchet, née de Quelen. M. Patriossi, baryton du théâtre des
Italiens, a chanté avec goût un Ave Maria et un Domine salvum de
M. Ed. Hocmelle, et M. Kœnig, de la chapelle de l'Empereur, a inter-
prété un Pater nosler de M. A. Ehvart, avec le style excellent qu'on lui
connaît. Les jeunes Soubiran et Bautin ont également chanté un Veni
crealor du même compositeur. M. Ed. Hocmelle, malgré la défectuosité
de l'orgue, a su se faire écouter avec satisfaction par l'auditoire d'élite
qui se pressait dans la charmante chapelle du palais de Marie de
Médicis.
i*i, La société des quatuors Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret, à
laquelle Mme Massart, l'éminente pianiste, prêtera sou concours, aura
sa première séance le 18 janvier dans les salons de Pleyel, YVolff et Ce.
„*„ La société des quatuors de Beethoven, interprétée par MM. Maurin,
Chevillard, Viguier et Sabatier, inaugurera ses séances le 5 janvier, dans
la même salle.
„*,, La première des quatre séances de musique de chambre annoncées
par M. Charles Lamoureux aura lieu le i2 janvier dans les salons de
Pleyel. En voici le programme : 1" quatuor en si bémol (op. 18), Mozart;
— 2° quatuor en ut mineur (op. 18), Beethoven ; — 3° sonate en sol ma-
jeur pour piano et violon (op. 30), Beethoven; — 4° canzonnetta du qua-
tuor en mi bémol (op. 12), Mendelssohn ; — 5° 67e quatuor en ré majeur,
Haydn. MM. Colonne, Adam, Louis Pillet et Bernhard Rie seconderont
M. Charles Lamoureux.
t*4 Nous croyons rendre service à certains de nos lecteurs en leur
annonçant que la réouverture des cours d'harmonie mutuels et gratuits,
professés par M. de Bombes, aura lieu dans la première quinzaine du
mois de janvier 1860. On s'inscrit chez le professeur, rue Montmartre,
n° 159, de neuf heures à midi.
t\ M. Provint", ancien directeur du théâtre Français -Italien de Mar-
seille, vient de fonder une agence dramatique dont le siège est rue de la
Victoire, n° 46, à Paris.
„*„ Un nouvel instrument de musique, nommé calliope, vient d'être
apporté d'Amérique en Angleterre, où on le voit pour la première fois.
Il est dans le transept central du palais de cristal de Sydenham. On peut
le considérer comme un orgue à vapeur; il consiste en une charpente en
fer soutenant deux cylindres sur lesquels sont placés une série de tubes
en airain, répondant assez bien aux diapasons ouverts des orgues, mais
ayant une grande ressemblance avec le. sifflet d'une machine à vapeur
ordinaire. La vapeur est amenée, d'une chaudière située dans le plan-
cher, dans les cylindres, et de là dans les tuyaux qui produisent les
notes, au moyen de soupapes à double effet; celles-ci sont ouvertes par
des leviers en communication avec des fils de fer sur lesquels on peut
agir au moyen de touches de piano, ou par des tiges d'acier fixées sur
uncylindresemblable àceluid'un orgue de Barbarie. L'instrument du palais
de Cristal est le plus faible, le plus doux qui ait jamais été construit. Il fonc-
tionne à ja pression de o livres poids ou uu peu moins de 2 kil. 1/2 par pouce
carré; le maximum de la pression dans les orgues d'église est de 5 onces
pour la même surface. Le caractère de cette invention consiste en ce que
l'on peut construire des instruments dans lesquels on portera la force
de vapeur jusqu'à 150 livres par pouce carré, produisant des sonsmusi-
DE PARIS.
eaux trente fois aussi forts que ceux du calliope existant aujourd'hui.
Telle est la force des sons à cette haute pression, que l'on affirme qu'il a
été entendu à 12 milles, c'est-à-dire 5 lieues ou 20 kilomètres. L'étendue
du son est presque illimitée, depuis les sons les plus bas d'une boîte à
musique jusqu'à une force telle qu'elle peut être entendue de toute une
ville. A cause de la quantité de vapeur nécessaire pour faire marcher
l'instrument, on n'a jamais pu le faire entendre dans une maison; mais
si au lieu de vapeur on se sert d'air condensé, on a une meilleure mu-
sique et une pression plus considérable. Les usages auxquels on peut ap-
pliquer le calliope sont nombreux. Un général s'en servira pour donner
des ordres à toute une armée. A Saint-Louis et à la Nouvelle-Orléans, on
s'en est servi en guise de cloches. Un phare anglais situé sur les côtes
de la Nouvelle-Ecosse est pourvu du calliope pour donner des signaux.
Le pacha d'Egypte en a un dans son bateau à vapeur comme instru-
ment de musique. A ce titre, il est souvent employé aux Etats-Unis.
Quoique l'harmonie, par suite de l'emploi de la vapeur, ne soit pas tou-
jours parfaite, cependant sa mélodie plaît à l'oreille ; et comme nou-
veauté musicale, le calliope a des droits à l'attention du public.
(indicateur populaire, cité par le Moniteur.)
„*„ Les concerts du Casino sont toujours très-suivis ; Arban vient de
faire exécuter une grande fantaisie sur le Pardon de Ploërmel, qui a
produit beaucoup d'effet; on a surtout applaudi l'air du Chasseur et
la romance Reviens à toi, très-heureusement transcrite pour le violon-
celle. La pullca des Oiseaux et Iffetzheim-galop, souvenir des courses de
Bade, sont toujours accueillis par les applaudissements de la salle tout
entière.
*% Le 17 décembre est mort à Cassel le chef d'orchestre du théâtre de
la cour, M. Sobiéry; il a été immédiatement remplacé par le maître de
chapelle, M. A. Dessof, qui s'est fait avantageusement connaître comme
chef d'orchestre à Dusseldorf, Aix-la-Chapelle et Magdebourg.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t% Bennes. — La troupe lyrique marche de succès en succès , le
grand événement de la fin de l'année a été la première représentation
du Pardon de Ploërmel qui a eu lieu devant une salle comble ; le succès
de la partition et des exécutants a été colossal. Dans le premier acte on
a surtout applaudi la Berceuse, le duo Sonne, sonne, gai sonneur, et l'air
d'Hoël : 0 puissante magie; au second acte, l'air de l'ombre a soulevé de
toute part les applaudissements les plus enthousiastes ; les couplets de
Corentin et la légende ont aussi été accueillis très-chaleureusement.
L'air du Chasseur, le Pater noster à quatre voix, la romance d'Hoël et le
duo final ont vivement impressionné le public. Mme Laurence, MM. Saint-
Brice et Mengaud ont été au-dessus de toute critique. Les chœurs et
l'orchestre méritent aussi des éloges sans restriction, mais les plus sin-
cères félicitations sont dues au remarquable quatuor de cors qui a ac-
compagné le chant du Chasseur, de la façon la plus complète.
t*t Caen. — Le festival organisé par M. Lair de Beauvais a été splen-
dide. La partie vocale réunissait MM. Roger, Lefort et Mlle Messon. Roger
a chanté le duo de la Reine de Chypre et le premier acte de la Dame
Blanche avec un succès pyramidal. Le lendemain le théâtre se trouvait
de moitié trop étroit, car Roger avait consenti à chanter le deuxième acte
de la Dame Blanche et le quatrième acte de la Favorite.
„,*$; Grenoble. — Martha de Flotow, vient de réussir complètement.
Parmi les morceaux qui ont produit le plus d'effet, il faut citer le
duo d'ouverture admirablement chanté par Mme Abrit, le duo chanté
par MM. Bouché et Lemonnier, Des ma plus tendre enfance, le quatuor des
Rouets, la chanson du Porter, et enfin le duo du quatrième acte : Le prin-
temps va renaître. Les chœurs et l'orchestre out droit aussi aux plus grands
éloges.
„% Bone. — Les deux dernières représentations delà troupe lyrique ont
eu lieu le 8 et le 11 décembre; on jouait l'Eloile du Nord, et l'empresse-
ment était tel que toutes les places étaient retenues huit jours à l'avance.
Le chef-d'œuvre de Meyerbeer a été salué par des applaudissements en-
thousiastes. MM. Crosset, Megnot et Mme Vilette ont obtenu beaucoup de
succès.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
t*t Londres. — Au théâtre de Covent-Garden on vient de représenter
un nouvel opéra de M. Alfred Mellon. Le libretto est tiré entièrement du
drame-vaudeville français Victorine ou la Nuit porte conseil. La partition
a' obtenu un succès très-légitime. L'ouverture a été très-applaudie.
Miss Parepa (Victorine), miss Therlwals (Louise), M. Stanley (Julien) et
M. llury Ilaigh (Michel) ont joué et chanté l'opéra de M. Mellon avec
beaucoup de talent. — Le second concert de la Société musicale des
amateurs a été donné le 12 décembre et a attiré une foule très-nom-
breuse On a beaucoup applaudi dans la partie instrumentale M. Seymour
Egerton, qui a joué un solo de lirnst avec beaucoup de talent, et dans
la partie vocale Mme Lemmens Sherrington, qui a chanté, avec son
succès habituel, l'air de V Ombre, du Pardon de ploërmel.— A la matinée
musicale donnée par M. Catalaire, on a surtout remarqué M. Patry, qui
a chanté avec autant de goût que de méthode la romance de l'Etoile du
Nord : 0 jours heureux, etc., et M. Regondi.qui a exécuté sur le concer-
tina une fantaisie sur le même opéra.
** Bruxelles. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a
eu"lieu vendredi, 23 décembre, devant un des plus nombreux et des
plus brillants auditoires qui se soient trouvés réunis pour assistera une
solennité lyrique. Hâtons-nous de le proclamer, c'est un succès, un
succès véritable auquel n'ont manqué ni les acclamations ni les rappels.
Mlle Boulard a déployé dans le rôle de Dinorah un charme et une puis-
sance qui lui ont valu plusieurs ovations aussi unanimes que spontanées.
M. Aujac a fait de Corentin un de ses meilleurs rôles, et M. Carman a
courageusement soutenu un rôle écrit pour la voix étendue et vibrante
de Faure. Les deux artistes ont été rappelés avec Mlle Boulard après le
deuxième acte et à la chute du rideau. La mise en scène a été en tout
point digne de l'œuvre et du théâtre. L'orchestre et les chœurs ont fait
vaillamment leur devoir. Quatre représentations ont parfaitement établi
le succès de l'ouvrage.
»** Aix-la-Chapelle. — Au troisième concert d'abonnement, l'oratorio
Paulus, de Mendelssohn, a été exécuté sous la direction de M. Wùllner.
Notre société instrumentale a consacré une séance à la mémoire de
Spohr ; on y a exécuté l'ouverture de Faust et diverses autres composi-
tions du maître.
**» Cologne. — Au cinquième concert de la société a été exécuté Èsthfr,
oratorio de Haeridél. C'est la première fois qu'on a entendu à Cologne,
et même en Allemagne, cette œuvre qui mérite d'être connue et que le
public a écoutée avec le plus vif intérêt ; on y trouve les premières révé-
lations du génie qui dans des créations postérieures a déployé toute sa
puissance.
„*$ Berlin. — Les représentations de la troupe italienne ont commencé
le 22 décembre par le Barbier de Séville. On annonce à l'Opéra royal,
pour le mois de janvier, la première représentation de l'opéra : Christine,
reine de Suède, du comte de Redern, qui sera suivi d'un nouveau ballet
intitulé : Voir Naples et puis mourir. Cette œuvre chorégraphique est de
l'infatigable Taglioni. Le célèbre pianiste M. Hans de Bulow vient de
verser à la caisse de la fondation Schiller la somme de seize cents francs,
produit de trois concerts qu'il a donnés au profit de cette œuvre. M. Ilans
de Bulow doit se faire entendre à Bàle le 15 janvier et se rendre ensuite
à Paris, où il compte donner une série de soirées musicales dans les sa-
lons Pleyel.
ç*i Vïenne.— L'administration des théâtres impériaux va être abandonnée
à l'exploitation privée, et une subvention annuelle sera allouée aux
nouveaux directeurs comme prix de la location des loges impériales et
des places réservées pour le service de la cour. Il a été décidé que
l'opéra impérial connu ici sous le nom de Porte de Carinthie, cessera à par-
tir du le-- avril prochain d'être administré par l'Intendance impériale.
Toutes les économies rêvées par le budget ont déjà reçu un commence-
ment d'exécution cet hiver ; l'opéra italien a été supprimé pendant toute
la saison.
t*t Darmsladl.— Au troisième concert de la chapelle ducale de Darms-
tadt a été exécutée une symphonie nouvelle de M. Abert, artiste de la
chapelle royale de Stuttgard, auteur de Anna de Landskron, opéra qu'on a
donné avec succès au théâtre de cette capitale.
„,*„ Saint-Pétersbourg. — Les études du Pardon de Ploërmel avancent
vers leur terme. Décidément, c'est Debassini, et non Giraldoni, qui joue
le rôle d'Hoël. Calzolari et Mme Charton-Demeur sont toujours chargés
des deux autres.
„** Nice. — Mme Sanchioli obtient de beaux succès au Théâtre-Royal
dans le Trovatore et Maria di Rohan. La célèbre cantatrice doit se faire
entendre ensuite dans un de ses rôles de prédilection, celui de Fidès, du
Prophète, qu'elle a chanté sur les principales scènes, en Italie, avec un
immense succès.
le Directeur : S- Dl'lOVR.
En vente chez J. M. GUERRIER, 19, rue Vivienne :
HUIT ET J0ÏTB
Collet-tloii «le «aio«s*es im-oKressïves en «rois séries.
La première série [très-facile) est terminée.
JuIon et Kdouarrt, deux valses par B. T. Missler 4 50
ftieorses et fcéon, polka et redovva * s0
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BEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
MUSIQUE DE PIAN®
PUBLIÉE PENDANT L'ANNÉE 1859
Par G. BRiXDtii et S. DUFOIJB, éditeurs, ÎO.'B, rue de Richelieu, au ï''.
FANTAISIES, TRANSCRIPTIONS, ETC.
Ascner. Illustration du Pardon de Ploërmel
— Op. 84. Ici. de Hubert le Diable
Badarzevt&lka La Prière d'une vierge
Kernard (Paul). Op. 52. Le Pardon de Ploërmel, transcription. .
— Op. 55. La Charité, cliœur de Rossini, transcription. . . .
Beyer (F.). Op. 36. Petite fant. facile sur le Pardon de Ploërmel..
— Op. Bouquet de mélodies Id.
Blumiemtual (J.). Op. Â5. La Solitude, rêverie
— Op. 46. Deux mazurkas
— ■ Op. 47. Chanson napolitaine populaire, transcription. . .
— Op. Z|8. Le Départ du vaisseau, fantaisie
— Op. 49. Chanson populaire de Capri , transcription ....
— Op. 50. Une Nuit sur le lac Majeur, rêverie
— Op. 51. N° 1. Le Chant du cygne, mélodie plaintive . . .
— N« 2. Une Fleur des Alpes, mélodie
— Op. 52. L'Étoile du soir, 3e valse
— Op. 53. Marche du vainqueur. . . ..
Burginuller. Grande valse de salon sur le Pardon de Ploërmel.
Ch»[>în (F.). Op. 18. Grande valse brillante
— Op. A2. Grande valse
— Op. 57. Berceuse
Cometiaait. Transcription-fantaisie sur le Pardon de Ploërmel. .
Cramer (IL). Petite fantaisie sur le Pardon de Ploërmel
Cramer (J.). Fantaisie-valse sur l'air de l'Ombre
Croisez (A.). Morceau de salon sur le Pardon de Ploërmel. . . .
Corïu (A.). Op. 95. Fantaisie dramatique Id. ....
— Op. 00. Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars . . .
— Les Regrets, impromptu, étude
ne»s. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploërmel
KalkBureaiBier (A.). Mosaïque brillante Id
Ketterer (Eugène). Op. 67. L'Espérance, suite de valses . . .
— Op. 68. Fantaisie-transcription sur le Pardon de Ploërmel .
Knerlit. Op. 8. La Chanson du moulin, étude de concert. . .
— Op. 9. La Ronde des lutins Id. ...
— Op. 10. .Etude-fantaisie de concert, pour la main gauche
sur Norma
— Op. 11. La Nuit est belle, mélodie de Perrucchini variée.
Krugcr. Op. 69. Mélodie pastorale
— Op. 88. Berceuse du Pardon de Ploërmel, transcrite
Kudk. (Aloys). Op. 12. Fantaisie sur le Pardon de ploërmel . . .
Lecai-nentler (Ad.). 185 et 186e bagatelles sur le Pardon de
Ploërmel, chaque
— 187° bagatelle sur Maria
— 1 88e bagatelle sur les Dragons de Villars
Leduc (Alph.). Op. 182. Fantaisie élégante et facile sur le Par-
don de Ploërmel
Eieyltacb. Op. 31. Deuxième mazurka, caprice brillant. . . .
— Op. 19. Ballade :
— Op. 20. Deuxième grande valse brillante
— Op. 21. Caprice-étude, marche funèbre
— Op. 24. Aux bords du Gange, caprice brillant sur une raé-
mélodie de Mendelssohn-Bartholdy
Lftolir (II.). Chant du rouet
— Les Octaves, morceau de concert
— Rosée de mai
liUSKim (J.). Op. 12. Fantaisie de concert sur Robert le Diable.
Masiius Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots
5 »
7 50
7 50
9 »
9 »
9 »
7 50
7 50
5 »
7 50
50
7 50
7 50
6 »
6 »
7 50
6 »
5 »
5 »
5 »
5 »
7 50
7 50
7 50
7 50
r,o
llatkiaa (G.). Op. 31. Les Regrets, ballade
Mcurielssuuii-Bnrtiiold.v. Op. 14. Rondo capricio
SSeyerneer. Quatrième marche aux (lambeaux
Moulins (Amélie). Fantaisie sur Maria
Perny (P.). Op. 21. Souvenirs du prophète, caprice
Pi«ani. Dans les bois, polka-mazurka de salon
— Désolation, mélodie,
— La Nuit, méditation
Ponce de Léon. Mélodie irlandaise, intercalée dans Marta,
transcription
Prudent (E.). Op. 53. Adieu printemps, étude-caprice ....
— Op. 54. Chant du ruisseau, caprice
— Andante de Mozart, transcription
KoKcElen. Op. 167. Fantaisie brillante sur le Pardon de Ploërmel
Rummel. Fra Diavolo, échos des opéras, n° 1. (Sous presse).
— Guillaume Tell, Id. n» 2. Id
— Le Comte Ory, Id. n° 3. Id
— Le Domino noir, Id. n° 4. Id
— Les Diamants de la couronne, Id. n° 5. Id
— La Muette de Portici, Id. n° 6. Id
Talexy (Ad.). Une Fille d'Eve, polka-mazurka de salon
— Polka-mazurka de salon sur le Pardon de Ploërmel.
Tedcsco. Poëme d'amour, rêverie nocturne ....
Véiii (A.). Op. 10. Danse des sylphes, caprice fantastique. . .
Vincent (A.). Op. 7. Dolorès , polka-mazurka.
— Op. 8. Die Tlirane (la Larme), mélodie de Kucken, transcrite
— Op. 9. Je suis Lindor, de Paësiello, transcription
— Op. 10. Le Pardon de Ploërmel, transcription
— Op. 11. Orphée, de Gluck, deux transcriptions
WeliBe (Ch.). Op. 51. Brindisi, chant des buveurs
Wolffl. Op. 234. Mathilde, valse-caprice
— Op. 235. Ida, valse-caprice
50
9
7
5
3
3
3
4
9
9
6
7
6
6
6
6
6
6
6
6
7
6
5
5
5
7
5 »
5 »
7 50
7 50
50
50
OUVERTURES, PIANO SOLO ET A QUATRE MAINS.
Ernest II. Diane de Solanges 6 »
Flotow. Martha 7 50
— La même à quatre mains . 9 »
Uaillart (A.). Les Dragons de Villars 7 50
— La même à quatre mains 9 »
Meyertoecr (G.). Le Pardon de Ploërmel . 9 »
— La même à quatre mains 12 »
PARTITIONS, PIANO SOLO ET A QUATRE MAINS.
SDaillart (A.). Les Dragons de Villars, format in-S° .... net. 10 »
lleycrbecr (G.). Le Pardon de Ploërmel, format in-8° . . net. 10 »
— La même a quatre mains, format in-A" net. 25 »
MUSIQUE DE PIANO A QUATRE MAINS.
Beyer. Op. 112. Petite fantaisie sur le Pardon de Ploërmel ... 750
Burgmuller. Grande valse Id. .... 9 •
Croisiez (A.). Souvenirs du Pardon de Ploërmel 7 50
doria. Op. 91 . Marche triomphale pour deux pianos concertants. 12 •
Hunten (F.). Op. 166. Fantaisies sur Marta, en trois suites, chaq. 6 »
Meyerueer. Quatrième Marche aux flambeaux 10 »
Wolff (L.). Op. 233. Grand duo dramatique sur le Pardon de
Ploërmel 10 »
MUSIQUE DE DANSE
QUADRILLES
Aërts. La Veuve Grapin 4 50
Arliaii. Dans la rue 4 60
— Le Pardon de Ploërmel k 50
— Le même à quatre mains . . U 50
ArtiiN (Alex.). Fanfan la Tulipe ... 4 50
— Le même à quatre mains. . . A 50
— Les Fugitifs 4 50
— Le Maître d'école 4 50
Bouhu.uet. Le quart d'heure de Ra-
belais A 50
Uarx (Ad.) . Le Pardon de Ploërmel . U 50
MrniifiN. 2e quadrille sur Marta. . . U 50
— Le même à quatre mains. ... A 50
VALSES
Burgniuller (F.). Le Pardon de
Ploërmel 6 »
— La même à quatre mains .... 9 »
Elbel. Corinne 6 »
Ettllng (Emile). Op. 91. Le Pardon de
Ploërmel 5 »
Cirazlanl. Les Cyclopes 6 »
Ketterer. Op. 67. L'Espérance ... 6 »
Strauss». Le Pardon de Ploërmel . . 6 »
— La même à quatre mains ... 7 50
— Dans la rue 6 »
DANSES DIVERSES
Arltan. Polka des Oiseaux A »
— Iffetzheim, galop . 4 •
Arfus (Alex.). Fanfan la Tulipe, polka 3 »
Bousquet. Polka sur le Pardon de
Ploërmel 4 »
Desgrnugcs. Schottisch sur le Pardon
de Ploërmel 4 »
iïriii liant. Redowa styrienne .... 2 50
— La Comète de 185S, galop ... 4 »
Blusard . Redowa du pardon de Ploërmel i »
Talesy. Une fille d'Eve, polka-mazurka 6 »
— Polka mazurka sur le Pardon de
Ploërmel 6 »
PARI3. — IMI'EINERIE CENTRALE DE
CnAIX ET C", EUE
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD ©ES ITALIENS, 1.
27e Année.
i\° 2.
ON S'ABONNE :
Dans les Départements et â l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
8 Janvier 1S0O.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24ir.paran
Départements, Belgique et Suisse. ... 30» id.
Étranger M " id-
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE
Nous rappelons à nos Abonnés de Paris que les prî-
mes que nous leur offrons à titre d'étrennes sont n
leur disposition, et nous les prions de vouloir bien
les faire prendre dans nos bureaux. Nous les envoyons
franco aux Abonnés de province.
SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (1er article), par
Fétis père. — Théâtre impérial Italien : MargherUa la mendicante, opéra
en trois actes, libretto de F. M. Piave, musique de Gaetano Braga. — Inaugura-
tion du nouvel orgue de Wazemmes. — Revue des théâtres, par D. A. B.
Saint-l'-ves. — Nouvelles et annonces.
SDR L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LA MUSIQUE.
(Premier article.)
La musique, ou, pour parler plus exactement, le chant, est con-
sidéré à juste titre aujourd'hui comme une nécessité de l'éducation
du peuple. A vrai dire, le chant populaire a existé chez toutes les
nations, à quelque race qu'elles appartinssent, depuis les premiers
âges du monde, et ses monuments précèdent partout ceux de la mu-
sique à l'état d'art. Originairement ce chant n'eut pas d'autre auteur
que le peuple lui-même. Il y déposait ses idées, ses croyances, ses
sentiments, ses légendes et ses souvenirs historiques. On les trans-
mettait par tradition, comme cela se pratique encore en Orient, chez
les peuples slaves, et en général chez ceux que la civilisation mo-
derne n'a poinî. encore dépouillés de leur caractère primitif; cir ces
populations ont ignoré et même ignorent encore l'existence d'une
musique notée.
Il n'en est plus de même dans les centres de civilisation, car le
véritable chant populaire en a disparu. S'effaçant par degrés sous
l'influence incessante de la musique proprement dite, il a cessé d'être
l'expression naïve des sentiments des masses ; il s'est formulé selon
les règles de l'art; et dans le moment même où l'unisson populaire
fait irruption dans l'opéra, l'harmonie du chœur dramatique pénètre
jusque dans les hameaux. Une semblable transformation ne doit pas
plus nous étonner que toutes celles qui se sont accomplies depuis un
demi-siècle ; mais il devient évident que la tradition ne suffit plus
pour transmettre dans le peuple des chants qui appartiennent au do-
maine de l'art, et qu'un enseignement est devenu nécessaire pour cet
objet.
Toutefois n'oublions pas que la partie du domaine de la musique à
laquelle appartient le chant populaire est fort bornée en comparaison
de l'art dans tous ses développements, d'où il suit que l'enseignement
des éléments du chant, dans les écoles primaires, doit être renfermé
dans les limites de ce qui est exactement nécessaire pour atteindre le
but proposé. Que si, par l'effet de celte première éducation, le goût
de l'art se développe chez certains individus, si des organisations pré -
destinées se font apercevoir, il faudra les confier non plus à l'enseigne-
ment collectif des écoles communes, mais à l'enseignement individuel
qui seul peut faire les artistes. Il est de la plus haute importance que
les gouvernements et les autorités placées à la tète de l'enseignement
comprennent bien cette différence des deux genres de destination,
car on arriverait aux résultats les plus déplorables s'ils étaient con-
fondus.
Les conservatoires dans les capitales, et leurs succursales dans
les provinces, sont des écoles d'artistes : les leçons s'y donnent in-
dividuellement, bien qu'un certain nombre d'élèves soit réuni dans
chaque classe. Là les organisations d'élite se font immédiatement re-
connaître ; elles ne sont point astreintes, comme dans les collèges, à
suivre les cours avec la même lenteur que les organisations médio-
cres ; car, dans la même année, elles peuvent passer de l'enseigne-
ment préparatoire du répétiteur au degré plus avancé du professeur
adjoint, ou de celui-ci à l'enseignement supérieur. D'autre part, pen-
dant que l'élève artiste cultive, avec les soins nécessaires, son or-
gane vocal, s'il est destiné à l'art du chant, en égalise les sons et les
registres, l'assouplit par des exercices de vocalisation, règle sa
respiration et corrige les défauts de sa prononciation ; ou, si sa voca-
tion l'a porté vers l'étude d'un instrument, pendant que les leçons du
professeur lui enseignent pa" les principes et par l'exemple tout ce qui
constitue un mécanisme parfait d'exécution, il augmente l'ensemble de
ses connaissances par la fréquentation des cours d'harmonie, d'ac-
compagnement et de composition. Compositeur, il doit étudier les
modèles, lire les partitions des grands maîtres, et pour le faire avec
fruit, il faut que toutes les clefs lui soient également familières, et
qu'il ait l'habileté de faire concurremment plusieurs genres de trans-
position avec la même rapidité que" l'action de lire dans un livre
d'une langue connue. Une pareille éducation complète a exigé de tout
temps une belle organisation et huit ou dix années d'études.
11 est donc de toute évidence que l'enseignement populaire du
chant dans les écoles communales ou autres ne peut avoir qu'un seul
point de contact avec celui des conservatoires, où l'art véritable est
10
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'objet des études, à savoir : les éléments communs aux deux genres
d'éducations, c'est-à-dire les mêmes gammes, les mêmes divisions du
temps et le même système de mesure de la durée des sons, enfin la
même notation. On comprend que l'identité des éléments est une né-
cessité absolue dans l'enseignement populaire du chant comme dans
l'éducation musicale des artistes, car, s'il en était autrement, l'ensei-
gnement populaire contenu dans ses limites naturelles ne serait pas
une introduction à la connaissance de l'art véritable. On a vu en Al-
lemagne, dans la première moitié de ce siècle, une démonstration évi-
dente de cette vérité : il me parait nécessaire d'entrer dans quelques
détails à ce sujet.
On sait que l'Allemagne, au point de vue religieux, est divisée en
deux grandes parties, l'une catholique, l'autre protestante. Les pro-
vinces rhénanes, la Bavière, la Bohême, une partie de la Silésie et
l'Autriche composent la première ; le royaume de Hanovre, les an-
ciennes villes libres de Francfort, Brème, Hambourg, Lubeck, le du-
ché de Brunswick, la Thuringe, la Prusse, la Saxe appartiennent à la
seconde. L'éducation musicale du peuple dans l'Allemagne catholique
fut florissante pendant toute la durée du dix-huilième siècle, parce
que le nombre considérable d'églises, de grandes abbayes et de mo-
nastères qui s'y trouvaient étaient autant d'écoles gratuites de musi-
que, où se formaient dans la connaissance de l'art une multitude d'en-
fants de chœur. Devenus plus tard chanteurs, instrumentistes ou
organistes, tous étaient employés dans les églises ; car il n'y avait point
de paroisse de village, d'abbaye, de couvent où il n'y eût tous les
jours messe et salut en musique ; point de petite localité où il n'y eût
un orgue et un organiste, lequel cumulait les fonctions de maître d'é-
cole et avait chez lui un clavecin ou une épinette, ou un clavicorde
dont il enseignait à jouer aux enfants soumis à sa férule. Il n'était point
alors de cité ni de bourg qui n'eût ce qu'on appelait le musicien de
ville à gages. Cet homme devait savoir jouer de tous les instruments
et en donner des leçons gratuites aux habitants de l'endroit qui lui en
demandaient. Bien que son traitement fût assez minime, sa position
n'était pas mauvaise, parce qu'il envoyait ses élèves dans les orchestres
d'églises de village ou dans les guinguettes, et prélevait un droit sur
leurs salaires. 11 serait difficile aujourd'hui de comprendre quelle était
alors l'existence toute musicale de l'Allemand catholique. Les presses
d'Augsbourg, de Nuremberg, de Salzbourg et de Ratisbonne suffisaient
à peine à l'impression des messes, motets, vêpres et saluts destinés
aux plus petites localités, et qu'on appelait, à cause de cette destina-
tion, messes et vêpres rurales. Biïhler, Demonler, Dreyer, Drcesig,
Emmerig, Gleissner, Hacker, Hahns, Hirschberger, Kobrich, Kcenigs-
perger, Lasser et Ohnewald furent les grands fournisseurs de cette
musique champêtre d'église avec petit orchestre. Chacune de leurs œu-
vres éLaient composées d'au moins six messes, et le reste en propor-
tion. Pour les grandes villes et les riches abbayes, on avait les œu-
vres de Fux, de. Tag, de Zeleuka, de Joseph et de Michei Haydn, de
Mozart et des maîtres italiens.
La connaissance de la musique était si populaire dans toutes ces
contrées, qu'il n'y avait pas de paysan chez qui l'on n'entendit ou des
chants à plusieurs voix, ou quelqu'instrument. Chez les grands sei-
gneurs, tous les domestiques étaient musiciens. Après le diner, les uns
prenaient des violons, les autres des altos, des basses; celui-ci une
flûte, cet autre un hautbois, un basson : les gardes-chasse étaient ap-
pelés avec leurs trompes pour jouer dans les symphonies les parties
qu'on appelait alors par cette cause cors de chasse. Le Herr Kapell-
meisler prenait la direction de cet orchestre en livrée, et le seigneur
châtelain régalait ses hôtes de symphonies et de concertos où l'on
pouvait désirer plus de perfection, mais où le sentiment intime de l'art
se faisait apercevoir. En Bohême, il n'y avait pas de village où l'on
n'entendît exécuter d'une manière satisfaisante des quatuors, des
trios, des sonates, par des mains qui venaient de quitter la charrue ou
la hache du bûcheron.
Tout ce monde avait appris la musique comme on l'apprend encore
dans les conservatoires et dans leurs succursales, c'est-à-dire dans
l'enfance et par des exercices fréquents. On n'imaginait point alors
qu'il y eût d'autre méthode, et l'on n'en sentait pas la nécessité, parce
qu'on n'était pas encore arrivé à notre temps de hâte en toute chose.
Les guerres qui ont dévasté l'Allemagne depuis les dernières amiées
du dix-huitième siècle, les spoliations des églises, les suppressions
des abbayes et des couvents, enfin les changements politiques et la
ruine de beaucoup de familles nobles, ont anéanti dans ces contrées la
prospérité populaire de la musique. Vienne et Munich sont les seules
villes de l'Allemagne catholique où j'aie entendu dans les églises de
bonne musique bien exécutée, avec des auditoires compacts.
L'éducation populaire, au point de vue de la musique, a toujours
été moins avancée dans l'Allemagne protestante que dans les pays
catholiques, parce que cette éducation se borne, dans les écoles pri-
maires, à ce qui est nécessaire pour le chant des psaumes et des can-
tiques, lequel est fort simple, ne module pas, et n'admet dans son
rhythme que les valeurs de temps les plus élémentaires. Jusqu'au
commencement du siècle présent, le cantor, chargé de l'enseignement
de ce chant aux élèves des écoles primaires, avait suivi la méthode
ancienne exposée dans les traités de musique à l'usage de ces écoles ;
mais les réformes entreprises par Pestalozzi dans toutes les branches
de l'enseignement élémentaire ne tardèrent pas à exercer leur influence
sur celui du chant. On sait que la base de ces réformes consiste dans
la division des parties d'une science qui n'ont pas une connexion in-
time, afin d'éviter la confusion dans l'esprit des enfants. Dès 1804,
Traugott Pfeiffer avait tracé le plan d'un cours de chant d'après cette
donnée fondamentale, et l'avait réalisé dans l'école modèle d'Vverdun,
fondée par le célèbre réformateur.
Pfeiffer avait basé son cours sur cinq divisions. La première, sous
le nom de rhythmique, renfermait tout ce qui est relatif à la mesure
du temps dans la durée des sons et du silence, avec les combinaisons
de cette durée. La deuxième, qui avait pour objet la détermination des
.intonations, et leurs combinaisons en certaines formes de chant, était
appelé?, mélodique. La troisième, désignée d'une manière assez impro-
pre par le nom de dynamique, était destinée à la connaissance des
divers degrés d'intensité des sons et de leurs modifications. Dans la
quatrième, les trois premières se réunissaient sous le nom de science
de la notation : les élèves y étaient exercés à la conception simul-
tanée de la représentation des sons dans leur durée, leur intonation et
leurs modifications d'intensité. Là se trouvaient les exercices géné-
raux de la lecture et du solfège. Une cinquième division était destinée
à exercer les élèves à la réunion des paroles au chant.
Frappé des avantages qu'il remarquait dans celte méthode, Naegeli,
esprit original accompagné de beaucoup d'instruction, en donna un
aperçu dans le petit écrit en langue allemande, intitulé : la Méthode
de chant pestalozsienne, d'après l'invention de Pfeiffer (1). Déjà
cette méthode avait fixé l'attention de Charles-Auguste-Frédéric Zeller,
conseiller de l'enseignement supérieur de Prusse qui, après avoir visité
l'établissement d'Yverdun, dirigeai Tubinge une école de pauvres,
depuis le mois de juillet 1804 jusqu'à la fin de Tannée suivante. Il
avait adopté les trois premières divisions de Pfeiffer ; mais, voulant
borner dans les écoles primaires de l'Allemagne protestante l'enseigne-
ment à ce qui était nécessaire au chant choral, il imagina de simplifier
le travail des élèves, en substituant à la notation ordinaire les chiffres
dont les signes et la classification ordinale est connue des enfants dés
leurs premières années scolaires. Zeller fit de nouvelles applications de
sa méthode au Gymnase (collège) de Saint-Gai), dans les années 1806
à 1808, sans toutefois la rendre publique. Après avoir obtenu, en 1809,
sa nomination de conseiller des études du royaume de Prusse, il alla
(1) Die Pestalozzisvlie Gesangbildungslehrc nach Pfeiffers Erfindung. Zurich,
1809, in-8" de 76 pages.
DE PARIS.
11
se fixer à Kœnigsberg, et là il publia, l'année suivante, ssn Essai pour
V avancement de V éducation nationale en Prusse (1), dont le premier
volume concerna le chant choral et populaire .
La notation en chiffres ne trouva d'abord que peu de partisans en
Allemagne : mais elle fut reprise en 1815 par Natorp, conseiller du
consistoire à Potsdam, puis à Munster, qui lui fit subir des modifica-
tions assez considérables. Comme Pfeiffer, Naegeli et Zeller, Natorp
divisa l'enseignement en Irois branches principales qu'il désigna aussi
parles noms de rhythmique, mélodique et dynamique; mais dégageant
ces divisions de tous les détails d'une Lhéorie trop développée, il ré-
duisit l'enseignement aux éléments les plus simples et les plus indis-
pensables pour la pratique du chant dans les écoles primaires. A
l'égard de la notation, il la réduisit à l'emploi de chiffres pour la dé-
signation des degrés de la gamme en les disposant sur une ligne au-
dessus et au-dessous, et les diversifiant d'une certaine manière par
des grandeurs proportionnelles. Quant aux va'eurs de temps, il les
représenta par des signes empruntés à la notation ordinaire et com-
bina ceux-ci avec les chiffres. L'exposé du système fut publié par
Natorp (en allemand) sous ce titre : Introduction à l'enseignement
du chant, à l'usage des professeurs des écoles populaires (2). Natorp
ne borna pas ses instructions à ce qu'il avait écrit pour les maîtres,
il voulut aussi venir directement au secours de l'intelligence des
élèves, et publia pour chaque cours (inférieur et supérieur) des ma-
nuels de deux feuilles d'impression qui sont des modèles de simpli-
cité et d'enseignement pratique, et dont les titres sont, Petit manuel
de V art du chant publié pour la jeunesse des écoles populaires (3).
Enfin cet homme dévoué voulut compléter son œuvre de réforme en
écrivant un livre de mélodie chorale en notation chiffrée pour l'usage
des jeunes gens qui avaient suivi les cours des écoles qui avaient
adopté son système d'enseignement (k).
Ces écoles s'étaient multipliées avec rapidité, ainsi que le prouve le
grand nombre d'éditions de ces instructions et manuels en peu d'an-
nées. Quelques provinces de la Prusse, presque tout le royaume de
Wurtemberg, une partie de la Westphalie, et diverses localités parti-
culières adoptèrent avec une sorte d'enlhousiasme la réforme de la
notation pour le chant choral. Des hommes ardents dans leurs con-
victions, tels que Studemand, Jean-Frédéric-Guillaume Koch, con-
seiller du consistoire de Magdebourg, Frantz, Engsfeld, professeur à
Duisbourg, et beaucoup d'autres publièrent des manuels, des pam-
phlets, des livres chorals et des recueils de chants populaires en chif-
fres pour le triomphe de la cause. Mais une circonstance qui n'avait
pas été prévue vint tout à coup ébranler la confiance du public et pré-
parer la chute du système d'enseignement populaire du chant par la
notation chiffrée : ce furent précisément les élèves des écoles où ce
système était en vigueur qui lui portèrent un coup mortel. L'âge étant
venu pour eux d'entrer dans les collèges, puis d'aller suivre les cours
des universités, ils virent que ce qui leur avait é:é enseigné de la
musique n'avait aucun rapport avec la musique notée. Les uns vou-
laient se livrer à l'étude d'un instrument, d'autres entrer dans les
associations chorales qui se trouvent presque partout en Allemagne ;
mais, pour atteindre leur but, il leur fallait recommencer les études
les plus élémentaires, et de plus, ils éprouvaient de grandes difficultés
à s'affranchir des habitudes qu'ils avaient contractées dans les écoles
primaires. Leur correspondance avec leur famille fixa l'attention des
(1) Jleilrœge zur Befœrderung der Preuss. Naliunal-Erziehung. Kœnigsberg,
1810, 1 vol. in-8°, en quatre parties.
(2) Anleilung zur Vntenoeisicng im Singen fur Lehrer in Volksschulen.
Potsdam, 1815 ; Essen, 1816 ; Duisbourg, 1818 ; id. 1821 ; id. 1825.
(3) Lehrbiichlein der Singkunst, fur die Jugend in Volksschulen herausge-
geben. Duisbourg, 1816, in-8° de 32 pages.
(4) Melodknbuch fur dm Gemeindcpcsang in den evangelischen Kirchcn.
Essen, 1822, in-8".
parents sur ce sujet. Les journaux de musique ne tardèrent pas à
s'occuper de celte question ; des professeurs dont le nom inspirait
confiance démontrèrent l'inutilité de la notation chiffrée et les graves
inconvénients de son usage : de ce nombre furent Heinroth, directeur
de musique de l'université de Goettingue, Schrader , le savant
Hientzsch, professeur supérieur du séminaire des instituteurs de
Breslau, Louis Erk, l'un des hommes les plus éminents de l'Al-
lemagne en tout ce qui concerne la pédagogie musicale, et professeur
du séminaire des instituteurs de Berlin, enfin Ernest Heutschel, di-
recteur de musique' du séminaire des instituteurs de WeissenfeU, et
rédacteur de YEuterpe, revue musicale des professeurs des écoles po-
pulaires de l'Allemagne, en collaboration avec Erk et Jacob. De proche
en proche la désapprobation de la notation chiffrée s'étendit partout
et en amena la suppression, il n'existe plus aujourd'hui en Allemagne
une seule école où cette notation soit encore en usage.
{La suite prochainement.)
FÉÏIS père.
THÉÂTRE MPËRIÂl ITALIE?!.
OTAB£93MlEB5aTA Miâ. BÏESI9ÏCASTE,
Opéra en trois actes, libretto de F. M. Piave, musique de
Gaetano Braga.
(Première représentation le 2 janvier 1860.)
Gluck jouait du violoncelle, Olfenbach en joue encore ; M. Gaetano
Braga, qui ne ressemble pas plus à l'un qu'à l'autre de ces deux composi-
teurs, s'est d'abord présenté à nous comme un habile violoncelliste ;
mais à Vienne et à Naples il a fait d'heureux débuts dans la carrière
lyrique en donnant trois ouvrages intitulés, Y Aima, la Stella di San
Germano et // Ritratto. Le voilà maintenant arrivé jusqu'au théâtre
Italien deParis, où l'on n'a guère l'habitude d'applaudir que les ouvrages
consacrés par de grands noms et de grands succès. Cependant il n'a
qu'à se féliciter du résultat de sa tentative. Il a été applaudi, bissé,
rappelé en la personne de ses artistes et aussi en la sienne. Sans être
une production di prima sfera, sa Margherita réunit assez de quali-
tés pour justifier cet accueil flatteur autrement que par des sentiments
d'amicale bienveillance. Quel sera son avenir sur notre scène pari-
sienne? Nous ne saurions le dire, et, en tout cas, si elle ne s'y établit
pas à perpétuité, l'auteur pourra s'en consoler par d'illustres exem-
ples, car de tous les ouvrages italiens composés pour nous, et nous
en comptons un bon nombre, il n'en est qu'un seul, les Puritains, de
Bellini, qui aient conquis au répertoire une place inamovible.
La partition de M. Braga est écrite sur un texte français d'origine,
un mélodrame qui a pour auteurs MM. Anicet Bourgeois et Michel
Masson, et qui fut joué, en 1852, au théâtre de la Gaité. Mme La-
cressonnière, qu'une mort si précoce a frappée, était chargée du
rôle principal de la Mendiante, aujourd'hui confié au talent de
Mme Borghi-Mamo. Ce ne serait pas une petite affaire que d'expliquer
par le menu comment et pourquoi Marguerite en est venue à ce point
de mendier son pain sur sa route. Marguerite avait pour époux un hon-
nête artisan, un riche armurier, Rodolphe Berghen ; mais elle s'est
éprise d'un grand seigneur, le comte de Rendorf : elle a quitté sa mai-
son, sa famille ; quel châtiment trop dur pour une telle faute ! Un jour
qu'elle se met à la fenêtre pour regarder seulement passer son enfant,
la petite Marie, elle est atteinte en plein visage par la foudre qui lui
ôte la vue à jamais. Des bohémiens enlèvent Marie à son malheureux
père et la transforment en petit prodige, en petit sauteur-équilibriste
sous le nom de Colibri. A la foire de Leipsick, Colibri comparait en
place publique : un saltimbanque devenu son maître va le contrain-
dre à y faire preuve d'une agilité, d'une adresse qu'il lui enseigne à
12
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
sa façon. 0 merveille des merveilles ! Marguerite qui n'y voit plus
n'en reconnaît pas moins bien sa fille dans ce garçon dont elle en-
tend raconter la triste destinée. Plus tard, lorsqu'elle retrouve son
mari qui s'est vengé du comte les armes à la main, elle lui rend sa
fille qu'il croyait perdue, et l'honnête Rodolphe oublie son ressenti-
ment, son injure : il pardonne à Marguerite, nui cesse par conséquent
d'être mendiante, mais qui reste aveugle comme devant.
Ce mélodrame était sans doute excellent dans son genre, mais
fournissait-il le sujet et la matière d'un bon libretto? Nous n'y aper-
cevons qu'un rôle, et ce rôle est plus affligeant que sympathique.
Ajoutez à cela que l'incurable situation de Marguerite s'oppose à ce
que le dénoùment nous apporte son tribut nécessaire de consolation
et de joie. Néanmoins il faut convenir que dans quelques parties le
libretto taillé par M. Piave est musical, et c'est probablement tout ce
que lui demandait le compositeur. M. Braga est jeune, il doit avoir
h confiance qui manque rarement à son âge, et il aura compté sur
sa verve féconde et facile pour faire excuser les défauts de son ca-
nevas.
En effet, M. Braga écrit facilement, trop facilement peut-être. II
est encore dans la période d'imitation involontaire, à laquelle peu de
jeunes musiciens savent échapper. Par exemple, dans l'air chanté par
Marguerite au premier acte, il a reproduit exactement tous les dessins
de la cavatine du Trooalore ; dans la scène finale du troisième acte,
il s'est rappelé, du moins pour la disposition et la coupe, les deux
couplels ou strophes du ténor et du contralto dans la Favorite. En
général, il y a clans ses phrases trop de notes qui se suivent sans
rien dire de neuf, et que la facture ne relève pas assez. Ses canli-
lènes n'ont pas un caractère assez net, mais ses choeurs sont
vifs et brillants, d'un rhythme varié : le grand morceau d'ensemble
du deuxième acte est conduit avec art, et le crescendo vocal y mar-
che franchement jusqu'à l'explosion prévue, mais qui n'en impres-
sionne pas moins fortement l'auditoire. Ce grand morceau a été rede-
mandé, répété, ainsi que le quatuor du dernier acte, et plusieurs au-
tres morceaux, notamment la romance ou complainte de Marguerite,
ont soulevé des bravos chaleureux.
C'est à Mme Borghi-Mamo que revient le principal honneur de
l'exécution : jamais nous ne lui avions trouvé autant d'expression
pathétique : elle joue aussi bien qu'elle chante, et c'est beaucoup dire.
Dans les rôles secondaires, Gardoni, Graziani et Zucchini ont mis
beaucoup de talent et de dévouement, ce dont le public leur a tenu
compte, en les associant par ses suffrages intelligents à la double
ovation de la cantatrice et du compositeur.
P. S.
INAUGURATION DU NOUVEL ORGUE DE WAZEMES1".
L'église de Wazemmes suffisait à. peine à contenir la foule venue
pour entendre le nouvel orgue construit par MM. Merklin, Schutze et C,
et touché par le célèbre organiste M. Lemmens, reconnu aujourd'hui
pour le premier des maîtres en son art. Dans les solennités de ce genre,
le plaisir éprouvé par l'auditoire ne se traduit pas en applaudissements,
mais ici il s'est manifesté sur toutes les physionomies d'une manière
qui ne laissait pas de doute sur les impressions produites et par les ri-
chesses de l'instrument et par le talent incomparable de l'artiste. Pui-
sons d'abord, dans le compte rendu de cette mémorable séance la part
d'honneur qui revient aux excellents facteurs du nouvel orgue, nous
réservant de dire ensuite les merveilles d'effets qu'en a su tirer le génie
de M. Lemmens.
L'orgue de, la nouvelle église de Wazemmes n'est pas entièrement
neuf: des considérations d'économie ont obligé MM. Merklin et Schutze
à faire entrer une partie de l'ancien orgue dans l'instrument nouveau;
et, par une condition plus défavorable encore, il a fallu loger dans la
cage de l'ancien buffet une quantité de jeux plus considérable et de
plus grande importance que ceux qui y étaient autrefois contenus;
(1) Mémorial de Lille.
mais l'habileté des artistes constructeurs a triomphé de ces difficultés
avec un rare bonheur. Ampleur de sonorité, puissante énergie sans du-
reté, sympathie et variété des timbres; coloris des nuances; passage
progressif et bien ménagé du piano le plus délicat au forte le plus puis-
sant et réciproquement; enfin combinaison presque inépuisable d'ac-
cents dont l'âme est émue: voilà ce que le nouvel instrument construit
dans les ateliers de MM. Merklin, Schutze et Ce, a fait entendre à l'au-
ditoire d'élite réuni mardi dernier dans l'église de Wazemmes.
Nous exprimerons seulement le regret que ce vaste vaisseau soit si
peu favorable à la propagation libre et pure des sons d'un si bel ins-
trument, et que l'architecte n'ait pas prévu que l'immense quantité de
niches dont il a parsemé la voûte et les grands arceaux qui coupent
celle-ci était ce qui pouvait être imaginé de pire au point de vue de
l'acoustique. Dans la plupart des églises , l'excellent instrument de
MM. Merklin et Schutze ne serait pas contrarié par la multitude d'échos
dont les oreilles sont choquées dans l'église de Wazemmes. Une chose
nous a frappé dans la séance d'inauguration, c'est que, nonobstant
l'humidité occasionnée par les pluies torrentielles de ces huit derniers
jours, et malgré les gonflements inévitables des bois, pas une note n'a
failli, pas un cornement ne s'est fait entendre pendant une épreuve dont
la durée n'a pas été moindre de deux heures. On peut comprendre ce
qu'il faut de précision et de fini dans une machine aussi compliquée
que l'orgue pour atteindre à de pareils résultats.
C'est une bonne fortune inestimable pour l'auteur d'un bel instrument
de rencontrer, pour en faire connaître toutes les ressources, un artiste
tel que M. Lemmens ; c'est-à-dire celui que tous les organistes de l'épo-
que actuelle considèrent comme leur maître et leur modèle. Dans une
large et savante improvisation qui a été le premier morceau du pro-
gramme de la séance, ce grand artiste a tout à coup saisi l'auditoire
par le caractère de grandeur magistrale qui caractérise son talent.
Cette main puissante pour laquelle il n'existe pas de difficulté, y a
montré tout d'abord son exécution ferme et hardie, jetant dans les mo-
dulations inattendues, quoique toujours correctes, des flots d'admirable
harmonie.
A cette entréeen matière, M. Lemmens a fait succéder une douce can-
tilène exécutée avec un charme inexprimable sur les jeux de solos. Puis,
se rattachant à la tonalité du chant de l'église, dans une improvisation
sur le sixième ton, le célèbre artiste a fait voir comment, eu conservant
le caractère austère de cette tonalité, on peut y associer l'harmonie
moderne, devenue une nécessité pour nos instincts actuels.
A qui n'a pas entendu M. Lemmens dans le prélude et la fugue de Bach,
il serait bien difficile de donner une idée approximative de la prodi-
gieuse supériorité du célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles
dans les pièces les plus difficiles qu'ait produites le génie du géant de
l'harmonie allemande. Là, les deux mains et les pieds, montrant une
égale aptitude, ont paru se jouer des plus inextricables difficultés,
comme s'il ne se fût agi que de jeux d'enfants, et nonobstant la fatigue
qui semblait devoir être le résultat d'un si violent exercice, M. Lem-
mens n'a pas moins conservé jusqu'au bout la magie de son exécution
foudroyante.
Que dire de la prière en fa pour les voix humaines, où tous les genres
de charme sont été réunis, soit par les plu« heureux choix dans les associa-
tions de sonorité, soit par la grâce de la mélodie, soit enfin par les riches-
ses de l'harmonie et de la modulation ? Il faut avoir entendu ce morceau
délicieux pour comprendre jusqu'où peuvent aller les impressions que
l'orgue peut produire sous la main d'un grand artiste.
Après ce morceau est venue une splendide harmonie sous le nom d'tfo-
sanna, dans lequel était encadré un charmant morceau à la fois chantant
et brodé avec élégance. Enfin, une magnifique improvisation finale a
terminé cette séance, qui laissera d'impérissables souvenirs dans la mé-
moire des amateurs de notre ville.
BEVUE DES THEATRES.
Bilan dramatique de l'année 1859. — Odéon : les Equipées de
Stenio, comédie en trois actes et en vers, par M. Paul Juillerat. —
Paiais-Royal : l'Omelette du Niagara, revue-vaudeville en trois
actes, par MM. Dormeuil père et Lambert Thiboust. — Ambigu :
le Marchand de coco, drame en cinq actes, par MM. Dennery
et F. Dugué. — Revues des Folies-Dramatiques, des Délasse-
ments-Comiques, du Théâtre- Déjazet et du Théâtre du Luxem-
bourg.
Si l'année qui vient de finir a été bonne pour les théâtres lyriques,
si elle a enfanté des oeuvres destinées à une longue et glorieuse
existence, nous n'en pouvons dire autant des autres scènes parisiennes.
Dans le grand nombre de comédies, de drames et de vaudevilles qui
DE PARIS.
13
ont défilé devant nous sans laisser de traces, il en est à peine deux
pour lesquels il nous faudrait faire une exception non exempte de
réticences : le Duc Job, aux Français ; Un père prodigue, au
Gymnase. En dehors de ces deux ouvrages et de la Tireuse de
cartes, dont le sort n'est pas encore nettement déterminé, quand
nous aurons constaté le demi-succès du Testament de César Girodot,
à l'Odéon, et celui des Pirates de la Savane, à la Gaîté, le bilan
dramatique de l'année 1859 sera complet, et nous chercherons vaine-
ment un seul titre à ajouter à cette liste plus que modeste. Quelques
célébrités nouvelles ont-elles du moins surgi parmi les artistes? Hélas!
non, les vieux s'en vont et ne sont pas remplacés. Bouffé a renoncé
au théâtre; Frederick Lemaitre n'est plus que l'ombre de lui-même;
Bocage et Mlle Déjazet, oubliés par les directeurs, essaient de se survivre
en exploitant leurs propres privilèges. Tout cela est fort triste et le
serait encore bien davantage si le public prenait la chose au sérieux
et ne savait pas se contenter d'un à peu près. Heureusement il est
bon prince et la situation des théâtres ne se ressent pas trop de
son indifférence. Viennent les chefs-d'œuvre si patiemment attendus,
et les prospérités de 1860 auront bien vite effacé les souvenirs né-
gatifs de l'année précédente.
— Parmi ceux-ci il faut ranger, à notre très-grand regret , une
comédie en trois actes et en vers, les Équipées de Stenio, que M. Paul
Juillerat a fait jouer à l'Odéon, et qu'il a eu le courage de retirer à
la suite d'une première et unique épreuve. Celte œuvre, du genre
fantaisiste, n'était pourtant pas dépourvue de mérite ; dans un jour
de bonne humeur, le public eût ri franchement aux aventures de ce
Stenio qui se donne beaucoup de mal pour enlever une jeune fille
qu'un ami lui souffle au dénouaient. Mais il est de ces heures néfas-
tes où les plus louables intentions sont prises à contre-sens, où un
incident futile et le plus souvent étranger à la pièce fait dévier les
sympathies et les rend impuissantes, où enfin un malentendu de quel-
ques minutes enlève au poëte le fruit de plusieurs mois de labeur, et
ne lui laisse pas même la consolation d'avoir été loyalement et saine-
ment discuté. M. Juillerat s'est peut-être montré un peu trop prompt
à accepter un arrêt qui eût été bien certainement cassé le lendemain;
mais nous respectons d'autant mieux sa susceptibilité, que le théâtre
contemporain n'en fournit pas beaucoup d'exemples , et qu'une pa-
reille décision est ordinairement l'indice d'un talent sûr de sa force
et qui a devant lui l'avenir.
Il y a un an qu'à cette même place nous tirions l'horoscope des re-
vues qui selon nous avaient fait leur temps et n'exerçaient plus
l'attraction d'autrefois. Malgré l'apparent démenti que nous donnent
en ce moment plusieurs théâtres, notre opinion ne s'est pas modifiée,
et nous croyons que ce genre détourné de son origine par l'extension
déraisonnable qu'on lui a fait subir, doit bientôt mourir de pléthore.
Peut-être pourrait-on le sauver en le ramenant à des proportions plus
humaines et en sacrifiant moins le trait satirique à ces exhibitions fas-
tidieuses de costumes et de décors qui lui tiennent lieu d'esprit et de
malice. Mais on ne s'avisera de cette réforme qu'à la dernière extré-
mité ; la spéculation est entrée trop avant dans les habitudes de MM. les
auteurs à commandes dont l'ambition consiste à occuper l'affiche au
détriment de leurs confrères. Là est tout le secret de ces pièces inter-
minables qui pourraient sans inconvénient supporter l'amputation de
deux ou trois de leurs membres. Le pouvoir s'est ému récemment de
la situation de notre première scène littéraire désertée par nos meil-
leurs écrivains dramatiques, et il leur a offert l'appât d'une rémunéra-
tion plus forte mais inférieure encore à celle qu'ils tirent des théâtres
de genre. Il existait pourtant un remède bien plus simple et bien plus
profitable à la grande majorité des auteurs, c'était de rappeler à ces
théâtres les termes de leurs privilèges dont la stricte exécution suppri-
merait les avantages exceptionnels faits en faveur d'un petit nombre
d'hommes de talents qui n'auraient plus alors aucun motif pour res-
ter éloignés de la scène française et pour obstruer les abords des
scènes secondaires.
Tout le monde y gagnerait, à commencer par le public qui ne se
plaindrait pas assurément de voir finir avant minuit une revue sur
laquelle la toile se lève à sept heures du soir. De tous les théâtres
qui ont exploité cette année ce genre d'actualité, le Palais-Royal est
le seul qui ait su se renfermer dans des limites à peu près convena-
bles. Nous ne reprocherons à son Omelette du Niagara, que deux
choses : l'abus du dialogue dans la salle, et celui des équivoques gros-
sières sur la scène. En revanche, nous signalerons comme détails
amusants la pantomime d'Hyacinthe sur la poutre qui remplace la
corde du fameux Blondin, l'ingénieuse application du procédé Carte-
ron contre l'inflammabilité du cœur des femmes, et en première ligne
les imitations de Brasseur, de Gil-Pérez et de Mlle Aline Duval.
— L'Ambigu vient d'obtenir quelque succès avec le Marchand de
coco, de MM. Dennery et F. Dugué. C'est, dit-on, la dernière création
de Fédérick Lemaitre ; par malheur, ce n'est pas la meilleure. Ce
drame, dont la donnée repose sur un homme du peuple qui couvre de
sa protection une jeune fille dont l'amant est compromis dans une
affaire politique, se passait d'abord en pleine Terreur ; mais le comité
de censure a vu du danger dans la reproduction des scènes sangui-
naires de cette époque de notre histoire, et il en est résulté une cer-
taine confusion, une certaine gêne dans les incidents de la pièce ajus-
tés tant bien que mal au régime de la Restauration. Le rôle de
Frederick Lemaitre a un peu souffert de ces transformations fâcheu-
ses . Cependant le grand comédien que le boulevard est à la veille de
perdre, a fait jaillir quelques éclairs de la situation du deuxième acte
et de celle du quatrième. C'est, à tout prendre, un honorable adieu
qu'il fait au théâtre de ses anciens triomphes. Le jeu de Schey, que
nous avons vu naguère au Vaudeville, égayé ce tableau de proscrip-
tion, dont les teintes sont généralement trop noires et trop lugubres.
— Nous ne nous arrêtons pas souvent aux petits théâtres, mais, par
ce temps de revues universelles, nous ne pouvons nous dispenser de
leur rendre visite, quand ce ne serait que pour constater qu'il y a là
parfois plus d'entrain, de joie et surtout de jeunesse qu'aux Variétés
ou au Palais-Royal. Les pièces de fin d'année sont pour les Folies-
Dramatiques et pour les Délassements-Comiques l'occasion d'un suc-
cès traditionnel qui ne leur fait jamais défaut. Leurs procédés
sont invariables et leur cadre ne change pas ; c'est un passe-partout
dans lequel on amalgame tous les événements de la ville et du
théâtre en les saupoudrant de couplets, de trucs et de ronds de
jambe. Cette fois la rentrée des troupes et l'agrandissement de Paris
ont eu les honneurs du défilé. Viv' la joie et les pommes de terre,
disent les Folies, on ne sait trop pourquoi, mais qu'importe, pourvu
que le titre soit populaire Aux ? Délassements, le principal attrait de
La ioile ou mes quaf sous, c'est la danse excentrique de Marguerite
la huguenote que l'on nomme vulgairement Rigolboche. Au théâtre
Déjazet les épigrammes de Gare là-d'ssous sont un peu arriérées ;
on y parodie la Juive et la Sylphide qui ne sont pas précisément des
nouveautés, mais qui sont rajeunies par la mimique grotesque de
Paul Legrand. Enfin au Luxembourg on joue la Foire aux bêtises,
et les éclats de rire qu'elle provoque dans ces parages lointains re-
tentissent au delà de la rive droite de la Seine.
D. A. D. SAINT- YVES.
NOUVELLES.
„** Aujourd'hui dimanche à l'Opéra, par extraordinaire, les Huguenots,
(336° représentation).
,•„ A ce théâtre, l'année a commencé par une belle représentation de
Robert le Diable , qui , suivant son usage, avait attiré une nombreuse
assemblée.
H
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
„*, Les Huguenots, donnés le lendemain lundi, ont produit une recette
de plus de 9,000 francs.
„% Mlle Masson, qui tout récemment a obtenu de très-beaux succès à
PJaples et a Madrid, est, dit-on, engagée à ce théâtre, où elle a été long-
temps applaudie.
„*„ Le début de Mlle Brunet dans le rôle de Valentine, des Huguenots,
est toujours retardé pour cause d'indisposition.
„*., Les indispositions continuent de sévir au théâtre de l'Opéra-Comi-
que et d'entraver le répertoire. Faure n'étant pas encore remis, et
Mme Cabel se trouvant aussi hors d'état de chanter, le Pardon de Plër-
mel n'a pu encore reprendre le cours de ses brillantes représentations.
„% On annonce l'engagement de Roger au théâtre Italien. Le célèbre
artiste doit s'y faire entendre dans le rôle de Bon Juan.
t*„ Mlle Marie Battu débutera la semaine prochaine dans la Sonnam-
bula. Les autres rôles seront chantés par Mme Cambardi, MM. Gardoni
et Angelini.
„** Le premier ouvrage que jouera le théâtre Lyrique, après les deux
opéras-comiques de MM. Gounod et Semet, ce sera le Cosi fan tutte, de
Mozart, dont Mmes Viardot et Carvalho chanteront les principaux rôles.
„,%, On vient de mettre à l'étude une pièce en un acte, intitulée : Ma
Tante, dont les paroles sont de M. H. Crémieux et la musique de M. Cas-
pers. Mme Ugalde et Meillet doivent y jouer.
,*» Mlle Moreau a remplacé pendant quelques soirées Mlle Marie
Sax, qu'une indisposition éloignait de la scène, dans le rôle d'Eurydice,
d'Orphée, qui attire toujours la foule.
„,% Jeudi prochain auront lieu au ^héâtre des Bouffes-Parisiens troi
premières représentations : Forteboule, opérette bouffe, paroles de MM. De-
forges et Gasiineau, musique de M. de l'Epine, jouée par M. Désiré, Bou-
net, Mmes Tostée etCico; le Nouveau pourceauynai: , l'ancienne pièce du
Gymnase arrangée pour les Bouffes, par M. Scribe, musique de M. A. Ba-
gnard, jouée parMM. Duvernoy, Caillât, Marchand, Mmes Chabert, Tostée
et Baudouin ; Bonne étoile, opérette, paroles de M. Pn. Gille, musique de
M. L. Delibes, jouée par M. Tayau, Caillât, Trillet ( un débutant), et
Mlle Cxo. En même temps les Bouffes montent une revue comique et
musicale, qui prendra pour titre le Carnaval des Revues, revue de carna-
val, enrichie des airs les plus populaires d'Offenbach, dont tous les théâ-
tres de vaudeville se sont depuis longtemps emparés, en les défigurant
trop souvent. Cette fois au moins on pourra les entendre tels qu'ds ont
été compris par le maestro et accompagnés, dit-on, de musique nouvelle
qui ne le cédera en rien à l'ancienne.
„*„ Le Pardon de Ploërmel poursuit à Bruxelles le cours de son bril-
lant succès, Aux détails que nous avons donnés sur la première repré-
sentation, nous devons ajouter que Mlle Boulart (Dinorah) a été l'objet
d'une distinction des plus flatteuses. LU. AA. RR. le duc et la duchesse
de Brabant assistaient au spectacle. Après le second acte de l'opéra de
Meyerbeer, la jeune cantatrice a été appelée dans la loge royale, où
elle a passé tout l'entr'acte. Le duc l'a vivement félicitée sur le brillant
talent dont elle faisait preuve dans sa nouvelle création, et lui a offert
un splendide bracelet comme gage de son admiration.
„,% On assure qu'une troupe lyrique allemande doit venir à Paris,
et donner des représentations au théâtre Italien pendant les mois d'avril
et de mai prochains.
„*■„ Notre savant collaborateur Georges Kastner, membre de l'Institut,
vient d'être nommé chevalier de l'ordre d'Ernest par S. A. R. le grand-
duc régnant de Saxe-Cobourg et Gotha.
*** Aujourd'hui dimanche, première matinée de la Société des concerts
dans la grande salle du Conservatoire.
„'% La Société des jeunes artistes du Conservatoire donnera son pre-
mier concert dimanche prochain, 15 janvier, à deux heures, salle Herz.
En voici le programme : 1° symphonie inédite de M. Demersmann ;
2° chœur de Méndelssolm ; 3°ouverturo d'Oberon, de Weber; 4" fragments
du Comte Orij, de Rossini, soli chantés par M. Peschard ; 5° symphonie
en ut mineur, de Beethoven. L'orches're sera dirigé par M. I. Pasdeloup.
»*» Jeudi dernier avait lieu dans la salle Ilerz, devant un cercle d'in-
vités, un concert véritablement extraordinaire, donné par trois artistes,
dont le plus grand, âgé de vingt-cinq ans, possède une taille de 3i pou-
ces. Le succès le plus complet a accueilli les chanteurs lilliputiens qu'on
a applaudi à tout rompre après le prologue, et surtout après le trio
pot-pourri tiré de divers opéras allemands, joués et chantés par
MM. l'iccolo, Vounderlich et Kiss Jozsi ; ce dernier a, en outre, chanté
avec une verve splendide le Cri du cœur, de Lhuillier et Bourget: C'est
ma [Me ; et les Deux gendarmes, de Nadaud. A côté des petites mer-
veilles qu'on applaudissait pour la première fois à Paris, nous avons
remarqué Mlle Cherrean, qui a exécuté de la façon la plus brillante di-
vers morceaux sur l'orgue Alexandre. M. Marochetti a bien dit le Pa-
radis perdu, de Ritter. — Mardi prochain, dans la même salle, les
trois artistes en miniature donneront leur première soirée dramatique
et lyrique, avec le concours de virtuoses distingués. Jeudi 12 aura lieu
la deuxième séance.
t% Les soirées si bril'antes et si recherchées que M. Benson a l'habi-
tude de donner tous les ans à ses amis ont été inaugurées vendredi de
la manière la plus charmante par un concert, dans lequel de grands
artistes et des amateurs très-distingués ont rivalisé de talent. Herman,
le violoniste au jeu sympathique et brillant, s'y est fait entendre dans un
nouveau morceau de sa composition, une fantaisie sur Norma d'une
grande difficulté, très-réussie et semée d'effets nouveaux. L'auteur l'a
jouée, comme toujours, avec une perfection rare, et, comme toujours
encore, il a réuni tous les suffrages. On connaît la délicieuse transcrip-
tion de la berceuse du Pardon de Ploërmel, de Kruger, ainsi que celle du
chœur de Faust. L'auteur les a rendues supérieurement, et l'on a pu admi-
rer .1e nouveau son beau talent de pianiste et de compositeur. Nathan,
l'excellent violoncelliste, dans ses Canzonette napoiitane, morceau carac-
téristique très-remarquable, a déployé tout à la fois la délicatesse et l'é-
nergie de son archet.
,% Nous apprenons que M. Xavier Boisselot, l'auteur de Ne touchez pas
à la reine et de Mosquita, qui, depuis trois ans seulement, avait pris la
gérance de la Compagnie musicale (ancienne maison d'édition J. Meis-
sonier, 18, rue Dauphine), va se consacrer exclusivement à l'exploitation
de ses fabriques de pianos de Marseille et de Barcelone (Espagne), dont
les produits jouissent d'une vogue méritée. Il vient de céder à M. E.
Gérard, son ancien représentant â Marseille, la gérance de la maison
d'édition de musique de Paris. Espérons que les soins importants
d'une grande exploitation industrielle laisseront cependant à l'auteur si
bien inspiré de Ne touchez pas à la reine le loisir d'écrire des œuvres
musicales dignes de leurs sœurs aînées.
„,% Deux charmantes valses-caprices d'Ed. Wolff viennent de paraître
cette semaine: ces deux œuvres se recommandent par les qualités qui
ont assuré à M. Ed. Wolff un des premiers rangs parmi les pianistes
compositeurs. Ida et Mathilde obtiendront cet hiver un succès de vogue.
t*t Luca Fumagalli, frère du célèbre pianiste de ce nom, se fera en-
tendre le 14 de ce mois, au Cercle des sociétés savantes. Il jouera deux
morceaux de sa composition, et la Danse des sylphes, morceau composé
par son frère, Adolphe Fumagalli.
„*, M. Antonio-José Cappa, l'auteur de l'oratorio // Diluvio, et de plu-
sieurs opéras, parmi lesquels on cite Giovanna di Castiglia, ainsi que
Mme Munoz Cappa, cantatrice italienne d'un grand mérite, se trouvent
en ce moment à Paris.
„/% L'audition annuelle des œuvres nouvelles de Ketterer aura lieu le
dimanche 22 courant dans la salle Herz. On y entendra entre autres le
duo sur le Pardon de Ploërmel composé par le bénéficiaire et Herman qui
lui prêtera son concours.
*t Nous recommandons à nos lecteurs pianistes Yallegro rapido, mor-
ceau de concert aussi brillant que mélodique, composé par M. D. Zompi,
dédié à M. C. Stamaty, et que l'auteur exécute dans les salons les plus
distingués avec le plus grand succès.
.% La Société de quatuors, consacrée par MM. Maurin, Chevillard ,
Viguier et Sabattier aux dernières œuvres de Beethoven, a tenu jeudi
sa première séance de l'année, Nous en joindrons le compte rendu à
celui de la seconde
*** Un jeune pianiste, M. Victor Boullard, accompagnateur à l'Opéra-
Comique, vient de publier Clairette, véritable polka de pianiste, sortant
des lieux communs ordinaires. C'est un morceau élégant, bien fait, dans
lequel on trouve à la fois de la distinction, de la grâce et de l'origina-
lité. Le même éloge peut être adressé à Léona, polka-mazurka du même
auteur.
„*» La première des quatre séances de musique de chambre annon-
cées par M. Charles Lamoureux reste fixée â jeudi prochain, dans les
salons l'ieyel. L'heureux choix des œuvres qui figurent au programme,
et le mérite des exécutants promettent une brillante et agréable soirée.
„,% L'un des vice -présidents du comité de l'Association des artistes
musiciens, M. Devaux, qui était en outre administrateur de la Société
municipale de secours mutuels de Saint-Martin-des-Champs, administra-
teur de la caisse d'épargne et membre de la Société des enfants d'Apollon
et du Cercle musical, vient de mourir dans sa soixante-neuvième année.
Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier.
DE PARIS.
15
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*t Marseille. — Mme Elmire a fait son troisième début dans le Pro-
phète ; elle a déployé dans le rôle de Fidès une fort belle voix servie par
une excellente méthode. M. Depassio s'est fait aussi beaucoup applaudir
dans le rôle de Zacharie, qu'il a chanté de la façon la plus remarquable.
Parmi les ouvrages à l'étude, on cite particulièrement le Jugement île
Dieu, grand opéra inédit en cinq actes, dont le libretto est d'un auteur
marseillais déjà connu par de charmantes poésies et sur lequel M. Aug.
Morel, directeur du conservatoire de musique de cette ville, a écrit une
partition dont on dit à l'avance beaucoup de bien. On parle aussi d'un
opéra également inédit de M. Agnelli, compositeur italien, depuis long-
temps fixé à Marseille , lequel a écrit sur les Deux Avares une musi-
que de son crû.
,% Metz — Les représentations du Pardon de ploërmel sont toujours
très suivies.
t\ Strasbourg. — Les Dragons de Villars viennent de remporter une
véritable victoire. Peu d'ouvrages ont eu jusqu'ici le don de plaire autant
dans cette ville que la partition d'Aimé Maillart. Mlle I'oussèze a joué
et chanté à ravir le rôle de Rose Friquet; Mlle Bléau, MM. Ribes et
Bineau ont parfaitement secondé la charmante cantatrice. — A l'étude
StraJella, paroles françaises de M. Gustave Oppelt, musique de F. de
Flotow.
»% Rennes. — La seconde et la troisième représentation du Pardon de
Ploërmel ont surpassé la première. Les chœurs avaient plus d'ensemble ;
les artistes, débarrassés de l'émotion inséparable d'un premier début, étaient
plus sûrs d'eux-mêmes ; enfin l'orchestre a mérité les plus grands
éloges Le public a fait au Pardon de Ploërmel l'accueil le plus enthou-
siaste.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„,% Bruxelles, 5 janvier. — Une indisposition de M. Aujac a suspendu
pendant quelques jours les représentations du Pardon de Ploërmel qui
sera joué demain pour la cinquième fois. — Veuve Grapin , opéra-comique
de M. de Flotow, joué au théâtre du Parc, est un petit acte rempli de
fraîches mélodies auxquelles on reconnaît tout de suite la muse facile
et élégante de l'auteur de Martha. 11 n'y a que trois personnages dans
cette pièce, et le plus intéressant des trois, à coup sûr, est la sémillante
Mme Delvil, dont la voix est charmante.
„*„ Manheim. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté et a
obtenu un succès d'enthousiasme.
„,*„, Hanovre.— Mme Clara Schuman a donné un magnifique concert sous
la direction et avec le concours du célèbre violoniste Joachim, qui vient
de recevoir le titre de directeur de concerts. Le maître de chapelle
Scholz vient d'être appelé à la direction de l'académie de chant.
a** Dresde. — Le 17 décembre on a célébré au théâtre de la cour l'an-
niversaire de la naissance de Beethoven, et le lendemain, celui de la
naissance de Weber.
*** Leipzig. — Un jeune violoncelliste russe, M. Davidofl', de Moscou, a
débuté avec un succès des plus honorables au neuvième concert du
Gewindhaus; après l'exécution d'un concerto de sa composition,
M. Davidoff a été rappelé au milieu des plus chaleureuses acclamations.
Dans une soirée du Conservatoire de musique on a beaucoup applaudi
une transcription par Stephen Heller, de la mélodie de Mendelssohn, la
Vallée d'amour, pour piano. Un trio de Beethoven, des airs de Rossini et
de C. M. de Weber, ainsi qu'une polonaise de Chopin, ont rempli le reste
de la soirée.
^ Munich. — Une soirée donnée par le musicien de la cour, M. Mo-
ralt, a clos la première partie de la saison des concerts, pendant laquelle
nous avons entendu entre autres virtuoses, Mlle Moesner, l'éminente
harpiste. Parmi les autres concerts, nous signalerons le quatrième con-
cert d'abonnement dans la salle de l'Odéon, — le morceau capital était
un adagio funèbre de Mozart, qui est peu connu et qui passe pour une
des meilleures compositions du maitre ; — et les soirées de la Société
des oratorios, qui, sous la direction de M. de Perfall, a fait entendre des
œuvres de P. Bach, Ilaendel et Gluck.
t*4 Vienne. — L'opéra italien doit rouvrir au théâtre An der Wien et y
donner des représentations depuis la mi-mars jusqu'en juin. On annonce les
engagements suivants: prime-done, Mmes Lagrua, Borghi-.Mamo, Lafon,
Laborde et Beltramelli; ténors, Graziani , Miraglia et Cristiani ;
barytons, Giraldoni, Guicciardi et Varese ; basses, P.okytanski et la Terza.
On jouera : Parisina, l'oliuto, Fausta, la Favorita , PAjo nell'embarazzo,
Cosi fan tutte, la Cantatrice villane, etc. — Dans les premiers jours de l'an-
née qui vient de commencer, Ander doit faire sa rentrée par le rôle de
Stradella, dans l'opéra de M de Flotow. Vieuxtemps, qui a eu l'honneur
de se faire entendre à la cour, a eu, dans son troisième concert, un
succès d'enthousiasme. Le célèbre violoniste est parti pour Gratz.— Pour
l'anniversaire de la naissance de Beethoven, le théâtre de la cour a donné
Fidelio. Cette partition a été jouée pour la première fois à ce théâtre,le
23 mars 481Zu— Notre capitale va être dotée de deux théâtres nouveaux :
l'un, dont M. Treumann a obtenu le privilège, aura sa face sur le quai
François-Joseph. De plus, M. Pokorny se propose de bâtir le huitième
théâtre de Vienne, avec le concours d'un riche capitaliste.
„*„ Amsterdam, 4" janvier. — Au troisième concert de la Société
Félix Merilis, l'excellent chanteur Guglielmi a dit la romance d'Hoël,
du Pardon de Ploërmel, avec le succès que lui assure partout cette inspi-
ration magnifique.
t*t Stockholm. — Un opéra-comique en deux actes, Lully et Quinault,
musique de Berens, a beaucoup de succès. On a, du même compositeur,
Violelta, grand opéra, qui n'obtint dans le temps qu'un succès d'estime,
elle Songe d'une nuit a'été, qui fut plus favorablement accueilli.
*% Saint-Pétersbourg. — Don Giovanni a été représenté au bénéfice de
Marini. Le bénéficiaire et surtout Mlle Lagrua y ont obtenu un grand
succès. Cette célèbre cantatrice a été invitée par la grande-duchesse Hé-
lène à se faire entendre dans un concert chez elle.
*** Lisbonne, 27 décembre. — Après neuf représentations très-suivies
de Lucrezia Borgia, Mme Tedesco a repris la Favorite, avec Fraschini et
Bartolini. Le succès a été prodigieux ; déjà la salle est louée pour la
huitième représentation, et trois seulement ont été données jusqu'ici.
L'enthousiasme et l'admiration pour la grande cantatrice s'accroissent
d'année en année, quoique le public soit toujours le même. On répète
le Prophète, et bientôt Mme Tedesco chantera le rôle de Fidès. Le chef-
d'œuvre sera parfaitement monté, avec des artistes engagés tout exprès
et des décors neufs.
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
o La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par cite seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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Geraert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet-
tes, proverbe 2
— Faute d'un point, proverbe 2
— Les Si et les Mais, proverbe 2
— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2
— Une Aiguille dans une botte de foin 2
— Un OEuf pour un Bœuf, proverbe. 2
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MUSIQUE DE PI&NO
Favareer (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7
— Op. 12. Tarentelle 7
— Op. 13. Souvenir de Beethoven 7
— Op. 14. En Chasse, fantaisie 7
Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon 0
— Op. 11. Première grande valse 0
— Deuxième grande valse 7
— Deuxième mazurka G
— Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude .
de concert 9
— Op. 20. Rondo-polka 7
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oUUlLIllU position I8.'i9; Médaille de \" classe
Exposition universelle 1S55. Spécialité de pianos pour
l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo-
sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
os droits, cordes obliques, dont la réputation est jus-
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
modèle de piano droit, cordes obliques, grand format,
xtra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap-
port de la quantité et de la qualité du son. Magasin,
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toii e, à Paris.
A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
. alité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et4u obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
el la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
h A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
•ang du concours, sous le rapport du volume et de la
lualité du son. >
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
i" médaille d'or
Exposition nationale française de 1849.
DECORATION DE LA LÉGION D HONNEUR
Exposition de 1849-
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Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE HUSIC
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique et théâtre impérial Ita-
lien : M. Troy dans le Pardon de Plocrmel, et Mlle Marie Battu dans la Son-
nambula. — Mouret (2e article), par Arthur I»o«gin. — Biographie uni-
verselle des musiciens et bibliographie générale de la musique, par F. J. Fétis
père. — Revue critique : Concerto pour violoncelle, par P. Séligmann, par
Adolphe ffiotte. — Ouvrage divers relatifs à l'accompagnement du plain-
chant (2e article), par Adrien de ILa Fage. — Correspondance, Stras-
bourg. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE.
ET
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN.
- II. Troy dans le JPttrtlote Ue Ploëtrmel, et
Mlle Marie Battu dans la Sonnatnbulft .
Ce sont en quelque sorte deux débuts que nous plaçons sous la
même rubrique. Nous savons bien .que Troy, qui a déjà fait ses preu-
ves dans des ouvrages anciens et nouveaux, n'est plus ce qu'on ap-
pelle en langage de théâtre un débutant, mais à nos yeux il en repre-
nait la condition et le caractère, en se présentant tout à coup, sans
être attendu, à la place d'un chanteur aussi renommé que Faure,
en succédant à son maître dans un rôle que celui-ci venait de créer et
qui est certainement le plus beau fleuron de sa couronne. Que vou-
lez-vous ? Faure était souffrant depuis plus d'un mois, et avec lui, le
Pardon de Plocrmel restait éloigné de la scène. Or, en ce moment,
plus de Pardon, plus de recettes. Il a bien fallu que le jeune artiste
se dévouât, et, comme il arrive presque toujours, le dévouement n'a
pas tardé à recevoir sa récompense.
A en juger par son émotion extrême, Troy ne se dissimulait pas le
péril de sa tentative, et pourtant il en a glorieusement triomphé. Ses
terreurs ne l'ont pas empêché de chanter le rôle d'Hoél avec une voix
pleine, timbrée, agile, en digne élève de Ponchard, qui avait commencé
son éducation au Conservatoire, et de Faure qui l'y a terminée. Le
premier jour, il avait laissé quelque chose à désirer dans l'expres-
sion passionnée que demandent la romance et le duo du troisième acte,
mais le surlendemain, la confiance lui a rendu ses forces, et bientôt
il sera dans celte partie du chef-d'œuvre aussi complet que dans tout
le reste. Les espérances de la direction ont donc été justifiées : le pu-
blic est revenu en foule, et le Pardon de Plocrmel, qui en est à sa cin-
quante-neuvième représentation, n'a pas moins rempli la salle et la
caisse que dans les premiers temps. Il est vrai que Mme Cabel y
chante toujours le rôle de Dinorah d'une façon prodigieuse, et que
Sainte-Foy élève celui du cornemusier au niveau des créations les
plus originales et les plus comiques du répertoire.
Au théâtre Italien, c'est d'une vraie débutante qu'il s'agit. Fille du
second chef d'orchestre de l'Opéra, élève de Duprez, Mlle Marie Battu
n'avait encore paru que dans les concerts et sur le petit théâtre
construit par son maître daus la rue Turgot. Ces modestes essais
avaient suffi pour la faire connaître et désirer : on attendait beaucoup
d'elle et, hâtons-nous de le dire, on a trouvé beaucoup plus encore que
l'on n'attendait ; nous ne nous rappelons pas de début plus heureux,
sans excepter même celui de Julie Grisi, et Julie Grisi était Ita-
lienne ; elle avait déjà brillé au théâtre ; elle nous arrivait précédée
d'une certaine réputation.
Mlle Marie Battu est grande et svelte ; elle a une physionomie
expressive, comme sa voix ; elle est actrice de la tête aux pieds, et
son talent de cantatrice, elle ne le tient pas moins de la nature que
de l'art. Nous n'ôterons rien au mérite si éminent de son maître, en
disant qu'il y a dans la jeune artiste ce sentiment qui devance
les leçons, et les fait fructifier au centuple. Elevée dans une atmos-
phère musicale, elle a chanté comme on respire, et elle a eu cela de
commun avec les Malibran, les Viardot, les Caroline Duprez et quel-
ques autres privilégiées. De là, ce style parfait, ce bon goût, cette
hardiesse toujours contenue, et cette admirable faculté de colorer la
mélodie, de la nuancer avec la plus exquise délicatesse. Le rôled'Amina
convenait parfaitement à la manifestation d'un talent de cette espèce
rare. Jamais la tendresse virginale des inspirations si pures et si fines
que Bellini a répandues dans la Sonnambula, n'avait été mieux rendue ;
jamais il n'y avait eu d'accord plus intime entre l'ouvrage et l'in-
terprète. Aussi le succès a-t-il été grand, unanime. Toute la salle
applaudissait, rappelait, et, après la chute du rideau, voulait encore
revoir deux fois la jeune artiste.
Gardoni a bien légitimement partagé ce triomphe. Le meilleur des
encouragements c'est l'exemple, et il a chanté lui-même avec une ex-
pression charmante ce rôle d'Elvino, qui semble fait à sa taille. La
soirée a été belle pour lui comme pour Mlle Battu, belle aussi pour
le théâtre, où, nous n'en doutons pas, les vrais amateurs seront ravis
de retrouver un ouvrage tout simple, tout musical, et des chanteurs
qui chantent, sans autre intention que celle de plaire et de toucher.
P. S.
18
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
(2e article.) (1)
Le H août 1714, Mouret fit représenter à l'Opéra les Fêtes de
Thalie, ballet en quatre entrées, de Lafont. Voici ce que nous trou-
vons au sujet de cette pièce dans un recueil concernant les théâtres
de Paris : « C'est le premier opéra où l'on ait vu des femmes habillées
» à la françoise, et des confidentes du ton des soubrettes de la co-
» médie. Le public en fut d'abord allarmé ; cependant il y vint en
» foule, mais presque à contre-cœur. L'auteur dit qu'il se fit cons-
i) cience de divertir ainsi les gens malgré eux, c'est pourquoi il se
» dépêcha de faire lui-même la critique de son ouvrage, où il donna
» le mérite du succès à la musique et à la danse. Cet opéra eut
» quatre-vingts représentations (1). »
Le 9 octobre, en effet, la pièce reparut, divisée ainsi :
1er acte : La Fille.
2e acte : La Veuve.
3e acte : La Femme.
4e acte : La Critique des Fêtes de Thalie.
Elle fut reprise ensuite à différentes époques et avec de nouveaux
changements: d'abord, le 12 mars 1715; on remplaça alors l'acte
intitulé la Veuve par un autre qui portait le titre de ta Veuve co-
quette; puis, le 25 juin 1722 ; à la troisième reprise, qui eut lieu le
17 septembre de la même année, les auteurs y ajoutèrent un cinquième
acte qu'ils nommèrent la Provençale. Enfin, elle fut remise encore
quatre fois au répertoire sans nouvelles transformations, les 2 juin
1735, 29 juin 1745, 13 janvier 1746 et 24 septembre 1754. Le 9
janvier 1755, le troisième acte en fut représenté à Versailles, devant
le roi, sur le théâtre du château.
Au mois de mars 1716, Mouret donna à l'Académie royale les Fêtes
de l'été, opéra- ballet, paroles de La Grange et Roy. Le 6 avril 1717,
il y faisait paraître, avec les mêmes collaborateurs, Ariane, tragédie-
opéra en cinq actes et un prologue; Mlle Salle, la célèbre dan-
seuse, obtint dans cette pièce un éclatant succès. Le 26 janvier 1723,
il faisait représenter Piri/hous, roi des Lapithes, opéra aussi en cinq
actes et un prologue, dont La Serre avait fait les paroles. Les Amours
des dieux, ballet héroïque en quatre actes et un prologue, de Fuze-
lier, fut donné le 14 septembre 1727. Cet ouvrage, dont le succès fut
considérable, fut repris le 18 juin 1737, le 12 mai 1746, le 16 août et
le 8 novembre 1757, et le 6 avril 1768.
En 1728, Mouret acheta à Philidor (Anne), son privilège du con-
cert spirituel et s'associa avec Simart pour l'exploitation de cette en-
treprise, qu'il conserva six années. C'est pendant le temps de sa di-
rection qu'il y fit exécuter les motets Benedictus Domine, Cantate,
cantemus Domino, Quemadmodum , Regina Cœli lœtare et Ils-
quequà.
Le 5 juin 1732, il reparaissait à l'Opéra avec le Triomphe des sens,
ballet-opéra en cinq actes, paroles de Roy. Cet ouvrage était divisé
ainsi :
l"acte : Leucothoé, ou l'Odorat.
2" acte : Protésilas, ou le Toucher.
3° acte : L'Amour, ou la Vue.
4° acte : Les Sirènes, ou l'Ouïe.
5e acte : Trigonc, ou le Goût.
Il fut remis au théâtre le 17 mai 1740 et le 27 août 1751. Le 28
mars 1748, le troisième acte en fut représenté sur le théâtre des
petits appartements.
Enfin, le 5 mai 17:î5, Mouret donnait à l'Académie royale son der-
nier ouvrage, du moins le dernier qui y fut représenté de son vivant,
(1) Voir le n° 51 de l'année 1859.
(2) Maupin: Bibliothèque des rMMm.'Paris, 1783, in-8°.
puisque nous avons dit que Bagonde ne fut jouée qu'en 1742. Cet
ouvrage était un ballet héroïque en trois actes, de Roy, intitulé les
Grâces; le premier acte avait pour titre l'Ingénue ; le deuxième, la
Mélancolique ; le troisième, l'Enjouée. Il fut repris le 7 juillet 1744,
avec quelques modifications.
Outre les pièces que nous venons de mentionner, Mouret fit pour
la Comédie italienne, dont il était compositeur, un nombre considé-
rable de vaudevilles et divertissements. Plusieurs des airs qu'il com-
posa à cette époque pour le théâtre Italien, et qui ont donné nais-
sance à ce genre de morceaux très-courts , qu'on a baptisés du
nom de ponts-neufs, ont eu un grand succès, et ont joui longtemps
d'une renommée véritablement populaire ; nous citerons, entre autres,
les deux petits airs connus sous les noms de Cahin-caha et Dans ma
jeunesse. Un bon nombre de pièces de Pannard et de quelques-uns de
ses contemporains n'ont été soutenues que par les vaudevilles de
Mouret, qui fut réellement le créateur de ce genre de musique, où il
réussissait parfaitement. Parmi les pièces pour lesquelles il travaillait
à la Comédie italienne, on peut citer particulièrement l'Amante
capricieuse, de Joly (trois actes, 1726), YAmour maître de langue
(trois actes, 1718), le May (1) (un acte, 1719), M 'élu sine (trois actes,
1719) et la Rupture du Carnaval et de la Folie (un acte, 1719), toutes
quatre de Fuzelier; Arlequin Pluton, de Gueulette (trois actes, 1719),
Diane et Endymion, de Dominique et Riccoboni père (trois actes, 1721).
11 fit ainsi la musique d'environ cinquante pièces pour la Comédie.
Tous ces airs furent publiés et forment six cahiers assez volumineux,
portant ce titre -.Recueils des divertissements du nouveau théâtre Ita-
lien, dédiés à S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, régent du
royaume, par Mouret, musicien de la chambre du roy.
Mouret fit aussi plusieurs divertissements pour la Comédie-Fran-
çaise ; il écrivit même pour ce théâtre une œuvre assez importante,
Pan et Doris, pastorale héroïque, en un acte, qui fut représentée le
6 juillet 1729, dans une pièce de Daiguebert, intitulée les Trois spec-
tacles. Entre autres divertissements qu'il composa pour le même
théâtre, nous mentionnerons ceux de la Pupille, comédie en un acte,
de Fagan, représentée en 1734.
En cette année 1734, Mouret perdit la direction du Concert spiri-
tuel, qui relevait de l'Opéra, et que l'administration confia aux soins
de Rebel, voulant désormais le régir par elle-même. Précédemment, il
avait perdu l'intendance de la musique de Mme la duchesse du
Maine (2), et, en 1736, il se vit enlever aussi son emploi de composi-
teur à la Comédie italienne. Touché de la détresse dans laquelle le
plongeaient ces revers successifs, — il ne lui restait plus alors que sa
place de musicien de la chambre du roi, — le prince de Carignan
assura au pauvre Mouret une pension de 1,000 livres ; mais la raison
du malheureux artiste ne put résister au chagrin de se voir privé de
lapresque totalité de ses ressources, et aussi à la douleur qu'il éprouvait
de ne pouvoir, vu la position précaire dans laquelle il était tombé,
trouver à marier convenablement sa fille, son unique enfant, qu'il
chérissait plus que tout au monde. Il devint fou, et le dérangement
de son esprit se manifesta un soir, à une représentation de l'Opéra,
où il entendit chanter le fameux chœur Brisons ?ws fers, de Rameau.
On fut obligé de le transporter chez lui, où il ne cessa plus de chanter
(1) Qu'il ne faut pas confondre avec un ballet- pantomime de Marcouville, musi-
que de Desbrosscs, qui fut représente' au même théâtre le 18 mai 1751.
(2) Tous les biographes de Mouret s'accordent a dire qu'il perdit cet emploi seule-
ment à la mort du duc du Maine, laquelle arriva le 19 mai 1736. C'est la encore
une de ces erreurs de date que nous nous faisons un devoir de rectifier. Mouret
fut privé de cette place quatre ans au moins avant l'époque que fixent ses bio-
graphes. La preuve s'en trouve dans l'ouvrage de Titou du Tillet intitulé le
Pâmasse français, livre publié en 1732, et dans lequel on lit un quatrain, signé
Marchand, lecteur de S. A. S. Madame la duchesse du Maine et intendant de sa
musique.
DE PARIS.
19
ce morceau. Peu de jours après, on dut le conduire à Charenton, chez
les pères de la Charité, et il mourut dans leur établissement le 22 dé-
cembre 1738, dans la cinquante-septième année de son âge.
Mouret fut un compositeur, sinon d'une habileté extrême , du
moins d'une fécondité assez rare de son temps. A celles de ses œu-
vres que nous avons déjà mentionnées, il faut ajouter encore des
cantates, des cantatilles, plusieurs sonates pour deux flûtes ou vio-
lons, trois livres d'airs sérieux et à boire et des fanfares. Mouret ne
fut certainement point un musicien de premier ordre, mais ce fut du
moins un compositeur fort agréable et dont on pourrait, de nos jours
encore, entendre certains morceaux avec quelque plaisir. L'oreille et
le cœur n'ont pas toujours besoin des fortes sensations que procurent
la lecture ou l'audition des grands chefs-d'œuvre. Il faut d'ailleurs me-
surer le terrain où l'on se place et savoir établir la différence entre
les œuvres qui se sont fait jour dans l'enfance de l'art, et celles
qui sont écloses lorsque cet art en était arrivé à la plus grande ma-
nifestation de sa puissance et de son éclat. Si notre cœur se sent
profondément remuer à l'impression produite par ces œuvres gi-
gantesques et magistrales sorties dans toute leur splendeur du cerveau
de nos grands génies, ainsi que Minerve sortit tout armée de la tête
de Jupiter, il nous semble que l'imagination peut se reposer avec
une douce sérénité par la contemplation d'un de ces petits tableaux
naïfs et touchants, tels qu'en enfantent les talents simples et gracieux
qui, — sans le chercher et sans même s'en douter, — ouvrent la voie
aux grands maîtres de l'esprit humain. Or, pour exprimer nettement
notre pensée, il nous semble qu'après la lecture d'un des chefs-d'œu-
vre tragiques de Racine ou l'audition d'une des admirables partitions
de Mozart, on pourrait sans ennui jeter les yeux sur une des naïves
petites pièces de Joachim du Bellay ou écouter une des romances si
simples et si gracieuses de Mouret.
Arthur POL'GIN.
(La suite prochainement.)
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
ET
BIBLIOGRAPHIE «ÉXÉKA1,E DE E.A MUSIQUE.
Par F. J. FÉTIS père.
En attendant que nous puissions rendre un compte détaillé du
premier volume de cet important ouvrage, dont l'étude est si atta-
chante pour nous, nous croyons devoir en mettre le prospectus sous
les yeux de nos lecteurs.
Le succès universel du livre dont nous publions aujourd'hui la
deuxième édition pourrait nous dispenser de le recommander à l'atten-
tion du public et de faire son éloge; car il n'est pas d'artiste, pas d'a-
mateur, qui n'en connaisse la valeur, au moins par sa renommée. Mais
nous avons à rendre compte de ce qui distingue cette nouvelle édition
de la première, et à mentionner sommairement les additions immenses
ainsi que les améliorations importantes que l'auteur a faites ù son ou-
vrage, par des travaux persévérants de vingt-cinq années.
Pendant un quart de siècle qui s'est écoulé depuis la publication du
premier volume de la première édition de la Biographie universelle des
Musiciens, une multitude de compositeurs, d'instrumentistes, de chan-
teurs, de théoriciens, d'historiens de la musique, de critiques, d'inven-
teurs de méthodes pour l'enseignement, et de fabricants d'instruments
de tous genres, sont apparus dans le monde musical avec plus ou moins
d'éclat, et y ont exercé des influences très-diverses. Quel que soit l'in-
térêt qui s'attache à leur nom, cet intérêt rejaillira sans aucun doute
sur notre livre, dans lequel pour la première fois les faits relatifs à
leur existence sont signalés, et dans lequel en outre le lecteur sera cer-
tain de trouver cette juste et impartiale appréciation du mérite des ar-
tistes, en môme temps que de la valeur des œuvres, appréciation qui a
mis depuis longtemps M. Fétis hors de toute comparaison dans sa spé-
cialité. Dire ce qu'il a fallu de patience, de persévérance et de soins
pour recueillir des renseignements exacts sur une si grande quantité de
personnes nées dans toute l'étendue du monde civilisé, ne serait pas
possible; cependant ce grand travail n'est rien, si on le compare à la
nécessité de lire tant d'œuvres de musique, tant de livres, de brochures,
d'en pénétrer la signification, de sonder la portée des théories nouvel-
les, de vérifier les aperçus ainsi que les assertions de l'histoire de l'art
et de la science. Il suffit de parcourir, même rapidement, la Biographie
universelle des Musiciens, pour acquérir la conviction que son auteur s'est
acquitté de cette tâche avec une conscience qui n'est presque plus de
notre temps.
Il n'a pas mis moins de zèle, de dévouement, d'exactitude, à perfec-
tionner la partie de son travail qui appartient à la première édition de
la Biographie des Musiciens. La nomenclature des articles qui ont précédé
l'époque actuelle s'est immédiatement accrue ; d'anciens articles de peu
d'étendue ont pris des proportions considérables par l'importance des dé-
couvertes. Toutes les grandes bibliothèques de l'Europe ont été explorées
par l'auteur dans ses voyages. Lui-même possède la collection d'ouvra-
ges de musique la plus considérable qui ait jamais été rassemblée: ces
ressources ont fourni les moyens de rectifier une multitude de faits et
de dates. Les améliorations de cette espèce sont innombrables dans
notre édition.
Il est une partie du livre qui mérite une attention particulière de la
part des artistes et des amateurs d'élite : elle concerne les créateurs de
l'harmonie et les premiers siècles où l'art moderne s'est formé et déve-
loppé. On sait comme le goût des produits de la musique de ces temps
reculés s'est répandu depuis que M. Fétis a fixé sur eux l'attention pu-
blique, par les succès d'enthousiasme de ses Concerts historiques. Au-
jourd'hui, les moindres débris de cet art primitif et naïf sont recherchés
avec passion et se paient des prix fabuleux. Des hommes qui en ont été
les auteurs, il ne restait guère que les noms : M. Fétis a pensé, qu'a-
près avoir sauvé leurs œuvres de l'oubli, il devait s'occuper de leur
personne ; il n'a pas reculé devant l'entreprise difficile de retrouver leur
histoire dans la poussière des archives et dans la discussion approfondie
des moindres circonstances mentionnées par les écrivains contempo-
rains. Nous ne craignons pas d'affirmer que les résultats de cette partie
de son immense travail renferment un trésor d'érudition et de sagacité.
Nous croyons devoir terminer ces considérations par une remarque
qui nous paraît avoir beaucoup d'importance : elle concerne le mérite
de la forme.
La Biographie universelle des Musiciens a été précédée par des publica-
tions d'ouvrages du même genre, en Allemagne, en Italie, en Angleterre
et même en France ; mais, laissant à part les immenses lacunes qui s'y
trouvent, les inexactitudes multipliées et l'absence du savoir nécessaire
chez leurs auteurs, si l'on ne s'attache qu'à la forme et au style, on recon-
naît au premier coup d'oeil qu'aucun de ces ouvrages n'est lisible. Il
n'en est point ainsi du livre de M. Fétis, car le mérite de l'écrivain y
égale celui du savant et de l'artiste. Des notices telles que celles de
J. S. Bach, Boïeldieu, Boccherini, Beethoven, Cherubini, Dussek, Grétry,
Gluck, Haendel, Haydn , Lully, Meyerbeer, Mozart, Rameau, Rossini,
Viotti et cent autres, offrent à la fois l'intérêt du sujet et le charme d'un
style élégant et facile. Certes, ce n'est pas un médiocre sujet d'étonne-
ment que de trouver cet agrément de la forme dans un travail colossal,
entrepris et conduit jusqu'à la fin par un seul homme, nonobstant les
difficultés qui auraient pu jeter plusieurs érudits dans le décourage-
ment.
En considérant la Biographie universelle des Musiciens dans la nouvelle
édition que nous publions, M. Fétis peut se dire, sans être accusé d'or-
gueil : Exegi monumentum.
REVUE CRITIQUE.
Concerto pour violoncelle, par P. Seligmanu.
Pour écrire un beau concerto, que faut-il ? Bien des choses assu-
rément. Pour n'en citer que quelques-unes, il faut, ce nous semble,
s'efforcer d'oublier les formes grêles de la fantaisie, les ornements
superflus dont on a pris malheureusement l'habitude de la charger ;
mais il faut aussi prendre garde à la froideur et à la monotonie dont
s'empreint d'ordinaire une pensée jetée dans un moule convenu.
Les grands solistes qui écrivirent des concertos pour leur instrument
tentèrent plus d'une fois de modifier ce moule ; Seligmann a trouvé
le moyen de satisfaire, à la fois, les esprits sérieux qui exigent de
l'unité, de la correction, et les virtuoses qui recherchent l'occasion
de faire admirer l'habileté matérielle de leur exécution.
Le tutti du premier allegro moderato a beaucoup d'éclat et de fran-
chise. Le solo débute par de vigoureux arpèges soutenus de riches
20
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
accords qui préparent, non sans une certaine solennité, le premier
motif.
Ce chant, en doubles cordes, accompagné par des pizzicati, exprime
une douce mélancolie. Le genre chromatique y domine. Le violoncelle
fait entendre là cette voix élégiaque, gémissante qu'on aime tant en
lui et que l'auteur sait si bien faire vibrer. Ce premier morceau n'est
pas coupé, selon l'usage, par des tutti; il se compose d'un unique solo.
Les mélodies modulent de la tonique à la dominante ; elles sont sépa-
rées par des traits d'un grand effet, d'une grande distinction et se
terminent par une péroraison chaleureuse, où le staccato, la gamme
chromatique, l'octave brillante, si difficile sur les instruments à cordes
par la justesse qu'elle demande, sont rassemblés en foule pour mettre
en relief le mérite de l'exécutant.
On retrouve habituellement dans les ouvrages des solistes les
formes qu'ils affectionnent le plus particulièrement, les traits qu'ils
exécutent le mieux. Si l'un a plus d'agilité de doigts que de force et
d'émotion, si son talent est plus papillonnant, plus léger qu'expressif
et chaleureux, on est sûr de trouver dans sa musique de jolis petits
motifs musqués, de petits allegretto pleins de gammes, d'arpèges, de
trilles, etc. ; si l'autre, au contraire, brille par la sensibilité, s'il a de
l'âme, s'il est émouvant, pathétique, passionné, on est assuré que le
largo,\'agitato,\'appassionato domineront dans ses compositions. Aussi
nous rappelant avec quelle supériorité, avec quelle éloquence l'auteur
disait les canlabile, les andante, avons-nous été surpris de ne trouver
qu'une romance, délicieuse il est vrai, mais nullement développée, où
nous attendions un bel adagio, une de ces larges mélodies qui vont si
bien au violoncelle. Toutefois, malgré sa concision, trop grande peut-
être dans un concerto, elle n'en est pas moins remarquable par la ten-
dresse, par la douceur de ses accents et par la jolie harmonie, les
élégants dessins des parties accompagnantes qui en rehaussent singu-
lièrement l'incontestable valeur. Le rondo est très-original ; les idées
y sont abondantes ; mais nous louerons bien plutôt ici l'imagination
du compositeur que l'art qu'il a montré dans la disposition de ce iinalc.
La fougue, le caprice éclatent dans ces dernières pages ; les beaux
chants succèdent aux beaux traits, l'énergie à la coquette légèreté.
L'orchestre n'abdique plus son importance, comme dans le premier
morceau ; il a des tutti d'un travail excellent qui laissent respirer le
soliste, des modulations charmantes.
En résumé, malgré quelques taches légères, malgré une harmonie
parfois un peu cherchée, ce nouveau concerto atteste que Seligmann,
violoncelliste des plus sympathiques et des plus aimés, est aussi un
véritable musicien, un artiste sérieux qui, non content des beaux succès
que lui valurent toujours son beau talent d'instrumentiste, a su cons-
ciencieusement demander à l'étude les moyens d'écrire purement et
de donner à ses inspirations le mérite indispensable et inappréciable
d'un bon style.
Adolphe BOTTE.
OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DD PLAIN-CHANT.
(28 article) (1).
llclliotle simple et facile pour apprendre a accom-
pagner le plalii-cliant avec orgue à clavier traiis-
positcuir,
Écrite eu musique et en plain-chant ,
Pai> ALEXANDRE BRUNEATJ,
Organiste de la métropole de Bourges.
Voici un livre qui semble s'adresser à des élèves peu avancés
encore, et qui même pourraient faire usage de l'ouvrage sans savoir
(1) Voir le n" 50 do l'année 1S59.
la musique ; il leur suffirait à la rigueur de connaître le plain-chant.
L'auteur applique , comme on le voit , son enseignement à l'orgue
transpositeur, qui est en effet plus commode pour les commençants,
car ils trouvent plus facile dé jouer dans des tons simples auxquels
ils sont habitués, et se plaisent à laisser les modes du plain-chant
dans leur position accoutumée sur l'échelle générale.
Après quelques avis préliminaires sur la connaissance du clavier ,
sur le doigter, la soufflerie, les jeux, et sur la manière de gouverner
le mécanisme transpositeur, M. Bruneau donne des exercices élémen-
taires pour la position des doigts, pour exercer les mains d'abord sé-
parément, puis ensemble, pour plaquer ses accords. Il entre ensuite
plus directement dans l'objet spécial qu'il se propose d'enseigner.
Voici en quoi consiste le système d'accompagnement de M. Bruneau :
Il place le plain-chant à la basse, joué et doublé au besoin par la
main gauche ; puis supposant qu'il peut être toujours rapporté à nos
deux gammes majeure et mineure, il donne pour l'une et l'autre la
formule d'accompagnement connue sous le nom de règle de l'octave.
Et je me permettrai de lui faire à cet égard un reproche assez grave -
c'est de n'avoir pas choisi la formule la plus pure, la plus correcte et
la plus ancienne dans laquelle on ne dièse jamais le fa en montant
du la au si, ce qui évite un passage chromatique tout à fait déplacé
dans l'application de cette formule aux modes du plain-chant. Il est
aussi fort étonnant que M. Bruneau n'ait donné la formule que dans
sa première position ; les deux autres étaient tout aussi susceptibles
d'être employées.
La règle de l'octave étant donnée d'abord dans notre mode ma-
jeur, l'auteur en fait l'application aux troisième, cinquième, sixième,
septième et huitième modes du plain-chant. Tous ceux qui ont l'ha-
bitude de l'ancien style ne pourront approuver complètement une
telle application qui peut en plusieurs occasions dénaturer la cons-
titution du mode. A la vérité M. Bruneau cherche à y remédier en
marquant des exceptions, notamment pour la conclusion ou les repos
du troisième mode en mi qu'il accompagne, comme on le fait d'or-
dinaire, par l'accord parfait majeur ; mais je crois qu'il a tort de dire
que cet accord doit toujours être employé non seulement dans ce
mode, mais dans les cinquième, septième et huitième, quand il se
présente un repos sur le mi. La manière dont il amène cet accord
est également blâmable; pour qu'il produise bon effet et qu'il s'iden-
tifie avec la tonalité du plain-chant, il faut, si la note qui précède
le mi est un fa, que celle-ci porte l'accord de sixte, et si c'est un
ré, qu'elle ait l'accord parfait.
M. Bruneau donne ensuite la règle de l'octave de notre mode mi-
neur pour en faire l'application aux premier, deuxième et quatrième
modes du plain-chant. A mon avis, il tombe ici dans une erreur plus
grave encore que celle que je lui reprochais à propos du mode ma-
jeur, puisqu'il donne une échelle dont le second tétracorde ne sau-
rait en aucun cas être applicable au plain-chant, celle où la sixte est
mineure et suivie de la septième majeure, tant en montant qu'en
descendant, formule que répudie de la manière la plus absolue
l'ancienne tonalité, dans laquelle les intervalles diminués ou augmen-
tés n'ont jamais été admis. On comprend d'après cela que les incon-
vénients que je signalais pour l'application au plain-chant de l'har-
monie de notre mode majeur sont encore plus sensibles pour celle de
notre mode mineur.
L'auteur continue par des règles générales qu'il eût peut-être été
bon d'étendre davantage, et il termine par des exemples de la psal-
modie des huit modes harmonisée. Je m'étonne qu'il ait ici placé le
chant à la basse, ce qui est peu avantageux dans ce genre, et amène
même de mauvais effets.
D'après ce qui vient d'être dit, on peut reconnaître que le système
d'accompagnement adopté par M. Bruneau n'est au fond autre chose
que l'application de notre harmonie plaquée aux modes du plain-chant ;
or, ceux-ci ne se modifiant pas, il faut que l'harmonie plie, et quel-
DE PARIS.
quefois se compromette pour aider et soutenir cet allié exigeant
qu'elle réchauffe cependant, et qu'elle ravive en le couvrant de son
riche manteau ; mais parfois, il s'agite sous cette généreuse protection,
et il montre maladroitement des membres décrépits et décharnés
que l'on aurait voulu ne point apercevoir.
Ceux qui trouvent de grands inconvénients à cette union des deux
styles adresseront à M. Bruneau des reproches, sur lesquels force lui
sera de passer condamnation. Toutefois, les hommes sans préjugés
trouveront que pour ceux qui doivent faire usage de son livre, et pour
ceux qui doivent entendre le plain-chant accompagné d'après ses
principes, le parti par lui pris est cent fois préférable à certains sys-
tèmes extravagants proposés en ces dernières années, et qui, s'ils
eussent été adoptés, auraient définitivement abouti à dégoûter les mu-
siciens du plain-chant et les plains-chantisles de la musique.
Adrien de LA FAGE.
(La suite prochainement.)
CORRESPONDANCE.
Strasbourg, 22 décembre.
Dimanche dernier, la jolie petite église de Saint-Pierre-le-Jeune s'est
trouvée réellement trop petite pour donner accès à tous les fidèles qui
assiégeaient son enceinte. On s'entretenait beaucoup depuis quelque
temps, et dans les termes les plus élogieux, d'une messe à laquelle
M. Schwab avait donné tous les soins que l'importance du sujet récla-
mait; on savait aussi que c'était pour Noël et à Saint - Pierre -le-
Jeune que cette messe devait être exécutée par l'élite de nos solistes, et
avec le concours de la société de chant l'Union musicale.
Pour tous ceux qui ont écouté avec attention l'œuvre de M. Schwab,
il y a eu succès complet. Il est difficile de posséder mieux que lui la
facture chorale, de mieux grouper et fondre les jvoix, d'en mieux assor-
tir les timbres en conservant à, la mélodie un caractère religieux, tou-
jours calme sans pesanteur et majestueux sans emphase. Ne pouvant
citer tous les morceaux de cette messe nouvelle , nous dirons qu'il se
trouve dansle Gloria sur ces paroles : Qui tollis peccata mundi, un quatuor
marqué au cachet d'une inspiration pleine de charme. Une fugue très-
bien faite amène la conclusion de ce morceau, et ensuite l'une des plus
belles pages de la partition, c'est le Credo. Pour le quatuor : Et incarna-
lus est, l'auteur a trouvé des effets ravissants, et il y a déployé une re-
marquable richesse d'harmonie. Sous ce dernier rapport, ;le morceau le
mieux fait, c'est le Sanctus. Le Benedictus et VAgnus Dei font aussi beau-
coup d'honneur à M. Schwab, qui d'ailleurs ne pouvait rencontrer de
meilleurs interprètes que Mlles Barthel et Frison, MM. Schutzenber
ger et Porst. L'orgue d'accompagnement était tenu par l'excellent orga-
niste de Saint-Pierre, M. Meyer, qui cultive son art avec amour, mais
sans faste et sans ambition.
NOUVELLES.
„,*„ Au théâtre impérial de l'Opéra, la représentation des Huguenots
donnée dimanche dernier a été belle et brillante.
,% Demain lundi, Mlle Brunet, qui a fait ses premiers pas au théâtre
Lyrique et qui chantait dernièrement à Marseille, débutera dans le
même ouvrage.
*% Le Pardon de Ploërmel n'obtient pas moins de succès à l'étranger
et en province qu'à Paris. Cette semaine encore, pendant que les
brillantes représentations du chef-d'œuvre continuaient à Bruxelles,
Metz, Rennes, Stuttgard, Manheim, etc., on le jouait pour la première
fois à Gand, aux applaudissements unanimes d'un nombreux public.
*** Dimanche dernier, une très-brillante représentation des Puritains
a été donnée. Giuglini, qui fait aujourd'hui ses adieux au public parisien
dans le Trovalore, a reçu un accueil dans lequel les félicitations se
mêlaient aux regrets. Rarement la voix du célèbre ténor avait été plus
sympathique. Graziani et Mme Penco ne méritaient pas moins les ap-
plaudissements qu'on leur a prodigués.
*** Roger vient de donner au Havre deux représentations, dans les-
quelles il a joué les rôles d'Edgar, de Lucie, et de Georges, de la Dame,
blanche. A la suite de la seconde, les artistes du théâtre lui ont fait hom-
mage d'une couronn'e composée de feuilles de chêne entremêlées d'épis
d'or. Sur un ruban se déroulait, en lettres d'or, l'inscription suivante :
« A M. Boger, les artistes du théâtre du Havre, 9 janvier 1 860. »
*% A son retour du Havre, le célèbre artiste a définitivement con-
clu son engagement avec le théâtre Italien. C'est le 2 février prochain
qu'il y doit paraître dans Lucie, et Mlle Marie Battu ferait son second
début dans cet ouvrage.
»% C'est samedi prochain que l'ouvrage de MM. Crémieux et Caspers,
Ma tante dort, doit être représenté au théâtre Lyrique. Voici quelle est
la distribution de cet opéra, sur lequel l'administration fonde de grandes
espérances : Mme Tjgalde, Mlle Durand (un début) et Mlle Vadé; MM.
Meillet et Legrand.
*% La Heine Topaze a reparu avec Mme Carvalho dans le rôle prin-
cipal ; l'ouvrage et la cantatrice ont retrouvé leur ancien succès.
»% Dimanche dernier, Mlle Marimon a rempli dans les Noces de Figaro
le rôle de Chérubin, créé d'une manière si brillante par Mme Carvalho,
que la jeune artiste a eu le bon esprit de prendre en tout pour mo-
dèle.
*** Dans le budget de 1860, le chapitre des subventions aux théâtres
impériaux et au Conservatoire de musique figure pour 1 ,705,000 fr. ; celui
des indemnités ou secours à des artistes, auteurs dramatiques, composi-
teurs et à leurs veuves, pour 437,700 fr. ; celui des encouragements et
souscriptions dépasse 200,000 fr.
»% L'annexion de la banlieue vient de créer aux directeurs des
théâtres des communes annexées une situation nouvelle. Cette situa-
tion a été examinée par la commission créée au ministère d'Etat pour
l'examen des questions concernant les théâtres. La commission a décidé
que les choses resteraient en l'état jusqu'à l'expiration des privilèges,
qui ont encore quatre ans de durée. A cette époque, on prendra pro-
hablement des mesures administratives propres à sauvegarder tous les
intérêts. En attendant les théâtres de la banlieue bénéficieront des pri-
vilèges qu'ils ont en ce moment d'emprunter les pièces de leur réper-
toire aux théâtres de Paris et de faire jouer sur leur scène des pièces
inédites.
*% Richard Wagner donnera, le mercredi 25 janvier, au théâtre Ita-
lien, un grand concert, dans lequel il fera entendre divers fragments de
ses ouvrages, entreautres de Tannhauser et Lohengrin.
,% M. Empis, ex-directeur du Théâtre-Français et membre de l'Aca-
démie française, vient d'être promu au grade de commandeur dans l'ordre
de la Légion d'honneur.
*** S. M. le roi de Bavière a chargé les autorités compétentes de
rechercher, parmi les jeunes musiciens du pays, ceux qui offriraient
de sérieuses espérances d'avenir, et de les signaler à la protection spé-
ciale du gouvernement.
»*„ Nous avons assisté dernièrement, chez M. Jules Béer, neveu de
l'illustre Meyerbeer, à une charmante soirée musicale, où des œuvres
de Mozart et Léon Kreutzer ont été fort bien exécutées. On sait que
M. Jules Béer est compositeur lui-même et s'est fait connaître par un
opéra de salon, qui avait M. Lefort et Mme Sabatier pour interprètes ;
mais il ne s'en tiendra pas là, et sans aucun doute il abordera bientôt
nos scènes lyriques. On assure que M. Michel Carré travaille pour lui.
*% Mercredi dernier, dans l'une des séances qui ont lieu chez M. Gouffé,
M. J. Bellon a fait entendre un trio de sa composition, spécialement écrit
pour alto, violoncelle et contre-basse,et exécuté d'une manière supérieure
par MM. Casimir Ney, Lebouc et de Bailly , jeune élève de M. Gouffé.
M. Bellon, qui n'a pas épargné les difficultés dans son œuvre, en avait
fait une large part à l'alto et au violoncelle, qui sous les doigts et l'ar-
chet d'artistes d'élite, les ont surmontées sans peine. Mais ce qui a le
plus étonné, c'est l'exécution tout à fait remarquable du jeune Bailly,
qui a prouvé que la contre-basse pouvait tenir honorablement sa place
à côté des deux autres instruments. Comme professeur, M. Gouffé a reçu
la plus digne récompense de ses soins dans le succès de son élève et
dans les félicitations qui lui arrivaient de toutes parts.
„% M. Edouard de Hartog est de retour à Paris ; l'écrin musical du
jeune compositeur s'est enrichi de plusieurs ouvrages importants, qu'il
compte nous faire entendre prochainement : il doit se rendre à Bruxel-
les où l'on exécutera son ouverture de Macbeth, au troisième concert
du Conservatoire, et à son retour il donnera' une audition de ses der-
nières œuvres.
*** Mardi 24 janvier, aura lieu, dans les salons de Pleyel-Wolff et Ce,
l'audition des nouvelles œuvres de M. Magnus. Outre les compositions
du bénéficiaire, parmi lesquelles on a remarqué un grand caprice sur les
Huguenots, on entendra dans cette soirée M. Marochetti, qui chantera
l'air du Chasseur, du Pardon de Ploërmel.
„*„ MM. Alard et Franchomme commenceront leurs séances de musique
22
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
de chambre aujourd'hui dimanche dans la salle Pleyel-Wolff et Ce, et
continueront de quinzaine en quinzaine.
„,*, Mlle Albertine Zadrobilek, jeune pianiste de Prague, d'un très-
grand talent, vient d'arriver â Paris, où elle se fera probablement en-
tendre en public.
»** M. Fiorentino et M. Hippolyte Lefebvre, qui a traduit en français
Diane de Solange, et écrit l'opéra en cinq actes Rodrigue de Tolède, dont
Litolff a composé la musique, viennent de recevoir la décoration de l'or-
dre de la Maison Ernestine de S. A. R. le grand-duc de Saxe-Cobourg et
Gotha.
**„. Dimanche prochain 22, à l'occasion de la fête de sainte Agnès,
une seconde exécution de la nouvelle messe de M. Benoist aura lieu à
Saint-Eustache, a dix heures précises, sous la direction de M. Hurand,
maître de chapelle de cette église; les soli seront chantés par MM. Périé
et Guyot.
„*» La seconde séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et
Sabattier aura lieu jeudi, 19 janvier, à deux heures dans les salons
Pleyel. On y entendra le quatuor en si bémol, n° 130, et le quatuor en
mi mineur, n" 3, de Beethoven, un andante en si bémol de Haydn, et
un air varié de Haendel, exécuté par Mme Tardieu de Malleville.
t% Litolff, à peine revenu d'Allemagne, est reparti pour la Belgique
où il fera entendre ses nouvelles compositions pour piano.
„*» Le célèbre chef d'orchestre et compositeur Jullien se propose de
donner au cirque des Champs-Elysées une série de grands concerts qui
commenceront au mois de mars et dans lesquels il fera entendre des
fragments de plusieurs oratorios, Elie, le Messie, la Création, Paulus, etc.
„% Emile Prudent vient de quitter Paris pour donner une série de
concerts dans les départements. Il se fera entendre sur l'un des magni-
fiques pianos de la maison Herz.
„,*, Albert Sowinski est de retour à Paris. Les journaux de Bor-
deaux et d'Angoulème, où l'excellent pianiste s'est fait entendre, font
grand éloge de son beau talent et de ses nouvelles compositions pour cet
instrument.
„,*,, Dans sa séance de samedi dernier 7 janvier, l'Académie des beaux-
arts a procédé au renouvellement de son bureau pour 1860. M. Gilbert
a passé à la présidence, M. Reber a été élu vice-président.
»% La première des soirées de musique de chambre de MM. Armin-
gaud, Jacquard, Lalo et Lapret aura lieu mercredi prochain dans les sa-
lons Pleyel, avec le concours de madame Massart. En voici le programme :
1° quatuor (en mi bémol) pour piano, violon, alto et vi'oloncelle, de
Mozart; 2° 35e quatuor (en fa mineur) pour instruments à cordes, de
Haydn; 3° sonate (en soi majeur), op. 30, pour piano et violon, exécutée
par Mme Massart et M. Armingaud, de Beethoven; 6° quintette (en si
bémol), op. 87, pour deux violons, deux altos et violoncelle, de F. Men-
delssohn.
*** Le Dalibor , journal de musique paraissant à Prague, annonce
qu'une dame habitant cette capitale possède un violoncelle de Guarnérius
dont l'authenticité aurait été reconnue par Spohr, Romberg et Servais.
D'après des évaluations tant soit peu exagérées, ce nous semble, cet
instrument est estimé à 20,000 florins.
,,*» Le programme de la première séance donnée dimanche par la
Société des concerts était ainsi composé : 1° symphonie en la mineur, de
Mendelssohn ; 2" motet, de S. Bach (double chœur) ; 3° concerto d'Haydn,
exécuté par Norblin; à" Près du fleuve étranger, par Gounod, traduction
du psaume Super /lamina; 5° Lauda Sion, duo, de Cherubini, chanté par
Mme Ribaultet MlleRey; 6° symphonie en ut majeur, de Beethoven. Le
morceau composé par Gounod, et qu'on avait déjà entendu dans les
séances solennelles de l'Orphéon, a produit une vive sensation sur l'au-
ditoire.
»** C'est le '18 de ce mois que le concert du jeune et déjà célèbre pia-
niste Henri Ketten aura lieu dans la salle Herz. Le 5e concerto de Bee-
thoven, la Fileuse, de Litolff, et les Mélodies hongroises, de Liszt, y seront
exécutés par cet artiste de onze ans.
„*, Jacques Baur, l'excellent pianiste, donnera son premier concert le
25 courant. Il y fera entendre, entre autres morceaux remarquables,
l'Illustration du Prophète, de Liszt (hymne, prière, marche du sacre).
t*t M. Lefèbure-Wély, le célèbre organiste, s'occupe activement d'un
opéra en trois actes dont le poëme est de M. Amédée de Jallais, et qui à
pour titre, tes Paysans de Nivelle. Les fragments que nous avons enten-
dus nous font espérer que nous pourrons bientôt applaudir le talent mul-
tiple de M. Lefèbure-Wély.
;*, La partition du Pardon de Ploërmel, arrangée pour le piano à quatre
mains, vient de paraître.
**» M. P. Martin, de Toulouse, rivalise depuis longtemps avec les
principaux facteurs de pianos de Paris. Les soins qu'il apporte constam-
ment à la fabrication viennent de recevoir une juste récompense. Le
jury de l'exposition de la Société philharmonique de Bordeaux a
décerné à M. P. Martin une médaille d'argent de première classe,
pour les innovations qu'il a apportées dans la fabrication de ses instru-
ments.
t*s En rendant compte dans notre dernier numéro du concert donné
par les trois artistes lilliputiens, c'est à tort que nous avons nommé
Mlle Chéreau; c'est Mlle Delphine Champon qui a tenu l'orgue-Alexandre
dans cette soirée. — Mardi dernier la jeune organiste faisait entendre,
dans la salle Herz, une délicieuse fantaisie de Lefèbure Wely sur YElisire
d'amore, applaudie, de la façon la plus sympathique, à trois reprises
différentes. Mlle Champon a été rappelée par la salle tout entière.
*** Dimanche, 22 janvier, à deux heures, aura lieu, dans les salons de
Pleyel. l'audition des compositions nouvelles pour le piano de M.E. Kette-
rer. — Le programme se compose du grand duo de concert sur le Par-
don de Ploërmel, composé par le bénéficiaire et Ad. Herman, et exécuté
par les auteurs ; puis M.^Ketterer fera entendre, pour la première fois,
le Réveil des sylphes, Aubade espagnole, Chanson de etiasse', un grand ca-
price de concert, et plusieurs autres morceaux. — Dans la même séance,
Mme Altès Ribault, M. Jourdan et plusieurs autres artistes chanteront les
nouvelles productions de M. Alfred Mutel.
t% Les morceaux séparés de l'album Litolff paraîtront dans le courant
de cette semaine ; nous prédisons un succès immense à ces trois nou-
velles productions du célèbre pianiste - compositeur : la Chanson du
Rouet, Rosée de mai et les Octaves seront dans quelques jours dans tous
les salons où l'on aime la bonne musique.
„% Mme Gaveaux-Sabatier, MM. Jules Lefort et Castel viennent de
donner à Tours, Blois ^t Saumur une série de concerts très-brillants.
Au nombre des morceaux exécutés par ces artistes, nous devons signa-
ler un opéra de salon parfaitement interprété, dont les paroles sont de
Mlle Jenny Sabatier et la musique de M. Edmond Hocmelle, qui accom-
pagnait lui-même son ouvrage et qui s'est fait entendre avec beaucoup
de succès sur l'orgue-mélodium-Alexandre.
„** L'éditeur de musique de Vienne, M. Cari Haslinger, a reçu la croix
en or pour le mérite.
»% S. Exe. le ministre d'État vient d'honorer de sa souscription l'His-
toire du Conservatoire impérial de musique, dont l'auteur est M. Lassa -
bathie.
t% Les concerts du Casino continuent à attirer la foule. Jeudi dernier
l'excellent orchestre sous la direction d'Arban, a exécuté un grand di-
vertissement de M. Amédée de Roubin. L'effet produit a été très- bon et
nous a fait bien augurer du succès qui attend cette composition origi-
nale, destinée par son auteur au théâtre des Arts, de Rouen. La grande
fantaisie d'Arban sur les motifs du Pardon de Ploërmel est écoutée tous
les soirs avec l'attention la plus profonde, et soulève à chaque nouvelle
audition des applaudissements plus enthousiastes.
x*t Un violoniste et compositeur d'un caractère un peu excentrique,
II. Turhri, est mort le 28 décembre dernier, à l'âge de soixante-quatre
ans. Il avait été attaché à la chapelle de Charles X, répétiteur d'une
classe d'harmonie au Conservatoire, violon-solo au théâtre de la Porte-
Saint-Martin. Il avait aussi fait exécuter plusieurs symphonies et il laisse
un opéra, la Jérusalem délivrée, qui n'a jamais été représenté.
»% On annonce la mort récente du ténor jadis célèbre Franz Wild,
décédé le 1°r janvier à Vienne; de Henri Enke, compositeur, mort à
Leipzig; de l'éditeur de musique G. A. Zumsteeg, fils du célèbre com-
positeur, et de l'acteur George Gliémann, attaché depuis 1836 au théâtre
grand-ducal de Schvverin , en dernier lieu, régisseur de l'opéra à ce
théâtre.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*t Rennes.— Le premier concert de la Société musicale vient d'avoir
lieu avec beaucoup d'éclat. Nous citerons parmi les morceaux qui ont
produit le plus grand effet, l'admirable ouverture do. Pardon de Ploërmel,
exécutée d'une manière remarquable, et la grande scène d'Orphée, dans
laquelle Mlle de Lapommeraye, de l'Opéra, a été l'objet d'une véritable
ovation, qui s'est renouvelée avec éclat pour la jeune cantatrice à Laval
et au Mans, où elle avait été appelée par les sociétés philharmoniques.
— Au théâtre, le Pardon de Ploërmel attire constamment la foule.
„*.» Bordeaux, 11 janvier. — L'auteur de la partition du Stabat mater
portant l'épigraphe Pange lingua gloriosi , etc., etc., qui a obtenu une
mention honorable dans le dernier concours de la Société Sainte-Cécile,
DE PARIS.
23
et dont le nom était resté inconnu, vient de se faire connaître au comité
d'administration de la Société. Le lauréat est M. J. Barrière, organiste
et directeur de la Société de Sainte- Cécile de Cherbourg.
*% Avignon. — Martha vient d'obtenir le succès qu'elle a rencontré
dans toutes les villes de la province. MAI. Bussi, Masset, Neulat, Galois ;
Mmes Erambert et Neulat ont été à la hauteur de la tâche qu'ils avaient
acceptée. M. Bussi-Masset a été rappelé avec Mme Erambert.
*t Amiens. —La société philharmonique a donné son premier concert
devant une salle comble. Les artistes engagés étaient Montaubry, Sainte
Foy, le frère et la sœur Ferni. Montaubry a obtenu un succès d'en-
thousiasme. L'orchestre a exécuté d'une manière très-remarquable l'ou-
verture de l'Ame en peine de Flotow. Le même mérite s'est reproduit
dans la belle fantaisie sur les principaux motifs de la Juive, composée
par M. Jules Deneux, président de la Société. L'introduction de cette
fantaisie, les transitions d'un motif à un autre, l'orchestration des par-
ties du chant, ont fourni une nouvelle preuve du goût parfait et du talent
très-distingué de M. J. Deneux dont la flûte s'est fait applaudir dans un
court solo auprès du hautbois de M. Pourcell^et de la clarinette de
M. Boadois.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
»% Londres. — Le 2 janvier a eu lieu, à faint-Jair.es's-Ball.le co-
cert donné par M. Brinley-Richard, et qui a marqué le retour de
MM. Sivori etBottesini. Le bénéficiaire, M. Brinley-Richard, y a obtenu
un très-beau succès. On a aussi beaucoup applaudi un quatuor de
M. E. Silas, pour piano, violon, harmonium et contre-basse, ainsi que
deux morceaux pour harmonium qui ont été supérieurement exécutés
par M. L. Engel. Sivori et Bottesini ont ensuite provoqué d'unanimes
applaudissements, le premier, avec la Clochette, de Paganini ; le second,
avec son andante et variations sur Béatrice di Tenda. — Le programme
du concert donné par la Société littéraire et scientifique contenait vingt-
quatre morceaux de chant, parmi lesquels nous citerons l'air de l'Om-
6re^et la canzonetta composée pour Mme Nantier dans le Pardon de
Ploërmel,
t\ Bruxelles. — Le succès de Brassin à la soirée donnée au Cercle
artistique et littéraire a dépassé toutes les espérances. Perfection de
mécanisme, puissance de son, pureté de style, sentiment exquis, Brassin
possède tout au suprême degré. Cette soirée, où l'artiste a soutenu à lui
seul tout l'intérêt, a été une longue suite de triomphes. Le troisième con-
cert de l'association des artistes musiciens a eu lieu avec le concours
de H. Wieniawski ; le public a fait un excellent accueil au violoniste
polonais et lui a décerné une véritable ovation après l'air varié de
Paganini, le Carnaval de Venise. Le Pardon de Ploërmel continue à faire
salle comble. Mlle Sannier a paru dans le Prophète et a déployé dans le
rôle de Fidès de véritables qualités qui lui ont valu de nombreuses mar-
ques de la plus vive sympathie.
«,% Gand. — Le Pardon de Ploërmel n'a pas obtenu moins de succès
ici qu'à Bruxelles. Mine Isnard a chanté le rôle de Dinorah de la façon
la plus remarquable et a été rappelée à plusieurs reprises. Mil. Bussine
et Maugard secondent dignement la prima dona. Presque toute la salle
est retenue pour plusieurs représentations.
*% BeHin. — Au nouveau théâtre Victoria, Mlle Artot vient d'obtenir
un très-grand succès dans le rôle de Rosine, du Barbier de Séville. Toute
la cour assistait à cette représentation brillante. Dès son premier air,
Mlle Artot a été accueillie par une triple salve d'applaudissements,
et dans le cours de la représentation, l'éminente cantatrice a obtenu
fréquemment les honneurs du rappel. Carrion (Almaviva) a partagé avec
Mlle Artot les honneurs de cette belle soirée, qui est du plus heureux
augure pour la nouvelle entreprise.— Vieuxtemps en estdéjààson troi-
sième concert, et à chaque soirée la foule augmente et le succès va
croissant. — On donnera prochainement à l'Opéra royal Santa Chiara, du
duc de Saxe-Cobourg-Gotha. — Le violoniste -compositeur Taborovrski,
après avoir donné une série de six concerts dans la salle Kroll, est
reparti pour Saint-Pétersbourg. — Un corps de musiciens de marine,
sous la direction de M. Fritze, doit accompagner l'expédition prussienne
au Japon.
„% Vienne. — L'Académie de chant a donné hier, dans la salle des
redoutes, un concert auquel assistait une assemblée aussi brillante que
nombreuse. On a écouté avec un intérêt soutenu des morceaux de chant
choisis dans les œuvres des meilleurs maîtres anciens : les chœurs de
Dèborah. par Haendel ; des fragments de la Passion, de Bach, et le Mi-
serere, d'Allegri, ont été redemandés. — Au Carls-Theater, l'opérette
d'Offenbach, le Mari à la porte, fait plaisir, quoique la traduction n'ait
pas été favorable au texte.— C'est le 9 avril que commenceront les re-
présentations de la troupe italienne, sous la direction de Salvi, par le
Siège de Corinthe.
„% Dresde. — Au Schauspielhaus a eu lieu le concert annuel pour les
pauvres. La chapelle royale y a exécuté Fesl-Klaenge, poésie-symphonie
par Franz Liszt; duo du Faust, de Spohr ; concertino pour quatre cors
de chasse, et Loreley, de Mendelssohn. Les répétitions de Dinorah se pour-
suivent activement.
*** Nice. — Au théâtre Royal, toujours même enthousiasme pour
Mmes Sanchioli et Boccobadati. Maria di Itohan et le Barbier ont été
revus avec plaisir. — Bazzini adonné un très-beau concert ; il a obtenu
un brillant succès à côté de Mme Sanchioli, qui a chanté une des com-
positions du célèbre violoniste. Bazzini a joué le Souvenir de Naples,
la fantaisie sur Béatrice di Tenda, les Abeilles et la Danse des lutins. La
transcription de la belle marche funèbre de Chopin a produit un grand
effet. — Parmi les nouveautés les plus à la mode dans les réunions musi-
cales, nous signalerons plusieurs compositions de M. Perny, qui jouissent
en ce moment de la faveur la plus méritée; ces productions ont pour
titre: Premières impressions, grande valse brillante pour le piano; Soute-
nir, et enfin, un caprice sur les motifs du Prophète, de G. Meyerbeer.
„% Venise. — Une démonstration faite au théâtre San-Benedetio, où
l'on représentait le Barbier de Séville, a fait décréter par le comman-
dant militaire la fermeture immédiate de tous les théâtres.
„.%, Varsovie, 4 janvier. — A son retour des provinces de Volhynie et
de Lithuanie, Joseph Wieniawski vient de se faire entendre de nouveau
ici dans trois matinées musicales, auxquelles n'assistaient pas moins de
deux mille personnes, et qui ont produit la somme assez ronde de
18,000 fr. Selon toute apparence, le célèbre pianiste se rendra à Paris
cet hiver.
x*çSt-Pétersbourg, 3 janvier.— Samedi 31 décembre a eu lieu, devant une
salle comble, la représentation de Don Giovanni, au bénéfice de Debassini.
Une grande partie de la famille impériale honorait cette solennité de
sa présence, et plusieurs fois elle a donné le signal des applaudisse-
j raents. 11 est vrai de dire que l'élite de la troupe italienne interprétait
le chef-d'œuvre de Mozart, et le théâtre Italien de Saint-Pétersbourg est
peut-être aujourd'hui le seul en Europe qui offre une pareille réunion
de talents. Mme Lagrua, dans le rôle de dona Anna, n'a pas démérité
de la haute opinion qu'elle a su conquérir dès son début ; son entrée
a été superbe, et dans l'air qui le suit, dans son duo avec Ottavio, dans
le trio des masques, rendu avec un ensemble parfait par elle, Tamberlick et
Mme Bernardi, et bissé avec acclamation, elle s'est maintenue avec une
supériorité qui lui a valu de nombrenx rappels. Mme Charton-Demeur,
dans le personnage de Zerline, s'est montrée fort gracieuse et a chanté
délicieusement; aussi a-t-on voulu entendre deux fois le fameux duo
avec don Juan : La ci darem la mono, de même que le duo qui suit, avec
Mazetto (Everardi). Mme Charton a donné à ces deux admirables mor-
ceaux leur véritable caractère, et des applaudissements, suivis de rappels
réitérés, lui ont témoigné toute la satisfaction qu'elle avait fait éprouver.
Le rôle de Tamberlick est un peu effacé dans cet opéra; mais il contient
cette sublime cantilène d'il mio tesoro qui suffit pour l'élever au niveau
des autres, et Tamberlick l'a dite dans le plus grand style, avec un
charme et une pureté irréprochables. Debassini, le bénéficiaire, a été
très-beau dans le rôle de don Juan, qui convient également à son phy-
sique et à son talent. 11 a très-bien chanté sa romance : Deh; vieni alla
finestra, et nous citons ce morceau sans préjudice de tous les autres,
dans lesquels il s'est montré avec non moins d'avantage et de succès.
Quand on a entendu Lablache dans Leporello, on est difficile ; disons ce-
pendant que si Warini est bien loin de ce modèle inimitable, il a con-
couru convenablement à l'ensemble de la représentation. Le rôle de dona
Elvira occupe une grande place dans l'œuvre de Mozart ; il a été bien tenu
par Mme Bernardi, à laquelle il faut reprocher une froideur comparable
seulement à sa beauté. — M. de Sabouroff, directeur des théâtres impé-
riaux, a donné, la semaine dernière, dans son magnifique hùtel du quai
de la Moïka, un grand dîner aux artistes du théâtre Italien; on a fait
ensuite de la musique, et Mlle V. Balfe, qui y avait été invitée avec son
père, a chanté; elle a obtenu séance tenante la promesse d'un début qui
aurait lieu incessamment dans la Traviata. La semaine prochaine, le
Freischûtz sera donné pour le bénéfice de Mongini, et c'est le 9 ou
le 16 janvier que passera le Pardon de Ploërmel, dont les répétitions
marchent très-activement. — Olosanti, qui possède sur l'ophicléide un
talent analogue à celui de Bottesini sur la contre-basse, et que vous avez
entendu à Paris, vient d'arriver â Saint-Pétersbourg, où il se propose de
se faire entendre.— Dimanche, Mlle Ingeborg-Starck, qu'on a applaudie
également à Paris l'hiver dernier, a donné, dans la salle de la No-
blesse, un concert qui avait réuni beaucoup de monde, et auquel assis-
taient Mgr le grand-duc et Mme la grande-duchesse Constantin. La
jeune artiste a obtenu beaucoup de succès.
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Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
22 Janvier 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT :
Paris 24 fr. par an
Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id.
Étranger 34 >• id.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE
ICAL
il garnis,
SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (2e article), par
Fétis père. — Société des jeunes artistes du Conservatoire impérial de musi-
que (1er concert). — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Bibliogra-
phie musicale. — Nécrologie : N. Girard. — Nouvelles.
SUB L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE Là MUSIQUE.
(2e article.) (1)
J'écrivais en 1847, dans la troisième édition de mon livre intitulé :
La Musique mise à la portée de tout le monde (2) : « Les méthodes
» d'enseignement de la musique ne peuvent avoir pour but que deux
» résultats, à savoir, de former des artistes, et de donner aux masses
» populaires des notions de chant. Pour atteindre le premier de ces
» buts, c'est-à-dire, pour conduire un jeune musicien à la plus grande
» habileté pratique qu'il puisse acquérir, l'expérience a démontré
» que l'exercice lent, progressif et souvent répété, est le seul moyen
» efficace. C'est dans l'exposition des principes et dans la gradation
» de l'exercice que consiste l'ancienne méthode par laquelle on ar-
» rive au terme de l'éducation de l'artiste. Cette méthode n'a pas
» besoin d'être justifiée , car ses résultats sont trop évidents. Si les
» auteurs des premiers ouvrages élémentaires et des anciens solfèges
» ont fait désirer plus d'ordre et de philosophie dans l'exposition des
» principes, les défauts de leurs ouvrages ont progressivement dis-
» paru dans ceux de leurs successeurs la division de l'enseigne-
» ment en trois objets principaux et distincts qui sont l'intonation
» des sons, leurs durées et la notalion, n'a plus rien laissé d'impar-
» fait. Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais d'artiste
» véritable formé que par celte méthode, et les hautaines déclama-
» lions de ses adversaires seront toujours impuissantes à lui porter
» atteinte.
» A l'égard de l'enseignement élémentaire et populaire de la mu-
» sique, on l'a vu se produire sous des formes variées à différentes
» époques, particulièrement depuis le commencement de ce siècle ;
» mais toutes ces formes se classent en deux systèmes principaux,
« dont l'un est conforme à l'art tel qu'il est, et dont l'autre s'est posé
» en réformateur. »
Au premier système appartiennent les méthodes d'enseigne
ment collectif et mutuel de Massimino, et Bocquillon Wilhem, qui
furent mises en pratique sur une grande échelle depuis 1815, et
auxquelles on peut ajouter la méthode concertante qui, dans l'instilu-
(1) Voir le n" 2.
(2) Paris, Brandus et C°,
vol. in-8° (pag. 82 et suiv.).
tion dirigée avec éclat par Choron, a produit de beaux résultats. On
peut enfin y joindre les méthodes mixtes par lesquelles les éléments
du chant et de la musique sont enseignés dans les écoles communales
de Bruxelles, et dans la multitude de sociétés chorales d'ouvriers et
de paysans qui couvrent aujourd'hui le sol de la Belgique.
Dans le second système se rangent les méthodes basées sur des
idées de réforme qui, toutes, attaquent la notation usuelle comme
trop difficile, irrationnelle, obscure, insuffisante en certain cas, sura-
bondante en d'autres. On a vu, dans mon premier article, ce qui a
été fait en Allemagne pour un usage très-élémentaire et restreint du
chant. La pensée des auteurs de cette réforme était qu'en n'obligeant
pas les enfants à s'instruire de la valeur des signes qui n'ont d'emploi
que dans la musique, et en ne leur présentant que ceux qui leur sont
déjà familiers, c'est-à-dire les chiffres, dent ils faisaient application
pour la représentation des degrés de la gamme, ils feraient une chose
utile et bonne en soi. Cependant, si modeste que fût le but où ils
voulaient atteindre, le résultat, comme je l'ai dit, fut très-différent de
celui qu'ils avaient espéré, et l'on dut renoncer à un mode d'ensei-
gnement qui, pour rendre plus faciles les commencements, créait des
obstacles sérieux à la réelle connaissance de l'art. Certes, un pro-
blème très-digne d'attention est celui où l'on se proposerait de ne pré-
senter aux enfants et aux adultes de la classe ouvrière que des élé-
ments dont ils eussent connaissance pour les initier aux principes de
la musique, pourvu que ces éléments ne fussent pas un obstacle à la
pratique avancée de cet art, et que par des transformations succes-
sives et logiques on arrivât à la notation usuelle. Je dirai dans la suite
de ce travail comment ce problème a été posé, et, selon moi, résolu.
C'est une curieuse histoire que celle de tous les systèmes de nota-
tion qu'on a essayé de substituer à celle qui est en usage pour la
musique, et de toutes les mésaventures, sans exception, des auteurs
de ces systèmes. Ces tentatives ont été de deux espèces ; car les unes
ont eu pour objet de remplacer la notation usuelle par des systèmes
de signes d'invention de toutes sortes, dont les auteurs ont montré
plus ou moins de sagacité, mais où tous ont également échoué par
l'application. Les uns, comme Sauveur, de l'Académie des sciences de
Paris, et l'abbé Demotz de la Salle, tous deux au commencement du
xvme siècle (1), et récemment M. Bartholomé Montanello (2), ont
(1) Principes d'acoustique et de musique, ou système général des intervalles des
sons, et son application à tous les systèmes et instruments de musique, par Sauveur
(dans les Mémoires de l'Académie royale de musique de Paris, année 1701). —
Méthode de musique, selon un nouveau système très-court, très-facile et tres-sùr,
par l'abbé Demotz do la Salle. Paris, 1728, in-8°.
(Dlnlorno allô scrivere la musica, leltcra di Bartholomeo Montanello à Marco
2G
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
imaginé des notations composées d'un ou deux signes diversement
tournés, et destinés à représenter l'échelle des sons. C'était la repro-
duction d'un essai tenté au ixe siècle par Hucbalde, moine de l'abbaye
de Saint-Amand (1). Toutes les modifications d'un même signe sont
insaisissables dans la rapidité de la lecture.
D'autres, au nombre desquels on remarque de l'Aulnaye (2), Rie-
besthal (3), Bootsey (4), M. de Rambures (5), Woldemar (6) et M. Pré-
vost (7), composent le système complet de signes arbitraires, dont
les derniers sont plutôt des sténographies musicales que des notations
véritables ; car les signes ont pour but de représenter non des sons
isolés, mais des phrases. Quant aux autres, sous prétexte d'éviter les
difficultés de la notation ordinaire, dont ils n'ont pas les avantages,
ils en ont accumulé d'insurmontables, en ce que leurs systèmes ne
peignent point aux yeux par masses, et obligent à distinguer tous les
détails dans la rapidité de la lecture.
Il est des systèmes de notation dans lesquels on a essayé de con-
server une portion plus ou moins considérable de la notation usuelle,
en la modifiant dans certaines parties suivant les préjugés de leurs
auteurs contre telle ou telle imperfection supposée. Ainsi, M. le gé-
néral Blein (8) et M. Gambale, de Milan (9), proposent des portées de
six lignes pour représenter les douze demi-tons de l'échelle chroma-
tique d'une octave, alin de faire disparaître les dièses, bémols et
bécarres. Ce n'est pas à dire toutefois que les systèmes de Blein et
de Gambale soient identiques ; car leur application est précisément en
contradiction, M. Blein employant toutes les lignes et les espaces de
la portée pour une seule octave, et réformant aussi le clavier de
l'orgue et du piano, de telle sorte que les touches blanches et noires
se suivent alternativement, et que chaque touche blanche répond à
une note placée sur une ligne, et chaque touche noire à un espace ;
tandis que M. Gambale représente par des notes blanches une suite
de sons placés à l'intervalle d'un ton, et par des notes noires, de
m ême forme et position qne les blanches, les demi-tons intermédiaires,
ce qui implique aussi la réforme du clavier. Au- surplus, cette réforme
du clavier par laquelle les touches blanches et noires auraient été pla-
cées alternativement, et qui aurait rendu nécessaire une modification
de la notation , cette réforme, dis-je, n'est pas nouvelle, et n'appar-
tient ni à Blein, ni à Gambale ; car elle avait été proposée, dès 1792,
par Jean Rohleder (10), prédicateur à Friedland, dans la Poméranie.
Bucafichi, Milano, 1843, in-80.— Si un modo facile ed economico per stampare
la musica. Lettera di Barl. Montancllo a Giovanni Ricordi, Milano, 1844.
(l) Musica enchiriadis (dans les Scriptores ecclesinsiici de musica, publiés par
l'abbé Gerbert, tome I", pages 152 etsuiv.).
(2} Mémoire sur un nouveau système de notation musicale, par lequel, sans le
secours des portées ni d'aucune espèce de clef, on peut exprimer tous les sons appré-
ciables renfermés dans l'étendue du clavier, en représentant chacun de ces sons
par un signe particulier. (Dans les Mémoires du Musée de Paris, 1785, n° 1 . )
(3) Nouvelle méthode'pouT noter la musique et pour l'imprimer avec des carac-
tères mobiles. Strasbourg, Levrault, 1810, in-4°.
(4) An Altempt tosymplify Ihe Notation of music. Londres, Baldwin, 1811, l vol.
in-4".
(5) Notation musicale rendue facile par la sténographie. Abbeville,1844, in-12. —
Signes de la sténographie musicale servant aux cours populaires de musique, établis
d'après la méthode de Rambures. Paris, Périsse frères, in-18.
(0) Tableau mélo-lachy graphique. Paris, Cousineau, 1799.
(7) Sténographie musicale, ou art de suivre l'exécution musicale en écrivant.
Paris, 1833, in-8°.
(8) Principes de mélodie et d'harmonie déduits de la théorie des vibrations.
Paris, Bachelier, 1832, 1 vol. in-8°, p. 10-12.
(9) la Riforma musicale riguardanie tin nuovo slabilmento di signi c di rigole
per appremlerela musica. Milano, 1840, in-8°.
(10) Erleichterung des Klavierspiclens vcrmœge einer neuen Einrichtung der
Klaviatur und eincs ncuen /Votoisj/stoiis (Moyenplus facile de jouer du clavecin, par
le procédé d'un nouveau clavier et d'un nouveau système de notation). Kœuigsberg,
1792, in-4".
Comme M. Gambale, Rohleder plaçait les touches blanches à la dis-
tance d'un ton, et les représentait par des notes blanches, et les tou-
ches noires, intermédiaires des blanches, étaient représentées par des
notes noires sur les mêmes degrés. Dans ce système, les dièses, bémols
et bécarres étaient aussi supprimés. Plus tard, et avant M. Gambale,
le facteur de pianos Charles Lemmé avait reproduit le système de
Rohleder, avec quelques modifications (1), sans nommer son prédé-
cesseur, et avait construit des instruments dont le clavier présentait
dans toute son étendue des touches blanches et noires dans un ordre
alternatif.
Ainsi pour faire disparaître la prétendue difficulté des dièses et des
bémols, et sous prétexte qu'il n'y a point de note élevée ni baissée,
mais douze sons à la distance d'un demi-ton dans l'intervalle d'oc-
tave, voilà quatre personnes qui imaginent de bouleverser d'abord
toute la notation et de la rendre en réalité, d'une part, beaucoup
plus difficile par l'addition d'une sixième ligne à la portée, laquelle
trouble la vue, puis en mettant les signes de sons différents sur des
positions identiques, et qui, dans l'obligation de les distinguer d'une
manière quelconque, emploient des figures de notes destinées à expri-
mer des différences de durée pour représenter des intonations diffé-
rentes. Ce n'est pas tout, car cette notation faite pour un instrument
à clavier, n'a plus aucune signification pour un violon, une basse, une
flûte, etc.; déplus, la régularité qu'ils établissent dans la succession
des touches du clavier est cause qu'il est impossible d'y distinguer
une note, car c'est précisément par la différence d'aspect des groupes
de deux et de trois touches noires que les notes se reconnaissent sans
peine sur les claviers ; enfin, il faut brûler toute la musique d'orgue
et de piano pour la remplacer par d'autre, car toutes les règles du
doigter sont renversées. Par exemple, si l'on veut faire une gamme
en ut, en sol, en ré, en la, en mi, en si, le passage du pouce se
fera sur des touches noires, et le reste à l'avenant.
Voilà les réformateurs de la notation : voulant obvier à des préten-
dues difficultés ou à des imperfections supposées, ils imaginent des
combinaisons dont les difficultés et les imperfections sont beaucoup
plus réelles. Au fait, qu'y a-t-il de difficile dans l'usage des dièses et
des bémols' La multitude innombrable de musiciens qui peuplent les
chœurs des églises, des théâtres, des sociétés chorales, les orchestres
de théâtres, de concerts, de musique militaire, de bals ; le nombre
immense d'amateurs répandus sur toute la terre, lesquels chantent,
jouent du piano ou de tout autre instrument, songent-ils à la diffi-
culté attribuée à c es signes par quelques rêveurs ? Qu'y a-t-il d'ail-
leurs de contraire à la raison dans leur principe inhérent à la concep-
tion générale de la notation universellement en usage ? Le dièse hausse
la note d'un demi-ton, le bémol la baisse également d'un demi-ton,
le bécarre la remet dans sa situation primitive ; qui y a-t-il là qui ne
soit exactement vrai? On a dit : on. ne peut ni hausser ni baisser un
son ; il est ce qu'il est. Cela est, sans doute ; mais une note n'est pas
un son; c'est un signe. Ce signe, modifié par un autre, a une signi-
fication d'intonation ou plus haute ou plus basse. Voilà le vrai : toutes
les déclamations par lesquelles on a prétendu l'attaquer sont autant
de non-sens.
Beaucoup d'autres modifications de la notation usuelle ont été pro-
posées à diverses époques ; et d'abord la réduction du nombre des
clefs a été considérée par plusieurs réformateurs comme une nécessité
absolue. Le premier qui posa comme un principe la nécessité de cette
réduction à une seule clef fut un Anglais nommé Salmon, qui vécut
dans le xvne siècle (2) ; son opinion fut reproduite un peu plus tard
(1) Nouvelle méthode de musique et gamme chromatique qui abrège le travail et
l'étude de la musique, etc. Paris, 1829, in-4°, avec 10 lplancb.es in-4° obi. et un
tableau .
(2) An Essag lo thé advancement of Music, by casting away the perplexity of
différents cli/fs, etc. Londres, 1072, in-S".
DE PARIS.
21
par Monteclair (1), par l'abbé Lacassagne (2), par Framery (3), l'espa-
gnol Moretti (4),. Colet (5) et d'autres. Remarquez à ce propos que
sous le prétexte de rendre l'art plus facile, les réformateurs tendent
toujours à restreindre les connaissants et à mettre les nouvelles gé-
nérations dans l'incapacité de connaître les belles œuvres de l'art des
temps antérieurs et d'en jouir. Voyez quel est le résultat de toutes
ces petites partitions d'opéras réduites pour le piano, avec toutes les
voix notées à la clef de sol sur la seconde ligne ! Déjà il n'y a plus
de chanteur de théâtre ou de concert qui soit en état de lire sa partie
dans une partition écrite il y a vingt-cinq ans seulement La plupart
des pianistes ne connaissent plus autre chose que les deux clefs de
la main droite et de la main gauche. Que serait-ce si on leur propo-
sait de transposer uu morceau? Ne sachant lire que les clefs dont ils
ont l'habitude, ils seraient hors d'état de faire cette opération de la
transposition par la supposition des autres clefs. Si l'on n'y prend
garde, toutes ces idées de réforme et de simplification auront pour
résultat la disparution de tout bon musicien avant trente ans. Ce que
les partisans de réformes appellent rendre plvs facile consiste à
enseigner moins de choses.
Que parle-t-on d'ailleurs de difficultés à propos de la lecture des
clefs ? C'est une étude à faire comme on fait des gammes sur le piano
pour assouplir et égaliser les doigts sur le piano, comme on fait sur
d'autres instruments pour acquérir de la justesse et un beau son.
C'est un objet d'étude : on ne peut le supprimer sans porter préju-
dice à l'art. Tout consiste à commencer dans l'enfance les exercices
qui s'y rapportent. J'écris chaque année pour les concours du Con-
servatoire de Bruxelles des leçons où de grandes difficultés d'intona-
tions et de combinaisons de valeurs de temps sont réunies; de plus,
toutes les clefs y sont employées et changent presque de mesure en
mesure. Pour obtenir le premier prix au concours, il faut chanter à
première vue cette leçon et ne pas faire de faute. Eh bien, chaque
année le prix est partagé entre cinq, six, huit élèves. Au dernier
concours une jeune fille, enfant de dix ans, a eu ce prix en partage.
Qu'on ne me parle donc plus de difficultés de ce genre dans l'éducation
d'un élève destiné à être artiste. Dans l'enseignement populaire seu-
lement on peut restreindre cette étude.
On peut, je le sais, objecter que certains instruments, par leur
propre nature, opèrent la transposition d'octave qui représente la
différence des clefs : ainsi la guitare joue une octave plus bas que
la clef de sol à laquelle on écrit sa musique. Si la trompette est à
l'unisson de la clef de sol (en ut), le cor, écrit à la même clef, joue
une octave plus bas. La vérité est que la notation, pour les instru-
ments qui transposent à raison des dimensions de leur tube, n'est
qu'une sorte de tablature, et je ne vois nul inconvénient à l'emploi
d'une -seul clef de sol pour tous les instruments qui transposent par
eux-mêmes d'un ton, d'une tierce, d'une quarte, d'une quinte, d'une
ou deux octaves. En pareil cas, que représente la note ? Un piston,
un trou, un doigter. Ainsi Adolphe Sax ayant construit ses familles
des saxhorns et des saxotrombas sur le même modèle, depuis l'ins-
trument le plus aigu jusqu'au plus grave et leur ayant donné le même
doigter, il est évident que celui qui jouera à l'unisson de la clef de
sol les notes do, mi, sol, do, exécutera sur son instrument les mêmes
(1) Nouvelle méthode pour apprendre la musique. Paris, 1709, in-4°.
(2) Traité général des éléments du chant. Paris, 1760, 1 vol. in-8".
(3) Dictionnaire de musique de Y Encyclopédie méthodique, article clef.
(4) Sislema uniclave o ensayo sobre uniformar las claves de la musica
sujelandolos a una sola escala. Madrid, 1824, in-8°.
(5| La Panharmonie musicale, ou Cours complet de composition théorique et
pratique, etc., avec un nouveau système de clefs réduites à une seule clef de sol,
etc. Paris, Meissonnier et Heugel, 1840, gr. in-4°.
notes que celui qui, par les dimensions différentes du tube, fera en-
tendre fa, la, do, fa, et un autre, à une ou deux octaves plus bas,
do, mi, sol, do. La notation de ces instruments n'est en réalité qu'une
tablature spéciale , elle n'indique qu'un doigter.
Au nombre des novateurs qui ont essayé de combiner certaines
parties de la notation usuelle de la musique avec des nouveaux si-
gnes, on remarque un professeur de mathématiques attaché à l'école
de la marine de Cherbourg qui, par le moyen de signes de son inven-
tion appliqués à la portée, a fait disparaître les rondes, blanches,
croches, doubles et triples croches, ainsi qu'une partie des autres
signes de la notation habituelle, et qui, par les dimensions propor-
tionnelles de ses nouveaux signes, indiquait à la fois l'intonation et
la durée des sons (1). C'est une notation qu'il aurait fallu lire le com-
pas à la main. Un autre, séparant les cinq lignes de la portée, de la
même manière que les touches noires du clavier, c'est-à-dire deux
lignes, un intervalle, puis trois lignes, un intervalle, et continuant
ainsi, d'octave en octave, suivant les besoins, plaçait les notes cor-
respondantes aux touches blanehes du piano au-dessus, au-dessous
ou dans les intervalles des lignes, et les notes correspondantes aux
touches noires sur les lignes. De cette manière, il n'y avait plus ni
clefs, ni dièses, ni bémols, ni bécarres dans la notation (2), mais les
yeux se perdaient dans ce dédale. Un troisième a eu la bizarre idée
de distinguer chaque note par une modification de forme (3), comme
si les degrés de la portée n'étaient pas suffisants pour faire ceLte dis-
tinction.
S'il s'est trouvé des réformateurs qui ont ajouté des signes, il s'en
est rencontré d'autres qui ont voulu en diminuer le nombre : tel est
M. Louis Chéron, qui a réduit la portée à quatre lignes pour la musi-
que instrumentale et à trois pour la vocale (h), et qui complète son
système par une clef de sol placée sur la note la plus haute de la
portée, et la clef de /« sur la deuxième ligne. Mais le plus radical
de tous les réformateurs, à ce point de vue, est M. Miquel jeune, de
Montpellier, qui, réduisant la portée à une seule ligne, y applique des
chiffres pour indiquer les notes de chaque octave distinguées au moyen
de certains signes accessoires, et combine ces chiffres avec les signes
de durée de la notation usuelle (5).
Le public a vu passer devant lui, avec la plus complète indiffé-
rence, tous ces essais d'innovation sans but réfléchi, sans connaissance
suffisante de la nature des choses. Tous ces systèmes sont morts dès
leur naissance; mais la triste expérience qui en a été faite n'a pas dé-
couragé les réformateurs de la notation usuelle de la musique ; de loin
en loin il s'en trouve un nouveau qui veut tenter l'aventure..
Dans un prochain numéro, pour achever ce qui concerne la guerre
faite à la notation universelle de la musique, j'examinerai les systèmes
qui ont rompu radicalement avec elle.
FÉTIS père.
(La suite prochainement.)
(1) Nouveau système de notation musicale, suivi d'un essai sur la nomenclature
des sons musicaux. Paris, 1837, gr. in-8" avec planches.
(2) Traité de l'art graphique et la mécanique appliquée à la musique, par Michel
Eisenmenger. Paris, 183S, in-8".
(3) Monogammie, par M. Juce. Paris, 1843, in-8».
(4) Eléments de la musique, d'après une nouvelle manière de l'écrire. Paris,
Demartray, 1834, iu-4".
(5) Arilhmographic musicale, méthode de musique simplifiée par l'emploi des
chiffres. Paris, Catelin, 1842, gr. in-8".
28
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
SOCIÉTÉ DES JEDNES ARTISTES
DU CONSERVATOIRE ISIPÉKIAL DE MUSIQUE.
Unitivme année. — 3ct cnncert.
Huitième année ! Cela répond à bien des critiques et constate une
certaine valeur, un certain mérite, auprès des gens sensés du moins,
car auprès des autres, plus on avance et plus on a tort. Les ennemis
de M. Pasdeloup — , on en a toujours dès qu'on fait quelque chose, —
lui en veulent d'avoir voulu faire ce quelque chose, et surtout d'y avoir
réussi. Ils lui en veulent de ce qu'il n'est pas resté les bras croisés
pour prouver qu'il était capable de conduire un orchestre, et non-
seulement de le conduire, mais de l'organiser, de le reconstituer tous
les ans. Peut-être aussi ne lui pardonnent-ils pas d'avoir ouvert la lice
à des artistes français et étrangers, qui, sans lui, n'auraient guère
trouvé moyen de se produire. Voilà qui est grave en effet : pourquoi
nous encombrer de symphonies nouvelles, quand la Société des con-
certs a le bon esprit de n'en jouer jamais ? Pourquoi encourager des
musiciens vivants, quand il existe dans nos théâtres et dans le public
une tendance manifeste à préférer les morts ? M. Pasdeloup est bien
coupable, et s'il persiste, ce n'est pas que les avis charitables lui aient
manqué.
Il persiste néanmoins, et, pour inaugurer la 'saison, il nous a fait
entendre une symphonie inédite de M. Demersseman, jeune composi-
teur, que tout le monde connaît déjà comme l'un de nos premiers
flûtistes. Je voudrais le moins possible attirer l'anathème sur la tête de
l'un et de l'autre. Ma conscience m'oblige pourtant à déclarer que la
symphonie de M. Demersseman est une œuvre excellente, et que
l'orchestre dirigé par M. Pasdeloup l'a exécutée avec une incontestable
perfection. Transportez la symphonie et les exécutants, y compris le
chef, dans la grande salle du Conservatoire; n'y gardez que tout juste
le petit nombre d'auditeurs en état de comprendre et d'admirer autre-
ment que sur la foi du programme, et vous aurez un de ces succès
qui ouvrent avec éclat la carrière d'un artiste. Je ne désespère pas
qu'il n'en soit de même, quoique le succès n'ait été obtenu que dans
la salle de M. Herz ; mais je ne me suis jamais dissimulé l'influence
du local sur certains effets et sur leurs conséquences. Elargissez la
salle de la rue Bergère, donnez-lui les proportions de celle de l'Opéra,
et vous verrez ce que deviendra Beethoven, même avec la symphonie
en ut mineur. L'épreuve d'ailleurs a été faite, et le doute n'est plus
permis.
M. Demersseman, dans sa symphonie, procède plutôt de Haydn que
de Beethoven ; il y a des hommes dont il ne faut pas trop s'appro-
cher de peur de brûler ses ailes. Son style est toujours clair, élégant,
riche d'imagination et de ce qu'on appelle si improprement science,
mot malheureux qui fait plus de tort que de bien, et dont les igno-
rants se servent comme d'une injure. Dans le premier mouvement de
son œuvre, l'auteur s'est souvenu de l'instrument dont il joue si bien,
en lui confiant un thème extrêmement gracieux, qui revient plusieurs
fois. Peut-être cet allegro a-t-il un peu trop la forme d'une ouverture,
mais ce n'est là qu'un léger défaut, et les qualités l'emportent de
beaucoup dans la balance. Le second mouvement, l'andante, est ce-
lui qui indique le mieux le modèle choisi par l'auteur : l'inspiration
calme, heureuse et souriante du père de la symphonie, s'y reproduit
avec le charme rajeuni de ses ingénieux caprices. Le scherzo a plus
d'élan, de verve et d'imprévu; les cors y sont employés avec une
habileté remarquable. Dans le quatrième morceau, l'œuvre s'agran-
dit : un cantabile majestueux s'y fait d'abord entendre ; un thème
rapide et léger lui succède, et le morceau continue ainsi jusqu'à
ce que les deux thèmes se réunissent, s'entrelacent, et que le
cantabile proposé par le violoncelle soit repris et entonné par l'or-
chestre tout entier.. Cette péroraison termine dignement la composi
tion du jeune musicien, qui, dès son coup d'essai, se place au premier
rang des symphonistes de son époque.
J'en dirais plus si l'éloge avait ses coudées aussi franches que la
critique, et si, par intérêt pour ceux qu'on loue, il ne fallait craindre
de trop louer. C'est pourquoi je passerai rapidement sur l'ouverture
d'Oberon, non moins bien exécutée que la symphonie de M. Demers-
seman, et je glisserai plus vite encore sur la symphonie en ut
mineur de Beethoven, qui n'a pas de difficultés pour M. Pasdeloup ni
pour son orchestre. Le Départ des chasseurs, de Mendelssohn, l'in-
troduction du Comte Ory formaient le contingent vocal du concert, et
sans être tout à fait au même niveau que la partie instrumentale, y
apportaient du moins une agréable diversion.
P. S.
ADDITIONS MUSICALES.
Première séance de musique de chambre d'Aluni et Franchomme.
— Première soirée de quatuors d'Armingaud. — Concert de
Hini'i E&etten.
Les Sociétés de quatuors que nous possédons ne charment pas
seulement les dilettantes ; elles font plus. Au milieu de toutes les
choses vagues, dissemblables, parfois incohérentes que l'on entend
chaque jour, elles dirigent et fixent l'admiration de la foule incer-
taine; elles entretiennent ou font naître le goût du pur, du grand,
du beau égaré par tant de sollicitations ardentes, ambitieuses et
inquiètes; enfin par l'éloquence de l'exemple et par la grandeur
des résultats excitent l'émulation et entraînent les artistes plus jeunes
dans cette voie sûre, dans ce culte du génie où se recueillent les suc-
cès durables et les applaudissements des esprits cultivés.
L'autre soir, un de nos amis nous plaignait d'être obligé d'entendre
à peu près tous les concerts qui se donnent à Paris. Assurément il y a
bien des auditions peu intéressantes, mais, en revanche, il y en a de
très-belles ; nous avons des semaines heureuses, et celle-ci était du
nombre. Si elle a offert peu de variété, car, sauf le jeune Ketten, elle
était consacrée à la rentrée des sociétés de musique de chambre, elle
n'en a pas moins été magnifique par la beauté des œuvres et le talent
de l'exécution. .
Dimanche, dans les salons de Pleyel-Wolff, Alard, Franchomme et
Planté reprenaient le cours de leurs sérieux et beaux succès. Ils ont
fait goûter au public les immortelles, mais diversement belles inspira-
tions de Haydn, de Mozart et de Beethoven. L'exécution étant l'âme
de la musique et n'étant jamais semblable, elle fait quelquefois du
même compositeur un compositeur nouveau, de la même œuvre, bien
connue cependant, une œuvre nouvelle. En écoutant un quintette et
une sonate de Mozart, dont la partie de piano a été délicieusement
dite par Planté, un trio de Beethoven et un quatuor d'Haydn joués
avec un admirable ensemble, en retrouvant, comme les années pré-
cédentes, cette haute intelligence de la pensée des maîtres, ce style
élevé et pur, ces intonations si fines, si délicatement justes, on ne re-
connaissait plus tout à fait ces mêmes compositions entendues ailleurs.
Alard et Franchomme sont parvenus à faire de leur société de musique
classique comme un fidèle écho des merveilles instrumentales dont
jouissent les auditeurs des concerts du Conservatoire. En effet, c'est
en miniature la même âme, le même fini, la même perfection ; c'est
aussi cette qualité de son toute française qui a bien son prix. Nous ne
savons comment sont rendus eu Allemagne tous ces chefs-d'œuvre que
nous lui devons et que nous nous sommes appropriés par une étude
assidue et par une interprétation souvent irréprochable. Quoi qu'il en
soit, nous doutons qu'ils puissent être mieux compris et mieux exé-
cutés qu'ils ne le sont par Alard et par Franchomme. Nous doutons
aussi qu'ils soient écoutés plus religieusement.
DE PARIS.
29
Par une attention soutenue, par une constante sympathie, par des
applaudissements souvent contenus, tellement il craignait d'amoindrir
son plaisir en perdant quelques notes, le public ravi et charmé a prouvé,
l'autre jour encore, aux exécutants, combien il apprécie leur talent,
combien il l'aime, et combien il le trouve au-dessus de certaines ova-
tions prodigués trop souvent.
— Il faut encore que nous parlions de Haydn, de Mozart, de Bee-
thoven et de Mendelssohn, leur héritier le plus direct; mais la mo-
notonie du beau est trop peu commune pour qu'on puisse s'en plain-
dre. Assez d'autres se chargent du soin de la détruire et de la remplacer
par une diversité de leur façon qu'il est permis de ne pas toujours
goûter. D'ailleurs, quoi de plus varié que le répertoire de chacun de
ces maîtres illustres et féconds qui écrivent avec une abondance à
confondre la pensée? Nous les avons retrouvés tous à la première
séance de MM. Armingaud, Léon Jacquard, Lalo et Lapret ; l'un avec
son quatuor, l'autre avec sa sonate, un autre avec son quintette. Tou-
jours ce qu'ils disent est intéressant, distingué, noble, souvent exquis,
grandiose et sublime. Faut-il s'étonner si le public accourt en foule
pour les entendre, et s'il leur prodigue ses plus enthousiastes accla-
mations ?
11 y aurait un travail intéressant à faire sur les nuances, sur les dif-
férences qui séparent nos sociétés de musique de chambre. Nous n'en-
treprendrons pas aujourd'hui ce parallèle de talents si divers. Toute-
fois nous pouvons dire qu'elles ont chacune une physionomie propre,
un cachet distinctif bien fait pour captiver les dilettantes délicats. Le
succès des interprètes a été très-grand. Armingaud a beaucoup de
chaleur ; il est nerveux, inégal. Son archet mord parfois la corde
d'une façon quelque peu éloignée de la pureté ; mais il est souvent
éloquent. Son jeu plein d'expansion attache constamment Les autres
artistes qui composent cet excellent quatuor sont de très-remarqua-
bles instrumentistes, des musiciens pleins de goût ; c'est dire qu'ils
contribuent brillamment à une complète exécution : ce qui n'est pas
un aussi mince éloge qu'on pourrait le croire.
En jouant plusieurs morceaux avec la sûreté, la vigueur, la délica-
tesse de doigts et aussi avec le sentiment musical jamais exagéré, mais
jamais froid, qui lui ont fait une belle place parmi nos pianistes,
Mme Massart a jeté un vif éclat sur cette soirée fort applaudie par
un auditoire nombreux et des plus sympathiques.
— Entendre un virtuose de onze ans et demi n'est pas chose très-
rare. La nature se plaît à en créer de temps en temps ; puis à défaut
d'elle, il y a des serres chaudes pour ces éclosions prématurées. On
a recours alors à des études opiniâtres après lesquelles l'intelligence
de l'enfant sort quelquefois anéantie ou tout au moins privée de sève
et de fraîcheur. 11 n'en a pas été ainsi pour Henry Ketten, et il y a
chez lui l'étoffe d'un artiste exceptionnel. Depuis l'année dernière, il
a fait de notables progrès.
L'autre soir le public réuni chez Herz- applaudissait non pas un de
ces talents relatifs auxquels on tient compte de tout, de la longueur
des cheveux, de la petitesse de la taille, des mains inhabiles aux traits
en octaves, à l'extension des dixièmes qui désespèrent tant de pia-
nistes, mais un talent réel, naturel et acquis. Henri Ketten a exécuté
avec beaucoup d'aplomb un concerto de Beethoven, et avec beaucoup
d'élégance et de clarté le chant de la Fileuse, de Henri Litolff, et
plusieurs morceaux de J. Liszt, de Thalberg et de Chopin. Nous pou-
vons déjà donner de grands éloges à ce petit prodige. Nous espérons
pouvoir un jour les continuer à l'artiste, et retrouver développées et
agrandies les précieuses facultés dont il est si richement doué et qui
promettent un pianiste, un musicien sérieux et peut-être célèbre.
M. Archainbaud possède une fort jolie voix de baryton. Il s'est
montré vocaliste habile en disant l'air de Zaïre, de Mercadante, et
chanteur expressif en phrasant avec ampleur le Paradis perdu, de
Th. Ritter.
Adolphe BOTTE.
BIBLIOGRAPHIE MUSICALE.
Frédéric Brîsson. — Marta, trio pour piano, violon et orgue. — Ro-
bert le Diable, grand duo caractéristique pour piano et orgue. — Trio
de Guillaume Tell, arrangé pour piano, violon et orgue.
Nous venons un peu tard pour exprimer une opinion quelconque sur
des œuvres qui ont déjà traversé deux saisons, et qui sont aujour-
d'hui généralement connues et appréciées. Depuis que Frédéric Bris-
son les a fait eutendre dans son concert de l'hiver dernier, leur
succès ne s'est pas démenti, et elles ont conquis leurs grandes en-
trées dans la plupart des salons où l'orgue partage les honneurs dé-
cernés au piano. C'est donc pour les retardataires que nous prenons
la plume et que nous écrivons ces lignes à la louange du jeune et
gracieux pianiste-compositeur dont les inspirations se sont en quel-
que sorte spécialisées au profit du nouvel instrument d'Alexandre.
Son trio pour piano, violon et orgue, sur les principales mélodies de
Marta, est un morceau des plus remarquables, et ne le cède en rien
à celui dont il a emprunté les éléments à la Norma. Après une in-
troduction concertante entre les trois instruments, l'orgue pose le
joli motif de la romance de la Rose, qui fournit le prétexte de
deux très-brillantes variations, l'une pour le violon et l'autre pour
le piano ; puis la deuxième partie, plus vive et plus animée, re-
produit tantôt sur l'orgue, tantôt sur le piano ou le violon, le motif
du chœur des servantes. L'effet de ce trio, habilement combiné, est
des plus heureux . Les chants gracieux et spirituels de M . de Flotow
y brillent d'un éclat qui n'a rien à envier à celui de la scène.
Le Grand duo caractéristique, pour piano et orgue, sur Robert le Diable,
affecte des proportions plus vastes et plus sérieuses. On sent que
l'influence du génie de Meyerbeer n'est pas restée étrangère aux
développements ingénieux, aux traits élégants, aux harmonies ex-
pressives qui font de ce morceau une œuvre réellement belle. Le
piano et l'orgue s'y donnent mutuellement la réplique avec un art
et un goût qui éloignent l'idée du travail et ne laissent subsister que
celle de l'inspiration la plus pure et la plus distinguée. Par un
enchaînement dont les rouages sont adroitement dissimulés, le
chant imposant et sublime : Nonnes qui reposes, côtoie un air de
danse, sans que l'on soit le moins du monde choqué de ce contraste.
Ce duo restera comme un des meilleurs titres de Brisson à la gloire
que lui a valu dans ces derniers temps son double talent de com-
positeur au point de vue du piano et de l'orgue.
Nous craindrions de nous répéter en analysant les riches et brillants
effets répandus à pleines mains dans l'arrangement, par le même
auteur, du trio de Guillaume Tell, pour piano, violon et orgue. Qu'il
nous suffise de constater qu'il peut marcher de pair avec les deux
morceaux d'élite que nous venons de mentionner, et que son succès,
pas plus que celui du trio de Marta et du duo de Robert le Diable, ne
saurait maintenant être mis en question.
Allsert 1/Hôte.
■ Confidence, pour piano,
facile pour le piano.
■ Rimembrspiza, fantaisie
M. Albert L'Hôte vient de publier deux nouveaux morceaux, le premier,
intitulé Confidence, est une mélodie pour violon, élégante, sagement
écrite, d'une expression douce et tendre, d'un charme pénétrant,
et oui laisse regretter qu'elle soit aussi courte ; ce n'est malheureu-
sement pas là un défaut commun à tous les compositeurs, et l'on
doit louer l'auteur de Confidence de la sobriété avec laquelle il a
écrit cette page charmante, qui, comme toutes les productions de
ce genre, n'exige de l'exécutant qu'une grande simplicité de style
unie à beaucoup d'expression. Le deuxième morceau, qui a pour
titre Rimembranza, est une fantaisie facile pour le piano. Après une
introduction courte, d'un mouvement lent et d'un tour mélanco-
lique, vient un allegro moderato d'une grâce exquise et d'une extrême
délicatesse. Le motif principal, plusieurs fois varié dans le courant
de cet allegro, est toujours ramené avec beaucoup de bonheur,' et
nous citerons en outre un passage en trémolo qui est d'un effet
délicieux ; le morceau se termine par une péroraison mouvementée
et vigoureuse qui n'exclut pas la distinction. En somme cette fan-
taisie est une œuvre très-heureuse et réunit toutes les qualités qui
constituent un excellent morceau de salon.
Y.
NÉCROLOGIE.
]\\ «ÏB€AK».
Chef d'orchestre habile et honorable, Girard est mort au champ
d'honneur. Lundi dernier, pendant la représentation des Huguenots,
30
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
entre le second et le troisième acte, il avait dit à l'un des artistes :
« Mettez la main sur mon cœur et voyez comme il bat : je me
sens bien mal. » Et comme cet artiste l'engageait à se retirer :
« Non, dit-il, je resterai jusqu'au bout ; je ne veux pas abandonner la
débutante qui compte sur moi. » (C'était Mlle Brunet qui chantait pour
la première fois à l'Opéra le rôle de Valentine.) Girard resta donc;
mais vers la fin du troisième acte il chancela et sortit de l'orchestre,
soutenu par deux musiciens. Après lui avoir donné les soins nécessai-
res, on le reporta mourant chez lui, à quelques pas du théâtre ; un peu
plus tard il avait cessé de vivre. Des accidents survenus déjà dans
les mêmes circonstances soit à l'Opéra, soit à la Société des concerts,
auraient pu servir d'avertisssements ; mais le courageux artiste n'o-
béissait qu'à la loi du devoir, et il voulut l'accomplir jusqu'au dernier
moment.
Girard (Narcisse) était né à Mantes le 28 janvier 1797. Elève du
Conservatoire, il remporta le premier prix de violon dans la classe de
Baillot. Il étudia aussi la composition et s'y forma par de sévères études.
Après avoir visité l'Italie et s'y être essayé comme chef d'orchestre,
il revint en France où, vers les derniers temps de la Restauration,
Rossini lui confia la direction de l'orchestre du théâtre Italien. Après
1830, il fut appelé à celle de.l'orchestre du théâtre Nautique. Au mois
de novembre 1835, un concert fut donné par M. Hector Berlioz et par
lui dans la grande salle du Conservatoire. Girard s'y produisit comme
compositeur en faisant exécuter une ouverture d'Antigone, et une So-
nata fantasia de Beethoven, mise en symphonie. Bientôt le directeur
de l'Opéra-Comique, M. Crosnier, le chargea de diriger l'orchestre de
son théâtre, et il remplit ces fonctions pendant onze années avec un
talent rare. Non-seulement il perfectionna singulièrement l'exécution
instrumentale, mais il rendit des services réels aux jeunes composi-
teurs, auxquels il donna souvent d'utiles conseils. Lui-même, il écrivit
la partition des Deux voleurs et celle du Conseil des Dix, deux ou-
vrages en un acte. Il avait aussi arrangé et complété une partition
italienne du maestro Coppola, la Pazzaper amore, pour les débuts
de Mme Eugénie Garcia.
L'illustre Habeneck ayant été mis à la retraite, Girard lui succéda,
comme chef d'orchestre de l'Opéra et de la Société des concerts. A sa
mort il lui succéda encore comme professeur de violon au Conserva-
toire, et quand la chapelle impériale fut organisée, il reçut de
M. Auber un titre de plus.
Les obsèques de cet artiste éminent ont été célébrées jeudi der-
nier dans l'église Saint-Roch. Dès neuf heures du matin, la vaste en-
ceinte était remplie. La nef réservée aux personnes qui suivaient le
convoi ne suffisait pas à contenir tous les amis du défunt, les profes-
seurs du Conservatoire, artistes et notabilités de tout genre. A l'entrée
du cortège funèbre, l'orchestre, dirigé par M. Tilmant, a exécuté la
marche funèbre de Beethoven. Les cordons du char étaient tenus
par MM. Auber, directeur du Conservatoire et président de la So-
ciété des concerts ; Halévy, membre de l'Institut ; Alphonse Royer,
directeur de l'Opéra, etTulou, ancien professeur au Conservatoire. Le
Kequiem de Mozart, exécuté par les artistes de la Société des concerts
et de l'Opéra, écouté dans un religieux silence, a produit une pro-
fonde sensation. L'offertoire et la marche de sortie ont été improvisés
sur l'orgue par M. Leprévot. A l'arrivée du cortège au cimetière Mont-
martre, les chœurs de la Société ont encore chanté le De profanais
avec un ensemble admirable.
Plusieurs discours ont été prononcés, le premier par M. Lebouc, se-
crétaire de la Société, qui a caractérisé Girard en ces termes:
« Il sut, dans l'accomplissement de ses fonctions, mériter le respect
» et l'estime de ses subordonnés par son esprit juste et impartial, en
» même temps qu'il obtenait l'entière confiance des directeurs de ces
» grandes entreprises artistiques.
» Une des qualités les plus saillantes du caractère de Girard fut la
» dignité d'artiste qu'il sut garder dans les différentes positions qu'il
» a occupées.
» D'autres que moi vous diront sans doute, Messieurs, avec quelle
» énergie et quelle persistance il travailla à améliorer la position des
» artistes de l'Opéra; quant à moi, parlant spécialement au nom delà
» Société des concerts, je me plais à vous rappeler le zèle et l'amour
» avec lesquels il s'occupait de notre belle institution. Grâce à son
» goût exquis, à la justesse de ses observations, notre Société a conti-
» nué à suivre la voie de perfectionnement dans laquelle son illustre
» fondateur l'avait fait entrer. »
MM. Alphonse Royer et Deldevez ont ensuite parlé au nom de
l'administration et des artistes de l'Opéra; nous regrettons de ne
pouvoir reproduire ici leurs paroles ainsi que celles de M. Trianon,
qui, à titre d'ami, s'est particulièrement attaché à retracer les qua-
lités personnelles de Girard.
Le comité de la Société des concerts a décidé qu'en signe de deuil
sa seconde séance qui devait avoir lieu aujourd'hui serait,, remise au
dimanche, 5 février. C'est M. Tilmant qu'elle a choisi pour chef, et
cet honneur est un juste hommage rendu au talent non moins qu'à la
modestie avec laquelle, lors de l'avènement de Girard, l'ancien lieu-
tenant s'était effacé devant le nouveau général.
L'orchestre de l'Opéra passe sous la direction de M. Dietsch, l'un
des chefs du chant de ce théâtre.
Le règlement du Conservatoire n'admettant que trois classes de vio-
lon, celle que tenait Girard semble devoir être supprimée ; mais dans
cette espèce de succession d'Alexandre , il reste encore un titre à
conférer, celui de chef d'orchestre des concerts de la cour. Un nom
se présente tout d'abord , celui d'Hector Berlioz , qui déjà célèbre ,
consentit à s'associer Girard dans le concert que nous rappelions tout
à l'heure, lorsque celui-ci avait encore ses preuves à faire, et qu'il
lui fallait un ferme appui pour l'y aider.
P. S.
NOUVELLES.
»*,,. Au théâtre impérial de l'Opéra Mlle Marie Brunet a fait lundi
son premier début dans le rôle de Valentine, des Huguenots. On sait
qu'elle arrive de Marseille, et qu'elle avait fait ses premiers pas au
théâtre Lyrique dans un petit rôle de la Fanchonnette; Alors elle sortait du
Conservatoire où elle prenait des leçons de Mme Damoreau. Depuis elle
a étudié avec Duprez et elle a voulu changer de genre. A-t-elle eu tort
ou raison? c'est une question que nous jugerons un autre jour.
Mlle Brunet doit, dit-on, faire son second début dans la Juive.
*** Le Pardon de Plaërmel a été joué mardi et jeudi. Maintenant que le
chef-d'œuvre a dépassé sa soixantième représentation, le moment est
venu d'en faire jouir cette portion du public auquel le théâtre est in-
terdit pendant la semaine; on le donnera donc, par extraordinaire,
aujourd'hui dimanche, et la salle ne suffira pas à contenir la foule qui
voudra profiter de l'occasion.
t% Le théâtre Italien annonce pour mardi prochain la reprise d'il
Malrimonio segreto, de Cimarosa, qui n'a pas été chanté à Paris depuis
la saison 1846-47.
»*» Giuglini est engagé à la Scala de Milan pour douze représentations
et à raison de 2,000 fr. par soirée. Les débuts du célèbre ténor auront
lieu dans la Favorite.
„*„ Le théâtre Lyrique a donné hier la première représentation de J/«
tante dort, opéra-comique en un acte, de MM. Hector Crémieux et Cas-
pers.
t% Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout
genre, pendant le mois de décembre, se sont élevées à la somme de
1,389,619 fr. 85 c.
a*. Le Pardon de Ploërmel vient d'être joué avec le succès le plus
éclatant à Hambourg et à Dresde. Dans la première ville , c'est
Mlle Schubert qui a rempli le rôle de Dinorah : elle s'est montrée charmante
comme comédienne et comme cantatrice ; elle a été rappelée à diffé-
rentes reprises. A Dresde, où Meyerbeer se trouvait de passage, le maître
DE PARIS.
31
a été rappelé après chaque acte, et S. M. le roi de Saxe l'a fait venir
dans sa loge pour lui exprimer son admiration. Tous les artistes ont dû
reparaître après chaque acte, et Mme Burde-Ney, qui jouait le rôle de
Dinorah, a été rappelée trois fois après l'air de l'Ombre.
*** A la liste des villes où le Pardon de Ploërmel doit être prochaine-
ment représenté, on doit ajouter Angers et Strasbourg.
*% Voici le programme du concert que Richard Wagner donnera mer-
credi prochain, 25 janvier, au théâtre Italien : 1° ouverture du Vaisseau-
Fantôme ; 2° marche et chœur ; 3° introduction du troisième acte (pèle-
rinage); h° chant des pèlerins; 5° ouverture du Tannhaustr; 6° prélude
de Tristan et Iseult; 7°introduction : 8" marche des fiançailles (avec chœur);
9" fête nuptiale (introduction du troisième acte) et épithalame du Lohen-
grin. L'orchestre et les chœurs seront dirigés par Richard Wagner.
*** Emile Prudent est de retour de son voyage à Metz et à Nancy, où
il vient d'obtenir un véritable succès d'enthousiasme. Le célèbre ar-
tiste passera tout l'hiver à Paris.
**, La troupe organisée par les soins de M. Willert Beale pour entre-
prendre une grande tournée artistique dans le Royaume-Uni, est main-
tenant au grand complet et a commencé ses excursions depuis
quelques jours. Les premières séances ont obtenu beaucoup de succès ,
et les rappels n'ont manqué ni à M. Bottesini ni à MM. Sivori, Engel et Rei-
chardt ; en somme l'effet produit est très-bon, et tout annonce que ce
voyage musical sera couronné du plus beau succès. Voici les noms des
artistes engagés par le célèbre imprésario anglais : Partie vocale, Mlle Cor-
bari, Mmes Badia et Fiorentini; MM. Reichardt, Tagliafico et Hatton. —
Partie instrumeniale : piano, M. Brinley Richards ; violon, M. Sivori; har-
monium, M. Engel; contre-basse, M. Bottesini; chef d'orchestre, M. Hat-
ton. Mlle Corbari a été engagée en remplacement de Mlle Balfe, qui a
rompu son engagement au dernier moment.
**„ Sur !a proposition de S. Exe. le ministre de l'agriculture, du
commerce et des travaux publics, M. Alexandre (Edouard), facteur
d'instruments de musique, a été nommé chevalier de la Légion d'hon-
neur.
t% S. M. le roi de Wurtemberg vient de faire remettre à l'éditeur
M. G. Brandus la médaille en or de l'ordre du Mérite civil.
„% S. M. l'Empereur a envoyé à M. Jules Cohen une belle médaille,
à l'occasion de la cantate composée par lui et exécutée au théâtre
Lyrique, après la victoire de Solferino.
„** La préfecture de la Seine publie l'avis suivant : n Un concours de
composition chorale, sans accompagnement, est ouvert par la commission
de surveillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales
de Paris. Deux médailles d'or, de la valeur de 430 fr. chacune, seront
décernées, l'une à l'auteur d'un chant pour voix d'hommes, et l'autre à
l'auteur d'un chant pour 1er et 2° dessus, ténors et basses. Les composi-
teurs ont la liberté de choisir les paroles qu'ils mettront en musique;
mais ils rejetteront rigoureusement toute poésie qui, par le sujet ou par
le style, ne répondrait pas à la destination de leurs morceaux : les éta-
blissements primaires de la ville. Les morceaux couronnés seront exé-
cutés dans une des grandes séances publiques de l'Orphéon. Us resteront
la propriété des auteurs. Les manuscrits devront être envoyés à l'Hôtel
de Ville, au bureau de l'instruction primaire, avant le 15 mars 1860. Ils
ne devront pas porter de nom d'auteur, mais ils seront accompagnés
chacun d'une épigraphe ou devise qui sera reproduite sur un billet ca-
cheté dans lequel le nom de l'auteur sera inscrit. »
„.** Les examens pour l'obtention du certificat d'aptitude à l'emploi de
professeur de chant, dans les écoles communales de Paris, auront lieu
vers la fin du mois de janvier.
,% Théodore Ritter est de retour de son excursion à Marseille, où il
s'est fait entendre avec un immense succès.
„.*„, On annonce que Mme Szarvady (Wilhelmine Clauss) doit donner,
pendant la saison, trois concerts, dont le premier est fixé au 28 janvier.
Pour une artiste d'un talent si rare et de nature tout à fait exception-
nelle, il n'est besoin que de citer son nom et d'y ajouter une date pour
que le succès du concert soit assuré.
*** F. Brassin, l'éminent pianiste, dont les grands succès en Belgique,
en Hollande et en Allemagne sont connus, vient d'arriver. Il passera
l'hiver à Paris et se fera entendre en public.
„,** A peine de retour de Bâle, où il vient de se faire entendre dans
un brillant concert avec Stockhauson, M. Hans de Bulovv se dispose à
donner une soirée musicale dans les salons Pleyel vendredi prochain
27 janvier. Entre autres œuvres classiques, M. de Bulow exécutera la
sonate op. 106 de Beethoven, et divers morceaux de Chopin, Liszt
et Mendelssohn.
„** M. A. Kalkbrenner qui depuis longtemps avait privé le public de
ses productions musicales, vient de se décider, après le succès de sa
mosaïque sur le Pardon de Ploërmel, à faire paraître une série de com-
positions nouvelles et de genres différents, chez l'éditeur Saint-Hilaire.
Outre une collection de musique de danse, il nous promet un grand trio
pour piano, violon et violoncelle , et plusieurs morceaux de chant
M. Kalkbrenner inaugure cette publication par les Chants de l'Italie,
trois nocturnes dé caractère pour piano, et Faites l'aumône à l'orphelin,
stances de M. Paul Saunière.
*** Un violoniste belge dont on dit beaucoup de bien, M.Jacques Dupuis,
va se faire entendre pour la première fois à Paris au prochain concert de
la Société des jeunes artistes, dirigés par M. Pasdeloup. M. Jacques Du-
puis exécutera le concerto de Beethoven.
„,*,,, C'est jeudi prochain que doit avoir lieu la seconde des quatre
séances de musique de chambre données par M. Charles Lamoureux.
Outre le quatuor en ré mineur de Mozart et différents autres morceaux
classiques, M. Lamoureux fera entendre une nouvelle sonate d'Adolphe
Blanc pour piano et violon.
*** L'un des plus brillants disciples de Prudent, M. Léon Dufils,
dont nous avons fait connaître les succès dans nos principales villes de
France, va se faire entendre pour la première fois à Paris. Il donnera, le
mercredi 8 février, dans la salle Herz, un concert à grand orchestre, sous
l'habile direction de M. Tilmant et avec le concours de nos plus grandes
célébrités musicales.
t*t L'excellent violoniste Jean Becker, virtuose de S. A. I. la grande
duchesse de Bade, vient d'arriver de Londres où il a obtenu les plus lé-
gitimes et les plus brillants succès à Saint-Jame's-Hall. Paris va être ap-
pelé à l'applaudir de nouveau, car on annonce son premier concert, dans
les magnifiques salons Erard, pour le mardi soir, 7 février, avec le con-
cours d'artistes les plus distingués.
„/%, Géraldy a fait entendre dimanche dernier, dans la brillante mati-
née donnée par le jeune pianiste , M. G. Pfeiffer, deux nouvelles com-
positions de M. Charles Manry, l'Enfant dangereux et Fleur d'Italie. Ces
charmantes mélodies pleines de grâce et de sentiment ont valu à Gé-
raldy, qui les a chantées avec le goût et la méthode parfaite qu'on lui
connaît, les plus chauds applaudissements.
„.** M. Spira qui, il y a une dizaine d'années, obtenait de très-curieux
résultats au moyen d'un instrument fabriqué avec de petits morceaux
de bois, vient d'arriver à Paris où il compte se faire entendre.
»% On annonce la prochaine inauguration des nouveaux salons d'Erard.
Ils sont parfaits, dit-on, sous le rapport de l'acoustique et peuvent,
contenir environ trois cents personnes.'
*** Samedi dernier, Mlle Balby, élève du Conservatoire , s'est fait en-
tendre au Cercle des sociétés savantes ; la jeune artiste a dit avec beau-
coup de goût l'air du Concert à la cour ; elle a été très-bien accueillie.
»*t Le jeudi, 2 février 1860, l'association des artistes musiciens de
France célébrera la Fête de la Purification, en faisant entendre en l'église
de Saint-Vincent de Paul une nouvelle messe solennelle avec soli, chœur
et grand orchestre, de M. Léon Gastinel, spécialement composée pour
cette circonstance. Les artistes au nombre de deux cents, seront di-
rigés par M. Deloffre. Le grand orgue sera tenu par M. Cavallo.
**„. Le concert de Jacques Baur, qui devait avoir lieu le 25 de ce
mois, est remis au 1k février prochain.
*** M. de Berens, compositeur' suédois, vient de faire représenter à
Stockholm une partition en deux actes sur le poème de Lulli et Quinault,
On a déjà du même compositeur le Songe d'une nuit d'été, ainsi qu'un
opéra intitulé \ioletta.
+% Voici un de ces actes de bonne confraternité artistique que l'on.
est heureux de citer. Pendant un des jours de verglas qui ont signalé
le mois de décembre, un artiste lillois, M. Renaud, gagnait modestement
à pied le village d'Annapes, où l'appelait son travail. M. Renaud est le
chef de la musique d'Annapes et de celle du tissage de Marquette, et,
comme tel se rend chaque semaine dans les localités pour y donner
ses leçons et diriger les répétitions. M. Renaud, en chemin, glissé tout à
coup, tombe et se brise la cheville du pied droit. Quelques instants après,
on ramassait l'artiste sur la route et on le transportait chez lui. Depuis ce
jour, le chef de musique est cloué dans son lit; la guérison d'une bles-
sure du genre de celle qu'il a reçue est longue; il faut de l'argent, beau-
coup d'argent, et les musiciens modestes ne font jamais fortune, loin de
là. Pour comble de malheur, les leçons n'allaient pas, ejt on pouvait
craindre que l'absence du chef n'entraînât la désorganisation des mu-
siques qu'il dirigeait si son remplacement n'était pas effectué. Le chef de
musique du S61' de ligne s'entendit alors avec son sous-chef pour faire
le service de l'artiste blessé pendant son traitement ; la proposition
qu'ils en firent au corps de musique fut accueillie avec empressement, et,
depuis, le chef du 86" se rend à Marquette toutes les semaines, le sous-
chef à Anapes, et tous deux gardent intacte la position qui était la plus
belle partie des ressources du blessé.
„% Un facteur de pianos à Vienne annonce qu'il donnera à chaque
acheteur de piano une prime consistant en un professeur de piano, d'une
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
valeur relative à celle de l'instrument. Des leçons seraient ainsi données
à l'acheteur gratis, ou plutôt en prime, pendant six mois, qui suffisent,
d'après la même annonce, pour apprendre parfaitement à jouer sur les
magnifiques pianos sortant de cette fabrique.
„,*„ Histoire d'un inventeur au dix-neuvième siècle, tel est le titre de
la publication infiniment curieuse et instructive que M. Oscar Comet-
tant a consacrée aux ouvrages et aux luttes d'Adolphe Sax. Nous nous
occuperons de ce livre qui vient de paraître et ne manquera pas de
lecteurs.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„ Strasbourg, 14 janvier. — Les séances de musique de chambre de
MM. Schwaederlé, Mayerhofer, Weber et Oudshoorn sont arrivées à leur
apogée. Depuis cinq ans MM. les artistes-sociétaires ont à se réjouir d'une
sympathie toujours croissante de la part du public, et, dimanche dernier,
la salle de la mairie s'est trouvée littéralement trop petite pour contenir la
société d'élite qui s'y était donné rendez-vous. Outre un charmant quatuor
d'Haydn et la grande fugue du neuvième quatuor de Beethoven, le pro-
gramme portait encore le concerto pour violon d'Auber, l'illustre chef de
l'école française. M. Schwaederlé a su mettre en relief avec l'admirable
talent qu'on lui connaît toutes les beautés de la composition d'Auber
qui a été acclamée par la salle entière. Une toute jeune pianiste,
Mlle Fanny Schwaederlé, a interprété avec grâce et beaucoup d'entente
musicale le trio en mi majeur de Mozart, dans lequel elle a été parfai-
tement secondée par MM. Schwaederlé et Oudshoorn.
,*, Reims. — La Société des concerts vient de donner avec succès son
deuxième concert de la saison. Les artistes engagés étaient : Mme Borghi-
Mamo, MM. Graziani et Ernest Nathan, l'excellent violoncelliste. M" Borghi
a fait fureur, principalement avec la Chanson Napolitaine, de Braga, et
dans le duo du Barbiere avec Graziani, qui, lui aussi, a récolté de nom-
breux bravos. Ernest Nathan a délicieusement accompagné sur son vio-
loncelle Am.or funesto, mélodie de Bonoldi; le Souvenir de Bellini et sur-
tout le Caprice, sur des airs napolitains, deux charmants morceaux de sa
composition, ont valu à Ernest Nathan un succès d'enthousiasme.
»*„, Lille. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se font avec
beaucoup de soin. Ce bel ouvrage sera joué mardi ou jeudi prochain, et
aura pour interprètes Mm* Jienaud, première chanteuse, Barré, baryton,
et un trial du théâtre de Gand engagé pour cet important ouvrage. Trois
beaux décors sont peints par Wicart, décorateur lillois.
■m\ Lyon. — La matinée de M. Pontet a emprunté un attrait tout
nouveau à la présence de Mlle Dorville, jeune pianiste que Paris a
applaudie et qui est venue depuis peu se fixer à Lyon. Cette char-
mante artiste a tenu la partie de piano dans le quatuor de Weber avec
une netteté et un sentiment musical qui lui ont valu l'accueil le plus
brillant.
j,** Rouen. — La reprise de Joconde a été accueillie avec un véritable
plaisir; la charmante partition de Nicolo a été très-bien interprétée par
MM. Méric, Bouvart et M™8 Barbot. A l'étude le Pardon de Ploërmel dont
la première représentation est attendue avec la plus vive impatience.
x*t, Chalons-sur-Saône, 9 janvier. — Les Malices de Nicaise , tel est le
titre d'un opéra-comique, œuvre de deux Chalonnais, et dont notre scène
doit avoir la primeur. La représentation est fixée au 19 courant. Si nous
en croyons les indiscrétions de quelques amateurs, ce début serait des
plus remarquables et de nature à faire concevoir les plus belles espé-
rances. Les rôles principaux sont confiés a Mme Bellet et à M. Morrisson,
baryton de Paris.
**„ Perpignan — On répète VÈtoile du Nord dont la reprise aura lieu
au premier jour. On parle aussi d'un opéra inédit, œuvre de deux com-
patriotes, et dont on dit d'avance beaucoup de bien. .
*** Marseille. — Mlle Octavie Caussemille vient de donner au Grand-
Théâtre un concert qui laissera le souvenir d'une véritable solennité ar-
tistique. La jeune virtuose avait choisi le quatrième concerto syinpho-
nique de Henri Litolu" pour piano et orchestre, vaste composition qui
réunit tous les caprices, toutes les combinaisons les plus difficiles dont
l'habile et savante pianiste a su triompher en artiste supérieure. A
chaque période, enlevée avec la plus merveilleuse précision, il y a eu
des applaudissements sans fin, puis, après le scherzo, plusieurs bouquets
sont tombés sur l'estrade, et Mlle Caussemille, rappelée par toute la
salle, a reparu au milieu de l'enthousiasme universel. Le concerto de
Litolff terminait la première partie du concert. Dans la seconde, Mlle Caus-
semille a joué avec un talent hors ligne la fantaisie de Leybach sur la
Sonnambula, la Jota aragoness, de Gottschalk, et Un carnaval de plus, de
Fumagalli. La partie vocale a obtenu aussi un succès de bon aloi, ce qui
n'est pas surprenant, puisqu'elle se composait de Mme Meillet, de
Mlle Lischtner, de MM. Monjauze, Ismaël et Depassio. Un air de la Flûte
enchantée, un duo de Martha, le boléro des Vêpres siciliennes, la canzon-
nette de Marco Spaia, etc., en ont fait les frais. L'orchestre, vaillam-
ment conduit par M. Momas, a supérieurement rendu les deux ouver-
tures du Freischiitz et de Zampa, et jamais Mlle Caussemille ne sera
mieux secondée qu'elle ne l'a été dans la merveilleuse exécution du
quatrième concerto de Litolff.
CHRONIQUI ÉTRANGÈRE.
**,,, La Haye, 1 8 janvier. — Stradella, l'opéra de M. de Flotow, a
parfaitement réussi, et la seconde représentation avait attiré une foule
immense. L'effet du quatrième acte a été surtout des plus brillants.
M. Tapiau a chanté avec beaucoup de goût le rôle de Stradella. Les
personnages des deux bravi ont été parfaitement rendus par MM. d'Hooghe
et Vrydagh. — Après avoir paru en décembre dans II Trova-
lore, Ernani et Lucrèce, c'est dans Norma que se produisait sa-
medi dernier Mme de Vriès (ancienne choriste du théâtre de la
Haye, sa ville natale). Le succès de cette éminente cantatrice, qui a
créé et joué presque consécutivement vingt-huit fois le rôle de Fidès, du
Prophète, à la Nouvelle-Orléans, rappelle les ovations qu'a obtenues ici
Jenny Lind, il y a quatre ou cinq ans, dans ses fameux concerts. Quel-
ques jours avant la représentation de Norma, Mme de Vriès avait géné-
reusement prêté le concours de son talent au neuvième concert donné
au profit de la caisse de pensions et secours aux artistes. L'or-
chestre a ouvert le concert par une belle symphonie de Joh. Ver-
hulst, admirablement exécutée sous la direction de l'auteur. Tous les
autres morceaux, pour lesquels M. Lubeck a repris le bâton de chef d'or-
chestre, ont également été enlevés avec une précision et une verve d'exécu-
tion toujours dignes des plus grands éloges.
^^Manheim. — Le succès du Pardon de Ploërmel se consolide de plus
en plus. Mlle Mayerhofer est une excellente Dinorah, M. Becker, un Hoël
très-remarquable, et M. Rocke se montre charmant dans le rôle deCoren-
tin. Les décors peints par MM. Muhldorfer, attaché au théâtre de notre
ville, sont admirables.
„*„ Vienne. — Ander, qui faisait sa rentrée par le rôle de Stradella, a
reçu le plus chaleureux accueil. La représentation du charmant opéra de
Flotow a été pour Ander "l'occasion d'un véritable triomphe. Manfred,
musique de Robert Schumann, a disparu de l'affiche après la première
représentation. On répète très-activement Iphigénie en Tauride, opéra de
Gluck. Pendant la dernière saison il y a eu au théâtre de la Cour trois
cent quinze représentations, dont deux cent quarante-trois pour l'opéra
allemand, et soixante- douze pour l'opéra italien.
*% Berlin. — Au théâtre F. Wilhelmstadt a eu lieu la représentation
de Un vieux compagnon ouvrier, pièce à ariettes par M. Kaiser. Après 11
Barbiere, les Italiens donneront Cenerentola, Lucia, il Trovatore. Dans
Lucia doit débuter la signora Rose de Ruda.
»% Milan. — On a donné il y a quelques jours au théâtre Carcano, la
première représentation d'un opéra en quatre actes, intitulé Marie Tudor,
et tiré du drame de Victor Hugo. La partition est du maestro Kachpéroff,
compositeur russe. Le succès a été complet.
t\ Naples. — M. Major Tedesco, frère de la célèbre cantatrice, vient
de faire exécuter par les élèves du Conservatoire deux ouvertures qui
ont obtenu un très-grand succès. Il a, de plus, composé une messe qui,
par faveur spéciale, a été aussi exécutée au Conservatoire et lui a
valu les félicitations de tous les maîtres attachés à cet établissement. —
M. le duc de Satriano, surintendant des théâtres royaux, vient de donner
sa démission qui a été acceptée : son successeur n'est pas encore désigné
officiellement. — Morosina, nouvel opéra de M. Petrella, a été repré-
senté le 6 janvier au théâtre Saint-Charles. L"ouvrage n'a eu qu'un
succès d'estime, et a été assez froidement accueilli. — On répète au
même théâtre, Gemma, qui sera chanté par Mlle Spezza. MM. Mazzoleni
et Pizzigali. — Le ballet de Rita est décidément tombé, eu dépit des
efforts et du talent de Mlle Boschetti.
t*t Madrid, 8 janvier. — Mlle Trebelli , la brillante élève de Wartel ,
a obtenu un nouveau triomphe dans Lucrc-ia Borgia: elle y a chanté le
Brindisi avec tant de hardiesse et d'éclat, que le public l'a obligée d'en
répéter le dernier couplet.
s. OCFOCR.
l.ÉON CI1A1X ET c, nui;
BUREAUX A' PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
IV° o.
29 Janvier 1860.
ON S'ABONNE 1
Dana les Pépnrtrments et à l'Étranger, chez tous
les Murcrmnds de Musique, Us Libraires, et aux
Fui-eaux des RKs^igiTirs et des Postes.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 fr. par an
Départements, Belgique et Suisse... 30 « id.
Étranger 34 » id.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE MUSICAL
SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien : Premier concert de Richard Wagner;
reprise de II Matrimonio segrelo, par Paul Smith . — Théâtre Lyrique :
Ma tante dort, opéra comique en un acte, paroles de M. Hector Crémicux,
musique de M. Henri Caspers, par Léon Bnrocher. — F. Brassin, par
Adolphe Botte. — Auditions musicales, par le même. — Revue des théâ-
tres, par D. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN.
Premier concert «le Richard Wagner.
(Mercredi 25 janvier.)
C'est quelque chose sans doute que de se croire et de s'intituler
fièrement : Musique de l'avenir; il paraît néanmoins que cette musique
ne serait pas fâchée de devenir aussi un peu celle du présent, et la
voilà qui, franchissant le Rhin, nous arrive en la personne de son plus
célèbre représentant, Richard Wagner. Et pourtant n'avait-il pas dé-
claré quelque part dans ses écrits qu'après avoir tenté vainement de
se faire comprendre du public et des critiques, il n'avait plus rien à
attendre de la génération actuelle et ne travaillait que pour l'autre ?
mais fallait-il s'en fier à sa parole? Mozart lui-même était-il bien sin-
cère lorsqu'il disait que la musique de Don Juan n'avait été faite que
pour lui et pour ses amis ?
Quoi qu'il en soit, au seul nom de Hichard Wagner tout le monde
musical s'est ému ; à la seule annonce de son concert, tous les ar-
tistes et amateurs se sont mis en mesure d'y assister, et mercredi, la
salle Ventadour s'est trouvée complètement remplie. Le programme ne
se composait que de huit morceaux, et dans ces huit morceaux il n'y
avait pas un solo ; rien que des ouvertures, des introductions, des
marches et des chœurs. La curiosité générale n'avait pas eu besoin
d'autre excitant que le nom de l'auteur et le titre des ouvrages dont
tous ces fragments étaient tirés : Vaisseau- Fantôme , Tannhœuser,
Tristan et Iseult, Lohcngrin.
Richard Wagner n'est pas seulement un compositeur, c'est tout un
système. Pour lui l'opéra n'est plus l'opéra tel que nous l'avons connu,
aimé, applaudi jusqu'à nos jours; ses formes, consacrées par le temps,
ne sont que des conventions dont il faut se hâter de faire justice.
L'opéra et le drame doivent se fondre en un seul corps, de même que
la poésie et la musique en un seul langage. Donc, il n'est plus ques-
tion d'airs, de duos, trios, quatuors, etc., etc., la ballade et la chan-
son obtiennent seules merci comme produit spontané de la nature. La
mélodie n'est plus admise que dans des cas exceptionnels et à con-
dition de se dépouiller de toutes les vieilles combinaisons, retours pé-
riodiques de motifs principaux, répétitions de paroles et autres moyens
que les musiciens d'autrefois jugeaient propres à en augmenter le
charme et la puissance expressive. Comment et par quels degrés l'au-
teur de ce système en est-il]venu à le concevoir, à le formuler, à le mettre
en pratique ? Quelle est au fond sa valeur, et quelle sera probablement sa
destinée?' Nous n'avons pas à nous en occuper : toutes ces choses ont
été racontées, exposées, discutées avec une telle autorité de science
et de raison par notre illustre collaborateur, M. Fétis, que notre tâche
est plus que remplie d'avance. Quel autre que lui pourrait ajouter
quelque chose aux belles et profondes études qu'il a publiées dans ce
journal même (1)? Là est notre profession de foi ; là sont nos doctri-
nes, et nous ne saurions en avoir d'autres.
Cependant Richard Wagner se décide à tenter chez nous une épreuve
qui ne manque ni d'intérêt ni d'importance. Il vient en quelque sorte
nous consulter pour savoir ce que nous pensons, non plus seulement
de ses théories, mais de ses œuvres. Or, pour que l'épreuve soit
sérieuse , la consultation utile et décisive, il faut d'abord lui accorder
l'audience qu'il sollicite, l'attention à laquelle il a droit. Pour notre
part, quand même nous aurions oublié que nous avons eu l'honneur
de le compter parmi nos collaborateurs, quand nous ne tiendrions nul
compte de sa situation politique, nous n'en serions pas moins dispo-
sés à l'accueillir, à l'écouter, à ne le juger enfin qu'en parfaite con-
naissance de cause.
Le premier concert, donné mercredi dernier, sera suivi de plusieurs
autres, et le second, qui aura lieu mercredi prochain, en reproduira
exactement le programme. Ce que nous avons à constater dès à présent,
c'est que Richard Wagner a été salué à son entrée par des bravos
chaleureux, qui se sont renouvelés après chaque morceau et à la fin de
la soirée. Cce que nous constaterons encore, c'est que, toute opinion
réservée sur le système, le compositeur a porté dans sa réalisation
une grande énergie de volonté, de patience et même de capacité mu-
sicale. Nous verrons plus tard si le public français est ou n'est pas
d'avis que ces rares qualités auraient pu être employées au service
d'une meilleure cause.
Reprise il'JW iriali'ÎHtomio segrelo.
C'était précisément la veille de ce concert dédié à l'avenir que l'on
(1) Revue el Gazette musicale, 1852. Richard Wagner, sa vie, son système de
rénovation de l'opéra, ses œuvres comme poète et comme musicien, son parti en
Allemagne, appréciation de la valeur de ses idées, n° 23 à 32.
34
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
reprenait sur le même théâtre ce vieux petit chef-d'œuvre âgé de
soixante-neuf ans et qui nous parait si jeune encore. Cimarosa reve-
nait de Russie, lorsque l'empereur Léopold lui ayant donné la place
de Salieri à Vienne, il composa le Matrimonio segreto dans une
atmosphère tout imprégnée du souffle harmonieux de Mozart. Cela ex-
plique pourquoi le Matrimonio segreto offre tant d'analogie avec le
Nozze di Figaro, que l'on croirait presque les deux ouvrages sortis
de la même plume. Mozart allait mourir et Rossini allait naître, lors-
que Cimarosa écrivit cette partition ravissante, dans laquelle on peut
dire que les trois maîtres se donnent la main, car si Cimarosa s'ins-
pirait de Mozart, combien Rossini à son tour ne s'est-il pas inspiré de
Cimarosa ? Nous n'en voulons pour preuve que ce finale, dont l'effet
le plus comique se retrouve dans celui du Barbier. Mais qu'importe !
imitation n'est pas copie ; les hommes de génie rendent toujours
beaucoup plus qu'ils n'ont emprunté.
Depuis plus de quinze ans, le Matrimonio segreto n'avait pas été
joué à Paris. Lablache, le plus prodigieux des Geronimo, semblait
l'avoir emporté dans la tombe. Zucc.hini a osé l'en tirer, et il n'a pas
à se repentir de son courage. C'est un des meilleurs bouffons que
nous ayons vu dans ce rôle de sourd, qui est à lui seul l'âme et la vie
de toute la pièce. Badiali chante et joue fort bien celui du comte Ro-
binson, et, quant à la physionomie, à l'âge, à la tournure, Gardoni
est l'idéal du jeune Paolino : seulement l'air Pria che spunti exige
un peu trop de largeur et de puissance, il ne s'en tire qu'à force
d'habileté. Les deux sœurs et la tante, Carolina, Lisetta, Fidalma ont
pour interprètes Mmes Penco, Dottini et Alboni ; sur les trois on
compte au moins deux cantatrices et deux voix admirables. On leur a
redemandé le charmant trio du premier acte, et il faut dire qu'à la
seconde fois Mme Dottini a beaucoup mieux dit sa partie qu'à la pre-
mière. Somme toute, la reprise a fait grand plaisir et prouve de plus
qu'il y a encore beaucoup d'avenir dans le passé.
Paul SMITH.
THÉÂTRE LYB1QUE.
MA I.4SIB »'Ô»'T,
Opéra-comique en un acte, paroles de M. Hector Cré.mieux,
musique de M. Henri Caspers.
(Première représentation le 2Î janvier 1860.)
Voici une petite pièce fort gaie, et dont le dialogue ne manque pas
d'esprit. Il faut noter le fait, qui est devenu assez rare.
Mlle Gabrielle, nièce de Mme la marquise d'Ambert, est mandée
en toute hâte, dans je ne sais quelle petite ville de la Guyenne ou du
Languedoc, par madame sa tante qui veut la marier. — A qui ? Ga-
brielle n'en sait rien, et la terrible tante lui assure qu'elle n'a pas à
s'inquiéter de ce détail. Gabrielle s'est donc mise en route, escortée
de Mlle Martine, rusée soubrette, digne de l'ancienne comédie. Mais le
moyen de voyager sans aventures ? Tous les voyageurs en ont eu,
depuis Ulysse jusqu'à Robinson Crusoé. L'aventure de Gabrielle et de
Martine a été la rencontre de M. le chevalier de... — je vous dirais
son nom si je le savais, — cheminant, de son côté en compagnie de
son valet Scapin. Le chevalier a trouvé Gabrielle charmante; il a eu
pour elle mille attentions délicates, et n'a pas montré moins de respect
que d'empressement. Scapin, quoique moins jeune et moins tendre,
était trop fin connaisseur pour ne pas apprécier le piquant minois et
l'œil fripon de Mlle Martine. Martine, fille expérimentée, a jugé que
Scapin avait beaucoup d'esprit, et Gabrielle a été si vivement touchée
des agréments de M. le chevalier, qu'elle n'a pu lui refuser la pro-
messe de le présenter à sa tante.
Or, à leur arrivée dans la petite ville en question, Mme d'Ambert
n'y était plus. Que faire en attendant son retour ? Comment se pré-
server des séductions de M. le chevalier, et des entreprises du trop
dangereux Scapin ? Martine, prudente et avisée, imagine un strata-
gème assez original. Elle se procure un mannequin, l'habille de la robe
à falbalas et de la mante de la marquise, le chausse de ses souliers,
le coiffe d'une grande perruque en pyramide, poudrée à frimas, l'ins-
talle au milieu du salon dans un fauteuil à la Voltaire, lui donne l'atti-
tude d'une femme endormie, et lui voile convenablement le visage. —
Maintenant, monsieur le chevalier, venez quand il vous plaira, je ne
vous crains plus. — 11 paraît en effet, et peint sa passion avec toute
l'ardeur de son âge ; mais à chaque parole un peu trop vive, à chaque
note un peu trop accentuée : — Chut ! la tante dort : respectez son
sommeil ! Je vous préviens qu'elle est toujours de mauvaise humeur
en s'éveillant»; elle vous mettrait infailliblement à la porte. Partez donc,
c'est le phis sûr ; vous reviendrez un peu plus tard.
Scapin découvre la supercherie. Il en conclut assez légèrement que
Gabrielle et Martine sont deux intrigantes, et court prévenir son
maître. Mais pendant ce temps la marqnise arrive. Grand embarras
de Scapin ! Le chevalier est vif : il commettra quelque impertinence,
et tout retombera sur le maladroit valet, qui sera battu pour son
excès de zèle. Comment détourner cette catastrophe ? Présenté à la
marquise en qualité de coiffeur, il lui débite, en la frisant, un conte si
ennuyeux qu'il réussit à l'endormir, et, lorsque le chevalier vient
exprimer son indignation, on lui chante de nouveau : Ma tante dort !
Mais Scapin n'y gagne rien. 11 a beau répéter vingt fois à son maître :
— Allons, monsieur, sortons d'ici, le chevalier a mauvaise tête. Il tient
à confondre Gabrielle. — Ah ! votre tante dort F Voilà bien longtemps
qu'elle dort! 11 faut enfin la réveiller !... Et il secoue rudement la
dormeuse qui s'éveille en sursaut, et l'écrase du poids de son cour-
roux !
— Ah ! Scapin, tu me le paieras ! — Mais Scapin a disparu. Où
s'est-il caché? Il se montre bientôt par un œil-de-bœuf et parlemente.
Mais le chevalier est intraitable. — Je te tuerai, maraud ! — Eh! bien,
j'aime mieux vous en éviter la peine. Passez-moi votre épée. — La
voilà. — Merci, mon bon maître. Recevez mon éternel adieu. Après
un moment, un gémissement se fait entendre, puis un bruit sourd,
puis la porte s'ouvre et l'on voit Scapin qui tombe transpercé sur le
plancher. — Scapin est mort! Pleurons son triste sort! Et l'on
chante l'oraison funèbre de Scapin sur un ton qui n'est rien moins
que pathétique. Lorsqu'on a suffisamment chanté et qu'il est temps de
finir, il se trouve, — ce que vous avez certainement deviné dès le
commencement, — que le futur choisi par la marquise et le chevalier
préféré par Gabrielle ne font qu'un. Alors Scapin ressuscite. C"est le
mannequin qu'il avait tué, après l'avoir revêtu de son pourpoint, de
son haut-de-chausses et de son bonnet de Scapin.
Les détails seuls donnent du prix à ces folies. Le dialogue de Ma
tante dort est spirituel et plaisant. On rit depuis l'exposition jusqu'au
dénoûment. Que peut-on demander de plus ? Se plaindre, argumen-
ter, critiquer après avoir ri serait la marque d'un trop mauvais ca-
ractère .
M. Caspers a placé au début de son ouverture un des meilleurs
morceaux de sa partition : c'est le quatuor où Martine et Gabrielle
mettent des sourdines à la passion du chevalier, quand elle devient
un peu trop expansive, par ces mots vingt fois répétés : Chut! ma
tante dort ! C'est le titre de la pièce qui sert ainsi de prologue à la
partition. Il était impossible de penser plus juste et plus ingénieuse-
ment. Ce que les voix chanteront plus tard est arrangé pour les instru-
ments à vent de la manière la plus heureuse, et les trombones, dont
la sonorité est habilement retenue et voilée, y font un accompagne-
ment singulièrement agréable. Une mélodie exécutée par le hautbois
et variée par la flûte complètent l'effet de cette jolie introduction.
Puis la mesure change, ainsi que le mouvement. Les violons prenant
la parole à leur tour entament l'allégro, dont le motif est piquant et
dont les développements, adroitement et lestement conduits, ont pour
DE PARIS.
35
conclusion une petile valse sur laquelle la pièce doit •finir. De vifs
applaudissements ont salué cette jolie symphonie, applaudissements
qui ne partaient pas seulement du fond du parterre, comme il arrive
trop souvent aujourd'hui dans les théâtres.
L'air syllabique de Martine : Madame la marquise, est facilement
écrit et ne manque pas de gaieté ; mais le thème n'offre rien de
saillant. La romance en duo chantée par Martine et Gabrielle est gra-
cieuse et accompagnée avec élégance, surtout au second couplet ; seu-
lement on est tenté, en l'écoulant, de se demander si l'on n'a pas déjà
entendu, dans son jeune temps, quelque chose de semblable.
Le quatuor : Ma tante dort, est beaucoup plus neuf, les voix y sont
fort bien disposées, l'effet en est parfaitement agréable; nous nous
étendrions davantage sur ce morceau, si nous n'en avions déjà parlé
à propos de l'ouverture.
L'air bouffe de Scapin : Chez les valets, il faut le reconnaître, a
été vigoureusement applaudi. L'idée en est plaisante. Scapin assure
que les valets ont beaucoup plus d'esprit que les maîtres, qu'ils veil-
lent sur eux, qu'ils pensent pour eux, qu'ils inspirent leurs résolu-
tions et dirigent leur conduite, qu'enfin le maître serait fort embar-
rassé et ferait mille sottises, si son valet l'abandonnait à lui-même.
Cela est plus vrai au théâtre que dans la vie réelle. Mais qu'importe!
le paradoxe est amusant. Le compositeur ne nous a point paru là au
niveau du poëte, et doit, ce nous semble, à la verve du chanteur une
bonne part de son succès.
Ce morceau est suivi d'un second air de Martine, bien supérieur au
premier, gai, spirituel et d'une vivacité charmante. Le duo de la
marquise avec Scapin qui la coiffe est mieux réussi encore, surtout à
l'endroit où Scapin assoupit sa pratique par ses contes à dormir de-
bout. Le chant y est vague et lourd, l'accompagnement monotone,
des bâillements très-expressifs se mêlent à la mélodie sans en déchi-
rer le tissu. Tout enfin y est spirituellement conçu et touché avec
finesse.
L'auteur n'a pas été moins bien inspiré dans le finale, et surtout
dans le trio consacré à l'oraison funèbre de Scapin : Scapin est
mort !
Meillet et Mme Ugalde jouent les deux rôles principaux, ceux de
Scapin et de Martine, avec beaucoup d'esprit et de verve. On regrette
seulement que Mme Ugalde gâte parfois ses rares qualités par de
l'exagération et des excès de hardiesse. Quel service on lui rendrait
si l'on pouvait lui donner plus de tact et de mesure. Sa voix est un
peu fatiguée, mais on s'en aperçoit à peine, tant elle donne d'accent
et de relief à tout ce qu'elle chante. Après tout, c'est une artiste re-
marquable, et ses défauts même donnent peut-être à son talent une
physionomie plus originale.
Léon DUROCHER.
AUDITIONS MUSICALES.
Deuxième séance «le musique «le chambre «le SEnnrïn et Che-
villard. — Kctlcrer et Alfred SSutcl. — D. ïBasvmi-, .
La seconde séance de la Société Maurin , Chevillard , Viguier et
Sabattier avait attiré chez Pleyel l'auditoire choisi, le public tout ex-
ceptionnel qui, chaque année, vient étudier ce que Beethoven a mis
de profonde rêverie, de science hardie et de génie clans ses dernières
œuvres. On a beaucoup applaudi et sans doute beaucoup compris.
Nous parlons d'un maître illustre, et nous n'ignorons pas que nous
avons contre nous bien des opinions faciles et commodes , bien des
admirations toutes faites, fondées non pas toujours sur l'analyse, sur
le plaisir, sur les sensations éprouvées, mais quelquefois sur l'autorité
colossale d'une gloire immense ; cependant nous aurons le courage de
dire qu'il nous reste encore quelques doutes sur la sublimité de cer-
taines parties de plusieurs de ces ouvrages. L'archet expressif et en-
traînant de Maurin, le jeu si pur et si touchant de Chevillard, leur
admirable interprétation ne peuvent parvenir à nous en délivrer entiè-
rement.
Mozart, le divin Mozart, est aussi un grand nom, aimé et vénéré de
tous. Pourtant ceux qui lui préfèrent Beethoven ne se gênent guère
pour dire que sa musique de piano, que sa musique de chambre toute
charmante, toute suave, toute mélodique, contenant à chaque instant
de ravissantes finesses harmoniques jetées profusément, mais toujours
avec le goût le plus pur, est toutefois dépourvue en général de vigueur
et d'élan. Nous ne sommes nullement de cet avis que nous entendons
émettre tous les jours par des musiciens et surtout par des hommes
distingués étrangers à l'art musical, par des savants, par des peintres,
par des poètes. Qu'y a-t-il au fond de tout cela ? Une injustice, ce
nous semble, comme dans la plupart des comparaisons. Mozart, ré-
pète-t-on, c'est l'esprit, l'enjouement, la tendresse, la grâce, le charme ;
Beethoven, c'est la passion, la force, la couleur, l'impétuosité. Mon
Dieu, non ! c'est cela et c'est autre chose encore ; car Mozart est singu-
lièrement vigoureux et pathétique, Beethoven est singulièrement ten-
dre et insinuant : leurs moyens diffèrent comme leur nature , voilà
tout; mais ils sont complets l'un et l'autre dans leurs chefs-d'œuvre.
Prenez leurs belles pages, et dites si elles ne sont pas parfaites et
si le génie humain a jamais été plus loin.
Dans le quatuor en si bémol que nous avons entendu jeudi dernier,
parmi d'incontestables beautés, à côté du presto-scherzo, à côté de
l'admirable andante qui précède la dansa tcdesca et la cavatine ada-
gio molto espressivo dont il est superflu de vanter ici le charme
incomparable, les vifs accents de sensibilité, on pourrait blâmer l'abus
de surprises provenant d'un trop grand luxe de modulations quel-
quefois brusques. Le premier morceau surtout laisse un peu trop voir
le procédé : en quatre pages, on y compte six passages subits de
l'adagio à Y allegro. Ces soubresauts de la passion, de l'amour, de la
douleur s'exprimant par un trait rapide d'une seule mesure et par une
autre unique mesure d'un mouvement très-lent, dans un rhythme dif-
férent, peuvent paraître un moyen aussi court que violent. Ils saisis-
sent fortement et frappent l'imagination des auditeurs ; cela est vrai ;
mais que nous aimons bien mieux les développements unis, majes-
tueux que Beethoven, plus que tout autre peut-être, savait si bien
trouver, notamment dans ses merveilleux adagio I Combien nous
préférons leur ampleur et leur beau naturel à ces successions de pe-
tites phrases qui, si elles peignent le désordre et la fougue, annoncent
le parti pris d'étonner par des transitions toujours uniformes !
Les exécutants se sont surpassés en jouant le quatuor en mi mi-
neur, op. 59. Il nous serait difficile de dire tout le plaisir qu'ils ont
causé; ils ont montré une grande supériorité, une grande puissance
de style dans ces pages qui, comme toutes celles de Beethoven, de-
mandent, pour être ainsi rendues, autant d'habileté matérielle que de
souffle poétique.
Chose qui paraîtra singulière à certains esprits, un andante de
Haydn a peut-être produit une plus vive impression encore. Le con-
traste était grand en effet. On se délectait à cette simplicité, à cette
limpidité tonale qui laisse voir tout d'un coup ce que l'œuvre recèle
de mélodie et d'harmonie. Certes, le vol est moins hardi ; on touche
quelquefois la terre, nous le voulons bien ; mais l'auteur y trouve de
si jolies fleurs, de si fraîches pensées , il y chante des amours si naïfs,
si gracieux, qu'on oubliait presque avec plaisir en l'écoutant les aspi-
rations plus hautes, les sentiments plus exaltés qui tout à l'heure
ébranlaient l'esprit,
Mme Tardieu de Malleville a ravi l'auditoire en jouant encore avec
36
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
la netteté, la grâce, la manière correcte et contenue qui la distinguent,
un air varié de Haendel.
Dans ces derniers temps, on a bien voulu dire à nos compositeurs
qu'ils avaient perfectionné et agrandi la variation. En vérité, il eût été
permis d'en douter en entendant celles de Haendel. Assurément il ne
disposait pas d'un instrument aussi suave, aussi brillant, aussi so-
nore que ceux de Pleyel-Wolf, et nous n'avons rien à regretter de ce
côté ; mais, au point de vue de la composition musicale, nous pouvons
regretter plus d'une fois les adorables broderies, les coquetteries har-
moniques que les vieux maîtres trouvaient aussi bien sur leurs clave-
cins que dans l'orchestre.
— MM. Eugène Ketterer et Alfred Mutel faisaient entendre diman-
che, dans les salons de Pleyel-Wolff, leurs dernières productions. On
adopte assez difficilement les nouveautés, mais on veut en entendre à
tout prix, ne serait-ce que pour en médire un peu. Quoi qu'il en soit,
nous ne profiterons pas de l'occasion, et nous ne vanterons pas les
anciennes compositions de Ketterer au détrimeut de celles qui viennent
d'éclore. Nous avons retrouvé dans Y Aubade espagnole, dans le Réveil
des sylphes, aussi bien que dans Chanson de chasse et dans Darmstadl,
les qualités élégantes qui firent le succès de la Marche hongroise, de la
jolie mélodie intitulée Souvenir, et de mille autres choses légères et
gracieuses. Nous y avons même remarqué, de plus, une certaine
variété de ton et d'accent, qualité rare et précieuse que Ketterer laissa
désirer plus d'une fois. 11 n'a pas enfermé sa pensée dans ces petits
rhythmes sautillants, dans ces traits rapides et brillants, toujours les
mêmes, qui plaisent d'abord à l'oreille, mais qui bientôt lassent l'es-
prit, cherchant quelque chose et se dépitant de ne rien trouver de
franc, de senti et de coloré. 11 n'a pas refait toujours le même mor-
ceau, et ne s'est pas contenté de la seule nouveauté des thèmes. Nous
l'en félicitons ; car on peut rester très-orné, très-fécond en effets de
virtuosité, et néanmoins ne pas s'en tenir à cet unique intérêt qui
s'épuise vite; on doit demander à la mélodie, à l'harmonie, leurs sé-
ductions et leurs charmes bien plus puissants que les agréables grou-
pes, les éclatantes fusées de notes dont se contentent souvent tant de
jeunes compositeurs.
Le succès du pianiste n'a rien eu à envier à celui de l'auteur. On a
vivement applaudi cette grâce de style, cette netteté scintillante qui se
joue des difficultés et qui leur enlève ce qu'en d'autres mains elles
laissent paraître d'études laborieuses et de gène peu aimable.
La partie vocale tout entière était consacrée à l'exécution des mé-
lodies d'Alfred Mutel. Elle était confiée à Mme Altès, de l'Opéra, et à
Jourdan, de l'Opéra-Comique ; c'est dire que le chant dramatique et
varié y a recueilli bon nombre de bravos. M. Mutel avait choisi plu-
sieurs pièces remarquables de Pierre Véron et de G. Choquet ; mais
c'est au poète que nous aimons, que nous admirons tous, à Méry, qu'il
demande le plus souvent ses inspirations. Dimanche encore, l'auditoire
était ravi par ce délicieux fabliau , l'Eventail, dont nous détachons
quelques vers :
Quand les pauvres dieux du Pinde
Furent vendus en détail,
Zéphire partit pour l'Inde,
Le dieu se fit éventail.
Puis il fit le tour du globe,
Toujours donnant la fraîcheur
Au corsage d'uue robe,
Au calice d'une fleur.
Ce petit conte a porté bonheur au musicien qui, hardi, mais non
téméraire, puisque cela lui a réussi, n'a pas craint de s'attaquer à
Voltaire. Il a fait entendre les belles stances que l'auteur de Candide
écrivit dans une heure de mélancolie : Si vous voulez que j'aime
encore, etc.
Les œuvres de Mutel ont un cachet de distinction que l'on ne sau-
rait méconnaître. Chanteur plein de goût, il écrit bien pour les voix;
harmoniste correct, il accompagne ses chants d'une façon peu com-
mune; mélodiste souvent heureux, il connaît déjà le succès, le Credo
des quatre saisons lui a ouvert le chemin de la popularité. Ses nou-
velles romances suivront-elle l'exemple du Credo'! Pas toutes peut-
être ; mais nous ne serions nullement surpris que plus d'une atteignît
à un débit aussi prompt et arrivât à la cime de ce mât de cocagne
de la vogue où ne s'élèvent pas toujours les choses les mieux pen-
sées et les mieux écrites.
Herman a délicieusement joué sa dramatique fantaisie sur la Norma.
Le grand duo qu'il a composé avec Kettere^ sur le Pardon de
Ploërmel a causé un indicible plaisir. Les mélodies de Meyerbeer
qui, belles et rayonnantes de fraîcheur, ne perdent rien de leur éclat à
être ainsi transplantées et à passer du théâtre aux salles de concert,
ont valu aux deux virtuoses un rappel enthousiaste.
— A l'audition des dernières productions de M. Magnus, pianiste-
compositeur, on a applaudi d'abord lin fort joli trio de Félicien Da-
vid ; puis des morceaux originaux très-dissemblables et d'un charme
inégal, parmi lesquels nous avons surtout remarqué une berceuse,
une mazurka et un morceau de bravoure. L'espace nous manque
pour les apprécier comme ils le méritent ; mais les jeunes pianistes
sauront bien, sans nous, choisir celui qui répondra le mieux aux be-
soins de leur intelligence musicale. Peut-être les adopteront-elles tous
les trois, comme elles ont déjà adopté, du même auteur, les réminis-
cences de l' Eclair et le caprice sur les Huguenots. '
Adolphe BOTTE.
REVUE DES THÉÂTRES.
Théâtre-Français : Le Quinze janvier, à-propos en un acte et en
vers, par M. Henri de Bornier; le Malade imaginaire et ses trois
intermèdes. — OdéON : La Fête de Molière, à-propos en un acte et
en vers, par M. Alexis Martin. — Vaudeville : La Pénélope nor-
mande, pièce en cinq actes, par M. Alphonse Karr. — Palais-
Royal : Jeune de cœur, vaudeville de MM. E. Martin et de Najac;
J'invite le colonel, vaudeville de MM. Marc-Michel et Eug. La-
biche. — Ancien Cirque : l'Histoire d'un drapeau, drame en
douze tableaux, par M. Dennery.
La Comédie-Française ainsi que l'Odéon' ont conservé la louable
habitude de fêter, le 15 janvier, l'anniversaire de la naissance de
Molière. Cette année le retour de cette solennité a donné naissance
à deux à-propos en vers qui ont été également bien accueillis sur
l'une et sur l'autre rive de la Seine. Quelques vers heureux, quel-
ques allusions ingénieuses recommandent le Quinze janvier que
M. Henri de Bornier a fait représenter au théâtre de la rue Richelieu,
moins comme une comédie véritable que comme un prologue sans
prétention destiné à servir de lever de rideau au Malade imaginaire.
Le côté piquant de cette soirée résidait surtout dans les intermèdes
ajoutés à la pièce de Molière. Nous savions que Got est un excellent
comédien, mais nous ignorions qu'il fût aussi chanteur, et, à ce titre,
nous lui devons des compliments pour la manière dont il s'est ac-
quitté de la scène de Polichinelle et des archers. 11 est vraiment à
souhaiter que le rétablissement de ce joyeux intermède ne reste pas
un fait isolé, et que l'on restitue en même temps au Médecin malgré
lui la scène qui formait le second intermède. Quant au troisième,
c'était, comme de coutume, la cérémonie de la réception avec le
défilé traditionnel-; mais ce qui en faisait l'attrait le plus curieux,
c'était la résurrection de la risible musique de Charpentier remplacée
depuis longtemps par des airs plus modernes. Le grand succès de cette
représentation devrait engager la Comédie-Française à la renouveler
souvent dans les mêmes conditions d'intérêt rétrospectif.
L'à-propos de l'Odéon, intitulé la Fcte de Molière, est le début d'un
jeune poëte, M. Alexis Martin, dont les vers ont été si chaleureuse-
37
ment applaudis qu'ils pourraient bien survivre longtemps à la cir-
constance.
— Le pêcheur de Sainte-Adresse, le jardinier de Nice, l'auteur des
Guêpes, Alphonse Karr en un mot, vient tout à coup de se révéler
comme écrivain dramatique, dernière incarnation que la nature de
son talent ne laissait guère prévoir. Il est vrai que les bruits de cou-
lisse lui attribuent deux collaborateurs qui ont fait tout exprès le
voyage de Nice pour l'arracher à ses fleurs et pour le forcer de ve-
nir affronter, malgré lui, les caprices du public parisien. La partie
était chanceuse, car, de tous les ouvrages d'Alphonse Karr, la Péné-
lope normande était assurément celui qui présentait le plus de diffi-
cultés à sa transformation en pièce de théâtre, notamment pour la scène
du Vaudeville. Rien de plus sombre en effet, de plus répulsif, même en
dépit de ses charmes de pensée et de style, que le sujet de ce livre.
D'Apreville, un capitaine au long cours, a épousé une jeune fille,
Noémi, pour laquelle il rêve toutes les joies, toutes les splendeurs
de la terre. Dans le but de les lui procurer il se condamne à un long
exil et s'embarque en laissant sa femme à la garde d'un rustre qu'on
nomme Anthime Ferrouillat. Bien différente de son modèle antique,
cette autre Pénélope, au lieu de filer de la laine, se jette par désœuvre-
ment dans les bras de son ignoble gardien. Puis elle est prise de
dégoût et elle cherche à effacer sa première faute par une intrigue
un peu plus éthérée avec un homme du monde, René de Sorbières.
Le mari revient inopinément, apprend ce qui s'est passé en son ab-
sence, fait tuer René de Sorbières par Ferrouillat, tue à son tour
celui-ci et se rembarque après avoir défiguré sa femme à l'aide d'une
fiole do vitriol. L'aimable et gracieuse donnée pour un théâtre au
fronton duquel on lit le mot Vaudeville ! Nous ne nions pas son es-
sence dramatique, au contraire c'était pour nous un motif de frayeur
et de doute avant de la voir approprier à la scène, et Alphonse Karr,
ou plutôt ses collaborateurs anonymes, qui sont gens du métier, en ont
si bien senti les dangers qu'ils se sont efforcés par tous les moyens
possibles d'atténuer les conséquences. Qu'en est-il résulté ? C'est que
presque tous les événements principaux de la pièce se passent dans
les entractes et sont réduits à l'état de récits. Grâce à ces précau-
tions timides ils ont pu être conservés. Le dénoûment seul a dû subir
une réforme complète, et par suite le but moral s'est trouvé annulé.
Le roman du moins punit la femme coupable dans sa beauté qui a
été la cause et non l'excuse de sa trahison. Le d'Apreville de la pièce
se montre plus généreux, mais moins vrai; et lorsqu'il s'est vengé
des amants de Noémi, il lui pardonne, à elle, en la quittant. Est-ce
donc pour se donner authentiquement ce démenti qu'Alphonse Karr a
consenti à patronner la Pénélope normande du Vaudeville ? C'est là
une défaillance dont nous n'aurions pas cru capable l'esprit le plus
droit et le plus ferme de la littérature moderne. Constatons toutefois
sous cette réserve que la pièce a brillamment réussi et qu'elle de-
viendra peut-être cenlenaire. Mais elle devra en grande partie ce ré-
sultat au jeu des artistes, en tête desquels nous citerons Lafontaine et
Mme Doche.
— Deux petites pièces sont venues prêter main-forte à la revue du
Palais-Royal qui commençait à en éprouver le besoin. La première,
Jeune de cœur, a été faite en vue d'Arnal; c'est l'odyssée d'un no-
taire de province qui, après avoir vendu son étude, veut faire enfin
connaissance avec les plaisirs, avec les enivrements de Paris. Il tombe
chez un neveu qui est justement à la veille de se marier et de dire
adieu à cette vie dont le bonhomme Gélinet caresse la douce perspec-
tive. Privé de la boussole sur laquelle il comptait, Gélinet fait fausse
route et se trouve lancé dans une foule de complications périlleuses
qui le guérissent bien vite de ses idées folâtres et le ramènent au gîte
natal. Dans la seconde, J'invite le colonel, c'est Ravel qui est chargé
d'égayer la scène, et, les auteurs aidant, la tâche lui est facile. Sa
situation est celle d'un mari qui, surpris par sa femme en flagrant
délit d'infidélité, est forcé de lui abandonner le gouvernement du mé-
nage et qui, à chaque symptôme de révolte, se voit menacé de la
peine du talion sous la forme d'un colonel imaginaire. Le mari dé-
couvre la ruse et lève aussitôt l'étendard de l'insurrection ; mais voilà
que le colonel devient une belle et bonne réalité qui force Ravel d'ab-
diquer définitivement entre les mains de sa moitié, trop généreuse
pour abuser outre mesure de' ses terreurs et pour persister dans ses
invitations au colonel. Tout cela n'est ni très-neuf ni très-piquant,
mais c'est rondement joué par Arnal et par Ravel, ces deux vétérans
de la pointe et du couplet.
— Le théâtre Impérial de l'ancien Cirque, restauré avec autant de
goût que de luxe par M. Holstein, son nouveau directeur, a convié ces
jours derniers le public du boulevard du Temple h une réouverture
des plus intéressantes et en même temps des plus splendides. La répu-
tation d'habile metteur en scène que M. Holstein s'est acquise dans
son double passage au théâtre Historique et à celui de la Gaîté n'a
pas été sans influence sur le succès de l'Histoire d'un drapeau, drame
militaire dont M. Dennery a seul accepté la paternité, mais pour le-
quel on lui prête un éminent collaborateur, le même, dit-on, qui
partage secrètement les honneurs de la Tireuse de cartes avec M. Vic-
tor Séjour. Quoi qu'il en soit, en retrouvant ses vieux uniformes de
la république et de l'empire, ses évolutions équestres et ses batailles
tapageuses, le Cirque va retrouver ses beaux jours d'autrefois. La
fable du drame de M. Dennery est d'ailleurs assez bien agencée pour
servir de lien suffisant à ces tableaux patriotiques qui nous trans-
portent du pont d'Arcole à la révolte du Caire, des neiges de la Russie
au retour de l'île d'Elbe, et qui nous montrent en rêve les futurs
triomphes de Malakoff et de Solférino. Le drapeau national brille d'un
vif éclat à travers ces héroïques péripéties, et il est bravement dé-
fendu par Laferrière, un comédien éprouvé que nous avons vu souvent
à l'œuvre. Deux nouveaux venus, M. Jenneval et Mlle Clarisse Miroy,
se distinguent également dans la mêlée ainsi que deux anciennes con-
naissances, Colbrun et Volet. Le ballet est charmant, les décors sont
pittoresques. . . . enfin tout est pour le mieux dans ce théâtre rajeuni
dont l'audacieuse métamorphose semble vouloir protester contre la
démolition prochaine dont on le menace.
D. A. D. SAINT- YVES.
Le défaut d'espace nous oblige à remettre au prochain numéro le
compte rendu d'une audition intime dans laquelle M. Brassin a fait
admirer son beau talent de pianiste.
IOUVELLES.
**„ Au théâtre impérial de l'Opéra, les répétitions de Pierre de Médicis,
dont M. le prince Poniatowski a écrit la musique, n'ont pas subi d'in-
terruption par suite de la mort si regrettable du chef d'orchestre, et
rien ne fait pressentir que l'ouvrage soit donné plus lard qu'on ne l'avait
annoncé.
*** M. Victor Massé, l'auteur des partitions de Galathée, des Noces de
Jeannette et de la Reine Topaze, a été nommé chef du chant, en rempla-
cement de M. Dietsch, appelé à diriger l'orchestre.
**„ La représentation extraordinaire du Pardon de Ploërmel, donnée
dimanche dernier au théâtre del'Opéra-Comique, a produit tout ce qu'on
pouvait en attendre : salle comble, recette énorme et succès de même
proportion. Il est donc tout simple que la direction se serve aujour-
d'hui du même moyen pour obtenir un résultat semblable. Le Pardon
de Ploërmel, qui a été joué jeudi, sera donc encore représenté aujour-
d'hui dimanche, sans préjudice des représentations de la semaine.
x*n, L'Opéra-Comique annonce pour samedi prochain la première re-
présentation du Roman d'Elcire , opéra-comique eu trois actes , de
MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique d'Ambroise Thomas, et
qui portait d'abord le titre provisoire de Fantaisie de marquise.
38
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
*** Orphée, la Rrine Topaze, les Noces de Figaro et Ma tante dort dé-
frayent le répertoire du théâtre Lyrique.
„** La semaine prochaine aura lieu, au théâtre des Bouffes-Parisiens,
la première représentation du Carnaval des Revues, revue de carnaval en
neuf tableaux et un prologue, de MM. Orangé et Gilles; la musique est
d'Offenbach qui, aux mélodies les plus populaires de son répertoire, a
ajouté des airs nouveaux et des arrangements sur différents opérasqu'on
dit pleins de piquant et d'originalité. La pièce sera jouée parMmes Tau-
tin, Chabert, Maréchal, Tostée, Cico, Rose Deschamps, Fréval, Eeaudoin,
Lasserre, et par MM. Léonce, Désiré, Tayau, Guyot, Duvernoy, Marchand,
Caillât, Desmont, Bonnet, Jean-Paul, Tautin père, etc. Les décors sont
de MM. Cambon et Thierry. On compte sur un grand succès.
„*„, Roger, appelé à Dijon pour concourir à une grande fête musicale
organisée au profit des pauvres, a reçu du public l'accueil le plus cha-
leureux. La veille du concert, il assistait dans la loge municipale à une
représentation des Huguenots ; mais bientôt reconnu par quelques spec-
tateurs, le célèbre artiste ne tarda pas à être l'objet d'une véritable
ovation. Roger dut s'avancer sur le bord de la loge pour remercier le
public qui lui donnait cette marque spontanée de sympathie et d'intérêt.
Pendant son court séjour à Dijon, Roger a donné deux représentations.
Il a joué le rôle de Georges Brown, de la Dame blanche, et celui de Raoul
de Nangis, des Huguenots. Dans ces deux ouvrages, il a excité un vif
enthousiasme, et s'est retiré couvert de bravos, de couronnes et de
fleurs .
„*» Par décret du 21 janvier, M. Foulon, directeur des cours de chant
aux Associations philotechnique et polytechnique, a été nommé chevalier
de la Légion d'honneur.
**, On annonce que les chefs d'orchestre des théâtres de Paris se
disposent à publier le violon répétiteur des airs intercalés dans les
principaux vaudevilles du répertoire de chacun de leurs théâtres. Il est
inutile de signaler les avantages d'une publication qui intéresse égale-
ment les directeurs, les artistes et les auteurs.
t\ Voici le programme du deuxième concert de la Société des jeunes
artistes, qui aura lieu aujourd'hui dimanche , 29 janvier, dans la salle
Herz : \ " ouverture, de M. Lacombe ; 2° chœur des chasseurs d'Euryanthe,
de Weber ; 3° concerto pour violon, de Beethoven, exécuté par M. Dupuis;
h° air du Concert à la cour, d'Auber, chanté par Mlle Balby ; 5" pastorale
sur un Noël du xvme siècle (chœur), de Gounod ; symphonie en la ma-
jeur, de Mendelssohn (allegro vivace, andante, scherzo, saltarelle.) — L'or-
chestre sera dirigé par M. J. Pasdeloup ; les chœurs, par M. E. Batiste.
/„, La Société chorale allemande, le Liederkranz, a célébré, le 21 jan-
vier, dans les salons de l'hôtel du Louvre le deuxième anniversaire
de s'a fondation. Cette fête de famille était précédée d'un concert dans
lequel la Société et des artistes invités se sont fait entendre d'une
façon très-remarquable. On a beaucoup applaudi un chœur de Mozart,
Stœndchen, et un autre de Marschner, Liedesfreihcit. M. Krûger a ob-
tenu un très-grand succès en exécutant Loreley, fantaisie très-brillante
pour le piano. MM. Gleichauf et Muller ont fait valoir leur beau talent
sur le violon et le violoncelle, et le concert s'est terminé par le prélude
de Bach, arrangé pour chœur, piano, orgue, violon et violoncelle, par
Gounod et admirablement exécuté. La marche de Schiller, exécutée en
"•rande partie par un orchestre d'amateurs, membres de la Société cho-
rale le Liederkranz, et dirigé par son excellent chef, M. Emant, a été
également exécutée dans le courant de la soirée, et après avoir été
bruyamment applaudie, a dû être répétée.
„*„ Le premier festival qui doit être donné à Paris au cirque de l'Impé-
ratrice par la Société philharmonique universelle, sous la direction de
H Jullien, de Londres, est définitivement fixé au dimanche, M mars
prochain. On fait de grands préparatifs pour cefistival d'inauguration,
d'ans lequel doivent figurer six cents exécutants.
„*, En attendant le concert qu'il va donner dans les nouveaux salons
d'Erard, J. Becker s'est fait entendre dans une soirée musicale intime.
Il y a exécuté les variations / tanti palpili, de Paganini, et la grande fantai-
sie sur le thème de Nel cor plu non mi sento, du même auteur. Son jeu
est large et brillant et les difficultés du célèbre maître ont été rendues
avec un talent hors ligne. On lui a redemandé la Ronde des lutins, de
Bazzini, et il l'a jouée avec un brio et un esprit qui ont électrisé l'audi-
toire. Mlle E. Desmaisons l'accompagnait, et elle s'est montrée également
dans .iivers morceaux une pianiste, comme toujours, gracieuse et dis-
tinguée.
,,*, Samedi dernier une brillante soirée réunissait, dans les salons de
M. et MmeHerwyn, Mlle Acs, cantatrice du théâtre Italien, Mlle Jacques
et M. Il.-J. Binfield. Le morceau capital était la belle fantaisie sur Faust
que M. Herwyn vient de composer et qu'il exécute avec un charme
tout a fait remarquable. Mlle Blcymann a interprété avec beaucoup de
goût et de distinction différents morceaux de Weber, Bach et de Men-
delssohn.
t*t La troisième séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et
Sabattier aura lieu jeudi, 2 février, à deux heures, dans la salle de
MM. Pleyel-Wolff et (>\
»% Les deux soirées musicales qui seront données par MM. Th. de
Cuvillon et G. Pfeifferdans les salons de Pleyel, Wolff et Cc, rue Roche-
chouart, 22, auront lieu les mardis 7 février et 6 mars, à huit heures
du soir, avec le concours de MM. Muller, Casimir Ney, etc. La partie
vocale qui doit varier le programme composé de l'exécution des œu-
vres de Beethoven , Mendelssohn, etc., sera confiée pour la première
soirée à Mlle Baretti, destinée cet hiver à faire uue véritable sensation
dans le monde musical.
„■%, M. Lebouc annonce trois soirées de musique classique, pour les
mercredis 115, 29 février et 14 mars. Ces soirées auront lieu dans les
nouveaux salons d'Erard.
*** La Cour de Paris, chambres réunies, était saisie lundi de la de-
mande eu réhabilitation formée par M. Sax, fabricant d'instruments, qui,
à la suite de nombreux procès qu'il a eu à soutenir contre ses contre-
facteurs, s'était vu dans la nécessité de se déclarer en faillite. M. Sax
ayant justifié du paiement intégral de ses créanciers et aucune opposi-
tion ne s'étant produite, la Cour a prononcé la réhabilitation.
*** L'autobiographie de L. Spohr paraîtra en trois volumes, chez
l'éditeur G. H. Wigand, à Goettingue.
*** M. Alexandre Boucher, le doyen des violonistes extraordinaires,
nous écrit pour nous dire que malgré sa reconnaissance pour l'accueil
qu'on lui a fait à son concert de l'année dernière, il revient à Paris,
non pour en donner un autre, mais pour mettre au service de ses jeunes
successeurs, ses bravos, sa renommée et son talent.
*** Une audition musicale fort intéressante aura lieu le 6 février pro-
chain, salle Beethoven, passage de l'Opéra : elle sera défrayée par les
quatre sœurs Van der Beek ; Mlles Sidonie et Virginie, soprano et con-
tralto, élèves de Duprez, Mlles Stéphanie et Célestine, harpiste et pianiste.
Voici le programme de cette soirée : l'air de Robert et la sicilienne des
Vêpres, chantés par Mlle Sidonie ; duos de Mendelssohn et du Prophète.
chantés par Mlles Sidonie et Virginie ; la Danse des Sylphes et la Mélan-
colie, de Félix Godefroid, exécutées par Mlle Stéphanie ; le grand duo de
Labarre, pour harpe et piano, exécuté par Mlles Stéphanie et Virginie, et
le trio en ut majeur de Beethoven, exécuté par Mlle Ernestine et MM. Nor-
blin et Briard.
*"%, La Société musicale de Saint-Pétersbourg vient d'ouvrir un con-
cours pour une cantate, avec chœurs et orchestre, sur une pièce de
vers de Pouchkine : Un festin de Pierre le Grand. Le compositeur de la
meilleure partition recevra une médaille d'or et un prix de 200 roubles
argent (800 fr.). La partition qui viendra en secon le ligne recevra une
médaille d'argent et 125 roubles argent (500 fr.) Les compositeurs natio-
naux sont seuls admis à concourir.
*** Le célèbre ténor Wild, dont nous avons annoncé la mort, a laissé
une autobiographie qui doit être publiée incessamment.
„,** La première série des Echos des opéras de Rummel vient de pa-
raître; elle contient six fantaisies de moyenne force sur les thè-
mes favoris de Fra-Diavolo, Guillaume Tell, le Comte On/, le Domino
noir, les Diamants de la Couronne et la Muette de Portici. Cette collection
sera prochainement continuée et comprendra tous les chefs-d'œuvre
modernes. Nous prédisons dès aujourd'hui un succès de vogue à ces
gracieuses transcriptions, écrites de la façon la plus brillante, et qui
s'adressent particulièrement aux élèves qui ont franchi les premiers
degrés de l'école du piano .
„*„ M. Kimpel, violoniste très-distingué, élève de Spohr et virtuose de
la chambre du roi de Hanovre, est arrivé à Paris, où il compte passer
quelques mois et se faire entendre en public.
*% MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret donneront, mercredi
prochain, dans la salle Pleyel, leur deuxième soirée de musique de cham-
bre. En voici le programme : 1° quatuor, en la mineur, de Schubert,
exécuté pour la première fois ; 2° sonate de Beethoven, pour piano et
violoncelle, par MM. Lubeck et Jacquard; 3" adagio du 75e quatuor de
Haydn ; 4° quatuor de Mendelssohn. en mi bémol (op. 4i, n" 3).
**»M. Franco-Mendès, le célèbre violoncelliste et compositeur, vient
de recevoir la décoration de la croix de mérite de l'ordre ducal de la
branche Ernestine de Saxe, de la part de S. A. R. le duc Bernard de Saxe-
Meiningen, avec une lettre des plus flatteuses, à propos de la dédicace
d'un nouveau quatuor pour deux violons, alto et violoncelle.
»** Le jeune pianiste Luca Fumagalli donnera son I er concert le 1 6 février
dans la salle Erard, avec le concours des artistes suivants : MlleVaneri;
MM. Solicri, Fortuna, Ney et Saenger. 11 fera entendre trois de ses com-
positions inédites encore en France : 1" duo pour deux pianos sur le Tro-
vatore ; 2° Nuitamment, rêverie, et 3° Caprice de danse ; la sonate de Bee-
thoven, op. 30, avec violon; romance sans paroles, de Mendelssohn;
fantaisie de bravoure sur le Prophète, et sérénade espagnole, de sou frère
Adolphe Fumagalli.
*** Mlle Anna Kûhl , l'excellente violoncelliste, donnera un concert
vendredi prochain dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et f>. MM. Gleich-
auf et Ketterer lui pvèteront leur concours en exécutant le duo pour
piano et violon sur le Pardon de Plocrme! , composé par Herman et
Ketterer.
**„ Aujourd'hui 29 janvier, à l'occasion de la fête de saint François
DE PARIS.
39
de Sales , patron du clergé , on exécutera dans l'église Saint-Thomas-
d'Aquin, à dix heures précises, une messe en musique de la composition
de M. V.-F. Verrimst, maître de chapelle de ladite église. L'orchestre et
les chœurs seront dirigés par l'auteur. .Mgr le cardinal-archevêque offi-
ciera pontiflcalement.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**» Amiens, 23 janvier.— Le Prophète vient enfin de nous être donné
avec une magnificence vraiment extraordinaire. Le poëme et la parti-
tion ont produit une sensation profonde et générale. Les rôles, très-bien
distribués, sont joués et chantés avec beaucoup de talent par M. Duprat,
premier ténor des théâtres de Marseille et de Lyon ; par Aime Ismaël,
qui déploie, dans le rôle de Berthe, les qualités brillantes de sa voix, et
par Mlle Erambert, qui, dans celui de Fidès, a fait preuve, comme actrice
et comme cantatrice, d'une énergie, d'une sensibilité dont, à plusieurs
reprises, l'expression a provoqué les plus vifs applaudissements. MM. Cas-
telmary, Rondeau et Lebreton interprètent très-convenablement les rôles
des trois anabaptistes. L'orchestre et les chœurs, fort bien conduits par
M. Séméladis, méritent aussi beaucoup d'éloges.— La beauté des décors,
dont la plupart sont nouveaux, la variété, la richesse et la fraîcheur des
costumes, la -partie pyrotechnique, dont les effets se manifestent par
l'embrasement et l'écroulement du palais de Munster, tout cela a été fort
admiré et a provoqué d'unanimes bravos.
**„ Met:. — Le Pardon de Plo'èrmel poursuit sa marche triomphale, et
les beautés que renferme cette partition excitent chaque soir l'enthou-
siasme.
,,*„ Toulouse. — La reprise des Dragons de Villars attire la foule.
Mme Galli-Marié a chanté admirablement le rôle de Rose Friquet et a
obtenu un magnifique succès. M. Laget a très-bien joué le rôle de
Sylvain, et le sergent Belamy a trouvé un très - bon interprète en
M. Vincent. — Mlle Desterbecq est de plus en plus en faveur; les Hugue-
nots ont valu à la cantatrice deux chaleureux rappels ; c'est du reste un
des opéras qui ont valu à Mlle Desterbecq ses plus beaux succès.
%** Dijon, 25 janvier. — Guillaume Tell, ce chef d'oeuvre de Rossini,
a eu hier sa troisième représentation. M. Merly, de passage en notre
ville, remplissait le rôle du libérateur de la Suisse, et M. Harvin celui
d'Arnold. Grâce à sa voix magnifique, a la netteté de sa prononciation et
à la manière supérieure avec laquelle il dit le récitatif, M. Harvin s'est
tiré avec honneur de cette périlleuse épreuve. M. Merly a été couvert d'ap-
plaudissements après sa phrase d'entrée, Il chante et l'Helvclie ; le duo entre
Guillaume et Arnold a été très-bien rendu ; l'andante du duo avec Ma-
thilde, Doux aveu, très-bien dit par Harvin ; quant au trio du deuxième
acte, il a produit un immense effet. Merly doit jouer encore la Favorite
et la Muette avant de nous quitter.
„,*„ Caen. — Mlle Angèle Cordier vient de donner deux brillantes re-
présentations dans sa ville natale. La jeune et intelligente artiste a
chanté la Fanchonnette et V Ambassadrice de façon à mériter de véritables
ovations. La partition d'Auber a surtout valu à Mlle Cordier un très-beau
succès. Rappelée a la chute du rideau de la manière la plus unanime
et la plus spontanée, elle a dû reparaître pour recevoir une dernière fois
les marques de sympathie de ses compatriotes. A côtô'de Mlle Angèle
Cordier se sont fait remarquer M Lucien Bourgeois (Benedict), M. Cave,
M. Mercier et Mme Stevens. — On répète activement les Dragons de
Villars.
CHRONiQUI ÉTRANGÈRE.
„*„ Bruxelles. — Jeudi dernier a eu lieu la douzième représenta-
tion du Pardon de Pluërmel qui continue à faire des recettes splen-
dides. Un accident, heureusement sans gravité, a failli interrompre
les représentations du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Mlle Boulart
s'est blessée dans la chute du pont au deuxième acte et on a craint un
moment qu'elle ne pût achever la pièce. Après un avis du régisseur,
Mlle Roulart a cependant chanté jusqu'à la fin. Le nouveau ballet de
M . Henri Desplaces, le Bijou du roi, a obtenu un très grand succès.
„.% Liège. — Mme Stranski s'est surpassée dans le rôle de Fidès, du
Prophète; son air : Comme un éclair, a été dit de la façon la plus drama-
tique. On répète activement le Pardon de Ploermel dont la première re-
présentation aura lieu dans le courant de la semaine.
**„, Genève. — La première représentation du Pardon de Ploermel vient
d'avoir lieu devant une salle comble. Le public genevois a chaleureu-
sement applaudi la partition nouvelle qui a obtenu un succès des plus
éclatants. Les artistes ont fait vaillamment leur devoir , mais on a
surtout remarqué Mlle Emon qui a saisi avec le plus grand bonheur
toutes les nuances du rôle de Dinorah. La Berceuse du premier acte,
l'air de l'Ombre, la légende et le sublime duo du troisième acte ont
valu à la cantatrice de véritables ovations. Les chœurs et l'orchestre,
dirigé par son habile chef M. Pépin, se sont aussi fait remarquer par
le mérite hors ligne qu'ils ont déployé dans cette circonstance. Le
Pardon de Ploermel est pour longtemps stéréotypé sur l'affiche de notre
théâtre.
*% Berlin. — Mlle Ar'tot et M. Garrion se sont fait entendre dans un
concert à la cour, où la Schiller-Marche, de Meyerbeer, a été. exécutée.
Cette magnifique composition a excité 1p plus grand enthousiasme. — La
Société italienne, sous la direction de Lorini, a donné sa huitième repré-
sentation, et la première de la Lucia, de Donizetti. Dans le rôle principal
débutait Mme de Ruda, dont la voix n'a plus toute fa fraîcheur de la pre-
mière jeunesse, mais qui, grâce à une excellente méthode et à une grande
puissance dramatique, n'en a pas moins complètement réussi. Carrion a (té
magnifique dans le rôle d'Edgardo, et le finale du troisième acte a été
pour l'éminent chanteur l'occasion d'un véritable triomphe.— Au théâtre
royal de l'Opéra vient d'être joué pour la première fois Christine de
Suède, opéra en trois actes, musique de M. de Redern, ballet de M. Ta-
glioni. Une brillante assemblée assistait à cette représentation. La parti-
tion de M. de Redern a eu le plus honorable succès. Dès le premier
acte, Mme Wagner (Christine) a eu les honneurs du rappel.
*** Prague. — Mlle F. de l'iefensée a eu l'honneur de se faire enten-
dre dans un concert à la cour de l'empereur Ferdinand. Au théâtre de
la ville on a mis à l'étude le Pardon de Ploermel, de Meyerbeer.
*** Rostock (Meklembourg). — Le Pardon de Ploermel vient d'être repré-
senté avec le plus éclatant succès. L'exécution a été irréprochable et le
nombreux public qui assiste aux représentations du chef-d'œuvre témoi-
gne, par ses applaudissements et des rappels, sa satisfaction aux ar-
tistes.
„*„ Vienne. — Le premier concert philharmonique a eu lieu dans la
salle de l'opéra de la Cour : on y a exécuté entre autres l'ouverture
çTAnacréon, de Chérubini, la septième symphonie de Beethoven et la Fée
Mab, scherzo de la symphonie Bornéo et Juliette, de Berlioz. Ce morceau
a été exécuté avec une rare perfection et accueilli avec enthousiasme. —
La reprise CCIphigénie en Tauride. opéra de Gluck, avait attiré beaucoup
de monde, et le succès a été complet. Mme Dustmann a interprété le
rôle principal avec un immense talent. Au même théâtre a eu lieu avec
succès la première représentation de le Braconnier, opéra-comique de
Lortzing.
t** Francfort. — Le Pardon de Ploermel sera représenté incessamment
à notre théâtre; les répétitions sont terminées; on n'attend plus que
l'achèvement des décors.— Le célèbre pianiste A. Dreyschock a donné, le
23 janvier, un concert auquel assistait un brillant et nombreux auditoire.
Le succès a été tel, que Dreyschock s'est décidé à donner incessamment
un deuxième concert.
* jVice. — Avec le carnaval vont commencer les fêtes, les bals et
les concerts. Parmi les nouveaux venus; on cite Bazzini. Seligman et
Lôopold Amat, qui nous arrive cette fois de l'Italie. Gênes, Milan et
Turin ont applaudi, dans quelques salons, les gracieuses compositions
de ce compositeur-chanteur ; à Gênes, entre autres, dans le salon artis-
tique du comte Maximilien Craziani, Léopold Amat a fait entendre quel-
ques-unes de ses mélodies.
„% Saint-Pétersbourg. — Décidément le Pardon de Ploermel ne sera
pas joué avant le 23 janvier (4 février). Ce sont les décors qui occa-
sionnent ce retard : on assure qu'ils seront admirables. Mme Charton ,
Calzolari et Debassini rempliront parfaitement les trois rôles. L'ouvrage
sera donné pour le bénéfice de Mme Charton, et déjà toute la salle est
louée : impossible de se procurer une place. — En attendant, la Traviata,
chantée par Mlle Balfe, va être donnée pour le bénéfice de Calzolari, et
le Prophète pour celui de Tamberlick. — Avant-hier, le Frcischutz avec
mise en scène, costumes et décors nouveaux, a été joué pour le bénéfice
de Mongini. La salle était pleine, et le succès obtenu par Mlle Lagrua a
été très-brillant. — Le même soir, au théâtre Français, une représenta-
tion extraordinaire offrait l'occasion rare et curieuse d'entendre Tam-
berlick chanter une romance française et une romance russe, et
Mme Nantier-Didiée des chansonnettes napolitaines. Chacun des deux
éminents artistes a dû les répéter aux acclamations de toute la salle ;
mais elle a failli crouler sous les applaudissements lorsque Tamberlick
a dit et répété la fameuse romance de la princesse Kotschoubey
Skajité'ieï avec une expression et un style qui n'appartiennent qu'à
lui. A minuit le spectacle s'est terminé par une exhibition de tous les
artistes français, groupés admirablement par le célèbre peintre Zichy
dans un immense tableau vivant, occupant toute la scène et de l'effet le
plus pittoresque. LL. MM. l'empereur et l'impératrice et plusieurs mem-
bres de la famille impériale, une foule de hauts dignitaires et la majeure
partie de l'aristocratie assistaient à cette brillante représentation , orga-
nisée au profit d'un artiste par ses camarades,
to
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
>< M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments a pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que petit être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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CJevaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet-
tes, proverbe 2
— Faute d'un point, proverbe 2
— Les Si et les Mais, proverbe 2
— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2
• — Une Aiguille dans une botte de foin 2
— Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2
Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co-
mique T.B. 6
MUSIQUE DE PIANO
Favarser (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne . . 7
— Op. 12. Tarentelle 7
— Op. 13. Souvenir de Beethoven 7
— Op. 14. En Chasse, fantaisie 7
Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon 6
— Op. 11. Première grande valse 6
— Deuxième grande valse 7
— Deuxième mazurka 6
— Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude
de concert 9
— Op. 20. Rondo-polka 7
— Op. 21. Sicilienne 9
— Op. 22. Elégie 7
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Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par
H. Ravina et L. Clnpissou.
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Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour
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Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo-
sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
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extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap>
port de la quantité et de la qualité du son. Magasin
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A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. II portait le n° 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 aoât, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
■ang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. »
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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5 Février 181
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Le Journal paraît le Dimanche,
GAZETTE
Avec lie prochain numéro, Bios altouiaés retcuront
le titre et la table analytique des imasiâères poair l'an-
née 1859.
SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (3ù article), par
Fctis père. — F. Brassin, par Atloipbe Botte. — Auditions musicales,
par le même. — Nouvelles et annonces.
SUR L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LÀ MUSIQUE.
(3e article.) (1)
Parmi les systèmes particuliers de notation musicale qui sont en
opposition absolue avec la notation universelle et ne sont pas sténo-
graphiques, on remarque les notations alphabétiques et les notations
chiffrées.
L'idée de faire représenter les sons par des caractères d'un alphabet
connu de tout le monde est la plus ancienne qui ait été mise en pra-
tique. L'Inde nous en offre un exemple dans la plus haute antiquité, et
chez les Chinois l'usage s'en est perpétué depuis les temps les plus an-
ciens jusqu'à l'époque actuelle à l'aide de certaines modifications des types
primitifs. Plus de cinq cents ans avant l'ère chrétienne nous trouvons
chez les Grecs une notation musicale dont les caractères alphabétiques
de la langue ont fourni les premiers éléments. Il en est de même chez
les Etrusques et chez les Romains. Les lettres latines se retrouvent
encore çà et là, dans le moyen âge, pour la représentation des sons,
et, de nos jours, les Allemands désignent encore par les premières
lettres de l'alphabet les notes que nous appelons ut ou do, ré, mi, fa,
sol, la, distinguant le si bémol par b, et le si bécarre par h. Les tabla-
tures d'orgue et de clavecin aux xve et xvie siècles étaient composées
des mêmes lettres combinées avec les signes d'intonation accidentelle
et de durée empruntés à la notation ordinaire.
En 1833, M. l'abbé Antoine-Marie Nichetti, de Padoue, proposa,
comme une nouveauté qui rendait beaucoup plus facile la lecture de
la musique, le retour aux tablatures de cette espèce dans un écrit
intitulé : Prospectus d'un nouveau mode plus aisé d'écriture musi-
cale (1). Il y donna à la fin de sa brochure un exemple de son sys-
(1) Voir le n° 4.
(l) Prospetto di un nuovo modo più agevole di serittura musicale'. Padoue,
1833, in-8° de 72 pages, avec huit tableaux de notation.
tème dans l'air final de Cenerentola avec les variations et un accom-
pagnement de piano. Le point de départ de M. l'abbé Nichetti est que
les lettres sont connues de tout le monde et que leur application dans
la musique est la seule chose qu'on ait à apprendre, tandis que la
portée, les lignes, les formes des notes de toutes les valeurs, les clefs,
les dièses, bémols, bécarres sont autant de choses inconnues du com-
mençant, et que leurs combinaisons lui fatiguent l'intelligence. Il ne
s'est pas aperçu de l'avantage qui résulte précisément de la variété
des formes de cette notation pour la lecture, et que c'est par là qu'elle
peint aux yeux, dès le premier aspect, tout ce qui doit être exécuté.
Dans son système de notation, au contraire, l'obligation de voir une
à une toutes ces lettres de caractères différents qui indiquent la di-
versité de leurs petits signes modificateurs de durées et d'intonations,
exige un travail constant d'analyse qui rend la lecture rapide impos-
sible. M. l'abbé Nichetti fait remarquer que sa notation a un très-
grand avantage sur celle des chiffres en ce qu'elle ne laisse jamais
la modulation incertaine et donne toujours immédiatement la note
quel que soit le ton : cela est vrai; mais ces deux systèmes périssent
par la nécessité d'analyse dont l'intelligence la plus prompte ne pour-
rait résoudre les difficultés dans les combinaisons compliquées de la
musique moderne. Les tablatures anciennes avaient été imaginées dans
un temps où la gravure de la musique par les procédés actuels n'exis-
tait pas, et lorsque la typographie n'offrait que des moyens trop im-
parfaits pour la notation ordinaire. Ces tablatures, si embarrassantes
qu'elles fussent, étaient la seule ressource dont on pouvait disposer :
il fallait bien qu'on s'en contentât. Mais aujourd'hui, quelle peut être
leur utilité, et pourquoi ce retour aux choses de l'enfance de l'art?
Ce que je dis ici, le public l'a compris tout d'abord, car le système de
M. l'abbé Nichetti est allé s'ensevelir dans un profond oubli comme
tous ceux du même genre.
Me voici arrivé à la notation chiffrée dont on fait grand bruit en
France depuis plus de quarante ans. J'ai dit ce qui en est advenu en
Allemagne dans un but plus modeste ; mais les auteurs allemands de
la réforme n'avaient ni la ténacité ni l'habileté que nous avons vu
déployer pour atteindre des résultats plus importants. Lorsque Galin
arriva à Paris avec sa méthode du méloplaste, il chercha d'abord à
la mettre en pratique dans un établissement public où l'essai serait
fait sur une grande échelle. Il ne fallait pas songer au Conservatoire :
Galin se tourna du côté de l'école de musique religieuse dirigée par
Choron. Aux premiers mots qu'il dit à celui-ci des difficultés par
lesquelles la notation ordinaire de la musique et les méthodes usitées
pour l'enseignement du solfège portaient le découragement dans
h-2
REVUE ET GAZETTE MUSICALE;
l'âme des commençants : Mais, mon cher monsieur, d'où sortez-
vous ? lui dit Choron avec sa verve habituelle ; descendes au rez- de-
chaussée; entrez dans m' s clauses de gamins, et voyez s'ils 'sont dé-
couragés et s'ils ne vous chanteront pas tout ce que vous voudrez !
Galin comprit par cette réponse qu'il n'avait pas trouvé ce qu'il cher-
chait, et n'insista pas. A quelque temps de là il ouvrit des cours qui
eurent du retentissement: des jeunes gens qui venaient de terminer
leurs études de collège et d'université, et qui n'avaient pu s'occuper
de musique jusqu'alors, mais à qui la fréquentation des théâtres avait
donné le goût de cet art, furent séduits par les promesses d'un ensei-
gnement lumineux, et fréquentèrent ces cours avec une foi robuste.
Bientôt il ne fut bruit que du méloplaste. Des musiciens qui avaient
suivi les cours de Galin et. s'étaient initiés à sa méthode, y virent un
moyen de succès pour leurs affaires. Des affiches; annonçant des
cours de méloplaste, couvrirent les murs de Paris. MM. Aimé Le-
moine, Jue et de Geslin en ouvrirent dans plusieurs quartiers de Paris.
Les deux premiers, il faut bien le dire, finirent par renier les idées
de leur patron, après avoir tiré beaucoup d'argent de leur exploi-
tation. Le moment était venu où l'on reconnaissait que les promesses
failes par la méLhode ne se réalisaient pas : l'engouement avait dis-
paru ; on essaya de le ranimer. M. Lemoine modifia le méloplaste
jusqu'à le rendre méconnaissable, et M. Jue en arriva jusqu'à sa mo-
nogamie, l'une des plus grandes absurdités qu'on ait tenté d'intro-
duire dans la musique. Quant à M. de Geslin, c'était un pauvre esprit
incapable de soutenir un apostolat. Après avoir été houspillé par
M. Adrien de la Fage dans une polémique, et avoir reçu un coup d'épée
dePastou, ancien officier, grand ferrailleur et auteur d'une méthode
de musique appelée la Lijre harmonique, laquelle avait aussi ses par-
tisans, M. de Geslin ouvrit un magasin de calicot avec l'argent gagné
dans sa mission méloplastique ; depuis oncques il n'en fut plus ques-
tion .
Le méloplaste était mort, du moins on le croyait ; mais il restait un
homme, ancien élève de Galin, plein d'ardeur, de conviction, de vo-
lonté et d'une rare intelligence. Cet homme était M. Aimé Paris. Il
se dévoua à la doctrine de Galin et parcourut pendant trente ans
toute la France pour la propager. 11 ne s'agissait plus pour lui d'un
enseignement élémentaire de la musique à l'usage des masses popu-
laires; c'était aux musiciens mêmes qu'il s'attaquait, les défiant à la
lutte et les pressant corps à corps. Ce qu'il demandait à haute voix,
c'était la substitution des chiffres à la notation dont l'usage est univer-
sel, l'abandon de la méthode du solfège, qu'il traitait de misérable
routine, et la glorification de la doctrine méloplastique. Arrivé dans
une ville pour la première fois, il n'y parlait pas d'abord de musique,
mais il ouvrait des cours gratuits de mnémonique, et, doué d'une élo-
cution facile, il captivait son auditoire. Alors seulement et lorsqu'il
pouvait compter sur un certain nombre d'adhérents, il lançait son
manifeste, couvrait les murs de la ville de l'annonce de son cours et
provoquait au concours les professeurs de la cité et leurs élèves. Si
quelque imprudent, n'ayant pas la parole facile ni le talent de polé-
mique de M. Aimé Paris, se hasardait dans ce traquenard, il était iné-
vitablement pourfendu par les brochures et les correspondances de
journaux.
Après un temps plus ou moins long de séjour dans une ville,
M. Aimé Paris allait s'établir dans une autre, où les mêmes faits se
reproduisaient de la même manière et à peu près dans le même ordre.
Son départ était le signal du retour du calme : on ne parlait plus du
méloplaste, et les illusions de ceux qui avaient cru apprendre la mu-
sique par la notation chiffrée se dissipaient en acquérant bientôt la
conviction qu'ils n'en savaient rien. Si quelques-uns d'entre eux vou-
laient essayer ensuite des méthodes ordinaires, comme j'en ai vu dans
le Conservatoire de Bruxelles, les habitudes qu'ils avaient contractées
y étaient un obstacle qui les décourageait. Au résumé, l'énergique
activité de M. Aimé Paris n'aboutissait à aucun résultat durable.
Telle était la situation des choses quand le continuateur de Galin
rencontra dans son beau-frère, M. Chevé, un auxiliaire puissant et
dévoué. Même tempérament, même ardeur, même énergie de vo-
lonté, même audace, les avaient faits dignes de se seconder mutuel-
lement. Médecin distingué et auteur d'un mémoire estimé, relatif à
sa profession, M. Chevé s'éprit tout à coup d'une admiration sans
bornes pour la réforme entreprise par Galin et continuée par M. Paris,
et renonçant à la pratique de la médecine, il compléta la trinité
Calin-Paris Chevé. Ayant compris les inconvénients de l'apo>tolat
nomade de son beau-frère, il reconnut la nécessité d'un centre perma-
nent qui devînt une base d'opérations stratégiques pour la propaga-
tion de la doctrine des chiffres, et Paris lui parut le lieu naturellement
désigné pour ce centre d'activité.
M. Paris n'avait fait la guerre qu'aux musiciens des départements:
M. Chevé ne crut pas entreprendre une tâche au-dessus de ses forces
en s'attaquant au Conservatoire royal, puis impérial de musique, au
Comité central d'instruction primaire de la ville de Paris, à l'Institut
de France, aux noms les plus illustres, aux plus grandes capacités. Il
les accabla de demandes de concours, de défis, et les frappa de sa
colère dans des brochures qui ne se font pas remarquer par l'urbanité
du langage (1). Le courage de M. Chevé n'a pas failli pendant plus
de quinze ans : repoussé dans ses prétentions par des jugements qui
paraissaient sans appel, il est revenu à la charge avec la même réso-
lution, suffisant à tout par son activité, écrivant sans cesse, publiant
des méthodes, des pamphlets, multipliant ses cours, gagnant du ter-
rain dans l'opinion de la multitude, et, à fin de compte, parvenant à
ébranler les résolutions d'abord contraires de l'autorité. Tels sont au-
jourd'hui les succès de MM. Paris et Chevé, qu'un noble étranger,
M. le comte Sollohub, chambellan de S. M. l'empereur de toutes les
Russies, reprochait à la France, dans une brochure récemment pu-
bliée, de ne leur avoir point encore élevé de statues. Elle n'y avait
peut-être pas songé; mais la voilà mise en demeure, et, sans doute,
elle s'exécutera de bonne grâce. A Dieu ne plaise que j'écrive contre
l'érection de ces statues ; j'ai à instruire le procès de la notation chif-
frée, mais sans toucher en rien aux personnes qui l'enseignent et
l'exploitent.
Les propagateurs de la méthode d'enseignement par la notation
chiffrée ont élevé depuis longtemps leurs prétentions jusqu'à défier
les écoles d'art qui n'ont point de rapports avec la destination popu-
laire de ce genre d'enseignement. Peut-être les chefs de ces écoles d'art
ont ils eu tort d'opposer simplement le mépris à de telles prétentions,
au lieu de poser la question sur son véritable terrain. La question n'est
pas de constater qu'on peut arriver à de certains résultats (toujours
bornés si-on les compare au but de l'art véritable), par une méthode
ou par une autre, par un système, ou par un système opposé ; car
lorsqu'il ne s'agit que du chant simple, tel qu'on le rencontre dans les
(1) Appelait bon sens .de toutes les nations qui désirent voir se généraliser
chez elles l'enseignement musical; enseignement élémentaire: lecture, écriture,
théorie; haut enseignement . harmonie, fugue, contre-point, etc. Paris, 1S45,
gr. in-8". — Protestation adressée au Comité central d'instruction primaire
de la ville de Paris, contre un rapport de sa commission de chant. Paris,
18d7, in-S° de 6a pages. — Coup de grâce à la routine musicale par Emile
Chevé, à l'occasion d'un nouveau rapport de la Commission spéciale de sur-
veillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales de la ville
de Paris, commission composée de MM. Victor Faucher, président; Adolphe
Adam, de l'Institut; Auber, de l'Institut; Barbereati; Poulet; Carafa, de
l'Institut; L. Clapisson; Ermcl; Edouard Podrigucs, vice-président; F. Ha-
lévy, de l'Institut; G. Héquet, rapporteur ; Jomard, de l'Institut; Gide, Zim-
merman, Demoyencourt, secrétaire, contre la méthode Galin-Paris-Cheré, re-
poussée à l'unanimité par la commission. Paris, 1851, in-8» de 79 pages. — La
Poutine et le Bon sens, ou les Conservatoires et la méthode Gal'm-Paris-Chevê ;
lettres sur la musique. Paris, 1S52, in-S° de 192 pages. — Historique et procès-
verbal du concours musical ouvert à Paris le 12 juin 1S53, sous la présidence
de M. Henri Reber, suivi des comptes rendus des journaux et accompagné de
notes, par Emile Chevé. Paris, 1853, in-S° de S2 pages.
DE PARIS.
43
mélodies, dans les chœurs de musique des sociétés chaînantes, des
églises et des théâtres ; ces résultats, je les ai vu obtenir de vingt
manières différentes ; d'abord, par la méthode usuelle dans toute
l'Europe, particulièrement dans l'immense quantité de sociétés cho-
rales de l'Allemagne et de la Belgique ; par la méthode de Massimino,
en 1816 et années suivantes; parles procédés de Bocquillon-Wilhem
qui ont créé ['Orphéon; par les procédés de Heinroth, à Gcettingue ;
par le système de M. de Rambure, dans le département de la Somme.
Je vois même dans un ouvrage, publié par M. Maurice Delcamp, sur
une notation de son invention fort originale, laquelle se compose de
lunes dans leur plein, de lunes à moitié éclipsées, de lunes com-
plètement éclipsées, de carrés et de triangles, je vois, dis-je, dans ce
livre des certificats des maîtres de pension, chez qui M. Delcamp en-
seigne par ces systèmes, voire même des certificats de curés de pa-
roisses, lesquels constatent les heureux résultats obtenus par le rival
de la notation chiffrée.
Avant de faire des défis de méthodes, avant de proposer des con-
cours, il .faut faire vider la question du choix delà notation, pour que
le concours se fasse dans des conditions égales et ait quelque chose
de réel. Or, ces questions de choix du système de notation ne peuvent
être résolues par la France seule, car la musique est la seule langue
universelle. En tout pays, le musicien placé devant sa partie l'exécute
et est compris de tous. Que si l'on adoptait dans un pays une notation
qui ne serait pas celle d'un autre, le musicien français qui se rendrait
en Allemagne, par exemple, serait dans la même situation que le
brave négociant de Paris qui, arrivé aux frontières des provinces
rhénanes, n'entend plus un mot de ce qu'on lui dit, et ne peut, sans
un embarras extrême, demander un potage et des côtelettes.
Un congrès de toutes les nations serait donc nécessaire si l'on vou-
lait décider ces questions : si l'on abandonnera la notation dont l'usage
est universel pour en adopter une autre, et quelle sera celle qui aura la
préférence? Chacune alors devra être examinée, produire ses titres et
faire constater ses avantages, si elle en a. 11 se pourrait bien faire
alors que la notation dont l'usage est exclusif sur toute la terre, de-
meurât spectatrice du combat, et qu'elle eût à se divertir de toutes
celles qui passeraient en revue devant elle et qui se disputeraient le
terrain sans s'entendre. Ce serait la tour de Babel.
La notation chiffrée, qui a l'habitude de parler plus haut que les
autres et qui aime le bruit, prendrait tout d'abord la parole. Elle di-
rait, par l'organe de M. Chevé :
« En résumé, l'écriture de Galin est parfaite, puisqu'elle rend clai-
» rement et nettement toutes les idées d'intonation et de durée ; que
» chaque idée est représentée toujours et partout par un signe unique,
» et qu'un signe donné représente toujours et partout la même idée.
» La méthode de Galin n'eût-elle, sur toutes les autres méthodes, que
» l'avantage d'une écriture irréprochable, qu'elle serait déjà, par cela
» seul, infiniment supérieure, puisqu'elle rend toutes les idées musi-
» cales accessibles à toutes les intelligences ; ce qui est exactement le
» contraire des méthodes écrites en musique ordinaire. » (Méthode
élémentaire de musique vocale, par M. et Mme Chevé, page 19,
7e édition, k° tirage.)
» Cette écriture est si simple, si claire, si commode, qu'elle
» finira nécessairement par remplacer l'autre, du moins pour ce qui
» regarde la musique vocale et la théorie. » (P. 273.)
« Ces caractères (ceux de la notation usuelle) masquent si sou-
» vent les idées qu'ils sont appelés à représenter, que toute la force
» intellectuelle est dépensée à les déchiffrer, et qu'il n'en reste plus
» pour trouver l'intonation et la durée. » (P. 15, note.) Il suit évi-
demment de cette dernière assertion que tous les musiciens, occupés
qu'ils sont par les difficultés de la lecture, chantent faux et ne peuvent
jouer en mesure.
« Quand on compare cet horrible galimatias de mesures , galima-
» tias rendu cent fois plus horrible encore par l'habitude des auteurs
» de mêler perpétuellement entre elles les fractions qui appartiennent
» à des unités différentes ; quand on compare, dis-je, ces débris in-
» formes d'un système marqué au coin de l'enfance de l'art, à l'écri-
» ture si simple, si précise, si admirablement lisible de Galin, on ne
» peut s'empêcher de gémir profondément de voir l'esprit humain s'a-
» muser à embrouiller les questions les plus simples, au point que lui-
» même ne sait plus comment s'en tirer. » (P. 304.)
Et après ce pompeux éloge d'elle-même et le mépris dont elle a
accablé la notation en usage, la notation chiffrée déclare, toujours par
l'organe de M. Chevé, que son usage est absolument impraticable dans
la musique instrumentale ! Il y en aura donc deux? et cette vieille no-
tation si vicieuse, qui masque les idées; cet horrible galimatias, enfin,
sera réservé pour la musique la plus compliquée, dont les idées sont
bien plus complexes que celles de la musique vocale , et dont les
mouvements, souvent rapides jusqu'à l'excès, exigent une prompti-
tude de lecture incomparablement plus grande?
Nous voici dans l'absurde.
FÉTIS père.
(La suite prochainement.)
En dépit de toutes les tentatives de décentralisation artistique,
c'est toujours à Pans que les musiciens viennent demander de consa-
crer leur célébrité. Notre monde musical, avec ietact et la sûreté de
jugement qui le distinguent, même au milieu de singuliers engoue-
ments, ne se trompe pas et classe chacun selon son mérite.
Pour quelques-uns qui ont reçu le baptême de la gloire, combien
en avons-nous vu qui, proclamés ailleurs grands, forts et incompara-
bles, ont perdu leur prestige et n'ont pu conserver, après cette
épreuve difficile, les qualifications flatteuses qui accompagnaient leur
talent !
Brassin, que le bruit de ses succès en Belgique, en Hollande et en
Allemagne avait précédé parmi nous, vient], à son tour, faire sanc-
tionner sa jeune renommée par le public parisien. Nous l'avons en-
tendu dans une charmante soirée intime où nous avons remarqué un
maître bien compétent, M. Henri Herz, qui paraissait enchanté du
nouveau venu. Si l'heureux cadre où nous l'avons vu n'est pour rien
dans le vif plaisir qu'il a fait éprouver, Brassin n'aura qu'à s'applau-
dir de l'expérience décisive qu'il va bientôt tenter.
A quelle école appartient-il ? A quelles traditions se rattache-t-il ?
A-t-il de l'originalité? Les dilettantes répondront prochainement à
toutes ces questions; car l'éminent pianiste se fera entendre à la So-
ciété des jeunes artistes du Conservatoire.
Quoique ayant reçu les précieux conseils du célèbre Moschelès,
dont on connaît les belles et pures compositions , le jeu irréprocha-
blement classique, Brassin, qui semble plein de feu, de vivacité et
d'imagination, se rapproche plutôt de la manière large, fougueuse et
passionnée de Liszt et de Rubinstein. Pour notre part, nous aimons
assez qu'on garde ainsi une certaine indépendance, en restant un peu
l'élève de la nature.
Nous avons bien remarqué quelques aspérités dans son exécution ;
mais ces rudesses du son disparaîtront sans doute dans une salle de
concert où, grâce à la perspective, les traits, un peu durs ailleurs,
deviennent d'une sonorité mieux ménagée. Après avoir montré une
puissance rare en jouant une fantaisie pleine de caprice et hérissée de
difficultés qu'il a enlevées avec une clarté remarquable, Brassin a
prouvé la souplesse et la flexibilité de son talent dans divers mor-
ceaux de Beelhoven et de Chopin. La grâce succédant au bruit, l'ac-
cent ému faisant place aux prestigieux arpèges, aux véritables vagues
d'octaves et d'accords plaqués, ont dissipé les doutes qu'on avait
pu concevoir sur la variété de son style qui avait paru d'abord plus
u
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
brillant qu'expressif. En somme, c'est un artiste à peu près complet :
s'il fait vibrer fortement et même tonner la corde, il sait aussi, de
dégradations en dégradations, en tirer ces demi-teintes, ces inflexions
douces, louchantes, vaporeuses que Chopin aimait tant, et qu'il mit
dans sa musique comme les meilleurs interprètes de la poésie vague,
religieuse et inexprimable qu'il avait dans le cœur.
Nous sommes, comme le public, quelque peu blasé sur les prodi-
gieux mécanismes, et nous ne parlerons pas de celui de Brassin,
quoiqu'il soit très-beau. Nous dirons seulement que l'artiste nous a
semblé posséder l'âme et le souffle nécessaires pour que le musicien
pût dominer le virtuose. C'est bien heureux pour lui ; car aujourd'hui
il ne faut pas moins que ces exquises qualités pour faire vraiment
sensation et pour s'élever au-dessus des habiles instrumentistes, dont
le nombre n'est que trop supérieur à celui des pianistes ayant du
style, de la sensibilité, se distinguant par quelque marque d'indivi-
dualité.
Adolphe BOTTE.
AUDITIONS MUSICALES.
Haiis île Bulow. — Alard et Franchomme. — H;ini ili Ferrantï.
lies frères DEô n lioltl . — A.-E. de Yaucorbeil.
Ce n'était pas un début, on le sait, que faisait la semaine dernière
M. Hans de Bulow, c'était une rentrée; et l'auditoire distingué réuni
dans les salons Pleyel-Wolff l'a faite très-brillante. Quiconque l'avait
entendu l'an passé n'avait pu l'oublier, et avait conservé dans ce
coin de la mémoire réservé aux artistes d'élite, aux natures privilé-
giées, le souvenir de l'un de ces pianistes rares .en tout pays. Grâce à
l'àme, à la sensibilité profonde dont il est doué, et que domine et
règle un goût élevé et sûr, M. de Bulow se préoccupe bien plus de
rendre la pensée des maîtres dans toute leur originalité, leur vérité,
leur physionomie saisissante et accusée, que de faire admirer les
ressources infinies, et même la perfection de son mécanisme. Il fuit
le maniérisme avec autant de soin que d'autres en mettent à le pour-
suivre. Esprit élevé, cultivé et réfléchi, il semble avoir fait une étude
toute particulière des dernières œuvres de Beethoven. Cn sent qu'il
en connaît les secrets, qu'il y a trouvé des beautés que plus d'un
exécutant avant lui n'avait pas su y découvrir, qu'il les aime enfin, et
qu'il a' besoin, comme tous les interprètes convaincus, de faire par-
tager l'admiration qu'elles lui inspirent.
C'est par la très-difficile, la très-longue sonate, op. 106, par cette
imposante et vaste symphonie, d'un genre inconnu des pianistes avant
Beethoven, que M. de Bulow a ouvert son concert. On l'a suivi avec le
plus vif intérêt dans toutes les parties de ce grand poërae instru-
mental plein de traits de génie, plein de flamme, d'amour et aussi de
ténèbres. Ce n'est certes pas la faute de M. de Bulow, qui constam-
ment s'est montré à la hauteur de la sublimité répandue dans plus
d'une page, si, pour bon nombre d'auditeurs, bien des obscurités sont
venues voiler le sens donné par l'auteur à quelques parties de sou
œuvre. De l'avis des hommes spéciaux, si difficiles parfois à contenter,
l'exécution du virtuose n'a pas faibli un seul instant: toujours, avec la
même puissance et le même élan, elle a su gravir les cimes les plus
escarpées; puis, ensuivant fidèlement le texte, redescendre brusquement
pour exprimer les angoisses, les misères, les accablements, les déchi-
rements profonds que l'imagination de Beethoven trouva sur la terre,
et qui lui inspirèrent des accents si navrants et si pathétiques.
La discussion est et restera encore longtemps ouverte sur les der-
niers ouvrages de Beethoven. Quelquefois on en applaudit certaines
pages uniquement parce qu'elles ont été écrites par cet esprit immor-
tel. INous aussi nous admirons ; mais là où nous cessons de compren-
dre, nous croyons pouvoir cesser d'admirer. Nous aimons, par
exemple, à savoir en quel ton est le passage que nous entendons, où
nous conduit une modulation ; nous aimons à suivre une idée, à con-
templer la belle et savante ordonnance d'une fugue. Cette dernière
jouissance nous a été refusée dans le finale de la sonate. Beethoven
n'affectionnait pas la fugue : aussi y semble-t-il mal à l'aise. On dirait
qu'il a des dédains pour cette forme scolastique ; tantôt il la rudoie,
tantôt il la brise. Préoccupé d'idées plus indépendantes, plus élevées,
si l'on veut, il lui demanda, sans doute, plus qu'elle ne pouvait lui
donner, et se priva parfois de ce que l'intelligence plus calme de Che-
rubini y trouvait si facilement de parfait, d'éloquent et d'incompara-
blement pur.
M. de Bulow a joué encore, avec beaucoup de charme et de dis-
tinction, deux morceaux de Chopin et un autre de Schubert. Mais c'est
surtout la musique de Liszt qu'il exécute d'une manière qui atteint à
la perfection. Les plus vifs applaudissements l'ont obligé de redire la
Marche nationale hongroise. Après avoir ainsi montré que le piano
moderne, enrichi par Liszt de si beaux et si riches effets, n'avait pas
de difficultés dont il ne pût triompher avec une aisance parfaite,
M. de Bulow est remonté à l'enfance de l'instrument qui, on le sait,
n'empêcha pas la maturité d'inspiration des compositeurs. Les extrêmes
se touchent ; et les mêmes acclamations qui avaient éckté pendant
la marche hongroise, ont accueilli une gavotte de Bach. A qui s'adres-
saient-elles ? Au virtuose d'abord, aux œuvres ensuite, aux merveilles
de mécanisme prodiguées dans l'une et aux merveilles de science pro-
fonde, mais aimable, prodiguées dans l'autre.
— Le trio en ut mineur, de Mendelssohn, par lequel commençait
la deuxième séance d'Alard et de Franchomme, est une des plus jolies
choses que l'on puisse entendre et qu'ait écrites l'auteur d'Elie et de
Paulus. L'andante et le scherzo de ce trio, exécutés par Alard,
Franchomme et Planté, avec ce talent achevé qui a le privilège de
redonner à Lout ce qu'il interprète tant de fraîcheur, d'éclat et de
jeunesse, ont été très- vivement applaudis. Le finale, où une espèce de
choral se mêle d'abord au premier motif, passionné et d'un tout autre
caractère, et bientôt l'interrompt ; où l'art développe si savamment et
avec les libres allures de la véritable science ce que la mélodie cachait
de surprises, de métamorphoses, d'harmonies riches, et de traits
exquis ; où enfin le piano est traité d'une façon qui annonce amant le
grand pianiste que le grand compositeur, et rivalise d'expression, de
force et de variété avec le violon et le violoncelle ; le finale, disons-
nous, a fait éclater d'unanimes témoignages de sympathie. Puis est venu
le quatuor en sol, de Mozart*. Bien de plus curieux, de plus instructif,
de plus attachant que ces contrastes de sentiments et de styles, ren-
fermés dans le même programme ; rien qui saisisse plus fortement les
auditeurs les moins initiés aux transformations successives de l'art.
Entre chaque morceau, on sent une autre société, une autre civilisa-
tion : tout à l'heure on était ému et charmé par une musique ardente,
inquiète, pleine de recherches harmoniques, de préoccupations de
forme et de nouveauté ; maintenant on s'aperçoit, dès les premières
notes du quatuor de Mozart, qu'on est transporté à l'une de ces
heureuses et fertiles époques d'épanouissement, de libre et encore
naïve expansion où le génie cueillait simplement et naturellement ce
qu'il y a de meilleur dans un art, et enlevait, comme disait Mme de
Sévigné, le dessus, c'est-à-dire la fleur de tous les panière. Nous
n'essaierons pas de dire la somme d'habileté, de finesse, la quantité
de sons ravissants de pureté et saisissants d'expression dépensées par
l'archet d'Alard dans toutes les parties de ce quatuor, entre autres,
puisque nous sommes obligé de nous limiter, dans le ravissant
andante. Il faut entendre le célèbre violoniste, et, tout en l'admirant,
il faut aussi ne pas oublier qne de talents l'entourent et l'aident à
déployer librement sa magistrale exécution, que d'art MM. Franchomme,
Casimir Ney, Magnien, apportent dans un ensemble qu'ils contribuent
à rendre vraiment irréprochable.
— Zani di Ferranti est un talent aimable et sympathique : c'est le
DE PARIS.
45
dernier des troubadours et le plus étonnant guitariste du monde. C'est
aussi un musicien dans la belle et bonne acception du mot. Nous
l'avons entendu au concert qu'il donnait la semaine dernière dans la
salle Beethoven ; nous l'avons vu lutter contre les ressources exiguës
de son instrument auquel cependant il fait dire tant de choses. L'ins-
trument ne vaut pas l'artiste, et, contrairement à ce qu'on voit tous les
jours, ce sont les moyens d'expression qui manquent au talent.
Ce qu'il écrit est distingué et franc. Le feu, la jeunesse brillent dans
ces petites pages sans prétention, où le goût veille scrupuleusement
sur les plus audacieuses fantaisies d'un esprit bouillant et tout italien.
Dans une fantaisie sur un thème original, varié par des oppositions et
des nuances que nous ne soupçonnions pas à la guitare, il a intercalé
avec beaucoup d'art, le joli chant, maintenant national : Parlant pour
la Syrie. Le compositeur et le virtuose ont été également applaudis.
Mlle Virginie Huet a un talent distingué comme sa personne. Son
jeu est léger, gracieux et suffisamment brillant. La jeune et élégante
pianiste a fait plaisir et a été fort bien accueillie à cette soirée, où se
sont fait entendre avec elle Mlle de la Morlière et M. Fortuna.
Les nouveaux salons Erard, ou plutôt un grand et élégant salon, dé-
coré simplement et avec goût, ouvrait mardi ses portes pour la pre-
mière fois. Il nous a paru favorable au développement du son, et,
par conséquent, avantageux pour le succès des artistes.
Les frères Binfield inauguraient ce temple qui, nous l'espérons, sera
consacré aux belles harmonies. Henri Binfield est un émule de Félix
Godefroid ; mais nous ne pouvons pas dire qu'il possède toutes les
charmantes qualités du célèbre harpiste ; néanmoins il a obtenu beau-
coup de succès en exécutant brillamment et avec pureté plusieurs
fantaisies de sa composition.
Deux morceaux religieux de lui ont fait grand plaisir. V Agnus Dei
surtout, avec quatuor vocal et accompagnement instrumental, a paru
distingué et très-convenablement écrit. Le style est correct et les
voix sont habilement groupées. Le solo était dit par Mme Bochkoltz-
Falconi. L'interprétation large et magistrale de la cantatrice était bien
capable de faire ressortir le mérite de l'œuvre.
Si cette inspiration nous a semblé digne d'être applaudie, nous ne
pouvons en dire, autant de certain trio pour piano, harpe et orgue.
Dans cette espèce de mélange, il y a peut-être de fort gracieuses
choses, mais assurément il n'y a aucune trace de composition. Cela
ne saurait intéresser un public de concert accoutumé à des œuvres
mieux conçues, sinon mieux exécutées. Un solo de concertina, fort
joliment joué par Auguste Binfield, et plus encore peut-être des mé-
lodies composées et chantées par Mme Bochkoltz-Falconi, ont suffi-
samment pourvu cette soirée de talent et d'œuvres remarquables.
— Les salons ont aussi leurs auditions musicales, et ce ne sont pas
toujours les moins intéressantes. L'autre soir on chantait, chez
M. Marmontel, tout un recueil de méiodies signées d'un nom qui va
loin ; car de Vaucorbeil a autant de science que d'inspiration, autant de
goût que d'originalité. Les œuvres que nous avons entendues deman-
deraient un long article. Contentons-nous de dire pour aujourd'hui qu'un
madrigal de Clément Marot, entre autres, nous a paru une chose ex-
quise. Le savoir du jeune maître ne sert ici que d'assaisonnement
à la mélodie. Le chant prend, avec une réelle simplicité, le ton de
cette petite composition, dans laquelle on retrouve la grâce, la naïveté
de l'esprit gaulois épuré par les élégances, par les délicatesses que
Marot puisait à la cour de François Ier. Le Géant, de Victor Hugo ;
un Psaume, d'Alfred de Musset ; un llondel, de Charles d'Orléans,
une Ode d'Horace, imitée par Emile Deschamps ; Plainte sur la mort
de Sylvie, de Saint-Amant, et bien d'autres pages empruntées à la
littérature de siècles si différents, ont tour â tour inspiré au composi-
teur des mélodies dont la variété égale le charme. On reproche à de
Vaucorbeil de pécher par excès d'élégance. Il demande à l'art, dit-on,
de faire oublier le peu d'originalité de l'invention première. Ce re-
proche n'est pas fondé. Sa musique, il est vrai, ne se compose pas de
petites phrases plus ou moins heureuses, cousues les unes aux autres
avec habileté, de certaines harmonies qui dépaysent l'auditeur, tout
prêt à reconnaître, malgré cette précaution, ce qu'il a entendu ail-
leurs ; elle brille, au contraire, par l'ensemble de la conception, par
la justesse des proportions, par une sévérité de style et de pensée qui
se refuse les enjolivements parasites. 11 ne veut pas, pour charmer
certains esprits, enlever à ses œuvres leur caractère et leur homo-
généité ; il veut que toutes les notes portent. Toutes, en effet, ont leur
signification et concourent à l'harmonie générale. I! hait le placage, et
ce n'est pas nous qui lui en voudrons de cette haine. Tantôt il accom-
pagne la mélodie, comme dans le Madrigal, par une ou deux parties
seulement; tantôt, comme dans le Psaume, il se contente encore à
moins ; il choisit l'unisson que complique bientôt, il est vrai, une
charmante et ingénieuse imitation à l'octave, allant se perdre dans
de beaux et larges accords. Tout cela peut sembler bien sobre à des
oreilles blasées par les orgies de la sonorité, mais délectera assuré-
ment les délicats. Dans cette prétendue maigreur, ils découvriront
plus de véritables beautés que dans la seule puissance du rhytbme,
dans l'abus des notes, souvent ennemi, nous le voyons tous les jours,
de la pensée, de l'inspiration, et même de la couleur.
En somme, ce recueil contient bien des pages irréprochables ; et,
malgré l'exiguïté de certaines formes, la recherche du fini, qu'on
sent à chaque instant, n'entraîne jamais l'auteur jusqu'au précieux, et
n'altère ni la netteté, ni la franchise, ni la vigueur de la mélodie. Ces
dernières productions de Vaucorbeil sont dédiées à Roger, qui les
chante avec le sentiment d'un grand artiste et le dévouement d'un am1
convaincu de l'excellence de ce qu'il interprète. L'an dernier, il ob-
tint partout beaucoup de succès en disant plusieurs pièces de ce joli petit
volume, notamment la Ballade serbe, une de ces précieuses trouvailles
qui fondent la réputation d'un compositeur.
Adolphe BOTTE.
NOUVELLES.
**» Au théâtre de l'Opéra, Mme Earbot s'est essayée lundi dans le rôle
de Léonor, de la Favorite, qu'elle a chanté vendredi pour la seconde fois.
Elle y a trouvé l'occasio„n de montrer sous un nouveau jour son rare talent
d'actrice et de cantatrice. Au troisième acte et au quatrième surtout, son
succès a été aussi brillant que possible, et Renard, qui chantait le rôle
de Fernand, l'a partagé. Dumestre, dont les progrès sont remarquables,
remplissait lundi le rôle d'Alphonse, que Bonnehée a repris vendredi.
Cazaux s'est fort bien acquitté du personnage de Balthazar.
„,%, On annonce pour le 1 8 de ce mois la première représentation de
Pierre de Uédicis, l'opéra eii cinq actes du prince Poniatowski.
»% Hier, samedi, le théâtre impérial de l'Opéra-Comique a donné la
première représentation du Roman d'Elvire, ouvrage en trois actes de
MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas.
*% Quelques jours auparavant, c'était doublement fête à ce théâtre.
Faure y faisait sa rentrée mercredi dans le Pardon de Ploérmel, et sa
charmante femme reparaissait aussi le lendemain dans le Chien du Jar-
dinier et l'Epreuve villageoise. Les deux artistes n'ont eu qu'à se féliciter
de l'accueil d'un public heureux de les revoir après une absence de
six semaines, et plus encore de les retrouver dans la plénitude de leur
talent.
„.*„ Le Pardon de Ploérmel, représenté dimanche devant une salle
comble, a été joué encore mercredi et vendredi. Le retour de Faure ne
doit pas faire oublier le service éminent rendu par Troy, qui, pendant
l'indisposition de son chef d'emploi, a si bien tenu le rôle d'Hoel. L'ou-
vrage sera joué aujourd'hui dimanche pour la 66e fois.
„** Aujourd'hui dimanche, au théâtre Italien, début de Roger dans
Lucia di Lammermoor : Mlle Marie Battu chantera le rôle de Lucia.
*** Au théâtre Lyrique, Philémon et Baucis, le nouvel opéra en trois
actes, dont les paroles sont de MM. J. Barbier et M. Carré, la musique de
Ch. Gounod, sera représenté dans le courant de la semaine. En voici
la distribution : Mme Miolan-Carvalho jouera le rôle de Baucis, M. Fro-
mant, celui de Philémon, M. Battaille, celui de Jupiter, M. Balanqué,
celui de Vulcain, et Mlle Marie Sas, celui d'une bacchante.
„*., Le nouvel opéra-comique de Caspers, Ma tante dort, obtient
beaucoup de succès. L'air de Martine, Madame la marquise, le quatuor
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Ma tante dort, l'air bouffe do Soapin et le trio Scapin est mort sont tou-
jours vivement applaudis.
»% Le théâtre des Bouffes-Parisiens a dû donner hier soir la première
représentation de Monsieur de Bonne Etoile, musique de M. Delibes.
*% Au théâtre Déjazet on a donné hier la première représentation de
Fanchette, opéra-comique en un acte, musique de M. Déjazet.
#% La société des concerts du Conservatoire a chargé M. Tilmant,
deuxième chef d'orchestre de la société, de diriger les concerts de la
session de 1860. La seconde séance aura lieu aujourd'hui 5 février. En
voici le programme : 1° Symphonie avec chœurs, de Beethoven ; sali
chantés parMmes Grignon et Printemps, MM. Dufresne et Archaimbaud;
2" fragment d'un quatuor d'Haydn, pour tous les instruments à cordes ;
3° air de Joseph, de Méhul, chanté par M. Jourdan ; 4° chœur du Rossi-
gnol, de l'oratorio de Salomon, de Haendel; 5» ouverture d'Euryanthe, de
Weber.
„** Aujourd'hui dimanche, 5 février, à dix heures précises, une messe
en musique, de la composition de MM. Adolphe Adam et Ambroise Tho-
mas, sera chantée, à Notre-Dame, par la société chorale du Conservatoire,
dirigée par M. Edouard Batiste, la société chorale de l'Odéon , di-
rigée par M. Delafontaine ; les Enfants de Lutèce, dirigée par M. Gau-
bert; l'Ensemble, dirigée par M. Vaquette, et l'Union chorale, dirigée
par M. Chéret. La messe sera accompagnée par des harpes et l'orgue du
chœur. M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire, organiste de
Saint-Eustache, dirigera l'exécution. — Une quête sera faite au profit de
l'Association des artistes musiciens.
„.%, Le second concert de la Société des jeunes artistes du Conserva-
toire commençait par une ouverture de M. Lacombe, morceau fort bien
fait et offrant d'ingénieuses combinaisons, dont le principal effet est dû
à l'emploi des cors. M. Dupuis, jeune violoniste belge, n'a pas encore
acquis toute la force nécessaire pour dominer l'orchestre dans le grand
concerto de Beethoven; mais une seconde épreuve lui donnera sans
coûte plus de vigueur et d'aplomb. Mlle Balbi, jeune élève du Conser-
vatoire, a fort joliment chanté l'air du Concert à la Cour. La sym-
phonie en la, de iMendelssohu, que l'orchestre a supérieurement exécu-
tée, terminait la séance.
*** Le second concert, donné par Ricl.ard Wagner, a eu lieu mercredi.
Le programme était le même que celui du premier, sauf une romance
de Tannhauser, chantée par Lefort, et qu'on y avait ajoutée. Le troi-
sième et dernier concert est annoncé pour mercredi prochain.
**„ Une nouvelle édition de la Danse des fées, l'un des morceaux les
plus populaires d'Emile Prudent, vient de paraître la semaine dernière;
cette édition, revue avec le plus grand soin par l'auteur, sera prompte-
ment épuisée.
*** Alfred Jaeil, l'excellent pianiste-compositeur, est arrivé à Paris.
»*, Les journaux que nous recevons des départements de l'Ardèche et
de la Drôme donnent un compte rendu très-intéressant d'une magni-
fique cérémonie qui a eu lieu à Viviers, le 10 janvier, à l'occasion de
l'inauguration d'un grand orgue construit pour la cathédrale par les
habiles facteurs Merklin, Schultze et Ce. C'est M. Edouard Batiste, pro-
fesseur au Conservatoire, organiste de Saint-Eustache, qui avait été
choisi par Monseigneur Delcusy, évêque de Viviers, pour faire entendre
l'instrument, et pendant plus de deux heures le talent si religieux, si
mélodique et si varié de M. Edouard Batiste a captivé l'immense audi-
toire qui remplissait la vaste nef de cette basilique.
*** C'est Auguste Koempel (et non Kimpel), virtuose de la chambre
du roi de Hanovre, dont nous annoncions l'arrivée dimanche dernier,
et qui doit bientôt se faire entendre en public.
t% M. Stroecken est de retour à Paris.
„*„ 11. Enrique;Spira, le virtuose qui produit de si beaux effets sur
son instrument de bois et de paille, annonce son concert pour le 14
février dans la salle de M. Montai.
»% Une jolie barcarolle à deux voix égales, composée par M. P. 0a-
vallo sur des paroles de Mme Marie Plocq de Berthier, se recommande
aux amateurs du genre gracieux et mélodique.
„** F. Brassin se fera entendre au prochain concert de la Société des
jeunes artistes du Conservatoire, qui aura lieu le 12 février.
/, La matinée musicale et lyrique que donne Mlle M. Mira, avec le
concours de Sainte-Foy, Lefort, Castel et le jeune virtuose Sarasate,
aura lieu aujourd'hui dans la salle Herz. On y entendra deux opéras de
salon : Entre deux feux, de MM. Cadol et J.-B. Wekerlin, et Loin du bruit,
de MM. Galoppe d'Onquaire et Paul Bernard.
»*„ On annonce la publication prochaine des lettres de Félix Men-
delssohn-Bartholdy ; elles sont éditées par MM. Droysen et le frère du
compositeur.
»% Le concert de l'excellent pianiste-compositeur M. Kruger aura
lieu, vendredi prochain, daus les salons d'Erard. Des artistes très-distin-
gués prêteront leur concours au bénéficiaire.
„% Dans la séance do l'Académie des sciences, du lundi 23 janvier
1S60, M. A. Cavaillé-Coll, facteur d'orgues, a lu un mémoire sur la déter-
mination des dimensions ds tuyaux "largues par rapport à leur intonation.
Cette importante question, qui a occupé un grand nombre de savants
depuis Bernouilli jusqu'à nos jours, vient d'être enfin résolue par cet
habile facteur d'une manière théorique et pratique. La facilité des cal-
culs de cette nouvelle théorie a permis à l'auteur de mettre entre les
mains de ses plus simples ouvriers des tables et des règles au moyen
desquelles ceux-ci peuvent, par une simple opération arithmétique ou
seulement avec le compas, déterminer directement avec la plus grande
exactitude la vraie longueur des tuyaux, de même que la position des
nœuds de vibration pour la formation des nouveaux jeux harmoniques
dont ce savant facteur a enrichi l'art moderne.
J*t La soirée musicale de Mme Szanvady, l'une des plus intéressantes de
la saison sans contredit, reste fixée au 1 1 février. La célèbre pianiste s'y
fera entendre dans un quintette de Schumann, des sonates d'Haydn et
Beethoven et divers morceaux de Mendelssohn, Bach et Chopin. Les
deuxième et troisième soirées auront lieu le 2o février et le 1 0 mars.
*** E. Lubeck annonce son concert pour le 17 février dans la salle
de l'hôtel du Louvre.
*%, Le 8 février Léon Dufils donnera un grand concert dans la salle
Herz.
*% Mme Martinez (surnommée la Malibran noire) a organisé un concert
pour le 6 février, dans la salle Herz.
„** Le concert de Becker est toujours fixé au 7 février.
„% Dans le courant de cette semaine, paraîtra le beau duo sur le
Pardon de Ploermel, composé par Ad. I-Jerman et Eug. Ketterer, et qui a
obtenu un si brillant succès à la matinée musicale donnée, il y a quelques
jours, chez Pleyel, par MM. Ketterer et Mutel.
„% Le jeudi 2 février, jour de la Purification, l'Association des artistes
musiciens de France, fondée par M. le baron Taylor, a fait entendre en
l'église de Saint-Vincent-de-Paul une messe solennelle de M. LéonGastinel,
composée spécialement pour cette circonstance. Cette œuvre nous paraît
non-seulement digne de sa sœur aînée, déjà entendue à la même église, mais
nous y trouvons une force de conception qui la place au-dessus de la
précédente. Le Kyrie, le Gloria, VOffertoire et le Domine saluum do la pre-
mière messe ont laissé de vifs souvenirs dans l'esprit de ceux qui assistaient
à l'audition de 1859; cependant le Credo et le Sanctus avaient paru manquer
de puissance et de largeur. Cette fois l'œuvre nouvelle compte le Credo
parmi ses meilleurs morceaux; le plan en est ample, magistral et d'une
parfaite unité. Dans le Crucifixus, supérieurement chanté par M. Barbot et
Mlle Sax, on a remarqué des effets dialogues entre les solos et le chœur
d'une nouveauté saisissante et extrêmement habile. Le Kyrie, le Gloria
et le Graduel qui précède sont également d'une véritable valeur. Dans
le qui iollis du Gloria, la voix de Mlle Sax a vibré d'une manière admi-
rable sous les voûtes du temple, et elle a fait une vive impression en
laissant expirer peu à peu la mélodie pendant que le chœur fait un
decrescendo sur le mol miserere. M. Barbot a chanté de la façon la plus
heureuse les passages importants de sa partie, et ils sont nombreux. Sa
belle voix et son style simple et large ont été principalement appréciés
dans le Kyrie, le Crucifixus, YO salutaris et VAgnus Dei. M. Balanqué a
parfaitement dit le début du Credo, le Crucifixus et le chant de VAgnus Dei.
Ce dernier morceau est d'une couleur très-heureuse., mais peut-être un peu
trop développé. Nous nous félicitons de n'avoir que cette cri tiqueà adresser
à l'œuvre de M. Gastinel, et nous le connaissons assez pour savoir qu'il
considérera cette première audition comme le moyen d'étudier à fond
cette composition importante et de la perfectionner. M.Cavallo, l'orgauiste
de la paroisse, a fait une charmante improvisation sur des motifs du
Kyrie au moment de l'offertoire. L'orchestre et les chœurs, formés de
deux cents artistes, ont été parfaitement dirigés par M. Deloffre, l'excel-
lent chef d'orchestre du théâtre Lyrique.
**„, Joseph Franck, de Liège, se fera entendre comme pianiste, violo-
niste et organiste, dans la soirée musicale qu'il donnera le jeudi S mars
à 8 heures, dans les salons d'Erard, rue du Mail, 13.11 jouera quatre nou-
veaux morceaux de sa composition.
a** Ravina a adopté cette année pour morceaux de concert le Mou-
vement perpétuel, l'Élégie, le Rondo-Polka et la Sicilienne. La deuxième
édition de ces fantaisies brillantes et originales est en vente.
„% La Société des secours mutuels du quartier Saint-Thomas-d'Aquin
adonné, dimanche dernier, sa fête annuelle, salle de l'Hùtel-de- Ville.
Dans la partie musicale, on a beaucoup applaudi Mmes Genest, Grange
et Dreyfus, MM. Lebrun et Provint Quant à la partie dramatique, elle a
été défrayée, avec un grand succès, par Mlle Montagne et M. Chéry, du
Théâtre-Français.
»% Les romances détachées du nouvel album d'Etienne Armand ob-
tiennent un très-grand succès.
t*t La Société des gens de lettres tiendra son assemblée générale
ordinaire dimanche, 12 février, dans les salons de Lemardelay.
,,*„ Une cantatrice étrangère, que Paris n'a pas oubliée, et qui, avec
le célèbre ténor Haitzinger, fit parmi nous le succès et la gloire de
l'opéra allemand, Mme Schroeder Devrient (YVilhelminei vient de mourir
à Dresde, à la suite d'une longue et douloureuse maladie. Née à Ham-
bourg eu 1805, elle était fille de Sophie Schroeder, qui porta longtemps
le sceptre de la tragédie allemande, et qui existe encore. Destinée elle-
DE PARIS.
kl
même au genre tragique, elle commença dès ses premières années par
jouer les petits rôles d'amour dans les ballets. A l'âge de quinze ans,
elle débuta au Burg-Theater de Vienne dans Phèdre, de Racine, par le
rôle d'Aricie, et joua ensuite celui de Louise, dans Cabale und Liebe, celui
d'Opbélie, dans Hamlet ; mais c'était dans l'opéra qu'elle devait surtout
briller, et l'année d'après, elle s'y révéla, en chantant le rôle de Pamina,
de la Flûte enchantée. Son mariage avec l'acteur Devrient ne fut pas heu-
reux et se termina par un divorce. En 1849, Mme Schroeder Devrient
quitta la scène, après avoir épousé 11. de Bock, gentilhomme livonien.
„,*„ Le directeur Stilcher, directeur de musique de l'Université de Tu-
bingen depuis 1817, est mort récemment; il s'était fait une grande répu-
tation par ses lieder. Ce digne vétéran de l'art venait d'obtenir sa re-
traite, et à cette occasion le roi de Wurtemberg lui avait conféré l'ordre
de Frédéric.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,** Lille. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu lieu
mardi dernier avec un très-grand succès. Les trois rôles du nouveau chef-
d'œuvre ont été fort bien rendus par Mme Reynaud, MM. Maugard et
Barré. Le quatuor de cors et le chant du Chasseur, ainsi que l'air de
VOmbre, la Berceuse, l'air de l'Or, les trios et les finales ont produit un effet
admirable. A M. Bénard, l'excellent chef d'orchestre, revient une large
part du succès pour la manière intelligente dont il a dirigé l'exécution
d'une des plus belles pages de l'auteur de Robert et des Huguenots. Féli-
citons les artistes de l'orchestre pour leur bonne coopération, sans oublier
les chœurs qui ont marché avec assurance. Le directeur, M. Desmottes,
n'avait rien épargné, décors nouveaux, torrent d'eau naturelle, etc.
M. Guérin, le régisseur général, a aussi parfaitement réglé la mise en
scène, et tout promet une suite de représentations fructueuses. — Une
solennité musicale et religieuse doit avoir lieu le jour de Pâques à l'église
de Saint-Maurice par les sociétés chorales de cette ville réunies. Une
messe solennelle dédiée à S. Exe. le duc de Magenta, de la composition
de notre compatriote, M. Watier, sera exécutée par deux cents chanteurs.
Nous espérons aussi que l'excellente musique du corps des canonnière,
habilement dirigée par M. Lefebvre, prêtera son concours. Le corps des
canonniers sédentaires de Lille voulant perpétuer le souvenir de plusieurs
de ces sièges mémorables où le courage lillo's se mit sous la protection
de Notre-Dame de la Victoire, a offert à l'église de Saint-Maurice deux
vitraux qui sont comme un abrégé de l'histoire du corps et en même
temps comme un témoignage de ses longs et bons rapports avec l'église
de Saint-Maurice. Les sociétés chorales de Lille tiennent aussi à laisser
dans leur vieux monument un de leurs souvenirs. Elles se cotiseront
pour offrir un vitrail qui rappellera le concours qu'elles auront donné à
sa décoration.
t% Lyon. — On a repris le 24 janvier l'Étoile du Nord Mme Vanden-
heuvel-Duprez a chanté le rôle de Catherine de la façon la plus remar-
quable. La partition du maître et la cantatrice ont reçu à Lyon le même
accueil enthousiaste qui les avaient jadis accueillis à Paris. Les autres
rôles sont bien tenus ; l'orchestre et les chœurs ont fait vaillamment
leur devoir. Somme toute, VÉtoile du Nord vient d'obtenir un véritable
succès et promet de rester longtemps au répertoire.
„*„ Amiens, 30 janvier. — Le Prophète a été joué jeudi pour la qua-
trième fois, et son succès, loin de se ralentir, va en grandissant.
„,*„, Nancy. — La reprise des Dragons de Villars a été accueillie avec
beaucoup de faveur. M. Litté (Sylvain), M. Léopold (Bellamy) et Mmes
Victorine Labat et Grasseau ont mérité les plus grands éloges. La parti-
tion de Maillart, qui n'avait pas été représentée depuis deux ans, est ap-
pelée a figurer désormais honorablement au répertoire.
»*„ strasbouug. — On a joué pour la première fois, le 19 janvier,
Stradella, l'opéra de F. de Flotow. La délicieuse partition de l'au-
teur de Maria, qu'une troupe allemande avait fait connaître ici, il y a
quelques années, a été accueillie, en français, avec une grande faveur.
M. Bineau a fait admirablement valoir le beau rôle de Stradella qui lui
a valu un succès complet. Les autres rôles sont remplis par MlleBléau,
MM. Berry, Leraaire et Odezenne.
t\ Bordeaux.— Il y avait foule à la reprise de Robert le Diable. Cette
partition, qui n'avait pas été exécutée depuis quelque temps, a valu à
M. David, première basse, un très-beau triomphe. M. Louault (Robert)
n'était pas très-sûr de son rôle. Mme de Joly et Mlle Massé ont été ac-
cueillies par les témoignages les plus flatteurs de l'affection du public
bordelais. Mlle Granzini a dansé le rôle de l'abbesse de façon à mériter
les bravos les plus sympathiques. On répète le Pardon de Ploërmel.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„*„ Bruxelles. — Le Pardon de Ploërmel est toujours le grand succès
de la saison ; la quinzième représentation aura lieu au bénéfice du
deuxième chef d'orchestre, M. Bosselet. — M. Stoumou, de Liège, a fait
représenter au théâtre de la Monnaie un opéra-comique en un acte, inti-
tulé Phœdé, et dont il a écrit les paroles et la musique. Le libretto est
une pâle imitation de la Ciguë, d'Emile Augier, et de Haydèe, de Scribe,
mais la partition révèle chez M.Stoumon, un musicien expérimenté.- Les
Charmeurs , de M. Poize, joués il y a quelques jours pour la première
fois, auraient eu plus de succès si l'exécution avait été plus satisfai-
sante. — On s'occupe activement de la mise en scène de Gustave III, qui
sera monté avec un véritable luxe de décors et de costumes.— Dimanche
dernier, 29 janvier, le deuxième concert du Conservatoire royal de mu-
sique, sous la direction de M. Fétis, avait attiré une foule compacte. On
a exécuté avec le plus grand succès la deuxième symphonie en sol mi-
neur de Mozart; le .cinquième concerto de Léonard, joué par M. Leen-
ders; une ouverture de concert de M. Fétis ; le troisième concerto pour
piano, de Beethoven, joué par M. Kœtlitz, et le finale de Fidelio, de Bee-
thoven. — Le concert donné par la Société philharmonique a eu lieu le
28 janvier ; LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Brabant honoraient
de leur présence cette solennité artistique et ont donné à plusieurs re-
prise le signal des applaudissements. Henri Litolff a eu les honneurs
de la soirée ; ses nouvelles compositions, le Chant du rouet et les Octaves,
ont obtenu un succès immense, ainsi que l'ouverture à grand orchestre,
le Chant des Guelfes, du même compositeur. La partie vocale, confiée à
M. Audran et à Mme Mohr-Dietsch , n'a rien laissé à désirer. M. Li-
tolff n'a pas obtenu moins de succès à la Société de symphonie dont
l'orchestre est sous l'habile direction de Léonard. 11 y a fait également
entendre aux applaudissements unanimes les Octaves. Léonard s'est aussi
fait applaudir dans un de ses concertos pour violon. — A la séance
du 12 janvier de la classe des beaux-arts de l'Académie royale de
Belgique, M. Fétis a lu un rapport très-remarquable sur un fragment du
Salut de Noël, dont le lauréat du concours a fait l'envoi au gouverne-
ment, et sur lequel la section permanente du jury a été appelée à se
prononcer.
**% Liège. — Le concert annuel du Conservatoire a valu un succès
mérité à Mlle Douchaad, cantatrice, élève de M. Vercken; à M. Jérôme,
bassoniste, élève de M. J. Radoux, et à M. Ferket, violoniste, élève de
M. Frère. On a applaudi con furore l'ouverture magistrale du Pardon de
Ploërmel et celle des Girondins, de Litolff, toutes deux exécutées d'une
façon irréprochable sous l'intelligente et chaleureuse direction de
M. Ferry.
„*„. Gand. — Le Pardon de Ploerme'. obtient toujours beaucoup de
succès et on est à la douzième représentation.
j.** Berlin. — Le théâtre Italien, établi dans la salle Victoria, continue
à faire de magnifiques recettes. Au concert à la cour du prince-ré-
gent on a exécuté, outre la polonaise de Struensée et la Schiller-Marche,
par Meyerbeer, des fragments de l'opéra la Reine Christine, du comte de
Redern.
t*4, Hambourg. — Pour l'anniversaire de la naissance de Mozart,
M. Furstenow a organisé un concert où l'on n'a entendu que de la mu-
sique de ce grand compositeur.
*% Florence. — La Société philharmonique, à son dernier concert, a
exécuté d'une façon magistrale l'ouverture du Pardon de Ploërmel. Le
succès a été très-grand.
*** Constantinople. — L'association allemande Teutonia, qui a été
fondée il y a dix ans, par M. Robert Capitain, compte aujourd'hui
trois cents membres. La Teutonia avait célébré l'anniversaire de la nais-
sance de Schiller par une représentation de Guillaume Tell; le chef-d'œu-
vre du célèbre poète allemand a été très-bien interprété par les membres
de la Société.
„% Saint-Pétersbourg. — Le début de Mlle Balfe a eu lieu dans la Tra-
viata ; elle a été applaudie, rappelée, quoique sa voix ait paru fatiguée,
et que ses intonations ne fussent pas toujours irréprochables. Elle chan-
tera encore une fois cette semaine avant de repartir pour Londres, et
l'on dit qu'elle sera engagée pour la saison prochaine. Au fond, c'est
Calzolari qui a le plus mérité les honneurs de la représentation. Dans
le rôle du père, Giraldoni s'est montré excellent chanteur : il a produit
beaucoup d'effet dans l'air du deuxième acte. — Tamberlick va chanter
le Prophète pour son bénéfice : Mme Nantier-Didier; dont l'engagement a
été renouvelé pour deux années, remplira le rôle de Fidès. — Après
Mlle Balfe, Mlle La Grua compte prendre le rôle de la Traviata. — Les
décors du Pardon de Ploërmel seront bientôt prêts: tous les artistes sont
enchantés de leurs rôles.
„,% New-York. — La compagnie italienne d'Ullmann et Strakosch nous
a fait ses adieux dans les Huguenots, et est partie pour Philadelphie, où
elle doit donner douze représentations. Incessamment, nous aurons un
second opéra italien, dont voici le personnel : Mmes Frezzolini, Alber-
tini et Martini d'Ormoy ; MM. Beaucardé, Macaferri, Ardavani, Morino,
Rocco etWeilich; maîtres de chapelle, Anschûtz et Stoll.
48
1ÏEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
PSASOS
D'ART
.Aircrf agtuhs mm nÂigo
BLANCHET fils
PIAXOS
DE
COMMERCE
DE L'ANÛIE
ROLLER ET BLANCHET FBLS
A Paris, ru«! d'OautevilIc, il0 «C.
Celte maison est connue, depuis de longues années, pour la remarquable supériorité de ses pianos droits.
Blanchet fils, ancien élève de l'Ecole polytechnique, a consacré le fruit de ses études scientifiques et de ses constantes recherches au per-
fectionnement de son industrie ; et après avoir obtenu, aux diverses expositions d'Angleterre et de France, les plus hautes récompenses, il
-a été nommé chevalier de la Légion d'honneur par le jury international de l'Exposition universelle de 1855.
Convaincu de la nécessité de mettre à la portée de tous les instruments fabriqués avec conscience et pouvant satisfaire aux qualités artisti-
ques aussi bien qu'aux principes de solidité garantis par une longue réputation, Blanchet fils vient de créer un nouveau modèle de piano dit
format de commerce, qui, tout en possédant les qualités d'une facture de premier ordre, a l'avantage d'être accessible à toutes les fortunes.
Les instruments de ce format sont à cordes verticales, obliques ou demi-obliques. Désormais cette importante manufacture réunira donc les
deux branches, également essentielles, d'une fabrication à la fois artistique et commerciale.
MUSIQUE ®E PIAN© NOUVELLE
Publiée par G. BHANDUS et S. DUFOUK, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au l«r.
ÏÏH %*TT©IMT
Rosée «le Mai. chant sans paroles 9
Chanson «Un Roucl, Fantaisie 9
B.es* Octaves, morceaux de concert 9
E. WOLFF
Op. 234. Matkilde, valse caprice ... 7 50
Op. 235. Ida, valse caprice 7 50
Grand duo à quatre mains sur Stradella
(sous presse) 10 »
Op. 41. Lia Danse «les F«?es (2e édition) 9
Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9
Op. 54. Citant «In ruisseau, caprice 9
Les Echos des opéras, fantaisies faciles :
Fra Diavolo. h. Domino noir.
2. Guillaume Tell. 5. Diamants de la couronne.
3. Comte Ory. 6. Muette de Portici.
Sera continué. — Prix de chaque : 6 fr.
BIiUMENTHAL
Op. 51
N°1. Le Chant du cygne, mélodie 5 »
2. Une Fleur des Alpes, id. . 7 50
Op. 52. L'Etoile du soir, 3e valse. ... 6 »
Op. 53. Marche du vainqueur 7 50
ASCUEU. Illustration du Pardon de Ploermel 9
— Op. 84. Illustration de Robert le Diable 9
BADAKXEWSKA. Prière d'une vierge 5
BKBYtitn (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6
— Op. 55. La Charité, chœur de Rossini, transcription ... 6
«OKI* (A.). Fantaisie dramatique sur le Pardon de Ploermel. 1
— Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars 9
HESS. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploermel 5
UUfVTEN (F.). Fantaisies sur stradella et Maria, de Flotow, ch. 5
KAIiKltBEXXEB (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50
KETTEKESS. Op. 79. Fantaisie brillante sur Diane de Solange . 7 50
KBUGEB. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon de Ploermel. 7 50
ILE CABPEXTIEK. Bagatelle sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 »
— 1 87e bagatelle sur Marta 5 »
— 188e bagatelle sur les Dragons de Villars 5 »
MAfcXUS. Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots 9 »
PEBSIY. Op. 21. Souvenirs du Prophète, caprice 5 »
FOACE DE eéox. Mélodie irlandaise de Marta, transcription k »
VIXCENT. Orphée, de Gluck, deux transcriptions 6 »
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RELIGIEUX
(Divisées en quatre séries.)
Catholique :
Nouvelles Messes, Motets et Prières faciles, avec ou sans ace. p. toutes les voix,
à l'usage des Orphéons, des Séminaires et maisons d'éducation :
lrc Messe brève, FACILE, à 2 voix égales, sans accomp. (Orgue ad libitum).
Les 2 voix réun. : 00 c. net.— Chaque séparém., 15 c. net.— L'Orgue seul : 60 c. net.
lrc Messe CUOKAEE, a 3 voix (sopranes, ténors et basses), avec ace. d'Orgue.
Les 3 voix et l'Orgue en partition : 3 fr. net.— Chaque voix séparém.: 30 c. net.
1" Messe MELODIQUE, a (j voix d'hommes, sans accomp. (ou en chœur a
l'unisson, avec Orgue).
Les ti voix réunies : 1 f. net.— Chaque voix sépar., 30 c. net.— L'Orgue seul: 1 f. net.
1" Messe des OltPIIÉOXK FRANÇAIS, à h voix d'hommes, sans accomp.
Les li voix en partition, -chaque partie séparée,— l'orgue seul (prochainement).
0 MOTETS : Ave Maria, — Ave, maris Stella, - Sub tuum, —Ave Rcgina,—
Regina cœli, — Salve, Regina, — a U voix d'hommes, sans ace, chaque 20 c.
— Les mêmes a 1, 2 ou 3 voix, avec Orgue, 50 c. net chacun.
3 MOTETS: Ave verum, O salu/aris, Ecce partis, même prix que les précédents.
Nouvelles Prières, Hymnes et CANXIQXJBS, pour voix égales, sans accomp.:
Notre Père, à 3 voix. — Reine des Anges, à 3 voix. — Deux cantiques (P.
Brydaine) a 2 ou à /i voix ; — chaque : 20 c. net.
SERIE.
L'ORPHÉON de h H W E M I R (ENFANTS)
Chœurs sans accomp. pour Concours, a 3 et à h voix d'enfants.
N° 1 . LES PUPILLES DE L'ORPHÉON, partition et parties sép. (prochainement) .
L'ORPHÉON
NATIONAL
(HOMMES)
Chœurs sans accomp. a quntre voix d'hommes, composés pour les concours.
1° L'AVANT-GARDE DES ORPHÉONS, marche (prochainement).
2° MALBOROUGH chœur gai (prochainement)'.
3" LES PORTEURS D'EAU, solo et chœur (en vente) partition, net: 75 c.
Chaque partie séparée, prix net : 15 c.
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L'ORPHÉON UnBVEfidEL (Voix diverses)
Chœurs pour voix de femmes et d'hommes, sans ace, pour festivals.
N° 1. LES ENFANTS D'ORPHÉE, partition et parties séparées (prochainement)
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ON S'ABONNE :
Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous
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REVUE
12 Février 1860.
PRIS DE L'ABONNEMENT s
Paris 24 Ir. par an
Départements, Belgique et Suisse...
31 -
Le Journal paraît le Dimanche.
a.
GAZETTE EHOSBCâLE
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Nos abonnés reçoivent, avec le numéro <(e ce jour,
les titres et la table analytique «les matières poaar l'affi-
née 9859.
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra - Comique : le Roman d'Elvire,
opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven,
musique de M. Ambroise Thomas, par D. A. H». Saint-Yïes. — Théâtre
impérial Italien : P.oger et Mlle Marie Battu dans Lucia di Lammermoor. —
— Théâtre des Bouffes-Parisiens : Le Carnaval des Revues (précédé du Souper
du Mardi gras, prologue), en deux actes et neuf tableaux, par MM. Grange et
Gilles, musique d'Offenbach. — Auditions musicales, par Adolphe ISotte.
— Correspondance : Saint-Pétersbourg. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL BE L'OPÉRi-COIIOÏÏE.
liE KOJSflAST BVEI/VIRE,
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et
de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas.
(Première représentation le h février 1860.)
Hàtons-nous de le dire, car c'est chose toujours assez rare, le
nouvel opéra a réussi autant par les paroles que par la musi-
que. Le Roman d'Elvire est une pièce ingénieuse, où la fantaisie
côtoie la réalité, sans que l'une fasse tort à l'autre, et sans que l'inté-
rêt soit trop choqué par le défaut de vraisemblance. Quoiqu'il vienne
après la Vieille de M. Scribe, sa donnée n'en est pas moins originale,
et s'en écarte d'ailleurs complètement par les détails. Nous avons bien
quelque vague souvenir d'une pièce en trois actes, que nous avons
vu jouer aux Variétés, il y a une quinzaine d'années, par Lafont et
Mlle Déjazetj sous le titre d' Un conte de fées, et qui ressemble, comme
une sœur jumelle, à celle de MM. Alexandre Dumas et de Leuven.
Mais, qu'importe ? N'est -elle pas à peu près oubliée aujourd'hui, et
cette absence de notoriété ne |prouve-t-elle pas qu'en fait d'ouvrages
dramatiques, tous les genres ne peuvent pas être impunément confon-
dus, et que tel sujet, passé inaperçu sous la forme de la comédie ou
du vaudeville, a parfois toutes les conditions nécessaires pour devenir
un très-bon opéra-comique ?
Nous sommes à Gênes.... Ah! pardon! nous allions vous raconter
le vaudeville des Variétés, qui, du reste, était des mêmes auteurs, en
y ajoutant Brunswick, un mort de l'année dernière, et qui, par consé-
quent, n'est plus là pour réclamer son droit de paternité. Les deux
survivants ont jugé à propos de nous transporter à Palerme, et, pour
notre part, nous n'y voyons aucun inconvénient. Donc, le seigneur
Gennaro est un des plus francs mauvais sujets de Palerme, un joueur,
un libertin, un mangeur d'héritages; il a déjà dévoré deux oncles et
trois tantes , et quoiqu'il n'ait plus aucun grand parent à se mettre
sous la dent , il a formé l'audacieux projet d'accaparer les bonnes
grâces de la signora Sirena , la plus belle et la plus avide des cour-
tisanes de toute la Sicile. Pour atteindre ce but, il compte sur le
secours de la bohémienne Lilla, avec laquelle il travaille au grand
œuvre. Par nature Gennaro est superstitieux et croit sincèrement
au pouvoir de la magie et aux miracles de l'alchimie. En effet, Lilla
lui remet un diamant de la valeur de dix mille ducats qu'elle a ob-
tenu avec un charbon et dont la moitié qui lui appartient est repré-
sentée par une reconnaissance de cinq mille ducats que lui signe
Gennaro. Ceci se passe chez la vieille marquise de Villa-Bianca , qui
vient d'être enrichie de plusieurs millions par le gain d'un procès.
Or, Gennaro so hâte de perdre au jeu, dans les salons de la douai-
rière, les ducats contre lesquels il a échangé son diamant, et pour
surcroît d'infortune, il est bloqué dans le palais de la marquise par ses
innombrables créanciers ; force lui est donc de demander asile pour
la nuit à la bonne dame qui lui répond par la lecture d'un roman de
chevalerie dont la situation est analogue à la sienne. — Je ne puis re-
cevoir la nuit, dans mon château, que mon époux, dit Elvire au pala-
din, qui lui adresse la même requête que Gennaro à la marquise.
Sur les conseils de Lilla, Gennaro accepte la condition imposée au
paladin, et le voilà devenu le seigneur suzerain des charmes et des
millions de la douairière de Villa-Bianca. A vrai dire, ce n'est guère
que cette dernière considération qui l'a décidé, parce que les richesses
de sa femme lui permettront de prendre pour maîtresse la signora
Sirena, et de gagner le pari engagé à ce sujet avec ses amis. Mais
lorsque, après avoir payé ses créanciers, il veut s'élancer à la con-
quête de la Sirena, il s'aperçoit qu'il est prisonnier dans le palais de
la marquise, qui reste sourde à toutes ses récriminations.
Que faire pour sortir de ce mauvais pas ? La bohémienne Lilla,
touchée de son désespoir, lui propose d'endormir la marquise à l'aide
d'un narcotique de sa façon, et de lui dérober, pendant son sommeil,
les clefs du palais. L'offre est acceptée, mais dans sa précipitation,
Lilla de trompe de fiole, et, au lieu du narcotique, elle verse à la
douairière un breuvage magique qui lui enlève d'un seul trait plus de
quarante années.
Tout d'abord, Gennaro se réjouit de la méprise qui lui donne une
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
femme îeune et belle, à laquelle il sacrifie sans peine ses projets sur
la Sirena. Seulement il ne tarde pas àgreconnaitre qrc la marquise,
en retrouvant la jeunesse, a perdu la mémoire, et que ses droits sur
elle sont réduits à néant. L'amour qu'elle lui inspire est mis à de rudes
épreuves, et lorsqu'enfm sa jalousie est prête à déborder, un podes-
tat, courtisan éconduit de la vieille marquise, vient demander compte
à Gennaro de la disparition de sa femme. Certains indices font sup-
poser qu'il s'est débarrassé d'elle par un crime. On l'arrête et l'on
instruit aussitôt son procès.
Un seul moyen de justification est possible à Gennaro, c'est de re-
présenter la vieille marquise avec ses soixante ans, et pour cela, il
faut que la jeune femme consente à recourir aux philtres de Lilla.
Elle se laisse attendrir, mais au moment fatal, c'est Gennaro lui-même
qui ne peut se résoudre à lui^rendre de gaieté de cœur ses rides et
ses cheveux blancs. Cette preuve d'amour sincère décide la marquise,
elle boit le philtre de Lilla, mais sous le voile qui couvre ses attraits
décrépits, Gennaro retrouve avec bonheur les charmes qui l'ont en-
sorcelé, et qui en réalité, n'ont jamais eu besoin d'une métamor-
phose.
L'énigmejest bien facile à expliquer ; dans ses jours de prospériLé,
Gennaro a refusé de faire honneurgà une|promesse d'alliance qu'il
avait contractée envers une belle et noble jeune fille. Celle-ci a juré
de se venger, et nous avons vu comment, avec l'assistance de Lilla,
elle s'y prend pour arriver à ses fins. Il est vrai qu'à ce compte, Gen-
naro n'est pas trop à plaindre et qu'il a joué finalement à qui perd
gagne.
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir tout ce que cette donnée,
dont les auteurs ont tiré un habile parti, offre de situations éminem-
ment favorables à la musique. C'est là son principal mérite, et nous
ne sommes pas surpris que M. Ambroise Thomas y ait puisé des ins-
pirations dignes du compositeur à qui nous devons le Caïd et le Songe
d'une nuit d'été. Nous ne saurions, de prime abord, assigner exacte-
ment la place que le Roman d'Elvire occupera à côté de ces deux
œuvres d'élite qui sont inscrites par la faveur constante du public au
nombre des meilleures du répertoire. Il est permis d'hésiter sur le
destin d'une partition que le temps n'a pas encore consacrée. Mais
ce que nous pouvons affirmer dès aujourd'hui, sans craindre d'être
contredit, c'est que le deuxième acte de cet opéra est un des plus
charmants et des plus complets_qui aient été signés du nom de
W. Ambroise Thomas. Avant d'en signaler les parties saillantes, ainsi
que celles des deux autres actes, nous remarquerons, à la louange du
compositeur, qu'il s'est abstenu avec soin de ces développements exa-
gérés, dont on fait parfois abus à l'Opéra-Comique. Il n'y a pas à s'y
tromper, le Roman d'Elvire a été écrit pour la salle Favart, et non
pour la rue Le Peletier.
L'ouverture est une œuvre fort remarquable; le motif de l'introduction,
répété par les instruments à vent, notamment par la flûte et la clari-
nette, est gracieux et distingué. Le chœur chanté sans accompagne-
ment par le cortège de la Sirena, qui passe au fond de la scène,
quoique un peu écourté, est d'un bon effet. Un morceau tracé de main
de maître, c'est le duo de la sorcellerie entre la marquise et. la bohé-
mienne Lilla ; il est à la fois très-brillant et très-bien dessiné. Men-
tionnons, sans trop nous y arrêter, les couplets de Gennaro : J'aime
Cor, d'une énergie concise, et ceux du podestat : C'est un grec,
railleurs et spirituels. Nous saluerons aussi en passant l'entrée des
invités de la marquise et les couplets d'Ascanio avec refrain et chœur.
Le duo de Gennaro et de la marquise, dans lequel intervient la lecture
du roman de chevalerie, est parfaitement traité ; rien de plus simple
et en même temps de plus suave que la mélodie qui accompagne cette
lecture ; c'est un des plus jolis passages de la partition. Nous n'aimons
pas autant les couplets de Lilla qui servent de début au finale, où la
danse se mêle aux chants joyeux des invités de la marquise.
Le deuxième acte commence par un chœur d'amis et de créanciers
de Gennaro, et par de délicieux couplets que i'on a fait répéter à
Montaubry. Le grand air qu'il chante ensuite a également provoqué
des applaudissements nombreux et mérités. Mais, nous l'avons dit, à
part le petit duo : Endormons et fermons tous les yeux, qui, si gentil
qu'il soit, ne saurait soutenir une comparaison quelconque avec son en-
tourage, la même formule laudative doit être appliquée à tous les mor-
ceaux de cet acte, parmi lesquels nous citerons en première ligne l'air
de la marquise rajeunie : Est-ce un mensonge ? Le cantabile de cet
air emprunte un grand charme aux sons de la harpe et n'en fait que
mieux ressortir l'élégante légende des stances de l'hirondelle et de
l'abeille. Le duo qui suit, entre Gennaro et la marquise, est éminem-
ment scénique, surtout dans sa première partie. Quant au trio des
rires, nous louerons sans restriction son entrain et sa verve. C'est une
trôs-bonne|préface pour le finale, que la situation a permis au compo-
siteur de développer avec bien plus d'ampleur que celui de l'acte
précédent. La science et l'inspiration s'y prêtent un mutuel secours
et y sont prodiguées à doses égales. M. Ambroise Thomas a rarement
écrit quelque chose de plus élevé et de plus complet.
Moins riche que le 2e acte, le 3e n'est cependant pas dépourvu d'at-
trait. Le chœur des sbires qu'on entend au lever du rideau a comme
un reflet du fameux chœur des chasseurs du Songe d'une nuit d'été.
Les couplets d'Ascanio : Puisque des biens de cette terre, sont fort
agréables. L'air de la marquise, qui débute sur une mesure de boléro
et qui se termine par une tarentelle vocalisée, est un morceau de bra-
voure des mieux réussis. Il y a là encore un trio de situation on ne
peut plus recommandante. Mais la perle de cet acte, c'est la romance
de Gennaro : Ah! ce serait un crime. Tout en faisant la part de la per-
fection avec laquelle Montaubry l'a chantée, il nous semble que
M . Ambroise Thomas n'est pas resté étranger à l'enthousiasme qui a
valu un rappel unanime au second couplet de cette romance.
Le nouvel opéra n'aurait pas d'autres titres au succès, qu'il fau-
drait l'aller applaudir pour sa brillante interprétation. Montaubry n'a
encore créé qu'un rôle pour sas débuts, celui de Dalayra; dans les Trois
Nicolas, et il ne mérite pas moins d'éloges dans celui du chevalier
Gennaro. Ses qualités ont grandi et ses défauts ont disparu. Les plus
chaleureux bravos ont donné acte à Montaubry de la satisfaction du
public qui a bissé deux de ses morceaux.
Mlle Monrose, dont les premiers pas sur la scène de l'Opéra-Comi-
que ont produit une sensation incontestable, nous a paru aussi bien
mieux placée dans le rôle de la marquise que dans celui de la reine, du
Songed'une nuit d'été. Sous le rapport du jeu, cela s'explique aisé-
ment, car rien n'est plus favorable au taie nt d'une comédienne jeune
et belle que cette alternative de rides et de fraîcheur, que cette tran-
sition de l'hiver au>printemps. Comme cantatrice, Mlle Monrose a fait
également de nouveaux progrès; sa voix est plus sûre, son style plus
large et plus correct; chaque note décèle en quelque sorte les con-
seils qui l'ont formée et qui triomphent en ce moment sur nos quatre
scènes lyriques.
Crosti, Prilleux et Mlle Lemercier ne laissent que bien peu de chose
à désirer dans les rôles d'Ascanio, du podeslat et de la bohémienne
Lilla.
La mise en scène est splendide et soignée dans ses moindres dé-
tails; les costumes, du temps de Louis XIII, sont fort riches, et les
décorations ont de l'éclat. Enfin, pour ne pas être injuste, gardons-
nous d'oublier l'orchestre qui fonctionne à merveille sous l'archet de
M. Tilmant.
D. A. D. SAINT-YVES.
DE PARIS.
51
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN.
Roger et Aille Marie nattai dans Sjttcia «Js
Kianinteii'tttoor.
Qui l'eût dit, il n'y a guère plus de six mois, alors qu'une fatale
nouvelle se répandait parmi nous, et que Roger semblait à jamais
perdu pour la scène ? Comment supposer qu'il nous reviendrait si vite
après une terrible catastrophe, et qu'en le revoyant on s'en apercevrait
si peu! Nous le pressentions pourtant, et nous l'avons déclaré ici
même . Dès le collège, nous avions lu l'épître de Delille à M. Lau-
rent, l'ingénieux auteur d'un bras artificiel construit pour un soldat
invalide :
O prodige ! Ton bras reparaît sous sa main :
Ses nerfs sont remplacés par des fibres d'airain ;
De ses muscles nouveaux essayant la souplese,
11 s'étend, il se plie; il s'élève et s'abaisse.
Et voilà justement le prodige une fois de plus opéré pour un grand
artiste ! Désormais il faut que les spectateurs ne s'en préoccupent pas
plus que Roger lui-même. Nous n'avons pas besoin de dire avec quels
bravos, quelle chaleur sympathique il a été reçu par le public delà
salle Ventadour ! Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'avant son acci-
dent, il songeait à cette émigration de la scène française à la scène
italienne, et que le cours des événements n'a été dérangé en aucune
sorte. Tout le monde savait comment il joue et chante le rôle
d'Edgard : on l'y avait vu et entendu assez souvent dans une autre
enceinte, il n'y avait de changé que l'idiome, mais pour lui c'est la
moindre des choses, il ne serait pas plus embarrassé de nous répéter
le même rôle en allemand et en anglais. Donc, nous nous bornerons
à dire que Roger s'est montré égal à lui-même, supérieur même peut-
être dans l'expression vigoureuse et désespérée de son indignation, de
sa rage au finale du second acte. Il a été applaudi à outrance, rap-
pelé plusieurs fois, et cela doit lui compter dans un théâtre où ap-
plaudisseurs et rappeleurs ne sont pas à l'état de troupes régulières
et soldées.
Maintenant dans quel rôle va-t-il se produire ? Il n'a sans doute
que l'embarras du choix, lui qui s'est familiarisé dès longtemps avec
tout le grand répertoire. Nous regretterons de ne pas le voir dans Don
Juan, qui serait trop long à monter, et nous le regretterons d'autant
plus que Roger, qui sait si bien pleurer, sait encore mieux sourire,
et que sa physionomie y gagne beaucoup. S'il veut que nous lui indi-
quions un rôle, qui sous ce rapport lui conviendrait à merveille, nous
désignerons celui de Lyonel, dans Marta, et nous ne doutons pas
qu'il n'y fût charmant, gracieux, plus que personne.
Le second début de Mlle Marie Battu n'a pas été moins heureux
que le premier : elle a soutenu et complété dans Lucià l'opinion que
l'on s'était formée de son talent dans la Sonnambula. Cependant, elle
avait tout à faire pour se mettre en état de chanter un rôle dont jamais
elle ne s'était occupée auparavant. Un très-petit nombre de jours lui
avait été accordés pour ses études. ;^les répétitions avaient été rares, et
la jeune artiste n'avait pu s'aguerrir comme elle l'aurait voulu. Toute-
fois, comme cantatrice, elle n'a rien laissé à désirer en élégance, en
délicatesse ; comme actrice, elle s'est animée par degrés : la passion
lui est venue et lui viendra encore avec la force et la confiance.
Il n'y a qu'un sentiment sur Graziani et sur la façon violente dont
il a rendu le rôle d'Asthon. Trop de zèle, trop de voix, trop de gestes
menaçants, jusque dans le finale où chaque personnage, se parlant à
lui-même, doit rester parfaitement immobile et presque sensa bat-
tere il ciijlio. C'est dans le rôle de Rigolelto que Graziani nous semble
avoir inauguré ce système de turbulence vocale et mimique auquel
tous ses amis lui conseilleront de renoncer.
P. S.
THEATRE DES BOUFFES-PARISIENS.
SiE CABNAVAI/ MES "REVUES,
Précédé du Souper «lu Ifïardi gras, prologue ,
En deux actes et neuf tableaux, par MM. Grange et Gilles,
musique ^'Offenbach,
(Première représentation le 10 février 1860.)
Le Carnaval des Revues arrive à propos pour se mêler à la folle
gaieté des jours gras qui s'avancent, et prolonger encore les éclats de
leur bon rire pendant le carême qui leur succédera trop tôt. Pourquoi
donc le théâtre des Bouffes-Parisiens n'aurait-il pas aussi sa revue
puisque tous ses confrères, grands et petits, se la permettent et ne
s'en trouvent pas mal ? On dira que c'est un peu tard : pourquoi en -
core ? Mieux vaut tard que jamais, si la revue est amusante, car c'est
là le grand point. Amusez, amusez et tout le reste est peu de chose.
Or, il n'est pas douteux que le Carnaval des Revues n'ait souvent et
fortement diverti la brillante assemblée qui remplissait avant hier la
salle Choiseul. On taillera, on rognera dans cette étoffe trop longue
et trop large de plaisanteries dont les moins bonnes nuisent aux
meilleures; il en restera toujours assez pour que l'hilarité circule et
que les recettes se multiplient.
Le cadre choisi par les auteurs du Carnaval des Revues n'est ni
plus ni moins ingénieux que celui de beaucoup d'autres œuvres du
même genre. Le Mardi gras commence par vouloir souper avec plu-
sieurs belles dames, en qui se personnifient les Revues à la mode,
celles des Variétés, du Palais-Royal, des Délassements, des Folies, du
théâtre Déjazet. Et puis le joyeux amphytrion se met à voyager de
par le monde, en passant par le boulevard, le bois de Boulogne, la
Chine et mille autres lieux. Dans la seconde période de son voyage,
se produisent les imitations et parodies dramatiques, parmi lesquelles
il y en a d'excellentes : celle de la Tireuse de cartes est de ce nom-
bre ; celle du Marchand de coco ne lui cède guère -, mais pour
nous autres, hommes d'art, ce qu'il y a d'admirable, d'incomparable,
c'est la scène du musicien faisant exécuter ses chefs-d'œuvre sym-
phoniques par l'orchestre, et chantant avec le plus grotesque accom-
pagnement de voix ce qu'il appelle la Tyrolienne de l'avenir. Cette
scène a été droit aux nues, aile stelle ! on la redemandait de tous les
côtés et il a fallu en redire une partie. Par exemple, on fera bien
d'abréger beaucoup la scène des compositeurs morts, qui se font jouer
au préjudice des vivants, et de supprimer celle du diapason, dont
l'intention échappe.
Le Carnaval des Revues n'a presque pas de musique nouvelle :
c'est une revue, un panorama, un répertoire des meilleurs morceaux
composés par Offenbach depuis qu'il a créé son théâtre. Est bien père
qui nourrit, dit le proverbe, et quel autre qu'Offenbach aurait pu
nourrir son enfant de cette innombrable quantité de mélodies pleines
d'originalité, de fraîcheur, de verve spirituelle ?
La danse joue aussi un rôle important dans le Carnaval. Dé-
siré, Mlle Tautin se distinguent dans le ballet final qui n'aura pas
moins de succès que les décors, les costumes et surtout que la musique
de l'avenir. Et qui ose affirmer que cette musique n'est pas faite pour
nous et ne saurait nous plaire? Allez au théâtre des Bouffes-Parisiens
et voyez s'il y a moyen de réussir davantage.
Après avoir parlé de la pièce nouvelle, comment payer nos dettes
et liquider notre arriéré envers plusieurs pièces plus anciennes dont
nous avons laissé grossir la pyramide. Que MM. les auteurs et compo-
siteurs qui ont collaboré au Nouveau Pourceaugnac, à Croquignole
XXXVI, à M. de Bonne-Étoile, veuillent bien nous excuser. Quand
le soleil a paru, s'occupe-t-on encore des étoiles, même des bonnes,
et le Carnaval des Revues est à cette heure le plein soleil de s
Bouffes-Parisiens.
P. S.
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
AUDITIONS MUSICALES.
Iiéon Daflls. — «Jean Becker. — Ph. de Cnvillon et teor;cs
Pfeiffer. — Mlles Van der Beek. — Georges de Slomigny.
Un pianiste dont le corn était déjà connu, M. Léon Dufîls, a fait
cette semaine son début devant le public parisien. Très-ému, d'abord,
il n'a pu montrer l'énergie, la chaleur, l'élan, dont plus tard il a fait
preuve. Dans l'exécution de la Prairie, d'Emile Prudent, son maître,
l'orchestre !e dominait. Solitude et Barcarolle, composé js par le jeune
pianiste, ont été plus finement jouées ; elles ont montré qu'il possé-
dait entièrement un remarquable mécanisme et un bon style, quoi-
qu'un peu froid encore. Le crescendo du mieux devait aller jusqu'à la
fin toujours croissant : rassuré par l'accueil très-chaleureux qui lui a
été fait, il s'est entièrement révélé en exécutant encore deux ouvrages
de Prudent, entre autres, Folie, une des plus délicieuses études qu'ait
écrites l'auteur.
M. Dufils a fait entendre le Réveil des Bacchantes, de sa composition.
Il l'a dit avec verve, netteté et franchise. Ce morceau a été bissé.
Cette fois encore, ce n'était pas le meilleur qui était redemandé.
Pourtant, il est loin d'être sans mérite, et il témoigne des bonnes études
faites par l'auteur, dont l'instrumentation est claire et brillante. L'ima-
gination et le savoir qui s'y font remarquer promettent, bien plus que
Solitude et Barcarolle, un compositeur plein d'avenir.
Lucchesi a délicieusement chanté la romance de Martha, et
Mme Ugalde, qui était en voix, a fait admirer les beautés hardies de
sa vocalisation.
— Becker est jeune et son talent a de la jeunesse ; deux choses dont
l'une n'implique pas toujours l'autre. Son exécution correcte, irrépro-
chable, à laquelle l'imagination, la fantaisie donnent un éclat, une
passion et une couleur tout italienne, n'était pas oubliée des dilet-
tantes. Ce qui caractérise, à notre avis, l'individualité de ce violoniste,
c'est l'alliance heureuse des solides et précieuses qualités de style et
de mécanisme de l'école allemande, avec celles de l'école représentée
par Paganini. Aussi est-ce peut être dans la musique si difficile, si ca-
pricieuse, si bizarre de ce maître, que Becker déploie le mieux les
souplesses, les élégances et les fougues de son archet. La grande fan-
taisie, Nel cor piu non mi sento, vraiment hérissée de périls, et qui
demande tant de qualités diverses, tant de justesse et d'expression
pour paraître ce que l'auteur l'a faite, c'est-à-dire belle et profusé-
ment ornée, a été pour le virtuose l'occasion d'un grand et unanime
succès. Ce morceau n'est pas le seul qui ait fait éclater des transports
d'enthousiasme. Sans parler des œuvres de Beethoven, exécutées par
Becker avec la pureté et la sobriété que la musique d'ensemble exige,
deux courtes et gracieuses compositions de lui, l'une allegretto,
simple, fraîche, naïve, bien modulée, bien traitée, l'autre, la Veille des
noces, plus rêveuse, plus attendrie, d'un accent plus pénétrant, ont
causé aussi un vif plaisir. L'auteur les a dites d'une façon ravissante,
sans les cahotements de mouvements qu'on peut quelquefois lui repro-
cher, ainsi qu'à la plupart des grands solistes. Privées même d'une
telle interprétation, ces deux petites pages sont conçues, ce nous sem-
ble, de manière à plaire infiniment aux violonistes, et à être partout
sympathiquement accueillies.
Mlle A. Zadrobilek, jeune pianiste, élève de Liszt et de Dreys-
chock, possède un très-aimable talent ; elle s'est fait plusieurs fois
applaudir en jouant deux morceaux des célèbres artistes qui furent
ses maîtres.
Dans la partie vocale, la moisson de bravos a été féconde aussi.
Mme Falconi a chanté des variations sur un thème original, dues à
la plume doublement connue de M. Gustave Héquet. La mélodie de
ce joli morceau est d'une suavité et d'une largeur remarquables; les
broderies, faites avec beaucoup d'art sur le tissu harmonique, attes-
tent que si l'auteur connaît admirablement tout ce que la voix pos-
sède de brillant et de varié, il sait encore écrire pour elle des diffi-
cultés d'un goût exquis. Ces variations ont à la fois charmé l'audi-
toire et fait briller l'habileté de la cantatrice.
— MM. de Cuvillon et Georges Pfeiffer donnaient mardi, dans les
salons Pleyel-Wolff, leur première soirée musicale. M. de Cuvillon
joue aussi bien la musique de chambre que le solo, ce qui est rare.
Après avoir dit magistralement sa partie dans diverses œuvres de
Mendelssohn et de Beethoven, après avoir, en compagnie de Casimir
Ney, Jacobi et Muller, phrasé avec une pureté de son et un senti-
ment qui ont été très-remarques, le quatuor en la de Mozart, il a
exécuté un conte de Vieuxtemps aux applaudissements de toute la
salle ; il y a fait apprécier enlre autres un trille d'une égalité et d'une
finesse exquises. Le succès de G. Pfeiffer a été grand aussi dans la
musique classique. Comme soliste, il sait tirer du piano mieux que
des difficultés : de beaux sons, des accents simples et expressifs, ve-
nant de l'intelligence plus encore que des doigts. Nous ne pourrions
du reste rien ajouter qui valût ce fait : il a été obligé de redire un
charmant morceau de Mendelssohn. On a voulu entendre une seconde
fois cette jolie inspiration et cette exécution claire, légère et distin-
guée.
Une élève de Laget, Mlle Baretti, a chanté une romance de Guil-
laume Tell. La pureté, la douceur de son organe ont d'abord charmé
le public. Enfin, disait-on de toutes parts, voilà une chanteuse qui ne
force pas sa voix et qui n'en produit pas moins d'effet. Elle prouve
une fois de plus que l'expression, le charme ne résident, comme on
le croit souvent, ni dans l'effort, ni dans le cri ; et on lui prodiguait
les bravos. Malheureusement, ainsi encouragée, la jeune cantatrice,
dans l'air de Norma, a voulu faire mieux. Cette fois encore le mieux
a été l'ennemi du bien. Mlle Baretti s'est jetée dans des fioritures
ambitieuses, dont il est permis de contester le bon goût; elle a
perdu tout d'un coup le naturel, la grâce qui venaient de causer une
véritable sensation de surprise et de plaisir.
— 11 est des familles heureuses et privilégiées ; mais il en est peu
qui offrent un quatuor féminin aussi charmant que celui que nous
avons vu et entendu samedi à la salle Beethoven. Par leur jeunesse
et leur mérite artistique, Mlles Van der Beek ont tour à tour charmé
l'assemblée très-distinguée qu'elles avaient réunie. A elles seules, car
le violoncelle de Norblin et le violon de Briard se sont fait entendre
un moment pour ne plus reparaître, elles ont suffi à rendre leur soirée
une des plus intéressantes auxquelles nous ayons assisté. Mlle Céles-
tine joue du piano ; Mlle Stéphanie, de la harpe. Il faut à cet instru-
ment un auxiliaire qui lui donne du corps et de la puissance ; alors il
devient délicieux. Samedi, dans un duo de Herz et de Labarre, l'éclat,
les sons plus soutenus et plus mâles du piano se mêlant aux notes
fines, aériennes, vaporeuses de la harpe, formaient un ensemble que
de chaleureux applaudissements ont accueilli.
Nous ne savons pourquoi cette forme, si riche autrefois, est de nos
jours à peu près abandonnée. Disons vite que Mlle Virginie a fait en-
tendre, dans le magnifique duo du Prophète, une voix de contralto,
non sans valeur assurément, mais qui a besoin encore d'être assou-
plie et affermie pour donner tout cequ'elle possède de force, de puis-
sance, et arrivons à Mlle Sidonie. Elle a eu les honneurs de la partie
vocale ; elle a fait naître une émotion que de plus habiles ne donnent
pas toujours. Est-ce donc déjà une grande cantatrice ? Mon Dieu non,
pas encore ; mais elle a tout ce qu'il faut pour le devenir bientôt :
une voix de mezz-o-soprano, dont le timbre doux, virginal et sympa-
thique va droit au cœur ; un accent juste et souvent vrai ; un charme,
en un mot, un je ne sais quoi qui se sent et ne s'analyse pas. En lui
entendant chanter un air de Robert et une romance des Vêpres avec
tant d'expression, de simplicité, on se disait, malgré soi, que si l'art
est une belle et admirable chose, il ne supplée pas à tout ; qu'il n'est
pas un métier dont on apprend tous les secrets, et que, pour s'y distin-
DE PARIS.
53
guer, il faut encore que la nature veuille bien vous en révéler quelques-
uns qu'elle a gardés pour elle.
— Au concert donné la semaine dernière par M. G. de Momigny, des
mélodies vocales de sa composition ont été dites avec talent par Guyot
et Legros. Ce sont des chants faciles et aimables ; ils n'ont rien de
bien saillant, de bien original , mais quelques-uns ont un certain mé-
rite de facture qui n'est point à dédaigner et ne manquent ni de verve,
ni de couleur. Dans la parlie instrumentale on a applaudi, et il le mé-
ritait, un solo de harpe composé et exécuté par Gillette. Le piano, qui
a détrôné cet instrument, ne cesse néanmoins de le poursuivre, comme
s'il craignait une restauration, et n'a pas voulu lui laisser tout le
succès ; il a lutté , et , grâce à l'exécution claire , énergique et gra-
cieuse de Mlle Clémence Laval, nous ne voudrions pas jurer que cette
fois encore il n'ait été vainqueur.
La mélodie trouvée par Gounod sur le prélude de Bach a un carac-
tère éminemment religieux ; on avait eu l'heureuse idée d'y adapter
la prière de Y Ave Maria: elle a été bissée par acclamation ; Mlle Marie
Box l'a chantée avec un bon sentiment musical.
Adolphe BOTTE.
CORRESPONDANCE.
Saint-Pétersbourg, 23 janvier.
Samedi dernier a eu lieu une magnifique représentation du Prophète.
Tamberlick avait choisi le chef-d'œuvre de Meyerbeer pour son béné-
fice, et huit jours d'avance il n'y avait plus une place à louer dans la salle.
Mme Kantier-Didiée devait chanter pour la première fois le rôle de Fidès,
et quoique se trouvant dans une situation qu'on est convenu d'appeler
intéressante, elle n'a point hésité à aborder cette tâche difficile, remplie
avant elle par Mme Viardot et par Mme Tedesco. La tentative lui a plei-
nement réussi. Elle a fort bien dit l'air du deuxième acte ; Mon fils sois
béni ; elle s'est montrée très-dramatique dans tout le quatrième acte,
et au cinquième les vocalises de son grand air : Comme un éclair, attaqué
avec beaucoup de hardiesse et d'habileté, et le duo avec Jean de Leyde
ont complété son succès ; applaudie avec enthousiasme elle a été rap-
pelée je ne saurais vous dire combien de fois. Tamberlick n'en était pas
à son début dans le rôle de Jean de Leyde; il y avait laissé des souvenirs
qui se sont ravivés immédiatement après l'air du Songe dit avec un
charme inexprimable ; mais le cantique sublime : Roi au ciel et des anges,
chanté avec la puissance que possède cet artiste,, lui a valu une véritable
ovation qui s'est traduite en bravos frénétiques, accompagnés de
bouquets et de couronnes. — Tamberlick a été aussi très-beau dans la
scène de la fascination et dans le duo du cinquième acte avec Fidès ;
enfin le brindisi a brillamment terminé cette représentation qui ne s'ou-
bliera pas de longtemps, et qui a produit le maximum de la recette
(15,000 fr.). Une partie de la famille impériale y assistait.
Mlle Brambilla, qui chantait le rôle de Berthe, ne possède pas des
moyens suffisants ; Marini et Bettini se sont bien acquittés des person-
nages des anabaptistes; Everardi (Oberthal) a contribué au succès ; la mise
en scène et les décors sont splendides. — Les répétitions à l'orchestre
du Pardon de Ploermel ont commencé ; s'il ne survient pas d'incident,
l'ouvrage passera samedi prochain, 30 janvier. Les chaoteurs savent
parfaitement leur rOle. — Mardi 26 aura lieu sans remise, au bénéfice
de Mme Rosati, la représentation de Pâquerette, ballet de Saint-Léon. On
dit merveille des décors et de la chorégraphie. — Il y a eu dimanche
huit jours, une des plus aimées de nos danseuses russes, la Mouravieva,
a fait une chute grave ; on craint que les suites ne la forcent à abandon-
ner le théâtre. — On annonce l'arrivée de Mlle Bogdanofi" que vous avez
vue à l'Opéra et qui, si l'on en croit les on dit, rentrerait au grand théâtre
Impérial. — Aujourd'hui, par ordre, a lieu le bénéfice de Mme Louise
Mayer annoncé pour demain. Cette artiste, dont les débuts eurent lieu
au Vaudeville, rue de Chartres, et qui avait épousé ici l'acteur Alexan-
dre Michel, actuellement aux Variétés, se retire après vingt ans de ser-
vices. Inutile de dire que la salle sera comble; une souscription a eu lieu
pour offrir à Mme Louise Mayer, qui a toujours été fort aimée du public,
une magnifique parure en brillants, à laquelle se joindront certainement
plusieurs cadeaux de la cour.
Une partie des réengagements de la troupe italienne est faite, du
moins pour les hommes. Tamberlick, Debassini, Calzolari, Marini, Bettini
nous restent ; Mongini et Giraldoni nous quitteront vraisemblablement.
Mme Nantier-Didiée est réengagée pour deux ans. Mme Lagrua a demandé
une forte augmentation de traitement qui lui sera vraisemblablement
accordée ; son bénéfice, pour lequel elle a choisi Norma, l'un de ses
triomphes, terminera la saison. Rien n'est encore décidé pour Mme Char-
ton, et certainement la direction aurait tort de ne pas la réengager,
car elle ne la remplacerait pas, quoiqu'elle ait engagé en Italie, pour
la saison prochaine, la Fioretti.
On parle beaucoup de l'engagement de Mlle Balfe. qui a chanté de
nouveau la Traviata, aux applaudissements frénétiques d'une portion de
la haute aristocratie qui l'a prise sous sa protection.
Dimanche dernier a eu lieu un grand concert dans les salles de l'Uni-
versité ; tous les artistes italiens y chantaient : il en sera de même
demain, Ces concerts sont organisés par la Société philharmonique au
bénéfice des veuves et des orphelins.
Lundi, au grand Théâtre, les sœurs Ferni donnent leur première
matinée musicale. — Incessamment, "Vieuxtemps est attendu, et il donnera
ses concerts au Carême.
X.
IOUVELLES.
t% Au théâtre impérial de l'Opéra, la première représentation de
Pierre de Médicis est annoncée comme devant avoir lieu très-prochaine-
ment. En attendant, Herculanum, donné vendredi, a fourni l'occasion à
Mines Gueymard et Vestvali de déployer les lirillantes qualités qui les
distinguent. Gueymard et Obin remplissent toujours fort bien les rôles
d'Hélios et de Nicanor.
„% Une indisposition de Montaubry a retardé la seconde représentation
du nouvel opéra-comique le Roman d'Elvire, qui n'a pu être rejoué que
jeudi ; mais il parait que par excès de zèle le jeune artiste s'était trop
hâté et qu'un repos de quelques jours lui est encore nécessaire. Le
Roman d'Elvire attendra donc jusqu'à la semaine prochaine pour re-
prendre le cours de son succès.
„.*,. Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout
genre se sont élevées, pendant le mois de janvier, à la somme de
1,880,968 fr. hk c, savoir : théâtres impériaux, 489, SOS fr. 01 c; théâ-
tres secondaires, 1,154,790 fr. 43 c; cafés-concerts, bals, spectacles,
211,513 fr.; curiosités diverses, 24,857 fr. C'est une augmentation de
173,623 fr. 54 c. sur janvier 1859.
#*„, En Allemagne, ainsi qu'en France, le Pardon de Ploermel marche
rapidement de ville en ville, de théâtre en théâtre. Déjà représenté à
Stuttgard, Dresde, Cobourg, Manheim, Gotha et Hambourg, le nouveau
chef-d'œuvre va être incessamment donné à Francfort, Kœnigsberg,
Prague, Leipzig et Munich.
t% La Société des jeunes artistes du Conservatoire continue une tâ-
che qu'elle avait glorieusement commencée dans les précédentes années,
en nous faisant entendre plusieurs fois la magnifique ouverture compo
sée par Meyerbeer, pour le drame de struensée. Aujourd'hui elle ajoute
à cette ouverture deux des entr'actes écrits par le grand maître pour le
même drame, et nos lecteurs doivent se rappeler ce que M. Fétis a dit
de ces morceaux, exécutés à Bruxelles avec un immense effet, et que
notre savant collaborateur range parmi les chefs-d'œuvre de l'auteur de
Robert et du Prophète. Voici, du reste, le programme complet de ce
concert, qui sera, sans aucun doute, l'un des plus remarquables de la
saison. Ouverture de la Flûte enchantée, de Mozart ; concerto de piano,
de Mendelssohn, exécuté par M. Brassin ; fragments de la musique du
drame Struensée, de Meyerbeer, 1° ouverture; 2° 1er entr'acte (la ré-
volte des gardes;. — Appel par les tambours. — Chœur de soldats qui par-
courent la ville, chantant l'air populaire danois. — Le chœur s'éloigne. —
Marche militaire sur le chant du chœur. — Retour du chœur. — Il s'éloigne
de nouveau. — Expression de sentiments douloureux.— On entend le chœur
par fragments dans le lointain. — Le bruit cesse par degrés ; 3° 2e en-
tr'acte (le bal et l'arrestation). Polonaise à grand orchestre. —Agitation
de la cour. — Expression de la douleur de la reine lorsque Struensée
est arrêté. — Reprise de la polonaise ; — Duo du Barbier, de Rossiui, chanté
par MM. Crosti et Capoul ; Symphonie eu sol majeur, d'Haydn ; marche
et chœur des Mages, de Lesueur. L'orchestre sera dirigé par M. J. Pas-
deloup, les chœurs par M. E. Batiste.
*** La publication des deux œuvres composées expressément par
Meyerbeer pour célébrer le 1 00e anniversaire de la naissance du grand
poète de l'Allemagne était impatiemment attendue. Des demandes arri-
vant de toutes parts attestaient le désir qu'on éprouvait de posséder
enfin ces belles pages si dignes du nom de leur auteur. Aujourd'hui
nous sommes heureux de pouvoir y satisfaire en annonçant que la
Schiller-marche va paraître chez les éditeurs G. Brandus et S. Dufour. La
Cantate suivra de près la marche et sera mise en vente incessamment.
n% Mme Pleyel est à Paris en ce moment. Sans connaître encore les
intentions de la célèbre artiste, nous ne pouvons nous refuser à l'espoir
qu'elle ne nous quittera pas sans se faire entendre. !1 y a bien longtemps
que nous sommes privés de ce plaisir qui est aussi uu avantage pré-
cieux pour les artistes et les amateurs.
„,% Tous tes artistes et amateurs de musique de chambre apprendront
54
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
avec plaisir la publication d'un nouveau quintette de M. Fétis père.
Cet ouvrage, dont nous rendrons compte prochainement, est un quintette
pour deux violons, deux altos et violoncelle.
„,*„ Observation de quelques musiciens el de quelques amateurs sur la mé-
thode de musique de\M. le docteur Emile Chevé. Tel est le titre d'un petit
ouvrage publié depuis deux jours et dont nous nous occuperons bientôt.
Voici de quels musiciens et amateurs il porte les signatures : Auber (de
l'Institut), Carafa (id.), Clapisson (id.), Ermél, Victor Foucher, président:
Charles Gounod, F. Ilalévy (de l'Institut); Jomard (id.), général Mellinet,
Edouard Monnais, Niedermeyer, Edouard Rodrigues, vice-président, Am-
broise Thomas (de l'Institut), Varcollier, membres de la commission de
surveillance de renseignement duchant\dans les écoles communales de Paris. —
H. Berlioz (de l'Institut), Dietsch (chef d'orchestre de l'Opéra), Georges
Kastner (de l'Institut), J. d'Ortigue (directeur-rédacteur en chef de la
Maîtrise), — Pasdeloup, F. Bazin (directeurs de l'Orphéon de Paris)
t*t ("est toujours un événement '"musical qu'un concert donné par
Emile Prudent, qui, comme on sait, ne se prodigue pas devant la foule ;
mais la foule ne lui en veut pas pour cela, et nous sommes sûrs de la
voir accourir dès que le célèbre artiste voudra bien lui donner rendez-
vous ; il ne tient donc qu'à lui d'en fixer lu jour et le lieu.
»% M. A. Elwart va publier une histoire de la société des concerts. Cet
ouvrage contiendra une statistique complète du personnel de cette So-
ciété, de ses travaux, des programmes et des recettes de chaque séance,
depuis sa fondation jusqu'en 1860. Il sera orné des biographies et por-
traits d'Habeneck aîné et de Beethoven.
»% On lit dans un journal belge: « Henri Litolff, qui vient de repa-
raître devant le public de Bruxelles, au concert de la Société philhar-
monique, est un des artistes qui avaient laissé ici les plus profonds, les
plus vivaces souvenirs. Vivait-il encore? On l'ignorait depuis un an.
Mais on se rappelait ce génie fiévreux, cette figure étrange, cette per-
sonnalité saisissante [où le réel se mêle au Jfantastique — A ce con-
cert donné par la Société philharmonique Litolff a fait entendre plu-
sieurs compositions nouvelles pour nous. Entre autres une ouverture
intitulée, le Chant des Guelfes. . . Il a joué aussi la Chanson du rouet
qui a tout le piquant du chant de la Pileuse Les Octaves, autre
composition récente, sont d'une plus haute portée et d'un accent plus
fier. Rien d'original et de décidé comme le rhythme do cette étude ; l'al-
lure est entraînante, impérieuse, la couleur chaude, la nouveauté sai-
sissante. Ce n'est pas tout. Sur ce tourbillon qui semble se dérober sans
cesse, Litolff a su mettre un orchestre qui dit sa petite chanson pendant
que ces fougueuses Octaves courent, se déchaînent et reviennent. Com-
ment tout cela s'accorde, je l'ignore. Mais les Octaves du piano de Litolff
ont l'air d'être à l'aise dans ce réseau d'instruments qui les enveloppe;
elles n'y perdent ni une vivacité ni une hardiesse. On annonce que Li-
tolff donnera prochainement un concert : je redemande les Octaves. >•
Le célèbre compositeur-pianiste doit également jouer le 16 de ce mois
à Gand. et le 29 à Liège.
»% Samedi, à février, Ernest Nathan, le célèbre violoncelliste, donnait
chez lui une brillante soirée dont Mmes de la Pommeraye, Anna Bertini,
MM. Graziani, Marochetti et deux amateurs excellents faisaient les hon-
neurs de la partie vocale: Mme Pithou-Chéret, MM. Pancla, Charles
Poisot, Alfred Lebeau et Ernest Nathan s'étaient chargés de la partie
instrumentale.
„** La commune de Vergnies, du canton de Beaumont, dans le Hai-
naut, où naquit le célèbre Gossec (dont le vrai nom était Gossé), vient
de décider qu'il sera placé à l'extérieur de la maison communale une
tablette en marbre portant l'inscription suivante en lettres d'or : « A la
mémoire de François-Joseph Gossec, célèbre musicien, créateur de la
symphonie en France, né à, Vergnies, le 17 janvier 1733, mort à Passy,
le 16 février 1829. »
„,*„, H. Wieniawski est en ce moment à Paris et va se rendre pro-
chainement en Russie où l'appelle un brillant Rengagement.
„*» La société de quatuors de MM. Armingaud, Lapret, Lalo et Jac-
quard, donnera sa troisième soirée de musique de chambre, mercredi
1 S février 186'1: en voici le programme : Trio de Weber pour piano,
violon et violoncelle ; quatuor de Schumann (première audition), pour
instruments à cordes; variations de Mendelssohn pour piano et violon-
colle; 10" quatuor de Beethoven pour instruments à cordes.
»*„ La quatrième séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et
Sabattier aura lieu jeudi, 16 février, dans les salons Pleyel-Wolff.
„,** A. .laell annonce son concert pour le vendredi 2 mars, dans la salle
Herz. Nous en donnerons prochainement le programme.
t\ La commission des congrès de l'Ouest|vient de choisir M. G. Chaine,
l'habile violoniste-compositeur, 'pour la direction du grand festival qui
doit avoir lieu cette année à Poitiers. Elle a décidé, en outre, que la
première journée serait consacrée à l'exécution d'une messe solennelle à
quatre voix, solos, chœurs et grand orchestre, de la composition de
M. G. Chaine. Nous ferons connaître prochainement le titre des morceaux
et le nom des artistes qui doivent concourir à l'éclat de cette fête musi-
cale qui a toujours un grand retentissement.
*** Angelo et Teresa Ferni, de retour à Paris depuis quelques jours,
ont été appelés à se faire entendre, lundi dernier, chez S. A. 1. la prin-
cesse Matbilde. S. A. a vivement applaudi chacune des quatre composi-
tions interprétées par le frère et la sœur.
4% Eugène Ketterer a publié cette semaine une très-remarquable
fantaisie pour le piano sur les motifs de Diane de Solange. Le charme des
mélodies choisies par l'habile pianiste-compositeur et le bon goût qui a
présidé à l'arrangement assurent dès aujourd'hui à la nouvelle produc-
tion d'Eugène Ketterer un véritable succès de vogue.
a** Le bal au profit de l'Association des artistes dramatiques aura lieu
le 10 mars, à l'Opéra-Comique, sous le patronage de LL. MM. l'Empe-
reur et l'Impératrice. Strauss conduira l'orchestre.
*** Mlle Delphine Champon, la jeune pianiste-organiste dont nous
avons mentionné le gracieux talent, va se faire entendre dans les princi-
pales villes du Nord, où l'apDellent plusieurs engagements. — Mlle Cham-
pon se rend d'abord à Valenciennes pour participer au concert qui sera
donné le 1 3 courant par la Société philharmonique de cette ville.
»*„ Nous rappelons à nos lecteurs que la première soirée de musique
classique de M. Ch. Lebouc aura lieu mercredi prochain, dans le nouveau
salon d'Erard. En voici le programme : 1 ° septuor en ré mineur, de HummeL
exécuté par Mme Mattmann, MM. Dorus, Triébert, Rou^selot, Casimir Ney,
Lebouc et Gouffé ; 2° duo d7 Flauto magico, de Mozart ; Duettino de la
Molinara, de Paeisïello, chantés par Mme Bertrand et M. Paulin : 3° trio
pour violon, alto et violoncelle, de Mozart, exécuté par MM. Herman,
Casimir Ney et Lebouc ; 4° air de la Création. d'Haydn, chanté par
Mme Bertrand; 5° Variations pour piano et violoncelle, de Mendelssohn,
exécutées par Mme Mattmann et M. Lebouc ; 6° La Religieuse, de Schu-
bert, chantée par M. Paulin ; 7° prélude, menuets et gavotte, pour violon,
de S. Dach, exécutés par M. Herman ; 8° air à'Anacrénn, de Chérubini ;
chanson, deGuédron. chantés par Mme Bertrand; 9° andante et polonaise
pour piano, violon et violoncelle, d'Haydn, exécutés par Mme Mattmann,
MM. Herman et Lebouc.
#% S. Mangeant, chef d'orchestre au théâtre du Palais-Royal, a com-
posé pour la Ténélope à la mode de Caen une ronde ayant pour titre
la Plaine des vertus, et qui promet d'être avant peu aussi populaire que
le Punch Grassot. La partition du Nouveau Pourceaugnac, de M. A. Hignard,
va paraître prochainement. Un quadrille sur les motifs de citte opérette
est en vente.
*** Le concert de M. Jacobi, le jeune et hsbile virtuose, aura lieu le
samedi 3 mars, avec le concours d'artistes distingués.
**„ Mlle Singer, élève de H. Ravina, a exécuté dans une soirée
intime le Mouvement perpétuel^ la Sicilienne et ['Elégie. Les bravos les
plus frénétiques ont prouvé une fois de plus à l'aimable interprète de
son maître le bon goût déployé dans ces diverses compisitions.
„** L'éditeur J. Heinz vient de faire paraître la Consolation, nocturne
de M. Bergson, morceau d'un très beau style ; deux compositions nou-
velles de Maurice Lee : la Nostalgie, fantaisie facile sur les thèmes alle-
mands, et Polonia, mazurke de salon. Nous signalons ces trois morceaux
de piano, ainsi que la dernière composition d'A. Croisez sur la Folle, de
Grisar.
»% Le concert de Luca Fumagalli est fixé au 16 février, et aura lieu
dans la salle d'Erard.
*%, Au moment où l'idée orphéonique prend en France un si grand
développement, nous signalerons volontiers une nouvelle collection de
musique chorale que M. A. Vialon vient de créer sous le titre de l'Or-
phéon français, comme complément de sa Bibliothèque de la musique
pour tous et de ses cours populaires de chant. Cette importante publi-
cation, fondée avec le concours de M. Laurent de Rillé, le compositeur
le plus aimé de nos sociétés chorales, est écrite dans tous les styles et
pour toutes les voix. VOrphéon français se divise en quatre, séries :
1° l'Orphéon religieux, messes, motets et prières faciles, à une ou plu-
sieurs voix, avec ou sans accompagnement ; 2° l'Orphéon de l'avenir,
chœurs de concours a trois ou quatre voix d'enfant; 3° l'Orphéon natio-
nal, chœurs a quatre voix d'homme ; 4° l'Orphéon universel, chœurs de
femme et d'homme, pour les grands festivals. Le tout publié en par-
tition avec des parties séparées d'un extrême bon marché.
„*t Les bals masqués de l'Opéra ont joui cette année de la vogue la
plus méritée. Jeudi prochain et samedi 18 février, dernier samedi du
carnaval 1860, 9° et 10° bals masqués. Strauss conduira l'orchestre et
fera exécuter son brillant répertoire, dans lequel se font remarquer les
quadrilles et la valse du Pardon de Ploermel, les quadrilles sur Maria, de
Flotow,etlavalse sur les motifs de l'opérette de Caspers, Dans la rue.
„,*» M. Gosselin, l'habile professeur de danse, qui fut longtemps atta-
ché au théâtre de Sa Majesté à Londres, et qui avait passé depuis au
théâtre impérial de l'Opéra, est mort à Paris la semaine dernière.
„*„ M. Antony Béraud , auteur dramatique et ancien directeur du
théâtre de l'Ambigu-Comique, est mort, dimanche dernier, à l'âge de
soixante-neuf ans.
*% Nous avons la douleur d'apprendre à l'instant que M. le comte
Pillet-W'ill, dont la santé s'était affaiblie depuis peu de temps, vient de
succomber. La perte de cet homme honorable autant que distingué sera
généralement sentie.
DE PARIS.
55
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„*„ Metz, — Martha vient d'être représentée, avec un grand succès au
bénéfice de M. Warnotz. Cette solennité musicale avait attiré tout le
public dilettante. M. Warnotz, accueilli dès son entrée en scène par les
plus chaleureuses marques de sympathie, a parfaitement chanté le rûle
de Lyonel. — Le surlendemain, le Prophète a été interprété de la façon
la plus brillante. — Les recettes du Pardon de Ploërmel continuent de se
tenir au maximum. .
t% Lille. — Le succès du Pardon de Ploërmel dépasse toutes les espé-
rances qu'on avait pu fonder sur la splendide partition de G. Meyerbeer.
Le nouveau chef-d'œuvre tiendra l'affiche jusqu'à la fin de la saison.
Mme Reynaud (Dinorah) a trouvé enfin un rôle tout à fait à sa taille,
elle l'a abordé avec l'audace qui convient au talent vrai, et le succès a
été aussi complet que possible. Les autres rôles sont toujours bien te-
nus ; mais les plus grands éloges sont dus au chef d'orchestre, M. Bé-
nard, qui s'est montré digne en tout point de la partition dont il avait à
diriger les représentations.
„*„, Strasbourg, 26 janvier.— Hier a eu lieu, dans la grande salle de
spectacle, le concert annuel au profit du Conservatoire municipal de la
ville, et l'on peut dire que depuis longtemps solennité musicale plus bril-
lante n'avait été organisée.!!. Hasselmans, chef d'orchestre du théâtre et
directeur du Conservatoire, a droit aux félicitations unanimes pour la
manière dont il a fait exécuter le Soncje d'une nuit d'été, de Mendelssohn,
par la vaillante phalange de ses artistes renforcée de quelques bons ama-
teurs. La flûte de M. Rucquoy, le cor de M. Stenebruggen, ainsi que les
voix de Mines Poussèze, LSléau, et le chœur des dames et des jeunes solfé-
gistes dirigé par M. Boymond, se sont également distingués dans l'inter-
prétation du chef-d'œuvre. La seconde partie du concert se composait
de divers morceaux, parmi lesquels les Adieux à Corinne, composition de
M. F. Schwab, fort bien rendue par Mlle Poussèze, ont reçu le meilleur
accueil. L'Invitation à la valse, de Weber, instrumentée par Berlioz,
terminait cette belle séance.
„.*.,, Rennes. — Le Pardon de Ploërmel en est à sa septième représenta-
tion ; c'est une des belles pièces de la saison comme triomphe pour
le maestro et les artistes, et, comme recettes, pour le directeur. Ma-
dame Laurence a très-heureusement abordé les difficultés du rôle de
Dinorah ; aussi son succès est-il aussi brillant que possible. Les autres
rôles, les chœurs et l'orchestre ne laissent rien à désirer.
*%, Bordeaux. — S. A. P.. le prince d'Orange a honoré de sa présence
la dernière représentation de Martha, et a donné à différentes reprises
le signal des applaudissements. Mme de Joly chante toujours à ravir
la délicieuse musique de M. de Flotow ; la romance de la. Rose est chaque
soir pour la gracieuse cantatrice l'occasion de plusieurs salves de bravos
unanimes. — Tout ce que la ville compte de musiciens d'élite et d'a-
mateurs distingués se pressaient en foule, mercredi Ie' février, pour
entendre et applaudir Henri Wieniawski. Le succès du célèbre violoniste
a été si éclatant qu'il a dû se faire entendre une seconde fois avant de
quitter Bordeaux.
*** Toulouse.— Les répétitions de l'Etoile du Nord, arrangée en grand
opéra avec les récitatifs, se poursuivent avec la plus grande activité.
La pièce est distribuée d'une façon tout à fait inusitée jusqu'à ce jour.
Nous donnons cette nouvelle distribution qui peut être d'une grande
utilité pour les directeurs de théâtre. — Peters, première basse de
grand opéra; Daninowitz, premier ténor demi-caractère; Georges
deuxième ténor; Gritzenko, première basse d'opéra-comique; Catherine,
première chanteuse légère; Prascovia, premier soprano; Nathalie, pre-
mière dugazon ; Ekimouna, deuxième chanteuse. Nous ne saurions trop
complimenter M, Lafeuillade d'avoir songé à offrir à son public le chef-
d'œuvre complété par le compositeur, et nous ne doutons pas un instant
du succès qui attend cette brillante reprise. La traduction des récitatifs
est l'œuvre de M. Louis Danglas et a reçu l'approbation du maestro.
CHRONIQUE ETRANGERE.
**» Liège, 8 février. — La première représentation du Pardon de Ploër-
mel, attendue avec une vive impatience, a eu lieu le .'SO janvier et
déjà cinq représentations (abonnement suspendu) ont constaté l'immense
succès de l'œuvre. Le directeur du théâtre lioyal , M. Perron, n'a rien
négligé pour rendre la mise en scène aussi somptueuse que possible :
Les décors, qu'il avait confiés au pinceau de M. Wilbrant, de Bruxel-
les, sont d'une grande richesse, surtout celui du Val-Maudit. L'or-
chestre a bien rempli sa tâche, et les chœurs se sont convenable-
ment acquittés de la leur. Les trois principaux interprètes de l'œuvre
ont rivalisé de talent et d'intelligence, au point de mériter les hon-
neurs d'un très-légitime rappel : c'est que Mme Ceret s'est montrée
aussi charmante comédienne qu'agréable cantatrice dans le rôle de Dino-
rah; que M. Perruggi a chanté celui d'Hoël avec beaucoup de goût, et
que notre trial , M. Ceret, fait un excellent Corentin. — Le cent dix-
neuvième anniversaire de la naissance de Grétry dans cette ville
sera célébré cette année d'une façon brillante. L'administration du
Théâtre-Royal prépare, à cette occasion, pour le 10 février, la reprise
de Richard Cœur de Lion. On y entendra, en outre, une cantate, dont la
musique est de M. Rongé, lauréat de l'un de nos grands concours de
composition musicale, et dont les paroles sont de M. Ad. Stappers, lequel
a également composé un poëme sur la vie de Grétry. Ce poëme sera lu
par un des artistes du théâtre. jLe Cercle artistique se prépare, de son
côté, à célébrer dignement cet anniversaire par une grande solennité
musicale. On y ^exécutera les meilleurs j morceaux de quelques opéras
de Grétry : le Tableau parlant, Zémire et Azor, la Fausse magie, Anacréon.
Cette solennité musicale, qui aura lieu le 12 février, se terminera par
l'exécution de la cantate composée en 1828 |par M. Daussoigue-Méhul
pour l'arrivée du cœur de Grétry à Liège. Plusieurs artistes distingués
prêteront leur concours à cette intéressante soirée.
**„. Mons. — Le dernier concert de la Société philharmonique a été
très-remarquable. Litoltt" nous a fait entendre son concert symphonique
et plusieurs autres morceaux qui ont eu un grand succès, et Mlle Dobré
a ravi le nombreux auditoire dans l'air du Freischùtz, l'Ave Maria sur le
prélude de Bach, par Gounod, et l'Adieu à la mer, scène de concert avec
orchestre de Rosenhain. Ce dernier morceau, qui était nouveau pour
nous, a l'ait le plus grand plaisir ; c'est une conception poétique et d'une
grande valeur.
t*t Gand. — Les représentations du Pardon de Ploërmel font salle
comble, et bientôt elles vont alterner avec celles de l'Enlèvement au
Sérail, dont l'apparition est prochaine.
*% Berlin. — Au théâtre Victoria on a donné pour la première fois
Rigole io, de Verdi. C'est encore Carrion qui a eu les honneurs de la
soirée dans le rôle du duc. Mlle Artot, chargée de celui de Maddalena,
a su donner un charme tout nouveau à cette partie secondaire ; Mlle de
Ruda, dont la voix a eu quelques défaillances, a été magnifique de verve
et de passion dramatique dans la partie de Gilda. — Le pianiste Dreys-
chock se trouve parmi nous et doit donner incessamment un concert.
„% Leipsig. — Il n'y a eu dans ces derniers temps à l'Opéra que des
reprises ; dans le nombre, celles du Freischiitz, de la Flûte enchantée, du
Prophète et de Santa Chiara ont obtenu le plus de succès. : Au treizième
concert du Gewandhaus, ouverture de la Vestale; symphonie de Gade;
air de la Gazza ladra, et divers lieder chantés par Stockhausen. Toutes
ces œuvres ont été parfaitement exécutées, et Stockhausen a retrouvé
les mêmes sympathies qu'à sa première apparition dans cette salle cé-
lèbre. — On répète le Pardon \de Ploërmel.
t% Golha.%— .Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté avec un très-
grand succès. — Le 3 février ont eu lieu les funérailles de Mme Schroeder-
Devrient. En tète du convoi marchait le porte-croix; venaient ensuite un
maître des cérémonies (un maréchal de deuil), un personnage portant
sur un coussin une couronne de laurier donné par le duc, le sacristain
de la ville, le corbillard, l'ensevelisseuse (Todten-frau), les parents et le
clergé, le commissaire ducal, des députations du théâtre de la cour, de
divers autres théâtres et diverses associations de chant.
i% Darmstadt. — L'Etoile du Nord, de Meyerbeer, vient d'être donnée
pour la première fois avec les récitatifs, et a produit un effet immense.
Parmi les opéras joués pendant ces dernières semaines, nous avons à
signaler les Huguenots, Lucrèce Borgia, Norma et Martha.
„*, Nouvelle-Orléans.— La Société lyrique a débuté de la manière la
plus brillante par Robert le Diable.
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56
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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REPONSE A M. FETSS
ET
RÉFUTATION DE SON MÉMOIRE SUR CETTE QUESTION :
Les Grecs et les Romains ont-ils connu l'harmonie
simultanée des sons ?
En ont-ils fait usage dans leur musique?
Par M. J. H. VINCENT,
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Instruments SSaxomnitoniques. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. cl. g.
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tes, proverbe 2 50
— Faute d'un point, proverbe 2 50
— Les Si et les Mais, proverbe 2 50
— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50
— Une Aiguille dans une botte de foin 2 50
— Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 50
Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co-
mique T.B. 6 »
MUSIQUE DE PIANO
Favarger (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne . . 7 50
— Op. 12. Tarentelle 7 30
— Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50
— Op. 14. En Chasse, fantaisie 7 50
Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon 6 »
— Op. 11. Première grande valse 6 »
— Deuxième grande valse 7 50
Deuxième mazurka 6 »
— Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude
de concert 9 »
— Op. 20. Rondo-polka 7 50
— Op. 21. Sicilienne 9 »
— Op. 22. Elégie 7 50
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Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour
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Cette maison a obtenu, depuis 1834, a toutes les Expo-
sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus<
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
modèle de piano droit, cordes obliques, grand format,
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IHAloUll II. H£lIUl pianos, i8, rue de la
Victoire, à Paris.
'< A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
econnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. Eu présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. »
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
L HiRMONIFLUTE MAvE«W,*,
dont le succès graudit chaque jour, se trouve chez
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3" médaille d'or
Exposition nationale française de 1S49.
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Exposition nationale française de 1844.
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Exposition nationale belge de 1841.
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de Hollande (1845).
Facteur de la Maison militaire de l'Empereur.
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Ornndc médaille d'or
du Mérite de Prusse (1846).
8euîc grande médaille d'honneur à l'Exposition "universelle «le Paris (8S55). — Seule grande médaille
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bales, etc., etc.
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BUREAUX A PARIS : BOULEVARD BES ITALIENS, 1.
27e Année.
N° 8.
19 Février 1860.
ON S'ABONNE t
Dans les Défortements et a l'Étranger, chez
les Marchands de Blusique, les Libraires, et
Sureaux des Messngcries et des Posles.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT :
Paris ?4fr.parcjl
Départements, Belgique et Suisse... 30» id.
Étranger 34 .. id.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE IffiïlSIC
-^\/v\/\/\AAAfuvv^ —
SOMMAIRE. —Société des jeunes artistes du Conservatoire impérial de musique
(3e concert) ; Struensée, de Meyerbeer. — Auditions musicales, par Adolphe
Botte. — Théâtre Déjazet : Fanchelte, opéra-comique en un acte, paroles et
musique de M. Eugène Déjazet. — Revue critique : Publications nouvelles de
Jacques Blumenthal, par G. Héqnet. — Autobiographie de L. Spohr, par
Théodore Parmentier. — Bibliographie musicale. — Nouvelles et an-
nonces.
SOCIÉTÉ DES JEUNES ARTISTES
DU CONSERVATOIRE UUPÉBIAIi »E MUSIQUE.
Troisième concert.
Struensée, de Meyerbeer.
Il suffisait de voir la foule des amateurs, le nombre extraordinaire
des équipages qui se pressait dimanche dernier dans la rue de la Vic-
toire, pour juger que le concert de ce jour offrait quelque élément
d'une attraction puissante. L'orchestre, dirigé par Pasdeloup, devait
nous faire entendre pour la troisième fois cette grande et belle ou-
verture de Struensée, écrite par Meyerbeer, et pour la première fois
deux entr'actes de la même tragédie, lesquels, ainsi que l'ouverture,
peuvent être regardés comme des drames complets. C'est à la fin de
décembre 1857 que l'ouverture avait été exécutée d'abord par la
jeune Société, et l'on se souvient de l'effet qu'elle avait produit.
Comme à Bruxelles, qui, grâce à M. Fétis père, avait devancé Paris
de plusieurs années, on admira la haute conception d'une symphonie
unique dans son genre, unique surtout par la vigueur avec laquelle
tant de parties, de scènes si diverses de coloris et de caractère, y
sont réunies en un seul tout, et conduites avec un art sans égal
jusqu'à la plus magnifique et la plus émouvante conclusion. Certes,
l'exécution d'un tel chef-d'œuvre était le plus beau titre que la jeune
Société eût par devers elle, et elle vient de le renouveler, nous dirions
en se surpassant, si vraiment la chose eût été possible.
La musique, composée par l'illustre auteur de Robert le Diable et
du Pardon de Ploërmel, pour la tragédie de son frère, Michel Béer, a
presque le volume d'une partition d'opéra. Le Conservatoire de
Bruxelles l'avait fait connaître tout entière, et il faudra bien qu'un
jour ou l'autre on en fasse autant à Paris. En attendant, nous voici en
possession de deux entr'actes. Le premier, c'est la révolte des gardes
à pied, ou, pour mieux expliquer le sujet eu peu de mots, c'est un
jour d'émeute militaire. Vous voyez les mouvements, vous entendez les
murmures. Les tambours battent, les soldats chantent en parcourant
la ville: le chœur s'éloigne, se rapproche, s'éloigne de nouveau. L'air
populaire, Le roi Christian est au grand mat, dans la fumée de ta
poudre, est entonné, repris à des distances différentes, et puis le
silence éteint par degrés tous les bruits. Les révoltés ont achevé leur
journée. Comme le disait, en 1852, notre correspondant de Bruxelles,
« la musique exprime tout cela avec une vérité parfaite : c'est un ta-
» bleau complet où le dessin grandiose de Michel-Ange s'est uni à la
» puissante couleur de Rubens. Les détails sont admirables par leurs
» ingénieux agencements, admirables surtout par la manière dont ils
» concourent à l'unité de l'œuvre. Il n'ya pas une mesure qu'on puisse
» retrancher sans briser cette unité. »
D'un jour d'émeute dans la rue nous passons avec le second en-
tr'acte à un événement de cour, à une catastrophe de palais. Notre
correspondant continuait en ces termes : « Le sujet du second entr'acte,
» le bal et ^arrestation, est indiqué comme il suit dans le programme :
» — Polonaise à grand orchestre . — Agitation de la cour. — Expres-
» sion de la douleur de la reine, quand Struensée est arrêté. —
» Reprise de la polonaise. Je doute que l'expression de la musique
» se soit jamais manifestée avec plus de force que dans ce fragment.
» La polonaise est un chef-d'œuvre de noblesse, de grâce et d'élé-
» gance. Elle contraste merveilleusement avec les agitations de la
» cour, comme il est dit dans le programme, ainsi qu'avec la mélo-
» die où se peint la douleur de la reine. » Oui, nous ne saurions dire
mieux, ni plus : c'est encore un tableau de grand maître que celte
scène capitale, où l'on danse sur un volcan, où un orchestre de bal
accompagne une tragédie ; et quel accompagnement ! quels mélodieux
accords ! quelle ravissante inspiration que cette polonaise, qui semble
n'être faite que pour des reines et des princesses ! Nous ne doutons
pas qu'elle ne soit redemandée et redite avant peu, car nous ne
connaissons rien de plus séduisant pour tous les orchestres comme
pour tous les pianos. Espérons en outre que la partition de Struensée
n'aura bientôt plus de mystères pour nous, et que des deux entr'actes
à tout le reste, il y aura moins d'intervalle qu'on en a mis de l'ouver-
ture aux deux chefs-d'œuvre que l'on vient de nous donner.
L'ouverture de la Flûte enchantée servait de début à ce troisième
concert, dans lequel M. Brassin, le jeune pianiste, dont l'autre jour
nous annoncions l'arrivée et signalions le beau talent, exécutait le
concerto en sol mineur de Mendelssohrî. Quoique un peu souffrant,
M. Brassin a joué de manière à justifier tous nos éloges, et il a été
applaudi, comme il méritait de l'être, même par des pianistes, qui ont
le bon goût de ne pas redouter les concurrences et de penser qu'il y
a place pour tout le monde à Paris. Dans le duo du Barbier, M. Crosli,
58
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
de l'Opéra-Comique, a chanté un peu trop fort pour un concert : il se
croyait au théâtre, et il a eu le tort dès sa première phrase de chan-
ger le texte de Rossini. M. Capoul, pensionnaire du Conservatoire, a
montré l'échantillon d'une charmante voix de ténor léger, mais ce
n'est pas une raison pour chanter si vite. La symphonie en sol majeur
du bonhomme qu'on appelait Haydn, ce ra^- ". jleil si doux, ce
sourire si aimable, ce printemps élu ■ , et le choeur des mages de
Lesueur, terminaient l'intéressante matinée.
P. S.
ADDITIONS MUSICALES.
Mme Szarvady. — Mans de Bnlow.— W. Kriiger. — Mlle Marie
Baumetz. — Mlle Marie Mira.
11 n'y a pas encore bien longtemps, les solistes, à peu d'exceptions
près, ignoraient leurs classiques ou plutôt ne voulaient point s'en
souvenir. Pendant qu'ils consacraient leur talent à l'exécution de
choses difficiles, qui n'étaient pas toujours belles, Mlle Wilhelmine
Clauss (aujourd'hui Mme Szarvady) luttait courageusement contre le
courant du jour, qui entraînait le goût du public vers les tours de
force du mécanisme, et parvenait au succès en jouant, avec une so-
briété exquise, quelques pages des vieux maîtres reléguées dans les
bibliothèques. Maintenant tout le monde, artistes et dilettantes, parcourt
cette route où l'on rencontre tant de chefs-d'œuvre; mais l'éminente
pianiste a eu l'honneur de réveiller une des premières les admira-
tions engourdies qui s'étaient un moment portées ailleurs.
A -sa première soirée, donnée samedi chez Pleyel-Wolff, Mme Szarvady
a joué avec peu de son et la tempérance de style qui convenait, des
pièces de Rameau et de Haydn ; elle n'a pris au mélodieux et brillant
instrument qu'elle avait sous les doigts que juste ce qu'il fallait pour
rendre à ces pages naïves, fraîches et gracieuses leur simp'icité et
leur vérité.
Dans le nocturne en ré bémol de Chopin, elle a tiré du clavier des
sons d'une délicatesse extrême, des traits dont la finesse, la légèreté
égalaient la rêveuse et mélancolique expression. Mme Szarvady exé-
cute cette musique à ravir ; son jeu est tendre sans être efféminé ; il
n'emprunte rien à la fadeur sentimentale que, à défaut de sensibilité,
on se croit obligé quelquefois de mettre dans ces chants délicieux, si
difficiles à interpréter ; il fait sentir, sous la grâce frêle de ces œuvres,
la passion ardente et contenue, la rêverie inquiète qui fut la muse du
maître polonais et le secret de son originalité.
MM. Armingaud, Lalo, Jacquard et Lapret, cet excellent quatuor
qu'on entend toujours avec grand plaisir, et qui s'est fait une si belle
place parmi nos sociétés de musique de chambre, ont secondé avec
beaucoup de talent Mme Szarvady dans le quintette de Schumann.
— Ce n'est pas une petite affaire vraiment que de se présenter
toujours seul devant le public, et il faut, pour triompher d'un sem-
blable péril, avoir, comme M. de Bulow, une grande puissance d'exé-
cution. Dimanche, de même qu'à son premier concert, il a su éviter
la monotonie, captiver l'auditoire et exciter d'enthousiastes bravos.
M. de Bulow a dans son jeu, si nous l'osons dire, quelque chose de
militant bien propre à entraîner la foule. Ainsi que toutes les natures
vigoureuses, il s'impose et semble vouloir vous initier aux beautés qu'il
a adoptées et qu'il préfère. Après avoir très-brillamment exécuté des
œuvres de J.-S. Bach, de Mozart et de Beethoven, il a fait entendre
avec une force, un élan, une autorité, un style nerveux et net qui tou-
chaient à l'inspiration, quatre morceaux de Richard Wagner, transcrits
par Liszt. Ce que le grand virtuose a déployé d'énergie, de vigueur,
ce qu'il a su trouver dans le piano de sonorités, tantôt puissantes,
tantôt douces, mais toujours d'un charme irrésistible, est assurément
digne des plus grands éloges. Quant aux ouvrages de Wagner, on est
assez généralement d'accord. Le talent de M. de Bulow n'y fera rien ;
on l'admire sans se croire obligé de goûter tout ce qu'il dit si bien .
Pourtant la marche du Tannhœuser, magnifiquement interprétée, a
produit beaucoup d'effet et a été redemandée. Il est facile de se rendre
compte de l'impression tout agréable qu'elle a fait éprouver : elle
forme un très-grand contraste avec les autres ouvrages du même com-
positeur ; elle est claire, franche, bien rhythmée et semble plutôt
appartenir à la musique du passé qu'à celle de l'avenir.
— Peu de pianistes jouent avec autant de simplicité et de charme
que W. Krùger; son talent semble même avoir acquis plus de cha-
leur, de force et d'expansion. La soirée donnée par lui dans les salons
d'Erard a été très-belle. A une grande correction , à un style sans
emphase, sans manière, Krùger joint une intelligence des beautés de
Beethoven et de Mendelssohn, que tous les artistes d'outre-Rhin n'ont
certes pas à un tel degré. Ces sérieuses qualités ont brillé avec le
même éclat pendant la grande sonate (op. 67) de l'un et pendant le
duo en ré majeur de l'autre. Dans ce dernier morceau, le violoncel-
liste Rignault s'est aussi particulièrement distingué. Marche nocturne,
Guitare, semi-polonaise, semi-boléro, et Chanson du chasseur font
honneur à l'inspiration de Krùger. Il les a jouées avec la variété de
style qu'elles exigent et la netteté que demande toute espèce de
musique.
La marche nocturne surtout nous a plu entre toutes ; mais elle est
si jolie, si achevée, que notre préférence ne veut nullement dire que
les deux autres compositions, un peu moins originales, ne soient tou-
tefois charmantes et d'un mérite peu commun. On sent que l'auteur a
étudié le contre-point : il a mis dans ses petites pièces, tout en gardant
la légèreté et la grâce qu'on veut y trouver avant tout, quelques bonnes
et naturelles imitations. Il a ainsi concilié ce qui s'exclut assez sou-
vent, les exigences de sa conscience d'artiste avec celles non moins
impérieuses du public.
Les dilettantes commencent à accueillir très-froidement les excen-
tricités vocales ; aussi ont-ils chaleureusement applaudi Jules Lefort ,
qui a dit de sa voix la plus douce : Comme à vingt ans , mélodie de
Durand, et la Main du Seigneur, cantique d'E. Boulanger.
— Dans une matinée qui avait réuni la semaine dernière la société
du faubourg Saint-Germain et les habitués de la Société des Concerts,
Mlle Marie Baumetz a exécuté, d'abord avec MM. Ernest Altès et
Alfred Marx, un trio pour piano, violon et violoncelle de Haydn, puis
la sonate pathétique de Beethoven. Le style si différent de ces deux
compositions était éminemment propre à faire ressortir toutes les
qualités de cette excellente artiste ; la grâce et la finesse qui distin-
guent l'œuvre de Haydn, la vigueur et la fougue qui caractérisent
celle de Beethoven, ont été rendues par Mlle Baumetz avec une
é^ale supériorité. La sonate palhétiaue est une des compositions qui
permettent le mieux d'apprécier le sentiment et l'intelligence de
l'exécutant; c'est un poëme dont toutes les expressions sont en quel-
que sorte définies, un épisode de la vie intime dépourvu de phrases
accessoires, et ne renfermant absolument rien de superflu. Ici la diffi-
culté consiste donc à donner à chaque pensée son véritable carac-
tère, et à ne pas manquer l'effet général en surchargeant les effets de
détail. Nous avons reconnu dans l'exécution de Mlle Baumetz cette
intelligence de l'ensemble qui résulte justement de l'étude approfon-
die des détails, et qui l'a déjà signalée aux connaisseurs comme une des
meilleures interprètes de la musique de Beethoven et de la musique
classique en général.
— Dimanche, à la salle Herz, en voyant Mlle Marie Mira si émue
et si tremblante, on eût pu croire qu'elle se défiait de ses forces, et
que, fauvette des salons, elle s'effarouchait de se trouver en présence
d'un auditoire infiniment plus nombreux que celui qui l'applaudit d'or-
dinaire. L'émotion était réelle en effet, mais n'a été que de courte du-
rée : la jeune cantatrice a vite retrouvé son esprit et sa grâce. Elle a
fort bien joué le rôle de Thérésa dans un opéra de salon, Entre deux
DE PARIS.
£9
feux. Ces deux feux sont l'éternel tuteur et le non moins éternel co-
quin de neveu : l'un voulant garder pour lui la jeunesse et la beauté
de sa pupille, l'autre supplantant son digne oncle. Malgré la froideur
qu'entraîne un simple accompagnement de piano, et malgré unpoëme
dépourvu d'invention, de saillies, Wekerlin a trouvé moyen de
montrer beaucoup de talent. Sa partition, légère et spirituelle, se
fait remarquer surtout par une veine très-heureuse et très-facile d'ins-
piration bouffe. Nous avons seulement regretté d'y voir une espèce de
petite parodie de nos grandes œuvres lyriques. Beaucoup de musiciens
ne se privent pas aussi souvent que nous le désirerions de ce même
procédé. Imiter, en les travestissant, quelques pathétiques scènes de
Meyerbeer ou de Rossini ; emprunter à ces illustres maîtres leurs
formes, leurs dispositions des voix, des instruments, et faire chanter
un bon bourgeois de la rue des Lombards sur le ton de Raoul ou d'Ar-
nold est peut-être éminemment spirituel, attique, mais n'est pas
goûté, nous le croyons, des musiciens sérieux. Autrefois les composi-
teurs écrivaient des partitions vives, pétulantes, pleines de sel et d'i-
ronie; mais ils les puisaient dans leur imagination et n'allaient pas
les chercher dans les inspirations nobles et sévères de leurs contem-
porains; leur gaieté était bien à eux, comme leur mélodie et leur
instrumentation ; ils ne touchaient pas aux choses sublimes, aux-
quelles il leur eût été facile d'enlever, pour un moment, la fleur de
candeur et de sincérité que le génie et la passion y avaient mise.
M. Paul Bernard a dépensé aussi bien du talent en mettant en mu-
sique un libretto de M. Galoppe-d'Onquaire, Loin du bruit. Mlle Mira
et Sainte-Foy ont lutté de verve et d'entrain dans ce petit acte. On a
beaucoup applaudi M. P. Bernard, qui a su trouver de gentilles et
fraîches mélodies sur un canevas peu musical et dans des situations
bourgeoisement triviales.
Entre les deux pièces, Sarasate a joué la fantaisie d'Alard sur la
Linda. Ce tout jeune élève du Conservatoire a surmonté avec une
merveilleuse justesse les plus grandes difficultés et phrasé avec beau-
coup d'expression les délicieuses mélodies de Donizetti. Il a excité
d'unanimes acclamations.
Adolphe BOTTE.
THÉÂTRE DÉJAZET.
FAJVCMETTE,
Opéra-comique en un acte, paroles et musique de M. Eugène Déjazet,
(Première représentation le k février 1860.)
C'est par exception aux clauses d'un privilège qui lui interdit
l'opéra-comique proprement dit, et lui défend de faire des pièces lui-
même, que M. Eugène Déjazet a obtenu la permission de prouver
qu'il est capable de s'élever au-dessus des opérettes et des couplets
de vaudeville.
Pour être servi à son gré, M. Déjazet a voulu être son propre li-
brettiste. Voici en peu de mots la donnée bien simple de son opéra.
Fanchette est à la fois courtisée par le fermier Jean, son maître, et
par l'intendant d'un grand seigneur du voisinage. Jean veut faire
d'elle sa femme, et l'intendant sa maîtresse. Trompé par les appa-
rences, le fermier renonce à ses projets et ne cherche plus qu'à
se venger de son rival. Mais une lettre du grand seigneur, qui sait
toute la vérité, justifie Fanchette, et Jean lui rend sa tendresse au
moment où le bruit du clairon lui annonce le retour de son frère le
dragon, échappé aux hasards de la guerre.
Ce petit tableau villageois est très-bien coupé pour la musique et
donne lieu à une assez grande variété d'effets mélodiques qui s'an-
noncent presque tous dans l'ouverture. C'est ainsi qu'à un imposant
largo, repris en trémolo par tout l'orchestre, viennent s'adjoindre
tour à tour une marche militaire et un très-joli motif de valse. Une
mystérieuse introduction et des couplets chantés par Jean et par
l'intendant commencent fort bien la pièce. Dans les morceaux qui
suivent nous avons remarqué une joyeuse chanson à la faveur de la-
quelle Fanchette et son maître imitent à qui mieux mieux tous les
cris d'une basse-cour et tous les bruits d'une ferme ; puis l'air de
Fanchette, Déjà les musettes s'entendent, qui finit en trio, et dans
lequel le compositeur a fait intervenir un excellent effet d'orage, et
enfin un morceau assez étendu qui se compose d'une jolie romance
chantée par Jean, du retour de la charmante valse de l'ouverture sur
ces mots: M'sieu l'intendant, merci, de la marche militaire, et,
comme dans les opéras italiens, d'une cabalette vocalisée par Mlle Gé-
raldine.
Nous avons nommé l'une des étoiles du théâtre Déjazet, Mlle Géral-
dine, qui, dans le rôle de Fanchette, fait preuve des plus gracieuses
qualités de comédienne et même de cantatrice. Sa voix n'a pas une
grande puissance , mais elle en tire un très-habile et très-agréable
parti. Dupuis est parfaitement placé dans l'emploi des paysans; le per-
sonnage de Jean semble taillé pour lui. Halbleid ne s'acquitte pas trop
mal de celui de l'intendant et y serait mieux encore s'il chantait
toujo'urs juste.
A merveille, monsieur Déjazet ! Nous savons maintenant que vous
pouvez aspirer sans vanité aux honneurs de l'Opéra-Comique. Nous
vous souhaitons sincèrement de voir bientôt s'ouvrir devant vous les
portes de cet Eden devant lesquelles s'arrêtent beaucoup d'appelés,
mais que franchissent si peu d'élus.
D.
IPuBiEScitltoîAs nouvelles de Jacques Blmmcatlial.
Le nom de cet artiste remarquable n'est pas nouveau pour nos lec-
teurs. Jacques Blumenthal est bien jeune encore, mais sa réputation
est solidement établie. Exécutant d'un rare mérite, il joint à une ha-
bileté mécanique pour laquelle il n'y a plus de difficultés, un sentiment
exquis, un style d'une suprême élégance. Il pousse l'art des nuances
aussi loin qu'il peut aller. Il a une qualité de son, douce et pleine
à la fois, qui n'appartient qu'à lui; une vigueur, un éclat qui ne
vont pas jusqu'à la dureté, une netteté qui ne dégénère jamais en
sécheresse. Sous ses doigts le piano n'est pas cet instrument mono-
tone et insipide que vous savez : il lui donne de la couleur, de l'ac-
cent, de la voix ; pour tout dire en un mot, il le fait chanter. Rare
prodige, que les plus grands pianistes seuls ont su accomplir!
Le compositeur n'est pas inférieur au virtuose. La nature lui a
donné ce qu'elle semble refuser aujourd'hui à la plupart des musi-
ciens : la faculté de trouver des thèmes originaux, le talent de les
développer et de les conduire à bonne fin. Mélodiste abondant, gra-
cieux et plein de charme, Blumenthal est de plus un harmoniste
habile, ingénieux et maître passé dans l'art de tenir l'attention de ses
auditeurs en haleine, de renouveler leur sensation, de les surprendre
par un plaisir inattendu. C'est un poète aussi, car il possède à un
degré très-éminent la faculté de mettre sa musique en harmonie
avec un sujet donné ou un sentiment préconçu, de peindre par les
sons et de faire passer dans l'âme d'autrui les impressions qu'il a
reçues et les émotions qui l'ont agité. Nous n'en voulons pour preuve
que la petite pièce intitulé Une nuit sur le lac Majeur. Quel calme,
quelle fraîcheur, quelle suavité touchante dans cette mélodie qui s'ar-
rête tout à coup sur une modulation imprévue et dont la conclusion
n'arrive jamais ! Pouvait-on mieux exprimer le repos de l'air et des
eaux, la profondeur du ciel étoile, et la volupté des vagues rêveries
où nous plonge la contemplation de ces grands spectacles qui sem-
blent révéler à notre âme l'insondable mystère de l'infini ? L'infini
GO
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
est pour l'homme une énigme sans mot. N'est-ce point pour cela que
le compositeur ne donne jamais le dernier mot de sa phrase?
11 y a parmi les morceaux que nous avons sous les yeux une autre
rêverie encore, intitulée la Solitude. Celle-ci est moins vague et beau-
coup plus passionnée. Deux thèmes en font tous les frais : l'un en la
mineur, mélancolique, douloureux, reste suspendu sur la dominante,
comme s'il posait une question. La question est immédiatement réso-
lue par le second motif, qui est en la majeur, et qui ressemble à un
chant de triomphe. Vous pouvez traduire le tout, si bon vous semble,
par ce vers célèbre :
La vie est un combat dont la palme est au deux .
Mais la question revient encore après la réponse, et le morceau
finit sur la dominante du mode mineur. M. Blumenthal serait-il scep-
tique à ce point ?
Le Chant du Cygne est aussi en la mineur. C'est une simple phrase
plusieurs fois reproduite et toujours d'une façon différente. La der-
nière fois, elle est traduite en majeur. Quel qu'en soit le mode, c'est
une cantilène pleine d'expression et de charme.
Le Départ du Vaisseau est un morceau de plus longue haleine et
peut passer pour un petit poème. L'auteur a eu soin d'inscrire son
programme au-dessous du titre : Préparatifs — Prière — Adieux —
Départ. Cela est clair et nous dispense de toute explication. La prière
est magnifique d'expression et de style. Si on l'arrangeait pour un
chœur à quatre voix, l'effet en serait aussi touchant que grandiose!
La Marche du vainqueur est un morceau très-brillant, d'un rhythme
ferme et vigoureux. La contexture en est très-nette et le style élé-
gant. L'intérêt n'yjanguit pas un instant. Un motif plus grave, inter-
calé au milieu, annonce que la religion mêle ses hymnes à la pompe
militaire. Cette composition, exécutée avec l'éclat et la verve conve-
nables, doit provoquer dans une salle de concert une explosion d'ap-
plaudissements. L'effet en est certain. Tout virtuose qui s'en emparera
est sûr de satisfaire les gens de goût et d'électriser la foule.
Voici deux autres pièces dont le succès n'est pas plus douteux pourvu
qu'elles tombent sous la main d'un habile exécutant : Chanson napoli-
taine — Chanson populaire de Capri. Ce sont deux thèmes italiens,
l'un fantasque et mélancolique ; l'autre joyeux, vif, pétulant : tous
deux arrangés avec art et brodés avec une richesse extrême. Si l'on
voulait décrire tout ce que l'auteur y a prodigué de capricieuses ara-
besques et de fines ciselures, on n'aurait jamais fini, et l'on n'en don-
nerait après tout qu'une idée fort incomplète, car il y a dans la mu-
sique des choses que les paroles ne sauraient définir. Laissons donc
de côté les épithôtes et les métaphores, et contentons-nous de signa-
ler aux artistes ces deux joyaux, dont leur talent seul peut faire briller
l'éclat aux yeux du public.
Par la même raison nous nous bornerons également à leur indiquer
deux mazurkas et une valse intitulée ¥ Etoile du soir, que l'on croi-
rait dictées par Chopin, tant elles ont d'originalité, de grâce et de
fantaisie.
Nous avons annoncé deux romances. Ce sont les Etoiles et le Pa-
pillon. Elles sont conçues dans le système allemand, et ne présen-
tent pas, comme les romances françaises, trois couplets parfaitement
semblables, où le même chant s'ajuste comme il peut sur des vers
où tout est différent, les idées comme le rhythme, le sentiment aussi
bien que les images. M. Blumenthal serre de plus près la pensée du
poète. 11 varie l'accompagnement et la tonalité ; il change la mélodie
elle-même si l'expression le demande absolument. Le Papillon en
offre un remarquable exemple. S'il y a plus d'unité dans les Etoi-
les, c'est que les trois jolies stances de M. le comte Wallon ne sont
que le développement progressivement uniforme d'une seule idée.
Rien de plus gracieux, d'ailleurs, que ces deux cantilènes. Le chant y
esl parfaitement vocal, l'harmonie très-distinguée, et l'on voit que la
partie de piano a été écrite par un homme qui connaît toutes les
ressources et tous les effets de cet instrument.
Ce que nous disions en commençant de l'inspiration poétique et
dramatique dont Blumenthal est éminemment doué, nous porte à
croire qu'il peut avec succès se produire au théâtre, et, dans son in-
térêt comme dans le nôtre, nous n'hésitons pas à l'y encourager.
G. HÉQUET.
AUTOBIOGRAPHIE DE L. SPOHR.
Louis Spohr, dont le monde musical déplore la perte récente (1), a
laissé en manuscrit une autobiographie qui paraîtra prochainement à
la librairie G. H. Wigand de Gôttingue. Cet ouvrage de l'illustre maî-
tre, qui, depuis la mort de Frédéric Schneider, était le dernier repré-
sentant de la grande école classique allemande, ne pourra manquer
d'exciter l'intérêt et la curiosité de ses nombreux amis et admira-
teurs. Spohr est moins connu en France qu'il ne mérite de l'être, et
nous ne savons si son autobiographie aura les honneurs de la traduc-
tion. Mais nous croyons faire plaisir aux lecteurs de la Revue et Ga-
zette musicale en traduisant dès aujourd'hui une anecdote fort cu-
rieuse, extraite du manuscrit inédit et publiée textuellement par
M. Ch. Bansi, de Minden, dans le Minden-Lubecker Kreis-Blatt. La
voici telle que la raconte Spohr :
» En 1808, se tint à Erfurt le fameux congrès pendant lequel Na-
poléon avait pour hôtes son ami l'empereur Alexandre, et les rois et
princes allemands, ses alliés. Tous les curieux des environs affluaient
h Erfurt pour admirer la pompe qui s'y déployait. Moi aussi, je partis
à pied de Gotha avec quelques-uns de mes élèves, moins pour voir
les grands de la terre que pour admirer les illustrations du théâtre
français, Talma et Mlle Mars. L'Empereur avait fait venir de Paris
ses acteurs tragiques, et chaque soir on donnait un des ouvrages
classiques de Corneille ou de Racine. Je pensais pouvoir assister, avec
mes compagnons de voyage, à l'une de ces représentations, lorsque
j'appris que, par malheur, elles n'étaient destinées qu'aux princes et à
leur suite, et que toute autre personne en était exclue. J'espérai
pourtant pouvoir trouver place à l'orchestre, par l'entremise des
musiciens; mais je dus aussi renoncer à cette idée, car il leur était
sévèrement dé'.èndu d'amener qui que ce fût. Enfin, j'imaginai l'ex-
pédient de remplacer avec mes élèves un égal nombre de musiciens
et d'assister à la représentation en jouant les entr'actes. Une gratifi-
cation y fit consentir les musiciens, qui savaient bien que leurs sup-
pléants les remplaceraient convenablement. Mais une autre difficulté
se présenta : les parties de violon et d'alto ne nous donnaient que
trois places, et comme nous ne savions jouer d'aucun autre instru-
ment d'orchestre, l'un de nous eût été obligé de renoncer à la repré-
sentation. J'eus alors l'idée d'essayer si je ne pourrais pas, dans l'es-
pace d'une journée, apprendre assez de cor pour me charger de la
partie de secoud cor. J'allai tout de suite chez celui que je voulais
remplacer, j'empruntai son instrument et je me mis à l'étude. Je
commençai par produire d'épouvantables sons; mais après une heure à
peine, je réussis à articuler les sons naturels du cor. Après dîner, mes
élèves allèrent se promener; moi, je repris aussitôt mes exercices, et
malgré la douleur que j'éprouvais aux lèvres, je n'eus de repos que
lorsque je fus en état de jouer correctement la partie de cor de l'ou-
verture — à la vérité très-facile — et des entr'actes qui devaient être
exécutés le soir.
» Ainsi préparé, je me joignis, avec mes élèves, aux autres musi-
ciens, chacun portant son instrument sous le bras, et nous gagnâmes
nos places sans difficulté. Nous trouvâmes la salle dans laquelle on
avait élevé le théâtre brillamment éclairée, et déjà remplie par la
(1) 11 mourut a Cassel le 22 octobre 1859. Voir sa nécrologie dans la Revue et
Gazette musicale du 13 novembre 1SÔ9.
DE PARIS.
Gl
nombreuse suite des princes. Les places réservées à Napoléon et à ses
hôtes se trouvaient tout contre l'orchestre. En corniste frais éclos que
j'étais, je confiai la conduite de l'orchestre au plus capable de mes
élèves, me soumettant moi-même à sa direction. Peu de temps après
qu'il eut fait prendre l'accord, les augustes personnages parurent, et
l'ouverture commença. L'orchestre formait une lorgue ligne tournée
vers la scène, et il était sévèrement interdit aux musiciens de se re-
tourner vers les princes pour satisfaire leur curiosité. Comme j'en
avais été prévenu à l'avance, j'avais emporté un petit miroir à l'aide
duquel je pus examiner impunément les arbitres des destinées de
l'Europe, dès que l'ouverture fut achevée. Cependant je fus tellement,
captivé par le jeu admirable des artistes tragiques, que j'abandonnai
bientôt mon miroir à mes élèves, portant toute mon attention vers la
scène. Mais les douleurs que je ressentais aux lèvres augmentèrent, à
chaque entr'acte, et à la fin de la représentation elles étaient si gon-
flées et si meurtries que je pus à peine souper. Même le lendemain,
après mon retour, ma jeune femme ne fut pas peu surprise en me
revoyant avec ces lèvres de nègre, et j'augmentai sa stupeur en lui
disant que j'étais réduit à cet état à force d'avoir embrassé les jolies
Erfurtoises. Mais elle se moqua bien de moi quand elle sut l'histoire
de mes études de cor. »
Théodore PARMENTIER.
BIBLIOGRAPHIE MUSICALE.
Henry lAtolff. — Douleur, mélodie pour voix de soprano ou ténor,
paroles de M. E. Dupont. — Le Vent d'automne, mélodie pour voix de
mezza-soprano ou baryton, paroles de M. A. Duvernois.
Au milieu de ces compositions hardies et grandioses qui nous ont ré-
vélé, l'an dernier, l'immense portée du talent qu'Henry Litolff a
mûri dans une longue retraite, ne nous étonnons pas de rencontrer
quelques pages modestes et calmes, comme colles que nous avons
en ce moment sous les yeux. Les concertos-symphonies du célèbre
pianiste nous ont prouve qu'il se plaisait à procéder par les con-
trastes les plus imprévus, par les oppositions les plus piquantes.
Descendu des régions vertigineuses où son inspiration nous l'a
montré, planant comme l'aigle aux ailes puissantes, aux serres vi-
goureuses, il semble avoir voulu reposer sa pensée dans ces deux
mélodies d'un caractère si différent, quoique empreint à un haut
degré du cachet original qui le distingue. La première, intitulée
Douleur, et dédiée à Mme Gueymard, est un petit morceau d'une
seule haleine, à la façon de Schubert. Les paroles mélancoliques de
M. Emile Dupont y sont traduites avec un grand bonheur d'expres-
sion, et la phrase principale y est ramonée deux fois avec un charme
infini. Est-il besoin d'ajouter que le piano joue un rôle important
dans cette mélodie tout à fait digne de l'éminent artiste qui l'a
signée ?
La seconde, qui a pour titre : Le Vent d'automne, a été composée
sur de très-gracieuses paroles de M. Abel Duvernois. En voici le
début :
Savez-vous la chanson que dit le vent d'automne
Quand la feuille jaunie à son souffle frissonne
Dans le peuplier noir,
Le soir?
Trois couplets d'une douceur extrême, d'une causerie, si l'on peut
s'exprimer ainsi, discrète et intime, répondent à cette question
posée en forme de récitatif et résumée finalement de la même ma-
nière. Le compositeur et le virtuose se retrouvent dans cette dé-
licieuse mélodie, éclairée d'un reflet très-visible de son âme et de
sa distinction. M. Abel Duvernois, qui l'a inspirée, a droit aussi à
nos éloges. Sa poésie dont nous venons de donner un échantillon,
est de la bonne école, et la pensée en est charmante. Le Vent d'au-
tomne peut être chanté par un mezzo-soprano ou par un baryton,
de même que Douleur est écrite pour voix de soprano ou de ténor.
Cette latitude, laissée au choix des chanteurs, est un gage de plus
de la vogue qui a déjà commencé pour ces deux mélodies, et à laquelle
nos salons parisiens accorderont bien certainement, cet hiver, une
intelligente consécration.
NOUVELLES.
*% Au théâtre impérial de l'Opéra, Mlle Marie Brunet a continué ses
débuts vendredi dernier dans la Juive.
x% Mme Vandenheuvel-Duprez est engagée à ce théâtre à partir du
1er avril.
t*t Le ténor Achard y est engagé également, en remplacement de
Dufrêne, dont l'engagement, ai.isi que celui de Renard, n'a pas été re-
nouvelé.
„,*„, Pierre de Méd'icis sera joué dans les derniers jours de ce mois.
t% A l'Opéra-Comique, le Pardon de Ploermel a continué dimanche
dernier de faire salle comble. On l'a encore joué mercredi, et jeudi le
rétablissement de Montaubry a permis au Roman d'Elvire, le nouvel opéra
d'Ambroise Thomas, de reparaître sur l'affiche et sur la scène.
„** Vendredi la reprise de Galathée a eu lieu, avec Mme Cabel dans
le rôle principal que Mme Ugalde avait créé. Mlle Wertheimber rentrait
en possession du rôle de Pygmalion dans lequel lui avait succédé Faure,
et Ponchard remplaçait Mocker dans celui de Ganymède. Il n'était donc
pas douteux qu'avec de tels interprètes la charmante partition de Victor
Massé ne fût parfaitement accueillie, et que Mme Cabel ne retrouvât à
Paris le succès qu'elle avait déjà obtenu en province et à l'étranger en
chantant le rôle de Ga'athée. Mlle Wertheimber a montré autant de
verve passionnée et Sainte-Foy de gaieté bouffonne que dans la nou-
veauté de l'ouvrage.
t*ï 11 est question de la reprise de Masaniello, opéra de Carafa.
*** Le théâtre Italien a repris Don Giovanni mardi dernier, avec une
distribution presque toute nouvelle. Badiali remplissait le rôle de l'illustre
séducteur en homme qui le comprend mieux qu'il ne réussit toujours à
le rendre. Nous n'avons qu'à louer son jeu , mais sa voix , un peu
lourde et sourde, l'empêche de chanter avec assez de finesse et de lé-
gèreté. Cependant, il a bien dit le duo : La ci darem la mano, avec
Mme Alboni, dont la voix n'tst pas assez élevée pour l'air : Batti, batti.
Mme Penco a été fort belle dans le rôle de Dona Anna : on a redemandé
le trio des masques, chanté par elle, Gardoni et Mme Cambardi. Zuc-
chini fait toujours du rôle de Leporello un des meilleurs de son réper-
toire.
t% M. Calzado a envoyé à Mlle Marie Battu un magnifique bracelet
accompagné d'une lettre très-flatteuse pour cette jeune artiste.
t*t Hier samedi, le théâtre Lyrique a donné la première représenta-
tion de Philèmon et Baucis, opéra en trois actes, dont la musique est de
Charles Gounod.
j,*t L'opéra de Berlioz, les Troyens, a été choisi pour la réouverture du
théâtre Lyrique dans la nouvelle salle de la place du Châtelet. Ce nou-
veau théâtre prendra le titre de Théâtre municipal de la ville de Paris.
„,** Aujourd'hui dimanche, la Société des concerts donnera sa troisième
matinée. En voici le programme: 1° symphonie en me bémol, de Félicien
David ; 2° scène et bénédiction des drapeaux du Siège de Corinthe, de
Rossini ; 3° fragments du ballet de Prométhée, de Beethoven ; h° chœur
de Blanche de Provence, de Cherubini ; 5° symphonie en ré, de Beethoven .
„% Dimanche prochain aura lieu le quatrième concert de la Société
des jeunes artistes. On entendra, pour la première fois à Paris, M. Gu-
glielmi, baryton du théâtre impérial de Vienne, et M. Auguste Koempel,
violon-solo du roi de Hanovre. Voici le programme de cette séance :
1° symphonie en si bémol de Schumann (première audition); 2° fragments
de l'oratorio Paulus, de Mendelssohn (air, arioso, chœur) ; le solo sera
chanté par M. Guglielmi ; 3° concerto pour violon (8e), de Spohr, exécuté
par M. Kœmpel ; 4° fragments de Christophe Colomb, de Félicien David,
et solo par Mlle Balby ; 5° quatuor de Haydn, par tous les instruments à
cordes.
*% Une grande réunion orphéonique doit avoir lieu prochainement à
Londres. M. Delaporte est chargé de l'organisation de cette fête qui doit,
dit-on, réunir trois ou quatre mille exécutants.
»% Par arrêté de S. Exe. le ministre d'Etat, M. Sauzay a été nommé
professeur de violon au Conservatoire, en remplacement de M. Girard.
à** Notre espérance n'a pas été trompée. Mme Pleyel ne nous quittera
pas sans se faire entendre : déjà nous pouvons annoncer qu'elle donnera
un concert le mercredi 7 mars, dans les salons du Louvre, avec orches-
tre et quelques artistes dignes d'elle. Ce sera donc une rare et belle
soirée.
„.*,. S. M. l'Empereur a daigné adresser à MM. Raymond Deslandes et
Aimé Maillart, auteurs de la Voie sacrée, cantate exécutée au théâtre
Lyrique, une médaille en argent.
t*t Servais est à Paris et compte y passer quelques semaines.
„,*.,, Emile Prudent s'est décidé à donner un concert, et, comme on
devait le prévoir, ce concert sera tout à fait exceptionnel. Il aura lieu le
jeudi 8 mars, dans la salle llerz: Roger et Mme Viardot y chanteront;
Alard y prêtera le concours de son archet au célèbre pianiste, et ils
joueront ensemble une sonate de Mozart. Voilà un spécimen du pro-
gramme que nous publierons bientôt complètement.
62
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
* Il y aura dimanche prochain, 26 février, à l'Institution impériale
des jeunes aveugles, boulevard des Invalides, 56, à deux heures précises,
un grand concert vocal et instrumental au profit de la Société de place-
ment et de secours, fondée en faveur des élèves sortis de l'Institution.
Dans ce concert on entendra, pour la partie vocale, M. Battaille et
Mmes Marie Cabel etCazat; pour la partie instrumentale, M. Sarasate et
Mlle Joséphine Martin, ainsi que l'orchestre et les chœurs de l'Institu-
tion.
„% L'un des concerts les plus intéressants de la saison sera celui de
Louis Brassin, et aura lieu jeudi, 23 février, dans la salle Herz, avec le
concours de Mlle Enenquist, MM. J. Dupuis et Waldbert. Le bénéficiaire
y jouera le grand trio en si bémol de. Beethoven, un caprice de concert
et deux autres morceaux (étude et rêverie) de sa composition, ainsi que
Hochzeits-marche, de Mendelssohn, transcrite par Liszt.
„% Edmond Hocmelle, organiste de Saint-Thomas-d'Aquin et de la
chapelle du Sénat, donnera, vendredi prochain, 24 février, une soirée
toute exceptionnelle. Le talent déjà si connu du jeune compositeur, les
artistes hors ligne qui lui prêtent leur- concours ; enfin , le début litté-
raire d'une charmante jeune fille, Mlle Jenny Sabatier, qui, dit-on, doit
recueillir la couronne de Mme de Girardin, tout cela forme une de ces
rares solennités pour laquelle la salle Herz sera trop petite.
**„ M. H. de Bulow donnera un troisième concert le 23 février, dans
la salle d'Erard.
„% A. Paladilhe donnera, le 28 de ce mois, dans la salle Herz, son second
concert, où l'on entendra quelques fragments d'un opéra-comique en
trois actes, dont il a écrit la musique. Ce jeune artiste, dont la précocité
extraordinaire ne peut se comparer qu'a celle de Mozart, exécutera aussi
quelques-unes de ses nouvelles compositions pour le piano. MM. Pon-
chard, Petit, Mlle Baretti et l'orphéon de Saint-Denis lui prêteront
leur concours pour la partie vocale, et M. Chaîne, pour la partie ins-
trumentale.
**, Le concert d'Alfred Jaell est fixé au vendredi, 2 mars, salle
Herz. Outre cet éminent artiste, on entendra dans cette solennité et
pour la dernière fois de la saison à Paris, le célèbre Sivori. Mlle Enen-
quist, Richard Lindau compléteront le programme. Enfin M. Hans de
Bulow a consenti à exécuter avec le bénéficiaire, un morceau de Liszt
pour doux pianos.
„*,, Le 26 février aura lieu, dans les salons de M. Debain, une matinée
musicale dans laquelle on entendra des compositions de Mme Clémentine
Batta, interprétées par Mmes Gaveaux-Sabatier et Bertini, MM. Ritter,
Lefebure, Lefort, Batta et Maton.
»% M. Jacques Franco-Mendès vient de recevoir la décoration, qua-
trième classe, de Torde Adolphe de Nassau.
„% Ed. Wolff vient de faire paraître un grand duo brillant pour le
piano à quatre mains sur les motifs de Stradella. Nous pouvons prédire à
cette nouvelle composition tout le succès qui vient d'accueillir les deux
dernières valses-caprices du même auteur, Ida, et Mathilde.
„*, L'excellent violoniste Sainton, vient d'arriver de Londres, accom-
pagné de miss Dolby, la célèbre cantatrice, devenue sa femme. Les
deux artistes annoncent un concert pour le Ie' mars, dans la salle de
l'hôtel du Louvre.
i,% Sous le titre de Réminiscences de Y Ame en peine, le charmant ou-
vrage de Flotow, l'éditeur Bonoldi vient de faire paraître une des œu-
vres les plus brillantes et les mieux réussies qu'ait produites la pi urne
féconde de M. W. Kruger.
*% Lundi 27 février, M. Eugène Ketterer donnera, dans les salons de
Pleyel-Wolff et C% une soirée musicale et dramatique, avec le concours
de MM. Herman, Bressant et de Mlle Fix. M. Herman exécutera avec
le bénéficiaire le grand duo de concert pour piano et violon sur les
motifs du Pardon de Ploërmel ; Mlle Fix et M. Bressant joueront la
piquante comédie de Mlle Augustine Brohan, Qui femme a, guerre a;
M. E. Ketterer exécutera quelques-unes de ses dernières productions, le
Réveil des Sylphes, la Chanson de chasse, VAubade espagnole, Darmstadt, et
enfin pour la première fois, Une marche orientale, à deux pianos, de l'effet
le plus original.
„,% La nouvelle polka d'Edouard Lee, Juanita, est devenue la com-
mensale obligée de toute soirée dansante. Cette gracieuse production
obtiendra cet hiver un succès de vogue.
„% Vendredi, 11 de ce mois, un grand nombre de personnes réunies
à Notre-Dame de Lorette assistaient à l'inauguration d'un harmonium
construit par M. Debain dans des conditions toutes nouvelles. Bien que
d'une très-petite dimension, cet instrument possède une puissance de
sonorité extraordinaire et une variété de timbre fort remarquable.
M. Lefébure-Wély a fait ressortir avec talent les ressources de cet
instrument, qui réunit toutes les qualités qu'on exige d'un orgue de
chœur pour une grande église.
„,% Le recueil des remarquables mélodies de A.-E. de Vaucorbeil ,
format partition in-8", volume réunissant les anciennes et les nouvelles
productions, vient de paraître au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. —
Expédition franco, 6 francs.
a,** Nous copions textuellement l'affiche du 1er concert qui sera donné à
Paris par Jullien. «L'administration du Cirque de l'Impératrice a l'honneur
d'annoncer qu'elle vient de conclure un engagement avec M. Jullien, de
Londres, et les principaux solistes de son orchestre, dans le but d'insti-
tuer, à Paris, une grande société musicale avec le concours de laquelle
seront organisés de brillants festivals dans le genre de ceux que M. Jullien
a donnés avec éclat en Angleterre, en Allemagne et en Amérique. Di-
manche 1 1 mars, à 2 heures, grand festival d'inauguration donné à Paris
par la Société philharmonique universelle, sous la direction de M. Jullien,
chef d'orchestre des théâtres royaux de S. M. la reine d'Angleterre, de
Drury-Lane, de Covent-Garden et du Lyceum de Londres, qui conduira
un grand ensemble musical de six cents exécutants choisis parmi les
membres des plus grandes sociétés chorales et des meilleurs orchestres
de France, d'Angleterre, de Belgique et d'Allemagne. — Programme:
Première partie. Musique sacrée ; musique classique : Morceaux choisis
dans la Création, paroles de M. de Ségur, musique d'Haydn ; le Prophète
Elle, paroles de Bartholomew, traduites par Maurice Bourges, musique
de Mendelssohn; le Messie, texte des livres sacrés, musique de Haendel.— 2e
partie. Musique héroïque; musique nationale: La Guerre, symphonie
épique dédiée à l'armée ; la Paix, quadrille symphonie dédié aux na-
tions; l'Harmonie de l'univers, essai, paroles de Humboldt, musique de
Roch- Albert. — Troisième partie. Voyage musical, morceaux choisis dans
le répertoire des mélodies nationales recueillies par M. Jullien et exécu-
tées par son orchestre dans sa tournée universelle ; échos d'Italie, d'An-
gleterre, d'Allemagne, de Russie, de Suisse, d'Ecosse, d'Espagne et
d'Amérique. — Les noms des artistes solistes et des chanteurs seront publiés
dans le programme détaillé qui paraîtra ultérieurement. »
»*„, Nouveau pédalier.— M. A. Wolff, gérant de la maison Pleyel, a cons-
truit un instrument indépendant, à clavier de pédales, applicable aux
pianos de toute forme. Ce pédalier, très-sonore, offre aux artistes les
moyens d'étudier les œuvres des anciens maîtres, et est destiné à secon-
der les travaux de toutes les personnes qui s'occupent de l'étude de l'orgue.
Il n'est pas volumineux et peut être introduit dans les plus petits apparte-
ments. C'est une espèce d'armoire adossée à un mur; l'exécutant s'assied sur
un banc fixé sur le devant, qui s'élève et s'abaisse à volonté, les pédales se
trouvent sous ses pieds et il place devant lui un piano quelconque. Dé-
sormais l'organiste, sans sortir de chez lui, pourra étudier les morceaux
d'orgue les plus compliqués, et le pianiste se familiariser avec les œuvres
écrites avec pédale obligée. Les compositeurs, de leur côté, y trouve-
ront pour la musique de piano des ressources nouvelles.
*** Les belles et bonnes actions ne sauraient être trop connues.
Dernièrement nous annoncions la mort prématurée de M. Brochant
de Villiers, riche amateur de musique, possesseur de beaucoup d'ins-
truments, entre autres du stradivarius qui avait appartenu à Viotti,
et tenant régulièrement chez lui des séances de musique intime dans
lesquelles il exécutait des quatuors et quintettes avec MM. Croisilles,
Casimir Ney, Deldèvez, Rignault jeune et A. Gouffé. Aujourd'hui nous
avons à enregistrer la noble et ingénieuse libéralité de la veuve de cet
homme honorable. M. Brochant de Villiers avait cinquante-sept ans : en-
levé subitement, il n'avait pu dicter ses volontés dernières ; sa veuve s'est
chargée de l'exécution de son testament présomptif, et, ne se réservant
que le violon de Viotti que jouait son mari, elle a offert aux artistes
nommés plus haut les magnifiques instruments dont ils se servaient
chez lui, ainsi que sa bibliothèque musicale, pour qu'ils en fissent entre
eux le partage, en leur disant : « Comme je désire que les séances in-
» terrompues continuent dans votre mémoire, mon notaire est chargé
» de compter à chacun de vous une somme de quinze cents francs. »
Un violoncelle de Gaspard de Salo avait été cédé a M. Brochant par un
membre du quintette. Mme Brochant l'a offert à son ancien possesseur,
en lui disant avec une grâce exquise : « Monsieur Brochant était extrê-
» mement distrait ; il avait peut-être oublié de vous le payer : repre-
» nez-le en ma considération. » Enfin, voulant aussi laisser un souvenir
de son mari aux plus infortunés parmi les artistes, cette excellente
dame a fait offrir par M. Gouffé un don de 4,000 francs à l'Asso-
ciation des artistes musiciens, dont M. Brochant était membre hono-
raire.
„*,, La mère du célèbre compositeur Franz Schubert, Anna Schubert,
vient de mourir â Vienne ; elle avait atteint sa soixante-dix-septième
année.
„% Les obsèques de M. le comte Pillet-Will ont été célébrées mardi
dernier en l'église Notre-Dame-de-Lorette , au milieu d'un nombreux
concours d'amis et de notabilités diverses. Né à Montmélian', en Savoie,
l'honorable défunt tenait par sa mère a la famille d'Aguesseau. Etabli
à Paris sous l'empire, il y créa une grande maison de banque et remplit
de nombreuses fonctions gratuites : il fut un des fondateurs de la caisse
d'épargne en 1818, et depuis 1828 il siégeait parmi les régents de la
Banque. Il avait institué quatre grands prix scientifiques â l'Académie
royale de Turin ; grand amateur de musique, et compositeur lui-même,
il était lié avec les plus célèbres artistes, et comptait Bossini au nombre
de ses plus assidus visiteurs. 11 avait eu Baillot pour maitre de violon.
M. le comte de Germiny, gouverneur de la Banque, lui a offert sur sa
tombe un dernier témoignage d'estime et de regrets.
DE PARIS.
63
CHRONSQUE DÉPARTEMENTALE.
+*t Rouen. — La première représentation du Pardon de Ploermel a eu
lieu mercredi dernier, 15 courant, devant une salle comble, et la par-
tition nouvelle de l'illustre maestro a obtenu un véritable succès d'en-
thousiasme. L'ouverture a produit un effet grandiose. Parmi les mor-
ceaux qui ont été le plus applaudis nous citerons la Berceuse; les cou-
plets bouffes, Dieu nous donne à chacun en partage ; l'air d'Hoël, 0 puis-
sante magie', la romance le Vieux sorcier de la montagne; le chœur le
Retour du cabaret ; l'air de YOmbre, chantée par Mme Barbot de la
façon la plus brillante ; les couplets de Coreutin, Ah I que fai froidl ah !
que j'ai peurl le grand trio finale du second acte, l'air du chasseur,
le quatuor du Pater noster, la] romance Ah\ mon remords te venge] et
enfin le chœur du Pardon qui termine la partition. L'interpréta-
tion a été très-bonne. Le rôle d'Hoël a été tenu avec une grande dis-
tinction par notre oaryton M. Meric. M. Gerpré a été parfait d'un bout
à l'autre du rôle de Corentin. Mme Barbot , chargée du rôle impor-
tant de Dinorah , en a fait ressortir admirablement toutes les beau-
tés. N'oublions pas MM. Bonnesseur et Barbot qui, dans les personnages
secondaires du chasseur et du faucheur, ont remporté un succès trè;-écla-
tant. La mise en scène, en tout semblable à celle de l'Opéra-Comique, a
provoqué un véritable enthousiasme, et, après le tableau du Val maudit,
M. Halanzier, notre habile et intelligent directeur, a été rappelé de
toutes parts, et a été contraint de venir recevoir les marques les plus
vives de la sympathie générale.
„% Lyon. — La troupe de grand opéra a repris Robert le Diable et les
Huguenots. MM. Bertrand, Bonnefoy, Mathieu et Vigourel ont obtenu
beaucoup de succès. Mme Rey-Balla, dans le rôle de Valentine, a été très-
applaudie, et Mlles "Wilhème et de Maessen ont reçu de nombreuses mar-
ques de sympathies de l'auditoire. — M. Ferdinand de Croze a donné,
mardi dernier, un concert digne d'une mention particulière, avec le
concours de M. Arnstein, célèbre violoniste hongrois. M. Sain d'Arod,
qui avait organisé la soirée, a fait entendre, sous forme de répétition,
une composition nouvelle intitulée la Fin des temps, qui doit être exé-
cutée à Paris au mois d'avril dans un concert donné au théâtre Italien.
„% Saint-Omer. — M. H. Henvyn a donné, le 9 février, un grand
concert avec le concours de Mme Anna Bochkoltz-Falconi. L'éminent
violoniste, notre compatriote, a exécuté de la façon la plus brillante plu-
sieurs de ses compositions et a été applaudi à outrance. Mme B. Fal-
coni a produit aussi un grand effet et a partagé avec le bénéficiaire les
honneurs de la soirée.
„,*„, Marseille, 5 février. — On s'occupe activement de l'opéra de
M. Auguste Morel, le Jugement de Dieu, dont les répétitions avaient été
interrompues par l'indisposition d'Armandi ; ce ténor a été forcément
remplacé dans le répertoire par un autre ténor, Duluc, qu'on a fort
bien accueilli. Le Pardon de Ploermel sera monté ensuite. Il n'est pas
vrai que M. Letellier, le directeur, nous quitte avant la fin de l'année
théâtrale.
*%, Alger. — Mme Piquet-Wild a obtenu un très-beau succès au qua-
trième acte de Robert le Diable, après l'air de Grâce, qu'elle a chanté avec
un talent et une puissance dramatique véritables. La reprise des Dra-
gons de Villars a fait un grand plaisir. — On annonce comme très-pro-
chaine la reprise de V Étoile du Nord.
CHRONIQUE ETRANGERE.
»% Bruxelles. — Hier samedi a eu lieu, au Cercle artistique et litté-
raire, la séance d'inauguration d'une véritable institution nationale pa-
tronnée par le gouvernement. M. Fétis s'est chargé d'organiser un
concert annuel dont le programme sera exclusivement composé d'œu-
vres de maîtres belges. — Au théâtre de la Monnaie, le Pardon de Ploermel
attire constamment la foule. Les Deux vieilles gardes, la charmante opé-
rette de Delibes, a obtenu du succès au théâtre du Parc.
JftJMge,Vô février. — Le concert qui accompagne !a distribution des prix
du Conservatoire avait attiré une foule considérable. Dans cette belle solen-
nité, un nombreux orchestre, que M. Daussoigne-Méhul avait placé sous
l'habile direction de M. Terry, a exécuté, avec un sentiment exquis des
nuances, une perfection peu commune, le Barde Eburun, andante sym-
phonique d'un style correct et sévère, d'un de nos bons et modestes
compositeurs, M. Jaspar; l'ouverture du Pardon de Ploermel, qui donnait un
avant-goût du plaisir que nous promettait alors l'opéra annoncé, et une
ouverture de Litolfl" , intitulée Maximilien Robespierre , vaste drame
musical. De chaleureux suffrages ont également récompensé de leurs
solides progrès les solistes, savoir : deux contralti, Mlle Douhard, mé-
daille en vermeil, avec distinction; Mlle Lambotte, médaille en argent,
et un soprano, Mlle Canisius, premier prix, toutes trois élèves de
M. vercken; M. Humblet, premier prix, et MM. Bartholoméus et Pied-
bœuf, deuxièmes prix, ex œquo, élèves de la première classe de chant de
M. Terry ;: M. Jérôme, premier prix de basson, jeune et brillant élève de
M. Th. Hadoux, et M. Firket, médaille en vermeil, de la classe de violon
de M. Frère. — A l'occasion de ce concert, je dois encore mentionner
spécialement les classes de piano de MM. Jalheau, Ledent, J. Massart et
Henrotay, qui ont fourni aux concours publics du mois d'août un contin-
gent remarquable de virtuoses. Dans les classes d'hommes, deux élèves
ont obtenu un premier prix ex [œquo, et deux autres le premier prix en
partage ; dans les classes de femmes, 'deux élèves ont eu le premier prix,
et quatre ont atteint le deuxième prix, entre autres les demoiselles
Baze, les filles, si je ne m; trompe, de l'ancien questeur de votre assem-
blée nationale. Enfin, dans le concours supérieur de piano, Mlle Verninck
a remporté la médaille en vermeil, avec distinction. — Ces quelques
indications suffiront à prouver que le niveau des études, à notre Conser-
vatoire, se maintient à un haut degré de prospérité, avec l'aide d'intelli-
gents professeurs et sous l'impulsion de M. Daussoigne-Méhul, leur émi-
nent directeur.
„%, La Haye. — Le théâtre Italien, dont les représentations ont lieu le
lundi, jouit d'une faveur toujours croissante, grâce au talent de Mme de
Vriès, qu'on ne se lasse pas d'applaudir dans Norma, Lucrezia Borgia et
le Trovatore. On espère qu'elle se fera entendre bientôt dans le Prophète,
et qu'elle n'y réussira pas moins qu'à la Nouvelle-Orléans, où elle a chanté
le rôle de Fidès vingt-huit fois de suite.
„*4 Hambourg. — Au dernier concert philharmonique, on a entendu
Joachim, qui nous a joué un concerto pour violon, de Leethoven, et
la sonate de Tartini, avec un incomparable talent.
„% Berlin. — La recette du théâtre Italien s'est élevée pendant le mois
de janvier à 20,000 thalers (près de 80,000 fr.).— M. H. de Bulow vient
d'être nommé pianiste de la cour. — La célèbre harpiste, Mlle Moesner,
annonce un deuxième concert au théâtre Italien. — Le succès que
A. Dreyschock a obtenu à son premier concert, a aussi décidé le célè-
bre pianiste à donner une deuxième soirée avant son départ pour Saint-
Pétersbourg. — M. Dumont , professeur au Conservatoire de Bruxelles,
s'est fait entendre sur la flûte à la salle Kroll : il a joué de manière à
électriser l'auditoire.
„,% Vienne. — Les Huguenots viennent de faire leur réapparition. La
foule était accourue, et elle applaudissait tout comme si elle assistait
pour la première fois à ce beau drame lyrique. La représentation a été
excellente de tout point, et, dans le rôle de Valentine, Mme Czillag a
obtenu un de ses plus beaux triomphes.
„% Mayence. — A l'occasion d'une réunion des membres de la Société
musicale du Rhin central, la Liedertafel a organisé un concert où on a
fait entendre la symphonie-cantate de Mendelssohn, et Ode au printemps,
composition nouvelle de Raff, dans laquelle Mme B. Schott a exécuté
avec beaucoup de grâce et d'élégance la partie très -difficile de piano.
„% Pesth. — La faux en argent massif que Mme Schodel portait quand
elle jouait le rôle de Norma, vient d'être déposée par son fils au musée
national de. cette capitale. Cette faux, qui est dorée et enrichie de deux
cent neuf pierres fines provenant des mines de Hongrie, avait été offerte
en 1840 à la célèbre cantatrice par ses admirateurs.
EÉPONSE A M. FÉTIS
RÉFUTATION DE SON MÉMOIRE SUR CETTE QUESTION :
Les G-recs et les Romains ont-ils connu l'harmonie simultanée des sons?
En ont-ils fait usage dans leur musique?
Far SI. A. <J. II. VIWCEWT,
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Nos abonnés reçoivent, avec le numéro de ce jour,
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SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (4e et dernier
article), par Fétis père. — Théâtre Lyrique : Philémon,et Baucis, opéra
en trois actes, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de M. C.
Gounod, par Léon Muroclier. — Auditions musicales, par Adolphe
Botte . — Emile Prudent, deuxième édition de la Danse des Fées, par le même .
— Correspondance: Saint-Pétersbourg. — Revue des théâtres, par S». A. B.
Sain t-lf-ves . — Nouvelles et annonces.
SUR L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LA MUSIQUE.
(4o et dernier article.) (1)
Dans ses diatribes virulentes contre la musique écrite d'après l'u-
sage universel, M. Chevé a fait souvent appel au bon sens, ne se dou-
tant vraisemblablement pas des coups mortels que ce même bon sens
doit lui porter; il est cependant certain que, de tous ses adversaires,
celui-là est le plus à craindre. Si on l'oblige à s'expliquer, il dira aux
propagateurs de la notation chiffrée :
« Vous prétendez que les caractères de la notation usuelle mas-
quent si souvent les idées qu'ils sont appelés à représenter, que toute
la force intellectuelle est dépensée à les déchiffrer, et qu'il n'en reste
plus pour trouver l'intonation et la durée. Pour démontrer toute la
fausseté de cette assertion, il suffirait de vous opposer un fait patent,
à savoir que des millions d'individus répandus sur la surface de la terre,
artistes ou amateurs, lisent ces caractères sans y éprouver la moindre
difficulté, chantent et jouent correctement leur partie; cependant il
est certain que les organisations privilégiées n'y sont pas en majorité,
car celles-ci sont toujours de rares exceptions.
» Mais il n'est pas nécessaire de recourir à cette argumentation de
faits notoires, car il est tout aussi facile de faire voir que l'accusation
que vous portez contre la notation usuelle de la musique est un non-
sens. Il faut, dites-vous, de tels efforts pour déchiffrer cette notation,
que l'intelligence est épuisée, et qu'il n'en reste plus pour trouver
l'intonation et la durée ; or, il est impossible que le lecteur, lorsqu'il
a la connaissance des signes, en aperçoive un sans savoir immédia-
(1) Voir le n" 6.
tement l'intonation et la durée qu'il représente. L'une des choses
ne peut aller sans l'autre, et c'est par là précisément que cette nota-
tion est admirable ; car elle peint aux yeux et leur présente des faits
saisissables au premier aspect, sans que l'intervention de l'intelli-
gence y soit nécessaire. Elle n'exige qu'une connaissance suffisante
des signes et la mémoire de leur signification. Et non -seulement elle
peint les faits musica.ix par les signes isolés, mais elle les peint par
groupes, de telle manière que le lecteur, au premier aperçu de ceux-
ci, saisit à la fois par leur forme tous les éléments dont ils sont com-
posés. Vous avez réservé cette même notation pour la musique ins-
trumentale, où les complications des accords, des dessins complexes
du chant et de l'accompagnement (dans la musique de piano , par
exemple ) sont excessives : eh bien ! si des opérations intellectuelles
étaient nécessaires pour déchiffrer tout cela, et s'il fallait détailler
pendant l'exécution, la lecture serait absolument impossible. Mais
grâce aux formes distinctes de chaque genre de groupes, l'artiste lit
par masses et saisit tout l'ensemble d'un coup d'ceil.
» Est-il nécessaire, d'après ces faits démontrés par l'expérience
universelle, d'insister pour arriver à l'évidence que si la notation
usuelle permet de lire de telles combinaisons dans des mouvements
rapides jusqu'à l'excès, elle est mille fois plus facile dans la musique
vocale? Non sans doute; car vous auriez droit de vous plaindre qu'on
mît en doute votre perspicacité. Que deviennent alors toutes les décla-
mations si peu mesurées, toutes les assertions audacieuses accumulées
contre cette même notation et contre ceux qui l'enseignent? Je sais
fort bien (c'est toujours le bon sens qui parle) que votre dessein n'est
pas d'ébranler les convictions de ceux qui savent la musique. Ce n'est
pas à eux que vous vous adressez lorsque vous leur parlez votre rude
langage ; ce n'est qu'une voie détournée pour arriver jusqu'au monde
où vous savez que vous trouverez des adeptes. Cependant il n'est pas
bieu de faire tant de bruit et d'insulter toujours , car la patience a des
bornes. Si elle se lasse, la voix de la vérité pourra dissiper bien des
illusions.
» Venons aux éloges que vous prodiguez à la notation chiffrée,
dont vous attribuez l'invention à Galin. Elle est parfaite, dites-vous,
puisqu'elle rend clairement et nettement toutes les idées d'intonation
et de durée ; que chaque idée est représentée toujours et partout par
un signe unique, et qu'un signe donné représente toujours et partout
la même idée. Mais, s'il en est ainsi, d'où vient donc que cette même
notation si parfaite ne peut être employée pour toute espèce de musi-
que, et que son usage est borné à ce qu'il y a de plus élémentaire?
D'où cela vient? Je vais vous le dire.
» Remarquez d'abord qu'il y a contradiction à dire que des signes
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
donnés représentent toujours et partout certains éléments de la musi-
que, que vous appelez des idées, et à déclarer ensuite qu'ils ne peu-
vent servir à noter la partie la plus importante de cet art, laquelle
constitue l'art complet. Avec votre notation, vous ne pouvez entrer
dans le temple de cet art, et vous êtes obligé de rester dans le vesti-
bule, c'est-à-dire dans léchant populaire. Pourquoi cela? Parce que
celte notation ne peint pas les faits musicaux d'une manière sensible,
et qu'il en faut lire tous les détails pour chaque son , pour chaque
durée. Non-seulement il faut voir chaque chiffre, mais il est indis-
pensable de saisir du même coup d'oeil les signes qui en modifient la
signification et leur donnent une valeur spéciale; ces points placés
au-dessus ou au-dessous, avant ou après ; ces barres qui traversent
les chiffres; ces autres petites barres simples, doubles ou triples
qui les surmontent, tout doit être vu. La simplicité des formes de
la musique vocale peut admettre une telle notation, bien que la
notation ordinaire de la musique soit incomparablement plus saisis-
sable au premier aspect, précisément à cause de la diversité des si-
gnes et de leur position ; mais essayez de rendre les combinaisons
multiples de la musique instrumentale par la musique chiffrée : la
lecture deviendra impossible à l'œil le plus pénétrant. Ajoutez à cela
les embarras d'une musique qui, dans son ensemble, embrasse au delà
de six octaves, et des modulations incessantes ayant souvent des ten-
dances multiples ; que deviendront alors les chiffres et comment dé-
terminer dans la rapidité du mouvement leur signification tonale ?
Irez-vous écrire comme au bas des pages de votre Panthéon choral :
Modulation à la quinte inférieure (d'ut à fa) : appelez-les ut uol ;
regardez les comme des sol. — Modulation à la quinte supérieure
(de fa à ni) : appelez les ut fua ; regardez-les comme des fa, etc.?
Et vous appelez cela une notation de la musique !
» Non ; c'est une notation exceptionnelle applicable seulement à
l'enseignement populaire du chant élémentaire. Renoncez à toute
autre ambition, et cessez de parler aux maîtres de l'art comme s'il y
avait quelque chose entre vous et eux, et comme si vous aviez à les
enseigner. Rentrez dans le rôle modeste qu'avaient pris Natorp et les
professeurs d'écoles primaires qui suivaient son système. Il ne restera
plus alors qu'à examiner si vous n'avez pas à redouter les mêmes ré-
sultats, et si votre enseignement n'est pas un obstacle invincible à la
connaissance vraie de la musique. Malheureusement pour les illusions
dont vous vous bercez, il n'est que trop vrai que c'est là que doit
aboutir votre entreprise : la démonstration en est facile.
» S'il y avait quelque point de contact entre la notation chiffrée
et la notation ordinaire de la musique, et si l'on pouvait la considérer
comme une introduction à cette notatiou, la seule dont l'usage est uni-
versel, la seule enfin qui puisse satisfaire à tous les besoins de l'art,
on pourrait admettre cette notation des chiffres comme une méthode;
car toute méthode qui conduite un résultat final et déterminé est admis-
sible, si elle présente à certains esprits une intelligence plus facile des
choses, et si elle répond à certains besoins ou à des considérations
particulières. Mais il n'en est point ainsi : un abîme si profond sépare
la notation chiffrée de la notation usuelle, qu'aucun moyen n'existe
pour le combler. Vous-même l'avez si bien compris, que vous n'avez
eu d'autre ressource que de couvrir d'injures et de mépris cette nota-
tion universelle à laquelle vous ne pouviez atteindre. Donc, vos élèves
ne savent et ne peuvent savoir que la notation chiffrée. Aussi long-
temps qu'ils restent dans vos cours et y figurent comme les parties
des chœurs qu'on y entend, ils peuvent se persuader qu'ils sont dans
la musique et qu'ils la savent; car vous leur avez préparé une sorte
de bibliothèque musicale en chiffres dans des volumes qui ont pour
titres : Ecole de la musique en chiffres ; Panthéon choral ; Album des
célébrités modernes; Album guerrier ; Chants patriotiques célèbres ;
Harmonies chrétiennes ; Album choral des pensionnats, etc. En ré-
pétant chaque jour cette musique traduite à leur usage, les adeptes
, peuvent se persuader qu'ils sont dans la musique véritable ; mais un
jour vient où ils sortent de vos cours, n'ayant plus rien à y apprendre.
Les voilà isolés, cherchant un point de contact nouveau dans l'art et
voulant faire de la musique, car ils se croient musiciens. Ils veulent
prendre connaissance des morceaux de l'opéra nouveau dont ils lisent
l'annonce chez les marchands de musique ; ils entrent au magasin, et
demandent cette musique du Jour : — Qu'est-ce que c'est que cela ? —
Ce sont les morceaux que vous demandez. — Quoi ! ce grimoire ? —
Sans doute; il n'y a point là de grimoire; c'est ainsi que s'écrit la
musique. — Où cela ? — Partout : allez chez tous mes confrères,
vous ne trouverez pas autre chose. — Allons donc ! — Je vous dis la
vérité: en quelque lieu que vous alliez, vous trouverez la musique
semblable à celle-ci. — Est-il possible ?
» Vous comprenez le reste. Il n'y a plus d'illusion qui tienne : on
ne sait pas lire la musique ; ce qu'on aap pris ne sert de rien : il faut
recommencer. Alors se présentent des difficultés nouvelles et plus
grandes ; car il faut oublier la notation inutile dont on a la tête
remplie ; il faut faire de longs efforts pour perdre des habitudes in-
vétérées, et l'on peut affirmer que sur dix individus, neuf y perdront
leurs peines. Supposons qu'il en soit autrement et que tous réussis-
sent dans cette pénible entreprise ; ne se demandera-t-on pas à quoi
bon deux éducations pour une, et, puisqu'il faut de toute nécessité
revenir un jour à la musique telle qu'elle existe, pourquoi ne pas
l'aborder tout d'abord, afin d'éviter les déceptions de l'avenir ? »
Voilà, sans aucun doute, ce que serait le langage du bon sens si
souvent invoqué par M. Ghevé. Encore une fois, s'il ne s'agit que de
méthode ; si l'objet est de rendre facile les notions élémentaires pour
le peuple, qui, par les nécessités du travail nourricier, n'a que peu
d'instants à donner à cette distraction, admettons tous les moyens qui
pourront atteindre ce but, et dont l'expérience aura démontré l'effi-
cacité. Mais si, par hasard, quelque artiste né se trouve jeté par la
nature au milieu de ce monde d'artisans, il faut que l'instruction élé-
mentaire qu'il aura reçue ne soit point un obstacle au développement
futur de ses facultés; en un mot, il faut que l'éducation populaire soit
un acheminement à l'éducation de l'artiste.
Mon attention a été vivement excitée par une méthode de cette espèce
dans un voyage que j'ai fait récemment à Lille, chef-lieu du départe-
ment du Nord. Il existe dans cette ville un homme honorable qu'en-
toure la vénération de ses concitoyens. Retiré des affaires et possédant
une belle fortune, M. Danel (c'est le nom de la personne dont je veux
parler), ancien amateur de musique, lequel a pris part longtemps à
l'administration du Conservatoire de musique de Lille, s'était préoc-
cupé, dans ses vues philanthropiques, des moyens de propager le goût
du chant dans les populations des villes et des campagnes. Le résultat
de ses méditations fut la conception d'une méthode nouvelle dont il
fit d'abord des essais partiels ; modifiant ses idées par l'expérience, et
enfin aboutissant à un système complet d'enseignement.
L'exposé de la méthode, dans ses diverses applications, fut fait
par M. Danel dans un petit ouvrage qui a pour titre : Méthode sim-
plifiée pour l'enseignement populaire de la musique vocale. La cin-
quième édition de cet écrit a paru à Lille dans les premiers jours de
cette année. Venu à Bruxelles dans le cours de l'année dernière,
M. Danel me fit l'honneur de me visiter, me remit un exemplaire de
son ouvrage et m'expliqua son système. Dès le premier aperçu, je
compris qu'il s'agissait dans la méthode de simples procédés progres-
sifs pour conduire à la connaissance de la notation usuelle de la mu-
sique, et non de la création d'un système nouveau de notation :
par cela même j'accordai immédiatement à M. Danel une attention
que je refuse aux rêveurs de réformation, dont le début consiste
toujours à condamner au feu tout ce qui existe de musique.
Ayant, comme plusieurs de ses prédécesseurs, la pensée qu'il est
utile de ne présenter au début de l'étude de la musique, dans l'éduca-
tion populaire, que des éléments déjà connus, M. Danel a pris ces élé-
ments dans l'alphabet et en a fait une notation qu'il désigne sous le
DE PARIS.
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nom de provisoire. Les consonnes initiales du nom des notes do, ré,
mi, fa, sol, la, si, c'est-à-dire D, R, M, F, S, L, S, sont donc les signes
de ces notes ; mais, attendu que S, signe de sol, et S, signe de si,
pourraient être confondus, il remplace, pour cette note, S par B.
Tels sont donc les signes des intonations diatoniques. Ces signes sont
ceux de l'octave moyenne de la voix : un point placé au-dessus des
lettres indique une octave supérieure ; un point au-dessous, une
octave inférieure. S'il falla.it représenter une octave suraiguë, on aurait
deux points au-dessus des lettres, et pour une octave grave, on les
mettrait au-dessous ; mais cela est inutile dans le chant ordinaire.
A l'égard de la durée des sons, M. Danel en représente les éléments
par les voyelles et diphthongues a, e, i, o, u, eu, ou, remplaçant seu-
lement, pour plus de simplicité dans la notation, eu par u surmonté
d'un trait, et ou par la même lettre avec le trait au-dessous. Ainsi a
est le signe de la ronde ; e, de la blanche ; i, de la noire ; o, de la
croche ; u, de la double croche ; eu, de la triple ; ou, de la qua-
druple.
S'il s'agit de la durée réunie à l'intonation, la voyelle représenta-
tive de cette durée se joint à la consonne qui est le signe de la note,
et l'on a ainsi les deux éléments réunis dans une syllabe. Par exemple,
da est ut ronde, fo est fa croche, su est sol double croche, et ainsi
du reste. Les voyelles isolées sont les signes des silences correspon-
dant aux durées des sons.
Enfin, pour représenter les signes modificateurs de l'intonation des
notes dont on fait usage dans la notation usuelle de la musique,
M. Danel a imaginé de prendre les consonnes caractéristiques des
noms de dièze, bémol et bécarre ; ainsi s est le signe du dièze ; /, celui
du bémol ; r, celui du bécarre. Réunissant ces lettres aux syllabes dont
il vient d'être parlé, M. Danel en forme des mots de trois lettres,
tels que dus pour ut dièse, ronde ; roi, pour ré bémol, croche ; sûr,
pour sol bécarre, double croche, et ainsi des autres combinaisons.
M. Danel appelle langue des sons le système de ces diverses combi-
naisons.
Les exercices d'intonations se font sur les consonnes seules, sans
considération de durée. Puis vient la réunion des deux éléments.
Après cette dernière série d'exercices, M. Danel entre par un premier
pas dans la notation usuelle, en remplaçant les consonnes initiales par
les degrés de la portée et y plaçant les voyelles qui représentent les
durées, et notant ainsi des mélodies populaires. De ce premier pas à
la notation tout entière, la transition est facile ; car les différences
d'intonations étant représentées dans l'esprit des élèves par les degrés
de la portée, il est facile de les conduire progressivement à la concep-
tion de l'identité de signification des lettres et des syllabes avec les
éléments de la notation ordinaire; en un mot, du système de la langue
des sons avec cette notation.
On comprend que je ne puis donner ici qu'une indication sommaire
de la méthode simplifiée de M. Danel; pour les développements et
les détails, il faut lire le livre dans lequel il a exposé son système. Ce
livre avait déjà excité mon intérêt ; dans une excursion que je fis à
Lille, je priai l'auteur de me faire voir sa méthode en pratique ; il
voulut bien acquiescer à ma demande, et nous allâmes le soir à un
des cours qu'il a établis à ses frais pour l'instruction du peuple.
Celui-là se faisait à neuf heures pour de jeunes ouvrières, au sortir
de leurs ateliers. J'assistai à la leçon en observateur, et je fus frappé,
d'une part, de la simplicité, de la lucidité de l'enseignement, et de
l'autre, de la prompte et sûre application faite par les élèves de ce
qui leur était enseigné. Ces élèves, entrés successivement dans les
cours, avaient reçu de dix à vingt-cinq leçons, et conséquemment
étaient à des degrés divers d'avancement. Les uns solfiaient par les
procédés de la langue des sons, les autres par la notation usuelle; mais
les mêmes leçons, notées de diverses manières, étaient chantées avec
justesse et division exacte des temps et des valeurs. M. Danel m'ayant
prié d'interroger ses élèves et de les soumettre à diverses épreuves,
je me plaçai au clavier d'un harmonium, et, faisant entendre tour à
tour des notes sans rapport de tonalité, j'acquis la certitude que les
élèves les plus avancés en avaient les intonations dans la mémoire ;
car toutes ces notes furent nommées sans hésitation. Je fis entendre
ensuite des accords de deux sons à des intervalles divers, consonnants
et dissonnants, qui furent désignés avec autant de sûreté et par les
noms des intervalles. Une leçon de solfège, à trois intervalles, que
j'écrivis' ensuite, et qui fut traduite dans la langue des sons, pour les
moins avancés, fut chantée d'une manière correcte par toute la classe
du cours de Saint-Etienne (c'est le nom de ce cours de jeunes filles).
M. Danel, mû par les plus purs sentiments de philanthropie, et
faisant un noble usage de sa fortune, a fondé plusieurs cours sembla-
bles, non-seulement à Lille, mais dans diverses localités du départe-
ment du Nord, à Douai, et dans des villages. D'anciens élèves de ces
cours sont placés par lui à la tête des nouveaux cours qu'il organise.
Lui-même s'y rend de sa personne afin de s'assurer de la marche
régulière des études; il en supporte les frais avec une générosité qui
ne peut être trop louée.
La méthode de M. Danel est une simple combinaison de procédés
ingénieux pour répandre l'instruction et le goût de la musique dans
le peuple : je la considère comme excellente pour le but qu'il se pro-
pose, et ce que j'en ai appris par l'expérience me prouve que le succès
en est certain. Elle est bien une méthode d'enseignement populaire,
et en même temps elle place les individus dans la voie qui conduit à
la connaissance d'un art plus élevé. M. Danel est un homme de sens
qui ne s'exagère pas la portée de son système d'enseignement. Dans
nos conversations, il m'a répété à diverses reprises que sa conviction
est que l'éducation convenable pour les artistes est celle qu'ils re-
çoivent dans les conservatoires; mais qu'il faut pour le p-uple des
choses plus à sa portée et faciles à comprendre, parce qu'il a peu de
temps à consacrer à l'étude.
Pour moi, depuis que j'ai vu cette méthode en pratique, je ne mets
pas en doute qu'elle reçoive, dans un temps donné, la plus large
application dans l'éducation populaire de la France.
FÉTIS père.
P2BIÏdEM©Bir ET ffiAUCIS,
Opéra en trois actes, paroles de MM. Barbier et Michel Carré,
musique de M. Ch. Gounod.
(Première représentation le 18 février 1860.)
On sait que cet ouvrage n'avait qu'un acte dans l'origine, et qu'il
a été fait pour le petit théâtre de Baden-Baden. Nous offrons de parier
que sous sa première forme il était amusant. Pourquoi ne l'a-t-on pas
laissé tel qu'il était? Nous avons dans Paris quantité de négociants
qui d'une bouteille de vin de Bordeaux font très-volontiers trois bou-
teilles. Le marchand y gagne, mais le vin n'y gagne pas.
Le titre avait d'avance intrigué beaucoup d'honnêtes gens qui,
sachant par cœur le conte de la Fontaine , y cherchaient l'élément
comique et ne pouvaient réussir à l'y trouver. Ces deux vieillards qui
ont passé l'âge des passions sont par cela même peu dramatiques.
Le seul point qui piquât leur curiosité était celui de savoir comment
s'y prendrait le machiniste pour métamorphoser au dénoûment Bau-
cis en tilleul. Mais M. Michel Carré les a bien attrapés : il s'est passé
du machiniste. 11 a tout bonnement métamorphosé la vertueuse Baucis
en jeune coquette et le sage Philémon en mari jaloux. Mais cela n'ar-
rive qu'au troisième acte, et nous devons d'abord vous dire quelques
mets des deux premiers.
La pièce débute par le tableau pastoral qu'a tracé le fabuliste. Bau-
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
cis elle-même régale de ses vers le public, charmé de cette bonne
aubaine sur laquelle il n'avait pas compté. On dira de nous quelque
jour :
Ilyménée et l'amour, par des désirs constants,
Avaient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps;
Ni le temps ni l'hymen n'éteignirent leur flamme,
et le reste. Baucis sait par cœur son la Fontaine, comme nous et
mieux que nous.
Jupiter vient demander l'hospitalité aux deux époux, comme dans
le conte. Seulement c'est Vulcain qui lui tient compagnie au lieu de
Mercure. Vulcain regrette fort que le maître des dieux l'ait honoré de
cet emploi et forcé de quitter ses forges de Lemnos, où il était
allé chercher un asile contre les quolibets qui pleuvaient sur lui de
toutes parts depuis l'aventure, que vous connaissez, de Mars et de
Vénus.
Autour de moi j'entends dire :
Vénus n'a pas tort;
Il a mérité son sort.
Voilà pourquoi
J'aime à rester chez moi.
Sa mauvaise humeur ne sert qu'à aiguillonner la malice de Jupiter,
qui ne lui épargne pas les mauvaises plaisanteries. Philémon donne
à souper à ses hôtes dont il ignore la qualité, et Baucis, pour égayer
le repas, leur récite la fable du rat de ville et du rat des champs.
Qui aurait jamais imaginé que Baucis eût tant de littérature ?
Enfin Jupiter se lève, content de la réception qui lui a été faite.
« Je vais, dit-il, punir vos compatriotes de leur insolence et de leurs
méfaits. Quant à vous, bonnes gens, vous serez récompensées de vos
vertus. En attendant dormez en paix. » Ils s'endorment et la toile
tombe. Voilà le premier acte, auquel on ne reprochera pas l'obscu-
rité, de l'intrigue et la multiplicité des incidents.
Le second acte se passe dans le temple de Jupiter, que les com-
patriotes de Philémon ont choisi pour en faire le théâtre de leurs
orgies. Ils boivent, ils chantent, ils dansent, ils blasphèment, et quand
Vulcain vient leur prêcher la tempérance et le respect des dieux, ils
se moquent de Vulcain. Celui-ci se nomme et n'en est pas plus écouté.
On le pousse par les épaules hors du parvis sacré et il se laisse faire.
Mais Jupiter paraît tout à coup et venge d'un mot la majesté divine.
Tous ces impies tombent morts autour du piédestal où il a remplacé
sa propre statue.
Au troisième acte, Philémon et Baucis se réveillent dans un palais.
Ils sont jeunes l'un et l'autre et ont d'abord quelque peine à se re-
connaître. Puis Jupiter arrive, en grand costume de dieu cette fois,
portant tunique blanche et pallium de pourpre. Il trouve Baucis plus
belle qu'il ne s'y attendait, et redevient aussitôt ce dieu mauvais sujet
qui a déjà séduit Léda, AIcmène et tant d'autres. Nous ne pouvons
dissimuler à nos lecteurs, dussions-nous les scandaliser, que Baucis
l'écoute un moment. Philémon s'emporte. 11 maudit Jupiter et tout
l'Olympe. Jupiter le raille, lui dit qu'il ne sait pas vivre et le traite de
rustique. Vulcain se frotte les mains et dit en regardant Philémon :
Un de plus ! Heureusement Baucis finit par être touchée du désespoir
de son mari. Elle redemande à Jupiter ses cheveux blancs et ses
rides. Philémon, attendri, lui pardonne, et Jupiter, bafoué, reprend le
chemin de l'Olympe.
Ce troisième acte n'est qu'un vaudeville digne du Palais-Royal. 11
est la pièce tout entière, si pièce il y a. Les deux premiers actes
pourraient être retranchés sans qu'il y parût. On entendait l'opéra-
comique d'une autre façon à l'époque où M. Scribe faisait le Domino
noir.
H. Gounod n'a point fait d'ouverture. 11 débute par une courte in-
troduction instrumentale qui a pour texte un motif fort agréable que
chante d'abord le hautbois et que bientôt les violons répètent avec
une sonorité plus éclatante. Le premier duo de Philémon et de Bau-
cis, où la mélodie semble affecter les formes du siècle dernier, — ap-
paremment pour indiquer l'âge des deux personnages, — est gracieux
et touchant. Puis on entend un chœur chanté à demi-voix dans la
coulisse. Ce sont les voluptueux vauriens de la ville qui célèbrent le
vin et l'amour. Ce chœur est d'un effet charmant, dû surtout à la
forme de l'accompagnement et au choix des instruments employés.
On y distingue une flûte, des violons, une harpe, un piano, deux
pianos peut-être. C'est la première fois que le piano ait été employé
de cette manière au théâtre.
Un orage annonce l'arrivée des dieux, orage symphonique très-bien
fait et qui laisse de bien loin derrière lui toutes les excentricités de
M. Richard Wagner. Beaucoup moins de bruit et beaucoup plus de
besogne, c'est double profit pour l'auditeur. Il est fâcheux seulement
qu'on ait imaginé à ce moment d'imiter le vent dans la coulisse par
des moyens matériels. Taisez-vous, machiniste trop zélé ! le vent
souffle à l'orchestre, il siffle sous l'archet des violons, il mugit dans
le tube allongé des clarinettes. Là il est musical, et votre bruit sans
intonation est la négation de la musique. Vous mettez la plate réalité
à la place de la poésie. C'est comme si, au Théâtre-Français, lors-
qu'HippoIyte avoue à la belle Aricie qu'il ne se souvient plus des leçons
de Neptune, le souffleur mettait la tête hors de son trou et disait au
public : « Messieurs, cela signifie qu'Hippolyte ne monte plus à cheval. »
Les gammes chromatiques de M. Gounod parlent à notre imagination
beaucoup plus éloquemment que les sifflets de M. le machiniste : mais
nous sommes certains d'avance que M. le machiniste ne nous croira
pas.
Les couplets de Vulcain :
Au bruit des lourds marteaux d'airain,
débutent par un bruit métallique représentant celui que fait un mar-
teau tombant sur une enclume. Ici M. Gounod commet lui-même la
faute qui, dans le précédent morceau, a été commise à son détriment.
Il se fait machiniste, et cesse d'être musicien. Beethoven, dans l'an-
danle de la symphonie pastorale, imite, avec les instruments ordinaires
de l'orchestre, le murmure du ruisseau, le bruissement du vent dans
le feuillage, le son des cloches lointaines, le trille du cri-cri blotti dans
les blés, et accompagne de ces sons et de bien d'autres une divine et
intarissable mélodie : voilà l'œuvre d'un grand musicien. Mais s'il eût
mis dans son orchestre,' ou à côté, les choses elles-mêmes qu'il voulait
peindre, de vraies cloches, de l'eau coulant dans une rigole, un soufflet
agitant des feuilles de peuplier, tout le mérite pittoresque de son
œuvre aurait disparu. Ce n'est point imiter que démontrer l'objet
même.
Cette part faite à la critique, nous reconnaîtrons volontiers que l'air
de Vulcain est heureusement trouvé, fort expressif, qu'il y a dans
le rhythme, dans les intonations, dans l'harmonie, je ne sais quoi
d'abrupt, de grossier, de maussade, qui convient à merveille au ca-
ractère de Vulcain et à sa mauvaise humeur. C'est peut-être — en
dépit des coups de marteau — un des meilleurs morceaux de la par-
tition.
L'air où Jupiter raille Vulcain, sous prétexte de le consoler, nous a
paru beaucoup moins saillant. Quant à la fable des deux rats, elle est
complètement manquée. Mais aussi qu'est-ce que la musique vient
faire là?
Toute cette fin d'acte est, à notre avis, bien inférieure au commen-
cement, et l'air où Jupiter dit aux deux vieillards de dormir en paix
a des qualités soporifiques auxquelles on a grand peine à résister.
11 est parfois dangereux de pousser la vérité de l'expression trop
loin.
Le second acte est précédé d'un air de ballet que l'on entendra
bientôt dans la bacchanale qui va suivre. Il roule presque entièrement
sur une phrase très-courte qui est répétée une cinquantaine de fois
dans divers tons et par divers instruments. L'habileté d'arrangement
SUPPLEMENT.
SUPPLÉMENT.
DE PARIS
69
a tant de chances de succès aux premières représentations que l'audi-
toire a crié bis presque à l'unanimité.
On a donc entendu cent fois de suite le petit motif, et cinquante fois
encore après le lever du rideau, ce qui fait un assez joli total. Ceci
soit dit sans déprécier le morceau, qui est fort bien fait, ingénieuse-
ment conduit, habilement instrumenté comme morceau d'entr'acte.
Seulement il n'est pas assez sonore comme air de ballet. Le bruit que
font les pieds des danseuses y couvre souvent la voix trop discrète de
l'orchestre.
Le chœur, qui fait tant d'effet au premier acte, en produit bien moins
au second, lorsqu'on le chante à pleine voix. Le chœur les Dieux s'en
vont, qui se chante après l'expulsion de Vulcain , et qui exprime le
plus ardent paroxysme de l'orgie, a un rhythme franc et beaucoup de
sonorité. La plupart des auditeurs n'en demande pas davantage.
Le premier morceau que chanle Baucis au troisième acte, lorsqu'elle
se réveille et se voit dans un palais grec, est peu mélodieux et fatigue
l'oreille par l'excessive hauteur où il est écrit. Les sons aigus n'ont
point de charme , par la raison toute simple qu'on ne les produit
qu'avec effort. Nous préférons de beaucoup le second air du même
personnage : 0 riante nature, parce qu'il se maintient mieux dans le
médium de la voix, et que la mélodie en est aussi élégante qu'expres-
sive. L'allégro de cet air, qu'on pourrait appeler scherzo, est d'un
style moins naturel et moins vocal ; mais il est piquant, original, et
donne à Mme Carvalho les plus belles occasions de mettre son mer-
veilleux savoir-faire en évidence. Le duo de Jupiter et de Baucis
commence par une phrase charmante : Ne crains pas que j'oublie, etc.
L'autre duo , qui a précédé, où Philémon et Baucis répètent tant de
fois : O baisers de feu, manque justement de celte chaleur d'inspira-
tion que les paroles appellent. Quant à l'air final de Baucis :
Rendez-moi mes rides,
Rendez-moi mes cheveux blancs !
Il nous semble que l'imagination de l'auteur, un peu fatiguée peut-
être, — ce qui est bien pardonnable après un voyage d'aussi long
cours, — ne s'est point élevée à la hauteur de la situation. N'est-ce
pas là le moment décisif de la pièce ? Baucis n'y prononce-t-elle pas le
mot qui détruit les soupçons et calme les craintes de son mari, qui
glace l'ardeur entreprenante de Jupiter, enfin qui termine tout ? Il
fallait déployer là des trésors de tendresse ; il fallait une grâce infinie,
un charme irrésistible. Malheureusement rien de tout cela ne se ren-
contre à l'orchestre, et c'est à l'orchestre que M. Gounod va chercher
de préférence ses moyens d'effet. Dans Philémon comme dans les
autres ouvrages, l'accompagnement est toujours plus ou moins remar-
quable ; mais quelquefois le chant ne mérite pas tous les frais qu'il fait
pour le parer.
Mme Carvalho exécute le rôle de Baucis avec son talent habituel et
que nous avons proclamé si souvent. Sa réputation n'y perdra rien ;
mais nous doutons qu'elle y gagne. Le style tout instrumental de
M. Gounod ne paraît pas très-propre à faire briller les cantatrices. Le
rôle de Jupiter n'est pas non plus très-avantageux à M. Battaille, bien
qu'il y fasse entendre de belles notes et dise quelques phrases avec
habileté. M. Fromant a la voix bien fraîche pour le vieux Philémon ;
mais qui songe à s'en plaindre? Quant à M. Balanqué, on ne saurait
chanter mieux que lui les couplets de Vulcain, ni recevoir les quolibets
à bout portant de Jupiter d'une façon plus amusante,
Léon DUROCHER.
AUDITIONS MUSICALES.
Louis SSrassio. — Luca Fumagalli. — Batta et Bien. — Quatuor
Armingaud. — Première soirée de musique classique de
SI. Iiebouc. — Charles Iiuiuoiireux. — Alard et Franchominc.
Le concert de Louis Brassin a fait apprécier définitivement toutes les
brillantes qualités de ce jeune pianiste. Cette fois, il se présentait aussi
comme compositeur, et il a obtenu un double succès. Son caprice sur
des motifs à' Il Trovatore se fait remarquer par une certaine sévérité
de style que n'ont pas toujours ces morceaux de bravoure, plutôt
écrits, en général, pour faire briller le mécanisme de l'exécutant que
le savoir du musicien. Au milieu de traits délicieux, de riches oppo-
sitions, quelques passages fugues attestent des études sérieuses, le
goût des choses larges et pures ; ils montrent le compositeur dési-
reux d'intéresser à la fois l'esprit par de belles pensées bien ordon-
nées, et de charmer l'oreille par les effets vraiment jolis qui abondent
dans la musique de piano. Une étude et une rêverie, le Chant du
soir, offrent la même élégance de forme. Ces deux gracieuses pages
originales se recommandent par une grande distinction de mélodie et
d'harmonie.
Le trio en si bémol de Beethoven a été joué par Brassin, en com-
pagnie de MM. J. Dupuis et Muller, avec beaucoup d'expression et
d'élan. Dans son fougueux caprice de concert, il a montré une vi-
gueur, une passion, une puissance, qui paraissaient être, un peu ex-
clusivement, les plus beaux côtés de son exécution ; mais bientôt il a
trouvé des sons fins, doux, des accents presque tendres qui ont
prouvé que la grâce et la délicatesse ne lui étaient pas plus incon-
nues que l'énergie et l'ampleur. Aussi, le public l'a -t-il accueilli
comme il accueille seulement les artistes éminents. Il a admiré, en-
tre autres, une chose assez rare dont nous n'avons pas encore parlé :
c'était la vélocité, la souplesse, les ressources vraiment étonnantes
que possède la main gauche de Brassin.
Jacques Dupuis a fait entendre un caprice de sa composition dont
l'invention mélodique et le travail intéressant ont été fort goûtés. Le
jeu de ce virtuose belge a beaucoup de charme et de légèreté, surtout
dans le staccato ; il est expressif, net et excellent. Malheureusement,
la qualité du son est loin d'être aussi bonne que le style. Tout ce que
Dupuis tire de son archet est harmonieux, mais un peu grêle, et ré-
pand sur son talent, d'ailleurs remarquable, une teinte uniforme qui
lui enlève la variété de couleurs, sans laquelle le violon n'a ni la ron-
deur, ni l'éclat, ni la vie qui en ont fait le roi des instruments.
— Un des plus beaux privilèges du talent, c'est de pouvoir laisser des
souvenirs honorables ou glorieux qui lui survivent, et dont l'éclat re-
jaillit sur toute une famille. Les sympathies qu'inspira le regretté
Adolphe Fumagalli étaient si vives et si nombreuses, elles sont si peu
éteintes, qu'elles eussent suffi, s'il en eût été besoin, pour que son
frère Luca reçût ici un accueil des plus bienveillants. Mais, hâtons-
nous de le dire, ce jeune pianiste, qui se faisait entendre l'autre soir
dans les salons d'Erard, pouvait se recommander par son propre mé-
rile. Son exécution brillante, nerveuse, audacieuse quelquefois, — on
l'a pu voir dans la difficile fantaisie sur des mélodies du Prophète, —
a de bonnes et sérieuses qualités.
Le public, trouvant dans ses compositions le fruit de bonnes éludas,
dans son jeu quelque chose du sentiment et du charme italien, devi-
nant ce que l'émotion cachait de netteté et d'irréprochable précision,
a constamment soutenu, encouragé et applaudi le jeune artiste.
Mlle Vanneri, MM. Fortuna, Auguste Mey et E. Saenger formaient un
très-aimable quatuor et secondaient Luca Fumagalli.
— Une soirée musicale vraiment intéressante a été donnée la semaine
dernière dans les salons du Cercle des Sociétés savantes. M. Dien,
violoniste, que nous entendions pour la première fois, a fait grand plai-
70
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
sir. Nous ne savons comment ce virtuose joue le solo ; mais nous pou-
vons assurer qu'il apporte dans la musique de chambre la sûreté
d'exécution, la hauteur de style, qui font les vrais musiciens. !1 a su
rivaliser d'expression avec Batta. Cette fois, l'éminent violoncelliste
s'effaçait le plus possible et, chose rare parmi les solistes, ne se
préoccupait que de l'ensemble. Pourtant, malgré la sévérité du genre,
quelques phrases bien chantantes venaient de temps en temps rappe-
ler et mettre en lumière les qualités brillantes, toutes de sentiment,
qui firent son succès. Haydn, Beethoven et M. Henri Reber étaient
les seuls auteurs admis sur le programme, composé avec beaucoup de
goût et de distinction.
Nous ne parlerons ni du quatuor du premier, une de ces merveilles
de la science et de l'inspiration allemande, sur lesquelles tout a été
dit, ni du trio du second, une de ces œuvres belles et complètes
qu'il faut constamment étudier et admirer; nous dirons seulement qu'ils
ont été délicieusement rendus par MM. Dien, Faure, Defrance et Batta.
Quant à M. Reber, nous profiterons de l'occasion pour dire toutes les
sympathies que nous font éprouver l'inspiration fine, délicate, variée et
souple, la science aimable, comme l'est toujours la véritable science,
répandues par le maître dans tous ses ouvrages. On a exécuté de lui
l'ouverture de la Nuit de Noël, charmant ouvrage qui, par un con-
cours de circonstances défavorables, n'a jamais eu au répertoire de
l'Opéra-Comique la place que lui assurait son mérite, et un trio pour
piano, violon et violoncelle.
Chez nous, on n'est pas savant impunément. 11 en coûte même par-
fois assez cher. De ce que des intelligences médiocres, dépourvues de
poésie, arrivent à force de travail à être des harmonistes corrects et
à écrire les ouvrages que vous savez, on en conclut assez générale-
ment que le contre-point et la fugue sont contraires à la liberté de
l'inspiration et à l'essor du génie. C'est là une de ces erreurs enraci-
nées qu'il est plus facile de constater que de combattre. Quoi qu'il en
soit, on a remarqué dans le trio de M. Reber une vigueur, une fran-
chise, une fraîcheur mélodiques qui, chez lui, ciseleur de belles et
fines harmonies, ont pu surprendre plus d'un auditeur. A la science
exquise et discrète des développements, à la netteté, à l'éclat du pre-
mier allegro, à la distinction naturelle des tours qui brillent dans l'an-
dante, à l'aisance élégante avec laquelle est employé le style fugué
dans le finale, on a reconnu cette alliance du savoir et de l'imagina-
tion, cette étude approfondie des mille formes que peut revêtir
une idée, sans lesquelles on ne saurait écrire rien de durable, rien
qui puisse laisser une trace profonde dans les annales de l'art.
— La semaine dernière, pendant que le quatuor Armingaud,
Jacquard, Lalo et Lapret, rehaussé cette fois par le gracieux talent de
Mme Massart, exécutait avec une véritable supériorité des œuvres de
Weber, de Beethoven, de Mendelssohn et de Schumann, M. Lebouc
donnait chez Erard sa première soirée de musique classique. Elle a
été charmante de tout point. Vocale et instrumentale, elle brillait par
la variété des ouvrages, par le talent des interprètes qui, souvent avec
un grand bonheur de style, ont passé de Mozart à Paisiello, de Haydn
à Mendelssohn, de Cherubini à Guédron.
Le beau septuor en ré mineur de Hummel, magistralement exécuté
par Mme Matlmann, MM. Dorus, Triébert, Rousselot, Casimir Ney,
Lebouc et Goufl'é, ouvrait mélodieusement la séance, qui avait le charme
assez rare de promettre des pages inconnues à la plupart des audi-
teurs. Ainsi , le duettino de la Molimra, délicatement dit par
Mmes Bertrand et Paulin, était une véritable nouveauté. La simplicité,
la fraîcheur, la suavité et la grâce de ce joli morceau pourraient faire
pâlir de jalousie bien des duos plus récemment écrits. Une chanson
de Guédron a causé aussi une délicieuse sensation. Elle n'a cependant
rien de bien étonnant ni de bien merveilleux, sinon un parfum de
naïveté et de galanterie chevaleresque que les musiciens du xvir5 siè-
cle dérobaient sans doute à la cour, à la société élégante de leur
temps, et qui, à une époque de raffinement musical comme l'est évi-
demment la nôtre, a tout l'attrait du fruit défendu, de la chose pres-
que impossible à retrouver. En écoutant ces échos du passé on se
sent ému et charmé ; ils forcent la sympathie et font les délices des
oreilles saturées de sonorité, de combinaisons de style et d'effets où
la mélodie est plus d'une fois étouffée.
Herman a ravi l'auditoire en jouant des pièces de S. Bach que
nous croyons inédites, en France du moins. Il est impossible d'enten-
dre rien de plus franc, de plus hardi, de plus fringant que les pré-
ludes, menuets et gavottes du vieux maître : c'est aimable et bien
tourné. Si quelque chose pouvait surprendre quand il s'agit d'un pareil
génie, on pourrait s'étonner qu'au milieu de ses fugues si savantes et
si originales, Bach ait su traduire toutes les grâces, toutes les délica-
tesses et tous les enchantements du monde aristocratique.
— Puisque nous parlons de musique de chambre, disons que les
séances de la Société Lamoureux, Colonne, Adam, Louis Pilet et
Bernhard Eie, ont été très-suivies. Ce nouveau quatuor a laissé quel-
quefois désirer plus de finesse, plus d'unité, une interprétation plus
soutenue, plus magistrale ; mais il a déployé, en général, beaucoup
d'habileté , et il a pour lui deux bonnes choses : la jeunesse et le
talent. Charles Lamoureux, un des meilleurs élèves de M. Girard ,
possède les solides et précieuses qualités qu'on puise au Conserva-
toire. Il a un beau son, de l'ampleur, de la justesse, et cet art
de phraser qu'on aime tant sur tous les instruments, et qui, sur le
violon, est d'une puissance irrésistible.
A la dernière soirée donnée jeudi, un quatuor d'Adolphe Blanc
a été très-bien exécuté. Ce n'est ni l'énergie , ni l'ampleur qui dis-
tinguent les ouvrages de ce jeune compositeur ; c'est plutôt l'alliance
de deux systèmes qui , chez lui , se fusionnent naturellement et sans
effort ; c'est le mélange du style fugué avec le brillant, le doux et le
gracieux, sans qu'il en résulte toutefois aucune bigarrure de forme et
de pensée; au contraire, cela fait un tout harmonieux pas trop sé-
vère, assez léger, plein d'effet et de traits élégants. En cherchant à
n'imiter personne, A. Blanc a trouvé une route plus douce que large,
et il la parcourt avec succès.
— Les séances d'Alard sont constamment à une hauteur qu'il semble
impossible de dépasser. La troisième a été splendide. Entre autres mor-
ceaux qui ont ravi l'auditoire, une admirable sonate de Beethoven, pour
piano et violoncelle, a amené un intéressant tournoi entre Franchomme
et Planté : le premier a été magnifique, et nous ne saurions louer da-
vantage le second qu'en ajoutant qu'il n'a pas été vaincu ; les accla-
mations s'adressaient également au célèbre violoncelliste et au jeune
pianiste.
Adolphe BOTTE.
ÉSILE PRDDEKT.
B>cjB*icii»e «Çtlifâon de la Etatise fies Fées.
Chacun le sait, mais il est des choses qu'il faut toujours répéter,
Emile Prudent est un grand pianiste, un artiste d'élite. Son intelli-
gence enthousiaste est éprise d'art et de poésie. Ce qu'il y a de non
moins remarquable en lui peut-être, et nous voulons aujourd'hui in-
sister sur ce point, c'est la conscience, le soin scrupuleux qu'il ap-
porte dans toutes ses compositions. Il les rêve, les caresse et les
cisèle avec amour. La réflexion féconde encore l'inspiration, et le
jour où dans sa pensée il les sent achevées et pleines de vie, il prend
la plume et il écrit des œuvres plus que charmantes ou belles , des
œuvres durables. 11 ne les livre à la publicité que lorsqu'elles lui
semblent avoir atteint la perfection qu'il peut leur donner, et, ajou-
tons, qu'il leur donne si souvent. Ce que nous avançons là nous est
suggéré par un frais et coquet exemplaire que nous avons sur notre
piano. Prudent a-t-il donc composé quelque grand ouvrage, comme
DE PARIS.
son Concerto symphonie, ou bien vient-il seulement d'enrichir le ré-
pertoire des pianistes en publiant un pendant à Chant du ruisseau et
à Adieu printemps ? Non ; l'exemplaire dont nous parlons fait simple-
ment partie de la seconde édition de la Danse des Fées.
Quelques auteurs nous ont désaccoutumé de croire aux titres de
leurs ouvrages; toutefois en voilà un qui promettait mille enchante-
ments et qui a encore dépassé toutes ses promesses; il rappelle une
des plus heureuses, des plus colorées, des plus jolies créations du
compositeur; il est aussi populaire parmi le public que parmi les
virtuoses. Nous étions curieux de savoir ce que le temps, qui mûrit
tout et qui emporte si rapidement dans l'oubli tant de pages long-
temps applaudies, avait pu, entre une édition et l'autre, conseiller à
Prudent de modifications et de retouches. Eh bien ! grâce à ce res-
pect du public, à cet amour de l'art dont nous parlions tout à l'heure,
à fort peu de choses près (car la différence est si légère qu'elle
mérite à peine d'être signalée) le maître n'a presque rien eu à
effacer ni à augmenter ; nous avons retrouvé la Danse des Fées telle
que nous l'avait montrée la première édition.
Ce morceau est trop connu pour que nous puissions nous donner
le plaisir de l'analyser ; d'ailleurs nous avons déjà exprimé, ici même,
combien nous le trouvions, ainsi que le Chant du ruisseau et Adieu
printemps, beau de forme et de pensée, distingué d'harmonie, de
mélodie et riche d'ornements délicieux. Nous dirons seulement que,
pris au hasard dans l'œuvre entière de Prudent, ces trois ouvrages,
consacrés par le succès, prouvent avec la même force et la même
évidence quel chemin l'auteur a parcouru en peu d'années. Négli-
geant ou quittant à peu près la voie des arrangements, où il sema
tant de fantaisies étincelantes, où il montra tant d'art et de goût , il
se mit à puiser hardiment dans son propre fonds ; il en rapporta les
Bois, les Champs, le Retour des bergers, et bien d'autres productions
que nous ne rappellerons pas, ne voulant point aller sur les brisées
des catalogues. Dès les premiers pas, on put voir qu'il n'avait pas trop
présumé de la fécondité de son imagination. Cette deuxième phase du
talent d'Emile Prudent est, à notre avis, non-seulement la plus belle,
la plus complète , la plus originale, mais elle est encore celle où il
déploya le plus d'habileté, de science, où il trouva les plus piquantes
et les plus ingénieuses combinaisons instrumentales ; celle enfin où
l'orchestre et le piano se marient le plus harmonieusement et se prê-
tent à qui mieux mieux les effets et les couleurs.
Adolphe BOTTE.
CORRESPÛNMICE.
Saint-Pétersbourg, 15 février.
Deux solennités impatiemment attendues du public devaient marquer
la fin de notre saison au grand théâtre : Pâquerette, ballet monté par
Saint-Léon, pour le bénéfice de la Rosati, et le Pardon de Ploermel,
chanté par la troupe italienne au bénéfice de Mme Charton- Demeur.
Parlons d'abord de la seconde solennité à cause de son importance
et de l'intérêt qu'elle devait naturellement provoquer. Retardée par
l'exécution des décors de Pâquerette, puis par les indispositions de plu-
sieurs artistes, l'œuvre nouvelle de Meyerbeer, Il Pelegrinaggio [le Pardon
de Ploermel) a paru sur la scène de notre grand opéra avec d'au-
tant plus d'éclat qu'elle s'annonçait partout en Augleterrc et en Alle-
magne, par des triomphes; que la musique se trouvait déjà depuis six
mois sur tous les pianos, et que chacun des abonnés du théâtre Italien
craignait de ne pas être appelé à l'entendre. Aussi les demandes de billets
pour la première représentation atteignaient-elles un chiffre inusité
chez nous, et avons-nous vu offrir jusqu'à 100 roubles (400 fr.) pour
une loge! Telle est la puissance des œuvres de Meyerbeer qui ont le
rare privilège de passionner le public à leur naissance, de le tenir en
haleine pendant des années, et de ne vieillir que pour être mieux appré-
ciées. Je n'ai donc pas besoin de vous dire que notre vaste salle, eût-elle
été trois fois plus grande, n'aurait pu contenir la foule qui s'y pressait
le H février. Ainsi que je vous l'ai écrit précédemment, les rôles prin-
cipaux étaient interprétés par Debassini (Uoel), Calzolari {Corentin) ,
Mme Charton - Demeur (Dinorah) '; lrc chevrier, Mme Nantier-Didiée;
2° chevrier, Mme Bernardi ; braconnier, Everardi ; faucheur, Bettini, c'est-
à - dire les principaux artistes de notre troupe. Semblable en cela
au public de Paris, le nôtre a sur-le champ salué de ses plus vifs ap-
plaudissements l'air de V Ombre, le chœur du Pardon, la ballade de Di-
norah ; comme celui de Londres il a applaudi le Pater noster à quatre
voix et l'air du chevrier composé pour Mme Nantier. Mais, afin de vous
bien édifier sur l'effet produit par cette première représentation, je
procéderai par ordre. L'ouverture, fort bien exécutée par l'orchestre qui
a fait en tout une dizaine de répétitions, a produit beaucoup d'effet. Le pre-
mier duo entre Dinorah et Corentin, dit avec une grande perfection et
plusieurs fois interrompu par les bravos dans le cours de son exécu-
tion, a été couvert d'applaudissements; le duo suivant, entre Coren-
tin et Hoël, n'a pas été moins bien accueilli; mais le trio final a sou-
levé un véritable enthousiasme; les artistes ont été rappelés cinq ou
six fois.
Au second acte, ainsi que je vous le disais, grand succès de l'air chanté
par Mme Nantier-Didiée ; mais la véritable ovation a été pour le grand
air de Mme Charton, dit air de l'Omure ; elle s'y est surpassée. A chaque
reprise qui permettait aux applaudissements de se faire jour, les bravos
et les rappels ne s'arrêtaient pas. Calzolari a dit de la façon la plus
comique les couplets de la peur. La légende a fait sensation ; mais le trio
final est bientôt venu dominer l'attention de la salle, qui ne s'attendait
pas à la grandeur et à la sombre majesté de ce morceau, digne de Robert
etdes Huguenots. Largement et énergiquement rendu, il a valu de nombreux
rappels aux artistes. On aurait désiré qu'Everardi eût accentué d'a-
vantage l'air du Chasseur; nul doute qu'en l'abordant plus carrément
et en marquant davantage le ryhthme, il ne le réussisse mieux à la pro-
chaine représentation. Bettini a été plus heureux dans l'air du Faucheur,
qu'il a dit avec beaucoup de charme et une fort jolie voix. Je vous ait dit
que le Pater noster avait été accueilli avec une grande faveur. Dans la
romance et dans le duo final avec Dinorah, Debassini s'est montré
l'excellent musicien et le grand artiste que vous connaissez ; le magni-
fique chœur qui accompagne ce morceau et la marche de la procession
ont brillamment terminé cette représentation, et si l'on réfléchit que
l'orchestre n'avait pas pu faire plus de dix répétitions, si l'on tient compte
d'une indisposition de Debassini qui, aux dernières répétitions générales,
paralysait complètement sa voix, et dont il n'était pas encore entière-
ment remis, de même que de l'hésitation naturelle des artistes interpré-
tant pour la premère fois une partition comme celle du Pardon dt Ploer-
mel, on peut envisager comme immense le succès qu'elle vient d'obte-
nir, et prédire, sans crainte de se tromper, qu'elle prendra sur notre
scène le rang qu'y occupent déjà les précédents chefs-d'œuvre de Meyer-
beer.
Venons maintenant au ballet de Pâquerette, qui n'est point une nouvelle
création de Saint-Léon : donné à votre grand Opéra en janvier 1851 pour la
Cerrito, elle y fit merveille avec son partenaire, qui remplissait alors lerôle
de François le menuisier, son amant Le libretto a subi qnelques modifica-
tions en passant sur notre scène. Pâquerette est une bouquetière amoureuse
d'un beau tourneur nommé Martin, qui, après avoir échappé par le tirage
d'un bon numéro à la conscription, s'engage pour soustraire son vieux
père aux poursuites d'un impitoyable créancier. Pâquerette, désolée, veui
s'enrôler dans son régiment, et sous un déguisement masculin essaie de
tromper sur son sexe un sergent fin matois qui, à la blanche main de
Pâquerette, ne tarde pas à la reconnaître et la poursuit de ses galante-
ries. Martin rentre à la caserne au moment même où Bridoux, le sergent,
veut lui ravir un baiser ; il insulte son supérieur, qui le fait conduire en
prison pour être fusillé. Mais Pâquerette parvient à lui dérober la clef
de la prison et la jette à Martin qui s'évade. Poursuivi par les soldats, il
se jette dans une barque, essuie une effroyable tempête à laquelle il
échappe par miracle. Sauvé par des pêcheurs qui l'ont recueilli, il s'en-
dort, et un songe brillant lui montre Pâquerette entourée de jeunes
filles qui le convient de se mêler à leurs danses ; enivré d'espoir et d'a-
mour, Martin se réveille, mais pour retrouver la triste réalité, sous la
forme de Bridoux et de son escouade, qui ont suivi la trace du fugitif et
se disposent à le conduire au supplice, lorsque Pâquerette accourt avec
la grâce du condamné, qui tombe à ses pieds.
La partie du libretto de Th. Gautier qui conduisait François en Hon-
grie a été supprimée; il s'ensuit que la pièce tourne trop court et
ne paraît pas finie, d'autant plus que le dénoûment n'est point suivi
d'un pas final, ainsi que ceia a lieu ordinairement. Quoi qu'il en soit,
le cadre était parfaitement convenable pour faire briller l'art du déco-
rateur et le talent de la llosati , et il faut dire que ni l'un et l'autre n'a
failli à sa tâche. Les décorations de MM. Roller et Wagner sont très-
belles : celle qui représente l'effet de tempête est d'une grande vérité ;
la grotte du songe est splendide, et quant à la mise en scène et à la
richesse des costumes, la direction a fait les choses impérialement. Est-
il besoin de dire que l'héroïne de la soirée, la Rosati, s'est montrée ce
que vous la connaissez, admirable mime et charmante danseuse? Sa phy-
sionomie mobile, son regard intelligent, traduisent avec autant de clarté
que la parole toutes les émotions qui l'agitent, toutes les passions aux-
quelles elle est en proie. Saint-Léon a introduit dans le premier acte une
fête des laboureurs, dans laquelle apparaissent tour à tour les quatre
saisons de l'année ; ce tableau a fourni à la Rosati l'occasion de déployer
72
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
toute la grâce et la correction de sa danse ; dans la bas-bretonne, pas de
caractère d'un genre tout à fait opposé, et dans une valse avec Saint-Léon,
on a pu admirer la vigueur, l'aplomb unis à la plus grande légèreté.
Enfin dans la scène du songe, la célèbre ballerine s'est surpassée. Aussi,
malgré la partialité, fort respectable d'ailleurs, dont une partie de notre
public fait preuve pour nos danseuses indigènes, la perfection incon-
testable de la Rosati a soulevé les bravos de toute la salle, et de nom-
breux rappels ont surabondamment prouvé à la bénéficiaire tout le plai-
sir qu'elle avait causé. Nous devons dire pour être juste que Mmes Prik-
hounova, Amossova, Liadova, Lapchina et Petitpa ont justifié les ap-
plaudissements dont elles ont été l'objet. Cette dernière surtout, dans le
Tambour de la reine, pas dansé en battant du tambour, s'est montrée
fort gracieuse. Saint-Léon s'était chargé du rôle du sergent Lridoux; il
s'en est acquitté d'une manière fort comique, et le public l'a rappelé à
la chute du rideau, l'applaudissant chaleureusement et comme danseur
et comme choréographe.
— L'opéra d'Auber, Gustave III ou le Bal masqué, a été traduit et ar-
rangé pour la scène lyrique russe; la première représentation a été don-
née au bénéfice de Setoff, qui chante le rôle de Gustave.
■ — Quoique les représentations théâtrales n'aient pas encore cessé , les
concerts ont déjà commencé. Ceux que diverses Sociétés philharmoni-
ques et de bienfaisance ont donnés avec le concours des artistes italiens,
ont été très-suivis. Outre Vieuxtemps, nous attendons incessamment
Wieniavski, le célèbre violoniste.
— Les deux sœurs Ferni ont beaucoup de succès. Leur premier con-
cert au Grand-Ihéâtre avait attiré assez de monde ; mais à part le talent
remarquable des bénéficiaires qui a été vivement apprécié, l'absence
de plusieurs artistes italiens annoncés sur le programme a causé quel-
que désappointement; Bettini a fait de son mieux pour les suppléer,
et il est juste de dire qu'il y a parfaitement réussi ; on a beaucoup
applaudi les quatre morceaux qu'il a chantés successivement, et l'on a
redemandé le dernier. Bettini a beaucoup gagné depuis quelque temps;
il a fort bien chanté récemment les rôles de Rodrigo, d'Otello, etd'El-
vino, de la Sonnambula ; si des rôles importants lui étaient plus fréquem-
ment donnés, il ne tarderait pas, nous en sommes certains, à prendre
une belle position et à rendre d'importants services à l'administration.
D.
REVUE DES THÉÂTRES.
Gymnase : reprise du Bal d'enfants. — Vaudeville : reprises des
Mémoires du Diable et de On demande un gouverneur . — Palais-
Royal : Je suis mon fils , vaudeville de MM. Varin et Rochefort ;
la Pénélope à la mode de Caen, parodie de MM. Siraudin et L.
Thiboust. — Gaité : le Prêteur sur gages, drame en cinq actes et
huit tableaux, par MM. Anicet Bourgeois et Michel Masson. —
Théatre-Déjazet : P'tit fi, p'tit mignon, vaudeville de MM. Ga-
briel et Dupeuty ; le Carnaval de Gavarni, vaudeville en trois
actes et cinq tableaux, par MM. Guénée et Penvillé.
Le carnaval n'a pas été fertile en nouveautés ; plusieurs théâtres
ont splendidement vécu sur leurs succès ; les autres, comptant sans
doute sur les recettes forcées des jours gras, ont renvoyé au carême
le renouvellement de leurs affiches. Aussi, gare l'avalanche ! Provi-
soirement, notre horizon est vide, ou peu s'en faut. Çà et là, quel-
ques reprises : au Gymnase, le Bal d'enfants, un gai vaudeville de
MM. Dumanoir et Dennery, emprunté aux légendes de Gavarni ; au
Vaudeville, les Mémoires du Diable, où Félix a créé le seul rôle qu'il
puisse opposer victorieusement à celui de Desgenais, et On demande
un gouverneur, jolie comédie qui sied mieux à Fechter que tous ses
grands drames.
Faut-il conclure de ces reprises que le Père prodigue et la Pénélope
normande n'ont pas tenu les brillantes promesses de la première
représentation ? Cela n'est que trop probable, et donne raison aux es-
prits sceptiques qui se défient de l'engouement exagéré du public ha ■
bituel de ces solennités.
— Si pourtant vous voulez du nouveau, n'en fût-il plus au monde,
adressez-vous au Palais-Royal. Voilà un théâtre précieux pour l'é-
coulement des produits dramatiques. Quand ses confrères se croisent
les bras, on est sûr de voir son répertoire s'accroître de deux ou
trois vaudevilles qui n'ont jamais servi, ce qui ne veut pas dire qu'ils
soient toujours d'une irréprochable fraîcheur. Par exemple, Je suis
mon fils ! Nous n'osons affirmer que ce personnage grotesque de
Gibassier, joué par Delannoy, n'ait pas quelques airs de famille avec
certains pères de notre connaissance qui, comme lui, usurpent le rôle
de leurs héritiers, dont ils courtisent les prétendues, quitte à se laisser
berner par eux au dénomment. Qu'en pensent M. Jules, des Variétés,
et le comte de la Rivonnière, du Gymnase ? Encore un type qui a fait
son temps et dont la nécessité ne se fait plus sentir
— On rit du moins franchement et sans arrière-pensée à la paro-
die de la pièce d'Alphonse Karr. Cette Pénélope à la mode de Caen
offre une charge très-spirituelle et très-bouffonne des principales si-
tuations de la Pénélope du Vaudeville. Presque tous les acteurs imi-
tent la voix et les gestes de leurs camarades du théâtre voisin. Un
d'entre eux vient expliquer, après chaque acte, toutes les obscurités
du drame, et cette critique est d'autant mieux accueillie qu'elle frappe
juste au défaut de la cuirasse. Une particularité piquante, c'est que
les deux collaborateurs anonymes d'Alphonse Karr, s'il faut ajouter foi
aux bruits de coulisses, se sont eux-mêmes parodiés.
— Après avoir repris la Mendiante, ce drame célèbre mis en mu-
sique, au théâtre Italien par M. Braga, et y avoir montré, comme
intermède, les merveilleux exercices d'une troupe de gymnastes amé-
ricains, dignes rivaux de Léotard, la Gaîté a donné un drame nouveau,
le Prêteur sur gages, dont les complications défient toute analyse
sommaire. Il nous faudrait bien plus d'espace que celui dont nous dis-
posons pour expliquer l'intérêt de Bob l'usurier à rechercher une
petite fille jetée aux enfants trouvés par suite de la condamnation de
son père, pour accompagner cette jeune fille à Botany-Bay et pour
revenir avec elle à Londres, où son séjour chez Bob nous initie aux
mystères du Quartier maudit. Il y a dans cette dernière partie une
situation très-dramatique, celle d'un jeune garçon qui doit hériter
d'une grande fortune s'il n'a commis aucune action honteuse, et qui
se trouve entraîné dans un piège destiné à le priver des bénéfices de
ce testament conditionnel. Avons-nous besoin d'ajouter que l'inter-
vention du vieux Bob conjure tous les périls accumulés sur la tête de
cet enfant, et le délivre de ses persécuteurs? Ce drame est plein d'é-
motion et de terreur ; la mise en scène en est fort soignée, et il a
pour interprètes d'excellents artistes, fort appréciés au boulevard, Du-
maine, Mlle Duverger et Mlle Desmonts.
— Au succès de Fanchette, dont nous avons parlé dans notre der-
nier numéro, le théâtre Déjazet vient d'ajouter un double complément,
dont les attraits lui garantissent une longue série de soirées fructueu-
ses. C'est d'abord P 'lit fi, p'tit mignon, charmant vaudeville où
Mlle Déjazet joue à la fois le rôle d'une vieille grand'mère et celui d'un
joli petit zouave qui revient au village pour disputer à son père la
main d'une gentille paysanne normande représentée par Mlle Marie
Fillon. La donnée de cette pièce est légère, mais ce défaut est ample-
ment racheté par la gaieté et la finesse des détails. L'uniforme de zouave
manquait à la collection des costumes de Mlle Déjazet, dont le rideau
présente au spectateur un si curieux spécimen. Elle le porte à ravir,
et elle chante avec un art infini les spirituels couplets mis en musique
par le jeune et habile chef d'orchestre du théâtre, M. Bernardin.
La seconde pièce, donnée à la faveur du dimanche gras, est un vau-
deville en plusieurs tableaux intitulé le Carnaval de Gavarni. Gomme
dans le Bal d'enfants, que nous avons eu occasion de rappeler tout à
l'heure, ce sont les personnages et les légendes de notre ingénieux
dessinateur qui font les frais de ces scènes mêlées de chant, de danse,
saupoudrées de sel gaulois et ornées de minois séduisants. Cette vive
et folle pochade compose une excellente fin de spectacle.
D. A. D. SAINT-YVES.
DE PARIS.
73
NOUVELLES.
„% Au théâtre impérial de l'Opéra, Guillaume Tell, Herculanum, la Fa-
vorite, le Comte Org et (es Elfes ont composé le spectacle des quatre re-
présentations consécutives des jours gras et du mercredi des Cendres.
„% Vendredi les Huguenots ont été chantés par Gueymard et Mme Bar-
bot. Le chef-d'œuvre a été fort bien rendu et a produit son effet ordi-
naire .
-t% La première représentation de Pierre de Médicis, le nouvel opéra du
prince Poniatowski, aura lieu lundi, 5 mars.
/«Une difficulté s'est opposée à la conclusion de l'engagement
d'Achard, le nouveau ténor, [/artiste demandait a débuter dans un opéra
nouveau, et la direction ne croyait pas pouvoir le lui promettre. Nous
ne savons encore s'il y a eu solution.
„% Le succès du Roman d'Elvire s'accroît à chaque représentation. Il
sera joué quatre fois cette semaine : lundi, mercredi, vendredi et samedi.
A la dernière représentation, on a redemandé avec acclamation la bar-
carole du deuxième acte et la romance du troisième, chantée avec au-
tant de grâce que d'expression par Montaubry.
»*t Deux de nos artistes lyriques viennent d'être blessés sur le
théâtre. A Toulouse, Puget, en jouant la Sirène, est tombé dans une
trappe et s'est fait à la cuisse gauche une blessure assez grave. Il n'en
a pas moins terminé la pièce et reparu à la fin quand le public l'a rap-
pelé. A Bruxelles, Mlle Dupuy, dans un pas des Charmeurs, où son dan-
seur la fait pirouetter sur elle-même, ayant présenté la main gauche
au lieu de la droite, a eu l'épaule démise. Cependant elle a achevé l'ou-
vrage et joué encore dans la Muette ; mais après cet effort les douleurs
se sont fait sentir très-vivement.
t*t Nous avons dû attendre que notre savant et illustre collabora-
teur, M. Fétis, eût terminé son beau travail sur l'enseignement populaire
de la musique, pour nous occuper de la brochure dont nous annoncions
l'apparition, il y a quinze jours, sous ce titre : Observations de quelques
musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur
Emile Chevé. Cette publication a déjà fait quelque bruit dans le monde
musical, et nous en donnerons bientôt quelques extraits.
»% Voici le programme du concert de la Société des jeunes artistes du
Conservatoire, qui aura lieu aujourd'hui dans la salle Herz ; 4° symphonie
en si bémol (1'° audition), de R. Schumann ; 2° concerto de violon, de
Spohr, exécuté par M. Kœmpel, violon solo du roi de Hanovre ; 3° air de
la Muette de Portici, chanté par Peschard ; k° hymne, de Haydn, exécuté
par tous les instruments à cordes; 5° fragments de Christophe Colomb,
de F. David : une Nuit des tropiques , chanson du mousse , chœur des
génies de l'Océan, solo par Mlle Balbi ; 6" ouverture du Jeune Henri, de
Méhul.
»*,k Le concert de Mme Pleyel aura lieu le 7 mars, à S heures, dans la
salle de l'hôtel du Louvre, avec le concours de Mme Borghi-Mamo, de
Graziani et d'un orchestre dirigé par M. Pasdeloup. La grande et cé-
lèbre artiste jouera le concerto en sol mineur de Mendelssohn ; le con-
certo — paraphrase de Liszt sur le Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn ;
l'adagio et le scherzo du concerto symphonique de Litolff, et la fantaisie
d'Ascher sur la Traviata.
*% Jeudi 1er mars, Jacques Baur donnera, dans les salons d'Erard, un
grand concert dans lequel il exécutera une fantaisie sur des airs bohé-
miens-hongrois de Liszt, une fantaisie chromatique avec fugue de J.-S.
Bach, le trio en ré majeur de Beethoven, un nocturne de Chopin, une
valse de Schubert arrangée par Liszt, et des illustrations du Prophète,
(prière, hymne triomphale, marche du sacre) du même compositeur.
,% Mme Sainton-Dolby et M. Sainton donneront, le 1er mars, jeudi
prochain, dans la grande salle du Louvre, un concert dans lequel
Mme Sainton chantera des œuvres de Haendel, Haydn, Liiders, et des bal-
lades écossaises. M. Sainton, outre deux morceaux de sa composition,
exécutera, avec MM. Th. Ritteret Rignault, le trio en ut mineur de Men-
delssohn, et la sonate de Beethoven dédiée à Kreutzer. Th. Bitter jouera
sa marche nocturne et le mouvement perpétuel de Weber, et Jules
Lefort fera entendre la Main du seigneur, de Boulanger.
„% L'excellent pianiste-compositeur W. Kroger est de retour depuis
hier d'un voyage qu'il est allé faire à Stuttgard, pour assister aux fêtes
qui ont eu lieu en l'honneur de son père, à ^'occasion de son cinquan-
tième anniversaire comme membre de la chapelle royale. Nous donne-
rons dans notre prochain numéro les détails de cette manifestation excep-
tionnelle, dont le digne vétéran de l'art a été l'objet.
*** Le concert de Prudent reste fixé au 8 mars, et aura lieu dans la
salle de Herz. Voici le programme de cette solennité musicale : 1° ou-
verture à'Egmont , de Beethoven ; V caprice sur la Sonnambula , par
Prudent; 3° le Chant du ruisseau, composé et exécuté par Prudent;
4° rondo de l'Ilaliana in Algieri, Pensa alla Patria, chanté par Mme Viar-
dot ; S" Chant du lac tranquille , par Prudent ; 6° V Aurore dans les bois
(piano et orchestre), par Prudent; 7° sonate en si bémol, de Mozart,
exécutée par MM. Alard et Prudent ; 8° air d'Orphée : J'ai perdu mon
Eurydice, chanté par Mme Viardot; 9° la Chasse (op. 35), pour piano et
orchestre, par Prudent: I0<> airs espagnols, chantes par Mme Viardot;
11° ouverture de l'Hôtellerie portugaise, de Cherubini. L'orchestre sera
dirigé par M. Tilmant.
*** La publication des œuvres de Haendel se poursuit très-active-
ment : le premier volume du tome II vient de paraître ; il contient
Hercule, oratorio, création puissante où le génie de Haendel se déploie
dans toute sa vigueur.
„% Le concert d'Alfred Jaël aura lieu le 2 mars dans la salle Herz avec
le concours de M. Sivori ; le célèbre artiste exécutera entre autres le Ca-
rillon, des transcriptions du Pardon ae Phërmel, du Prophète et de quelques
œuvres de R. Wagner, et enfin des préludes de Liszt avec M. Hans de
Bulovr.
/„ Le concert de M. Jacobi, le jeune violoniste, aura lieu samedi 3
mars, dans la salle de Herz, avec le concours de Mlle Hamakers et
de M. Dumestre, de l'Opéra; de Mme Riquier-Lhéritier, Mlle M. Darjou
et Berthelier, de l'Opéra-Comique.
t*é M. Guglielmi, l'excellent baryton du théâtre impérial de Vienne, se
fera entendre dans le concert de Ketterer, qui aura lieu demain soir.
*t Par décret en date du 1 1 février, rendu sur la proposition de S.
Exe. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics,
M. Debain, facteur d'orgues à Paris, a été nommé chevalier de la Légion
d'honneur.
4% Pour la fête des Rameaux, Gaston d'Albano a composé un hymne
plein de majesté et de joie ; il y a un chœur et une partie d'orgue
ad libitum. Cette édition vient d'être illustrée d'un beau dessin de Ram-
bert représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem.
.*» L'inauguration des grandes orgues de la cathédrale de Rouen, re-
construites, par ordre du gouvernement, dans '.l'établissement Merklein-
Schutze, à Paris, est fixée aux 1" et 2 mars. Monseigneur l'archevêque
présidera la cérémonie, et, d'après son invitation, MM. Lemmens, orga-
niste belge, Edouard Batiste, Renaud de Vilbae et Sergent, organistes
de Paris, et Klein, organiste titulaire de la cathédrale de Rouen, feront
entendre l'instrument.
»% Le mercredi 7 mars, M. et Mme Edouard Lyon donneront leur con-
cert dans les salons d'Erard. Il se divisera en deux parties : la première,
consacrée à la partie vocale et instrumentale; la seconde, à l'exécution
d'un proverbe lyrique en un acte : Quand Dieu est dans le ménage, Dieu
le garde, paroles et musique de Mlle Thys. M. et Mme Lyon interpréte-
ront les rôles du vicomte et de la vicomtesse du Théran.
„% MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret donneront leur qua-
trième soirée de musique de chambre, mercredi prochain, dans la salle
Pleyel. On y entendra un trio de Mendelssohn pour piauo, violon et
violoncelle; une sonate de Bach pour piano et violon par MM. Lubeck et
Armingaud ; un quatuor de Mozart, et un quintetto de Boccherini pour
instruments à cordes.
,% La deuxième soirée de musique classique de M. Lebduc aura lieu
mercredi prochain dans les salons d'Erard ; on y entendra Mme Boch-
koltz-Falconi, MM. Portehaut, Herman, Saint-Saëns, Leroy, Casimir Ney,
Mas et Maton.
,% Une intéressante soirée musicale sera donnée mercredi, 29 février,
dans la salle Beethoven par Mlle Virginie Huet , avec le concours
d'artistes distingués, MM. Graziani, Pascal et Lamazou, Mlles Acs et
Veron.
»% Les éditeurs G. Brandus et S. Dufour viennent d'acquérir la pro-
priété du Roman d'Elvire, opéra-comique de M. Ambroise Thomas, pa-
roles d'A. Dumas et Leuven. Les airs détachés seront mis en vente inces-
samment.
»% Le grand bal annuel au profit de la caisse de secours et pensions
de l'Association des artistes dramatiques aura lieu sous le patronage de
LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, le samedi 10 mars prochain, tou-
jours dans la salle du théâtre impérial de l'Opéra-Comique ; de nom-
breuses demandes de billets sont faites aux dames patronnesses. Cette
fête toute spéciale, la plus belle de toutes celles qui sont données
pendant la saison d'hiver, aura le succès de vogue des années pré-
cédentes.
„% L'éditeur de musique Emmanuel Rée vient de mourir a Copenha-
gue.
,*„ Cari Kramer, l'auteur d'un lied, en dialecte du pays, Jan und Grièt,
devenu populaire, est mort à l'hôpital civil de Cologne. On doit aussi à
Kramer quelques pièces de théâtre burlesques.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
»% Rouen. — Le succès du Pardon de Ploérmel se confirme complète-
ment Les représentations de cet ouvrage alternent avec celles de Jo-
conde.
lh
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
„** Lyon. — Notre théâtre veut être le premier à monter le nouvel
ouvrage d'Ambroise Thomas. Le Roman d'Elvire va entrer en répétition.
Mme Vandenheuvel-Duprez et Achard, chanteront les deux principaux
rôles.
„,*„ Orléans. — Les Dragons de Villars ont été donnés pour !e bénéfice
de Mlle Emilie Dumas. L'ouvrage, paroles et musique, a été joué avec un
remarquable ensemble par MM. Bertrand, Chapuis, Donval, Mmes Beckers
et la bénéficiaire. M. Bertrand a très-bien chanté son air du deuxième
acte et son duo avec Ville Dumas, duo qui a été accueilli par deux salves
d'applaudissements. Mme Beckers est charmante dans le rôle et sous le
costume de Rose Friquet. Bien que ce rôle, écrit pour une voix de con-
tralto, ait dû être transposé pour Mme Beckers, l'habile chanteuse
s'en est tirée à son honneur. Elle a enlevé avec une rare vigueur
le grand air du troisième acte, et mis beaucoup de finesse et de gaieté
dans le duo du premier acte avec M. Ghapuis, le beau brigadier de dra-
gons. Mlle Dumas, qui avait peu de chose à chanter, a trouvé le moyen
de faire applaudir son jeu plein de finesse et de gracieuse malice. Les
chœurs ont été justement applaudis, et c'est chose assez rare pour qu'on
en parle.
*** Marseille. — Armandi, notre excellent ténor, rétabli d'une indispo-
sition, vient de paraître dans les Huguenots et dans Robert le Diable. Il a
été salué par les applaudissements de toute la salle. A côté de lui, pendant
ces deux belles soirées, ont vaillamment combattu Mmes Meillet et
Litschner, MM. Depassio, Battaille et Boulège.
„,% Nantes. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se poursuivent
avec la plus grande activité, et la première représentation de l'ouvrage
aura lieu très-prochainement.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„■%, La Haye. — Léonard et sa femme sont, pour la sixième fois, dans
notre ville, et jamais artistes n'y ont plus vaillemment conquis leur droit
de cité. Notre société aristocratique, ordinairement si froide, leur pro-
digue des bravos et des rappels d'autant plus significatifs qu'ils sont
plus rares. Le 22, le couple artiste s'est fait entendre à la société Diligentia
avec un succès des plus remarquables. La Ie symphonie de Beethoven
a été exécutée avec la plus grande perfection, sous la direction du sa-
vant directeur du Conservatoire, M. Lubeck, père du célèbre pianiste.
M. Lubeck est un des plus fervents soutiens de la grande musique en
Hollande. Léonard et sa femme vont continuer leur tournée triomphale
à Amsterdam, Rotterdam, Utrecht, Arnheim, Bois-le-Duc, etc., où les
appellent de brillants engagements. — Le Pardon de Ploërmel voit son
succès augmenter chaque jour. M. Jahn, le chef d'orchestre, l'a monté
avec une intelligence musicale des plus rares.
t*t Anvers. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être mis à l'étude.
t*t Berlin. — Du 13 au 1 9 février, le théâtre de l'Opéra royal a
donné Martha, deFlotow ; Il Trovalore, de Verdi ; le Prophète, de Meyer-
beer, et le Maçon, d'Auber. Au Schauspielhaus, Egmont, de Gœthe, mu-
sique de Beethoven. La troisième soirée de Mme Burchardt a été une
solennité commémorative en l'honneur de L. Spohr ; on y a exécuté son
opéra de Faust. — A la salle des concerts du théâtre Royal, des étudiants
de l'université de Beriin ont joué, en latin, la comédie Captivi, de
Plaute. — Le 14 février, la Société Bach a célébré le^3° anniversaire de. sa
fondation par un concert où l'on a exécuté, entre autres, trois cantates
de Bach.
*** Francfort-sur-Mein. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être repré-
senté et a obtenu le succès le plus éclatant. Mlle Veith, dans le rôle de
Diuorah, s'est montrée admirable. Elle a dû répéter l'air de l'Ombre, et
a été rappelée après chaque acte avec les artistes qui remplissaient les
rôles de Hoël et de Corentin. La salle est retenue d'avance pour plu-
sieurs représentations.
J"„ Leipzig. — Au 15e concert du Gewandhaus, Stockbausen a chanté
l'air du' Valet de chambre, opéra de Carafa, et des lieder de Robert
Schumann. Cet excellent chanteur s'est surpassé lui-même ; après
chaque morceau, l'enthousiasme du public a éclaté en applaudisse-
ments. Nous avons entendu, en outre, dans la même soirée : un concerto
pour violon, de L. Spohr, fort bien interprété par Lauterbach, violo-
niste de la cour a Munich, et enfin l'Océan, symphonie de A. Ru-
binstein.
»*„ Prague. — Le vétéran de nos ténors, M. Emminger, a choisi pour
son bénéfice Joseph en Egypte, de Méhul. Un public nombreux s'était
réuni pour- entendre les poétiques mélodies du célèbre compositeur
français.
„*» Vienne.— Le théâtre de l'opéra de la Cour a mis Armide, de Gluck,
et l' Enfant prodigue, d'Auber, au répertoire. — Le quatuor Hellmesberger
vient de donner sa centième soirée depuis sa création : à cette occa-
sion, les quatre artistes dont il se compose ont été l'objet d'une ovation
de la part du public.
*% Peslh.— Franz Erkel, l'auteur de la musique de l'opéra Hunijadi
Lasslo, est aujourd'hui le compositeur le plus populaire de la Hongrie.
On attend de lui une nouvelle partition, Bànk-Bàn.
»*„ Dusseldorf.— Le trente-septième festival du Bas-Rhin aura lieu dans
notre ville aux fêtes de la Pentecôte : M. Hiller s'est chargé de la
direction.
*** Copenhague. — Au concert du Muisk-Verein on a entendu une
composition inédite, les Noces de la dryade, musique de P.-E. Hartmann,
qui a produit le plus grand effet. Dans les trois concerts d'abonnement
qui ont eu lieu jusqu'ici, on a exécuté successivement Israël, oratorio de
Haendel, et diverses compositions de Gluck, Haydn, Mozart, Spohr, etc.
„,** Edimbourg, 20 février. — M. Engel , qui possède un si rare
talent sur l'harmonium , est de retour d'une excursion artistique
dans laquelle il a joué son duo de Dinorah dans quarante-six concerts.
Le journal Glascow-Herald rend pleine justice à ce morceau et à la ma-
nière dont il a été rendu par l'auteur et M. Brinley-Richard, le compo-
siteur pianiste, dans un concert donné par M. Muir-Wood. M. Engel
s'est, de plus, signalé dans sa fantaisie de Don Pasquale et dans l'ac-
compagnement obligé de l'air Casta diva, chanté par Mme Fiorentini.
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(Poésie allemande de GIBEL, traduction française par DUESBERG)
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Crolwex. Op. 124. Le Pâtre styrien, fantaisie très-facile .... 6 »
— Op. 230. La Folle (de Grisar), morceau de genre. ... 6 »
Bêlions. Le Réveil, aubade 6 »
Bumiorct. Les Chants d'Espagne, boléro 6 »
&<ervllle. Op. 71. Plaisir d'amour, romance de Martini .... 5 ■>
— Op. 72. Marie-Louise, valse 5 »
— Op. 73. La Rose d'Aranjuez, valse espagnole 6 »
Meintz (C). Fantaisie facile sur Roméo et Juliette 6 »
Mess. Campanella, mazurka de salon 6 »
Eiitrailierit. Le Rêve du solitaire, contemplation 5 »
— L'Onde et le Roseau, valse élégante 5 »
(Lee (Maurice). Polonia, mazurka de salon 6 »
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iLe Bel (Louis). Mina, valse élégante 4 S0
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Philip»!. Op. G9. Bourrée d'Auvergne 7 50
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La Prière de la jeune fille, scène pour mezzo-soprano 5 »
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quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel {Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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tes, proverbe 2 50
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— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50
— Une Aiguille dans une botte de foin 2 50
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— Op . 12 . Tarentelle 7 30
— Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50
— Op. lit. En Chasse, fantaisie 7 5(>
Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon 6 »
— Op. 11. Première grande valse 6 »
— Deuxième grande valse 7 50
Deuxième mazurka 6 »
— Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude
de concert 9 »
— Op. 20. Rondo-polka 7 50
— Op. 21. Sicilienne 9 »
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sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
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tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
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port de la quantité et de la qualité du son. SSusasin
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pianos, AS, rue de la
A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
atteution. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. »
{Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
LIÂMÛNIFLIJTE ^««b,,,
dont le succès grandit chaque jour , se trouve chez
Mayermarix, 46, passage des Panoramas, à Paris.
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Exposition nationale française de 1849.
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invention brevetée en 1 85».
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clefs; invention brevetée en iwm.
Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 185%.
Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons
ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba.
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artistes du Conservatoire. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. —
— Correspondance : Saint-Pétersbourg. — Nouvelles et annonces.
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Michot, le jeune ténor, dont la réputation s'est faite au théâtre
Lyrique, débutait mercredi dernier sur la grande scène de l'Opéra
dans le rôle de Fernand, de la Favorite. 11 y apportait sa voix fraîche et
timbrée. Affranchi du dialogue qui le gênait un peu, il témoignait d'une
certaine disposition au jeu dramatique, dont nous l'engagerons même
à éviter l'excès. Sans doute il est bon d'être acteur, mais il ne faut
pas trop viser à l'être. Mme Barbot commet cette faute dans le rôle
de Léonor : elle joue trop, elle joue toujours; elle souligne tout jus-
que dans l'air : 0 mon Fernand ! 11 ne faut pas non plus changer la
phrase musicale sous prétexte de la rajeunir, comme l'a fait Dumestre
en chantant la romance : Pour tant d'amour. Une diction simple, une
expression contenue, aussi peu de geste que possible, voilà tout ce que
demande ce morceau.
Il y a eu des inégalités dans la manière dont Michot a rempli sa
tâche, mais il ne tiendra qu'à lui d'y réussir complètement. Qu'il
se persuade bien que son charme est dans sa voix, et qu'il emploie à
la diriger tout ce qu'il a de goût, d'intelligence. Quel dommage que
maintenant les artistes chantent devant un parterre qui applaudit en
masse, sans distinction de bien ni de mal ! Les leçons d'un maître
plus sévère auraient appris à Michot en quoi il avait excellé ou failli,
comment par exemple il avait rudement traité la romance : Ange si
pur, et délicieusement chanté : 5m?" ton élu, Seigneur, descends, arme
son cœur pour la prière! En se rappelant sa propre méthode, en se
réglant sur lui-même, tel qu'il a été dans ce passage célèbre, Michot
finira par ne mériter que de légitimes bravos.
— La veille, au théâtre Italien, un autre ténor que naguère on ap-
plaudissait dans le même rôle, Roger avait débuté, lui aussi, dans
l'amoureux de la Traviata. Roger s'avance pas à pas dans son nou-
veau répertoire. Il en prend possession avec cette fermeté de vouloir
et cette souplesse de talent qui triomphent de tous les obstacles. Im-
possible de montrer plus d'élégance, de passion que ne l'a fait le grand
artiste ! Impossible de mieux effacer un souvenir douloureux ! Roger
en est venu à tenir un billet de ses deux mains comme il le lit de ses
deux yeux ! Rien ne manque plus à l'illusion. Dans le Trovatore, il
achèvera ce qu'il a si bien commencé dans Lucia et la Traviata.
Pour lui, ces trois ouvrages forment une trilogie dont il pourra se
glorifier avec ses amis et ses ennemis !
—Une symphonie de Robert Schumann, un concerto de Spohr, ou-
vraient la dernière séance de la Société des jeunes artistes du Conser-
vatoire. Il paraît que cette symphonie en si bémol est la première
que son auteur ait composée. Nous la préférons à celle que M. Pasde-
loup nous a déjà fait enlendre. Il y a plus d'animation, de coloris, de
chaleur : l'orchestre en est moins chargé, moins laborieux, et à tout
prendre, c'est une production de valeur qui, sans égaler les chefs-
d'œuvre du genre, en rappelle et en continue la tradition.
M. Kœmpel, violon-solo du roi de Hanovre, exécutait le concerto
de Spohr qui, nous le croyons, fut son maître, et il n'a pas tardé à
nous prouver qu'il était devenu maître à son tour. Sous les doigts et
l'archet de M. Kœmpel, le roi des instruments est véritablement digne
de ce titre. L'éminent artiste possède toutes les qualités qui consti-
tuent le virtuose supérieur, formé à la plus belle et à la plus pure
école. Il reproduit cette largeur de style, cette justesse d'intona-
tion, cette délicatesse de nuances que l'on ne trouve pas toujours
chez les violonistes modernes, entraînés dans une voie périlleuse par
l'exemple de Paganini. Avec lui, le violon n'abdique jamais sa nature,
et il n'en règne qu'avec plus de puissance et de majesté. Le succès
de M. Kœmpel a donc été ce qu'il devait être : on l'a applaudi, rap-
pelé ; on lui aurait crié bis, si les concertos pouvaient se redire comme
les variations et les fantaisies.
Deux élèves du Conservatoire, M. Peschard, dans l'air du sommai],
de la Muette, et Mlle Balbi, dans les fragments du Christophe Colomb,
de F. David, ont donné l'échantillon de deux voix et de deux talents
dont nos théâtres profiteront quelque jour. L'hymne d'Haydn, exécuté
par tous les instruments à cordes, et l'ouverture du Jeune Henri par
tout l'orchestre, n'étaient pas les moindres attraits d'un programme
qui se distinguait par la richesse et la variété.
P. S.
78
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
AUDITIONS MUSICALES.
Edmond Hocmelle. — Mme Szaryady. — Institution impériale
des Jeunes Aveugles. — Eugène Ketterer. — lime Clémentine
Balta, — E. Paladilhe. — Jacques Itaur. — SI. et Mme Saintoo.
La soirée donnée par Edmond Hocmelle , l'excellent organiste de
Saint-Thomas-d'Aquin et de la chapelle du Sénat, était une véritable
fête musicale et littéraire. Il ne s'agissait pas moins que d'un
concert, d'un opéra-comique et d'un proverbe : aussi la salle Herz
avait-elle pris un petit air de solennité tout h fait inaccoutumé. Seul,
le concert, très-brillant, eût suffi à contenter l'auditoire nombreux et
distingué qu'avait réuni le jeune compositeur. On connaît son ta-
lent, on a pu l'apprécier encore une fois dans plusieurs ouvrages de
sa composition, exécutés sur l'orgue-mélodium d'Alexandre, et notam-
ment dans des fragments à'Orphée, disposés avec beaucoup d'habi-
leté pour quatuor instrumental. Ce dernier morceau, délicieusement
dit par Ritter, Herman, Nollet et l'auteur, nous semble destiné à faire
partout, même privé d'une aussi belle exécution, les délices de tous
ceux qui aiment la belle musique de Gluck.
Badiali a été d'un brio, d'une verve irrésistibles; il a chanté une
romance de Mercadante et un duo du Barbier avec un style, un en-
train, un esprit qui se perdent chaque jour. Son talent a toujours
vingt ans, il pétille de jeunesse, il s'épanouit, il éclate en mille vo-
calises délicieuses que l'école italienne elle-même est en train d'ou-
blier.
Herman a joué avec beaucoup d'âme et de distinction sa fantaisie
sur Norma. La Marche nocturne et un Impromptu de Ritter, exécutés
par ce très-remarquable pianiste , ont été vivement applaudis. On a
distingué dans cette dernière composition la coupe heureuse, la sage
concision, la fusion des traits rapides et brillants avec des phrases plus
larges et plus essentiellement mélodiques.
On le voit, ce concert était charmant, et pourtant ce n'était encore
que le prélude des douces jouissances qu'allaient faire goûter Mme Sa-
batier, Jules Lefort et Caslel dans un opéra-comique, et Samson, Ber-
ton et Mlle Marie Lambert dans un proverbe dû, comme le libretto
mis en musique par Hocmelle, à la plume fine, spirituelle et déjà très-
adroite de Mlle Jenny Sabatier.
Les petits cadres d'opérettes sont accoutumés, il faut bien le dire,
à ne recevoir que des figures grimaçantes et toujours les mêmes.
Cette fois, dans Un service d'ami, il n'y a rien de commun, rien de
trivial ; on y sent un heureux instinct dramatique. Le poëte s'est élevé
jusqu'au sentiment et a mis un grain d'amour sérieux là où nous ne
trouvons ordinairement que de vulgaires, froides et plates galante-
ries. Ce grain de sensibilité et de passion a bien fructifié entre les
mains du compositeur. Nous nous rappelons surtout, parmi des mor-
ceaux très-applaudis, une romance qui a littéralement entraîné l'audi-
toire; elle allait à ravir à la voix et au talent de Jules Lefort, toujours
si à l'aise, si tendre et si expressif, quand on sait lui confier des mé-
lodies naturelles et bien vocales.
Mme Sabatier a chanté aussi des choses gracieuses; son rôle était
rempli de motifs tantôt gais, tantôt mélancoliques et délicatement spi-
rituels ; elle y a été ravissante ; on l'a constamment écoutée avec les
plus vives sympathies et toujours applaudie avec enthousiasme. Hoc-
melle a évité avec un grand soin les charges musicales, si faciles à faire
et, selon nous, si peu agréables à entendre quand elles sont de mau-
vais goût, ce qui leur arrive trop souvent. Sa nouvelle petite partition
a causé un véritable plaisir, et nous l'aimons parce qu'elle est bien
faite et suffisamment riche d'harmonie, mais surtout parce qu'elle est
mélodique, claire, bien venue et que, malgré sa belle humeur, elle a
une tendance à tourner volontiers au sérieux et au dramatique.
Il était près de minuit lorsque Samson est entré en scène ; malgré
cela, malgré tant d'heures si agréablement passées déjà, tous les audi-
teurs sont restés intrépidement à leurs places. En vérité, il fallait l'ini-
mitable diction du célèbre artiste et le désir d'admirer une fois de
plus toute la verdeur de son beau talent, pour aller ainsi jusqu'au bout
d'un programme aussi substantiel.
Un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras est bâti sur une
pointe d'aiguille ; mais les détails sont si distingués, si spirituels, si
délicats ; les scènes se lient avec tant d'art que c'a été un long en-
chantement. Un père égoïste, comme le sont presque tous les pères,
sans le savoir, sans le vouloir, recule autant que possible le moment
de marier sa fille. Il ne songe qu'en tremblant au jour où l'affection
paternelle, ne suffira plus à cette enfant si aimante, si naïve et qui est
tout son bonheur. Une jeune fille, au contraire, qui veut se marier
tout de suite avec celui qu'elle aime et qu'elle finit par épouser, voilà
toute la pièce. Les qualités qu'on avait remarquées dans l'opéra-co-
mique de Mlle Jenny Sabatier n'avaient pas laissé soupçonner assuré-
ment tout le fini de cette comédie. Ce début littéraire est un début
éclatant. Samson a été magnifique de naturel. Mlle Marie Lambert et
Berton ne se sont pas montrés indignes de jouer avec le grand comé-
dien.
— Au milieu des beaux talents de pianistes qui se font entendre
chaque jour, Mme Szarvady garde une place à part, et une place très-
élevée. Sa deuxième soirée a été des plus brillantes. Avec MM. Glei-
chauff et Muller, elle a exécuté un trio de Beethoven ; elle y a
déployé cette haute intelligence des beautés du maître, cette science
de l'ensemble, ce tact exquis des moindres détails qu'elle apporte
avec le même bonheur dans tout ce qu'elle interprète. Le charme
vaporeux, la grâce élégiaque, les délicatesses de pensée et d'harmonie
que Stephen Heller a mis dans les Nuits blanehes et Improvisata ont
trouvé en Mme Szarvady le talent le mieux fait pour en révéler le sens
poétique caché aux profanes, qui ne savent pas trouver sous ces notes
tout ce qu'elles recèlent d'inspirations nobles et de recherches sa-
vantes.
La charmante virtuose semble affectionner la musique de Schumann.
Elle a dit d'une façon délicieuse des Eludes symphoniques de ce maî-
tre, qui ont été chaleureusement applaudies. Le piano porta presque
toujours bonheur à Schumann. Il y trouva de jolies mélodies, de petits
poëmes pleins d'unité et de goût, dans lesquels son imagination semble
bien plus libre, bien plus franche qu'elle ne l'est souvent dans ses
symphonies. Plusieurs de ces courtes pages sont de vrais bijoux, quel-
ques-unes sont de petits chefs-d'œuvre. Sous les doigts de MmeSza-
vardy, ils acquièrent un charme, une puissance, que peu d'exécu-
tants savent leur donner à ce point.
— Le concert donné dimanche a l'Institution impériale des jeunes
aveugles a été l'un des meilleurs de la semaine. Mme Marie Cabel,
c'est-à-dire une des plus belles voix, un des plus beaux talents qu'il
soit possible d'entendre, une des plus hardies et en même temps des
plus correctes vocalistes que nous possédions ; M. Battaille, dont la
méthode, le style excellent sont partout applaudis, et Mlle Cazat, pre-
mier prix du Conservatoire, telles étaient les séductions offertes par
la partie vocale. Le piano et le violon avaient la lourde tâche de riva-
liser avec la voix humaine, le plus beau de tous les instruments, n'en
déplaise aux célèbres facteurs ; mais heureusement l'un était joué par
Mlle Joséphine Martin et l'autre par Sarasate. Le jeune artiste a tout
simplement obtenu dans les Souvenirs de Mozart un immense succès.
On ne joue pas plus juste, on n'a pas plus d'âme et d'expression que
ce digne élève d'Alard.
Nous l'avons déjà dit plusieurs fois ici, les études musicales faites par
les jeunes aveugles sont aussi bonnes que possible. Electrisés par tout
ce qu'ils entendaient de parfait, ravis par un morceau de Manon Les-
caut et plus encore peut-être par le grand air de l'Ombre, du Pardon
de Ploërmel, que Mme Cabel venait de chanter divinement et qui lui
avait valu des rappels vraiment enthousiastes, l'orchestre et les chœurs
de cette belle institution, habilement conduits par M. Roussel, se sont
DE PARIS.
70
particulièrement distingués. Ces jeunes musiciens, dans l'ouverture de
la Fille du régiment et dans l'andante de la symphonie en la de
Beethoven, se sont fait écouter et vivement applaudir à côté des som-
mités artistiques qui avaient enchanté l'auditoire.
— Nous disions l'autre jour, à propos de l'audition d'Eugène Kette-
rer, combien ses œuvres nouvelles étaient charmantes, brillantes et
élégamment écrites. Nous les avons retrouvées à peu près toutes à la
soirée musicale et dramatique donnée lundi, dans les salons Pleyel-
Wolff, par le jeune pianiste-compositeur. Il les a jouées, comme la
première fois, avec la netteté, la vélocité et la grâce qui distinguent
son talent. Le réveil des Sylphes, Chanson de chasse, Impromptu-
valse et une jolie Marche orientale à deux pianos, où l'on a remarqué
un véritable luxe d'ornements, ont tour à tour fait grand plaisir. Ces
gracieuses compositions ont soutenu la réputation que Ketterer s'est
acquise parmi la jeune et coquette école de piano qui, si elle manque
un peu d'ampleur, d'élévation et de puissance, sait les remplacer par
une manière pleine de séductions dont le mérite ne saurait être con-
testé. Herman et lui ont été applaudis avec le plus vif enthousiasme
pendant l'exécution de leur grand duo sur le Pardon de Ploërmel.
Herman a phrasé la plaintive et pathétique romance chantée par Hoël
au troisième acte avec une douceur, une émotion qui rappelaient la
belle voix et le beau style de Faure. Ce morceau fort bien coupé est
une jolie mosaïque. Les auteurs ont choisi avec goût, dans la partition
de Meyerbeer, des mélodies d'un prix inestimable ; ils les ont dispo-
sées de façon à en faire valoir toutes les beautés. Les motifs de l'air
de l'Ombre, de la Clochette et bien d'autres encore se suivent harmo-
nieusement et assurent à ce duo une rapide popularité. M. Gugiellmi,
baryton du théâtre impérial de' Vienne, a chanté un air de Haendel et
cette magnifique romance du Pardon que tant d'applaudissements
venaient d'accueillir. A la scène ce chanteur doit avoir d'excellentes
qualités; il ne manque ni de chaleur, ni de nerf; mais il n'a pas ap-
porté dans l'expression des regrets et des remords qui accablent
l'amant de Dinorah, la douceur, la mélancolie douloureuse et pleine
de larmes que l'illustre maître y a mises . Léon Jacquard a soupiré
avec autant de justesse que de suavité deux fraîches romances sans
paroles de Edm. Membrée.
L'élément littéraire ajoute beaucoup de variété aux soirées musi-
cales. Lundi, on était enchanté de voir, dans Qui femme a, guerre a,
Mlle Fix, si charmante, si spirituelle, et Bressant, toujours si élé-
gant et si parfait gentilhomme. Toutefois, on n'a pas trouvé dans
cette comédie les mots heureux, les situations intéressantes que
Mme Augustine Brohan prodigue ordinairement avec tant de faci-
lité, de verve et d'imagination. On y a vu plutôt, malgré le talent
des interprètes, une scène conjugale assez monotone que l'accent du
cœur et les saillies de l'esprit ne viennent pas souvent relever.
— La matinée donnée dimanche dans les salons de M. Debain était
à peu près exclusivement consacrée à l'audition d'œuvres vocales et
instrumentales de Mme Clémentine Batta. Presque toutes sont pleines
de mélancolie, d'accents religieux, vagues et touchants ; elles sem-
blent comme un écho des Méditations, et rappellent le bon temps où
tout ce qui était jeune lisait Jocelyn et songeait aussi souvent à Lau-
rence qu'à Elvire. C'est de la musique comme en rêvent toutes les
musiciennes et comme peu savent en écrire. Certes elle ne brille ni
par la force, ni par la variété ; elle n'a même, en général, qu'une note ;
mais cette noie est si douce, elle dit tant de choses, elle est si cares-
sante et si harmonieuse qu'en écoutant la Prière à la Vierge, le
Chant d'une mère, la Danse des ombres, etc., on ne regrettait pas
une plus grande souplesse de style.
Mme Batta avait pour interprètes Mmes Gaveaux-Sabatier et Anna
Bertini, MM. A. Batta, Théodore Iïitter, Lefébure-Wély et Jules Lefort.
S'il est vrai que l'exécution puisse ajouter quelque chose à la pensée
réalisée par un auteur et s'élever jusqu'à l'œuvre rêvée — quelquefois
plus belle et plus complète que celle qu'il nous donne — nous avons
eu tout ce que l'inspiration de la charmante musicienne a pu espérer
de plus heureux, et parfois, comme dans la Vision du Dante, Juanita
et Dieu, de plus dramatique et de plus large.
Il dort, berceuse de Lefébure, et deux morceaux de piano de Ritter,
les mêmes qu'il avait fait entendre avec un si brillant succès à la soirée
d'Hocmelle, ont été les seules compositions exécutées à côté de celles
de Mme Clémentine Batta.
— Un des meilleurs élèves et des plus richement doués qui soient
sortis de la classe de M. Marmontel est sans contredit E. Paladilhe.
Ce tout jeune homme, qui, hier encore, était un charmant enfant, est
aujourd'hui un pianiste très-remarquable, presque un compositeur dis-
tingué. Il donnait mardi, dans la salle Herz, un concert où son double
mérite de virtuose et d'auteur a été, l'un fêté comme une bonne
réalité, l'autre encouragé comme une espérance de gloire. Depuis
l'année dernière, il a fait des progrès énormes. Son jeu a plus de cou-
leur et d'individualité ; il se dégage des liens salutaires de l'école et
de l'habitude de l'imitation ; il ose se livrer davantage aux inspirations
du moment.
Ce que nous avons entendu de lui ne dépasse pas de beaucoup les
essais que nous entendons tous les jours. L'inspiration du petit maestro
n'est pas encore au niveau de ses connaissances acquises. Assurément
dans les fragments de son opéra-comique en trois actes, la Reine Ma-
thilde, dans ses inorceauxde piano : Tarentelle, Étude-caprice et Grande
valse brillante, il y aurait amplement de quoi fournir à l'un de ces
demi-succès vivant de camaraderie, de bienveillance et de partialités
d'école ; mais tout est relatif, et le jeune artiste qui a obtenu le prix
du Conservatoire, qui bientôt, sans nul doute, obtiendra le grand prix
de l'Institut, doit avoir une plus noble .imbition : il doit aspirer plus
haut et songer à l'art sérieux. Pourtant ses compositions, auxquelles
il ne faut pas demander encore l'originalité de pensée et de style qui
manquent à tant de maîtres, ont déjà, outre beaucoup de correction,
une certaine vigueur de sentiment. Mieux que le mérite de la forme,
la fraîcheur et l'énergie qu'on a pu remarquer quelquefois dans la par-
tie purement mélodique, promettent un musicien que le labeur inces-
sant et si pénible demandé par les fortes études musicales n'aura pas
épuisé. Paladilhe, ce nous semble, ne grossira pas le nombre des jeunes
compositeurs instruits, mais stériles. Assez d'autres arrivent à Rome
essoufflés, l'imagination usée, et n'en rapportent que des œuvres cor-
rectes, estimables, mais incolores !
— Parmi les pianistes qui se sont fait entendre cette semaine, il
faut citer Jacques Baur. Elève de Liszt, il joue la musique du célèbre
maître avec beaucoup de netteté et de chaleur. La fantaisie sur des airs
bohémiens, une valse de Schubert et les illustrations du Prophète, ont
fait apprécier le mécanisme et le style excellent du virtuose. Dans des
pièces de J.-S. Bach, de Beethoven et de Chopin, il a prouvé qu'il savait
aborder avec succès les inspirations les plus diverses, et y trouver les
nuances qui les distinguent et les caractérisent. La Prière, Y Hymne
triomphal et la Marche du sacre, du Prophète, ont été arrangés avec
tant d'art par Liszt que le piano semble se ressouvenir de toutes les
parties de l'orchestre. Il en rappelle, il en reproduit même, autant que
cela est possible, les gracieuses et énergiques oppositions. Les accords
de l'hymne triomphal, arpégés par les deux mains, ont une grandeur
imposante; la marche du sacre, après d'ingénieux développements,
après des traits pompeux con bravura, arrive à une stretla très-belle
d'harmonie et d'une sonorité inouïe. Baur a triomphé des nombreuses
difficultés amoncelées dans ce morceau ; il en a fait ressortir toute
l'ampleur et toute la valeur mélodique.
— Mme Sainton-Dolby est une célèbre cantatrice anglaise dont le
mérite égale au moins la renommée. Sa voix de contralto, magnifique
et étendue, a des cordes graves d'une rondeur, d'une suavité et d'un
moelleux bien rares; mais son talent surtout est hors ligne. Mme Sain-
ton-Dolby possède un style large, noble et chaleureux ; elle chante
80
UEVUE ET GAZETTE MUSICALE
avec autant d'âme que de méthode; elle ne me jamais; sobre d'orne-
ments, elle les place et les exécute avec un goût exquis. Le succès
qu'elle a obtenu dans les beaux salons de l'hôtel du Louvre a été
immense.
Dès les premières notes de Y Ame errante, touchante poésie, écrite
dans la langue de ShakspeareetdeMilton.queHaydn a rehaussée d'une
mélodie admirable de simplicité et de caractère, on a pressenti la
grande musicienne, l'artiste sûre d'elle-même et du plaisir qu'elle allait
causer.
La gracieuse et belle cantatrice dit Haendel comme Mme Viardot
seule pourrait le dire ; elle en a retrouvé toutes les traditions. La
pompe souveraine et aussi le charme mélodique de cette large et
pathétique musique ne pourraient être, ce nous semble, ni mieux
compris, ni mieux rendus. Dans une sérénade anglaise, une ballade
écossaise et une scène irlandaise, charmants spécimens de l'inspiration
poétique et musicale du Royaume-Uni, Mme Sainton-Dolby a déployé
une remarquable flexibilité d'organe et d'expression.
M. Sainton, que nous avions entendu l'année dernière, a toujours
l'imperturbable justesse d'intonation qui distingue son archet. Les
staccati, les sons harmoniques, les passages à plusieurs parties, enfin
les choses les plus difficiles, sont exécutés par lui avec une aisance,
une pureté, une perfection que possèdent bien peu de violonistes. 11
a toutes les qualités de notre école : il joue simplement, avec une
grande distinction, beaucoup de largeur, de sensibilité et sans la
moindre affectation, sans ces miaulements fébriles qui agacent les
nerfs des gens les moins impressionnables, et ne charment guère les
intelligences délicates. Comme compositeur, M. Sainton a aussi du
goût et du savoir : son solo de concert, dont le thème est très-joli, son
adagio et sa valse brillante, sont des ouvrages que recommandent des
qualilés peu communes. Ces trois morceaux, très-applaudis, ont été
joués par l'auteur avec une finesse, une passion, un brio qu'on re-
trouve plus souvent dans l'exécution des solistes que dans leurs
œuvres.
Adolphe BOTTE.
CORRESPONDANCE.
Saint-Pétersbourg, '22 février.
Une indisposition de Mme Charton-Demeur a interrompu les représen-
tations d'il Pelerinaggio. La deuxième avait pleinement confirmé le suc-
cès de la première. Ce résultat n'a rien de surprenant et se manifes-
tera encore d'une manière plus marquée aux représentations suivantes.
Seulement il est regiettable que le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer
n'ait pu être mis en scène que si tardivement. A peine est-il apparu
que déjà la campagne théâtrale finit. C'est grand dommage, car la di-
rection tenait bien certainement un long et brillant succès qui, pour
cet ouvrage comme pour tous les autres du grand maître, aurait été en
grandissant, i mesure que chanteurs et public se seraient familiarisés
avec les beautés de la musique. En général la faute et le mal du tra-
vail des théâtres à Saint-Péters bourg, c'est que les études se font trop
hâtivement. Les répétitions sont insuffisantes et les pièces arrivent de-
vant le public avant même que l'ensemble d'exécution soit obtenu. Pour
le Pardon de Ploermel on a fait quelques répétitions de plus que pour la
plupart des autres ouvrages qui se montent ou se reprennent, et c'est
une justice à rendre à M. Baveri, le chef d'orchestre, qu'il y a déployé
une rare intelligence et une grande habileté. Les musiciens de l'or-
chestre ont récemment offert à ce chef, dont ils apprécient le mérite et
qu'ils aiment, un bâton d'honneur. C'est un juste et flatteur hommage.
J'ai dans ma dernière correspondance rendu justice aux artistes qui in ■
terprètent il relerinaggio ; je n'ai rien à y ajouter si ce n'est qu'Eve-
rardi a produit à la deuxième représentation beaucoup plus d'effet qu'à
la première dans l'air du Chasseur. Quant à Mme Charton, son succès a
grandi dans de magnifiques proportions. Tout à fait sûre d'elle-même,
elle chante Dinorah de manière à rendre le rôle bien difficile sinon im-
possible à quiconque voudrait s'y hasarder après elle. Ce rôle de Dinorah
a deux aspects ; il est écrit pour une chanteuse légère et pour une chan-
teuse dramatique; le succès de Mme Charton a été double aussi. Elle n'a
pas fait tout ce qu'on pouvait attendre d'elle, elle a fait plus. Voilà
l'ouverture de la saison prochaine brillamment assurée par la nouvelle
création de Meyerbeer.
Le dernier bénéfice annoncé avaDt la clôture était celui de Mlle Lagrua;
Si la sincérité des renseignements que. dès le jour de ses débuts, je
vous ai donnés sur cette vaillante artiste, avait eu besoin de confir-
mation, certes l'empressement enthousiaste qui s'est produit dans notre
société aristocratique pour assister à ce bénéfice, confondrait à tout ja-
mais ses détracteurs. Il aurait fallu une salle trois fois plus grande pour
contenir le nombre d'amateurs qui s'étaient fait inscrire pour y avoir
place. Cette fois je crois que la spéculation s'en était mêlée; ce qu'il y
a de certain, c'est qu'aussitôt qu'un avis placardé au guichet de la caisse,
eut fait savoir qu'il n'y avait plus un billet disponible, ceux qui s'é-
taient pourvus revendaient loges et fauteuils avec un bénéfice énorme.
Je ne sache pas qu'aucune représentation, depuis celle de la célèbre
Bosio, ait été plus splendide. Mme Lagrua ne chantait cependant que
Norma donnée déjà sept à huit fois dans le cours de la saison. Mais il
faut bien dire que ce rôle a été son triomphe et que seule, ou à peu près,
à faire valoir le chef-d'œuvre de Bellini, elle y est si belle et si supé-
rieure que les abonnés regardaient toujours comme une bonne fortune
de l'entendre. Il n'est donc pas surprenant que cette dernière fois l'ar-
tiste ait recueilli un contingent d'applaudissements, de rappels et de
bouquets proportionné à l'enthousiasme qu'elle a su si légitimement
provoquer. Quoique notre climat ne soit pas tout à fait favorable à la
santé de Mme Lagrua, elle a cependant signé avec la direction des
théâtres impériaux un nouvel engagement de trois années, résiliable
chaque année à sa volonté, et aux appointements de 20,000 roubles argent
(80,000 fr, environ) avec un bénéfice. — Ce taux n'est pas exagéré si l'on
considère les services qu'elle rend à l'administration et les genres dif-
férents dans lesquels elle excelle.
Le public qui dans la Traviata a manifesté pour Mlle Balfe une prédi-
lection marquée et qui l'a fort applaudie encore dans Rigoletio, se préoc-
cupe beaucoup de savoir si elle sera engagée pour la saison prochaine.
Ses rôles seraient ceux de Luc;'o, de la Sonnambula, à'Adina, dans YEli-
sire, de la Traviata, et sous ce rapport elle serait sans contredit un
sujet utile ; mais il faut le dire franchement, lui donner plus d'impor-
tance serait se tromper; car si Mlle Balfe possède des qualités incontes-
tables, elles sont bien loin encore d'être développées ; c'est une élève
en bonne voie, qui est jeune, jolie, très-distinguée de manières, mais qui
a besoin de beaucoup travailler pour prendre le rang de prima-donna.
— Puisque je vous parlais de Rigoletto, je dois ajouter que Debassini et
Tamberlick ont retrouvé dimanche leur succès accoutumé. Debassini
compte le rôle du bouffon au nombre de ses meilleures créations.
Mme Nantier-Didiée fait bien regretter que le rôle de Maddalena soit si
court.
Plusieurs des artistes italiens sont engagés pour donner concert à
Moscou ; les autres vont nous quitter dans quelques jours. En attendant,
je ne veux pas terminer cette correspondance sans vous dire quelques
mots du concert des Allemands, dans lequel chantaient Mmes Lagrua,
Nantier, Debassini, Tamberlick et Everardi. Mme Lagrua a dit avec ce
dernier le duo de Don Pasquale, et seule un air russe de Glinka, une
romance de Mariani et le Roi des aulnes, de Schubert. Chacun de ces mor-
ceaux, mais surtout le dernier qu'elle a interprété avec une sombre
énergie, a valu à la célèbre cantatrice des applaudissements fré-
nétiques complétés par l'auguste approbation de la grande duchesse
Catheriue, qui assistait au concert, et qui a envoyé son chambellan la
complimenter. — Mme iNautier, dans un air du rrophéte, a été également
bien fêtée, et Tamberlick a obtenu une véritable ovation dans le trio de
Guillaume Tell.
D.
NOUVELLES.
„*» Aujourd'hui, le théâtre impérial de l'Opéra donne la 42.4e repré-
sentation de Robert le Diable.
*** L'indisposition de Mme Gueymard s'étant prolongée, la première
représentation de Pierre de Médicis n'aura lieu que mercredi ou ven-
dredi. Le théâtre fera relâche demain ou mercredi pour la répétition gé-
nérale.
»% On vient de mettre à l'étude à l'Opéra-Comique un nouvel ouvrage
de M. Gevaërt et dont le poëme est de MM. Michel Carré, Jules Barbier et
Cormon. On le repète sous le titre de Château-Trompette. — Le Roman
d'Elvire a été donné quatre fois cette semaine, et chaque représentation a
fait mieux apprécier l'amusante comédie de MM. Dumas et Leuven et la
charmante musique d'Ambroise Thomas. Montaubry doit répéter chaque
soir, aux bruyants applaudissements de la salle entière, sa barcarolle et sa
romance qu'il dit avec un charme et une expression remarquables. Le
Roman d'Elvire est désormais un succès établi.
»% Jourdan quitte l'Opéra-Comique au mois de septembre pro-
chain pour aller remplir uu engagement très-brillant qu'il vient de con-
tracter avec le directeur du théâtre de la Monnaie à Bruxelles.
,** Mme Lagrange. qui est en ce moment au Brésil, a failli se noyer;
le canot sur lequel la célèbre cantatrice se rendait avec sa famille au
DE PARIS.
81
bateau à vapeur, chavira, et les personnes qui le montaient auraient
péri si l'on ne fût venu à temps à leur secours.
„% Le Prophète vient d'être représenté au théâtre de San-Carlos à Lis-
bonne avec un immense succès. Mme Tedesco a déployé dans le rôle
de Fides les magnifiques qualités qu'elle possède; elle a été chaleureu-
sement applaudie. Mlle Hensler chantait le rôle de Berthe, et Villani
celui de Jean de Leyde. Les décors et la mise en scène sont dignes de
l'œuvre et du théâtre.
*** En Allemagne, le Pardon de Ploërmel vient encore de faire son
apparition dans quatre villes nouvelles, Hanovre, Prague, Kœnigsberg et
Francfort-sur-le-Mein . On l'y joue actuellement sur vingt-deux théâtres.
4*t Sivori est de retour à Paris après une excursion en Angleterre,
pendantlaquelle il a donné, sous la direction de Beale et en société avec
Mme Corbari, Tagliafico, Engel, etc., cinquante-trois concerts en qua-
rante-huit jours. Il n'y a qu'en Angleterre qu'il est possible d'exécuter
de semblables tours de force. Inutile d'ajouter que ce voyage a été une
succession de triomphes pour le célèbre artiste.
*** Nous avons entendu cette semaine dans une soirée intime les
charmantes compositions que W. Kruger vient de faire paraître, entre
autres celle intitulée: Réminiscences de VAme en peine, de Flotow. Ce
morceau, de moyenne force, joué par l'auteur avec le talent qu'on lui
connaît, a enlevé tous les suffrages et ne saurait manquer d'obtenir un
succès de vogue. Dans cette même soirée, une jeune cantatrice, élève
de Bonoldi, Mme Pellegrin, que la saison a vue se produire, n'a pas
obtenu moins de succès. C'est une élève qui fera le plus grand honneur
à son maître.
*** Mlle Bochkoltz-Falconi no s'en tient pas au rôle brillant de can-
tatrice; on a pu en juger par la soirée intime qu'elle adonnée dimanche
dernier et dans laquelle plusieurs de ses élèves se sont produites avec
talent et succès. On a particulièrement remarqué et applaudi le
psaume XX1I1 de Schubert, admirablement rendu par Mlles Falconi,
Maillard, de Dufresne et Wiesen ; Douleur, mélodie de Litolff, chantée par
Mlle Eugénie Maillard; des quatuors de Mendelssohn et de Kalliwoda,
chantés par Mlles Falconi, Wiesen, MM. Gloggner et Wiesen. Comme
soliste, O!) a aussi vivement applaudi M. Chaîne, l'excellent violoniste, et
Mlle Falconi elle-même, lorsqu'elle a dit avec toute l'élégance et la har-
diesse de son style les charmantes variations composées pour elle par
notre collaborateur G. Héquet.
*** Joseph Wieniawski donne aujourd'hui à Varsovie un concert au
profit des pauvres, et dans lequel Mme de Kalergis exécute un concerto
de Robert Schumann. Il joue avec elle un rondo de Chopin à deux
pianos. Ensuite il doit se mettre immédiatement en route pour Paris, où
il sera le 12 de ce mois.
*** L. Lacombe donnera, le lundi 19 mars, dans la salle Herz, un
très-beau concert ; plusieurs de ses meilleures compositions figureront
sur le programme.
*** La Gazette de Moscou annonce qu'on prépare dans cette capitale
un grand festival musical pour la secoude semaine du grand carême;
cette fête aura lieu dans la salle du club de la noblesse. Les artistes de
l'Opéra italien, des amateurs, les orchestres de l'université de Moscou,
des théâtres, et des chantres expressément engagés, en tout près de
trois cents personnes, exécuteront la Création, de Haydn. Cette œuvre
célèbre, qui n'a pu encore être bien appréciée à Moscou, faute de
moyens d'exécution, sera enfin dignement rendue, surtout grâce au
concours des artistes italiens. Outre l'oratorio, M. Todor fera exécuter
une grande cantate avec chœurs, composée exprès, et dédiée à ce festi-
val, par M. Verstovsky, paroles de Pouschkine : le Banquet de Pierre le
Grand.
**„, Il vient de se former à Paris un comité dans l'intérêt de la pro-
pagation des Orphéons et Sociétés chorales en France. Ce comité se com-
pose de : MM. Larabit, sénateur; prince Poniatowski, sénateur ; Mellinet,
général de division ; Cuvier, conseiller d'Etat ; Belmontet, Carreau,
Javal, députés au corps législatif ; Auber, directeur du Conservatoire
impérial de musique, Halévy, Ambroise Thomas, Carafa, Berlioz, Clapisson,
Kastner, membres de l'Institut ; Victor Foucher, conseiller à la Cour de
cassation, membre du conseil général de la Seine, président de la com-
mission du chant de la ville de Paris; Doyen, sous-gouverneur de la Ban-
que de France ; Ed. Monnais, commissaire impérial près les théâtres
lyriques et le Conservatoire; Niedermeyer, directeur de l'Ecole de mu-
sique religieuse; Ed. Rodrigues, vice-président de la commission du chant
de la ville de Paris ; Besozzi ; Camille de Vos ; Delaporte ; Delsarte ;
Dietsch; Elvvart; Ermel ; Adrien de la Fage; Charles Gounod ; Laurent de
Rillé; Limnander ; J.-F. Vaudin. Le comité, ainsi constitué, s'est réuni
le 29 février 1860, chez M. Larabit, et a composé son bureau delà ma
nière suivante: MM. Larabit, sénateur, président; prince Poniatowski,
général Mellinet, Auber, Halévy, vice-présidents ; J.-F. Vaudin, secré-
taire. Après la formation du bureau, le comité a nommé une commis-
sion chargée d'étudier et de préparer ses travaux. Cette commission se
compose de: MM. Kastner; Ed. Monnais; Besozzi; Camille de Vos;
Delaporte; Elvvart; Ermel; A. de la Fage; Laurent de Rillé ; J.-F. Vaudin;
„% La Polonaiie qui lait partie du deuxième entr'actede Slruensée, de
Meyerbeer, va paraître incessamment choz les éditeurs Brandus et Du-
four.
*% M. Vincent Adler donnera, samedi prochain 10 mars, une séance
musicale dans les salons d'Erard. 11 fera entendre, entre autres, les mor-
ceaux suivants de sa composition ; la Gitana, fantaisie sur le Domino
noir ; la Styrienne et Scène de bal.
a** Auguste Kœmpel, l'excellent violoniste, qui s'est fait entendre
dimanche dernier dans le concert de la Société des jeunes artistes du
Conservatoire, donnera une soirée musicale jeudi 8 mars, dans la salle
Beethoven, avec le concours de Mme Szarvady et de M. Muller. En voici
le programme : trio en si bémol, op. 97, de Beethoven, exécuté par
Mme Szarvady, MM. Kœmpel et Muller; concerto de Mendelssohn, exé-
cuté par M. Kœmpel ; sonate en fa mineur, n° 5, de J. S. Bach, exécu-
tée par Mme Szarvady et M. Kœmpel ; romance, rêverie et caprice de
Berlioz, exécutée par M. Kœmpel ; fantaisie sur des thèmes de VEnléve-
ment au Sérail et des Noces de Figaro, de Spohr, exécutée par Mme Szar-
vady et M. Kœmpel.
*** Le concert de Mme Pleyel reste fixé au 7 mars, et aura lieu dans
la salle de l'hôtel du Louvre.
*** Incessamment doivent paraître chez les éditeurs Brandis et Du-
four : le Carillon, composition originale, et les transcriptions sur le
Prophète et le Pardon de Ploërmel, composées et exécutées avec un si
grand succès par Jacll à son concert de vendredi.
*** C'est toujours jeudi, 8 mars, qu'a lieu, dans la salle Herz, le
concert de Prudent dont nous avons donné le programme.
**,<, Parmi les nombreuses soirées consacrées à la musique, nous
devons mentionner celles que donne, dans l'un des plus beaux
salons de la rue Hauteville, M. B..., amateur distingué de cet art. Avant-
hier il y avait nombreuse et brillante réunion : Herman, dans
une fantaisie pour le violon sur Robert le Diable, Nathan, dans un air
varié du Pirate, pour le violoncelle, Lebeau, dans des morceaux pour piano
et orgue fort remarquables, tels que Loreley et autres, ont fait, à di-
verses reprises, applaudir leur beau talent. Dans la partie vocale Mlle de
la Pommeraye a charmé l'auditoire dans Sania-Lucia. et un air-valse
d'une grâce exquise et composé par elle. La charmante cantatrice de
l'Opéra a eu également tous les suffrages dans le rôle d'une pièce à deux
personnages : Deux et deux {ont deux, écrite par son frère qui s'y est éga-
lement montré excellent acteur. La musique de cette bluotte, composée
par Mlle de la Pommeraye, a beaucoup plu, et c'est aux applaudissements
unanimes que les noms des auteurs ont été prononcés. L'une des élèves
des mieux douées de l'excellent professeur M. Bonoldi, Mme Pellegrin, a
fait valoir ses brillantes qualités de cantatrice, notamment dans la partie
vocale du prélude de Bach, qui a dû être répété.
„,% M. Lincelle, chanteur comique, qui a chanté avec beaucoup de
succès en province la chansonnette de Bourget, C'est ma fille, donnera le
dimanche 11 mars une grande matinée musicale dans la salle de lécole
Lyrique.
*** A la suiie de plusieurs accès de folie caractérisée terminés par
une tentative de suicide, M. Jullien, le célèbre chef d'orchestre, a dû
être transféré dans une maison de santé.
*** M. Auguste Durand, organiste de Saint-Roch, donnera, le jeudi
8 mars, à deux heures, salle Herz, un concert dans lequel il fera enten-
dre ses nouvelles compositions pour l'orgue Alexandre. Mlle Faivre,
MM. Battaille, Ilermann et Barthe prêteront leur concours au bénéfi-
ciaire. On terminera par Qui femme a guerre a, comédie de Mlle Augus-
tine Brohan, jouée par Mlle Fix et M. Bressant.
„% La soirée musicale de Joseph Franck est toujours fixée au jeudi
8 mars, et aura lieu dans les salons d'Erard. Le jeune artiste s'y fera
entendre comme pianiste, violoniste, organiste et compositeur, avec le
concours de MM. Coninx, Diémer, Altès, Colonne, Adam, Dufour, Ver-
rimst, Capoul et Petit.
„,*„, M. A. Bessems donnera le 1 S mars prochain, dans les salons d'E-
rard, une séance de musique classique des plus intéressantes; M. Bes-
sems sera secondé par MM. Saint-Saëns, Lee et Sapin, de l'Opéra.
*% Nous avons promis â nos lecteurs de leur faire connaître, au moins
par quelques .fragments, l'ouvrage ayant pour titre : Observations de
quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique, de
M. le docteur Chevé, lequel porte les signatures de MM. Auber (de
l'Institut), Carafa (id.), Clapisson (id.), Ermel, Victor Fouché, président ;
Casimir Gide, Charles Gounod, F. Halévy(de l'Institut), Jomard (id), géné-
ral Mellinet, G. Meyerbeer (de l'Institut), Edouard llonnais, Niedermeyer,
Edouard Rodrigues, vice-président ; Ambroise Thomas (de l'Institut),
Varcollier, membres de la commission de sur «■ illance d« l'enseignement du
chant dans les écoles communales de Paru. — 11. Berlioz (de l'Institut);
Dietsch, chef d'orchestre de l'Opéra; Georges Kastner (de l'Institut) ; J.
d'Ortigtie, directeur rédacteur en chef de la Maîtrise ; Pasdelpup, F. Ba-
zin, directeur de l'Orphéon de Paris. En attendant que nous puissions
tenir notre promesse, nous avons hâte d'annoncer que l'ouvrage est en
vente chez Michel Lévy frères, rue Vivienne, 2 62s, et que chacun peut
se le procurer uu prix de 1 franc.
„*» Au nombre des passagers qui ont péri dans le naufrage du paquebot
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
la Louise se trouve une troupe tout entière de comédiens ilatiens qui
se rendaient à Bastia et à Ajaccio. Le directeur de la troupe et son fils
ont seuls échappé à la mort.
*% M. Camillo Moscheck, professeur à l'école de musique et éditeur
de Caecilia, journal musical, vient de mourir à Laybach.
*** Le nombre des concerts augmentant chaque jour, l'espace nous
manque pour annoncer chacun d'eux en particulier ; nous nous borne-
rons donc à indiquer par ordre de dates ceux qui vont avoir lieu cette
semaine :
Le 6 mars, dans les salons Pleyel, deuxième soirée de MM. Cuvillon
et Georges Pfeiffer.
— Dans la nouvelle salle d'Érard, à huit heures du soir,
concert donné par Mlle Albertine Zadrobilek.
Le 9 mars, dans la nouvelle salle d'Erard, soirée musicale donnée par
M. Greive, artiste du théâtre Italien, avec le concours de
Mme Cambardi, de MM. Gardoni, Merli, Armingaud, Lee,
Lapret, Lalo et Lubeck.
Le 1 3 mars, dans les salons Pleyel, concert donné par Mlle Leclercq,
avec le concours de Mme Delaunay-Riquier, Jules Petit ,
Malézieux , Herman et Jules Lasserre.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
»% Toulouse. — L'Etoile du Nord, exécutée en grand opéra et avec les
récitatifs, vient de faire son apparition sur notre grand théâtre. La salle
était comble et le succès a été colossal. Mme Rauïs, Derivis et Dorgeval
ont été ■ rappelés avec enthousiasme. Notre chef d'orchestre avait mis
un soin tout particulier à remonter l'œuvre de Meyerbeer et à bien
étudier l'exécution des nouveaux morceaux de la partition. Aussi jamais
cet opéra n'a-t-il marché avec autant d'ensemble et n'a-t il obtenu pareil
succès. L'arrangement déP Etoile du Nord en grand opéra a été très-habi-
lement fait par M. Danglas.
»** Nantes. — Diverses circonstances indépendantes de la volonté de la
direction avaient retardé la première représentation du Pardon de Ploer-
mel ; enfin elle vient d'avoir lieu hier mardi et le succès a été prodigieux.
On sait que notre administration municipale avait apporté une sollici-
tude particulière à l'exécution future du nouveau chef-d'œuvre de
Meyerbeer, en envoyant exprès son architecte à Paris pour assister à la
première représentation et se rendre compte de la mise en scène et des
décorations. Elle n'a donc rien épargné pour égaler le théâtre impérial
de l'Opéra-Comique et elle y a réussi. M. Bernier a fait cinq magnifiques
décors, et l'orchestre, sous la direction de M. Solié, qui est on même
temps administrateur du théâtre en participation avec la ville, a rendu
la musique avec une admirable perfection. Mme Lavoye chantait le rôle
de Dinorah, M. Magne celui d'Hoel, M. Charles celui de Corentin. Nous
reviendrons sur l'exécution de cette magnifique partition qui n'a rien
laissé à désirer. On a repris le Prophète et Robert le Diable; Mme Bor-
ghèse dans les rôles de Fidès et d'Alice, et Mlle Lavoye dans celui d'I-
sabelle, ont obtenu un franc et brillant succès partagé du reste par
MM. Mirapelli et Pérlllé. — Le Pardon ae Ploërmel est attendu de jour
en jour; la direction n'a pas dépensé moins de 20,000 francs pour
monter dignement l'jeuvre du grand maître. — Le succès des Dragons de
Villars se continue devant des salles combles et avec des recettes splen-
dides.
*** Angers. — Les décors du Pardon de Ploërmel son! arrivés de Paris,
les répétitions sont poussées avec la plus grande vigueur, et le nouvel
opéra de Meyerbeer sera joué dans quelques jours. On va reprendre
V Etoile du Nord.
K:\ Avignon. — Marina vient d'obtenir un très-beau succès, et a valu
à ses interprètes principaux, M. Bussi-Masset et Mlle Erambert, les plus
chaleureux applaudissements. — La reprise de Robert le Diable a été
1 occasion d'un nouveau triomphe pour M. Bussi, et enfin Guillaume Tell,
que notre ténor avait choisi pour son bénéfice, lui a valu des applau-
dissements, des couronnes et un rappel unanime.
*** Nîmes. — Le Toréador a été l'occasion d'un succès de plus pour
Mme Fuuré, qui a joué et chanté de la façon la plus charmante tout le
rôle de Coraline, et surtout les variations de l'air populaire : Ah ' vous
dirai-je, maman.
**» Caen. — On a monté le Cheval de bronze; le délicieux opéra-comi-
que dAubera obtenu un très-brillant succès; M. Lucien Bourgeois a été
charmant dans le rôle du prince. M. Gilberd David et Mme Melvil l'ont
très-bien secondé. — Après les représentations de Mlle Cordier, dont
nous avons rendu compte, est venue Mme Borghi-Mamo, qui a chanté
plusieurs morceaux du Prophète et qui a remporté un véritable triomphe,
i V A'ancV- ~ M- Litté- notre ^nor léger, a choisi pour son bénéfice
la Martlia, do Flotow, représentée onze fois l'année dernière ; l'ouvrage
a étc accueilli avec le même plaisir et les mêmes sympathies que
Ijin dernier, et nous ne doutons pas qu'il ne tienne largement sa
place au répertoire jusqu'à la fin de la saison. On s'occupe avec la plus
grande activité de la mise en scène du Pardon de Ploërmel.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*** Londres, 1er mars. — Décidément M. E. T. Smith, directeur du
théâtre de Drurylane, a pris à bail le théâtre de Sa Majesté pour sept,
quatorze ou vingt années. — Au Royal english Opéra, un nouvel ou-
vrage de Vincent Wallace vient d'être représenté, sous le titre deLurliyie.
C'est un grand opéra dans l'acception française; du mot, sans dialogue,
avec récitatifs et orchestre continu. Le poëme, tiré des légendes popu-
laires du Rhin, a pour sujet les amours d'une nymphe des eaux avec un
simple mortel. D'abord la nymphe entraîne celui qu'elle aime dans l'hu-
mide empire qu'elle habite, puis elle l'en laisse sortir, dans l'espoir
qu'il y reviendra de lui-même, et enfin elle obtient la grâce de devenir
aussi mortelle pour pouvoir épouser son amant. Wallace n'avait rien
écrit pour le théâtre depuis 1846, année dans laquelle il avait fait jouer
Malilda of Eungary. Le succès de Lurline a été fort brillant, et peut-être
cette partition est le chef-d'œuvre de son auteur. Sept morceaux ont
été bissés. Miss Louisa Pyne, qui chante le rôle principal, n'a jamais eu
de musique mieux écrite à sa taille, ni plus favorable à son talent
M. Harrison n'est pas moins bien partagé dans le rôle de Rudolph, et
M. H. Corri a beaucoup réussi dans celui de gnome, surtout en chan-
tant un original et charmant brindisi. Miss Pilling et miss Fanny Cruise
méritent aussi une mention laudative. La mise en scène est magnifique.
Les chœurs et l'orchestre se signalent sous la direction de M. Alfred
Mellon.
*% Bruxelles. — On presse les répétitions de Gustave III dont la pre-
mière représention aurait déjà eu lieu sans l'indisposition de M. Depoi-
tier et sans l'accident plus récent arrivé à Mme Dupuy. On dit merveille
de la façon dont M. Wicart chante et joue le rôle de Gustave. Dans quel-
ques jours on reprend les Dragons de Villars pour Mlle Boulard. Le Par-
don de Ploërmel continue à être joué devant des recettes fabuleuses.
j*x Gand. — Le Pardon de Ploërmel continue le cours de son brillant
succès. Représenté pour la première fois le 21 décembre, l'œuvre de
Meyerbeer en est aujourd'hui à sa douzième représentation et toujours
avec une vogue croissante. — La reprise de ifarlha a été très-heureuse et
a fait applaudir MM. Talon, Zelger, Mines Jouard et Lacourt.
^% Stuttgard.— Les représentations de Dinorah ont été interrompues
par les fréquentes indispositions des trois artistes chargés des princi-
paux rôles. On a profité de ce temps d'arrêt pour substituer à l'appareil
Muhldorfer un décor qui imite parfaitement l'eau naturelle, disposition
qui abrège les entr'actes de près d'une demi-heure. — Pour la fête du
prince royal qui a lieu sous peu, on reprendra VEtoile du Nord qui n'a
pas été jouée depuis assez longtemps. On a mis en répétition les Gaies
commères de Windsor, de Nicolaï. Les concerts d'abonnement de la cha-
pelle royale sont très-courus. Nous avons peu de concerts particuliers :
les soirées de quatuor de Barnbeck, Haeser, Buyssere attirent beaucoup
de monde.— M. G. Kriiger, première flûte de S. M. le roi de Wurtemberg
et. père du célèbre pianiste-compositeur W. Kriiger, a célébré, le 18 fé-
vrier dernier, le 50" anniversaire de son service comme membre de la
chapelle royale. Il a reçu, à cette occasion, de nombreuses et touchantes
marques de la considération dont il jouit ici. Le roi lui a envoyé par
M. le baron de Hall, son chambellan et intendant du théâtre de la Cour,
la décoration de l'ordre de la Couronne. Les membres ]de la chapelle
royale lui ont donné, dans la journée, un banquet présidé par M. le baron
de Hall et M. Kucken, le maître de chapelle. Le lendemain, un autre banquet,
donné en son honneur, a réuni plus de cent personnes appartenant à
toutes les classes de la société. Ajoutons à ces manifestations une
aubade, une sérénade, des vers chantant ses louanges, des lettres de
félicitations venues de toutes parts, de riches cadeaux offerts par un
grand nombre de ses amis et anciens élèves, et nous pourrons dire que
rarement un artiste a été fêté plus complètement. Ce seront pour lui et
particulièrement pour ses trois fils, qui marchent dignement sur les
traces de leur père, des souvenirs précieux et ineffaçables.
x*x Berlin. — Le 18 février a eu lieu, sous la direction de Meyerbeer,
un concert à la cour, auquel assistaient également le corps diplomati-
que, des députés, un grand nombre de généraux et d'officiers : en tout
quinze cents personnes. Ont été exécutés : l'ouverture d'Egmont ; hymne
de la Vestale, de Spontini ; marche du Songe d'une nuit d'été; air du
Stabat, de Kossini ; ouverture de Struensée, par Meyerbeer ; scène d'Or-
phée; scène du Trovatore, de Verdi; finale du Comte Ory, de Rossini. Pen-
dant le concert, Meyerbeer trouva sur sou pupitre un bâton de mesure
enrichi d'or et de pierres fines, et à côté un magnifique bouquet, avec
cette inscription : « Offert à Meyerbeer de la main de la princesse de
Prusse. » L'illustre maestro se montra vivement touché d'un tel hom-
mage ; à peine avait-il passé quelques fleurs à sa boutonnière, que le
prince régent, donnant le bras à la princesse, s'avança vers lui et lui
adressa les paroles les plus flatteuses. — Au théâtre de la Cour, Mlle de
Ahna a chanté pour la première fois le rôle de Fidès, du Prophète, et a
surpassé l'attente générale. L'éminente cantatrice avait étudié avec le
plus grand soin ce rôle si dramatique; sa voix a une fraîcheur juvénile,
le timbre en est des plus sympathiques. Après la grande scène de la ca-
thédrale, Mlle de Alina a eu les honneurs du rappel. — L'Opéra Italien a
DE PARIS.
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joué Don Pasquale . dans le rôle de Norina, Mlle Vilhorst a débuté avec
succès.
„% Manheim. — A l'occasion du huitième anniversaire de sa fonda-
tion, la Tonhalle vient de mettre au concours un prix de 1o0 florins,
qui sera décerné à l'auteur du meilleur trio pour piano, violon et vio-
loncelle, |dont l'exécution toutefois n'exige pas des virtuoses propre-
ment dits. Le terme du concours est fixé au 31 juillet. Les ouvrages
envoyés au concours resteront la propriété des auteurs.
*** Hambourg. — La troupe italienne de Berlin est engagée pour six
représentations au théâtre de la ville, à raison de 3,000 fr. par repré-
sentation. La musique composée par Robert Schumann pour le Manfred,
de lord Byron, a été exécutée au dix-huitième concert de la Société mu-
sicale. L'ouverture, le Requiem et quelques autres morceaux ont produit
de l'effet ; au total, succès d'estime. Dans la seconde partie du concert,
Jules Stockhausen s'est fait entendre avec beaucoup d'effet dans l'air du
Valet de chambre, deCarafa, celui du Barbier, de Rossini, et des lieder, de
Schubert.
„% Vienne. — Dans une très-belle représentation du Prophète, Grin-
minger a très-bien interprété le rôle de Jean de Leyde. La Martha, de
Flotow, a fait salle comble, Ander chante le rôle de Lyonel de manière à
électriser l'auditoire. — Le numéro 7 du journal viennois Recensionen a
été saisi à cause d'un article où l'on discutait les prix d'entrée au théâ-
tre de l'Opéra de la cour.
„,** Genève. — Dix représentations consécutives du Pardon de Ploermel
n'ont pu satisfaire encore l'enthousiasme inspiré par le nouveau chef-
d'œuvre du maître. Vantrappe, Marval et Mlle Ernon continuent à se faire
applaudir con frenezia dans les principaux rôles.
**„, Nice. — Mlle Octavie Caussemille vient d'ajouter un nouveau
fleuron à sa couronne d'artiste en jouant ici, dans le salon de la reine
douairière de Danemark, plusieurs morceaux qui ont ravi la noble as-
semblée. Sa Majesté, en offrant à l'éminente pianiste ses remercîments
et ceux de sa société, a daigné l'inviter à revenir à sa royale villa pour
y faire de la musique intime. La princesse dont il s'agit est veuve du roi
Chrétien VIII ; née le 28 juin 1796 et mariée le 22 mai 1815, elle a
perdu son époux le 20 janvier 1848. — 11 y a quelques jours, Seligmann
aussi a donné un brillant concert. Une pastorale de sa composition sur
le vieil air II pleut, il pleut, bergère, a été fort goûtée et applaudie. Invité
chez la reine de Danemark, il y a produit beaucoup d'effet.— Au théâtre,
l'opéra italien règne à peu près sans partage, et la Sanchioli s'y distin-
gue toujours : bon nombre d'amateurs et de connaisseurs la placent au-
dessus de Mme Borghi-Mamo.
*** Turin. — Guillaume Tell vient d'obtenir un succès colossal au
théâtre Regio. Les interprètes étaient Tiberini , L'Ortolani et Bene-
ventano .
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84
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ACTE ior.
Ouverture.
1. ■',.(:. iig' pour voix d'homme : Fêtons noire étoile chérie.
"2. Duo chanté par Mlle Monrose et Mlle Lemercier: Ma chère, à la
sorcellerie.
3. Couplets chantés par M. Montaubry : J'aime l'or, ducat ou pistole.
Z'bis. Les mômes, transposés pour baryton ou mezzo-soprano.
3 ter. Les mêmes, transposés pour basse.
U. Couplets chantés par M. Prilleux : C'est un grec! c'est un grec\
5. sicilienne chantée par M. Crosti : Vive! vive notre belle Sicile.
5 bis. La même, transposée pour basse.
G. Duo chanté par Mlle Monrose et M. Montaubry: Laissez-vous atten-
drir, marquise.
6 bis. Roniauccro extrait du duo chanté par Mlle Monrose : Elvire
régnait à Munie.
7. Couplets chantés par Mlle Lemercier: Dûs villas, des palais.
ACTE II.
S. Barearolle chantée par M. Montaubry : Si la brise folle.
8 bis La même, pour basse chantante ou baryton.
8 ter. La même, pour mezzo-soprano.
9. Air chanté par M. Montaubry : Ah! vive Dieu, l'amour m'appelle.
KETTEBGB. — Fantaisie -Transcription
Quadrille par Arban. — Valse par Strauss. —
Duettino chanté par Mlle Lemercier et M. Montaubry : Endor-
mons et fermons les i/eux soupçonneux.
&rana air chanté par Mlle Monrose : Est-ce un doux mensonge ?
bis. Stances extraites de l'air pour soprano: Suis-je l'hirondelle,
ter. Les mêmes, transposées pour mezzo-soprano.
Duo chanté par Mlle Monrose et M. Montaubry : Oh! non, je ne dors
pas, je veille.
Trio chanté par Mlle Monrose, MM. Montaubry et Crosti : Ah! ah!
ait! ah! ah! ah! la bonne folie.
ACTE III.
Clieeur pour voix d'houimes : Posons des gardes sans nombre.
Couplets chantés par M. Crosti : Puisque de ces biens de la terre,
bis. Les mêmes, transposés pour ténor.
Air cacliuclin chanté par Mlle Monrose: Ah! je saurai pour vous,
bis. Le même transposé pour mezzo-soprano.
Trio chanté par Mlles Monrose, Lemercier et M. Montaubry : Beauté,
jeunesse et folle ivresse.
E!<: eu anec chantée par M. Montaubry: Ah ! ce serait un crime,
bis. La même, transposée pour mezzo-soprano.
ter. La même, transposée pour baryton.
quater. La même, transposée pour basse.
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GAZETTE MUSICALE
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : Pierre de Médicis, opéra en
quatre actes, paroles de MM. de Saint-Georges et Emilien Pacini, musique du
prince J. Poniatowski, par Paul Smith. — Concert de Mme Marie Pléyel. —
Concert d'Emile Prudent. — Auditions musicales, par Adolphe ISotte. —
Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique,
par Fétis père (l!r article), par Paul Smith. — Correspondance : Rouen et
Nantes. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA.
PIERRE DE MÉOICES,
Opéra en quatre actes et sept tableaux, paroles de MM. de Saint-
Georges et Emilien Pacini , musique du prince J. Poniatowski ,
ballets de M. Petitpa, décors de MM. Nolau, Robe, Martin, Des-
plechin, Thiery et Cambon.
(Première représentation le 9 mars 1860.)
On sait que Voltaire dans sa jeunesse disait un jour au prince de
Conti, qui venait de lire des vers de sa façon : Sommes-nous tous
princes ou tous poètes? Quelque chose d'analogue pourrait fort bien
se dire à l'Opéra, depuis que des princes et des ducs régnants ne
dédaignent pas d'y faire de la musique. L'inégalité des conditions
disparaissant devant la rampe, il ne s'agit plus de la qualité de l'au-
teur, mais de celle de l'œuvre et de la manière dont le public l'a
reçue. M. le prince Poniatowski voudra donc bien nous pardonner, si
nous ne faisons pas plus de façons avec lui qu'avec un compositeur
de profession, et, du reste, il a déjà pris une telle place dans l'art mu-
sical qu'on pourrait fort bien s'y tromper. Sa nouvelle œuvre devait
exciter d'avance une curiosité des plus vives, et c'est pour y satisfaire
que le lendemain même de son apparition, nous nous hâtons d'en
tracer une rapide esquisse, et d'en constater l'heureux destin.
Pierre de Médicis n'a pas laissé un grand renom. Fils de Laurent
le Magnifique, il lui succéda dans le gouvernement de Florence d'où il
fut chassé au bout de deux ans et mourut dans l'exil, après de vaines
tentatives pour reconquérir ce qu'il avait perdu. A Julien, son frère,
était réservé l'avantage de revoir son pays et d'y rétablir la supré-
matie de sa famille, sans s'illustrer lui-même. Le véritable héros de
cette époque, l'homme qui remplit la république de fanatisme et d'a-
gitations, en la dominant par son éloquence, pendant l'interrègne des
Médicis, ce fut Jérôme Savonarole, le fougueux et courageux adver-
saire du pape Alexandre VI. La vie de Savonarole se termina sur un
bûcher, et sans doute on y trouverait la matière de l'un des drames
les plus émouvants que fournisse l'histoire, mais ce n'est pas là
le sujet d'un opéra. Dans le libretto de MM. de Saint-Georges et Emi-
lien Pacini nous ne voyons qu'un pâle reflet de cet étrange et sublime
personnage sous les traits du grand inquisiteur Fra Antonio. Le grand
inquisiteur a une nièce jeune et belle, Laura Salviati, dont les deux
frères Pierre -et Julien sont amoureux, et de là vient qu'ils se con-
duisent l'un envers l'autre comme des frères ennemis.
Une ouverlure élégante, d'un coloris tendre et presque pastoral,
précède le lever du rideau, et le premier tableau découvre à nos
yeux la salle des fêles des ducs de Médicis, à Pise. Un chœur chanté
à demi-voix, qu'accompagne le canon avec sourdine, nous annonce
l'arrivée de Pierre, arrivée qui n'a pas l'air de faire grand plaisir à
Julien. Pierre rayonne au contraire de bonheur et de joie, il dit aux
Pisàns :
Pour vous j'abandonne Florence,
Ville d'amour! ville de fleurs!
Et j'apporte avec l'espérance
Les jeux, les fêtes, les spleudeurs.
A d'autres les soucis du trône !
Moi, pour fleurons de ma couronne
J'ai pris les roses du plaisir.
Julien remet à son frère les clefs de la ville dont il était dépositaire
en son absence. Laura Salviati paraît, et la rivalité fraternelle se des-
sine dans un large morceau d'ensemble. L'instant d'après, l'amoureux
Pierre demande au grand inquisiteur la main de sa nièce : celui-ci
fait d'abord semblant d'hésiter, mais il ne tarde pas à se rendre. La
scène change et nous passons dans la ravissante chambre habitée par
Laura, un vrai modèle de chambre que les grandes dames feront bien
d'imiter. A un chœur rempli de coquetterie et de grâce succède une ca-
vatine passionnée, dans laquelle Laura donne un libre cours à son
amour pour Julien. Il vient lui-même et confie à sa bien-aimée le
malheur qui les menace. Julien propose à Laura de fuir :
Viens, viens... suis moi... quittons ce lieu I
— Jamais, sans être unis tous les deux devant Dieu.
L'acte second nous transporte dans les jardins du palais ; les gens
de toute espèce y sont mêlés, confondus : on joue à la morra; on se
dispute : on veut même se battre, lorsque la fête commence, et que
l'on exécute, en présence de Pierre et de toute sa cour, un ballet
mythologique, intitulé les Amours de Diane. Le ballet est charmant,
mais un peu long, et l'on n'aura pas tort d'eu élaguer quelques épi-
sodes, sans rien ôter au rôle de Diane, que Mme Ferraris rem-
REVISE i-'ï GAZETTE MuSICALi
plit avec son merveilleux talent. Après le ballet, le grand inquisiteur,
qui a pénétré les secrets de sa nièce, en instruit Pierre, et celui ci
prend sur-le-champ ses mesures pour se débarrasser de Julien :
La gloire vous appelle,
Notre flotte a besoin d'un chef, d'un amiral,
Pour triompher de l'Infidèle.
Mais Julien ne se soucie guère de la mission qui lui est si brusque-
ment offerte, et, tout en l'acceptant, il répond:
A la plus noble dame,
J'ai donné ma vie et mon âme:
Je viens vous demander sa main.
Pierre et Julien se sont compris: ils se parlent à voix basse ; ils
échangent des regards de haine et de courroux. Laura devine que la
mort est au fond de leuis paroles. Cette scène dramatique a fourni
au compositeur le texte du plus beau morceau de sa partition, accueilli
par des bravos chaleureux et redemandé avec enthousiasme. La nuit
est venue , mais la luminara, dont le canon donne le signal, ramène
subitement le jour, et les danses reprennent sous les feux de mille
astres nouveaux.
Au troisième acte, Laura Salviati, qui s'est décidée à la fuite, ar-
rive conduite par un ami dans la maison d'un pêcheur sur les bords
de l'Arno. Elle y attend Julien , et c'est Pierre qui se présente avec
Fra Antonio. Pierre ne laisse à Laura d'autre alternative que de s'unir
à lui ou de se faire religieuse.
Je puis tout supporter... tout... hors la perfidie!
Et celle qui d'un roi peut repousser le vœu
Ne sera désormais que l'épouse de Dieu.
Pendant ce temps, Julien s'est rendu au Campo-Santo pour dire un
dernier adieu à la tombe de sa mère. Tandis qu'il la prie et l'implore,
il apprend que Laura lui est ravie : comme le comte do Lima dans le
Trouvère, il entend déjà les chants religieux qui annoncent une prise
de voile ; alors il n'hésite pas à tirer l'épée pour marcher avec les
conjurés contre son frère, Pierre de Médicis, et se venger de lui
doublement.
Dans l'intervalle du troisième au quatrième acte, un combat a eu
lieu : Pierre est blessé, il se traîne avec effort jusqu'à une auberge
éloignée de la ville, et là le repentir le saisit; il regrette ce qu'il a fait,
il voudrait révoquer l'ordre qu'il a donné, mais ses forces le trahis-
sent, et quand il demande assistance, nulle voix amie ne lui répond.
Enfin pourtant il trouve un bras sur lequel il s'appuie :
Pour préserver Laura du sort qui la menace
Et la rendre au bonheur, Monti, guide mes pas.
Par malheur il arrive trop tard, et quand il pénètre dans l'église
par la brèche, qu'il est obligé d'y ouvrir, quand il demande à Fra
Antonio ce qu'il a fait de Laura, Fra Antonio la lui montre en lui di-
sant :
La voici, monseigneur, elle appartient au ciel!
Tel est, en somme, le canevas sur lequel le prince Ponia-
towski a écrit une partition dans laquelle l'auteur de Don Drsidcrio
s'est produit sous un aspect nouveau pour nous, sans toutefois abjurer
ni même déguiser son origine italienne. Son inspiration est toujours
claire, facile, abondante ; son orchestre ne manque pas plus de variété
que de richesse. Outre les morceaux que nous avons cités, il y en a
plusieurs encore qui mériteraient une mention, si nous avions le temps
et l'espace. Mais il faut nous borner, et réserver le peu de lignes qui
nous restent au juste tribut d'éloges que réclame l'exécution de l'œuvre
totale. Parmi les chanteurs, Gueymard et sa femme, Obin et Bonnehéc
tiennent le premier rang : les sympathies unanimes se sont particu-
lièrement prononcées pour Mme Gueymard et pour Obin, qui ont été
l'objet d'une ovation des plus légitimes. Parmi les artistes delà danse,
nous avons déjà nommé Mme Ferraris, applaudie avec frénésie, et
après elle, nous citerions la jeune personne qui joue le rôle de l'Amour,
si son visage n'était infiniment plus joli que son nom.
Dès le premier coup d'oeil, les décors de Pierre de Médicis ont
obtenu un succès sans conteste ; on en a rarement vu d'aussi achevés,
d'aussi séduisants. Chaque tableau (et il n'y en a pas moins de sept)
est de la main d'un maître. Pour notre part, nous aurions peine à choi-
sir entre la chambre du premier acte et les bords de l'Arno du se-
cond. Les costumes surpassent en luxe et en magnificence tout ce
qu'on avait vu précédemment.
LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice assistaient au spectacle et ont
plusieurs fois applaudi l'ouvrage et les artistes, qui ont tous été rap-
pelés à la fin de celte belle représentation.
Paul SMITH.
COHCERT DE 1P MARIE PLEYEL.
La semaine a été féconde en exquises jouissances. De grands pia-
nistes se sont fait entendre ; mais personne assurément plus que
Mme Pleyel ne pouvait exciter les sympathies du monde musical et
compter sur un auditoire nombreux et distingué. Aussi, quoique spa-
cieux, les salons de l'hôtel du Louvre étaient-ils trop petits pour
contenir la foule empressée. 11 est bien difficile de rendre compte
d'un triomphe ; c'est beau, spontané, émouvant et ne saurait se dé-
crire. Disons pourtant que de l'avis de tout le monde, de tous ceux
qui, plus heureux que nous, avaient déjà entendu Mme Pleyel. jamais
elle ne s'était montrée mieux inspirée; disons aussi qu'on ne saurait
mieux jouer du piano, et que, malgré la renommée qui entoure son
nom, nous avons trouvé la grande artiste encore au-dessus de tout ce
qu'on nous avait dit de son exécution.
Au milieu de ce que nous entendons chaque jour, il est une chose
que nous ne nous lassons pas d'étudier : c'est la variété infinie de ces
talents qui se ressemblent par certains côtés et souvent par une ha-
bileté de mécanisme presque égale, mais qui pourtant ne font pas
éprouver, à beaucoup près, le même plaisir et ne tiennent pas le
même rang dans l'estime des connaisseurs. Ce qui les distingue les
uns des autres, c'est l'intelligence, le cœur, l'élévation des pensées et
des sentiments qui, passant clans le style, lui donnent ce charme inex-
primable, cette puissance d'émouvoir qui fait les vrais artistes. Cette
puissance, Mme Pleyel la possède au suprême degré. Peut-être con-
naissons-nous une ou deux virtuoses qui font aussi supérieurement les
difficultés ; mais combien elles sont loin de l'ampleur, de la noblesse
de style, des délicatesses, des tendresses ineffables que Mme Pleyel
trouve si aisément sur son clavier! Entre ses mains le piano a des
sons d'un moelleux ravissant ; jamais, sous prétexte d'énergie et de
passion, une note dure, sèche, criarde, ne vient affecter péniblement
l'oreille ; au contraire, tout est harmonieusement combiné et concourt
à l'effet général, mais cependant sans paralyser en rien la vigueur et
l'élan.
Dans le très-beau concerto de Mendelssohn et dans le non moins
beau concerto de Litolff, la célèbre pianiste luttait vaillamment avec
l'orchestre et gardait, comme une reine de piano, sa place de partie
principale avec une autorité de talent et une force d'inspiration qui
ont excité des acclamations vraiment enthousiastes. Un jeu fin, perlé,
adorable de clarté, plein d'expression et de poésie, une grande sévé-
rité alliée à une élégance parfaite, un art de phraser qui s'adresse
bien plus à l'esprit qu'aux sens, qui fuit le bruit et toute espèce d'af-
fectation, telles sont les éminentes et rares qualités qui ont encore
fait merveille dans le Songe d'une nuit a'été, de Mendelssohn, si
brillamment paraphrasé par Liszt.
Être artiste comme Mme Pleyel et fêtée comme elle, c'est une de ces
gloires qui ne laissent à la critique d'autre droit que celui d'admirer
avec la foule et d'admirer plus vivement qu'elle.
DE PARIS.
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Cette soirée a été délicieuse de tout point. De chaleureux bravos
ont accueilli l'ouverture des Noce* de Figaro, fort bien exécutée par
l'orchestre que dirigeait M. Pasdeloup ; la belle voix, la belle méthode
de Mme Borghi-Mamo et le chant de M. Graziani, qui serait le plus
admirable que l'on puisse entendre, si l'âme se faisait un peu plus
sentir sous les notes charmantes que possède le brillant baryton.
CONCERT D'EMILE PRUDENT.
Donner un concert n'est pas chose difficile. Il ne faut même pas
toujours beaucoup de talent pour cela ; mais en donner un en ce mo-
ment, au milieu des flots d'harmonie qui se répandent de tous côtés,
en donner un qui fasse sensation, qui réveille les admirations lassées,
qui élève tout à coup le public aux régions de l'enthousiasme le plus
sincère et le plus vif, nous paraissait presque impossible. C'est pour-
tant ce qu'a fait jeudi Emile Prudent. En vérité, quoique l'art soit
universel et ne connaisse pas de nationalité, c'est avec plaisir néan-
moins que nous avons vu encore une fois quelle place le célèbre
pianiste occupait, non-seulement dans notre école, mais à côté des
plus grands virtuoses de toutes les écoles .
Nous le demandons : que manque-t-il à ce talent pour être complet
et irréprochable ? Ce n'est assurément ni des doigts merveilleusement
habiles, ni un son admirable plein de nuances variées, ni un beau
style ; car au milieu des plus grandes effervescences de l'inspiration,
quand l'artiste se laisse emporter par le souffle puissant des maîtres,
ou par le souffle qui anime ses propres compositions, son style con-
serve toujours une correction, un goût d'une inaltérable pureté. Il ne
lui manque pas davantage ce charme qu'on ne saurait définir, don
précieux que de grands artistes regrettent toute leur vie de ne pas pos-
séder ; nous ne connaissons point de musicien plus sympathique ; il
captive, il entraîne, il émeut ; il a quelque chose d'irrésistible qui ne
laisse personne indifférent, et ravit ceux qui, à côté des qualités
natives, reconnaissent là aussi les traces d'études profondes et de mé-
ditations persévérantes.
Dans notre temps de hâtives récoltes, de préoccupations plus mer-
cantiles qu'artistiques, une véritable lutte s'engage dans l'esprit des
virtuoses qui ont des idées. D'un côté sont les succès rapides, cer-
tains, la publicité prompte qui accueille tout ce qui flatte le goût du
moment : un opéra a-t-il réussi, passionne-t-il les dilettantes, on se
met à l'œuvre, on arrange bien, quelquefois mal, les belles mélodies
qui viennent de charmer la foule réunie au théâtre, et le lendemain,
comme on dit, l'arrangement est sur tous les pianos ; de l'autre côté
sont les œuvres originales, vivant de leur propre vie. n'empruntant
rien à personne, et ne devant rien aux prestigieux souvenirs dramati-
ques. Dans ce dernier cas, la vogue est moins sûre, nous en convenons,
mais aussi le mérite est bien plus grand ; car on a beau mettre son
nom tout près des plus illustres, il n'en grandit guère pour cela, et ne
sera jamais, malgré tout, qu'un pâle reflet de la gloire qui le porte,
pour ainsi dire, en croupe. Nous disons que la vogue est moins assu-
rée, cela est vrai en général, mais ne l'a pas été pour Prudent qui,
pouvant révéler à la fois, grâce à sa magistrale exécution, les beautés
de l'œuvre et les secrets de l'inspiration, est arrivé, tout en écrivant
des choses difficiles, à répandre vite les idées qu'il venait de créer.
11 a fait entendre à son magnifique concert deux compositions nou-
velles : Chant du lac tranquille et Y Aurore dans les bois. Jouées après
le caprice sur la Sonnambula et ce petit chef-d'œuvre le Chant du ruis-
seau, qui avaient causé une émotion et un ravissement indescriptibles,
elles ont été religieusement écoutées et accueillies comme on accueille
tout ce qu'écrivent les maîtres. Dans le genre pittoresque et contemplatif
qu'il cultive depuis quelques annéts, Prudent ne s'amuse pas à faire
de la minutieuse et froide imitation. Il fait plus : il vous montre d'a-
bord un joli paysage frais, mystérieux, parfumé des mille senteurs dé-
licieuses que la nature a jetées profusément dans les forêts et au bord
des ondes ; puis le paysage s'anime et encadre les rêveries, les dou-
leurs ou les amours des promeneurs qui viennent oublier, se souvenir,
aimer et admirer les splendeurs dont ils sont entourés. Le composi-
teur a senti que le piano seul serait impuissant à peindre et à expri-
mer tant de choses à la fois, à réunir tant de bruissements, de mur-
mures, de silences éloquents, de chants plaintifs ou joyeux, et il a de-
mandé à l'orchestre, qu'il manie avec une grande originalité, les riches-
ses dont il avait besoin pour rendre toutes les chansons, toutes les
poésies qu'il entendait, tous les tableaux qu'il voyait dans son imagi-
nation. Est-il rien, par exemple, de plus original; de plus chaud, de
plus coloré, de plus franchement mélodique que la Chasse"! Non, cer-
tainement. Aussi, le public a-t-il voulu entendre deux fois celte belle
page. Il l'a redemandée avec un de ces enthousiasmes qui donnent
de nouvelles forces à l'artiste.
Admirablement compris et secondé par l'orchestre intelligent que
conduisait si bien M. Tilmant, Prudent l'a redite avec une verve vrai-
ment incomparable. Si parmi les morceaux qu'il a exécutés, il était
possible de dire lesquels ont le plus enchanté l'auditoire, ce serait as-
surément la Chasse et la sonate en si bémol de Mozart qu'il faudrait
citer. Cette sonate, jouée en perfection par Alard et Prudent, a été
pour ce dernier l'occasion de montrer qu'on pouvait être chef d'école
— d'une brillante et large école — et néanmoins dire les andanle de
Mozart avec les finesses, la simplicité, la douceur, la sensibilité pro-
fonde qu'ils demandent. Cette fête musicale, qui avait pompeusement
commencé par l'ouverture d'/tr/mont, une des œuvres les plus impo-
santes et les plus nobles qu'ait écrites Beethoven, avait aussi sa partie
vocale. Mme Viardot y brillait seule, mais d'un tel éclat, que la partie
instrumentale elle-même n'offrait ni plus de talent, ni plus de style.
Un rondo de VItaliana in Algieri, mais surtout la romance d'Orphée
et des airs espagnols ont tour à tour charmé, ému, ravi l'assemblée.
Tragédienne, musicienne, vocaliste admirable, Mme Viardot triomphe
de tout , des plus grandes difficultés et des quelques notes qui ont
perdu leur vigueur et leur limpidité. Pour faire oublier des notes al-
térées à un public plus amoureux du son que de l'âme et de l'inspira-
tion qui l'anime, que d'art ne faut-il pas !
Adolphe BOTTE.
AUDITIONS MUSICALES.
Alfred Jaell. — «Jacolti. — Mlle Anna Knll. — M. et
SIme Edouard Lyon. — Mlle Alberfine Zadrobilek.
Depuis Rubinstein, aucun artiste étranger n'a produit ici, ce nous
semble, une aussi vive sensation qu'Alfred Jaell. Certes nous avons
entendu des pianistes très-distingués ; quelques-uns ont montré cet
hiver encore de sérieuses et belles qualités ; mais nul ne s'est élevé
à cette hauteur, tous ont laissé désirer quelque chose de plus com-
plet, de plus achevé, sinon du côté du mécanisme, au moins du côté
de l'expression, du charme et du style.
Nous ne dirons pas que Jaell est très-fort, qu'il exécute les octaves,
les trilles, les difficultés de la main gauche avec une admirable su-
périorité, à quoi bon ? Il a cela de commun avec bien d'autres qui
pourtant sont loin d'atteindre comme lui à ce but suprême de l'art,
à cette perfection que, plus heureux ou mieux doué, il a enfin ren-
contrée ; mais nous dirons qu'il attaque la note d'une façon toute
particulière, qu'il a un son bien à lui, un son puissant, velouté, ca-
ressant, énergique sans sécheresse, doux sans mignardise. Cette belle
qualité de son, que les pianistes en général ne recherchent peut-être
pas assez, donne seule au piano cependant l'éclat, le coloris et la vie.
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
C'est pour avoir évité les placages lourds et secs, les bruits confus
et tumultueux, pour ne pas s'être contenté des difficutés brillantes et
des grâces coquettes ; c'est surtout pour avoir cherché, creusé, pour
avoir su animer toutes ses notes que Jaell a une physionomie à part et
qu'il est l'un des plus grands virtuoses que nous ayons entendus. La jeu-
nesse, la vigueur, la fougue de son exécution, tempérées par un art
profond qui en contient, en maîtrise et en arrête les écarts et les exu-
bérances, tout en leur laissant de la spontanéité, est une chose char-
mante à voir et d'où résulte une grande originalité. Dans les neuf
morceaux qu'il a joués, il a été tantôt sévère, rêveur, tantôt tendre,
entraînant, pathétique, fantaisiste ; mais toujours pur, sacrifiant tout
à l'expression poétique, vraie et sans emphase.
Que n'a-t-on pas dit du piano? Oubliant quel puissant moyen de
propagation il a été, quelles œuvres distinguées, quels chefs-d'œuvre
mêmes les compositeurs modernes ont écrits pour lui, on n'a pas craint
d'avancer qu'il avait été plutôt funeste qu'utile à l'art, que sous les
fleurs de ses ornements, il avait plus d'une fois comprimé la pensée
musicale ; enfin que, dans une trop grande abondance de notes, il
avait fait négliger et même oublier la correction du style. Quoi qu'il en
soit, les esprits les plus prévenus, les plus récalcitrants eussent été
obligés de se rendre, et d'avouer qu'entre les mains de Jaell, il chan-
tait à ravir et phrasait avec une égalité et une liaison parfaites. Un
seul concert, donné la semaine dernière dans la salle Herz, a suffi pour
révéler toutes les faces de ce magnifique talent.
Ses transcriptions du Prophète et du Pardon de Ploërmel sont dé-
licieuses. Nous entendons partout les ravissantes mélodies du Pardon :
chanteurs et instrumentistes les disent à l'envi les uns des autres ;
mais nous les retrouvons rarement, comme sous les doigts délicats,
fins et expressifs du jeune pianiste, aussi fraîches, aussi touchantes,
aussi semblables à ce que les a faites l'illustre maître.
Avec M. Hans de Bulow, Jaell a exécuté les Préludes, de Liszt,
poëme symphonique pour deux pianos. Quoi qu'on en dise, le public
est bon juge, et le nom d'un artiste célèbre, pas plus qu'une interpré-
tation transcendante, ne peut lui en imposer. La sympathie et l'admi-
ration ne se commandent pas. Sous des phrases sonores et quintes -
senciées, malgré des recherches de forme, qui certes ont bien leur
prix, il a parfaitement distingué la pauvreté mélodique de ces Prélu-
des et n'a pas paru goûter cet ouvrage autant que le mérite des exé-
cutants. Deux morceaux de Jaell, le Carillon et Galop fantastique, font
honneur à son inspiration. Si pour quelques auditeurs le mot carillon
était synonyme de grand bruit, ils ont dû être quelque peu étonnés ;
car pendant cette gentille page on croyait entendre, mais agrandi,
tout ce que la harpe a de plus doux, de plus poétique et de plus
aérien. Les sons aigus du piano, souvent employés par l'auteur, per-
daient leur petit cri perçant et arrivaient à des effets harmonieux et
délicats, sans toutefois tomber dans celte affectation, dans ces opposi-
tions violentes qui étonnent plus qu'elles ne charment. Sivori et Jaell
ont fait un égal plaisir, un plaisir extrême, dans la belle sonate en
sol, op. 30, de Beethoven. L'archet de Sivori a des douceurs sans
pareilles, des sons qui n'appartiennent qu'à lui. Une véritable ova-
tion, a été faite au célèbre violoniste, après son éblouissante Taren-
telle. Plusieurs fois il a été rappelé avec un enthousiasme capable
de décourager les petits redemandâmes ordinaires.
— G. Jacobi, un des bons élèves de la classe de M. Massart, a fait
entendre, à la soirée qu'il donnait samedi dans la salle Herz, le diffi-
cile et beau concerto de Mendelssohn. Il y a mis tout ce qu'y mettent
en général tous ces jeunes gens dont le talent est réel ; il y a même
mis quelque chose de plus qui promet un artiste tout à fait distingué
et plutôt expressif que bouillant.
Jacobi a la justesse, le style correct et pur qu'on puise au Conser-
vatoire ; il a aussi la mélancolie, le charme qu'on puise davantage
dans sa nature et dans son propre cœur. Son jeu ressemble encore
un peu trop au jeu de tous les artistes élevés à la même école ; mais
c'est là un défaut de l'âge.
Quand il sera assez sûr de lui pour chercher son originalité, quand
il pourra se dégager de certains liens et qu'il ne suivra pas aussi fidè-
lement les excellentes indications qu'il est bon d'oublier quelquefois,
son talent aura assurément une physionomie plus particulière.
Une fantaisie sur des mélodies de V Etoile du Nord, une prière et
une valse de concert, composées et fort joliment exécutées par le jeune
violoniste, ont fait grand plaisir. Elles ont prouvé que s'il ne tenait pas
encore la plume aussi bien que l'archet, il savait néanmoins arranger
avec goût les inspirations des maîtres, les comprendre et les suivre
amoureusement avec le respect et l'enthousiasme que commande le
génie, et qui conviennent si bien aux débutants ; elles ont prouvé,
de plus, qu'il pouvait trouver dans son imagination des chants
gracieux, frais, distingués, et dans son savoir les moyens de les harmo-
niser très-convenablement.
Ne m'oubliez pas et Sérénade, poésie de Victor Hugo, douces,
rêveuses et mélancoliques cantilènes de M. Charles Manry, ont été
pour Mme Riquier-L'héritier l'occasion de faire plaisir à tous et de
montrer qu'elle savait dire les choses fines et touchantes avec infini-
ment de grâce. Ces deux nouvelles compositions de M. Ch. Manry
ont d'ailleurs donné la preuve de la flexibilité de son talent consacré
d'ordinaire à des œuvres plus sérieuses ; elles sont pleines de sen-
timent.
Fauvette et Chanson déjeune fille, bluettes de Mlle Marie Darjou,
jouées par elle avec beaucoup de délicatesse et d'élégance, ont été
très-applaudies. Un étincelant scherzo, d'Emile Prudent, son maître,
et un rondo, de Beethoven, ont présenté le talent de la gracieuse pia-
niste sous un aspect non plus aimable, mais bien plus brillant et bien
plus varié.
M. Delaunay-Riquier a bien voulu remplacer M. Dumestre, indis-
posé subitement, et a chanté l'air de la paresse de Galathée et le duo
du Barbier de Séville, avec sa femme. Mlle Hamakers a chanté l'air
du premier acte de Lucie.
— Mlle Kull s'estfait entendre dimanche dansles salons Pleyel-Wolff.
Son exécution ne brille ni par une grande hardiesse, ni par une
grande pureté, surtout dans sa manière d'aborder les difficultés;
mais elle joue avec beaucoup de douceur et de sensibilité. Des mor-
ceaux de Servais et de Batta ont été phrasés avec goût par la jeune
violoncelliste. Ketterer a eu les honneurs de la partie instrumentale ; il
a exécuté plusieurs de ses compositions de façon à mériter de sympa-
thiques bravos. Un air du Démon de la nuit, chanté par M. Gloggner,
a fait apprécier une fois de plus les inspirations heureuses, les har-
monies charmantes et toujours distinguées que Rosenhain rencontre
ordinairement et qu'il a plus particulièrement prodiguées dans cette
très-jolie partition.
— On connaît la belle voix et le talent de M. Edouard Lyon. Son
concert a été charmant. Mme Lyon a obtenu un véritable succès en
jouant d'une manière délicieuse les Gouttes de rosée, de Félix Gode-
froid , et une valse de salon d'Ambroise Thomas. On a retrouvé et
applaudi dans ce dernier morceau les qualités mélodiques et toute la
distinction qui caractérisent l'harmonie du maître. Mais si les plus sa-
vants et les plus aimés de nos compositeurs dramatiques se mettent
à écrire des valses aussi jolies, que deviendront les jeunes pianistes?
Il ne leur restera qu'une ressource : ils seront obligés de prendre
place au répertoire de nos théâtres lyriques et d'écrire à leur tour
quelque belle partition.
Un air varié de la composition de Demerssman, fort bien joué par
M. Amédée de Vroye, a été écouté avec une vive sympathie. La Mar-
che impériale de Bavina a été bissée et, comme toutes les bonnes cho-
ses, entendue la seconde fois avec plus de plaisir encore que la pre-
mière. Il faut dire aussi qu'elle était exécutée par un jeune et vaillant
bataillon dp pianistes. Les seize mains habiles de Mmes Coche, Lyon,
SUPPLEMENT.
SUPPLÉMENT.
DE PARIS?
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Ferrand, Defournaux, de Biéville, Deshayes, de Lalanne et Delafosse
ont enlevé le succès avec une précision et une vigueur d'attaque qui
n'excluaient en rien la délicatesse et l'élégance, et qui ont excité de
vifs applaudissements.
On devait jouer, on a joué, sans doute, un proverbe lyrique de
Mlle Thys ; mais, trop fidèle à une coutume déplorable, le concert a
commencé si tard qu'à onze heures la petite partition n'avait pas
encore fait entendre sa première note. Nous ne dirons donc rien des
nouvelles inspirations de Mlle Thys, ni du talent de ses interprètes ;
car, ainsi que plus d'un auditeur, nous avons cru devoir déserter des
plaisirs qu'il fallait acheter par une si longue attente.
— A son concert, où se sont signalés Mlle de Lapommeraye et Ar-
mingaud, Mlle Albertine Zadrobilek a joué, entre autres morceaux,
une délicieuse et pétulante Saltarelle, de Dreyschock, son célèbre
maître, une Chanson du printemps, touchante et gracieuse idylle que
Mendelssohn a parfumée de mélodie, et une gavotte de Bach. La
jeune pianiste y a développé toutes ses qualités, c'est-à-dire plutôt la
netteté et le brillant que l'expression passionnée et la largeur du style.
Si l'on a pu désirer dans l'exécution d'un nocturne de Chopin un peu
plus de la sensibilité, des demi-teintes, des sons adoucis qu'exigent
ces pages rêveuses, on n'en a pas moins chaleureusement applaudi à
l'agilité, à l'habileté peu commune dont Mlle Zadrobilek a fait preuve
en exécutant de magnifiques variations de Haendel, et le Mouvement
perpétuel de Weber.
Adolphe BOTTE.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
ET
BIBLIOGRAPHIE GENERALE DE LA MUSIQUE,
Deuxième édition entièrement refondue et augmentée de phis de moitié,
Par F.-J. FETIS.
(1er article.)
La forme biographique répond à l'une des premières nécessités de
la vie sociale : c'est un trésor de renseignements indispensable à l'ar-
tiste non moins qu'au littérateur, au savant, à l'homme du monde.
Qui de nous, pour peu qu'il ait d'intelligence et de prudence, vou-
drait s'aventurer dans un cercle nouveau , sans s'être procuré d'a-
vance quelques renseignements sur le caractère . la situation , les
mœurs de la plupart des gens dont il se compose? Et l'artiste n'a-
t-il pas encore un intérêt bien plus grand à connaître ceux qui l'ont
précédé , ceux qu'il va rencontrer à chaque pas dans la carrière ?
N'est-ce pas pour lui tout profit que de savoir quand et comment se
sont faites ces œuvres qu'il doit étudier à fond pour arriver, soit à
les égaler, à les surpasser même, soit à les exécuter et à les rendre
dans toute la pi énitude de leur sens et de leur beauté ? On comprend
mieux l'esprit d'une composition quand on est familier avec celui de
l'auteur. Lorsque Hamlet présente une flûte à Guildenstern et l'invite
à en jouer, celui-ci s'excuse en disant qu'il n'a pas appris. — « Eh !
» quoi , répend le jeune prince qui s'irrite de voir qu'on essaye de
» pénétrer sa pensée, me croyez-vous plus facile h manier que cet ins-
» trument?.... Vous ne tirerez jamais rien de moi » Ce mot original
ne s'applique-t-il pas à tous ceux qui n'ont retenu que le nom des
maîtres, sans s'inquiéter ni de leur pays , ni de leur époque , ni de
l'enchaînement de leurs travaux? A ceux-là, fussent-ils aussi habiles
instrumentistes que Guildenstern l'était peu, Haendel, Bach, Haydn,
Pergolèse, Rameau, Gluck et tant d'autres, ne pourraient-ils pas dire :
« Vous ne tirerez jamais rien de nous ! » La science ne donne pas
le génie, cela est certain ; mais il est certain aussi que souvent elle
lui vient en aide, et ajoute une force nouvelle à celle dont la nature
s'est plu à le douer.
Il ne tiendra pas à M. Fétis que les artistes ne possèdent toutes
les connaissances propres à développer leurs facultés. Ce qu'il a mis
à leur disposition d'idées, de faits, d'observations théoriques et pra-
tiques excède depuis longtemps les proportions humaines. Parmi ces
monuments dus au suprême effort de l'érudition la plus vaste et du
labeur le plus constant, la Biographie universelle des musiciens dont
la première édition remonte à un quart de siècle, a toujours occupé
une place éminente. En effet pour bien écrire un pareil livre ne faut-
il pas être en état d'en composer un autre que M. Fétis promet de nous
donner bientôt, une Histoire générale de la musique ? Pour assigner
à chaque musicien sa juste importance, sa valeur véritable, ne faut-
il pas embrasser d'un coup d'ceil le monde musical tout entier ? ne
faut-il pas enfin ne rien ignorer de ce qui touche de près ou de loin
à la musique, philosophie, mécanique, industrie et bien d'autres choses
encore?
Avant le grand ouvrage publié par M. Fétis, la biographie musi-
cale n'existait pas. En France nous n'avions que d'informes recueils
où les ciseaux du compilateur apparaissaient beaucoup plus que la
plume de l'écrivain. Dans le dictionnaire nouveau ce fut tout le con-
traire : on y sentit l'influence d'un esprit ferme et libre ne jugeant
que d'après lui-même et formulant ses arrêts dans un style qui était
bien à lui. L'obligation de citer à son tribunal les vivants et les morts,
vivos et mortuos, immense difficulté pour tout autre, ne servit qu'à
faire mieux ressortir ses lumières et son impartialité. Aussi le livre
régna-t-il peudant vingt-cinq ans sans concurrence ni partage, ce qui
n'empêcha pas l'auteur de travailler sans relâche à le perfectionner,
à le compléter. « Je regrettais autrefois, dit M. Fétis dans sa préface,
» d'y avoir consacré trop de temps ; je me félicite aujourd'hui d'en
» avoir donné beaucoup plus à l'amélioration de cet ouvrage; car les
» tendances oublieuses de notre époque imposent plus que jamais aux
» âmes courageuses et convaincues le devoir de protester contre le
.» dédain de l'ignorance pour ce qu'elle ne connaît pas, et de rappe-
» 1er les titres du génie à l'admiration universelle. »
Aujourd'hui la seconde édition de la Biographie universelle des
musiciens est annoncée : nous en avons déjà entre les mains le pre-
mier volume. Ce n'est pas un ouvrage neuf, et pourtant ce n'est plus
l'ouvrage ancien ; c'est comme un arbre au tronc vigoureux dont les
rameaux se seraient étendus et multipliés en se couvrant d'un riche
feuillage. Traduisez ainsi ces mots : entièrement refondue et augmen-
tée de plus de moitié , qui n'expriment que la vérité la plus vraie ;
nous le prouverons en analysant quelques-uns des articles remis à la
fonte ou dont la première édition ne contenait pas même l'embryon.
De cette édition nous ne regrettons qu'une chose, et nous l'avouerons
franchement : c'est sa magnifique introduction intitulée : Résumé
philosophique de l'histoire de la musique. Mais M. Fétis a pris soin
lui-même de nous consoler du retranchement de ce morceau qui nous
sera rendu, intérêts et capital, dans X Histoire générale de la musique.
« Cette histoire de l'art, dit l'auteur, a été l'objet des études, des tra-
» vaux d'une grande partie de ma vie, et de plus de méditation en-
» core que de travail. Vingt fois je l'ai recommencée lorsque je
» croyais connaître mieux les causes des faits, et à mesure que mes
» aperçus devenaient plus nets, plus simples, plus généraux. Si Dieu
» m'accorde le temps nécessaire, je la publierai immédiatement après
» l'ouvrage dont je donne aujourd'hui la deuxième édition : car l'âge
» m'avertit qu'il faut se hâter d'en finir. »
Au Résumé philosophique, M. Fétis a substitué une préface, dont
notre journal a eu la primeur, et que nos lecteurs peuvent se rappeler.
Cette introduction d'un autre genre que l'autre ne sort pas du champ
des considérations générales, parmi lesquelles se renconlrentde sages
préceptes, d'utiles leçons sur la manière d'envisager l'art musical et
de le pratiquer. Quoi de plus judicieux et de plus actuel, par
exemple, que ce passage relatif à la doctrine du progrès ndéDni :
« J'ai eu longtemps à lutter contre elle, dit M. Fétis, et j'ai dû sup-
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
» porter d'ardentes polémiques, lorsque je soutenais que la musique
» se transforme et qu'elle ne progresse que dans ses éléments maté-
> riels Le développement de la pensée d'une œuvre, dans
» certaines limites, est, sans nul doute, une condition de la beauté ;
» mais si l'on dépasse le but, il y a divagation, et l'effet de la pensée
» première s'affaiblit. Parvenue au point où elle est aujourd'hui, la
» manie du développement ne produit plus que fatigue et dégoût :
» c'est la décadence. Le caractère de la grandeur fait naître notre
» admiration ; nous le trouvons élevé à sa plus haute puissance dans
» les œuvres de Haendel, de Gluck et de la deuxième époque de
» Beethoven, mais le gigantesque, le disproportionné, qu'on a voulu
» réaliser plus tard dans certaines productions, sont des monstruosi-
» tés qui indiquent une époque d'égarement. La modulation élégante,
» inattendue, lorsqu'elle n'est pas prodiguée, est une des richesses
» nées de la tonalité moderne : Mozart, ce modèle de la perfection,
» qu'il faut toujours citer, y a puisé des effets admirables -, mais multi-
» pliée à l'excès, employée à chaque instant pour déguiser la pau-
» vreté mélodique, suivant la méthode de certains compositeurs, la
» modulation équivaut à la monotonie et devient un indice du dépé-
» rissement de l'art. Enfin le coloris instrumental est une des plus
» belles conquêtes de la musique moderne : ses développements ont
« été. le fruit du perfectionnement progressif des instruments et de
» l'invention de plusieurs nouveaux éléments de sonorité ; mais il ne
» faut pas en abuser. Rien de trop dans les moyens pour l'artiste qui
» s'en sert avec goût comme l'ornement d'une pensée belle d'inspi-
» ration et d'originalité, et qui, dans la multitude d'effets possibles,
» sait choisir et trouver à la fois le secret de la nuance propre et celui
» de la variété ; mais l'excès de l'instrumentation, la fatigue qu'elle
» cause par la réunion incessante de tous ses éléments, le bruit, le
» fracas toujours croissant de ses forces exagérées, c'est la décadence...
» Disons-le avec assurance, la doctrine du progrès, bonne et vraie
» pour les sciences comme pour l'indus.trie, n'a rien à faire dans
» les arts d'imagination, et moins dans la musique que dans tout
» autre. Elle ne peut donner aucune règle valable pour l'appréciation
» du talent et des œuvres d'un artiste ; c'est dans l'objet même de ces
» œuvres, dans la pensée et dans le sentiment qui les ont dictées qu'il
» en faut chercher la valeur. »
Que ne pouvons-nous reproduire encore tout ce que H. Fétis dit
avec une égale raison de la secte réaliste, qui soutient que l'imitation
delà nature est l'unique objet de l'art ! «Dans son application même
» aux arts du dessin, écrit notre auteur, à la peinture, à la sculpture,
» une doctrine semblable ne peut avoir pour résultat le beau, qui doit
» être le but du travail de l'artiste. L'homme n'est pas le copiste de
» la nature: il s'inspire simplement de son spectacle, et lui dérobe
» ses formes pour en composer des œuvres qu'il ne doit qu'à son
» propre génie. Si l'artiste n'avait pour objet de son œuvre que l'imi-
» tation de la nature, son travail serait pour lui une cause de conti-
» nuelles déceptions et de désespoir ; car la vie réelle, qui anime la
» nature, donnerait toujours au modèle une incomparable supériorité
» sur la copie. »
C'est ainsi que M. Fétis esquisse largement la physionomie de l'art à
ses différentes époques, et particulièrement à la nôtre, qu'il traite,
nous devons le reconnaître, avec une certaine sévérité. Nous sommes
souvent de son avis ; mais pour parler ici avec pleine franchise, et ce
sera la meilleure garantie de notre sincère admiration pour ses ou-
vrages, nous trouvons que parfois il semble un peu trop faire peser
sur nos artistes contemporains la responsabilité des torts de l'art
même, et de sa situation présente. Si la foi s'est ébranlée, si le dé-
couragement s'en est suivi, à qui la faute ? Si l'on ne sait plus que
faire pour amuser le public, comme le lui disait un jeune compositeur,
qui peut-être se trompait de verbe, et voulait dire : attacher, émou-
voir, cela vient-il de ce que nos musiciens sont inférieurs à ceux des
autres temps par leur nature, par leur éducation, par leurs habitudes'.'
Nous croyons positivement le contraire, et, en supposant de leur part
un délit quelconque, nous sommes prêt à plaider, quand on le vou-
dra, les circonstances atténuantes. Mais, pour le moment, cette thèse
nous détournerait de notre voie, et nous demandons la remise de la
cause pour continuer l'examen de l'important ouvrage dont, plus que
personne, nous connaissons l'excellence et le prix.
Paul SMITH.
CORRESPONDANCE.
Rouen, 7 mars 1860.
A M. le directeur de la Revue et Gazette musicale de paris.
La ville de Rouen conservera longtemps le souvenir des journées des \<*
et 2 mars, où s'est faite l'inauguration du grand orgue que MM. Merklin et
Schûtze ont récemment construit pour notre somptueuse cathédrale, l'une
des plus vastes du monde chrétien. Rien n'avait été négligé pour donner à
cette solennité un éclat inaccoutumé ; car non-seulement ces fêtes ont
rempli deux grandes séances, où plus de sept mille personnes étaient
réunies ; mais sur l'invitation spéciale de Mgr l'archevêque, trois des
organistes les plus distingués de la capitale, MM. Batiste, de Saint-
Eustache; Sergent, de la cathédrale de Paris, et Renaud de Vilbac, de
Saint-Eugène, enfin, le célèbre M. Lemmens, professeur d'orgue au Con-
servatoire de Bruxelles, s'étaient rendus dans notre ville pour faire en -
tendre le nouvel instrument dans toute la splendeur de ses ressources
sonores.
Précisément un siècle auparavant, en 1760, un grand orgue avait été
établi dans la cathédrale de Rouen par Lefebvre, facteur rouennais, dont
le travail obtint alors l'approbation des connaisseurs. L'etfet du temps
rendit nécessaires à diverses époques des restaurations plus ou moins
importantes à ce même instrument ; mais la facture d'orgues s'est en-
richie depuis un siècle d'une si grande variété de timbres ; l'art d'ali-
menter les jeux en raison de leurs dimensions et de leur caractère par
des pressions de vent diverses a fait de si grand progrès dans ces der-
niers temps, et la mécanique a fait tant de conquêtes de moyens nou-
veaux, faciles et commodes, que le moment était venu do reconstruire
sur de nouvelles bases le grand orgue de la cathédrale; on n'a conservé
de l'ancien instrument qu'un très-petit nombre de jeux; peut-être aurait-
il mieux valu qu'on n'en eût rien gardé.
L'orgue de MM. Merklin et Schûtze est un trente-deux pieds; il a quatre
claviers à la main, chacun de cinquante-quatre touches ; un clavier de
pédale séparé, de vingt-sept touches ; quinze pédales de combinaisons
et d'accouplements, cinquante-huit jeux, dont une bombarde de 32 pieds,
et huit 16 pieds. Les proportions de ces jeux à l'égard les uns des autres,
leur excellente harmonie, la rondeur majestueuse des jeux de fonds,
l'éclat sans dureté des jeux d'anches, la riche variété des jeux de détails
et l'homogénéité du plain-jeu font de cet instrument l'ensemble le plus
satisfaisant qu'on puisse entendre. La puissance de sa sonorité est telle,
que l'immense étendue de l'édifice en est remplie sans s'affaiblir à quel-
que point que ce soit de son étendue. Sa richesse en variété d'effets
semble inépuisable. Au point de vue de la précision et de la perfection
du mécanisme, l'orgue de MM. Merklin et Schûtze peut être cité comme
un modèle : soumis pendant deux jours à l'action différemment accen-
tuée de cinq organistes, il n'a fait entendre aucun de ces accidents si
fréquents dans les grands ouvrages de ce genre les mieux construits, de
cornements, de note lente à se relever, ou de sifflements de quelques
petits tuyaux aigus : son articulation est nette, franche, rapide, quelle
que soit la gravité des jeux employés dans les combinaisons. En
somme, le nouvel orgue de notre cathédrale est un instrument ac-
compli.
En invitant trois des meilleurs organistes de Paris et M. Lemmens à
prendre part à l'inauguration du bel orgue de MM Merklin et Schûtze,
Mgr l'archevêque a voulu donner un grand éclat à cette cérémonie : il
fut réglé qu'elle serait divisée en deux séances. La première commença
par la bénédiction de l'orgue, faite par le prélat lui-même, assisté de
tous les chanoines et de tout le clergé de la cathédrale ; puis MM. Ba-
tiste, Sergent, Renaud de Vilbac et M. Klein, organiste de mérite attaché
à cette église, se firent entendre tour à tour dans des morceaux de leur
composition, où ils déployèrent toute leur habileté bien connue, alter-
nant avec la maîtrise qui, sous la direction de M. l'abbé Bluat, maître de
chapelle, exécuta plusieurs morceaux de musique religieuse de Haydn,
Mozart et Haendel, avec beaucoup d'ensemble, de rhythme, et avec des
nuances d'expression bien rendues.
Le vendredi 2 mars, jour de la seconde séance d'inauguration, avait
été réservé pour M. Lemmens seul. La réputation européenne de ce
DE PARIS.
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grand artiste avait dès longtemps précédé son arrivée à Rouen. Un très-
vif intérêt s'attachait à ce qu'on allait entendre ; mais quelque favora-
bles que fussent les prévisions de l'immense assemblée réunie pour en-
tendre M. Lemmens, l'effet qu'il produisit à son introduction surpassa
tout ce qu'on avait espéré, et frappa tout l'auditoire d'admiration dans
les quatre parties d'un superbe concerto d'orgue de Haendel. Sous
sa main puissante, l'instrument semblait avoir doublé ses magnificences
sonores.
A ce concerto succéda une improvisation d'une rare délicatesse, où
les voix des différents claviers s'unirent en combinaisons d'effets variés
et charmants ; puis la prodigieuse exécution de M. Lemmens se produi-
sit avec un éclat extraordinaire dans sa large composition intitulée
Hosanna, dont la seconde partie est un chef-d'œuvre de grâce et d'élé-
gance, ainsi que dans le grand prélude suivi de la fugue en ré mineur,
de Jean-Sébastien Bach, dont les difficultés seraient inabordables pour
tout autre, et qui n'ont semblé qu'un jeu sous sa main. Une charmante
prière en fa, d'un style plein de suavité, et une grande improvisation
pour la sortie ont complété cette seconde séance où, pendant deux heures,
M. Lemmens a tenu sous le charme un auditoire de plus de six mille
personnes. L'instrument et l'artiste étaient de toute part salués par les
expressions les plus enthousiastes.
Tel est, mon cher Monsieur, le résumé exact et fidèle des impressions
produites sur les habitants de Rouen par l'essai du nouvel orgue de notre
cathédrale, et par le talent des artistes qui l'on joué, particulièrement
par le célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles.
Agréez, etc.
Nantes, le 9 mars 18G0.
Monsieur le Rédacteur,
Ainsi que vous l'avez annoncé, le Pardon de Floermel a obtenu un im-
mense succès sur notre scène ; établi dès le premier soir, les auditions
suivantes l'ont triomphalement confirmé, et, la meilleure preuve, c'est
que, — fait sans précédent au théâtre de Nantes, — cinq représentations
du nouveau chef-d'œuvre ont été données en dix jours. Du reste notre
public a toujours montré une préférence marquée pour la musique de
Meyerbeer ; je ne pense même pas que sur aucune autre scène de pro-
vince, Robert, les Huguenots, le Prophète et l'Etoile, aient été représentés
aussi souvent qu'à Nantes ; toutes les œuvres du maître nous sont con-
nues à fond, elles appartiennent toutes au répertoire courant, et elles
provoquent toujours un empressement aussi vif que général. Cela est si
vrai que l'année dernière les Huguenots ont été remontés dans des con-
ditions inusitées de luxe, avec une mise en scène entièrement renouve-
lée, des accessoires refondus, des costumes et des décors neufs, l'ad-
ministration déployant dans cette circonstance l'entrain et le zèle
qu'elle eût mis dans la création d'un ouvrage nouveau, et le public
accourant en masse, écoutant, admirant, applaudissant avec le même
élan et le même enthousiasme que s'il ne s'agissait pas d'une pièce qu'il
écoute, admire et applaudit chaque hiver dix ou douze fois depuis vingt
ans.
C'est donc devant un auditoire parfaitement disposé à le comprendre,
très-apte à en saisir les beautés diverses, que le Pardon s'est déroulé
l'autre soir. Suivant pas à pas les péripéties du drame, les préparant et
les développant, accentuant chaque situation, se faisant passionnée ou
poétique, simple ou violente, colorée ou naïve, cette musique a exercé
comme une sorte de fascination sur les spectateurs. Ils ont retrouvé le
maître, avec la merveilleuse souplesse de son génie, avec sa muse tou-
jours inspirée dans le sentiment le plus élevé et le plus distingué de l'art,
avec cette science forte et solide, base inébranlable et bien assise sur-
laquelle il a pu construire le monument d'une gloire impérissable. A
peine le premier accord avait retenti que le public s'est laissé aller au
courant de ses sensations, il a frappé des mains avec transport, et a
décerné à l'œuvre nouvelle l'ovation la plus retentissante et la plus cha-
leureuse dont j'aie été témoin à la salle Graslin. Je ne vous dirai pas que
tel passage a été plus chaudement accueilli que tel autre, je n'ai pas
non plus à entrer dans l'examen d'une œuvre que vous connaissez si bien,
je constate simplement que le triomphe a été général, et que les specta-
teurs charmés n'ont cessé de manifester leur admiration par des explo-
sions énergiques et unanimes de bravos.
Dans ce succès, le plus éclatant peut-être dont les échos de la
scène de Nantes aient gardé le souvenir, une part importante revient na-
turellement à l'exécution et à la mise en scène. Mlle Lavoye était char-
gée du rôle de Dinorah ; elle l'a chanté comme une excellente cantatrice
qu'elle est, avec la méthode sûre que vous lui connaissez, dans ce style
noble et large qui est le sien ; l'adorable Berceuse, la ballade si solen-
nelle dans sa grave simplicité, l'air de VOmbre dont l'habile artiste a dé-
taillé avec un art parfait toutes les nuances délicates, ont été pour Mlle La-
voye autant d'occasions de se montrer la digne interprète de cette grande
école de chant dont elle est une des individualités les plus distinguées.
Elle a d'ailleurs très-finement joué l'important personnage de Dinorah. Le
rôle de Hoel a été rempli par M. Magne, qui s'est tiré de cette tache impor-
tante avec autant d'intelligence que de talent ; le public n'avait pas jusqu'à
présent fait grand accueil à M. Magne; Hoël est venu et tout est arrangé;
que dis-je ? l'artiste est aujourd'hui au nombre des préférés des specta-
teurs habituels de la salle Graslin. C'est comme M. Charles, Trial un peu
effacé dans la troupe ; le rôle charmant de Corentin en fait un des pen-
sionnaires les plus importants ; de fait il y est très-bien ; il en a pris fort
spirituellement et dans une bonne mesure la physionomie, et il le
chante en vérité d'une façon tout à fait satisfaisante. M. Filliol, première
basse chantante, entonne chaque soir de sa voix mâle et timbrée le
chant si original du braconnier, et M. Carré, premier ténor léger, celui
du faucheur ; enfin les deux petits pâtres sont interprétés par deux
charmantes Dugason qui se tirent d'affaire à merveille. Quant aux chœurs,
ils marchent avec un aplomb imperturbable, ils sont parfaits; l'orchestre
soutient vaillamment de son côté sa vieille réputation d'habileté et de
conscience; et ce que vous avez dit delà mise en scène est parfaite-
ment vrai; elle est au moins égale à celle de Paris; et M. Bernier,
notre peintre-décorateur, s'est surpassé dans les quatre décors qu'il a
exécutés.
Quant à notre directeur et chef d'orchestre, M. Solié, l'administration
lui a témoigné par une lettre spéciale ses félicitations pour le zèle et le
talent apportés par lui dans l'exécution du nouveau chef-d'œuvre de
Meyerbeer.
X....
, NOUVELLES.
«*» Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de toute es-
pèce se sont élevées, pendant le mois de février, à 1,765,398 fr.
*** Dimanche dernier, le Pardon de Ploërmel a été représenté, et il a
fait salle comble. La recette a atteint G, 000 fr. On a dû, faute de place,
refuser beaucoup de monde.
t% Mardi dernier, Mlle Tuai, élève du Conservatoire, qui s'était dis-
tinguée dans les exercices et les concours, a débuté par le rôle de Zer-
line, dans Fra Diavolo. C'est une jeune et jolie personne, qui a de la voix
et jouera bien la comédie. Le ténor Warot remplissait pour la première
fois le rôle de Fra Diavolo.
„% Le concert donné à la cour et une indisposition de Mlle Monrose
n'ont pas permis au théâtre de l'Opéra-Comique de donner cette semaine
le Roman d'Elvire.
%*% Tamberlick, arrivé mardi dernier, s'est mis tout de suite à la dispo-
sition de M. Calzado. Malgré la fatigue d'un voyage très-pénible dans
cette saison, le célèbre artiste est en possession de tous ses moyens, et
aujourd'hui même la salle Ventadour ne se trouvera pas assez grande pour
contenir la foule qui voudra le voir et l'applaudir dans le rôle d'Otello.
C'est Mme Borghi-Mamo qui chantera Desdemona , et Graziani lago.
„,** Hier, Roger donnait au théâtre du Cirque, à Bruxelles, une repré-
sentation composée de Lucie de Lammermoor, et dans laquelle il rem-
plissait le rôle d'Edgar, celui de Lucie était chanté par Mlle Cordier,
de l'Opéra-Comique.
„*,, Nous avons dit quelques mots du succès obtenu par Mme Tedesco
dans le rôle de Fidès du Prophète, représenté sur le théâtre de San-Carlo
à Lisbonne. Nous devons ajouter que la célèbre cantatrice avait chanté
auparavant le rôle de Rosine, du Barbier. Elle avait eu l'heureuse idée
d'intercaler dans la leçon de chant l'air de l'Ombre, du Pardon de Ploër-
mel. Les vocalises, aussi légères que brillantes, de la cantatrice dans cet
admirable morceau lui ont valu une véritable ovation. Le succès extraor-
dinaire qu'elle obtient auprès du public de Lisbonne s'explique d'ailleurs
aisément par la flexibilité de son talent qui lui permet d'aborder avec
une égale facilité les grands rôles dramatiques du répertoire, aussi bien
que les rôles brillants et légers.
*% Lorsque tous les théâtres de province montaient à l'envi les Dra-
gons de Villars, Montpellier, la patrie de l'auteur, ne pouvait rester plus
longtemps en arrière. Le théâtre de cette ville vient donc de faire re-
présenter cet opéra, et il a obtenu le succès qui l'a accueilli partout.
#*% Alessandro Bettini, ténor du théâtre impérial Italien de Saint-
Pétersbourg, vient d'arriver à Paris. — Giraldoni, baryton du même
théâtre, y a passé également et est reparti pour Barcelone, où il est
engagé.
»% Notre savant et illustre collaborateur, M. Fétis père, est en ce mo-
ment h Paris.
„** Un journal étranger annonce le mariage delà Piccolomini avec un
prince italien.
„,*,,, Voici la liste des principales villes d'Allemagne où le Pardon de Ploër-
meia été monté jusqu'ici : Stuttgard, Mannheim, Francfort, Cobourg-Gotha,
Dresde, Hambourg, Rostock, Augsbourg, Hanovre, Prague, Kœnigsberg.
Pour le mois prochain l'ouvrage est annoncé à Breslau, Leipzig, Munich,
Wiesbade, Lubeck, Darmstadt et Wurzbourg.
92
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
,,*,,, La Société des jeunes artistes du Conservatoire donne aujourd'hui
son cinquième concert a deux heures précises, salle Herz. En voici le
programme : symphonie en mi bémol, de Gounod ; choeur d'Athalie, de
Jules Cohen, solo par M. Faure; ouverture de Sémiramis, de Rossini;
fragments du Siège de Connthe, solo par Faure ; symphonie en ut majeur
de Beethoven. L'orchestre sera dirigé par M. Pasdeloup.
*% Le premier concert des Tuileries a eu lieu mardi devant trois cents
invités, au nombre desquels on remarquait plusieurs notabilités artis-
tiques et littéraires. Faure, Montaubry et Mme Cabel y ont fort bien
chanté et ont été complimentés par Leurs Majestés en personne. Mardi
prochain aura lieu le deuxième concert.— Les concerts hebdomadaires de
l'Hôtel de ville ont également recommencé, et M. le comte de Nieuver-
kerke a repris ses soirées musicales et artistiques.
*** Si l'espace ne nous manquait, nous parlerions avec plus de détails
du début intéressant d'un jeune pianiste qui s'est fait entendre mardi
dernier dans les salons de M. Marmontel, son maître, devant une bril-
lante assemblée. Alphonse Duvernoy est l'un des fils de l'excellent ar-
tiste et professeur de ce nom ; après avoir remporté le premier prix de
piano au Conservatoire, il a continué ses études avec plus d'ardeur que
jamais. Alors il avait douze ou treize ans : il en a maintenant dix-sept,
et il peut à son tour prendre rang parmi les maîtres. Dans un trio de
Beethoven exécuté avec MM. Saenger et Korblin ; dans un morceau de
Chopin, des variations de Haendel, et surtout dans la Chasse de Stephen
Heiler, il a fait preuve d'un talent qui unit la délicatesse à la force, et
réussit à reproduire des styles tout différents. En l'écoutant nous
pensions au mot de Mozart, lorsqu'il entendit pour la première fois
Beethoven : « Faites attention à ce jeune homme-là ! »
*** M. Petitpa, artiste de la danse, vient d'être nommé professeur de
la classe de perfectionnement à l'Opéra, en remplacement de M. Gosselin,
décédé.
*** Le théâtre Déjazet vient de mettre à l'étude une opérette de
Flotow, Pianella, qui a obtenu beaucoup de succès en Allemagne, et
qui offrira cette curieuse particularité que Paul Legrand y remplira un
rôle. — En attendant, le petit opéra-comique de Fanchette est applaudi
tous les soirs.
„*.,. Les symptômes qu'avait présentés la maladie grave dont le
célèbre chef d'orchestre Jullien a été subitement atteint, ont dégé-
néré en fièvre cérébrale. Quoique encore fort grave, sa situation paraît
devoir s'améliorer, et il y a lieu d'espérer qu'il ne sera perdu ni pour
l'art, ni pour ses amis.
,„*» Prudent annonce pour le mercredi, 28 mars, un second concert,
a,** La prochaine séance des quatuors Maurin et Chev illard, qui aura
lieu jeudi, présentera un attrait particulier ; on y exécutera le nouveau
quintette de M. Fétis, pour instruments à cordes.
***Le Journal des travaux publics annonce que c'est M. Belu, entrepre-
neur, qui est chargé de la construction des deux théâtres de la place
du Châtelet, sous la direction et d'après les plans de M. Davioud, ar-
chitecte. La dépense en travaux de maçonnerie et de couverture s'élè-
verait à la somme de 4,300,000 fr. environ. D'après le traité qui aurait
été signé il y a quelques jours, les deux salles de spectacle seraient
construites dix-huit mois après que le terrain sera livré à l'entrepreneur.
»*„ L. Brassiu donnera, demain lundi, un second concert dans la
salle Beethoven. 11 y fera entendre un impromptu et scherzo de Cho-
pin, une étude de Moschelès ainsi que trois morceaux de sa composition,
un air varié de Vieuxtemps transcrit pour le piano, chant du soir et
galop fantastique.
„% Mlle Miirer, l'excellente pianiste et élève de Prudent, donnera un
grand concert le 21 de ce mois dans la salle Uerz.
„,*„, Le pianiste compositeur, M. Bernhard Rie, donnera un concert le
26 mars dans la salle Herz. Nous ferons prochainement connaître les
noms des artistes qui prêteront leur concours à M. Bernhard Rie.
*** M. de Casella, violoniste de S. M. le roi de Sardaigne, vient d'ar-
river à Paris.
;k** MM. Armingaud, Lapret, Lalo et Jacquard donneront leur 5e soirée
de musique de chambre mercredi prochain, 4 4 mars, dans les salons
Pleyel.
,„** Le programme de la matinée musicale que donne Louis Lacombe,
le lundi 19 mars, dans la salle Herz, est des plus intéressants. La partie
vocale est confiée ù Roger, Jules Lefort et Mme Wekerlin-Damoreau. Ils
chanteront, entre autres, des fragments de l'.Lmoiir, drame de M. Niboyet,
dont le bénéficiaire a écrit la musique. En outre, Louis Lacombe fera
entendre plusieurs de ses compositions : la chanson de Barberine, la
Chanson du fou, la Grand'mère ; enfin, Mlle Stella Colas déclamera une
scène d'Alfred de Musset. Le violoniste Koempel, C. Lebouc, Emile For-
gues, compléteront l'ensemble de ce beau concert.
**„, Un élève distingué du Conservatoire, Louis Lauton, qui possède
une charmante voix de ténor, court le risque de voir ses études inter-
rompues pour obéir à l'appel de la conscription. Un concert fructueux
peut le mettre à même d'échapper à cette nécessité, et les artistes les
plus distingués lui ont offert spontanément leur généreux concours pour
le composer. Le vendredi 16 mars, dans les salons d'Erard, à 8 heures
du soir, Mmes Borghi-Mamo, Stella Colas, Desportes, et MM. Roger,
Graziani, Sainte-Foy, L. Lacombe, Lamoury, etc. , se feront entendre au
bénéfice du jeune artiste. L'intérêt qu'il inspire et une semblable
réunion de talents ne laissent pas de doute sur les résultats de sa
tentative.
n*t Un grand et beau concert sera donné le samedi. 17 mars, à deux
heures, dans la salle Herz, rue de la Victoire, au profit de l'œuvre de
Saint-Joseph des Allemands, qui a pour but de procurer le bienfait de
l'instruction et de l'éducation à ces nombreux enfants venus d'Allema-
gne, d'Alsace et de Lorraine dont les familles habitent les quartiers les
plus pauvres de Paris. Les amateurs de bonne musique auront le dou-
ble attrait d'entendre les artistes les plus distingués de l'Allemagne,
et de soutenir une xuvre essentiellement utile et morale. On y enten-
dra Mme Bochkoltz-Falconi et M. Morini ; Mlle Anna Kull, M. Henri
Ketten et M. Kœmpel, le quatuor allemand de Mme Falconi et la So-
ciété chorale Teutonia.
^*» C'est mercredi prochain, dans les salons d'Erard, qu'aura lieu la
troisième et dernière soirée de musique classique donnée par M. Lebouc.
Le programme en est aussi riche que varié et la séance sera des plus
intéressantes.
. *** Lundi 12 mars, à huit heures et demie, dans les salons d'Erard,
M. Albert Sowinski donne un concert dans lequel il fera entendre un
quintette pour piano et instruments à cordes; des chants religieux à
trois voix, des études et une gigue pour piano de sa composition. MM.
Waldbert, Marochetti, Chaine, .Mas ; Mme Cambardi et plusieurs autres
artistes distingués prêteront leur concours au bénéficiaire.
„,** Mme veuve Miolan, mère de Mme Carvalho, atteinte depuis plu-
sieurs mois d'une affection chronique, a succombé subitement à une
congestion cérébrale. Le malheur qui frappe Mme Carvalho suspend néces-
sairement les représentations de Philémon et Baucis, dont la reprise sera
ultérieurement annoncée.
*** Elisabeth Weigl, veuve du compositeur célèbre auquel on doit la
Famille suisse, est décédée à Vienne, le 26 février dernier, dans sa 85e
année.
**„, Les restes mortels de Mme Schroeder Bevrient, qui avaient été
déposés provisoirement à Cobourg, dans le caveau de la famille, ont été
portés à Dresde et enterrés dans un des cimetières de cette capitale. Quel-
ques amis seulement suivaient le cercueil.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*% Toulouse.— La deuxième représentation de Y Etoile du Nord a con-
firmé tout ce qu'avait fait espérer la première. L'essai de notre directeur,
qui, le premier en France, a eu l'idée de donner en grand opéra la
belle œuvre de Meyerbeer a été un coup de maître, car il aura
fixé pour longtemps la foule au théâtre du Capitole. Les morceaux
ajoutés après coup à la partition, l'air de Danilowilz au premier acte,
les couplets de Gritzenko au deuxième et le trio du troisième, chanté
par Péters, Danilowitz et Gritzenko, ont été très-goûtés et vivement
applaudis, il en a été de même des récitatifs. Les interprètes se sont mon-
trés â la hauteur du chef-d'œuvre, et l'orchestre et les chœurs méritent
les plus grands éloges. M. Danglas, qui n'a pas arrangé, comme nous
l'avions dit par erreur, la pièce en grand; opéra, mais qui a traduit de
l'italien les récitatifs a fait ce travail avec beaucoup d'habileté.
„% Marseille.— Hier, a eu lieu au Grand-Théâtre la première repré-
sentation du Jugement de Dieu, opéra dû à la collaboration de MM. Au-
guste Morel et Adolphe Carcassonne. Un auditoire d'élite se pressait à cette
solennité qui offrait à sa curiosité l'attrait d'une œuvre indigène. Nous
dirons tout de suite que son attente n'a pas été trompée. Le succès a
été grand, légitime et de bon aloi. Le compositeur, le librettiste, les
acteurs, chacun en a eu sa part, et les applaudissements étaient assez uni-
versels pour satisfaire à tous. Nous reviendrons sur cette œuvre dont le
sujet est des plus intéressants et dont la musique renferme des beautés
de premier ordre. MM. Armandi et Depassio, Mmes Elmire et Litschner,
chargés de l'interpréter, s'en sont acquittés avec le plus grand talent, et
ont été fréquemment rappelés.
»% Nantes. — Deux artistes de première ligne, Servais, l'inimitable
violoncelliste, et Mme Vestvali, contralto de l'Académie impériale de mu-
sique, brillaient au programme du concert donné vendredi par la So-
ciété des beaux-arts. Dire que le succès de Servais a été immense, c'é-
tait chose sue d'avance. Quant à Mme Vestvali qui s'est fait une
si belle place à l'Opéra, elle a enthousiasmé notre public. Elle a dit
d'une manière admirable la scène des tombeaux de Roméo et le brindisi
de Lucrezia Borgia ; elle a dû répéter ces deux morceaux après lesquels
elle a été chaque fois rappelée et couverte de fleurs.
DE PARIS.
93
,% Amiens. — Notre premier ténor M. Martin vient de prendre avec
un très-grand succès le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète, et il s'y
fait applaudir tous les soirs. Mlle Erambert est très-bien dans le
rôle de Fidès, et Mme Ismaël une excellente Bertlia. Le chef-d'œuvre de
Meyerbeer, ainsi interprété et forr bien monté d'ailleurs, fournira une
longue et belle carrière.
2*2 Lille, 9 mars. — La représentation du Pardon de Ploërmel, qui a
été donnée au bénéfice de Mme Reynaud, notre première chanteuse, a
été pour elle l'objet d'une véritable ovation ; pendant le cours de la
représentation, le public lui a témoigné par des applaudissements, des
bouquets et des couronnes toute sa satisfaction. Mme Reynaud est d'ail-
leurs admirablement secondée par M. Barré et M. Maugard, et le nou-
veau chef-d'œuvre de Meyerbeer est dans la voie d'un grand et durable
succès. — On vient de reprendre Martha; le charmant opéra de
Flotow a retrouvé son succès habituel, auquel ont bravement con-
tribué, pour leur part, Mmes Raynaud, Latouche et MM. Codelaghi et
Chenest.
„.*„. Saint-Etienne. — Un opéra en deux actes : la Charmeusi de Saint-
Vallier, coup d'essai du fondateur-directeur de la Société chorale foré-
zienne, M. Alfred Dard, qui déjà, en 1853, avait fait exécuter une messe
solennelle à grand orchestre, va se produire sur notre théâtre après
avoir été fort goûté dans les salons de notre ville. Les artistes chargés de
l'interpréter se montrent fort satisfaits de leurs rôles, et tout présage un
succès pour le jeune compositeur.
„.*„. Strasbourg, 6 mars. — Les séances de musique de chambre de
MM. Schwaederlé, Mayerhofer, Weber et Oudshoorn continuent avec un
succès toujours croissant. La cinquième, qui a eu lieu dimanche dernier,
se composait du quintette en mi mineur d'Onslow (deuxième violoncelle,
M. Schuncke) ; du dixième quatuo" de Beethoven ; du trio en mi bémol
majeur, op. 12, pour piano, par Hummel ; de la Romanesca transcrite pour
violon par Baillot, et d'un duo du Stabat mater, de Rossini. Ajoutons que
l'exécution a été aussi consciencieuse et aussi habile que de coutume.
Dans la partie de piano du trio de Hummel, Mme Schwaederlé a déployé
un charme de doigter et un brillant tout à fait hors ligne. M. Schwae-
derlé a dit la Romanesca en digne élève de Baillot, avec les pures tradi-
tions de son illustre maître, et une inspiration personnelle qui lui fait
grand honneur.
CHRONIQUE ETRANGERE.
*% Londres.- Il ne se donne pas un concert en Angleterre où la musique
du Pardon de Ploërmel ne soit chantée. Au dernier concert de samedi,
donné au Palais de Cristal, Mlle Parepa, qui ne s'y était pas encore fait
entendre depuis qu'elle fait partie de la troupe de M. Gye, a été l'étoile
de la partie vocale. Elle a chanté une scène de Benedict et l'air de
VOmbre de Dinorah avec une grande supériorité, et elle a dû le répéter
aux grands applaudissements de la foule. Mlle Lascelies a, de son côté,
chanté avec non moins de succès l'air de contr'alto Fanciulle che il core,
du même opéra. — Le mardi suivant, au concert annuel de M. Ransford,
vieil ami de notre public, miss Arabella Godclard a exécuté, sur l'air de
VOmbre, une nouvelle et brillante fantaisie qui a produit le plus grand
effet. — Le théâtre royal italien de Covent-Garden ouvre le 10 avril par
Fidelio avec Mme Czillag. Immédiatement après suivront il Pelegrinaggio ,
Stradella et Herculanum. — Le théâtre de Sa Majesté ouvrira par Oberon,
traduit en italien.
„*, Bruxelles. — Lundi, la reprise du Gustave III, de M. Auber, avait
attiré une foule prodigieuse au théâtre de la Monnaie. Cet opéra porte
la date, pour Paris, du '27 février 1833, et pour Bruxelles, du 19 février
1835. Ce qui a frappé tous les yeux, c'est la richesse des costumes, c'est
la splendide mise en scène de ces cinq actes, c'est surtout le bal mas-
qué, éblouissant de lumières, de mouvement et de gaieté. Quant à la mu-
sique, c'est toujours M. Auber avec son imagination heureuse, sa verve,
son esprit, son orchestre élégant et riche, mais sans profusion, où les
motifs circulent et se croisent dans la transparence de l'harmonie la plus
limpide. Pour une première représentation l'ensemble a été bon et ga-
gnera certainement aux suivantes Nos principaux artistes : KM. Wicart,
Depoitier, Aujac, Marchot, Mmes Vandenhaute et Dupuy y tiennent leurs
rôles avec talent. Le ballet aussi, à la tête duquel se distinguent Mme De-
léchaux et M. Gredelue, a bien mérilé du public— Deux de nos. artistes
les plus justement aimés, M. et Mme Léonard, terminent en ce moment
une tournée artistique en Hollande, qui n'a été pour eux qu'une suite
de triomphes. A Amsterdam, a Rotterdam, à Utrecht, à Bois-le-Duc, à
Arnhem, partout enfin ils ont recueilli bravos et couronnes ; mais c'est
à la Haye surtout que leur succès a été grand, et a pris dans le monde
musical toutes les proportions d'un événement. Après l'exécution du
quatrième concerto, œuvre magistrale dont Bruxelles a eu la primeur,
notre éminent violoniste a été acclamé par l'orchestre et rappelé à diffé-
rentes reprises par la salle tout entière; enfin, pendant un concert donné
chez la reine-mère, et dont nos compatriotes ont fait tous les frais, S. M.,
après s'être longuement entretenue avec eux, leur a fait remettre de
riches présents, et Mme Léonard, qui avait déjà vu bisser le dernier
morceau du programme, a dû céder encore aux désirs de son royal au-
ditoire en chantant quelques-unes de ces mélodies espagnoles aux-
quelles elle imprime le double cachet de son talent original et de sa na-
tionalité. — Au dernier concert de l'association des artistes-musiciens,
nous avons entendu M. Alard, professeur au Conservatoire de Paris.
M. Alard est un violoniste français dans toute la force du terme, c'est-à-
dire qu'il possède la grâce, le fini et la pureté de son. Ces qualités dis-
tinctives, il les a toutes mises en évidence par l'interprétation de deux
charmantes fantaisies, la première, sur la Fille du régiment, la seconde,
sur la Muette, et des applaudissements prolongés ont dû prouver au re-
présentant de l'école française, qu'en Belgique, la terre par excellence
des violonistes, on apprécie à sa juste valeur le véritable talent, quelle
que soit son origine.
„.*„. Gand. — Le Pardon de Ploërmel en est à sa quinzième représenta-
tion, et chaque jour l'admirable musique du grand maître est mieux ap-
préciée. Le Pardon de Phermel abonde en grandes et riches inspirations,
en mélodies neuves, originales, élégantes Dans tous les morceaux isolés,
comme dans l'ensemble de l'opéra, on reconnaît la touche magistrale
de l'illustre compositeur qui signa les partitions des Huguenots, de Ro-
bert, du Prophète et de l'Etoile, du Nord. Les interprètes méritent d'ailleurs
d'être associés au succès de l'ouvrage : Mme Isnard , dans le rôle de Di-
norah; M. Maugard, dans celui de Corentin; M. Bussine, dans celui
d'Hoel, se surpassent tous les soirs.
,*i Liège. — Le célèbre pianiste compositeur II. Litolff vient de nous
donner deux concerts. Nous devrions tout d'abord entretenir nos lec-
teurs de l'éminent artiste et du succès colossal qu'il a remporté dans le
cours de ces deux soirées, mais quelles formules laudatives pourraient
atteindre au lyrique enthousiasme du public ébloui, transporté par ces
magiques accords, cette pluie de notes qui étincellent , éclatent tout à
coup comme la tempête pour s'égrener en s'adoucissant peu à peu comme le
chant lointain de l'oiseau. Le morceau la Chanson du rouet, d'une dou-
ceur et d'une simplicité patriarcales, et les Octaves, cette audacieuse
composition d'une exécution vraiment désespérante pour un pianiste or-
dinaire, ont provoqué une de ces manifestations auxquelles M. Litolff est
habitué et qu'un chroniqueur ne peut guère définir. Le quatrième con-
certo symphonique, et surtout Vandante religioso de cette composition,
ont montré toute la flexibilité du talent du compositeur, qui a su exprimer
les sentiments les plus sublimes et les plus suaves. Dans l'ouverture des
Girondins, au contraire, Litolff a voulu traduire cette lugubre page des
annales révolutionnaires de la France. Mlle de Aynssa a vaillamment
secondé le grand artiste, et jamais notre orchestre n'avait atteint une
pareille perfection.
#*% Hambourg. — Le Pardon de Ploërmel a été joué vingt fois depuis la
première représentation (le 11 janvier).
„% Prague. — Depuis longtemps nul événement musical n'avait mis
notre ville en émoi comme la première représentation de Dinorah. Le
rôle principal a été un véritable triomphe pour Mlle Brenner, qui a été
rappelée après chaque morceau chanté par elle.
„,** Leipzig. — Dans la salle du Gewandhaus a eu lieu un concert de
bienfaisance, dans lequel on a exécuté pour la première fois une œuvre
posthume de Schumann ; la musique de la ballade, la Malédiction du
chanteur, texte de Uhland, et en outre, la première nuit de Walpurgis,
paroles de Gœthe, musique de Mendelssohn. Dans le même local, l'a
société de chant des étudiants de l'université a donné son concert
annuel.
**„, Munich. — Le premier concert de l'Odéon, qui a eu lieu le 27 fé-
vrier, sous la direction de Lachner, était en quelque sorte un concert
historique. On y a exécuté, dans un ordre chronologique, des morceaux
dus aux compositeurs qui ont été attachés à la chapelle royale : L. Senfl,
(de 1490 1590), lied à quatre voix; Orlando Lasso (de 1520—1594), motet
et madrigal; de Kherl (1625—1690), antiphonie à quatre voix et chœur;
de Berna (1639—1732), hymne; Steffani (1655—1730), duo et chœur de
Semiramis; de Winter, Gaspard Ett, Chelard, Aiblinger, Stunz.
,% Florence. — Giuseppe Tombesi, ténor à la voix aussi belle que
puissante et l'artiste préféré de notre public, maintenant encore fêté
à. notre théâtre Alfieri, est engagé au grand théâtre deTrieste pour la
prochaine saison du carême.
„% Madrid.— On a donné au théâtre Royal la Cenerentola. Mlle Tre-
belli y a obtenu un succès aussi grand que mérité. Il s'est traduit
par des bravos, des rappels et des bouquets présentés par des co-
lombes. Cette artiste fait de grands progrès et marche à une belle
réputation.
a,% Saint-Pétersbourg, 1°r mars. — Tous nos artistes italiens sont partis
les uns pour Moscou, Mme Charton et Calzolari sont de ce nombre, et
doivent y donner trois concerts; les autres pour l'Italie ou pour Paris.
Mme Lagrua doit passer quelque temps à Dresde, auprès de sa famille.
L'engagement de Mme Charton n'est pas encore renouvelé ; celui de De-
bassini l'a été pour deux ans. 11 serait possible que Giraldoni nous re-
vînt ; ce jeune artiste dont une maladie sérieuse avait, dans le prin-
94
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
cipe paralysé les moyens, s'est montré, vers la fin de la saison, ce
qu'il est réellement, chanteur à la voix fraîche et sonore, et musicien
de la bonne école. — L'étoile de notre ballet, Mme Kosati, vient d'être
réengagée pour la saison prochaine. Ses succès dans Jovita, le Corsaire,
et en dernier lieu dans Pâquerette, ne laissaient aucun doute à cet égard.
La direction montera pour sa rentrée en octobre prochain un grand
ballet de Perrot, musique de Pugni. — La saison des concerts promet
d'être brillante cette année. On en va juger par quelques noms: Vieux-
temps qui vient d'arriver et qui donne son premier concert la semaine
prochaine, après celui des sœurs Ferai, déjà annoncé. Puis viendra le
tour d'un jeune Russe qui a fait de brillantes études au Conservatoire de
Bruxelles où il était élève de Servais et qui a enlevé le premier prix de
violoncelle à la pointe de son vaillant archet. Il se nomme Arved Poorten;
il vient chercher le jugement de ses compatriotes après avoir été salué
par les applaudissements de Bruxelles et de Paris. C'est un tout jeune
homme et c'est déjà un maître. Puis voici venir un autre Russe, un vio-
lon, celui-ci, encore un premier prix de Bruxelles, M. Tabourowsky, une
fantaisie, une flamme, une tempête! un beau présent, un grand avenir!
Puis encore Montigny, un des bons violoncellistes de l'école belge, qui
prépare un concert au grand Théâtre; puis Colosanti, le rossignol de
l'ophicléide; puis Rubinstein, le célèbre compositeur pianiste ; puis
Mme Nissen-Saloman, la cantatrice justement renommée; puis Mme Scho-
berlechner, qui fête son cinquantième anniversaire; puis Dreyschock qui.
de Berlin, se met en route pour Saint-Pétersbourg. Que de concerts et
de beaux concerts! Ce sont les sœurs Ferni, qui, dimanche prochain,
ouvrent la marche.
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H. Litolff
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Rosée de liai, chant sans paroles 9 »
E.cs Octaves, morceau de concert 9 »
E« Prudent
Op. 54. lie Citant du ruisseau, caprice 9 »
Op. 55. Lies Bois, chasse 9 »
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Op. 41. LaDanse des Fées (2e édition) 9 »
Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9 »
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Op. 52. I/Etoile du soir, troisième valse ......... 6 »
Op. 53. Marche du Vainqueur 7 50
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BERNARD (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6 »
■ — Op. 55. La Charité, chœur de Rossini, transcription ... 6 »
GORIA (A.). Fantaisie dramatique sur le Pardon de Ploermel. 7 50
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DESS. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploermel 5 »
HUNTEM (F.). Fantaisies sur Stradella et Maria, de Flotow, ch. 5 »
KAEKBRENNER (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50
KETTERER. Op. 79. Fantaisie brillante sur Diane de Solange. 7 50
KROGER. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon c/a Ploermel. 7 50
LE CARPENTIER. Bagatelles sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 »
— 187° bagatelle sur Maria 5 »
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EiE CARPENTIER. 188e bagatelle sur les Dragons de Villars.
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MACJNCS. Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots 9 »
PERNY. Op. 21. Souvenirs du Prophète, caprice 5 »
PONCE DE LEON. Mélodie irlandaise de Maria, transcription h »
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quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel (Ins-
Iruments de cuivre), dont voici de courts extraits :
•< M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
il La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être
résolu te problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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Fararger (1!.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 50
— Op. 12. Tarentelle 7 30
— Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50
— Op. 11. En Chasse, fantaisie 7 50
tSaviiii» (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon
— Op. 11. Première grande valse
— Deuxième grande valse 7 50
— Deuxième mazurka 6
— Op. 1S. Le Mouvement perpétuel, étude
de concert 9
— Op. 20. Rondo-polka 7 50
— Op. 21. Sxilienne
— Op. 22. Elégie 7 50
WBX PASTTAISIES »v.^T TIÏIO
Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par
ES. Sîaiiiia et L. Clupissou.
LÀ LYRE FRANÇAISE
Choix d'airs d'opéras, duos, romances sans accom-
pagnement des meilleurs auteurs anciens
et modernes.
100 n°'. Edition populaire. Ch., 35 c.
CniTFT FTA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex-
uUUl ll£llU position 1849; Médaille de l" classe
Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour
l'exportation.
Celte maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo-
sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus-
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
modèle de piano droit, cordes obliques, grand format,
extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap<
port de la quantité et de la qualité du son. Magasin
rue Montmartre, 161.
MAÏCrtrïï H Hm7 Manufacture de
IuAIoUM H. JtÎLitttl pianos, 48, rue de la
Victoire, à Paris.
A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n* 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. »
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
LHARMONÏFLUTE »ave«»a«,x,
dont le succès grandit chaque jour , se trouve chez
Mayermarix, 46, passage des Panoramas, a Paris.
t" médaille d'or
Exposition nationale française de 1849.
DÉCORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR
Exposition de 1849.
& ro médaille d'urgent
Exposition nationale française de 1844.
MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS
FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU
Facteur de la Maison militaire de l'Empereur.
RUE SAINT -GEORGES, 50
t" médaille
Exposition nationale belge de 1841.
DÉCORATION DE LA COURONNE OE CHÊNE
de Hollande (1845).
Grande médaille d'or
dit Mérite de Prusse (1846).
-o-©Sr°-
Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (8 §55). — Seule grande médaille
(C'ouncil ItSetiat) à l'Exposition universelle de Londres (1*51).
Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale.
SAXO-TROMDAS. SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX.
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Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs
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Système d'instruments k pistons ascendants; inv. brev. en lS5<e.
CORNETS SAX (compensateurs).
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DES FAMILLES DES
CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX.
BASSON-SAX (en cuivre et en bois) .
Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons
ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba.
Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons,
Caisses roulautes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym-
bales, etc., etc.
96
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Le 18 mars seront mis en vente,
CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU I",
LES AIRS DÉTACHÉS
Avec accompagnement de Piano, par Bazille, du
Opéra-comique en trois actes, paroles de
(De l'Institut.)
7 30
3 »
ACTE I'r.
Otavejrture
1. Chœur pour voix d'homme : Fêtons notre étoile, chérie . . .
2. Duo chanté par Mlle Monrose et Mlle Lemercier : Ma chère,
à la sorcellerie
3. Couplets chantés par M. Montaubry : J'aime for, ducat ou
pistole
3 bis. Les mêmes, transposés pour baryton ou mezzo-soprano .
3 ter. Les mêmes, transposés pour basse
h. Couplets chantés par M Prilleux : C'eut un grec!
5. sicilienne chantée par M. Crosti : Vive notre belle Sicile!. .
5 bis. La même, transposée pour basse
6. Ota© chanté par Mlle Monrose et M. Montaubry : Laissez-vous
attendrir, marquise. . . . • 7 50
6 bis. Romancero extrait du duo chanté par Mlle Monrose :
Elvire régnait à Murcie Ix 50
7. Couplets chantés par Mlle Lemercier : Des villas, des palais 4 »
ACTE II.
8. Barrarolte chantée par M. Montaubry: Si la brise folk . . 5 »
8 bis La même, pour basse chantante ou baryton 5 »
8 ter. La même, pour mezzo-soprano 5 »
9. AJr chanté par M. Montaubry : Ah! vive Dieu, V amour m'ap-
pelle 7 50
KE'ffTEKÊR. — Fantaisie -Transcription
Quadrilles par Arban et Marx. — Valse par Strauss.
10. Duetlînu chanté par Mlle Lemercier et M. Montaubry:
Endormons et fermons les yeux soupçonneux
11. Grand air chanté par Mlle Monrose : Est-ce un doux men-
songe ?
1 1 bis. Stances extraites de l'air pour soprano : Suis-je Vhirondelle
11 ter. Les mêmes, transposées pour mezzo-soprano
12. lïuo chanté par Mlle Monrose et M. Montaubry : Oh: non, je
ne dors pas, je veille
13. Trio chanté par Mlle Monrose, MM. Montaubry et Crosti:
Ali! ah! ah! ah! ah! ah! la bonne folie
ACTE III.
14. Chœur pour voix d'hommes : Posons des gardes sans nombre . 6 »
15. Couplets chantés par M. Crosti: Puisque de ces biens . . . 3 •
15 6is. Les mêmes, transposés pour ténor 3 »
16. Air cachoicha chanté par Mlle Monrose: Ah! je saurai
pour vous 6 »
16 bis. Le même, transposé pour mezzo-soprano 6 »
17. Trio chanté par Mlles Monrose, Lemercier et M. Montaubry :
Beauté, jeunesse et folle ivresse 10 »
18. ItiMnancc chantée par M. Montaubry : Ah ! ce. serait un crime. 3 »
18 bis. La même, trausposée pour mezzo-soprano 3 »
18 ter. La même, trausposée pour baryton 3 »
18 quater. La même, transposée pour basse 3 »
(Romancero, Barcarolle, Air-Cachucha, Romance).
— Polka par Ettling. — Polka-Mazurka par Talexy.
7 50
h 50
4 50
7 50
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SCHILLER- M ARSCH
Composée a F occasion du festival donné à Paris pour la célébration du 100e anniversaire de la naissance de Schiller.
PAR
Arrangée POUR LE FÏANO, par Chariot, prix, 7 fr. 50.
La même, arrangée' à quatre mains, par Ed. Wolff, prix, 10 fr.
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
N° 12.
18 Mars 1860.
ON S'ABONNE t
Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aui
Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 Tr. par an
Départements, Belgique et Suisse.... 30 » 14.
Étranger 34 <> id.
Le Journal paraît le Dimanche.
ETTE IHUSI
--^aa/\A/W\A/w\/--
SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien et Société des jeunes artistes du Conser-
vatoire. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Revue des théâtres,
par D. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN
ET
SOCIÉTÉ DES JEUNES ARTISTES DU CONSERVATOIRE
Tamberlick nous est revenu, et avec lui l'éternel débat sur l'ut de
poitrine, débat inutile s'il en fut, en présence de l'effet produit par
la note exceptionnelle. Quelle que soit la force de vos arguments
contre cette note, empêcherez-vous un chanteur de s'en servir, quand
la nature lui en a fait le cadeau? Pas plus que le renard de la Fon-
taine ne détermina ses pareils à supprimer l'appendice dont un ac-
cident l'avait privé. Il eut beau pérorer :
La mode en fut continuée.
Vous n'empêcherez pas davantage le public d'être surpris, frappé,
ébloui par une de ces facultés qui sortent des règles et dépassent
les limites connues. Dites tant que vous voudrez que ce n'est pas
de l'art, et résignez-vous, faute de mieux, au phénomène, ainsi
qu'à toutes ses conséquences , dont la principale est une abondance
miraculeuse de curieux dans la salle et d'argent dans la caisse. Ce se-
rait d'ailleurs une grande injustice que de ne pas reconnaître aujour-
d'hui en Tamberlick, comme autrefois en Duprez, les hautes qualités
d'artiste, dont la note phénoménale n'est et n'était après tout que
l'appoint. Sans ces qualités, la note cesserait bientôt d'avoir cours sur
la place et/ tomberait au bas prix de celle que Bilboquet enseigne à
donner dans la fameuse scène des Saltimbanques.
C'est dans Olello que Tamberlick a fait sa rentrée avec MmeBorghi-
Mamo pour Desdémone. On avait peine à en croire ses yeux, en lisant
sur l'affiche le nom de la célèbre cantatrice, qui, par la nature de sen
organe, ne semblait pas destinée s cet emploi. Depuis trente-neuf
ans que le chef-d'œuvre se chante à Paris, nous n'avons entendu que
des voix de soprani dans le rôle de la femme du More, le plus beau
de tous ceux que le maître écrivit pour Mme Colbrand. Cependant,
Mme Pasta, qui le créa chez nous, avait d'assez belles notes graves,
et elle les faisait valoir dans l'air de la Donna del Lago, qu'elle inter-
calait pour son entrée. Mme Borghi-Mamo a repris cette tradition, et
au petit duo des femmes, elle a substitué la grande et large cavatine :
Mura infelici ! Quoique ce morceau fût bien dans sa voix, le premier
jour elle l'a dit un peu froidement, comme le reste du rôle, qu'elle
avait étudié trop vite pour en être complètement sûre, et dont elle
transpose quelques parties ; mais, le second jour, elle avait retrouvé
tout son courage et tout son talent : aussi les bravos ne lui ont pas
manqué dans le finale du seconde acte : Se'l padre m'abandona, et dans
la romance du saule. L'habile cantatrice a fait tout ce qu'elle pouvait
faire, et l'on doit lui tenir compte d'un tour de force si heureuse-
ment accompli.
Après Olello, Tamberlick a chanté le Trovalore, et puis il a repris
Olello, toujours avec la même affluence et le même succès. Notons
en passant que l'autre samedi, entre les deux actes du Matrimonio
segrelo, Mlle Marie Battu a chanté son premier air de la Sonnambula
(au lieu du duo qu'elle devait dire), et que cet intermède, dont elle
a seule fait les frais, lui a valu les plus brillants honneurs, dûment
conquis par son jeune talent.
Le dernier concert donné par la Société, jeune aussi, que dirige
M. Pasdeloup, était richement composé, et l'exécution a dignement
répondu au programme. D'abord on a entendu la charmante sym-
phonie en mi bémol de M. Gounod, symphonie dont la place est
marquée au répertoire, à peu d'intervalle des meilleures productions
du genre. Les chœurs d'Athalie, écrits par M. J. Cohen pour le
Théâtre-Français, où ils ont longtemps escorté le chef-d'œuvre de
Bacine, passaient pour la première fois de la scèue au concert, et il
nous semble que ce changement de local n'a servi qu'à en mieux
faire ressortir le mérite. Au théâtre, l'attention, fatiguée par un long
spectacle, ne suffit pas au surcroît de labeur que lui impose la musi-
que. Au concert, on n'a que la musique à entendre, à juger, et ce
n'est plus qu'un plaisir. L'œuvre de M. J. Cohen a donc été parfaite-
ment écoutée, chaleureusement applaudie ; Faure s'y est distingué
par sa belle voix, comme par son beau style. Dans les fragments du
Siège de Çorinthe, il n'a pas chanté avec moins de puissance et d'ex-
pression. L'ouverture de Sémiramide et la symphonie en ut majeur de
Beethoven fournissaient de plus à l'orchestre l'occasion de montrer
avec quelle habileté il fonctionne sous la main du chef qui s'est chargé
de le conduire dans la voie du progrès, et n'a jamais failli à son en-
gagement.
P. S.
98
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
AUDITIONS MUSICALES.
Angnste Bnrand. — P. de Cuvillon et Georges Pfeiffer. — Albert
Sowinski. — Iiouis Brassin. — Mlle Félicie I«eclercq.— Vincent
Adler. — Mlle Marie Marchand. — M. «reiTe.— Mlle Szerafina
Vrabély. — «Joseph Franck. — Ernest Martin.
Si l'orgue mélodium n'a pas toutes les richesses, tout le brillant
du piano, il a en revanche des douceurs, des sons soutenus et ex-
pressifs que le dernier ne possède pas : aussi obtient-il partout les
suffrages des musiciens et du public. Entre tous les virtuoses qui ex-
cellent sur cet instrument, peu y trouvent de plus gracieuses inspira-
tions que M. A. Durand. A Saint-Roch, où il est organiste, son goût,
son style, remarquable surtout par la pureté et l'absence de manière ,
sont fort appréciés. Jeudi , dans la salle Herz, on a vivement applaudi
la délicate et fine exécution d'un duo concertant pour piano et orgue,
joué avec M. Barthe, d'une étude et d'une chanson toscane. Ces com-
positions sont distinguées, mélancoliques surtout; mais toutefois ne
tombent pas dans ce vague énervant que, n'osant l'appeler mélodie, on
décore maintenant du nom de fantaisie poétique, pantbéislique, etc.
Le Moine, de Meyerbeer, une scène splendide que tout le monde
a chantée, que tous les pianistes ont jouée, et dans laquelle on retrouve,
autant que dans ses chefs-d'œuvre dramatiques, la vigueur, la sève et
la passion de l'illustre maître, a vivement impressionné l'auditoire.
Admirablement dite par Battaille, après une autre large et religieuse
mélodie de Gounod, Jésus de Nazareth, elle a été non-seulement le
plus grand succès de la partie vocale, mais le plus grand charme de
cette jolie matinée. Une trinité des plus harmonieuses est certainement
le piano l'orgue et le violon. M. A. Durand fait chanter ces instru-
ments et en mêle les effets de façon à plaire autant aux virtuoses qu'aux
auditeurs : son trio sur Rlyoletto, très-bien exécuté par lui, Herman
et Barthe, a fait grand plaisir.
La comédie de Mlle Augustine Brohan : Qui femme a , guerre a,
terminait ce concert. Spirituels et distingués tous deux, Mlle Fix et
Bressant ont été, comme toujours, parfaits d'aisance, de naturel et de
grâces aristocratiques.
Parmi nos plus jeunes et nos plus habiles pianistes , il en est
peu qu'on écoute avec autant de plaisir que Georges Pfeiffer : c'est
qu'indépendamment de ses brillantes qualités de virtuose , on sent
chez lui de bonnes études musicales. Le meilleur fruit qu'ail encore
produit la solide éducation qu'il a reçue, celui qui annonce un musi-
cien de race et promet un compositeur dans la belle et bonne acception
du mot, est sans contredit le premier concerto que le jeune pianiste a
délicieusement joué à la deuxième soirée donnée par lui et M. de Cuvil-
lon dans les salons Pleyel-Wolff. Ce concerto, entendu seulement avec
accompagnement de double quatuor, est une page symphonique tout
à fait remarquable. Deux très-jolies mazurkas et la Fileuse, de Men-
delssohn, interprétée avec une finesse que cette semaine encore nous
n'avons pas retrouvée sous les doigts de toutes les pianistes qui l'ont
exécutée, et un admirable andante de Mozart ont, avec le concerto,
partagé le succès et montré que Georges Pfeiffer pouvait passer heu-
reusement des nobles et pures inspirations des maîtres aux composi-
tions où brillent les beautés du piano moderne.
M. de Cuvillon est l'un des rares violonistes qui ont conservé les bon-
nes traditions. Les bravos qui ont éclaté pendant des morceaux de
Mozart, de Beethoven et de Bériot lui ont témoigné que les suffrages
des vrais dilettantes,— les seuls qui importent— ne manquaient jamais
aux artistes de la grande école des Habeneck, des Baillot, et autres
maîtres illustres.
— En thèse générale, quand dans les concerts on rencontre un ar-
tiste complètement médiocre, c'est ordinairement un chanteur ou une
chanteuse. En effet.il n'est pas un des instrumentistes que nous enten-
dons chaque jour qui n'ait passé, au moins, dix ans de sa vie à étudier
un instrument; pas un qui ne soit bon musicien et qui, ayant plus ou
moins détalent, ne soit très-recommandable par quelque côté. Pour
les chanteurs, on le sait, c'est une tout autre affaire : le plus petit filet
de voix, une romance péniblement apprise, et que nous défions les
meilleurs accompagnateurs de suivre, suffisent pour se présenter devant
un auditoire accoutumé à ce que le monde musical compte de plus cé-
lèbre. Mais tout a des bornes, et nous avons bien cru, au concert de
M. Albert Sowinski, que le public parisien, le plus aimable et le plus
bienveillant qui soit au monde, allait se fâcher. Dans un morceau
d'ensemble, il est assez difficile de distinguer quelle est la partie qui
détonne, mais il est certain qu'une seule suffit pour tout gâter. Si nous
ne pouvons savoir au juste quelle part revient à chacun, nous pouvons
néanmoins constater l'intempestive et triste hilarité causée par l'exé-
cution de trois morceaux religieux, harmonisés par M. Sowinski, et de
l'air de la Perle de Frascati. Dire, après cela, si ces ouvrages sont
jolis, bien écrits pour les voix est chose impossible. Un quintette,
de M. Sowinski, où il y a de très-bons passages, et qui a été Irès-con-
venablement rendu par MM. Chaine, Mas, Muller, Renard et l'auteur;
deux fantaisies, une étude pour le petit doigt, page mélodique et bien
modulée, et un remarquable caprice, composé et exécuté par M. Chaine,
ont vivement contrasté avec la partie vocale et ont été par conséquent
très-applaudis. Malgré cela il y avait trop d'ombres dans cette soirée
et le succès s'en est ressenti.
— Nous pourrions en dire à peu près autant de la soirée donnée
lundi dans la salle Beethoven par un pianiste des plus distin-
gués. Louis Brassin, lui aussi, a cru devoir apporter aux plaisirs
du public des diversions qui toutes n'ont pas été goûtées. Après
avoir fait applaudir ses brillantes qualités au concert des jeunes
artistes et au concert qu'il a donné dans la salle Herz, nous
eussions préféré que cette fois il se fût présenté seul. Il y eût
gagné et ses auditeurs n'y auraient rien perdu. Les nombreux mor-
ceaux qu'il a joués, notamment la belle étude de Moschelès et des
ouvrages charmants de sa composition, le Chant du soir et Galop
fantastique, auraient certainement mieux produit l'effet qu'ils devaient
produire, car ils ont été exécutés avec un mécanisme, une verve, un
brio dignes d'un grand virtuose. Ils pouvaient dispenser le jeune et
fougueux pianiste de s'entourer d'artistes qui n'ont su faire éprouver
au public aucune des douces émotions qu'il s'était promises, et qu'il est
en droit d'attendre chaque fois qu'un musicien sérieux et d'une va-
leur incontestable fait appel à son dilettantisme.
— Mlle Félicie Leclercq, élève de M. Henri Herz, a pleinement jus-
tifié cette semaine, comme le font au reste tous les élèves du Conser-
vatoire, les succès obtenus par elle rue Bergère. Un jeu fin, gracieux
élégant, net et une certaine vigueur de style ont valu à la jeune
pianiste d'être applaudie par des mains exprimant chaudement le plai-
sir qu'elle faisait éprouver. Elle a exécuté sa partie dans Validante et
V allegro du grand sextuor de Moschelès de façon à contenter des juges
difficiles. Ce sextuor a été très-goûté. La science et l'inspiration y sont
réunies dans une juste proportion. C'est de la musique bien faite,
mais aussi de la belle musique. La fantaisie de Henri Herz sur des
mélodies de la Fille du régiment, \' Impromptu de Chopin et des
œuvres de Mendelssohn ont posé Mlle Leclercq en artiste capable, avec
quelques efforts, avec un style un peu plus large, un peu plus expres-
sif, de s'élever au-dessus des talents ordinaires qui, à Paris, dans la
musique instrumentale, sont déjà de fort beaux talents.
Un autre lauréat du Conservatoire, un élève de M. Vaslin, Jules Las-
serre, a exécuté la fantaisie de Servais sur Leslocq. Un beau son, un
grand charme d'expression, une grande justesse dans l'exécution des
difficultés, et surtout une sévérité de style entièrement opposée aux
excès de l'école vibrante et glissante, ont été très-remarques.
— M. Vincent Adler, pianiste au jeu correct, élégant et pur de toute
mignardise de style, s'est fait entendre cette semaine dans les salons
d'Erard. S'il joue bien, il compose mieux encore peut-être. Un
allegro de concert, soutenu par un second piano, une élude et une
DE PARIS.
99
Styrienne ont révélé un musicien instruit qui, n'ayant ni volubilité
étourdissante, ni chaleur factice, écrit des œuvres profondément
senties, où les mélodies ne se croient pas dispensées 'd'être belles,
variées de ton et d'accent, parce qu'elles sont rehaussées d'une har-
monie piquante et souvent pleine d'éclat. Après ces morceaux origi-
naux, M. Adler a exécuté une fantaisie sur le Domino noir. La Gitana,
tel en est le titre, a été chaleureusement applaudie. Outre le charme
des ravissants motifs d'Auber, on y a remarqué une bonne facture, du
goût et des traits délicats et expressifs.
— Au concert qu'elle donnait samedi, Mlle Marie Marchand a joué
très-nettement et très-élégamment un rondo de Chopin et diverses
œuvres deDoelher et de Mendelssohn. La jeune paniste a fait d'ex-
cellentes études au Conservatoire, sous la direction de M. Lecouppey ; de
plus, la nature lui adonné un bon sentiment musical. Disons-le cepen-
dant, un peu de chaleur et de sensibilité ne gâteraient rien, et ajou-
teraient même beaucoup à cet aimable talent. Ces qualités feraient
passer Mlle Marchand du rang d'élève distinguée au rang des artistes
qui savent colorer leur exécution et lui donner une piquante origina-
lité. Jourdan a dit l'air de Joseph, une jolie mélodie de Fauconnier,
Ah ! viens à moi! et une mélodie d'Alfred Mutel, la Vie, qui n'a pas
été la moins goûtée et la moins applaudie. Paladilhe, Mme Riquier-
Delaunay et Léon Lecieux, qui, malgré un son un peu maigre, n'en est
pas moins un violoniste de talent, ont, avec la fine et communicative
gaieté de Berthelier, contribué à rehausser l'attrait de cette soirée".
— M. Greive est du petit nombre des jeunes compositeurs qui se
distinguent en écrivant des trios, des quatuors, etc. Sa musique de
chambre est brillante, très-ornée et faite pour des exécutants habiles,
mais elle ne franchit pas les limites que le genre impose. Plutôt
symphoniste que compositeur dramatique, on sent que M. Greive est
plus familiarisé avec les instruments qu'avec les voix : aussi ses œuvres
vocales ne sont pas celles que nous préférons. Quoique dites par
Mme Cambardi avec une grande énergie de son et par Gardoni, dont
le talent aimable, gracieux, sympathique, était bien fait pour en révé-
ler les beautés, elles n'ont pas causé le même plaisir et ne sont pas
aussi remarquables que le trio et surtout que le quatuor où MM. Ar-
mingaud, Lapret, Lalo et Lee ont délicieusement rendu toutes les
intentions de l'auteur. Certes, ces compositions instrumentales sont
belles, et il fallait bien du mérite pour les écrire. Cependant voilà
encore un musicien qui n'arrive ni au théâtre, ni à la popularité.
Pourquoi ? C'est qu'il manque à sa musique, comme à celle de bien
d'autres artistes, la passion et la vie ; c'est que, peu prodigue de ces
chants heureux que l'art seul ne donne pas, elle n'est jolie que d'un
certain côté. Dans tous ces ouvrages, rien de jeune, rien de vif, rien
de primesautier ; toujours un bien uniforme, que la réflexion apprend
à aimer, mais qui satisfait plus l'intelligence que le cœur.
Si la critique doit faire la part du talent acquis, d'une savante
facture, de la pureté de l'harmonie, elle doit rappeler aussi la partie
intellectuelle et idéale de la musique, et dire franchement à tous que
les sympathies universelles, le secret des grands succès ne se trouve
que dans ces mélodies claires, colorées, bien accusées qui sont la
fleur d'une riche imagination, et que le public veut toujours trouver
épanouie au milieu des mille développements d'une idée.
— Mlle Vrabely s'est fait entendre dans les salons Erard. Sans s'éle-
ver au-dessus des talents estimables qu'on applaudit chaque jour, elle
a comme eux toutefois un mérite incontestable. Elle dit la musique
allemande sérieusement, clairement et, il nous faut ajouter, un, peu
froidement. Telle est du moins l'impression qu'elle a produite sur un
public trop exigeant peut-être, parce qu'il entend partout des virtuoses
qui font naître dans son esprit des comparaisons peu obligeantes.
Mais, sous peine d'être injuste, il faut tenir compte des efforts et des
talents qui, sans atteindre bien haut, n'arrivent pas moins à des ré-
sultats très-satisfaisants et relativement très-heureux. Ils méritent, ce
nous semble, d'être encouragés ; car, après tout, ils ne sont stériles ni
pour l'art, ni pour les plaisirs des dilettantes.
— Une vingtaine de matinées et soirées musicales ont été données
cette semaine. Nous n'oserions dire que nous avons assisté à toutes ;
mais nous pouvons assurer qu'à son concert, Joseph Franck, de Liège,
a été très-chaleureusement accueilli comme compositeur et comme
virtuose, et que des chœurs de Grétry et d'Ambroise Thomas, chantés
par les élèves du Conservatoire, et la spirituelle partition de Poise,
les Charmeurs, ont fait de la soirée d'Ernest Martin une soirée très-
intéressante.
Adolphe BOTTE.
BEVUE DES THEATRES.
Odéon : Le Parvenu, comédie en cinq actes et en vers, par M. Amé-
dée Rolland. — Vaudeville : Reprise de la Maràti-eet de la Dame
aux Camélias. — Palais-Royal : Si Ponloise le savait, vaude-
ville de MM. Adenis et Tourte. — Ambigu : le Compère Guillery,
drame en neuf tableaux, par M. Victor Séjour.
Le privilège de l'Odéon vient d'être renouvelé pour trois ans entre
les mains de M. de Laronnat, et dans cette circonstance, il faut avouer
que la justice se trouve en parfait accord avec la faveur. Ce direc-
teur, aussi actif qu'intelligent, a rendu plus de services à la jeune
littérature que les cinq ou six administrations qui ont précédé la
sienne, et le succès a plus d'une fois répondu à ses vaillant efforts.
Tout récemment, deux noms nouveaux étaient encore révélés au pu-
blic par l'existence centenaire du Testament de César Girodot. Au-
jourd'hui ce n'est pas tout à fait un auteur inconnu qui vient de triom-
pher, mais il s'en faut de bien peu. M. Amédée Rolland a déjà signé
le Marchand malgré lui en collaboration avec M. Duboys, et V Usurier
de village, avec M. Battaille. Cette fois, il est seul pour le Parvenu, et
nous avons affaire à une personnalité très-nette et très-accusée. A
vrai dire, M. Rolland ignore les finesses du métier ; il ne sait pas
conduire une intrigue, prendre son action corps à corps, et en tirer
toutes les déductions logiques. Mais c'est un poëte, et en dépit de ses
incorrections dont il se corrigera, on peut prévoir qu'il se fera rapi-
dement sa place au soleil, et qu'il comptera bientôt parmi les parve-
nus du royaume des lettres.
Le grand tort de sa pièce, au point de vue de l'agencement, est de
ne point assez justifier le choix du sujet. M. Mercier, ancien meunier,
quatre ou cinq fois millionnaire, est bien en effet un parvenu, mais ce
titre, dont il est fier, est une enseigne trompeuse, et ne produit abso-
lument rien qu'un autre individu ne puisse faire, dans n'importe quelle
situation de la vie. Il a de faux amis ; qui n'en a pas? Il a un frère
entiché de noblesse, un beau-frère adonné aux jeux de Bourse; son
fils entretient une Lorette et n'en aime pas moins sa cousine qu'il
finit par épouser. Est-il bien nécessaire d'avoir gagné une colossale
fortune à moudre du grain, pour que ces choses-là vous arrivent? A
travers ces lieux communs, il y a pourtant deux belles et fortes scènes
qui rachètent bien des détails oiseux et futiles, celle où le fils du par-
venu se laisse insulter par un homme à qui il croit devoir de l'ar-
gent, jusqu'au moment où son père, en offrant de payer sa dette, lui
fournit l'occasion de se relever et de demander raison à son insul-
teur, et celle où la nièce de M . Mercier force son oncle à lui rendre
ses comptes de tutelle pour désintéresser secrètement les créanciers
de son cousin.
Les types abondent dans cette comédie, selon l'usage du théâtre
contemporain, et plusieurs sont habilement photographiés. Mais,
nous le répétons, ce qu'il faut louer chez M. Amédée Rolland, c'est
moins l'auteur dramatique que le poëte; son vers affecte toutes les
formes ; tantôt gai, tantôt incisif, il s'élève parfois jusqu'au lyrisme
100
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
et à la véritable éloquence. Voyez par exemple de quelle façon le
bonhomme Mercier prend la défense des parvenus.
TeDez, je ne sais rien de plus platement bête ,
Que ce mot parvenu que nous jette à la tête
Le premier fainéant et le dernier venu.
Comme l'on crie au loup, on crie au parvenu !
Que lui demande-t-on ? Des ancêtres, peut-être?
Mais chaque parvenu n'est-il pas un ancêtre?
N'est-ce pas lui le tronc du chêne glorieux,
D'où chaque jour encor naissent d'autres aïeux ?
Artistes, ouvriers, savants, hommes de guerre ,
Avec la plume, avec l'épée, avec l'équerre,
Nous avons tellement, fils de quatre-vingt-neuf,
Labouré le vieux sol et mis la France à neuf,
Fondé le droit moderne, et semé par le monde
Aux quatre vents du ciel sa semence féconde,
Que nos grands parvenus se comptent par milliers
Sur les champs de bataille et dans les ateliers ;
Que de leurs jeunes noms toute l'Europe est pleine ,
Et que, si l'on voulait, par imbécile haine,
Effacer d'un seul trait tous ces noms éclatants ,
Il faudrait raturer l'histoire de cent ans.
Ce sont là de beaux et de bons vers, bien pensés et bien exprimés;
maintenant que la route de l'Odéon n'est plus un prétexte d'épigram-
mes, il n'en faut pas davantage pour y ramener tous ceux qui ont
applaudi le Testament de César Girodot.
— Le Vaudeville prépare une pièce de M. Octave Feuillet, et pro-
visoirement il vit tant bien que mal de reprises. Mlle Fargueil vient do
jouer la Marâtre après Mme Marie Laurent. Il y a tout un monde entre
ces deux interprètes du drame de Balzac, et c'est pour le public un
assez curieux sujet de comparaison. Autant l'une y était menaçante
et terrible, autant l'autre y fait preuve de perfidie féline. A tout pren-
dre, nous ne comprenons pas pourquoi le directeur du Vaudeville,
ayant tout d'abord Mlle Fargueil sous la main, s'est cru obligé d'em-
prunter Mme Laurent à un théâtre du boulevard.
La Dame aux camélias a aussi reparu ces jours derniers avec Fech-
ter et Mlle Jane Essler. Il est regrettable qu'on ait attendu, pour faire
cette reprise, que Mme Doche se soit envolée tout à coup vers le
Théâtre-Scribe, de Turin.
— Le Palais-Royal, toujours sur la brèche, a lancé dans la circulation
une pièce de carnaval qui , par parenthèse, arrive un peu tard. Si
Pantoise le savait ! s'écrie le vertueux greffier Boutibonne forcé de se
costumer en matamore et de tenir tête à deux dominos mystérieux.
Mais ce n'est qu'une mystification imaginée parla femme d'un ami qui
lui a prêté son domicile, et, malgré certains retours de jeunesse dus à
l'influence du Champagne, Boutibonne peut rentrer au bercail sans avoir
donné prise à la médisance. Cette binette est amusante et renferme une
opposition, qui a le mérite d'être vraie, entre l'homme ordinairement
sérieux sous le frac noir et changeant de caractère en même temps
que de costume.
— Tout le monde connaît la chanson du Compère Guillery, mais
on serait bien embarrassé d'en dire l'origine. Il existait en Bretagne,
au temps de la ligue, trois frères du nom de Guillery qui se battirent
en braves soldats, mais qui, une fois la paix signée, se Drent dévali-
seurs de grande route, et déclarèrent la guerre à toutes les classes de
la société, excepté à la noblesse dont ils faisaient partie. Ils avaient
pris pour devise : La paix aux gentilshommes, la mort aux prévôts et
aux archers, la bourse aux marchands. Ils furent réduits et condamnés
au supplice de la roue sous le règne de Henri IV. Est-ce sur ces trois
frères, ou sur l'un d'eux seulement, ou enfin sur un simple chas-
seur de perdrix qui portait le même nom que la chanson a été faite?
C'est ce qu'il serait difficile de décider aujourd'hui. Toujours est-il que
ce refrain naïf est devenu populaire, et qu'à ce titre l'Ambigu a eu rai-
son de le choisir pour enseigne d'un drame à grand spectacle. Le
Compère Guillery de ce théâtre, breton comme les trois frères rom-
pus en 1608, n'est précisément ni un honnête homme ni un bandit.
C'est un aventurier qui protège une jeune fille qu'un gentilhomme a
voulu tromper. 11 soutient une longue lutte contre ce Gaston de Jussac,
et après avoir reçu le dernier soupir de sa fiancée, il tombe lui-même
atteint d'une balle. Cette pièce a été fabriquée pour Mélingue, c'est
tout dire : le rôle de la fiancée est joué par Mlle Saint-Marc qui, à
l'exemple de Mme Doche, de Mlle Page, de Mlle Duverger, a quitté les
théâtres de genre pour s'enrôler parmi les desservantes du sombre
mélodrame. Cela devient une véritable épidémie. Du reste, Mlle Saint-
Marc n'a pas eu moins de succès que Mélingue ; mais les honneurs de
la première représentation ont été, il faut en convenir, pour deux
magnifiques décors qui représentent la citerne aux loups et le torrent
du Mont-Diable. Il fut un temps où une seule décoration suffisait pour
remplir la caisse d'un théâtre des boulevards ; si cette époque n'est
pas tout à fait passée de mode, les décorations du Compère Guillery
et les péripéties du drame de M. Victor Séjour rempliront longtemps
la caisse de l'Ambigu.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
*** Au théâtre Impérial de l'Opéra, Pierre de Médicis a été représenté
lundi, mercredi et vendredi.
*% Les études de Sémiramis, pour le début des deux soeurs Marchisio,
commenceront prochainement.
*% On annonce que le Tannliœuser de Richard Wagner sera représenté
l'hiver prochain, et que déjà même on s'occupe des études que nécessite
la mise en scène de cet ouvrage.
*** C'est aussi au commencement de l'hiver que viendra le ballet
composé pour Mlle Emma Livry par Mlle Taglioni, et dont J. Offenbach
a écrit la musique. L'opéra de M. Gevaert, paroles de MM. Méry et Vaez,
interprété par Mmes Gueymard et Caroline Duprez, serait joué ensuite..
„*.,. Une représentation se prépare au bénéfice de Mme Girard, veuve
du chef d'orchestre.
*** On assure que le décret qui augmente les droits d'auteur pour le
théâtre de l'Opéra est tout prêt à paraître ; ce décret maintiendrait indé-
finiment pour toutes les représentations, la rémunération fixe limitée
jusqu'à présent aux quarante premières; on sait qu'au-dessus de ce
nombre le chiffre du droit s'abaissait de plus de moitié.
*% L'indisposition de Mlle Monrose continue d'ajourner les représenta-
tions du Roman d'Elvire ; cependant on pense qu'elle pourra le chanter
dans les premiers jours de la semaine prochaine.
*% L'engagement de M. et Mme Faure vient d'être résilié d'un com-
mun accord entre la direction de l'Opéra-Comique et les deux artistes.
M. Faure quittera le théâtre le 1er mai, et Mme Faure le 1er juillet.
„% Le Château-Trompette, de MM. Gevaert et Cormon, qui va entrer en
répétition, sera chanté par Mme Cabel, Couderc, Sainte-Foy et Pril-
leux. Couderc représente dans cette pièce Richelieu à soixante ans.
' „*„ L'engagement de Barrielle, l'excellente basse, qui chante si bien
les couplets du chasseur dans le Pardon de Ploërmel, vient d'être re-
nouvelé pour trois ans.
„,% Le théâtre italien a donné cette semaine trois représentations
successives ù'Otello qui chaque fois ont rempli la salle. Aujourd'hui par
extraordinaire, Don Giovanni, dans lequel Tamberlick chantera le rôle de
don Ottavio.
„*„ Victor Massé prépare pour le théâtre Lyrique une grande partition
sur ie Don Juan de lord Byron.
„,*„, Cette semaine aura lieu aux Bouffes-Parisiens une première re-
présentation qui piquera vivement la curiosité publique: Daphnis et
Chloé, opérette bouffe, de M. Clairville, musique de M. Offenbach.
C'est dans cette pièce que Mlle Julliette Beau fera ses débuts par le
rôle de Daphnis ; Mlle Chabert remplira celui de Chloé, Mlle Cico celui
de Calysto, et M. Désiré celui du dieu Pan. Le même soir on donnera
aussi la première représentation de C'était moi, de MM. de Najac et
Deulin, musique de M. Billemont, jouée par Mlles Cico, Beaudoin, Las-
serre; MM. Guyot et Jean Paul.
„** Le théâtre Déjazet a donné avant-hier vendredi une opérette de
M. Th. Julien, musique de M. Ruitter. L'Ile de sol-si-ré est une bouffon-
nerie carnavalesque qui n'a que le défaut d'arriver un peu tard. Le
DE PARIS.
101
poëme, qu'on croirait un tableau détaché d'une des grandes féeries des
frères Cogniard, est semé de mots assez heureux. Quant à la partition,
elle se recommande par une ouverture originale, une romance, et enfin
une polka avec accompagnement de mirlitons très- heureusement réussie.
MM. Bâche, Bellecour, Gourdon ; Mmes Jullien et Baudriller ont leste-
ment enlevé Vile de sol-si-ré, qui accompagnera d'une façon très-honora-
ble la jolie partition de Fanchetle.
*** Un nouveau succès a été obtenu, le 28 février, sur le théâtre de
Schwerin, par M de Flotow, avec le Conte d'hiver, d'après Shakspeare,
arrangé pour la scène par M. Dingelstedt.
„% Dans le concert de la Société des jeunes artistes, qui aura lieu
dimanche prochain et qui sera le dernier de la saison, les fragments de
Struensée, de Meyerbeer, seront de nouveau exécutés.
„,% D'après VAlmanach théâtral de 4 860, le nombre des théâtres en
Allemagne est de 184, avec un personnel de 7,000 individus. Sur ce
chiffre, il y a 20 théâtres de la cour, 112 sont la propriété des villes ; il
y a 5 théâtres d'été, 3i troupes ambulantes, 6 théâtres fondés par
actions, etc.
„% Aujourd'hui dimanche, la Société des concerts exécutera les Sai-
sons, d'Haydn. Roger chantera la partie de ténor.
%*t L'Association des artistes musiciens de France célébrera, cette
année, la fête de l'Annonciation, en faisant exécuter par 400 artistes, le
lundi 26 mars courant, à H heures 1/2, dans l'église métropolitaine de
Notre-Dame, la 13° messe en mi bémol de Mozart. La messe sera pré-
cédée de la Marche religieuse, avec accompagnement de harpes, dernière
œuvre d'Adolphe Adam. Les daines patronnesses et M Bolle-Lasalle, agent
trésorier de la Société des musiciens, rue de Bondy, 68, tiendront à la
disposition des bienfaiteurs de l'œuvre des lettres d'admission dans l'en-
ceinte réservée.
*** Mme Pleyel, ayant dû refuser un grand nombre de personnes à
son premier concert, s'est décidée à donner demain lundi 19 mars, à
8 heures, salons Pleyel-Wolff et C", une seconde soirée musicale dans
laquelle elle jouera la sérénade de Mendelssohn avec accompagnement de
quatuor ; trois études de style, de Jules Cohen ; la sonate op. 27, de
Beethoven ; la Fileuse, de Litolff, et la Truite, de Stéphen Heller.
MM. Sighicelli et Tagliafico prêteront à Mme Pleyel le concours de leur
talent.
*% Alfred Jaell s'est fait entendre le 7 mars au concert Dûigentia à
la Haye, et le 8 mars à Rotterdam au concert Eruditio musica. Ces deux
soirées ont été pour l'excellent pianiste l'occasion d'un véritable triom ■
phe. Dans les deux villes A. Jaell a dû répéter le Carillon et les trans-
criptions du Pardon de Ploërmel ; celle du Prophète a obtenu également
un grand succès ainsi que le nocturne et la valse de Chopin. A Rotter-
dam, A. Jaell a été salué par une triple fanfare de l'orchestre et par
les applaudissements enthousiales du public. Le 13 mars A. Jaell était
attendu à la Haye, où il a donné un nouveau concert.
**„, J. Becker, réminent violoniste dont nous avons parlé à propos de
son dernier concert à Paris, a été appelé à Cassel et Leipzig, où son
beau talent a eu le plus grand et le plus légitime succès. Appelé de
nouveau à Londres, l'exécution de ses engagements n'a pu lui permettre
d'arriver à Paris pour son deuxième concert déjà annoncé. On nous
écrit que son succès grandit chaque jour, et qu'à la soirée donnée le
25 février à Saint-James-Hall il a été applaudi plus de dix fois pendant
l'exécution du magnifique morceau de Paganini, Nelcor piu non misento,
et rappelé deux fois de suite avec acclamation.
i*^ Mme Viard-Louis va donner, le 23, dans les salons de Pleyel-WolfF,
une soirée musicale avec le concours de MM. Alard, Franchomme et
Géraldy. Mme Viard-Louis est une pianiste distinguée, accoutumée à la
faveur du public qui ne lui fera pas plus défaut aujourd'hui qu'alors
qu'elle partageait les succès de son mari, M. N. Louis, enlevé trop tôt à
l'art qu'il cultivait avec passion.
*** A l'université de Leipzig a été créée récemment une chaire de
musique qui a été confiée à M. H. Langer, directeur de l'Association
des chanteurs de l'université.
*** On parle d'un concert qui serait donné par un éminent pianiste,
Ravina, et dans lequel il exécuterait deux de ses dernières productions,
ainsi que sa Sicilienne, son Mouvement perpétuel, et VElégie. Les ama-
teurs de son beau talent verraient avec satisfaction ce bruit se con-
firmer.
*** Mercredi 21 mars, dans la salle Herz, Mlle Murer, l'élève de prédi-
lection de Prudent, donne un grand concert dans lequel elle exécutera
la fantaisie de son maître sur la Sonnambula, le Chant du ruisseau, l'Aurore
dans les bois ; l'andantede Beethoven, op. 7, et une ballade de Chopin.
„% M. Mohr, premier cor solo de l'Opéra, a été appelé samedi à Or-
léans par l'Institut musical. 11 a joué sa brillante fantaisie sur la Magi-
cienne et Bélisaire, scène antique pour cor solo et orchestre de Charles
Manry. Cette belle et large composition, interprétée par M. Mohr avec
un talent hors ligne, a soulevé d'unanimes applaudissements, et l'habile
virtuose a été unanimement rappelé.
„% A la matinée musicale donnée par Mlle Léonide Ilumbert dans les
salons de M. Navarre, nous avons entendu une charmante fantaisie de
Charles de Bériot, exécutée sur le violon d'une façon très-remarquable
par M. Ph. de Cuvillon ; puis M. César Allard, jeune violoncelliste dont
nous avons prédit les succès, a élé chaleureusement applaudi après avoir
exécuté avec un sentiment exquis une mélodie de Schubert. Mlle Léo-
nide Humbert, dans l'exécution de plusieurs morceaux de Beethoven et
de Mozart, a fait preuve de goût et de délicatesse ; son talent s'est main-
tenu constamment à la hauteur des maîtres dont elle a interprété les
œuvres. ,
**„, Mlle Albertine Segisser, jeune fille de onze ans, qui fait sensation
dans les salons en récitant d'une manière remarquable des scènes de nos
tragédies célèbres, donnera, sous les auspices de M. Kruger, réminent
pianiste-compositeur, le dimanche 25 mars, à deux heures, dans les salons
Erard, une matinée musicale et dramatique. On y entendra pour le
chant, Mme Bernolla et M. Marochetti ; pour la partie instrumentale,
MM. Leroy, Jancourt, E. Rignault, Amédée de Vroye, llammer et Kruger.
*% C'est mercredi soir, 21 mars, qu'aura lieu, dans la salle Erard, le
splendide concert de notre éminent violoncelliste, Alexandre Batta. Comme
les années précédentes, il s'est entouré de toutes les célébrités présentes
à Paris. Il exécutera pour la première fois en public son morceau sur
des motifs cVArmide, de Gluck; une méditation nouvelle sur une mélodie
de Schubert pour orgue, piano et violoncelle; il redira le charmant mor-
ceau, toujours unanimement redemandé, qui a nom Passiflore; puis vien-
dront les compositions nouvelles de Mme Clémentine Batta, et qui sont
déjà en possession d'un légitime succès, chantées par Mme Sabatier et
J. Lefort. Mlle Joséphine Martin, Mil. Lefébure, Dien, Malezieux et
Maton compléteront l'ensemble de cette belle soirée.
4% La Société impériale de Valenciennes ouvre un concours de com-
position musicale pour choeur d'hommes sans accompagnement ni solo
sur une camate : Union de l'industrie et des arts. Le prix consistera en
une médaille d'or de 100 fr. Le chant pourra être à trois ou quutre voix.
S'adresser, pour plus amples renseignements, au secrétaire général de
la Société, M. Martin, à Valenciennes.
**„ Une indisposition de M. Chevdlard ajourne au 29 courant la séance
de musique de chambre dans laquelle devait être exécuté le quintette de
M. Fétis père.
*** Le célèbre pianiste- compositeur Joseph Wieniavski vient d'arriver
à Paris.
$*% La Belgique nous envoie un jeune artiste, premier prix de la classe
de Servais, M. Deswert, qui possède déjà nn remarquable talent sur le
violoncelle et qui veut le faire apprécier à Paris. Les élèves d'un maître tel
que Servais ne passent jamais inaperçus; l'attention et les sympathies
du public parisien ne feront donc pas défaut à celui-ci aussitôt qu'il se
sera décidé à se faire entendre.
*** Mardi 20 mars, dans les salons d'Erard, M. et Mme Viguier don-
neront, avec le concours de Mme Barbot, de l'Opéra, de MM. Barbot et
Maurin, un beau concert vocal et instrumental, dans lequel Mme Viguier
exécutera plusieurs morceaux pour le piano, et M. Viguier deux morceaux
de sa composition pour alto et violon.
**„ Samedi 24 mars, à 8 heures et demie, M. Zompi, pianiste-com-
positeur distingué, donnera dans les salons d'Erard, avec le concours de
MM. Cuvillon et Franchomme, de M. Lucchesi, de l'opéra Italien, et de
Mlle Mancel, son élève, un concert dans lequel il fera entendre plu-
sieurs de ses nouvelles compositions.
*** C'est toujours demain à deux heures, dans la salle Herz, qu'aura
lieu le beau concert donné par Louis Lacombe, avec le concours de
Mmes Wekerlin-Damoreau, Mlle Stella-Colas, et de MM. Roger, Jules
Lefort, E. Forgues, Kœmpel etCh. Lebouc.
*** M. Léter, l'ex pensionnaire du théâtre Lyrique, a chanté d'une
manière remarquable aux concerts du palais de l'Industrie les Cerises, la
Chanson et la Promenade du paysan, de P. Dupont, ainsi qu'une mélo-
die dont le titre est : Souviens-toi. La diction, la manière de phraser
de M. Léter lui ont valu des applaudissements et rappels justement
mérités.
t% Notre illustre collaborateur M. Fétis père fera exécuter, au pro-
chain concert du Conservatoire de Bruxelles, l'ouverture de Macbeth,
de M. de Hartog, le même ouvrage, qui obtint un succès si éclatant
au concert que ce jeune compositeur a donné à Paris l'année dernière.
„** Lundi 26 mars aura lieu, à la salle Herz, le concert donné par
M. Bernhard-Rie. L'éminent pianiste-composieur jouera, outre ses nou-
velles compositions, le quatuor en mi bémol, dédié à Rossini, d'Adolphe
Blanc, avec l'auteur, MM. Casimir Ney et René Douay. Mme Riquier-
Delaunay et M. Crosti, de l'Opéra-Comique, prêteront leur concours à
M. Bernhard-Rie pour la partie vocale, et M. Lamoureux pour la partie
instrumentale.
„,*.,, Le 23 mars, salle Herz, M. Dombrowski donnera un concert dans
lequel il fera entendre de nouveaux morceaux de sa compositicfh.
Mlle Michelli, M. Casella, violoncelliste solo du roi de Sardaigne, et
M. Fortuna, prêteront leur concours au bénéficiaire.
„,** Le violoniste Kœmpel annonce une deuxième soirée musicale,
qui aura lieu jeudi prochain dans les salons Pleyel, avec le concours de
Mmes Szarvady et Bochkoltz-Falconi.
102
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
/* L'Académie des beaux-arts offre chaque année une médaille d'or
de la valeur de 500 fr. à l'auteur des paroles de la cantate choisie pour
être donnée comme texte du concours de composition musicale. La can-
tate doit être exécutée par trois personnages, une femme, un ténor et
un baryton ou basse-taille. Elle doit contenir un, ou au plus deux airs,
un seul duo et un trio final, chacun de ces morceaux devant être sé-
paré des suivants par un récitatif. Le poëte devra éviter de donner trop
d'étendue aux récitatifs; il devra renfermer dans le moins de vers
possible l'expression des sentiments que le sujet amènera. S'il y a deux
airs, il faudra nécessairement qu'ils diffèrent de caractère et de mou-
vement. Le poëte combinera son trio final de manière que le composi-
teur puisse y trouver, soit au début, soit au milieu, un motif de chant
sans accompagnement. Le sujet pourra être choisi indifféremment dans
la Bible, dans l'histoire ancienne, dans l'histoire du moyen âge, dans
l'histoire moderne, ou être tout à fait d'invention. Il faut que le poëte
offre aux compositeurs un sujet clair, clans lequel il y ait du mouve-
ment, de la passion, de la variété. Il est difficile de limiter précisément
la longueur de la pièce de vers, mais il est à désirer, dans l'intérêt des
jeunes compositeurs, que la cantate mise en musique n'excède pas une
durée de vingt ou vingt-cinq minutes. Cette considération peut servir
de guide à l'auteur des paroles. L'auteur de la cantate choisie par l'A-
cadémie sera invité à se mettre à la disposition de la section de mu-
sique, pour faire, s'il y a lieu, les changements, additions ou suppres-
sions que la section pourra trouver nécessaires. Chacune des pièces
de vers contiendra, dans un billet cacheté, le nom de l'auteur, son
adresse, et l'épigraphe de sa pièce. Il ne sera reçu à ce concours que
des pièces de vers inédites. Les manuscrits ne seront pas rendus, mais
les auteurs pourront en faire prendre copie. Les cantates seront reçues
au secrétariat de l'Institut jusqu'au 16 mai 1860. Ce terme est de ri-
gueur.
„*„ On ancien chanteur du théâtre royal de Berlin, le baryton
Hammerstein, vient de mourir à New-York dans le plus complet dé-
nûment.
*** Mercredi soir, Jullien, le célèbre chef d'orchestre, a succombé à
la fièvre cérébrale qui s'était emparée de lui à la suite de son attaque
de folie.
„,*„, Mme Thys , femme du compositeur-professeur , et mère de
Mlle Pauline Thys, qui s'est déjà fait un nom bien à elle, a été enlevée
la semaine dernière par une mort subite, à la suite d'un rhume violent.
**„ Mme veuve Hérold, mère de l'illustre compositeur de ce nom, est
morte le 12 mars, âgée de près de quatre-vingt-dix ans.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„, Marseille. — Le succès du Jugement de Dieu, l'œuvre nouvelle de
MM. Morel et Carcassonne, s'est pleinement confirmé à la deuxième re-
présentation. Dans le premier acte un magnifique chant de guerre et un
sextuor final ont produit une véritable sensation. Au deuxième on a
chaleureusement applaudi un boléro très-bien réussi, une marche d'un
beau caractère, une délicieuse romance très-bien dite par Armandi, et
un air de basse dans le genre ancien. Le troisième acte, qui a été una-
nimement jugé le meilleur, se compose d'une romance très-bien chantée
par Mme Elmire, d'un ravissant duo entre les deux femmes finissant
par un trio plus ravissant encore, puis d'un grand duo entre Mme Elmire
et Armandi d'un effet saisissant, et il se termine par un très-beau chœur
funèbre. Le quatrième offre la scène du tournoi, une cabalette d'une
belle inspiration et la reprise du chant de guerre qui termine de la
façon la plus heureuse cette œuvre, d'un1 mérite réel, et qui fait le plus
grand honneur à notre compatriote. La mise en scène du Jugement de
Dieu, les décors, les costumes ont été l'objet de soins particuliers et de
grandes dépenses; mais M. Letellier, l'intelligent directeur qui a su com-
prendre la valeur de M. Morel, n'aura certainement pas à les regretter.
— Le grand concert de M. Henri Herz avait attiré samedi dernier un
public d'élite dans la salle Beauveau. Ce célèbre pianiste-compositeur a
fait entendre successivement sa nouvelle fantaisie intitulée la Sympathie,
gracieuse mélodie rendue avec une expression exquise ; son nouveau
concerto, mêlé de chœurs avec accompagnement d'orchestre, une nou-
velle tarentelle et la Tapada, polka du Pérou, enfin la fantaisie militaire
pour piano et orchestre sur la Fille du régiment. La salle entière a prouvé,
par les plus vives acclamations, à M. Herz, toute son admiration pour
son rare talent, et l'a remercié en même temps des jouissances inap-
préciables que lui avait procurées cette belle soirée. Au milieu de
nos éloges, nous ne devons pas oublier le magnifique instrument sorti
des ateliers de M. Herz, et auquel le grand artiste semblait communiquer
son âme : sous ses touches d'ivoire, qui se prêtaient avec tant de doci-
lité à ses inspirations, les cordes vibraient, et les sons, tantôt doux,
suaves ou éclatants, arrivaient toujours purs à nos oreilles. — On
cite comme artistes engagés pour l'année prochaine au grand théâtre,
MM. Kenard, du grand Opéra de Paris; Merly, du théâtre italien et
Mlle Sannier.
*** Bordeaux. — La troisième épreuve de Mlle Micheau a eu lieu dans
le rôle de Fidès, du Prophète. On l'a vivement applaudie dans tous les
passages où la voix de contralto domine ; son succès sera encore plus
grand aux autres représentations.
*** Ârras. — La Société philharmonique a donné hier son deuxième
concert avec le concours de Mme Cambardi, de Dufresne et de Demers-
mann. Les honneurs de la soirée ont été principalement pour M. De-
mersmann, qui a joué une fantaisie de sa composition pour la flûte sur
des motifs du Prophète et des variations sur le Carnaval de Venise. Des
applaudissements frénétiques ont salué ce dernier morceau, qui a été
bissé.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„% Londres. — La reine, qui ne se trouvait plus à Londres lorsque le
Pardon de Ploërmel y fut do:iné pour la première fois, a demandé une
représentation extraordinaire, en anglais, du nouveau chef-d'œuvre de
Meyerbeer. Sa Majesté n'a cessé d'applaudir pendant toute la durée de
la représentation, et elle a daigné charger son ambassadeur, à Berlin,
d'exprimer à l'illustre compositeur toute sa satisfaction, et de lui deman-
der le manuscrit de la Schiller-Marsch.
*** Bruxelles, 11 mars. — La seconde représentation de Gustave III a
pleinement confirmé l'effet de la première, et l'exécution générale était
meilleure encore. Une indisposition de Mlle Boulart a quelque peu troublé
le répertoire, mais la charmante artiste n'a pas tardé à reprendre son
service. On donnait le Pardon de Ploermël, dont la vogue se maintient, et
qui conserve le privilège d'attirer la foule.
„,% Berlin. — A la reprise de la Flûte enchantée, la salle était comble;
Mme Koester a chanté le rôle de la reine de la nuit avec le talent qu'on
lui connaît; la voix suave et fraîche de Pamina (Mme Harriers-Wippern)
lui a valu de nombreux applaudissements. — L'Académie de chant a exécuté
au troisième concert d'abonnement, Abraham, oratorio de M. Blummer,
directeur de cette Académie. — Al. Dreyschock a donné son qua-
trième concert au profit de l'établissement de la Reconnaissance nationale,
pour les soldats prussiens. Il a reçu l'ordre de l'aigle rouge, quatrième
classe. — Au concert qui a eu lieu à la cour, dans le palais du prince
régent, on a entendu les solistes du théâtre royal de l'Opéra ; Mme Sae-
mann Paëz a chanté la grande scène du Crociato, de Meyerbeer, qui diri-
geait la solennité. — L'intendant général du théâtre, M. de Hulsen, qui
s'était rendu â Hambourg pour assister à la vingt-et-unième représentation
de Dinorah, est de retour dans notre capitale. — Le 7 mars a été conduit à
sa dernière demeure le corps de Mlle Hoelck : dans une représentation
les vêtements de cette danseuse avaient pris feu, et malgré tous les soins
de l'art qui lui furent prodigués, elle est morte des suites de cet acci-
dent. — Bans le Trovatore, Mlle Artot (Léonore) et Carrion (Manrico)
ont eu les honneurs de la soirée. Délie Sedie s'est également fait applau-
dir dans le rôle du comte de Luna. Les débuts de Mme Abbadia dans
celui d'Azucena n'ont pas été aussi brillants qu'on l'espérait. — La fête
commémorative pour Mme Schroeder - Devrient a été fort belle. Le
Requiem de Mozart exécuté par la Société Stern et les premiers artistes
de l'Opéra royal, a produit un effet vraiment grandiose. La solennité a
commencé par un prologue récité par Mme Hoppé ; puis on a chanté un
chœur de Paulus et le lied de Meudelssohn. La recette est destinée aux
frais du monument qui doit être érigé à Mme Schroeder-Devrient.
* Vienne. — La reprise du Moulin du diable sur la montagne de
Vienne, musique deWenzelMuller, a eu un immense succès. Cette pièce
joyeuse, du genre de celles qu'on appelle ici Casperliades, fut représentée
pour la première fois, le 20 octobre 1799, et eut à cette époque cent
représentations consécutives. — On va commencer incessamment la con-
struction du nouveau théâtre de l'Opéra de la cour.
* Hanovre. — Le Pardon de Ploërmel attire constamment la foule. —
M.*J* Stockhauseu vient d'être nommé chanteur de la chambre p3r le
roi de Hanovre, qui lui a en outre conféré la médaille en or pour l'art
et les lettres.
** Leipzig. — Le Pardon de Ploërmel doit être joué au théâtre de la
ville *dans le courant du mois d'avril ; Mme Burde-Ney, du théâtre de
Dresde, chantera le rôle de Dinorah. — Au concert donné le 5 mars au
profit du fonds des pensions, a été exécuté le Paradis et la Péri, de Ro-
bert Schumann.
* Gotha. — A la deuxième représentation de Dinorah, il y avait une
telle* aflluence d'étrangers, venus par le chemin de fer, que le duc
crut devoir céder la grande loge de la cour au public ; l'intendant des
théâtres céda également la sienne.
* Milan, 11 mars. — La rentrée des sœurs Marchisio a été chaleu-
reusement accueillie par un public qui gardait le meilleur souvenir de
leur manière de chanter dans Semiramide etNorma, surtout dans le pre-
mier de ces deux ouvrages. Les deux sœurs ont reparu dans le Irova-
DE PARIS.
103
tore. On aurait désiré quelque chose de plus neuf, et, en outre, on ne
peut se dissimuler qu'elles n'ont pas dans les ouvrages de Verdi l'im-
mense supériorité dont elles font preuve en chantant la musique de
Rossini, que personne aujourd'hui ne dit aussi bien qu'elles. 11 leur a
donc fallu y revenir, et la direction va remettre en scène la Cenerenlola.
Déjà, dans une espèce de concert, les deux sœurs viennent d'exciter les
transports, en chantant le duo de Matilde di Shabran. La Cenerentola sera
suivie du nouvel opéra de Péri, et précédée de celui de Giorza, dont la
première représentation a lieu ce soir même.
i*s Barcelone. — Toute la presse est d'accord sur le succès de Maria,
et se fait à cet égard l'écho de l'opinion publique. Pendant le carnaval,
l'ouvrage avait pour interprètes le ténor Graziani et Mlle Kenneth. Main-
tenant à cette dernière a succédé Mlle Titjens. Graziani est excellent ;
Mlle Titjens a réussi, malgré les souvenirs laissés par sa devancière.
,,% Lisbonne. — Enfin, Robert le Diable nous a été rendu. Depuis
vingt-deux ans, le chef-d'œuvre n'avait pas été donné en cette ville. Le
succès a été grand: tous les artistes, Mmes Lotti délia Santa, Hensler,
MM. Fraschini, Cappello, Antonucci, ont enlevé les bravos, mais l'ouvrage
en a obtenu bien plus encore. Le rôle d'Alice est un des meilleurs du
répertoire de Mme Lotti, qui possède une des voix les plus belles et les
plus puissantes que l'on connaisse au théâtre. Ses deux romances ont
produit un effet extraordinaire, ainsi que son duo avec Bertram, et le
trio qu'on voulait faire redire. Mme Hensler a fort bien chanté, avec
une voix petite, mais bien timbrée. Fraschini est toujours le grand et
incomparable artiste. Cappello a été excellent dans le rôle delîaimbaud,
et dans celui de Bertram, Antonucci a remporté un véritable triomphe.
S,*N, Saint-Pétersbourg, 7 mars. — Vieuxtemps donne aujourd'hui, dans
la salle de la Noblesse, son premier concert. Le célèbre violoniste y
exécute plusieurs de ses plus importantes compositions ; tout notre
monde artistique se propose d'assister à cette solennité. — Les sympa-
thies qui se sont tout d'abord manifestées pour la fondation de notre
société musicale russe se prononcent chaque jour davantage et se tra-
duisent par une augmentation sensible de son capital. A Mme Nissen-
Saloman, engagée par elle, viennent d'être adjoints deux professeurs de
chant, MM. Lodi et Piccioli, qui donneront des leçons gratuites aux
amateurs des deux sexes doués d'heureuses dispositions, et que leur po-
sition de fortune ne leur permettrait pas de payer. La Société vient
également d'assurerà un jeune violoniste plein de talent, M. Markevitsch,
une subvention de 1,200 fr., pour lui faciliter les moyens d'aller se per-
fectionner à l'étranger. — Le théâtre Italien a donné, cette saison,
82 représentations. 17 opéras ont été chantés: la Norma, Otello,
Guillaume Tell, le Trovatore, Il Barbiere, VItaliana m Algieri, Gazza ladra,
Traviata, Sonnambula, Don Giovanni, Freysclmlz, les Huguenots, le Pro-
phète, le Pardon de Ploërmel, Maria di liohari, Rigolelto. Lucia, — Notre
Opéra russe a montré, de son côté, une grande activité ; on a monté
les Commères de Windsor et Gustave III, d'Auber; la Muette de Por-
tiei, Lucia, la. Juive, et le plus souvent Martha, de Flotow, qu'on ne se
lasse pas d'entendre, se sont le reste du temps partagé le répertoire. —
En opéras nationaux, on a exécuté la 'Esméralda et la Roussalka, de Dar-
gomitzki; le lie pour le Tzar, de Glinka, et Mazeppa, de Vietinhoff. —
On a beaucoup remarqué le début d'une dame de la Société, Mine Maï-
koff, élève de Ricci, qui s'est fait applaudir dans les rôle de Gilda et de
Leonora.
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Étrunser 34 •' <&■
Le Journal parotl le Dimanche.
GAZETT
CALE
—^pjy\f\f\pj\f'jy^ssj —
SOMMAIRE. — Concert de Louis Lacombe. — Auditions musicales, par Adol-
phe Botte. — Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs
sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé. — Revue critique, par
Adolphe Botte. — Nécrologie : Jullien. — Nouvelles et annonces.
CONCERT DE LOUIS LACOMBE.
Comme compositeur, Louis Lacombe se distingue par la chaleur et
la netteté du style ; il écrit bien pour les voix, chose qui générale-
ment n'est pas le côté brillant des instrumentistes. Ce qu'il a joué de
l'Amour, partition écrite pour le drame de P. Niboyet,, et qui fut exé-
cutée au théâtre Saint-Marcel, ce qu'en a chanté Jules Lefort attestent
de grandes qualités dramatiques et mélodiques, dignes de se montrer
et de briller sur une autre scène.
Dans la musique de piano, Lacombe est toujours heureux. L°.s
Adieux à la patrie, Tendresse, sa fameuse étude en octaves, et jus-
qu'aux accompagnements qu'il crayonne en s'inspirant des vers de
nos grands poètes, ont été accueillis par de vifs transports de sympa-
thie.
Mme Wekerlin-Damoreau et Jules Lafont ont chanté des mélodies
de sa composition, Chanson de Barberine et Chanson de la brise, qui
sont de bien douces et de bien mélodieuses chansons. L'harmonie
surtout en est charmante ; les dessins qui s'y déroulent sont pleins
d'art et d'élégance.
La belle sonate en ul dièse mineur de Beethoven, un trio du même
maître, délicieusement dit avec MM. Kœmpel et Lebouc, et son beau
duo à deux pianos sur des mélodies de Robin des Bois, duo où Emile
Forgues a fait applaudir aussi une très-brillante exécution, ont été
pour Lacombe une suite de succès, pendant laquelle le style sévère et
classique , le style élégant et fantaisiste ont bien des fois excité de
chaleureux applaudissements.
Mme Wekerlin-Damoreau semble avoir hérité de la vocalisation de
sa mère. L'inimitable cantatrice lui a transmis ses exquises broderies,
ses délicieux mezzo-voee et quelques-uns des secrets de son art de
phraser les mélodies. Aussi , Mme Wekerlin a-t-elle été accueillie
comme on accueille seulement les chanteuses qui, à une jolie voix,
joignent une excellente méthode. Cette matinée, qui avait commencé
par une déception , car on était venu annoncer que, très-souffrant,
Roger ne chanterait pas, n'en a pas moins été charmante.
Adolphe BOTTE.
AUDITIONS MUSICALES.
Mme Marie Pleyel. — Mme Szarïady. — M. et Mme Viguier. —
Mlle Louise Murer. — Alexandre Batta. — Biehard ID-iminer.
— Concert de l'Œuvre de Saint-Joseph des Allemands. — Louis
Lautou. — A. Kœmpel.
Lundi, Mme Pleyel se faisait entendre de nouveau et enle-
vait une fois encore toutes les admirations. Mme Pleyel est du
petit nombre des artistes qui ne jouent jamais de la même fa-
çon : selon l'inspiration du moment, selon les sympathies plus ou
moins intelligentes qui l'entourent, elle joue avec plus ou moins de
bonheur et d'élan ; et cet attrait de l'imprévu, Mme Pleyel le possède
à un degré singulièrement rare. Nous ne reviendrons pas sur toutes
les autres qualités qui font de Mme Pleyel une artiste exceptionnelle;
nous nous bornerons à dire que dans ce second concert, qui avait,
comme le premier, attiré une grande affluence, ces qualités se sont
manifestées de la manière la plus brillante dans l'exécution de la so-
nate en ut dièse de Beethoven , de la Fileuse , de Lilolff, et de la
Truite, ce chef-d'œuvre de poésie et de sentiment, si bien transcrit
par Stephen Heller. Cette fois, Tagliafico et H. Sighicelli s'étaient char-
gés de varier le concert de Mme Pleyel, dont la nouvelle apparition à
Paris aura produit son effet accoutumé.
— Un talent d'un ordre aussi élevé, quoique complètement diffé-
rent, s'est produit aussi samedi de cette semaine pour la troisième et
dernière fois de la saison. Mme Clauss-Szarvady a fait encore admi-
rer dans cette soirée l'exquise pureté de son style dans l'exécution
des œuvres si différentes de Beethoven , de Mozart, de Mendelssohn ,
de Schumann et ae Chopin : aussi a-t-elle été fêtée avec un véritable
enthousiasme.
— M. Viguier, qui, aux belles séances de quatuors de Maurin et Che-
villard , tient si magistralement la partie d'alto, donnait mardi un
concert où son double talent de virtuose et de compositeur a été très-
applaudi. 11 joue aussi bien le solo que la musique d'ensemble, et se
distingue par l'une des plus grandes qualités que puisse posséder un
artiste, par un très-beau son.
La symphonie concertante de Mozart pour violon et alto-viola a été
enlevée par lui et Maurin avec des élans de style, des délicatesses
d'archet qui ont ravi l'assemblée. M. Viguier n'a eu qu'à se louer
aussi de l'accueil fait à ses deux compositions originales, dont l'arran-
gement, le goût, les fines harmonies ont été justement remarqués.
Sans posséder, peut-être, les sérieuses qualités de style qui carac-
térisent l'exécution de son mari, Mme Viguier a beaucoup d'agilité, de
106
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
brio et de fougue. La vigueur dontelle a fait preuve pendant le concerto
de "Weber lui a valu de sincères bravos. Quoiqu'elle l'ait joué un peu
vite, son mécanisme ne lui a pas fait défaut. Néanmoins, ce morceau
n'a pas été son plus grand succès. La jeune et gracieuse pianiste a joué
avec beaucoup plus de finesse et de nuances délicates la ravissante et
poétique Danse des fées, que son maître, Emile Prudent, semble avoir
dérobée à l'Orient, tellement elle est gracieuse, enchanteresse et
pleine de couleur. Elle a joué encore avec expression et sensibilité
des romances de Mendelssohn .
M. et Mme Barbot ont chanté de fort jolies choses. L'un a dé-
ployé une puissance de voix que nous ne lui connaissions pas ; l'au-
tre, un talent de vocalisation que nous avons souvent signalé, et,
dans un air de Lully, une ampleur, une déclamation large, noble et
naturelle qui, pour n'être pas du domaine fleuri et semé de fioritures
que Mme Barbot parcourt ordinairement, n'en ont été que plus cha-
leureusement accueillies.
—Une autre élève de Prudent, et l'une des meilleures qu'il ait for-
mées, Mlle Louise Murer, obtenait mercredi un grand suc;ès en jouant,
de son maître, le Caprice sur la Sonnambula, le Chant du ruisseau,
l'Aurore dans les bois; de Beethoven, le magnifique largo de la sonate
op. 7, et de Chopin, une poétique ballade. Les deux premiers mor-
ceaux surtout ont fait un plaisir extrême. En vérité, il serait difficile
à Prudent, en eût-il envie, de renier Mlle Murer pour son élève , car
la jeune pianiste possède bien toutes les brillantes et solides qualités
de l'école à laquelle elle appartient. Elle a trouvé de beaux sons pour
les touchantes mélodies de Bellini, si admirablement disposées et variées
par Prudent; elle a déployé une rapidité, une égalité, une légèreté
gazouillante, une élégance parfaite pour tous les murmures, toutes
les harmonies du ruisseau. L'exécution de Mlle Murer est d'une re-
marquable pureté; son style et sobre est sévère ; nous lui voudrions
seulement un peu plus de force et de véhémence. A l'avenir, Mlle Mu-
rer, dont le talent est déjà fort beau, peut sans crainte se livrer da-
vantage aux excellents conseils que l'intelligence et la sensibilité
donnent aussi aux artistes assez sûrs de leurs doigts pour ne se préoc-
cuper que de l'expression.
Un jeune violoncelliste belge a montré un mérite sérieux en exécu-
tant deux fantaisies de Servais, son maître. Une grande habileté dans
les difficultés, un grand charme dans la manière de phraser, distin-
guent le talent de M. Jules Deswert. Si les sons qu'il tire du violon-
celle étaient aussi puissants, aussi variés qu'ils sont justes et purs,
nos éloges eussent été sans restriction.
Mme Anna Bertini, qui était en voix, a plus d'une fois excité des
témoignages de sympathie.
— Ce qui manque à M. Deswert est peut-être la plus grande supé-
riorité d'A. Batta. En effet, c'est par la qualité et la rondeur du son
qu'il brille entre tous, et qu'il donne à son exécution la variété, la
puissance qui la distinguent. A sa soirée, donnée mercredi, l'éminent
violoncelliste a joué, avec Lefebure et Maton, sa transcription de
Thekla, prière de Schubert. L'effet produit par cetle page, pleine
d'ampleur et parfaitement exécutée, a été excellent. Si on a admiré
les inspirations larges, élevées et pures de Schubert, on n'a pas moins
admiré le mérite des interprètes. Batta s'est surpassé lui-même dans
une très-touchante romance russe de la princesse Kotschoubey, dans
Passiflo?-e, et dans un délicieux morceau, Souvenir de Gluck.
Lefebure- Wély a joué sur l'harmonicorde deux jolies compositions,
les Noces basques et Romance sans paroles. La mélodie de cette ro-
mance est ravissante, l'harmonie a toutes les délicatesses familières à
la plume fine et exercée de l'auteur. Des compositions de Mme Clé-
mentine Batta, et le Paradis perdu de T. Ritter, encadraient chaque
morceau de violoncelle, et ont fait le plus grand plaisir.
— R. Hammer, un de nos bons violonistes, un de ceux qui écrivent
de fort gracieuses choses pour leur instrument, et qui les jouent avec
beaucoup de charme, donnait mercredi, dans les salons Pleyel-Wolff,
son concert annuel . Avec MM. Kruger et Rignault, il a exécuté brillam-
ment, mais très-sobrement pourtant, un triode Félicien David, œuvre
remarquable où l'imagination n'égare et n'altère jamais la pureté du
style. Hammer a misa contribution les partitions d'Halévy et de Verdi,
et il a écrit de très- aimables, de très-jolies fantaisies qui, exécutées
par lui et son tout jeune élève Benjamin Godard, ont été chaleureuse-
ment accueillies. Les compositions originales de R. Hammer sont mé-
lodieuses. La teinte élégiaque répandue sur quelques-unes les rend
touchantes et dignes d'être fort goûtées.
Mlle Mélanie Ducrest et M. Marochetti se sont fait entendre non
sans succès ; mais nous devons surtout faire mention des bravos obtenus
par Kruger, et dire que sa Chanson du chasseur et sa Polonaise-
boléro ont fait un nouveau pas vers la popularité.
— La matinée donnée au profit de l'œuvre de Saint-Joseph des
Allemands avait attiré dans la salle Herz un public nombreux. L'Al-
lemagne, représentée avec tant d'éclat parmi nous, ne laissait aux
dames patronnesses pour composer un attrayant programme que l'em-
barras du choix. Cette fois c'étaient Mlles Bochkoltz-Falconi et Anna
Kull, MM. Koempel, Schumpff et le jeune Ketten qui se faisaient ap-
plaudir. Presque tous ces noms pourraient nous dispenser d'ajouter
que la fête a été charmante. Disons cependant que, après des soli
brillamment exécutés, des morceaux d'ensemble chantés avec le sen-
timent, l'entente des nuances, l'intelligence de l'effet général, qui ca-
ractérisent si éminemment les chœurs d'outre-Rhin, ont enchanté
les auditeurs. Le quatuor de Mlle Falconi et la société chorale Teuto-
nia, sous la direction de Jules Offenbach, n'ont démenti en rien
l'opinion généralement admise que, par une disposition particulière à
leur organisation, les Allemands chantent la musique d'ensemble
mieux qu'on ne le fait partout ailleurs.
— Se sentant plus de goût pour le service dramatique que pour
le service militaire, Louis Lauton, jeune chanteur qui vient d'être
appelé pour la conscription, a fait appel au talent de quelques-uns de
nos plus grands artistes. Tous, avec le cœur qui les distingue, se sont
empressés de lui promettre leur concours, et tous ont fait de son
concert, donné vendredi, un des plus beaux de la saison. Roger, qu'on
est toujours sûr de rencontrer en semblable occasion, a été accueilli
par de vifs transports d'enthousiasme, qui ne s'adressaient pas seule-
ment à l'artiste. Si, entre autres choses, on a été heureux de lui
entendre dire Simple chanson et Ballade serbe, deux mélodies de
Vaucorbeil, jeune compositeur dont nous signalions ici dernièrement
le mérite sérieux et déjà éclatant, on a été non moins heureux de
retrouver le célèbre chanteur n'ayant rien perdu de sa voix, de sa
belle méthode et de son style toujours parfait.
Graziani a phrasé d'une façon délicieuse une jolie mélodie, et
Mme Dottini, qui remplaçait Mme Borghi- Mamo, a fait ap'précier une
vocalisation très-hardie et très-nette. Deux joyeusetés musicales, dites
par Sainte-Foy avec infiniment d'esprit et de bon goût, ont fait le plus
grand plaisir.
—L'autre jour, dans la salle Herz, le pianiste du roi de Hanovre,
Alfred Jaell, obtenait un succès dont le retentissement a été grand ;
jeudi, dans les salons Pleyel-Wolff, le violon-solo du même souverain
recevait à son tour un accueil des plus sympathiques. S'il fallait s'en
îvpporter au rare mérite de ces deux artistes, le royaume de Hauovre
serait l'un des plus riches de l'Allemagne en virtuoses éminents.
M. Kœmpel, un des disciples les plus distingués de Spohr, possède
la sûreté, la justesse, le style pur, sévère, contenu, et pourtant cha-
leureux, de la belle et large école de ce maître.
Le jeune violoniste a déployé toutes les qualités classiques de son
jeu dans le trio en ut mineur de Mendelssohn et dans une sonate de
Beethoven où Mme Szarvady l'a admirablement secondé. La musique
d'ensemble sied à ravir à M. Kœmpel. Il la joue simplement, et s'il y
met de l'âme, il n'y met aucune affectation. Là, il nous a paru com-
plet. Entre plusieurs solos, il a exécuté une fantaisie sur des mélodies
DE PARIS.
107
de Jessonda qui attestent par leur charme la supériorité que cette
partition a conservée parmi les plus achevées que Spohr ait écrites.
Mais le style, les traits, la sévérité savante qui régnent dans cette fan-
taisie n'ont pas permis à M. Kœmpel de montrer s'il pouvait atteindre
à la verve, à la spontanéité, aux mille séductions de la fantaisie mo-
derne. Jaloux de prouver tout le sérieux et toute l'élévation de son
talent, il n'a voulu devoir ses succès qu'à des morceaux classiques.
Pourtant la liberté, l'imagination, qui se donnent un libre cours dans
les fantaisies ne sont certes point à dédaigner, quand elles sont ré-
glées par le goût. Vieuxtemps, un violoniste sérieux aussi, leur doit
bien des bravos. Le jour où il sera un peu moins exclusif, après avoir
enchanté les doctes par quelques pages des maîtres savants, M. Kœm-
pel enchantera aussi, nous en sommes sûr, ceux qui, moins familia-
risés avec le grand style allemand, avec les sublimes mais parfois
austères beautés de Bach, aiment à retrouver dans le solo une manière
un peu plus lâchée, il est vrai, mais qui permet à l'archet certaines
coquetteries, certaines recherches d'élégance, certains accents de
sensibilité dont la valeur artistique a bien aussi son prix.
La brillante vocalisation, le style excellent de Mlle Falconi ont été
chaleureusement applaudis.
Adolphe BOTTE.
OBSERVATIONS DE QUELQUES MUSICIENS
Et de quelques amateurs sur la méthode de
musique de 91. le docteur Clievé (1).
Nous nous sommes souvent demandé pourquoi la commission de 1850
avait surexcité la colère du savant professeur ; pourquoi il nous avait
accablés d'injures ; en quoi nous étions plus coupables que nos de-
vanciers, que M. Orfila, par exemple, qui avait longtemps présidé les
commissions et qui, à plusieurs reprises, s'était prononcé contre l'en-
seignement par le chiffre.
Probablement M. le docteur Chevé n'osait déclarer , et en cela il
avait parfaitement raison, qu'il refusait au docteur Orfila, homme de
science, doyen de la Faculté, et, de plus, excellent musicien, les
qualités qu'il nous dénie, et auxquelles nous ne prétendons pas : « la
profondeur de vues, le sens intellectuel, la compétence, » en un mot,
la dose de capacité nécessaire pour apprécier une méthode élémen-
taire de lecture musicale. Tout le monde, en effet, conviendra que
M. Orfila réunissait les conditions exigées. Son opinion, qui est la
nôtre, subsiste donc avec une grande valeur.
M. Chevé, qui a une tendance manifeste à vouloir régner par la
terreur, s'indigne qu'on ait osé publier le rapport de la commission
de 1850; c'est, selon lui, «un abus de pouvoir, une lâche méchan-
ceté. » Il ne demandait pas l'adoption de sa méthode : non-seulement
on n'avait pas le droit de publier le rapport, on n'avait pas même le
droit de faire un rapport, d'examiner son livre ; il demandait seule-
ment des concours comparatifs.
Nous ne reviendrons pas sur la prétention superbe élevée par
M. Chevé, à savoir : que sa méthode est sacrée, qu'il ne reconnaît à
personne le droit de la juger ; mais n'est-il pas de la dernière évi-
dence qu'une demande de concours n'est qu'une stratégie, une forme,
une manière de demander l'adoption d'une méthode ; autrement, à
quoi bon des concours comparatifs ?
Et avant de donner des concours comparatifs, n'est-il pas juste, con-
venable, nécessaire, que l'administration, qui a le droit de les ac-
corder ou de les refuser, veuille être renseignée sur l'opportunité de
ces concours, qui devront infailliblement amener une perturbation dans
les travaux ordinaires des écoles? Faut -il, parce qu'un concours est
(1) Nous avons annoncé déjà plusieurs fois l'ouvrage qui porte ce titre, et, sui-
vant notre promesse, nous en publions aujourd'hui le paragraphe que l'on va lire.
demandé, l'accorder sur-le-champ, sans discussion, sans examen préa-
lable, et se tenir constamment à la disposition de quiconque a l'idée
de demander un concours ? La persistance dans une demande de ce
genre constitue -t-elle un droit? L'administration n'a-t-elle pas le de-
voir de faire examiner la valeur du système proposé ? Et les gens
qu'on charge de ce travail sont-ils forcément des ignorants, de mé-
chantes gens, sans honneur et sans probité, parce qu'ils ont jugé dans
leur âme et conscience que le procédé proposé ne peut faire la base
d'un bon enseignement?
On lit sur les murs de Paris : «L'anglais ou l'allemand, etc., enseigné
en 25, en 30 leçons; » ou bien : « Cours de mathématiques, de latin,
éludes pour le baccalauréat,» etc., dans des conditions analogues.
Certes, nous tenons les professeurs de ces cours pour gens très-
estimables, et nous n'avons garde de les offenser, mais qu'arriverait -
il si ces professeurs venaient à demander publiquement, hautement,
que leur enseignement fût l'objet de concours comparatifs avec l'en-
seignement officiel, comme dit M. Chevé? Que répondrait M. le mi-
nistre de l'instruction publique ou le conseil supérieur de l'Université ?
Nous n'en savons rien, et nous ne voulons rien préjuger. Mais n'y a*-t-
il pas lieu de croire que si l'on donnait suite à ces demandes, avant
d'ordonner des concours comparatifs, on chargerait d'honnêtes gens,
notoirement connus pour savoir l'anglais ou l'allemand, ou le latin,
ou les mathématiques, etc., des gens qui auraient fait preuve de
science et de connaissances pratiques, de rendre compte à l'adminis-
tration et au public de l'opportunité des concours demandés, et de
la valeur des livres, des systèmes, des arguments, des procédés an-
noncés?
Quelques personnes disent : Qu'importent les systèmes, les procé-
dés, les doctrines, la notation? M. Chevé fait chanter des choeurs
et ses élèves écrivent sous la dictée.
Cela est vrai, c'est à cela que se borne l'enseignemeut que M. Chevé
veut élever à une si grande hauteur.
Supposons que la notation universelle soit, comme M. Chevé a
grand intérêt à le proclamer, inabordable et enveloppée de ténèbres ;
supposons qu'on recule d'effroi devant une page de musique ; que
l'enseignement musical n'existe pas en France ; que l'on ne soit jamais
parvenu à faire chanter des chœurs, et qu'au milieu de cette nuit
profonde, M. Chevé apparaisse, la lumière à la main ; ah ! nous lui
ferions cortège, nous publierions sa gloire, et nous n'y aurions aucun
mérite; en secondant ses efforts, nous ne ferions qu'obéir à notre
propre intérêt.
Mais nous sommes obligés de dire aux hommes de bonne foi qui
pourraient se laisser persuader que le système, les prétentions, les
plaintes amères, les accusations de M. Chevé n'ont aucune raison
d'être. On chante partout des chœurs, et l'enseignement élémentaire,
celui qui convient aux orphéons et aux réunions populaires, aussj
simple et plus vrai que celui du chiffre, est facilement donné et faci-
lement compris (1).
Il y a à Paris, en France, en Angleterre, en Belgique, en Alle-
magne, dans toute l'Europe un nombre considérable de sociétés cho-
rales lisant la musique, chantant sans accompagnement avec justesse,
netteté, précision, exprimant les nuances les plus délicates, et cela
par les principes de l'enseignement général, et comme une chose toute
simple, ordinaire, qu'on fait tous les jours, qu'on apprend facilement.
Car ces sociétés sont modestes, elles chantent pour chanter, pour leur
plaisir, pour celui des auditeurs, et ne prennent pas l'univers à té-
moin qu'elles chantent des chœurs. Et c'est pour cela que beaucoup
de personnes ignorent l'existence de ces sociétés, et peuvent croire
qu'en effet la musique est quelque chose de caché, d'inaccessible,
qu'il faut des efforts surhumains pour réunir un groupe de voix hu-
(1) Nous avons entendu dans de petites communes autour de Paris des orphéons
qui, après six mois d'existence, ont donné des résultats remarquables. Nous pour-
rions citer l'orphéon de llueil, dirigé par M. Heintz, etc.
108
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
maines en un ensemble harmonieux, et que cela n'est donné qu'au
maître de VÉcole nouvelle, hors de laquelle il n'est point de salut.
Car M. Chevé se nomme toujours Y École nouvelle et, en vérité, il
y a là un grand abus de mots. On dit en peinture : l'école de Raphaël,
l'école lombarde, l'école flamande, etc., en musique, l'école italienne,
allemande, française ; on dit l'école de Mozart, mais on n'a jamais
dit l'école de Rodolphe (1). Ne fait pas école qui veut, et encore faut-
il qu'il y ait matière à école.
(La suite prochainement.)
REVUE CRITIQUE.
Arthur Kalklti-eimer : Mosaïque brillante sur le Pardon de
Ploermel. — V. Huiiten : Trois fantaisies sur Marta. —
Ang. Vincent: Orphée, de Gluck. — ff». (Perny : Souvenir
du Prophète. — Bummel : Echos des opéras. — Edouard
WoIA": Ida, valse-caprice; Mathilde, valse-caprice.
Arthur Kalkbrenner porte un nom qui rappelle une de nos plus
belles écoles de piano, et en même temps, des compositions dont
quelques-unes ne périront pas. Noblesse oblige ; il semble ne pas
l'oublier : il écrit, dit-on, — car nous ne les avons pas entendues, —
des choses très-aimables, en attendant sans doute des productions plus
sérieuses. Sa Mosaïque brillante sur le Pardon de Ploermel a beau-
coup de charme. Les mélodies de la Berceuse, de l'air de l'Ombre,
de la Légende, quoique très-rapprochées, sont liées avec art. L'in-
troduction faite avec la chanson du Chasseur est ravissante, peu dif-
ficile et néanmoins très brillante. Sauf de jolies variations qui ramè-
nent la berceuse à la fin du morceau et qui permettront aux jeunes
pianistes de déployer toute la vélocité de leurs doigts, dans plusieurs
traits en notes répétées et en arpèges bien écrits pour l'instrument,
le piano tient à honneur de reproduire fidèlement le texte du maître
et d'en faciliter le sens aux intelligences musicales des élèves.
Souder ainsi avec habileté des motifs de caractères si différents,
mettre dans ce travail du goût et de la correction, c'est se montrer
harmoniste plus encore que pianisle ; et ne pas essayer d'embellir de
semblables chants, se résigner à les joindre le plus harmonieusement
possible , c'est prouver qu'on les comprend et qu'on est digne d'y
toucher. Ces qualités sont plus rares qu'on ne pense. En effet, quel
gaspillage ne voit-on pas tous les jours, quelle absence de tact dans
la disposition des trésors mélodiques offerts par la partition ! que de
chétives harmonies viennent contraster avec celles des maîtres et leur
faire ombre!
La Mosaïque d'Arthur Kalkbrenner plaira, parce que la pensée de
l'illustre compositeur y prédomine constamment, qu'elle éclaire tous
les ornements ajoutés par le pianiste ; elle plaira encore parce qu'elle
est accessible à tous, et qu'elle demande plus de sentiment que d'exé-
cution.
— Dans les pensionnats, il n'est guère de compositeur plus connu
que Hïmten. Presque toutes les jeunes pianistes lui doivent leur pre-
mière initiation aux beautés musicales. Ses nouvelles fantaisies à
quatre mains, sur Marta, sont encore écrites pour des musiciennes
peu habiles. La touchante romance de la Rose se trouve dans le nu-
méro 2, et, malgré cela, nous ne savons lequel de ces trois morceaux
sera le préféré , car ils sont également chantants et expressifs. Us con-
tiennent les plus jolis motifs de la délicieuse partition de M. de Flotow.
Tout en laissant ce qu'il y a de plus difficile à la première partie ,
Hûnten confie, de temps en temps, à la seconde, qu'il rend toujours
intéressante aussi, quelque petit trait bien en dehors, bien brillant,
(1) Auteur d'un solfège qui a eu une grande vogue.
bien à effet, de façon à ce que tout le monde puisse montrer son intel-
ligence, sa précision et ses progrès. L'harmonie gagne beaucoup à
cette distribution plus égale, qui permet au compositeur de mettre un
peu plus de richesse qu'il n'y en a ordinairement dans ces petits
ouvrages. Si la vogue n'a pas été éphémère pour Hûnten comme pour
tant d'autres, si sa popularité a survécu aux nombreux succès qu'il a
obtenus, c'est qu'il a suivi avec beaucoup de tact les transformations
du piano, et que, tout en satisfaisant les exigences du jeune public
auquel il s'adressait, il a toujours prouvé du savoir et du goût.
— L'Orphée, de Gluck, exhumé avec tant de bonheur par le théâ-
tre Lyrique, a fait naître toutes sortes d'arrangements. Les pianistes
se sont abattus sur cet admirable opéra et lui ont pris quelques pages,
qu'ils ont déposées ensuite, avec plus ou moins d'habileté, dans leurs
fantaisies. Parmi ceux qui ont choisi la célèbre romance : J'ai perdu
mon Eurydice, il faut citer Aug. Vincent. Transcripteur souvent heu-
reux, il a réussi, encore cette fois, à écrire un morceau très-intéres-
sant et très-brillant. 11 ne s'est pas contenté de la sublime romance que
tout le monde chante ou joue à cette heure ; un bel allegro vient
contraster avec le touchant andànte. Le chœur des démons, attaqué en
octaves par la basse, fait entendre la large et puissante harmonie :
Quel est l'audacieux
Qui dans ces sombres lieux.
Des arpèges en triolets, confiés à la main droite, accompagnent
harmonieusement ce chant qui bientôt monte à l'aigu et se développe
avec beaucoup d'ampleur. Ce joli morceau n'offre assurément rien de
bien nouveau au point de vue instrumental ; mais, on le sait, le nou-
veau est rare. D'ailleurs, on s'en passe si bien quand on fait entendre
la musique de Gluck ; elle porte en elle tant de jeunesse, de passion,
de vie et de vérité qu'on peut ne se préoccuper que d'en transcrire
simplement les impérissables beautés.
— S'inspirant du Prophète, Perny a composé pour piano un très-
joli caprice. Les souvenirs de la magnifique partition de Meyerbeer
y sont nombreux et charmeront tous ceux qui aiment la musique large
et pathétique. Ce morceau, assez difficile, annonce un pianiste habile
en même temps qu'un harmoniste correct. Entre autres fraîches et
pures mélodies, l'auteur a traité avec une certaine sobriété de notes
la romance de Jean de Leyde. Assurément, elle fera plus de plaisir
ainsi et touchera plus vivement les cœurs que s'il s'était évertué à
prodiguer les difficultés, à gâter ces chants si profondément drama-
tiques, en voulant les développer et les orner outre mesure.
— Sous ce titre : Echos des opéras, Rummel publie une charmante
collection. C'est un des compositeurs les plus heureux que nous con-
naissions ; à l'avance il est sûr du succès. Le moyen vraiment de n'en
pas avoir, quand on choisit clans les meilleures œuvres des maîtres
leurs plus belles inspirations ! Hier, il prenait les chants nobles et éle-
vés de Meyerbeer; aujourd'hui, il prend les mélodies fines et gracieuses
d'Auber. Son dernier morceau est une jolie petite fantaisie sur la
Muette. Une brillante introduction, l'air du sommeil, la célèbre bar-
carolle : Amis, la matinée est belle, et la marche de l'ouverture y sont
réunis avec autant d'habileté que de goût.
— Les polkas, les mazurkas sont ordinairement des œuvres qui
n'ont d'autre ambition que celle de plaire aux gens du monde et d'être
jouées distraitement par quelques jeunes filles, songeant à toute autre
chose qu'à chicaner l'auteur sur la pauvreté de son imagination et
sur la trivialité de ses ornements. Néanmoins dans les compositions
les plus légères et les moins méditées, on peut encore montrer du ta-
lent; on peut, dans la valse surtout, répandre bien de la poésie et
faire harmonieusement succéder au bond de la passion, du plaisir et de
la folle ivresse les plus douces et les plus voluptueuses rêveries. C'est
ce que vient de faire dans Mathilde et Ida, Ed. Wolff, le plus infatiga-
ble des pianistes-compositeurs. 11 a publié tant de jolis morceaux —
il en est à l'op. 235 — qu'on pourrait s'étonner de retrouver dans ses
DE PAKIS.
109
nouvelles valses les mêmes qualités élégantes qui brillèrent pendant
ses plus fécondes et ses plus riches années. Grâce à des traits d'une
rare distinction, à des harmonies piquantes, à des chants heureux, qui
ne tombent jamais dans la banalité, malgré leur allure facile et déga-
gée, ces deux dernières pages d'Ed. Wolff ne déparent point son œu-
vre. Elles y ajoutent, au contraire, des morceaux gracieux et bien
conduits, qui ne démentent en ripn la réputation de compositeur ins-
piré que l'auteur a conquise par des publications où le goftt et l'imagi-
nation ont toujours été marqués.
Adolphe BOTTE.
NECROLOGIE.
Cet artiste, dont la fin si prématurée a causé une impression de
surprise douloureuse, était né dans une petite ville des basses Alpes, et
avait pour père un musicien dont le talent plus que modeste était l'uni-
que fortune. Dès l'âge de seize ans il vint à Paris : il entra au Con-
servatoire, où sa vocation se révéla. Au lieu d'une leçon d'harmonie, il
apportait souvent à son maître, M. Halévy, l'esquisse d'un quadrille.
Nous ne rappellerons pas ici comment il arriva plus tard à se faire une
popularité plus grande que celle de tous ses devanciers et ri-
vaux. Il la dut à son talent et plus encore à son caractère. 11 avait
dans son genre quelque chose de l'audace et de l'intrépidité qui fait
les héros. C'est par là surtout qu'il réussit en Angleterre, sa seconde
patrie, et que, pendant vingt ans, il y continua triomphalement ses
Promenades-concerts, dont il avait le secret de perpétuer la vo-
gue. Dans ses mains, le bâton de mesure s'était changé en un
sceptre magique, doué d'une irrésistible puissance. Aurait-il re-
trouvé chez nous la même influence et le même succès dans l'en-
treprise qu'il était sur le point de tenter ? Cela est plus que dou-
teux. Jullien connaissait mieux l'Angleterre que la France, et par
delà le détroit, la fibre populaire lui répondait mieux qu'en deçà.
Le Musical World lui a consacré un article que nous voudrions pou-
voir reproduire La physionomie de l'artiste et de l'homme y est des-
sinée de main de maître. Au seul bruit de la terrible maladie qui
était venue le frapper, une souscription avait été ouverte à Londres.
On savait que ce musicien, qui avait fait et défait plusieurs fortunes de
nabab, laissait une femme et une fille adoptive absolument sans res-
sources. Maintenant on s'occupe d'organiser à leur bénéfice un grand
concert, auquel tous les artistes éminents s'empresseront de concourir.
A Paris, on ne fera pas moins, et Arban est chargé de préparer la
solennité qui aura lieu d'ici à peu de temps, dans le cirque des Champs-
Elysées. C'est le plus digne tribut que l'on doive à la mémoire d'un
artiste qui, malgré des travaux immenses, ne lègue à ceux qui lui
étaient chers d'autre héritage que son nom.
NOUVELLES.
„,*„. Par extraordinaire, le théâtre impérial de l'Opéra donnera au-
jourd'hui la 424e représentation de Robert le Diable.
„,** Dimanche dernier on a donné la Favorite, et le lendemain lundi
Guillaume Tell. Pierre de Mèdicis a été joué mercredi et vendredi.
*** L'engagement de Mlle Marie Brunet a été résilié d'un commun
accord. La jeune artiste se rend à Londres, où elle va chanter au théâtre
royal italien.
*% S. M. l'Empereur, voulant témoigner à Mme Ferraris tous le plai-
sir qu'elle lui avait fait dans sa nouvelle création du rôle de Diane, dans
le ballet de l'ierrede Mèdicis, lui a fait remettre, par M. le comte Baccio-
chi, un superbe bracelet enrichi de diamants.
„% Les sœurs Marchisio sont attendues à Paris pour le 5 avril. La se-
maine prochaine les chœurs commenceront à répéter Sêmiramis. Outre
une mise en scène splendide. les décorations offriront une étude des plus
curieuses au point de vue artistique et archéologique, car la direction
se propose d'y restituer la Babylone antique avec toutes ses merveilles,
et les études les plus minutieuses sont faites à ce sujet. On espère que
le chef-d'œuvre de Rossini pourra être représenté à la fin de juin. Le
ballet compo-é pour Mlle Emma Livry viendra ensuite.
„.** Le Pardon de Ploërmel a été joué mercredi avec un admirable
ensemble. Faure, qui va bientôt nous quitter et qui tient à augmenter
nos regrets, n'avait jamais mieux chanté le rôle d'Hoël ; Mme Cabel a
obtenu son succès accoutumé dans celui de Dinorah, et Sainte-Foy a été,
comme toujours, d'un comique excellent dans celui de Corentin. Bar-
rielle, Warot, Mmes Hévilly et l'rost ont aussi enlevé leur bonne part de
bravos.
„% Quoique l'indisposition qui tient depuis quinze jours Mlle Monrose
éloignée de la scène ait diminué, la jeune cantatrice ne pourra probable-
ment pas, avant la fin de la semaine prochaine, reprendre le rôle qu'elle
a créé d'une façon si remarquable dans le Roman d'Elvire.
„*» Outre le Château- TnmipeUe, en répétition à l'Opéra -Comique, on a
mis à l'étude un acte inédit de Donizetti, poëme de G. Vaez, dans
lequel Mine Faure-Lefebvre créerait uu rôle important.
*** En quittant le théâtre de l'Opéra-Comique, Faure se rendra à
Londres, où il va inaugurer sa carrière de chanteur italien. Engagé par
M. Gye, directeur du théâtre de Covent-Garden, il y débutera dans le
Pardon de Ploërmel (il Pelegrinaggio). Mme Miolan-Carvalho chantera le
rôle de Dinorah, créé par elle la saison dernière.
*** Au théâtre Italien, mardi dernier, pendant le troisième acte du
Trovatore, le voile que portait Mme Penco ayant pris feu tout à coup,
la cantatrice s'est vue environnée de flammes, qu'on a pu heureusement
comprimer, sans qu'il en résultât d'autre mal qu'une émotion très-vive.
Cependant Mme Penco a pu achever son rôle, mais le lendemain elle
était indisposée et forcée de garder le lit. — Le concert pour l'œuvre
des faubourgs, qui devait avoir lieu le soir même, a été remis au mer-
credi suivant, 28 mars.
*% Mardi, 27 mars, aura lieu la première représentation d'il Crociato
in ' Egitlo, de Meyerbeer. Cet opéra sera chanté par Merly, Angelini,
Mmes Borghi Mamo, Penco et Albont.
*** Dans la représentation de Don Giovanni, donnée dimanche, Tam-
berlick remplissait le rôle de Don Ottavio. Il a chanté l'air /( mio lesoro
avec un succès hors ligne, et comme personne ne l'avait fait depuis
Rubini.
*% Hier samedi, le théâtre Lyrique a donné la première représenta-
tion de Gil-blas, opéra en cinq actes, dont le rôle principal est confié à
Mme Ugalde.
„% C'est mardi qu'aura lieu aux Bouffes-Parisiens la première représen-
tation de Daphnis et Chloé, opérette en un acte de M. Clairville, mu-
sique de M. Offenbach, et dans laquelle Mlle Juliette Beau débutera par
le rôle de Daphnis. Le même jour aura lieu également la première repré-
sentation de C'était moi, un acte de MM. de Najac et Deulen, musique de
M. Debillemont. — On répète activement au même théâtre un acte de
M. le comte Gabrielli; un acte de Mme de Granval ; deux petits actes,
dont trois jeunes compositeurs, MM. Hignard, Delibes et Erlanger, ont
écrit la musique ; un acte de M. Gastinel et un acte de M. Bazzoni.
„% Mme Stoltz est en ce moment à Londres ; elle se rendra bientôt à
Vienne.
*** Voici le programme du concert donné aujourd'hui à deux heures
par la Société des jeunes artistes du Conservatoire : 1° Fragments de
Struensée, de Meyerbeer, redemandés ; 2° chœur des génies d'Oberon ;
3" symphonie inédite de Saint-Saens; 4° fantaisie pour le violoncelle, de
Servais ; 5° chœur des bacchantes de Philémon et Baucis ; 6° septuor de
Beethoven.
„,** On joue en ce moment, au théâtre royal de Nice, un opéra italien
intitulé Marie Tudor, musique d'un compositeur russe qui a fait trois ans
d'études à Milan sous les meilleurs maîtres. Son ouvrage, interprété par
une troupe d'élite, a eu du succès. Le premier rôle était naturellement
dévolu à Mme Sanchioli ; les autres sont échus à MM. Pasi, ténor; Cota-
gni, baryton, etc., etc. L'impératrice-mère, qui tient, comme on sait, une
cour brillante à i\ice, a fait appeler la cantatrice, et lui a demandé les
principaux morceaux du nouvel opéra. Mme Sanchioli a fait à l'auguste
malade une agréable surprise, eu ajoutant une romance de Glinka en
russe, accompagnée sur le violoncelle par le comte Wielhorsky,
chambellan et excellent amateur.
„*„ Le tribunal de police correctionnelle de la Seine (6e chambre)
vient, après de nombreuses audiences consacrées aux plaidoiries, de
condamner MM. Besson, Kaoux, Halary père, Tournier, Goumas, Beau-
110
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
bœuf, Victor Jacob, etc., comme contrefacteurs des instruments Sax. —
Nous donnerons dimanche un extrait de ce jugement.
**„, Joseph Wieniawski s'est décidé à donner un concert a grand or-
chestre, qui doit avoir lieu le jeudi 26 avril à huit heures du soir,
dans la salle Herz. On y entendra le concerto en sol mineur, composé
par réminent bénéficiaire.
„% M. Adolphe Fétis annonce pour samedi 31 mars une grande ma-
tinée musicale dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et Cc. Mme Pleyel,
dont le merveilleux talent a produit cet hiver une si grande sensation,
jouera à ce concert pour la dernière fois pendant son séjour à Paris.
Mme Faur-Lefebvre, MM. Jourdan, Géraldy et Ueswert prêtent au jeune
compositeur l'appui de leur talent.
„,%. Le concert annuel d'Ernest Nathan est annoncé à l'hôtel du Louvre
pour mercredi, 28 mars. Outre un trio nouveau de sa composition pour
orgue, piano et violoncelle, M. Nathan offre aux amateurs une opérette
exécutée par Mlle Chabert, des Bouffes-Parisiens, Briand et Tacova ; et de
plus Mlle de la Pommeraye, MM. Graziani, Solieri, les frères Lionnet,
Herrman, Lacombe et A. Lebeau prêteront leur concours au béné-
ficiaire.
**t Le Moniteur belge signale à l'attention de ses lecteurs l'Histoire gé-
nérale et chronologique de 1830 à 1860 que vient de publier M. Gustave
Oppelt. Cet ouvrage, remarquable par la verve rapide et entraînante
du récit, joint à une réunion de rares documents historiques une appré-
ciation approfondie des choses politiques, militaires et diplomatiques.
C'est l'histoire officielle en quelque sorte de la révolution belge et du
règne de Léopold 1". Aussi le roi des Belges et LL. AA. RR. le duc de
Brabant et le comte de Flandre se sont-ils inscrits en tête de la liste de
souscription. L'exécution typographique est remarquable et sort des
presses de M. Ilayez.
;,,*„ Un compositeur dont tout le monde connaît les charmantes pro-
ductions, M. A. Croisez, annonce pour le 31 mars, dans les salons
d'Erard, une soirée dans laquelle il veut faire entendre ses œuvres les
plus nouvelles pour le piano et pour la harpe.
*** L'Association de fabricants et artisans pour le patronage d'orphe-
lins des deux sexes, présidée par M. le baron Ch. Dupin, donnera, le
dimanche 25 mars, à. huit heures du soir, dans la salle Herz, son concert
annuel dans lequel se feront entendre, pour la partie vocale, Mmes Grisi,
Belia et Dubois, MM. Marochetti et Lavessiôre, et, pour la partie ins-
trumentale, MM. D'Aubel, Daussoigne-Mehul, etc. On trouve des billets
chez MM. Hadaman, rue Bleue, 14 ; Dufourmantelle, quai de la Grève, 26 ;
Lambert, boulevard Beaumarchais, 2; à l'agence de l'Association, rue
Neuve-Saint-Merry, 9, et à la salle Herz, rue de la Victoire, 48.
**„, Plusieurs pianistes ont été successivement appelés à jouer à la
cour : M. Hans de Bulow a d'abord eu cet honneur, et il s'est fait en-
tendre sur un des magnifiques instruments de la maison Pleyel-Wolff,
envoyé par elle aux Tuileries pour cette solennité, Emile Prudent y a,
à son tour, exécuté, mardi dernier, sa délicieuse fantaisie sur la Son-
nambula. S. M. l'impératrice a daigné' le complimenter elle-même sur
son beau talent.
*** Jeudi prochain 29 mars, à l'occasion de la fête des écoles du
2e arrondissement, une messe à grand orchestre, de la composition de
M. Benoist, sera exécutée à Saint-Eustache, à 11 heures très-précises, par
les artistes du théâtre Italien, sous la direction de M. Hurand, maître de
chapelle de cette église. Les solos seront chantés par M. Guyot et un
autre artiste distingué.
»*„ C'est demain soir lundi qu'aura lieu à la salle Herz le beau con-
cert de Bernard Rie, dont nous avons donné le programme dans notre
dernier numéro.
*** Mlle Delphine Champon, élève de Lacombe, est de retour a Paris;
appelée dans le Nord par plusieurs Sociétés philharmoniques, elle s'y
est fait entendre avec un grand succès sur l'orgue Alexandre.
»** M. Baur annonce un second concert pour le 23 avril, dans les
salons de MM. Pleyel, Wolff et C<\
„*„ Un journal allemand va publier incessamment les mémoires {Sou-
venirs de la vie) de Mme Schroeder-Devrient.
„.% Demain lundi, à 11 heures et demie, l'Association des artistes mu-
siciens célébrera la fête de l'Annonciation, en faisant exécuter, par
400 artistes, dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, la 13m0 messe
en mi bémol de Mozart. La messe sera précédée de la Marche religieuse,
avec accompagnement de harpes, dernière œuvre d'Adolphe Adam. Les
dames patronnesses et M. Bolle-Lasalle, agent-trésorier de la Société des
musiciens, rue de Bondy, 68, tiendront à la disposition des bienfaiteurs
de l'OEuvre, des lettres d'admission dans l'enceinte réservée.
„,** Les éditeurs du Ménestrel viennent d'enrichir leur belle collection
de musique de piano de plusieurs œuvres nouvelles de Ch.-B. Lysberg,
sous le titre : Ressouvenir, ballade; l'Echarpe blanche, valse, et Don Juan,
grand duo pour deux pianos sur les plus beaux motifs du chef-d'œuvre
de Mozart, qui a également inspiré à M. Lysberg une remarquable mo-
saïque pour piano seul, intitulée, Souvenirs de Don Juan.
**„ Le 29 mars, Mlle A. Zadrobilek, élève de Dreyschok, dont nous
avons parlé avec éloge dans un de nos derniers numéros, donnera, dans
la salle Beethoven, un second concert, k 8 heures du soir.
**;:, Mlle O. Hersant, professeur au Conservatoire, vient d'ouvrir des
cours de piano, d'harmonie et de lecture musicale, n° 12, rue Papillon
(faubourg Poissonnière). Chacun de ces cours a lieu deux fois par se-
maine, et les élèves y sont classées par divisions. Les jours fixés pour se
faire inscrire sont le lundi et le jeudi.
„,** Le concert de Mlle Albertine Segisser est remis au lundi 8 avril,
à huit heures du soir.
2*2 Une deuxième audition des Chansons populaires des provinces de la
France est annoncée pour jeudi prochain, 29 mars, à 8 heures du soir,
dans la salle Herz. On y entendra Mmes Ch. Ponchard, J. Martin, Gugen-
heim, chœur. Le concert sera dirigé par M. Wekerlin. On terminera
par un opéra de salon.
*% J. F. Dotzauer, violoncelliste, est mort à Dresde le 6 mars dernier.
Né en 1783 à Husselrieth, près de Hildburghausen, il était depuis 1811
membre de la chapelle royale; il s'était fait connaître avantageusement
par de nombreuses compositions pour son instrument; on lui doit éga-
lement un opéra, une symphonie et plusieurs messes.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,*„ Routn, 17 mars. — Hier, entre le deuxième et le troisième acte
du Pardon de Ploe'rmel, l'orchestre exécuta, avec l'ensemble le plus par-
fait, la Marche aux flambeaux, de Meyerbeer, après laquelle le doyen des
musiciens de l'orchestre se leva et offrit à leur chef, M. Bernard, un
superbe bâton de mesure (ébène et argent ciselé) portant sur un cordon
d'argent la date et la cause du présent. De plus, un abonné, au nom
des abonnés et habitués du théâtre, lui présenta une riche bague en dia-
mants, ainsi qu'une énorme couronne vert et or. La salle tout entière
s'associa par ses bravos redoublés à cette manifestation inusitée que
justifient trois années d'excellents services. — Une jeune cantatrice qui
a fait ses débuts au grand Opéra de Paris, Mlle Audibert, obtient ici des
succès éclatants. On remonte pour elle le Prophète.
*% Lyon. — A la suite d'une indisposition qui l'avait éloignée de
notre scène pendant un mois, Mme Vandenheuvel a fait sa rentrée
au Grand Théâtre dans le Barbier de Séville. — Le concert annuel de
M. George Hainl. qui a eu lieu samedi soir au Grand-Théâtre, a été,
comme d'ordinaire, une véritable solennité musicale réunissant un audi-
toire aussi nombreux que brillant. On y a entendu le trio cVIl Matri-
monio segreto, le chœur des soldats de Faust, puis l'ouverture si drama-
tiquement coupée du Pardon de Ploe'rmel. Mme Vandenheuvel a redit
l'air de VOmbre, l'un des principaux morceaux de cet ouvrage, et
qu'elle avait chanté pour la première fois à Lyon l'année dernière.
t*t Rennes. — Mme Laurence a choisi pour sa représentation d'adieux
Robert le Diable que notre public réclamait vivement. Afin de satisfaire
à ce vœu, notre première chanteuse, au moyen de la suppression de
quelques mesures dans la partition, chantera les deux rôles d'Alice et
d'Isabelle.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*** Anvers. — Le célèbre pianiste-compositeur II . Litolff vient de nous
arriver chargé des lauriers qu'il avait cueillis à Liège. La Société royale
d'harmonie ne pouvait clore plus brillamment la série de ses concerts
de la saison qu'en nous faisant entendre un artiste aussi exceptionnel
que Litolff, et nous disons exceptionnel a dessein, car il est rare de
cumuler à un aussi haut point le talent du virtuose et le génie du
compositeur. Nous ne répéterons pas les éloges prodigués par nos con-
frères de Liège aux compositions diverses exécutées par Litolff; mais
nous dirons que son troisième et son quatrième concerto symphonique, ses
octaves, son ouverture des Girondins, ont enthousiasmé la foule; que cet
DE PARIS.
111
enthousiasme s'est traduit, après chaque morceau, par des bravos fréné-
tiques, des rappels et des bouquets jetés à ses pieds de toutes les parties
de la salle. En un mot, que son triomphe a été complet. — Dans une
réunion d'intimes qui a eu lieu pour fêter le célèbre pianiste, les admi-
rateurs de ce grand artiste, éblouis par son merveilleux talent et sa
supériorité incontestable, ont spontanément décidé que le navire en
construction au chantier de M. Louis Marguerie, et qui jusqu'à ce jour
n'avait pas été baptisé, recevrait le nom de Liiolff.
a** Amtlerdwi. — Nous avons entendu au neuvième concert de la
Société Félix Meritis un artiste de grand talent, Alfred Jaëll, pianiste
du roi de Hanovre, que le bruit de ses succès à Paris, à la Haye, à Rotter-
dam, avait précédé dans notre ville M. Jaëll a brillamment justifié sa
réputation de virtuose et de compositeur, en exécutant avec une perfec-
tion qui a provoqué à plusieurs reprises des bravos enthousiastes, le
concerto en mi bémol, de Beethoven, des solos de Liszt et de Chopin, et
une délicieuse transcription de l'Air de l'Ombre, du Pardon de Ploërmel. —
Stockhausen chantait à ce concert, et son succès a été très-grand. L'or-
chestre a fait merveille, et s'est surtout distingué par la perfection avec
laquelle il a rendu l'admirable ouverture du Pardon.
„** Vienne. — L'abonnement au théâtre Italien comprend une série
de quarante-six représentations; en outre il y aura trente représenta •
tions avec abonnement suspendu, par conséquent soixante-seize en tout,
à raison de six par semaine. La saison commencera le lundi de Pâques
avec le Siège de Corinthe. L'orchestre, qui se compose de soixante-trois
artistes, est placé sous la direction de M. Suppé ; les chœurs ont été
portés à cent voix. Par dépêche télégraphique de Saint-Pétersbourg nous
apprenons que Mme Charton-Demeur a accepté le brillant engagement
que lui offrait le directeur, M. Salvi. La troupe italienne comptera, par
conséquent, trois prime-donne de premier ordre : Mme Charton-Demeur,
Mme Lafon et Mlle Lagrua.
*** Munich. — L'opéra du directeur général de musique, F. Lachner,
Catarina Cornaro, vient d'atteindre sa cinquantième représentation ; la
salle était comble. Sur le pupitre de Fr. Lachner un laurier en argent
avait été déposé par les soins des membres de l'orchestre.
**„, Stuttgart. — L'opéra nouveau de Pressel : le Soir de la Saint-Jean,
a été mis en répétition et doit être représenté sous peu. On s'attend à
un grand succès.
**„ Weimar. — Au dernier concert à la cour, l'ouverture de Dinorah
a été parfaitement exécutée et saluée d'applaudissements enthousiastes.
■ *** Gotha. — L'opéra nouveau de Nargiller : Frédéric à la poche vide
( Mit der leeren Tasche) , doit être représenté incessamment par ordre
exprès du duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Le Pardon de Ploërmel ne quitte
que rarement l'affiche.
„*,,, Varsovie. — On prépare dans cette capitale trois grandes solennités
musicales, pour réunir les fonds destinés à notre nouveau Conservatoire
de musique. Le gouvernement ayant accordé à M. Apolinaire Kontski
l'autorisation qu'il sollicitait, ce dernier s'occupe activement d'organiser
cette nouvelle école ue musique sur des bases larges et nationales, de
façonà donner une grande impulsion aux progrès de la musique dans les
pays slaves. Un comité de musique a été nommé pour le choix des
compositions. Il a décidé que le programme serait entièrement composé
d'ouvrages écrits par les auteurs nationaux, et qui devront être exécutés
par les virtuoses polonais. Ce comité est présidé par M. Konstki et
Joseph Stefani; il est composé des premières notabilités musicales de
Varsovie. Le premier concert aura lieu dans le courant de mars, dans
la salle du grand Théâtre. Nous apprenons qu'on y exécutera des frag-
ments de l'oratorio de Saint- Adalberl, musique de M. Sowinski. L'orchestre
et les chœurs, composés des premiers artistes et d'amateurs de la capi-
tale, seront au nombre de quatre cents exécutants.
%*t Saint-Pétersbourg, 14 mars. — Vieuxtems, dont le concert donné
mercredi au grand Théâtre avait attiré une affluence prodigieuse, vient
de nous quitter pour se rendre à Moscou. Mais nous avons en compen-
sation une bonne nouvelle à annoncer à notre monde dilettante, c'est
l'arrivée de Dreyschok, qui se prépare à donner très-prochainement un
brillant concert au grand Théâtre. — Les sœurs Ferni avaient déjà
annoncé leur départ pour Londres, mais, cédant à de nombreuses sollici-
tations, elles se sont décidées à donner mardi une dernière soirée dans
les salons de M. Benardaky, mis gracieusement par leur propriétaire à
la disposition des deux jeunes et brillantes artistes.
,.*„, Milan. — Le théâtre de la Scala vient de donner un opéra, Corrado,
console di Milano, dont un jeune compositeur, M. Paolo Giorza, a écrit la
musique. C'est une œuvre faible, qui manque surtout de cette égalité de
style et de cette harmonie dans les proportions qui sont le fruit de l'ex-
périence. Toutefois il s'y trouve certaines qualités qui permettent de bien
augurer de l'avenir de l'auteur.
*** Calane. — Mlle Poinsot , cantatrice française , vient de remplir
avec grand succès le rôle d'Abigail, de Nabucodonosor, au théâtre com-
munal.
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112
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Publié par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1er.
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— Op. 11. Première grande valse 6 »
— Deuxième grande valse 7 50
Deuxième mazurka 6 »
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de concert 9 »
— Op. 20. Rondo-polka 7 50
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ALl HUNuL uAA brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments Saxomnitoniques. Invention à. la-
quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par ele seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
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bois. Ancien ol nouveau système. Rue Lamartine, 22, à
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tes, proverbe 2 50
— Faute d'un point, proverbe 2 50
— Les Si et les Mais," proverbe 2 50
— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50
— Une Aiguille dans une botte de foin 2 50
— Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 50
Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co-
mique T.B. 6 »
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Publié par G. BRANDVS et S. DVFOVR,
103, rue de Richelieu, au 1er.
LE
PARDON DE PLOERMEL
Opéra-comique en trois actes, musique de
G. MEYERBEER
lffAÏCAN U HVH! Manufacture de
MAiâOR H. UllRÙ pianos, iS, rue de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le nq 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n* 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. Eu présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. ■
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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Le Journal paraît le Dimancbe.
GAZETTE MUSICAL
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien : II Crocialo in Erjitto, opéra en trois
actes, musique de G. Meyerbeer, par Paul Smith. — Théâtre Lyrique :
Gil Blas, opéra-comique en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules
Barbier, musique de T. Semet, par Léon Btirocher. — Théâtre des Bouffes-
Parisiens : Daphnis et Chloé, opérette en un acte, paroles de M. Clairville,
musique d'Offenbach ; C'était moi ! opérette en un acte, paroles de M. Deulin,
musique de M. Debillemont. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. ■ —
Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de
musique de M. le docteur Chevé. — lievue des théâtres, par B. A. B.
Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN
IL CROCIATO IN EGITTO, .
Opéra en trois actes, musique de G. Meyerbeer.
(Reprise, mardi 27 mars.)
En France, on appela Meyerbeer l'auteur du Crociato jusqu'à ce
qu'il fût devenu l'auteur de Robert le Diable. Le Crocialo, représenté
à Venise le 26 décembre 1824, à Londres et à Paris dans l'été et dans
l'automne de l'année suivante, fut le terme et le couronnement de la
carrière italienne du jeune maître, carrière commencée sous l'influence
d'un vif enthousiasme pour le génie rossinien. Meyerbeer, élevé dans
les principes sévères de l'école allemande, ne s'en montra pas moins
sensible aux beautés d'un chef-d'œuvre tel que Tancrède, et l'admira-
tion le convertit, l'entraîna pour un temps sous les lois d'une autre
école. Dans l'espace de six ans, de 1818 à 1824, on sait que l'élève
de l'abbé Vogler, le condisciple et l'ami de Charles-Marie de Weber,
composa en Italie plusieurs opéras, parmi lesquels se distinguent
Romilda e Costanza, Emma di Resburgo, Margherita d'Angiù, l'Esule
di Granata, et enfin le Crocialo, le dernier, le plus brillant et le plus
fort, celui dont le succès retentit dans l'Europe entière.
Il faut tenir en haute estime les artistes qui, avant de quitter un
genre, commencent par y exceller et n'innovent pas par le seul
motif qu'ils sont incapables de faire ce que l'on faisait avant eux.
Ainsi, dans le dernier siècle, Gluck s'était annoncé par des ouvrages
bien différents de ceux qui devaient l'illustrer, et il n'arriva que par
degrés à la réalisation de son idéal dans Orphée, Alcesle, Jphigénie,
Armide. Ainsi, de nos jours, Meyerbeer fit avec éclat ses preuves
dans le genre italien : le Crocialo réussit complètement à Venise, sur
ce même théâtre de la Fenice où, l'année précédente, Rossini avait
donné Semiramide, et, chose singulière, où il avait dit aussi son der-
nier mot à l'Italie. Du Crociato à Robert le Diable il n'y eut qu'un
pas, retardé par diverses circonstances que nous nous dispenserons de
rappeler ici ; mais quel pas gigantesque ! Quelle magnifique et pro-
digieuse transformation '? Et pourtant le Crociato en contenait les
symptômes ; il révélait une tendance à des conceptions plus larges,
à un style plus élevé, plus nerveux, en un mot à des œuvres plus
musicalement dramatiques, plus religieusement sublimes, et nous
pouvons maintenant juger si le présage était trompeur.
Ce n'est pas Meyerbeer qui a demandé que l'on reprît le Crociato
trente-cinq ans après son apparition sur la scène parisienne. En gé-
néral, les grands maîtres, poètes et musiciens, n'aiment pas les ou-
vrages de leur jeunesse. Goethe ne pouvait souffrir qu'on lui parlât
de Werther, et bien d'autres ont été dans les mêmes sentiments. La
manière do voir, de penser, de s'exprimer, change avec les années :
on cesse de sympathiser avec soi-même ni plus ni moins qu'avec un
étranger. Tout cela n'empêche pas le Crociato d'être un ouvrage d'im-
mense valeur et d'occuper dans l'histoire de l'art une place que le
temps ne pourra lui enlever. Le sujet du libretto offre quelque analo-
gie avec la fameuse tragédie de M. Raynouard, les Templiers. Un jeune
chevalier de Rhodes, Armand d'Orville, a failli trouver la mort sur les
plages de l'Egypte pendant la sixième croisade. 11 n'a pu se sauver qu'en
revêtant le costume d'un guerrier égyptien qui avait péri dans la mê-
lée. Sous ces habits d'emprunt, et sous le nom d'Elmireno, il a rendu
de grands services au Soudan de Damiette. Oubliant ses vœux de che-
valier et les serments qui le fiançaient à Félicia, une compatriote et
une parente, il s'est épris dePalmide, la fille du Soudan : un fils est
né de leurs amours, qui, du reste, seraient bientôt sanctifiés par
l'hymen sans l'arrivée d'Adrien, grand-maître des chevaliers de Rho-
des. Adrien, qui vient offrir la paix au Soudan, reconnaît Armand, son
neveu, dans Elmireno et lui adresse une verte réprimande. Le sou-
dan se fâche et fait jeter dans les fers tous les chrétiens, en attendant
qu'il les envoie au martyre. Heureusement, dans sa prison même,
Adrien découvre une conspiration prête à éclater contre Aladin : il la
lui dénonce et l'aide à en triompher. En récompense, le Soudan par-
donne : Armand épouse Palmide, qui a embrassé la foi chrétienne. Il
n'y a que la pauvre Félicia qui s'en retourne comme elle était venue,
et sans autre parti possible que celui d'une pieuse résignation.
Voilà en trop peu de mots, sans doute, l'esquisse sommaire du
libretto qu'avait à traiter Meyerbeer ; mais ou conçoit sans peine les
ressources que son imagination, riche et puissante, devait y rencon-
trer. C'est une admirable page que cette introduction, pendant laquelle
les prisonniers chrétiens se livrent sur le port à différents travaux, et
saisissent le moment où leurs gardiens s'éloignent pour échanger
entre eux quelques paroles, pour lire une lettre, pour couvrir de
baisers un portrait, pour s'abandonner sans contrainte à leur douleur.
lill
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Dès lors, on sent que la muse italienne obéit à une inspiration nou-
velle et chante sur un autre ton que par le passé . Les prisonniers
saluent de leurs accents joyeux l'arrivée de Palmide, leur bienfai-
trice, et dans la cavatine que chante celle-ci, la muse-italienne re-
parait avec toute sa séduction gracieuse et légère. Il en est de
même dans tout le reste de la partition, où la force et la grandeur
alternent avec le charme et la délicatesse, mais de telle sorte que la
grandeur et la force finissent par l'emporter.
Parmi les morceaux capitaux de l'œuvre, il faut citer la délicieuse
cavatine, écrite par Meyerbeer pour Mme Pasta et qui est restée l'un
des modèles du genre : Ah ! corne rapida fuggi la speme, sans ou-
blier le chœur, qui la précède et le duo qui la suit, entre Palmide et
Armand. Dans sa coupe primitive, le Crociato n'avait que deux actes;
aujourd'hui qu'on a jugé à propos de le diviser en trois, le premier
acte se termine par le grand duo d'Armand et d'Adrien ; le second
s'ouvre par la charmante romance et le trio de femmes : Gxovinetto
cavalier. Vient ensuite le finale, au milieu duque 1 figure un célèbre
canon à cinq voix, et dont toutes les parties se développent d'ailleurs
avec autant d'intérêt que de majesté. Au troisième acte (le second
autrefois), la partition a subi d'étranges bouleversements. Le chœur
des conjurés qui ne se chantait que vers la fin, a été placé en pre-
mièreligne, et l'on a supprimé quatre morceaux: unecanzonetla chantée
par Armand, un rondo de Félicia (qui par parenthèse avait déjà passé
une cavatine au premier acte), un air de Palmide, et le duo finale de
Palmide et d'Armand. Sans aucun doute, on a eu beau couper , il
reste encore dans cet acte assez de grande et forte musique pour que
l'auditoire soit satisfait. Le chœur si populaire, Nel silenzio e fra
Vorrore, l'hymne religieux, et l'air sublime que chante Adrien en
présence de la mort, peuvent être considérés comme formant un
bagage plus que suffisant. Il n'en est pas moins vrai qu'on a pris avec
Meyerbeer et sa partition des libertés qui dépassent toutes les bornes.
Une autre conséquence de ces injustifiables mutilations, c'est que
le libretto n'a plus de sens et que le dénouement brille par son ab-
sence. Le Soudan a condamné les chevaliers chrétiens, et, au mo-
ment où on les croit perdus sans retour, il les délivre, sans qu'on
puisse deviner pourquoi.
Tout le monde est d'accord sur le vice radical des anciennes lois
qui sacrifiaient les auteurs au point de vue matériel en livrant à tous
venants leur propriété la plus sacrée : n'est-ce pas un tort plus grave
encore que celui qui consiste à les sacrifier au point de vue moral, en
permettant de tailler, rogner à merci des œuvres que l'on joue gratis ?
Et les chanteurs qui, profitant de ce que les compositeurs ne sont pas
là, refusent de dire leurs rôles comme ils sont écrits, suppriment à
leur gré des morceaux ; n'est-ce pas barbarie sur barbarie ?
Cependant le Crociato a réussi, complètement réussi : grâces en
soient rendues à Meyerbeer et à sa musique ! C'était au fond une ex-
cellente idée que de remettre à la scène une des meilleures partitions
du répertoire italien, et Meyerbeer était le seul peut-être qui pût ne
pas le désirer. Quant au public, il devait conspirer avec le directeur
pour que la célèbre partition fût exhumée des archives du théâtre.
L'exécution du Crociato,, sauf quelques détails et quelques exceptions,
a répondu au mérite de l'œuvre ; Mme Borghi-Mamo dans le rôle
d'Armand, Mme Penco dans celui de Palmide, et surtout Merly dans ce-
lui du grand-maître, ont déployé tout leur talent et mérité des salves
redoublées. Pourquoi Mme Alboni, par ses économies de bonne vo-
lonté, de zèle et de costume, nous oblige-t-elle à nous en imposer
à son exemple dans nos éloges ?
Chaque soir, le succès du Crociato est allé grandissant : aussi a-t-on
décidé que la reprise de cette saison ne compterait que comme répé-
tition générale de celle qui aura lieu dans la saison prochaine, et qu'a-
lors la partition, comme le libretto, seraient rétablis dans la plénitude
de leurs droits et prérogatives. N'est-ce pas le moins que l'on puisse
faire pour l'œuvre d'un compositeur illustre que l'on joue mal-
gré lui?
Paul SMITH.
THEATRE LYRIQUE.
GIL BîBiAS,
Opéra-comique en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et
Jules Barbier, musique de M. T. Semet.
(Première représentation le 23 mars 1860.)
Faire une pièce de théâtre avec le roman de Gil Blas n'était pas
une opération facile. L'œuvre de Le Sage n'a point de nœud, ni par
conséquent de dénoûment : c'est une série d'aventures et de tableaux
de mœurs, où l'on voit cependant figurer le même personnage, tantôt
comme acteur, tantôt comme spectateur. Ce procédé est commode
dans un livre et suffit pour donner un semblant d'unité à un recueil
d'anecdotes et de nouvelles. Que les anecdotes soient piquantes, que
les nouvelles intéressent, et le lecteur est satisfait. Le théâtre est
plus exigeant. Si l'on a pu sans dommage s'affranchir de la règle des
trois unités, qui, en effet, était arbitraire, l'unité d'action a toujours
été regardée comme le fondement indispensable de toute construction
dramatique.
L'essai qui vient d'être tenté du système contraire ne le fera point
prévaloir. Les auteurs ont pris dans le roman cinq épisodes, cinq si-
tuations, cinq sujets. Ils ont donc été obligés de faire cinq expositions,
de former cinq nce.ids, de les résoudre par cinq dénoûments. Cinq ex-
positions ! Cela est bien froid. A chaque lever de rideau l'on voit pa-
raître de nouveaux personnages et une nouvelle question se pose.
1° La jeune femme arrêtée par la bande d'honnêtes gens que com-
mande le capitaine Rolando, sera-t-elle délivrée par Gil Blas ou res-
tera-t-elle prisonnière '•
2° Don Vincent, tombé entre les mains du terrible docteur San-
grado, échappera- t-il à la mort ou laissera-t-il sa riche succession à
son scélérat de neveu qui a imaginé ce moyen ingénieux de se défaire
d'un vieux parent?
3° Gil Blas, valet d'un grand seigneur, obtiendra-t-il les bonnes
grâces de Mlle , soubrette de la comédienne Florimonde?
4° Gil Blas, affamé, trouvera-t-il à dîner? Réussira-t-il du moins à
manger de la galette? C'est à cela que se réduit le quatrième sujet.
Gil Blas y joue avec le mangeur de croûtes, devenu son ami, le rôle
du gastronome sans argent, mais d'une façon bien moins gaie que
M. Fringale, son devancier, parce que les situations sont tout autres :
on rit volontiers des ruses et des déconvenues d'un homme qui,
ayant chez lui la soupe et le bœuf, court après les bons morceaux ;
mais celui qui n'a réellement pas de quoi manger est triste.
5° Enfin Gil Blas, devenu secrétaire du premier miuistre et mer-
cure galant du prince royal, ira-t-il coucher dans la tour de Ségo-
vie? Pour ne vous pas laisser dans l'inquiétude sur le sort d'une tête
si chère, nous vous dirons tout de suite qu'il échappe au danger en
reconnaissant à propos dans l'alguazil qui vient l'arrêter le capitaine
Rolando qu'il peut envoyer d'un mot à la potence. Il lui promet le
secret et l'homme de police le laisse partir.
MM. Carré et Barbier ont pris beaucoup à Le Sage, et quelquefois
ils l'ont copié textuellement. Souvent aussi ils ont mis leurs propres
imaginations à côté de celles du romancier. Par exemple, ce neveu
impatient qui persuade à son vieil oncle qu'il est malade (lui, le vieil
oncle) et lui amène médecins sur médecins, pour que le talent de ces
messieurs avance le moment où il doit hériter, est purement de leur
invention, et c'est une manière d'assassiner les gens qui est assuré-
DE PARIS.
115
ment fort ingénieuse. Mais on ne comprend pas qu'un homme de tant
d'esprit veuille donner à Sangrado des coups de bâton, parce qu'il a
manqué son coup et que don Vincent n'est pas mort. On n'est pas tout
à la fois aussi franc et aussi rusé. Où trouver, après tout, — si ce
n'est au théâtre Lyrique, — un homme assez franc pour dire à un
médecin devant témoins : « Je vais vous assommer pour vous punir
de n'avoir point tué mon oncle ? »
L'ouvrage se sauve par les détails, l'agrément de quelques scènes,
et l'originalité de quelques types donnés par Le Sage, quand les auteurs
du livret ne les ont point poussés jusqu'à la caricature. Ils ont un peu
outré, ce nous semble, celui du docteur Sangrado Ce personnage
avait à l'époque où le roman parut un modèle vivant, qui fut reconnu
par tout le monde. C'était le docteur Héquet, venu d'Amiens ou
d'Abbeville à Paris, et qui avait inventé, au eommencement du
xvme siècle, la doctrine et, à peu de chose près, la méthode que
Broussais remit à la mode cent ans plus tard. Il soutenait que la sura-
bondance du sang était le principe de toutes les maladies. Partant de
là, il soumettait tous les patients que leur mauvaise étoile lui envoyait
à un traitement simple et peu varié: la saignée et la diète. Homme
de talent, malgré l'exagération de son système, et écrivain instruit,
quoique bizarre, il a fait deux brochures très-curieuses sur les convul-
sions du cimetière de Saint Médard, où il soutient que ces accidents
'étranges ne sont point l'œuvre de Dieu, comme le prétendent les
jansénistes, ni du démon, comme le pape l'a affirmé dans une bulle,
mais qu'ils proviennent d'un certain ébranlement des organes, qui
modifie ou suspend la sensibilité. Il avait deviné ce que la science a
constaté de nos jours. Ce n'était pas un homme ridicule. Le Sage l'a
mis en scène en l'intitulant Sangrado, le docteur Saigné (il aurait
dû écrire Sangrador) ; mais il n'en a pas fait l'imbécile du théâtre
Lyrique.
L'intrigue de Gil Blas, travesti en gentilhomme, avec la suivante
affublée de la parure de sa maîtresse, leur entretien troublé par Mel-
chior Zapata, la scène de nuit où le comédien et le valet font grand
bruit de leur épée, et se menacent sans avoir la moindre envie d'arriver
au fait, donnent au troisième acte plus de mouvement et d'intérêt que
n'en ont les autres. C'est évidemment le meilleur des cinq.
Il y a dans la partition plusieurs morceaux remarquables. Les
chœurs de brigands, au premier acte, ont de l'entrain et de la vigueur.
La chanson à boire que Gil Blas leur débite pendant qu'ils s'enivrent,
a une certaine crânerie d'allure qui ne déplaît pas . Il est fâcheux que
Gil Blas et la seiiora Aurore, au moment de s'échapper de ce repaire,
croient devoir à la règle ou à l'usage du poëme lyrique de chanter en
duo : Partons sans bruit, fuyons, esquivons-nous, etc. Un rire général
leur a prouvé qu'on les aurait dispensés de cette formalité très-faci-
lement, et que, dans leur situation, il valait mieux agir que chanter.
Au second acte, les couplets d'Aurore : Quel dommage, etc., sont
agréablement tournés. La marche sur laquelle le docteur Sangrado
fait son entrée et son compliment, a du style et de la couleur. Mais
le morceau à cinq voix qui suit, et qui est consacré à la consultation,
ne produit qu'un effet médiocre. Le chant manque de relief. Il est
presque toujours syllabique, et l'on perd la moitié des paroles, tant
l'accompagnement est lourd. Les couplets de Gil Blas à Aurore :
Et si c'est un rêve,
Laissez-moi rêver,
ne manquent pas de grâce, ni, jusqu'à un certain point, de chaleur.
Gil Blas n'aurait-il pas mieux fait, cependant, de renoncer à cette for-
mule, si souvent reproduite depuis vingt ans ?
Si l'extase où je suis est un songe,
Que jamais je n'arrive au réveil!
Ce qui a été si bien dit une fois ne devrait jamais, ce semble, être
répété.
Don Vincent, après qu'un bon dîner, ordonné par le docteur Gil
Blas, l'a remis sur pied, et que le malaga lui a monté à la tête, chante
le vin et l'amour, et trouve une heureuse idée musicale :
Sa taille est fine,
Et sa basquine, etc., etc.
Nous n'avons pas retenu les vers, mais nous nous souvenons très-
distinctement du tour piquant, de l'allure leste et gaillarde de la mé-
lodie.
Cet acte unit par un duo bouffe, ou qui, du moins, voudrait l'être.
11 est syllabique comme le quintette. 11 nous a paru manqué, comme
le quintette, et plus complètement encore, pour les mêmes raisons,
qu'il serait inutile de répéter.
En revanche, rien de mieux réussi que les petits couplets de la sou-
brette, au troisième acte, lorsqu'elle déclare sa résolution de prendre
la robe à falbalas de sa maîtresse, d'attirer, comme elle, les œillades,
les hommages, d'avoir des adorateurs, de les rendre heureux s'ils le
méritent, et qu'elle conclut par ces mots: Pourquoi pas? Cela estfaile,
vif, spirituel, fringant, et de plus, chanté par Mlle Girard d'une façon
qui ne laisse rien à désirer. Nous ne voyons pas non plus ce qu'on
pourrait demander à M. Meillet, qui joue le rôle du comédien, ou plutôt
du cabotin Zapata, et, qui dit ses couplets d'entrée avec une perfection
rare. On ne saurait avoir la voix plus agréable, ni l'expression plus
juste. On ne saurait mieux deviner les intentions du compositeur, ni
les rendre avec plus de finesse., ni détailler un morceau avec plus d'es-
prit. C'est dans ces couplets, peut-être, que M. Semet a mis cette fois
le plus de talent. L'accompagnement y est charmant comme la mé-
lodie. L'auteur, qui, en maint endroit, s'évertue à être plaisant, et n'y
parvient pas toujours, l'est ici naturellement et sans le moindre effort.
Les bonnes plaifanleries sont celles qui n'ont pas été cherchées.
Il y a de jolis passages dans le duo qui précède cet air, duo chanté
par Gil Blas et la soubrette. Le reste... Ne disons rien du reste.
Si nous parlions de tous les morceaux d'une partition si volumineuse,
nous n'aurions jamais fini.
Au quatrième acte, noce de village, chœurs de paysans, danses
rustiques, airs de ballets, par conséquent, — valse peu originale,
mais qui a beaucoup d'entrain. C'est quelque chose. Nous avons
remarqué aussi un chœur dans l'accompagnement duquel prédominent
les trombones et le flageolet, ou la petite flûte, comme il arrive sou-
vent aux orchestres de barrière. L'effet est assez piquant.
Gil Blas, qui est à la porte, et qui voudrait bien se faire convier au
festin, adresse à la cantonnade des couplets qui ont peu de succès
auprès des gens de la noce, mais qui en ont beaucoup auprès du pu-
blic. Ils ont une couleur espagnole très -prononcée. Est-il vrai, comme
le bruit s'en est répandu, que ce joli morceau ait été en effet rap-
porté d'Espagne par Mme Ugalde, qui, l'an dernier, a passé quelques
mois à Madrid? Nous l'ignorons, et peu nous importe. Ce qui est
certain, c'est que l'air est très-original, très-piquant, et que Mme Ugalde
le dit avec une verve, une audace, et un accent merveilleux.
Les couplets de Zapata, devenu majordome au cinquième acte, ont
du mérite, et en auraient davantage s'ils rappelaient moins le God
snve the king. Mais il n'y a que des félicitations à adresser à l'auteur
sur le petit chœur des valets qui vient ensuite. Voilà qui ne ressemble
à rien! voilà qui est neuf, et trouvé, comme disait Boileau. Les com-
positeurs même les plus habiles font rarement d'aussi heureuses ren-
contres. Nous pourrions encore citer un petit air que chante Gil Blas
au moment de décamper pour éviter la prison. Mais, encore une
fois, on ne saurait tout dire. 11 y a, en résumé, de très-jolies choses
dans cette partition, laquelle gagnerait cent pour cent si on la
déchargeait de beaucoup d'autres, qui ont moins de valeur, et fa-
tiguent l'attention en pure perte. Nous sommes comme la Fontaine,
qui disait, avec sa naïveté si pleine de bon sens :
Les longs ouvrages me font peur.
Tout y serait excellent, admirable, parfait, qu'ils auraient encore
116
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
un défaut, celui d'être trop longs. Voltaire a écrit quelque part : Tou-
jours du plaisir n'est pas du plaisir. Nous savons qu'il y a là une ques-
tion linancière : on est bien aise de remplir la soirée, et de ne par-
tager avec aucun confrère. C'est un bon sentiment, mais ce n'est pas
toujours un bon calcul.
Mme Ugalde (Gil Blas) est étincelante de gaieté, d'audace et de
verve. Des critiques plus sévères lui reprocheront peut-être de man-
quer parfois de mesure, de n'avoir pas toujours un goût parfaitement
pur, d'outrer certains effets, de pousser le comique jusqu'à la charge,
de ne pas ménager assez une voix qui commence à se fatiguer : mais
nous avons de la partialité pour Mme Ugalde, et nous ne voulons voir
en elle que les côtés qui brillent, dussent-ils nous éblouir
Léon DUROCHER.
THÉÂTRE DES BOUFFES -PARISIENS.
DAPHUriS ET CHIiOJÈ,
Opérette en un acte, paroles de M. Clairville, musique cZ'Offenbach.
C'ETAIT MOI!
Opérette en un acte, de M. Deulin, musique de M. Debillemont.
{Premières représentations le 27 février 1860.)
La pastorale de Longus, arrangée pour la scène par M. Clairville,
n'en est pas à sa première métamorphose. Représentée au Vaudeville
en 1849, elle a subi quelques modifications indispensables pour deve-
nir une opérette, et, sous cette nouvelle forme, elle n'a eu qu'à se
louer de l'accueil qu'on lui a fait au passage Choiseul.
Nous ferions injure à nos lecteurs en leur racontant le roman des
amours naïfs de Daphnis et Chloé ; tout le monde connaît cette ber-
gerie que M. Clairville a suivie dans ses plus importants détails, en se
bornant à y ajouter des effets comiques confiés au dieu Pan. Nous ci-
terons entre autres drôleries dues à celte addition, la scène où le
dieu Pan cherche à séduire Chloé, et boit, pour se donner pius d'ar-
deur, le contenu d'une gourde qui a été remplie, sans qu'il le sache,
à la source du Léthé. Il faut voir Désiré s'efforçànt de ressaisir sa
mémoire perdue, et ne pouvant achever la leçon d'amour commencée
avec Chloé. Cette situation est des plus amusantes.
La musique d'Offenhach est parfaitement appropriée au genre de ce
petit tableau champêtre. Elle est charmante d'un bout à l'autre, et
témoigne, plus que toute autre, de la variété et de la richesse d'inspi-
ration que possède l'auteur des Deux aveugles, du Mari à la porte
et d'Orphée aux enfers. Rien de plus gracieux que l'air d'entrée de
Chloé et que celui qu'elle chante avec Daphnis. Nous mentionnerons
encore la jolie romance : Même en fermant les yeux; la chanson de
Nérea, qui a eu les honneurs du bis; le trio de la leçon de flûte, le duo
de Pan et de Chloé, enfin presque toute la partition ; car nous serions
embarrassé de choisir entre ces mélodies fraîches et suaves.
Le rôle de Chloé est parfaitement interprété par Mlle Chabert, et
celui de Daphnis n'est pas trop mal placé entre les mains de Mlle Ju-
liette Beau, jolie débutante, dont la voix de mezzo-soprano fera bien
certainement plaisir lorsqu'elle aura surmonté la peur qui l'oppressait
pendant les premiers jours.
Cette opérette de Daphnis et Chloé, représentée au bénéfice de la
caisse des auteurs et compositeurs dramatiques, était accompagnée ce
soir-là d'une seconde nouveauté, intitulée C'était moi ! Le conte de la
Servante justifiée a fourni les principales scènes de cette petite pièce,
gaiement agencée, et rondement jouée par Guyot, Jean-Paul et Mlle Cico.
Un jeune compositeur, M. Debillemont, s'y est essayé avec assez de
bonheur ; plusieurs morceaux de sa partition ont été justement applau-
dis, et parmi eux, un air de baryton, les couplets du Tic toc, tic toc,
un trio et un quintette fugué.
D.
AUDITIONS MUSICALES.
Itomltrowski. — Diomède Zompl. — Mine Viard-Iionis. — Bernhard
Rie. — Mlle «I. Iiagnesse. — Concert de l'Association des fabri-
cants et artisans. — Ernest \alhan.- A. Bessems. — Concert de
l'Œnvre des faubourgs. — Messe de M. Benoist.
Pour franchir la distance énorme qui sépare le virtuose habile du
véritable artiste, il faut plus que de l'étude, il faut être richement
doué et ne pas s'attarder aux succès faciles qu'on obtient avec quelques
jolies binettes auxquelles suffisent des doigts agiles et exercés. Aussi,
parmi tous les talents qui se font remarquer, avons-nous beaucoup
de bons exécutants, mais peu de maîtres. M. Dombrowski, que nous
avons entendu la semaine dernière, est un pianiste de mérite, comme
on en applaudit chaque jour. Il n'a presque joué que ses composi-
tions ; et, certes, quoiqu'elles ne soient pas dépourvues de grâce et
de style, elles n'offrent pas une assez grande variété, des aspects assez
différents pour qu'on puisse savoir au juste comment il dirait les
œuvres plus sérieuses et plus larges. Quoi qu'il en soit, dans plusieurs
de ses gracieuses inspirations, M. Dombrowski a fait applaudir un
excellent mécanisme, beaucoup d'égalité, de netteté et de brio.
M. Casella a du charme et de la chaleur. Les compositions de ce
jeune violoncelliste se distinguent par une verve toute italienne qui*
mêlée de sensibilité, a été très-goûtée.
— Le jeu de Diomède Zompi est distingué et correct. Ce jeune
pianiste, qui donnait samedi son concert, comprend et dit bien la mu-
sique de Mozart, mieux peut-être que celle de Beethoven et de Weber.
Son plus grand succès a été dans un duo de l'auteur de Don Juan,
où le violoncelle de Franchomme a été tout simplement admirable.
M. de Cuvillon s'est montré aussi très-remarquable en exécutant son
joli morceau sur des mélodies de Marie Stuart et en faisant sa partie
dans le long trio en si bémol de Beethoven, qui, s'il n'a pas la conci-
sion de quelques autres du même maître, des premiers surtout, n'en
est pas moins très-beau et très-brillant. Le piano y joue un grand
rôle, et M. Zompi ne lui a rien enlevé de son importance. Plusieurs
morceaux de ce virtuose ont d'ailleurs fait grand plaisir.
— Si les concerts nous laissaient un peu plus de place et de temps,
nous dirions moins brièvement que Alard et Franchomme terminaient
dimanche leurs belles séances de musique de chambre, comme il les
avaient commencées, c'est-à-dire au bruit des applaudissements en-
thousiastes d'un auditoire d'élite, enchanté surtout de la façon incom-
parable dont la" musique de Mozart y est interprétée et par les deux
célèbres artistes, et par Francis Planté, jeune pianiste que les succès
n'enivrent pas et qui s'élève chaque jour, contrairement à tant d'au-
tres qui, comme lui, donnèrent les plus grandes espérances. Mais il
faut nous limiter et mettre la bride à l'admiration : donc, contentons-
nous de dire que, avec Àlard et Franchomme, Mme Viard-Louis fai-
sait apprécier l'autre soir dans les salons Pleyel-Wolff son talent de .
pianiste. L'exécution de la gracieuse virtuose est un peu terne et man-
que quelquefois de netteté -, mais on ne peut tout avoir, et Mme Louis,
qui est très-bonne musicienne, qui connaît ses classiques, a charmé
l'auditoire en jouant des œuvres de Mozart, de Beethoven, de Weber
et de Mendelssohn où le violon et le violoncelle ont été merveilleux.
— Au concert de Bernhard Rie, pianiste de l'école de Dreyschock,
on a vivement applaudi le jeu fin, perlé et clair de ce jeune artiste et
ses compositions gracieuses, correctes, qui, comme son exécution, ne
manquent que d'un peu d'énergie, de passion et de puissance. Charles
Lamoureux a joué une remarquable fantaisie de Vieuxtemps et une
élégie de Frédéric Brisson dont le charme mélodique, la distinction
harmonique, méritent d'être signalés. Une autre aimable mélodie de
M. Albert L'Hôte a été aussi très-applaudie. Le même accueil a été
fait à un adagio pathétique et à un rondo de René Douay, qui, joués
avec expression et un bon style par l'auteur, font espérer que ce jeune
SUPPLÉMENT.
DE PARIS3
117
et très-habile violoncelliste sera un jour un compositeur remarquable.
Un fort joli quatuor d'A. Blanc, exécuté par Bernhard Rie, Casimir
Ney, René Douay et l'auteur, ouvrait cette soirée, dans laquelle
Mme Ricquier-Delaunay et Crosti ont bien des fois excité les bravos.
Crosti, dont la voix est charmante, a bien tort d'exagérer certains
effets; il risque ainsi d'altérer, comme l'ont fait tant de ténors et de
barytons, un organe vraiment délicieux, qui, ménagé, lui promet de
longs succès.
— Mlle Laguesse donnait lundi, dans les salons Pleyel-Wolff, son
concert annuel. Alard, Mas et Lebouc ont exécuté avec elle un qua-
tuor de Mozart. On a d'abord mis sur le compte de l'émotion le peu
de clarté, l'absence presque complète de nuances et de style que l'on
remarquait dans l'exécution de ce quatuor et d'une belle marche fu-
nèbre de Chopin. Mais, malheureusement, Mlle Laguesse, qui avait été
obligée de s'arrêter dès les premières mesures d'un délicieux rondo
de Weber, consultant plutôt' son courage que ses forces, est revenue
jouer un morceau d'Ascher qui, exécuté jusqu'au bout, n'a rien dimi-
nué de l'impression produite par les autres. Après les faiblesses du
piano, on a eu à regretter aussi des faiblesses vocales d'autant plus
fâcheuses qu'on les trouve partout. Si l'on a entendu et vivement ap-
plaudi Jules Lefort, qui dit les mélodies douces et expressives avec un
grand charme et Lucchesi, qui a chanté avec goût la romance de Martha,
on a entendu aussi une cantatrice dont la voix ne manque ni de tim-
bre ni d'étendue, mais qui gâte ses meilleures qualités par des efforts,
des oppositions violentes, en un mot, par des cris qui, décidément,
sont antipathiques à toute espèce de bonne musique.
— Dimanche, au bénéfice des orphelins et des orphelines qu'elle pa-
tronne, l'association de fabricants et artisans donnait un concert où
quelques jolis talents se sont fait entendre. Une Élégie de A. Daus-
soigne-Mehul, exéculée sur le violoncelle, l'orgue et le piano, par
MM. Lamoury, d'Aubel et l'auteur, est une composition sérieusement
écrite, d'une inspiration élevée, et dont la première audition a été
toute favorable au compositeur et à ses habiles interprètes. Plusieurs
pièces élégamment conçues et disposées de façon à faire ressortir toutes
les qualités de l'instrument, ont été jouées sur l'orgue Alexandre et
ont valu un grand succès à M. d'Aubel. A ce concert, on a entendu un
peu de tout : des œuvres vraiment belles, parmi lesquelles il faut citer
le quintette de Charles de Kontski, sur la prière de Moïse; un qua-
tuor de Gounod, et aussi des œuvres qui s'étaient glissées là sous le
manteau de la bienfaisance, où nous n'irons certes pas les analyser.
Quant aux chanteurs, les uns avaient du talent et pas d'organe, les
autres avaient de la voix et pas de méthode. Cependant Mlle Dubois,
membre de l'association, s'est fait applaudir et a su triompher des
vocalises de la valse de Venzano.
— Le concert d'Ernest iNathan, donné mercredi dans les salons de
l'hôtel du Louvre, a été fort joli. On y a entendu un sérieux et mélo-
dieux trio de Louis Lacombe, très-sobrement et très-bien joué par
Herman, Nathan et l'auteur; un trio arrangé avec beaucoup de goût par
l'excellent violoncelliste pour orgue, piano et violoncelle sur cette
prière de Moïse avec laquelle on est sûr d'enchanter le public, toujours
heureux d'entendre cette sublime inspiration. Des gens très-difficiles
reprochent bien quelques petites choses au talent de Nathan; mais on
ne peut méconnaître toutefois qu'il ne soit très-sympathique et qu'il
'ait le don de charmer, ce qui à la rigueur, dispense d'une grande
largeur de style. Après avoir fait brillamment sa partie dans les mor-
ceaux d'ensemble, il a exécuté plusieurs fantaisies qui ont été chaleu-
reusement accueillies. Son caprice sur des chansons napolitaines, Un
rayon de tes yeux et Souvenir de Sjm, de Servais, inspirations suaves,
gracieuses et chantantes, ont été dites par le brillant virtuose avec in-
finiment d'expression et de fougue. Les qualités charmantes et élevées
qui dislinguent le talent de Lacombe ont été encore une fois fort goû-
tées dans deux morceaux de sa composition. Graziani a ravi l'auditoire
en phrasant d'une façon ravissante une délicieuse mélodie.
— A. Bessems est un violoniste de talent. Sa manière distinguée de
dire la musique classique est aussi éloignée de la sécheresse que de
l'effet quand même. On l'a souvent applaudi dans des morceaux d'en-
semble, exécutés avec une finesse et une unité remarquables. A. Bes-
sems compose, et il trouve souvent des mélodies heureuses. 11 l'a
prouvé en jouant à sa soirée, donnée la semaine dernière, plusieurs
compositions doublement originales ; car il n'en avait pas emprunté les
motifs aux maîtres de la scène, et quelques-unes n'en portent pas
moins le sceau de l'originalité. Par leur style, par leurs grâces mélo-
diques, elles plaisent partout où l'on aime le sérieux allié avec le
gracieux et le brillant que demandent les morceaux de salon.
— Mme Alboni est certainement accoutumée aux succès : sa voix
merveilleusement douce, harmonieuse et puissante, sa vocalisation, sa
méthode, son style si purs, si brillants, si parfaits, triomphent sans
peine et sans fatigue des plus grandes difficultés et excitent toujours
et partout l'enthousiasme ; mais nous doutons que la célèbre cantatrice
ait jamais été mieux comprise et plus fêtée qu'elle ne l'a été mercredi
à la soirée donnée au proût de l'OEuvre des faubourgs. Le duo de
Sémiramide, avec Mme Penco, et le rondo de la Cenerentola, qui a été
bissé, et après lequel on a rappelé deux ou trois fois au moins l'incom-
parable interprète, ont émerveillé l'auditoire exceptionnel qui rem-
plissait la salle Ventadour. Les plus grands artistes de la scène, italienne
ont fait assaut de talent, de verve, d'esprit et de grâce ; c'était à qui
prodiguerait le plus généreusement sa voix et ses beaux élans drama-
tiques. Mme Penco, touchante et pathétique dans un air de la Tra-
viata, noble et belle dans des fragments de Sémiramide ; Tamberlick
fougueux, tendre et passionné dans le fameux duo A'Otello, expressif,
admirable de style simple et naturel dans un autre morceau, dont le
succès a égalé pour le moins celui auquel le fameux ut dièse vient
donner le prestige de sa renommée; Mlle Battu qui, quoique française,
a su prendre sa place sur le théâtre où se sont illustrées les Malibran
et les Persiani; enGn, Graziani, Badiali, Zucchini et Morini ont fait de
cette soirée l'une des plus délicieuses auxquelles on puisse assister.
Grâce aussi à l'empressement du public, elle a dû être l'une des plus
fécondes que la philanthropie ait eues cet hiver.
— Jeudi, en présence de Mgr. l'archevêque et d'une nombreuse as-
semblée, une messe à grand orchestre a été exécutée à Saint-Eustache
au profit de la caisse des écoles. Pour cette solennité on avait choisi
la première messe de M. Benoist. S'il est un nom que les artistes en-
tourent de respect et de sympathie, c'est assurément celui de ce
maître. Célèbre professeur d'orgue au Conservatoire, grand artiste
lui-même, — deux titres dont le premier n'implique pas toujours le
second, — compositeur souvent habile au théâtre, l'éminent musi-
cien possède une science rare dont les trésors rappellent par leur
pureté et par leur inépuisable variété le beau style de Cherubini.
C'est surtout dans la musique religieuse qu'on retrouve M. Benoist
tout entier avec ses chants larges et pathétiques, avec ses harmonies
exquises,, avec ce tact, cette profondeur qui extrait d'un motif, parût-
il d'abord assez insignifiant, mille développements naturels et féconds.
A certaines associations de sons, à certaines combinaisons harmo-
niques, nous avons reconnu dans la messe de M. Benoist une de ces
mains fermes, vigoureuses, qui ne se contentent pas toujours des ri-
chesses acquises, qui, au contraire, en cherchent de nouvelles et qui,
lorsque l'esprit et le goût sanctionnentpeurs témérités, n'hésilent pas
à tracer quelques accords, à rapprocher des notes que nous ne trou-
verions peut-être pas disposées ainsi dans nos éléments d'harmonie,
mais qui n'en forment pas moins une alliance heureuse. Toutes les
parties de cette œuvre sont magistralement écrites. Le Credo surtout
est une fort belle page, plus développée que les autres ; ce serait un
chef-d'œuvre si la phrase du début, égarée là par hasard, ne rappelait
un peu trop les cabalettcs et les félicita de l'école italienne. Les
combinaisons les plus belles, les ressources les plus variées du contre-
point et de la fugue, les formes les plus élégantes et les plus fines ne
118
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
sont pas les seuls côtés brillants qui caractérisent le talent deM. Be-
noist : son imagination aussi est riche et puissante. Seulement on a
perdu l'habitude de ce style sobre et contenu, on ne sait plus toujours
reconnaître ce qu'il renferme de dramatique, de fort et d'élevé. C'est
tant pis, car ces œuvres vivront et seront encore exécutées quand
beaucoup d'autres auront disparu. Du reste, l'avenir doit bien une
compensation aux auteurs de musique sacrée, à ceux qui restent
fidèles aux grandes traditions, même au milieu des rêves maladifs
d'une génération musicale qui ne préconise quelquefois l'indépen-
dance que pour se dispenser des études profondes que l'art im-
pose.
L'exécution, dirigée par M. Hurand, a été bonne. On y a néan-
moins regretté plusieurs mouvements trop rapides qui ont enlevé à
quelques passages de cette messe la gravité que l'auteur y a mise.
M. Edouard Batiste s'est particulièrement distingué en faisant entendre
à la sortie une magnifique fugue de Bach, qu'il a dite avec un excel-
lent style.
Adolphe BOTTE.
OBSERVATIONS DE QUELQUES I0SIC1EIS
Et de quelques amateurs sur la méthode de
musique de M. le docteur Clievé (1).
M. le comte Sollohub s'est récemment déclaré chaud partisan de
Y École nouvelle. Dans une lettre que V Indépendance belge a publiée,
et que nous avons lue avec l'intérêt que méritent le nom et la situa-
tion de l'auteur, M. le comte Sollohub raconte : qu'assistant par hasard
à un cours de M. Chevé, il vit « le professeur, au sourire plein de
bonhomie ; » puis il vit « un tableau surchargé de chiffres auxquels
il ne comprenait rien. » 11 demanda alors à son voisin sur quelle clef
on chantait.
«Monsieur (lui répondit le voisin), la méthode n'a pas de clef du
tout, ce qui nous dispense d'apprendre les sept clefs de la musique
usuelle. »
C'est puissamment raisonné. Mais nous avons déjà fait justice du
fantôme des sept clefs que M. Chevé évoque sans cesse. On aurait pu
dire de plus à ce voisin naïf, charmé de la méthode qui n'a pas de
clef du tout, qu'il y a toujours une clef, que l'alphabet a une clef,
qu'un chiffre a une clef, et que lire des notes écrites sur une clef, ou
lire un chiffre dont il faut avoir la clef, cela revient exactement au
même.
« Je voulus savoir alors comment on reconnaissait les tons, » con-
tinue M. le comte Sollohub, qui avait parfaitement raison.
« Mon interlocuteur m'expliqua que tous les tons en dièses et en
bémols n'avaient été inventés que pour se conformer aux défectuosités
de certains instruments qui devaient rectifier par ces moyens la filia-
tion normale des sons dans chaque gamme. »
Nous félicitons le noble étranger s'il a pu comprendre cette expli-
cation foudroyante, cette démonstration merveilleuse ; ou plutôt nous
regrettons qu'un homme de sa valeur, d'un esprit élégant, charmant,
élevé, ait daigné écouter si longtemps un tel interlocuteur, et qu'il se
soit payé d'un raisonnement semblable. Personne n'a inventé les tons
en dièses et en bernois, pour parler le langage de l'interlocuteur, et
surtout on ne les a pas inventés pour se conformer à des défectuosi-
tés. On n'invente pas ce qui est. La musique est faite d'une certaine
façon, comme il a plu à Dieu qu'elle fût faite. M. Chevé lui-même re-
connaît au'il y a des tons en dièses, et avoue qu'il y en a en bémols,
et combien M. le comte Sollohub regretterait qu'il n'y en eût pas !
(1) Voir le n° 13.
Nous voudrions, pour le convaincre et le punir à la fois, lui faire en-
tendre Semiramide sans dièses et les Huguenots sans bémols.
Mais l'interlocuteur continue: il dit « que la voix étant omnitone,
il lui suffisait d'avoir un point de départ pour trouver les intervalles
nécessaires, et que par conséquent la solmisation d'après les tonalités
devenait inutile. C'était évidemment faciliter l'étude de chant propre-
ment dit, des quinze procédés toniques. En les multipliant par les
combinaisons des sept clefs, l'enseignement devenait cent cinq fois
plus facile. »
M. le comte Sollohub eut la bonté de trouver cela « parfaitement
clair, et il comprit alors la signification du tableau. »
Restait au noble étranger « à se rendre compte de la division des
mesures. »
Rien de plus simple :
« Il ne fut pas peu surpris d'entendre tout l'auditoire proférer des
sons qui lui étaient parfaitement inintelligibles. C'était une langue dont
chaque monosyllabe marquait pour ainsi dire brutalement la valeur des
durées et des silences. Cette langue remplaçait les huit entiers de
mesures de l'enseignement usuel, et détruisait la combinaison de cent
cinq multipliés par huit. 11 en résultait la conclusion que, par la méV
thode, la lecture du chant se trouvait facilitée, pour s'exprimer aussi
en chiffres, de huit cent quarante fois. »
11 faut respirer après une argumentation si puissante, et reconnaître
qu'il n'y a rien à répondre à des calculs si clairs, à des principes si
écrasants, qu'une méthode qui peut appeler à son aide des démons-
trations si victorieuses est évidemment la première méthode du monde,
et que rien ne doit lui résister.
M. le comte Sollohub dit ensuite « qu'il apporta à la société chorale
de M. Chevé deux chœurs à quatre voix, l'un de Bortnianski, l'autre
manuscrit, de son beau-père, le comte Michel Wielhorski. Les deux
morceaux ne pouvaient être connus. On les transcrivit en chiffres, et
ils furent lus avec une précision remarquable. »
Nous n'en doutons pas. Mais si M. le comte Sollohub avait bien
voulu apporter ces deux morceaux au Conservatoire, ou à l'orphéon,
ou à une des nombreuses sociétés chorales de Paris ou de la banlieue,
on n'aurait pas eu besoin de la transcription en chiffres. Et l'épreuve
n'eût-elle pas été mille fois plus intéressante pour le comte Sollohub,
et surtout plus concluante, s'il avait entendu chanter à Paris, sur
l'écriture originale, ces manuscrits tracés en Russie pour tous les
musiciens du monde, excepté, à ce qu'il parait, pour les adeptes
de M. Chevé ? — Et c'est une satisfaction qu'il eût pu se procurer fa-
cilement.
M. le comte Sollohub dit plus loin « que le peuple n'a pas trente
ans à donner à l'étude d'une science ardue. » Et c'est la lecture mu-
sicale qu'il désigne ainsi. Quoi! véritablement! on a pu persuader
cette énormité à M. le comte Sollohub ! on lui a montré des élèves de
trentième année !
Un peintre de l'antiquité n'a pas craint de dire à un monarque puis-
sant qui pariait de peinture dans son atelier : c 0 roi, cessez de tenir
de tels discours : vous feriez rire mon broyeur de couleurs ! » Nous
prions M. le comte Sollohub de nous excuser si, en toute sincérité,
nous nous sommes permis de lui présenter quelques, observations, il
a trop d'esprit pour s'en formaliser, et nous espérons qu'il nous par-
donnera si nous lui déclarons que nous sommes des pécheurs endurcis,
affermis dans leur conviction par les arguments mêmes qui ont formé
la sienne (1).
(1) Aux noms des vingt-deux signataires de l'ouvrage, dont nous venons d'ex-
traire un fragment, il faut ajouter celui de Verdi, qui a envoyé par écrit son ad_
hésion pleine et entière.
DE PARIS.
119
REVUE DES THEATRES.
Théâtre-Français : le Feu au couvent, comédie en un acte , par
M. Th. Barrière. — Vaudeville : la Tentation, pièce en cinq ac-
tes et six tableaux, par M. Octave Feuillet. — Gymnase : le Che-
veu blanc, proverbe de M. 0. Feuillet ; V ne voix du ciel, comédie
de MM. Fournier et Meyer; le Paratonnerre, comédie-vaudeville
en deux actes, par MM. Dupeuty et Gabriel ; les Deux timides,
vaudeville de MM. Marc-Michel et Labiche. — Variétés : Une
femme aux cornichons, vaudeville de MM. Siraudin et Delacour;
Quel drôle de monde! vaudeville de MM. Clairville et E. Moreau ;
les Portiers, vaudeville de MM. Brisebarre et Eug. Nus; la Grande
marée, vaudeville en deux actes, par MM. Th. Cogniard et Clairville.
— Palais-Royal : La Sensitive, vaudeville en trois actes, par
MM. Labiche et Delacour. — ■ Théâtre Dejazet : Une bonne pour
tout faire, vaudaville de MM. G. Adenis etRostaing; Vile de sol-
si-ré, opérette de M. Julian, musique de M. Ruytler ; la Marée dé-
montante, à -propos de M. Guénée.
Les théâtres parisiens, et principalement les théâtres de genre, qui
viennent d'avoir leurs giboulées de mars, nous ont constitué un ar-
riéré considérable que nous allons essayer de liquider le plus claire-
ment et le plus succinctement qu'il nous sera possible de le faire.
Mettons-nous d'abord en règle avec la Comédie Française, où M. Bar-
rière a fait jouer avec un très-joli succès un petit acte intitulé le Feu
au couvent. L'effet de cette pièce repose sur une situation vraie et
touchante qui consiste dans l'opposition de l'ignorance naïve d'une
jeune fille avec les vices élégants du monde. M. de Savenay, resté
veuf à vingt-cinq ans et menant la vie à grandes guides, a, pour être
plus libre, rélégué sa fille au fond d'un couvent. Un incendie la ra-
mène à son père au moment où celui-ci va se battre pour une maî-
tresse, comme il l'a fait dix fois déjà, sans songer qu'il pouvait laisser
derrière lui une orpheline. La présence de son enfant lui inspire de
salutaires réflexions, et avant de se rendre sur le terrain où il trou-
vera peut-être la mort, il confie Adrienne, par une sorte de testament,
aux soins d'un de ses amis dont la conduite n'est pas plus irréprocha-
ble que la sienne, mais qui du moins est homme de cœur. Les bons
sentiments de la jeune pensionnaire exercent aussi leur influence sur
cet ami, et quand M. de Savenay revient sain et sauf de son duel, une
double conversion, cimentée par un mariage, atteste la victoire d'A-
drienne.
Malgré quelques longueurs, cette comédie a été parfaitement ac-
cueillie; il est vrai qu'elle est interprétée par Bressant, Delaunay et
Mlle Emma Fleury.
— A l'exemple d'Alfred de Musset, ce n'est qu'après avoir livré à
l'impression la plupart de ses Comédies et proverbes que M. Octave
Feuillet est venu demander pour eux, au public, la consécration de la
rampe. Le Pour et le contre, la Crise, Dalila, Péril en la demeure,
le Village, et jusqu' au Roman d'un jeune homme pauvre, toutes ces
agréables productions, où brillent à doses égales l'esprit et l'élégance,
ont revêtu successivement les deux formes du livre et de la scène. La
Tentation, du Vaudeville, est, croyons-nous, le premier ouvrage de
M. Feuillet qui n'ait pas accompli cette double formalité et qui soit
arrivé tout droit au théâtre. A cela nous n'aurions rien à ajouter si
cette infraction à ses habitudes décelait un progrès dans la manière
de l'auteur, mais malheureusement cette excuse lui échappe, et les re-
vues qui ont été le berceau des œuvres que nous venons de citer, se
fussent tout aussi bien accommodées de celle-ci que des autres.
M. Feuillet excelle dans l'analyse minutieuse de certains sentiments
dont la délicatesse est plutôt un défaut qu'une qualité devant un au-
ditoire avide de faits bien plus que de paroles. Or, qu'est-ce que la
Tentation"! Une jeune femme, négligée par son mari, se laisse pren-
dre aux airs ténébreux d'un étranger avec lequel elle entame le pre-
mier chapitre d'un roman platonique. Le mari s'en aperçoit, provoqne
son rival, cherche querelle à sa femme, qui pourtant n'est pas trop
coupable, et finit par lui pardonner, grâce à l'intervention de sa fllle.
En conscience, y a-t-il là matière à cinq actes et six tableaux? Dans
un livre, peut-être ; à la scène nous ne le croyons pas. Aussi est-il
à craindre que la Tentation ne se soutienne pas aussi longtemps sur
l'affiche que Dalila ou le Roman d'un jeune homme pauvre. Et
pourtant le rôle du mari est joué par Lafont, et celui de la femme, par
Mlle Delphine Marque t, deux artistes distingués que le Vaudeville a
empruntés à M. Montigny pour renforcer sa troupe.
— Au Gymnase, nous retrouvons M. Octave Feuillet, mais, cette
fois, dans son véritable élément. Une scène de ménage, très-finement
développée, fait tous les frais du Cheveu blanc, petit acte imprimé
dans le même recueil que la Crise et que Péril en la demeure. Un
mari et une femme, parvenus aux dernières limites de l'indifférence
conjugale et tout prêts à la franchir, sont rapprochés par le hasard
d'une nuit d'hiver et d'un bal trop tôt fini. Ils s'expliquent forcément,
et la découverte d'un cheveu blanc égaré au milieu de la chevelure
brune du mari vient l'avertir qu'il est temps de dire adieu aux
illusions coupables pour goûter la réalité du bonheur domestique. Le
mari c'est Dupuis, et sa femme c'est Mme Rose Chéri, c'est-à-dire les
deux artistes qui s'entendent le mieux à traduire le marivaudage gra-
cieux, mais parfois maniéré, dont la plume de M. Octave Feuillet n'est
pas souvent assez avare.
Une voix du ciel, au même théâtre, est tout simplement la voix
d'un poëte qui, par des strophes de circonstance, ramène à la vertu
une jeune mère que la crainte de léguer à sa fille un souvenir désho-
noré, retient sur le bord de l'abîme. Cette leçon, passablement maus-
sade, est sauvée par Mlle Périga, l'excellente Elmire de l'Odéon, que
ce théâtre a cédée au Gymnase.
Mais nous ne sommes pas au bout des pièces de début que M. Mon-
tigny a offertes à son public. Seulement celles dont il nous reste à
parler sont plus gaies que les précédentes. On pourrait même dire,
eu égard au genre habituel du lieu, que le Paratonnerre outrepasse
les bornes de la désinvolture. Cette comédie-vaudeville en deux actes
a été faite pour Mlle Francine Cellier, l'ex-danseuse de l'Opéra, qui,
après avoir remporté un prix au Conservatoire, vient de faire victo-
rieusement ses preuves dans le rôle jovial d'une forgeronne courtisée
par un baron ridicule, et se servant de lui pour empêcher la baronne,
sa femme, de commettre une imprudence irrémédiable.
Les Deux timides sont plus réservés, mais non moins amusants.
Une autre élève du Conservatoire, Mlle Albrecht, couronnée également
aux derniers concours d'opéra-comique, remplit dans cette pièce un
rôle qui consiste à mettre aux prises les deux timides, un père et un
amoureux, en leur persuadant que chacun d'eux a affaire à plus poltron
que soi. Cette situation excentrique a été saluée par un fou rire, et
Mlle Albrecht a été fort applaudie, bien qu'elle abuse un peu trop
des privilèges qu'elle tient de son instruction musicale.
— Le bilan des Variétés se compose aussi de quatre pièces :
Une femme aux cornichons, où Mlle Boisgonthier essaie de tous les
moyens possibles pour diminuer son embonpoint, et ne réussit qu'à
faire maigrir de jalousie Charles Potier son mari.
Quel drôle de monde! Très-drôle de monde en effet que celui dans
lequel le neveu et la nièce de M. Verdavaine ont placé leurs amours.
Par bonheur la danseuse de corde qui est sur le point d'épouser le
neveu, et l'escamoteur qui s'est fait aimer de la nièce, se reconnaissent
au moment des explications, et comme ils sont mariés, ce brave
M. Verdavaine est tout naturellement débarrassé de leur honorable
alliance.
Les Portiers, scènes de mœurs parisiennes, photographiées d'après
nature. Le type du portier Chignon, représenté par Leclère, est excel-
lent; mais ce farouche despote des locataires a beau plier sous le faix
des quolibets et des épigrammes dont les auteurs l'accablent, il n'en
restera pas moins solide sur son trône, regardant les empires crouler
et défiant les émeutes et les révolutions.
Enfin, la Grande marée-, mystification en deux actes, composée
120
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
d'une suite de scènes épisodiques à peine liées entre elles par un
semblant d'intrigues, mais suffisamment saupoudrées de traits et de
couplets piquants h l'adresse de ces pauvres Parisiens, victimes de
M. Babinet.
— Le Palais-Royal fait de l'argent avec la Sensitive, facétie en trois
actes, assurément fort spirituelle, mais d'une hardiesse qui distance
tout ce que ce théâtre s'est jamais permis dans ses meilleurs jours,
d'humeur graveleuse. La donnée en est pourtant bien simple en appa-
rence ; il s'agit d'un nouveau marié qui ne peut parler d'amour sans
être pris tout à coup d'un bégaiement des plus fâcheux. Nous n'insis-
terons pas trop sur les résultats de cette grotesque infirmité, et si
nous ne dissuadons pas le public masculin d'aller passer deux bonnes
heures à ce spectacle, nous lui conseillerons pourtant d'y munir sa
femme d'un éventail et de laisser sa fille à la maison.
— En attendant que le Théâtre-Déjazet nous donne l'opérette de
M. Flotow que nous avons annoncée sous le titre de Pianeïïà, ilfajoute
coup sur coup trois pièces nouvelles à son répertoire encore peu varié
et qui ne demande qu'à le devenir. Une bonne pour tout faire offre à
Mlle Irma Granier l'occasion de se montrer dans plusieurs costumes
différents et d'imiter très-gentiment l'accent provençal. L'Ile de Sol-
si-ré est une bouffonnerie musicale, dans laquelle l'administration a
déployé un très-grand luxe d'accessoires, et le compositeur, M. Ruyt-
ler (lisons Pilati) un luxe non moins grand de motifs gais et faciles.
Quant à la Marée démontante, c'est une seconde critique due à la
mystification du 9 mars, et improvisée pour le bénéfice de M. Paul
Legrand, dont le talent mimique et le masque enfariné ont, comme tou-
jours, décidé le succès de cette bluette.
— Nous devons encore mentionner l'apparition au théâtre de la
Gaité d'un vaudeville très-vif et très-amusant, Quatre femmes sur
les bras, dont M. Commerson est l'auteur et dans lequel Mlle Derval,
dans quatre rôles différents, a su se faire applaudir à côté de Perrin
qui se montre, comme toujours, comédien original. — La reprise du
Courrier de Lyon au môme théâtre avec Paulin Menier, Alexandre
et Surville, continue son inépuisable succès et remplit la salle tous
les soirs.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
*** La représentation de Robert le Diable, donnée dimanche, a été très-
belle : Belval a été applaudi chaleureusement dans le rôle de Bertram ;
Renard et Dufresne se sont bien acquittés de ceux de Robert et de Raim-
bault, et ceux d'Isabelle et d'Alice ont fait honneur â Mmes Hamackers
et Dussy. — Une indisposition de Mme Gueymard n'a pas permis qu'on
donnât mercredi Pierre de Médicis ; on y a substitué les Huguenots, dont
l'exécution n'a rien laissé à désirer.— On parle de la reprise de la Muette
pour la continuation des débuts de Micuot, qui doit incessamment chan-
ter dans Lucie.
**„ Les représentations du Pardon de Ploërmel attirent toujours une
grande ailluence à l'Qpéra-Comique; pris d'une indisposition subite
Faure n'a pu chanter mercredi le rôle d'IIoel ; il a été remplacé
par Troy, qui s'est très-bien acquitté de sa tâche. — Mlle Monrose se
trouve à peu près rétablie de sa longue indisposition, et le Roman d'El-
vire va reprendre, après la clôture de la semaine sainte, le cours du
succès que cette indisposition était venue si fâcheusement interrompre.
— - L'ouvrage de Gevacrt se trouve retardé par suite d'une indisposition
de Couderc. — 11 est question de remonter avant le départ de Mme Faure-
Lefèvre un des chefs-d'œuvre de Bo'ieldieu, le petit Chaperon rouge.
»*„, Le théâtre Italien donnera demain lundi le Trovalore au bénéfice
de Graziani, et mardi Rigoletto avec Tamberlick et Mlle Marie Battu.
*** Le théâtre Lyrique donnera, dans le courant du mois d'avril, une
représentation au bénéfice do Mme Viardot.
„,*„, Après le départ de Mme Miolan-Carvalho, ce théâtre donnera
\eFidelio, de Beethoven, interprété par Battaille, Guardi, Fromant,
Serène, Yanaud, Mme Pauline Viardot et Mlle Marimon.
*% Un journal annonce que l'administration de l'Opéra passerait dans
les mains de la municipalité de la ville de Paris, et que cette mutation
rendrait plus prompte la solution des questions relatives â la construction
d'une nouvelle salle pour notre première scène lyrique. Le même journal
parle de la fondation d'un cercle artistique, sous le patronage des plus
illustres dilettanti, parmi lesquels on compte MM. de Morny, Troplong,
Baroche, etc., et dont le prince Poniatowsky serait le président. Toutes
les semaines aurait lieu un concert, où ne serait exécutée que de la
musique inédite et de compositeurs vivants, et l'on choisirait de préfé-
rence des fragments d'oeuvres destinées à la scène. Un établissement
pareil rencontrerait certainement les plus vives sympathies et serait de
la plus grande utilité.
*** La Schiller-Marsch a été exécutée au concert de l'Hôtel de ville,
par l'orchestre de Pasdeloup et y a produit le plus grand effet.
*% Géraldy, l'excellent baryton, a chanté deux fois cette semaine, chez
Herz, une nouvelle mélodie de M. Charles Manry, l'Enfant dangereux,
composée sur des paroles d'Auguste Barbier. Il est impossible de dire
avec plus de goût et de charme cette originale composition de M. Charles
Manry, qui porte en elle le cachet de la poésie et de l'art. M. Géraldy a
trouvé dans l'Enfant dangereux ce degré d'inspiration qui convient à
sa voix puissante et sympathique.
*** Le vendredi saint, la Société des jeunes artistes donnera un grand
concert dans la salle Herz. On y entendra la symphonie pastorale, psaume
de Niedermeyer (1r0 audition) ; hymne d'Haydn, par les instruments à
cordes; fragments des Saisons, d'Haydn, et une fantaisie exécutée par
Bottesini.
*** M. Membrée, l'auteur de François Villon, vient de composer la
musique d'un opéra dont M. Got, de l'Académie française, a écrit les pa-
roles, et qui a pour titre le Moine rouge.
*** L'association des artistes-musiciens a fait exécuter lundi dernier,
dans l'église de Notre-Dame, la messe de Mozart, qui avait été choisie
pour la fête delaSainte-Cécile,et qu'on avait entendue à cette époque dans
l'église Saint-Eustache. M. Battaille et M. Barbot avaient bien voulu se
charger des soli, et se sont acquittés de leur tâche avec le beau talent
qu'on leur connaît. C'est M. Battaille qui a dit \'0 salutaris, sur un thème
de Mozart, et le Benediclusa, été chanté par M. Barbot, avec accompagne-
ment d'alto, exécuté par M. Adam. A l'offertoire, Alard a joué sur son
violon un larghetto extrait des Souvenirs de Mozart; deux enfants de
chœur de la maîtrise chantaient des soli, destinés dans la partition aux
voix de soprano et de contralto. La marche religieuse, écrite par Adolphe
Adam, a produit son effet ordinaire et complété cette solennité reli
gieuse et musicale, dont le produit a dépassé la somme de 3,000 fr.
**,. Le sixième et dernier concert d'abonnement donné par la Société
des jeunes artistes du Conservatoire a été fort remarquable. La séance
commençait par l'exécution redemandée des fragments de Slruensèe, la
magnifique ouverture et les deux entr'actes, déjà entendus et applaudis
par tout l'auditoire. Dimanche dernier , l'orchestre s'est surpassé
dans l'accomplissement de sa tâche, et l'œuvre de Meyerbeer a été
rendue avec une perfection rare. La ravissante Polonaise a obtenu
plus de bravos encore qu'à la première audition. Nous reviendrons
sur cette séance où l'on a exécuté entre autres nouveaués une
symphonie inédite de M . Saint-Saens et le chœur des bacchantes de Phi*
lémon et Baucis.
„,% Mardi 27 mars a eu lieu à Amiens le plus beau concert de toute la
saison. JIM. Roger, Graziani et Mlle Vestvalli y ont obtenu un succès d'en-
thousiasme.
*** Alessandro Bettini vient d'être engagé pour le théâtre Italien de
Barcelone, après quoi il fera partie de la troupe organisée à Marseille
par Montelli.
*% Louis Lacombe annonce un second concert pour le mercredi ,
1 1 avril , dans les salons d'Erard ; nous en donnerons le programme
dans notre prochaiu numéro.
*** L'éminent pianiste-compositeur, Ferdinand de Croze, a passé quel-
ques jours a Paris, et il s'est fait entendre dans quelques salons aristo-
cratiques. Il joué avec un très-grand succès chez Mme la maréchale
Randon son Étude-polka, son Crescendo, et surtout le Chemin de fer, qui
fait partie de son Album de 1S60.
„,** A l'Amhigu-Comique, chaque soir, le quadrille d'Alexandre Artus,
Compère. Guillery, obtient les honneurs du bis. Cette faveur est du reste
méritée.
" *% Le vendredi saint, à midi, dans l'église Saint-Roch, le célèbre ora-
torio d'Haydn, 2es Sept paroles de Noire-Seigneur sur la croix, sera exé-
cuté avec accompagnement d'orchestre sous la direction de M. Charles
Vervoitte, maître de chapelle. Le jour de Pâques, dans la même église,
on chantera la quatrième messe d'Haydn, ['Alléluia d'Haydn, et un salut
solennel de M. Charles Vervoitte.
,.% La semaine dernière, Mlle Ida Bertrand, dont le talent et le nom
grandissent toujours, avait réuni l'élite de l'aristocratie russe dans ses
élégants salons. Plusieurs de nos premiers artistes lui avaient prêté leur
concours avec un affectueux empressement. Mmes Joséphine Martin,
Sievers, Ida Bertrand, MM. Graziani, Varesi, Pagans, Lecieux. Franco-
Mendès se sont fait entendre et applaudir successivement. L'air célèbre
d'Orphée a été dit par Mlle Ida Bertrand de manière à rappeler Mme Viar-
dot. L'éminente cantatrice, que l'on entend trop rarement en public,
DE PARIS.
121
doit donner prochainement un concert qui sera l'un des plus beaux de
la saison.
*** Albert Jaell a joui5, trois fois à Amsterdam, deux fois à Rot-
terdam, et deux fois à la Haye, à Utrecht et à Leyde ; partout les succès
de l'éminent pianiste ont été des plus brillants. Les morceaux de son
répertoire qui ont reçu le meilleur accueil sont : concertos et sonates de
Beethoven et le Carnaval de B. Schumann. Parmi les compositions de
A. Jaell, il faut citer en première ligne la transcription du Pardon de
Ploërmel, qui lui a été partout redemandée; le Carillon et la transcrip-
tion du Prophète. Le 26 mars A. Jaell a donné son concert d'adieux à
Amsterdam avec Stockhausen, l'excellent chanteur.
*** On lit dans VUnion bretonne : « Au concert donné par Mlle Fran-
çois dans la salle des Beaux-Arts, Prudent s'est montré artiste accompli :
il ne se contente pas de jouer parfaitement , il compose avec une dis-
tinction rare , et ses œuvres ont un cachet qui leur assure une place
à part parmi les productions contemporaines; c'est le musicien de la
nature, plein de sentiment intime, de nuances profondes et de grâce, qui
peint à merveille toutes les harmonies et en fait des tableaux charmants
savamment ordonnés et encadrés avec un goût achevé. Mlle François
a eu une inspiration heureuse en «'associant Prudent, dont le talent
fait école, et qui, récemment applaudi à la cour par des mains augustes,
est l'une des expressions les plus élevées de l'art du piano à notre
époque. »
*** On écrit de Saint-Malo que M. Bessems vient d'obtenir un grand
succès comme violoniste et compositeur, dans le concert donné par la
Société philarmonique de cette ville. M. Sapin, le ténor de l'Académie
impériale de musique, a été aussi fort applaudi après une ballade com-
posée pour lui par M. Bessems, ainsi que dans plusieurs morceaux d'o-
péras nouveaux.
„% C'est le 15 avril, au Cirque de l'Impératrice, qu'aura lieu le grand
concert donné sous la direction d'Arban au profit de la veuve de Jullien.
Il y fera entendre sabePe fantaisie sur le Pardon de Ploërmel, et la Schiller
Marsch, de. Meyerbeer.
*** Le dimanche 1er avril, à 2 heures précises, dans les salons
d'Erard, rue du Mail, M. Philoxène Boyer étudiera la vie et l'œuvre de
Schiller. La séance commencera par une scène de Marie Stuart, jouée
par Mlle Montagne et Hugon. Mlle Montagne déclamera la Cloche, poésie
de Schiller. Cette matinée dramatique est donnée au profit de la caisse
de secours des lettres et des arts. On trouve des stalles en location à
l'administration de la loterie de bienfaisance, boulevard Montmartre, 22.
*** Nos lecteurs se rappellent sans doute le nom d'un jeune violo-
niste, Isydor Lotto, de Varsovie, qui obtint, il y a peu d'années, le pre-
mier prix au Conservatoire de Paris. Pensionné par S. M. l'empereur de
Russie et par de grandes familles polonaises, il put, sans être obligé de
tirer parti de ses premiers succès, continuer les études musicales les
plus sérieuses dans cette illustre école. Aujourd'hui, le jeune artiste
possède un talent qui lui promet le plus brillant avenir. Nous ne doutons
donc pas qu'un nombreux auditoire n'assiste au grand concert avec
orchestre qu'il donnera dans la salle Herz, le jeudi soir, 12 avril pro-
chain. Isydor Lotto y fera entendre le magnifique concerto de Mendels-
sohn pour le violon, et plusieurs œuvres de sa composition ; il sera se-
condé par les artistes les plus éminents, en tête desquels nous devons ci-
terjla célèbre pianiste Mme Massart.
*** L'habile chef d'orchestre du Casino, qui joint à un talent inimita-
ble sur le cornet à piston celui de compositeur très-distingué, Arban,
se propose de donner le samedi saint, dans la salle de la rue Cadet, un
grand concert à son bénéfice ; entre autres morceaux remarquables du
programme, il fera exécuter pour la première fois la magnifique marche
composée par Meyerbeer pour le festival de Schiller, et que des milliers
d'amateurs ne purent entendre alors.
%*% Une des nouvelles productions pour piano de M. Albert Sowinski,
intitulée : Gigue écossaise, très-applaudie à son dernier concert, va paraî-
tre incessamment.
„% Le concert annoncé par M. Adolphe Fëtis est remis au 10 avril.
%*# Un ancien artiste, longtemps attaché à l'orchestre de l'Opéra,
M. Ch. Sauvageot, qui avait fait don au musée impérial d'une collection
précieuse, amassée pendant sa vie entière et estimée 600,000 fr., est
mort vendredi dernier à l'âge de quatre-vingts ans.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„.*„. Rouen. — A peine le Pardon de Ploërmel venait -il de clore ses
brillantes représentations, que les portes du théâtre des Arts s'ouvraient
à une foule empressée d'assister à la reprise de cet autre chef-d'œuvre
de Meyerbeer qui a nom le Prophète. La direction avait mandé exprès de
Paris Mlle Wertheimber pour chanter le rôle de Fidès, et son nom sur
l'affiche était un attrait qui n'a pas peu contribué au succès, d'ailleurs
complet, de la soirée. Cette partition du Prophète, qu'on n'avait pas en-
tendue depuis longtemps à Rouen, a reparu hier, comme â sa création,
jeune, mélodique, saisissante, grandiose : ses imposants ensembles, ses
dramatiques cantilènes, ses gracieux détails, son orchestration si vive-
ment colorée, toutes ces beautés artistiques d'un ordre si élevé et mises
en relief avec tant d'art, de science et d'inépuisable inspiration, ont pro-
duit leur effet accoutumé, l'admiration et l'enthousiasme Dans le duo
du premier acte, dans la bénédiction au second, dans toute la scène de
l'église au quatrième, dans le grand air et dans le grand duo du cinquième,
Mlle Wertheimber a produit une impression aussi profonde que soute-
nue ; le public lui a témoigné, par les plus chaleureux bravos, combien
il ressentait vivement toutes ces émotions que les accents de sa voix lui
communiquaient irrésistiblement. A la chute du rideau, un rappel una-
nime l'a ramenée sur la scène, où elle a reçu une dernière et enthou-
siaste ovation. C'est un succès qui laissera parmi nous les meilleurs sou-
venirs du sympathique talent de Mlle Wertheimber. Nous avons des
éloges â adresser à Mme Laurent, qui a bien chanté le rôle de Bertha.
M. Caubet a bravement soutenu la lourde responsabilité du rôle si im-
portant et si difficile de Jean de Leyde. Quant à MM. Bouvard et Bon-
nesseur, nous dirons que Meyerbeer ne pourrait pas désirer de plus
intelligents représentants de ces anabaptistes, dont il a coloré si éner-
giquement la sombre physionomie. M. Méric, en se joignant à eux, a
très-heureusement complété le trio biblique des fanatiques sectaires.
M. Aubry s'est bien acquitté du personnage d'Oberthal.
*** Dijon, 28 mars. — Le Prophète a été représenté hier avec un écla-
tant succès. M. Harvin, dans le rôle du roi-prophète, a su conserver à la
sublime création de Meyerbeer ce cachet de noblesse et de grandeur qui
la distingue ; grâce à sa voix sonore et pure, à son excellente méthode
et à une diction qui permet au spectateur de ne pas perdre une syllabe
du poëme, notre excellent ténor a pu mettre en relief et faire apprécier
les incomparables beautés que l'illustre auteur a jetées à pleines mains
dans ce splendide ouvrage. Aussi les plus petites phrases ont-elles été
remarquées et applaudies ; mais c'est surtout après la romance pastorale :
Pour Bertha, moi je soupire, et après l'air bachique du cinquième acte :
Versez, que tout respire, que l'enthousiasme n'a plus connu de bornes.
M. Harvin a été rappelé deux fois et a vu tomber à ses pieds couronnes
et bouquets. Mlle Ferrand, dans le rôie de Fidès, a fait preuve de talent.
Elle a chanté son chœur du cinquième acte de manière à provoquer les
applaudissements de la salle entière. La mise en scène a été réglée avec
intelligence par M. Vila, qui s'est bien acquitté du rôle de Zacharie.
**„.. Saint-Etienne. — Un jeune compositeur de notre ville, M. Dard,
vient de faire représenter un opéra qui a pour titre : la Charmeuse. Il a
été fort bien accueilli ; la musique en est facile et abondante et dénote
des qualités qui font bien augurer de l'avenir de l'auteur.
s.** Angers. — M. Rouff, notre habile directeur, vient enfin de nous
mettre a même d'apprécier le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer. La
première représentation du Pardon de Ploërmel a eu lieu avec le plus
grand éclat, et nous devons constater d'abord que grâce au zèle intelli-
gent de notre chef d'orchestre M. Lefort, les chœurs et les musiciens
ont fort bien marché. Mlle Ida Massy, à laquelle avait été confié le rôle
de Dinorah, s'est vaillamment acquittée de sa tâche, et elle a surtout
admirablement chanté l'air de VOmbre, qui lui a valu de longs et chaleu-
reux bravos. M. Derval, dans le rôle d'Hoel, a laissé à désirer ; par
contre, M. Saint-Martin s'est montré excellent chanteur bouffe dans celui
de Corentin ; les couplets de la Peur, son duo avec I-Ioel, ont été fort ap-
plaudis ; enfin les rôles secondaires même ont été fort bien dits par
M. Fabre, le faucheur, et Mlles Martinet et Augusta, les deux chevrières.
La mise en scène et les décorations ont été très-soignées, et à voir le pont
et l'eau naturelle de la cascade du second acte, on aurait pu se croire à
l'Opéra -Comique de Paris. — Deuxpièces des Bouffes-Parisiens, Ba-ta-clanet
la Rose de Saint-Flour d'Offenbach, ont été représentées avec un succès
bien différent; la première n'a pas été comprise et a complètement
échoué ; la seconde, pleine d'une gaieté franche et de bon aloi, a plei-
nement réussi.
4*ï Strasbourg. — C'est le dimanche 25 mars qu'a eu lieu la sixième et
dernière séance de musique de chambre de MM. Schwaederlé, Mayer-
hofer, Weber et Ousdshoorn. Commencée par le 80° ^quatuor de Haydn,
elle s'est terminée par le septuor de Beethoven, â l'exécution duquel ont
concouru MM. Schwaederlé, Wuille, Stenebruggen, Uschmann, Weber,
Oudshoorn et Fabian. Cette valeureuse phalange a rendu le chef-d'œuvre
de Beethoven avec une perfection qui a soulevé les bravos enthousiastes
de l'auditoire. M. Edmond Weber, déjà connu par quelques jolies pen-
sées musicales, s'est posé en pianiste de premier ordre en interprêtant
avec un sentiment vrai et un beau mécanisme le quatuor en ut mineur
de Mendelssohn. M. Oscar Schiitzenberger, excellent amateur, a charmé
l'auditoire par sa belle voix de ténor et la manière distinguée dont il a
chanté le grand air iXOrphèe : J'ai perdu mon Eurydice. Enfin M. Schwae-
derlé, le fondateur de ces magnifiques séances, a dit un andante de Spohr,
pour violon, avec l'élévation et la pureté de style que comportent les
œuvres du grand maître allemand. — L'un des plus brillants concerts
de la saison, celui de M. Waldteufel, violoncelle solo et professeur
au Conservatoire de cette ville, a eu lieu le 21 mars à la mairie, de-
vant une assemblée nombreuse. M. Waldteufel a obtenu, comme cha-
que année, un triomphe éclatant dans tous les morceaux qu'il a joués
et dans lesquels il a déployé autant de sentiment et d'expression que
d'habilcte extrême à surmonter les plus grandes difficultés. La Matinée
122
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
en Suisse et la fantaisie sur des motifs de Don Juan, deux de ses compo-
sitions, ont produit un effet vraiment extraordinaire. A côté du père, on
a décerné les plus légitimes suffrages à la fille, Mlle Valérie Waldteufel,
jeune pianiste qui possède déjà un talent réel et en train de grandir
encore. Le septuor de Hummel, où elle a tenu la partie de piano avec un
ap'omb qui dénote une excellente musicienne; l'Impromptu de Chopin,
et le Miserere du Trovalore, par Prudent, ont mis en relief une habileté
de mécanisme déjà fort développée en même temps qu'une intelligence
musicale parfaite.
„,*,,, Marseille. — Un nouvel essai des jeunes talents que possède notre
ville vient de se produire au Grand-Théâtre, et, sans renouveler le succès
du Jugement de Dieu, il a été accueilli avec beaucoup de faveur. Il s'agit
des Deux avares, l'un des chefs-d'œuvre de Grétry, auquel M. Agnelli
vient de donner un nouvel habit musical. Le poëme a été entièrement
conservé, et l'auteur, en témoignage de son respect pour Grétry, a même
maintenu dans sa partition les parties vocales du chœur célèbre la Garde
passe. On a reconnu dans l'œuvre de M. Agnelli une tentative modeste
et sans prétention, justifiée par une musique légère, gracieuse et
surtout facile, dont l'orchestration, à la fois ingénieuse et originale, est
pleine de piquants effets; elle a d'ailleurs été fort bien interprêtée,
la réussite a été aussi franche que légitime.
*** Metz. — M. Warnots, notre premier ténor , a donné pour son
bénéfice Martha ; le charmant opéra de M. de Flotow a été exécuté avec
une véritable perfection, et le public n'a cessé d'applaudir et de rappeler
le bénéficiaire qui a rempli le rôle de Lyonel avec une supériorité
remarquable ; Mme Warnots (Nancy) a partagé ce triomphe. M, Ilomps,
qui chantait celui de Plumket, a vaillamment contribué à l'ensemble de
de cette belle représentation.
chronique: étrangère.
*** Londres. — M. Smith, directeur du théâtre Italien de Sa Majesté
à Londres , vient de publier son programme pour la saison qui ouvre
le 10 avril. En voici le détail : 1° Chant : Mlle Piccolomini (ses soirées
d'adieux jusqu'à sa retraite définitive de la scène), Mlles Vaneri, Laura
Paxter, Maria Brunetti (du grand Opéra de Paris), Mme Alboni, Mlles Lotti
délia Santa, délia Anese , Nardi , Mme Maria Cabel (prima donna de
l'Opéra-Comique de Paris), Mme Borghi Mamo (pour la première fois en
Angleterre), Mlle Titjens; MM. Mongini, Belart, Corsi, Mercuriali, Soldi,
Giuglini, Everardi ( des théâtres impériaux de Vienne et de Saint-Péters-
bourg , pour la première fois en Angleterre), Fellar (premier début
en Angleterre), Aldigheri, Ronconi, Gassier, Castelli, Vialetti. 2" Danse:
Mlles Salvioni (du théâtre Saint-Charles de Naples, début en Angleterre),
Morlacchi, Clavelle, Claud, Pecchini , Moncelet, Cucchi (de l'Opéra im-
périal de Vienne, début en Angleterre), Lequine, Bioletti, Mme Fer-
raris; MM. Mérante (du grand Opéra de Paris, début en Angleterre) ,
Calori (de l'Opéra de Vienne, début), Durand, Borri, maître et compo-
siteur de ballets; Benedict et Arditi, directeurs de la musique, compo-
siteurs et chefs d'orchestre. Sa Majesté la reine et S. A. le duc de
Cambridge, de même que beaucoup de familles aristocratiques, se sont
empressés de faire retenir leurs loges. Il compte ouvrir par il/or(a ,
chantée par Giulini et Mme Titjens. — Le théâtre Italien de Covent-
Garden ouvrira également ses portes le 10 avril ; le programme de M. Gye
sera publié dans quelques jours. Mme Miolan-Carvalho est attendue au
commencement d'avril ; son répertoire se composera de il Pelegri-
nagyio (Pardon de Ploërmel), qu'elle chantera avec Faure engagé à cet
effet ; il Barbiere, Fra Diavolo , la Ronnanbula et Marguerite des Hugue-
nots. — La souscription en faveur de Jullien est organisée sous la direc-
tion de l'habile éditeur M. Chapell. — Le théâtre Royal english opéra a
dû. faire sa clôture, malgré le récent succès de Lurline, qui attirait la
foule ; mais M. Gye ne pouvait se passer de la salle pour la réouver-
ture du Royal italian opéra, et les apprêts indispensables.
ii*-t Bruxelles. — Une des plus jolies opérettes d'Offenbach est le Violo-
neux; elle vient d'être jouée au théâtre du Parc avec grand succès pour
la pièce et pour les acteurs.
**„ Liège. — Le théâtre-Royal vient enfin, après une longue attente,
de nous donner le Pardon de Ploërmel ; plusieurs représentations succes-
sives ont à peine suffi pour faire entendre au public nombreux qui
assiégeait la salle la nouvelle partition de Meyerbeer. Nous nous
bornerons à constater que l'ouvrage a été trouvé digne de celui qui
l'a signé, et qu'il a obtenu sur notre scène, comme sur toutes les autres,
un immense succès. L'exécution en a été aussi satisfaisante que possible,
et les interprètes ont été à la hauteur de leur tâche. Mme Ceret a droit
aux plus grands éloges pour la façon remarquable dont elle a créé
Dinorah et chanté l'air de l'Ombre et la légende. M. Peruggi est un ex-
cellent Hoël, qui s'est fait légitimement applaudir; le rôle de Corentin
a été très-bien composé par M. Ceret, qui a dit avec beaucoup de natu-
rel les couplets de la Peur et le duo avec Hoël. Les rôles secondaires du
chasseur, du faucheur et des chevrières ont été convenablement tenus,
et il n'y a que des félicitations à adresser aux chœurs et à l'orchestre!
Enfin, notre direction n'a point reculé devant la dépense pour monter
l'ouvrage ; la mise en scène et les décors ne laissent rien à désirer.
»% Anvers. — Notre ténor léger, M. Scott, avait choisi pour son béné-
fice le Pardon de Ploërmel. La salle était littéralement comble, et le
bénéficiaire a reçu le plus chaleureux accueil. Le nouveau chef-d'œuvre
de Meyerbeer a été donné trois fois depuis lors avec la même affiuence,
et c'est le grand succès du jour.
t% Francfort. — Mlle Frassini (Eschborn) a débuté le 21 mars dans
le rôle de Dinorah, qui a été pour la célèbre cantatrice l'occasion d'un
vrai triomphe. Le 23 mars l'opéra de Meyerbeer a été donné pour la
deuxième fois.
t% Berlin. — On annonce pour la saison d'automne la première re-
présentation du Pardon ae Ploërmel ; le rôle de Dinorah serait chanté
par Mlle Georgine Schubert, la fille du maître de concert Schubert, de
Dresde. — Al'occasion de l'anniversaire delà naissance du prince régent,
le théâtre Royal de l'opéra a donné : Obérun, précédé de la marche de
fête (Fest-marsch), deSpontini.— Le prince et la cour ont assisté le 20 mars
à une représentation de deux vaudevilles français, joués dans la salle
des concerts de l'opéra, par des artistes appartenant à la haute aristo-
cratie. La solennité a été précédée de trois tableaux vivants : Sainte
Elisabeth, le Plongeur, ballade de Schiller; scène de brigands.
»*% Wurtzbourg. — Toute la ville assistait hier à la première repré-
sentation du nouveau chef-d'œuvre que Meyerbeer vient d'ajouter à
Robert 'et aux Huguenots, et toute la ville a applaudi avec enthousiasme
le Pardjn de Ploërmel. C'est au zèle de notre jeune chef d'orchestre,
M. Cari Riedle, que nous devons de connaître cette partition si riche
de mélodie et dont l'exécution lui fait le plus grand honneur. Le rôle de
Dinorah était tenu par Mme Stoltz (non Mme Rosine Stoltz), dont la
voix fraîche et l'excellente méthode ont provoqué, surtout après l'air de
VOmbre, des tonnerres d'applaudissements. M. Thelen, à la voix mor-
dante et expressive, quoique encore inexpérimentée, chantait le rôle
d'Hoel ; celui de Corentin était rempli par un jeune ténor de force,
dans lequel il y a l'étoffe de trois chanteurs et d'un bon comédien; il
faut féliciter notre théâtre de posséder ce phénix. Le Pardon est un grand
succès, et qui va jeter beaucoup d'éclat sur notre théâtre.
*** Wiesbade. — L'opéra de Meyerbeer, Dinorah, a été représenté
avec le plus grand succès et a déjà été donné deux fois.
*** Pesth. — La reprise de Benvenuto Cellini, opéra de Kerne, a eu du
succès. L'ouverture, qui est fort belle et plusieurs morceaux ont été sur-
tout très-vivement applaudis.
„*, Milan. — Deux fois de suite au théâtre de la Scala l'ouverture du
Pardon de Ploërmel , cette magnifique symphonie de Meyerbeer, a été
exécutée avec un succès analogue à celui qu'elle avait obtenu à la So-
ciété philharmonique. La direction se propose de la faire entendre encore
plusieurs soirées consécutives. — Les débuts du ténor Mongini, qui arrive
de Saint-Pétersbourg, où il a chanté cet hiver, ont eu lieu dans Otello,
Fernand, de la Favorite, et le Trovatore. En voulant se poser tout d'abord
en rival de Pancani et de Giuglini dans des rôles qui leur ont valu la faveur
du public, Mongini a montré peu de pénétration, car s'il avait laissé ,
lors de sa première apparition à Milan, le souvenir d'une voix belle,
étendue et vibrante , on n'avait pas oublié non plus son inexpérience
comme chanteur, son exagération dans l'émission du son et ses défauts
fréquents de mesure et d'intonation. Le séjour de cet artiste en Russie
ne lui a pas profité, il faut bien en convenir, et il nous est revenu tel
que nous le connaissions. Mongini ne sait pas ou ne veut pas utiliser les
dons qu'il tient de la nature; il manque de méthode, de style; il ignore
ce que c'est que l'intention artistique, l'accent, l'expression et les délica-
tesses du chant, et il leur substitue des effets immodérés et d'une exagé-
ration outrée qu'il prend pour du sentiment musical et dramatique.
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Pardon de Ploermel 7 50
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Chanson «la Rouet, Fantaisie 9
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Les Octaves» morceau de concert 9
E. Prudent;
Op. 54. Le Chant du ruisseau, caprice 9 »
Op. 55. E.es Bois, chasse 9 »
DU MÊME AUTEUR :
Op. 41. La Danse des Fées (2e édition) 9 »
Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9 »
J« BlllllftClltllfBl
Op. 51. Le Chant du Cjgnc, mélodie 5 »
Op. 52. L'Etoile du soir, troisième valse 6 »
Op. 53. llarche du Vainqueur 7 50
Une Fleur des Alpes 7 50
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BADABZEWSKA. Prière d'une vierge 5 »
BERNARD (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6 »
— Op. 55. La Charité, chœur de P.ossini, transcription ... 6 »
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DESS. Op. 54. Rêverie sur te Pardon de Ploermel 5 »
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KALKBRENNER (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50
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KRCCiER. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon de Ploermel. 7 50
LE CABPENTIER. Bagatelles sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 »
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LE CAKPENTIER. 188e bagatelle sur tes Dragons de Villars. 5 »
LOXOlJE'w'iLLE. Fantaisie dramatique sur Slradella, de Flotow. 7
MAtiNl'S. Op. 60. Grand caprice sur (es Huguenots 9
PEBSY. Op. 1. Premières impressions, valse brillante 0
— Op. 12. N°1. Souvenir, mélodie 4
— Op. 21. Souvenirs "du Prophète, caprice , . , 5
PONCE BE LEON. .Mélodie irlandaise de Maria, transcription h
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Ploermel, pour piano et violon 10
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fectionnement de son industrie ; et après avoir obtenu, aux diverses expositions d'Angleterre et de France, les plus hautes récompenses, il
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Cavatina e duetto, S. et B.: Idoni d'Elmireno 7 b'O
Coro : Urridi vezzoze ' U 50
Scena e cavatina, M. S., composée pour Mme Pasta : Ah: corne. . . 5 »
Scena e duetto, S. et M. S. : Ah: non ti son più 6 »
Coro dello sbarco : Vidi il legno che a cielo ridente 4 50
Cavatina con coro, C. : Popoli d'ell Egitto 7 50
Scena e cavatina, Bar.: Quesla dastre facciaro di merle 7 50
Scena e gran duetto, Bar. et M. S.: L'augustamia quesla smania . 9 »
ACTE II.
Romanza e terzetto, S.M.S.et C: G 'iovinetto, cavalier di bel giorno 9 »
Coro dl sacerdoti e cavalieri : Gran profela, ognor del cielo 4 »
Canone à cinque voci, S., M. S., C. Bar. B.: Sogni e ridenti 12 »
C'aiizonclta con variazioni, M. -S.: Gara mano deW amore 4 »
Scena e rondo, C: Ah: ch1 io l'adoro ancore ! 9 »
Scena e aria, S.: D'una madré dispera 7 B0
ACTE III.
Coro dl conginrati : Ncl silenzio fra l'orror 3 »
auartetto, S., M. S., C, Bar.: Cielo clémente 12 »
Scena ed lnno di morte, Bar.: Suona fanerca Vora di morte.. 4 50
Aria, Bar.: La nostre spade, oh ciel: Vacciar délia fede 7 50
Coro : Vdite or alla arcano l Con noi quai alto 3 »
Duetto finale, S., M. S.: Iiavvisa, Ravvisa quai aima 7 50
Chantés
en 1860 par :
Mme Penco, M. Angelini.
Mme Schiassetti
M. Donzelli
Mme Pasta et M. Donzelli.
Mmes Mombelli, Pasta, Schiassetti
Mmei Mombelli. Pasta, Schiassetti,
MM. Donzelli et Levasseur..
Mme Pasta
Mme Schiassetti
M. Mombelli
Mmes Pasta, Mombelli, Schias-
setti, M. Donzelli
M. Donzelli
M. Donzelli
Mmes Pasta et Mombelli.
Mme Borghi-Mamo.
Mmes Borghi-Mamo et Peuco.
M. Merly.
Mme Borghi-Mamo et M. Merly.
Mmes Penco, Borghi et Alboni.
Mmes Penco, Borghi, Alboni,
MM. Merly, Angelini.
Mmes Penco, Borghi, Alboni,
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lia Partition, arrangée pour le Piano seul, in-4° net « fr.
ARRANGEMENTS
BurgniuIIcr . Fantaisie sur le chœur des conjurés U 50
— La même, arrangée à quatre mains 6 »
Czemy. Op. 195. Rondiuo pour le piano 5 i>
Pixis. Impromptu pour le piano 6 »
Plejel. Mélange des thèmes 6 »
YVoliT. Morceau très-facile 4 50
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Départements, Belgique et Suisse. - 30 » id.
Étranger 34 « id.
Le Journal paraît le Dimanche.
^AAAAATl/V/'JW^—
SOMMAIRE. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Mouret (3e et
dernier article), par Arthur Pougin. — Méhtil, sa vie et ses œuvres, de
P. A. Vieillard, par Adrien de lia Fage. — Nécrologie : Moreau-Saititi.
— Affaire Adolphe Sax. — Nouvelles et annonces.
ADDITIONS MUSICALES.
Hlle Albertine Zadrobilek. — Mlle Ingeborg Starck. — «B. Kraf-
zoff. — Léon UeTnier. — II. Zarzycki. — Mlle Hélène de Katovr.
— A. Croisez. — Sixième séance de la Société Armingaud . —
Dernière soirée de H.Kieboac. — Emile Forgnes. — F. Dcl-
sarte.
Une jeune et belle pianiste, dont nous avons déjà parlé avec les
quelques réserves et tous les éloges que demande son talent, Mlle A. Za-
drobilek, a donné un second concert dans la salle Beethoven. Comme
la première fois, elle a exécuté avec autant de clarté que de grâce
et d'élégance divers morceaux de Beethoven, de Chopin et une ad-
mirable fugue de Mendelssohn. On le sait, il y a fugue et fugue ;
à côté de celles de l'école, il y a telle fugue vocale, de Cherubini par
exemple, qui offre mille combinaisons piquantes, belles et inattendues
que bien des auditeurs ne s'attendent guère à trouver là. Dans celle
de Mendelssohn que nous avons entendue, il y a de la science, du
chant et de la passion. Une ravissante mazurka et une délicieuse ro-
mance de Dreyschock, composée, disait le programme, pour son
élève Mlle Zadrobilek, et qu'elle a parfaitement jouée, sont deux com-
positions qui attestent que le grand pianiste est aussi un grand mu-
sicien.
— La Russie cultive les lettres et les arts avec succès : elle a des
musiciens, des chanteurs et des instrumentistes qui ne le cèdent à
aucun autre ni en voix, ni en habileté de doigts. On a applaudi di-
manche, dans les salons Pleyel-Wolff, l'exécution brillante et expres-
sive de Mlle Starck. La jeune et charmante pianiste dit la musique
de Chopin en véritable fille du Nord qui comprend toutes les poésies
et toutes les vagues aspirations. Elle a déployé beaucoup d'ampleur
et de force dans la difficile et vigoureuse paraphrase du Sonyc d'une
nuit d'été de Mendelssohn. Pour se conformer à une mode qui tend à
s'établir, Mlle Starck a joué aussi une fugue de Bach.
Ces œuvres savantes, que nous aimons et que nous admirons, sont-
elles bien à leur place dans un concert, et ne vaudrait-il pas mieux
les laisser aux organistes que de les faire entendre, comme l'autre
soir, entre une valse et une fantaisie sur la Muette''.
— Un autre artiste russe, un ténor de mérite, M. J. Krafzoff, s'est
fait entendre aussi avec succès lundi dans la salle Herz. Sa voix a
de la douceur et un certain éclat ; il phrase avec infiniment de goût
et possède l'accent dramatique. 11 a d'abord soupiré avec charme une
romance de Donizetti, puis il a chanté avec M. Marochetti le duo
d'Otello, où nous ne sommes pas très-sûr d'avoir entendu un ut dièse
bien merveilleux, mais où nous sommes cerlain d'avoir trouvé, ce qui
vaut mieux, de l'expression, de la vigueur et un talent de vocalisa-
tion que les ténors de là-bas possèdent, il paraît, plus généralement
que ceux d'ici. Le jeune violoniste Pogojeff a causé un vif plaisir en
jouant ta Veillée de Damcke. Cette délicieuse pastorale, con sordino,
se distingue, comme il convient à ces petites pages, par une grande
simplicité mélodique et par des richesses, des élégances d'accom-
pagnement si bien combinées qu'elles n'enlèvent rien à la naïveté
et au gracieux du chant. C'est du Florian, si l'on veut, mais avec
une grande vigueur et une grande variété d'harmonie.
— Léon Reynier, brillant virtuose qui ne prodigue pas son talent
dans les concerts, mais qu'on accueille toujours avec sympathie cha-
que fois qu'il se présente, donnait, il y a huit jours, dans là salle
Herz, un charmant concert. On y a applaudi Mlle Barelti et M. Bar-
bot. Après le menuet et l'andante varié du cinquième quatuor de
Beethoven, délicieusement et très-purement joué par Léon Reynier et
MM. E. Guyon, Waldteufel et Poincet, le grand intérêt de la soirée,
son plus grand charme a été le dernier concerto de Bériot. Dit avec
beaucoup d'ampleur et de fini, il a enchanté les auditeurs.
On sait combien étaient élégantes et distinguées les fantaisies de
M . de Bériot ; mais entre elles et ce concerto il y a la distance qui
sépare l'arrangeur, l'homme de goût du compositeur instruit et inspiré.
Comme Baillot, comme tous les grands artistes, de Bériot n'a cessé
de travailler, d'augmenter son talent. Toujours si applaudie pourtant,
son exécution s'est plus d'une fois modifiée, agrandie, épurée ; son
inspiration s'est constamment élevée, et, après avoir charmé l'Eu-
rope par des compositions qui devaient beaucoup à l'archet qui
les animait, il a écrit des œuvres sérieuses qui resteront des modèles
de grâce, de pureté et de mélodie. Dans ce concerto, Léon Reynier
s'est montré plein de souplesse et de variété ; il a chanté avec sensi-
bilité et exécuté les difficultés avec autant de correction que de finesse
et de brio. Mlle Léonie Reynier, dans le rôle modeste qu'elle s'était
choisi, a fait apprécier des charmantes qualités de bonne musicienne et
de pianiste.
126
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
La jolie et spirituelle partition de Duprato, Wsieu Landry, terminait
cette soirée.
— Zarzycki débutait la semaine dernière dans la salle Herz. Ce
pianiste polonais a beaucoup de talent ; il fait les octaves d'une façon
surprenante ; il a l'agilité, la netteté, le brillant et même la fougue.
Mais pour faire sensation dans le monde musical ou tout au moins
pour charmer les gens impartiaux qui ont du goût, il eût dû se faire
entendre dans d'autres compositions que les siennes. Le concerto du
jeune artiste est en vérité une conception étrange. Décidément l'a-
narchie est dans le royaume des sons; la bizarrerie sonore ambitionne
une dictature dont il faut se méfier. Quelques jeunes compositeurs
méprisent la mélodie avec une déplorable affectation, et dédaignent
superbement tout ce qu'on aime et tout ce qu'on respecte. De prime
abord, ils brisent les rhythmes, les périodes ; ils saccadent leurs phra-
ses; ils ravagent, tout, et si, par hasard, quelques mesures chantantes
s'annoncent bien et font espérer une belle pensée, vite ils volent à
autre chose essoufflés, mais voulant faire croire qu'il ne tiendrait qu'à
eux de continuer, comme l'eussent fait à leur place ces pauvres es-
prits logiques et vigoureux qui, s'il fallait en croire cette nouvelle
école, auraient décidément fait leur temps. Est-ce parti pris, est-ce
impuissance ? Quoi qu'il en soit, le public est évidemment du côté de
la critique : il accueille froidement ces ouvrages et sait parfaitement
distinguer où est le mérite de l'exécution et l'erreur ou le néant de
l'inspiration. Chopin aussi eut des harmonies hardies et parfois irré-
gulières; mais ceux qui voudront l'imiter devront avoir comme lui la
pensée poétique, forte et passionnée qui, au milieu de ses plus grands
écarts, ne l'abandonnait jamais.
— Sur tous les instruments les Milanollo sont rares : le violon n'en
compte plus et le violoncelle n'en compte pas encore. Cependant ,
nous avons entendu cette semaine, dans les salons Pleyel-Wolff, une
jeune violoncelliste de talent. Mlle de Katow, élève de Léon Jacquard,
joue avec beaucoup de grâce et de charme ; elle enlève même les
difficultés avec une certaine vigueur. M. Brandt, pianiste-compositeur,
a exécuté avec Mlle de Katow et Hammer un trio de sa composition,
et, seul, divers morceaux qui se distinguent par un style assez sévère.
Mme Cambardi a fait grand plaisir dans son air de Norma et dans la
Fioraja, de Bergson. Cette dernière composition, mélodieuse et bien
écrite pour faire briller la voix, est charmante.
— M. A Croisez joue du piano et de la harpe. Il en joue fort bien,
en excellent musicien et en virtuose. Mais c'est surtout comme com-
positeur qu'il est connu. Ses œuvres sont fort goûtées des jeunes pia-
nistes. Ni trop difficiles, ni trop recherchées dans leurs harmonies et
dans leurs ornements, elles sont remarquables par le goût, par l'ar-
rangement et quelquefois, dans les morceaux originaux, par l'invention
mélodique. Plusieurs jolies compositions de Croisez sont populaires, et
mieux écrites d'ailleurs que bien d'autres pages légères qui ont eu le
même honneur et qui n'auront pas la même durée. Il a fait entendre
à son concert un duo concertant sur le Noël, d'Adolphe Adam. Cette
simple et large mélodie, brillamment variée, a été fort bien rendue par
l'auteur et par une de ses plus gracieuses et de ses plus habiles élèves.
Prière pendant l'orage, scène très-dramatique et très -colorée, et mieux
encore une fantaisie, Halte de bohémiens, pleine de verve, de caprice,
de belle humeur, ont prouvé que si Croirez abandonnait à d'autres les
succès qu'on obtient en exécutant magistralement des œuvres très-
difficiles et très-compliquées, il pouvait rivaliser avec tous ceux qui
publient des morceaux bien faits, gracieux, élégamment coupés et
clignes d'être accueillis partout avec sympathie.
— Nos sociétés de musique de chambre occupent une grande place
dans les plaisirs de l'hiver. Jusqu'à Pâques, elles donnent toujours de
vives jouissances aux amateurs, dont le goût délicat a besoin de cette
grande et belle musique allemande pour se consoler de certaines inspi-
rations qu'on lui fait subir de temps en temps. Aussi, accourent-ils dans
les salons Pleyel-Wolff, soit aux séances d'Alard et Franchomme, soit
aux matinées de Maurin et Chevillard ou aux soirées d'Armingaud, et
savourent-ils comme des gourmets quelque bel adagio d'Haydn, de
Mozart et de Beethoven. Là, au moins, ils sont sûrs de ne pas être
trompés; et, si la veille, ils ont perdu leur soirée, si quelque instru-
mentiste a montré plus d'habileté matérielle que de charme et de style;
si quelque chanteur — ce qui est encore moins rare — a prouvé qu'on
pouvait posséder une jolie voix et n'avoir jamais rien appris, pas
même le solfège, ils n'en reviennent que plus fervents. La semaine
passée le quatuor Armingaud donnait sa sixième séance. Intéressante,
comme elles l'ont été toutes, cette dernière soirée offrait de plus que
les autres ce qu'offrent toutes les séparations où l'on oublie quelques
légers torts, quelques petits nuages, pour ne songer qu'aux sérieuses
qualités, auxquelles on se sent plus attaché qu'on ne l'avait cru. Aussi,
a-t-on applaudi avec plus de sympathie que jamais au talent de MM. Ar-
mingaud, Léon Jacquard, Lalo, Lapret et Ernest Lubeck, à leur re-
marquable ensemble et à l'unité d'intention qui les distingue.
— Les soirées de musique classique données par M. Lebouc ont
une physionomie particulière : elles offrent, avec une grande variété,
des ouvrages que l'on n'entend pas ailleurs et qui prouvent souvent
du goût et des recherches érudites. A sa dernière soirée un Hymne à
Calliope, attribué à Orphée, a été chanté par le jeune Bollaerd et re-
ligieusement écouté. Peut-être fallait-il avoir fait des travaux archéo-
logiques pour comprendre cette page — ce qu'on ne saurait demander
au public; — mais ce qu'il y de^certain, c'est que la romance de Joseph,
dite immédiatement après, en excellent musicien, par le même artiste,
a seule causé une véritable sensation de plaisir. Les Echos d'Haydn,
délicieusement exécutés par quatre violons et deux violoncelles, ont
enchanté l'auditoire. On a retrouvé dans ce double trio les mélodies
gracieuses, naïves, tendres et spirituelles du maître, ses harmonies
limpides, ingénieuses et toujours si tonales. Le quatuor en ré de Mo-
zart est rarement interprété par des exécutants plus intelligents, plus
sûrs de l'effet qu'ils veulent et doivent produire que ne le sont
MM. Hermann, Lebrun, Casimir Ney et Lebouc. Ce dernier s'y est
particulièrement distingué. 11 est l'un des artistes qui, musiciens pleins
de tact, savent tout sacrifier à l'effet général et fondre la personnalité
du soliste dans un ensemble où chacun se résigne à n'avoir que l'im-
portance donnée par l'auteur.
Une ovation a été faite à Herman après l'exécution des préludes,
Menuets et Gavotte de S. Bach. Comme à la première soirée, le bril-
lant violoniste a triomphé des passages ardus qu'ils renferment avec
une grande supériorité, et a mis en lumière les phrases mélodiques
avec un charme et un brio irrésistibles.
— Mardi, Emile Forgues avait convié à son audition, dans les sa-
lons Erard, bon nombre d'artistes et de connaisseurs. Tous ont fait
un chaleureux accueil au pianiste et au compositeur. C'est au Conser-
vatoire que nous avons connu Forgues. Déjà, à cette époque, il se
signalait par un remarquable mécanisme et par une façon d'enlever
les octaves dont se montrait fière la classe de Zimmerman. Depuis, il
a travaillé, voyagé et n'a cessé de progresser, ce qui n'arrive pas à
tous ceux qui travaillent et qui voyagent. Son talent, toujours vigou-
reux, net et brillant, est maintenant plus délicat et plus expressif.
Exécutées par lui, ses compositions, qui ne manquent ni de feu ni de
fraîcheur, sont charmantes et pleines de variété; mais elles sont très-
difficiles, et cela n'est pas toujours sans danger pour le compositeur.
Si le virtuose y trouve l'occasion de déployer toute son habileté, il
est à craindre souvent que le côté purement instrumental ne prédo-
mine, et ne voile parfois ce que le fond contient de grâce, de clarté
et d'originalité.
— On n'a pas moins de voix et plus de talent que n'en a F. Del-
sarte. Ce qu'il chante est, selon le point de vue auquel on se place,
en deçà ou au delà de la musique. Il ne dit pas, il ne rhythme pas
comme tout le monde : les mouvements lents conviennent surtout
à sa savante et admirable déclamation ; aussi trouve-t-il des andante
DE PARIS.
127
là où d'autres verraient des allegro. Mais tout cela est si pathétique,
si émouvant, si noble, si beau de geste et d'accent, tout esi scandé
avec tant d'art que nous nous sommes laissé emporter, comme le
public, par la mâle éloquence, la simplicité primitive, les mythologi-
ques terreurs que l'éminent professeur a retrouvées dans un air de
Fernand Cortes, dans la romance de Joseph et dans une scène à' /phi-
génie.
Il ne faut rien exagérer, pas même les réactions musicales les plus
salutaires, et nous croyons que les pianistes rétrogradisles ont tort de
vouloir faire entendre à toute force des pièces de clavecin. Certes, il
y en a de fort belles ; mais toutes ne le sont pas , et, comme dans les
ouvrages de tous les temps, il y en a de très-médiocres. Est-ce la
faute de l'exécution ou celle de la composition ? Nous ne savons. Tou-
jours est-il que des pages de Couperin et de Rameau ont été accueillies
avec une froideur dont l'irrévérence mérite d'êlre signalée.
Adolphe BOTTE.
(3' et dernier article) (1).
Nous allons, par une analyse aussi rapide que possible de quel-
ques-unes de ses principales compositions, faire connaître les quali-
tés et les défauts les plus saillants de cet artiste, qu'on avait, à bon
droit, surnommé de son temps le musicien des Grâces.
Nous commencerons par l'opéra d'Ariane, le deuxième ouvrage
qu'il fit représenter à l'Académie royale. On trouve dans cette pièce
plusieurs morceaux assez bien réussis. Au premier acte, après le
chœur :
Venez, heureux vaisseaux, souverains de ces mers...
vient un élégant rondeau qui sert à une entrée de matelots, et qui
est charmant de grâce, de naïveté et de légèreté depuis la première
note jusqu'à la dernière. Au deuxième acte, l'air de Péribée :
Lieux qui de notre honte éternisez l'histoire,
Et vous, mânes cruels, ombre avide de sang !
Il ne manquait à votre gloire
Qu'une victime de mon rang.
Ce morceau, quoiqu'il manque de développement, n'en est pas
moins remarquable; il est écrit avec largeur, et la mélopée un peu
lamentable qui le constitue exprime assez heureusement la douleur
qu'éprouve la princesse captive. Un peu plus loin, nous trouvons
une espèce de chant funèbre, sorte d'hymne de guerre chanté par
un soldat crétois en l'honneur de la mémoire du frère d'Ariane, sur
ces paroles :
Que le son des trompettes,
Que ce bruit si cher aux héros,
Frappe les échos.
Le chant de ce morceau est bien trouvé ; accompagné principale-
ment par les trompettes et les violons, il a une allure franche et dé-
cidée, un rhythme net et précis, qui lui donnent bien le caractère qu'il
doit avoir; l'instrumentation, nourrie et vigoureuse, — qualité rare
chez Mouret, — en est assez soignée ; enfin, conçu sur un bon plan et
développé dans une bonne mesure, ce morceau nous paraît réunir
complètement les qualités que comporte son caraclère. Mais c'est à
propos de l'air de Minos au troisième acte que la science moderne ne
manquerait pas de railler la naïveté de nos ancêtres. Mouret n'a rien
trouvé de plus tragique, pour justifier la terreur de ce prince au
moment où il va faire célébrer ses fiançailles avec la belle Péribée,
que de faire entendre un dessin un peu serré de violons à l'audition
duquel le roi de Crète s'écrie :
(1) Voir le n° 3.
Quels sifflements effroyables!
Quels tremblements, quels éclairs I
Je reconnais Vénus. Ses fureurs implacables
Soulèvent contre moi le ciel et les enfers.
Sur quoi les violons reprennent; alors Minos, terrifié complète-
ment, s'écrie de nouveau :
La Discorde a brisé ses fers ;
L'hymen s'enfuit, la terre s'ouvre ;
Le temple tombe, je frémis.
A mes yeux l'enfer se découvre.
Quel spectre menaçant! c'est l'ombre de mon fils.
On doit avouer que, malgré le peu de ressources que possédait à
cette époque l'orchestre de l'Opéra, Mouret eût pu sans peine obtenir
un résultat plus saisissant pour une scène aussi dramatique que celle
qu'il avait à peindre. On conçoit facilement que, cinquante -sept
ans plus tard, Gluck ait pu jeter la terreur dans l'esprit de ses spec-
tateurs, lorsque, dans son immortel Orphée, il faisait pressentir l'ap-
proche des enfers par l'audition d'un trombone.
Pirilhoûs est supérieur à Ariane sous beaucoup de rapports ; l'ou-
vrage est, du reste, beaucoup plus important. Nous citerons, au pre-
mier acte, le chœur :
Que nos chants remplissent les airs;
Dans le fond des forêts que nos sons se répandent,
qui, écrit à trois parties, est assez bien agencé. Il s'y trouve surtout
une phrase musicale sur laquelle revient pour la seconde fois la
phrase poétique :
Echos, répétez nos concerts,
qui, est écrite sur une marche faisant imitation à une mesure de dis-
tance entre les deux parties extrêmes, ei qui est d'une grâce naïve et
charmante; de plus, cette phrase est très-correcte, ce qui n'était pas
précisément commun chez Mouret. A la fin du même acte, le duo
entre Hermilis et Eurite, sur ces paroles caractéristiques :
Il faut que la rigueur accable
Des cœurs qu'on a trop ménagez.
Haine, dépit, fureur inexorable,
Servez l'amour ou le vengez,
est un morceau très-recommandable. A part la force et la puissance
dramatiques dont il manque un peu, ce duo est bien tracé et conçu
d'une façon heureuse ; de plus, il est entièrement écrit sur un dessin
obstiné de violons qui n'est pas sans élégance et dont l'accent tour-
menté exprime assez bien — à défaut de la vigueur qu'on serait en
droit d'exiger dans une scène aussi dramatique — les tourments in-
térieurs dont sont agités les deux personnages qui occupent le spec-
tateur. Somme toute, nous le répétons, ce duo est fort remarquable.
Nous mentionnerons encore tout particulièrement le petit morceau
symphonique qui sert d'introduction au second acte ; il est d'une
harmonie très-pure et assez neuve pour l'époque; l'auteur y a fait
très-heureusement et plus d'une fois emploi des doubles retards, et
de plus ce morceau est agréablement tourné et coupé d'une façon
assez élégante; on regrette seulement que plusieurs incorrections se
soient glissées sous la plume de l'auteur dans le travail instrumental,
et que la marche des parties entre elles laisse tant à désirer sous le
rapport de la pureté du dessin harmonique ; on remarque aussi une
soudure inutile et maladroitement faite qui relie ce petit air avec le
suivant, lequel pouvait parfaitement s'attaquer sans enchaînement et
sans modulation puisque l'un est en fa et l'autre en ut. Mais voici
venir le morceau le plus saillant de la pièce et certainement un des
meilleurs et des plus complets qui soient sortis de la plume fine et élé-
gante de Mouret; c'est le duo entre Hermilis et Pirithoûs qui ouvre le
second acte. La pensée qui a présidé à l'enfantement de ce duo est
véritablement supérieure et la vérité dramatique a cette fois été com-
plètement atteinte par l'auteur. La phrase écrite sur ces paroles :
128
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Ingrat, fais donc cesser l'amour que j'ai pour toi,
a de l'ampleur, de la puissance, et contient bien l'expression passion-
née qui convient à l'amour sans espoir d'Hermilis ; mais celle qui
suit, lorsqu'elle s'écrie :
Ah ! si la liberté t'est chère,
Dis-moi seulement que j'espère,
est véritablement et de tout point digne d'un drame lyrique. Nous
croyons que ces élans fougueux de la princesse, rendus aujourd'hui en
public avec l'aide de toute la puissance instrumentale dont nous pos-
sédons les ressources et le secret, serait encore susceptible de
produire un grand effet. L'évocation des démons faite dans ce
même acte par Hermilis n'est pas sans mérite; elle a de la har-
diesse et de la puissance, qualités qui n'étaient point les plus com-
munes chez Mouret. On trouve encore dans Pirithous quelques au-
tres morceaux convenablement traités.
Nous terminerons ici l'analyse des œuvres de Mouret; mais nous
devons dire que nul artiste mieux que lui n'a mérité le surnom
charmant qui lui fut accordé par ses contemporains. C'est en
effet dans la musique légère et gracieuse qu'il excellait, et il n'eut
véritablement point de rival en ce genre. On en peut facilement
acquérir la preuve en parcourant les six recueils de ses divertisse-
ments pour la Comédie italienne, lesquels, nous l'avons dit, sont dé-
diés au duc d'Orléans, régent du royaume. Dans la plupart de ces
petites pièces, courtes et légères, respirent un charme, une naïveté,
une gentillesse et une élégance qu'on chercherait en vain dans les
œuvres des artistes de son temps. Il était là dans le vrai centre de son
talent, et réussissait beaucoup moins dans la conception de ses opéras,
quoique souvent le succès ait justifié sa témérité. Il lui manquait pour
cela de grandes qualités. Les morceaux qu'il a faits pour le théâtre— à
part quelques exceptions, que nous avons signalées— manquent géné-
ralement de puissance, d'éclat, d'énergie, et surtout de cette couleur
dramatique, si indispensable dans la tragédie lyrique. Cependant, mal-
gré ces défauts capitaux, Mouret parvenait encore à gagner les faveurs
du public par la grâce et l'élégance qu'il répandait sur ses ouvrages,
dans lesquels, du reste, la critique a beaucoup à reprendre. Mouret
sait rarement faire un morceau, le couper, le charpenter, en un mot
l'établir sur un plan raisonnable et raisonné ; son plus grand défaut
dans ses opéras est de briser constamment son rhythme : il change de
mesure jusqu'à quinze ou vingt fois dans le courant de ses morceaux,
qui sont toujours très-courts, et ce, sans motif réel ou apparent, afin
sans doute de s'épargner des difficultés et de se donner moins de
peine pour prosodier. Ce défaut capital a pour moindre inconvénient
de donner à la musique un vague et une indécision qui à la longue
fatiguent l'oreille de l'auditeur le plus indulgent, puis aussi de tenir en
haleine continuelle les exécutants, qui, par ces variations incessantes
et inutiles, sont toujours exposés à des fautes involontaires. De plus,
on est en droit de reprocher à Mouret de n'avoir pas poussé assez
loin ses études, car l'on trouve parfois dans les morceaux sortis de sa
plume, non-seulement de graves incorrections, mais encore des né-
gligences impardonnables. On voit que tous les défauts que nous re-
prochons à ce compositeur ne laissent pas d'être graves, et cepen-
dant, nous le répétons, par le charme naturel, l'élégance naïve et
l'abandon plein de grâce dont ses ouvrages étaient remplis, il trouva
moyen, non-seulement de les atténuer, mais même en quelque sorte
de les faire complètement disparaître. Par ses qualités simples et na-
turelles, par sa facilité, par sa légèreté, Mouret peut être appelé le
Chaulieu de la musique, car son talent a plus d'un rapport avec celui
de l'abbé-poète.
Arthur POUGIN.
MEHUL, SA VIE ET SES ŒUVRES,
Par P. A. VIEILLARD.
Cet opuscule est un joli petit livre dû à un amateur passionné de
musique qui n'a pas cessé de l'être dans les divers emplois d'admi-
nistration qu'il a occupés et depuis qu'il est devenu bibliothécaire du
Sénat.
Il vient aujourd'hui le prouver encore par la publication de cet
opuscule, où il parle avec enthousiasme du célèbre musicien dont il
a été l'ami. 11 le suit dans la carrière qu'il a parcourue avec tant
de succès, s'arrêlant sur ses principaux ouvrages et rappelant des
faits aujourd'hui trop loin de nous pour n'être pas en partie oubliés.
Ce tableau de la vie d'un des plus illustres compositeurs français
est écrit avec beaucoup de soin, et les appréciations y sont en général
justes, quoique l'on s'aperçoive de temps en temps que Méhul est
pour M. Vieillard un compositeur de prédilection dont il loue égale-
ment et les ouvrages et le caractère, et quoique l'on puisse lui faire
non sans justice plus d'un reproche sous l'un et l'autre rapport.
Dans l'embarras de choisir quelque passage intéressant, je prends celui
où M. Vieillard nous peint la société dans laquelle il retrouva Méhul,
qu'il avait connu dix ans plus tôt, mais sans beaucoup le fréquenter.
•< C'était, dit le biographe, chez M. Kreutzer aîné, avec lequel Méhul
était lié par le talent moins encore que par l'amitié. La maison de
Kreutzer était un vrai sanctuaire de l'art. Divers titres à la vogue et
à la célébrité avaient procuré à Kreutzer une des plus grandes exis-
tences d'artiste dont il y ait eu des exemples en France ; par le ta-
lent, il était arrivé à la fortune, et la spirituelle intelligence d'une
femme du plus haut mérite avait fait de sa maison le centre de
réunion d'un petit nombre d'auteurs et d'artistes d'élite qu'il rassem-
blait toutes les semaines à sa table. La place de Méhul y était toujours
marquée la première; heureux de m'y voir admis, je dois dire que de
toutes les relations de cette nature dont j'ai joui dans une carrière
déjà prolongée au delà du terme commun, je n'en ai pas rencontré
qui m'ait procuré de plus douces jouissances ni laissé de meilleurs
souvenirs. Ce qui faisait surtout le charme de ces réunions, c'était la
franchise de ton, l'absence de toute prétention guindée, la bonhomie
enfin qui y régnait constamment. Le moyen de ne pas réussir...,
c'était d'y apporter l'intention de briller, des mots, de lancer des
traits... Il faut ajouter que dans cette maison où l'art et le talent
avaient élu domicile, si l'on parlait souvent de théâtre et de littérature,
ce sujet de conversation n'avait jamais rien d'exclusif et ne tournait
jamais à la dissertation, encore moins à la pédanterie. La po-
litesse n'eût pas permis de siffler celui qui eût voulu y introduire
l'esprit de coterie et les pratiques de Ta cabale ; mais, à la froideur
répulsive qui eût accueilli ses premiers essais, il eût bientôt reconnu
qu'il ne se trouvait pas là sur son terrain. J'y ai été témoin de plus
d'un mécompte de cette nature. »
C'est sans doute de relations de ce genre que M. Vieillard composera
en grande partie les Souvenirs qu'il nous annonce dans le premier
titre de son opuscule. Espérons qu'ils ne se feront pas longtemps
attendre.
Je pourrais relever quelques petites erreurs de M. Vieillard ; je
m'attacherai à une seule, précisément parce qu'elle n'est pas de lui
seulement, mais qu'il la partage avec beaucoup de monde. On a
peine à croire qu'elle se soit si bien établie dès le temps où il était
si facile de la rectifier. M. Vieillard parle du grand succès de la Lo-
doïska de ce même Kreutzer qui vient d'être nommé : c'est une
grave erreur. La pièce de Kreutzer n'en obtint aucun, et de même
que pour le Jeune Henri, on n'en a conservé que l'ouverture, plus
communément nommée Marche des Tartares, qui était encore popu-
laire il y a peu d'années. Cette pièce, dont les paroles étaient de
SUPPLEMENT.
SUPPLÉMENT.
DE PARIS.
129
Dejaure, roulait sur un épisode du roman de Faublas et fut donnée
en 1791 aux Italiens. Or, dans cette même année, on avait repré-
senté au théâtre Feydeau une autre Lodoïska, paroles de Fillette-
Loraux, dont le sujet se trouvait exactement le même, mais dont la
musique était de Cherubini, et qui obtint près de cent représentations.
« Elle est ravissante, disent les critiques du temps, qui alors n'ad-
miraient pas comme aujourd'hui tout ce que l'on voulait, elle est ra-
vissante, elle est sublime ; un style large, des masses admirables, un
orchestre profond, une verve étonnante, une originalité extraordinaire,
de grands traits, voilà ce qu'est la musique de Cherubini et ce qui
justifie l'enthousiasme du public, qui, lors des représentations, se levait
à chaque morceau pour applaudir son immortel auteur. »
Ce fut une des circonstances si rares en France où la musique
triomphe en dépit de paroles bien inférieures à celles que Dejaure
avait fournies à Kreutzer, qui vit cependant cette musique succomber,
et comme l'ouvrage se terminait par un incendie, un plaisant dit là-
dessus que dans cet opéra il n'y avait de senti que la fumée.
Puisque nous en sommes sur les bons mots, j'en veux rappeler un
prétendu que j'ai depuis longtemps sur le cœur et qui va nous rame-
ner àMéhul, puisqu'il le concerne. Dans Ulhal, sujet ossianique au-
quel le compositeur avait voulu donner un cachet particulier, il em-
ploya des altos au lieu de violons. Grétry, qui assistait à la répétition
générale, répondit à Méhul qui l'interrogeait sur ce qu'il pensait de
l'ouvrage : « Je pense que je donnerais volontiers six francs pour enten-
dre une chanterelle. » Avec tout le respect dû à la réputation et à
l'esprit de l'auteur de Zémire et Azor, car il en avait beaucoup, ce
soi-disant bon mot m'a toujours semblé une haute sottise. Grétry dit
dans ses Essais qu'il pourra bien lui arriver quelque jour de ne pas
faire parler un seul instrument à vent pendant tout le premier acte
d'une pièce et qu'il en résultera un effet excellent. S'il l'eût fait, ne
pouvait-on pas aussi offrir six francs pour entendre un hautbois ? Et
le mot n'en eût pas eu plus de valeur. Le compositeur est libre d'em-
ployer ou de rejeter les instruments selon les effets qu'il a l'intention
de produire. Si ce but est atteint, il n'y a pas plus lieu de se plaindre
de l'absence des uns que de la présence des autres.
Les lecteurs de l'opuscule de M. Vieillard pourront lui reprocher
de ne pas nous avoir donné assez de détails sur la vie intime de Méhul
dont il avait été l'ami particulier. On trouvera aussi qu'il est plutôt le
panégyriste que le biographe de son héros. Peut-être il pallie un
peu trop ses défauts, sur lesquels ses contemporains tombent d'accord,
en disant que Méhul était envieux, jaloux et défiant. M. Vieillard se
contente de dire que l'injustice ne le révoltait pas moins à l'égard des
autres que pour lui-même ; cela donne à sa physionomie d'artiste un
aspect moins fâcheux et justifie ce que l'on a dit de lui que, en le
prenant dans ses Bons moments, il savait faire un mot agréable d'un
simple bonjour. Mais qui aurait le courage de blâmer celui qui dit du
bien de son ami ? Nous avons si souvent des amis qui ne disent de
nous que du mal!... Et enfin, la haine est si souvent partiale... Ne
serait-il pas permis à l'amitié de l'être quelquefois ?
Adp.ien de LA FAGE.
En revenant, comme nous l'avions promis, sur le concert donné il y
a quinze jours par la Société des jeunes artistes du Conservatoire, nous
comptions avoir, en outre, à parler de celui que cette Société donnait
habituellement le soir du vendredi saint, mais une bande posée sur
l'affiche nous a prévenus que l'autorisation nécessaire, et qui avait
toujours été accordée depuis huit ans, n'avait pu être obtenue cette
fois et que le concert n'aurait pas lieu. Cela tient sans doute à des
considérations d'ordre supérieur qui ne sont pas de notre domaine,
car, en ce qui touche la Société, loin d'avoir mérité rien qui res-
semble à un acte de rigueur, elle s'est plus que jamais assuré des
droits à la protection bienveillante, à l'intérêt éclairé des vrais amis
de l'art musical. Tous ses programmes Ide la saison ont offert une
réunion d'éléments remarquables, et l'exécution a toujours répondu
à l'intelligence qui avait su les choisir. Placée en face d'une Société
dont la renommée est européenne, mais immobile par destination, par
principe (et ce n'est pas un reproche que nous lui adressons), la
jeune Société, tout en accueillant les œuvres modernes et les composi-
teurs vivants, n'est pas restée inférieure à l'autre sur le terrain clas-
sique ; elle s'est mise en état de soutenir avantageusement la lutte,
même dans l'interprétation des immortelles productions de Beethoven,
Nous n'en voulons pour preuve que la manière admirable dont elle a
rendu, il y a quinze jours, le fameux septuor joué par tous les ins-
truments à cordes. Changez le local ; transportez l'orchestre de
M. Pasdeloup de la rue de la Victoire dans la rue Bergère, et vous
aurez absolument le même effet.
Nous avons déjà dit avec quelle perfection le même orchestre avait
exécuté l'ouverture et les entr'actes de Struensée, que nous lui avons
l'obligation de connaître. Ce sont là des services qui comptent et
que l'on ne saurait oublier. La justice veut également que l'on re-
mercie M. Pasdeloup d'être venu seul en aide aux compositeurs na-
tionaux et étrangers dans leurs tentatives les plus difficiles et les plus
importantes, lorsqu'ils osent aborder le genre symphonique. Dans le
dernier concert, une symphonie nouvelle de M. Saint-Saens a encore
été entendue, et dans quelle autre enceinte aurait-elle pu arriver jus-
qu'au public ? M. Saint-Saëns est un de nos jeunes musiciens les plus
renommés. Quand la Société Sainte-Cécile existait, il s'y était déjà
produit comme symphoniste. Il était bien jeune alors ; aujourd'hui
qu'il a grandi en âge et en talent, nous lui trouvons un peu trop de
prédilection pour la science, laquelle atteint chez lui aux sommets
les plus élevés. Il excelle à combiner des alliances de sons, à enche-
vêtrer des dessins qui , pour n'être pas complètement impossibles ,
n'en sont pas moins étranges, pénibles parfois, et nous lui conseillons
de rechercher davantage ce charme de simplicité mélodique, dont le
père de la symphonie, Haydn, lui fournira tant de ravissants modèles.
Le chœur des génies d'Oberon, et celui des bacchantes de Philémon
et Baucis composaient la partie vocale de ce concert, dont le pro-
gramme démontrerait au besoin que la Société fondée par M. Pasde-
loup remplit largement sa tâche, et qu'une place lui doit être assi-
gnée à côté de la Société des concerts.
Le théâtre Lyrique a changé de directeur : M. Charles Réty
succède à M. Carvalho qui s'en éloigne en même temps que sa femme
cesse d'y chanter. C'est un événement grave et de nature à soulever
de nombreuses questions. Pour nous, à travers les doutes qui nous
assiègent, ce qui nous rassure, c'est que M. Charles Réty, qui rem-
plissait depuis quatre ans les fonctions de secrétaire général, connaît
à fond le théâtre et nous parait, plus que tout autre, en état de le
gouverner. Maintenant quel système suivra-t-il ? S'il n'espère pas faire
plus de recettes que n'en a fait H. Carvalho, cherchera-t-il à dimi-
nuer les dépenses î Réduira-t-il le chiffre des appointements d'artistes,
ou bien son économie portera-t-elle sur la mise en scène, les décors,
les costumes. Peut-être un peu sur tout cela. Enfin se rapprochera-
t-il des termes de son privilège, en exhumant moins d'auteurs morts
et en jouant plus d'auteurs jeunes ou du moins vivants ? Nous verrons
bien, et nous jugerons, sans oublier jamais les difficultés d'un théâtre,
auquel sa situation ne permet guère de compter sur une existence
moyenne, et qui jusqu'à présent n'a trouvé le secret d'attirer la foule
que par des coups hardis et dispendieux. Les Noces de Figaro, le
succès le plus productif pour M. Carvalho, n'avaient pas coûté cher
à monter, d'accord ; mais trois cantatrices comme Mmes Carvalho,
Caroline Duprez, Ugalde ne se donnent pas pour rien, et puis l'on n'a
130
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
pas toujours sous la main un auteur tel que Beaumarchais, un musi-
cien tel que Mozart ! Quoi qu'il en soit, et en attendant que nous re-
prenions cette thèse, qui nous entraînerait trop loin aujourd'hui, disons
que Mme Carvalho laisse un grand vide, mais qu'on la remplacera,
comme on en a remplacé tant d'autres. Par exemple, te plus tôt
sera le mieux.
NECROLOGIE.
MOÏSEAU-SAINM.
Encore un artiste frappé subitement par un de ces coups dont au-
cun présage n'avertit. Le vendredi 30 mars, on l'attendait au Con-
servatoire pour l'examen de sa classe d'opéra-comique, où il s'était
lui même bien promis de venir, lorsqu'on apprit qu'il était au plus
mal : le lendemain samedi, vers quatre heures, il avait cessé d'exis-
ter ! Plus heureux que sa femme, morte peu d'années avant lui, du
moins il avait échappé aux cruelles souffrances qui font désirer le der-
nier moment.
Moreau-Sainti, né à Paris vers la fin de l'autre siècle, n'avait que
soixante et un ans, et semblait destiné à une longue existence. Son
activité, son adresse à tous les exercices du corps, annonçaient une
constitution vigoureuse, sur laquelle le temps ne marquait pas sa
trace. Dès sa première jeunesse, il s'était voué à l'art théâtral. Lors
de la création du Gymnase-Dramatique, au mois de décembre 1820,
il faisait partie de la troupe du nouveau théâtre, et joua dans l'une
des pièces d'ouverture, mais il quitta bientôt Paris pour la province.
C'est à Lille qu'il épousa Mlle Sainti, dont il joignit le nom à celui
de Moreau qu'il tenait de son père. Après avoir brillé sur plusieurs
scènes , les deux époux revinrent dans la capitale. Tandis que
Mme Moreau-Sainti prenait sa place dans la comédie et le drame à
l'Odéon, puis au Théâtre-Français, le mari s'en faisait une à l'Opéra-
Comique, où il débuta le 5 mai 1829 dans Jean de Paris et Adolphe
et Clara. Pour la première fois, da:is les Deux Nuits, il joua un
rôle nouveau, confié d'abord à Ponchard. De 1833 à 1836, il retourna
en province, où il chanta même le répertoire du grand opéra. Rentré
à l'Opéra-Comique, il y resta jusqu'en 1847, époque à laquelle il re-
nonça tout à fait au théâtre pour se consacrer au professorat. Il avait
fondé avec M. Henri Potier l'Ecole lyrique de la rue Latour-d'Auvergne,
entreprise peu profitable et qui lui causa de graves embarras. 11 fut
nommé chef du pensionnat au Conservatoire, et ne quitta ces fonc-
tions qu'à la mort de sa femme. Il laisse deux enfants, un fils, Théo-
dore Sainti, qui s'est essayé, non sans succès, à l'Odéon et aux Va-
riétés, mais qui maintenant a pris une autre carrière, et une fille
dont les débuts sur notre première scène chantante n'ont pas manqué
d'un certain éclat.
Quoiqu'il n'ait jamais été l'égal d'Elleviou, Moreau-Sainti le rappelait
autant qu'il lui était possible : il avait recueilli ses traditions et travail-
lait à continuer son école. Comme chanteur, H avait toujours eu plus
de goût que de voix; comme acteur, il se distinguait par l'aisance, la
vivacité, l'aplomb; son élégance avait le défaut d'être un peu outrée;
mais, en somme, il savait occuper la scène et servir ses camarades
autant que les auteurs. Parmi les rôles qu'il a créés, il faut citer celui
du duc de Valberg de l'Ambassadrice et celui de Juliano du Domino
noir. Son talent de professeur lui attirait constamment une innom-
brable clientèle. Presque tous les jeunes gens qui voulaient devenir
artistes venaient lui demander des leçons, et les gens du monde ne
se montraient pas moins empressés.
Fort habile à l'escrime et à tout ce qui s'y rattache, Moreau-Sainti
possédait encore un talent qui aurait pu faire sa fortune, en le po-
sant comme rival des Bosco, des Robert Houdin et autres prestidi-
gitateurs célèbres. En 1848 il fut sur point de chercher une ressource
dans ce qui n'avait été pour lui qu'un amusement. Il possédait un
cabinet de physique très-riche en objets curieux, et mettait dans l'exé-
cution de ses tours autant de grâce aimable et facile que de prodi-
gieuse dextérité.
Ses obsèques ont eu lieu lundi, en l'église Notre-Dame-de-Lorette .
M. Théodore Sainti conduisait le deuil, que suivait une foule de cama-
rades, d'élèves et d'amis. J es élèves du Conservatoire ont pris
part au service funèbre sous la direction de M. Jules Cohen.
Ainsi que nous l'avons annoncé, nous donnons le jugement pro-
noncé en faveur de M. Adolphe Sax contre ses contrefacteurs.
Nous faisons précéder cette pièce de quelques fragments empruntés
au remarquable réquisitoire de M. Mahler, avocat impérial, en re-
grettant que le défaut d'espace nous empêche d'en faire autant pour
les éloquentes et habiles plaidoieries de Me Hébert, avocat de
M. Sax.
TRIBUNAL DE LA SEINE
{Sixième chambre correctionnelle.)
Présidence de M. Gislain de Bontin, M. Mahler faisant fonctions d'avocat
impérial.
AWOLPHE SAS.
contre les sieurs
Besson , Raoux , Halury père, Buffet jeune, Buffel-Crampon,
Tour nier et Goumas, Martin frères, Beaubœuf, Victor Jacob et
autres.
EXTRAIT DU RÉQUISITOIRE.
Le brevet d'invention qui a soulevé tout ce long débat, brevet de
quinze années pris par M. Sax, le 13 octobre 1845, pour un instrument
de musique appelé le saxotroraba, figure au premier rang parmi les
brevets qui, depuis soixante ans, ont été le plus discutés, le plus atta-
qués. C'est merveille qu'il reste encore debout. A peine publié, il de-
vient, delà part des confrères de M. Sax, l'objet d'un siège en règle;
depuis quinze ans, tous les moyens d'agression sont mis en œuvre : les
assaillants succèdent aux assaillants, l'échec des uns ne décourage pas
les autres, et aujourd'hui, vous le voyez, la lutte autour de ce brevet
est aussi ardente, aussi passionnée que le premier jour.
Il est permis d'assigner deux causes principales, deux causes géné-
rales à la persévérante énergie des adversaires de M. Sax. Avant tout, re-
connaissons que ce brevet a été pris dans des circonstances qui ont dû frois-
serleur amour-propre. C'était à l'époque où les compositeurs, les artistes,
les commissions chargées de réorganiser les musiques militaires, se plai-
gnaient de rencontrer chez les f.cieurs une absence complète d'initiative
et d'invention, et accueillaient avec une sympathie marquée M. Sax,
qui se présentait à eux les mains pleines d'améliorations et de perfec-
tionnements applicables aux instruments de cuivre. En second lieu, et
sans préjuger la validité du brevet, il est certain que l'excellence de
l'instrument, sa valeur marchande, attestée par la rapidité avec laquelle
il prenait place dans tous les orchestres militaires, était faite pour ten-
ter la contrefaçon, même au prix de procès longs et dispendieux, même
au risque de dommages-intérêts énormes.
Le brevet du 1 3 octobre 1 845, tant de fois lu et commenté durant ces
débats, est connu de vous dans ses moindres détails.
Il me sufiira de rappeler que, suivant les prétentions de M. Sax, il
s'applique à un instrument nouveau par ses formes et dispositions exté-
rieures, nouveau par le son qui s'en échappe et les proportions qui pré-
sident à sa construction
La nouveauté de la voix résulte de certaines propositions déterminées,
proportions soigneusement indiquées, dans le dessin joint au brevet,
par des cotes qui donnent le diamètre de l'instrument aux différents
points de son tube.
Ainsi, selon M. Sax, 9e trouve résolu un important problème musi-
cal, celui de l'aire un instrument qui puisse être porté commodément,
en laissant à l'artiste toute la liberté de ses mouvements, et dont le
timbre, tout à fait dissemblable du timbre des instruments précédem-
ment fabriqués, remplisse plus convenablement qu'on ne l'avait fait jus-
qu'alors, les parties intermédiaires de l'orchestre.
DE PARIS.
131
Nous mentionnerons ici, et pour n'y plus revenir, le troisième point
du brevet de 1845 : l'application des formes du saxotromba aux familles
de chacun des instruments représentés dans les dessins de ce brevet,
ainsi que l'application des proportions du saxotromba à toute la famille
de cet instrument nouveau. Ce point, qui, dans les précédents procès, a
soulevé des controverses si vives, a été laissé en dehors du débat actuel.
Au cours de la présente instance, commencée depuis cinq années, la
situation de la plupart des parties saisies s'est modifiée : les unes ont
transigé avec M. Sax ou obtenu de lui un désistement ; les autres n'ont
pas été citées ou ont déclaré s'en rapporter à la justice. Parmi celles qui
sont restées en cause, toutes, moins une, se sont défendues par des con-
sidérations tirées de leur bonne foi ou de leur situation particulière.
Seul, du moins en apparence, M. Besson a porté le débat sur le brevet
même, et, faisant table rase de tout le passé de l'affaire, a remis tout
en question. Nous disons, en apparence; car, en réalité, c'est pour tous
les autres facteurs aussi bien que pour lui que M. Besson a combattu.
Sans rechercher si, dans cette lutte, les facteurs dont nous parlons lui
prêtent d'autre concours que celui de leurs vœux, d'autre aide que celle
de leurs sympathies, sans rechercher s'ils sont ses témoins ou ses alliés,
il n'en est pas moins vrai qu'il y a entre eux et lui cause commune, in-
térêts solidaires, et que la solution de l'affaire, dans quelque sens qu'elle
intervienne, leur sera applicable avec toutes ses conséquences.
En apparence, donc, c'est M. Besson qui a soutenu tout le poids de la
lutte; il avait, du reste, toutes les qualités requises pour diriger une re-
prise d'hostilités contre M. Sax : une rare fécondité de ressources et
d'expédients, une activité que rien ne lasse, une ardeur poussée jusqu'à
la passion.
Pour nous, loin de nous en plaindre, nous nous féliciterons de l'ar-
deur de M. Besson qui, en forçant M. Sax et ses adversaires à dire leur
dernier mot, aura, en définitive, servi les intérêts de la justice et de la
vérité et préparé une décision qui ne pourrait être rendue en plus pleine
et plus parfaite connaissance de cause. Il nous est seulement permis de
regretter que, sur un point, sa fougue ait entraîné M. Besson plus loin
que ne l'exigeait le soin de sa défense. Qu'il ait cherché à faire ressortir
son honorabilité industrielle aux dépens de celle de M. Sax, c'était son
droit ; mais c'est le nôtre de nous étonner qu'il n'ait pas craint de violer
la vie privée de son adversaire. Par là, il s'exposait aux cruelles repré-
sailles qui lui ont été infligées et dont il conservera un cuisant sou-
venir.
Nous ne serions néanmoins disposé à en accueillir les résultats qu'avec
l'extrême réserve que doit inspirer la preuve testimoniale en matière
de brevets et de contrefaçon. Mais ce qui leur donne une signification
particulière, c'est qu'ils sont pleinement confirmés par l'enquête à la-
quelle se sont livrés, pour remplir leur mission, les trois jurys des Expo-
sitions de l'industrie qui ont eu lieu depuis quinze ans, exposition exclu-
sivement française en 1849, expositions universelles en 1851 et 1855.
Pour les fabricants, la conséquence de ces concours industriels, c'est,
vous le savez, une récompense honorifique d'un ordre souvent élevé qui
les signale à la confiance du public, à la reconnaissance du pays. Aussi,
chacun cherche-t-il, pour l'emporter sur ses rivaux, à y figurer avec le
plus d'avantages, à y présenter ses inventions les plus nouvelles, ses pro-
cédés les plus heureux. Il s'agit, ne l'oublions pas, d'un concours où la
première place est l'objet d'ardentes compétitions. Eh bien ! cette pre-
mière place, M. Sax l'a obtenue trois fois ; elle lui a été attribuée par des
juges dont vous connaîtrez les noms et qui sont si haut placés dans la
science ou dans l'art musical, que le moindre soupçon de partialité ou
d'influence subie ne saurait monter jusqu'à eux.
Et, au point de vue spécial où nous sommes placés, ce qui fait la
valeur de cette tripe victoire de M. Sax, c'est que les circonstances
dans lesquelles il l'a remportée nous garantissent qu'elle a dû lui être
vivement disputée par ses concurrents, qui, à la même époque, étaient
ses adversaires en justice
Eh hien! en 1849, le jury, où figuraient MM. Armand Séguier, prési-
dent, Pouillet, Mathieu, Erard et un fabricant d'instruments d'acoustique,
M. Marloye, rapporteur, décernait à M. Sax une médaille d'or, et moti-
vait sa décision de la manière suivante: M. Sax a oblenu au concours
un succès qui, seul, justifierait la grande réputation dont il jouit
En 1851, à Londres, le jury international, où siégeait un seul Français,
M. H. Berlioz, les autres membres étant anglais ou allemands, attribuait
à M. Sax l'unique médaille d'honneur pour récompenser l'excellence et
l'utilité de ses inventions sa création de la classe entière des saxo-
irombas qui a produit les résultats les plus satisfaisants et une révolution
complète dans la musique militaire (1).
La portée de cette déclaration, en ce qui concerne le saxotromba, ne
peut vous échapper; elle est faite au moment où les discussions sont les
plus vives au sujet de cet instrument, au moment où les adversaires de
M. Sax signalent la forme du saxotromba comme empruntée à l'Allema-
(1) Voij. Exhibition 1851, Reports by tlie juries, p. 332, London, 1853 : a His
création of the entire class of sax-lrumpets lias produeed the most satisfac-
tory rcsults, in the total révolution of military music. »
gne. Or, de qui émane cette déclaration ? d'un jury où figurent trois
Allemands : M. Thalberg pour l'Autriche, Mil. Neukomn et Schafhault
pour le Zollverein. Leur amour-propre national est intéressé à donner
raison aux assertions des adversaires de M. Sax ; ils n'en font rien, ils
classent M. Sax au-dessus de leurs concitoyens, les facteurs renommés
de Prague et de Berlin, et la création de la classe des saxotrombas est
en première ligne parmi les motifs de leur impartiale décision.
Dira t-on que la religion du jury de Londres a été surprise; que, loin
de leurs ateliers, les concurrents de M. Sax ont manqné des moyens de
faire valoir leurs droits ? Eh bien ! en 1855, une occasion se présente de
faire réviser la décision de 1851. C'est à Paris que l'exposition a lieu ;
cette fois, le jury est en majorité composé de membres français. L'in-
tervalle de 1851 ;\ 1855, les adversaires de M. Sax l'ont mis à profit
pour remuer l'Allemagne et l'Italie et y chercher des antériorités ; le
procès qu'ils soutenaient à la même époque et qui venait de se terminer
par l'arrêt de Rouen, témoigne de la persévérance et de l'àpreté de leurs
efforts; ils doivent être armés de toutes pièces; l'épreuve est décisive,
quel en sera ie résultat ?
Voyons quelle est la composition du jury. Elle est de nature à inspirer
confiance aux plus ombrageux. Les trois conservatoires de musique les
plus importants de l'Europe, après celui de Paris, y sont représentés
par leurs présidents : M. Hellmesberger pour Vienne, sir Clerk pour
Londres, M. Fétis pour Bruxelles. Ajoutons, pour la France, Mil. Berlioz
et Halévy, qu'il suffit de nommer, et deux honorables fabricants ,
MM. Coller et Marloye, et nous aurons une réunion d'hommes dont il
est difficile de nier la compétence et l'autorité.
Le rapport qui résume les travaux de la commission est une œuvre
savante due à M. Fétis, dont la vie a été consacrée à des recherches
érudites sur l'art mus cal. La part faite dans ce travail à il. Sax, en tant
qu'inventeur, est bien glorieuse pour lui; mais nous résisterons à la
tentation de citer autre chose que ce qui concerne l'objet du débat,
le saxotromba. La valeur absolue et la valeur relative de l'instrument,
le mérite de son timbre et de sa forme y sont définis dans des termes
qui semblent une réponse anticipée aux questions que le tribunal posera
à M. l'expert Surville
Puis M. Fétis indique le résultat de la comparaison du saxotromba
avec les instruments analogues exposés par les autres facteurs.
Aussi MM. Besson et Gautrot n'obtenaiont-ils que des médailles, l'une
de première, l'autre de deuxième classe, tandis que la grande médaille
d'honneur était décernée à M. Sax, pour l'ensemble de ses inventions et per-
fectionnements dans les diverses catégorits d'instruments à vent (1).*
On vous dirait que les concurrents de M. Sax se sont laissé vaincre
sans opposer une énergique résistance, vous qui les avez vus à l'œuvre,
vous ne le croiriez pas. M. Besson, entre autres, a été devant le jury
aussi violent, aussi passionné que durant l'enquête ou devant AI. l'expert
Surville. Sans entrer dans aucun détail, nous nous bornerons à signaler
en passant les factums contre M. Sax qu'il adressait aux jurés ; vous les
connaîtrez, car, si nous ne nous trompons, ils vous sont déférés par
M. Sax, pour ne s'être pas renfermés au sujet de ses inventions, et sur-
tout de sa personne, dans les limites de la critique permise.
Nous nous résumons sur tout ce qui est relatif aux enquêtes et contre-
enquête :
D'un côté, de prétendues antériorités, telles parleur provenance, telles
par les circonstances qui s'y rattachent, qu'elles doivent inspirer au
tribunal une extrême méfiance ; — d'un autre côté, une triple série de
témoignages dont la concordance est une réponse péremptoire aux an-
tériorités produites par M. Besson, ces antériorités ne vinssent-elles pas
d'une source aussi suspecte que la fabrique du sieur Kretzschmann, de
Strasbourg.
Les adversaires de M. Sax prévoyaient- ils que les résultats de l'enquête
demandée par eux leur serait à ce point défavorables ? On serait tenté
de le croire, quand on se rappelle leur insistance à réclamer en môme
temps une expertise. Craignant d'être battus sur le terrain de la forme
extérieure, ils voulaient sans doute se ménager le moyen de recommen-
cer la lutte sur le terrain du timbre et de la voix. Examinons s'ils ont
été plus heureux dans l'expertise que dans l'enquête.
La désignation d'un expert n'était pas chose facile. Choisir un musi-
cien, on ne pouvait guère y songer. Depuis quinze ans, quel est le
musicien qui n'ait eu l'occasion d'exprimer son opinion sur M. Sax ? Et,
il faut le dire, les compositeurs les plus éminents, ceux qui semblaient
s'offrir le plus naturellement au choix de la justice, étaient ceux qui
étaient le plus notoirement favorables à M. Sax. C'est pourquoi le tri-
bunal fut amené à investir de sa confiance un homme étrangerjpar sa
situation à toutes les querelles qui, au sujet de M. Sax, ont ému le monde
musical, M. l'ingénieur Surville. Mais M. Surville, mathématicien de mé-
rite» familier avec tous les problèmes de l'acoustique, pouvait ne pas
être en état d'essayer lui-même les instruments qu'il était appelé à
juger : aussi, fut-il autorisé à se faire assister par tel artiste qu'il
voudrait
(1) Voy. Exposition universelle de 1855, Rapports du jury international, p. 1335
et 1335, imp. impériale, 1856.
132
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Le surplus des prévenus restés en cause se divise naturellement en
deux séries : les uns se trouvent pour la première fois sous le coup des
poursuites de M. Sax ; les autres sont pour lui des adversaires d'ancienne
date, engagés dans les procès antérieurs, notamment clans celui qui a été
terminé par l'arrêt de la Cour de P.ouen de 1854.
Ces derniers sont au nombre de trois, MM. Raoux, Halary père et
Buffet jeune, tous trois ayant été membres de la réunion des facteurs
qui a succombé à Rouen, le premier, président , le second, trésorier de
cette réunion.
En l'état, peu importe, du reste, la solution doctrinale ; si ce n'est
pas l'application de la chose jugée, ce sera par une décision motivée à
nouveau, que MM. Raoux, Halary père et Buffet jeune seront déclarés
contrefacteurs et condamnés comme tels.
Comment se défend M. Raoux? Il confesse que, jusqu'à l'arrêt de
Rouen, il a fabriqué, en pensant user de son droit, des instruments qu'il
ne croyait pas être la contrefaçon du saxotromba ; mais il proclame
qu'il s'est incliné devant la décision de la justice; que, depuis 185Zi
jusqu'à l'époque où il a quitté les affaires, en janvier 1857, il n'a fa-
briqué aucun instrument qui puisse être argué de contrefaçon, et il en
donne pour garants sa probité héréditaire et l'honorabilité deux fois
séculaire de sa maison de commerce. Eh bien ! nous le regrettons pour
cette vieille maison de la rue Serpente, où, de père en fils, les Raoux
ont été facteurs de nos anciens rois de France ; mais M. Raoux y a in-
troduit des habitudes de contrefaçon qui n'en sont sorties qu'avec
M. Raoux, quand il a cédé sa fabrique à M. Labbaye. Contrefacteur avant
1834 et de son propre aveu, contrefacteur d'autant plus dangereux pour
M. Sax, qu'aux yeux du public et de la justice, sa bonne réputation
semblait mieux établie ; contrefacteur sur une grande échelle, ainsi qu'il
résulte de ses prospectus depuis plus de dix ans, M. Raoux a continué
d'être contrefacteur après 185û, jusqu'au jour même où il s'est retiré
des affaires
M. Halary père, frappé de saisie le 29 décembre 1834, n'a pas repré-
senté, au récolement opéré le 13 décembre 1857, les instruments et les
livres dont il avait été constitué le gardien judiciaire ; il a avoué avoir
fondu les uns et perdu les autres. Ce qu'il y a de grave dans cette con-
duite pour l'appréciation des faits imputés à M. Halary et les consé-
quences à en tirer, nous n'avons pas besoin de l'indiquer.
La même observation s'applique à M. Buffet jeune.
Dans la deuxième série des prévenus de contrefaçon qui vous sont dé-
férés par M. Sax, nous rencontrons d'abord M. Besson.
Contrefacteur ? M. Besson l'est au premier chef; il l'est de son propre
aveu, du moment que sont repoussées les antériorités qu'il a produites,
les exceptions qu'il a tirées de la non-brevetabilité du système et de la
non-nouveauté de l'invention. Contrefacteur depuis de longues années ?
Il l'est depuis aussi longtemps q»e les facteurs condamnés à Rouen,
MM. Raoux, Halary et autres ; il faisait partie occulte de la réunion dont
ces derniers étaient les meneurs avoués ; sa signature est au pied de l'acte
de coalition primitive, et dans toutes les instances civiles ou correction-
nelles, on le voit engagé de son argent, de ses instruments, de ses docu-
ments, de ses témoins, de son activité passionnée.
Contrefacteur sur une vaste échelle? Nous en avons la preuve maté-
rielle dans les cinq procès-verbaux de saisie en date des 29 décembre
185i, 5 mars, 11 et 24 décembre 1857, 22 avril 1838, lesquels ont cons-
taté la présence dans les magasins et ateliers de M. Besson, non-seule-
ment d'un grand nombre d'instruments ou de partie d'instruments con-
trefaits, mais encore d'un outillage considérable propre à la fabrication
de ces instruments ; nous en avons encore la preuve matérielle dans les
livres de M. Besson, où sont mentionnées des inscriptions réitérées de
fournitures d'instruments du système de M. Sax, faites à presque tous
les régiments de l'armée. Contrefacteur ayant réalisé, au préjudice de
M. Sax, des bénéfices importants? Nous en avons la preuve morale dans
l'énergie même de la résistance opposée par il. Besson aux poursuites
de M. Sax. M. Besson n'est ni un artiste, ni un inventeur: c'est un fabri-
cant, c'est un marchand. Donc, quel autre mobile qu'un puissant intérêt
matériel exciterait, entretiendrait en lui cette ardeur fébrile qui ne sait
même pas se contenir en présence de la justice?
Contrefacteur plein de jactance, hardi jusqu'à détourner les objets
saisis, confiés à lui en qualité de gardien judiciaire, jusqu'à braver les
plaintes en diffamation? Vous parcourrez les publications, factums, cir-
culaires, rédigés par M. Besson pour sa plus grande gloire et pour la plus
grande ruine du crédit et de la réputation de M. Sax ; vous le verrez, ce
membre de toutes les académies et sociétés savantes de la France et de l'étran-
ger, que ses antécédents judiciaires devraient rendre plus réservé, vous
le verrez, gravant en tête de ses factures, offrant au public dans ses prix
courants, tous les instruments de M. Sax, tantôt sous leurs véritables
noms, tantôt sous les noms dont les avait baptisés la décision de 1848 ;
vous étudierez tout le détail des pratiques et manœuvres de M. Besson à
l'égard de M. Sax, et nous prononcerez, non pas seulement au nom de la
loi, mais au nom de la morale
Ici, M. l'avocat impérial conclut également à la condamnation de
MM. Tournieret Goumas, Oscar, Beaubceuf, etc.
Mais cette condamnation doit atteindre M. Victor Jacob, dont la maison
de commission était le débouché habituel des contrefacteurs
Qu'à raison des faits que nous venons de passer en revue, à raison du
préjudice matériel, du préjudice moral qui en est résulté, une large ré-
paration soit due à M. Sax, vous l'admettrez sans doute.
Nous espérons même que vous admettrez que cette réparation doive
être exceptionnelle, comme la situation que la contrefaçon a faite à
M. Sax. Oui, situation exceptionnelle, nous le disons avec une auto-
rité de l'ordre le plus élevé; nous le disons avec le législateur qui s'est
ému de cette situation, et s'est occupé des moyens d'empêcher, par une
espèce de purge légale du brevet, qu'elle pût désormais être faite aux
inventeurs. Le projet de loi sur les brevets d'invention, qui, cette
année même, sera soumis au Corps législatif, est précédé d'un exposé de
motifs dont quelques lignes sont appliquées à M. Sax nommément, par
l'honorable rapporteur, M. le comte Dubois, conseiller d'Etat :
L'usage de la faculté accordée à tous de contester la nouveauté et la réalité
de l'invention a donné lieu à de graves abus et amené plus d'une fois des
conséquences désastreuses pour le breveté. Les contrefacteurs ne manquent pas
d'invoquer ce moyen contre ses poursuites; et l'on a vu tel inventeur épuiser
ses ressources, et passer de longues années dans une lutte sans cesse renouvelée
par dus contrefacteurs, agissant tantôt sous leur nom et tantôt sous des noms
supposés (1).
Dans ces graves abus, dans ces conséquences désastreuses, énergiquement
signalés par le législateur, se trouve le principe de la réparation maté-
rielle qui nous semble due à M. Sax. Quelle doit être l'importance, quelle
doit être la forme de cette réparation ? Cette forme ne doit-elle pas
être différente suivant la situation des prévenus? N'est-il pas à craindre,
par exemple, que des dommages-intérêts par état, prononcés contre
les contrefacteurs retirés des affaires et dont les livres ont disparu en
partie, comme MM. Halary père et Raoux, ne donnent à M. Sax qu'une
satisfaction incomplète? Sur tous ces points, nous ne pouvons que nous
en rapporter au tribunal ; mais ce qu'il nous appartient de dire, c'est
que l'importance de la réparation est déterminée par la nature même
et les circonstances de la contrefaçon dont M. Sax a été victime : con-
trefaçon acharnée, dont la durée aura été égale à celle du brevet même,
ne s'arrêtant pas devant les décisions souveraines de la justice, trou-
vant, durant quinze ans, dans d'interminables procédures le moyen de
se perpétuer impunément et de se ménager des délais propices à ses
pratiques déloyales ; contrefaçon multiple, ingénieuse à se déguiser et
à varier ses formes à l'infini ; contrefaçon organisée par l'esprit mer-
cantile ou la concurrence routinière et envieuse pour épuiser les res-
sources pécuniaires, les forces physiques de M. Sax, pour remplir son
esprit d'angoisses, pour l'amener à la faillite, pour le réduire, s'il était
possible, à une ruine complète.
A cette réparation matérielle s'ajoutera une réparation morale qui,
venant de votre justice, aura pour M. Sax un prix inestimable.
On vous a dit que M . Sax n'est qu'un industriel habile, habile à s'ap-
proprier les inventions d'autrui, à faire accepter comme des créations
merveilleuses les procédés les plus simples et les plus connus, habile
surtout à faire des dupes ou à se créer des complices. Votre décision
répondra que M. Sax est un véritable inventeur; que, grâce à lui, la
France, son pays d'adoption, a figuré au premier rang, pour la facture
des instruments de musique, dans les grandes luttes industrielles de
1851 et de 1855; votre décision répondra que c'est très-gratuitement
faire monter bien haut d'injurieux soupçons que d'insinuer que M. Sax
a pu rencontrer des dupes ou des complices dans les compositeurs illus-
tres et les artistes éminents qui Pont patronné, dans les gouvernements
divers qui lui ont accordé leur confiance, dans les jurys qui lui ont dé-
cerné les plus hautes récompenses, enfin, dans la justice qui, à plusieurs
reprises, a solennellement, souverainement reconnu les droits d'inven-
teur de M. Sax.
Jugement rendu à la suite des audiences des 30 juillet et 13 août 1S58,
6 août, 15, 22 et 29 décembre 1859, 5, 12, 19, 26 janvier, 2, 9, 16 et
23 février 1800.
22 mars 1S0O. — 6e Chambre.
Lb Tribunal donne défaut contre Rœhn et Beaubceuf.
En ce qui touche Drouelle, disjoint et remet à quatre semaines.
Attendu que Sax a pris un brevet le 13 octobre 1845, ayant pour ob-
jet :
1° Un nouvel instrument de musique, appelé saxotromba;
2° La famille de cet instrument ;
(1) Yoy. Exposé des motifs du projet |de loi sur les brevets d'invention, 1859,
pages 17 et 18.
DE PARIS.
133
3° La forme nouvelle qu'il lui a donnée ;
4° L'application de cette forme aux saxhorns, trompettes, cornets et
trombones;
Attendu qu'en vertu de ce brevet, Sax a fait pratiquer diverses saisies
sur Gautrot, Besson, Roux, Halary père, Halary fils, Buffet jeune, Buffet-
Crampon, Tournier, Goumas, Beaubœuf, Jacob, Isbert, Martin frères,
Rœhn et Battut, qu'il poursuit comme contrefacteurs;
En ce qui concerne Gautrot et Halary fils, attendu qu'il y a désiste-
ment ;
Donne acte de ce désistement.
En ce qui concerne Buffet-Crampon : attendu qu'il est établi qu'il a
cédé son fonds dès 1 850 à Louis Buffet, qui l'a cédé à Tournier, lequel
s'est associé Goumas ; que cette maison a pris la signature Buffet-Crain-
pon, comme il est souvent d'usage dans le commerce, et qu'il n'y a rien
à inférer contre Buffet -Crampon de ce que ce nom se trouve sur diverses
pièces des instruments établissant la contrefaçon à une époque postérieure
à la cessation.de commerce;
Attendu que le procès-verbal constatant la saisie d'un saxotromba por-
tant l'estampille de Buffet-Crampon ; n'en constate pas la date qu'ainsi
il n'y a pas lieu de la lui attribuer, que si cet instrument était de la fa-
brication de Buffet-Crampon, elle serait antérieur à 1850, et que le délit
serait couvert par la prescription.
En ce qui concerne Jean-Baptiste Martin et Fé!ix Martin : attendu que
s'il est établi par la saisie du 30 avril 4 855, que les frères Martin ont
fabriqué un baryton à trois cylindres parallèles au corps de l'instrument,
il n'est pas établi que cet instrument ne soit pas celui qu'ils déclarent
avoir vendu, en 1 852, à un un sieur Lefèvre ; qu'ainsi il y aurait pres-
cription de ce délit ;
Que s'il résulte du relevé de leurs livres qu'ils ont eu chez eux des
saxhorns et autres instruments du nouveau modèle inventé par Sax, ils
déclarent que ces instruments proviennent d'un sieur Labbaye faisant
partie de l'association des facteurs de Montmartre ayant une licence de
Sax; que cette déclaration est confirmée par l'attestation de Labbaye et
par la mention même qui se trouve sur leur registre;
Renvoie sans dépens lesdits Isbert, Rœhn, Battut, Buffet-Crampon, Jean
Baptiste Martin et Félix Martin, et ordonne la main-levée des saisies
pratiquées sur eux ; — et statuant sur la demande reconventionnelle de
Battut et de Buffet-Crampon ;
Attendu qu'il n'est pas établi qu'ils aient éprouvé un préjudice, et
que, d'ailleurs Sax avait de justes motifs d'introduire sa demande,
Les déclare mal fondés en leurs demandes et les en déboute.
En ce qui concerne les autres prévenus :
Attendu qu'ils soutiennent que le brevet du 13 octobre 1845 est nul
par défaut de description ; que le saxotromba n'est point un instrument
nouveau et que la forme n'en est pas nouvelle; que Sax avait divulgué
son invention avant d'avoir obtenu son brevet; et que, dans tous les cas,
ils n'ont contrefait ni le timbre ni la forme du saxotromba;
A l'égard de Raoux, Halary père et Buffet jeune:
Attendu qu'ils ont été parties dans une instance civile, ayant pour
objet la nullité et la déchéance du brevet du 13 octobre 1845, pour dé-
faut de description et non -nouveauté de l'invention ;
Que cette question a été définitivement jugée entre eux et Sax par
arrêt de la Cour de Rouen, du 28 juin 1854 ;
Que s'il est vrai que les jugements rendus en pareille matière par les
tribunaux correctionnels n'ont d'effet qu'à raison du délit à l'occasion
duquel ils ont été rendus, il n'en est pas de même lorsque les moyens
de nullité et de déchéance ont été rejetés dans une demande principale
par les tribunaux civils ;
Qu'en effet, dans le premier cas il s'agit de tribunaux correctionnels,
saisis d'un fait correctionnel, qui n'ont à examiner la question de droit
civil qu'au point de vue du fait incriminé ; qu'on conçoit, en consé-
quence, que leurs décisions ne s'étendent pas au delà de ce fait, et que
le droit exceptionnel de décider soit borné au cas particulier qui l'a fait
naître ;
Que, dans le second cas, au contraire, les décisions des tribunaux ci-
vils sont prises dans la plénitude de leur juridiction ; qu'elles sont rendues
d'une manière générale et absolue, selon les règles ordinaires du droit,
et doivent être, par conséquent, applicables à tous les cas où la même
question se présente entre les mêmes parties ; qu'ainsi il y a sous ce
rapport chose jugée entre Sax, Ravoux, Halary père et Buffet.
A l'égard des autres prévenus :
En ce qui touche la nullité du brevet pour défaut de description,
Quant à la voix du saxotromba:
Attendu que, dans le mémoire joint à l'appui de sa demande, Sax a
déclaré qu'il prenait un brevet pour un instrument de musique nou-
veau ;
Qu'il a joint à ce mémoire des dessins avec des numéros ; que le nu-
méros 1 et 3 des figures représentées dans les dessins ont des efftes de
proportion ;
Que la légende qui se trouve à la suite du mémoire indique que les
figures représentées sous les numéros 1 et 3 sont des saxotrombas, l'un
en mi bémol, l'autre en si bémol !
Que les proportions des différents tubes des instruments en cuivre
constituent leur voix, et qu'en donnant les proportions de l'un de ces
instruments, les proportions de tous les membres de cette même famille
d'instruments sont par cela même indiquées;
Que le mémoire et les dessins se complètent l'un par l'autre ; qu'en
les déposant simultanément, Sax a satisfait d'une manière suffisante à l'o-
bligation de description qui lui était imposée ;
Qu'en vain on prétend trouver une insuffisance de description en ce
que la longueur des tubes n'est pas indiquée et que les chiffres des cotes
ne sont pas posés aussi exactement qu'ils auraient pu l'être, soit sur
l'original déposé au ministère, soit sur les copies délivrées qui sont légè-
rement difformées ;
Attendu que ces erreurs ou différences ne sont pas de nature à faire
annuler le brevet ; que Sax a fait une description loyale et conscien-
cieuse du nouvel instrument qu'il voulait faire breveter et que tout
homme, suffisamment habile dans la fabrication des instruments en
cuivre, était mis par cette description en mesure de pouvoir le fabri-
quer.
Quant à la forme :
Attendu que Sax a déclaré dans son mémoire qu'il voulait faire breveter
la forme et les dispositions nouvelles qu'il donnait au saxotromba ;
Qu'il a décrit tous les avantages de la forme nouvelle qu'il avait adop-
tée ; qu'il a dit que cet instrument se portait à gauche, légèrement
appuyé sur la hanche et retenu par le bras gauche; qu'il avait le pavillon
en l'air; et que l'on trouve dans les figures 1 et 3 de ses dessins la
forme de cet instrument dont les pavillons sont parallèles ;
Que dans son mémoire, Sax indique, en outre, qu'il a appliqué la
forme du saxotromba aux saxhorns, trompettes, cors et trombones, et
que sous les numéros 5, 5 bis, G, 7, 8,9, 10,11, 12, 14,16 et 17, il donne
les figures de ces instruments ramenés au système du saxotromba ;
qu'enfin, il ajoute qu'il entend faire breveter cette forme non-seulement
pour les instruments qu'il a représentés dans ses dessins, mais aussi pour
tous les membres de ces mêmes familles d'instruments ;
Qu'à cet égard donc Sax a satisfait complètement aux conditions qui
lui étaient imposées par la loi .
En ce qui touche la non-nouveauté de l'instrument,
Quant à la voix :
Attendu qu'il est constant qu'avant l'obtention du brevet de Sax, en
1845, il existait une lacune dans l'échelle musicale des instruments en
cuivre ; qu'il manquait un ton intermédiaire entre le trombone et l'ophi-
cléide ;
Que cette lacune a été constatée par les hommes éminents qui se
sont occupés à cette époque de la réorganisation des musiques militaires
en France, et par les efforts faits par les musiciens pour rendre les ins-
truments connus propres à jouer les parties intermédiaires des compo-
sitions musicales, ou à produire des instruments nouveaux qui, tels que
le clavicor ou le néocor, n'ont jamais été généralement adoptés et aux-
quels a succédé l'ophicléide-alto ;
Attendu que le saxotromba a réalisé le but qu'on se proposait alors
et qu'il se place dans l'échelle musicale entre le trombone et l'ophi-
cléide ;
Que les qualités propres de cet instrument ont été constatées par les
membres de la commission chargée de la réorganisation des musiques
militaires; par les membres des jurys des diverses expositions qui ont
eu lieu en France et à l'étranger, lesquels ont décerné à Sax les ré-
compenses les plus élevées; par le succès qu'il a obtenu de l'adoption
presque générale qui en a été faite ;
Que les qualités ne constituent pas seulement un perfectionnement
des instruments existants ; que les experts qui ont eu à se prononcer à
cet égard en 1 847 ont déclaré qu'elles constituaient une voix nouvelle ;
Que l'expert Surville, commis par le tribunal, constate dans son rap-
port que le timbre du saxotromba n'a rien de commun avec ceux du
cornet, de la trompette, du cor et du trombone, qui ont des voix
particulières résultant de leurs proportions spéciales; et que de même
ce timbre est parfaitement distinct de ceux des saxhorns et des bugles ;
Que le timbre du saxotromba en mi bémol se rapproche du trom-
bone, et que le timbre du saxotromba en si bémol se rapproche de ce-
lui des saxhorns; mais qu'il ne pouvait en être autrement, dit l'expert,
puisque les saxotrombas doivent occuper une place intermédiaire entre
ces deux instruments;
Que le saxotromba a un timbre différent du trombone alto, du cla-
vicor, du néocor, de l'ophicléide, du saxhorn et de l'alto, dont il se
distingue par la sonorité, l'égalité et la rondeur de son timbre, ce qui
lui constitue une voix nouvelle;
Que la voix du saxotromba ne lui est commune qu'avec les instru-
ments désignés aujourd'hui sous les noms d'altos et de barytons, que
134
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'on emploie concurremment avec les saxotrombas, pour les parties in-
termédiaires des orchestres militaires;
Mais attendu que la création des altos et barytons est postérieure au
brevet obtenu par Sax en 1845, et qu'ils sont la contrefaçon du saxo-
tromba, dont ils ont, sinon les dimensions, du moins les proportions
constitutives de la voix.
Quant à la forme :
Attendu qu'il est constant qu'antérieurement au brevet de Sax, il y
avait une très-grande variété dans la forme des instruments en cuivre ;
qu'ils se portaient en avant, les uns à droite, les autres à bout de bras;
qu'ils se tenaient des deux mains et avaient leurs pistons transversaux;
qu'ils étaient d'une exécution difficile et quelquefois même dangereux;
Que Sax a donné au saxotromba une forme, des dispositions particu-
lières qui permettent de le porter à gauche ; qu'il pose légèrement sur
la hanche, qu'il est retenu par le bras et laisse la main droite libre,
que le pavillon de cet instrument est en l'air, et que les pistons sont
parallèles au corps de l'instrument;
Que Sax a rendu ainsi l'exécution de cet instrument plus facile et a
obvié aux inconvénients qui résultaient des anciennes formes;
Qu'en réalisant cette forme et en l'appliquant aux saxhorns, trom-
pettes, cors et trombones et aux diverses familles de ces instruments,
Sax a obtenu un véritable résultat industriel, résultant de l'unité de
la forme en elle-même ;
Attendu que cette forme était nouvelle à l'époque où Sax l'a appliquée
aux saxotrombas et aux autres instruments qu'il a fait breveter sous ce
rapport ;
Qu'en effet, il est certain qu'en 1845, époque à laquelle fonctionnait
la commission chargée de la réorganisation des musiques militaires, il
n'y avait pas d'instruments de cette forme dans l'armée ;
Qu'aucun des facteurs d'instruments qui se sont présentés devant cette
commission n'a produit d'instrument de cette forme ;
Qu'il n'est pas douteux qu'à l'époque où le saxotromba a paru, il a
fait grand effet, non-seulement a raison de sa voix, mais aussi à cause
de sa forme:
Que les instruments modèles du saxotromba ont été immédiatement
adoptés dans l'armée, par décision ministérielle maintenue par les divers
gouvernements qui se sont succédé; que les facteurs se sont empressés
d'en appliquer la forme non-seulement aux instruments qu'ils fabriquaient
pour l'armée, mais aussi pour ceux qu'ils livraient aux particuliers ;
Qu'il est donc difficile d'admettre que cette forme, qui, lorsqu'elle a
été appliquée par Sax au saxotromba, a été immédiatement adoptée,
était connue plusieurs années auparavant sans qu'on s'en fût préoc-
cupé ;
Attendu, il est vrai, que Besson a produit plusieurs témoins et repré-
senté divers instruments desquels il résulterait que la forme qui fait
l'objet du brevet de Sax était connue avant l'obtention de son brevet ;
Mais attendu que les preuves qui s'appliquent aux instruments fabri-
qués par Besson lui-même ne sont pas satisfaisantes et laissent de l'in-
certitude sur leur degré de sincérité ;
Que celles résultant des antériorités Guichard paraissent s'appliquer
à des instruments, clavicor ou néocor, dont la forme ancienne et la pose
n'admet aucune comparaison avec les instruments brevetés par Sax,
ainsi, d'ailleurs, que cela résulte des dessins représentés sur les deux mé-
thodes Schneider produites par Besson à l'appui de son articulation;
Que les preuves résultant de l'enquête au sujet des instruments
Krelzschmann ne sont pas suffisantes pour détruire les preuves con-
traires résultant de la contre-enquête et des circonstances ci-dessus
rappelées;
Qu'en effet, il est permis de penser qu'après un si long temps écoulé
depuis l'époque où se sont passés les faits sur lesquels les témoins dé-
posent, ils puissent commettre des erreurs, même capitales ; qu'il est
bien certain que leurs témoignages ont été reçus par des personnes
sans qualités, avant qu'ils soient venus déposer devant la justice, et qu'ils
auraient pu être influencés sans qu'ils s'en doutassent ;
Que si Kretzschmann avait réalisé d'une manière aussi complète que
Besson le prétend, dès 1839, la forme du saxotromba, il en aurait re-
connu les avantages et s'y serait fixé ; qu'il ne se serait pas borné à
faire accidentellement quelques instruments de cette forme ;
Que les instruments auraient été connus des facteurs Finck et Roth,
qui, habitant Strasbourg, n'auraient pas demandé à Sax une licence pour
en fabriquer de semblables ;
Qu'enfin, dans sa correspondance à l'époque de l'apparition du saxo-
tromba, on ne voit nulle part que Kretzschmann revendique cette forme;
qu'au contraire, on voit dans quelques-unes de ses lettres que, contestant
la nouveauté de l'instrument quant à la voix, il dit que Sax n'a inventé
que la forme extérieure ;
Que, plus tard, il écrit que ce sont des instruments prussiens ;
Qu'ainsi il n'y a pas dans ces prétendues antériorités Kretzschmann
pas plus que dans les autres, motif suffisant pour enlever à Sax le droit
résultant de son invention, invention reconnue en faveur de Sax par
tous les hommes étrangers à la fabrication, et dont les fabricants ont en
quelque sorte fixé la date, par l'application générale qu'ils en ont faite à
l'époque où Sax a pris son brevet.
En ce qui touche la divulgation de l'invention : attendu que Sax
n'avait jamais vendu ni produit en public des instruments avant de les
faire breveter ;
Que loin de là, il a fait confectionner en secret par Hubart, pendant la
nuit, son premier saxotromba ;
Que s'il a produit ses instruments au Champ de Mars devant la com-
mission militaire, il l'a fait comme nécessité et uniquement en vue des
avantages qu'il en retirerait, lorsqu'il aurait assuré son droit privatif par
l'obtention de son brevet ;
Le tribunal rejette les exceptions présentées ;
Et statuant sur le fond en ce qui concerne Besson ;
Attendu que par une première saisie, à la date du 29 décembre 1854
il a été trouvé chez Besson plusieurs altos et différents aut res in stru
ments;
Mais attendu que cette saisie est nulle comme ayant été faite par Sax
étranger, sans versement préalable d'un cautionnement, et avant qu'il ait
été autorisé à jouir des droits civils en France;
Que par un second procès-verbal, en date du 5 mars 1837, il a été saisi
sur lui, au greffe de la police correctionnelle, un clavicor alto en mi bémol
à trois pistons parallèles, lequel avait été présenté par Gautrot, et pro-
venait de la fabrication de Besson ;
Que par un troisième procès-verbal, à la date du 11 décembre 1857, il
a été saisi chez Besson plusieurs altos et barytons et un grand nombre
d'instruments à pistons parallèles ;
Qu'il est également constaté par ce procès-verbal que sur les livres de
Besson se trouvaient mentionnées des inscriptions de fournitures d'ins-
truments de musique à un grand nombre de régiments de l'armée, d'al-
tos, basses, contre-basses, Besson-forme, que madame Besson a déclaré
être des instruments dont la forme avait été changée par son mari, en ce
qui concerne le pavillon, depuis la saisie du 29 décembre 1 Soi ;
Attendu qu'à la date du 14 décembre 1857, il a été fait sur Besson
une quatrième saisie, dans les ateliers de Sax, d'un instrument dit sax-
horn basse à quatre cylindres, apporté dans la maison dudit Sax par un
musicien de l'armée pour une répétition, et portant les mots poinçonnés:
Besson breveté ;
Que dans un cinquième procès-verbal, dressé le 14 décembre 1857,
chez Buffet jeune, et constatant les mentions de ses livres, se trouve à la
date du 29 août 1856, cette mention : Une contre-basse de Besson fournie
à M. Digne, au 88°;
Attendu, enfin, qu'à la date du 22 avril 1858, il a été procédé à une
dernière saisie chez Besson de divers instruments ou parties d'instru-
ments, parmi lesquels deux altos et une contre-basse se plaçant sous le
bras gauche, ayant les pistons parallèles aux tubes, avec le pavillon in-
cliné en arrière, à partir du milieu de sa longueur;
Que sur un référé interjeté par Besson, il a été décidé que la saisie
ne frapperait, quant à présent, que sur un des objets qui étaient désignés,
lequel serait déposé au greffe ;
Attendu qu'il résulte du rapport de l'expert commis par le tribunal
que les altos et barytons de Besson ont la voix des saxotrombas de Sax;
que cette voix résulte de leurs proportions qui sont les mêmes que celles
du saxotromba, bien qu'il y ait des différences dans les dimensions, les-
quelles ne modifient en rien la voix;
Qu'il n'y a pas de distinction à faire entre les altos en fa et les altos
en fa et mi bémol ; que la réunion des deux tons ne peut faire qu'il n'y
ait pas contrefaçon, alors qu'il est constaté que la voix est celle du saxo-
tromba ;
Attendu que tous les instrument saisis sur Besson renferment les élé-
ments de la forme inventée par Sax ; qu'ils se portent à gauche, sont
retenus par le bras gauche,qu'ilsont le pavillon en l'air ;
Que les pistons sout parallèles au corps de l'instrument, et que, s'ils
ne sont pas parallèles au pavillon, ce n'estque par suite d'une déviation
de forme imaginée par Besson pour échapper, si cela était possible, aux
poursuites de la contrefaçon ;
Que Besson a, ainsi que Sax, l'amené tous les instruments qu'il fabri-
que à l'unité de forme dont l'avantage avait été signalé par Sax dans son
brevet et qu'il avait fait breveter ;
Attendu que toutes les parties d'instruments saisies chez Besson de-
vaient servir à la confection d'instruments ayant la forme ou la voix du
saxotromba, qu'ainsi ils doivent être considérés comme objets de contre-
façon ;
Attendu que deux des mandrins saisis servaient à la confection des
altos; que les autres étaient destinés à confectionner des instruments
ayant la forme revendiquée par Sax; que le genre de fabrication habi-
tuelle de Besson, constaté par toutes les saisies faites chez lui et le sys-
tème de défense qu'il a adopté, ne laissent aucun doute à cet égard;
DE PARIS.
135
qu'ainsi il y a lieu de considérer comme instruments de contrefaçon,
non-seulement les mandrins servant à la confection des altos, mais les
seize autres trouvés à son domicile.
En ce qui concerne lîaoux :
Attendu que la saisie du 29 décembre 1854 est nulle comme ayant été
faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement et
avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France;
Qu'il n'est pas suffisamment établi que le saxhorn saisi chez Sax le
44 décembre 1857, ait été fabriqué par Raoux; que, dans tous les cas, la
date de sa fabrication est incertaine, et que sa forme n'en a pas été
suffisamment constatée;
Mais attendu que sur son registre de vente, ou livre-journal, se trou-
vent, du 1" janvier 1856 au 15 janvier 1857, époque à laquelle Raoux a
vendu son fonds au sieur Labbaye, des mentions de ventes nombreuses,
écrites de sa main et constatées par un relevé dressé par le ministère
d'huissier, le 1er février 1860; que parmi ces mentions, il s'en trouve
qui constatent la vente d'altos en mi bémol et d'instruments destinés à
des musiques militaires ;
Attendu que les altos sont la contrefaçon des saxotrombas , quant à la
voix, ainsi qu'il résulte du rapport d'expert, et que la destination des
instruments vendus pour des musiques militaires indique d'une manière
positive qu'ils étaient, ainsi que Raoux l'indique dans ses prospectus, du
nouveau modèle, c'est-à-dire fabriqués clans la forme des instruments
de Sax .
En ce qui touche Halary père :
Attendu que la saisie du 29 décembre 1854 est nulle, comme ayant
été faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement
et avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France ;
Mais attendu que, par un autre procès-verbal du 12 décembre 1857,
il a été saisi chez Halary père un saxhorn à trois pistons parallèles au
corps et au pavillon de l'instrument; un cor à trois pistons, semblable
au précédent, portant l'estampille : Halary, à Paris, lesquels instru-
ments Halary fils a déclaré venir du commerce de son père ;
Que ces instruments ont tous les caractères des instruments de Sax ;
Qu'Halary père se livrait tellement à la contrefaçon que le 19 août
1856 il a pris un brevet pour ces mêmes instruments, avec simple ren-
versement du pavillon au moyen duquel il espérait fabriquer des'ins-
truments à pistons parallèles à l'abri de toutes poursuites de contrefaçon ;
Attendu qu'Halary père ne peut pas arguer de la transaction inter-
venue entre son fils et Sax, puisqu'au contraire Sax a expressément
réservé dans cette transaction ses droits contre Halary père.
En ce qui concerne Buffet jeune :
Attendu qu'il est établi et qu'il résulte d'un procès-verbal du minis-
tère d'huissier, en date du 14 décembre 1857, que Buffet jeune a vendu :
1°le 14 juin 1854, un alto en mi bémol et un ophicléide en si bémol;
2ole 1er mars 1855, un ophicléide nouveau système; 3° le 6 janvier 1856,
une contre-basse en si deGautrot; 4° le 17 avril 1856, deux ophicléides,
deux sax-altos; 5° le !M avril 1856, une contre-basse en mi bémol, une
basse en si bémol ; 6° le 29 août 1856, une contre-basse de Besson ;
7° le 28 août 1856, un alto d'occasion; 8° le 11 décembre 1856, une
contre-basse en si bémol, deux basses à quatre cylindres, nouveau mo-
dèle, deux altos; 9" le 16 septembre 1857, deux saxhorns en si bémol ;
Attendu, à l'égard des instruments vendus le 14 juin 1854, que la
prescription était acquise au moment de la saisie ;
Mais attendu que la plupart des instruments vendus par Buffet jeune
étaient vendus pour des musiques militaires, ainsi que cela résulte des
mentions qui se trouvent sur ses livres, et qu'ils étaient, par conséquent,
du nouveau modèle, c'est-à-dire du modèle Sax, quant à la forme; que
cette même forme existe pour certains instruments ;
Attendu que les altos ne sont autres que les saxotrombas, quant à la
voix et quant à la forme;
Que deux altos sont même dénommés sax-altos, et que les systèmes
appelés système Gautrot et système Besson ne sont autres que ceux aux-
quels ceux-ci se sont livrés par contrefaçon;
Attendu que Buffet jeune ne peut exciper de sa bonne foi ; qu'il n'igno-
rait pas les poursuites que Sax exerçait contre ses contrefacteurs, et
qu'en achetant d'eux pour revendre, il s'est associé à leur contrefaçon ;
Qu'il articule, mais ne prouve pas, que les deux saxhorns vendus le 16
septembre 1857 provenaient de chez Michaud, qui a une licence de Sax.
En ce qui concerne Tournier et Goumas :
Attendu que par procès-verbal du 1 7 décembre 1 857, dressé dans leurs
magasins, il a été constaté qu'ils avaient refusé de représenter leurs li-
vres, leur correspondance et leurs factures ;
Que néanmoins il a été trouvé par l'huissier :
1° Un marché passé entre le Conseil d'administration du 95° régiment
d'infanterie de ligne et Buffet-Crampon, le 16 mars 1857; 2" un autre
marché, passé le 4 juin 1857, entre le 1ct régiment d'infanterie de marine
et Buffet-Crampon ; 3° une lettre d'un sieur Olivier, du 9 avril 1837, por-
tant commande d'un trombone à pistons; 4o une lettre d'un sieur Del-
tone, du 2 juillet 1857, portant commande d'un saxhorn-alto en mi bémol;
5° une lettre adressée à Buffet-Crampon, le 5 juillet 1836, par M. Baud,
du 6e de ligne, portant commande de deux saxhorns-soprano, deux sax-
horns-contralto, deux saxhorns-baryton, deux saxhorns-basse; 6° un mar-
ché passé entre le 1er régiment d'infanterie de marine et Buffet-Crampon,
le 10 septembre 1857, portant deux commandes;
Attendu, en ce qui concerne les commandes faites par les sieurs Oli-
vier et Deltone, que rien ne constate que les instruments livrés fussent des '
instruments contrefaits;
Mais, en ce qui concerne les autres instruments, qu'ils ont été livrés à
des régiments ; qu'ils étaient nécessairement du nouveau modèle, c'est-
à-dire de la forme faisant l'objet du brevet Sax ;
Attendu, d'ailleurs, qu'il n'est pas douteux et qu'il a été reconnu, dans
le pfocès-verbal de saisie, que la signature Buffet-Crampon était celle de
la société Tournier et Goumas.
En ce qui touche Beaubœuf et Victor Jacob :
Attendu que la saisie du 29 décembre 4 854 est nulle comme ayant été
faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement et
avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France ;
Mais attendu que suivant procès-verbal du 13 décembre 1856, il a été
saisi chez Beaubœuf: un mandrin pour saxhorn, 15 pavillons en cuivre
pour saxotrombas, 1 pavillon pour saxhorn, 5 culasses, 5 saxhorns en
cours de fabrication, 4 saxhorns, 5 pavillons de contralto et ténor;
Qu'il a été en outre constaté par ce procès-verbal qu'il avait été vendu
à Jacob, le 29 octobre 1856, 12 bugles; le 13 novembre, 2 contre-basses;
le 7 décembre, 6 contre-basses ;
Attendu que le 30 avril 1857, il a été saisi sur Beaubœuf, au domi-
cile de Sax, un saxotromba portant l'estampille : Beaubœuf, breveté à
paris ;„
Que le 14 décembre 1857, il a été également saisi au domicile de
Sax, un saxhorn apporté pour être réparé, portant l'estampille Beau-
bœuf ;
Attendu que par un procès-verbal du 13 novembre 1856, il a été saisi
chez Victor Jacob deux saxhorns, forme saxotromba, ayant le pavillon
parallèle aux pistons ou les pistons parallèles au corps de l'instrument ;
Que ce même procès-verbal constate que Victor Jacob et son employé
ont déclaré que ces instruments provenaient de Beaubœuf;
Que les factures saisies au domicile de Jacob et le relevé de ses livres
constataient de nombreuses opérations faites pour des instruments en
cuivre avec Gautrot, Beaubœuf et autres ;
Attendu que Beaubœuf a reconnu lui-même, en 1854, qu'il contrefai-
sait les instruments de Sax et qu'il portait à 1,684 le nombre des instru-
ments qu'il avait contrefaits jusqu'alors ;
Qu'il résulte des procès -verbaux ci-dessus visés que Beaubœuf n'a pas
cessé, depuis lors, de se livrer à la contrefaçon, et qu'il contrefaisait les
instruments de Sax, non-seulement quant à la forme, mais aussi quant
à la voix, puisqu'on trouve parmi les instruments saisis ou vendus, des
barytons et des saxotrombas ;
Attendu que Jacob, commissionnaire, faisant de nombreuses expéditions
à l'étranger, et achetant des instruments en cuivre, a dû être renseigné
sur les contestations existantes entre Sax et ses contrefacteurs, et qu'a-
chetant de ceux-ci les instruments qu'il expédiait à l'étranger, il s'est
associé à leur contrefaçon ;
Le tribunal déclare Besson, Raoux, Halary père, Buffet jeune, Tournier,
Goumas, Beaubœuf et Victor Jacob, coupables de contrefaçon, — délits
prévus et punis par les articles 40, 41 et 49 de la loi du 5 juillet 1844;
Et leur faisant application desdits articles, condamne Besson à 2,000 fr.
d'amende, Raoux à 1,000 fr., Halary père à 1,000 fr., Buffet jeune à
1,000 fr., Tournier et Goumas chacun à 500 fr., Beaubœuf à 1,000 fr.,
Victor Jacob à 500 fr ;
Déclare bonnes et valables les saisies sur eux pratiquées par Sax, à
l'exception de celle du 29 décembre 1854;
Prononce la confiscation des objets contrefaits et de ceux ayant servi
à la contrefaçon et en ordonne la remise à Sax ;
Et statuant sur les conclusions de la partie civile :
Attendu que Sax a éprouvé un préjudice et qu'il lui en est dû répa-
ration,
Condamne Besson, Raoux, Halary père, Buffet jeune, Tournier et Gom-
mas, Beaubœuf et Isbert en sa dite qualité de syndic, et Victor Jacob à
payer à Sax des dommages-intérêts qui seront justifiés par état ;
Nomme Boquillon, bibliothécaire au Conservatoire des arts et métiers ;
Verre, expert teneur de livres, demeurant à Paris, rue de Douai, 34, et
Richardière, expert teneur de livres, demeurant à Paris, rue de la Vic-
toire, 9, experts, à l'effet d'émettre leur avis sur le chiffre de l'indemnité
à accorder au plaignant, eu égard à la fois aux bénéfices réalisés par les
individus déclarés contrefacteurs, aux gains que Sax a manqué de faire,
à l'impossibilité où il a été de céder son brevet ou de faire des traités
pour la fabrication des instruments de son invention ;
Autorise les experts à se faire représenter ou à compulser tous les
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
livres saisis, ainsi que tous les autres livres, mémoires, correspondances,
factures, inventaires et autres pièces des individus condamnés, pour y
faire les recherches nécessaires à l'accomplissement de leur mission,
consistant principalement à établir le nombre et la nature des instru-
ments de toutes sortes contrefaits par les individus susnommés, leur prix
de revient, leur prix de vente, et les bénéfices réalisés pour chacun
d'eux, et à indiquer, avec toutes preuves à l'appui, toutes autres sommes
de bénéfice illicite dont les contrefacteurs auraient profité au préjudice
de Sax, pour, après le procès-verbal dressé, être statué ce qu'il appar-
tiendra ;
Ordonne, en outre, quant à Besson, qu'il sera tenu de représenter les
instruments décrits au procès-verbal de saisie du 22 avril 1858, desquels
il a été constitué séquestre judiciaire par ordonnance rendue sur référé,
sinon, et faute de ce faire, le condamne dès à présent à en payer la#va-
leur que le tribunal fixe à 4,000 francs;
Ordonne l'affiche du présent jugement au nombre de cinq cents exem-
plaires, et son insertion ;\ trois reprises, dans cinq journaux de Paris et
dans un journal de chaque département, le tout au choix de Sax pour
chacun des journaux et chacune des insertions, le tout aux frais des
condamnés ;
Condamne, sans solidarité, à raison de la divisibilité de la poursuite,
Besson, Raoux, Balary père, Buffet jeune, Tournier' et Goumas conjoin-
tement, Beaubœuf et Isbert, ce dernier en sa qualité de syndic de la
faillite Beaubœuf, et Victor Jacob , aux dépens, chacun en ce qui le con-
cerne, dans lesquels entreront les frais d'expertise, dont les trois quarts
seront a la charge de Besson, et le surplus par sixième par chacune
des autres parties, lesquels dépens ont été avancés par Sax ;
Fixe à deux ans la durée de la contrainte par corps, qui pourra être
exercée par Sax ;
Fixe à un an la durée de la contrainte par corps, qui pourra être exer-
cée par le Trésor.
NOUVELLES.
»*„ Au théâtre impérial de l'Opéra, demain lundi, pour la réouverture,
les Huguenots.
„*,. Pierre de Mèdicis a été joué lundi dernier, mais une indisposition
de Mme Gueymard-Lauters l'a empêché d'être représenté mercredi, et la
Favorite a pris sa place. Il paraît que Mme Gueymard aura besoin, pour
se rétablir, d'un repos de quelques jours.
*% La Captive, opéra en deux actes, de Félicien David, va entrer en
répétition ; il sera joué avec le ballet composé pour Aille Emma Livry.
t% Mme Rosati est de retour à Paris. La saison qu'elle a passé à Saint-
Pétersbourg a été fort brillante pour la célèbre ballerine qui a été ren-
gagée pour l'hiver prochain à ce chiffre fabuleux d'appointements que la
Russie seule donne aujourd'hui et auxquels s'ajoutent de riches cadeaux.
Perrot s'occupe déjà pour elle de deux ballets pour la splendeur des-
quels rien ne sera épargné.
*** Mme Borghi-Mamo vient de partir pour l'Angleterre où elle n'a pas
encore chanté jusqu'ici. Elle est engagée au théâtre de Sa Majesté.
*** L'Opéra-Comique rouvre demain après la clôture de la semaine sainte,
par le Roman d'Elvire, et le lendemain on jouera le Pardon de Ploërmel.
Après la pièce de Gevaert, le Château Trompette, viendra un acte, l'Habit
de Mylord, paroles de MM. Léris et Sauvage, musique de M. P. Lagarde.
L'opéra inédit de Donizetti, en un acte, est également à l'étude, de
même que la Belle Chocolatière, opéra en un acte de Paul Dupuch, com
positeur bordelais.
**„, Remise de sa longue indisposition, Mlle Monrose a pu reprendre son
rôle dans le Roman d'Elvire, interrompu depuis un mois. Lundi dernier,
l'ouvrage a reparu et il a été joué deux fois dans la semaine. A voir le
succès qui l'a accueilli, on peut dire, sans crainte d'être contredit, que
l'interruption même à laquelle il a été exposé a fait ressortir davantage la
gaieté et l'intérêt du poème, et la valeur de la musique inspirée à Amb.
Thomas par l'œuvre de ses spirituels collaborateurs A. Dumas et de Leu-
ven. Mlle Monrose se montre aussi charmante comédienne qu'excellente
chanteuse dans le personnage de la marquise, et cette création la pose
désormais en première ligne sur la scène de l'Opéra-Comique. Montau-
bry, dans le rôle de Gennaro, y fait briller les qualités exquises qui le
distinguent plus que dans aucun autre rôle. Il dit sa romance avec un
accent si plein de tendresse et de passion que l'auditoire charmé,
la lui fait, chaque soir, répéter en le couvrant d'applaudissements.
La délicieuse barcarolle du deuxième acte obtient le même résul-
tat, et elle est invariablement bissée. Repris dans de pareilles con-
ditions et avec le concours de Prilleux, de Crosti et de Mlle Lemercier,
qui complètent un ensemble excellent, le Roman d'Elvire va fournir une
longue et brillante carrière.
t% Lundi dernier, dans le Chalet, a eu lieu le début de Mlle Breschon,
jeune cantatrice qui arrive de province. Elle possède une voix agréable
de mezzo-soprano ; elle est jeune et fort jolie, elle pourra certainement
rendre des services au théâtre de l'Opéra-Comique.
t% Le théâtre Italien reprenait, mardi dernier Rigoktlo, avec Tam-
berlick, Graziani, MMmes Alboni et Marie Battu. Dans le rôle de Gilda,
cette dernière a obtenu plus de succès encore que dans ceux d'Amina et
de Lucie. Au second acte, le public voulait lui faire répéter tous ses
morceaux : il lui a fallu redire avec Graziani le duo du troisième, et au
quatrième sa voix a parfaitement soutenu la lutte avec les trois plus
belles voix du théâtre. Mlle Marie Battu a aussi concouru avec beaucoup
de distinction à l'exécution du Stabat Mater, dans les concerts spirituels
de la semaine.
*** Après le Fidelio de Beethoven, le théâtre Lyrique doit monter un
opéra à grand spectacle de M. Gounod : La Reine Balkir.
t*t Mme Carvalho-Miolan est partie pour Londres où l'appelle un en-
gagement au théâtre de Covent-Garden.
*** Le dernier ouvrage d'Ofïenbach, \Daphnis et Chloé, remplit chaque
soir la jolie salle du passage Choiseul ; au mérite réel de la pièce se joint
l'attrait de curiosité provoqué par l'apparition sur la scène de Mlle Ju-
liette Beau, dont le naturel et la naïveté ont un charme tout particulier.
Mlles Cico et Chabert la soutiennent d'ailleurs vaillamment, et Désiré est
un dieu Pan des plus comiques..
„*„ Le théâtre Déjazet attire toujours une grande affluence ; Mme Déja-
zet vient de s'y montrer dans une de ses meilleures créations, le
Marquis de Lauzun ; cette charmante pièce est accompagnée du petit
opéra, Fanchette, d'Eugène Déjazet, dont le succès est chaque soir plus
grand. Après les fêtes de Pâques viendra la représentation de Pianella,
opérette nouvelle de Flottow.
„.*„ Erratum. — Nos lecteurs auront corrigé d'eux-mêmes la curieuse
faute d'impression qui s'est glissée dans l'annonce que nous faisions
dimanche dernier d'un grand opéra dû à la collaboration de M. Membrée
et de M. Got, le spirituel et excellent acteur. Tout le monde ne sait-il
pas que M. Got est de la Comédie, mais non encore de V Académie fran-
çaise! Cela lui viendra peut-être après son opéra; mais avant, la nouvelle
est au moins prématurée.
*% M. Paulin, qui a longtemps appartenu à l'Opéra, est nommé pro-
fesseur de chant au Conservatoire de musique, eneremplacement de
M. Faure, démissionnaire.
»% Dimanche dernier, dans la sixième matinée de la Société des con-
certs, M. Kaempel s'est fait entendre : il a joué le huitième concerto de
Spohr, son maître, avec le rare talent qu'il avait déjà montré dans une séance
de la Société des jeunes artistes du Conservatoire. Le magnifique finale
de la Vestale terminait le concert et n'a pas produit une impression moins
vive qu'aux précédentes exécutions. — Ce soir concert extraordinaire
au bénéfice de Mme Girard, veuve de l'ancien chef d'orchestre.
*** Camille Sivori est arrivé à Milan.
*** Le théâtre royal de Saint-James, à Londres, va être exploité cette
saison par l'un de nos compositeurs bien connus, M. A. Talexy, qui a
engagé à cet effet quarante artistes dramatiques des théâtres de Paris, et
entre autres MM. Got et Brindeau, Mlles Fix, Page, Duverger, etc. L'ou-
verture aura lieu le 1er mai.
*** Mardi, 10 avril, le théâtre italien de Covent-Garden ouvrira ses
portes au public; voici le personnel engagé par M. Gye pour cette sai-
son : — Chant : Mmes Grisi, Nautier-Didiée, Giuditta Sylvia, Tagliafico,
Miolan-Carvalho, Leva, Penco, Raparrini, Rosa Csillag (de l'Opéra de
Vienne). — MM Mario, Patriossi, Luchesi, Polonini, Neri, Baraldi, Cuiro,
Gardoni, Rossi, Tamberlick, Zelger, Ronconi, Graziani, Tagliafico, Faure.
— Mlle Zina Richard, première danseuse. — M. Costa, directeur de la
musique, compositeur et chef d'orchestre. — M. Barris, régisseur géné-
ral. — Pour l'ouverture, Dinorah, par Mme Miolan-Carvalho, Gardoni et
Faure. Le 17 avril, Mlle Rosa Csillag paraîtra dans Fidelio. La Favorite sera
donnée pour la rentrée de Mme Grisi. — Vingt autres opéras composeront
le répertoire : /( Matrimonio Segreto, par Mines Penco, Nantier, Carvalho,
Graziani, Gardoni, Ronconi; le Nozze di Giannetta, Mme Carvalho, Ron-
coni; le Prophète; Fidès, Mlle Csillag; Jean de Leydc, Tamberlick; les
Huguenots ; Don Giovanni ; Il Barbiers, Mme Carvalho, Ronconi ; Otello ;
LucreziaBorgia;la Gazza Ladra. Mme Penco, Faure; Maria di Rohan ; Xor-
ma; la Sonnambula, Mme Carvalho; / Puritani; la Traviata ; .Varia, Lady
Henriette, par Mme Penco ; /( Trovatore; Zampa; Fra-Diavolo, Zerlina,
par Mme Carvalho; Il Giuramento; Rigoletto, Gilda, par Mme Penco.—
Mlle Csillag était à Paris ces jours-ci et elle y avait été mandée par
dépêche télégraphique. La direction de l'Opéra ne semblerait pas éloignée
de s'attacher cette artiste éminente.
*% La chronique départementale nous apporte deux faits curieux.
A Mons, la représentation de la Favorite a été interrompue parce qu'au
troisième acte on avait jugé convenable de supprimer la pause de trois
temps, qui coupe la fameuse phrase : qu'il reste seul avec son déshon_
DE PARIS.
137
neur, et que les plaisants du parterre se donnaient toujours le plaisir de
marquerpar une, deux, trais, ainsi que cela se fait d'ailleurs dans plusieurs
autres localités. Malgré les efforts du chef d'orchestre et du régisseur, il
n'y eut pas d'autre moyen de calmer l'orage qui grondait dans la salle,
que de rétablir le morceau dans sa forme primive et de laisser marquer
les trois temps.— A Tournai, pendant la Muette de Portici, quelques soldats
de la garnison, remplissant le rôle de comparses, devaient comprimer
la révolte et il leur avait été recommandé de stimuler une résistance
énergique. L'un d'eux , voyant arriver sur lui l'acteur principal
armé d'un poignard, prit son rôle au sérieux et appliqua sur la tête du
premier sujet un coup de crosse qui n'avait rien de simulé. Heureuse-
ment la blessure ne présente aucune gravité, et l'acteur en fut quitte
pour un étourdissement.
„.** Voici le programme du concert avec orchestre qui sera donné
dans la salle Herz le jeudi 12 avril 1860, à 8 heures du soir, par I. Lotto,
de Varsovie : 1° Quverture du Médecin malgré lui, de Gounod ; 2° duo de
VElisir d'amore, chanté par SIM. Géraldy et Lorenzo Pagans ; 3° Concerto
pour le violon, de Mendelssohn. exécuté par I. Lotto ; U° air de Norma,
chanté par Mlle Baretti ; 5° air de la Dame blanche: Ahl quel plaisir
d'être soldat I chanté par M. Géraldy ; 6° morceau de concert composé
et exécuté par I. Lotto ; 7° sérénade et allegro giocoso, pour piano et
orchestre, de Mendelssohn, exécutés par Mme L. Massart ; 8° chanson-
nettes espagnoles, chantées par M. Lorenzo Pagans; 9° fantaisie sur
l'hymne national russe, composée et exécutée par I. Lotto ; 10° air de
chasse du Pardon ae Ploe'rmel ; Comme à vingt ans, mélodie, chantés par
M. Géraldy ; 11° Valse de concert, composée et exécutée par I. Lotto ;
12° finale (orchestre).— L'orchestre sera dirigé par M. Victor Chéri.
*% L'école spéciale de chant fondée et dirigée par Duprez,
donnera, le 15 de ce mois, sa première séance annuelle. Une
œuvre inédite de Duprez, Jeanne d'Arc, opéra en six tableaux, composé
sur un poëme de M. Ed. Duprez, doit inaugurer la série de ces inté-
ressantes séances. Cent quinze personnes concourront à l'exécution de
cette œuvre, dont les principaux rôles sont confiés aux élèves anciens et
nouveaux de l'école, et elle sera représentée avec orchestre, chœurs,
costumes et décors.
*** La charmante composition de Blumenthal, les deux Anges, a été
beaucoup jouée cet hiver; c'est un des morceaux les mieux réussis de
l'auteur de la Source.
*** M. et Mme Henri Potier annoncent une très-intéressante soirée
musicale, salons Pleyel-Wolff, pour le samedi 14 avril. On y entendra
dans la partie instrumentale MM. Alard et Goria, et dans la partie vo-
cale, indépendamment des nouvelles compositions de M. Henri Potier,
chantées par l'auteur, Mme Potier, MM. Barbot, Troy, Sainte-Foy et
Berthelier, la grande scène de Clytemnestre, dCIphigénie en Aulide, de
Gluck, déclamée et chantée par Mme Caroline Barbot, de l'Opéra.
*** La partition de l'opéra de Déjazet, Fanchette, paraîtra cette se-
maine, arrangée pour piano et chant, chez les éditeurs G. Brandus et
S. Dufour.
*** Les mêmes éditeurs viennent de faire faire un second tirage de la
Schiller-Marsch, de Meyerbeer, arrangée pour piano. Le premier tirage
a été épuisé en deux jours.
„.*„, Jeudi soir, 12 avril, dans les salons d'Erard, Louis Brassin donnera
son troisième et dernier concert. 11 y fera entendre deux morceaux de
sa composition et plusieurs autres de Beethoven, de Ihalberg, etc.
Mme Pellegrin, élève de Bonoldi ; le baryton Guglielmi, MM. Dupuis et
Muller, prêteront leur concours au jeune artiste dont la réputation vient
d'être si brillamment consacrée à Paris.
„,*,. La musique des régiments va subir des modifications importantes.
Un décret, en date du 26 mars 1860, fixe à quarante hommes pour les
troupes à pied et à vint-sept pour celles à cheval la section de musique
de chaque régiment. — Les musiciens de quatrième classe seront choisis
parmi les élèves-musiciens actuels, lesquels sont supprimés. — L'article 5
porte que les musiques des régiments de gendarmerie et des guides de
la garde impériale et celle delà garde de Paris conserveront, à titre ex-
ceptionnel,, leur constitution actuelle sous le rapport du personnel et de
la composition instrumentale. Seulement, les élèves musiciens y seront
commissionnés musiciens de quatrième classe. — L'article 6 rend obli-
gatoire l'application du diapason normal. — Cette ordonnance modifie
profondément la composition instrumentale des musiques de régiment
dans lesquelles elle fait prédominer complètement les instruments de
cuivre sur les instruments de bois.
**» Un concert à grand orchestre, qui promet d'être l'un des plus bril-
lants de la saison, sera donné le 20 avril, dans la salle Herz, par Mme Louisa
Jung, excellente pianiste. Nous en donnerons prochainement le pro-
gramme.
„.** Joseph Wieniawski fera entendre à son concert, qui reste fixé au
26 avril, outre son concerto pour piano, une ouverture de sa composition
qu'il dirigera lui-même.
„*„. Vincent Adler donnera un second concert le 20 avril et y fera en-
tendre, entre autres morceaux, la Gitana, fantaisie sur le Domino noir,
sa Scène de bal et la Styrienne. Le beau duo de Vieuxtemps et Erkel sur
des airs hongrois y sera également exécuté.
*** Le Carillon d'Alfred Jaëll et ses transcriptions du Prophète et du
Pardon de Ploe'rmel étaient à peine publiés que tous les amateurs qui
les lui ont entendu exécuter ont voulu les posséder. Ce sont d'ailleurs de
charmants morceaux de salon.
t*„, Deux quadrilles viennent de paraître simultanément sur le Roman
d'Elvire ; l'un d'Arban, l'autre de Marx. Il serait difficile de savoir auquel
donner la préférence ; mais tous deux se recommandent par un rhythme
et un entrain qui les feront vivement rechercher.
„*,, Voici le programme du deuxième concert que donnera Lacombe
mercredi 11 avril dans les salons d'Erard : divers morceaux de V Amour,
légende en cinq actes, de Paulin Niboyet, musique de Lacombe ; la Pen-
sionnaire et la Fiancée du timbalier, déclamées par Mlle Stella-Colas; trio
en la mineur ; Ricordanza, rapsodie hongroise de Liszt ; sonate en la de
Beethoven; fantaisie dans le genre hongrois, de Lacombe, pour deux
pianos ; hymne à Schiller, chœur avec accompagnement de deux pianos,
de Lacombe, exécuté par l'éminent compositeur; air de Jean de Paris,
air de la Fiancée, chantés par M. Lyon et M. Hayet. MM. Emile For-
gues, Kœmpel, Lamoury, Triebert, prêteront leur concours à M. La-
combe.
*** C'est demain qu'a lieu, dans les salons d'Erard, le concert de
Mlle Albertine Segisser, âgée de onze ans, avec le concours de MmeBer-
nola et de M. Marochetti, de MM. Kriiger, Hammer et Aubret, artistes
distingués.
** Jeudi soir, 26 avril, l'éminent violoncelliste et compositeur Jacques
Franco-Mendès donnera, dans les salons de Pleyel-Wolff, son concert
annuel. Il fera entendre quatre nouveaux morceaux de sa composition
et le 7e quatuor de Kreutzer, pour deux violons, viole et violoncelle.
**„, Mardi 17 avril, à huit heures du soir, dans les salons d'Erard,
Mlle Moritz Pieuchsel donnera son concert annuel avec le concours de
MM. Ed. Wolff, Schioion et plusieurs autres artistes distingués; elle y
fera entendre plusieurs morceaux nouveaux de sa composition, et con-
sacrera son beau talent à l'exécution des grandes œuvres classiques.
Ï*H, Vendredi, 13 avril, dans les salons d'Erard, M. Stanzieri donnera
un concert dont ne sera pas le moindre attrait une tarentelle pour
piano, composée il y a deux ans par Rossini, et connue seulement de
ses amis. L'Alboni, Graziani, Braga et de nouvelles compositions du bé-
néficaire compléteront un programme bien fait pour piquer la curiosité
des dilettanti.
*** Lundi 16 avril, le jeune Henri Ketten donnera un concert dans les
salons Pleyel-Wolff.
*** Les travaux de décoration de l'église Saint-Eustache viennent de
recevoir un splendide complément dans les peintures, les sculptures, les
motifs d'ornementation et les faïences émaillées dont on a enrichi les
deux bras de la croix de ce vaste édifice. A l'occasion de l'achèvement
de ces travaux, une cérémonie religieuse et musicale doit, dit-on, être
prochainement célébrée par les soins du vénérable curé de cette pa-
roisse. On y entendra, exécutées sur les orgues, les œuvres des an-
ciens maîtres ; elle offrira donc le plus vif attrait au public et aux
artistes.
„*.,. C'est définitivement mardi, 10 avril, que la matinée musicale de
M. Adolphe Fétis doit avoir lieu. On sait que Mme Pleyel s'y fera enten-
dre pour la dernière fois de la saison. MM. Jourdan, Géraldy et d'autres
artistes de mérite prêtent leur appui au jeune compositeur qui fera
entendre des œuvres nouvelles.
„*,„ M. Fortuna, baryton, qui compte de beaux succès sur les théâtres
d'Italie, s'est fait dernièrement remarquer aux concerts donnés par Dom-
brovski et Krafzoff, en chantant avec une belle voix, une excellente mé-
thode et beaucoup d'expression, plusieurs morceaux, qui ont été fort
applaudis.
*** Encore un jeune artiste que les amateurs de l'art musical peuvent
soustraire aux exigences de la loi sur le recrutement, en assistant au
concert qu'il va donner, le 12 avril, à la salle Beethoven, avec le con-
cours de Mmes Wekerlin-Damoreau, Adrienne Picard, Stella Colas,
Armingaud et Barbot. C'est Hippolyte Rabaud, violoncelliste de l'Opéra,
conscrit de 1860, et qui mérite, à tous égards, l'intérêt du public.
. * M. Besson; l'un des facteurs condamnés par le tribunal de police
correctionnelle clans l'affaire Sax, nous prie d'annoncer qu'il a fait inter-
jeter appel de ce jugement.
,% Un concours de choristes pour toutes les voix aura lieu mercredi
11 avril, à neuf heures du matin, au théâtre impérial de l'Opéra-Comi-
que ; se présenter muni d'un morceau de chant.
„*„ Le plus grand acteur du Danemark, Nicolay-Peter Nielsen, est
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
mort le 13 mars, à l'âge de soixante-cinq ans. Ce qui caractérisait son
talent, c'était la conception originale de ses rôles et une sensibilité puis-
sante et cominunicative. Nielsen était né à Friederichsbourg, en 1795 ;
en 1811, il fut nommé sous-lieutenant d'artillerie. Ses débuts au théâtre
remontent au 20 septembre 1820.
CHRONIQUZ ÉTRANGÈRE.
**„ Bruxelles.— Le 3« concert du Conservatoire, retardé de huit jours
par suite d'une indisposition deM.Fétis, a eu lieu dimanche; il nous a
fourni l'occasion de faire connaissance avec une ouverture intitulée
Macbeth, de M. de Hartog. Le jeune compositeur a dû être satis-
fait de l'exécution de son œuvre comme aussi du succès qu'elle a ob-
tenu. La dernière partie du programme a été tout entière consacrée à
des fragments du Struensée, de Meyerbeer, que M. Fétis a fait rendre
d'une manière irréprochable.
*% Mans. — Le succès du Pardon de Ploërmel fera époque à notre
théâtre. Il est d'ailleurs très-bien interprété par MM. Duchaumont fils,
Orleany et Mme David. — La clôture aura lieu le I " avril par les Dragons
de Villars.
*** liège. — Nous sommes au moment de la clôture de notre saison
théâtrale, et nous devons constater que le succès du Pardon de Ploërmel
en a été le véritable événement. La foule n'a cessé de se porter aux nom-
breuses représentations du nouvel opéra de Meyerbeer, et les recettes se
sont maintenues à un taux fort élevé; M. et Mme Ceret et M.-Peruggi, le
baryton, n'ont pas peu contribué, par le talent avec lequel ils ont inter-
prété le Pardon, au résultat brillant qu'il a obtenu.
*** Berlin. — L'Opéra italien a terminé ses représentations par l'exé-
cution de divers fragments habilement choisis en vue de faire briller le
talent individuel des principaux artistes de la troupe : le premier acte
du Trnvatore, de Verdi ; le troisième acte de Don Pasquale, l'ouverture et
un trio de Vllaliana in Algieri, par Rossini, et l'ouverture et le troisième
acte du fiarbiere. Les honneurs de la soirée ont été pour Mlle Artot, oui
par une attention délicate pour la nationalité des auditeurs, avait inter-
calé un lied de Taubert, qu'elle a chanté en allemand ; une explosion
d'applaudissements accompagnés d'une averse de bouquets et de cou-
ronnes accueillit ce morceau. Carrion, délie Sedie, Mme de Ruda
eurent leur bonne part du succès ; l'imprésario M. Lorini et le chef
d'orchestre Neswadba furent rappelés sur la scène à la fin du spectacle.
*** Leipzig. — Trois compositions nouvelles de différents maîtres ont
été exécutées au 1S': concert du Gewandhaus : ouverture d'une tragédie de
Shakspeare (le Roi Jean), par Mme Robert Radeke ; caprice pour vio-
lon, par M. Rietz, et fantaisie par Vieuxtemps. Ces deux derniers mor-
ceaux ont été bien rendus par le maître de concert Dreyschock.
*% Vienne. — Au théâtre de l'Opéra de la Cour ou a donné, du 27 fé-
vrier au 1 8 mars : Diane de Solange, la Juive, les Huguenots, le Braconnier,
le Trovatore, Czar et charpentier, le Prophète, Fernand Cortez, Robert le
Diable ; la reprise de Fernand Cortez ne paraît pas avoir été heureuse.
Quant aux trois opéras de Meyerbeer, ils attirent toujours la foule, et
la foule les applaudit toujours avec le même enthousiasme. Le Prophète
en était à sa 55° représentation au théâtre de la Cour. — Les théâtres ont
été fermés dès le 31 mars à cause des solennités de la semaine sainte.
Au théâtre de la Cour on exécutera, le 1" avril, l'oratorio Âthalie, et le
lendemain le Christ au Jardin des Oliviers. Le lundi de Pâques commen-
ceront les représentations de l'opéra italien au théâtre An der Wim ■
le Carlthealer ouvrira avec YOrphée, d'OSenbach. — Le 29 avril, la cé-
lèbre actrice Mme Haitzinger, du Burgtheater, fêtera le cinquantième
anniversaire de ses débuts comme artiste dramatique. A l'âge de dix ans
la demoiselle Morstadt, plus tard Mme Neumann.et aujourd'hui Mme Hait-
zinger, figura pour la première fois sur la scène, à Carlsruhe ■ il y a
quarante ans qu'elle a débuté au Burgtheater.
„,** Sahburg. — Le 27 mars la Société de musique de la cathédrale
Dom-verem et le UozarUum ont donné leur premier concert : on n'y a
entendu qu'un seul morceau de Mozart : l'ouverture de la Clémence de
Titus.
**,, Sondershausen. — Le 23 mars, anniversaire de la naissance de la
princesse, on a donné pour la première fois Dinorah, de Meyerbeer, avec
un immense succès.
*** Zurich. — La Société des quatuors a donné le 20 mars une fête
commémorative en l'honneur de L. Spohr, où l'on a exécuté un choix
des meilleurs morceaux écrits par l'illustre compositeur. Son buste, cou-
iné de lauriers, était placé sur l'estrade de l'orchestre ; la salle était
*** Nice.— Séligmann, après avoir joué chez S. M. la reine de Dane-
mark, a été appelé à se faire entendre devant S. M. l'impératrice douai-
rière de Russie. Contrairement à l'étiquette, qui interdit à la cour d'ap-
plaudir, l'impératrice ayant donné le signal, la brillante assemblée a
bruyamment prouvé par ses bravos tout le plaisir que le célèbre artiste
lui avait causé. Le lendemain, S. M. l'impératrice a fait remettre à Sé-
ligman une bague en diamants, accompagnée d'une lettre autographe.
„.% Milan, 20 mars. — Hier, presque à l'improviste, nous avons eu la
première représentation de Giuditta, le nouvel opéra du maestro Péri,
l'auteur renommé de Victor Pisani, œuvre unanimement applaudie à
Rome, à Bologne et à Florence. Le livret de Giuditta a été écrit par Mar-
celliano Marcello, et si les vers n'en sont pas très-bons, les situations
n'en sont pas moins dramatiques et intéressantes. Si Pancani avait été
en voix, cette nouvelle partition du persévérant compositeur aurait fait
fureur. On ne peut nier, en effet, qu'elle renferme des idées neuves et
originales, qu'elle est bien conduite et que l'instrumentation est digne de
nos meilleurs compositeurs. Si elle est reprise en automne ou au carna-
val avec un meilleur ténor, notre répertoire se sera incontestablement
enrichi d'un nouveau fleuron. La Lorini-Vera a été l'héroïne de la fête;
c'est une artiste incomparable et povir le chant et pour le jeu. Corsi a
droit à tous nos éloges, et dans la scène de folie avec la Lorini, il s'est
surpassé. Le maestro a été rappelé dix fois.
*% Saint-Pétersbourg, 1 6-23 mars. — La saison des concerts est très-
animée cette année, et les artistes de mérite ne nous font pas défaut.
Vieuxtems, Dreyschok, les sœurs Ferai, Montigny, se partagent le public
dilettante de Saint-Pétersbourg. Après avoir été brillamment fêté à
Moscou, Vieuxtems annonce un nouveau concert à notre grand théâtre ;
Dreyschok en a déjà donné un au théâtre Michel, et il récidive demain
mercredi. Un auditoire trop peu nombreux , mais composé d'artistes et
d'amateurs distingués, assistait à la première soirée ; demain il y aura
foule, car sans être témoin de l'étonnante puissance de talent à laquelle
il est parvenu, et de l'incroyable perfection d'exécution qu'il a acquise,
personne ne peut se faire une idée de ce qu'est Dreyschok. Le finale
du concerto en sol mineur de Mendelssohn joué par lui met vraiment
l'auditeur hors d'haleine; toutes les difficultés, les tours de force, si
nous osions nous exprimer ainsi, semblent ne lui coûter aucun effort,
aucune fatiguei Les morceaux que l'éminent artiste a fait entendre en-
suite à son public étaient le Nocturne en fa, de Chopin ; les Arpégis, ro-
mance sans paroles et une saltarelle de sa composition; la Gavotte, de
Rach, et une Rapsodie {op. 40.) également de lui. Rappelé à plusieurs
reprises après chaque morceau, Dreyschok a terminé la soirée par l'air
national anglais God save the queen, avec variations pour la main gauche
seule, qui a enlevé l'auditoire. Les cris et les bravos ont éclaté de toutes
parts, et l'artiste a dû se présenter encore aux applaudissements que lui
réservaient les rappels réitérés du public. Dreyschok, avant d'arriver à
Saint-Pétersbourg, avait donné dix concerts à Berlin et cinq à Kœnigs-
berg ; il devra certainement en donner également une série chez nous
— Le concert donné hier au grand théâtre par les sœurs Ferai a été
pour elles une longue suite d'ovations. Colosanti, l'ophicléide-miracle ,
a eu sa bonne part de bravos. — Nous serons à même d'apprécier de-
main le talent de M. Montigny, violoncelliste, qui nous arrive précédé
d'une grande réputation. — On vient d'ouvrir l'abonnement au théâtre
Italien pour la saison prochaine ; les sujets engagés sont jusqu'à présent:
MmesEmy Lagrua, Nantier-Didiée, Bernardi et Fioretti; MM. Tamberlick,
Calzolari, Mongini, ténors; •Debassini , Everardi , barytons; Marini et
Rossi, basses. Les bruits d'engagement de Mlle Balfe ne se sont pas réa-
lisés , et Mmes Charton-Demeur et Brambilla n'ont pas été réengagées
non plus que Giraldoni.
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel (Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
i( La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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salle desconcertsdu Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontest
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang
nanimité des votes du Jury. Il portait le n" 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
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A douze ans, Izydor Lotto remporta , au Conservatoire, le premier
prix de violon. Son succès fut l'un des plus beaux obtenus dans la
classe de M. Massart. Depuis , il a travaillé , il a étudié l'harmonie , la
composition, et son jeu a hérité de tout ce que les fortes études , le
travail de la pensée, les méditations que font naîlre les pages des
grands maîtres donnent aux virtuoses; c'est-à-dire un goût scrupuleux,
un style pur et sévère. Jeudi, dans un brillant concert, le jeune vio-
loniste a prouvé, — ce que ne prouvent pas toujours les exécutants
précoces , — que le fardeau des succès récoltés tôt n'avait rien enlevé à
la vigueur, à la grâce et à la fraîcheur de son talent. Tout d'abord ,
l'émotion ne lui a permis de faire apprécier que l'élégance, la finesse
et la douceur de son style, que la longueur de son coup d'archet au-
quel on eût pu demander de se passionner davantage et de mordre
aussi bien la corde qu'il la caressait ; mais bientôt, rassuré et animé
par l'accueil enthousiaste qui lui était fait , il a dit tous ses morceaux
avec l'expression tendre qu'ils demandaient et aussi avec beaucoup
d'élan, de fermeté et d'ampleur.
Le concerto de Mendelssohn est bien un concerto, — ce qui devient
rare. — L'accompagnement d'orchestre, tout riche , tout symphonique
qu'il est, laisse bien la souveraineté au violon principal. Lotto a exé-
cuté toutes les parties de cette œuvre difficile, touchante et passionnée
avec une expression vraiment exceptionnelle.
Le point d'orgue du premier allegro, ses arpèges, ses trilles, ses
beaux accords ont trouvé sur le violon du jeune maestro une force et
un éclat qui ont excité de chaleureux bravos. Les chants de cet ap-
passionalo ont été aussi complètement rendus que les traits. La mé-
lodie de Validante, si simple, si noble, si dramatique, et où les doubles
cordes, les duos les plus serrés sont exécutés parle violon, a été dite
avec une admirable justesse. Rien de plus aimable, de plus spirituel,
de plus fantasque, de plus modernisé que le finale. Lotto y a déployé
une souplesse, une légèreté prodigieuse et y a excité de bien sympa-
thiques acclamations. Dans ce concerto aussi bien que dans la belle
fantaisie de Léonard, Souvenirs d'Haydn, il a conservé cette aisance
qui ne laisse voir que ce que les passages périlleux ont d'aimable et
d'éblouissant.
11 y a plus que du savoir et de la distinction dans les deux compo-
sitions du jeune artiste : Morceau de concert et Grande valse, il y a
de l'originalité et une tendance au grand style ; quoique Fauteur, en
vrai soliste, s'y montre encore un peu trop amoureux des difficultés.
Elles ont été délicieusement jouées et vivement applaudies.
Un très-bon orchestre, supérieur à presque tous ceux qu'on entend
dans les concerts, et fort bien dirigé par M. Victor Chéri, a jeté beau-
coup d'éclat sur cette soirée. Il a accompagné avec talent le ravissant
Capriccio de Mendelssohn que Mme Massart a joué avec une délica-
tesse, une légèreté , un brio, une flexibilité d'expression qui ont en-
chanté l'auditoire et ont valu à la charmante pianiste une magnifique
ovation.
Mlle Baretti a une voix délicieuse et déjà très-exercée, mais il
manque à son talent un peu plus de finesse, de charme, et l'on peut
souvent désirer quelque chose de meilleur goût dans la composition
de ses fioritures et de ses points d'orgue.
On pourrait exiger de Géraldy un organe plus puissant, mais on ne
pourrait rendre avec plus de talent qu'il ne l'a fait la belle et franche
inspiration de Meyerbeer : la chanson du Chasseur, du Pardon de
Ploërmel, et l'air de Boïeldieu : Ah ! quel plaisir d'être soldat.
— M. Ravisy possède une jolie voix plutôt douce que forte. Chez
le jeune ténor l'instrument n'est pas tout : il a le goût, l'intelligence,
le sentiment musical ; il comprend les choses gracieuses et les dit
avec suavité ; il a de la chaleur et vocalise très-convenablement ; sa
voix de tête est souvent délicieuse, et le médium est bon ; mais dans
la voix de poitrine les sons élevés manquent d'aisance , d'ampleur,
et dans tous les registres on peut souhaiter parfois une plus grande
justesse. Toute la partie vocale de ce concert a été remarquable :
la méthode et le style n'en étaient pas absents , comme cela arrive
si souvent. Outre Balanqué , qui a bien chanté un air des ISoces de
Figaro , et avec M. Ravisy un duo de Masaniello , Mlle François a
été vivement applaudie ; cette cantatrice a fait de grands progrès :
sa voix vibrante, étendue, très-sympathique et toujours belle, a plus
de nuances , d'expressions diverses et est plus sagement conduite ;
elle a dit avec une sensibilité exemple de toute afféterie une mélodie
142
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
d'Alary, V Etranger, écrite , il nous a semblé , sur une touchante et
dramatique poésie de Mme Emile de Girardin.
Un trio de Fesca où il y a des choses ravissantes ; Souvenirs de
Bellini, de Nathan, que l'auteur a joués avec beaucoup d'expression :
deux jolis morceaux composés et exécutés par M. Chaîne , enfin un
solo de hautbois ont tour à tour été accueillis avec sympathie, quel-
ques-uns même avec enthousiasme. Nous n'aurions donc que des élo-
ges à donner aussi aux instrumentistes, si un solo de piano n'était
venu faire dissonance , et prouver, ce qui n'avait nullement besoin
de l'être, qu'un bon accompagnateur pouvait manquer de l'élégance,
de la souplesse et de la distinction qui font les bons solistes. C'est
le cas de redire :
Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier.
— Albertine Ségisser, charmante enfant dont la précoce intelli-
gence avait frappé tout le monde au concert de Kruger, où elle avait
déclamé plusieurs pièces de vers avec des intentions très-fines, donnait
lundi une soirée musicale et littéraire ; d'excellents artistes rehaus-
saient l'éclat de cette petite fête qui a été charmante. La Prière d'Es-
ther, des fables de Florian, et une scène dramatique de M. Blanvalet
ont été récitées par la toute jeune artiste de façon à justifier l'intérêt
et les sympathies qu'elle inspire; elle est fille d'un musicien de ta-
lent, d'un compositeur de mérite, dont les œuvres, ce soir-là, ont été
très-favorablement écoutées. Hammer, Kruger et Rignanlt ont fort
agréablement joué un trio de M. Ségisser, où il y a du savoir et des
pensées souvent brillantes. La flûte si mélodieuse et si sonore de
M. Amédée de Vroye a fait grand plaisir dans un duo du même au-
teur. Kruger a exécuté deux morceaux de sa composition avec les
qualités sérieuses qui, jointes à une grande distinction de style, don-
nent à son talent une supériorité aujourd'hui solidement établie.
— i. Telesinski, l'un des plus brillants élèves d'Alard, a donné
mardi, dans les salons Pleyel-Wolff, un fort joli concert que Mlle de
la Pommeraye, MM. Victor Capoul, René Douay n'ont pas peu contri-
bué à rendre charmant, et que Berthelier a égayé de ses piquantes et
spirituelles chansonnettes. Telesinski a joué deux morceaux d'Alard
avec cette justesse, ce brio, cet excellent style, cette sûreté, ces har-
diesses [d'archet qui rendent notre école de violon si belle et lui
assignent un rang si élevé dans l'enseignement du Conservatoire.
Le jeune artiste a exécuté encore avec une grande pureté et un
grand charme le quatuor op. lh de Beethoven; il a joué simplement
sa partie ; il y a trouvé l'expression convenable, chaleureuse ; il n'a
rien outré, pas même l'importance du premier violon, et il a satisfait
aussi pleinement ses auditeurs dans cet admirable ouvrage , que dans
les capricieuses fantaisies de ses deux soli. La soirée a été bonne pour
le brillant violoniste qui, depuis l'année dernière, a encore gagné en
vigueur et en variété de style. Mme Szarvady a captivé l'admiration
de l'auditoire en disant deux pièces de Chopin avec la vérité d'expres-
sion qu'elle apporte dans les compositions de tous les maîtres.
— M. Adolphe Fétis n'a fait entendre à son concert que deux courtes
et gracieuses pages de sa composition. La Légende des siècles, chant
sans paroles, a été exécuté sur l'harmonium par l'auteur avec beau-
coup de charme et un excellent style. S'il a emprunté le titre à un
grand poète, il n'a emprunté à personne l'élégance des mélodies et
les finesses de l'harmonie. Malgré une exécution presque défectueuse,
l'air de son opéra-comique inédit, ÏOnch Tranchard, a paru bien
fait et spirituellement écrit. Quand donc les chanteurs, si privilégiés
déjà par la nature, comprendront-ils qu'un bon musicien est mainte-
nant chose assez commune et que, seuls, ils ne sauraient être dis-
pensés des études que font bien plus longues et bien plus difficiles
encore les compositeurs et les instrumentistes? Géraldy, qui chante
toujours avec tant d'esprit et de sensibilité, a fait un plaisir extrême ;
et il eût été à désirer que les œuvres de M. Adolphe Fétis eussent pu
avoir un semblable interprète.
Mme Marie Pleyel a dit un adagio de Hummel avec une éloquence
qui n'appartient qu'à elle. La célèbre artiste possède à un degré sin-
gulièrement rare une qualité qui, dans les inextricables difficultés de
la musique moderne, est incomparable : elle ne perd jamais de vue le
point mélodique ; elle le fait briller, au contraire, dans la foule des
traits, comme si une seule voix, plus puissante que les autres, domi-
nait sur tout le chœur qui l'accompagne, la soutient et l'embellit. Il a
suffi à Mme Pleyel de jouer la Truite, si bien et si délicatement ornée
par Stephen Heller, et la Fileuse, de Litolff, pour obtenir un véritable
triomphe.
— Incontestablement, M. Camille Saint-Saens est l'un des meilleurs
talents, l'un des meilleurs fruits que puisse donner une école. Quoi-
que jeune, il compose depuis longtemps ; mais après avoir vite conquis
l'estime des artistes, il n'a guère fait de chemin dans l'opinion publi-
que. Tout le monde vous dira, pour l'avoir lu ou entendu quelque
part, que M. Saint-Saens est un artiste sérieux, instruit; mais nul ne
vous jouera ses œuvres. 11 y a comme cela, à Paris, une dizaine de
jeunes musiciens dont chacun ne parle qu'avec une certaine gravité, et
que le public ne connaît pas et ne connaîtra peut-être jamais. On le
sait, M. Saint-Saens joue toujours magistralement ; c'est un pianiste
classique dont le talent est grand, quoique un peu froid et un peu sec.
Ses œuvres ont été interprétées par lui et par MM. Dorus, Leroy,
Achille Dien, Armingaud, Lapret, Lalo, Jacquart et E. Lubeck. Rien
de tout ce que peut prêter une magnifique exécution n'a donc manqué
au compositeur, et pourtant nous ne saurions louer cette musique
sans réserve. Si elle est toujours intéressante, si elle captive l'esprit
elle est rarement belle et émouvante. L'harmonie, d'une sévère cor-
rection et parfois d'une grande hardiesse, n'est guère limpide : ce ne
sont que dissonances, retards et recherches de toutes sortes. Nous
en signalons l'abus, parce qu'il nous semble qu'on n'a recours à
toutes ces coquetteries de forme que lorque la pensée n'est ni assez
large, ni assez passionnée, ni assez franche pour marcher un peu plus
librement, et se montrer un peu plus simplement vêtue.
Dans le quintette, dans les duos pour piano et harmonium, dans
la fantaisie pour clarinette, dans le concerto pour violon, dans la
tarentelle, etc., il y a tout le talent qu'on peut souhaiter; il yen a
même peut-être trop. Si M. Saint-Saeifc pouvait joindre aux qualités
qui étincellent dans son style ce quelque chose qui restera le
secret de la pensée, de la passion et de la nature, nous comp-
terions assurément au lieu d'un compositeur plein de mérite, un
grand compositeur de plus. Toutefois mardi, à la soirée musicale
qu'il donnait dans les salons Erard, il a obtenu et devait obtenir
beaucoup de succès.
— Au deuxième concert de Louis Lacombe, on a entendu plu-
sieurs des jolies compositions qu'on avait applaudies au premier, no-
tamment des fragments de l'Amour pleins de chants heureux, frais et
finement harmonisés. Comme pianiste, Lacombe n'est plus discuté;
nul ne songe à lui contester un mécanisme savant et étudié, un style
pur, agrandi par une longue fréquentation des vieux maîtres. 11 est
difficile de mieux rendre qu'il ne l'a fait toutes les beautés de la sonate
en la de Beethoven, tout le caprice, toutes les fougues, toutes les
difficultueuses combinaisons d'une étude et d'une Kapsodie hongroise,
de F. Liszt. Mais comme compositeur, et malgré ses succès, peut-être
n'occupe-t-il pas encore toute la place qui lui est due. En écoutant
son trio en la mineur, où le violon de M. Kœmpel a ravi l'auditoire,
sa fantaisie dans le genre hongrois, — tous les genres sont bons, hors
un seul que Lacombe se garde bien de traiter, — on a pu voir que
l'auteur ne manquait ni de science, ni d'inspiration, ni d'initiative.
Dans cette fantaisie à deux pianos, l'auteur et Emile Forgues, c'es'.-à-
dire quatre mains des plus habiles, se sont fait applaudir avec une
chaleur méritée autant par leur style que par le brio de leur exécution.
Une des plus jolies mélodies qu'ait écrites Lacombe est sans contredit
celle qui lui a été inspirée par une pièce d'Uhland : le Château près
de la mer. La musique, pleine de charme et de mélancolie, s'ac-
DE PARIS.
lij}
corde merveilleusement avec les paroles et transporte l'imagination
dans les temps de rêveuse et naïve poésie. Mlle Stella Co'.as a dit
avec beaucoup de sentiment un monologue de Méry, et la Fiancée du
timbalier, de Victor Hugo.
— M. Hans Seeling a fait entendre, dans les salons Erard, ses com-
positions pour piano. Il les a exécutées en musicien élevé à bonne
et sérieuse école et elles ont été fort goûtées, moins cependant que ne
le méritent leurs qualités de style. Le travail en est excellent, mais
l'auteur se complaît peut-être trop longtemps dans la même idée ; il
la retourne en tous sens, il l'épuisé et ne se décide à la quitter que
quand elle a passé par toutes les marches d'harmonie, toutes les mo
dulations, qui, si elles offrent de l'intérêt, ne sont pas sans monotonie
pour ceux qui veulent plus d'élan, de passion et une plus grande
abondance mélodique. Quoi qu'il en soit, M. Seeling est un pianiste,
un musicien de beaucoup de talent; il a l'élégance et la forme, le
fond se colorera. Si ses œuvres n'ont pas les grâces séduisantes, les
coquetteries de jolies et pimpantes petites pièces qu'on publie chaque
jour, elles ont de la pureté et de l'élévation; elles prouvent de bonnes
études, une organisation fine, délicate et distinguée qui aspire aux
choses durables et qui est tout imprégnée du parfnm des maîtres.
Il serait difficile de dire combien de fois nous avons entendu cet
hiver, dans les concerts et dans les salons, l'air de l'Ombre, du
Pardon de Ploêrmel. Cette page, l'une des plus fraîches et des plus
exclusivement mélodiques qu'ait écrites l'illustre maître, est vite de-
venue la favorite de toutes les cantatrices. Elles imitent le mieux
qu'elles peuvent la grâce incomparable, les vocalises de Mme Cabel.
A son tour Mlle Baretti l'a chantée à ce concert et y a obtenu beaucoup
de succès.
Adolphe BOTTE.
Concert de Mme Gaveaux-Sabatier. — Une opérette
de IKSle Tliys. — Msne Sievers.
Mardi, à la salle Herz, Mme Gaveaux-Sabatier donnait son concert
annuel. Il y avait beaucoup de monde. Le programme était fort riche,
trop riche même ; car la première partie comprenait neuf morceaux,
la deuxième, un petit opéra, et la troisième, des chansonnettes.
Comme il ne fallait pas moins de quatre heures pour exécuter tout
cela, il eût été rationnel de commencer à 8 heures pour finir à minuit,
ce qui aurait été déjà suffisant ; mais les concerts se sont mis sur le
pied de lutter avec les théâtres, et c'est à qui finira le plus tard ; aussi
la soirée de Mme Sabatier n'ayant commencé qu'à 9 heures, minuit
sonnait sur le finale de l'opérette. Ceux des auditeurs qui ont tenu à
en avoir pour leur argent et à entendre les chansonnettes de M. Castel,
ont dû rentrer chez eux à 1 heure du matin. Nous ne saurions trop
nous élever contre cette coutume qui fait d'un plaisir une fatigue, et,
dans l'intérêt même des donneurs de concert si nombreux aujourd'hui,
nous devons leur dire que deux heures de musique, si bonne qu'elle
soit, sont une mesure raisonnable, et qu'en persistant dans la voie où
ils sont entrés, ils finiront par jouer ou chanter dans le désert. Nous
sommes d'ailleurs étonné que les propriétaires des salles, à la charge
desquels est l'éclairage et dont les frais augmentent en raison de la
durée, ne soient pas les premiers à la limiter, et surtout que la police
qui soumet les théâtres à l'obligation de finir à minuit, n'impose pas
la même règle aux salles de concert. Nous croyons que tout le monde
y gagnerait, et la partie du public qui se montre exacte n'aurait pas
du moins à souffrir de l'inexactitude de celle qui se fait attendre.
Sur les neuf morceaux de la première partie, trois étaient consacrés
au violon et exécutés par Lecieux. On eût pu sans inconvénient en
retrancher deux ; l'instrument de cet artiste, au talent duquel nous
rendons d'ailleurs justice, n'était pas en voix ce soir-là, et nous ne
l'avons retrouvé lui-même que dans la fantaisie qu'il exécutait pour la
première fois. Mlle Joséphine Martin et Alexandre Batta, la première
dans un menuet et dans l'Ouverture des chasses, le second dans les
Souvenirs de Gluck, fantaisie pour le violoncelle, ont fait un très-
grand plaisir et ont été parfaits; c'est, au reste, leur habitude.
Mme Sabatier était arrivée souffrante et n'a pu chanter qu'un morceau ;
son partenaire fidèle et dévoué, Jules Lefort, qui avait réclamé pour
elle l'indulgence, l'a valeureusement suppléée en chantant avec sa
voix sympathique deux chansons remarquables de Membrée, Page,
écuijer, capitaine et Chanson d'amour ; il a dit de plus une scène de
Mme Clémentine Batta, la Vision du Dante, accompagnée par Batta, et
qui a été fort goûtée.
Après une bonne demi-heure d'entr'acle consacré à la pose d'une
décoration dont l'utilité ne nous a pas semblé bien démontrée, la
Perruque du bailli a commencé. C'est une paysannerie. Louison, jeune
orpheline, attend un mari du choix de sa tante ; ce mari sera Mathu-
rin, fermier peu dégourdi, mais qui aime considérablement Louison,
à laquelle, sous un prétexte délicatement trouvé, il a déjà donné l'hé-
ritage de son oncle le bailli dont il n'a conservé que la perruque.
Seulement il s'agit de se faire agréier, comme il dit, et la chose n'est
pas facile, car Louison a été éduquée et il s'en faut que lelangage et les
manières de Mathurin répondent au ton de la jeune fille. On a répété
souvent à Mathurin, en lui parlant de son oncle le bailli, qu'il y avait
beaucoup d'esprit sous sa perruque ; prenant la chose à la lettre il
s'imagine qu'en s'affublant de cette perruque elle lui inspirera le cou-
rage et lui suggérera les belles paroles qui peuvent toucher le cœur de
son amoureuse. L'épreuve ne lui réussit pas précisément, mais elle
amène une explication qui apprend à Louison tout ce qu'elle doit au
bon cœur et à la tendresse de Mathurin, et elle comble ses vœux
en l'agréiant pour mari.
Les paroles et la musique de ce petit opéra de salon sont de
Mlle Thys qui compte déjà plusieurs succès dans ce genre. On peut
reprocher à la Perruque du bailli un peu de langueur dans l'action
qui manque de mouvement et de vivacité; mais le dialogue en est
naturel et semé de mots heureux. L'exécution musicale s'est un
peu ressentie de l'indisposition de Mme Sabatier qui a dû passer son
air principal ; la partition s'est donc réduite pour nous à quatre ou
cinq morceaux, et nous devons dire qu'ils se distinguent par une cou-
leur villageoise bien saisie ; la romance chantée par Mathurin a du
charme et de la sensibilité ; les couplets-ronde entre ce dernier et
Louison et qui sont heureusement ramenés à la fin de l'ouvrage, ont
une allure franche et naturelle; le duo de la déclaration est bien en
situation ; il a été fort applaudi et méritait de l'être. En somme c'est
un nouveau succès pour Mlle Thys qui travaille sérieusement à s'ou-
vrir les portes de nos théâtres lyriques. M. Biéval a joué avec beau-
coup de rondeur et chante avec expression le rôle de Mathurin.
Mme Sabatier, que le temps semble oublier dans sa course destruc-
trice, s'est montrée charmante comédienne et a chanté de manière à
faire regretter l'air qu'elle a cru devoir passer.
— Jeudi, 12 avril, a eu lieu, dans la salle Pleyel-Wolff, le concert
de Mme Sievers. Quoiqu'il n'eût pas été annoncé, ce concert avait
réuni une société nombreuse, élégante et choisie, et ce qui est
assez rare, même à Paris, une société de dilettantes éclairés. Le ta-
lent éminent de Mme Sievers, comme organiste, a été trop bien ap-
précié dans notre journal même par le plus compétent des juges,
M. Fétis, pour que nous ayons autre chose à faire qu'à répéter ses
éloges; une élégance achevée, un goût infaillible, un sentiment exquis,
une méthode parfaite ne sont pas les seules qualités de Mme Sievers ;
elle a joué sur l'orgue un morceau inédit de sa composition qui a
produit la plus profonde impression. Mme Sievers, qui réunit plu-
sieurs talents, a chanlé, en s'accompagnant sur son instrument de
prédilection, plusieurs morceaux avec un style où se reconnaissait
évidemment l'artiste consommée. Le programme annonçait plusieurs
morceaux chantés par Mlle la Morlière qui, attendue jusqu'au dernier
144
IlEVUE ET GAZETTE MUSICALE
moment, n'a pas cru devoir se présenter. Dans un joli trio de Ni-
colo, que le public a rarement l'occasion d'entendre, Mme Sievers
s'est chargée à l'improviste de la partie que devait chanter Mlle la
Morlière, et elle l'a chantée de manière à ne pas laisser aux audi-
teurs le moindre regret au sujet de l'artiste absente.
M. René Douai, l'excellent violoncelliste dont la place est marquée
depuis longtemps dans le inonde arliste, M. Pagans, l'élégant ténor,
et l'un des élèves les plus distingués de Mme Sievers, M. de V..., qui
a fait preuve d'un vrai talent, ont partagé avec Mme Sievers les fa-
tigues et les honneurs de la soirée.
S. D.
Mardi, 10 avril, les deux théâtres Italiens de Londres ont ouvert
leurs portes au public.
Le théâtre de la Reine, sous la direction de M. Smith, donnait Maria,
de M. de Flotow; Giuglini remplissait le rôle de Lionel, Ronconi ce-
lui de lord Tristan, et Mlle Titjens celui de lady Henriette. Le ballet
de Fleur des champs, de Massot, terminait le spectacle.
Le dernier chef-d'œuvre deMeyerbeer (ilPelegrinaggio), le Pardon
de Ploënnel, avait été choisi par M. Gye pour l'ouverture du théâtre
de Covent-Garden. Un grand attrait de curiosité s'attachait à cette
représentation, dans laquelle débutait Faure à côté de Mme Miolan-
Carvalho et de Gardoni. Ces deux derniers artistes ont retrouvé leur
succès de l'an dernier. L'air de la Berceuse , adorablement dit par
Mme Carvalho, a été bissé avec enthousiasme. Quant à Faure, voici
comment s'exprime sur son compte le journal le Times :
« Il signor Graziani a laissé un si bon souvenir de l'exécution de son
» rôle comme vocaliste que parterre et loges n'ont point été médiocre-
» ment surpris et impressionnés par la voix et le jeu de M. Faure. C'est
» un baryton sans rival, même en France ; c'est un acteur consommé.
» L'idiome italien, malgré les difficultés qu'il présente à un étranger,
» n'a nullement embarrassé M. Faure pendant le cours des représenta-
» tions d'hier. Il faut reconnaître tout d'abord qu'il est rare de trouver
» réunis physique, organe, intelligence dramatique et élocution parfaite.
» Bien que sa prononciation décèle son origine, M. Faure a évité toute
•< teinte d'affectation si commune parmi ses compatriotes transplantés
» sur notre sol. Chacun a admiré l'aisance avec laquelle il nuançait les
» diverses situations de son rôle. Sa bonhomie dans le premier acte,
» son attitude pendant que Dinorah dessille les yeux de sa dupe, son
» repentir et son désespoir au troisième acte, nous ont donné la mesure
» du comique parfait et de la sensibilité vraie dé l'artiste interprêtant
» la pensée de Meyerbeer et s'élevant à sa hauteur. Aussi M. Faure a-t-il
» produit une profonde et heureuse impression sur toute la salle. On
» lui a redemandé en masse le Sei vendicata assai, qu'il a répété avec
» une aisance parfaite et un sentiment admirable. Le triomphe de
» M. Faure est complet. Et si, dans les rôles qui lui reviennent, nous le
» retrouvons tel que nous l'avons vu hier, facile, naturel, parfait, nous
» constaterons que depuis bien des années l'Opéra-Italien n'a fait une
» aussi précieuse acquisition. »
Le Pardon de Ploêrmel a été donné pour la seconde fois jeudi avec
le même succès.
Au théâtre de Sa Majesté, le jeudi, Mme Borghi-Mamo a fait son
apparition dans la Favorite; la célèbre cantatrice a obtenu un im-
mense succès dans ce rôle qui est peut-être le plus beau de son
répertoire.
A propos des engagements faits cette année par les deux théâtres
rivaux, le Musical World fait remarquer que c'est l'élément étranger
qui domine dans les deux troupes soi-disant italiennes. En effet, à
Covent-Garden, Mme Miolan-Carvalho, Mme Nantiée-Didier, Faure et
même Tagliafico sont Français ; Zelger est Belge, et Mme Czillag,
primo-contralto, est Allemande. Au théâtre de Sa Majesté, la prima-
dorraa assoluta, Mlle Titjens, est Allemande, et Mme Marie Cabel,
Mlle Marie Brunet, Gassier, Everardi (Everard) et Vialetti (Vialette)
sont Français.
REVUE DES THÉÂTRES.
Gymnase : Jeanne qui pleure et Jeanne qui rit, comédie en quatre
actes, par MM. Dumanoir et de Kéraniou. — Variétés : les Amours
de Cléopâtre, vaudeville en trois actes, par MM. Marc-Michel et
Delacour. — Palais- Royal : Un bal sur la tête, vaudeville de MM. Si-
raudin et V. Bernard.
Nous ne sommes pas de ceux qui font un crime aux pièces de
leurs ressemblances avec d'autres, surtout lorsque le temps a passé
sur ces dernières et les a fait presque oublier. Le public se préoc-
cupe fort peu de ces sortes de choses, et pourvu qu'une scène l'amuse,
il ne se demande pas si elle a amusé une précédente génération. 11 est
bien entendu que nous ne parlons ici que d'analogie, et non pas de
plagiat. Encore faut-il faire une restriction â propos des ouvrages
dramatiques qui, bien que déjà anciens, sont cependant restés cé-
lèbres.
Ainsi, que la nouvelle pièce du Gymnase, Jeanne qui pkure et Jeanne
qui rit, emprunte ses principales situations à Théobald, qu'on ne voit
plus depuis longtemps sur l'affiche, nous n'y trouvons pas un bien
grave inconvénient ; mais il existe au Théâtre-Français une seconde
édition de Théobald, qui se joue toujours, et pour les spectateurs qui
viennent d'applaudir la Joie fait peur, la comédie de MM. Dumanoir
et de Kéraniou perd peut-être un peu de son attrait.
Néanmoins, nous devons convenir qu'elle est faite avec assez d'ha-
bileté pour effacer en partie ce désavantage. Ce qui lui donne d'ailleurs
un certain air de nouveauté, c'est l'opposition très-adroitement présentée
et très-heureusement soutenue du caractère de Jeanne quiritel de celui
de Jeanne qui pleure. Comme on le pense bien, ce double titre ren-
ferme une contre-vérité qui amène des situations pleines de surprises
et de larmes. Le colonel Rey est tombé sur un champ de bataille quel-
conque en Afrique ; un jeune chirurgien, son ami, s'est chargé de
remettre à sa famille des papiers importants qu'il lui a confiés avant
de mourir. Lorsque ce jeune homme se présente pour s'acquitter de
sa mission, il trouve la veuve et la sœur du colonel, qui forment l'en-
tourage de sa vieille mère aveugle, le rire aux lèvres et le plaisir en
tète. Indigné d'une pareille sécheresse de cœur, Maurice Borel s'éloigne
de ces deux femmes, et se rejette du côté d'une autre veuve, Jeanne
Vanneau, inconsolable de la perte récente de son mari. Renonçant à
la sœur du colonel qu'il devait épouser, il porte ses vues sur celte
veuve modèle. Mais le notaire de la famille Rey lui ouvre les yeux, et
lui fait comprendre que, sous cette joie factice qui a pour but de ca-
cher la mort du colonel à sa vieille mère, se cache une douleur
poignante, tandis que la tristesse de Jeanne Vanneau n'est qu'une in-
digne comédie. Le retour des deux maris ressuscites offre à Maurice
Borel l'occasion de se convaincre que le notaire lui a dit vrai, et il re-
tourne définitivement à la sœur de son ami.
Le dernier acte de cette pièce, remarquablement joué par Mme Rose
Chéri et par Mlle Victoria, en a décidé le succès et a fait pardonner
toutes les réminiscences dont nous avons parlé et auxquelles nous
ajouterons Lady Tartufe, de Mme de Girardin. Le personnage de
Maurice Borel est interprêté par un débutant du nom de Desrieux
qui a commencé h la Porte-Saint-Martin et qui nous semble beaucoup
mieux placé au Gymnase.
— Savez-vous comment on se débarrasse d'une maîtresse? M. Léon
Gozlan nous l'a appris dans une nouvelle qui porte ce titre et dans
une petite comédie intitulée la Fin du roman. La même solution sert
de dénouement aux Amours de Cléopâtre, vaudeville en trois actes,
qui fait en ce moment recette au théâtre des Variétés. L'Antoine de
cette Cléopâtre se nomme Gulistan; il est sur le point d'entrer en
ménage avec la fille d'un ancien marchand de bouchons ; mais
DE PARIS.
145
Cléopâtre a découvert la trahison de son amant, et elle s'acharne si
bien après lui qu'elle finit pas faire manquer ses projets d'établisse-
ment et par le confisquer à son profit ; d'où il résulte que Gulistan
ne parvient à se débarrasser de sa maîtresse qu'en l'épousant. Trois
actes sont peut-être bien un peu longs pour cette donnée légère ; le
public a même failli donner son opinion à cet égard d'une manière
fâcheuse ; mais les vives et coquettes séductions de Mlle Alphonsine
ont conjuré l'orage, et tout fait supposer que son union avec Gulistan
sera longue et fortunée.
— Les tribulations d'un auteur dramatique qui va se loger au fond
du Marais pour travailler plus tranquillement, et dont les belles réso-
lutions sont contrariées par une soirée bruyante qu'on donne à l'étage
supérieur, tel est le sujet de la petite pièce que le Palais-Royal appelle
Un bal sur la tête. L'accueil favorable qu'elle a reçu lui présageait
un bon nombre de représentations qui sont provisoirement entravées
par une maladie de Gil-Perès, mais il y a tout lieu d'espérer que,
sous très-peu de jours, cet excellent artiste sera rétabli, et qu'Z7« bal
sur la tête reprendra sa place à côté de la Sensitive, dont le succès
n'est pas près de se ralentir.
D. A. D. SAINT- YVES.
NOUVELLES.
**„. Au théâtre impérial de l'Opéra, la représentation des uguenots,
donnée lundi dernier, a offert aux deux artistes principaux, Gueymard
et Mme Barbot, l'occasion d'obtenir un nouveau succès dans les rôles de
Raoul et de Valentine. Belval et Cazaux, dans ceux de Marcel et de Saint-
Bris ; Mlles Hamakers et Delisle, dans ceux de la reine et du page Ur-
bain, ont aussi mérité des bravos. — Le Comte Ory et les Elfes compo-
saient le spectacle de mercredi. Vendredi, on a donné Guillaume Tell.
*** Les représentations de Pierre de Médicis sont toujours arrêtées
par la maladie de Mme Gueymard-Lauters. On espère cependant qu'elle
pourra reprendre son rôle la semaine prochaine.
»% Les sœurs Marchisio sont arrivées et elles sont déjà en possession
de leurs rôles dans Sêmiramis ; la langue française leur est très-familière
et les études vont marcher très-rapidement. Il y a même tout lieu de
penser que les chanteurs seront prêts avant les décorateurs; car aucune
recherche n'a été omise pour mettre ces derniers à même de nous
montrer l'antique Babylone dans toute sa splendeur. Le rôle d'Assur
est confié à Obin.
*** Mlle Marie Sax a eu l'autre semaine, à l'Opéra, une audition qui
lui a été favorable.
**„, L'arrêté ministériel relatif au diapason normal sera mis en
exécution à l'époque où la Sêmiramis doit être représentée.
*** Le Pardon de Phérmel, joué mardi, a fait 5,500 fr. de recette.
Mme Cabel y a déployé sa vocalisation prodigieuse : Troy, Sainte-Foy et
Barrielle ont eu leur part accoutumée dans les suffrages que le public n'é-
pargne pas.
*% Maintenant que le Roman d'Elvire, le charmant opéra d'Amb. Tho-
mas, a repris sa marche régulière, le public peut se convaincre que depuis
longtemps on ne lui avait donné une comédie lyrique aussi amusante et
une musique mieux appropriée au sujet. Aussi le succès grandit-il à
chaque représentation.
»% Une indisposition assez sérieuse oblige en ce moment Couderc à
s'éloigner de la scène. Le rôle qu'il devait jouer dans le Château- -Trom-
pette sera rempli par Mocker. On annonce l'ouvrage pour l'un des der-
niers jours de la semaine.
*** Le privilège du théâtre Lyrique, qui devait expirer au mois de
février 1861, avait été récemment renouvelé au profit de M. Carvalho,
et prolongé jusqu'au mois de février 1867. M. Réty a donc un peu plus
de six années d'exploitation assurées par l'acte officiel.
„% Mlle Mari mon passe du théâtre Lyrique à celui de l'Opéra-Co-
mique.
*% On annonce que le traité passé entre la ville de Paris et l'entre-
preneur chargé de la construction des deux théâtres de la place du
Châtelet, c'est-à-dire du théâtre Impérial (ancien Cirque) et du théâtre
Lyrique, vient d'être approuvé par l'autorité supérieure. Aux termes de
ce traité, et moyennant une somme de 4,300,000 fr., l'entrepreneur
doit, dans un délai de dix-huit mois à partir du jour où le terrain lui sera
livré, avoir terminé les deux théâtres, non-seulement comme maçonne-
rie et couverture, mais comme décoration inférieure. En un mot, à
l'expiration des dix-huit mois, les deux salles doivent être ouvertes au pu-
blic.
**,„ Le Faust, de Gounod, joué récemment à Strasbourg avec un très-
grand succès, a été représenté cette semaine à Rouen. Le compositeur
assistait au spectacle et a dû repareitre, ainsi que M. Halanzier, le di-
recteur, après la chute du rideau.
„% Vendredi 27 aura lieu au théâtre Italien une représentation ex-
traordinaire qui doit vivement piquer la curiosité publique. Le Théâtre
des Bouffes-Parisiens donnera Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach ,
avec les chœurs et l'orchestre des Italiens, et la danse de l'Opéra pour le
tableau final des Enfers. Les comédiens français donneront une des plus
charmantes pièces de leur répertoire; un pas dansé par deux artistes de
l'Opéra complétera cette représentation, une des plus attrayantes que
l'on ait donnée depuis longtemps. Mardi 17, aux Bouffes-Parisiens, pre-
mière représentation du Petit Cousin, paroles de MM. Rocliefort et Deu-
lin, musique de M. le comte Gabrielli.
*% Par arrêté en date du 1 de ce mois, S. Exe. le ministre d'Etat a
nommé M. Ernest Mocker, l'excellent artiste et régisseur du théâtre im-
périal de l'Opéra-Comique, professeur de la classe d'opéra-conrque au
Conservatoire, en remplacement de M. Moreau-Sainti, décédé. C'est un
choix que le public approuvera d'une voix unanime.
*** C'est aujourd'hui dimanche, à une heure, qu'aura lieu la première
séance de l'école spéciale de chant dirigi'e par G. Duprez. On y exécu-
tera/canne d'Arc, opéra inédit de sa composition, en trois actes et six
tableaux, avec chœurs, orchestre, décors et costumes.
*** Si Mlle Balfe n'a pas contracté d'engagement avec le théâtre
de Saint-Pétersbourg, il y a pour cela un excellent motif. On annonce
que la jeune cantatrice vient d'épouser sir John Cramplon, ambassadeur
d'Angleterre à Saint-Pétersbourg, âgé de cinquante-trois ans, et qui lui
a immédiatement fait don d'une inscription de rente au capital de
1,250,000 fr. (50,000 liv. st.)
*** Notre sœur d'Italie, la Gazzetta musicale de Milan, nous reproche
avec une aigreur peu fraternelle une de ces erreurs qui se commettent
et s'excusent si facilement dans les journaux. Au lieu de dire, ce qui est
très-vrai, que l'ouverture du Pardon de Ploërmel avait été exécutée deux
fois de suite à Elorence, au théâtre de la Pergola, nous avons dit à la
Scala, ce qui est un crime irrémissible. Notre confrère croit-il donc que
nous ne sachions pas distinguer les deux théâtres? Nous faisons mieux,
et nous souhaitons sincèrement qu'en fait d'ouvertures la Scula ne soit
jamais plus malheureuse que la Pergola.
„*,, Le célèbre ténor Bordas vient de donner avec Mme Laget-Plan-
terre des représentations très-brillautes et très-suivies à Nancy et à Metz;
c'est surtout dans Robert le Diable que Bordas se montre avec le plus
d'éclat. Les deux artistes sont attendus à Strasbourg, d'où ils reviendront
à Nancy, où le directeur les redemande encore.
„.*„. Le concert donné hier à l'Hôtel de ville a été très-brillant.
Mlle Monrose et Montaubry y ont chanté, la première son grand air du
Roman d'Elvire; le second sa délicieuse romance du même opéra. Alard
a exécuté sa belle fantaisie sur la Muette, et l'orchestre de Pasdeloup
s'est signalé par la manière dont ii a rendu l'ouverture de Struensée, de
Meyerbeer.
„*, Une grande solennité, d'un genre tout à fait neuf, se prépare en
ce moment, et s'accomplira', selon toute apparence, vers la fin du
mois. Il s'agit non-seulement d'un concert, mais d'une suite de concerts
destinés à se perpétuer d'année en année, c'est-à-dire d'une véritable
institution musicale, qui aura pour fondateur un de nos compositeurs
les plus distingués, M. Beaulieu, de Niort, correspondant de l'Institut, à
qui nous devons déjà la grande association musicale de l'Ouest. D'après
le vœu du fondateur, ces concerts seraient destinés à faire entendre de
la musique vocale des grands maîtres que l'on n'exécute pas ordinaire-
ment en public, parce que l'on craint que son influence ne soit pas
assez attractive, Cette musique serait puisée dans toutes les écoles, ainsi
que dans tous les genres , et rien ne manquerait de ce qui est humaine-
ment possible à la beauté de son exécution. Aujourd'hui nous n'entre-
rons pas dans de plus longs détails : il nous suffit d'avoir indiqué la
pensée première qui dirige M. Beaulieu dans sa noble entreprise; bien-
tôt nous aurons l'occasion d'y revenir et de nous expliquer avec plus
d'étendue sur le projet même et sur les moyens employés pour le réaliser.
„'*., Le jeune et célèbre violoniste Becker est depuis peu de temps à
Londres. Déjà il a été appelé à Windsor, et il a eu l'honneur de jouer
devant Sa Majesté qui a daigné le féliciter elle-même. La Société philhar-
monique l'a engagé pour la saison comme premier violon solo. En outre,
on raconte que le lendemain d'un concert donné à Saint-James-IIall, où
Cecker avait joué la sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer, un riche
amateur de musique lui écrivit une lettre des plus flatteuses pour le
prier d'accepter un violon magnifique, comme témoignage de la vive
admiration qu'il professe pour son talent.
t*t Une très intéressante solennité a eu lieu à Saint-Eustache jeudi
dernier, à l'occasion de l'inauguration des grandes peintures faites dans
cette église. S. Em. le cardinal-archevêque de Paris, M. le sénateur
préfet de la Seine, MM. les membres du conseil municipal de la ville de
Paris et de la commission des beaux-arts assistaient à celte cérémonie.
A cette fête des arts, la grande et belle musique n'a point été oubliée.
Pendant le le Deum et la distribution des médailles aux artistes peintres
par M. l'abbe Simon, curé, M. Edouard Batiste, professeur au Conserva-
146
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
toire, organiste de la paroisse, a exécuté avec une grande perfection
des pièces d'orgue de Frescobaldi, Haendel, J.-S. Bach et Couperin,
dont les médaillons ornent l'admirable buffet d'orgue que M. Baltard,
architecte, a dessiné et fait construire pour Saint-Eustache. Cette solen-
nité s'est terminée par un salut solennel à grand orchestre. M. Tam-
berlick a chanté de la manière la plus remarquable un motet, Domine
Deus, de M. Bonetti.
„% Le jour de Pâques, une messe à grand orchestre de M. Peny,
professeur de chant dans les écoles communales de la ville de Paris, a
été exécutée à l'église Sainte-Marguerite. Cette œuvre renferme de
bonnes parties. L'orchestre et les chœurs ont marché avec beaucoup
d'ensemble, grâce à l'intelligente et habile direction du maître de cha-
pelle de la paroisse, M. Charles Bleuse, dont le talent d'organiste est
très-remarquable.
„% Mansour, pianiste égyptien, donne un concert le 28 avril, salle
Pleyel ; il y fera entendre des œuvres de sa composition, et entre autres
un trio pour piano, violon et violoncelle, avec Herman et René Douay.
Mme Cabel veut bien lui prêter son concours.
„*„ L'empressement manifesté par le public pour les deux concerts de
M. G. Jacobi ont déterminé le jeune violoniste à en donner un troisième
qui aura lieu le 21 de ce mois dans la salle Beethoven, avec le concours
de M. Marochetti et de Mlle Baretti.
*% Le jour de Piques a été fêté d'une manière splendide à l'église
de Neuilly. L'excellent directeur du chant, M . l'abbé Boyer, a fait exé-
cuter la messe en fa de Mozart avec une précision remarquable. La
jolie voix de ce jeune prêtre a été particulièrement distinguée dans
plusieurs solos. M. Hess touchait le grand orgue, et M. Martin, l'orgue
d'accompagnement .
#%Lundi23 avril, à 8 heures du soir, aura lieu, dans lasallellerz, le con-
cert de Mlle Bochkoltz-Falconi,. qui, outre plusieurs morceaux classiques, y
fera entendre les brillantes variations composées pour elle par G. Héquet,
et quelques-unes des mélodies de sa composition qui viennent de paraître
chez l'éditeur Maho Le concours de la Société chorale Teutonia, sous
la direction de VI. Jules Offenbach, ainsi que celui de MM. Ch. Lebouc ,
Kruger et Chaîne, assurent un grand intérêt à cette soirée, dont nous
donnerons le programme.
*** ' a matinée annuelle de notre excellent contre-bassiste, A. Gouffé,
aura lieu mercredi prochain, 18 avril, dans les salons Pleyel-Wolff.
Voici le programme de cette intéressante séance : 1° Quintette de Mozart,
pour 2 violons, y altos et violoncelle, exécuté par MM. Rignault, Guerreau,
Casimir-Ney, Adam et Lebouc; 2° Fragments d'un quintette de M. Adolphe
Blanc, pour piano, flûte, clarinette, cor et basson, exécutés par Mme
Maltmann, MM. Brunot, Rose, Mohr et Jancourt; 3° Adagio en sol de
Franchomme. exécuté par M. Lebouc; A° Andante et finale du 26e quin-
tette d'Onslow, pour 2 violons, alto, violoncelle et contre-basse, exécutés
par MM. Guerreau, Rignault, Casimir-Ney, Lebouc et Gouffé ; 5° Sicilienne
composée et variée, pour la contre-basse, exécutée par M. Gouffé ; 6° Frag-
ments d'une sonate pour piano et cor, exécutés par Mme Mattmann et
M. Mohr; 7° Andante et finale d'un quatuor de Haydn, pour 2 violons,
alto et violoncelle, exécutés par MM. Rignault, Guerreau, Casimir-Ney
et Lebouc ; 8° Fragments d'un quintette de Beethoven (le septuor), exé-
cutés par MM. Guerreau, Rignault, Casimir-Ney et Gouffé; 9° Solo de
piano, exécuté par Mme Mattmann.
t*t Le deuxième concert d'Henri Ketten aura lieu demain 1 6, à 8 heures
du soir, dans les salons Pleyel. Le jeune pianiste prodige exécutera avec
Maurin et Chevillard le grand trio en ré mineur, de Mendelssohn, la
Fiteusc, du même; une œuvre posthume de Chopin, etSaltarello, d'Alkan;
l'adagio et finale du trio en si bémol, de Beethoven; un concerto ita-
lien de Seb. Bach, et la grande marche du Tannhauser, arrangée par Liszt.
Maurin jouera la romance en sut de Beethoven et une Rêverie, caprice de
Berlioz, pour violon solo.
t*t Bruxelles, Anvers et plusieurs autres villes de la Belgique ap-
plaudissent en ce moment Gariboldi dont le talent comme flûtiste est des
plus distingués, et qui y joint celui d'un compositeur très-gracieux.
„*„ 11 vient de paraître une remarquable photographie de MM. Pierre
Petit et Trinquart, représentant Roger dans le quatrième acte de la
Favorite. La physionomie est d'une admirable expression .
**„ Le concert donné par Arban au Casino le Samedi Saint a été très-
brillant. Le bénéficiaire y faisait exécuter pour la première fois la
Schiller- Marsch, de Meyerbeer, et ce magnifiquemorceau, très-bien rendu
par l'orchestre, a produit le plus grand effet. Arban ne pouvait moins
faire pour son auditoire que de lui jouer quelque chose sur son instru-
ment de prédilection. Le solo qu'il a exécuté sur le cornet à piston
a soulevé plusieurs salves d'applaudissements. Un très-grand succès a
également accueilli l'exécution du quadrille nouveau qu'il a composé sur
le Roman d'Elvire. Il fait on ne peut mieux ressortir les délicieux motifs
du nouvel opéra d'Ambroise Thomas, et il a été enlevé avec un admirable
entrain.
„*„, Le concert au bénéfice de la Société allemande de bienfaisance,
organisé par les soins de M. Kruger, aura lieu le samedi soir, 21 avril,
à la salle llerz. Les artistes les plus distingués ont bien voulu promettre
leur concours à ce concert, qui sera digne de ses aînés. On trouve des
billets chez les principaux éditeurs de musique.
t% Dans le concert que donnera Mme Caroline de Beaulieu, chez
Pleyel-Wolff, on entendra d'abord un quintetto de Reissiger et plusieurs
morceaux d'Emile Prudent, qui permettront à l'habile pianiste de dé-
ployer son remarquable talent.
**„ Le concert de L. B. Brassin a été remis au lundi 16 avril.
„*„. L. Bohrer, le célèbre violoncelliste, a passé quelques jours à Paris
avant de se rendre au Brésil où l'appelle un très-brillant engagement.
j** Un concours pour deux places de premiers violons à l'orchestre
du théâtre impérial de l'Opéra-Ccmique aura lieu le 17 de ce mois au
dit théâtre, à dix heures du matin.
»% Un compositeur de musique, M. F. Couplet, vient de mourir à
Paris.
*** Le célèbre danseur et mime italien, Segarelli, que nous avons vu
débuter dans le Corsaire, à l'Opéra, vient de mourir à Milan d'une atta-
que d'apoplexie. Il n'était âgé que de quarante-trois ans.
**,: Mlle Luigia Rollandini, prima donna , a péri, en revenant de
Bahia à Meranaho, sur le vapeur la Princesse de Joinville; l'embarca-
tion sur laquelle était montée cette jeune artiste avec Mme Galli et
M. Garcia, a sombré, et tous trois sont tombés à la mer ; ces deux der-
niers passagers ont pu être sauvés. Un pauvre pêcheur s'élança dans les
flots pour porter secours à Mlle Rollandini, mais lui-même fut victime
de son dévouement, et périt laissant une veuve et trois petits enfants.
Voici qui peut donner une idée du point où en est la civilisation dans
ce pays. Il a fallu faire escorter par des agents de la police le cadavre
de l'infortunée cantatrice, pour le soustraire à la rapacité de la populace,
qui voulait le dépouiller de ses habits et de ses bijoux.
„.** Louis Boehner, connu sous le nom de : le musicien ambulant, est
mort à Gotha, le 28 mars dernier, dans sa soixante - quatorzième
année. Il était né dans un village du duché d3 Gotha. Boehner a été
dans son temps un virtuose - compositeur en renom : de nombreu-
ses productions témoignent de son talent. C'était un homme bizarre,
jaloux de son indépendance, impatient de toute gène, et qui se plaisait
à errer ça et là, au hasard ; il repoussa constamment toute offre qui lui
aurait assuré une position en l'enchaînant à un emploi. Dans ses dernières
années, Boehner en fut réduit à traverser l'Allemagne à pied, cherchant
à se défaire de ses œuvres, qu'il donnait à bas prix pour vivre.
*% Un artiste dont le nom restera dans l'histoire de la musique
militaire, Joseph-David Buhl, ancien chef de la musique des gardes
du corps du roi, vient de mourir à Versailles dans sa quatre-vingtième
année.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE
* Lille. —Robert le Diable vient d'être remis au répertoire. Le chef-
d'œuvre a été très-bien interprété par Mmes Reynaut (Isabelle*, Mahy
(Alice), et MM. Chenet (Robert) et Codelaghi (Bertram). — Le Pardon de
Ploe'rmel est à sa douzième représentation. Le succès de ce bel ouvrage
va toujours croissant et chaque fois qu'on l'entend, ou y découvre des
beautés nouvelles. — Alard, le célèbre violoniste, vient de se faire en-
tendre clans un grand concert donné au cercle du Nord. Ses fantaisies sur
la Muette, le Jrovatore, ainsi que sa deuxième symphonie pour deux
violons, exécutée avec son ancien élève, M. Martin, ont été accueillis
par d'unanimes applaudissements. — La solennité musicale que nous
avions annoncée, il y a quelques temps, a eu lieu à Lille le jour de
Pâques à l'église cathédrale Saint-Maurice. La nouvelle messe militaire
de M. Watier a été exécutée d'une manière remarquable par toutes les
Sociétés chorales de Lille réunies (six sociétés), avec le concours de
l'excellente musique des canonniers lillois, habilement dirigée par
M. J. Lefebvre. Cette messe, d'une exécution facile, est écrite dans un
style large et religieux. La prose liturgique , chose assez rare, y est
rigoureusement observée. L'accompagnement est bien adapté au sujet.
Cette œuvre religieuse et musicale est écrite pour les musiques de l'ar-
mée et pour leur cours de chant choral ordonné par décision ministé-
rielle.
„% Rouen. — Dimanche, la solennité de Pâques a été célébrée à la
cathédrale avec un éclat instrumental auquel les fidèles n'étaient plus
habitués depuis bien longtemps. Le grand orgue a retenti dans toute sa
puissance de sonorité sous les doigts de M. Klein, qui a su également
en faire ressortirtous les effets si heureusement combinés par l'habile fac-
teur. !1 y a tels passages que l'on croirait exécutés par des voix humaines.
L'illusion ne peut être plus complète. Quant aux autres ressources du
magnifique instrument, nous les avons retrouvées mises en œuvre avec
beaucoup de tact et de talent dans tous les morceaux de Rinck, d'Haydn
et de Lefébure-Wély que M. Klein a exécutés aux différents offices du
jour.
DE PARIS.
147
„% Rochefort. — Dans un Stabat mater, chanté à la chapelle des Or-
phelines de la marine et écrit pour voix de femmes par M. Léon Meneau,
on a remarqué, outre le mérite de la composition, le talent avec lequel
Mlle Auguin a dit les soli.
*** La Rochelle. — L'opérette le Dîner de Madelon, dont la partition
est due à la plume exercée d'un de nos compatriotes, a eu plusieurs
représentations consécutives et très-brillantes qui n'ont été interrompues
que par la clôture de la saison théâtrale. Cette opérette doit être jouée
sur plusieurs scènes départementales.
*** Nice, 31 mars. — Le concert de Mlle d'Arboville avait attiré une
assemblée nombreuse et brillante. C'est une excellente musicienne et une
pianiste qui joue également bien tous les genres. Dans la partie vocale,
Mme Sanchioli s'est montrée admirable comme toujours : aussi a t-elle été
acclamée, rappelée. La séance se terminait par la marche triomphale de
Pevny, Guerre et victoire, composition magnifique. Le rhythme en est
caractéristique, et le chant qui précède la rentrée du mouvement de la
marche est d'un effet saisissant. Mlle d'Arboville a exécuté cette œuvre
avec une chaleur entraînante.
CHRONIQUE ETRANGERE.
^«Bruxelles.— Le théâtre de la Monnaie joue alternativement le Pardon de
Ploërmel et Gustave III, en attendant les Dragons de Villars, de M. Maillart,
et Ernani, de Verdi. Ces deux opéras, déjà connus du public, auront été
précédés de la Péri, de M. Burgmuller. Ce ballet, qui a été joué pour la
première fois sur notre théâtre le 12 décembre 1844, a été revu avec
plaisir. — Guillaume Tell a été repris pour le bénéfice de Carman La
salle était comble. Wicart chantait le rôle d'Arnold, et Depoitier celui
de Walter. De nombreuses ovations ont accueilli Wicart, ainsi que le
bénéficiaire.— Pour sa soirée, Depoitier avait choisi Gustave III, et Des-
places le Pardon de Ploërmel.
„*„ Gand. — Notre saison théâtrale est terminée. L'opéra qui a été joué
le plus de fois cette année est le Pardon de Ploërmel, qui a été donné
quatorze fois.
»% Vienne. — Pour compléter la troupe lyrique italienne, il ne man-
que plus que Mme Lafon et Beneventano ; Mmes Lagrua et Naglia,
MM. Graziani, Benedetti, Varesi, Fagotti, Fioravanti viennent d'arriver
ces jours-ci. La saison allemande est terminée, et les représentations
de l'opéra italien vont commencer incessamment. Toutes les loges étant
prises, les galeries vont être converties en loges — Dans les salons du
prince Paul Esterhazy a eu lieu un concert où se sont fait entendre la
cantatrice Mlle Frankenberg, Mlle Fileyet M. Léopold de Meyer, pianis-
tes. Ce dernier doit donner son troisième concert dans la première
semaine après Pâques. — A propos du 50° anniversaire de ses débuts au
théâtre, Mme Haitzinger a reçu des marques nombreuses d'intérêt. De
riches présents lui ont été offerts par des personnages de la cour :
l'empereur lui a fait remettre une médaille en or; une autre médaille
lui a été offerte parle directeur du Burgtheater, M. Laube, au nom du
prince régent de Prusse. — La Société philharmonique, qui a pris le
nom de Société d'orchestre, a donné une « soirée Mozart », qui a eu beau-
coup de succès.
.,,*„. Lemberg. — Le 1i mars, nous avons vu sur le théâtre polonais de
cette ville— pour la première fois— l'opéra intitulé Flis {le Débardeur),
par Boguslawski. La musique se compose presque en entier de mélodies
nationales, que Boguslawski a arrangées avec goût, et qu'il a parfaite-
ment instrumentées.
j*t Francfort. — Franz Messer, qui pendant de longues années a
dirigé la Société de Sainte-Cécile et les concerts du Musée, vient de
mourir. Messer possédait des connaissances très-étendues; c'était un
excellent chef d'orchestre et un excellent homme: il jouissait d'une haute
estime parmi tous ceux qui le connaissaient
,j,** Lisbonne. — La représentation au bénéfice de Mme Tedesco a été
magnifflque. La célèbre cantatrice avait choisi les Vêpres siciliennes, et
plus de deux mille personnes s'étaient donné rendez-vous pour lui pro-
diguer yes témoignages d'un enthousiasme fanatique, parmi lesquels
figurait le portrait d'une dame de la société portugaise passé dans une
bague eu brillants, et accompagné d'une couronne de flsurs artificielles.
Les rappels ont dépassé le chiffre 30 pour la cantatrice, et se sont élevés
en masse à h~l pour tous les artistes.
„% Barcelone, 9 avril. — Alessandro Bettini a débuté ici de la ma-
nière la plus brillante dans le Barbier deSéville. L'enthousiasme a com-
mencé dès sa cavatine, et la romance : Se il mio nome saper bromate a
fait fureur. Même succès dans le duo avec Figaro, etc. L'ouvrage est,
du reste, fort bien chanté par Mmes d'Angri, Citagni, Marini et de Gio-
vanni. La représentation n'a été qu'un bravo perpétuel.
„% Saint-Pétersbourg . — L'approche de la semaine sainte met un terme
aux auditions musicales. Elles ont été nombreuses et remarquables cette
saison. La direction des théâtres impériaux s'est signalée par quatre
concerts monstres, où se sont tour à tour produites la musique classique
et la musique de l'avenir. La Société des concerts, sous la direction de
M. Lvoff, n'est pas demeurée en reste, et elle a donné, dans la salle de
l'Ecole des chantres, quatre belles soirées qui ont été fort courues. Notre
célèbre Rubinstein a réuni également, dans son concert et dans une
matinée musicale, tout ce que Saint-Pétersbourg compte d'amateurs et
d'artistes. — Les sœurs Ferni, après leur beau succès ici, nous ont quittés
pour aller cueillir de nouvelles palmes à Moscou. — Il signor Terranova,
pianiste distingué et auteur de quelques opéras représentés à Naples,
vient d'arriver avec l'intention de les faire jouer sur notre théâtre Ita-
lien la saison prochaine. — Un amateur forcené de musique, M. Lazareff,
auteur de plusieurs symphonies et oratorios incompris, -vient de distri-
buer un factum des plus curieux, destiné à réfuter les violentes criti-
ques dont il a été l'objet dans la plupart de nos journaux. Le sublime
touche au ridicule; mais nous craignons bien que le colérique maestro
ne soit plus près du dernier que du premier. — Ces jours derniers est
arrivé àSaint-Pétersbourg Henri Wiéniawski, qui forme avec Joacbim et
Vieuxtemps, la trilogie suprême du violon. Henri Wiéniawski vient d'ob-
tenir en Allemagne, en France, en Angleterre et en Belgique, un de ces
succès auxquels ne peuvent prétendre que les artistes qui sont incon-
testablement des maîtres, et qui sont éclatants sans le concours de la bien-
veillance banale et de la réclame complaisante. Wiéniawski donnera le
mercredi de la semaine de Pâques son premier concert au grand Théâtre.
Deux jeunes et gracieuses personnes, deux Italiennes, MlleBitaetCaterina
Pallini, celle-ci soprano, celle-là contralto arrivent, elles aussi, de leur
mélodieux pays par Constantinople, Odessa, Karkhow, Poltawa etKiew.
Partout on les a beaucoup applaudies, partout on leur a dit, sur leur
passage : Allez à Saint-Pétersbourg, comme on disait jadis : Essayez d'aller
à Corinthe. Elles sont venues bravement, malgré les neiges et le vent
qui faisaient si mauvais les longs chemins, et après Pâques, elles con-
vieront le public à les entendre et à les juger. S'il faut nous en rapporter
à ce que l'on nous écrit, leurs auditeurs n'auront pas besoin d'être ga-
lants pour leur faire fête; outre le charme delà physionomie, elles ont,
nous dit-on, de belles voix et du talent.
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Le Retour au Chalet, rondo, id 5
La Sylphide de Tolède, boléro, id 5
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d'orgue,
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avec accompagnement de hautbois, ad lib. . . 3 »
2. Ave Maria, solo pour contralto 3 »
3. Ave Marin, duo pour soprano et contralto,
avec accompagnement de hautbois, ud lib. . . /i 80
U. Ave veruni, solo pour soprano 2 50
5. Ave regina cœlorum, duo pour soprano et
mezzo-soprano 3 75
6. Inviolata, duo pour soprano et mezzo-soprano. 3 75
7. O salutaris, pour soprano 3 »
8. A va maris Stella, duo pour soprano et mezzo-
soprano 5 »
Les huit numéros réunis, 10 fr. net.
A. a»ANSEKOîï
Prière à Marie, cantique pour basse-taille, bary-
ton ou contralto 3 »
Le nom de Marie, cantique à deux voix de femmes k 50
Invocation à Marie, cantique à deux voix . . 2 »
O salutaris , pour sopranc ou ténor 2 50
A gnus Dei, pour basse-taille, baryton ou contralto 3 »
Bencdictus, pour basse-taille, baryton ou contralto 0 »
Mon unique espérance, pour soprano ou ténor,
avec accompagnement de piano ou mélodium. 5 »
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La grande partition, 100 f.— Les parties d'orchestre, 100 f.
LES MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMP. DE PIANO :
. , , .. I Stabat Mater ) - „
1. introduction. | La vierge en pleurs . . . . j J "
2. Air pour l Cujus animant j 3 7j
ténor . . \ La douleur avec son glaive |
3. Duo pour 2 l Qnis est homo ( , -e
soprani. . j Où peut être la mesure . . j '
lt. Air pour i Pro peccatis j g ^
basse ou ténor. ( Fruits amers i
5. Chœur et réci- j Elia mater j 3 7-
tatif . . . j Source d'amour j
,. ,, , t Sancta mater ( ,
o. Quatuor. . . j yierge , accorde-moi la grâce| 5 "
7. Cavatine, pour l Fac ut portent j a
soprano. . J O cœur noyé ! |
8. Air et chœur J Inflammatus I j n
pour soprano { Par la flamme j
9. Quatuor sans ( Quando corpus 1 3 u
accompaij. ( Que la croix me justifie. . >
io. Chœur final. [ ^^1 Seigneur!! ! \ \ \ * '
La partition format in-4" 25 »
La même, format in-8" net. 7 »
IIEYERBEEB
Sainte Marie, chœur du Pardon de Ploèrmet . . 5 »
Pater noster, à quatre voix, du même opéra ... U »
PALESTRINA
Stabat Mater à 2 chœurs sans accompagnement. 7 50
STADL.ER
Deux motets cl tes quatre antiennes à ta sainte-
Vierge, à 4 voix avec accompagnement d'orgue 7 50
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Stabat Mater a 5 voix ti 50
M8ARBE
Cantique à Marie, chœur à trois voix de femmes 5 ■
VITAL
Litanies de ta Vierge, pour soprano avec chœurs 2 50
E. .KIM*
O salutaris 3 »
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1. Stabat Mater. 2. Cujus animant. 3. Pro
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Louis Brassin.
Depuis bien des années on fait chez M. A. Gouffé la meilleure
musique qu'il soit possible d'entendre. Cette semaine l'audition était
publique. On a applaudi des œuvres de Mozart, de Beethoven, d'Ons-
low, et aussi de M. Adolphe Blanc ; car, dans les salons de l'excellent
contre-bassiste, on tend fraternellement la main aux jeunes compo-
siteurs de talent. Leurs ouvrages y sont joués magistralement, puis-
que les exécutants s'appellent Brunot, Lebouc, Mohr, Rose, Jancourt,
Casimir Ney, Adam et Guerreau.
L'auditoire était nombreux et enthousiaste, comme il l'a été fort
peu cette semaine. Il était ravi de tous les chefs-d'œuvre , de
tous les instruments à cordes, de tous les instruments à vent qui,
dans cette belle matinée, avaient une douceur, une pureté vrai-
ment enchanteresses. C'était une jolie fête classique ; mais cepen-
dant les fantaisies n'en étaient pas exclues. Après avoir goûté toutes
les beautés de Mozart et de Beethoven, après avoir reconnu com-
bien Onslow était digne souvent d'être compris dans l'admiration qu'ils
inspirent , on a entendu une sicilienne composée , variée et exé-
cutée par M. Gouffé. La composition est chantante et d'une rare dis-
tinction, les variations sont délicieuses. Sous les doigts de l'auteur, la
contre-basse se faisait douce et caressante, elle devenait tendre, élé-
gante, insinuante ; ses cordes, habituées à supporter l'harmonie, à
conserver leur caractère fondamental, montaient aux plus charmants
accents de la mélodie, atteignaient aux traits les plus aimables et les
plus brillants. L'exécution a été magnifique. L'habileté consommée, le
goût fin et pur de M. Gouffé sont depuis longtemps appréciés ; mais
jamais peut-être ils n'avaient excité de si vifs et de si sympathiques
bravos. Le piano, entre les mains de Mme Mattmann, a brillé dans
le solo et a apporté dans la musique d'ensemble beaucoup d'éclat.
L'habile pianiste a obtenu encore un grand succès dans de très-remar-
quables fragments d'une sonate de M. Walckiers pour piano et cor,
où M. Mohr a trouvé des sons moelleux, d'une rondeur, d'une suavité
et d'un charme tout à fait rares.
— M Stamaty, à son concert donné mardi, dans les salons Pleyel-
Wolff; était-il mal disposé, ou bien, en montrant plus de délicatesse
que de force, plus de grâce que de passion, plus de douceur que de
puissance, a-t-il joué comme il joue ordinairement ? Nous ne savons,
car il ne nous avait pas encore été donné de l'entendre ; nous ne
connaissions de lui que des œuvres purement écrites, qui, écho fidèle
de son exécution, brillaient plutôt par l'élégance et la correction que
par le souffle et l'originalité. Mais enfin la froideur avec laquelle a été
accueilli son trio en mi bémol, fort bien joué d'ailleurs par Sarasate,
Franco-Mendès et l'auteur, nous a surpris et ne nous a pas paru suf-
fisamment justifiée. On reprochait, et avec raison, au premier allegro
d'être plein de répétitions et de se contenter de redire la même idée
sous la même forme, au lieu d'avoir recours aux épisodes que le genre
emporte et qui donnent un si grand charme au retour des mélodies
principales; on reprochait enfin à toutes les parties de ce trio de
manquer de nouveauté, d'ampleur et de vie. Néanmoins il y a dans
cet ouvrage beaucoup de talent, et, à défaut de chaleur et d'imagina-
tion, une finesse de détails qui méritait d'être applaudie.
D'où vient donc qu'un artiste, un professeur si connu, si recom-
mandable par les excellentes études qu'il a faites, n'ait pas été plus
fêté? Pourquoi les acclamations du public n'accompagnent-elles pas
toujours les musiciens qui jouissent de l'estime de leurs confrères?
C'est peut-être qu'on leur a trop accordé, qu'on a voulu les croire
complets quand ils n'avaient que quelques-unes des qualités dont la
réunion seule fonde solidement les réputations.
On a dernièrement établi un diapason normal; il serait bien à
désirer qu'on en établît un aussi pour l'appréciation des talents, que
la bienveillance pût, tout en haussant quelquefois le ton, ne pas mon-
ter jusqu'aux louanges hyperboliques, et que la sévérité ne descendit
jamais jusqu'à l'injustice.
— Mme Ida Bertrand est l'une des cantatrices les plus dramatiques qui
se soient fait applaudir cet hiver. Elle a été touchante et passionnée
dans la romance d'Orphée. Sans copier personne, et en conservant
l'élan et l'indépendance de son inspiration, elle a rencontré plus
d'une fois les beaux et pathétiques effets, les explosions d'amour et
de douleur que les grandes artistes y trouvent toujours. Mme Ida
Bertrand vocalise bien — ce que nos contralto, en général, ne font
que lourdement et péniblement.— Elle a une certaine souplesse qui
est du ressort des chanteuses légères et qui, dans les fioritures
150
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
d'un duo du Barbier, avec Graziani, et du chaleureux brindisi de
Lucrezia Borgia, a été très-goûtée; mais elle brille surtout par l'âme
et par l'expression. Sa façon de phraser l'admirable duo de Mozart,
La ci darem la mono, simple, naturelle, élégante, l'a bien prouvé et
a causé un vif plaisir. Outre Franco-Mendès et Lecieux, Mme Sievers
et Mlle J. Martin ont lutté avec succès contre la partie vocale.
Mme Sievers, qui combattait des deux côtés (elle avait chanté en grands
musicienne sa partie dans un quatuor de Rossini, et, en cantatrice
expressive et spirituelle, une ravissante mélodie de sa composition,
l'Oselia), a joué sur l'orgue un de ses morceaux aux applaudissements
enthousiastes de toute la salle.
— La belle, sévère et fougueuse exécution de Maurin et de Chevil-
lard donnait beaucoup d'attrait au deuxième concert d'Henri Ketten;
elle assurait aussi au trio en ré mineur de Mendelssohn, à Yadagio et
finale de l'op. 11 de Beethoven, la large et complète interprétation
que demandent ces œuvres admirables et si difficiles parfois à dire,
à suivre et à saisir. Deux délicieuses mélodies : une romance de Bee-
thoven et une rêverie caprice d'Hector Berlioz, ont été jouées par
Maurin avec ce sentiment élevé, ces élans de sensibilité et de passion
qui donnent à son violon une supériorité incontestée. On sait ce que
Chevillard apporte toujours de sobre, d'achevé, d'exquis dans la musi-
que de chambre et nous n'en parlerons pas ; nous parlerons du petit
Kelten. Après s'être fait applaudir à côté de ces éminents artistes, il
n'a pas craint d'aborder non-seulement la délicate et charmante Filev.se
de Mendelssohn, la fantaisie-impromptu de Chopin, mais encore un
concerto de J. -S. Bach — c'est-à-dire le style lié, grave, fugué et bien
allemand, malgré son titre de concerto italien, et une très-difficile et
très-belle Saltarelle de C.-V. Alkan : un musicien, un pianiste comme
l'école française en compte bien peu, et qui, en avare, cache un talent
que tant d'autres, à sa place, devraient et seraient si heureux de
pouvoir montrer. Les progrès du jeune virtuose sont sensibles ; son
jeu a plus de force et de netteté; il ne s'épuise pas aussi vite qu'autre-
fois; plus égal, il se contient, il semaintient, et arrive au bout d'une
œuvre longue sans les trébuchements si familiers aux enfants les
mieux doués. Il possède un bon mécanisme, et il a, ce qui vaut mieux,
assez de feu, assez d'expression, de charme et de douceur pour
faire espérer qu'il saura vile marquer sa place dans un art que, si
jeune, il cultive déjà avec succès.
— Mlle Moritz Reuchsel , pianiste de talent, dit bien la musique
classique; avec MM. Garimond, Basseux, Villaufret et Surdun, elle a
joué mardi dans les salons Erard un quintette de Beethoven , et avec
Edouard Wolff et Schimon, le concerto en ré mineur que S. Bach écri-
vit pour trois clavecins. Un excellent style, sévère et chaleureux tout
à la fois, une exécution claire, brillante, telles sont les précieuses qua-
lités que la jeune artiste a fait apprécier. Ses compositions pour piano
sont meilleures que ses compositions vocales : plusieurs morceaux ,
entre autres une Élude pour le pouce et le quatrième doigt, espèce
rie gymnastique musicale, qui n'a empêché cependant ni la grâce, ni
la suavité du chant, ont tour à tour été applaudis et ont prouvé que
l'auteur avait de l'imagination et du savoir. Mlle Reuchsel a traduit
elle-même plusieurs des pièces allemandes qu'elle a mises en musi-
que, notamment la Brise du soir, de Schiller, chantée par Mlle Ida
Gilliess, jeune élève du Conservatoire dont la voix est charmante, et
dont le talent promet d'être bientôt comme la voix.
— La soirée donnée samedi par M. et Mme Henri Potier a été très-
jolie. Henri Potier ne se contente pas d'être un aimable et spirituel
compositeur, d'accompagner comme on n'accompagne guère; il aspire
aux succès de chanteur; il a dit plusieurs de ses gracieuses et piquantes
chansons, écrites sur des paroles de E. Thierry et Charles Potier. Nous
n'oserions affirmer qu'il a une voix délicieuse; mais le mérite de ses
mélodies et son excellente diction font oublier ce qui manque à son
organe. Mme Potier chante bien toute espèce de musique; elle a fait
applaudir dans celle de son mari beaucoup de finesse et une vocalisa-
tion très-claire et très-pure. Une scène d'Orphée, transcrite avec
infiniment de goût par Deloffre, et jouée avec un remarquable talent
par MM. Chaine, Potier et d'Aubel, a été chaleureusement accueillie.
Troy joint à une belle voix un bon sentiment musical ; il a enlevé
toutes les sympathies, particulièrement dans Noé, large et pathétique
scène de Potier. Après Sainte-Foy, qui ferait sourire la misanthropie
elle-même, les frères Lionnet ont ravi l'assemblée avec une simple
sérénade et plus encore avec une chanson de Nadaud, qui, très-fine-
ment dite par Anatole, a été redemandée avec enthousiasme.
— M. Rabaud, violoncelliste de l'Opéra et conscrit de 1860, donnait, la
semaine dernière, en compagnie d'artistes de mérite, un concert pour
s'exonérer du service militaire, et pouvoir librement parcourir une
carrière qui lui a déjà valu des succès. Cette soirée, intéressante de
tout point, s'ouvrait classiquement par le trio en ut mineur de Bee-
thoven, qu'ont bien exécuté Mlle Adrienne Picard, MM. Armingaud
et Rabaud. L'allégro du premier concerto, et de brillantes variations
de Franchomme, sur de jolies mélodies russes et écossaises, ont per-
mis au jeune bénéficiaire de déployer beaucoup de justesse, d'élé-
gance, de brio et de charme. Des airs d'Auber, de Gounod et de
Boisselot, c'est-à-dire de charmants échantillons de l'école française,
ont été l'une des plus- délicieuses jouissances de ce concert. Dits par
Mme Wekerlin-Damoreau avec une grâce, un esprit, une vocalisation
qui deviennent de plus en plus rares, ils ont ravi l'auditoire.
— A son deuxième concert, Mlle Stark a peut-être obtenu plus de
succès encore qu'à son premier. Dans la Sonate et dans la Berceuse,
que la jeune artiste a composées et qu'elle a jouées d'une façon on ne
peut plus remarquable, il y a certain mérite de facture auquel on
pouvait ne pas s'attendre ; mais aussi il y manque une certaine fraî-
cheur mélodique à laquelle on s'attendait.
Si Mlle Stark a voulu prouver qu'elle savait écrire et disposer toutes
les parties de son harmonie avec talent, elle a parfaitement atteint
son but. Il ne lui reste plus maintenant qu'à répandre sur ses compo-
sitions le charme, la grâce et la netteté qu'elle a fait admirer dans sa
belle et très-élégante exécution .
— A la matinée donnée par Mme Caroline Beaulieu, MM. Collongues
frères, Bonjour et de Lille, ont exécuté avec elle un quintette de
Reissiger, qui a produit beaucoup d'effet, et prouvé que l'Allemagne,
en dehors des chefs-d'œuvre exécutés partout, comptait encore bon
nombre d'ouvrages qu'on a tort de négliger. Une fantaisie de Tulou,
distinguée, charmante et gracieuse, a été bien exécutée par M. Donjon,
qui semble avoir puisé certaines qualités de son et de style à la belle
école de ce maître. Mme Caroline Beaulieu a brillamment rendu deux
très-beaux morceaux d'Emile Prudent ; elle y a montré de la vigueur
et parfois beaucoup d'expression.
— Depuis Liszt, depuis Thalberg, depuis Emile Prudent, qui tenta
plus d'une fois, on sait avec quel bonheur, de modifier sa grande et
large exécution, les jeunes pianistes sont entraînés par deux courants
contraires. D'un côté sont les souvenirs classiques, les belles écoles de
piano d'autrefois, après lesquelles Chopin se fil une place à part; de
l'autre, le piano du présent : les conquêtes nouvelles, les difficultés,
la sonorité, enfin l'instrument qui veut être roi, et qui oublie alors la
musique pour laquelle il est fait, et dont il doit rester, quoique riche,
le sujet obéissant. Reviendra-t-on de plus en plus aux grandes sources
si pures et si fécondes ; ou quelques hommes de génie feront-ils la
fusion des deux pianos? Nous ne savons; mais ce que nous pouvons
affirmer, c'est que, aujourd'hui, on éprouve une véritable lassitude en
voyant les tours de force qui, hier encore , passionnaient la foule.
Plutôt que de pompeux effets vides de sens, on veut de beaux
sous, échos de belles pensées. On ne proscrit nullement le difficile, le
complexe, chacun étant parfaitement libre du choix des moyens, libre
de prendre la route qui lui convient pour atteindre le but ; mais on
veut être charmé, ému, ravi, remué ; ou vent de l'enthousiasme et non
de l'élonnement.
DE PARIS.
151
Comme bien d'autres, Louis Brassin cherche encore sa voie, et nous
présumons assez bien de lui pour penser qu'il la trouvera quelque
jour neuve et originale. Le brillant pianiste est très-habile, très-fort,
comme on dit, cela est incontestable ; il a un mécanisme remarqua-
ble. Sa manière de phraser brille par de grandes qualités; ses doigts
n'ont plus rien à acquérir, nous avons été des premiers à le constater;
mais ce n'est pas tout ce qu'on demande à un artiste de sa valeur :
il y a le fini, le style, toute la partie morale et intellectuelle de l'art.
Brassin l'a parfaitement compris. A son troisième et dernier concert,
tout en conservant l'énergie et la fougue qui le distinguent, il s'est,
pour ainsi dire, appliqué à jouer avec beaucoup de douceur et d'expres-
sion. Aussi, tant dans le trio, op. 1, de Beethoven, que dans le ca-
price, de Thalberg, sur VElisire d'amore, a-t-il été unanimement et
encore plus chaleureusement applaudi qu'à ses deux précédentes soi-
rées. Il a exécuté ensuite avec infiniment de charme et de verve deux
études de sa composition où il y a de la jeunesse, des harmonies élé-
gantes et de jolies mélodies. Mme Pellegrin a chanté avec beaucoup
de charme la Tyrolienne de Eetly, les Adieux de Marie Stuart, de
Bonoldi, et la Sérénade, de Gounod.
Adolphe BOTTE.
ÉCOLE SPECIALE DE CHANT.
JEAWHIE D'ARC,
Opéra en trois actes et six tableaux, par G. Duprez.
Commençons par monter au Capitule et rendre grâce aux dieux.
C'est le 17 avril 1837, date mémorable, que G. Duprez fu à Paris ce
début éclatant qui le porta sur le pavois du chant français et lui en
assura la royauté, accompagnée d'une liste civile magnifique! Et
vingt-trois ans après, le 15 avril 1860, le même Duprez vient de nous
donner chez lui. sur son théâtre, un grand opéra de sa composition,
exécuté presque entièrement par ses élèves ! Parcourez, fouillez l'his-
toire des ténors de tous les pays, de tous les temps, et trouvez-en
quelque autre dont la carrière présente quelque chose d'analogue!
En bien, pourtant, voyez le triste côté des choses humaines! avec
tant de motifs pour être heureux et fier, Duprez n'est pas satisfait :
il nous l'a confié lui-môme dans un petit speech qu'il est venu débiter
devant la rampe au moment où le rideau allait s'entr'ouvrir pour que
l'on jouât son ouvrage.
« Ed io anche son pittore, nous a dit le célèbre artiste; ce qui si-
» gnifie: Et moi aussi je suis peintre; mais jusqu'ici les musées ne me
»- sont pas ouverts!)) Comprenez-vous le regret sous lequel se cache un
reproche'? L'auteur de Jeanne d'Arc aurait voulu que son opéra fût
chanté sur l'un de nos premiers théâtres, et n'ayant pu l'obtenir en-
core, il lui a bien fallu se contenter d'un musée particulier, intrà muros,
formé de ses propres mains. « Nous allons donc, a-t-il continué en
» des termes que nous voudrions vainement reproduire, vous donner
» un grand opéra dans les conditions les plus modestes Nous tâ-
» cherons d'avoir quelques costumes. Quant aux décors, un arbre
» représentera une forêt, une maison un village, et nos montagnes
» n'auront pas plus de cinquante centimètres. Pour artistes, j'ai pris
» de bons et anciens élèves, sauf mon ténor, qui est tout nouveau
» et ne compte pas plus de quatre mois d'études musicales, vocales,
» théâtrales. » Nous laissons à penser si la harangue du directeur,
compositeur et acteur, car Duprez remplit quatre rôles différents dans
sa pièce, a été bien reçue. Devant un auditoire ainsi préparé, le suc-
cès n'était-il pas infaillible?
Le libretto sur lequel a travaillé Duprez embrasse toute la mis-
sion de la chaste héroïne, depuis l'arbre des fées de Donremy jus-
qu'au bûcher de Rouen ! Jeanne d'Arc finit par tomber victime de la
jalousie aveugle d'un chevalier, qui pour elle a passé de l'amour à la
haine et qui la vend aux ennemis de la France, sauvée par son bras.
Le compositeur avait donc une ample moisson à faire dans cette mer-
veilleuse épopée, à laquelle un poète a toujours manqué.
Sans analyser sa parlition note par noie, nous dirons qu'elle a une
valeur réelle, et qu'il est impossible de ne pas y reconnaître un progrès
sur lesœuvres qui l'ontprécédée. Jeanne d'Arc vautmieux que Samson,
autre opéra de Duprez, par le sujet d'abord, mais aussi par la con-
ception et la facture musicale. On y trouve plus de fermeté, plus de
caractère dans le style, plus de rhylbme et moins de longueurs dans les
morceaux, dont plusieurs seraient certainement applaudis par les au-
diteurs les plus difficiles. Dans le nombre, nous citerons le chœur du
prologue, où les voix de Jeanne d'Arc se font entendre; au second acte,
le chant de guerre de Dunois et tout le finale; au troisième, le chœur
des buveurs et les couplets du vieux malandrin. Il faudrait y joindre
plusieurs airs, duos et trios, diversement remarquables. Si dans le
rôle de Jeanne d'Ar il y a pluv d'énergie que de mélodie, c'est peut-
être la faute du personnage, qui prête beaucoup plus à la déclamation
qu'au chant.
Le rôle de Jeanne était rempli par Mlle Marie Brunet, qui a récem-
ment débuté à Marseille , â Paris , et va bientôt chanter à Londres.
Elle a de la chaleur, de l'entrain ; sa voix, si douce et si jolie quand
elle sortait de la classe de Mme Damoreau, s'est transformée chez son
nouveau maître ; nous voudrions bien que ce ne fût pas aux dépens
de sa justesse et aussi de sa durée. Mlles Marie Battu et Monrose
lui donnaient la réplique, en chantant à l'unisson dans la coulisse la
partie des Voix mystérieuses, qui ne pouvait avoir de meilleures in-
terprètes. Balanqué, Raynal, deux artistes du théâtre Lyrique, char-
gés des rôles de Lionel et de Luxembourg, se distinguaient de la foule
des élèves, et le ténor Lefranc, celui dont parlait la harangue, y bril-
lait par sa taille comme par sa voix, encore inculte, mais d'une écla-
tante sonorité dans la quinte supérieure.
A travers tous ces artistes et tous ces élèves, ne devinez-vous pas
quel était l'homme le plus étonnant, le plus curieux, le plus digne
d'une observation attentive ? N'avez-vous pas déjà nommé Duprez,
toujours sur la brèche, toujours sur la scène, changeant à chaque
instant de costume et de physionomie, figurant d'abord comme père
de Jeanne d'Arc, puis comme La Trimouille, puis comme vieux ma-
landrin, et enfin comme bourreau? Qui pourrait imaginer, sans l'avoir
vu comme nous, l'Arnold et le Raoul de 1837 affublé en vieux sou-
dard ivre, et chantant un refrain bachique, à cheval sur un tonneau?
Quelle force de conviction ne faut-il pas pour accepter une métamor-
phose aussi bizarre, aussi complète? Ed io anche' son pittore ! Ce
mot, que Duprez nous a dit, équivaut à une confession entière. Duprez
sent en lui-même la vocation musicale : il a ses voix mystérieuses,
comme Jeanne d'Arc, et rien ne lui coule pour prouver que ses voix
ont raison. Pourquoi donc a-t-il tant de peine à faire ses preuves ?
Pourquoi tous nos théâtres ne s'ouvrent-ils pas devant lui? A cette
question, il y a plusieurs réponses : n'en prenons qu'une seule. Avant
de devenir compositeur, Duprez a été chanteur et chanteur extraordi-
naire. A ce titre, il a recueilli sa large part de gloire, de fortune, et, en
général, le monde, qui a ses préjugés et ses caprices, ifadmet pas
qu'on lui demande la même chose deux fois.
Paul SMITH.
THÉÂTRE DES BOUFFES-PARISIENS.
Opérette en un acte, de MM. Rocuefort et Deulin, musique de
M. le comte Gabrielli.
(Première représentation le 17 avril 1860.)
Ce Petit cousin descend en ligne directe de tous les travestisse-
menls en partie double dont le théâtre a usé depuis des siècles, et
152
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
lui n'en sont pas moins à la modo pour cela. Dans la pièce nouvelle,
vous rencontrez une jeune fille qui se déguise en jeune garçon,
comme Aurore de Guzman, dans Gil Blas, afin d'étudier le caractère
et les mœurs d'un chevalier qu'on lui destine pour mari. Or, celui-ci
a l'heureuse idée d'engager le prétendu jeune garçon à se déguiser en
jeune fille pour l'aider à mystifier un mystificateur. Il en résulte na-
turellement que le malheureux chevalier est derechef pris pour dupe,
et que cette fois il se mystifie lui-même, ce qui ne peut guère passer
pour un dédommagement.
M. le comte Gabrielli a écrit sur ce bouffon marivaudage une mu-
siquette agréable et d'une fluidité tout à fait italienne. On y trouve
un gracieux mouvement de valse qui a été justement applaudi.
Mlle Tostée joue en fine comédienne le principal rôle du Petit cou-
sin, et Duvernoy, qui ne joue pas moins bien, a été rappelé conjointe-
ment avec elle, au bruit des bravos.
R.
M. P. Scudo a bien peu de mémoire : il oublie jusqu'au nom des
gens, qu'il connaît parfaitement du reste, et n'a pas la moindre idée
de leurs fonctions officielles. Il se fâche de que l'on supprime trois
morceaux dans Otello, et il en rejette la faute sur je ne sais plus quel
commissaire ! Le je ne sais plus est délicieux et d'une naïveté char-
mante ; mais quand M. P. Scudo voudra, nous lui en dirons l'origine
et la date précise. Si la suppression des trois morceaux lui tient si
fort au cœur, libre à lui de s'en prendre aux anciennes lois, plus
puissantes que tous les commissaires ! Les auteurs étrangers ne pou-
vaient et ne peuvent encore s'opposer à ce que leurs ouvrages soient
représentés en France, encore moins à ce qu'ils soient revus, dimi-
nués ou allongés d'une manière quelconque. Libre à M. P. Scudo de
s'en prendre à ces auteurs mêmes, à Rossini tout le premier, qui ont
souvent, autorisé le sacrilège ! Lorsqu'on veut faire à tout prix du
dédain et du pédantisme, au moins faudrait- il tâcher d'être au courant
des choses et de, savoir ce qu'on dit.
Comment la Revue des deux mondes imprime-t-elle des phrases
aussi peu françaises que celle-ci : « Le Conservatoire de musique a
» besoin d'être réformé dans son chef et dans un grand nombre de ses
» membres. » Réformé dans son chef, qui est M. Auber, et un grand
nombre de ses membres, que l'on ne nomme pas, cela veut dire sans
doute, en style allobroge, qu'il faut renvoyer ce chef et ces membres.
C'est donc une destitution, une proscription en masse que demande
M. P. Scudo. Joli métier, n'est-ce pas? mais fort innocent au fond;
car on ne lui accordera rien de ce qu'il réclame. Que feraitM. Buloz,
s'il venait à lire dans un journal : « La Revue des deux mondes a besoin
» d'être réformée dans son chef et dans un grand nombre de ses rédac-
» teurs. » Nous pensons qu'il rirait au nez de l'écrivain et du gérant.
Pour prendre ce parti, nous n'avons pas attendu qu'il nous donnât
l'exemple.
Lorsque nous devons chaque semaine consacrer plusieurs colonnes
au compte rendu des nombreuses auditions musicales de la saison, ce
ne serait certainement pas le cas de parler des réunions particulières
du même genre. Cependant nous ne pouvons nous abstenir de con-
sacrer quelques lignes à celle qui rassemblait mercredi dernier, au
boulevard Italien, n° 1, plusieurs de nos artistes aimés du public, des
écrivains delà presse, des notabilités musicales, etc., empressés de
se rendre à l'invitation du maître de la maison. C'est que cette soirée
lirait surtout son lustre de la variété et de l'excellence des talents qui
s'y étaient donné rendez-vous. — C'est qu'on y rencontrait Mlle Marie
Battu, l'étoile naissante et déjà si brillante du théâtre Italien, chan-
tant de sa belle et fraîche voix la musique de Gluck et de Bellini. —
C'est qu'on y avait la primeur des progrès accomplis chez Joseph
Wieniawski, naguère lauréat du Conservatoire et aujourd'hui l'un des
rois du piano. — C'est queWolff et Ketterer, ces deux réputations si bien
établies, interprétaient la musique de Meyerbeer dans ses dernières
œuvres, le Pardon de Ploërmel et la Schiller-Marsch, déjà sur la
voie de la popularité. — C'est qu'Herman y déployait toute la puis-
sance et la hardiesse de son archet dans sa belle fantaisie de
Robert le Diable. — C'est que Kruger s'y manifestait dans une de
ces spirituelles compositions qui donnent tant de cachet à son talent.
— C'est que Montaubry venait à minuit répéter, dans ce salon, de-
vant le maestro qui l'écoutait, cette délicieuse cantilène du Roman
d'Elvire, qui venait d'émouvoir et de passionner le public de l'Opéra-
Comique, subjugué par les accents irrésistibles de son ténor favori.
— C'est qu'Albertine Segisser, l'enfant à l'œil inspiré, au masque
déjà tragique, disait une de ces poésies qui vous remuent jusqu'au
fond du cœur. — C'est qu'enfin les deux comiques inimitables, Sainte-
Foy et Berthelier, avaient voulu apporter à l'auditoire le tribut de
leurs joyeuses chansonnettes.
Aussi, voilà pourquoi nous avons regardé comme un devoir de ne
pas passer sous silence le succès obtenu mercredi par ces brillants
artistes au milieu d'un auditoire, juge compétent de leur talent et
habitué à les applaudir.
EEVDE DES THEATRES.
Théâtre-Français : Reprise de l'Aventurière, comédie en quatre actes
et en vers, de M. Emile Augier. — Odéo\ : Daniel Lambert, drame
en cinq actes, par M. Charles de Courcy. — Porte-Saint-Martin :
le Roi des lies, drame en cinq actes et huit tableaux, de MM. E. Roi-
lin et Woestyn — Gaité : les A venturiers, drame en cinq actes avec
prologue, de M. Victor Séjour.
Une reprise importante, et que l'on peut presque considérer comme
une nouveauté, a eu lieu récemment au Théâtre-Français. Nous vou-
lons parler de l'Aventurière, comédie de M. Emile Augier, représentée
pour la première fois le 23 mars 1848. J, 'époque qui vit naître celte
œuvre explique assez le peu de retentissement qui se fit autour
d'elle, et cependant elle élait digne d'un meilleur sort. La mode ne
s'était pas emparée, comme elle l'a fait depuis, de ces courtisanes re-
pentantes , de ces dames aux camélias dont le règne a duré si
longtemps. La Clorinde de M. Emile Augier était bien la première
en date, mais elle avait passé pour ainsi dire inaperçue.
Nous ne saurions donc blâmer l'auteur de V Aventurière d'avoir voulu
protester contre l'indifférence du public d'alors et l'oubli complet de
celui d'aujourd'hui. L'expérience que douze années de succès lui ont
donnée n'a pas été d'ailleurs inutile au remaniement de la pièce. Elle
avait autrefois cinq actes; M. Augier a jugé à propos d'en supprimer
un pour condenser l'action, et en cela il a été bien inspiré , car
cette action est simple et très-peu chargée d'incidents.
Dans la première donnée de M. Augier, le vieux Mucarade était un
bonhomme crédule et facile à duper ; il appartenait à l'emploi comi-
que, et était joué par Samson. A présent, c'est Beauvallet qui l'in-
terprète, et rien que ce changement de distribution indique les modi-
fications sérieuses qu'il a subies. Sous le nom de Monteprade, il s'élève
jusqu'au drame ; les facilités qu'il apporte au triomphe de Clorinde
s'expliquent par l'entraînement de la passion, et au lieu d'exciter la
pitié, il inspire de l'intérêt. La pièce y gagne singulièrement, et cette
version nouvelle nous vaut quelques excellents vers de plus, qui ne
font qu'ajouter à l'effet général, tant ils sont bien fondus dans cette
poésie nerveuse et pleine, dont la manière rappelle la jeunesse de
'auteur.
DE PARIS.
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Mlle Plessy n'est pas irréprochable dans le rôle de Clorinde, mais
elle y fait preuve de distinction et parfois de sentiment. Régnier a
conservé le rôle de don Annibal, qu'il a créé de la façon la plus origi-
naje, et .où il se fait toujours applaudir. Geffroy, en dépit de son
habile savoir-faire, semble un peu marqué pour représenter le fils du
vieux Monteprade.
— Le drame de l'Odéon, Daniel Lambert, est le premier ouvrage
de quelque importance qui soit sorti de la plume de M. Charles de
Courcy, jeune auteur dont les débuts se sont faits au Figaro et dans
les petits théâtres. Il serait donc injuste de se montrer sévère pour
ces cinq actes, qui, après tout, renferment, au milieu de hardiesses et
d'invraisemblances un peu fortes, des scènes vraiment remarquables
et presque toujours spirituelles. Daniel Lambert est un artiste dont
l'avenir est compromis par un amour indigne de lui. Sa maîtresse,
courtisée par un baron allemand, cherche un moyen de rupture et
demande à Daniel 6,000 fr. que celui-ci est, selon elle, incapable de
réaliser ; mais il les emprunte à une autre femme, en s'abaissant
jusqu'aux plus humbles prières. Ce sacrifice ne lui rend pas le cœur
de Louise et l'entraîne dans une série de violences qui finissent par
arracher de son âme cette fatale passion, au moment où sa maîtresse,
par un revirement naturel, croit pouvoir le ramener à elle et lui faire
oublier sa trahison.
L'Odéon a disputé judiciairement Laferrière à l'ancien Cirque pour
le contraindre à jouer Daniel Lambert. Nous croyons qu'il eût mieux
valu pour tout le monde que l'épopée militaire de l'Histoire d'un
drapeau ne fût pas privée de son trop nomade interprète.
— Un événement regrettable, mais qui par bonheur n'a pas eu de
suites sérieuses, a retardé la première représentation du Roi des
lies, qui devait être donnée à la Porte-Saint-Martin la veille de Pâ-
ques. Presque au moment d'entrer en scène , Brésil , chargé du
principal rôle de cette pièce, s'est foulé le pied. Cependant le Roi
des Iles a été joué le lendemain, grâce au zèle d'Henri Luguet, qui,
en vingt-quatre heures , s'est trouvé prêt à remplacer son cama-
rade. Cet incident n'a nui en rien aux destinées de ce drame,
qui, malgré quelques longueurs, a produit beaucoup d'effet. C'est
parmi les Uscoques, ces pirates de la Méditerranée, mis en relief par
les romans de Mme Sand, que MM. Rollin et Wœstyn ont choisi leur
héros Zingar. L'action dans laquelle il est engagé se développe à tra-
vers une insurrection des provinces dalmates contre Venise, et un
ténébreux complot du provéditeur Morosini, qui cherche ensuite à
racheter sa faute en trahissant le roi des lies, son allié. Joignez à
cela l'éternel élément dramatique de la mère qui a perdu son enfant
et qui le retrouve au moment de mourir. Ce rôle a valu de chaleu-
reux bravos à Mme Suzanne Lagier ; celui de sa fille n'a pas fait
moins d'honneur à une jeune et charmante débutante, Mlle Céline
Montaland, qui, toute petite encore, il y a quelques années, donnait
déjà des preuves d'intelligence au Palais-Royal dans la Fille bien
gardée et dans Mamzelle fait ses dents.
— Pendant qu'on reprenait aux Français V Aventurière, M. Victor
Séjour, l'auteur de la Tireuse de cartes, faisait représenter à la Gaîté
un drame intitulé les Aventuriers, qui n'a du reste aucun autre rap-
port que celui du titre avec la comédie de M. Augier. Il s'agit, dans
cette pièce, de la rivalité sanglante de deux nouveaux Atrides qui
font partie de la famille Farnèse, si célèbre par ses dissensions. La
cause de cette rivalité est l'amour des deux frères pour une même
femme qui préfère l'un et n'en devient pas moins, malgré elle, la
femme de l'autre. Les défauts de ce drame consistent dans une
forme vieillie et qui nous reporte au mouvement littéraire des pre-
mières années du règne de Louis - Philippe ; ses qualités se résu-
ment toutes dans un rôle merveilleusement tracé pour M. Dumaine,
l'émule de Mélingue. Il n'en faut pas davantage pour stéréotyper les
Aventuriers sur l'affiche de la Gaîté pendant plus de soixante repré-
sentations.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
*% Au théâtre impérial de l'Opéra, la représentation des Huguenots,
donnée vendredi dernier, a été fort belle et avait attiré la foule.— Pierre
de MêJicis, interrompu par l'indisposition de Mme Gueymard-Lauters, a
reparu vendredi.
t\ Nous avons dit que Mlle Marie Sax du théâtre Lyrique, avait eu
récemment une audition à l'Opéra ; c'est dans le rôle d'Alice, de Robert
le Diable, et dans le grand duo des Huguenots qu'elle s'est fait entendre.
Son engagement a été résolu à la suite de cette audition, dans laquelle
Mlle Sax a déployé des qualités tout à fait appropriées à la grande scène
sur laquelle elle devra paraître. C'est vers le mois d'août, après la clô-
ture du théâtre Lyrique, qu'elle débutera, et vraisemblablement dans un
des deut rôles où elle a tenté l'épreuve qu'elle vient de subir.
*** Un journal annonce que Mme Tedesco est engagée pour chanter
le rôle d'Olimpia dans Herculanum.
*** Incessamment doit avoir lieu à l'Opéra le festival annuel donné
au profit de la Caisse des pensions de retraite de ses artistes. La musique
ancienne paraît devoir faire exclusivement les frais de cette solennité ;
Meyerbeer, Rossini et Auber feront seuls exception et y seront repré-
sentés, le premier par la Schiller- M arsch ; le second, par la bénédiction
des drapeaux du Siège de Corinthe, et le dernier par l'air de la Muette, qui
serait chanté par Michot.
„% La construction d'une nouvelle salle d'Opéra, au fond de la place
projetée du boulevard des Capucines, au point de départ de la rue de
Rouen et de la rue d'embranchement à ouvrir entre ce boulevard et la
rue de la Chaussée-d'Antin, est maintenant résolue. Sur l'avis qui lui
en a été donné par le ministre d'Etat et de la maison de l'Empereur, le
préfet de la Seine vient de faire annoncer l'ouverture de l'enquête. Le
plan sera déposé pendant vingt jours, à partir du 15 avril, à la mairie
du 9e arrondissement (rue Drouot), où un registre d'enquête sera ou-
vert pour recevoir les observations du public Ce plan indique : 1° l'em-
placement que la nouvelle salle et ses dépendances occuperont entre la
place projetée et la rue Neuve-des-Mathurins; 2° le tracé des deux rues
d'isolement de 15 mètres de largeur chacune, qui borderont les côtés du
nouvel édifice; 3° le lotissement régulier qu'il convient de faire des ter-
rains avoisinant les cours qu'il y a lieu de ménager dans les divers
lots, afin d'y rendre possible l'élévation de constructions symétriques
dans des conditions satisfaisantes au point de vue de la salubrité. A
ce plan est annexé le dessin coté de la façade qui sera obligatoire pour
ces constructions.
*** Dimanche dernier, le Pardon de Ploërmel a rempli la salle du
théâtre de l'Opéra-Comique. Hier, samedi, on a fait relâche pour la répé-
tition générale du Château-Trompette qui sera joué demain.
**„ Au théâtre Italien, la reprise du Poliuto, de Donizetti, a procuré
un nouveau triomphe à lamberliclc et à Mme Penco. Ces deux artistes
s'y sont montrés dans tout l'éclat de leur talent et de leur verve. Merly,
qu'un enrouement avait privé d'une partie de ses moyens, chantait le
rôle de Severe.
*** La semaine prochaine, sera probablement représenté au théâtre
Déjazet l'opéra-comique de Flotovv, Pianella, dans lequel Paul Legrand
joue un rôle mimé. Les répétitions sont poussées avec activité, et on dit
le plus grand bien de cette œuvre de l'auteur de Martha.
.,,*„. Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre
se sont élevées , pendant le mois de mars dernier, à la somme de
1,551,737 fr. 95 C.
t*t Voici le programme du neuvième concert de la Société du Conser-
vatoire qui a lieu aujourd'hui : 1° symphonie en la, de Beethoven ; 2° air
avec chœur de Samson, de Haendel, chanté par M. Battaille; 3° frag-
ment d'un concerto pour cor, de Weber, exécuté par M. Mohr ; 4° scènes
du troisième acte d'Armide, de Gluck; soli chantés par Mmes Barbot et
Rey; 5° les Ruines dAthènes,de Beethoven; invocation à Apollon, duo,
chœur des derviches, marche turque, chœur ; le duo chanté par Mme Rey
et M. Crosti.
*** Mlle Tribelli, qui a obtenu au théâtre italien de Madrid un très-
beau succès, vient d'arriver â Paris.
*% M. H. Duponchel, ancien directeur de l'Opéra, est complètement
étranger à des articles publiés par M. Edmond Duponchel, architecte,
dans la Revue municipale, à propos de la construction projetée de la nou-
velle salle de l'Opéra.
„,*„, Quoique nous n'ayons pu assister au magnifique concert donné
par A. Ilerman samedi de la semaine dernière, nous avons à constater
le grand succès qu'y a obtenu l'éminent violoniste compositeur : salle
comble, briliant auditoire, grosse recette, applaudissements et rappels
après chaque morceau joué par Ilerman avec cette ampleur, ce beau
son, cette justesse et cette facilité qui le distinguent, rien n'a manqué à
la solennité. A côté du célèbre artiste, Mme Pellegrin, élève de Bonoldi,
a chanté plusieurs morceaux dans lesquels elle s'est révélée comme can-
tatrice de grand talent.
*% Nous avons des premiers entretenu nos lecteurs de la fondation
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
projetée d'un cercle artistique. Ce projet vient d'être réalisé. L'institu-
tion nouvelle prend la qualité de Cercle de l'Union artistique; le local
choisi est l'ancien magasin de soieries de Delisle, rue de Clioiseul. Plus
de deux cents sociétaires ont déjà adhéré aux statuts. Nous avons dit que
le cercle se proposait de faire exécuter en tout ou en partie les œuvres
musicales de mérite inédites. Voici les noms des membres choisis pour
administrer le Cercle de l'union artistique: Président: M. le prince Po-
niatowski. Vice-présidents: Charles Gounod, le prince Alphonse de Poli -
gnac, le comte Melchior de Vogué. Membres du comité : MM. le prince
d'Alsace d'Hennin, Emile Augier, Jules Bégé, le vicomte Alexandre de
Boisgelin, F.lie Cabrol, Maurice Cottier, Henri Delamarre, Gérôme, Hébert,
le vicomte Robert du Manoir, Mario-Uchard, le général Mellinet, Membrée,
le prince de Metternicli, le prince de la Moskowa, le comte Osmond, le
comte de Puliga, Jacques Keizet, le prince de P.euss, Osborne Sampayo.
„.** La partition pour piano et chant du Roman d'Elcire paraîtra vers
la fin de ce mois.
*** Si quelque chose éveille et fortifie le sentiment musical des élèves,
c'est sans contredit la musique d'ensemble. Nous avons pu apprécier
l'autre jour encore les heureux résultats de cette direction : avec plu-
sieurs pianos, formant presque un petit orchestre, les élèves de Mme Clara
Pfeiffer ont joué des œuvres d'Haydn, de Mozart et de leurs successeurs.
Tout le monde applaudissait l'unité, la précision, la finesse de nuances
des jeunes exécutantes. Il serait vraiment à désirer qu'on imitât
Mme Pfeiffer. Les salons n'auraient pas plus de pianistes, mais ils y ga-
gneraient assurément quelques bonnes musiciennes.
.,% Dans la soirée musicale donnée par Mlle Mathilde Devencay, on a
surtout applaudi une composition brillante de Charles John, le Tournoi
de la reine, exécutée par la jeune pianiste. Ce morceau réunit toutes les
conditions de succès dans les salons et les concerts. Du reste, ce n'est
pas le seul échantillon que l'auteur nous ait donné de son talent à traiter
les inspirations militaires. MM. Sighicelli, Anthiome, Mlle Berthe Verdin,
et autres artistes distingués, prêtaient leur concours à la bénéficiaire.
¥*»Au concert donné par M. Sighicelli on a beaucoup remarqué MlleFi-
noii, jeune et charmante milanaise, récemment arrivée à Paris avec un
talent qui l'y fera rapidement connaître. C'est une riche voix de mezzo-
soprano-contralto, accentuée avec ce goût et cette méthode qui appar-
tiennent à la grande école italienne , et qui traduit Rossini comme
l'illustre maestro doit désirer d'être interprété. Elle a été bissée et
rappelée plusieurs fois avec des applaudissements du meilleur aloi. Il ne
manque à Mlle Finoli que. d'avoir plus de confiance dans ses forces et de
surmonter une timidité qu'il faut vaincre, bien que ce soit peut-être une
grâce de plus dans un jeune talent.
»*„, Au concert de Telesynski et dans plusieurs réunions musicales ,
Bertheliena chanté deux nouvelles chansonnettes de Bourget : Bibi Ban-
ban et Mu dear Contrebass, avec un succès qui surpasse tous ceux qu'il
avait obtenus jusqu'à présent.
*% Le mardi 1er mai 18.60, l'Association des artistes musiciens, fondée
par M le baron Taylor, célébrera la fête de l'ouverture du mois de
Marie, en faisant exécuter par deux cents artistes, en l'église Saint-
Koch, à midi très-précis, une nouvelle messe solennelle de 11. Charles
Manry. L'orchestre sera dirigé par M. Tilmant. Les chœurs seront con-
duits par M. Vervoitte, maître de chapelle de la paroisse. Le produit
des chaises et de la quête, abandonné par la paroisse, sera versé dans
la caisse de secours de l'Association des artistes musiciens.
»*» C'est jeudi 26 qu'aura lieu l'intéressant concert , avec orchestre ,
de Joseph Wieniawski avec le concours de Mmes Bochkoltz-Falconi et
Richard Lindau. En voici le programme : Ouverture dCEgmont, de Beetho-
ven. — Concerto en soi mineur, Souvenir de Lublin, Valse brillante et
grande ouverture de concert de la composition de Wieniawski. — Lied de
Mendelssohn, nocturne de Field, étude en la mineur de Chopin. —
Chanson polonaise de E. Wolff. — Polonaise de Chopin, exécutés par le
bénéficiaire. — Duo des Nozzc di Figaro, chanté par Mmes Bockh ltz-
F'alconi et Lindau. — Variations de Humruel, chantées par Mme Bochkoltz-
Falconi et mélodies de Schubert, chantées par R. Lindau. La saison
étant très-avancée, c'est probablement la seule fois que M. J. Wieniawski
se fera entendre.
**. Le 28 avril, salle Beethoven, M. de Casella, violoncelliste-solo du
roi de Sardaigne , doit donner un concert auquel prendront part
M\I. Sighicelli et de La Nux, Morini, du théâtre Italien, le baryton For-
tuna et Mmes Mosini et Favanti. M. de Casella s'est déjà avantageuse-
sement fait connaître en jouant, aux applaudissements de l'auditoire, dans
plusieurs concerts, et tout récemment chez M. le comte de Nieuwerkerke.
»*„ Le concert donné par Stanzieri a tenu tout ce qu'il promettait. Les
compositions qu'il y a fait entendre ont été fort goûtées. Le trio en si
bémol, de Beethoven, a été magistralement rendu par le bénéficiaire,
Braga et Accursi. Inutile de dire que la tarentelle inédite de lîossini a
été fort applaudie. Graziani et l'Alboni ajoutaient par leur présence un
grand attrait à ce concert.
**„ Nous rappelons aux amateurs de bonne musique que c'est demain
à la salle Herz, à 8 heures et demie du soir que Mlle Bochkoltz-Falconi
donne l'intéressant concert dont nous avons fait connaître le programme
dans notre dernier numéro.
»** Le concert de M. Jacques Franco-Mendès, réminent violoncelliste
et compositeur, aura lieu jeudi soir, 26 avril, dans les salons Pleyel.
Ainsi que nous l'avons annoncé, M. Franco-Mendès fera entendre le sep-
tième quatuor pour deux violons, alto et violoncelle, de M. Léon Kreutzer,
et de sa composition quatre morceaux, savoir : cinquième quintptto pour
deux violons, viola et deux violoncelles; l'Espoir, mélodie, boléro, diver-
tissement, trois solos pour violoncelles. Mlles Ida Bertrand, Joséphine
Martin ; MM. Lafont, Malézieux, de Cuvillon, Jacoby et Biétry prête-
ront leur concours au bénéficiaire.
„.*„, Une charmante fantaisie pour le piano, composée par Longueville
sur des thèmes de Stradella, de Flotow, a été publiée cette semaine.
Nous la croyons destinée à un grand succès.
*% La partition pour piano et chant de l'opéra comique en un acte,
Fanchelte, paroles et musique de Déjazet, dont soixante représentations
n'ont pas épuisé le succès, vient de paraître.
#% A la dernière séance musicale de l'Académie universelle des arts
et manufactures de Paris, on a chanté la belle cantate Tctouan, com-
posée, à l'occasion des victoires de l'armée espagnole, sur des paroles
de M. Defontaine, par M. S. Ponce- de-Léon. Cette composition, d'une
facture large et martiale, a obtenu le plus brillant succès ; les soli ont
été parfaitement interprétés par MM. Guidon frères.
„,*„. (.'est le 1er mai que le directeur des concerts des Champs-Elysées
compte en faire la réouverture. Musard a déjà commencé ses répétitions,
et il fera entendre successivement plusieurs morceaux qu'il a composés
cet hiver. Au nombre des premiers que son orchestre exécutera se trou-
vent la Schiller-Marsch et la Polonaise de Struensée, de Meyerbeer; l'ou-
verture du Siège de la Rochelb: , de Balfe, etc., etc. Les solistes distingués
de l'été dernier, Demersseman , Legendre, Moreau, François, Génin,
Gobert, Calendini, Soler, sont à leur poste, et on parle pour le mois de
juin de l'engagement de Wuille, le clarinettiste le plus extraordinaire du
monde entier.
*** Le chambellan prince G. A. Stahremberg, connu comme un pro-
tecteur éclairé de l'art musical, est mort à Vienne le vendredi saint der-
nier.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*** Brest. — Le grand événement de la semaine est la représentation
sur notre théâtre du Pardon de Ploërmel. L'œuvre nouvelle de Meyer-
beer, déjà connue dans nos salons, était impatiemment attendue, et il
faut (out d'abord constater que cette attente n'a pas été trompée. Le
succès a été complet. L'ouverture, admirable symphonie, qui résume
la pensée du maître, a produit une impression indicible. La Berceuse, le
grand air cTHoël et le duo Un trésor, ont provoqué à plusieurs reprises
les bravos de la salle au premier acte ; mais le triomphe de Mlle Boulan-
geot a été, au second acte, l'air de V Ombre, qu'elle a vocalisé avec une
admirable perfection. Ce morceau, ainsi que le trio final, a été acclamé
comme le méritent des œuvres aussi magistralement conçues que brillam-
ment exécutées. L'air du Chasseur, celui du Faucheur et le Pater noster,
qui ouvrent le troisième acte, ont fait admirer la variété des inspirations de
Meyerbeer, et surtout le sentiment religieux qu'il possède à un si haut
degré. La romance d'Hoèl a été chantée avec une expression remarquable
de sensibilité, et la grande scène finale, sur laquelle se détache le duo
d'Hoël et de Dinorah, a clos dignement cette nouvelle et sublime page
de l'auteur des Huguenots. MM. Wilhem et Guillemot étaient chargés des
rôles d'Hoël et deCorentin; ils s'en sont acquittés en artistes de talent,
et le public le leur a prouvé 'par ses applaudissements. Le rôle de
Dinorah était confié à Mlle Boulangeât; elle y a été parfaite. Il serait
injuste de ne pas nommer MM. Graat et Arnaut, qui se sont supérieure-
ment acquittés des rôles secondaires du chasseur et du faucheur. Enfin,
pour ne rien oublier de ce qui a contribué à l'éclat de cette représenta-
tion, disons que notre directeur, M. Moreau, n'a rien épargné pour monter
dignement la pièce, et que la mise en scène et les décorations, princi-
palement celle du pont et de la chute d'eau naturelle, ont été légitime-
ment applaudies. Le Pardon de Ploërmel sera pour la direction un succès
d'argent.
;,% Rennes. — L'engagement par la direction de notre théâtre de
M. Jouard, fort ténor d'Anvers, nous a valu, pour la clôture de la saison
théâtrale, une très-belle représentation de Robert le Diable. La salle était
comble, parce qu'à l'attrait d'entendre le chef-d'œuvre de Meyerbeer se
joignait celui de voir comment notre première chanteuse, Mme Laurence,
qui avait choisi cet opéra pour sou bénéfice, se tirerait d'une épreuve
déjà tentée à Rouen en pareille occurrence. Il s'agissait pour elle de
chanter le rôle d'Isabelle et celui d'Alice. Cette représentation n'a été
qu'une longue ovation pour Mme Laurence et pour Jouard, dont le rôle
de Robert est le triomphe. La voix large et profonde de Pouilley l'a
merveilleusement servi dans le rôle de Bertram.
„,** Marseille. — M. Moutelli, le nouveau directeur du grand théâtre
de notre ville, est à Paris, où il s'occupe activement de former la double
DE PARIS.
troupe italienne et française qu'il compte exploiter la saison prochaine.
Parmi les artistes engagés, nous pouvons dès à présent citer, pour l'opéra
français : MM. Renard, Lucien Bourgeois, Merly, Mlle Gilliess, Mme Fauré-
Brière. Pour la danse, M. Charansonnay, de la Scala de Milan; et la Ro-
setti, qui a paru avec succès à Covent Garden. Pour l'opéra italien, les
ténors Alessandro Bettini, Pardini ; les basses et barytons, Varese, Marra,
Mancusi, Merly, Nerini, Llorens; les soprani, Mmes Brambilla, Monténé-
gro, Nerulo.
„,% Nice. — Le concert donné par Mlle Octavie Caussemille, jeune
pianiste, qu'une réputation brillante acquise en France et en Allemagne
avait précédée chez nous, a été un véritable événement. Ce concert avait
attiré un nombreux concours d'amateurs, et la jeune artiste a justifié
pleinement l'opinion qu'on avait conçue de son talent. Elle a joué suc-
cessivement plusieurs morceaux de Mayseder, Leybach, Fumagalli ; mais
c'est surtout dans le scherzo du quatrième concerto symphonique de
Litolff, qu'on a pu apprécier les rares qualités qui distinguent Mlle Caus-
semille. Elle a été couverte d'applaudissements.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
t*t Londres. — Le théâtre de Sa Majesté donne la Traviuta avec la
Piccolomini, qui obtient toujours dans ce rôle la faveur de notre public.
— Après la Favorite et le Trovaton, Mme Borghi-Mamo va chanter le
rôle de Desdemone dont elle a pris possession cet hiver aux Italiens de
Paris. Le ténor Mongini chantera Otello, Everardi, Iago, Belart, Rode-
rigo. — A Covent-Garden Fidelio succède sur l'affiche à Dinorah ; le rôle
de Leonora est confié à Mme Csillag, l'éminent contralto allemand, qui a
fait une courte apparition sur la scène du Grand-Opéra à Paris, et que
nous^allons pouvoir juger.
,% Bruxelles. — Quarante représentations successives n'ont pas épuisé
la vogue du Pardon de Ploèrmcl, et la salle est comble comme aux pre-
mières représentations; il n'est pas d'exemple d'un succès aussi soutenu.
Il faut l'attribuer autant à la bonne exécution de l'ouvrage qu'aux grandes
et sévères qualités qui le distinguent. Mlle Boulart est toujours char-
mante dans le rôle de Dinorah. La scène de VOmbre lui vaut des bravos
sans fin et un rappel enthousiaste. L'ensemble est toujours parfait, et
l'orchestre, sous l'habile direction de M. Hanssens, fonctionne avec cette
verve, cet ensemble, ce fini, qui l'ont placé au rang des premiers orches-
tres du monde — On annonce au théâtre de la Monnaie les Dragons de
Villars, choisis par notre habile chef d'orchestre, M. Hanssens, pour son
bénéfice.
„% Berlin — La semaine sainte a été presque entièrement consacrée
à la musique d'église; ù la cathédrale on a entendu les artistes du Dom-
chor ; à l'Académie de chant, la Société de chant Stern a exécuté le
Messie, de Haendel, avec le concours de Mme BUrde-Ney, de Dresde ; à
l'Académie de chant Grell, la Passion, de Bach, d'après saint Matthieu ;
à l'église de la garnison, la mort de Jésus, par Graun; au théâtre royal
de l'Opéra a été donné, pour la première fois : les Epouses fidèles (Wei-
berlreue) par le maître de chapelle, Gustave Schmidt, d'après la ballade
deBùrger. — Lafêtecommémorativedonnéeà l'occasion de la mort de Mme
Schrœder Deviïent par la réunion de chant Stern. a produit une recette
de 443 thalers, qui serviront à couvrir une partie des frais du monu-
ment qui doit être érigé à la célèbre cantatrice. — M. Alexandre Dreys-
chock a reçu l'ordre de l'Aigle rouge 4e classe. — Le directeur et les artis-
tes de l'opéra Italien ont été appelés auprès de l'intendant général des
théâtres, M. de Redern, chargé de leur remettre les présents qui leur
étaient offerts par le prince régent : Mlle Artot a reçu une broche et
Mlle de l\uda un bracelet ; des épingles ont été remises à Carrion ainsi
qu'à Brémond; des bagues à Lorini et au chef d'orchestre; enfin Frizzi
et Sedié ont eu pour leur part des tabatières.
*** Vienne. — Au Thealer an der Wien, Mlle Lagrua vient de débuter de
la manière la plus brillante dans le rôle de Norma, auquel le beau talent
de la cantatrice a rendu toute la fraîcheur, tout le charme de la nou-
veauté. Benedetti a convenablement interprété le rôle d'Oroveso. Les
autres artistes ont laissé à désirer.— /Vu théâtre de l'opéra de la cour, on a
repris les Huguenots.— Le succès d'Orphée aux enfers se soutient au Cari
theater.— Mme ClaraSchumann vient de nous quitter: l'éminente pianiste
se rend d'abord à Dresde, d'où elle partira ensuite pour Berlin et Londres.
— L'Académie de chant a exécuté le vendredi saint le Miserere d'AUegri,
à l'église des Augustins.
*** Darmstadt. — Le lundi de Pâques le théâtre grand-ducal a donné
pour la première fois et avec un immense succès Dinorah; le dialogue a
été remplacé par les récitatifs traduits de l'italien.
*% Hambourg. — L'opéra italien a commencé ses représentations par
/( Barbiere : tous les billets avaient été vendus huit jours d'avance.
*** Lubeck. — Le Pardon de Ploermel vient d'être représenté pour la
première fois au théâtre de la ville; la mise en scène était splendide.
Notre célèbre prima donna Mme Bock-lleintzen était chargée d'interpréter
le rôle de Dinorah ; elle s'est acquittée de cette tâche difficile en actrice
et en cantatrice consommée : l'air de VOmbre, notamment, a été ac-
cueilli avec une explosion d'applaudissements. Mme Bock-Heintzen a
été rappelée à la fin du deuxième acte et à la fin du spectacle.
%*t Francfort. — Mlle Frassini vient de jouer, pour la cinquième fois ,
le rôle de Dinorah, dans le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer, dont la
première représentation date du 15 février. — Un grand nombre d'amis
et d'artistes ont rendu les derniers honneurs à la dépouille mortelle de
Franz Messer; près de la tombe destinée à la recevoir, on avait établi
une estrade où une partie de l'orchestre, composée des instruments
à vent, a exécuté des morceaux analogues à la circonstance. Deux
discours ont été prononcés. Le service a eu lieu a 1 1 heures à la cathé-
drale, où l'on a exécuté le Requiem de Gherubini.
„% Milan. — Le concert annoncé pour le 10 avril, par Camillo Sivori,
avait rempli le théâtre Carcano d'une société aussi choisie que nom-
breuse. Le triomphe du célèbre violoniste a été le plus complet que puisse
ambitionner un artiste. De tous les points de la salle partaient les accla-
mations les plus enthousiastes, et se mêlaient aux plus frénétiques ap-
plaudissements. Sivori annonce pour dimanche un deuxième concert, qui
promet d'être aussi brillant que le premier. — L'opéra nouveau de
Petrella, le precau-ioni, a réussi, quoique la partition semble à quelques
égards, un peu trop napolitaine, et que la troupe, chargée de l'exécution,
ne soit que d'un ordre inférieur.
^% Naples. — Un petit ouvrage bouffe en un acte, / due Ciaballini,
du maestro Ruggi, a obtenu du succès.
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A. BDTTNER,
Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre.
La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être
adressées ; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports.
En vente chez A. IKELMER et C
MUSIQUE DE PIANO
Fararrer (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. .
— Op. 12. Tarentelle
— Op. 13. Souvenir de Beethoven
— Op. 14. En Chasse, fantaisie
Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de
salon
— Op. 11. Première grande valse
— Deuxième grande valse
— Deuxième mazurka
— Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude
de concert
— Op. 20. Rondo-polka
— Op. 21. Sicilienne
— Op. 22. Elégie
7 50
7 30
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9 »
7 50
', éditeurs, 11, rue Rougemont.
MUSIQUE DE CHANT
Kcvaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet-
tes, proverbe 2 50
— Faute d'un point, proverbe 2 50
— Les Si et les Mais, proverbe 2 50
— Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50
— Une Aiguille dans une botte de foin 2 50
— Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 50
Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co-
mique T.B. 6 »
SIX FANTAISIES KX TRIO
Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par
II. Ravina et EL. Oapïsson.
AIDIMnTCr ÇA Y («'UrVIOR). — Xe>'f
AlirllUlluIi oAA brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments Saxomnitoniques. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
trumenls de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par et le seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à
Paris.
TVfkïOAN II ÏIFD7 Manufacture de
IvlAldUH H. nhnù pianos, 48, rue de la
Victoire, à Paris.
•• A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les su
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et Au obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. ■
{Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
pour paraître prochainement
Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu.
A. BRASSIN
Transcription pour le Piano du deuxième
air varié d'H. Vieuxtemps.
Rarcarolle.
Sérénade.
Grand galop fantastique.
Binette.
lie Ruisseau, morceau de salon.
lie Chant du soir, rêverie.
An bord de la mer.
Donze études de concert.
Publié par G. BRANDUS et S. DUFOUR,
103, rue de Richelieu, au 1".
LYRE FRANÇAISE
Choix d'Airs d'opéras, Duos, Romances, etc.,
sans accompagnement,
des meilleurs auteurs anciens et modernes.
150 n°'. Edition populaire. Ch., 25 c.
OAïiTÏ Ï"FA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex-
uUUl LIi 1 V position 1849; Médaille de \" classe
Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour
l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo-
sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses
pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus-
tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau
modèle de piano droit, cordes obliques, grand format,
extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap-
port de la quantité et de la qualité du son. Magasin,
rue Montmartre, 161.
1" médaille d'or
Exposition nationale française de 1849.
DECORATION DE LA LÉGION D HONNEUR
Exposition de 1849.
MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS
FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR
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1™ médaille
Exposition nationale belge de 1841.
DÉCORATION DE LA COURONNE 0E CHÊNE
de Hollande (1845).
Grande médaille d'or
du Mérite de Prusse (1846).
«™ médaille d'argent ,_
Exposition nationale française de 18«4. FaCtCUI' (1C M MllISOIl militaire (le I fclliperCliï.
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Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (S 855) . — Seule grande médaille
(Council Meitut) à l'Exposition universelle de Londres (1851).
Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale.
inventeur des familles des
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Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ;
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Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs
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Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 1859.
CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX.
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BUREAUX A. PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
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OR S'ABONNE 1
Dana les Départements et à l'Étranger, che? tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aui
Bureaux des Messageries et des Postes.
N° 18.
REVUE
2!) Avril 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 fr. par ML
Départemeuts, Belgique et Suisse... 3l> » id.
ÉtruDser 34 » id.
Le Journal parait le DiniaDCDC.
GAZETTE
— ■wv\f\j\f lAAn/w-^-
SOMMA1RE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : le Château-Trompette,
opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique
de M. Gevaert, par D. A. B*. Saint- Yves, — Sixième séance de musique
de chambre de Maurin et Chevillard ; quintette de M. Fétis. — Concert de Joseph
Wieniawski. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — L'Orphéon
français à Londres, par llathien de Monter. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMQUE.
1-E CHATEAU-TROMPETTE,
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel
Carré, musique de M. Gevaert.
(Première représentation le 23 avril 1860.)
On sait que le Château-Trompette, qui aujourd'hui a disparu pour
faire place aux embellissements de Bordeaux, était un ancien fort,
conslruit, de même que celui de Hâ, du temps de Charles VII, non-
seulement contre les Anglais, mais aussi contre les Bordelais, souvent
enclins à la révolte. Il faudrait de bien grands efforts d'imagination
pour trouver dans les souvenirs légués par cette forteresse un sujet
d'opéra-comique. Aussi MM. Cormon et Michel Carré n'y ont-ils
guère songé, et n'ont-ils considéré le Château-Trompette que comme
une excellente enseigne à la pièce qu'ils ont faite avec les amours
de Mlle Lise et de M. Olivier Bancelin, contrariés par les prétentions
du maréchal de Bichelieu.
Mlle Lise est de la race perdue de ces jolies grisettes de Bordeaux
qui portaient si gaillardement la mule à talons, le jupon court et le
foulard de soie noué sur le chignon. M. Olivier est un jeune robin
assez insignifiant, qui partage ses affections entre sa mère et Lise.
Qui les empêche de se marier?
En attendant qu'ils s'y décident, voici que S. M. le roi Louis XV
confie le gouvernement de sa fidèle province de Guienne au vain-
queur de Manon, escorté dans cette espèce de vice-royauté, beaucoup
moins par la renommée de ses exploits guerriers que par celle de ses
innombrables triomphes galants. Ne soyons donc pas surpris de voir
tous les maris des bords de la Garonne trembler de peur à son ap-
proche et se mettre en mesure d'émigrer avec leurs moitiés trop sé-
duisantes.
Parmi les plus effrayés, se distingue un M de Bourcant, qui oc-
cupe un emploi important dans les gabelles. Mais M. de Bichelieu a
entendu vanter la beauté vraiment merveilleuse de Mme de Bourcant,
et il ne se la laissera pas enlever par son Bartholo de mari.
11 commence par suggérer aux principaux habitants de la ville l'idée
de lui offrir un grand bal auquel ils ne pourront se dispenser de
conduire leurs femmes. Mais M. de Bourcant est un homme de res-
source; il enverra secrètement, par une embarcation sur la rivière,
Mme de Bourcant à sa maison de campagne, et néanmoins à la même
heure il la mènera au bal.
Ce problème, en apparence inextricable, est pourtant dos plus fa-
ciles à résoudre; seulement, une complication imprévue vient s'y
mêler et l'embrouiller plus que jamais.
Il est bon de savoir que ce vieux Céladon de maréchal (car il a
dépassé depuis longtemps la cinquantaine) ne voyage pas sans em-
porter dans ses bagages un coffret renfermant les médaillons de toutes
ses maîtresses. Or, M. Olivier Bancelin, l'amoureux de Lise, a dé-
couvert, par une indiscrétion qu'il nous serait malaisé d'expliquer,
que le portrait de sa mère était au nombre des trophées de M. de
Bichelieu.
Touchée de son désespoir, Lise conçoit le généreux dessein de s'in-
troduire dans le boudoir du maréchal pour lui dérober cette minia-
ture compromettante, et à cet effet, elle se substitue à Mme de
Bourcant, qu'elle sait devoir être enlevée, pendant son sa course sur
l'eau par Champagne, le valet de confiance du maréchal. Le masque de
rigueur la protégera contre la curiosité de cet homme qui la connaît,
et qui l'a même courtisée naguère.
C'est grâce à cette même protection du masque que M. de Bour-
cant a, de son côté, formé l'audacieux projet de conduire sa servante
Cadichonne au bal, et de la présenter comme sa femme au gouver-
neur.
La situation se devine : le maréchal , placé entre les deux fausses
moitiés de l'employé aux gabelles, est bien et dûment mystifié ; mais
Lise se charge de prolonger le quiproquo à son profit. Cadichonne
est mise hors de cause , le maréchal s'enferme pour souper avec
Lise, et celle-ci, à force de rasades, se débarrasse des tentatives du
vieux roué , qui finit par s'endormir, pendant que la grisette fait
main basse sur le portrait de Mme Bancelin.
Après cela, que nous reste- t-il à apprendre? La pièce semble ter-
minée, et elle le serait en effet si, pour le triomphe de la morale», le
duc de Bichelieu ne se croyait forcé de déclarer hautement que
Mme Bancelin, attirée autrefois par lui dans une petite maison, en est
sortie aussi pure qu'elle y était entrée , et que cette dame est sans
contredit la plus vertueuse de toutes les Bordelaises passées, présen-
tes et futures.
158
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Et le Château-Trompetle? où donc est-il? D'abord sur l'affiche, et
si cela ne vous suffit pas, voici le gargotier Frigousse qui a décoré
de ce nom ronflant la guinguette dont il est le seigneur et maître.
La pièce de MM. Cormon et Michel Carré est assez gaie et renferme
des détails spirituels ; mais elle aurait pu être facilement resserrée
en deux actes. Convenons en outre que le duc de Richelieu y joue un
rôle qui déroute bien des idées reçues. En fait d'aventures galantes,
le célèbre Lovelace français était plus souvent mystificateur que mys-
tifié. Il est vrai que l'exception n'infirme pas la règle.
La partition de M. Gevaert est écrite, comme tous les ouvrages de
ce jeune compositeur belge et comme les derniers surtout, avec élé-
gance, avec verve ; mais l'originalité de l'inspiration y est plus rare
que dans ses premiers opéras. On y trouve d'excellentes intentions ,
mais non toujours suivies du fait. Telle idée dont on attend le déve-
loppement tourne court et s'efface pour en laisser passer une autre
qui n'est souvent pas mieux conduite à bonne fin.
Plusieurs morceaux ont néanmoins été remarqués et applaudis.
Dans le nombre nous citerons l'ouverture, composée des principaux
motifs de la pièce; le Noël sur M. de Richelieu, que Lise chante au
premier acte, avec refrain en chœur, et qui a obtenu les honneurs du
bis; un joli duo entre Champagne et Lise, où le compositeur a fait
intervenir l'air du Carillon de Dunkerque et celui de la Boulangère
dans unestrelte vive et pimpante, puis un finale très-bien dessiné, où
une chanson de matelot est remplacée par une ronde populaire,
pleine de mouvement et d'entrain.
Au second acte, nous mentionnerons l'air de Lise : Non, ce n'est
plus Lisette, très-brillant et très-favorable à la voix de Mme Cabel ;
un charmant quintette sur des rires parfaitement nuancés, des cou-
plets comiques de Cadichonne, et une petite chanson fort piquante
dans la scène de table, sur ce refrain : Quand ils sont vieux, les
loups ne mordent guère.
Enfin, au troisième acte, les morceaux qui ont produit le plus d'ef-
fet sont les couplets de Champagne, Bonjour, Fanchon; bonjour, Su-
son, redemandés par le public; d'autres couplets avec refrain en duo,
chantés par Frigousse et Cadichonne, et que l'on a aussi voulu enten-
dre deux fois ; et pour terminer la pièce, la reprise du Noël de M. de
Richelieu, lequel pourrait bien devenir populaire.
Le rôle de Lise, auquel les auteurs ont consacré un soin tout spé-
cial, est interprété par Mme Cabel, qui en a fait une de ses plus agréa-
bles créations. On sait avec quelle grâce, avec quel charme elle porte
le tablier et le bonnet de la grisette; rien n'égale sa bonne humeur
et sa joyeuse allure. Au second acte, il y a des scènes que Mme Ca-
bel joue en très-fine et très-habile comédienne. Quant au chant, c'est
toujours la même légèreté, la même fraîcheur, la même sûreté d'in-
tonations. Elle dit avec infiniment d'esprit le Noël du premier
acte, et fait des merveilles de vocalisation dans son grand air du se-
cond.
Le personnage de Richelieu, si étrangement travesti, était destiné à
Couderc ; une regrettable maladie l'y a fait renoncer ; sera-ce le con-
soler que de lui dire qu'il n'en aurait pu tirer un meilleur parti que
Mocker?
En jouant Champagne, Sainte-Foy n'est pas dans son emploi ;
mais des artistes de sa nature ne sont déplacés nulle part, et se
sauvent des plus mauvais pas par leur adresse et leur talent.
Berthelier et Mlle Lemercier gasconnent à qui mieux mieux, et
sont tous les deux parfaits dans les rôles de Frigousse et de Cadi-
chonne.
Prilleux, Tonchard et Lemaire concourent, chacun pour sa part, à
l'ensemble. Félicitons M. Roqueplan sur la mise en scène, qui est des
plus soignées et des plus intelligentes, ainsi que M. Tilmant sur son
orchestre, dont les qualités solides font assez haut l'éloge du chef qui
le dirige.
D. A. 1). SAINT-YVES.
SIXIÈME SOIRÉE DE MUSIQUE DE CHAIBRE
DE MAURIN ET CHEVILLARD. - QUINTETTE DE
M. FÉTIS.
M. Félis possède une de ces puissantes organisations, une de ces
intelligences d'élite bien faites pour dérouter la foule. Certains esprits
connaissant surtout l'immense érudition du maître, tant musicale que
littéraire et historique, ont peine à croire qu'il lui reste le temps
d'écrire une vive et chaleureuse page symphonique. Il en est pourtant
ainsi: bon nombre d'eeuvres l'attestent. Nous ne rappellerons pas ici,
ce serait superflu, ses travaux d'art et de science, ce sont des monuments
que la postérité connaîtra et qu'elle admirera ; nous dirons seulement
que le quintette exécuté jeudi à la sixième séance de Maurin et Che-
villard suffirait à fonder la réputation d'un musicien ; car on y trouve
l'imagination qui crée et la science qui féconde. Les modulations en-
harmoniques du premier allegro en la mineur, plein de mouvement,
d'élégance et d'originalité, ont une douceur et un éclat vraiment sai-
sissants. Ces modulations sont l'une des plus belles choses de l'har-
monie moderne. L'effet qu'elles produisent ne peut être comparé qu'à
ces éclaircies de jour et de soleil qui tout à coup viennent percer et
illuminer l'obscurité des grands bois. M. Fétis. qui l'a si heureuse-
ment employé, ne l'a point émoussé par un usage trop fréquent, comme
on le fait souvent maintenant.
11 y a dans la tendre et suave mélodie de Validante soslenuto, jouée
par le premier violon, soutenue par le violoncelle, de jolies broderies,
de délicates variations en staccato, en arpèges pianissimo sur deux
cordes, d'un charme inexprimable. Tout cela a été rendu avec beau-
coup de finesse par MM. Maurin, Chevillard, Viguier, Sabattier et
A. Lebrun.
Dans X intermezzo, la vigueur succède à la grâce, les traits les plus
fougueux, les plus capricieux aux chants les plus aimables. Un adagio
espressivo, où l'on a remarqué quelques-unes de ces harmonies sim-
ples dont le secret n'appartient qu'aux maîtres, précède le finale, qui
est d'un entrain, d'un esprit, d'un brio irrésistibles. Les fanfares de
chasse, les éclats de joie et de mélodie qui terminent ce dernier mor-
ceau ont ravi l'auditoire et ont été très-chaleureusement accueillis.
Nous ne pouvons analyser entièrement ce finale, nous voulons seu-
lement insister sur la science enjouée qui s'y montre, et signaler une
phrase staccato, dite d'abord en mi majeur, puis en vl majeur, et
modulant toujours par des cadences qui, malgré les richesses et les
recherches harmoniques dont elles sont entourées, conservent une
franchise et un naturel ravissants. Tantôt-, l'auteur module et prend
le chemin le plus long où se cueillent en passant les accords les plus
hétérogènes ; tantôt, il saute d'une tonalité à une autre avec la conci-
sion, la sobriété et aussi avec l'effet et la douceur que connaissent
seules les plumes accoutumées à faire sentir toute la valeur d'une
note.
Ceux qui dans un quintette peuvent suivre toutes les parties, en-
tendre aussi bien les intermédiaires que les extrêmes, ont été enchantés
de l'intérêt, des dessins mélodiques répandus par M. Fétis dans les
cinq voix qu'il faisait parler. Il faut être bien profondément savant
pour conserver des allures aussi vives, pour n'avoir rien de tendu,
rien d'ambitieux, et pour garder ainsi, au milieu de la plus grande
sévérité de style, une telle verdeur de pensés. Fidèle comme compo-
siteur aux théories qu'il a toujours professées comme critique, M. Fétis
s'est montré dans cet ouvrage d'une simplicité et d'une clarté lumi-
neuse. On est toujours un peu rebelle à l'admiration ; mais, cette fois,
disons-le à la louange du public parisien, les applaudissements en-
thousiastes qui ont salué l'œuvre de M. Fétis ont prouvé qu'on lui
pardonnait d'être à la fois un grand théoricien, un grand historien de
la musique et un compositeur inspiré.
DE PARIS.
159
Celte séance s'est terminée par le quatuor en la mineur de Beetho-
ven. Dans l'interprétation de ces pages, le beau talent de MM. Maurin,
Chevillard, Viguier et Sabattier semble rehaussé encore par l'étude
approfondie et toute spéciale qu'ils ont faite des dernières œuvres de
ce maître .
Entre le quintette de M. Fétis et le quatuor de Beethoven, une jeune
pianiste, Mlle Caroline Lévy, a produit une vive sensation, en jouant
délicieusement deux jolis morceaux de Weber et de Mendelssohn. Sa
manière est tout éclectique: c'est la meilleure, à notre avis. Elle a la
sobriété et le brillant, la grâce et la force ; elle emploie les effets du
piano moderne, mais en évitant le fracas et l'exagération. Elle est, nous
a-t-on dit, élève du Conservatoire, de Mme Farrenc. Nous ne nous
étonnons plus alors de la finesse et de la pureté de son style. Mlle Lévy
a obtenu un de ces succès qui font monter tout à coup les meilleures
élèves au rang d'artistes vraiment distingués.
CONCERT DE JOSEPH WIENIÀWSKI.
Personne n'avait oublié J. Wieniawski ; on se rappelait qu'il avait
obtenu, il y a quelques années, de grands succès au Conservatoire.
Après avoir voyagé, il nous revient avec une exécution qu'on connais-
sait déjà, mais en partie seulement, car elle est singulièrement élar-
gie, fortifiée, et avec des compositions qu'on ne connaissait pas du
tout et qui attestent un musicien instruit , plein de verve , de feu
et souvent d'originalité, ce qui est plus rare. A son concert,
donné jeudi dans la salle Herz, après la magnifique ouverture
à'Egmont, fort bien dite sous l'intelligente direction de M. Victor
Chéri, Joseph Wieniawski a exécuté d'une façon magistrale — épi-
thète méritée cette fois — son concerto en sol mineur avec orchestre.
Nous n'avons pas la prétention d'analyser, après une seule audition,
toutes les beautés, tous les détails d'une œuvre longue et sérieuse,
nous dirons seulement qu'on a été frappé par un ensemble harmo-
nieusement combiné, par des mélodies franches et bien accusées, par
un travail attachant qui ne sent pas l'effort et qui décèle autant la
richesse de l'imagination que l'habileté de la maih. Malgré le mérite de
\ amiante et de \' allegro molto vioace, c'est le premier allegro mode-
rato, page très-remarquable, que nous préférons. Il y a bien aussi,
parfois, dans ce morceau le vague de pensées, la surabondance d'idées
et de notes que donne la jeunesse ; mais heureux les jeunes compo-
siteurs qui ont tant de choses à dire, qui ont peine à choisir, et chez
qui le convenable glacé ne remplace pas une certaine effervescence que
la réflexion et l'expérience calment toujours assez tôt! Sans recherches
ambitieuses, sans parti pris de ne s'adresser qu'à un petit nombre
d'auditeurs, sans emphase, l'auteur va droit son chemin et trouve des
mélodies généralement claires, colorées et distinguées ; sans affecter la
profondeur, il rencontre des harmonies piquantes et souvent neuves.
Dans sa grande ouverture de concert, il y a de bien charmantes
idées, des développements très- ingénieux et très-intéressants ; mais
on y voudrait un peu plus de concision. L'orchestre y est traité à la
belle et large manière allemande. On sent que Weher, notamment, est
l'un des maîtres préférés par le jeune compositeur ; la facture, en plus
d'un endroit, rappelle celle de l'ouverture à'Oberon. Dans l'art aussi,
fùt-on doué comme Wieniawski d'une imagination créatrice, on est
toujours fils de quelqu'un, et il faut convenir que l'artiste pouvait
plus mal choisir son modèle et se rattacher à une famille moins noble,
moins énergique et moins grande.
Le sentiment et la volonté prêtent à l'exécution de J. Wieniawski
les forces qui semblentmanquer à ses doigts. Dans les traits en octaves,
qu'il fait à ravir, dans tous les placages, il arrive à triompher de la
faiblesse de ses mains. C'est une lutte intéressante à voir; car, cette
fois encore, c'est l'esprit qui est vainqueur, c'est l'âme qui se fait jour
et qui éclate malgré tout. Pourtant, l'originalité du compositeur est
plus grande que celle du pianiste. Assurément dans sa romance variée :
Souvenir de Lublin ; dans sa valse brillante comme dans la jolie
chanson polonaise, d'Edouard Wolff, et dans différents morceaux de
Mendelssohn, de Field et de Chopin, le jeune virtuose a eu toute la
netteté, tout le charme, toute la grâce, toute l'énergie auxquels nous
ont accoutumés nos meilleurs pianistes ; mais rien de plus : il n'atteint
pas encore à la vigueur, aux délicatesses, aux éloquences passionnées
de quelques rares solistes. Comme compositeur, au contraire, il a déjà
un caractère d'individualité, une mélancolie et une fougue qui lui ap-
partiennent bien en propre.
On a dit qu'à la fin de la saison des concerts, le public est las. Oui,
il est las du médiocre, las d'entendre des chanteurs et des chanteuses
qui, comptant beaucoup trop sur une voix plus ou moins belle, sem-
blent faire fi des premières notions du style ; las d'entendre des com-
positions qui, essais utiles et intéressants peut-être, ne devraient pas
franchir le cercle de l'intimité ; mais qu'un jeune homme comme
Joseph Wieniawski se présente, armé par l'étude, animé par l'inspira-
tion, la sympathie et l'enthousiasme renaissent bien vite, et, malgré le
printemps — ne fût-il pas en retard d'un grand mois, ainsi qu'il l'est
cette année — toutes les mains applaudissent comme aux plus belles
soirées de l'hiver.
AUDITIONS MUSICALES.
Mme Louisa. Jnng-«uibert. — Concert de la Société allemande
de bienfaisance. — Mlle Anna Bocbkoltz-Falconi. —Jacques
Banr.
Parmi les œuvres avec orchestre que Mme Jung-Guibert a fait en-
tendre à son charmant concert, il faut citer le cinquième concerto de
Henri Herz. On le sait depuis longtemps, Herz est un esprit net, plein
de verve et de fantaisie ; mais on songe trop parfois à ses œuvres ai-
mables, gracieuses, et l'on oublie la souplesse et la variété de son ins-
piration. Pourtant après avoir écrit tant de morceaux légers, il a écrit
aussi bien des œuvres sérieuses ; il a su passer des succès de vogue
aux succès durables, fondés sur la richesse de l'imagination, sur la
pureté et la flexibilité du style. Ce concerto, qui a fait grand plaisir,
demande de la netteté, delà grâce, de l'expression; il demande à être
joué avec beaucoup d'élégance, de douceur, d'éclat, de rapidité, et
allait à ravir au talent de la jeune et jolie pianiste. Ses doigts si agi-
les, si fins, si délicats, n'ont presque rien laissé à désirer, presque
rien laissé dans l'ombre. Les traits étaient brillants ; les octaves, no-
tamment, avaient un charme et une précision qui ont été très-juste-
ment remarqués. Mme Jung-Guibert a dit plusieurs morceaux de
Chopin, entre autres une délicieuse et adorable Polonaise avec accom-
pagnement d'orchestre. Elle a joué encore, avec beaucoup de sobriété
et de distinction, la Sérénade de Mendelssohn et la grande valse de
J. Wieniawski. Cette valse a eu les honneurs du bis, et, quoique fine-
ment interprétée, le compositeur peut bien revendiquer sa bonne
part de l'accueil qu'elle a reçu.
Un excellent orchestre , très-habilement dirigé par M. Greive , de
qui il a exécuté une ouverture fort bien faite quoique un peu bruyante
parfois, a secondé Mme Jung-Guibert avec beaucoup de talent, c'est-à-
dire avec la discrétion qui convient à toute partie accompagnante.
La soirée a été féconde en succès : à côté de celui de la gracieuse
pianiste, nous devons parler de ceux obtenus par Mlle Wertheimber
et par Crosli : l'une, dans l'air de Galalhée; l'autre, dans la chanson
du Chasseur, du Pardon de Ploermel. L'effet de cette belle mélodie est
toujours irrésistible ; la couleur en est saisissante ; dès les premières
notes de la ritournelle , on se sent emporté bien loin des villes , on
respire je ne sais quel parfum agreste d'un charme inexprimable ; il
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
est impossible de trouver quelque chose de mieux venu, de plus franc
que cette page. Crosti a été obligé de la redire, et il l'a fait avec plus
de feu et plus de vigueur encore que la première fois.
— Donné samedi au profit de la Société allemande de bienfaisance,
le concert organisé par Krûger avait attiré dans la salle Herz un audi-
toire très:distingué et aussi sympathique à la pensée qui présidait à
cette soirée qu'au mérite des exécutants. Deux des plus belles inspi-
rations de Beethoven, un grand septuor et un quintette, ont été jouées,
et très-bien, par MM. Krûger, Barthélémy, Auroux, Van-Haute, Espai-
gnet, Hammer, Altès, Muller et Bailly.
On prétend que le charme de la nouveauté est très-grand, qu'il
suffit à beaucoup de compositions contemporaines qui dans quelques
années seront flétries et oubliées. Quoi qu'il en soit, il faut bien re-
connaître que les créations du génie restent éternellement jeunes,
qu'elles conservent cette beauté du diable uont le public se montre si
friand ; car, chaque jour, elles ravissent les auditeurs, comme s'ils
ne les entendaient pas partout depuis bien des années. En vérité, ces
admirations si constantes pour Haydn, Mozart et Beethoven sont à
désespérer tous nos rêves de progrès et de perfectibilité indéfinis !
De ravissantes pièces pour piano, de Chopin, de Stephen Heller et
de Krûger, jouées par ce dernier avec le charme et le style qu'on lui
connaît, ont été des mieux accueillies. Hammer a montré beaucoup de
justesse, d'âme et même de largeur dans une très-touchante et très-
mélodieuse élégie de Ernst qui a été chaleureusement applaudie.
— Mlle Bochkoltz-Falconi a dit à son concert, avec cette sûreté
d'intonation et de méthode que possèdent seules les excellentes mu-
siciennes, les véritables cantatrices, l'air de Titus, de Mozart, et l'air
de Cyrus, de Hasse. Ces deux noms, ainsi rapprochés, nous ont fait
songer à ce que disait Hasse après avoir entendu Mithridate, com-
posé à treize ans par Mozart: Cet enfant nous fera tous oublier. Le
vieux maître avait raison ; ce qu'il avait si bien prévu est arrivé : lui
qui a tant écrit , qui dans tous les genres obtint d'immenses succès,
qui brilla dans le sacré et dans le profane ; lui que les. Italiens appe-
laient le divin Saxon, est presque oublié aujourd'hui, parce que, à sa
riche et poétique imagination, il ne joignit pas, comme l'auteur de
Don Juan, la pureté, l'élévation et la force du style. Toutefois, l'air
qu'on a entendu lundi est plein de douceur, de grâce et de passion,
il est dramatique, suave, chantant, naturel, et Mlle Falconi n'a eu
qu'à s'applaudir de l'avoir pour un moment remis au grand jour.
La première partie de cette soirée était consacrée à la musique
classique. Un sévère et très-beau psaume de F. Schubert, chanté par
Mlles Falconi, Maillart, Lippe et Wiensen, des chœurs de C. Kreutzer
et de Mendelssohn, exécutés par la Société Teutonia, sous la direction
de son chef intelligent, M. Olfenbach ; des airs russes variés de Rom-
berg; enfin un trio deBeeLhoven, fort bien exécuté par MM. Krûger,
Chaine et Lebouc, ont montré l'inspiration allemande aussi belle, aussi
variée dans les pages vocales que dans les pages symphoniques. On a
remarqué dans la seconde partie, destinée aux œuvres modernes, de
charmantes compositions de Kucken, Kalliwoda et de Mlle Bochkoltz,
la fantaisie de M. Chaine sur la Juive, deux délicieux morceaux de
Krûger, parmi lesquels on a distingué la jolie rêverie qu'il vient
d'écrire sur la mélodie de Durand, Comme à vingt ans. On y a encore
remarqué et beaucoup applaudi des variations sur un thème original
de M. Gustave Héquet. Chantées et vocalisées avec un grand art par
Mlle Falconi, ces variations brillantes, audacieuses, pleines des effets
aimés de tous les virtuoses que n'embarrassent ni le rhythme, ni la
difficulté, conservent un caractère mélodique, un charme musical bien
rares au milieu de traits aussi habilement compliqués.
— Lundi, dans les salons Pleyel-Wolff, Jacques Baur a fait appré-
cier non-seulement un remarquable mécanisme, mais encore un style
chaleureux et parfois très fin et très-distingué. Seul, il a fort bien dit
des morceaux de Beethoven, de Chopin, et avec Franco-Mendès une
sonate de Mendelssohn.. Nous n'avons trouvé dans l'exécution de l'ha-
bile pianiste qu'un petit défaut. Ce n'est pas trop par le temps qui
court, aussi n'hésitons-nous pas à le signaler. Au milieu de brillantes
qualités qu'il a révélées, notamment dans les Illustrations du Pro-
phète, au milieu des beaux sons, des effets qu'il a trouvés dans la
Prière et dans l'Hymne triomphale, il s'est quelquefois laissé em-
porter par l'ardeur de son sentiment musical et n'a pas toujours con-
servé à la Marche du sacre, par exemple, son beau et noble carac-
tère ; il n'a pas donné aux traits, aux modulations hardies, pour ne
rien dire de plus, dont le célèbre maître de Weimar l'a entourée,
toute leur ampleur et toute leur clarté. Cependant, il y a été vive-
ment applaudi, comme il l'a été ensuite dans la Campanella de Pa-
ganini, également transcrite par Liszt.
Adolphe BOTTE.
L'ORPHÉON FRANÇAIS A LONDRES.
Chaque jour l'institution de l'Orphéon français s'étend et se
manifeste. Dans deux mois elle va se produire à Londres au pa-
lais de Sydenham , qu'elle a choisi pour local de son congrès
lyrique. M. E. Delaporte, l'infatigable promoteur du chant cho-
ral , avait demandé aux Sociétés orphéoniques trois mille chan-
teurs pour représenter en Angleterre l'orphéon et l'excellence des
principes qui le dirigent : le relevé des adhésions présente aujour-
d'hui un contingent de quatre mille exécutants. Dans ce chiffre
figurent un certain nombre de Sociétés qui n'avaient pas envoyé
de députation à la première réunion des orphéonistes de France
(mars 1859) et qui, apportant leur coopération au festival du palais
de Sydenham , marquent ainsi le progrès inhérent à une œuvre
artistique vaillamment inaugurée.
Les départements de l'Aisne, de l'Aude, des Bouches-du-Rhône,
du Calvados, de la Charente, du Cher, de la Côte-d'Or, du Doubs,
d'Eure-et-Loir, de la Haute-Garonne, du Gers, de la Gironde, de
l'Hérault, d'Indre-et-Loire, de la Loire, de la Marne, de la Meurthe,
du Nord, du Haut eUBas-Rhin, du Rhône, delà Seine, de la Seine -
Inférieure, de Seine-et-Oise, de la Vienne, etc.,, etc. envoient plus
de cent cinquante Orphéons ou Sociétés à ce festival, qui aura lieu
du 24 au 30 juin prochain.
Le programme des chœurs qui seront exécutés aux deux concerts
du festival est ainsi arrêté :
God save the Quen. Les enfants de Paris (A. Adam).
Veni Creator (Besozzi) . La Chapelle (Bêcher) .
Fragment du psaume XIX (Mar- Départ du chasseur (Mendels-
cello) sohn).
Choral de Léon Hassler (1601) . Le Jour du Seigneur (Kreutzer) .
Choral de Henri Scheidemann Le chant des montagnards (Ku-
(1604). cken).
Chœur des prêtres des mystères Le Chant du bivouac (Kucken).
a'Jsis (Mozart). La Retraite (Laurent de Rillé).
Septuor des Huguenots (Meyer- La Nouvelle alliance (Halévy) .
béer). France ! France! (Ambroise Tho-
Cimbres et Teutons (L. Lacombe). mas).
Ces deux derniers chœurs, dont les paroles sont de M. Vaudin,
rédacteur en chef de YOrphcoti, ont été spécialement composés pour
le festival.
La presse anglaise vient d'annoncer officiellement cette grande so-
lennité musicale, qui contribuera à effacer de regrettables et histo-
riques inimitiés. Le Times, VObscrvcr, le Dailij-tSews, le Morning-
Herald et les journaux de toutes nuances en ont accueilli la nouvelle
avec une faveur marquée. Peut-être est-il permis d'espérer que cette
161
fête musicale laissera des Iraces sérieuses dans les esprits et réagira
heureusement sur les relations internationales.
De plus, la Société d'harmonie sacrée de Londres, association qui
compte sept cent cinquante exécutants et jouit en Angleterre de la
notoriété la plus considérable, a donné à M. Delaporte l'avis officiel
que « désireuse de témoigner sa respectueuse sympathie aux Sociétés
chorales de France, auxquelles l'unit une intmie communauté de
tendances artistiques, elle avait résolu de leur offrir un grand concert,
et qu'elle consacrerait tous ses efforts à leur préparer une réception
digne de la plus noble légion de musiciens qui ait jamais visité les
rivages d'Angleterre. »
C'est ainsi que les orphéonistes de France se préparent à faire
avec l'Angleterre le libre échange de la musique populaire. Si leur
exécution des chœurs du programme répond à ce que le public est
en droit d'attendre d'eux, ils ajouteront sur le sol britannique une
nouvelle page à l'histoire de leurs progrès ; et s'il est vrai qu'ils ont
les mêmes tendances artistiques et poursuivent le même but morali-
sateur que la Société d'harmonie sacrée d'Angleterre, on peut ad-
mettre que cette union solennelle de deux imposants orchestres na-
tionaux cimentera pour l'avenir de nobles et fécondes alliances.
EM. Mathieu DE MONTER.
NOUVELLES.
*** Au théâtre impérial de l'Opéra, la Favorite a été donnée diman-
che dernier. — Pierre de Mèdicis a rempli les trois représentations de
la semaine.
„.% L'engagement de Mme ïedesco à l'Opéra n'est poiat encore con-
clu ; mais la célèbre cantatrice est attendue à Paris dans les premiers
jours de mai, et si elle accepte les propositions qui lui ont été faites
par M. Alph. Royer, elle rentrerait par le rôle de Fidès du Prophète, en
attendant qu'elle pût prendre le rôle d'Olympia dans l'opéra de Félicien
David.
*** Des difficultés qui s'aplaniront sans doute mettent, quant à pré-
sent, obstacle à l'engagement de Mme Czillag.
3% Les études de Sémiramis se poursuivent avec activité ; il n'est
cependant pas probable que le chef-d'œuvre de Rossini puisse être prêt
avant la mi-juillet.
*** Slme Sanchioli, dont le nom est aujourd'hui célèbre en Italie, est
attendue à Paris, où elle compte se faire entendre. La manière dont elle
a interprété les grands ouvrages du répertoire, et notamment le rôle de
Fidès, du Prophète, lui assurent à l'Opéra de magnifiques débuts. — A
Nice, Mme Sanchioli a chanté, entre autres opéras, la nouvelle partition
du maestro Kaschperoff. L'impérairice-mère, de Russie, en a voulu en-
tendre plusieurs fragments dans son hôtel, et elle a magnifiquement ré-
compensé l'artiste.
,% Le théâtre Italien a donné hier Poiiulo. La clôture reste fixée au
30 avril par une représentation au bénéfice de Tamberlick.
»% Le Roman d'Elvire alterne avec les représentations du Château-
Trompette à l'Opéra-Comique. — La reprise du Petit Chaperon rouge paraît
décidée. On assigne les principaux rôles de l'opéra de Boïeldieu à Mon-
iaubry, Barielle, Warotet MlleBelia; Mlle Marimon débuterait à ce théâtre
par le rôle du Petit Chaperon , qui devait d'abord être chanté par
Mme Faure-Lefebvre. C'est toujours cette dernière qui doit créer le rôle
de liita dans le petit opéra posthume de Donizetti qui serait représenté
dans la première semaine du mois prochain.
»% Le théâtre Lyrique donnera mardi prochain la première représen-
tation de Fidelio, de Beethoven. Cet ouvrage, qui n'aura qu'un très-petit
nombre de représentations, à cause du départ de Mme Pauline Viardot,
fixé a la fin du mois de mai, sera interprété de la manière suivante :
Fidelio, Mme Pauline Viardot; Brock.M. Battaille; Jean Galéas, M. Guardi;
Stôfano. M. Fromant; le duc Sforza, M. Serène; le roi Charles VIII, M. Ya-
naud; .Marceline, Mlle A. Faivre.
„% On a déjà commencé les fondations du théâtre Lyrique, à l'o-
rient de ia place du Châtelet, et l'on espère que dans un an, terme moyen,
le nouveau théâtre Lyrique pourra être livré à son nouveau directeur,
M. Réty. L'architecte de la ville chargé do ce travail, M. Davioud, fait de
sérieuses recherches sur l'acoustique et reçoit toutes les communi-
cations d'hommes compétents en pareille matière M. Davioud nous
ménage aussi la surprise d'un ciel lumineux au lieu et place de l'in-
commode lustre traditionnel. Mais ce n'est pas tout : des courants d'air
chaud et d'air froid seront habilement ménagés et de manière à con-
duire les ondes sonores dans la salle.
,% Grisar s'est obligé à livrer d'ici à quatre mois à M. Ch. Rety la
partition d'un opéra en trois actes, dont M. Dennery a écrit les paroles.
— On dit que l'engagement de Mme Ugalde au théâtre Lyrique n'est pas
renouvelé.
**„, La représentation donnée vendredi au théâtre Italien, au bénéfice
d'un artiste, avait attiré, malgré le prix doublé des places, une foule
considérable. S. M. l'Empereur y assistait.
„,** Le théâtre Déjazet donnera demain lundi la première représen-
tation de Monsieur Garât, pièce en deux actes, de M Sardou. Mlle Dé-
jazet créera le principal rôle.
**,, On lit dans l'Eplacordo, auquel nous en laissons la responsabilité,
la nouvelle suivante : « Un de ces derniers soirs, les jours du célèbre
ténor Mario ont été mis dans le plus grand péril, à la suite d'un bavar-
dage de rivalité; il aurait même couru le risque d'être tué avec son
valet de chambre, si d'abord quelques-uns de ses amis, et plus tard la
force publique ne l'avaient tiré d'affaire. Les journaux de France et
d'Angleterre donneront sans doute bientôt les détails de cette désa-
gréable affaire. »
,,** Nous avous annoncé déjà la pensée qui a dirigé M. Beaulieu dans
un projet du plus haut intérêt pour l'art et les artisles. Le concert
d'inauguration qui aura lieu mardi prochain 1"r mai, à huit heures du
soir, dans la salle Herz, sera donc tout à la fois une fête musicale et
le commencement d'une institution. La moitié du produit de ce concert,
ainsi que de ceux qui auront lieu chaque année, fera versée dans la
caisse de secours et pensions de l'Association des artistes musiciens ; l'autre
moitié viendra grossir le capital constitué dès à présent pour assurer l'ave-
nir de la fondation. Voici le programme de la première soirée : 1° fragment
du Messie (1141), de Haendel avec l'instrumentation de Mozart, air et chœur,
solo chanté par Mlle Bochkoltz-Falconi; 2" le Croise captif (16421, madrigal
d'Orlando Gibbon, maître de chapelle de Jacques Ier, roi d'Angleterre,
chœur sans accompagnement ; 3» andante et scherzo, de Beethoven, pour
deux hautbois et cor anglais, exécutés par MM. Bruyand, Garimond et
Triebert; i° fragment du premier acte d'àlceste, de Gluck (scène du
temple), soli chantés par Mlle Falconi et M. Marié; 5° Jésus Dulcis, motet
à quatre voix de Vittoria (1560), chœur sans accompagnement : 6° frag-
ments de Psaumes, de Marcello (1720), soli chantés par Mlle Bochkoltz-
Falconi ; 7° fragments de la deuxième partie de l'Oratorio d'Élie, de Men-
delssohn; les soli seront chantés par Mlles Bochkoltz-Falconi, Maillard et
Irma Marié, MM. Lyon et Grisi. La plupart de ces morceaux n'ont jamais
été exécutés publiquement à Paris. L'orchestre sera dirigé par M. Seg-
liers, les chœurs par M. Marié. On peut se procurer à l'avance des bil-
lets à la salle Herz, chez M. Bolle-Lasalle, agent-trésorier de l'Association
des artistes musiciens, rue de Bondy, 63, et à la loterie de bienfaisance
du Vase d'argent, boulevard Montmartre, 22.
„*, Le Pardon de Ploermel a été représenté récemment avec le plus
grand succès à Darmstadt, Lubeck, Munich, Leipzig et Breslau. Cet admi-
rable ouvrage est devenu déjà populaire en Allemagne où on l'applaudit
sur vingt et un théâtres dont voici la liste : Stuttgard, Cobourg, Gotha,
Manheim, Dresde, Augsbourg, Rostock, Hambourg, Hanovre, Prague,
Lubeck, Kœnigsberg, Sonderhausen, Darmstadt, Lemberg, Wurzbourg,
Wiesbade, Leipzig, Breslau, Francfort-sur-le-Mein et Munich.
„% Henri Herz donnera, le 12 mai prochain, au Grand-Théâtre de
Lyon, un concert dans lequel sera exécutée la Schiller-Marche de
Meyerbeer. On s'attend à une fête splendide.
»% Mlle Joséphine Caye vient de publier plusieurs compositions pour
le piano, sur lesquelles nous appelons l'attention sérieuse de nos lec-
teurs. Rien de plus frais et de plus gracieux que le Bouquet, valse bril-
lante; le Jasmin blanc, schottisch de salon, et la Pervenche, polka-mazurka.
La fantaisie brillante pour piano et violon sur l'air populaire II pleut, ber-
gère 1 mérite aussi mieux que des encouragements.
„% M. Emile Chevé vient de publier une brochure : Simple réponse,
pour l'opposer à celle qui a pour titre : Observations de quelques musi-
ciens et de quelques amateurs sur sa méthode, et dont on connaît les vingt-
trois signatair. s. La brochure contient de plus une autre réponse de
MM . les membres de la commission de patronage de cette méthode,
dont les conclusions tendent à ce qu'il soit ouvert un concours. Nous
nous occuperons bientôt de cette publication.
.„% Le second concert que G. Jacobi devait donner le 24 avril a été
remis, pour cause d'indisposition, au mardi 8 mai, et aura lieu dans la
salle Beethoven, à 8 heures du soir, avec le concours de Mlle Baretti,
M. Marochetti, M. Jules Lasserre, violoncelliste de la reine d'Espagne, et
d'autres artistes distingués.
*„ On annonce pour le dimanche 6 mai une matinée musicale qui sera
donnée dans la salle Beethoven par M. Murât, flûtiste, avec le concours
de Mlles Marie Ducrest et Collin et MM. Barielle, du théâtre impénal de
l'Opéra-Comique, Armingaud, Fauvre, Matton, artistes justement aimés.
M. Murât n'est pas connu à Paris, mais il mérite de 1 être, et nous aimons
162
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
à croire qu'un grand nombre d'artistes et d'amateurs voudront s'en
assurer.
»*„ Le comité du Conservatoire royal de musique de Milan vient
d'adopter à l'unanimité la méthode de vocalisation de M. F. Bonoldi ,
déjà approuvée et adoptée par les Conservatoires de Paris, Marseille,
Genève, Bologne, Rio-Janeiro, etc., etc.
**„ C'est demain, lundi, 30 avril, qu'Emile Forgues donnera son concert
à 8 heures et demie du soir, dans les salons Pleyel-Wolff. 11 y jouera plu-
sieurs œuvres de sa composition, Hommage à Wilhtm,, morceau de con-
cert inédit, la Fête des aimées et le Départ (inédit), Concerto, allegro maes-
toso (inédit), trémolo (id.), solo-étude et grande tarentelle de concert.
*% La polka composée par Ettling, sur le Roman d'Elvire, est un mo-
dèle de genre ; elle obtient un grand succès.
%% La matinée musicale donnée à la salle Beethoven par Mlle Molidoff
a été des plus attrayantes. Indépendamment du succès obtenu par la
bénéficiaire, dont la voix de mezzo-soprano est des plus sympathiques,
on a vivement applaudi deux artistes de Lyon, MM. Francisque et Fer-
dinand Alday. il. Francisque Alday a exécuté avec un jeune pianiste de
huit ans le duo concertant pour piano et violon sur des motifs de Guil-
laume Tell; la beauté du son, la sûreté de l'archet, le sentiment musical
sont les qualités par lesquelles se distingue le brillant violoniste. M. Fer-
dinand Alday, pianiste-compositeur et organiste remarquable, a exécuté
sur l'harmonium Alexandre deux belles fantaisies de sa composition sur
des motifs des Huguenots et de l'Étoile du Nord. L'uue et l'autre ont éga-
lement enlevé les suffrages. La maison Alexandre, voulant donner un
témoignage de sympathie pour le talent de M. Alday, le Lefebure lyon-
nais, avait mis à sa disposition un de ses magnifiques instruments.
„,*,„ L'approche du mois de Marie rappelle le nom d'un compositeur
qui a surtout excellé dans les chants consacrés à cette époque de l'année.
Les vingt-cinq- solos, duos et trios, latins et français que nous a laissés
Panseron, forment certainement l'une des parties les plus distinguées
de son œuvre mélodique. Il est peut-être superflu de les recommander
aux amateurs de musique religieuse.
„** C'est toujours après-demain, mardi 1er mai, que l'Association des
artistes musiciens, fondée par M. le baron Taylor, célébrera la fête de l'ou-
verture du mois de Marie en faisant exécuter par deux cents artistes, en
l'église Saint-Koch, à midi très-précis, une nouvelle messe solennelle de
M Charle? Manry. L'orchestre sera dirigé par M. Tilmant. Les chœurs
seront conduits par M. Vervoitte, maître de chapelle de la paroisse. Le
produit des chaises et de la quête, abandonné par la paroisse, sera versé
dans la caisse de secours de l'Association des artistes musiciens.
„*„ Il vient de paraître chez l'éditeur Ilégnier-Canaux une importante
collection de Huit Magnificat, composés pour l'orgue par M. J. Ganuza,
organiste que plusieurs œuvres spéciales ont déjà fait connaître. Cette
publication, qui ne renferme pas moins de quarante-huit morceaux, di-
visés en quatre livres, se recommande aux amateurs d'orgue par la variété
et l'élégance des idées, par le mérite de la facture et surtout par l'ingé-
nieuse combinaison des ressources et des effets de l'instrument. Toutes
ces pièces conviennent aussi à l'harmonium, que les perfectionnements
imaginés par Alexandre et par Debain rendent de plus en plus popu-
laire.
„> A l'occasion de la solennité de Pâques, on a chanté, dans plusieurs
églises réformées du midi de la France, un certain nombre des Chants
évangèliques composés par notre collaborateur Maurice Bourges, et publiés
par la librairie protestante de Cherbuliez. A Mazamet, à Castelmoron, à
Bordeaux particulièrement, où les chœurs des temples sont remarquable-
ment organisés, le Cantique d'entrée, la Prière avant le sermon, la Collecte,
la Bénédiction, et surtout VHijmne de Pâques, ont produit une profonde
impression religieuse, digne de la gravité du sanctuaire.
„,*„. V Histoire de la Société des concerts, de A. EIwart, a paru lundi
chez l'éditeur Castel, passage de l'Opéra. — Ce livre intéressant est édité
avec beaucoup de goût. Nous en reparlerons dans un article spécial.
„*„, Le Gaulois, journal hebdomadaire illustré, publie chaque semaine
le portrait et la biographie des célébrités contemporaines : cent cin-
quante portraits et biographies ont déjà paru. Nous citerons au nombre
des célébrités théâtrales : MM. Roger, Tamberlick; Mines Ugalde, Duprez,
Miolan, etc. On s'abonne au Gaulois , rue des Filles-Saint-Thomas, 7.
Prix par trimestre : i fr. 50 c. pour Paris , 6 fr. pour la province.
,,** M. Schedemeyer' père, facteur de pianos et créateur de cette
branche d'industrie à Stuttgard, est mort le T avril dernier.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,*„, Marseille, 21 avril. — Pour la troisième fois, Seligmann est venu
nous visiter et nous faire admirer son beau talent, désormais arrivé
à son apogée. Il continue ici la série des succès si brillants com-
mencée h Nice. Jamais la modeste salle du Conservatoire n'avait vu d'o-
vation comparable à celle qu'il a reçue dans la soirée de samedi dernier :
VEloge des larmes, de Schubert; la charmante sérénade de Kossini : Mira
la bianca luna, jouée avec M. Millont, et plusieurs autres morceaux en-
core, ont permis à Seligmann de nous montrer dans toutes leurs nuan-
ces et leurs séductions les qualités de son jeu si élégant et si expressif.
M . Bouttier, jeune baryton marseillais, et Mme Sanchioli ont eu largement
part aux ovations de la soirée.
*% Toulon, 16 avril. — La première représentation du Prophète a eu
lieu jeudi devant un public nombreux qui a chaleureusement applaudi
le chant des anabaptistes, le trio bachique, l'hymne Roi du ciel et des
anges, la marche du sacre, la prière de la mendiante, l'air, le duo et le
triode la prison, tous morceaux du plus magnifique effet. M. Cham-
bon, notre premier ténor, a créé le rôle de Jean de Leyde de ma-
nière à enlever tous les suffrages. On ne saurait être chanteur
plus habile, notamment dans les couplets du deuxième acte, l'hymne
religieux du troisième, et toutes les parties de récit. Les belles qualités
qui distinguentMme Rey-Sainton, comme cantatriceet comme tragédienne,
brillent de tout leur éclat dans le rôle de Fidès; aussi elle y a obtenu
un immense succès. Mme Durand-Eperche est une Berthe des plus gra-
cieuses. Elle a fort bien dit les couplets du premier acte et le duo du
quatrième. Les chœurs ont marché avec assez d'ensemble pour ne mé-
riter que des éloges, dont une bonne part revient de droit à M. Brunet,
notre infatigable chef d'orchestre. La mise en scène fait également grand
honneur à l'administration dont M. Robert est le régisseur général.
**„, Montpellier. — L'une des plus brillantes représentations à bénéfice
qui se soient données ici a été, sans contredit, celle ue M Granier ; on
y jouait pour la première fois les Dragons de Villars, le charmant opéra
de M. Aimé Maillart, si bien interprété par M. et Mme Gasc, M. Crain-
bade et Mme Vadé. La salle était comble longtemps avant le lever du
rideau, et l'œuvre et les artistes ont obtenu un succès complet.
*** Lyon, 20 avril. — Pradeau, du Palais-Royal, répand la joie au
théâtre des Célestins par de fréquents retours à son répertoire des
Bouffes. Il n'a pas été moins original, moins amusant dans Tromb'al Cazar
et la Rose de Saint-Flour que dans le Bourreau des crânes.
*% Grenoble. — Les Dragons de Villars, avec Mme Montaut dans le rôle
de Kose Friquet, avaient tout l'attrait d'une pièce nouvelle. La prima
donna, succédant à Mlle de Maelsen, a réussi parfaitement; on trouvait
l'entreprise téméraire, mais l'événement a fait changer d'avis. — M. Goud-
boz avait composé sa représentation à bénéfice de Trente ans ou la Vie
d'un joueur, et de Martha, l'opéra toujours de plus en plus populaire,
dont chaque représentation fait valoir le talent de Mmes Alrit, Olivier,
et de M. Bouché.
„% Toulouse. — La deuxième représentation du Prophète est la plus
belle dont les habitués du théâtre du Capitule aient gardé la mémoire
depuis plus de dix ans. M. Bovier-Lapierre et Mme Gally-Marié ont été
tous deux admirables. Le public en masse les a rappelés deux fois dans
le courant de la soirée.
„.*„, Poitiers. — Le grand festival de cette ville est définitivement fixé
aux 8 et 9 mai prochain. La première journée sera exclusivement con-
sacrée à l'exécution d'une messe solennelle à quatre voix, chœurs, solos
et grand orchestre, composée par E. Chaîne. Le second jour, aura lieu
un grand concert dans lequel on exécutera : 1" symphonie en la mineur,
de Mendelssohn ; 2° ouverture de Slruensée. de Meyerbeer ; 3" fragments
de la Flûte enchantée et d'Idoménée, de Mozart; 4° fragments de l'Ode
à la joie, symphonie avec chœurs et solos, de Beethoven ; 5" fragments
d'un quintette pour instruments à vent, de E. Chaîne. Mlle François,
MM. Jourdan, Battaille, E. Chaîne, Dorus, Leroy, Triébert, Jancourt,
Halary et Gilette ont été engagés par la Commission du Congrès pour
concourir, par leur talent bien connu, à l'éclat de ces brillantes fêtes
musicales. La direction de l'orchestre et des chœurs est confiée à il. E.
Chaîne, l'éminent violoniste-compositeur.
„*„ Lille, 24 avril. — La fête musicale donnée samedi dernier par
notre Conservatoire, en l'honneur de Son Excellence le maréchal de Mac-
Mahon, a été magnifique. C'est au directeur, M. Victor Magnien, que
l'organisation en est due. L'exécution de l'ode-symphonie : Christophe
Colomb, de Félicien David, a répondu, dans ses quatre parties, à l'at-
tente générale d'r.uditeurs habitués à entendre interpréter avec bonheur
des œuvres d'une haute portée. Les exécutants, au nombre d'en-
viron 100. ont rendu cet ouvrage pittoresque et descriptif avec une cha-
leur, un ensemble et une justesse de nuances remarquables. M. Bou-
langer, professeur de la classe de chant pour les hommes, avait bien
voulu se charger de la partie importante de Christophe Colomb. Il s'en
est acquitté en maître. MM. Vitaux, Dupuis et Lepercq, ses élèves, ont
droit à nos éloges, malgré l'émotion qu'ils ont dû éprouver. Mlles De-
vaux, Oxtoby, Dufossez se sont distinguées comme solistes Les chœurs
ont été irréprochables et l'orchestre a souvent montré beaucoup d'en-
semble et de vigueur.
t*t Metz. — Cazaux vient de commencer la série des représentations
qu'il doit donner dans cette ville. 11 a paru d'abord dans Robert le Diable
et a interprété avec un véritable talent le beau rôle de Bertram. Cette
représentation a été pour Cazaux une longue ovation : bravos et rappels
unanimes, rien n'a manqué à son triomphe. Les Huguenots, qui sont
venus ensuite, n'ont fait que grandir encore, s'il est possible, le triom-
phe de l'artiste, admirablement secondé par M. Boutinos et Mme War_
DE PARIS.
163
nots. 11 est venu après le trio final recevoir, avec ses partenaires, de
nouvelles marques de l'entliousiasme général.
„*,, Strasbourg .— MM. Wuille et Stenebruggen, professeurs au Conser-
vatoire, ont donné, le 21 avril, au foyer du théâtre, un concert qui a été
pour ces deux artistes un triomphe éclatant. M. Wuille, le prodigieux
clarinettiste, a émerveillé l'auditoire dans les deux morceaux qu'il a
joués : le Trille diabolique, tour de force inouï, et une fantaisie brillante,
composée par M. F. Schwab, deStrasbourg, morceau non moins charmant
que difficile. Des bravos enthousiastes ont été prodigués à l'éminent
virtuose, qui compte un triomphe de plus. M. Stenebruggen, excellent
cor solo, n'a pas été moins chaleureusement accueilli ; il a joué avec un
art inimitable Y Ave Maria de Schubert, une romance de Iiomagnési, et
après chacun de ces morceaux une ovation lui a été décernée.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
,;*„ Londres. — l.a prolongation inaccoutumée de l'hiver tourne au
profit de nos théâtres. Après trois splendides représentations de Dinorah
avec Faure et Mme Miolan-Carvalho, dans lesquelles la célèbre canta-
trice, sûre aujourd'hui de la faveur de notre public, s'est livrée à tout
le luxe de son délicieux ramage , le théâtre Italien de Covent-Garden a
donné Fidelio. Le principal attrait de cette représentation consistait
dans la first appearance en Angleterre de Mme Rosa Czillag, et je ne
crois pas que jamais un succès se soit tout d'abord dessiné plus énergi-
quement. Mme Czillag a conquis immédiatement l'auditoire par son ex-
trême passion, par la chaleur de sa diction , l'émission sympathique de
sa voix, son physique poétique, qui offre quelque analogie avec celui de
notre grande Rachel, et par son talent tragique, qui n'a pas laissé que
de surprendre quelque peu les habitués d'un théâtre italien ; on a même
admiré sa parfaite prononciation. Avec cette merveilleuse facilité des
Hongrois, ou, pour mieux dire, des peuples slaves, à s'assimiler tous les
langages, Mme Czillag se trouve parler italien presque mieux que les Ita-
liens eux-mêmes. Enfin, elle a réussi par les qualités qui font les grands
artistes, et les fleurs et les rappels ne lui ont pas manqué. Dans cette
même soirée l'orchestre a joué dans l'entr'acte la plus grande des trois
ouvertures écrites par Beethoven pour son opéra, et le public, si bon
juge aujourd'hui, l'a comprise et reçue avec un enthousiasme bien digne
de remarque. M. Costa a dirigé d'une manière qui dénote un long com-
merce avec Beethoven ; son orchestre serait certes l'un des premiers
du monde, s'il pouvait faire quelque réforme dans les instruments de
cuivre, et augmenter le nombre des violoncelles et contre- basses.
— De son côté, le théâtre de Sa Majesté n'est pas moins ardent à sou-
tenir la lutte avec son concurrent. Après Maria et la Favorite, après
le succès de Mme Borghi-Kamo dans l'œuvre de Donizetti, M. Smith an-
nonce un opéra nouveau en cinq actes, du maestro Campana, intitulé
Ahnina, dans lequel Giuglini et Mme Piccolomini créeront les principaux
rôles — Il est assez remarquable que cette année les deux théâtres Ita-
liens comptent trois artistes français dans l'élite de leurs chanteurs :
Mme Carvalho, Faure et Everardi; car ce dernier se montre excellent
chanteur et comédien très-distingué. — On s'occupe fort dans le monde
officiel des débuts d'une noble Berlinoise, Mlle de Heyligenstadt, dont
la beauté, la superbe voix de soprano aigu et le talent tout formé pro-
mettent une de ces artistes-princesses , peut-être même une de ces prin-
cesses de l'art, dont l'Allemagne nous a donné déjà plusieurs éditions.
*% Bruxelles.— Le théâtre royal de la Monnaie a fait relâche pendant
trois jours, rendant ainsi hommage à la mémoire de M. Ch. de Brouckere,
le défunt bourgmestre de Bruxelles. C'est seulement le 24 que la re-
prise des Dragons de Villars a eu lieu, au bénéfice de M. Hanssens.
Comme il y a deux ans, la musique de M. Maillart a produit une vé-
ritable et profonde sensation. Carman et Mlle Boulart, Cœilte, Gour-
don et Mlle Dupuy ont moissonné tour à tour les bravos. — La troupe
italienne, sous la direction de M. Merelli, continue ses représenta-
tions au milieu d'un enthousiasme toujours croissant et devant un
public de plus en plus nombreux. Après le Trovatore, nous avons
entendu le Barbier de Séville et la Lucrezia Borgia. Mme Lorini-Ma-
riani, MM. Galvani et Squarcia ont déployé dans ces trois opéras un
talent vraiment supérieur ; les bravos, les rappels et les bouquets doivent
prouver à ces artistes distingués combien le public bruxellois sait les
apprécier. Mme Lorini-Mariani est en possession d'une voix magnifique,
d'une grande étendue et d'une justesse irréprochable. Si dans le Barbier
elle a laissé quelque peu à désirer sous le rapport de la légèreté et de la
finesse, par contre dans les deux autres opéras, elle a fasciné l'auditoire
par la hardiesse de son chant et par la vérité de sa diction. A côté de
ces artistes, nous avons applaudi M. G. Ciampi dans le rôle de Bartholo
du Barbier; il a-de la voix et a su tirer un parti charmant de ce rôle
presque toujours laissé au second rang. Le reste de la troupe m,arche
d'une manière très-satisfaisante. M. Orsini, â la tête d'un orchestre,
maintenant plus nombreux et plus assoupli à la main vigoureuse de son
chef, imprime à l'ensemble de l'exécution ce cachet de fini et d'entrain
auquel nous ne sommes plus habitués.
„*„ Vienne. — Le début de Mlle La Grua, dans Norma, a été fort
brillant : comme actrice et comme cantatrice, elle a été vivement ap-
plaudie, notamment dans le premier duo qu'elle chante avec Adalgise.
— Au théâtre de l'Opéra on vient de représenter pour la première fois un
ballet intitulé : la Nymphe, dontle sujet paraît tiré du livre les Syrènes, de
M. G. Kastner. La musique est un pêle-mêle de morceaux empruntés à
différents compositeurs. Mlle Couqui , chargée du rôle de la nymphe a
obtenu un grand succès. — La célèbre cantatrice, Mlle Frassini, a été engagée
pour la prochaine saison au théâtre de l'Opéra, où elle doit débuter par
le rôle de Dinorah. — Stockhausen a donné son premier concert.
„*„. Leipzig. — Le Pardon de Ploërmel a été représenté pour la première
fois le 18 avril au théâtre de la ville ; salle comble, succès d'enthousiasme.
Mme Bùrde Ney a chanté le rôle de Dinorah. — Le comité des concerts
du Gewandhaus en a offert la direction à Ferdinand Hiller.
.,.% Hambourg. — Le Pardon de Ploërmel en est à la 25e représentation.
Mlle Georgine Schubert est une excellente Dinorah.
*** Munich. — Le 15 avril a eu lieu la première représentation du
Pardon de Ploërmel, à laquelle assistaient le roi Louis de Bavière, la reine
et toute la cour. Dès la fin de l'ouverture les applaudissements éclatèrent
et se renouvelèrent après chaque morceau. Les acteurs ont été rappelés
plusieurs fois.
%% Breslau. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu
lieu le 21 avril et a servi de début a Mme Jauner Krall L'ouvrage et la
débutante ont eu beaucoup de succès et plusieurs morceaux ont dû être
répétés.
â% Saint-Pétersbourg, 18 ayril. — Hier a eu lieu au Grand -Théâtre,
avec un immense succès, le concert donné par Henri Wieniawski. Le
célèbre violoniste a été accueilli par notre public avec un enthousiasme
qui ne s'est pas attiédi un seul instant, et que le talent du jeune maître a
poussé jusqu'au paroxysme des bravos et des rappels à la fin de la soirée.
Wieniawski a joué le concerto de Mendelssohn, le Carnaval de Venise
et trois ou quatre morceaux de sa composition d'un charme et d'une
originalité de facture qui lui assurent un avenir de compositeur digne
de sa renommée de virtuose. Il lui a fallu répéter trois morceaux de son
programme; quant au Carnaval de Venise, Wieniawski en a fait une
exquise nouveauté. La partie vocale était confiée à Mlle Rita Pellini,
l'une des deux sœurs dont nous avons annoncé l'arrivée ici. Quoique
visiblement émue, elle a chanté d'une voix sonore et étendue deux
morceaux, — l'un de Verdi, l'autre de Donizetti, — avec un sentiment
dramatique et une expression qui lui ont valu les applaudissements de
l'auditoire. C'est demain mercredi qu'aura lieu, au théâtre Michel, le
concert des demoiselles Pellini, que nous pourrons alors apprécier
complètement.
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i.y^!(c^,jL-v^-pleu;s;;:;| 5 .
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ténor . . ( La douleur avec son glaive |
3. Duo pour 2 j Qnis est homo ( , -g
soprani. . f Où peut être la mesure . . \
6. Air pour ( Pro peccatis J 3 7g
basse ou ténor, j Fruits amers |
5. Chœur et réci- j Elia mater j 3 75
tatif ■ • • ( Source d'amour |
r /i„ „/„„,. ( Sancta mater ( t ,
6. Quatuo, ... | VJergei accorue.ffioi uigracej 5
7. Caratine pour ( Fac ut portera. j 3 „
soprano. . j O cœur noyé! |
8. Air et chœur j Inflammatus j g n
pour soprano ( Par la flamme (
9. Quatuor sans l Quando corpus ) 3 u
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Le Journal paraît le Dimanche.
wm pâbis.
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SOMMAIRE. — Association des artistes musiciens, messe de M. Charles Manry,
par Adojphe Botte. — Auditions musicales, par le même. — Enseignement
populaire de la musique, par Wilhelm. — Nouvelles et annonces.
ASSOCIATION DES ARTISTES MUSICIENS.
Messe de II. Charles Hanry.
Le mois des fleurs, le mois de Marie s'est ouvert mardi à l'église
Saint-Roch par une solennité musicale à laquelle assistaient tous ceux
qui s'intéressent encore à l'art religieux. L'association des artistes
musiciens faisait exécuter une messe nouvelle de M. Charles Manry.
Cette messe se distingue par des mélodies vraiment pieuses, et, au
besoin, s'élève jusqu'aux accents passionnés qu'autorisent parfaite-
ment, quoi qu'on en dise, les belles et austères paroles de la litur-
gie. L'auteur a su prendre un parti, ce qui est assez rare. Il a été
franchement moderne, mais toujours grave, recueilli et plein d'onction.
Il n'a pas fait d'archaïsme, et, pour notre part, nous l'en félici-
tons. Il a plutôt allié la simplicité mélodique à des recherches har-
moniques, sûr ainsi de plaire en même temps à la foule et aux
esprits accoutumés à un certain coloris instrumental qui, pour êlre
parfois prodigué au théâtre, n'en est pas moins à sa place à l'église
quand il est bien ménagé. M. Manry encourra-t-il, comme tant d'au-
tres, le reproche de s'être montré trop dramatique dans l'expression
des sentiments chrétiens? Nous ne savons ; car on s'entend générale-
ment assez peu sur le style qui convient à la musique d'église. Les
uns demandent avant tout une grande douceur, une grande sobriété,
et peut-être l'exclusion complète de certaines modulations très-belles
et très-dramatiques, mais dont le caractère sensualiste les effarouche.
Ils aiment les voix et l'orgue ; ils admettent bien certains instruments ;
mais les instruments à vent, les trombones, par exemple, leur sem-
blent comme un écho du théâlre, indigne de pénétrer dans la maison
de Dieu. Les autres, admirateurs fervents, ainsi que nous le sommes
nous-même, des magnifiques messes de Mozart, de Beethoven, de
Cherubini, etc., croient que l'art musical, avec tous ses perfectionne-
ments matériels, peut aussi élever l'âme, la dégager des préoccupa-
tions vulgaires, la porter enfin jusqu'aux pures et sublimes idées de
l'infini. Quant à nous, nous croyons qu'il serait très-difficile à un mu-
sicien contemporain de s'isoler tellement des idées de son siècle qu'il
pût retrouver, nous ne dirons pas seulement les formes, mais, ce qui
nous paraît impossible, la naïveté et le véritable esprit des maîtres
d'autrefois. Il ne ferait alors, ce nous semble, qu'un froid pastiche qui
ne dirait rien à personne, parce que la vie n'y serait pas.
On le sait, M. Manry est un musicien instruit, bien doué ; son in-
telligence élevée et méditative l'appelle vers le genre sacré. Déjà, il
avait érrit plusieurs messes remarquables à beaucoup de titres ; mais
sa nouvelle œuvre, dans laquelle on retrouve toute la suavité, toute la
distinction, toute l'abondance et toute la fraîcheur mélodique des pre-
mières, a une élévation, une largeur qui attestent un énorme progrès ;
en un mot, elle nous paraît la plus complète, la plus riche, la plus
achevée que l'auteur ait encore produite.
Le Kyrie est un fort bon morceau ; les voix et l'orchestre y sont
traités avec beaucoup d'habileté. Dans le Credo (une très-belle page,
et la plus développée de toutes) il y a un magnifique chant à l'unisson
bien instrumenté où les harpes et les violons rappellent cette dispo-
sition de parties si heureusement employée dans des finales célèbres
et dans plus d'un chœur de Bardes. Dans ses morceaux les plus pom-
peux, les plus larges, les plus majestueux, l'auteur n'est pas allé une
seule fois jusqu'à l'abus de la sonorité. C'est surtout aux instruments
à cordes, aux violons et aux violoncelles principalement, qu'il a confié
de délicieuses phrases. On a remarqué dans YO salutarh le goût et
l'art avec lesquels les cors étaient employés. Nous pourrions peut-être
louer davantage la correction, la couleur de l'harmonie, enfin le talent
de M. Manry, qui est aussi un contrapuntiste distingué ; mais nous ai-
mons mieux insister sur la netteté, sur l'originalité de son inspiration
et sur la parfaite convenance de son style.
Il ne nous reste plus qu'à -faire la part de la critique : ce sera la
plus courte. L'auteur, qui mêle si heureusement les voix, qui fait suc-
céder à des solos très-saillants des tutti pleins de puissance et d'éclat,
laisse quelquefois l'orchestre un peu vide, un peu nu. Alors les
mélodies, écrites souvent en mineur, reviennent languissantes, et
auraient besoin d'être soutenues par quelques dessins et par quelques
richesses harmoniques.
En résumé, cette messe est une excellente composition; de plus,
c'est réellement de la musique sacrée. Quoiqu'elle soit fort bien écrite,
que les voix s'y meuvent toutes avec une grande aisance, qu'on trouve
dans le Gloria une fugue habilement conduite, la science n'y tient
que le second rang; le premier appartient à une inspiration claire,
abondante , souvent élevée et empreinte d'une touchante mélan-
colie. L'œuvre de M. Manry brille par ce qui plaît et émeut , par un
sentiment toujours religieux, qui ne se perd ni dans les froides et aride:
combinaisons, ni dans ces phrases d'opéra-comique que les compjri
teurs modernes ne peuvent toujours parvenir à faire taire quand ils
écrivent pour l'église.
166
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Depuis longtemps nous n'avions assisté à une aussi bonne exé-
cution. M. Tilmant dirigeait un nombreux orchestre. C'est dire que
tous les artistes étaient animés par une volonté aussi puissante qu'in-
telligente. M. Charles Vervoitte, maître de chapelle des plus distingués,
compositeur estimé, conduisait les chœurs et l'a fait en musicien
exercé à toutes les exigences du style religieux. Mlle Sax, MM. Jour-
dan et Balanqué chantaient les soli. On connaît le goût, l'âme que
Jourdan apporte dans la musique sacrée; cette fois encore il y a été
très-remarquable. L'excellent sentiment musical de Mlle Sax lui a
permis de révéler, dans un genre qu'elle connaissait peu sans doute,
de précieuses qualités d'expression.
AUDITIONS MUSICALES.
Franco-Mcndes. — Mlle «Dulieime Amlré. — BSlîe «Joséphine
Martin. — Casella. — Mlle Su^eI>org:-Starck.
Au concert donné par Franco-Mendes dans les salons Pleyel-Wolff,
on a applaudi le cinquième quintette de cet excellent violoncelliste.
Dit d'une façon délicieuse par MM. de Cuvillon, Jacobi, Viguier,
Biétry et l'auteur, il a prouvé encore une fois que le talent d'exécution
n'absorbait pas toutes les facultés d'un musicien bien organisé, et qu'il
restait place encore pour les bonnes études et pour des travaux plus
sérieux, plus [^importants que ceux d'une gracieuse fantaisie, d'un
charmant arrangement ou d'une ingénieuse transcription.
D'autres compositions ou touchantes ou aimables, ou suaves ou
brillantes, mais toujours correctement écrites, ont été jouées par
l'auteur avec la justesse, le sentiment qu'il apporte dans tout ce qu'il
exécute. Elles ont été accueillies avec la sympathie que le public n'ac-
corde qu'au véritable talent. M. de Cuvillon a causé un plaisir infini
dans un très-beau quatuor de Léon Kreutzer, où il y a une verve, une
élégance, un savoir, un esprit que nous voudrions retrouver plus
souvent dans la jeune musique de chambre.
— La semaine dernière, dans les mêmes salons, nous avons entendu
Mlle Julienne André, élève d'Alard. La jeune artiste a joué deux mor-
ceaux de son maître avec une sûreté, une largeur d'archet et de style
qui ont été particulièrement remarquées. Mlle André a de la vigueur,
du feu et, chose singulière, moins de douceur et de grâce que certains
violonistes ; mais elle a, comme tous les virtuoses élevés à la même
école, les précieuses qualités que peut donner le meilleur enseigne-
ment. Elle a été très-fêtée, notamment pendant l'exécution d'une
saltarelte, d'Alard, l'une des pages les plus originales, les plus colo-
rées et les plus hardies qu'ait écrites le célèbre professeur.
— Pianiste aimée et partout sympathiquement accueillie, musicienne
sérieuse, compositeur très-distingué, Mlle Joséphine Martin donne
chaque année un concert où se font entendre des artistes d'un grand
mérite. Vendredi, dans la salle Herz, c'étaient Mmes Ida Bertrand,
Gaveaux-Sabatier, M. Jules Lefort et la Société chorale du Conserva-
toire qui prêtaient à la partie instrumentale, les unes, leurs belles
voix et leur charmant talent si pathétique et si fin ; les autres, leur
style plein de goût, et un ensemble parfaitement réglé et dirigé par
M . Edouard Batiste. Un duo de Lysberg, à deux pianos, sur des mé-
lodies de Don Juan, exécuté par Mlle J. Martin et sa jeune élève,
Mlle Angèle Simiet; puis une fantaisie espagnole, un menuet et l'Ou-
verture des chasses, composés et joués par la bénéficiaire, ont charmé
l'assemblée. Les nombreuses qualités du jeu de Mlle J. Martin sont
bien connues ; c'est, on le sait, un style net, précis, énergique : l'élé-
gance, la finesse et la grâce. Avant Amour et -prière et la Valse de
Marguerite, gracieuses et mélodieuses inspirations de Mme Clémentine
Batta, très-joliment chantées par Mme Sabatier et Jules Lefort,
Mlle J. Martin, MM. Coche, Garimond, Pâquis, Casimir Ney, Nathan
et de Bailly ont dit les deux premiers morceaux du septuor de Hummel.
Le minuetto scherzo, si délicatement orné avec les broderies exquises
du piano, les chants expressifs du violoncelle, ou plutôt avec tout son
esprit, toute sa légèreté, toutes ses ravissantes coquetteries, a enthou-
siasmé l'auditoire et a valu aux interprètes, qui, d'ailleurs, se sont
constamment maintenus à la hauteur de l'œuvre, un franc et légitime
succès.
— Le violoncelliste qui n'aurait pas puisé dans les partitions de
Bellini, qui ne leur aurait pas demandé quelques-uns de ces chants si
mélancoliques et si tendres, aurait eu bien tort: car, en dépit de
toutes 'les critiques et de toutes les ironies des gens blasés, ces chants
passionnant et passionneront toujours la foule, parce qu'ils sont nés
dans une de ces 'heures d'inspiration, de douleur et d'enthousiasme
où les musiciens les moins savants créent des choses assez belles pour
se passer des richesses, cependant si admirables, d'un grand style.
M. Casella, violoncelliste du roi de Sardaigne, a transcrit, à son tour,
le quatuor des Puritains. Il l'a joué au concert qu'il donnait samedi
dans la salle Beethoven, et avec cette seule page, dite, il est vrai, avec
beaucoup de largeur et d'expression, il a été très-vivement applaudi.
Dans deux autres morceaux, Un pensiero et Souvenirs d'Italie, le
brillant soliste a montré que s'il jouait bien, sans afféterie et avec une
grande sensibilité, il savait aussi composer avec goût, arranger avec
tact et varier les mélodies en virtuose accoutumé à ne demander aux
difficultés que ce qu'elles ajoutent à un ouvrage d'intéressant et d'ai-
mable à entendre.
Une élégie animée d'un souffle religieux assez rare, même à l'église,
a été fort goûtée. Interprétée avec un grand charme d'expression par
MM. d'Aubel, Casella et l'auteur, Daussoigne-Méhul, elle offrait, outre
le mérite de la composition, la beauté de timbres et d'effets qui res-
sort de cette trinité si harmonieuse : le piano, l'orgue et le violoncelle.
M. Fortuna, qui a du talent, mais auquel on pourrait demander un
peu plus de chaleur, s'est fait plusieurs fois applaudir à ce concert, où
dans un solo, le violon de Sighicelli a été ravissant de grâce, d'élé-
gance et de brio.
— Au dernier concert de Mlle I. Starck, deux artistes de mérite,
Jacques Dupuis et Lamoury, ont joué avec la charmante pianiste le
trio en ré majeur de Beethoven. La musique classique sied au talent
de Mlle Starck; toutefois, dans les œuvres de Bach notamment, son
style n'est pas toujours assez sévère et assez soutenu. Mais il faut
avoir une grande puissance d'exécution pour jouer en public, au
piano, ces admirables fugues, si difficiles sous tous les rapports. Nous
aimons mieux la jeune artiste dans les pièces de Field, de Chopin et
même dans celles de Liszt; là elle trouve des douceurs infinies, des
élégances naturelles, et aussi des effets puissants et sonores auxquels
plus d'une pianiste, d'ailleurs très-distinguée, ne saurait atteindre.
Adolphe BOTTE.
Le défaut d'espace nous oblige à remettre au numéro prochain la
suite du compte rendu des concerts, au nombre desquels se trouve
celui dont la pensée et l'organisation sont dues à M. Beaulieu.
ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LA MUSIQUE.
Nous avons annoncé la publication d'une brochure de M. Emile
Chevé, en réponse aux Observations de quelques musiciens et de
quelques amateurs sur sa méthode. Nous avons dit en outre que la
brochure était suivie d'un manifeste de la commission qui a pris cette
méthode sous son patronage, et nous nous proposions d'en discuter
les conclusions, mais la Revue contemporaine , dans son numéro du
DE PARIS.
167
3() avril dernier, contient un article qui nous semble remplir suffi-
samment cette tâche; pour aujourd'hui nous nous bornerons donc à
en reproduire quelques fragments.
Après avoir rappelé comment l'idée de substituer les chiffres aux
notes de la gamme, conçue d'abord par le P. Souhaitty, ensuite par
J.-J. Rousseau, fut frappée de mort dès sa naissance, par la simple
observation d'un bon musicien, de Rameau, qui en démontra le vice
radical : après avoir raconté, avec le savant M. Fétis (1), comment
cette même idée, largement essayée en Allemagne, en a été définiti-
vement bannie, parce qu'on s'y dégoûta d'un enseignement populaire
qui ne pouvait servir d'introduction à l'art véritable, l'auteur de l'ar-
ticle constate qu'en France les conquêtes de la notation furent moins
étendues, mais non plus solides, malgré les efforts de M. Galin, qui
mourut à la peine, et de M. Aimé Paris, son successeur dans la pro-
pagande du méloplaste.
« Enfin, ajoute-t-il, M. Emile Chevé, beau-frère de M. Aimé Paris,
quittant la médecine pour la musique, ouvrit des cours, publia des
ouvrages, et ainsi se trouva formée latrinité Galin-Pàris-Chevé. Alors
commença la croisade entreprise à frais communs pour le triomphe du
chiffre et du système musical qui en est l'appui. L'ambition de MM.
Aimé Paris et Emile Chevé devait être de conquérir, en tout ou en
partie, les écoles communales de la ville de Paris ; c'était pour eux
comme une Jérusalem qu'il fallait délivrer du solfège et de ses sec-
tateurs. En 1845, M. Emile Chevé demanda au préfet d'ouvrir un
concours entre la méthode en usage et la sienne. L'idée fixe de M. Aimé
Paris (idée que peu de gens partagent, nous verrons pourquoi), est que
tout peut et doit finir par des concours. La première demande ayant
été repoussée, une seconde fut faite en 1850, et n'eut pas un meil-
leur sort. Pour la seconde fois, la commission de surveillance du
chant avait examiné la méthode qui lui était soumise et l'avait jugée
inadmissible. Je voudrais pouvoir citer entièrement l'excellent rapport
rédigé par elle en cette occasion. « Le système de M. Chevé, disait
» le rapporteur, M. G. Héquet, a pour base la substitution d'une écri-
» ture nouvelle à l'écriture usitée aujourd'hui. Au lieu de représenter
» les intonations par des signes placés sur une portée, il les repré-
» sente par des chiffres. La commission a fait de vains efforts
» pour comprendre l'utilité de ce changement. M. Chevé fait grand
» bruit des prétendus défauts de l'écriture musicale actuelle, qu'il
» déclare bizarre, compliquée, fatigante pour l'œil du lecteur, enfin
» très-difficile à déchiffrer. Selon lui, c'est cette difficulté qui retarde
» les progrès des commençants et leur fait perdre courage. La com-
» mission ne saurait partager sur ce point l'opinion de M. Chevé. Au-
» trefois, on faisait ce qu'il propose ; l'antiquité représentait les sons
•» par des lettres , lesquelles étaient en même temps des chiffres.
» Le système de M. Chevé est littéralement renouvelé des Grecs.
» C'est au xiie siècle seulement que furent imaginés les premiers rudi-
» ments de notre écriture moderne, les points, la portée, et cette
» invention fut considérée alors comme un immense progrès. En effet,
» l'écriture nouvelle indiquait, par la position même des signes, le
» plus ou moins de gravivé de chaque son. Elle parlait à la fois à
» l'entendement et aux yeux, tandis que les chiffres ne parlaient
» qu'à l'entendement. Ce que le bon sens de nos pères abandonna, il
» y a huit cents ans, M. Chevé nous le veut faire reprendre aujour-
» d'hui, et il nous donne cet étrange mouvement rétrograde pour
» une amélioration ! Nous ne pouvons être de son avis ; l'écriture
» musicale actuelle ne paraît bizarre qu'à ceux qui ne la savent pas
» lire. Si elle est compliquée, c'est qu'elle peint, aux yeux du lecteur,
i> une foule d'éléments divers, qu'elle exprime à la fois l'intonation,
» la durée, le rhythme, et jusqu'aux détails les plus délicats, les plus
» minutieux de l'exécution. M. Chevé supprime ces détails, et il pro-
» clame son écriture plus simple. Est-ce simplifier que d'appauvrir?
(l) V. Revue et Gazette musicale, n° 2, 8 janvier 1860.
» Ne nous faisons pas d'illusion. Le véritable obstacle, qui arrête
» les élèves à l'entrée de la carrière, c'est la difficulté d'unir Vidée
» d'une intonation déterminée au signe qui la représente. Que ce si-
» gne soit un chiffre ou une note, la difficulté reste la même, et le
» procédé de M. Chevé ne la diminue en rien. »
» Là est, pour tout musicien, le vrai point de la question, et le
rapport l'éclaircit de manière à ne pas laisser place au doute. Récapi-
tulant ensuite les diverses imperfections du système de M. Chevé,
quant à la musique instrumentale que la notation chiffrée ne peut re-
produire, quant aux douze tonalités qu'il réduit à une seule, quant à
l'étude du mode mineur, où l'ordre naturel des chiffres est renversé,
le rapport conclut en ces termes : « La commission pense non-seu-
i) lement qu'il n'y aurait aucun bénéfice à remplacer par celle qui lui
» est soumise la méthode qui est en vigueur depuis trente années,
» mais que V enseignement y perdrait dans mie proportion considé-
» rable. »
» On a vingt-quatre heures au palais pour maudire ses juges :
M. Emile Chevé employa près de dix années à poursuivre les siens
de sa colère et de ses invectives. Armé de la parole et de la plume,
il ne cessa d'attaquer ceux qui avaient rendu la sentence et ceux qui
l'avaient approuvée, dans une longue série de publications, dans un
journal créé tout exprès, toujours avec la collaboration de M. Aimé
Paris. Les hommes éminents qu'il attaquait chaque jour ne s'ému-
rent pourtant pas et ne daignèrent pas lui répondre : c'était peut-être
une faute. Au mois de juillet dernier, une commission de patronage
s'étant formée sous la présidence d'une grande illustration politique
pour la propagation de la méthode Galin Pâris-Chevé, il ne fut plus
permis de garder le silence . On comprit que la patience avait assez
duré, que la prolonger serait faiblesse, et qu'il fallait s'expliquer net-
tement sur un système qui ne cherchait plus à s'établir par la seule
force de ses principes et le seul avantage pratique de ses procédés.
C'est ce qui a donné lieu à la brochure intitulée : Observations de
quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique
de M. le docteur Chevé. Cette brochure est signée de MM. Auber, de
l'Institut; Carafa. id.; Clapisson, id.; Ermel, compositeur; Victor
Foucher, président; Charles Gounod, compositeur; F. Halévy, de
l'Institut; Jomard, id.; général Mellinet ; G. Meyerbeer, de l'Institut;
Edouard Monnais; Niedermeyer, compositeur ; Edouard Rodrigues,
vice-président; Ambroise Thomas, de l'Institut; Varcollier, membres
de la commission de surveillance de l'enseignement du chant dans les
écoles communales de la ville de Paris, et de MM. H. Berlioz, de
l'Institut ; Dietsch, chef d'orchestre de l'Opéra, Georges Kastner, de
l'Institut; Verdi, correspondant de l'Institut; J. d'Ortigue, directeur-
rédacteur en chef de la Maîtrise; Pasdeloup et F. Bazin, directeur de
l'Orphéon de Paris.
» A cette brochure collective, M. Emile Chevé vient de répondre
par une autre brochure signée de lui seul, et le comité de patronage
a daigné adresser aux signataires de la première une lettre dans
laquelle il expose formellement ses intentions. Cette lettre porte les
noms de MM. le comte Morny, président du comité de patronage,
le prince Poniatowski, vice-président, le comte Olympe Aguado, le
comte Onésime Aguado, le général de Courtigis, Félicien David, le
baron .Dubois, Gevaert, Lefébure-Wély, Magin-Marrens, inspecteur
général de l'enseignement primaire, Edmond Membrée, le comte
Joachim Murât, Neukomm, Offenbach, Ravaisson, membre de l'Ins-
titut, le marquis de Sampieri, Ernest L'Epine, secrétaire du comité,
et conclut à ce que, pour juger définitivement le débat, un concours
soit ouvert en présence des signataires de la brochure et des mem-
bres formant la commission du patronage. Voici textuellement la
teneur du cartel rédigé par la commission : « 1° Que chaque école
» expose scientifiquement au tableau ses principes et ses moyens
» d'action ; 2° que des expériences pratiques et comparatives soient
» faites sur les résultats déjà obtenus de part et d'autre ; 3° que deux
168
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
» expériences parallèles sur deux masses lout à fait étrangères à la
» musique soient tentées, l'une sous l'habile direction de MM. Pasde-
» loup et Bazin, directeurs de l'Orphéon, ou de toute autre personne
» qu'il plaira aux signataires de la brochure de désigner, l'aulre sous
» la direction de M. Chevé. Ces trois expériences faites, on saura dé-
» finitivement à quoi s'en tenir, et, une fois édifié, on cessera de part
» et d'autre une polémique inutile et indigne de l'art. »
» J'ignore ce que les vingt-trois signataires de la brochure pensent de
cette proposition, mais je ne puis m'empêcher de remarquer avec
quelle courtoisie elle leur est présentée : MM. Aimé Paris et Emile
Chevé ne les avaient pas accoutumés à cette politesse de ton, à cette
convenance de langage, et quoi qu'il advienne, l'intervention de la
commission de patronage leur aura beaucoup profité. Ce que je re-
marque encore, c'est que les membres de cette commission jugeant
leurs adversaires d'après eux-mêmes, et ne doutant ni de leur inté-
grité, ni de leur bonne foi, ne se préoccupent nullement de l'équilibre
des partis dans la composition du tribunal: dix-sept juges, partisans
du chiffre, consentent à siéger à côté de vingt-trois autres, connus
pour être ses ennemis! A coup sûr on ne pouvait montrer une confiance
plus noble et plus chevaleresque. Nous doutons cependant que le déû
soit accepté. Nous n'hésitons pas toutefois à en croire la proposition
sérieuse, et alors nous nous demandons si un pareil concours est
praticable et s'il peut avoir quelques résultats. Nous comprendrions à
la rigueur, malgré les difficultés sans nombre dont il serait entouré,
qu'un concours fût ouvert entre des méthodes conduisant au même
but et satisfaisant aux conditions d'un même programme, mais telle
n'est pas la situation. Nous sommes en présence de deux méthodes,
dont l'une, consacrée par le temps, conduit à la connaissance de cette
langue musicale qui est le véritable, le seul idiome universel des
peuples civilisés (on nous accordera que cette universalité est déjà une
légère présomption en faveur de son excellence), et dont l'autre, née
d'hier, ne mène qu'à l'intelligence d'un dialecte d'un emploi et d'un
usage infiniment restreints. La langue musicale a son alphabet, ses
caractères propres, et possède l'avantage de parler à l'intelligence en
même temps qu'elle se dessine aux yeux; le dialecte n'a pour écriture
que des signes empruntés à une autre langue, détournés de leur fonc-
tion naturelle, ne s'adressant qu'à l'esprit, difficiles à saisir par le
regard dans leurs indispensables modifications. La langue musicale
ouvre l'accès à lout ce que la musique a enfanté de grand et de beau
dans ce monde, permet à celui qui la possède de se livrer à l'étude des
instruments, et d'arriver jusqu'à celle des partitions religieuses ou
profanes de nos grands maîtres. Le dialecte s'en tient à la transcrip-
tion de quelques mélodies bien simples, et s'arrête devant la musique
instrumentale ; la partition lui est également interdite, non qu'il soit
impossible d'en écrire une avec des chiffres, mais il est évident que
personne ne pourrait la lire.
» On nous dit qu'avec la notation chiffrée, que nous condamnons,
avec ce dialecte, qui nous paraît si pauvre, la musique est enseignée
plus vite qu'elle ne saurait l'être avec la notation ordinaire. Nous
savons que par une stratégie habile, par des manœuvres ingénieuses
et par un certain art de mise en scène dont nous sommes loin de
nier le mérite, M. Chevé est parvenu à faire croire en certains lieux
qu'il enseigne la musique plus rapidement que personne ; mais quelle
musique? La sienne et non pas la nôtre. J'ai vu des gens du monde
qui sortaient de ses cours tout émerveillés, et persuadés que les
ouvriers passant dans la rue n'avaient qu'à entrer dans l'amphithéâtre
où M. Chevé préside, regarder ses chiffres et se mettre à chanter
aussitôt. Les chiffres n'ont pas celte vertu, ni M. Chevé cette puis-
sance. Le rapport de 1850 l'a dit avec une parfaite justesse; la dif-
ficulté réelle pour les commençants, c'est d'unir l'idée de l'intonation
au signe qui la représente. « Que ce signe soit un chiffre ou une
» note, la difficulté reste la même. » L'argument favori des novateurs
(et Dieu seul en sait le nombre), qui prétendent remplacer les notes
de la gamme par les chiffres de l'arithmétique ou les lettres de l'al-
phabet, consiste à dire que les chiffres et les lettres étant déjà connus,
les élèves n'ont pas besoin d'apprendre de nouveaux signes, ce qui
est pour eux une grande économie de temps. Ceci est une erreur,
car si l'on attribue à des signes connus un sens et une valeur qui ne
leur appartiennent pas, on en fait en réalité des signes nouveaux
pour le nouvel office qu'on leur confie. Et d'ailleurs faut-il donc un
temps si long pour se familiariser avec le nom, la figure et la position
des notes de la gamme? Deux jours, trois jours, mettons-en huit,
suffisent pour y réussir, même aux élèves les plus tardifs. Il ne nous
paraît pas démontré qu'il en faille moins pour apprendre le sens par-
ticulier que M. Chevé prête à ses chiffres.
» Il en est de même des autres éléments de l'enseignement musical
primaire. Ces éléments sont tellement simples qu'il n'est pas possible
d'économiser sur la durée de l'apprentissage. Aussi parcourez, non
pas les classes du Conservatoire, puisqu'on le met hors de cause,
mais les classes de l'Orphéon et jusqu'aux salles d'asile, vous y ver-
rez de petits enfants lire et chanter la musique de tout le monde aussi
bien, mieux peut-être que les élèves de M. Chevé ne lisent et ne
chantent la musique destinée à leur usage personnel. Allons plus loin,
admettons que, sur une épreuve de trois ou quatre mois, la notation
chiffrée devançât la notation ordinaire de huit ou quinze jours, ce ne
serait pas encore un motif suffisant de préférer la première à la se-
conde. En entretenant à ses frais des écoles de musique, l'Etat se
propose non-seulement de faire chanter des chœurs par les élèves,
mais de les initier à la connaissance d'un art qu'ils pourront cultiver
ensuite selon leur goût et leurs facultés. Voici, à nos yeux, le double
inconvénient du système de Galin-Pâris-Chevé et de tous les réforma-
teurs du même genre : ou les élèves qui étudient d'après leur méthode
en resteront là et par conséquent ne sauront jamais rien de la vraie
musique, de ses caractères, de ses règles, en un mot de tout ce qui
en fait la langue universelle, ou bien ces élèves voudront aller plus
loin, et c'est alors qu'ils auront à entreprendre une seconde élude
pour laquelle la première leur sera plutôt un embarras qu'un secours.
Les novateurs soutiennent, il est vrai, le contraire et affirment qu'après
avoir passé par leur école, on étudie bien plus facilement dans la
nôtre. Les hommes de i'art ont de fortes raisons pour n'en rien croire.
Leur vieille expérience leur dit qu'un détour allonge toujours le che-
min, quand il n'égare pas complètement celui qui s'y engage.
» Le concours que l'on propose est donc inutile et sans issue : entre
les deux méthodes, la question de supériorité ne saurait être un
instant douteuse. Les partisans de. M. Emile Chevé eux-mêmes ne pa-
raissent pas se rendre bien compte de ce qu'ils voudraient faire. Ils
ont trop d'esprit et de sens pour songer à détruire l'ancienne nota-
tion musicale, ainsi que M. Marie se flattait d'abolir l'ancienne ortho-
graphe : ils ne travaillent, disent-ils, que pour le peuple, et ils ne
voient pas que ce qu'ils s'efforcent d'obtenir serait essentiellement
préjudiciable à ses intérêts. Désormais, la musique serait divisée en
deux langues, l'une sacrée, l'autre démotique ; la première réservée
aux adeptes et inaccessible aux masses, la seconde uniquement faite
pour le peuple. De cet ordre de choses si opposé aux idées du siècle,
il résulterait qu'un de ces ouvriers qui n'aurait appris que la langue
populaire pourrait passer devant une page de musique écrite dans la
langue sacrée sans se douter de ce qu'elle signifie, sans être capable
d'en déchiffrer une seule phrase, d'en épeler un seul mot ! Aujour-
d'hui, au contraire, l'enfant élevé dans nos écoles communales et
autres y reçoit un enseignement qui le met à l'égard de la musique
sur un pied d'égalité avec ses plus riches concitoyens. De quel côté
est l'avantage?
s Plus j'y réfléchis, et moins je conçois qu'on veuille changer des
écoles de musique en hippodromes et décerner un prix de course, au
lieu d'un prix de savoir. C'est bien ici vraiment que le temps ne fait
rien à l'affaire, et qu'il faut examiner la qualité des choses que l'on
DE PARIS.
169
enseigne avant de mesurer le temps qu'on met à les enseigner. Quelle
immense risée s'élèverait de tous les coins de l'Europe, surtout de
l'Allemagne, qui a renoncé au chiffre, et de l'Italie, qui n'a jamais
voulu en entendre parler, si l'on nous voyait en France ouvrir un
concours pour décider quelle est l'école musicale qui ûle le plus de
nœuds à l'heure! Et ce concours, comment l'instituer? Comment le
régler? Quels sont les juges qui se sentiraient assez forts, assez sûrs
d'eux-mêmes, de leurs lumières et de leur impartialité, pour pronon-
souverainement, ex cathedra, sur le mérite relatif de l'exposition
scientifique que chaque école serait venue faire au tableau de ses prin-
cipes et de ses moyens d'action'1. Ce n'est rien encore. Comment pro-
céder au pesage et au mesurage intellectuel de ces deux masses tout
à fait étrangères à la musique sur lesquelles deux expériences paral-
lèles devraient être tentées par des experts à ce commis? Je sais
bien que l'on pèse les jockeys sur le champ des courses ; mais je ne
sache pas que l'on ait encore trouvé le moyen d'évaluer en chiffres
ronds l'épaisseur d'une capacité, l'étendue d'une ignorance? Et pour-
tant, il faudrait que tout fût parfaitement égal entre les concurrents !
Sinon, quelles conséquences certaines pourrait-on tirer de l'épreuve?
Supposons cependantque toutes cesdifficultés n'aient pas empêché le
concours, ni enlevé une parcelle d'autorité et de force à son arrêt
définitif, qui se flatterait de l'espoir que tout serait fini, et que l'une
des écoles n'aurait plus qu'à céder la place à l'autre? Est-ce ainsi que
se terminent les grands débats qui agitent le monde? Quand deux
armées sont en présence, évitent-elles une rencontre en se livrant
bataille par procuration? Un tournoi dispense-t-il d'une guerre ? L'his-
toire ne cite en ce genre que le combat des Horaces et des Curiaces ;
mais en France le fameux combat des Trente ne servit qu'à illustrer le
nom de Beaumanoir et le chêne de la Mi-Voye. La guerre n'en reprit
qu'avec plus de fureur, après cette lutte de héros, comme hélas ! selon
toute probabilité, la querelle des notes et des chiffres recommence-
rait après le concours.
» W1LHELM. »
NOUVELLES.
*% Au théâtre impérial de l'Opéra, Lucie de Lammermoor a été donnée
lundi dernier pour les débuts de Michot Le jeune ténor y remplissait
le rôle d'Edgard, et, comme on devait le prévoir, sa voix charmante dans
les passages qui ne demandent qu'une expression douce et tendre, laissait
quelque chose à désirer dans ceux qui exigent de la vigueur. — Pierre de
Médicis a été joué mercredi et vendredi.
„,** On parle d'avancer autant que possible la représentation de Sémi-
ramis pour le début des sœurs Marehisio ; ce bruit paraît devoir mériter
confirmation. Le directeur de l'Opéra est trop habile, en effet, pour in-
terrompre ainsi le succès de l'opéra du prince Poniatovvski, qui, bien
loin de diminuer à l'arrivée des beaux jours, semble vouloir au con-
traire prendre encore de plus larges proportions.
„,% Demain lundi aura lieu à l'Opéra-Comique la première représenta-
tion de Rita, opéra posthume de Donizetti.
*** Nathan a succédé à Prilleux dans le Roman d'Elvire et ne s'y
montre pas moins comique que son prédécesseur. L'opéra d'Ambroise
Thomas attire toujours beaucoup de monde au théâtre de l'Opéra-Co-
mique qui le joue ce soir.
»*» Mlle Augustine Brohan vient de terminer un opéra-comique, in-
titulé provisoirement Speranza, et dont M. Victor Massé écrit la musique.
**„ La clôture annuelle du théâtre Italien s'est faite lundi dernier
avec un éclat extraordinaire. Le spectacle se composait de divers
fragments d'ouvrages du répertoire. Tous les artistes ont eu leur ovation,
leurs bouquets ou leurs couronnes. La recette s'est élevée à près de
20,000 fr. S. M. l'Impératrice honorait la représentation de sa présence
et ne s'est retirée qu'après la fin du spectacle.
**„ Tamberlick est parti pour Madrid, avec la basse Manfredi et
M. Bonetti, chef d'orchestre du théâtre Italien. Il doit y donner quinze
ou vingt représentations.
„% M. Calzado a renouvelé pour la saison prochaine les engagements
de MM. Graziani, Gardoni, Zucchini, Badiali ; de M mes Alboni, Penco et
Marie Battu.
„,*.,. La représentation d'Orphée aux Enfers, d'OfTenbach, donnée au
théâtre Italien, a produit près de 20,000 fr.
„% Hier a eu lieu au théâtre Lyrique la première représentation de
Fidelio ; nous en rendrons compte dimanche.
%** Le Sou de Lise, opérette dont la musique a été composée par la
comtesse de Grandval, sera représentée demain lundi aux Bouffes pari-
siens.
*** Au théâtre Déjazet, mardi prochain, représentation de l'opérette
bouffe Piunella, de F. de Flotow. Cette représentation aura lieu au béné-
fice de Mlle Granier.
„,*„, Une souscription, dont le produit est destiné à faire graver la par-
tition du Jugement de Dieu, le grand opéra d'Auguste Morel, vient d'être
ouverte à Marseille; c'est le témoignage le plus flatteur et le mieux mé-
rité qui pût être rendu au compositeur par ses compatriotes. La sous-
cription a été immédiatement couverte de signatures.
„.% La dernière matinée de la Société des concerts a eu lieu diman-
che. Le programme était magnifique : la symphonie en ut mineur, le
chœur d'Euryanthe, y figuraient à côté des fragments du septuor, joué
par tous les instruments à cordes, et de l'ouverture d'Oberon. Ce qu'il y
a eu toutefois de plus remarquable, c'est la manifestation dont Tilmant,
l'excellent chef, a été l'objet, à son entrée, de la part de l'orchestre et
du public. Jamais la salle n'avait retenti d'acclamations plus chaleureuses,
jamais ovation plus imprévue n'avait été reçue avec plus de modestie
et d'émotion.
,% M. Tilmant vient d'être, à une immense majorité, nommé chef
d'orchestre de la Société des concerts ; il avait dix concurrents. M. Del-
devez a été choisi pour chef d'orchestre en second.
*** L'excellent chanteur qui fut dans son emploi l'artiste le plus
accompli et créa tous les grands rôles du répertoire moderne, Levasseur,
donnera un concert jeudi prochain, à huit heures et demie du soir dans
les salons Pleyel, Wolff. Ce sera une bonne occasion d'entendre encore
cette voix puissante qui n'a rien perdu de sa force, et d'apprécier cette
belle et large métnode dont la tradition remonte jusqu'à Garât.
*% La Presse théâtrale, d'après quelques journaux italiens, explique,
par quelques vivacités échangées entre Mario et le chef d'orchestre du
théâtre de Madrid, l'événement rapporté par VEptacordo et qui aurait
mis en péril les jours du célèbre ténor. M. Mario en a été quitte pour
des excuses envers le chatouilleux chef d'orchestre qui, accompagné de
quelques-uns de ses musiciens, était venu lui demander des expli-
cations.
„,%, La partition pour chant et piano du Roman d'Eloire vient de
paraître.
„*„ Seligmann est de retour de son excursion à Nice et à Marseille. Le
célèbre violoncelliste a donné vingt-deux concerts dans cette tournée
artistique.
*** Trois artistes des plus distingués, MM. Tolbecque, violoncelliste,
Lévêque, violoniste, et Lobstein, pianiste, font partie du congrès musical
de l'Ouest, qui doit se réunir à Poitiers la semaine prochaine.
4*% Le 6 mai prochain, la statue de Mendelssohn doit être inaugurée
sur la terrasse du palais de Cristal ; pendant la solennité on exécutera
son oratorio : Elie.
*** Il n'est bruit dans ce moment, à Londres, que d'uue nouvelle troupe
française qui réunit tous les éléments possibles de succès. Le directeur,
M.Laurent, s'est attaché, entre autres excellents artistes, Mme Fauré,
qui a obtenu déjà l'année dernière de si brillants triomphes, et qui,
nous n'en doutons pas, sera accueillie avec la même faveur par les
Anglais, chez lesquels son double talent de chanteuse et de comédienne
a laissé les plus agréables souvenirs.
*** S. M. le roi des Belges vient, par lettre du 2 de ce mois, dans
les termes les plus flatteurs, d'accepter la dédicace du Concerto pour le
piano avec accompagnement de quintette, op. 41, de M. Joseph Franck, de
Liège, qui lui a valu un si grand et légitime succès, et le rappel à son
dernier concert du 8 mars dernier.
,*„ On lit dans le Messager de Nice : « M. Jules Cohen, professeur au
Conservatoire impérial de musique de Paris, vient de composer une can-
tate niçoise qu'il a dédiée à M. le sénateur Piétri. Cette composition, pour
laquelle le nom de son auteur, nouvellement et déjà avantageusement
connu dans le monde musical, est une garantie de mérite et de succès,
vient d'être mise à l'étude et sera prochainement exécutée à Nice. »
*** Le dimanche 15 avril â eu lieu à Belley l'inauguration du grand
orgue de la cathédrale construit par MM. Aristide Cavaillé-Coll et C,c.
L'Orphéon de Bourg a prêté son concours à cette intéressante cérémo-
nie en chantant d'une manière fort satisfaisante une messe composée
et accompagnée sur le nouvel instrument par M. Dupart, maître de
chapelle de la cathédrale. L'orgue a ensuite été touché à plusieurs re-
prises par M. Widor, organiste de Saint- François de Lyon. M. Lefébure-
Wély, expert nommé par le gouvernement, a joué l'offertoire, et sa dé-
licieuse improvisation où il a tiré un parti très-heureux des Voix hu-
maines, a charmé la foule qui encombrait les nefs et les tribunes
de l'église. Le soir, après vêpres, ces trois artistes se sont de nouveau
fait entendre, et ont donné une idée des ressources de ce bel instru-
170
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'illustre facteur qui l'a cons-
ment, qui fait le plus grand honneur
truit.
*** Une pensée toute artistique se réalise par les soins et sous la di-
rection de son auteur, M. de Besnier, compositeur et professeur de
musique. Le Mois de Marie va être chanté dans les paroisses Saint-Tho-
mas-d'Aquin le mardi ; Saint- Vincent de-Paul le mercredi ; Saint-Ger-
main-1'Auxerrois le vendredi de chaque semaine à huit heures du soir,
par une réunion d'artistes lauréats du Conservatoire, membres de la
Société des concerts et de la chapelle impériale, auxquels se joignent
des dames amateurs. Ces exécutions musicales ont pour but de diriger
le goût vers les œuvres religieuses, classiques et modernes, en les faisant
interpréter par des talents éprouvés. Nous parlerons des exécutants en
rendant compte du résultat de cette initiative à laquelle nous applau-
dissons, non sans féliciter MM. les curés, qui l'encouragent par leur
patronage.
»% C'est aujourd'hui dimanche, 6 mai, que l'association des auteurs
et compositeurs dramatiques tiendra son assemblée générale annuelle
dans les salons de Lemardelay, rue Richelieu, 100. La commission fera
son rapport sur les travaux de l'année, et il sera procédé ensuite à l'é-
lection de cinq commissaires, en remplacement de MM, Th. Anne, Mé-
lesville, Michel Masson, Ponsard et Rossini, membres sortants.
„% Les amateurs de chansonnettes comiques en auront rarement
chanté de plus amusantes que celle qui est dite en ce moment tous les
soirs au théâtre des Variétés par Blondelet et qui a pour titre la Trian-
gulation de Paris, les paroles et la musique sont de Ferdinand Gautier,
et cet à-propos comique est des mieux réussis. — La bouffonne chanson
nègre de Bibi Bambam, dont nous parlions dernièrement et que toutes
les réunions veulent entendre chanter par Berthelier, vient aussi de pa-
raître ; dire que les paroles sont de Bourget et la musique une des plus
charmantes inspirations d'Offenbach, c'est tout dire.
*** La vogue tout exceptionnelle qu'a obtenue la Prière d'une vierge, de
Mme Badarzewska, a engagé les éditeurs à faire arranger à quatre mains
ce remarquable morceau de piano ; il vient de paraître.
,*, Son Excellence M. le ministre d'Etat et de la maison de l'Empereur
vient de faire prendre un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire de
la Société des concerts du Conservatoire, de M. Elwart, pour les bibliothèques
de la couronne.
»% L'assemblée générale annuelle de la Société des auteurs, composi-
teurs et éditeurs de musique aura lieu le dimanche 13 mai courant, à
deux heures après midi très-précises, chez M. Souffleto , facteur de
pianos, rue Montmartre, 161. MM. les sociétaires sont instamment priés
d'assister à cette réunion.
*** Incessamment doit paraître chez l'éditeur Girod la fameuse valse
pour le piano de Joseph Wieniawski, laquelle a eu tant de succès à son
dernier concert, et qu'il a dû répéter, aux applaudissements enthou-
siastes du public. C'est une bonne fortune pour les pianistes que l'ap-
parition de cette belle œuvre, et l'on cite déjà des artistes telles que
Mme Massart et Mme Jung qui s'en sont emparées et la jouent avec le
même succès que l'auteur.
*** On écrit de la Nouvelle-Orléans : « Le théâtre Italien de New-
York, sous la direction de MM. Ullmann et Strakosch, a ouvert la saison
avec le Barbier de Séville, chanté par le ténor Brignoli, Ferri, Amo-
dio, Susini, et Mme Adelina Patti dans le rôle de Rosine. Le théâtre rival
de Winter-Garden, dirigé par M. Maretzeck, a ouvert par Lucia di Lam-
mermoor. —Mme Colson est l'étoile de l'opéra français à la Nouvelle-Or-
léans. L'imprésario de New-Opera-House, M. Boudousquié, vient de la
rengager à raison de 3,500 dollars pour six mois. Elle doit chanter
dans cette saison : l'Etoile du Nord, la Fille du régiment, les Amours du
Diable, et Si j'étais roi I qu'elle a créé avec tant d'éclat au théâtre Lyrique
de Paris. »
*** Une foule immense s'était portée au Casino de la rue Cadet le
samedi 30 avril, jour de la clôture. Arban qui, par son triple talent de
chef d'orchestre, de compositeur et de virtuose, a contribué pour une si
large part à la fabuleuse prospérité de l'entreprise, avait composé un
de ces programmes comme lui seul sait en faire. Les bénéfices de la
saison qui vient de finir se sont élevés à 100,000 fr. : c'est d'un bon
augure pour la saison prochaine.
_»% L'ouverture des Concerts de Paris, aux Champs-Elysées, a eu lieu
hier soir. La Schiller- M arch, de Meyerbeer, y a été exécutée avec un im-
mense succès.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
»** Tours. — L'événement de la soirée de mardi 24 avril a été la pre-
mière représentation de la Sérénade, opérette en un acte, paroles de
M. Donon, mnsique de M. Labit, chef de musique du 84° de ligne.
La musique de la Sérénade est élégante, gracieuse et distinguée.
Elle témoigne des bonnes études du compositeur et d'un goût pur joint
à une grande expérience de son art L'ouverture, très- bien traitée, a été
chaleureusement applaudie; la cavatine, la sérénade, morceaux bien ins-
pirés et mélodieux, un joli duo, une romance et le finale n'ont pas été
moins bien accueillis. Enfin la partition de la Sérénade fait beaucoup
d'honneur à M. Labit, et elle a été bien interprétée par MM. Beckers,
Hervé et Mlle Dumas.
^% Brest. — Joconde vient d'être représenté avec beaucoup de succès.
Mlle Danhauser s'y est montrée fort remarquable dans le rôle de Jean-
nette. La jeune artiste s'est fait également beaucoup applaudir dans le
Pardon de Ploërmel, et elle étudie le rôle de Nancy dans Martha, opéra
de Flotow, qui doit être représenté prochainement.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„*„ Londres, 1" mai. — La foule se porte aux représentations d'adieu
que donne Mlle Piccolomini au théâtre de Sa Majesté. La jeune canta-
trice s'est montrée le jeudi de l'autre semaine, dans un opéra nouveau,
Almina, dont la musique est l'œuvre de M. Fabio Campana, qui s'est fait
connaître en Angleterre par des productions vocales d'un genre léger.
En Italie, il a donné un ou deux opéras, dont nous ne savons rien. Le
sujet A' Almina, qui ne brille pas par la nouveauté, présente quelques
situations dramatiques dont un compositeur plus fort que M. Campana
eût tiré bon parti ; mais c'est précisément la force qui lui manque. Il
s'ensuit que la musique ne répond pas toujours aux situations, et l'on
peut dire aussi qu'elle ne convient pas davantage à la voix de Mlle Pic-
colomini, d'ailleurs assez bien placée dans le rôle principal. Dans celui
de Biondello, Giuglini a chanté mieux que jamais, et Aldighieri s'est
acquitté de celui de Walter avec le talent qu'on lui connaît. A en juger
parles bravos et les rappels, le succès <£ Almina a été des plus brillants,
M. Campana lui-même à dû reparaître. Lucrezia Borgia vient d'être re-
prise. Mlle Titjens a chanté ce rôle; Mme Borghi-Mamo remplissait pour
la première fois celui d'Orsini ; elle y a été applaudie avec enthou-
siasme. Mongini chantait celui de Gennaro , il y a obtenu également
beaucoup de succès; on lui a fait répéter la romance de don Sébastien
introduite par lui dans la pièce; on a bissé également le terzetto .: Ah\
Madré mia, dans lequel il avait remarquablement chanté. — Au théâtre
royal Italien, Mario et Mlle Grisi ont fait leur rentrée dans la Favo-
rite. Faure chantait le rôle d'Alphonse, et on lui a redemandé la ro-
mance Pour tant d'amour. Nul autre artiste avant lui, n'avait représanté
le roi de Castille avec plus de dignité et de grâce. — La reine était
attendue hier à Covent-Garden. S. M. a fait annoncer qu'elle irait de-
main, et a demandé expressément qu'on changeât le spectacle et qu'on
représentât Dinorah.
„,% Bruxelles. — S. A. R. et I. Mme la duchesse de Brabant, l'archi-
duc son frère, et Mgr. le comte de Flandres assistaient, mardi, à la
représentation des Dragons de Villars, l'une des plus belles qu'on ait vues
depuis quelque temps au grand théâtre. L'exécution de l'œuvre de Mail-
lart a été un véritable triomphe pour l'auteur, pour les chanteurs et pour
M. Hanssens, dont les services si distingués méritaient cette éclatante
récompense. La seconde représentation a eu lieu vendredi, en pré-
sence d'une foule énorme, et avec un succès plus grand peut-être qu'à
la première. Il y a eu deux rappels, l'un après le premier acte et l'au-
tre après le troisième. Le maestro, M. Kaillart, a assisté à cette re-
présentation, et a témoigné aux interprètes de son œuvre toute la satis-
faction qu'il éprouvait de voir sa musique si intelligemment rendue.
La présence de Maillart dans la salle était connue, et le public s'est mon-
tré désireux de lui faire une ovation ; mais il a cru ne pas devoir
l'accepter, et il est resté sourd aux voix nombreuses qui, après le baisser
du rideau, ont acclamé l'auteur. — Dimanche, la troisième représenta-
tion n'avait pas attiré moins de monde, quoique l'abonnement fût sus-
pendu.—Le théâtre Italien a continué ses représentations par Ernani et
Don Pasquale. Ce sont deux nouveaux succès à enregistrer.et il en sera
de même de tous les opéras qui seront donnés successivement ; le
talent hors ligne des premiers artistes en est un sûr garant.
**„ Leipzig. —Le Pardon de Ploërmel en est à la quatrième représen-
tation; l'affluence augmente, et Mme Bûrde-Ney continue d'être une gra-
cieuse Dinorah. — Le pianiste Rubinstein et Cari Schuberth sont récem-
ment arrivés ici, venant de Saint-Pétersbourg,
t% Brunswick. — Nous avons eu une magnifique clôture de saison,
grâce à l'éminent pianiste A. Jaell, qui nous a fait entendre les meilleurs
morceaux de son répertoire.— La chapelle grand-ducale a exécuté avec
beaucoup de précision et de verve l'ouverture du Roi Lear, par Ber-
lioz.
„*„ Tienne. — Après une interruption de quelques jours l'opéra Italien
a donné Iligoletto : Mines de Roissi et Tati, MM. Graziani et Varesi ont
chanté les principaux rôles. — Au bénéfice de son fonds de pension, l'or-
chestre du théâtre de l'Opéra de la Cour a exécuté les chœurs d'Athalie,
musique de Mendelssohn, et le Christ au jardin des Oliviers.
t*t U'eimar, 25 avril. — Un nouvel opéra, de M. Edouard Lassen,
Frauenlub, dont le poëme est de M. Pasqué, et qui devait être joué le 9
pour la représentation-gala donnéeà l'occasionde l'anniversaire de la nais-
sance de S. A. la grande-duchesse, vient d'être représenté au théâtre
DE PARIS.
171
delà Cour avec le plus brillant succès. M. Edouard Lassen, d'origine
belge, ancien élève de M. Fétis, n'en est pas à son coup d'essai; il avait
déjà fait jouer sur notre scène un opéra, refusé à Bruxelles, et dont le
mérite, mieux apprécié par notre public, avait valu à son auteur le poste
de chef d'orchestre du théâtre de la Cour. Son nouvel ouvrage contient
des beautés de premier ordre; les mélodies y abondent, riches, heureuses,
et particulièrement originales; l'instrumentation dénote la science pro-
fonde du musicien et se lie admirablement .à la marche du .drame.
Les morceaux nombreux qui ont exoité l'enthousiasme du public -sont
particulièrement les duos de baryton et de basse, de baryton et de so-
prano, plusieurs solos de ténor, une scène d'évocation, avec une magni-
fique tempête instrumentale, deux chœurs, un morceau d'ensemble.
L'interprétation a été généralement satisfaisante; notre prima donna,
Mme Von Milde, s'est particulièrement distinguée dans un rôle relative-
ment secondaire. Quoique toute entrée defaveureût été rigoureusement
suspendue, la salle était comble; le grand-duc et la grande-duchesse sont
restés jusqu'à la chute du rideau, et le public captivé, impressionné par
le drame et la musique, oubliant la présence du souverain et les exigen-
ces de l'étiquette, n'a cessé, durant toute la représentation, de manifester
son plaisir et son émotion par de chaleureuses salves d'applaudissements
terminées par le rappel de l'auteur, acclamé à grands cris à la fin de
l'ouvrage. La partition de Frauenlob nous paraît renfermer tous les élé-
ments d'un succès durable, et nous ne croyons pas nous tromper en di-
sant qu'elle sera jouée sur tous les théâtres de l'Allemagne.
,j% Wittemberg . — A l'occasion de l'anniversaire de la mort du cé-
lèbre théologien Jielanchton a eu lieu, à l'église du château, avec le con-
cours de l'académie de chant de Berlin, et de la chapelle de la cour à
Dessau, un concert spirituel, auquel assistaient le prince régent et le
prince Frédéric Wilhelm de Prusse.
*** Dusseldorf. — Le festival du Bas-Rhin aura lieu dans notre ville
aux fêtes de la Pentecôte. Première journée: symphonie, de Schumann;
Samson, de Haendel ; deuxième journée : Ver sacrum, de Hiller ; fragments
cVIphigénie en Tauride, par Gluck, symphonie de Beethoven; troisième
journée : concert dit d'artistes [Kunstler -Concert).
„% Wurzbourg. — Le duc de Saxe-Cobourg-Gotha vient de mettre en
musique une hymne à quatre voix pour chœur d'hommes, avec accom-
pagnement d'orchestre; Son Altesse a dédié cette nouvelle composition
aux réunions de chant de notre ville.
*** Carlsruhe. — Après une assez longue absence, le prophète a fait
de nouveau son apparition au théâtre de la Cour ; la salle était comble,
et retentissait d'applaudissements comme aux premières représentations.
Mme Boni-Bartel a débuté avec succès dans le rôle de Fidès.
*** Copenhague. — Parmi les nombreuses représentations d'opéras que
nous avons eues à notre théâtre, nous citerons celle de Roméo et Juliette,
où Mlle Lund a chanté avec un grand succès; sa voix est un fort beau
contr'alto. Dans le Matrimonio segreto, de Ciunarosa, M. Zink a eu l'oc-
casion de faire applaudir sa belle voix de ténor et son excellente méthode.
— A l'un des concerts du Musik-Verein se sont fait entendre deux violo-
nistes anglais, les frères Holmes, à qui l'on a fait bon accueil. — Le nom
de Mozart jouit ici d'une telle popularité qu'il est donné aux enfants
comme nom de baptême, exemple : Mozart Petersen.
t% Saint-Pétersbourg, 2o avril. — Un service de bout de l'an en l'hon-
neur de l'artiste que pleure encore notre théâtre italien, MmeBosio, vient
d'être célébré avec une certaine solennité à l'église arménienne. Il y
avait beaucoup de monde. — Un grand empressement de notre public di-
lettante se manifeste pour la prochaine saison italienne, et le réabon-
nement se fait très-activement. Le directeur des théâtres impériaux est
sur son départ et il va sans doute ajouter quelques étoiles à celles que
nous avons déjà. Une prima donna légère, un banjton en état de chanter
les rôles bouffes, une basse profonde, qui relègue Marini au second plan,
sont indispensables, et nous ne tarderons pas à apprendre qu'il y a été
pourvu. Il a été beaucoup question de l'engagement de Mme Miolan-
Carvalho; mais nous avons des raisons de croire qu'il n'y a eu encore
aucun pourparler sérieux avec elle. Le succès qu'elle obtient à Londres
et qui surpasse beaucoup celui de ses débuts de l'an dernier, rendrait
ce choix très-précieux, et certainement il serait bien accueilli. En
attendant, l'Opéra de Moscou a fait une descente à Saint-Pétersbourg;
les deux principaux chanteurs, Mme Semenoflfet Wadislavieff sont arrivés,'
et nous aurons d'abord le Freischutz et Guillaume Tell ; après quoi l'on
nous annonce un opéra nouveau dont le poème (le Prisonnier du Cau-
case) est emprunté à Pouschkine, et dont un officier de la garde,
M. Quew, a écrit la musique.— Après beaucoup de résistances, dont elle à
triomphé, Mlle Bogdanoff va reparaître sur notre grand théâtre ; la cé-
lèbre ballerine va rentrer par Giselle.— L'une des îles pittoresques qui en-
vironnent notre capitale, la Novaïa-Derevnia (le village neuf) , la plus
fréquentée pendant l'été, par les négociants surtout, va s'enrichir d'un
établissement musical destiné à y donner encore plus d'attrait. Un
de nos jeunes et habiles compositeurs, M. Emmanuel Bach, a réuni un
orchestre de cinquante musiciens, qui y fera entendre chaque jour les
œuvres des grands maîtres. Une troupe de bohémiens russes y ajoutera
le concours de ses chants nationaux, et on prétend même qu'une com-
pagnie de chanteurs français, engagée exprès et recrutée en bon
lieu, s'y ferait entendre pour la première fois.
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Instruments Saxomnitonique». Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
u La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est-partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis,
près la place Lafayette, à Paris.
SI»
îfacture de
MÂlbOfa H. lillKZ pianos, (S, me de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, soui
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concou:
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. ■
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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13 Mai 1860.
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Étranger 34» id.
Le Journal paraît le Dimanche.
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^AAAAAAAA/w/v—
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : Mita ou le Mari battu,
opéra-comique en un acte, paroles de M. Gustave Vaez, musique posthume cle
Donizetti, par D. A. D. Saint-Yves. —Théâtre Lyrique : Fidelio, opéra
en trois actes, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de Bee-
thoven, par Iiî-on Durocher. — Théâtre des Bouffes-Parisiens : le Sou de
Use, opérette en un acte, de MM. de Saint- Yves et Zacconne, musique de
Mme Caroline Blangy. — Théâtre Déjazet : Pianella, opérette-bouffe en un acte,
paroles de MM. Octave Féré et Saint-Yves, musique de M. de Flotow, par
Adolphe Botte. — Fondation Beaulieu, concert donné le 1er mai dans la
salle Herz. — Auditions musicales. — Concert Musard. — Le Trésor du pianiste,
par Fétis père.— Revue des théâtres, par ». A. D. Saint-Yves. —
Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE.
RITA OU I.B 11ARI BATTU,
Opéra-comique en un acte, paroles de M. Gustave Vaez, musique
posthume de Donizetti.
(Première représentation le 7 mai 1860.)
Il y a treize ans que Donizetti est allé mourir à Bergarae, sa pa-
trie, et c'est aujourd'hui seulement que l'on se décide à représenter
son dernier opéra. Cette longue hésitation était, il faut l'avouer, de
nature à faire naître des doutes sur l'authenticité de l'œuvre du maes-
tro. Mais la Revue et Gazette des théâtres, prenant en main la dé-
fense de cette partition posthume, a expliqué d'une manière si plausi-
ble les retards successifs que lui ont fait forcément subir les direc-
tions Crosnier, Basset et Perrin, qu'il serait malséant de n'y pas croire.
D'ailleurs un jury honorable s'est prononcé affirmativement sur la
question ainsi posée : « La partition de Rita est-elle authentique,
écrite entièrement de la main de Donizetti, inédite, vierge, complète-
ment orchestrée, toute prête, en un mot, à être livrée à la copie et
mise à l'étude ? » Au bas de cette déclaration figurent les noms de
MM. Duprez, Leborne, Dietsch, Vauthrot et Robin, qui ont, en outre,
reconnu que la musique de Donizetti avait été composée après les
paroles et exprès pour la pièce française.
Le sujet, traité dans le genre bouffe, est amusant, quoiqu'il repose
sur une situation déjà connue au théâtre et qui tourne trop dans le
même cercle.
Une hôtelière vive et accorte, Rita, a été mariée une première
fois à un mauvais drôle de matelot marseillais, qui dès le début et
pour dessert de son repas de noce, l'a battue et s'est enfui en la
plantant là. Quelque temps après le bruit s'est répandu que Gasparo
avait péri dans un naufrage, et Rita, devenue veuve sans avoir pu
apprécier les douceurs du mariage, recommence l'épreuve, mais en
se promettant bien de changer les rôles. Gasparo la battait, Peppe
sera battu, et comme c'est un garçon timide, il acceptera avec ré-
signation cette revanche conjugale.
Cependant Gasparo n'est pas mort ; bien plus, il a appris au Ca-
nada que sa femme a péri dans un incendie qui du même coup a
brûlé le village où il l'a épousée et jusqu'aux registres de l'état civil.
Pour s'assurer de la réalité du fait, il repasse l'Océan et vient un beau
jour tomber au milieu du nouveau ménage. Alors s'engage un sin-
gulier conflit entre les deux maris de Rita : c'est à qui s'empressera de
la céder à l'autre. Ils la jouent à la morra, à la courte-paille. C'est
Gasparo qui perd, c'est-à-dire qui est condamné à reprendre sa
femme, et malheureusement il ne peut se soustraire à cette obligation
par la raison que Rita a sauvé de l'incendie le double de son acte de
mariage.
Elle hésite toutefois à le faire valoir, parce qu'elle se rappelle avec
terreur la manière dont Gasparo exerce ses droits. Mais le rusé Mar-
seillais affirme qu'un coup de hache d'abordage a détruit pour tou-
jours la force de son bras ; Rita s'humanise, et Gasparo profite de ce
retour de tendresse pour lui arracher son contrat de mariage, la seule
preuve qui existe contre lui.
Maître de cette preuve, il se hâte de l'anéantir, et il retourne au
Canada, où l'attend une superbe indigène qu'il pourra désormais
épouser sans crainte d'être bigame. Quant à Peppe, il demeure défi-
nitivement le seul et unique mari de Rita. Mais en partant Gasparo
lui a enseigné le secret de ne plus être battu par sa femme. Ce secret
est bien simple, il ne s'agit que de prendre les devants.
Malgré l'uniformité des moyens employés par l'auteur, cette pièce,
gaiement et spirituellement écrite, a été très-bien accueillie, et le
public a paru prendre un grand plaisir à ce genre de comique inspiré
du Médecin malgré lui.
Quant au succès de la partition, il n'a pas été un instant douteux.
Même pour les incrédules, s'il en reste après la déclaration du jury
chargé de décider la question d'authenticité, la musique de Rita n'est
pas indigne du compositeur qui a fait Don Pasquale et YElisire d'a-
more. On y retrouve l'abondance et la fraîcheur des mélodies, l'élé-
gance et l'habileté de la facture, l'esprit et la gaieté du style, la cou-
leur italienne surtout, dont les ouvrages les plus populaires de Donizetti
portent le cachet.
Il n'y a pas d'ouverture à Rita; une courte introduction précède
17/,
REVUE ET GAZE1
MUSICALE
le lever du rideau el sert de préface à un air fort gracieux chanté par
Rita sur ce thème :
Mon ménage et l'auberge,
Tout prospère à souhait.
Le duo : Cest elle... je frémis! qui vient ensuite est d'un dessin
charmant tant à l'orchestre que sur la scène. La première partie,
douce et caressante, forme le plus piquant contraste avec l'explosion
Cnale :
Va ! grand inutile,
Eélître, vaurien...
Ce morceau est écrit de main de maître ; l'effet n'en est pas con-
testable.
Les couplets de Gasparo : Mon ménage pour modèle, ne sont
pas aussi heureux ; le motif n'en est ni assez ingénieux ni assez
original. ,
Il y a d'excellentes choses dans le duo du jeu de la morra, où.
les instruments ont un rôle d'importance, et qui se termine par une
opposition fort bien rendue entre la joie de Peppe, le perdant et la
douleur de Gasparo, le gagnant.
Rien de plus alerte et'en même temps de plus distingué comme
mélodie que la chanson de Peppe : Je suis joyeux comme un pinson.
Tous les ténors de salon voudront la chanter, et elle sera très-certai-
nement à la mode l'hiver prochain.
Nous signalerons encore certains effets du duo : O chère âme !
chère femme ! lesquels résultent de l'hypocrite comédie jouée par
Gasparo auprès de Rita. Oh ! j'enrage ! dit-il tout bas ; puis il flatte
sa femme et l'appelle sa chérie. La coquine ! ajoute-t-il à part ; tendre
amie ! reprend-il tout haut, et ainsi de suite. On conçoit tout ce que
ce double jeu de scène prête de ressource au musicien.
Le dernier morceau (car nous ne parlons pas de la reprise du motif
de l'air : Mon ménage pour modelé) est un trio bouffe très-réussi, sur
ces paroles : Il est manchot ! — Je suis manchot ! Nous ne saurions
mieux clore notre rapide analyse que par l'éloge auquel il a droit sous
tous les rapports.
En dépit de la saison qui commence à se prononcer, nous croyons
fermement h l'influence de ce petit opéra sur la recette. Non-seule-
ment il est monté avec soin, et il a pour cadre un délicieux décor
d'auberge éclairée par le resplendissant soleil du Midi, mais il est in-
terprété d'une façon vraiment remarquable.
Il ne fallait pas moins que toute la finesse et toute la grâce de
Mme Faure-Lefebvre pour donner un relief suffisant au rôle de Rita,
qui est loin d'être le meilleur de la pièce. Elle a su en tirer un très-
bon parti et s'y est fait applaudir non moins comme comédienne que
comme chanteuse.
Warot et Barielle, le faucheur et le chasseur du Pardon, représen-
tent Peppe et Gasparo. Depuis qu'ils sont à l'Opéra-Comique, ces deux
artistes n'avaient pas eu encore de création d'une telle valeur. L'un et
l'autre y ont fait preuve d'intelligence et de talent.
Cette fois, du moins, le rappel de tradition n'a été que justice.
D. A. D. SAINT-YVES.
THEATRE LYRIQUE.
FIDELIO,
Opéra en trois actes, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré,
musique de Beethoven.
(Première représentation le 5 mai 1860.)
Fidelio est le seul ouvrage dramatique de Beethoven. Il l'a écrit
en 1805; il avait alors trente-cinq ans. C'est l'âge où l'homme est
arrivé 1i tout son développement physique et moral, où son imagina-
tion, aussi active, aussi ardente, aussi féconde qu'elle le fut jamais,
est guidée, réglée, soutenue par la réflexion et l'expérience. 11 ne
paraît pas cependant que Fidelio ait été accueilli par les Viennois avec
beaucoup d'enthousiasme. Un critique faisait observer l'autre jour
que cette œuvre était arrivée dans un mauvais moment; que la re-
présentation avait été suivie de près par la capitulation d'Ulm el la
bataille d'Austerlitz, et que ces deux mimodraines à grand spectacle
et à grand fracas avaient bien pu donner quelques distractions aux
fidèles sujets de S. M. l'empereur d'Autriche. Soit! Mais, depuis, les
circonstances ont bien changé : Fidelio a-t-il jamais triomphé comme
l'Autriche en 1814 ? A-l il eu le succès général et populaire qu'avaient
obtenu auparavant les Noces de Figaro ou la Flûte enchantée, et qu'a
obtenu depuis le Freischùtz?
Et pourtant Beethoven, lorsqu'il a fait cet ouvrage, n'était pas dans
la situation difficile d'un compositeur qui débute et sur lequel le public
hésite encore à se prononcer. Son génie n'était plus matière à dis-
cussion. Il était universellement reconnu — Haydn avait cessé d'é-
ciire — pour le plus grand des compositeurs de l'Allemagne. Toutes
les préventions lui étaient favorables, et cette masse énorme d'ama-
teurs à la suite — servum pecus, — qui admirent de confiance les
réputations établies, s'étaient préparés d'avance à l'applaudir. Fidelio
néanmoins a-t-il eu beaucoup mieux que ce qu'on appelle chez nous
un succès d'estime?
Il fut joué à Paris, en 1829, par une excellente troupe allemande, à
la tête de laquelle figuraient le célèbre ténor Haitzinger et Mme Schrœ-
der-Devrient, et fit une très-grande sensation. Haitzinger joignait à un
très-remarquable talent de chanteur une des plus étonnantes voix
qu'on ait jamais entendues. Mme Schrœder aussi avait une voix ma-
gnifique, bien qu'elle s'en servit moins habilement, et une intelligence
dramatique du premier ordre. Avec elle aucun mot, aucune note du
rôle de Léonore n'étaient perdus. Elle savait donner de l'intérêt à toutes
les scènes, à tous les détails de l'action. Au troisième acte, lorsqu'elle
descendait enfin dans le cachot de son mari, lorsqu'elle le reconnais-
sait couché sur la paille humide, à la clarté douteuse et vacillante de
sa- lanterne, quand elle suivait d'un œil inquiet tous les mouvements
du traître Pizarre, — c'est le nom qu'il porte, ce nous semble, dans la
pièce allemande, — quand elle se jetait entre lui et Florestan, un pis-
tolet à la main, et faisait reculer l'assassin déconcerté et tremblant
jusqu'à l'extrémité de la scène, elle avait des regards, des gestes, des
accents d'une merveilleuse éloquence ; elle tenait sans cesse le specta-
teur en haleine et lui donnait les plus vives émotions. Elle faisait
pleurer; elle faisait frémir. Fidelio donc obtint à cette époque un beau
triomphe. Mais ce grand effet était-il musical ou dramatique ?
L'effet musical était dans le finale qui suit, ou peu s'en faut, la
scène du cachot, dans ce chœur en ut majeur, dont l'énergie, la ma-
jesté, l'élan et la puissante sonorité défieraient toute comparaison si
Beethoven n'avait pas écrit aussi le finale de la symphonie en ut
mineur.
Fidelio a été joué depuis au théâtre Italien par Mlle Cruvelli, qui
faisait beaucoup de frais dans le rôle de Léonora, et se donnait beau-
coup de mouvement, mais avec moins de talent acquis, moins d'in-
telligence, peut-être. La partition, livrée à elle-même, ne put, bien
que correctement exécutée, émouvoir le public, et n'intéressa guère
que les amateurs de contre-point. Après un petit nombre de repré-
sentations, il fallut y renoncer. Il est fort à désirer, dans l'intérêt du
théâtre Lyrique, que la traduction française soit plus heureuse que la
traduction italienne.
Un fait très-digne de remarque, c'est que de 1805 à 1827, c'est-à-
dire dans le long espace de vingt-deux années, Beethoven n'ait plus
tenté une seule fois cette dangereuse épreuve de la scène. Il se remit
à la sonate, au trio, au quatuor, à la symphonie, à la musique re-
ligieuse , mais il n'écrivit plus d'opéra. Croit-on que s'il eût été con-
tent de ce premier pas, il se fût ainsi arrêté subitement et pour tou-
DE PARIS.
175
jours? Croit-on qu'il se fût dégoûté de ce genre s'il y eût réelle-
ment réussi? 11 avait certainement autant qu'un autre, plus qu'un
autre peut-être, la vigueur de caractère et la persévérance obstinée
sans laquelle on n'arrive jamais à un grand talent. Ce qui le
prouve, c'est qu'il modifia plusieurs morceaux de sa partition l'année
suivante, lorsqu'il fut question de la reprendre ; c'est qu'il y fit suc-
cessivement quatre ouvertures. Aurait-il fait la seconde, s'il eût été
satisfait de la première? Un artiste de second ordre peut se faire illu-
sion sur la valeur de ce qu'il a produit; mais un homme tel que
Beethoven est au-dessus de l'amour-propre d'auteur. Le premier mo-
ment passé, il s'examine et se juge plus sévèrement que le plus mal-
veillant critique, parce qu'il se compare au type de perfection idéale
qu'il a en lui-même et que le critique ne connaît pas.
Si donc Beethoven, après Fidelio, a renoncé à écrire pour le théâtre,
tout porte à croire que c'est parce que son génie ne se senLait pas à
l'aise sur ce terrain-là, comme il l'était sur celui de la musique pure-
ment instrumentale. Il s'y était pris trop tard, apparemment, et n'avait
plus assez de souplesse pour s'assujettir sans dommage aux exigences,
aux restrictions du style vocal. Comparez-le à Mozart, son prédéces-
seur. Il l'égale dans la musique de chambre ; il le surpasse dans la
symphonie. Mais trouvez-vous dans Fidelio l'équivalent de l'air de
Figaro : Non più andrai, etc., des deux airs de la comtesse, de l'air
du page : Voi che sapete, du petit duo de Suzanne avec la comtesse,
du duo de Suzanne avec le comte, du finale du second acte, etc., etc.?
Cet homme, qui a toujours une idée mélodique à sa disposition quand
il écrit pour un instrument, semble frappé de stérilité dès qu'il écrit
pour des voix. L'étroitesse de leurs limites le gêne et rend ses mouve-
ments gauches, roides, contraints, comme seraient ceux d'un danseur
chaussé trop court. On dirait que la parole l'embarrasse et que la né-
cessité d'ajuster sa pensée à la période poétique le met au supplice.
Figurez-vous un aigle enfermé dans une cage où il ne peut déployer
ses ailes. Qu'arrive-t-il le plus souvent ? qu'après avoir longtemps
cherché la cantilène qui le fuit, il se rebute, laisse la voix de côté et
se jette dans l'orchestre. Là il est sur son terrain, et construit à sa
fantaisie. Un sujet instrumental est bientôt trouvé ; il s'en empare, le
présente, le retourne de vingt manières différentes, et se livre au travail
d'imitations le plus ingénieux que l'on puisse imaginer. Mais au milieu
de ces savantes combinaisons, la voix, enlacée, garrotée, est réduite à
psalmodier les paroles. Or, ce n'est pas là le rôle qui lui convient
et que les lois du drame lui imposent. La voix n'est pas seulement un
instrument, c'est un personnage, c'est un acteur. C'est elle surtout
que le spectateur écoute, parce que l'œil attire l'oreille, que l'esprit
humain est borné, et qu'on ne saurait donner à la fois une attention
égale à deux objets différents.
Ces observations générales pourtant ne s'appliquent pas à tout. Les
couplets en si bémol du geôlier Rocco ont de la franchise, de la ron-
deur. La romance de Marceline est une noble mélodie , trop noble
seulement pour la petite fille en jupons courts qui la chante ; elle ne
messiérait pas à une princesse, et nous ne voyons rien dans le rôle
de Léonore qui soit d'un style plus élevé. Le petit quatuor en sol,
où l'auteur a adopté la forme du canon, est plus intéressant par l'ar-
rangement des parties concertantes que par la valeur intrinsèque du
thème; mais en revanche le cantabile par où débule l'air du prison-
nier, au troisième acte, est un chant expressif, douloureux, pathéti-
que et parfaitement adapté à la situation. Le trio qui suit, entre ce
même prisonnier, Rocco et Léonore , est fort mélodieux aussi : on
jurerait que Méhul en a écrit les trois parties vocales ; mais enfin tout
le monde reconnaîtra que le grand effet musical est dans le chœur
des prisonniers sortant de leurs cachots, et dans le splendide chœur
final dont nous avons déjà parlé, à quoi il faut ajouter certaines ritour-
nelles et certains accompagnements où l'on reconnaît à chaque me-
sure l'auteur à'Egmoni et des symphonies. La scène, entre autres,
où Rocco, aidé de Léonore, ouvre à coups de pioche la citerne du
cachot et en soulève la pierre, est décrite par l'orchestre d'une manière
vraiment saisissante : le sourd grondement des basses , les accents
plaintifs de Léonore , la couleur sombre de ce morceau, oppressent
l'imagination et glacent le cœur.
On sait que cette pièce fut dans l'origine un opéra-comique de
Bouillyque Gaveaux mit en musique. Nous ne voyons pas bien claire-
ment pourquoi on l'a refaite. MM. Carré et Barbier n'y ont ajouté
aucune situation nouvelle. Ils n'ont rien changé ni à la marche du
drame ni aux caractères. Ils ont seulement enrichi le dialogue de
quelques détails et donné d'autres noms aux principaux personnages.
Florestan est devenu sous leur main le duc de Milan, Jean Galéas
Sforza, et Pizarre, l'ambitieux tuteur de ce prince, qui dans l'histoire
a pris sa couronne après l'avoir empoisonné. Léonore s'est métamor-
phosée en princesse et s'appelle au théâtre Lyrique Isabelle d'Aragon.
Le ministre qui dans l'ouvrage original vient faire le dénouaient
comme le dieu de la tragédie antique, est aujourd'hui Charles VIII,
roi de France. On a supposé apparemment que les infortunes d'un
prince auraient plus d'intérêt que ceux d'un simple particulier. On a
voulu surtout motiver un beau décor et de riches costumes. Mais
Ludovic le More, pour être habillé en roi de carreau, n'est pas plus
terrible que n'était autrefois le gouverneur, ni plus odieux : il est seu-
lement plus ridicule. Nous aurions préféré qu'il fût vêtu avec moins
de luxe et qu'il chantât mieux. Le roi Charles VIII a un très-beau
manteau et un pourpoint chamarré de broderies. Jean Galéas reparaît
au dénoûment habillé en princ, et Isabelle en princesse. Tout cela
nous semble un peu puéril. On ira au théâtre Lyrique pour entendre
la musique de Beethoven, et non pour voir quelques mètres de soie et
de velours. Cette substitution de personnages historiques à des héros
imaginaires a eu d'ailleurs l'inconvénient d'obliger les auteurs à se
priver du pistolet : mais le pistolet était nécessaire. Une arme à feu
est redoutable par elle-même ;
Un plomb dans un tube entassé par des sots
Peut casser d'un seul coup la tête d'un héros.
mais une barre de fer soulevée par une femme n'a rien de bien
effrayant, et si Ludovic s'arrête devant Isabelle, au lieu de la désar-
mer, c'est évidemment par pure complaisance, et pour ne pas déran-
ger le dénoûment.
Le rôle de Fidelio — ou d'Isabelle, puisque Isabelle il y a, —
n'offrait à Mme Viardot aucune occasion d'employer ce grand talent
de cantatrice qu'elle a déployé dans Orphée. Elle n'y a qu'un air à
chanter, et cet air n'est pas heureux. Sa partie dans les duos, dans les
trios, dans le quatuor, ne renferme aucune mélodie saillante. Ce rôle,
d'ailleurs, est généralement trop élevé pour sa voix; il lui impose des
efforts pénibles ; il l'oblige maintes fois à créer au lieu de chanter. Un
contralto ne se fait pas soprano sans dommage, quelles que soient son
audace et son habileté. Mme Viardot est assurément une artiste de
premier ordre ; mais il est évident pour tous ceux qui l'ont entendue
dans Fidelio, que cette nouvelle création n'ajoutera rien à sa
gloire.
M. Guardi a de beaux sons, une voix éclatante et sympathique :
elle serait bien plus constamment agréable s'il parvenait à la raffermir
et à faire cesser ce tremblement qui trop souvent la dépare. Celle de
M. Battaille, qui est chargé du rôle important du geôlier Rocco, ne
laisse rien à désirer ; mais son exécution est un peu terne, ainsi que
son jeu. Mlle Faivre et M. Serènesont évidemment insuffisants dans les
rôles de Marceline et de Ludovic le More. En somme, l'effet de la
première représentation n'a pas complètement répondu à l'attente du
public, et l'exécution a été souvent défectueuse ; mais elle s'améliorera
par degrés, à mesure que les interprètes se familiariseront avec une
œuvre qui a dû certainement déranger leurs habitudes.
Léon DUROCHER.
176
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
THÉÂTRE DES BOUFFES -PARISIENS.
LE SOU [DE LISE,
Opérette en un acte de] MM. Saint- Yves et Zacconne, musique de
Mme Caroline Blangy.
(Première représentation, 7 mai 1860.)
Le Sou de Lise n'a rien de commun avec les cinq sous du Juif
errant, ce capital éternel, qui se renouvelle à mesure qu'il s'épuise.
Ce n'est pas une pièce de crédit: bien mieux que cela, c'est un ora-
cle, et quelle jeune fille n'a pas le sien? Celle-ci consulte l'oiseau qui
chante, le nuage qui passe, celle-là n'a de foi que dans la fleur
qu'on effeuille. Lise en croit son sou blanc, qui date du règne de
Louis XVI : quand la face dit oui, elle se décide, mais quand la
pile dit non, elle s'abstient. Cependant Lise n'est pas tout à fait aussi
crédule qu'on pourrait le penser. Héritière de sa tante, aimée d'un
cousin qu'elle n'aime pas, parce qu'elle ne connaît encore bien ni
son caractère, ni son cœur, elle est presque résignée à épouser un
vieux percepteur des contributions, M. Beaumesnil, lorsque survient
André, le cousin aux manières brusques, au ton peu galant. Le
testament à la main , André prouve à Lise qu'il hérite comme
elle, et qu'il a droit à la moitié de tout ce que contient la ferme, y com-
pris la table et le lit. Là-dessus, grand débat, partage du manoir
au moyen d'une ligne tracée à la craie.
Le dialogue du cousin et de la cousine n'est troublé que par
les rares interventions du percepteur, qui se présente tantôt à la
porte, tantôt à la fenêtre, sans pouvoir jamais entrer. Lise n'en
surprend pas moins quelques paroles échappées à Beaumesnil et qui
lui. prouvent qu'Andréa rendu naguères un grand service à sa tante.
Lise ne voudrait pas être ingrate, de même qu'André rougirait de se
laisser vaincre en générosité. Lise déchire donc le testament dont André
sauve les débris. Lise sent déjà que l'amour l'entraîne vers André,
quand elle regarde son sou blanc, et l'oracle lui dit qu'elle n'a
rien à faire de mieux que de devenir sa femme; aussi, plus d'hésita-
tion. Lise et André se marient; Beaumesnil reste percepteur.
Sur ce canevas champêtre et gracieux, brodé de prose naturelle et
de vers élégants, Mme Caroline lilangy a écrit une partition où
brillent deux qualités qui trop souvent ne se trouvent pas réunies, la
distinction et la franchise. L'ouverture aux teintes villageoises a cepen-
dant quelque chose de musicalement aristocratique; on jurerait que
la main de l'auteur s'est exercée à des œuvres d'un tout autre style,
d'une toute autre portée, et nous avons quelques raisons de croire que
l'on ne se tromperait pas. Les couplets de Lise, au lever du rideau,
la chanson bachique d'André, le duo, pendant lequel ils se rappro-
chent pour ne plus se séparer, sont des morceaux d'une touche
excellente, et dont le répertoire des Bouffes-Parisiens ne peut que
s'honorer.
Ajoutons que Mlle Chabert et Marchand remplissent avec un vrai
talent les deux rôles principaux. Pour être le plus court, celui du
percepteur n'est pas le moins original. Pendant toute la pièce, il ne
perçoit que des choses peu flatteuses : à chaque mot qu'il prononce,
on lui ferme sur le nez la fenêtre ou la porte, et le pauvre homme,
sous les traits de Tautain, soutient le choc avec un flegme très-plaisant.
Triple succès d'auteurs, de compositeur et d'artistes.
THÉÂTRE DÉJÀZET.
PIANELXA,
Opérette-bouffe en un acte, paroles de MM. Octave Féré et Saint-
Yves, musique de M. F. de Flotow.
(Première représentation le 11 mai 1800.)
J.-J. Rousseau parle souvent, notamment dans sa lettre sur la musi-
que française, du vif plaisir que lui fit éprouver la partition de la
Serva padrona, qui depuis, traduite en français, resta longtemps au
répertoire de l'Opéra-Comique.
Après Pergolèse, Paisiello écrivit aussi une Serva padrona, et y
montra toute la facilité, toute la fraîcheur de son talent.
A son tour, M. de Flotow s'est emparé de ce sujet et il n'a eu qu'à
s'en louer; car il y a retrouvé une gaieté et une malice spirituelle qui
se perdent, disent les plus indulgents; qui sont perdues, disent les
plus sévères.
Le genre que vient de traiter l'auteur de VAme en peine, de Martha
et de Slradella, lui a fourni l'occasion de montrer une vivacité d'i-
magination, une force de comique que nous ne lui connaissions pas
encore. Dans son opérette, il a su être plaisant sans être commun ;
ses rhythmes galants n'ont rien de brutal, et ses mélodies les moins
recherchées sont relevées par une distinction de style qui les garde
de la banalité et de ces espèces do bouffées burlesques qui, en musi-
que, remplacent trop souvent le vrai comique par des éclats de grosse
caisse, de triangle, voire même de chapeau chinois, plus bruyant que
divertissant.
Si nous ne nous trompons, cette petite partition, qui nous vient
d'Allemagne, où elle a été très-jouée et très-applaudie , va prendre
une place d'honneur au théâtre Déjazet et au répertoire des théâtres
de province. Deux auteurs ayant le sentiment de la scène, MM. Octave
Féré et Saint-Yves, ont eu l'heurruse pensée de nous la faire entendre,
et pour cela ils ont ressuscité, dans un dialogue rimé, sans préten-
tion, mais naturel et spirituel, les personnages delà comédie italienne;
ils ont brodé sur une action bien connue des détails d'une bonne et
franche gaieté. Nous ne raconterons pas la pièce. A quoi bon? Vous
connaissez de reste Pamphile, Pianella (Zerbine) et Scapin; seule-
ment Scapin, c'est Paul Legrand, personnage muet qui arrive à des
bouffonneries, à des gestes, à des mouvements de physionomie qui
firent la gloire de l'ancienne comédie italienne et qui maintenant sont
encore accueillis avec une grande faveur. Paul Legrand a une façon
de mimer la mélodie, d'en suivre les rhythmes, d'indiquer ce que les
chanteurs font ou devraient faire, qui non-seulement est réjouissante,
mais pleine de goût et finement ironique.
La musique de Pianella est un vrai petit joyau musical.
L'ouverture, que l'auteur a écrite récemment et tout exprès pour
Paris, a d'assez grandes proportions : c'est une vive et mélodieuse ou-
verture d'opéra-comique. Délicatement instrumentée, abondante en
chants naturels, gracieux et entraînants, elle se compose d'un mouve-
ment de marche, d'une ravissante tarentelle, d'un délicieux et très-
fin allegretto et d'une phrase plus large, qui, par une rentrée très-
ingénieuse confiée aux instruments à vent, ramène le motif principal.
Cette page résume à peu près ce qu'il y a de plus heureux dans la
partition. On sent tout d'abord qu'on a affaire à un véritable musicien.
La légèreté n'y nuit pas aux qualités plus sérieuses; elle s'unit à
une fermeté peu commune et on devine une plume accoutumée à
s'exercer sur de plus grands sujets. Dans le rôle du gérante Pamphile
nous avons remarqué un air fort bien fait qui n'a recours à aucun de
ces motifs où le gros sel de la mélodie et de l'accompagnement rem-
place la finesse et la vivacité de la pensée.
Dans celui de Pianella il y a un boléro dont les charmantes et
provoquantes allures, la distinction, les bonnes modulations, les fiori-
SUPPLEMliM.
SUPPLÉMENT.
DE PARIS.
177
tures délicieuses ont valu à Mlle Géraldine des applaudissements en-
thousiastes. Deux excellents duos, dignes d'être entendus sur de
plus grandes scènes, tiennent le premier rang dans cet ouvrage.
Là, c'est à qui, du baryton ou du soprano, dira les phrases les plus
spirituelles, les plus enjouées. Un souvenir d'Orphée, égaré dans l'un
de ces deux morceaux, ou plutôt placé à dessein pour imiter plus sûre-
ment l'accent pathétique, produit un effet qui, dans le vague de son
expression, permet à l'artiste de déployer une certaine largeur et une
certaine élévation de style. Citons encore les jolies et brillantes varia-
tions qui terminent ce petit acte ; elles permettront aux cantatrices
de montrer, comme dans un ouvrage plus important, ce que leur vo-
calisation a de netteté, d'élégance, et ce que leur voix a d'étendue, de
flexibilité, de force et d'éclat.
Mlle Géraldine a du naturel ; elle chante très-gentiment et s'occupe
plus de son rôle et des mélodies qui lui sont confiées que de ce qui se
passe aux stalles d'orchestre.
Certes, nous ne faisons nullement la guerre aux beaux yeux, aux
jupons courts; nous n'avons ni cette hardiesse ni cette témérité, bien
au contraire; mais puisque l'occasion se présente, disons qu'il serait à
désirer que les jeunes musiciens ne comptassent pas autant qu'ils le
font quelquefois sur d'aussi puissants auxiliaires, et qu'ils missent
dans leurs petites opérettes, comme l'a fait M. de Flotow, de la fraî-
cheur, de la jeunesse, de l'esprit et de la grâce.
Adolphe BOTTE.
FOPATIOI BEAULIEU
Concert donné le I" mai dans la salle SI erx
On le sait déjà, ce concert se rattache à une pensée, à] une
intenLion que nous approuvons sans réserve. M. Beaulieu, de Niort,
l'un des plus anciens lauréats de Rome, fondateur de l'association mu-
sicale de l'Ouest, et correspondant de l'Institut, a conçu le projet d'une
ou de plusieurs séances annuelles destinées à faire entendre des com-
positions classiques empruntées à toutes les écoles, à mettre en
lumière d'excellents modèles, à révéler des trésors inconnus. Et savez-
vous comment ce projet s'est formé dans son esprit? Il le raconte lui-
même, dans une lettre adressée à M. Halévy, secrétaire perpétuel de
l'Académie des beaux-arts. Possesseur d'une soixantaine de lettres
originales du Poussin, de son testament et de nombreuses notes auto-
graphes sur les missions dont le grand artiste avait été chargé pen-
dant son séjour en Italie par l'intendance générale des beaux-arts en
France, M. Beaulieu crut devoir céder ces précieuses reliques à la
Bibliothèque impériale, moyennant un prix bien au-dessous de leur
valeur, une somme de 5,000 fr.; mais ces 5,000 fr., il ne voulut pas
même en profiter personnellement ni en grossir son héritage. Il ré-
solut d'en faire la première pierre d'un édifice musical|qui devra lui
survivre.
« Mes revenus ordinaires, dit-il dans sa lettre, ne me permettant
» pas de donner suite de mon vivant à ma pensée, je me suis décidé,
» non sans quelque peine, à vendre une portion du bien que m'a laissé
» mon père, et au moyen du capital que j'ai retiré de cette vente, je
» puis, dès à présent, essayer, étudier, réaliser même, ai; moins en
» partie, mon projet... Je ferai tous les frais de ces séances, et le pro-
» duit se partagera en deux parts égales, dont l'une entrera dans la
» caisse de l'Association des artistes musiciens, et l'autre viendra
» s'ajouter au capital que je destine d,ès aujourd'hui à continuer après
» moi mon entreprise. Ce capital est de 100,000 fr. De mon vivant,
» je dois nécessairement prélever sur les intérêts de cettejîsomme
>» l'équivalent de ce que j'ai de moins en revenu territorial, mais le
» surplus est, je crois, très-suffisant pour commencer... » En effet,
on a commencé: le premier concert a eu lieu, et maintenant ces
intéressantes séances se suivront d'année en année.
Les noms de Haendel, de Gluck, de Beethoven, de Mendelssohn,
auxquels se joignaient ceux d'Orlando Gibbon et de Vittoria, figu-
raient sur le programme de la soirée d'inauguration ; des fragments
du premier acte d'Alceste et de la seconde partie à' Elle en formaient
les éléments principaux. Beethoven n'y entrait que pour un petit mor-
ceau, andante et scherzo, écrits pour deux hautbois et cor anglais,
délicieusement joué par MM. Bruyant, Garimond et Triébert.
M. Seghers conduisait l'orchestre, et M. Marié les chœurs, composés
avec un soin égal d'artistes d'élite, ce dont l'exécution instrumentale et
vocale portait l'évident témoignage. Comme solistes, il y avait
Mme Bochkoltz-Falconi, MM. Marié et Lyon. La cantatrice, par son grand
talent de musicienne et sa rare intelligence, suppléait à ce que sa voix
et sa prononciation laissaient à désirer dans un rôle comme celui
d'Alceste, où la déclamation a besoin d'être si pure. Les deux chan-
teurs étaient parfaitement placés, l'un dans l'emploi de grand-prêtre,
l'autre dans celui de prophète. Il est certain que pour des concerts d'un
genre rétrospectif comme celui dont nous parlons, le choix des artistes
est une affaire délicate, et qu'on aura toujours peine à en trouver
d'assez instruits pour bien interpréter des œuvres qui ne sont plus
de notre temps. Mais laissons faire et ne doutons de rien. Le jour
où la Société des concerts a fait son début, qui pouvait prévoir son
avenir? Le programme n'était pas extraordinaire ; la recette ne s'é-
leva pas bien haut ; aujourd'hui nous savons le rang qu'elle occupe,
et l'Europe entière le sait comme nous. D'ici à qnelques années,
nous verrons ce que sera devenue la fondation de M. Beaulieu.
P. S.
AUDITIONS MUSICALES.
A. flSIuiisonr. — Emile Forgues. — Eiéon Kreutzer. —
Mlle «le Wocher. — (G. <9acol>i. — KrafzofF.
En nous rendant' au concert de M. A. Mansour, pianiste égyp-
tien , nous espérions quelque chose d'inaccoutumé ; nous rêvions
de compositions fortement originales, de quelques mélodies écrites en
présence des vastes solitudes et sous l'influence d'un soleil brûlant ;
nous nous attendions à une espèce d'invasion de notes éblouissantes,
échos merveilleux de quelque histoire de sérail; enfin, nous pensions
que le jeune pianiste-compositeur nous apporterait quelques souvenirs
de son pays. Eh bien ! pas du tout ; ce que nous avons entendu n'a
rien de particulier: aucune saveur étrangère, rien qui le distingue de
ce que nous entendons tous les jours de charmant, d'aimable et de
gracieux. Mais il ne faut pas que notre amour de l'inconnu, notre at-
tente trompée, nous rendent partial; disons donc bien vite que les
doigts de M. Mansour ont une légèreté, une égalité remarquables; que
son trio en fa, délicieusement exécuté par lui , Herman et René
Douay, brille par la clarté, le charme mélodique, et rendons pleine
justice à un talent qui, quoique francisé, n'en est peut-être après tout
que plus élégant et plus pur. On a redemandé à M. Mansour sa Mar-
che des Sy/phes, délicate et gracieuse inspiration qu'il a jouée d'une
façon toute féminine. Nous aimons moins la Chasse que le Souvenir,
la Noce champêtre ; pourtant dans cette chasse, peu originale et peu
vigoureuse, on retrouve, comme dans les autres morceaux, de la fi-
nesse, de la souplesse et ces mille riens, ces papillotages élégants qui
ravissent et raviront toujours les jeunes pianistes, plus soucieuses de
la grâce enjouée que des nobles et parfois austères beautés.
Quelques pages de Meyerbeer ont tenu une grande place dans les
plaisirs de cette soirée. Mme Cabel a chanté l'air de V Ombre du Par-
donde Ploermel. Si l'on a admiré l'étendue et la flexibilité de sa voix,
la légèreté et l'énergie de ses vocalises, le charme incomparable qu'elle
178
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
apporte dans le motif de valse, on a admiré tout autant l'expression et
la douceur qu'elle répand dans le cantabile qui coupe et ramène si
mélodieusement, et par des harmonies sur lesquelles il est superflu
de revenir, la mélodie principale. Avec sa fantaisie sur Robert, Her-
man a causé un tel plaisir que, rarement, cet hiver, nous l'avons vu
aussi fêté.
— Il y a déjà bien des années, Emile Forgues était notre condisciple
dans la classe de Zimmerman. A cette époque il jouait à ravir la mu-
sique de Thalberg, et il obtint, si notre mémoire est bien fidèle, son
premier prix de piano en exécutant d'une manière tout exceptionnelle
et quifuttrès-remarquéeau concours, la fameuse et belle fantaisie sur
Moue. Tous à ce moment, et par notre âge et par cette espèce de
fièvre qui saisit le monde pianiste, au grand désespoir de l'illustre
Cherubini, alors directeur, nous ne rêvions que difficultés. C'était là le
beau, le but suprême de l'art; nous le croyions du moins. Bien en-
tendu on jouait peu les classiques alors. Dans les essais-de composi-
tion, c'étaient des choses si impossibles que les jeunes auteurs eux
mêmes avaient peine à se comprendre et quelquefois à s'interpréter.
Le résultat de cette phase regrettable est bien connu : grand nom-
bre de jeunes pianistes, qui avaient tout ce qu'il fallait pour devenir
des maîtres, restèrent de très-brillants exécutants et laissèrent désirer
plus de style et plus de sensibilité. Depuis, on s'est aperçu qu'on ne
pouvait se dispenser de belles mélodies bien ordonnées. Ceux qui se
contentaient ae notes éclatantes, de traits touffus et bruyants, s'aper-
çurent que le public ne se payait, lui, que de chants heureux et d'har-
monies correctes, élégantes et intéressantes.
Dans les salons Pleyel-Wolff, au concert qu'il donnait en com-
pagnie de Mlle Baretti et de Marochetti, nous avons retrouvé Emile
Forgues, avec toutes les brillantes qualités de soliste qu'on pouvait
espérer de lui à ses débuts. 11 est impossible d'avoir un mécanisme plus
remarquable, plus sûr, une vigueur plus soutenue, une plus admirable
énergie de son; en un mot, plus de verve, de puissance et d'éclat. Il a
des doigts d'acier, disait-on en applaudissant ses octaves étincelantes
de rapidité, de feu, de brio ; mais, il faut bien le dire, on eût voulu
ausii que ses doigts se laissassent plus souvent amollir par la grâce et
les mille délicatesses qui rendent le piano si délicieux et capable de
chanter simplement et très-mélodieusement. Les compositions de
Forgues ont un grand mérite. Son succès a été très-beau, et il devait
l'être-, il eût été immense, il eût placé Forgues à la tête de notre école,
si l'on eût pu applaudir autant à la beauté, à la variété de son style qu'à
sa prodigieuse habileté.
— Dimanche , comme pour unir la musique à la peinture, Léon
Kreutzer avait choisi la belle et riche galerie de M. Goupil pour y faire
entendre ses œuvres. Nous avions le tort de connaître encore fort peu
le talent et l'inspiration de ce compositeur, car il ne prodigue ni l'un
ni l'autre, au public du moins. Cette séance nous les a révélés pres-
que toujours marqués au coin de la science et de l'originalité. Dans
un quatuor brillamment exécuté par MM. de Cuvillon, Jacobi, Viguier
et Franco-Mendès, et dans une piquante tarentelle très-développée ,
très- travaillée et très-passionnée, il y a beaucoup de mérite; peut-être,
cependant, les détails charmants, ingénieux, qu'elle renferme s'éga-
rent-ils de temps en temps dans des répétitions, dans des épisodes
nuageux dont il est assez difficile de saisir le véritable caractère à une
seule audition. Ce qui nous a plus particulièrement enchanté et ravi,
ce sont des airs de ballet (fragments d'un opéra inédit: les Filles
cFasur), où des fées appellent à leur aide les esprits de l'air, de la
terre, de l'eau et du feu pour séduire deux chasseurs égarés dans les
forêts de l'Ecosse. Bien de plus fin, de plus vaporeux, de plus poé-
tique que cette délicieuse page qui, pour la pensée, tient de l'Hoffmann
et de l'Alfred de Musset. Sauf ces ravissants airs de ballet, dignes d'ac-
compagner quelque scène de Shakspeare ou d'Ossian, les honneurs
de cotte matinée ont été pour les morceaux de chant. Un rondel de
Charles d'Orléans, plusieurs pièces de Théophile Gautier, des chœurs,
des mélodies allemandes et bretonnes ont tour à tour montré la sou-
plesse du style de Léon Kreutzer, et une inspiration tantôt ardente
et vive, tantôt mélancolique et touchante. Elles avaient pour inter-
prètes Warot, de l'Opéra-Comique, et Mme Caroline Barbot, de l'Opéra.
— Mlle de Wocher, pianiste au jeu fin, correct, élégant plutôt qu'é-
nergique et passionné, s'est fait entendre là semaine dernière et vi-
vement applaudir en joua.it d'abord avec M. Lebrun, violoniste de
talent, une sonate de Beethoven; puis, seule, la ravissante Danse des
fées, d'Emile Prudent, et différentes pièces de Mendelssohn et de
Thalberg. La Marche des guides, de A. Gutmann, a fait grand plaisir
aussi, mais moins peut-être qu'un andante de Frédéric Brisson et le
charmant trio du même auteur sur Martha, l'une des partitions les
plus connues et les plus aimées de M. de Flotow. Jouées avec beau-
coup de charme et d'expression par Mlle de Wocher, Brisson et Le-
brun, ces mélodies si traîches et si aimables, ainsi habilement dispo-
sées et variées, ont enchanté l'auditoire: aussi a-t-il prodigué aux
exécutants les plus flatteuses marques de sympathie.
— Cet hiver, nous avons eu souvent l'occasion de louer le jeune
talent de Georges Jacobi, un des bons élèves de M. Massart. Mardi,
salle Beethoven, à son second concert, après avoir déployé de sé-
rieuses qualités de style et de mécanisme dans un très-beau concerto
de M. de Bériot où il y a beaucoup d'élégance, de limpidité et de brio;
après avoir dit les chants de Yandante avec un grand charme d'ex-
pression, les passages difficiles de toutes les parties de cette œuvre
avec la justesse et la souplesse d'archet qui font les brillants solistes,
il a fait entendre sa fantaisie sur des mélodies de Y Etoile du Nord,
sa romance sans paroles et sa Valse de concert. Dans ces trois mor-
ceaux, comme dans la Barcarolle que M. Capoul, jeune élève du
Conservatoire, a fort joliment chantée, le compositeur a semé de jo-
lies mélodies.
Une belle fantaisie de Servais, dite avec un style pur, exempt de
toute exagération et avec infiniment de goût., de sûreté et d'habileté
par Jules Lasserre, a valu à ce violoncelliste de sincères bravos.
— Le ténor russe Krafzoff a donné lundi un second concert où se
sont fait successivement et plus ou moins applaudir Mlles J. Starck,
Julienne André et M. Marochetti. Comme Krafzoff sait vocaliser, il dit
de préférence la musique de Rossini. Sa voix manque peut-être bien
un peu d'ampleur, mais elle a du charme, de la légèreté et de l'ex-
pression : aussi les belles mélodies et le style orné d'un air et d'un
duo (YOtello lui ont-ils valu beaucoup de succès. Le fameux ut dièse
était annoncé sur le programme, et sans doute plus d'un auditeur, s'il
faut en croire les applaudissements, a trouvé que M. Krafzoff possé-
dait cet oiseau rare qui plane au-dessus de la portée où peu de ténors
vont le dénicher. Quant à nous, ainsi que nous l'avons déjà dit à pro-
pos de M. Krafzoff, nous croyons devoir tenir compte, avant tout,
de certaines qualités de style. Les notes exceptionnelles ajoutées par
les virtuoses, ne nous ravissent guère; d'abord parce qu'elles ne sont
jamais bien bonnes, ensuite parce que les compositeurs s'en étaient
parfaitement passés; ce qui ne les a pas empêchés d'exciter partout
un enthousiasme qu'ils ne devaient qu'à la beauté de leurs pensées
et non à un effet isolé, sans valeur musicale.
Adolphe BOTTE.
CONCERTS MDSARD
RÉOUVERTURE.
Le samedi, 5 mai, ainsi que nous l'annoncions, a eu lieu, devant un
auditoire de plus de quatre mille personnes accourues malgré la fraî-
cheur de la soirée, la réouverture de cet établissement si bien appro-
prié au goût et à la distraction du public parisien, qui se trouve, par
ses affaires ou ses occupations, déshérité pendant la majeure partie
DE PARIS.
179
de l'été des plaisirs de la villégiature. Déjà, pendant la saison der-
nière on avait pu remarquer combien de familles, après leur prome-
nade au bois, rabattaient volontiers , vers les neuf heures, sur le
concert Musard, certaines de s'y reposer commodément, d'y entendre
de bonne musique et de s'y rencontrer avec leur monde ; car le direc-
teur de ce jardin privilégié a eu le bon esprit et le bon goût de tenir
sévèrement la main à ce qu'il ne fût pas envahi par le monde inter-
lope qu'on ne rencontre que trop dans les réunions publiques où
chacun peut être admis pour son argent. Donc il y avait véritable-
ment fête ce jour-là ans Champs-Elysées, et nous devons dire que
Musard a tenu tout ce que promettait son brillant programme. D'en-
thousiastes applaudissements lui ont à maintes reprises prouvé com-
bien étaient appréciés l'orchestre qu'il dirige si habilement, le choix
des morceaux et l'ensemble admirable qui préside à leur exécution.
Meyerbeer, avec sa magnifique Marche de Schiller; Auber, avec l'ou-
verture du Domino noir, et la Muette; Flotow, avec Stradella, — ■
cette œuvre encore inconnue à Paris, lorsque la province et l'étran-
ger l'applaudissent depuis longtemps , — brillaient au premier
rang du programme. Diverses compositions de Musard sur les opéras
en vogue, des fantaisies brillantes pour des solistes comme Demerss-
mann, Legendre, etc., le variaient de la manière la plus heureuse, et
si l'on en doit juger par l'effet de cette première soirée, une belle et
fructueuse saison vient de s'ouvrir pour le Goncert-Musard, qui d'ail-
leurs ne paraît pas avoir à redouter cette année la concurrence du
Pré Catelan et du théâtre des Bouffes-Parisiens.
Si nous sommes bien informés, Musard, actif à varier son réper-
toire, l'enrichirait bientôt de l'ouverture de Pianella et d'un boléro,
empruntés à la charmante opérete de Flottow, représentée avant-hier
avec tant de succès au théâtre Déjazet.
Enfin, des améliorarations matérielles qui ont leur importance
pour les yeux et le confort témoignent de la sollicitude intelli-
gente du directeur. Le nombre des chaises a été considérablement
augmenté et toutes les allées en ont été abondamment pourvues ; les
pelouses, les parterres sont admirablement entretenus et riches des
plus belles fleurs; l'éclairage est splendide, et l'élégant café qui domine
le jardin offre d'excellents rafraîchissements.
S. D.
LE TRÉSOR DES PIANISTES.
Collection des œuvres choisies des maîtres de tous les pays et de toutes les
époques, depuis le XVIe siècle jusqu'à la moitié du xix°. Accompagnées de
notices biographiques, de renseignements bibliographiques et historiques,
d'observations sur le caractère qui convient, à chaque auteur, des régies de
Tappogiature, d'explications et d'exemples propres à faciliter l'intelligence
des divers signes d'agréments, etc. Recueillies et transcrites en notation
moderne par Aristide FARRENC, avec le concours de Mme Louise FARRENC.
Si j'ai transcrit en entier ce titre un peu long, c'est qu'il n'y arien
à en ôter pour faire connaître au public l'intérêt qui s'attache à la
grande entreprise formée par M. Farrenc avec un courage et un
dévouement d'artiste qui lui font le plus grand honneur et lui assu-
rent la sympathie des hommes de cœur. Ceux-ci sont pénétrés de
cette sainte vérité, que le beau, sous quelque forme qu'il se pro-
duise, est de tous les temps, parce qu'il est la manifestation de ce
qu'il y a de plus puissant dans les facultés humaines, c'est-à-dire
la synthèse du sentiment et de l'imagination élaborée par l'art. Que
cette manifestation soit naïve ou audacieuse, simple ou compliquée,
gaie ou mélancolique, légère, élégante ou dramatique, renfermée
dans un petit cadre, ou prenant de larges développements, peu im-
porte, si les conditions du beau s'y trouvent, c'est-à-dire si l'inspi-
ration réglée par la force de la pensée a produit l'œuvre, car il
y a en nous une source intarissable d'émotions pour tous les genres
de beautés.
Le sentiment du beau se perfectionne et acquiert plus de force
par l'habitude d'en entendre ou d'en voir les productions, de les
étudier, de les méditer,et de se pénétrer de ce qui les distingue des
œuvres médiocres ou vulgaires. Ce sentiment, pour être vrai, actif,
éclairé, doit être en même temps éclectique et assez sûr de lui-
même pour être à l'abri des influences d'époques, d'écoles ou de
coteries. Sa foi dans la réalité de son objet est une condition insé-
parable de son existence; car si elle n'était profondément enracinée,
la diversité des opinions sur la valeur d'une même œuvre finirait
par l'ébranler ; or, si le moindre doute pénètre dans l'âme sur l'ab-
solu du beau, on ne tarde point à prendre la forme pour l'essence;
et comme la forme est de sa nature variable, on arrive insensible-
ment à la conclusion que le beau n'a rien d'absolu; qu'il n'est que
relatif, et qu'il cesse d:être dans un temps ce qu'il a été dans un
autre. C'est pour être arrivée là que la foule des critiques qui s'é-
vertuent chaque matin et chaque soir dans la presse, s'égare presque
toujours dans ses appréciations.
Un des exercices les plus salutaires pour développer le germe, qui
se trouve en toute créature humaine bien organisée, de l'amour du
beau musical, consiste à le mettre souvent en contact avec des œu-
vres qui en sont le produit, soit dans l'isolement, où nos facultés sen-
timentales et méditatives jouissent de toute leur liberté, soit dans
l'intimité d'un petit nombre d'amis de l'art, en communion de senti-
ments et d'idées. 11 est hors de doute, en effet, que la musique de
chambre est celle où le beau absolu, le beau en lui-même, manifeste
le mieux sa puissance. La raison de la supériorité de ce genre de mu-
sique, au point de vue dont il s'agit, est évidente par elle-même, pour
peu qu'on y réfléchisse. En premier lieu, cette musique est absolu-
ment libre de toute autre condition que celles du sentiment, de l'i-
magination et de l'art de tirer des idées tout ce qu'elles renferment
d'éléments de beauté : elle n'a point à répondre à un programme ;
elle n'a d'autre objet qu'elle-même ; elle est l'infini. De plus, elle ne
tire aucun secours des choses extérieures pour produire l'émotion: ses
moyens sont réduits aux plus petites proportions ; elle ne peut appeler
à son aide la puissance des grandes sonorités. Ce qui est en elle suf-
fit, lorsque c'est le génie qui l'inspire, parce qu'elle s'adresse à l'âme
et n'a rien à dire aux sens, c'est-à-dire au système nerveux ; mais ce
qui la place si haut dans le domaine de l'art est aussi ce qui en li-
mite l'emploi ; car, par cela même que ses délicatesses procurent les
plus vives jouissances aux natures d'élite, elles ne conviennent point
aux masses. A celles-ci il faut la grosse musique, non la grande. Un
sujet donné, d'une conception facile, leur est nécessaire pour com-
prendre ce que signifie la musique ; il leur faut des passions, du
mouvement, du drame, du rhythme et du bruit, de gros éclats de
sonorité et des crescendo qui soient en rapport avec leurs effervescen-
ces. L'artiste qui aime et recherche le grand, même dans un petit
cadre, n'a que faire de tout cela ; il en sent le vide, il en voit à
découvert les procédés de fabrication, et le dégoût le saisit à l'audi-
tion de ce qui fait naître l'enthousiasme du gros public. C'est dans la
musique inspirée et dégagée de toute formule qu'il cherche ses nobles
plaisirs; plaisirs qu'il peut goûter dans la plus complète solitude, avec
un piano pour tout orchestre, en fouillant dans le trésor des œuvres
de pensée et de sentiment pour lesquelles la mécanique des doigts
n'est pas le but, mais le moyen.
Que de choses belles, charmantes, ont été faites en ce genre, depuis
le temps où toutes les ressources de l'effet étaient renfermées dans
l'humble épinette, jusqu'au règne des grands pianos d'Érard , de
Pleyel, de Herz ! Que d'idées ! Que de transformations dans la tona-
lité, dans l'harmonie, dans la mélodie, dans l'art de nuancer et dans
les rhylhmes! Quelle prodigieuse variété de formes, et quelle inépuisa-
180
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
ble source d'émotions ! A mesure que le cercle s'agrandit, l'esprit est
saisi d'admiration en présence de ce beau spectacle du développe-
ment des facultés humaines, et c'est surtout dans cette élude histori-
que que s'acquiert cette conviction consolante que l'art est inépuisable.
Pour quiconque s'y livre et y persévère, le sentiment de la grandeur
de cet art devient une religion. Qu'on ne vienne pas lui répéter cette
assertion mensongère et désespérée de notre temps, que tout est dit
en musique et qu'il ne reste plus qu'à reproduire les idées du passé,
en diversifiant les formes : il n'y croira pas. Éclairé par une voix se-
crète qui l'instruit de l'infinie variété mise par le Créateur dans l'or-
ganisation de l'homme, il sait que le génie est tout individuel, indé-
pendant, et que le passé ne peut imposer de limites à l'avenir. Ce
que l'artiste a sous les yeux dans l'immense galerie d'œuvres des cla-
vecinistes et des pianistes de talent ; ce cachet de sentiment personnel
qui se voit et se sent dans chacune d'elles, tout l'avertit que de nou-
veaux champs d'exploration s'ouvriront toujours aux idées musicales,
lorsque le sentiment sera vrai et lorsque l'imagination ne se limitera
pas par la formule.
C'est cette même galerie que M. Farrenc entreprend de mettre à
la portée de toutes les personnes qui jouent bien du piano : œuvre de
patience et d'intelligence, longue et difficile, commencée avec amour
et poursuivie avec persévérance. Pour un grand nombre d'ouvrages,
c'est en quelque sorte une résurrection, car les exemplaires des édi-
tions originales, ou sont écrits dans un système de notation qui offri-
rait aux exécutants de grandes difficultés de lecture, ou sont devenus
si rares, qu'il serait à peu près impossible de se les procurer. Ainsi
qu'on l'a vu par le titre, elle commence au xvr siècle et em-
brasse ce qui a été produit par les artistes les plus célèbres depuis
cette époque jusqu'à nos jours, car le nom de Chopin est le dernier
qui se présente dans une liste de cinquante-quatre auteurs, parmi
lesquels figurent les Anglais William Bird, John Bull, Orlando Gib-
bons, Henri Purcell et Field; les Italiens Claude ftlerulo, Frescobaldi,
Bernard Pasquini, Durante, Dominique Scarlatti, Porpora, Marcello,
Zipoli, le père Martini et Clementi; les Français Champion de Cham-
bonnières , les Couperin , Le Bègue, d'Angebert, Rameau, d'Azin-
cour et Dandrieu ; les Allemands, Jean Kuhnau, les deux Stuffat,
Georges Bœhm, Jean-Gaspard de Kerle, Froberger, Jean-Sébastien
Bach et ses fils, Guillaume-Friedman et Charles-Philippe-Emmanuel,
Haeudel, Mattheson, Schaffrath, Haydn-Mozart, Kirnberger, Albrechts-
berger, Dussek, Georges Benda, Eckard, Joseph Stefan, Beethoven,
J.-B. Cramer, Hummel, Ch.-M. de Weber et Mendelssohn, les deux
Espagnols don Basilio SeKe et don Ramon Ferrenac, enfin le Polonais
Chopin. Hormis quelques noms illustres des temps les plus rapprochés
de nous, c'est là un monde nouveau pour la presque totalité des pia-
nistes; mais je puis affirmer que ce monde est de la race des élus.
Tous ces hommes ont une valeur différente, mais tous en ont une, et
leurs œuvres représentent autant de spécialités, autant d'expressions
de sentiment individuel, ou de transformations de caractère et de style.
Nul, ayant une âme d'artiste, ne peut rester indifférent à la part qu'il
peut prendre de ce trésor des pianistes, accumulé pendant une suite
de générations.
M. Farrenc ajoute un grand prix à la résurrection de ces belles
œuvres oubliées, par les notices historiques et bibliographiques dont
elles seront accompagnées, ainsi que par des instructions, tirées de
source certaine, sur le mode d'exécution des œuvres de chaque épo-
que, et sur la signification des ornements autrefois multipliés dans la
musique de clavecin et d'épinette, parce que ces instruments n'avaient
pas la faculté de prolonger les sons que possèdent nos pianos.
L'histoire d'un art accompagnée de ses monuments est devenue
une des nécessités de l'époque actuelle. Cette tendance de l'esprit
moderne doit nous rassurer sur l'avenir; elle est le signe d'un besoin
des choses sérieuses, sentimentales et intellectuelles qui aura les
conséquences les plus heureuses, quand les agitations politiques au-
ront cessé.
FÉTIS père.
REVUE DES THÉÂTRES.
Théâtre-Français : représentation au bénéfice d'une petite-fille de
Racine, Mme Ristori et la Fedra; stances de M. Legouvé ; Hom-
mage à Racine, par M. Amédée Rolland. — Odéoîv : débuts de
Mlle Olga dans Cinna; les Profits du jaloux, comédie en un acte
par M. de Léris. — Gymnase : rentrée de Lafontaine dans
Une Femme qui trompe son mari et dans Je dîne chez tna mère.
— Palais-Royal : les Jours gras de Madame, vaudeville en un
acte, par MM. Nuitter et Derley. — Porte-Saint-Martin : reprise
de la Closerie des Genêts. — Ambigu : la Sirène de Paris, drame
en cinq actes et six tableaux, par MM. E. Grange et X. de Monté-
pin. — Cirque Impérial : le Cheval fantôme, drame en dix ta-
bleaux, par MM. Anicet-Bourgeois et F. Dugué. — Théâtre Dé-
jazet : V Enlèvement des Sabins, vaudeville en deux actes, par
M. H. Lefebvre ; la Famille Robinet, vaudeville en un acte, par
MM. Latouche et A. Peupin ; Monsieur Garât, vaudeville en deux
actes, par M. Victorien Sardou.
On sait que la commission des auteurs dramatiques, après avoir
adopté et fait élever à ses frais une petite-fille de Racine, a ouvert,
en faveur de cette jeune personne, une souscription en tête de laquelle
l'Empereur et l'Impératrice se sont inscrits pour une somme considé-
rable. L'impulsion donnée, le Théâtre-Français ne pouvait rester
étranger à une manifestation qui devenait pour lui l'acquit d'une dette
de reconnaissance. C'est dans ce but qu'a eu lieu, au bénéfice de
Mlle Noémie Trochu, une brillante représentation composée presque
exclusivement d'emprunts faits au répertoire de son illustre aïeul. La
compagnie italienne de Mme Ristori avait voulu s'associer à cette bonne
œuvre en interprétant le quatrième acte de Phèdre, traduite par
M. Dall-Ongaro. Des stances françaises, en l'honneur de Racine, dues
à M. Legouvé, ont en outre été récitées, sans trop d'accent, par la
grande tragédienne, et, pour compléter la fête, une remarquable
pièce de vers, de M. Amédée Rolland, l'auteur d' Un parvenu, nous a
fourni l'occasion d'applaudir Mmes Guyon, Fix et Favart, placées sous
l'invocation de la muse tragique, de la muse comique et de la poésie.
— L'Odéon, de son côté, a eu sa soirée de tragédie cornélienne
pour les débuts de Mlle Olga de Villeneuve, qui a fait merveille dans
le rôle d'Emilie, de Cinna. L'héritage de Rachel est toujours vacant ;
nous ne voyons pas pourquoi Mlle Olga se refuserait la satisfaction
d'y prétendre comme tant d'autres, sauf à le mériter plus tard, si la
chose est possible.
Mentionnons à ce même théâtre une jolie comédie de M. de Léris,
les Profits du jaloux. L'esprit et l'observation abondent dans cette
petite étude de caractère, où il est prouvé que presque toujours les
jaloux s'attirent les disgrâces qu'ils mettent trop de zèle à vouloir
éviter. Quoique nos maîtres l'aient dit avant lui, M. de Léris a su
pourtant se faire écouter avec une faveur sympathique.
— Au Gymnase, Lafontaine, le héros du Roman d'un jeune homme
pauvre et de la Pénélope normande, a fait modestement sa rentrée
dans deux petits vaudevilles, Je dîne chez ma mère et la Femme qui
trompe son mari. Nous ne pouvons qu'approuver la courageuse déter-
mination de cet artiste, qui revient à son point de départ, au moment
même où son camarade Dupuis quitte le sien pour aller courir les
hasards des grandes pièces du Vaudeville.
— Les dernières représentations de la Sensitive, au Palais-Royal,
sont accompagnées depuis quelques jours d'un vaudeville intitulé:
les Jours gras de Madame. Comme dans la Femme aux cornichons,
des Variétés, c'est une ronde commère qui veut maigrir et qui pour
DE PARIS).
181
cela se livre à une foule d'exercices de gymnastique, en cachette de
son mari. Cette mystérieuse hygiène donne lieu à des scènes de ja-
lousie d'autant plus bouffonnes qu'elles sont jouées par Ravel. Avons-
nous besoin d'ajouter que le dénoûment de cette pochade n'est pas
aussi dramatique que celui d'Othello, et que tout s'explique à la sa-
tisfaction du mari jaloux ?
— La reprise de la Closerie des Genêts-, à la Porte-Saint-Martin, est
un événement tout aussi capital que pourrait l'être la représentation
d'une pièce nouvelle. Le vieux drame de Frédéric Soulié, tant de fois
repris, n'a jamais cessé d'exercer une attraction puissante sur le pu-
blic, et aujourd'hui encore, il fixe la foule de manière à permettre
au théâtre de réparer à loisir l'échec du lioi des îles.
— Une anecdote singulière, qui se trouve rapportée dans les Mé-
moires de la police publiés par Peuchet , a fourni le sujet du drame
qu'on applaudit en ce moment à l'Ambigu, sous le titre de la Sirène
de Paris. D'après la chronique, du temps de M. de La Reynie, une
jeune et belle femme, affiliée secrètement à une société de bandits de
la pire espèce, se promenait chaque jour aux Tuileries pour attirer
sur ses pas des fils de famille, qui, croyant aller à un rendez-vous
d'amour, tombaient dans un piège où ils laissaient leur argent et souvent
même leur existence. A l'Ambigu les choses se passent exactement de
la même manière; seulement la sirène n'a pas conscience du rôle
qu'on lui fait jouer; c'est son tuteur qui l'envoie à la pêche des ga-
lants , et c'est sa gouvernante qui les amorce. Grâce à cette combinai-
son, le spectateur s'intéresse vivement au sort de Christine et se ré-
jouit, au dénoûment, de la voir délivrée de la tutelle de cet affreux
Muller, par l'intrépidité du jeune André et de son père. Un person-
nage comique de gentilhomme provincial jeté au milieu de cette intri-
gue, l'égayé suffisamment et n'en fait que mieux ressortir les péripé-
ties dramatiques. Quant à Mlle Page , quoiqu'elle soit charmante ,
comme toujours, sous les traits du jeune André, on est surpris, nous
dirions presque désappointé , que dans une pièce qui s'appelle la
Sirène, les auteurs ne lui aient pas confié un rôle si bien fait pour elle.
— La nouvelle direction du Cirque impérial, bien différente de
l'ancienne, n'épargne aucun sacrifice pour ramener ce théâtre à sa
splendeur passée. Après l'Histoire d'un Drapeau, où elle a montré
de quelle façon elle entend la mise en scène militaire, voici venir le
Cheval fantôme, un drame pittoresque composé de plusieurs épisodes
de la guerre d'indépendance américaine. Nous aurions peine à racon-
ter tous les incidents qui se croisent et s'entre-croisentdans cette action
multiple, dont les principaux personnages ne sont autres que le grand
Washington et le général Lafayette. Ces deux glorieux noms brillent
d'un tel éclat que tout ce qui les entoure est forcément rejeté dans
l'ombre. C'est ce qui fait que le cheval Stelb, qui devrait occuper le
premier plan, est relégué au second. Et pourtant la légende qui fait
apparaître ce cheval à toutes les époques importantes de l'histoire na-
tionale n'est certes pas dénuée d'intérêt. 11 en est de même de ces deux
frères qui combattent dans des camps opposés, et de cette muette
dont la main patriotique plante sur un rocher l'étendard de la délivrance.
Tout cela est encadré dans de magnifiques décors et dans une mise
en scène plus riche encore que celle du drame d'ouverture. Nous cite-
rons, entre autres tableaux d'un effet saisissant, le pont du Diable,
l'inondation et le pic Williams ; le sixième se compose d'une bril-
lante fête à Versailles qui est naturellement le prétexte d'un ballet fort
agréable. Nous recommandons à l'attention des connaisseurs la musique
de ce ballet, où le nouveau chef d'orchestre du Cirque, M. de Groot,
s'est particulièrement distingué. Plusieurs autres passages de sa parti-
tion attestent d'ailleurs que M. Hostein ne pouvait faire un choix
plus heureux ni plus habile.
— La louable activité qui règne au théâtre Déjazet nous a mis,
malgré nous, en retard avec lui. 11 est vrai que sur trois ouvrages
qui ont fait leur apparition dans ces derniers temps, un seul mérite
d'être spécialement remarqué. Nous ne parlerons donc que pour mé-
moire de l'Enlèvement des Sabins, vaudeville dont le titre annonce
l'excentricité grotesque, et de la Famille Robinet, pièce à travestisse-
ment, où Mlle Fillon fait preuve de gentillesse sous ses divers cos-
tumes. Monsieur Garât,, c'est Virginie Déjazet, c'est-à-dire la finesse
et la grâce, c'est-à-dire le plus joli filet de voix que jamais théâtre ait
pu mettre au service du fameux chanteur bordelais. Les deux actes de
ce vaudeville ne sont pas très-corsés, mais ils sont spirituels et ils
ont l'avantage d'être parfaitement interprétés, non-seulement par l'ini-
mitable Déjazet, ce qui ne doit surprendre personne, mais aussi par
l'amusant Dupuis, dont les allures dégingandées se prêtent on ne peut
mieux à la charge de Vestris, le fils du diou de la danse. Nous
croyons que le théâtre Déjazet tient là un succès qui ne sera pas épuisé
de longtemps.
D. A. D. SAINT- YVES.
NOUVELLES.
*** Au théâtre impérial de l'Opéra, Pierre de Médicis et la Juive ont
composé les spectacles de la semaine. Mme Caroline Barbot a repris le
rôle de Rachel.
,,% Pour son troisième début, Michot étudie le rôle de Raoul, des Hu-
guenots.
t% On sait que le plan proposé pour la reconstruction du théâtre de
l'Opéra et déposé à la mairie a soulevé beaucoup et de sérieuses objections.
Un journal étranger qui prétend tenir ce renseignement de bonne source,
affirme aujourd'hui que S. M. l'Empereur, après une visite de l'emplace-
ment que doit occuper la nouvelle salle, aurait trouvé ces critiques fon-
dées et désapprouverait le projet. Sa Majesté pencherait pour l'idée de
reconstruire la salle sur l'emplacement actuel, en mettant la façade du
côté du boulevard et en abattant le passage de l'Opéra avec deux ou trois
maisons qui y sont contiguës.
*** Le bruit s'étant répandu que la Société des concerts du Conser-
vatoire avait l'intention de doubler à l'avenir le nombre de ses con-
certs, son comité nous prie d'annoncer qu'il n'a jamais eu ce projet.
„,*,, Le concert donné jeudi dernier par M . Levasseur a été fort brillant.
Le célèbre artiste y a chanté d'une voix aussi puissante et aussi timbrée
que s'il n'en était qu'à ses débuts. Qu'en diront ceux qui soutiennent
que l'orchestre moderne et les opéras en cinq actes sont la destruc-
tion de toutes les voix?
t*(Le Pardon de Ploërniel vient d'être représenté à Nancy. L'exécu-
tion en a été aussi bonne que l'on pouvait le désirer, et le chef-d'œuvre
a obtenu un plein succès, dans lequel il est juste d'accorder une part à
ses trois principaux interprètes.
t% Le festival qui sera donné à l'Opéra le samedi 1 9 mai courant, au
bénéfice de la caisse des pensions de retraite des artistes et employés de
ce théâtre, sera très-brillant. En voici le programme : Première partie :
Symphonie pastorale, de Beethoven ; OFilii,de Leisring (seizième siècle),
double chœur sans accompagnement; scène d'Euryanlhe, de Weber; les
soli seront chantés par Gueymard, Cazaux et Coulon ; marche du Songe
d'une nuit d'été, de Mendelssohn; fragments du premier acte d'Akeste,
de Gluck, chantés par Bonnehée et Mme Gueymard-Lauters ; Pietà, signor
deStradella, air chanté par Michot; final du deuxième acte de la Vestale,
Spontini, chanté par Obin et Mlle Rey. — Deuxième partie : ouverture
de la Flûte enchantée, de Mozart; fragments du cinquième acte de la
Magicienne, d'IIalévy, chantés par Mmes Gueymard-Lauters et Barbot, et
par Gueymard, Belval et Dumestre; duo et chœur dVsïs, deLulli, chantés
par Mlles Hamackers etDelisle; air de Clytemnestre {Iphigènieen Aulide),
de Gluck, chanté par Mme Barbot; la bénédiction des drapeaux du Siège
deÇorinthe, de Rossini, soli chanté par Belval et Dufrêne; air de VEn-
fant prodigue, d'Auber, chanté par Bonnehée ; chœur de Colinette à la,
cour, de Grétry ; Schiller-Marsch, de Meyerbeer; duo d'Euphrosine et Co-
radin, de Méhul. chanté par Gueymard et Mme Gueymard; chœurs de
Castor et t'ollux, de Rameau, soli chantés par Mlles Hamackers et Delisle;
Alléluia, chœur de l'oratorio du Messie, de Haendel ; chœurs des chas-
seurs des Saisons, de Haydn.
*** Mlle Piccolomini a quitté Londres la semaine dernière pour se
rendre en Toscane, où elle va épouser le marquis Gaetani. On dit que
la célèbre cantatrice a réalisé, à l'aide de son talent, la somme énorme
de 40,000 livres sterling (I million de francs). Le marquis est également
homme de fortune et de grande naissance. Le véritable nom de Marie
Piccolomini est Clémentine. Les cinq dernières représentations qu'elle
a données à Londres lui ont rapporté 620 liv. st. (15,000 fr.).
»% Maillart est de retour à Paris ; son séjour à Bruxelles a été une
série d'ovations pour l'auteur des Dragons de Villars, dont la reprise a
182
KEVLE ET GAZETTE MUSICALE
eu lieu avec le plus brillant succès. Il est peu d'exemples d'une vogue
aussi persistante et aussi générale que celle qui accueille cette œuvre
aussi bien en France qu'à l'étranger.
t*t La Société des auteurs et compositeurs dramatiques a tenu di-
manche dernier sa séance annuelle dans les salons de Lemardelay, rue
Richelieu, sous la présidence de M. Eugène Scribe, président perpétuel.
La séance a été ouverte à une heure un quart, et la parole a été don-
née à M. Raymond Deslandes, l'un des secrétaires de la commission,
pour lire le rapport qui rend compte des travaux de l'année. M. Théo-
dore Anne, trésorier, a lu ensuite le rapport relatif à l'état financier
de la Société. Les recettes se sont élevées à 30,425 fr. 55 c, et les dé-
penses à 29,636 fr. 50 c, y compris l'achat de 60 obligations de che-
mins de fer, rapportant un revenu de 900 fr. La fortune de la Société
se compose de 6,650 fr. de rentes. La séance s'est terminée par l'élec-
tion de cinq commissaires, destinés à remplacer MM. Mélesville, Pon-
sard, Rossini, Michel Masson et Théodore Anne, membres sortants et
non rééligibles. Ont été élus : MM. Octave Feuillet, Delacour, Léon
Laya, Eugène Granger et Charles Lafont. Membres suppléants : MM. Fer-
dinand Langlé et de Najac.
„** D'après le rapport présenté par M. Théodore Anne, en qualité
de trésorier, les recettes des théâtres de Paris se sont élevées, du
1" mai 1859 au 30 avril 1860, à la somme de 10,367,227 fr. 88 c. ainsi
répartis : Opéra, 1,011,390 70; Français, 937,006 58; Opéra-Comique,
1,00.3,590 99; Odéon, 312,71 1 25; Théâtre-Lyrique, 744,689 80; Vaude-
ville. 575,483 50; Variétés, 62i,347; Gymnase, 517,577 80; Palais-Royal,
561,789 60; Porte-Saint-Martin, 911,881; Gaîté, 604,482 85; Am-
bigu, 554,057 35; Cirque, 598, 891 30; Folies-Dramatiques, 356,610 13;
Délassements, 266,049 30; Bouffes-Parisiens, 363,594 25; Théâtre-Déjazet
(8 mois), 174,842 33; Luxembourg, 42,10615; Beaumarchais, 149,066;
total, 10,367,227 fr. 88 c. Pendant le même exercice, les droits d'au-
teur ont été de 1,304,054 fr 36 c. Paris entre dans ce total pour une
somme de 1,070,664 fr. 30 c, ainsi qu'il suit par chaque théâtre : Opéra,
47,778 61; Français, 98,173 57; Opéra-Comique, 136,663 53; Odéon, 32,232
05; théâtre Lyrique, 59,583 40; Vaudeville ; 68,500 81 ; Variétés, 74,799 92;
Gymnase, 70,625 36; Palais-Royal, 72,457 22; Porte-Saint-Martin, 95,033
88; Gaîté, 62,260 38; Ambigu, 58,727 12; Cirque, 62,528 07; Folies-
Dramatiques, 36,293 01 ; Délassements-Comiques, 26,682 15; Bouffes-
rarisiens, 37,125 40; Folies-Nouvelles (direction Huart), 1M 75 ; même
théâtre (devenu Déjazet) pour huit mois, 18,979 73; Luxembourg, 5,111 48;
Beaumarchais (jusqu'au 31 décembre 1859, les relations ayant été inter-
rompues a cette époque), 5,372 14; Divers théâtres, salle Molière, con-
certs, etc., 993 70, total, 1 ,070,664 fr. 30 c. La banlieue a produit 1 8,413 57;
les départements, 198,150 67; l'étranger, 16,825 82; total général,
1,304,051 fr. 36 c. — M. Théodore Anne a fait en outre remarquer que
les droits d'auteur à l'Opéra représentaient une moyenne de quatre et
demi pour cent et n'étaient supérieurs que de 11,485 fr. 60 c. à ceux
perçus aux Folies-Dramatiques, dont les recettes sont moins fortes des
deux tiers, ce qui démontre la légitimité des réclamations poursuivies
depuis plus de vingt ans.
*** Depuis la clôture du théâtre Italien, Mlle Marie Battu a déjà été
invitée par les sociétés philharmoniques d'Amiens et de Lille à venir se
faire entendre et applaudir dans ces deux villes. La jeune et brillante
cantatrice n'a pas été moins bien accueillie dans l'une que dans l'autre.
On aurait voulu lui faire répéter tous ses morceaux. Merly et Servais
concouraient avec elle à l'éclat de l'un de ces concerts.
„% La Société philharmonique d'Amiens vient de terminer sa session
musicale de 1860. Le cinquante-sixième concert, donné par M.J. Deneux,
restera longtemps gravé dans la mémoire de ses heureux auditeurs.
„.% Voici en quels termes l'Académie des beaux-arts approuve la
méthode d'enseignement musical , dont l'auteur est un professeur
excellent, dans son rapport du 17 mars 1860 : « La méthode de M. Du-
chemin-Boisjousse est exposée avec une grande clarté et une élé-
gante simplicité. Elle amène naturellement et sans fatigue les jeunes
élèves à la connaissance, pratique de tous les procédés de la solmisation.
Nous avons surtout remarqué le parallèle ingénieux des deux modes fait
au moyen de deux leçons notées, l'une en majeur, et l'autre identique
à la première, quant à la mélodie, mais différente par les altérations
qui constituent le mode mineur. Ce procédé nous semble excellent pour
faciliter aux élèves la prompte distinction des deux modes. L'auteur a
également écrit de bons exercices sur les différentes mesures binaire,
ternaire, simples et composées. De jolies vocalises terminent cette mé-
thode, et des récréations vocales, parmi lesquelles nous citerons la
chasse, une marche et une prière, complètent, avec l'explication suc-
cincte des principes de l'harmonie, cette œuvre élaborée avec soin. »
„*+ Une composition musicale d'un genre neuf et piquant vient de
paraître chez les principaux marchands de musique: c'est le prologue
d'une fable de la Fontaine, le Chat et la Souris, mis en musique par
M. Th. Ymbert pour voix de baryton ou de mezzo soprano. La poésie
de notre illustre fabuliste se prêtait on ne peut mieux, par sa coupe
essentiellement lyrique, à cet essai, qui a complètement réussi. Quelques
mesures de récitatif précèdent les couplets, où le poète passe en revue
les divers sujets de la fable que le jeune prince lui a demandés. Doit-
il représenter une belle qui se joue des cœurs qu'elle a pris, comme le
chat de la souris! ou la fortune qui traite souvent cmx qu'on croit ses amis,
comme le chat fait la souris ! ou Louis XIV, le roi puissant, qui se joue de
ses ennemis, comme le chat de la souris! Le refrain placé sur ces derniers
mots a une grâce charmante , et la ritournelle qui suit dépeint avec
bonheur les mouvements capricieux et élégants du chat qui pelotte une
souris. Cette jolie bluette est interprétée d'une manière exquise par
notre célèbre chanteur Géraldy, qui en fait admirablement ressortir les
nuances et les délicatesses. Elle a été bissée dès la première audition
au concert donné par L. Pagans , le ténor espagnol en vogue ; elle est
du petit nombre de ces morceaux qui gagnent à être entendus plusieurs
fois et étudiés de près. Nous la croyons appelée à un succès véritable.
£% L'ouvrage de M. Lefeuve, sur les Anciennes maisons de Paris,
donne sur celle de Lulli les renseignements suivants:
« Au commencement du xvmc siècle, Mme Lulli dispose, rue Neuve-
des-Petits-Champs, des n°' 45 et 47, où se trouve déjà une boutique à
l'image de l'Épée de Bois : son mari les lui a laissés en 1687. Le plan de
la première de ces maisons, décorée de pilastres d'ordre composite, a été
commandé par le grand musicien à Gittard; il était alors devenu riche,
et une charge de secrétaire à la chancellerie l'avait, de plus, fait gentil-
homme. Les trois fils de M. de Lulli cultivaient le même art que lui,
mais en élèves respectueux restant loin, bien loin de leur maître Quand
sa santé se trouvait compromise, sa femme en accusait bien plus les
plaisirs de la table que l'excès du travail, et elle en faisait des reproches
à tous ceux qui les partagaient, et jusqu'à ce bon la Fontaine, que Lulli
avait tant prié de lui écrire des livrets d'opéra, et qui s'était enquinaudé
par affection pour le compositeur. »
„** Nous avons sous les yeux plusieurs œuvres de musique de danse
de M. Aristide Rosselloty, parmi lesquelles nous remarquons la Fête du.
village, suite de valses d'une facture élégante; la Reine au bal, polka-
mazurka, et Bobinette, polka admirablement rhythmée. Cependant nous don-
nons la préférence à la dernière composition de ce jeune amateur,, la
polka intitulée Joyeuse, dont la mélodie gaie et entraînante aurait pu être
signée par Musard.
*** M. Alexandre, le célèbre facteur d'orgues, a fait, la semaine der-
nière, dans la personne de sa mère, Mme Alexandre, une perte dou-
loureuse à double titre, car Mme Alexandre, par sa participation active
et intelligente aux affaires de la maison, n'avait pas peu contribué au
développement qu'a pris cet établissement et à sa prospérité.
„,% Le compositeur H. Boehner, dont nous avons annoncé la mort, a
laissé des ouvrages inédits dont plusieurs vont être publiés ; entre
autres : (es Mystères des tonalités et une méthode complète d'har-
monie.
**,, L'art musical vient de faire une perte cruelle en la personne de
Luigi Gordigiani, mort à Florence le 1er de ce mois, après une longue et
douloureuse maladie. Les admirateurs de son talent l'avaient surnommé
le Schubert italien.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE,
t*t Londres, 11 mai. — Les deux théâtres italiens attirent beaucoup
de inonde. Au théâtre de Sa Majesté, Mlle Titjens a été magnifique dans
Norma, que l'on donnait ^mardi dernier. Jeudi, Don Giovanni, pour le
début de Mme Borghi-Mamo dans le rôle de Zerliue. La grande cantatrice
n'y a pas obtenu moins de succès que dans la Favorite , le Trovatore,
Otello et Lucrazia Borgia. Plusieurs morceaux ont été bissés; il y a eu
rappels, bouquets, en un mot ovation complète. Demain, Mlle Brunetti dé-
buteradans Rigoletto. —Au théâtre royal italien de Covent-Garden, la repré-
sentation de Dinorah, donnée par ordre de la reine, a été très- brillante.
Mme Carvalho s'y est surpassée; ensuite elle a chanté dans Fra Diavolo et
dansle Barbier avec un succès éclatant, surtout les variations du Carnaval
de Venise qu'elle y avait intercalées. Dans Fidelio, qu'on a joué jeudi,
Mme Czillag s'est montrée fort dramatique et les bravos ne lui ont pas
manqué. — L'Opéra-Comique français, sous la direction de M. Laurent, a
commencé ses représentations avec la ''art du Diable; .Mme Fauré-
Brière s'est distinguée dans cet ouvrage. Il en a été de même de M. Bec-
quié de Peyreville, l'excellent chef d'orchestre du Lyceum. — La saison
promet d'être très-brillante, et les concerts y seront nombreux. Parmi
les pianistes étrangers Théodore Ritter, Lubeck et Magnus fixent sur-
tout l'attention et donneront concert prochainement. A Saint-James-
Hall, le concert de la société musicale de Londres, donné mercredi, a
été fort beau. Halle, Mmes Dolby et Lemmens s'y sont fait entendre,
et une nouvelle cantate de Mac Farren, Christmas, y a été exécutée avec
un légitime succès.
*% Bruxelles, 10 mai. — Les jours se suivent pour notre théâtre Italien,
mais ils ne se ressemblent pas. Après le succès çVErnani et de Vltaliana
in Algieri, opéra dans lequel a débuté avec succès MmeV'ietti, contralto
de mérite, quoique un peu fatigué, M. Merelli a voulu donner Xorma au
pied levé, aussi la déroute a-t-elle été générale. Malgré les efforts de
vaillance de Mme Mariani-Lorini et de Taste pour rétablir le combat,
jamais l'admirable opéra de Bellini n'avait vu pareil fiasco. On an-
DE PARIS.
183
nonce pour aujourd'hui // Malrimonio segretn,par les principaux artistes;
espérons que l'opéra de Cimarosa leur fournira l'occasion de prendre
une éclatante revanche. — Remis d'un accident assez grave, réminent
directeur de notre Conservatoire a pu reprendre le bâton de chef d'or-
chestre au dernier concert qui a eu lieu dimanche dernier 6 courant.
Un des principaux morceaux du programme était la symphonie compo-
sée par M. Meynne, ancien lauréat. Jusqu'alors il ne s'était fait connaître
que par quelques morceaux de piano et de chant. De là a. une symphonie
pour orchestre la distance est grande; M. Meynne l'a franchie avec bon-
heur. 11 a pris pour modèle Beethoven ; il en a adopté la coupe, les tour-
nures et les combinaisons musicales ; il ne pouvait certes mieux choisir et
il a été facile de voir tout de suite qu'il avait consciencieusement étudié
son modèle. Rien n'est tourmenté dans cette composition dont les idées
ont une véritable originalité et le mérite de se prêter heureuse-
ment au développement musical. Elle pose désormais l'auteur d'une
manière très- favorable parmi les symphonistes belges. Il serait à
désirer pour l'art qu'il ne se bornât pas à ce seul succès. — M. Goos-
sens, qu'une maladie de larynx avait obligé au silence pendant
plusieurs années, s'est fait entendre avec le plus grand succès ; d'abord
visiblement ému, il a bien vite retrouvé tous ses moyens et a déployé le
talent sympathique qui lui a valu tant de triomphes— Un solo de basson,
qui avait pour interprète M. Neumans , professeur au Conservatoire , a
été applaudi avec enthousiasme. Le finale des Ao es de Figaro, le septuor
de Beethoven et un fragment de symphonie de Haydn complétaient le
programme de cet intéressant concert. — Mlle Artot est à Bruxelles de-
puis quelques jours ; elle se rend à Londres, où l'attendent de magnifiques
engagements.
„% Fribourg (en Brisgau). — Nous aurons pendant l'été un grand festi-
val de chant auquel plus de deux mille chanteurs prendront part; il y
aura des concours entre les sociétés chorales de Carlsruhe, Constance,
Heidelberg, Manheim, etc.
»% Brunsivick. — A. Jaell vient de nous faire sa visite annuelle. Il a
donné trois concerts successifs. La foule s'est montrée si empressée de
s'y rendre qu'aux deux derniers on a dû refuser du monde. Aux deux
premiers A. Jaell avait le concours de la chapelle ducale. Il a exécuté
avec orchestre les concertos en do mineur de Beethoven et en la mineur
de Schuman; un trio de Schubert, la sonate Op. 81 de Beethoven, et
plusieurs autres morceaux des grands maîtres. Le merveilleux talent de
Jaell lui a valu les applaudissements les plus enthousiastes ; mais quand
il a eu joué ses délicieuses transcriptions du Pardon de Ploermel et du
Prophète, ainsi que son original Carillon, l'auditoire s'est levé spontané-
ment pour les lui faire répéter, et il a récolté une véritable moisson de
couronnes et de bouquets.
*% Hanovre. — A. Jaell vient de nous arriver précédé de son succès
triomphal en Allemagne et en dernier lieu à Brunswick et à Gœttingue. Il
a joué hier à la cour avec Joachim. Les deux éminents artistes ont entre
autres exécuté le rondo de Schubert avec une perfection qui leur a valu
les compliments de l'illustre assemblée.
t*2 Munich. — La deuxième représentation de Dinorah a eu encore
plus de succès que la première ; les acteurs chargés des trois principaux
rôles ont été rappelés à la fin du spectacle.
.^^Wiesbaie. —Mlle Zirndorfer a chanté le rôle d'Alice, dans Robert,
avec un grand succès. La saison avait été ouverte par les Huguenots.
i.*^ Leipzig. ■ — Maison à vendre, opéra-comique de X. Pentenrïeder, a
été accueilli avec une faveur marquée. La musique a de la verve, de la
gaieté, et offre plusieurs moreaux remarquables. Il est question de fonder
l'institut Mendelssohn, dont le but serait de venir en aide à des étu-
diants indigents qui suivraient les cours de l'Université de la ville.
„.*„. Darmsladt. — Cendrillon, de Nicolo, avec une brillante mise en
scène, a fait le plus grand plaisir. Tichatscheck. donne ici des représenta-
tions.
„,*„ Schiverin. — M. de Flotow, intendant du théâtre de la cour, vient
départir pour Vienne. Quelques jours avant son départ, les chanteurs de
ce théâtre lui ont donné une sérénade à l'occasion du jour aniversaire
de sa naissance. La reprise d'Indra, que nous n'avions pas entendue de-
puis longtemps, avait presque l'attrait de la nouveauté pour le nom-
breux public que cette charmante partition avait attiré.
*% Vienne. — Le théâtre de la cour a donné la première représenta-
tion de Dominga, opéra-comique en deux actes, musique de Dessauer :
la pièce nouvelle a eu du succès, l'auteur a été rappelé à la fin du der-
nier acte. — A la salle Boesendorf, un violoniste américain, M. Poznan-
ski, élève de Vieuxtemps, a donné un concert où il a prouvé qu'il a mis
à profit les leçons de son illustre maître. — A l'Opéra italien on a mis à
l'étude Freischutz; le rôle d'Anna (Agathe) sera chanté par Mme Charton-
Demeur, Mme Lagrua chantera celui de Nancy (Aennchen) —L'Opéra
allemand a joué les Huguenots, la Juive, Guillaume Tell et Lohengrin.
„% Saint-Pétersbourg.— Henri Wieniawski vient d'être nommé violon
solo des. M. l'Empereur et des théâtres impériaux. Cette double nomi-
nation qui fixera désormais l'éminent artiste a Saint-Pétersbourg pour
toute la durée de la saison théâtrale, est une bonne fortune dont tout le
monde ici se réjouira.— Pendant qu'Henri Wieniawski obtenait ici cette
flatteuse distinction, son frère Joseph, pianiste non moins distingué que
notre célèbre violoniste, voyait consacrer à Paris son beau talent de
virtuose et de compositeur dans un brillant concert qui avait réuni
l'élite des artistes et des dilettanti.
**** New-York. — Dans le courant du mois dernier on a donné ici une re-
présentation de Fidelio, de Beethoven : un Italien, M. Tamara, a chanté
le rôle de Florestan, Mlle Johannsen a chanté celui de Fidelio.
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Deuxième édition
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Maître de chapelle du roi des Belges,
Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles.
ENVIRON DIX VOLUMES IN-S° DE CINQ CENTS PAGES
Paraissant par livraisons île 48 pages chaenne, lO livraisons
par volume.
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Prix de chaque volume S francs.
(Le prospectus de l'ouvrage se délivre gratis en s'adressant aux éditeurs par lettre
affranchie.)
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.h . id.
Le Journal parait le Dimanche.
GAZETTE
ICAL
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: l'Habit de milord, opéra-
comique en un acte, paroles de MM. Sauvage et Léris, musique de M. Paul La-
garde, par D. A. O. Saial-Î'ies. —Théâtre des Bouffes-Parisiens: Titus
et Bérénice, opérette-bouffe en un acte, paroles de M. Ed. Fournier, musique de
M. L. Gastinel. — Biographie universelle des musiciens et bibliographie géné-
rale de la musique, par Fétis père (2e article), par Paul Smith. — Cor-
respondance : Bruxelles, par Fétis père. — Henri Litolff à Liège, par
«S. -H. Rongé. — Londres. — Nouvelles et annonces.
THEATRE MPÉRIÂL DE L'OPÉRÂ-COMQUE.
L'HABIT DE SIILORD,
Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Sauvage et Léris,
musique de M. Paul Lagarde.
(Première représentation le 16 mai 1800.)
Il règne en ce moment une grande activité à l'Opéra-Comique.
Voilà, en moins d'un mois, trois pièces nouvelles, dont une en trois
actes, qui viennent d'y être représentées.
Les deux plus récentes : l'Habit de milord elliila, par un contraste
singulier, se trouvent être le dernier ouvrage d'un maître et le pre-
mier essai d'un débutant.
Mais, avant de nous occuper de M. Paul Lagarde, disons deux mots
du poème (vieux style) de ses collaborateurs , qui ne sont pas des
novices.
A la suite de la bataille de Culloden, perdue par le prince Edouard,
l'un de ses partisans, le jeune officier James Gordon, s'est aventuré
dans les rues de Londres pour revoir sa sœur et lui demander un
moyen de salut ; mais il a été découvert, poursuivi, et s'est réfugié
au hasard dans la taverne de Peters. A la même heure, John Digby,
garçon coiffeur, engagé dans une querelle avec des chapeliers , s'est
vu forcé d'échapper par la fuite à ses adversaires et de chercher
asile dans le cabaret susdit. Là , nos deux individus , sans se voir,
sans se connaître, ont échangé leurs habits, dont ils s'étaient débar-
rassés pour courir plus vite.
A compter de ce moment, James Gordon, métamorphosé en artisan,
dépiste avec facilité les gens qui sont à sa recherche et parvient sans
encombre jusqu'au navire qui doit le transporter en France. John
Digby, au contraire, affublé de l'uniforme rouge du vaincu de Cullo-
den , est en butte à toutes sortes de vicissitudes plus ou moins fâ-
cheuses.
De prime abord pourtant tout se passe assez bien : iord Cockman,
le mari de la sœur du jeune Gordon qui ne connaît pas son beau-frère,
vient lui offrir ses bons offices, et, trompé par le costume, s'adresse
à John Digby, lui donne de l'argent, lui fait servir un bon repas et
lui offre de favoriser son évasion. Naturellement, John Digby se laisse
aller au courant de la situation et profite de tous les excellents pro-
cédés de lord Cockman.
Mais quelle est ia médaille qui n'a pas son revers? John Digby n'a
pas achevé son dernier verre de porto qu'un shériff, prévenu par la
rumeur publique, se présente chez Péters avec plusieurs constables
pour arrêter le jeune Gordon. Le brave garçon coiffeur, rappelé brus-
quement à la réalité, apprend non sans terreur que son travestisse-
ment va ie conduire tout droit à la tour de Londres, et peut-être plus
loin encore.
Dès lors il récuse le personnage de James Gordon et revendique
celui de John Digby ; mais on refuse de le croire. 11 propose de four-
nir une preuve de son identité en rasant lord Cockman; par malheur,
sa main tremble si fort qu'il écorche le menton de sa seigneurie et ne
réussit qu'à mieux égarer les convictions de tous les assistants. Déjà
le shériff étend sur lui son bâton d'ivoire, lorsqu'une lettre de James
Gordon, datée du navire qui le mène sur le continent, vient faire
éclater l'innocence de John Digby et le rend à la liberté.
La pièce de MM. Sauvage et de Léris, bâtie sur uu quiproquo amu-
sant, mais peu original, est intriguée avec assez d'adresse ; elle a du
mouvement et se recommande par quelques détails spirituels. La scène
de la barbe a paru plaire au public et en a décidé le succès.
La partition de M. Paul Lagarde est, dit-on, le fruit des loisirs que
ce nouveau compositeur a su se créer en dehors des instants qu'il
consacre aux opérations de la Bourse. Pour nous ce serait peut-être le
cas de déplorer les progrès de cette tendance vers la littérature et le
théâtre qui semble s'être emparée depuis quelque temps d'un si grand
nombre des gens du monde au détriment des auteurs et des compositeurs
dont l'existence ne repose pas sur des occupations étrangères à leur
art; mais nous renvoyons à un autre moment l'examen de ceLte ques-
tion, qui, du reste, ne peut être souverainement jugée que par le
public.
Sans aller au fond des choses, nous croyons que de grandes et
sérieuses qualités sont l'indispensable excuse d'un musicien amateur
qui ne craint pas d'aborder les hasards de la scène. Sous ce rapport,
M. Paul Lagarde a-t il des droits réels à une exception basée sur un
talent supérieur à celui de tant de jeunes compositeurs dont le novi-
ciat est si long et si pénible ?
Nous hésitons à nous prononcer pour l'affirmative, quoique, tout
186
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
bien considéré, sa partition ne soit pas exemple d'un certain charme
élégant et facile, assez semblable à celui d'une opérette bien réussie.
On y trouve peu d'inspirations saillantes ; le maniement de l'orches-
tre y est parfois défectueux ; mais l'ensemble est agréable et ne laisse
pas trop de prise à la sévérité de la critique.
Après une ouverture composée des principaux motifs de la pièce, le
rideau se lève sur une introduction passablement scénique, mais où,
par une étrange préoccupation, le compositeur a reproduit une phrase
presque textuelle d'une des valses les plus connues de Strauss. Les
couplets de Jenny : Je ne suis pas coquette, ainsi que le petit duo :
Je le sais, dans notre Angleterre, ont de la grâce et de la légèreté. Il
y a encore un trio, un duo et deux morceaux d'ensemble qui offrent
quelques heureux détails. Mais le morceau qui a été le mieux accueilli
etquel'ona seul fait répéter, c'e^t l'air: Passe, aimable liqueur,
dont le refrain est digne en effet d'une mention particulière.
Ce qui manque surtout, on doit le reconnaître, à la distribution de
l'Habit d>. Milord, c'est une étoile. Ponchard fait tout ce qu'il peut
dans le rôle capital de John Digby; Prilleux, Nathan, Holtzem,
Mlle Zoé Bélia, le secondent de leur mieux au second plan ; mais lors-
qu'une pièce e>t privée d'un point d'appui solide, ce n'est malheu-
reusement pas le zèle qui suffit à le remplacer.
D. A. D. SAINT-YVES.
THÉÂTRE DES BOUFFES -PARISIENS.
TITUS ET BÉKÉSTICE,
Opérette-bouffe en un acte, pivotes de M. Ed. Fournier, musique de
M. L. Gastinel.
(Première représentation le il mai 18G0.)
Après la mythologie, l'histoire romaine ou grecque devait néces-
sairement tenter les fournisseurs ordinaires du théâtre des Bouffes.
Les plus grands faits historiques y passeront bien certainement tour à
tour, travestis et considérablement augmentés de charges et de lazzi qui
eussent effrayé, nous en sommes bien convaincu, la muse court-vêtue
du vieux Scarron. Aujourd'hui M. Ed. Fournier n'a fait qu'effleurer
le sujet; espérons que bientôt un autre plus hardi nous montrera le
vieux sujet tragique dans toute sa vérité et ne craindra pas d'affubler
Léonce ou Désiré de la tunique vespasienne, et une des nymphes du
passage Choiseul du péplum de Bérénice. L'action de la nouvelle
opérette se passe, autant que nous avons pu comprendre, à Bergame,
dans cette bonne ville où fleurissent de temps immémorial les Panta-
lon, les Tartaglia, les Arlequin et les Colombine de la comédie italienne.
Dès le lever du rideau Mlle Tostée prend le soin d'avertir le public,
dans un prologue gracieusement rimé, du peu d'importance que l'au-
teur attache à son poëme. Son père, César, est peintre et défend la
porte à tous les amoureux, au moins jusqu'à ce que son chef-d'œuvre
soit achevé. Ce chef-d'œuvre est une affreuse toile représentant, à ce
qu'assure son auteur, Vespasien repoussant les prières de Titus et de
Bérénice. Mais deux soupirants vont bientôt s'introduire dans le sanc-
tuaire, et, pour tromper la vigilance de l'Argus, ils ne trouvent rien do
mieux à faire que de prendre la place des mannequins achetés par le
vieux rapin pour représenter les deux héros de l'ancienne Rome.
Après quelques scènes dont le côté le plus comique est de mettre en
présence à plusieurs reprises le peintre et ses modèles dans les poses
les plus excentriques, César donne sa fille à Lelio, l'amant préféré,
et tout finit, comme dans tous les vaudevilles passés, présents et à
venir, par un mariage
Sur ce canevas un peu décousu, et qui n'est sauvé que par les
mots heureux , M. L. Gastinel a jeté de la musique à pleines
mains. On peut même lui reprocher beaucoup de prolixité : ses
duos, ses morceaux d'ensemble sont trop longs ; la situation, ten-
due continuellement , aurait exigé une musique vive et surtout
brève : M. Gastinel a montré trop de science et pas assez de
savoir faire. Son duo de la dispute entre les deux mannequins
est bien fait, bien coupé, d'une excellente couleur bouffe, mais il eût
certainement beaucoup gagné à être réduit d'un bon tiers. L'histoire
des amours de Bérénice et de Titus est le joyau de la nouvelle parti-
tion de l'auteur de VOpéra aux fenêtres : c'est un petit bijou musical,
d'une mélodie bien franche, quoique un peu commune. L'ouverture
est bien écrite et surtout heureusement conçue. Somme toute, Titus
et Bérénice n'ajoutera rien, croyons-nous, à la gloire musicale de son
auteur ; mais cette opérette a prouvé, ce que nous savions, du reste,
que M. L. Gastinel était un musicien habile et souvent bien inspiré,
qui pourra quand il le voudra ou quand l'occasion lui en sera
offerte, traiter un véritable sujet d'opéra-comique un peu en dehors
des excentricités musicales de la salle du passage Choiseul. Mlle Tostée
a joué le rôle de Bérénice en actrice intelligente et en cantatrice.
M. Tayau a été splendide dans le mannequin Lelio-Tilus. MM. Desmonts
et Jean Paul ont donné la réplique à leurs camarades avec beaucoup
de verve et d'enlrain. •
A. B.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
ET
ÏSBBlLEfOGSaSAE'.BSIE GES.~EK.AIiE DE IiA. MUSIQUE.
Deuxième édition entièrement refondue et augmentée de plus de moitié,
"Par E.-JT. FÉTIS.
(2' article.) (1)
Revenons à ce grand ouvrage, dont la lecture a pour nous l'intérêt
d'une histoire et le charme d'un roman. Sans aucun doute, ce qui en
constitue l'immense valeur, indépendamment de l'inappréciable ori-
ginalité, c'est d'avoir été conçu, exécuté par un seul homme; bien
plus encore, c'est que ce même homme ait pu le continuer, le com-
pléter, l'achever une seconde fois vingt-cinq ans après. Quel autre
que M. Fétis eût été capable d'entreprendre et de mener à fin une
pareille tâche? Pour s'en faire une idée, il faut avoir vu les tomes
composant la première édition de la Biographie, retravaillés de sa
main, grossis de feuillets nouveaux presque à chaque article. Il faut
avoir estimé d'un coup d'œil ce que tant d'additions, de corrections,
de 'recherches opiniâtres exigeaient de labeur et de temps, même
chez l'écrivain le mieux doué pour l'accomplissement d'une œuvre
de ce genre. M. Fétis s'est donné un plaisir que lui seul pouvait se
procurer, et qui probablement ne sera jamais accordé à aucun autre.
Dans la première édition de son livre, il avait commencé par dénom-
brer et classer aussi exactement que possible le personnel des musi-
ciens morts et vivants, dont le nom méritait une mention grande ou
petite. Puis, cette opération faite, il s'est mis à contempler ce monde
musical dont il venait de dresser la statistique : il n'a pas cessé de
le regarder vivre, s'agiter, se multiplier, grandir ; en portant ses
regards sur tout le présent, il n'a pas négligé le passé, s'atlachant
d'un côté comme de l'autre à faire des découvertes, et n'y réussis-
sant pas moins heureusement. Pendant un quart de siècle, il n'a pas
quitté son poste d'observateur. Comme un de ces astronomes infati-
gables qui, les yeux toujours tournés vers le ciel, ne laissent le té-
lescope que pour prendre la plume, M. Fétis, pendant vingt-cinq ans,
s'est attaché à suivre, pour les mieux décrire, les astres anciens de
la musique, à signaler les astres nouveaux qui se produisaient dans
l'espace; et le magnifique résultat de ce dévouement sans égal à l'art
et à la science, c'est la seconde édition de la Biographie universelle
(1) Voir le n° 11.
DE PARIS.
187
des musiciens, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.
Jamais ouvrage n'a mieux tenu les promesses de son titre.
Rien de plus curieux que de lire en même temps les deux éditions
et de comparer la seconde à la première : c'est le moyen de recon-
naître que les augmentations ne consistent pas seulement en articles
ajoutés pour des noms omis ou qui n'existaient pas encore, en arti-
cles plus étendus en raison des progrès du talent et de la renommée
des artistes ; mais aussi en articles remis sur le métier, enrichis de
faits, de considérations, élevés à la taille d'une monographie, pour des
artistes déjà connus, déjà illustres et morts depuis nombre d'années,
lorsque la première édition parut. Par exemple, Beethoven, qui avait
cessé de vivre en 1827, et dont la gloire avait atteint son apogée en
France dans les grandes solennités de la Société des concerts , per-
sonne ne doute que, dix ans plus tard, M. Fétis n'ait mis tous ses soins
à raconter sa vie, à caractériser son génie, à énumérer et analyser ses
œuvres. Dans l'article qu'il écrivit à cette époque, on remarque la
division neuve alors, et dont tout l'honneur lui revient, de ces œuvres
si fortes et si belles en trois classes différentes, division sur laquelle
on a tant raisonné, tant écrit, tant discuté depuis! Eh bien, malgré
la bonne volonté, le zèle, malgré le talent du biographe de 1837,
celui de 1860 le surpasse et l'efface incontestablement. Le premier
article n'avait qu'une douzaine de pages ; le second en compte plus
du double, aux colonnes plus chargées de lignes, au texte plus fin,
plus serré. C'est que la pensée et l'érudition de M. Fétis ne se sont
pas arrêtées à un point donné ; c'est qu'il n'a pas cru devoir se hâter
de dire, comme tant d'autres: Mon siège est fait! Au contraire, il
a profité de tout ce qu'on avait écrit et publié sur Beethoven : il a lu
tout ce qu'on avait imprimé de biographies, de commentaires, de bro-
chures élogieuses et critiques ; il en a recueilli la substance, et il faut
voir avec quel art il a su la mêler, la fondre avec celle de l'article pri-
mitivement sorti de sa plume. On dirait que Wegeler, Ferdinand Ries,
Schindler, de Lenz, Oulibichef et Marx n'ont en réalité travaillé que
pour lui.
Comme spécimen de l'habileté extrême avec laquelle M. Fétis a
procédé au remaniement de son œuvre, en s'assimilant tout ce qui lui
a semblé de bonne prise, citons entre autres le paragraphe relatif au
célibat de Beethoven et aux causes qu'onlui attribuait généralement.
Dans la première édition, ce paragraphe est très-court : «Beethoven,
» y lit-on, ne se maria point ; M de Seyfried dit même qu'on ne lui
» connut aucun attachement de cœur. L'auteur de cette biographie se
» souvient cependant que Woëlfllui a parlé d'une dame chez qui Bee-
>» Ihoven allait souvent dans sa jeunesse, et qu'il aimait beaucoup,
» sans le lui avoir jamais dit. Il paraissait être ému de jalousie quand
» des propos galants étaient adressés à l'objet de son amour. Le
» piano devenait alors le confident de ses pensées et recevait l'im-
» pression des orages de son cœur ; mais un regard de la dame et
» quelques mots bienveillanls ramenaient le calme dans son âme et
« laissaient succéder les douces mélodies aux âpres accents de sa
» verve passionnée. »
Voici dans la seconde édition ce même paragraphe, où tout ce
qu'on vient de lire est conservé : « Beethoven ne se maria point ;
» M. de Seyfried dit même, etc.... Cependant le docteur Wegeler, son
» ami d'enfance et de jeunesse, dit qu'il n'était jamais sans amour
» dans le cœur et qu'il en était épris jusqu'à l'exaltation. ( Beethoven
» war nie ohne eine Liebe und meistens von ihr ira hohen Grade
» ergriffen.) Schindler avoue que cette assertion est exacte et fournit
» à ce sujet des renseignements qui ne sont pas sans intérêt. Les
» objets de ses affections étaient toujours d'un rang élevé, circonstance
» qui s'explique par son noble caractère et par ses relations fréquen-
» tes avec les hautes classes de la société. Du reste son amour était
» tout platonique : le cœur et l'imagination en faisaient tous les frais
» et les sens n'y avaient que peu de part. Pendant plusieurs années
» il fut épris de Mlle Julie de Guicciardi, qui plus tard épousa le
» comte de Gallenberg et à qui il a dédié sa sonate en ut dièse mi-
» neur. Quelques letLres écrites dans l'été de 1806, d'une localité de
» bains en Hongrie, où il était allé pour essayer la guérison de sa
» surdité, et qui ont été publiées par Schindler, nous apprennent que
» son amour était partagé. Schindler cite aussi une tendre liaison de
» l'illustre compositeur avec la comtesse Marie d'Erdaedy, à qui il a
» dédié ses deux beaux trios de l'œuvre 70. Hauteur de cette biogra-
phie se souvient, etc. (Voyez ci- dessus). Ries, élève de Beethoven
» pour le piano, et qui vécut plusieurs années dans son intimité, dit
» que les passions amoureuses de son illustre maître n'étaient jamais de
» longue durée, et que l'épreuve la plus persévérante de constance
» qu'il pût citer avait duré sept mois. Cependant son amour pour
» Mlle de Guicciardi l'occupa pendant plusieurs années . »
Telle est la méthode constamment suivie par M. Fétis. Nous venons
de montrer comment il a refait dans l'histoire de Beethoven le cha-
pitre de l'amour. Voyons maintenant celui de l'amitié, sur lequel la
première édition gardait un silence absolu : « Beethoven, continue le
» savant biographe, n'était pas moins sensible à l'amitié qu'à l'amour;
» mais, très-susceptible, il se blessait facilement et se brouillait avec
» ses amis les plus intimes. Ses frères, qui troublèrent souvent sa
» tranquillité et furent cause de ses plus vifs chagrins, jetaient à
« plaisir dans son esprit des doutes sur les hommes pour qui il avait
» une sincère affection, afin de le dominer sans témoins. Beethoven
» prêtait trop légèrement l'oreille à ces propos, et, au lieu de s'en
» expliquer avec franchise, il boudait et repoussait par sa froideur
» ceux dont il croyait avoir à se plaindre. Mais si l'on parvenait à
» l'éclairer sur son erreur, il se hâtait d'avouer ses torts, en deman-
» dait pardon et les réparait avec empressement. Bien que très-at-
» taché aux amis de sa jeunesse, des années s'écoulaient quelquefois
» sans qu'il y pensât. On voit par une de ses lettres à M. Wegeler,
» compagnon de son enfance et son ami intime, qu'il ne lui avait pas
» écrit une fois dans l'espace de sept années. Très-lié avec Schenk,
» qui l'avait éclairé sur les défauts de son éducation musicale, il pa-
» raissait cependant l'avoir oublié, lorsqu'un jour, se promenant en
» société de Schindler sur le boulevard de Vienne, il le rencontra
» après l'avoir perdu de vue pendant près de vingt ans. Ivre de joie
» de revoir ce vieil ami qu'il croyait descendu dans la tombe, Ber„
» thoven l'entraîna dans un cabaret voisin (au Cor du chasseur), sa
» fit apporter du vin, et là, avec un épanchement semblable à celui
» de la jeunesse, cet homme, si taciturne et si distrait d'ordinaire, se
» livra à des élans de gaieté et régala le vieux Schenk d'une multi-
» tude d'historiettes et d'anecdotes. Après une heure passée dans cette
» effusion, ils se séparèrent, et ce fut pour toujours, car ceci se pas-
» sait en 1824 ; et moins de trois ans après le grand homme n'exis-
» tait plus. »
Aux chapitres de l'amour et de l'amitié succède celui de la famille.
Viennent ensuite les anecdotes caractéristiques dont M. Fétis a fait la
moisson la plus ample, et enfin son excellent travail se termine par un
catalogue chronologique des œuvres de l'artiste, suivi d'une apprécia-
tion des biographies, études et autres écrits publiés à son occasion.
Nous ne saurions dire avec quel plaisir nous avons lu et relu toutes
ces pages, marquées au cachet de la plus haute science alliée à la plus
saine, raison. Du reste, qui s'étonnerait que M. Fétis ait écrit un chef-
d'œuvre à propos de Beethoven ? Nous verrons bientôt que pour être
traité par lui non moins bien, il n'est pas toujours nécessaire d'être un
aussi grand homme.
Paul SMITH.
(La suite prochainement.)
188
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Dans sa dernière Revue critique des thdâtres (lj, M. B. Jouvin. à
propos d'Aimé Maillart, fait quelques réflexions que nous nous plai-
sons à reproduire:
» Mais la province ne se borne pas à casser les arrêts de la mé-
tropole ; dans ses jours d'omnipotence, elle va jusqu'à élever autel
contre autel et fabriquer à son tour des réputations qu'elle espère
bien nous faire adopter plus tard. Elle fait en ce moment la fortune
de l'auteur des Dragons de Villars. Si M. Aimé Maillart n'avait pas
autant de modestie que de talent, il pourrait se placer sur le piédes-
tal que lui élève à frais communs la province, et prenant l'attitude
de Talma dans Manlius, s'éciier: Qu'en dis-tu? en toisant de haut
en bas ce Paris qui le dédaigne et le condamne à l'inaction dans
l'âge de la production. Un opéra applaudi, mais joué sans le fracas
des réclames au théâtre Lyrique, les Dragons de Villars, fait en ce
moment son tour de France. On le joue au nord, on le reprend au
midi, on le fête partout. Lyon, Marseille, Rouen, Toulouse, Nantes,
Bordeaux, et, en ce moment, Bruxelles, n'ont des yeux que pour le
maréchal des logis Belamy et des oreilles que pour Rose Friquet. So-
prani d'Opéra-Comique, contralti de grand Opéra, saisis de l'émula-
tion de l'enthousiasme, font siffler leur badine et chantent sur toutes
les scènes grandes ou petites: Hop! hop! mules chéries. Une an-
cienne pensionnaire de l'Opéra-Comique, dont le talent s'est déve-
loppé dans un exil qui ne fut pas une disgrâce, Mlle Boulard ravit en
ce moment les habitués du théâtre de la Monnaie dans ce rôle de
muletière des Dragons. Je sais bien que la province est la province,
et c'est là son plus grand défaut, hélas ! mais les populations du midi
de la France sont essentiellement musicales ; mais Bruxelles est un
centre artistique; cela mérite réflexion. Paris n'a pas des composi-
teurs à revendre. Ceux qui se piquent de mettre un chant dans un
moule harmonique sont rares ! Parmi les plus populaires, combien en
est-il dont les productions franchissent les barrières? Je vous défie
d'en citer plus de trois, et même d'en citer trois ! Pourquoi Paris,
qui ne se fait pas faute, en temps de disette, de prendre des chan-
teurs à la province, n'essayerait-il pas de lui enlever son composi-
teur? Pourquoi, témoin de l'accueil fait aux Dragons de Mllars, ne
demanderait-il pas un ouvrage au musicien des Dragons de Villars?
Attend-il que M. Maillart n'ait plus de cheveux (hélas la chose est
faite), ou plutôt attend-il qu'il n'ait plus d'idées? Ce serait plus grave,
car ce serait ruiner le métier et la gloire d'une foule de messieurs
qui se font de gros revenus à l'Opéra-Comique, au théâtre Lyrique
et même à l'Opéra, en faisant chaque soir au public un cours de tri-
gonométrie musicale.
» B. JOUVIN. »
CORRESPONDANCE.
Bruxelles, 16 mai 1860.
Monsieur le Directeur,
Au moment où la saison musicale se termine, vous désirez que je
vous fasse le résumé de ce qui s'y est passé de plus remarquable à Uruxelles.
Je ne puis vous donner que des notes fort incomplètes ; car le temps,
dont je n'ai jamais assez pour ce que je voudrais faire, ne me permet ni
de tout voir ni de tout entendre, ce qui n'est pas un mal pour mes
oreilles, mais ce qui ne peut manquer défaire de moi un fort mauvais
correspondant.
La musique est, en général, mal organisée dans nos églises, parce
que l'argent manque pour faire quelque chose qui ait de la valeur au
point de vue de l'art sérieux ; je n'en parlerai donc pas. Les éléments ne
manquent certes pas ici ; mais on ne sait ni ne veut les employer comme
il faudrait.
(1) Feuilleton du Figaro, jeudi 17 mai.
A l'égard des théâtres, ils ont eu des phases de bonne et de mauvaise
fortune. Le théâtre Royal n'a pu tirer bon parti de son personnel de
grand opéra, dans lequel il y a cependant quelques artistes de mérite,
à cause de la monotonie du répertoire. Ce répertoire, toujours le même,
toujours ressassé depuis une longue suite d'années, ne peut plus avoir
d'attrait pour le public. Il faudrait qu'il fût renouvelé; mais il ne peut
l'être que par des ouvrages joués avec succès à Paris, et vous savez
combien ils y sont rares. Avec une population flottante de quelques cen-
taines de mille étrangers, l'opéra de la rue Le Peletier fait des recettes
avec des spectacles tels quels ; mais à Bruxelles c'est toujours le même
monde qui alimente la recette, et pour le faire venir, il faut des nou-
veautés.
La bonne fortune de notre théâtre royal, pendant l'année dramatique,
a consisté dans les représentations du Pardon de Ploërmel, des Dragons
de Villars, et dans le plaisir qu'a pris le public à entendre le chant de
Mlle Boulard. A Paris on n'a pas aperçu ce qu'il y avait à Lu're du
talent de cette cantatrice et on n'a pas su la mettre en évidence dans des
rôles importants. On lui a fait chanter les Papillotes de M. Benoit et des
choses du même genre, dont je ne prétends certes pas diminuer la
valeur, mais qui ne sont pas faites pour une brillante cantatrice. A
Bruxelles, Mlle Boulard a, comme on dit, fait fureur, et a, sans aucun
doute, souvent mérité la vogue dont elle jouit. Elle a progressé dans le
succès, comme il arrive aux artistes dans lesquels il y a du talent vrai ;
mais elle a abusé de ses forces, ayant joué des ouvrages ou cha ité dans
des concerts cinq fois par semaine. En ce moment elle est fatiguée : il
faut qu'elle y prenne garde.
Nous' avons ici M. Merelli, de Milan, qui nous a amené de bons artistes,
d'autres médiocres ; qui a placé sa compagnie au théâtre du Cirque,
grande salle fort sale, mais bonne pour la musique: qui a trouvé à ce
théâtre un orchestre exécrable, lequel servait à je ne sais quelles hor-
reurs qu'on y représentait, et y a placé son excellent chef d'orchestre,
M. Orsini, dont je devine le désespoir en se voyant à la tête de pareils
éléments. Force lui fut d'appeler à son secours quelques violonistes de
talent qui, heureusement, ont répondu à son appel, mais qui ne peuvent
pas toujours lutter avec succès contre leur entourage. Cela n'est rien
encore auprès des choristes dont le choix est vraimentbouSbn. En dépitde
ces obstacles, il y a eu quelques très-bonnes représentations, grâce au
talent remarquable de certains chanteurs et à cette verve méridionale
d'ensemble qu'ont toujours les artistes italiens. Don Pasquale, par exem-
ple, ce charmant ouvrage de Donizetti, n'a pas été si bien chanté ni joué
depuis le temps de Lablache qu'il l'a été ici avec lime Lorini-ilariani, le
ténor très-agréable M. Galvani, l'excellent baryton .M. David Squarcia, et
M. Ciampi, bouffe parfait, dont la voix est puissante. Cet enseml le, digne
des bons temps de la scène italienne, m'a- charmé et a rappelé à mon
souvenir des époques plus heureuses pour l'art.
Des concerts 1 nous en avons eu un déluge : vous savez ce que c'est,
et M. Botte encore plus. Que je plains souvent ce jeune artiste, si bon
musicien, critique si judicieux, si fin, de si bon goût, d'être obligé de
passer incessamment par la, et de distribuer à. chacun sa petite part
d'encens pour ne pas faire de jaloux. Pour moi, je ne suis pas si
malheureux : je ne vais rien entendre de tout cela. Les choses: d une
valeur réelle ou qui ont un intérêt de curiosité peuvent seules me faire
sortir du gite où je suis toujours songeant ;
Car que faire en un gite, à moins que l'on ne songe.
Les concerts de M. Richard Wagner, répétition de ceux qu'il a donnés
à Paris, ont eu beaucoup de retentissement à Bruxelles. On a débité là-
dessus mille folies dans les journaux d'estaminets et de tavernes : pour
moi, je ne dirai rien sur ce sujet, parce que je l'ai traité, autrefois d'une
manière sérieuse. Cette musique s'adresse à un avenir qu'on ne serait
pas fâché de transformer en présent : je laisse à l'avenir à s'expliquer.
C'est dans les concerts du Conservatoire que la grande musique se
trouve d'ordinaire dans toute sa splendeur, parce qu'elle y est rendue
avec un fini qui est le résultat d'études consciencieuses. Cette année a
été marquée par un progrès dans de certaines choses où l'orchestre
s'est approché autant que possible de la perfection, rêve nécessaire de
tous les arts; rêve heureux, bien qu'il ne se réalise jamais d'une ma-
nière absolue.
Je ne me borne point, dans le programme de ces concerts, aux œuvres
purement classiques : je laisse la porte ouverte aux hommes du présent,
et il n'y a point d'année où je n'aie fait entendre des symphonies
ou des ouvertures inédites. J'ai bien à lutter à cet égard avec les admi-
rateurs exclusifs des noms consacrés : mais je tiens ferme et ne me
laisse point influencer par leurs préventions. J'ai donné au troisième
une ouverture de concert composée par M. de Ilartog, connu par beau-
coup d'autres œuvres. Le compositeur a pris son sujet dans la tragédie
de Shakspeare, Macbeth, où le génie de ce grand homme s'est aban-
donné à ses plus grandes hardiesses. L'ouverture de M. de Hartog est
d'un caractère énergique, bien approprié au sujet. Elle est largement
développée dans son système d'unité et l'instrumentation en est bien
entendue. C'est une œuvre d'expérience qui dénote une main ferme
dans l'art d'écrire pour l'orchestre.
Au dernier concert, j'ai fait exécuter une symphonie inédite de
DE PARIS.
189
M. Meynne, un des premiers élèves de composition que j'ai formés à
Bruxelles. Cet ouvrage a obtenu un très-légitime succès. Sans se jeter
dans des proportions gigantesques, M. Meynne atteint au caractère de
la grandeur en plusieurs parties de son œuvre; l'enchaînement des idées
y est naturel et l'on y trouve de l'inattendu. Le scherzo, Fondante et le
finale particulièrement ont impressionné l'auditoire et obtenu les éloges
des artistes. Il y a beaucoup d'habileté dans les oppositions de timbres
dans l'instrumentation. Ce début doit encourager M. Meynne, qui n'a que
le tort d'avoir trop tardé à le faire.
J'ai voulu, à ce dernier concert, rendre au prodigieux finale du se-
cond acte du Mariarje de Figaro, son caractère, qui avait complètement
disparu aux représentations du théâtre Lyrique de Paris; car, suivant
ses habitudes, le public parisien faisait consister toute la valeur de cette
œuvre colossale dans le chant, bien séduisant à la vérité, dans le chant
des trois femmes de talent qui s'étaient chargées de l'interpréter. On
n'a plus les traditions de cette musique en France. Avec l'orchestre du
Conservatoire de Bruxelles, l'effet de ce finale a été somptueux.
Je ne sais si vous serez satisfait de votre correspondant ; mais, enfin,
voilà.
Tout à vous,
FÉTIS père.
Henri LitoïfT à Uége.
La tournée artistique que Litolff fit, il y a deux ans, en Belgique avait
laissé une impression profonde. Un jour lo bruit se répand qu'une para-
lysie du poing va le tenir éloigné du théâtre de ses succès. A cette triste
nouvelle, on ne saurait peindre l'anxiété qui s'empara des dilettanti.
Enfin, après dix -huit mois de traitement pendant lesquels l'artiste a dû
cruellement souffrir aux heures de découragement et de doute, Litolff a
pu reprendre l'étude de son instrument favori et montrer bientôt que
sa main droite, loin de perdre en agilité, avait plutôt gagné dans son
prodigieux mécanisme.
Bruxelles, Gand, Mons, ont de nouveau reçu le virtuose comme un
ami que l'on n'espérait plus revoir ; Vcrviers a fait venir un orchestre
de cinquante musiciens pour exécuter ses grandes compositions ; Anvers,
après lui avoir tressé des couronnes, lui a préparé une fête sur l'Escaut,
à l'occasion du baptême d'un navire qui va porter au bout du monde
le nom de Henry Litolff, son illustre patron ; enfin, Liège lui a donné ses
droits de cité, en l'accueillant comme un fils, et par reconnaissance
celui-ci lui a consacré la primeur de fragments d'un grand opéra en cinq
actes, intitulé Rodrigue de Tolède, ouvrage entièrement écrit de la main
gauche, pendant que la droite était paralysée.
Toutes ces villes ont entendu successivement dans une série de con-
certs ses quatre grandes ouvertures: Rob'Spierre, les Girondins, les Guelfes,
et le Chant des Belges, vastes épopées musicales. Son troisième concerto,
et surtout son quatrième qui a mis le sceau à sa réputation, ont été exé-
cutés un grand nombre de fois. La Roséi de Mai, le Chant de la pileuse, et
son Etude d'octaves, ont pris place sur tous nos pianos, depuis que l'au-
teur a fait entendre ces nouvelles compositions, qui ne le cèdent aux
précédentes ni en valeur ni en popularité.
Dans un festival d'adieu, donné le 29 avril dernier, Liège a voulu en-
tendre la plupart de ces œuvres; jamais peut-être Litolff ne les avait exé-
cutées avec autant d'expression et de puissance.
Un concerto pour le violon, œuvre de sa jeunesse, pleine de fraîcheur
et de mélodie, et qui faisait déjà pressentir, dans un ordre d'idées
moins élevées pourtant, la manière du maître, a été bravement exécuté
par M. Rodolphe Massart, petit-neveu du professeur du Conservatoire de
Paris. Le compositeur enchanté de l'exécutant lui a fait don du violon
sur lequel le concerto avait été composé.
Nous arrivons à la partie la plus sérieuse de notre tache, aux frag-
ments de l'opéra, Rodrigue de Tolède. Comme la plupart des artistes, Li-
tolff a d'abord produit pour le seul besoin de produire, et publié des
compositions fort remarquables, mais où l'allure libre et indépendante
était poussée jusqu'au fantasque; aujourd'hui, mûri par l'expérience, il
marche d'un pas ferme vers un but qu'il atteindra. Par ses œuvres ins-
trumentales, on se ferait difficilement une idée de ses compositions dra-
matiques: ici, il n'abandonne plus rien au caprice, mais il semble em-
ployer toutes ses facultés à rendre le sens des paroles qu'il traduit dans
une langue musicale sévère et fortement colorée. Nous n'en voulons
pour preuve que la grande scène, chantée d'une manière large et dra-
matique par Mme Cérot, premier sujet du théâtre royal. L'andaute et le
récit qui le précède sont d'un beau caractère; l'allégro plein de fougue
et de passion fait penser à Weber avec lequel l'auteur de Rodrigue de To ■
lède a plus d'un rapport ; l'accompagnement soutient la voix sans jamais
la couvrir, et, par ses détails et ses modulations toujours claires et dis-
tinguées, ajoute à l'expression du morceau.
Quant au finale du quatrième acte, c'est une vaste composition que
nous plaçons au niveau des plus grandes œuvres lyriques. Ce morceau,
habilement conduit, se. termine par un crescendo qui arrive à une ex-
plosion véritable où les voix du théâtre et les voix de l'orchestre luttent
de puissance et d'énergie. Impossible de rendre l'enthousiasme qu'il a
produit : c'étaient des trépignements et des rappels à faire écrouler la
salle, et pourtant l'interprétation n'était pas à la hauteur de l'œuvre,
si nous exceptons' l'orchestre qui a fait merveille sous la direction de
M. Terry, professeur au Conservatoire, à qui nous adressons nos sincères
compliments pour l'organisation de cette fête musicale. Toute la presse
locale est d'accord sur le succès que le virtuose-maestro a obtenu dans
une soirée, belle pour le public, plus belle encore pour l'artiste.
J. B. RONGÉ.
Londres, lk mai.
La matinée musicale que vient de donner Théodore Ritter dans les
Willis'rooms, mérite un bulletin spécial. Je ne me permettrai pas de
caractériser le talent de ce jeune virtuose compositeur, dont la renom-
mée grandit à vue d'œil : vous le connaissez depuis plus longtemps que
moi. et vous m'aviez longtemps d'avance informé de sa valeur toujours
croissante. Je vous dirai seulement qu'à son égard l'Angleterre et la
France sont d'un accord parfait. Les salons regorgeaient de ladies et de
miss, dont quelques unes n'ont pu parvenir à se placer. Le trio en ut
mineur de Mendelssohn, exécuté par le piano de Théodore Ritter, assisté
du violon de M. Sainton et du violoncelle de M. Paque, ouvrait la séance
et a été littéralement enlevé. Immédiatement après, Mme Sainton-Dolby
a chanté un air d'Admete, de Ilaendel, avec un sentiment parfait et un
style de même ordre. C'est toujours la cantatrice par excellence et la
reine des sa'ons, comme son mari, malgré l'avalanche des violonistes,
conserve toujours le premier rang. Il l'a bien prouvé dans la sonate en
ut mineur jouée avec Théodore Ritter, et dans ses solos, romance et ta-
rentelle. Je ne puis ni ne dois oublier M. Paque, l'éminent violoncelliste.
Quant à la marche nocturne et à l'impromptu veloce que Théodore Ritter
exécute avec sa verve et son inspiration d'auteur, ainsi qu'au rondo de
Weber, dont vous savez comment il «e tire, je ne vous dirai rien, si ce
n'est qu'il ne saurait s'y montrer plus admirable à Paris qu'il ne l'a fait
à Londres. Aussi l'enthousiasme a-t-il dépassé les limites connues.
— Un autre pianiste compositeur, nouvellement arrivé à Londres,
M. D. Magnus, se faisait entendre le même jour dans le local de Royal
Gallerg of illustration. Deux œuvres, dont il est l'auteur, une fantaisie
sur les Huguenots et un galop de bravoure, steeple-chase, ont été bissés.
— Au théâtre de Sa Majesté, Mlle Brunet (Maria Brunetti) a fait son
début samedi dans Rigdelto. Elle y a pleinement réussi. Mongini pèche
par la distinction dans le rôle du duc, mais il l'a bien chanté. Celui de
Rigoletto a été fort bien rendu par Ronconi.
Le même jour Mme Penco faisait pour la première fois de la saison
son apparition à Covent-Garden, dans le rôle de Zerlina, de Don Juan.
L'opéra de Mozart a été magistralement exécuté; Mario a été ravissant.
Gardoni, quoiqu'encore un peu souffrant, s'est bien tiré du fameux air il
mio tesoro, et Dona Elvire a reçu un lustre tout particulier du talent
de Mme Czillag, qui avait bien voulu s'en charger. Quant à Mme Penco
particulièrement, sa belle voix, ia perfection de son jeu lui ont valu de
chaleureux applaudissements, et elle a dû redire les deux morceaux,
Vedrai carino et La ci darem la mono. Mlle Zina Richard continue à
faire fureur dans le ballet.
— Mmcs Miolan-Carvalho, Czillag et Titjens ont été appelées à la couf
pour le premier concert donné par la reine; elles y ont été fort ap-
plaudies.
NOUVELLES.
,,*.„ Le festival qui devait avoir lieu hier au bénéfice de la caisse des
pensions du théâtre impérial de l'Opéra, est provisoirement ajourné.
„,*„ Le théâtre de l'Opéra-Comique fait de belles recettes avec le
Roman d'Elvire et Rita, spectacle qui alterne avec le Château-Trompette.
Mlle Lomercier ayant un rôle important dans cette dernière pièce, a
dû céder le rôle de Lilla dans l'opéra d'Amb. Thomas à Mme Geoffroy,
qui s'en acquitte très-bien.
„,*„, Les répétitions du Chaperon rouge sont po ussées avec activité. La
première représentation aura lieu sans doute avant la lin du mois. Le
Mazaniello de M. Carafa sera repris dans le courant du mois de juin.
Les principaux rôles sont confiés à Jourdan (Mazaniello), Barrielle,
Mlle Pannetrat.
„** Gil Blas continue d'attirer la foule au théâtre Lyrique; Mme Ugalde
s'y montre toujours admirable de verve et d'entrain. Elle a vaillamment
payé de sa personne dans une représenlation donnée lundi à ce théâtre
190
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
pour une bonne œuvre, et dans laquelle elle a chanté avec Battaille le
premier acte du Toréador avec un immense succès. — Fidelio n'aura plus
qu'un très-petit nombre de représentations, Mme Viardot et Battaille de-
vant prendre leur congé.
^*t Monsieur Garât remplit chaque soir le théâtre Déjazet. — Un acci-
dent survenu à l'acteur Harbleid, qui s'est cassé la jambe en sautant
un fossé, a momentanément interrompu le succès delà charmante opé-
rette de Flotow, Pianella. — Samedi a eu lieu le début des danseuses
espagnoles. — Lundi, au bénéfice de Mlle Trochu, la première repré-
sentation de Racine vit encore.
»% M. Eug. Déjazet a adressé la lettre suivante aux principaux orga-
nes de la presse théâtrale :
« Monsieur,
» Il se répand un bruit inexact que je vous prie de vouloir bien rec-
tifier.
» Le ministre m'aurait fait dire de rester dans les termes de mon privi-
lège et d'avoir ù ne plus jouer d'opérettes.
» Son Excellence ne m'a pas retiré une chose qui existait du temps des
Folies-Nouvelles, puisqu'elle a, au contraire, étendu ce privilège, en y
ajoutant le vaudeville et l'opérette en trois actes et plusieurs tableaux.
» Donc, je ne suis pas sorti des termes de la permission qui m'a été
accordée.
» Le petit succès que j'ai obtenu comme compositeur, et que je dois
en grande partie à la valeur des artistes qui m'ont interprété, celui que
ces artistes viennent encore d'obtenir avec la partition de M. de Flotow,
et le soin que j'apporte à monter tous les ouvrages qui me sont confiés,
attireront chez moi, je pense, les jeunes compositeurs de valeur qui ne
peuvent trouver place ailleurs, et me continueront l'estime, la protec-
tion du ministère et de la presse, auxquelles j'attache le plus grand
prix.
» Agréez, cher Monsieur, mes remercîments et salutations.
» Eugène Déjazet. »
„,% Le prince Napoléon et la princesse Clotilde assistaient lundi der-
nier à la représentation de Pianella, le nouvel opéra de Flotow.
„% La préfecture de police a publié le chiffre des recettes perçues
pendant le mois d'avril par l'administration des hospices pour le droit
des pauvres ; en voici le résultat : théâtres impériaux subventionnés,
519,241 fr. 41 c; théâtres secondaires de vaudevilles et petits spectacles,
820,207 fr. 53 c; concerts, spectacles-concerts, cafés-concerts et bals
régis, 161,106 fr. 90 c; curiosités diverses, 21,520 fr. 90 c; total,
1,522,076 fr. 74 c.
a*^ Le concours préparatoire de composition musicale a eu lieu sa-
medi 12 mai à l'Académie des beaux-arts. Voici les noms des six élèves
qui ont été admis au grand concours : MM. Dubois, élève de M 51. 4m-
broise Thomas et François Bazin; Deslandres, élève de M. Leborne;
Danhauser, élève de MM. Halévy et François Bazin; Legouix, élève de
M.Ambroise Thomas, et Diaz, élève de M. Halévy.
„.*„, Roger est dans le midi de la France; il a chanté à Avignon la Fa-
vorite et la Dame Blanche, et chaque fois devant une salle comble; inu-
tile d'ajouter qu'il a été salué des plus vifs applaudissements et rappelé.
„,*„, Nous avons plusieurs fois parlé de M. Bordas, ténor fort distingué,
dont les succès en province viennent encore d'être brillamment constatés
à Nancy, Metz et Strasbourg. A Nancy, ses représentations ont principa-
lement consisté dans Robert le Diable, qu'on a donné quatre fois en trois
semaines, et dont il a interprété le rôle principal de la façon la plus
brillante ; Jérusalem, Norma, la Favorite, ont rempli successivement les
»utres, et Bordas n'a pas été moins bien accueilli dans ces ouvrages de
genre si différent. Après avoir joué Oiello à Metz, il a voulu aborder ce
rôle devant le public de Strasbourg, et il a produit un effet irrésistible,
surtout dans le fameux duo avec lago, où il a déployé la passion la plus
véhémente unie a la plus douloureuse tendresse. Des applaudissements
enthousiastes partis de tous les points de la salle ont prouvé à Bordas qu'il
était compris et apprécié, et ils se sont reproduits après la seconde scène
finale, dans laquelle il n'a pas déployé moins de talent.
*** Le Courrier des Etals-Unis fait dans son numéro du 23 avril un
éloge éclatant du succès que vient d'obtenir au théâtre Winter-Garden, à
New-ïork, Mme Frezzolini dans le rôle de Lucrezia Borgia. Son talent
dramatique et son admirable méthode ont provoqué un enthousiasme
qui a pu lui rappeler ses premiers et ses plus beaux triomphes. A côté
d'elle M. et M. Gassier faisaient leur rentrée, et ils ont été on ne peut
mieux accueillis.
**» Le banquet annuel offert à M. le baron Taylor par les quatre as-
sociations d'artistes dont il est le fondateur, a eu lieu mardi dernier,
15 mai, dans les salons de Deffieux. Plus de cent convives ont pris part
à cette fête do famille, à laquelle la Société des auteurs et composi-
teurs dramatiques, ainsi que celle des gens de lettres, avait, comme les
années précédentes, envoyé des représentants.
**„ A la Collection de mises en scène que publie avec tant de profit pour
les auteurs et les ouvrages, le consciencieux et infatigable L. l'alianli,
il faut en ajouter trois nouvelles, le Pardon de Ploe'rmel, le Roman d'El-
vire et le Diable au moulin.
t*t Rectifions une erreur qui nous est échappée en parlant du con-
cert donné sous les auspices de M. Beaulieu. Ce ne sont pas seulement
soixante, mais cent soixante lettres du Poussin dont il était possesseur,
et dont cession a été par lui faite à la Bibliothèque impériale, moyen-
nant 5,000 fr.
**„, La partition pour piano et chant de Pianella paraîtra cette se-
maine. La maison Soosey et fils à Londres en a acheté la propriété pour
l'Angleterre.
„.%, Une femme du monde, élève de Romani, qui cultive le chant pour
l'amour de l'art, M'" Hilliard, s'est fait entendre la semaine dernière
chez Duprez dans la Favorite et dans Desdemona, d'Othello. Un auditoire
de trois cents personnes, au nombre desquelles on remarquait l'illustre
maestro Rossini, a salué de ses applaudissements la façon tout excep-
tionnelle dont M"' Hilliard a interprété ces deux rôles.
*** Le premier chef d'orchestre du théâtre de la ville à Francfort,
M. Gustave Schmidt vient de recevoir du duc de Saxe-Cobourg-Gotha la
médaille pour les arts et les lettres. M. G. Schmidt est l'auteur de deux
opéras qui ont eu du succès en Allemagne : le Prince Eugène et les
Epouses fidèles.
»*„.. Rubinstein a été nommé membre honoraire de la Société philhar-
monique de Londres.
*** Le délicieux motif de la Berceuse, du Pardon de Ploe'rmel, qui a
déjà exercé la verve et le talent de plusieurs des meilleurs pianistes et
compositeurs,, vient d'inspirer à M. Dolmetsch, l'un de nos artistes les
plus distingués, une transcription admirablement réussie et qui, tout en
reproduisant de la manière la plus heureuse le thème de l'illustre maes-
tro, en fait un morceau aussi neuf qu'original, un véritable morceau de
concert du plus brillant effet.
%% Chaque œuvre nouvelle échappée aux méditations rêveuses de
Steph. Ileller est une bonne fortune pour les artistes comme pour les
amateurs de piano ; nous sommes donc certain de leur faire plaisir en
leur annonçant que très-incessamment il livrera à la publicité, sous le
titre de Tableau de genre, un morceau digne de ses aînés.
*% Berthelier fait fureur en ce moment dans les salons que le retard
de la saison laisse encore ouverts, en chantant, avec cette verve qu'on
lui connaît, la chansonnette de Bourget dont M. Charles Plantade a écrit
la musique, My dear contrebasse. Rien de plus comique que cette étude
de mœurs britanniques; nous la recommandons aux amateurs.
**„ Il y a cinq ans, une jeune élève des classes de piano du Conserva-
toire obtenait, à peine âgée de quinze ans, un premier prix dos plus bril-
lants. Depuis cette époque, le travail le plus consciencieux et le plus
assidu a mûri les dispositions constatées par ce premier succès d'école,
et Mlle Clémence Labéda s'est produite cet hiver dans plusieurs de nos
salons avec beaucoup d'éclat. Le bruit de ces succès lui a valu un en-
gagement pour la saison de Bade. C'est une célébrité que nous saluons à
sa naissance. Nous souhaitons pouvoir en suivre les progrès rapides, et
la retrouver à une belle place dans la saison prochaine des concerts à
Paris.
*% M. Victorin Jonciôres , jeune compositeur que nous avons déjà
eu occasion d'apprécier, vient de publier deux charmantes romances et
une chanson, intitulées Adieu, Bonjour Suzon et la Vision, paroles d'Alfred
de Musset. On rencontre dans ces morceaux le sentiment exquis et l'al-
lure franche qui distinguent le talent de Al. Joncières.
»% S. Ex. M. de Sabouroff, directeur des théâtres impériaux de Rus-
sie, est arrivé à Paris.
»% Litolff est de retour de Liège, où il vient de faire exécuter des
fragments de son opéra Don Rodrigue de Tolède.
„*„ Joseph Vieniawski vient de partir pour Londres.
,,,% L'assemblée préparatoire du congrès pour la restauration du
plain-chant et de la musique religieuse, aura lieu le vendredi 25 mai,
à une heure, dans les salons d'Erard, 13, rue du Mail.
„*„ V Etude artistique sur le diapason normal, publiée par notre hono-
rable et cher confrère, G. Bénédit, de Marseille, est un des plus raison-
nables et des plus spirituels écrits que nous connaissions sur ce sujet,
qui n'a pas porté bonheur à tout le monde. L'auteur y a joint quelques
anecdotes sur les ténors eu province, qui égayent la matière, et dont nos
lecteurs ont pu juger, par l'échantillon que nous leur en avons donné
dans ce journal même.
j,** La réponse des vingt-trois signataires de la brochure intitulée :
Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode
de musique de M. le docteur Chevé à la lettre rédigée par les dix-sept
membres du comité de patronage a paru le 15 de ce mois. Nous en pu-
blierons le texte.
„% L'entrée du concert Musard, ù cause de l'exposition agricole qui
a lieu au mois de juin, est replacée (provisoirement) où elle était l'été
dernier, lors de l'ouverture. Le public, piétons et voitures qui se ren-
dentau concert, devront prendre l'avenue d'Antin(rond-point des Champs-
Elysées).
„..*,,, Nanette Schechner (Mme Waagen), cantatrice si fêtée autrefois,
vient de mourir à Munich dans sa cinquante-sixième année. Mme Schech-
DE PARIS.
191
lier a surtout brillé à Vienne et à Berlin : elle excellait notamment dans
la Vestale, et dans le rôle d'Emmeline, de la Famille suisse, opéra de
Weigel.
#% Le prince Constantin Czartoryski (né àPulawy le 28 octobre 1773),
Mécène des beaux-arts, chez lequel, depuis treize ans et toutes les se-
maines, il y avait un cercle de soixante personnes pour entendre le
meilleur quatuor de Vienne, Mayseder en tête, est mort à. Vienne le
2i avril dernier.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*t Poitiers, il mai.— La grande association musicale de l'Ouest,
fondée par M. Beaulieu, vient de tenir ici son congrès annuel, divisé en
trois journées, et l'on peut dire que cette fois M. Chaine en était le héros.
La première journée, celle du 8 mai, était consacrée à l'exécution d'une
messe composée par lui, et la seconde, celle du 9, à un concert donné
sous sa direction. Un bal, donné le 41, terminait cette belle solennité.
Ne pouvant entrer dans l'analyse détaillée de chaque morceau de la messe,
nous nous bornerons à dire qu'on en a sans exception admiré le carac-
tère, l'inspiration, le style, et que le compositeur a du être content de
son succès. Dans le concert, où figuraient la symphonie eu la de Men-
dclssohn, l'ouverture de Slruensée, de Meyerbeer, des morceaux de la
Flûte enchantée et à'IJoménèe, de Mozart, et le finale de la symphonie
avec chœurs de Beethoven, un fragment de quintette pour instruments
à vent, également composé par M. Chaine, a produit un effet ravissant.
MM. Dorus, Triébert, Leroy, Ilalary et Janeourt l'ont rendu avec
une perfection sans égale. MM. Battaille, Jourdan et Mlle François,
qui s'étaient distingués dans l'exécution de la messe, n'ont pas pris une
part moins importante au concert, constamment acccompagné des bravos
unanimes de l'auditoire.
„,% Brest. — Martha vient d'être représentée avec un très-grand succès;
c'était ù qui applaudirait le plus chaleureusement les charmantes mélodies
de M. de Flotovv. Son œuvre a d'ailleurs été très-bien interprétée;
Mme Boulangeot est une très-séduisante Martha; Mlle Esther Danhauser,
nne suivante très-accorte et très-piquante; Arnaud, dans Lionel et
Graat dans Plumkett ne laissent rien à désirer. Notre habile chef d'or-
chestre, M. Beautran, a eu sa bonne part dans le succès.
„*, Strasbourg. — On vient de représenter l'opéra de Lortzing : Czar
et charpentier. La musique de cet opéra, qui a obtenu beaucoup de suc-
cès en Allemagne, est originale et aurait été bien mieux accueillie
si le poème eût été meilleur.
*% Nice. — L'un de nos artistes les plus distingués, M. Perny, a
composé un Chant patriotique qui a pour sujet l'annexion de notre
comté à la France. C'est un hymne d'un beau caractère et qui produit
beaucoup d'effet. Il doit être chanté au grand théâtre le jour de la
proclamation officielle de l'annexion, par les choristes du théâtre et le
chœur des ouvriers, en tout soixante voix.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*% Berlin. — La Société nouvellement engagée par le théâtre Kroll
a commencé ses représentations par Martha, ae M. de Flotow.
„*„ Vienne. — M. Jules Sulzer écrit la musique d'un grand opéra, dont
les paroles sont de M. OttoPrechtler. — On annonce la prochaine repré-
sentation du Siège de Corinthe par la Société italienne du Theater an der
Wien. — Jules Stockhausen a donné son troisième et dernier concert. —
Mlle Frassini est engagée au théâtre de l'Opéra de la cour pour chanter
le rôle de Dinorah pendant la saison prochaine.
„,*„ Svhwerin. — Le théâtre de la Cour a terminé ses représentations (Le prospectus de l'ouvrage
par Robert le Diable , de Meyerbeer.
$% BrunsuÀck. — Pour l'anniversaire de la naissance du grand-duc ,
le théâtre de la Cour a repris Lestocq. opéra-comique d'Auber.
„% Dusseldorf. — Le trente septième festival du Bas-Rhin aura lieu les
27, 28 et 20 mai dans notre ville. Premier jour : symphonie de Robert
Schumann ; Samson, oratorio de Haendel. Deuxième jour : ouverture des
Deux journées , de Cherubini ; fragments d'Iphigénie en Tauride , de
Gluck; septième symphonie de Beethoven. Troisième jour : concert où
se feront entendre Mme Burde-Ney, de Dresde; Mlle Schreek, de Bonn;
MM. Jules Stockhausen, de Paris ; Joachim, de Hanovre, et d'autres vir-
tuoses.
„,% Saint-Pétersbourg. — Le début de Mme Semenow, cantatrice du
théâtre de Moscou, a eu lieu dans Martha; le charmant opéra de Flotow
a été l'occasion d'un succès pour l'artiste. — L'opéra nouveau de M. Quew,
dont la première représentation était annoncée, a été retardé par suite
d'une indisposition de Mme Boulokhow. — Mlle Bagdanoff continue depuis
sa rentrée à être grandement en faveur auprès de notre public. — La
reconstruction du théâtre du Cirque, incendié il y a deux ans, est pres-
que terminée ; la salle a subi de grandes améliorations, et elle sera ou-
verte pour l'hiver prochain à l'opéra russe, au drame et aux pièces à
spectacle.
Le Directeur : S. DUFOL'R.
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— Une Aiguille dans une botte de foin 2 50
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iiappoiit officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musi.que en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis,
pris la place Lafayette, à Paris.
MÀTCfiN U UTB? Manufacture de
iUAlijUll H. HliIUl pianos, AS, rue de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos a queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
- Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et iu obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et laci:iquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il lient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
bualité du son. ■
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
f« médaille d'or
Exposition nationale française de 1849.
DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR
Exposition de 1849.
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Le Journal paraît le Dimanche.
ETTE
SICA
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-w\nrj\/v\f j\aa/\- —
SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (1" article), par Arthur
Pougin. Méthode Chevé : réponse des membres du comité de patronage à
la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques ama-
teurs de musique sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé; et
lettre des vingt-trois signataires de cette brochure. — Revue des théâtres, par
Bï. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
KONDOSVILLE ET LA GUERRE DES COINS.
(1" article.)
I.
11 arriva un jour à Vancanson, l'illustre mécanicien, une aventure
assez curieuse qui ne laissait pas que d'avoir un côté tragique, et
qui pensa priver à la fois la France d'un savant de premier ordre et
d'un artiste recommandable.
Yaucanson, connu déjà par la structure admirable de ses célèbres
automates, cherchait à utiliser son génie en le mettant au service
du bien public, et, par l'invention d'une nouvelle machine appelée
à diminuer très-sensiblement la main-d'œuvre dans la fabrication
des étoffes de soie , il allait rendre à l'agriculture une grande
partie des bras qui lui manquaient et qu'elle réclamait impérieu-
sement. Mais, en France comme ailleurs — peut-être plus qu'ail-
leurs — les idées nouvelles ont peine à se faire jour, et, de plus,
l'intérêt particulier, qui est l'ennemi le plus acharné du bien général,
est toujours là pour entraver les progrès utiles et réduire à néant les
plus magnifiques conceptions du génie.
Sur l'invitation qui lui en fut faite par le gouvernement, Vaucanson
se rendit à Lyon afin d'y faire l'essai du nouveau procédé qu'il desti-
nait à nos fabriques ; il était accompagné dans ce voyage par un de
ses amis les plus intimes. Après une route longue et fatigante — on
mettait alors plus d'une semaine pour franchir la distance qui sépare
Lyon de la capitale — nos deux voyageurs arrivent un matin, harassés
de fatigue et moulus, dans la seconde ville du royaume de France et de
Navarre. Ils descendent à l'hôtel qui leur avait été indiqué, et, sans se
douter des dangers qu'ils couraient et auxquels ils s'exposaient si inno-
cemment, ils ne songent qu'à prendre, quelques moments de repos. Par
malheur pour eux, la nouvelle invention, en se répandant dans la po-
puleuse cité, y avait eu déjà un grand retentissement, et à peine nos
deux voyageurs avaient-ils mis pied à terre que le bruit de leur
arrivée transpirait parmi la population ouvrière. Ils étaient bien
tranquilles et ne cherchaient qu'à se délasser de leur longue excur-
sion, lorsque des cris féroces retentissent tout à coup au dessous des
fenêtres de leur chambre. Surpris et émus, ils demandent quelle peut
être la cause de ce bruit inaccoutumé, et apprennent bientôt que c'est
la foule des ouvriers qui se croient blessés dans leurs intérêts par la
nouvelle invention de Vaucanson et. qui ne parlent que de se saisir de
sa personne et de le lapider. On devine, à une pareille nouvelle, la
terreur du savant artiste et celle de son compagnon qui pouvait être
enveloppé avec lui dans la fureur populaire : terreur d'autant mieux
justifiée d'ailleurs que des menaces la populace passait à l'exécution, et
que plusieurs projectiles lancés à travers les carreaux avaientdéjà failli
les atteindre. Nos deux amis ne savaient que faire ni à quoi se résou-
dre, lorsque, heureusement, une personne charitable leur prêta deux
déguisements qui les aidèrent à échapper au triste sort dont ils étaient
menacés. Ils ne le purent toutefois qu'à la condition de s'entourer de
mille précautions, et durent, pour ne point tomber entre les mains de
leurs ennemis, s'évader par les greniers ; ils passèrent ensuite, non
sans péril, dans une maison voisine, où ils réussirent à se dérober à
tous les yeux en attendant le coucher du soleil ; puis, la nuit venue,
ils sortirent enfin de leur cachette et s'enfuirent précipitamment de la
ville, ayant ainsi le bonheur d'échapper sains et saufs à un péril si
inattendu.
II.
L'ami qui avait accompagné Vaucanson dans cette dangereuse ex-
cursion avec l'espoir d'être témoin de son triomphe, et qui, tout au
rebours de ses prévisions, avait failli être enveloppé dans sa perte,
était Mondonville, musicien d'un grand renom, qui pendant vingt ans
tint fixés sur lui les yeux de Paris et de toute la France, et qui eut la
gloire d'être mis par ses contemporains en parallèle avec Rameau,
quoique son talent fût loin d'égaler celui du célèbre compositeur
bourguignon.
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1) naquit à Narbonne le
25 décembre 1715. Sa famille, fort ancienne, était originaire de Tou-
louse, et un de ses ancêtres, Germain Cassanéa, avait été capitoul de
cette ville en 1553(2). Son aïeul, pour une peccadille de jeunesse sans
(1) Cassanéa était le nom véritable de ses ascendants. Joseph prit celui de Mon-
donville, d'une terre patrimoniale qui avait appartenu autrefois a sa famille, mais
dont celle-ci à sa naissance n'élait plus eu possession.
(2) On sait que les capilouls étaient les magistrats municipaux de la ville de
Toulouse, et qu'ils tenaimt cette dénomination de l'habitude qu'ils avaient de se
réunir au Capilole pour exercer leurs fonctions et rendre leurs sentences. La puis-
sance de ces otficiers publics était beaucoup plus considérable que partout ailleurs,
et il paraît même que, dans l'origine, elle s'étendait, non-seulement à la ville en-
194
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
importance, avait été privé de ses biens patrimoniaux, <■ inconvénient
trop commun de la puissance paternelle, trop peu bornée dans les
pays de « droit romain » — dit un biographe contemporain de Mon-
donville; — en sorte que ce dernier, qui parles siens eût dû être riche,
ne reçut de son père qu'une instruction solide, seul bien que celui-ci
pût lui donner.
Se sentant entraîné vers la musique par un penchant très-prononcé,
Mondonville s'adonna, dès ses plus jeunes années, à une étude sé-
rieuse du violon. On ignore quel fut le professeur sous la conduite du-
quel il acquit un talent incontestable sur cet instrument, ainsi que celui
avec lequel il fit ses études de composition, qu'il commença aussi
de fort bonne heure ; mais ce que l'on sait, c'est qu'à l'âge de dix-
neuf ans, grâce à un travail consciencieux et persévérant, il était déjà
l'un des premiers violonistes que possédât la France. C'est alors qu'il
quitta sa ville natale et entreprit de voyager en donnant des concerts.
De grands succès l'accueillirent partout où il se présenta, et il fut bien-
tôt appelé par l'administration du concert de Lille pour y tenir l'em-
ploi de premier violon. Encouragé par la façon bienveillante dont il
fut reçu dans la capitale de la Flandre française, il songea à mettre
aussi à profit son talent de compositeur et écrivit trois grands motets
sur les psaumes :
Dominus regnavit, décorum indutus est.
Magnus Dominus et Laudabilis nimis.
Jubilate Deo, omnis terra ; servite.
Ces trois motets furent exécutés au concert et y obtinrent un écla-
tant succès. Le duc de Boufflers, qui était alors gouverneur de Lille,
engagea fortement le jeune Mondonville à diriger ses pas vers Paris,
lui offrit des lettres de recommandation et finit par le déterminer à se
rendre dans la capitale. Il y vint en effet, et commença par jouer
quelques solos de violon au concert spirituel; la sensation qu'il y
produisit fut très-grande. Il y fit aussi exécuter ses trois motets qui
lui valurent un véritable succès d'enthousiasme. « On n'avait point
» encore vu au concert spirituel — dit un recueil du temps — une
» affluence égale à celle qu'attirèrent les premiers essais de M. de
» Mondonville (1). » Peu de temps après, il fit entendre ces mêmes
motets à la chapelle de Versailles devant le roi et toute la cour, et
« la cour ainsi que le public — dit un autre recueil contemporain —
» parurent dans le plus grand étonnement de voir ce jeune homme,
» à peine sorti de l'enfance, compositeur de trois motets qui éga-
» laient les plus beaux de Lalande (2). » Le duc d'Aumont et le duc
de la Trémoille (3) l'attachèrent alors en qualité de violon à la mu-
sique particulière du roi et à la chapelle de Versailles, en lui faisant
entrevoir l'espérance de la première place de maître de cette chapelle.
Ceci se passait en 1737 ; le jeune artiste était donc seulement dans
sa vingt-deuxième année.
Mondonville, sentant sa position assurée et se voyant à la tête de
tière, mais encore à tout le comté. Leur autorité était telle en 1463 que ce fut entre
leurs mains que le roi Louis XI fit le serment de conserver les libertés et fran-
chises de la ville et du comté de Toulouse, et voici comment s'exprime à ce sujet
un ancien historien : « Il ne faut pas trouver estrange si dans cet acte, les capi-
» tonls de Tolose stipulent pour tout le comté ; d'autant qu'ils ne doivent pas estre
n pris pour de simples magistrats municipaux ; car estant autrefois le conseil des
» comtes de Tolose, ils doivent estre considérez comme l'ancien sénat do la pro-
» vince de Languedoc. »
On conçoit que les citoyens élevés à une telle dignité devaient être choisis
parmi les plus influents et les plus honorables, et que la considération qui s'atta-
chait à leur nom rejaillissait sur la famille entière; c'est pourquoi celle de Mon-
donville, quoique ruinée, était encore regardée comme une des plus considérables
et des plus fameuses de la province.
(1) Nécrologe (les hommes célèbres de France, notice sur Mondonville.
(2) Les Spectacles de Paris, 1773, notice sur Mondonville.
(3) Premiers gentilshommes de la chambre, en service ordinaire à la chambre et
à la chapelle.
deux emplois qui lui valaient des émoluments considérables, se livra
à la composition avec une ardeur plus vive encore que par le passé.
Il fit paraître en peu de temps deux livres de sonates pour le violon,
un livre de trios et deux livres de pièces de clavecin ; plus tard il
composa plusieurs concertos d'orgue qui produisirent un grand effet
par la façon supérieure dont lialbâtre les exécuta au concert spiri-
tuel (1). Selon la promesse qui lui en avait été faite, il succéda en
ilkk à Gervais (2) comme maître de chapelle de Versailles. Parvenu,
malgré son jeune âge, à un poste aussi important, Mondonville ne
songea qu'à s'en rendre digne; il se remit alors à la musique reli-
gieuse, à laquel'e il devait le commencement de sa réputation, et
écrivit deux motets sur les psaumes : Venite, exultemus Domino, et
De profundis clamavi ad te, Domine. Ces deux nouvelles productions
furent, comme les précédentes, accueillies avec un immense succès ;
dans la première, le verset Venite, adoremus, fut l'objet de l'admira-
tion des contemporains, et donna à Coypel l'idée de son tableau de
Y Adoration (3).
(La suite prochainement .)
Arthur POUGIN.
Nous avons promis de publier la lettre adressée aux membres du
comité de patronage de la méthode Chevé par les vingt-trois signa-
taires de la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens
et de quelques amateurs sur cette méthode. Nous allons tenir notre
promesse; mais pour que rien ne manque à l'instruction du débat et que
nos lecteurs puissent juger en connaissance de cause, nous commen-
cerons par reproduire la réponse même du comité de patronage à la
brochure en question, bien que nous en ayons déjà inséré quelques
fragments dans les colonnes de ce journal. (Voir n» 19.)
« Une brochure, signée des noms les plus honorables et les plus
justement renommés au point de vue musical, vient d'être publiée
dans le but de combattre le système de musique enseigné par M. Chevé.
Cette brochure est intitulée : Observations de quelques musiciens et
de quelques amateurs de musique sur la méthode de musique de
M. le docteur Chevé.
» Depuis plus de vingt ans que MM. Paris et Chevé enseignent la
méthodedont J.-J. Rousseau et Galin ont posé les premières bases, jamais
attaque aussi redoutable n'a été dirigée contre eux. Nous étant, avant
(1) Claude Baldathe, un des organistes les plus distingués du siècle dernier,
naquit a Dijon le 8 décembre 1729 j il vint à Paris le 16 octobre 1750, y prit pen-
dant quelques années des leçons de Rameau, son compatriote et son ami, et dé-
buta le 21 mars 1755 au concert spirituel, où il fut bientôt attaché. Reçu,
le 26 mars 1756, organiste de Sainl-Roch, en survivance de Landrin, il fut,
en 1760, nommé à l'Eglise de Paris ; plus tard, en 1776, il obtint le brevet d'orga-
niste de Monsieur, conserva cet emploi jusqu'à la Révolution, qui lej.lui enleva, et
mourut a Paris le 9 avril 1799.
(2) Né à Paris le 19 février 1671, Chables-Hubeiit Gervais, musicien médiocre,
obtint, à l'aide de puissantes protections, la direction de la musique de la cham-
bre du duc d'Orléans, régent du royaume, compositeur lui-même et amateur pas-
sionné de musique ; il fut appelé ensuite à la maîtrise de la chapelle de Ver-
sailles, où il resta jusqu'à sa mort. Trois pièces furent dounées sous son nom à
l'Académie royale de musique : Méduse (et non point Médée, comme ledit à tort
La Borde; Médée, opéra en cinq actes, est de Charpentier, l'auteur de la mu-
sique du| Malade imaginaire, et qui fut le professeur de composition du duc
d'Orléans), 1697, opéra en cinq actes; Hijpermnes/re (1716), dont le régent avait
écrit plusieurs morceaux, et les Amours de Protée (1720). Ces ouvrages u'eurent
point de succès. Gervais mourut a Paris le 15 janvier 1744 .
(3) u M. Coypel, premier peintre du roi, saisi d'enthousiasme, conçut dans l'ins-
» tant le plan de son beau tableau de l'Adoration, et pour prouver que c'étoit
» au musicien qu'il en devoit l'heureuse idée, il mit au-dessous les paroles sui-
n vantes: Venite, adoremus, de M. de Mondonville.» (Spectacles de Paris,
1773.)
DE PARIS.
195
la publication de cette brochure, réunis pour patronner le système
d'enseignement qu'elle combat, il nous a paru convenable d'exposer
les motifs qui nous ont déterminés à le défendre.
» Une grande partie de la brochure a pour but d'attaquer la forme
plus ou moins convenable employée quelquefois par M. Chevé dans sa
polémique. Nous sommes loin de défendre les vivacités auxquelles il
s'est laissé entraîner ; mais il nous semble que la forme peut être mau-
vaise sans que pour cela le fond soit condamnable.
» Nous n'avons pas à répondre à la partie théorique de la bro-
chure : c'est à M. Chevé à le faire ; mais comme nous nous trouvons
engagés dans la question par le fait de l'appui moral que nous avons
prêté à sa méthode, nous pouvons préciser le but que nous nous
sommes proposé et essayer de démontrer que, loin d'être hostiles au
Conservatoire, nous n'avons cherché qu'à lui créer des auxiliaires.
» Nous n'avons jamais prétendu, à l'aide de la méthode Galin, Paris
et Chevé, faire des chanteurs émérites (1), des instrumentistes ha-
biles ou île savants compositeurs de symphonies et d'opéras, cela est
l'affaire du Conservatoire : notre but est tout autre :
« Apprendre très-rapidemenLaux masses à lire couramment la tnu-
» sique et à chanter en chœur, ce qui est pour les ouvriers une
» grande distraction et un bon emploi de leurs loisirs; — contribuer
» à développer le goût de la musique dans le peuple et aider à dé-
» couvrir des voix et des organisations musicales qui deviendraient
» des recrues pour le Conservatoire, la maîtrise et le théâtre ; — sim-
» plifier les moyens d'écrire la musique vocale et rendre le prix de
» la copie presque nul, pour que les jeunes compositeurs, pour lesquels
» ces frais sont généralement un obstacle, puissent plus facilement
» faire entendre et juger leurs œuvres ; — rendre l'impression de la
» musique à si bon marché que les classes les plus pauvres puissent
» avoir leur bibliothèque musicale ; — faire connaître les chefs-d'œuvre
» de MM. Auber, Carafa, Halévy, etc., à tous ceux qui, trop pauvres
» pour acheter leur musique, pourront se la procurer par le système
» de Galin.
» Voila ce que nous nous sommes proposé.
» Profondément convaincus que l'habitude prise par les ouvriers de
» se réunir les jours fériés et le soir, après le travail, pour chanter en
» chœur, ne peut manquer d'avoir pour eux les conséquences les
» plus moralisantes, nous nous sommes réunis pour patronner la raé-
» thode Galin, Paris et Chevé, parce qu'elle nous a paru permettre
» mieux que toute autre d'atteindre ce but (2).
» La musique et la morale y trouveront donc chacune leur part.
» Les élèves du Conservatoire, que l'on cite et que l'on oppose
aux élèves de M. Chevé, font de la musique une élude spécjale, tan-
dis que ces derniers sont presque tous des ouvriers, qui ne consa-
crent à l'étude du solfège que quelques heures par mois ; et cepen-
dant, dès qu'ils savent lire la musique par la méthode Galin, ils se
mettent très-vite au courant du système usuel de notation, que nous
ne cherchons d'ailleurs pas à détruire. Nous ne le traitons pas d'illi-
sible , mais nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu'il
est très-long et très-difficile à apprendre , et que très-peu d'initiés
lisent la musique couramment.
». Les auteurs de la brochure repoussent toute idée de modifica-
tion à un système graphique en usage, disent-ils, depuis huit cents
ans. L'ancienneté ne fait pas toujours le mérite, et tout progrès vient
à propos.
» Nous ne saurions trop le répéter, nous ne voulons rien combattre,
rien détruire; suivant nous, la méthode employée par M. Chevé est
(1) Signalons ici une erreur qui nous a causé quelque surprise. Entérite n'a ja_
mais été synonyme d'excellent: en français, on désigne par cet adjectifle profes-
seur qui a pris sa retraite. En latin, emerilus miles signifiait le soldat qui s'était
retiré du service.
(2) Extrait d'une lettre adressée à MM. les ministres d'Etat, de l'instruction pu-
blique et de l'intérieur, en date du 19 janvier.
un moyen plus simple et plus rapide d'apprendre la musique aux
masses chorales.
» Si vingt années de succès n'ont rien prouvé, si nous sommes
dans l'erreur, si nous patronnons un système mauvais et nuisible, nous
ne demandons qu'à être convaincus, mais non pas convaincus par
une polémique qui n'a que trop duré.
» Voilà ce que nous proposons :
» En présence des signataires de la brochure et des membres for-
mant la commission de patronage ■
» 1° Que chaque école expose scientifiquement, au tableau, ses
principes et ses moyens d'action ;
>■ 2° Que des expériences pratiques et comparatives soient faites
sur les résultats déjà obtenus de part et d'autre ;
» 3° Que deux expériences parallèles, sur deux masses tout à fait
étrangères à la musique, soient tentées, l'une sous la direction de
MM. Pasdeloup et Bazin, directeurs de l'Orphéon ou de toute autre
personne qu'il plaira aux signataires de la brochure de désigner,
l'autre sous la direction de M. Chevé. Ces trois expériences faites, on
saura définitivement à quoi s'en tenir, et une fois édifié, on cessera,
de part et d'autre, une polémique inutile et indigne de l'art.
» Si M. Chevé prêche une fausse doctrine, elle sera écartée à tout
jamais.
» S'il triomphe, il aura prouvé que la méthode qu'il enseigne est
bonne comme moyen élémentaire et préparatoire, et il n'en résultera
pas pour cela qu'il faille brûler les bibliothèques musicales et fermer
le Conservatoire, ni même y introduire son système.
» S'il est démontré que certains points de la méthode de MM. Galin,
Paris et Chevé sont bons, on les laissera subsister et se propager par
la force des choses, sans y porter obstacle, et les points erronés se-
ront écartés.
» Nous sommes convaincus que les personnes illustres et honorables
qui ont rédigé et signé la brochure, ne refuseront pas de se joindre
à nous. Ce n'est pas une lutte que nous demandons, ce n'est pas
même un concours, c'est un examen fait avec une bienveillance mu-
tuelle, profitable à l'art et destiné à faire cesser toute polémique.
» Les uns et les autres nous cherchons la vérité; nous la trouve-
rons mieux ensemble.
» Comte DE MORNY, président du Comité de patronage;
— Prince PONIATOWSKI, vice-président; — Comte
OLYMPE AGCADO, — Comte ONÉSYME AGUADO,
— Général DE COURTIGIS, — FÉLICIEN DAVID,
— Baron DUBOIS , — GEVAERT, — LEFÉBURE-
WÉLY, — MAGIN-MARRENS, inspecteur de l'en-
seignement primaire ; — EDMOND MEMBRÉE, —
Comte JOACHIM MURAT, — NEUKOMM, — OF-
FENBACH, — RAVA1SSON, membre de l'Institut;
— Marquis DE SAMPIERI, — ERNEST L'ÉPINE,
secrétaire du Comité.
» Paris, 16 avril 1860. »
A MM. les membres du comité de patronage de la méthode enseignée
par M. Emile Cliev".
« Messieurs,
» Il n'existe et il ne saurait exister aucune polémique entre M. Emile
Chevé et nous. Aux incessantes attaques dirigées depuis quinze ans
par M. Chevé contre la méthode de notation musicale universelle-
ment adoptée, aux récriminations, violentes jusqu'à l'outrage, pro-
diguées à ceux d'entre nous qui avaient été appelés, comme membres
de la commission du chant pour les écoles de Paris, à se prononcer
sur son enseignement, nous n'avions, par un sentiment que vous
saurez certainement apprécier, opposé que le silence le plus absolu.
196
fiEVUK ET GAZKTTE MUSICALE
Mais lorsque nous avons appris qu'un comité composé d'hommes con-
sidérables se formait pour patronner ce système, nous avons reconnu
que nous avions une mission à remplir, et nous avons publié nos
Observations afin d'éclairer le public sur la valeur théorique et pra-
tique de la méthode de musique de M. Emile Chevé.
» Aujourd'hui, avec une courtoisie dont nous vous exprimons
toute notre gratitude, vous voulez bien, Messieurs, nous faire savoir
le but que s'est proposé votre comité, constitué avant la publication
de notre écrit.
» Constatons tout d'abord, que, loin de vous associer à la préten-
tion de M. le docteur Chevé de donner le coup de grâce à la routine
musicale, « vous ne voulez rien combattre, rien détruire, et que loin
» d'être hostiles au Conservatoire, vous ne cherchez qu'à lui créer
» des auxiliaires. »
» Constatons également que « vous n'avez jamais entendu, à l'aide
» de la méthode Chevé, faire des chanteurs entérites, des instru-
» mentistes habiles ou de savants compositeurs de symphonies ou
» d'opéras, et que votre seul but est d'apprendre très-rapidement
» aux masses à lire couramment la musique et à chanter en
» chœur. »
» Tel est aussi le but que se sont proposé, bien avant M. Chevé,
Choron et Wilhem, après eux, MM. Hubert et Gounod, et que s'ef-
forcent d'atteindre leurs successeurs, sous la direction de la commis-
sion de surveillance de chant.
» Réduit aux termes dans lesquels vous l'admettez, le système d'en-
seignement de M. Chevé ne se présente plus que comme un procédé
ayant pour objet de rendre plus facile et plus prompte la lecture de la
musique dans ses premiers rudiments, sauf à l'élève à l'oublier pour
apprendre la notation usuelle dès l'instant où il aura franchi les pre-
miers degrés de l'instruction élémentaire.
» Mais, à ce point de vue même, nous ne saurions reconnaître l'uti-
lité du procédé reproduit par M. Emile Chevé, et nous ajoutons que
l'expérience a démontré et démontre tous les jours l'excellence de la
notation usuelle, non-seulement pour former les élèves des conserva-
toires de musique, mais encore pour initier à la lecture musicale les
masses chantantes, dont l'éducation préoccupe MM. les membres du
comité de patronage.
» A cet égard, nous ne pouvons que prier les honorables membres
de ce comité de sortir de l'amphithéâtre du docteur Chevé pour par-
courir les trois cents écoles communales de la ville de Paris, où,
matin et soir, près de vingt mille enfants et adultes reçoivent l'en-
seignement d'après la routine musicale, ou de vouloir bien assister
aux répétitions hebdomadaires de l'Orphéon, ou encore de se ren-
seigner près des sept cents sociétés chorales qui existent en France,
et ils reconnaîtront que la notation usuelle n'a rien à envier au pro-
cédé Chevé, qu'elle n'a aucun besoin de son secours ni de celui d'au-
cun remède empirique pour produire les heureux effets qu'on en doit
attendre. — C'est que, nous ne saurions trop le répéter, la notation
usuelle est si facile à saisir pour les organisations les moins exercées,
qu'il suffit de pénétrer dans tous les centres d'études où elle est em-
ployée pour être frappé de la promptitude avec laquelle les enfants
les plus jeunes, les ouvriers les plus étrangers à l'alphabet musical,
le comprennent et le lisent.
» N'est-ce pas là, Messieurs, un spectacle plein d'intérêt, et de
toutes les épreuves la plus considérable comme la plus concluante?
Or, quand un système de notation produit un tel enseignement et
donne de tels résultats ; quand, constituant déjà un progrès, il s'est
prêté depuis tant de siècles à toutes les modifications de l'art; quand
cette notation est devenue l'unique organe des relations musicales du
monde entier, pourquoi troubler cette harmonie par l'adoption d'un
procédé sans valeur, triste retour vers l'enfance de l'ait?' Pourquoi
élever une petite église à côté de la grande assemblée universelle dans
le giron de laquelle les néophytes de la première doivent toujours
rentrer, de "votre propre aveu, pour devenir musiciens?
» Que diriez-vous, Messieurs, si on proposait d'avoir, pour l'étude
de la langue française, deux alphabets et deux orthographes distincts,
les uns à l'usage des classes populaires, les autres réservés aux
classes mieux traitées par la fortune? Que penseraient les masses, ob-
jet de notre mutuelle sollicitude, de cette classification intellectuelle ?
Croyez-vous que, si on demandait soit à l'Académie française, soit à
l'Université, de faire une expérience comparative des deux systèmes,
ces illustres corps acceptassent une semblable proposition? et à plus
forte raison, accepteraient-ils cette expérience, s'il s'agissait, non de
la langue particulière à un peuple, mais d'une laugue universelle, en
usage chez toutes les nations civilisées ?
» Aussi, Messieurs, permettez-nous de persister dans les conclusions
de notre écrit et de maintenir le jugement que nous avons porté sur
le mode d'enseignement de M. Emile Chevé.
» Agréez, Messieurs, l'assurance de notre haute considération.
» ACBER (de l'Institut) ; — CARAFA (de l'Institut) ;
— CLAPISSON (de l'Institut) ; — ERMEL ; —
VICTOR FOUCHER, président; — CASIMIR
GIDE; -CHARLES GOUNOD; — F. HALÉVY
(de l'Institut); — JOMARD (de l'Institut); —
Général MELLINET ; — 1IEYERBEER (de l'Ins-
titut); — EDOUARD MONTAIS; — NIEDER-
MEYER; — EDOUARD RODRIGDES, vice-
président; — AMBROISE THOMAS de l'Insti-
titut ; VARCOLLIER, membree de la commission
de surveillance de l'enseignement de chant dans
les écoles communales de Paris; — H. BERLIOZ
(de l'Institut) ; — DIESTCH (chef d'orchestre de
l'Opéra) ; — GEORGES KASTNER (de l'Institut) ;
— J. D'ORTIGUE (directeur rédacteur en chef
de la Maîtrise) ; — VERDI (correspondant de
l'Institut);— BAZIN et PASDELOUP, directeurs
de l'Orphéon de Paris. »
REVDE DES THEATRES.
Théâtre- Français : les Deux veuves, comédie en un acte, par
M. F. Mallefille. — Odéon : une Veuve inconsolable , comédie en
trois actes et en vers, par M. César Perruchot. — Théâtre Ven-
tadour: Mme Ristori dans Elisabelta, regina d'inghilterra , et
dans Maria Stuarda. — Gymnase : les Pattes de mouche, comédie
en trois actes, par M. V. Sardou. — Variétés : Sourd comme un
pot, vaudeville de MM. Dupin et H. Leroux. — Palais-Royal : le
Pantalon de Nessus, vaudeville de MM. A. Monnier et E. Martin. —
Ambigu : Reprise de l'École des jeunes filles, drame en cinq actes,
par Mme Mélanie Waldor. — Théâtre Déjazet : Racine vit en-
core, vaudeville de M. Carmouche ; Mlle Cristina Mendez et les
danses espagnoles. — Ouverture du Cirque de l'Impératrice et
de I'Hippodrome : Léotard et Leone Stare.
Nous avons eu déjà occasion de remarquer que le hasard se plaisait
à de singuliers rapprochements dans la tête des auteurs. Les idées
sont dans l'air, dit-on ; nous serions tenté de le croire en voyant
la grande consommation de veuves inconsolables que le théâtre a faite
depuis quelque temps. Après Jeanne qui pleure, voici la Comédie-
Française qui joue à son tour les Deux veuves, un gentil et spirituel
proverbe dans lequel les sœurs Brohan font assaut de fines coquette-
ries, l'une en sa qualité de. veuve consolée, et l'autre de veuve qui
ne veut pas l'être, mais qui finit pourtant par troquer sa robe de deuil
contre une parure blanche de mariée. 11 y a dans celte petite pièce,
intriguée à la manière de Sedaine , un rôle de garde-chasse très-
plaisamment composé par Monrose. Les Deux veuves de M. Félicien
Mallefille ont donc réussi sans contestation, et varieront agréablement
le répertoire.
DE PARIS.
197
— A l'Odéon , nous retrouvons encore une Veuve inconsolable.
Celle-ci est en trois actes et en vers: mais elle n'en est pas plus
neuve pour cela, et quoiqu'elle ait reçu un bon accueil du public, elle
ne se distingue pas, comme celle des Français, par une originalité re-
lative. Gabrielle a juré de ne pas se remarier ; son père et sa cousine
s'unissent pour lui tendre un piège. Loin de chercher à combattre
son obstination, on feint de détourner sur une rivale l'amour de son
prétendant ; mais le complot est trahi par une soubrette, et Gabrielle,
quand elle s'est bien vengée des conjurés, finit par oublier son ser-
ment et par accorder à tout le monde un généreux pardon. Les vers
de cette comédie sont presque toujours élégants et faciles ; quelques-
uns ont été applaudis avec justice. S'ils ont un défaut, c'est le sujet
banal qui les a inspirés.
— Mme Ristori, dont la présence à Paris s'est révélée par sa
participation active à la soirée donnée au bénéfice de la petite-fille
de Racine, a commencé ses représentations annuelles à la salle Ven-
tadour. Malgré un accident qui a mis, assure-t-on, sa vie en danger,
elle a déjà joué deux grands rôles de son répertoire, avec une supé-
riorité de moyens très-rassurante pour les suites de son empoison-
nement involontaire. Les bravos qui lui ont été prodigués dans
VElisabetta, regina d'Inghilterra, de Paolo Giacometti, et dans la
Maria Sluarda, imitée de Schiller, ont dû lui être une preuve de
l'intérêt soutenu qu'on porte chez nous non moins à son talent qu'à
sa personne.
— Parmi les jeunes auteurs dont le nom contient le plus de pro-
messes d'avenir, M. Victorin Sardou a droit à une distinction toute
spéciale. On a prétendu que l'esprit de Beaumarchais revivait en lui.
Sans partager cette opinion hyperbolique, nous pensons qu'il est
heureusement doué pour le théâtre, et qu'il possède non-seulement
l'art de faire parler des personnages, mais aussi celui de les faire agir
avec un brio, une habileté qu'on n'est pas habitué à trouver réunis au
même degré chez la plupart de ses confrères, même les plus che-
vronnés. La comédie en trois actes qu'il vient de faire représenter au
Gymnase, sous le titre des Pattes de mouche, est un véritable tour
de force dont M. Scribe eût seul été soupçonné capable. Le sujet n'est
rien; Edgard Poe qui bâtissait des Histoires extraordinaires sur la
pointe d'une aiguille, en a donné un avant-goût dans sa Lettre volée.
Tous les gens intéressés à découvrir cette lettre, la cherchent bien loin
et y consacrent, bien des efforts. L'homme qui la détient l'a tout sim-
plement mise en évidence dans un porte-montre pendu à sa cheminée,
et il ne faut pas moins qu'un observateur de génie pour l'aller pren-
dre là. La pièce de M. Sardou procède de ce conte ingénieux ; seu-
lement elle se complique d'une jalousie conjugale qui lui prête un
intérêt assez semblable à celui qui a fait le succès d'une ancienne
pièce du Palais-Royal, qu' pu nommait VÉtourneau. Lafontaine, quia
reparu au Gymnase dans le principal rôle des Pattes de mouche,
semble avoir dit adieu au drame pour rentrer dans le giron de la
bonne et saine comédie; à ce compte-là, il aurait pu s'épargner le
luxe de ses longues pérégrinations.
— Aux Variétés on joue Sourd comme un pot : c'est l'éternelle
facétie du sourd qui entend. Celui-là a été réellement affligé d'un
dérangement de son système auditif, et on a pris l'habitude autour
de lui de ne pas se gêner pour le maltraiter en paroles et pour dire
des douceurs à sa femme. Vous voyez d'ici le coup de théâtre quand
on s'aperçoit que l'ouïe lui est revenue sans qu'on le sache. Il ne
manque à ce vaudeville, pour être aussi amusant que le Sourd de
Desforges, que le papa Doliban et son gendre Danières.
— Un vieux fabliau, qui a pour titre la Culotte du juge, pourrait
bien avoir servi de patron au Pantalon de Nessus, qui figure aujour-
d'hui sur l'affiche du Palais-Royal. Dans l'un, le juge se rend à l'au-
dience avec une culotte qui n'est pas la sienne et qu'il a prise par
mégarde au chevet de sa femme ; dans l'autre, le malheureux Beau-
fumé, un homme sérieux, s'en va à ses affaires avec un pantalon ga-
rance trouvé de la même façon, et devenu corrosif comme la robe de
Nessus. Où diable la mythologie va-t-elle se nicher?
— L'Ambigu a repris, pour le bénéfice d'un artiste de la maison,
l'Ecole des jeunes filles, de Mme Mélanie Waldor. Ce drame, repré-
senté d'origine, avec un très-grand succès, au théâtre de la Renaissance,
n'a pas produit moins d'effet sur la scène qui a eu l'heureuse idée de
le rendre aux applaudissements du public. Fort bien interprété par
Caslellano, par Mlles Delaislre et Marty, il aide puissamment la
Sirène de Paris à charmer le boulevard Saint-Martin.
— La souscription ouverle en faveur de Mlle Noëmie Trochu avait
suggéré à M. Carmouche un à-propos qui se vendait au profit de cette
petite-fille d'un grand homme. Le théâtre Déjazet s'est associé à cette
bonne œuvre en mettant à son répertoire le vaudeville de M. Carmou-
che, intitulé Racine vit encore. Cette pièce accompagne Monsieur
Garât, et le spectacle est complété de la manière la plus attrayante
par les danses espagnoles de la senora Crislina Mendez et de sa troupe.
Deux ballets, la Flor Gaditana et la Fiesta en Valencia, forment le
cadre de ces exhibitions chorégraphiques.
— Du côté des Champs-Elysées, les théâtres d'été viennent de rouvrir
leurs portes. Le merveilleux trapèze de Léotard attire la foule au Cirque
de l'Impératrice, et l'Hippodrome invite les amateurs du sport à confier
leurs chevaux vicieux aux soins d'un gaucho de l'Amérique du
sud, Leone Stare, qui renouvelle les prodiges du célèbre dompieur
Rarey.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
**„, Au théâtre impérial de l'Opéra, Pierre de Méiicis a été donné
lundi et mercredi. Le spectacle de vendredi se composait de Guillaume
Tell.
„,'*„ Mme Tedesco est de retour à Paris, après une troisième saison triom-
phale à Lisbonne ; on peut dire avec vérité, triomphale, car sa représen-
tation de clôture a été de la part ,du public portugais une ovation com-
plète. Acclamations, innombrable quantité des plus riches bouquets,
conduite à la sortie du théâtre, rien n'a manqué à ces adieux. — Les plus
brillantes propositions sont faites à l'éminente cantatrice ; mais elle n'a
pas encore décidé auxquelles elle donnerait la préférence.
^*t II est question d'une reprise curieuse qui aurait lieu au théâtre
Lyrique avant la clôture. L'opéra d'Herold, les Rosières, représenté avec
beaucoup de succès en 1817, et qui fut la première œuvre marquante du
jeune compositeur devant lequel allait s'ouvrir un si brillant avenir, serait
joué la semaine prochaine par MM. Riquier-Delaunay, Lesage, Gabriel,
Fromant; Mmes Girard, Faivre, Vadé.
*% On représentera prochainement au même théâtre un opéra en un
acte de MM. Carmouche et Louis Lacombe, intitulé la Madone. Cet ou-
vrage à trois personnages sera interprété par MM. Riquier-Delaunay,
Vanneau, et par Mlle Moreau, la jeune et charmante cantatrice.
„.*„. Outre le petit opéra de Lacombe, la Madone, le théâtre Lyrique a
encore à l'étude les Valets de Gascogne, de M. Alfred Pufresne, et le Ma-
riage aux épées, d'une dame compositeur, Mlle Rivay.
**„.. Le théâtre des Bouffes-Parisiens a commencé à prendre ses va-
cances, et il donue en ce moment des représentations à Amiens. De là
la troupe doit aller â Lyon; la réouverture aura lieu le 1" septembre
par la reprise d'Orphée. Ofîenbach reste à Paris pour travailler aux di-
verses partitions qu'il a sur le métier pour l'hiver prochain.
*** Une basse du nom de l'emmarck a appris lu rôle de Pamphile, dans
Fiamlla ; l'opérette de Flotow va donc reparaître la semaine prochaine
sur le théâtre Déjazet et y reprendre le cours de son succès interrompu.
**„. Le ténor Tichatschek, qui s'est acquis une grande célébrité en
Allemagne, vient de recevoir du grand-duc de liesse la médaille d'or
affectée au mérite dans les sciences et les arts.
„% Les journaux allemands annoncent le prochain mariage de Franz
Liszt avec la prince se Wittgenstein ; les dispenses attendues depuis si
longtemps viennent d'arriver de Rome. La cérémonie aura lieu à Fulde,
sous les auspices de l'évèque, qui donnera la bénédiction nuptiale.
„** L'assemblée générale annuelle de l'Association des artistes musi-
ciens aura lieu le jeudi 31 mai, à midi, dans la grande salle du Conser-
vatoire de musique.
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
*% L'Académie des beaux-arts a examiné dans sa séance du 19 de ce
mois, les cantates destinées au concours du grand prix de composition
musicale ; le choix de l'Académie s'est porté sur la cantate n» 29, inti-
tulée le Tzar Ivan IV, et dont les paroles sont de M. Théodore Anne.
*f. La ville de Paris avait mis au concours deux chœurs destinés à
être chantés dans les séances solennelles de l'Orphéon. Plus de deux
cents manuscrits ont été envoyés. Le jury, composé de M. Victor Tou-
cher, président, MM. F. Halévy, A. Thomas, Counod , Niedermeyer,
général Mellinet, Ermel, Ed. Uodrigues, Varcoilier, F. Bazin, Pasdeloup,
a terminé ses travaux d'examen mardi 15 mai. Deux médailles d'or ont
été décernées, l'une à M. Jules Cohen, pour un chœur qui a pour titre :
Prière à la Madone, l'autre à M. Savary, de Saint-Servan, pour un chœur-
barcarolle.
„% Géraldy chante avec un grand succès en ce moment deux mélodies
nouvelles de M. Charles Manry, l'auteur de la belle Messe exécutée
récemment à Saint-Roch au profit de l'Association des artistes musiciens.
Elles ont pour titre : L'enfnnl dangereux et Fleurs d'Italie. Nous avons
rarement entendu^ quelque chose d'aussi bien réussi et d'aussi bien in-
terprété.
**« Le festival qui doit réunir à Londres les orphéonistes de France
s'organise activement. M. Delaporte, qui a pris l'initiative de ce projet,
a adressé une circulaire aux directeurs de ces sociétés chorales pour
leur demander leur concours et leur indiquer les principales mesures à
prendre à ce sujet. Les études sont déjà commencées presque partout,
et des inspecteurs ont été désignés pour en conslater les résultats. Ce
sont MM. Laurent de Rillé, Besozzi et Camille de Vos. De son côté,
M. Henri Leslie, directeur d'une des principales sociétés chorales de
Londres, vient d'adresser une lettre des plus aimables au directeur des
orphéons français, pour les inviter à un concert qu'il donnera en leur
honneur.
*** Le Cercle de l'Union artistique est définitivement conslitué. La liste
des membres fondateurs a été close sur le chiffre de quatre cents. La
première réunion a eu lieu mardi à la salle Herz. L'hôtel Delisle, rue
de Choiseul, a été loué par le Cercle au prix de 40,000 fr.
*** M. de Besnier, qui s'est donné pour mission de propager la bonne
exécution du chant religieux, poursuit avec persévérance son utile en-
treprise, dans laquelle il est secondé avec zèle et talent par Mlles Charles
etPfotzer, soprani distinguées, par Mlle Fagel, contralto qui donne les
plus belles espérances, et par M. et Mlle Wiesen, qui faisaient partie
des quatuors de Mlle Falconi.
*** Nous nous plaisons à conslater le nouveau succès qu'a obtenu
M. Mohr, premier cor solo de l'Opéra et de la Société des concerts, au
concert annuel de la Société des enfants d'Apollon. Cet artiste éminent
a exécuté la fantaisie de Bélisaire, de M. Charles Manry, aux applaudis-
sements unanimes de l'assemblée. L'orchestre, dirigé par M. Léopold
Dancla, a parfaitement rendu l'œuvre de M. Charles Manry.
*% Demain, lundi de l'a Pentecôte, à l'église- Sainte-Marguerite et
sous la direction du maître de chapelle de la paroisse, M. Charles Bleuse,
on exécutera, au bénéfice de la Société de secours mutuels du 11° arron-
dissement, la troisième messe solennelle à grand orchestre de M. Le-
prevost.
»** Im Maîtrise vient de couronner sa troisième année d'existence par
un double manifeste des plus remarquables, signé J. d'Oi'tigue, et dans
lequel le savant et zélé propagateur de la vraie musique religieuse
constate solennellement, après trois années de laborieuse expérience,
le triste état dans lequel se trouve aujourd'hui en France l'éducation du
plain-chant et de la musique d'église. Le premier numéro de la qua-
trième année contiendra un cantique sur la Retraite, du célèbre père
Bridaine;un Ave verum à deux voix, par Ch. Gounod; un Offertoire,
d'Ambroise Thomas; et une Elévation, de Lefébure-Wély. Ue pareils
noms peuvent se passer d'éloge et de commentaire.
*** Sous ce titre : les Concerts de Paris, revue de la saison musicale
de 1800, M. Fillonneau vient de publier un résumé qui n'offre pas moins
d'intérêt aux amateurs qu'aux artistes.
„** L'exécution de la polonaise de Struensée par l'orchestre de Musard
n'a pas produit moins d'effet qu'au concert de la Société des jeunes ar-
tistes. Dite avec beaucoup d'ensemble et avec une observation délicate
des nuances, elle a été vivement applaudie, et elle va occuper une belle
place dans le répertoire du Concert des Champs-Elysées.
»% La valse-bolero de l'iam-lla que Musard a fait exécuter mercredi
aux Champs-Elysées va devenir un des morceaux les plus attrayants de
son programme. Depi.is le l'amen v boléro des Deux aveugles, dont il rap-
pelle l'originalité et lYntrain. nous ne croyons pas qu'on en ait en-
tendu de mieux réussi.
*'%, Le comité de secours pour le= blessés et les familles de ceux qui
sont morts dans la dernière guerre de l'indépendance italienne a adressé
à Camille Sivori une lettre de retuerciments au sujet du concert que le
célèbre artiste a donné au théâtre Carcano, au profit de la pieuse insti-
tution.
*** Un de nos meilleurs violonistes, Itobberechts, qui fut, dit-on, le
maître de Bériot, vient de mourir à l'âge de soixante-deux ans. Per-
sonne parmi les plus célèbres ne jouait avec plus de charme et d'élé-
gance, avec un son plus pur et une justesse plus parfaite. Il excellait
surtout dans l'exécution des œuvres de Mozart qu'il interprétait avec
un sentiment exquis. C'était un maitre dans toute l'acception du mot.
L'art musical perd en lui un de ses plus fervents interprètes, un de ses
plus ardents disciples.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*tLe Havre. — Notre grand Opéra a clôturé par le Prophète, que M. Ju-
clier avait remonté cette année, à la grande satisfaction de notre public.
M. Moulin, dans le rôle de Jean de Leyde, et Mlle Masson, dans celui de
Fidès, ont interprété avec beaucoup détalent le chef-d'œuvre de Meyer-
beer. M. Moulin avait choisi pour son bénéfice la première représenta-
tion de cette reprise qui a fait salle comble.
„*» Le Mans. — Après le succès obtenu à Rennes par le Pardon de Ploer-
mel, nous devions compter sur la prochaine apparition dans notre ville
du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Constatons tout d'abord une
réussite hors ligne et telle que depuis nombre d'années n'en a pas en-
registrée notre théâtre. La foule qui 'avait pu pénétrer dans la salle,
presque aussitôt comblée qu'ouverte, a manifesté pendant toute la repré-
sentation par ses chaleureux applaudissements combien elle goûtait et
appréciai; le mérite de cette magnifique composition. Tous les mor-
ceaux capitaux, à commencer par l'ouverture, qui peint d'une façon si
parlante tous les événements accomplis avant l'action du drame, ont
valu à l'orchestre et aux artistes les marques de la plus sympathique
approbation. Mme Laurence-Cyriali , Dinorah; M. Saint-Brice. Iloel;
M. Sendré, Corentin, ont rivalisé de zèle et de talent, et certes l'illustre
maestro, s'il les avait entendus, n'aurait eu que des compliments à leur
adresser. N'oublions pas dans ce rapide compte rendu, M. l'ouilley (le
chasseur); M. Laurence-Cyriali (le faucheur), et les deux pâtres, Mmes Do-
morgue et Jlauraisin, qui ont remarquablement complété l'ensemble.
Comme a Rennes, où huit représentations consécutives n'avaient pas
épuisé la curiosité de la population, le Pardon de Ploermel fournira au
Mans une longue et fructueuse carrière.
**,,.. Nancy. — Le Pardon de Ploermel a déjà eu quatre représentations
sur notre théâtre, et chacune a fait mieux apprécier le nouveau
chef-d'œuvre de Meyerbeer. Nos artistes ont fait de leur mieux pour le
bien interpréter, etnous devons dire tout d'abord qu'ils ont réussi. M. Léo-
pold, dans le rôle d'Hoel ; M. Delamarre, dans celui de Corentin, et sur-
tout Mme Bailly-Labat, dans le personnage de Dinorah, sans oublier
MM. Mangin et Forest, et Mmes Grasson et Anatole dans les rôles épi -
sodiques, ont à maintes reprises provoqué des applaudissements mérités.
L'orchestre et les chœurs ont bien marché.
„*„ Bordcau.c. — Un des plus brillants élèves de Prudent, M . Léon Uufils,
vient de donner un concert qui avait attiré au Grand-Théâtre une foule
nombreuse et choisie. Le jeune artiste a exécuté successivement la
Danse des Fées, la Prairie, et le Miserere, de son maître ; et il a fait suivre
ces morceaux d'une fort jolie fantaisie, le Réveil des Bacchantes, qu'il a
lui-même composée. Le double talent de virtuose et de compositeur, si
largement départi â il. Léon Dufils, a été chaudement apprécié, et il doit
être satisfait du succès qu'il a obtenu parmi nous.
*% Toulouse. — La deuxième représentation de Roger a été plus bril-
lante encore que la première. Le Prophète n'avait jamais été joué avec
autant d'ensemble. On eût dit que Roger avait communiqué à tout le
monde une partie de l'inspiration qui l'anime. Quant à lui, il a déployé
pendant toute la soirée les qualités d'un chanteur hors ligne et d'un
acteur éminent. Pour ceux qui ne l'avaient pas encore vu dans le
rôle de Jean de Leyde, c'est à-dire pour les trois quarts du public, le
Prophète avait l'intérêt d'une première représentation. L'artiste ne jouait
pas le. rôle, il le révélait. Roger a été rappelé trois fois. Mme Galli-
Marié a partagé ces ovations et elle le méritait bien. Le public l'a cha-
leureusement applaudie, surtout au troisième, au quatrième et au cin-
quième actes.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE
„% Londres. — La représentation de Lucrfzia Borgia au théâtre de
Sa Majesté, a valu un grand succès à Mme Alboni, dans le brindisi.
Mme Titjons remplissait le rôle de Lucrezin, elle s'y est montrée fort
belle et a réussi. — Au théâtre de fou.nl Garden, Mlle Brunet doit conti-
nuer ses débuts dans Semiramide . et demain Mme Nantier Didiée
fera sa rentrée par le rôle de Pippo dans la Gazza Ladra. Mme Penco,
chantera celui de Ninetta; Mario, celui de Gianetto ; Faure représentera
Fernando ; et Ronconi, le Podestat ; Graziani a choisi le Trovatore pour
son début; les autres rôles seront chantés par Mario, Mme Grisi et
Mme Czillag
DE PARIS.
199
*% Bruxelles. — Le nombre des spectateurs habituels s'accroît jour-
nellement au théâtre du Cirque, et ce sont de véritables amateurs qui
suivent les représentations de la troupe italienne. F.n attendant Don
Giovanni, nous avons eu samedi une excellente représentation de
Lucia, et l'on peut dire que le succès s'est élevé jusqu'à l'enthousiasme.
Jamais le baryton Squarcia n'avait eu d'aussi beaux moments; il a litté-
ralement enlevé le public dans le célèbre sextuor, surtout dans le : Ah! è
mio sangue, l'ho tradita, etc. Pavani est faible dans le rôle d'Edgard ; cepen-
dant il l'a chanté de manière à se faire app'audir. Une nouvelle can-
tatrice, Mlle Inkli , remplissait le rôle de Lucia. C'est une excellente
acquisition pour la compagnie de M. Merelli et qui la complète d'une
façon très satisfaisante. Mlle Isabella Inkli est toute jeune encore; sa
voix n'est pas très-ample ; elle est légèrement gutturale, inégale et par
moments un peu vacillante dans les sons pleins et soutenus; mais il faut
lui reconnaître une vocalisation nette, une manière de phraser élé-
gante et beaucoup de goût. Quand l'étude aura perfectionné son talent,
nul doute qu'il ne devienne très-remarquable. '
*%, Bâle, 14 mai.— La Société helvétique de musique, fondée en 18<>8,
vient de célébrer, dans notre ville, sa vingt-neuvième réunion. C'est à
Bâle que les concerts de 1820 et 1840 eurent lieu, et il n'est pas sans
intérêt, en consultant les archives de la Société, de constater sa marche
ascendante et l'heureuse influence que cette inslitution exerce de plus
en plus sur nos populations. Comme d'habitude, la fête a été des plus
brillantes, car les Bâlois savent bien faire les choses. Les chœurs, com-
posés de 1 00 sopranos et altos et <I80 ténors et basses, ont, de concert
avec l'orchestre fort de 80 instrumentistes, admirablement fonctionné
sous l'habile direction de l'excellent maître de chapelle de Bâle, M. Reiter.
Au premier concert (8 mai), on a exécuté Jephté, de Haendel, et au
deuxième (9 mai), la neuvième symphonie de Beethoven (avec chœurs),
l'ouverture et le premier acte d'Alceste, de Gluck, et une délicieuse ou-
verture de concert due à M. Walter, jeune compositeur allemand fixé à
Bâle depuis quelques années, et dont une symphonie, exécutée dernière-
ment au Gewandhaus, à Leipzig, a été fort goûtée. Les solos étaient
confiés à M. Schneider, ténor de la cour à Wiesbade, et à divers ama-
teurs, parmi lesquels nous vous citerons Mme Burnand, excellente amateur
de Lausanne, qui avait déjà chanté de la façon la plus distinguée la
partie de la veuve de Sarepta, dans Elie, lors du dernier concert helvéti-
que à Genève, en 4 856. M. Singer, violoniste fort estimé en Allemagne
et directeur des concerts à Weimar, a bien voulu concourir à notre
fête en exécutant magistralement le concerto pour violon (2° majeur),
de Beethoven. M. Singer est un des derniers représentants de la belle
école de Spohr, et ferait saus nul doute grande sensation à Paris.
**„ Zwichau. — Le 8 juin prochain, cette ville où Robert Schumann est
venu au monde se propose de fêter le cinquantième anniversaire de
sa naissance par l'exécution de quelques-unes de ses meilleures compo-
sitions.
,.% Hambourg. — Parmi les œuvres exécutées dans le concert donné
annuellement par l'orchestre de notre théâtre, nous devons mentionner
tout spécialement celle de M. Louis Lee, et qui a pour titre Jeanne d'Arc.
Nous nous intéressons d'autant plus à l'ouvrage vraiment remarquable
de cet auteur, que sa trop grande modestie nous fournit trop rarement
occasion de juger le talent d'un compositeur que notre ville se félicite
de posséder. L'auditoire d'élite et tout artistique qui y assistait a prouvé
par ses acclamations chaleureuses que la musique de Louis Lee l'avait
vivement et profondément impressionné.
$*„ Vienne. — Notre public continue à montrer beaucoup d'empres-
sement à suivre les représentations du théâtre italien ; LL. MM. les
honorent fréquemment de leur présence. Après Norma, dans laquelle
Mlle Emmy Lagrua avait déployé d'une façon si splendide ses belles qua-
lités dramatiques, la puissance de son chant et son admirable méthode,
nous avons eu la Lucrezia Borgia, rôle qui ne convient pas moins à la
nature de son talent. Mlle Lagrua y a eu tour à tour des accents de
tendresse, des élans de passion et de colère contenue, cui ont soulevé
des bravos frénétiques. Elle a été rappelée quatre fois. Après quelques
hésitations de la censure, pour autoriser la représentation du Siège de
Curintlie, l'opéra de Rossini a succédé à Lucrezia, et a valu à l'éminente
artiste un nouveau triomphe. Ainsi elle continue chez nous l'immense
succès qui l'a accueillie cet hiver à Saint-Pétersbourg, et qui lui vaut des
demandes d'engagement de tous les directeurs des grands théâtres de
l'Europe. — Mme Charton-Demeur vient, de son côté, d'obtenir un beau
succès dans la Traviata; elle ne s'y est pas montrée moins habile
comédienne qu'excellente cantatrice, et c'est avec un grand plaisir que
nos dilettanti ont revu cette artiste qu'ils étaient accoutumés à ap-
plaudir.
*% Sahbourg. — Le Mozarteum et la Société musicale du Dôme ont donné,
cette année, deux concerts. On a exécuté : l'ouverture de Titus, de Mo-
zart; le Printemps, de Gade ; marche et chœurs des Ruines d'Athènes, par
Beethoven ; des symphonies de Haydn et de Schumann, le 43° psaume de
Mendelssohn et l'ouverture de Dinorah, de Meyerbeer.
$% Dublin. — Nous avons eu la bonne fortune d'entendre le dernier
chef-d'œuvre de Meyerbeer, dont le succès à Londres avait retenti jus-
qu'ici. C'est à la Compagnie Harrison et Miss Pyne que nous devons de
connaître enfin Dinorah. Quoique l'exécution ait été insuffisante du coté
numérique des chanteurs et de l'orchestre, le délicieux talent de Miss
Pyne nous a permis d'apprécier les beautés que renferme l'œuvre nou-
velle du célèbre maestro. L'air de l'Ombre a été pour elle un véritable
triomphe.
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transcrit (sous presse) 9 »
Biidarxrtvsku. La Prière d'une Vierge, arrangée pour le
piano à quatre mains 6 »
Molmetseli. Op. 49. Transcription de la Berceuse du Pardon de
Vhërmel 7 50
Ilellcr (Stephen). Op. 94. Tableau de genre (sous presse) 7 50
Iles» (Charles). Op. 60. Bouquet de mélodies du Roman d'Eloire
(sous presse) 7 50
Kotterer. Op. 64. Fantaisie-Transcription sur le Roman d'Elvire 7 50
dacll. Ombre légère, air du Pardon de Ploërmel, caprice valse 7 50
— Transcription du chœur d'enfants du Prophète 6 »
— Le Carillon, morceau élégant 7 50
Eonguevllle. Fantaisie dramatique sur StradeUa, de Flotow .. 7 50
Mendclssokn . (a Fileuse, romance sans paroles 5 »
Heycrneer. Schiller-Marsch. arrai.gée pour le piano par Chariot 7 50
_ — ai mains par E. Wolff.. 10 »
Molff (E.). Chanson polonaise 7 60
'— Huo à quatre mains sur StradeUa, de Fltitow lu »
Mitsard. Valse-Bolero sur Pianelh, de Flotow (orné du portrait
photographié de Paul Legrand dans le rôle de Scapin). .. 5 »
Arltaii. Marx et Etiïng. Quadrilles et polka sur le Roman
d'Elvire U 50
Alard (A.). Op. 36. Fantaisie de concert sur la Muette de Por-
tici, pour violon avec ace de piano 10 »
ESes-man et Ketterer. Grand duo brillant pour piano et vio-
lon sur le Pardon de Ploërmeî 10 »
Lutgen. Deux mélodies de Marta pour violon ou violoncelle
avec ace. de piano 6 »
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My dear contre -basse , fantaisie d'outre-M anche , de Bourget et
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I\° 23.
3 Juin 1860.
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Paris 24 fr. parc
Départements, Belgique cl Suisse... :.'U » id-
Étranger 34 . id.
Le Joui col ourdît le Dinuincne.
gazette hsio
SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (2e article), par Arthur
Pongin. — Association des artistes musiciens, assemblée générale annuelle.
— Nouvelles et annonces.
I0ND0NVIILE ET LÀ GUERRE DES COINS.
(2e article.) (1)
Deux années auparavant, Mondonville, trop confiant dans se's for-
ces et impatient d'aborder la scène, objet de son ambition, avait mis
en musique une pastorale en trois actes et un prologue, intitulée Isbé,
dont un certain De Larivière avait fait les paroles, et qui fut repré-
sentée pour la première fois à l'Opéra le 10 avril 1742. Ce premier
essai dramatique d'une plume qui ne s'était encore exercée que dans
des sujets religieux et de moindre importance, fut loin de répondre
aux désirs de son auteur et à l'espoir qu'il en avait conçu ; la
pièce fut reçue froidement, et, quoique les défauts du poëme y fus-
sent pour quelque chose, les plus zélés partisans du musicien ne
purent s'empêcher de convenir qu'il ne possédait pas encore les
qualités multiples et profondes qui constituent un véritable composi-
teur dramatique. Mondonville, dont la qualité prédominante n'était
point la modestie, et qui, au contraire, se faisait remarquer par un
excessif amour-propre, fut on ne peut plus mortifié de l'insuccès de
son premier ouvrage et demeura plusieurs années dans l'inaction.
C'est alors que, pour se distraire, il fit avec son ami Vaucanson le
fâcheux voyage dont nous avons rapporté le principal incident.
Quelques années plus tard, Mondonville fit la connaissance de
M. de Boucan, grand seigneur très-riche, chevalier des ordres de
Saint-Lazare et de Saint-Jean-de-Latran , amateur passionné et
éclairé des beaux-arts. Ce dernier avait une fille, jeune et fort
jolie, qui elle-même possédait un talent très- remarquable sur le cla-
vecin, mais qui avait résolu de ne jamais se marier. Mondonville s'é-
prit de cette jeune personne et en devint éperdument amoureux; de
son côté, il parvint à lui plaire et réussit à lui faire assez partager
ses sentiments pour l'amener à un changement de résolution. Il de-
manda alors sa main, l'obtint, et, dans le courant de l'année 1747,
il épousa cette demoiselle, qui lui apporta en dot une assez jolie
fortune.
Ayant toujours sur le cœur la quasi-chute de son premier ouvrage
(1) Voir le n° 22.
dramatique, Mondonville n'avait pu se décider encore à reprendre la
plume et à écrire de nouveau pour le théâtre. Cependant, sur
l'invitation que lui en fit la marquise de Pompadour, il se détermina
à travailler à un petit ballet-opéra en un acte, intitulé Bacchus et EH-
gone , dont La Bruère , l'un des deux directeurs du Mercure de
France (le second était Fuzelier), avait fait les paroles, et qui fut re-
présenté à Versailles, sur le théâtre des petits appartements, le
21 mars 1748. La pièce était montée ainsi :
Erigone Mme la marquise de Pompadour.
Bacchus M. le' duc d'Ayen.
Autonoé Mme la duchesse de Brancas.
Un suivant de Bacchus. M. le marquis de la Salle.
Peu de temps après et sur de nouvelles instances de la puirsante fa-
vorite, Mondonville fit représenter à Bellevue le petit acte de Vénus
et Adonis, dont il avait écrit la partition sur un poëme qui lui avait
été fourni par Collet, secrétaire des commandements de Madame In-
fante, duchesse de Parme. Ces deux opuscules ayant obtenu beaucoup
de succès auprès du public de la cour, il reprit courage et se mit réso-
lument à l'œuvre. Fuzelier lui avait confié le poëme d'un opéra-ballet
en trois actes et un prologue, qui portait le titre de Carnaval du Par-
nasse ; Mondonville y travailla activement, et la pièce fut donnée à
Versailles, sur le théâtre des petits appartements, vers le milien de
l'année 1749. Peu de temps après, le 23 septembre de la même
année, elle fut transportée sur la scène de l'Opéra, où elle obtint un
grand succès et eut trente-cinq représentations.
III.
Nous voici arrivés à l'époque la plus importante de la vie active et
agitée de Mondonville, celle de la représentation de 'Mon et l'Aurore,
et du renvoi des fameux bouffons italiens, renvoi dont le succès ex-
traordinaire de cette pièce fut, sinon la cause, du moins le prétexte.
On sait que, dans le courant de l'année 1752, une troupe de chan
teurs ultramontaihs, à la tête desquels se trouvaient le_ bouffon Ma-
nelli et la célèbre Tonelli , après avoir donné des représentations à
Bouen et à Strasbourg, vint s'établir à Paris et obtint du roi l'autori-
sation déjouer des intermèdes italiens a l'Académie royale de musique.
Ces chanteurs débutèrent, le 1er août 1752, par le chef-d'œuvre de
Pergolèse, la Serva padrona, qui obtint un succès prodigieux; le 22
du même mois, ils donnèrent il Giuocalorc, autre intermède, en trois
actes, dont la musique était de différents auteurs, mais particulièrement
d'Orlandini. Encouragés par l'accueil flatteur qui leur était fait, ils
représentèrent encore, le 19 septembre suivant, il Maestro di musica,
en deux actes, aussi de différents auteurs ; puis, successivement, la
202
REVUE ET GAZETTE MUSICAL?.
Finta cameriera, d'Atella ; la Donna svperba, de différents auteurs;
la Scalla govcrnatrice, de Cocchi ; il Cinese rimpatriato, de Sellelti ;
la Zinpara, de Rinaldo, de Capoue; gli Arligiani arrichiti, de La-
tila; il Paratagio, de Jomelli ; Bertloldo in corle, de Ciam'pi ; et,
enfin, / Viaggialpn, de Léo. Au total, douze pièces. Le succès de
plus en plus prononcé qu'ils obtinrent avec ces différents ouvrages
devint le signal de la fameuse querelle des bouffonisles et des Iuliistes,
connue aussi sous le nom de guerre des coins, et qui partagea si
longtemps en deux camps bruyants et passionnés le public ordinai-
rement si calme de l'Opéra. Laissons Rousseau, un des plus ardents
combattants de cette guerre, raconter lui-même de quelle façon elle
prit naissance :
« Les bouffons firent à la musique italienne des sectateurs très-
» ardens : tout Paris se divisa en deux partis plus échauffés que s'il
» se fût agi d'une affaire d'État ou de religion. L'un, plus puissant,
» plus nombreux, composé des grands, des riches et des femmes, sou-
» lenoit la musique françoise ; l'autre, plus vif, plus fier, plus enlhou-
» siaste, étoit composé des vrais connoisseurs et des gens à talent, des
» hommes de génie. Son petit peloton se rassembloit à l'Opéra, sous
» la loge de la reine. L'aulre parti remplissoit le reste du parterre
» et de la salle ; mais son foyer principal étoit sous la loge du roi.
» Voilà d'où viennent ces noms de partis célèbres en ces temps-là
» de coin du roi et de la reine. La querelle en s'animant produisit
» ('es brochures. Le coin du roi voulut plaisanter ; il fut moqué par
» le Petit prophète; il voulut se mêler de raisonner, il fut écrasé
» par la Lettre sur la musique françoise. Ces deux petits écrits ,
» l'un de Grimm, l'autre de moi, sont les seuls qui survivent de cette
» querelle; tous les autres sont morts. » (Confessions , IIe partie,
liv. vin.)
Mme de Pompadour, qui s'était hautement prononcée en faveur de
la musique française, avait naturellement rangé le roi à son opinion ,
en sorte que ceux des spectateurs qui servaient cette même cause
avaient tout naturellement choisi pour lieu de ralliement le côté de la
salle où se trouvait placée la loge du souverain. Ce ne furent d'abord
que saillies, bons mots et épigran.mes échangés de part et d'autre ;
mais bientôt, comme le dit Rousseau, les choses s'envenimant et la
question prenant une importance démesurée, ce fut un déluge de bro-
chures et de pamphlets à ne s'y plus reconnaître, et voici ce que
Grimm, en 1777 (1), disait à ce propos dans sa correspondance : « De
» grands philosophes ont prétendu que la vérité ne convenait guère
» aux hommes, puisqu'elle n'avait jamais été pour eux qu'une source
» de querelles, de haines et de divisions. On prouverait bien mieux,
» en suivant le même principe, que la musique ne convient guère à la
» France, puisque cet art n'a jamais tenté d'y faire le moindre pro-
» grès, sans soulever contre lui les fureurs les plus violentes, les ca-
» baies les plus ridicules. On se souvient encore de tous les troubles
» que suscitèrent parmi nous et les nouveaux systèmes de Rameau, et
» l'arrivée des bouffons de l'Italie. La bulle, la bulle même, sur la-
» quelle nous n'avons écrit que dix mille volumes, n'a jamais donné
» lieu à des disputes aussi vives, aussi passionnées. L'horreur d'un
» janséniste pour un moliniste ne peut donner qu'une faible idée de
» celle que le coin de la reine inspirait au coin du roi. »
Ce fut Grimm lui-même qui ouvrit le feu par son opuscule intitulé
le Petit prophète de Boehmischbroda, satire mordante et spirituelle
de l'Opéra français, mais dont les traits fins et acérés n'étaient pas
toujours accompagnés de l'atticisme le plus pur, ni du goût le plus par-
fait. Dans cette brochure, qui était censée écrite par un écolier de
Prague, transporté sans le savoir à l'Académie royale de musique,
l'auteur faisait une critique complète de cet établissement. Commen-
çant par l'orchestre et son chef, il s'exprimait ainsi :
« Et pendant que je me parlois ainsi à moi-même (car j'aime à me
» parler à moi-même quand j'en ai le temps), je trouvai que l'orches-
(1) Lpoque ;\ laquelle cette guerre recommençait à propos de Gluck et de Piccini.
» tre avoit commencé à jouer, sans que je m'en fusse aperçu, et ils
» jouoient quelque chose qu'ils appelloient une ouverture.
» Et je vis un homme qui tenoit un bâton,, et je crus qu'il alloit
» châtier les mauvais violons, car j'en entendis beaucoup parmi les
» autres qui étoient bons, et qui n'étoient pas beaucoup.
» Et il faisoit un bruit comme s'il fendoit du bois, et j'étois étonné
» de ce qu'il ne se démetloit pas l'épaule, et la vigueur de son bras
■ m'épouvanta.
» Et je fis des réflexions (car j'aime à faire des réflexions quand j'en
» ai le temps) et je me disois à moi-même :
» Oh! que les talents sont déplacés dans ce monde, et comme pour-
» tant le génie se montre, encore qu'il soit mal à sa place.
» Et je disois : si cet homme-là était né dans la maison de mon
» père qui est à un quart de lieue de la forêt de Boehmischbroda, en
» Bohême, il gagneroit jusqu'à trente deniers par jour, et sa famille
» seroit riche et honorée, et ses enfants vivraient dans l'abon-
» dance ;
» Et l'on diroit : voilà le bûcheron de Boehmischbroda, le voilà !
» Et son sçavoir-faire n'y seroit pas de trop ; au lieu qu'il ne doit pas
» gagner de quoi manger son pain ni de quoi boire son eau dans cette
» boutique.
» Et je vis qu'on appelloit cela battre la mesure ; et encore qu'elle
» fût battue bien fortement, les musiciens n'étoient jamais ensemble.
» Et je commençai à regretter les sérénades que nous faisons, nous
<■ autres écoliers des jésuites, dans les rues de Prague quand il fait nuit;
» car nous allons ensemble, et nous n'avons point de bâton. » [Le Pe-
» Ut prophète de Boehmischbroda, chap. iv.)
Un peu plus loin venait le tour des chanteurs :
« Et je vis arriver une femme, et elle faisoit de grands pas, et elle
» s'avança sur le bord du théâtre, et elle fronça ses sourcils, et mon-
» tra ses poings, et je jugeai qu'elle étoit de mauvaise humeur.
» Et il me sembloit qu'elle me faisoit des menaces, et je me fâchois,
» car je suis prompt, et de mon naturel je n'aime pas les menaces, et
» mon voisin dit : Non, c'est à moi qu'elle en veut; et son voisin dit :
» Non, c'est à moi.
» Et elle avoit à la main une baguette qui étoit mystérieuse, parce
» le poète l'avoit dit comme cela, et moyennant cette baguette elle
» pouvoit et sçavoit tout, excepté chanter, qu'elle ne sçavoit point,
» encore qu'elle crût le sçavoir.
» Et avec sa voix, encore qu'elle fût fausse, elle fit venir les morts,
i) encore qu'elle fît fuir les vivans ; et je me disois à moi-même :
ii Sans doute que ceux qui sont morts et enterrés dans cette boutique,
» ont l'oreille fausse de leur naturel.
» Et il arriva un vieillard que la femme à baguette appeloit jeune
» (car le poète l'avoit dit comme cela) encore qu'il eût soixante ans
» passés. Et il se gargarisoit devant le moude en faisant semblant de
» chanter. » (Idem, chap. vi.)
Il s'attaquait ensuite à la mise en scène dans les termes suivants :
« Et je vis des danseurs et des sauteuses sans nombre et sans fin,
» et ils appeloient cela la fête, encore que ce n'en fût pas une, caria
h joye n'en étoit pas : et cela ne finissoit point, et je jugeai que ces
» gens là ne s'ennuyoient pas de sauter, encore qu'ils eussent un air
» fort ennuyé et qu'ils m'ennuyassent moi et les autres.
» Et leurs danses troubloient les acteurs à chaque moment, el quand
» ils étoient dans le meilleur de leur dire, les sauteuses arrivoient et
» l'on renvoyoit les acteurs dans un coin, pour faire place aux sau-
» teuses, encore que la fête se fit pour eux seuls, car le poète l'avoit
» dit comme cela ; et quand ils avoient quelque chose à dire, on leur
» permettait de venir dans le milieu, sauf de les renvoyer dans le coin
» quand ils avoient dit leur fait.
» Et je trouvois que nous faisons mieux, parce que nos acteurs
DE PARIS.
203
» n'ont rien do commun avec les sauteuses, et ils ont fini quand les
» autres arrivent : car je dis ce que je pense.
» Et je jugeai que le poêle devoit être eu colère contre ces sau-
» teuses qui venoient interrompre la conversation de ses personnages,
» sans dire pourquoi.
» Et je lui trouvai de la bonté d'âme, de faire appeler les sauteuses
» par ses acteurs, comme il faisoit, quand elles n'y avoient que faire ;
» et encore qu'il dît qu'elles y avoient que faire, je n'en crus rien,
» car elles n'y avoient que faire. » {Idem, chap. vu.)
Puis enfin, et pour que chacun y trouvât son compte, il s'en prenait
à la musique :
« Et je m'ennuyai comme cela pendant deux heures et demie à
» écouter un recueil de menuets et d'airs qu'ils appellent gavottes, et
» d'autres qu'ils appellent rigaudons, et tambourins et contredanses;
» le tout entremêlé dp quelques scènes de plein (sic) chant, tel que
» nous le chantons dans nos vêpres jusqu'à ce jour, et de quelques
» chansons que j'ai entendu jouer dans les fauxbourgs de Prague, et
» nommément à l'enseigne de la Croix-Blanche et à celle de l'Archi-
» duc-Joseph.
» Et je vis qu'on nommoit cela en France un opéra, et je notai cela
» dans mes tablettes pour m'en souvenir. » {Idem, chap. vin.)
{La suite prochainement.)
Arthur POUGI.N.
ASSOCIATION DES ARTISTES MUSICIENS.
Assemblée générale annuelle,
Pour la seizième fois depuis sa création, l'Association des artistes
musiciens se réunissait jeudi dernier en assemblée générale, sous la
présidence de M. le baron Taylor, pour entendre le compte rendu
des travaux accomplis et des résultats obtenus pendant l'année 1859.
Chargé, comme l'année précédente, d'en présenter le tableau géné-
ral, M. Colmet d'Aage s'est acquitté de sa mission avec le talent dont
il avait déjà fait preuve. Le nombreux auditoire (il y avait plus de
deux cents membres présents) lui en a témoigné sa gratitude en
l'interrompant souvent par des bravos qui se sont renouvelés avec
plus de chaleur encore après la noble et touchante allocution pro-
noncée par le président fondateur.
Du compte rendu de M. Colmet d'Aage il résulte que les revenus de
l'association se sont augmentés d'une somme de 1,307 fr. 50, et que
quatorze pensions nouvelles, soit de 180 fr., soit de 300 fr., ont pu
être accordées. Le rapporteur a successivement passé en revue les
quatre sources différentes auxquelles puise le comité pour subvenir
aux besoins sans cesse renaissants et aux demandes qui lui arrivent
de toutes parts : 1° les messes et concerts organisés par le président
et quelques membres du comité; 2° les dons faits à l'association;
V le montant des cotisations annuelles ; ka et enfin le produit de la
rente inaliénable dont l'association est propriétaire. Chemin faisant, il
n'a oublié aucun de ceux qui par un zèle ardent, par de généreuses
sympathies ont signalé leur concours à la grande œuvre commune.
Dans ce nombre le nom de M. Georges Kastner est souvent revenu et
a reçu le témoignage d'une approbation générale. Le rapporteur a
aussi payé un juste tribut de regrets aux hommes de talent et de
cœur enlevés au comité par une mort prématurée.
En terminant son travail, M. Colmet d'Aage a insisté sur ce point,
que si une seule pensée, une seule volonté avait suffi pour créer une
association destinée à traverser les siècles, le devoir de tous ses mem-
bres était de se grouper autour du fondateur pour l'aider à fortifier,
à compléter son ouvrage. « Aussi, a-t-il ajouté, vous tous qui êtes
» réunis dans cette enceinte, dites à tous ceux qui aiment et qui cul-
» tivent les arts, ce que nous avons fait avec les faibles ressources
» dont nous pouvions disposer; dites-leur qu'après dix-sept ans
» d'exercice il est à présent près de cent vieillards et infirmes qui
» jouissent d'une pension qui leur est mcnsuellementpayée; que quatre
» orphelins sont élevés par nos soins ; que nous donnons des secours
» à nos sociétaires malheureux ; que notre avenir est assuré par la
» création d'un capital inaliénable, produit de nos économies et de
» nos travaux; que nous avons distribué depuis dix-sept ans en pen-
» sions et secours la somme de 197.941 fr., soit :
» En pensions 137,333 fr.
i) En secours 60,608
197,9!(1 fr.
» Somme égale .
» Ajoutez que pour faire partie de notre noble asssociation, puis
» venir en aide à nos confrères dans le malheur, on ne demande à
» chacun que le minime sacrifice de 50 c. par mois; et alors vous
» ne pourrez, comme nous, que répéter ce qui déjà s'est dit et ce
» qui se dira tant de fois encore: honneur au bienfaiteur des artistes,
» au fondateur de notre association, à M. le baron Taylor ! »
Pour cette année, les membres sortants du comité, mais rééligibles,
étaient MM. Prumier père, Gouffé, Couder, Gastinel, Klein, Rignault
aîné, Dobigny-Derval, Petiton, Ancessy aîné, Michel Lévy, Colmet
d'Aage. 11 y avait en outre un 'douzième membre à nommer en rem-
placement de M. Devaux, l'un de ceux dont le comité déplore la perte.
Le scrutin a donné les résultats suivants : M. Prumier père a obtenu
180 suffrages; Gouffé, 176; Colmet d'Aage, 166; Couder, 162; Do-
bigny-Derval, 159; Petiton, 158; Maury, 119; Michel Lévy, 103;
Ancessy aîné, 90; Abraham, 86 ; Foulon, 8/i; MM. Gastinel et Lafon-
taine, 78. Le comité aura dans sa prochaine séance à statuer sur
celte dernière élection, afin de savoir auquel des deux élus elle doit
profiter.
Ce n'est pas sans regret que nous sommes forcés de le redire :
M. P. Scudo manque étrangement de mémoire, ce qui l'expose à se
mettre en contradiction avec lui-même et à se donner les plus risibles
démentis. Quand un journal est obscur et sans consistance, comment
se fait-il qu'un homme illustre, un homme grave recherche avec l'em-
pressement le plus régulier ses éloges et même sa critique chaque
fois qu'il publie un ouvrage ou quelque chose d'approchant? C'est
pourtant à quoi ne manque pas M. P. Scudo depuis longues années.
Il l'a oublié peut-être, mais il nous est facile de le lui rappeler. Nous
avons la mauvaise habitude (dont nous nous sommes bien trouvés
parfois) de garder toutes les lettres qui nous sont adressées : il nous
suffit donc de fouiller dans la collection de celles de l'éminent con-
frère qui nous accable aujourd'hui de ses dédains.
Par exemple, à la date du % juillet 1854, il nous écrivait une
lettre en quatre pages commençant par ces mots : « J'ai reçu à Ven-
» dôme, où je suis depuis un mois, le dernier numéro de la Gazette
n musicale, où vous rendez compte d'un livre modeste que j'ai pu-
» blié sur la musique ancienne et moderne. Je vous remercie non-
» seulement des éloges que contient voire appréciation pleine d'ur-
» banité, mais aussi des restrictions nombreuses dont vous avez cru
» devoir les accompagner. Ecrivain indépendant, j'aime avant tout
» la liberté de discution (sic) et je ne me plaindrai jamais de l'usage
» qu'on pourra faire contre moi d'un droit inhérent à l'esprit hu-
» main. » (Ici viennent trois pages apologétiques sur la manière dont
l'auteur a usé lui-même du droit qu'il reconnaît à tous, et la lettre
finit ainsi :) « Il me suffit des encouragements que je reçois de l'opi-
» nion publique et de l'estime dont veulent bien m'honorer des écri-
» vains aussi distingués que vous, Monsieur. Agréez, je vous prie,
» etc., etc. »
Autre lettre, en date du 27 juillet 1857 : « Je viens un peu tard,
204
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
» mon cher Monsieur, vous remercier de l'excellent article que
» vous avez consacré au Chevalier Sarti dans le numéro de la
» Gazelle musicale du 28 juin. Je l'ai lu à Vendôme où je suis en
» villégiature depuis six semaines. Il m'a fait un très-grand plaisir.
» Vous avez très-bien fait ressortir l'esprit de mon livre, et vous avez
» signalé avec la courtoisie qui vous est naturelle les imperfections
» qui me sont échappées dans l'exécution d'une œuvre complexe. Je
>i reconnais avec vous et d'autres critiques distingués qui se sont oc-
» cupés de mon livre, que le chapitre sur la musique de Venise, etc.
» Cependant je tiens beaucoup à ce chapitre, ainsi que vous l'avez
» judicieusement fait pressentir à vos lecteurs, etc., etc. Voilà mon
» excuse, mon cher Monsieur, aux observatfons très-justes et très-
» fondées que mon livre vous a suggérées. Recevez donc, avec mes
» sincères remercîments, l'assurance de mes sentiments distingués et
» d'une bonne confraternité. »
14 février 1859. « En vous faisant de nouveau, mon cher confrère,
» mes compliments sur votre vigoureuse réponse à M***, je vous
» adresse un produit de mes veilles, comme on disait autrefois, que
» je recommande à votre bienveillance éclairée. Si vous ne voyiez pas
» d'inconvénient à citer quelques lignes de l'avanl-propos dans votre
» appréciation, je vous en serais plus particulièrement obligé. Agréez.
» je vous prie, l'assurance de mes sentiments de bonne confraternité. »
Nous fîmes ce que désirait l'auteur du volume intitulé Critique et
littérature musicales. L'article de la Gazette musicale fut même re-
produit dans plusieurs journaux italiens.
13 février 1860. « Mon cher Monsieur, voici le volume en question
» {V Année musicale) et l'article sur M*** dont j'ai eu le plaisir de
» vous entretenir. Toute réflexion faite, je ne vois aucun inconvénient
» à le reproduire tout entier, si vous le jugez à propos. Je vous laisse
» la liberté de faire toutes les réserves qu'il vous semblerait nécessaire
» de faire. Agréez l'expression de mes sentiments de bonne confra-
» ternité. »
Pour cette fois, la requête ne fut pas admise ; l'inconvénient que
notre illustre confrère n'avait pas vu de ses yeux de lynx, nous
l'aperçûmes nous, journalistes obscurs, de nos yeux de taupe, et
l'article ne fut pas reproduit. Nos lecteurs savent le reste : ils appré-
cieront ! Après tout ce qu'on vient de lire, nous n'abuserons pas des
avantages de notre position pour renvoyer à M. P. Scudo sa bordée de
sarcasmes éventés et d'insinuations doucereuses, à la façon d'un
personnage célèbre des comédies de Beaumarchais. Désormais on saura
ce que signitie le mot de bonne confraternité dans un langage, qui,
nous nous en glorifions, n'a jamais été le nôtre.
Ce qui reste prouvé, d'après son aveu même, c'est que lorsque
M. Scudo appelle la vindicte publique sur la tête d'un fonctionnaire,
il ne connaît pas plus le nom de ce fonctionnaire que la nature de
ses fonctions.
Il parle d'emplois inutiles, et quoi de plus inutile que le sien, qui
consiste à décourager, à amoindrir les vivants, avec ou sans dédicace,
au bénéfice des morts, qui n'en profitent guère, mais dont il n'est
pas jaloux !
Pensez-y bien, illustre M. Scudo, vous à qui celui qui écrit ces
lignes n'a jamais rien demandé : vous êtes l'obligé du journal obscur
et sans consistance, dont vous avez trop souvent réclamé les services,
dont vous vous êtes trop souvent déclaré l'excellent confrère, pour
avoir le droit d'en parler aujourd'hui d'un ton si grotesque à force
d'être arrogant.
Paul SMITH.
NOUVELLES.
**» Les représentations de Pierre de Méiicis ont été interrompues cette
semaine par suite d'un accident arrivé dans celle de lundi à Mme Fer-
raris. Au deuxième acte, l'éminente artiste avait dansé la moitié de
son pas dans le ballet des Amours de Diane, et l'enthousiasme du public
allait croissant, lorsqu'elle dut s'arrêter sous l'impression subite d'une vive
douleur dans une jambe. Elle avait éprouvé ce que l'on appelle vulgai-
rement un coup de fouet. C'est un accident qui n'a rien de grave fort
heureusement et qui n'exige que quelques jours de repos. Mercredi
prochain Mme Ferraris reprendra son rôle. — Vendredi on a donné les
Huguenots avec Gueymard, Mme Barbot et Cazaux. Le chef-d'œuvre de
Meyerbeer a été remarquablement exécuté, et la salle était pleine.
„.** Les répétitions de Sémiramis se poursuivent avec beaucoup d'acti-
vité à l'Opéra. Obin va quitter son rôle dans Pierre de Médicis pour
étudier celui d'Assur. Les sœurs Marchisio obtiennent beaucoup de
succès aux répétitions, et on pense toujours que l'ouvrage de Rossini
pourra être représenté dans la première huitaine de juillet. Ainsi que
nous l'avons dit, les décors de Sémiramis seront des chefs-d'œuvre d'art
et de science, et les peintres, sous l'habile direction de M. Flandin, re-
produiront l'antique Babylone avec une vérité tenant du prodige. Le décor
du premier acte représentera l'antique cité telle qu'elle était en Tan 1916
avant Jésus-Christ. Le décor du deuxième acte montrera les jardins sus-
pendus de Sémiramis ; au troisième acte, les tombeaux des rois assyriens
dans une crypte d'une profondeur immense, empreinte d'une majesté
sombre et terrible. On a réservé pour le tombeau et pour l'apparition
de l'ombre de Ninus des merveilles fantastiques; et quaut aux costumes,
ils seront d'une fidélité et d'une richesse sans pareilles.
„,** Rien n'est encore terminé pour l'engagement de Mme Tedesco à
l'Opéra. <
a** On lit dans le Moniteur : « Quelques journaux annoncent que l'ad-
ministration abandonne le projet d'établir l'Opéra sur le boulevard des
Capucines, et proposent de modifier les alignements de ce boulevard,
ainsi que tout le système des grandes voies publiques projetées qui
doivent y aboutir. Les assertions de ces journaux manquent de fonde-
ment, et leurs propositions sont au moins inopportunes. Le projet de
reconstruction de l'Opéra est soumis à l'examen de la commission d'en-
quête ; rien ne donne lieu de croire que l'avis de cette commission soit
contraire à l'emplacement proposé. Le percement des rues nouvelles qui
doivent aboutir au boulevard d.?s Capucines ne se poursuit qu'en exé-
cution de la loi du 28 mai 1858 qui a approuvé les plans arrêtés et le
contrat passé entre l'Etat et la ville pour l'exécution de ces iravaux.
Quant à l'alignement du boulevard, il a été fixé par le décret du 14 no-
vembre 1858, rendu après enquête, sur l'avis du conseil d'Etat. »
„% La célèbre cantatrice Giulia Sanchioli est en ce moment â Paris.
t*t Le Château Trompette et le Roman cTEloire occupent tour à tour la
scène de l'Opéra-Comique. La barcarolle et la délicieuse romance de l'œu-
vre nouvelle d'Ambroise Thomas sont constamment bissées et valent à,
Montaubry bravos et rappels. Mlle Monrose est de plus en plus char-
mante dans son double rôle de vieille et jeune marquise, et la pièce
d'A. Dumas et Leuven amuse comme une bonne comédie du Théâtre-
Français.
„% Le théâtre Lyrique donnera mardi prochain la reprise des
Rosières, opéra-comique en trois actes, de Théaulon, musique d'Ilérold.
Cet ouvrage est destiné à alterner avec Orphée, dont Mme Pauline
Viardot a consenti à donner encore quelques représentations.
,,** Le directeur du théâtre Lyrique a reçu l'opéra en quatre actes,
écrit par Got. du Théâtre-Français; il a pour titre: le Moine rouge, et
c'est M. Membrée qui en a composé la musique. Le sujet de la pièce est
emprunté a une légende du Nord, riche d'effets fantastiques et très-
saisissants.
**„ Tamberlick est arrivé a Madrid et a débuté au théâtre de la Zar-
zuela par le rôle d'Otello. Si l'on en doit croire les journaux et les
correspondances de la localité, le célèbre ténor aurait été tout d'abord
accueilli assez froidement et son talent discuté. Mais â Madrid comme
ailleurs l'irrésistible talisman, Vut dièse, est venu fondre la glace, et les
applaudissements se sont fait jour. Il y a eu infiniment, plus de sponta-
néité pour Mme Kenneth, qui a déployé beaucoup de sentiment et de
passion dans le rôle de Desdemona. Sa cavatine a provoqué des bravos
enthousiastes, et il était impossible de dire avec une mélancolie plus
touchante la romance du Saule. Les honneurs de la soirée semblaient
plutôt pour elle que pour Tamberlick. Bartholoni a très-bien rendu le
rôle do Iago. Aux représentations suivantes, et surtout dans Potiuto,
Tamberlick a reconquis ses avantages. Mme Kenneth a été très-belle
dans le rôle de Pauline.
»% On annonce l'engagement au théâtre Italien de Moscou du ténor
Kraftzow qui a donné, cet hiver, à Paris, deux concerts, dans lesquels il
s'est fait remarquer par une jolie voix de ténor.
DE PARIS.
205
*% Mose in Egitto, de Rossini, vient d'être donné à l'Académie de
musique de New- York, avec Susini, Ferri, Brignoli et Mlle Paiti. Les
journaux américains annoncent un succès immense.
»*„ La partition de Pianella, opérette de Flotow, pour piano et chant,
a paru hier. — La charmante valse-bolero composé par Musard sur un
motif de cet opéra, et qui obtient un si grand succès chaque soir au con-
cert des Champs-Elysées, a paru également, arrangée pour piano par
Desgranges. Elle est illustrée d'un très-beau portrait de Paul Legrand
dans le rôle de Scapin, qu'il remplit si plaisamment dans l'œuvre nou-
velle de Flotow.
*% S. Exe. M. de Sabouroff , directeur des théâtres impériaux, vient
de recevoir de S. M. l'empereur de Russie le cordon de b. Alexandre
Piewski.
„,** La messe solennelle en la majeur de M. Leprévot, exécutée le
lundi de ia Pentecôte, à l'église Sainte-Marguerite, renferme des mélo-
dies d'une touchante suavité, des harmonies claires, élégantes et distin-
guées. Les situations dramatiques du Credo, brillamment développées,
sont surtout traitées avec beaucoup d'habileté. M. Charles Bleuse, maître
de chapelle de la paroisse, a dirigé l'exécution de cette œuvre avec ce
sentiment exquis des nuances, cette haute intelligence qui ont fait du
chœur de Sainte-Marguerite un des meilleurs que nous ayons.
„*„. Samedi dernier chez Bossini, on a entendu un fort beau trio
d'Adolphe Blanc, exécuté par M. Bernard Rie, l'auteur et M. Lebouc, qui
a été fort applaudi dans un solo de violoncelle. Les honneurs de la
soirée ont été pour M. Bernard Rie, qui a joué deux de ses composi-
tion, l'Impromptu et le Rouet. M. Rie a dû recommencer ce dernier
morceau, qui lui a valu les chaleureux applaudissements de l'auditoire.
t*t Un professeur distingué, M. Herrenschneider, a fait entendre
mardi dernier, dans la salle Beethoven, plusieurs de ses élèves. Cette
réunion avait pour but de faire apprécier l'avantage de la méthode ra-
tionnelle qu'il a adoptée pour l'étude du piano et de la nécessité qu'il y
aurait à l'introduire dans l'enseignement. Les résultats remarquables
obtenus par M. Herrenschneider sont la meilleure démonstration qu'il
pouvait faire de cette nécessité.
*% Outre l'orchestre de Strauss, les habitués de Vichy y trouveront
pendant cette saison plusieurs artistes distingués, au nombre desquels
nous citerons Mme Ribault-Altès, de l'Opéra; M. Delaunay-Riquier, du
théâtre Lyrique, Mlle Lhéritier, etc.
s% L'assemblée générale annuelle de la Société des auteurs, compo-
siteurs et éditeurs de musique a eu lieu le 13 mai dernier. L'ordre du
jour se composait de la lecture du rapport du trésorier sur les recettes
et les dépenses, de la lecture du rapport annuel du président, du renou-
vellement du quart des membres du syndicat, conformément à l'art. 12
des statuts.— Du rapport de M. Crus, trésorier, il résulte que les per-
ceptions de l'exercice 1859-1860 se sont élevées ù fr. 110,448 31. Les- re-
cettes de l'exercice de 1838-1859 avaient été de fr. 99,178 72. C'est
donc une augmentation de fr. 11,269 59. L'avoir de la caisse sociale est
porté aujourd'hui à fr. 33,998 47. — 90 nouvelles adhésions données par
34 auteurs de paroles, 46 compositeurs et 10 éditeurs de musique por-
tent à 847 le nombre des sociétaires. Un arrêt de la Cour impériale de
Colmar du 7 mars 1860, et plus récemment un jugement du 46 avril
dernier, rendu par le tribunal civil de Cherbourg, viennent de compléter
la jurisprudence relative au droit des compositeurs en matière d'airs in-
tercalés dans les vaudevilles. Ces décisions judiciaires reconnaissent ces
principes importants, à savoir : que dans les œuvres dramatiques, les
paroles et la musique constituent une propriété commune au profit des
auteurs et des compositeurs ; que les droits de chacun s'étendent et
peuvent s'exercer pour toutes ces parties de l'œuvre commune, qu'il
s'agisse des paroles ou de la musique ; qu'aucune pièce ne peut être re-
présentée sans le consentement de tous les auteurs, et qu'enfin aucunes
substitutions, aucuns changements ne peuvent être faits sans le consente-
ment de tous les ayants droit. A la suite de la lecture du rapport, l'as-
semblée a confirmé la nomination de M. Poisot, en remplacement de
M. Moniot, démissionnaire. MM. Dufour-Brandus et Ettling, membres
sortants, après quatre années d'exercice, ont été remplacés au syndicat
par MM. Victor Parizot, compositeur, et A. lkelmer, éditeur.
t** On annonce une édition populaire de la Biographie de Mozart, par
Otto Jahn. Cet ouvrage capital, fruit d'immenses recherches, qui a paru
d'abord en quatre forts volumes, sera publié par livraisons; il y en aura
vingt-six en tout.
„% La séance préparatoire du congrèspour l'amélioration du plain-chant
et de la musique d'église a eu lieu, comme nous l'avons annoncé, ven-
dredi 25 mai, dans les salons d'Erard. L'assemblée était nombreuse; on
y remarquait une foule d'ecclésiastiques de distinction, des artistes, des
hommes de lettres, des organistes, des maîtres de chapelle, des composi-
teurs distingués, deux de nos brillants généraux, le général Mellinet et
le général Moline de Saint-Yon. Après le discours d'ouverture, prononcé
par M. l'abbé Pelletier, chanoine d'Orléans, promoteur du congrès, l'as-
semblée a arrêté le programme des travaux suivants, où sont contenues
toutes les questions théoriques et pratiques qui seront discutées, débat-
tues et résolues dans le congrès. Voici ce programme. Première section:
Histoire de la musique d'église en France; Partie grégorienne et non
grégorienne; indications bibliographiques; actes du saint-siége, des
concile* et des évêques, concernant le chant et la musique. —
Deuxième section: Situation présente des églises des villes et des campa-
gnes, sous le rapport du chant et de la musique ; enseignement du
chant, de la musique et de l'orgue dans les écoles normales d'instituteurs
et d'institutrices, les séminaires, les maîtrises, ses résultats; maîtres
de chapelle et organistes, leur nombre, leur répertoire, les ressources
d'argent et d'exécution dont ils disposent ; concours des sociétés
chorales; cantiques en langue vulgaire, usages et abus, caractère et
défauts. Troisième section: véritable caractère de la musique d'église,
vocale et instrumentale; composition ; l'orgue, son style, son expres-
sion, les limites de cette expression, facture; plain-chant, sa restitution,
son exécution, soit mélodique, soit psalmodique, son accompagnement ;
vœux à formuler et â émettre; principes à proclamer. — Après l'adop-
tion de ce programme, l'assemblée a formé son bureau, qui se compose
ainsi qu'il suit: président, M. l'abbé Pelletier; vice-présidents, MM. de
La Fage, Laurentie, F. Benoist, J d'Ortigue ; secrétaire général, M. Ro-
butaux. L'époque définitive du congrès a été fixée à la deuxième quin-
zaine de novembre. Sa durée sera de cinq jours. 11 s'ouvrira par une
messe du Saint-Esprit, en plain-chant et en musique, et un sermon pro-
noncé par un des ecclésiastiques, membre du congrès. Toutes les com-
munications relatives au congrès doivent être adressées au directeur
de la Maitri e.
„** L'hymne à la Vierge de l'opéra Stradella, paroles de M. Gustave
Oppelt, musique de M. de Flotow, devient de plus en plus populaire
dans toute l'Italie, où on l'exécute comme chant patriotique. La maison
Brandus-Dufour, éditeur de l'œuvre de Flotow, a eu l'heureuse pensée
de publier l'Hymne à la Vierge, tant pour ténor et chœurs que pour voix
de contralto ou de soprano.
„,** Les Refrains baroques, tel est le titre de la nouvelle ronde chantée
dans les Jours gras de madame, pièce jouée au théâtre du Palais-Royal ;
l'auteur, M. S. Mangeant, a intercalé dans le refrain une série d'airs po-
pulaires qui produisent le plus grand effet. On a composé sur la même
pièce un quadrille qui renferme les motifs populaires de la Plaine des
Vertus, les Barbistes et les Barbettes.
**„ Concert Musard. — Le célèbre clarinettiste Henry Wuille, profes-
seur au Conservatoire de Strasbourg, traversant Paris pour se rendre en
Allemagne, se fera entendre au concert des Champs-Elysées, les h, o,
6. 7, 8, 9 et 10 juin. Toute l'Allemagne eonnaît l'admirable talent de
l'éminent artiste ; un grand succès lui est réservé à Paris.
t*ç En annonçant dimanche dernier la mort subite du célèbre violo-
niste André Bobberechts.nous rendions hommage aux éminentes qualités
qui le distinguaient. On nous communique la note suivante qui complète
son éloge : — Doué au suprême degré du sentiment musical et pénétré
du culte du beau, Robberechts consacra sa vie à l'enseignement des
chefs-d'œuvre des grands maîtres, préférant cette modeste carrière aux
succès que son style large et pur, son jeu brillant et chaleureux lui
assuraient devant le public. Sa seule ambition était de propager les
grands principes de la musique qu'il avait puisés à l'école de Baillot, de
Viotti, de Reicha, et qu'il se plaisait à transmettre gratuitement aux
jeunes artistes qui s'adressaient à lui, tandis qu'il devait sans cesse re-
fuser les offres brillantes qui lui étaient faites dans la plus haute société
de Paris, pour participer à ses leçons. Compositeur élégant et gracieux,
les œuvres qu'il a laissées respirent un parfum de distinction et de noble
simplicité qui leur donnent un charme et un attrait tout particuliers. La
perte de cet homme de bien a été un deuil général parmi tous ceux à
qui il a été donné de le connaître, et, mus par un sentiment de pieuse
reconnaissance, ses élèves ont résolu de se réunir et de former une
souscription pour élever a sa mémoire un monument funèbre. Ils se
font un devoir d'en informer ceux de ses amis qui pourraient l'ignorer
et désireraient se joindre à eux. Les souscriptions sont reçues chez
MM Pillet-Will et C°, banquiers, rue de la Chaussée-d'Antin, 70.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*t Rouen. — La représentation donnée au bénéfice des choristes du
théâtre des Arts se composait de la Favorit-, interprétée par Mlle Wer-
theimber ; l'éminente cantatrice a rendu le rôle de Léonora avec sa su-
périorité ordinaire. Dans l'entr'acte, l'orchestre a exécuté la Marche aux
[lambeaux, de Meyerbeor, d'une façon irréprochable. Le dimanche, 20 mai,
a eu lieu la clôture de la saison théâtrale.
„% Tours. — Le concert donné le 18 mai par la Société de Sainte-
Cécile au profit des pauvres a été une véritable solennité. Les honneurs
de la soirée ont été pour Mme Cabel. L'éminente artiste a dit avec une
inimitable perfection les couplets de Galathée; mais le succès le plus écla-
tant, l'ovation la plus brillante étaient réservés à l'air de VOmbrc, du Par-
don de Ploërmel, cette merveille de vocalises, d'harmonie, de touchante
mélodie et de rhythme entraînant. Après l'exécution de cette pagesplen-
dide, Mme Cabel a été littéralement couverte de bouquets et d'applaudis-
sements. MM. Henri, Van Gelder, violoncellistes, Amédée Martin, Hervé
et Roger se sont fait remarquer et applaudir auprès de la cantatrice pa-
20G
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
risienne. L'orchestre de la Société a exécuté avec beaucoup de perfection
une ouverture de M. II. Labit, chef de musique du 84'de ligne, le chœur
des soldats de Faust et l'ouverture de Giralda, un des chefs-d'œuvre
d'Adam.
*% Lyon. — Nous avons eu successivement les représentations, au
Grand-Théâtre, de Roger, Tamberlick et Merly. Après la Favorite, dans
laquelle il avait produit un grand effet, Roger a joué le rôle de Raoul,
des Huguenot*, avec cette supériorité qui en avait fait le premier
chanteur du grand Opéra. Le premier et le quatrième acte lui ont valu
des applaudissements enthousiastes. Le célèbre artiste est parti pour Mar-
seille. Tamberlick a chanté deux fois Olhe'lo, et le fameux ut dièse a pro-
duit son effet accoutumé. Merly a donné trois représentations consacrées
aux Huguenuts, Guillaume Tell et le Trovalore. Il a été fort bien accueilli.
— Henri Herz nous a donné un de ces magnifiques concerts comme il en
sait donner seul, et qui ont le privilège d'attirer tout ce que notre public
renferme d'artistes et d'amateurs. Magnifique exécution, bravos, rappels:
tel est le résumé de ce concert, semblable en cela à tous ceux qui signa-
lent l'apparition du grand artiste dans notre ville.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
t*t Londres. — La représentation de Semiramide au théâtre de Sa Ma-
jesté a présenté Mme Titjens dans un rôle qui lui est très-favorable et
comme physique et comme talent ; elle y a eu un très-beau succès.
Mlle lîrunet a débuté dans le rôle de Gilda, de liigoletto, elle a été bien
accueillie. — A Covent-Garden Mme Nantier-Didiée a fait sa rentrée dans
laGasza ladra aux applaudissements chaleureux du public qui l'aime beau-
coup. — Les deux théâtres rivaux vont donner simultanément les
Huguenots. — Au théâtre de M. Smith le chef-d'œuvre de Meyerbeer sera
interprété par MM. Giuglini, Gassier, Everardi, Vialetti , Mongini (qui
chantera le célèbre Ralaplan), et Mmes Borghi-Mamo, Louise Michal (pre-
mier début) et Titjens. Avec de tels noms, la soirée ne peut manquer
d'être brillante. — On monte aussi Ob, toi pour Mines Titjens, Brunetti ,
Lemaire, Vaneri, Alboni, et .MM. Bélart, Castelli, Everardi, Aldighieri,
Mercuriali et Mongini. — La saison est maintenant dans toute sa splen-
deur : les salles de concert se remplissent d'une foule attentive à écouter
avec le mGme recueillement tantôt les œuvres des grands maîtres exé-
cutées avec une rare perfection par les plus célèbres artistes; tantôt de
la musique détestable non moins détestablement interprétée; tant il est
vrai qu'en Angleterre il y a un public pour tout et pour tous. Parmi
les auditions les plus remarquables, il faut citer celle du harpiste Ober-
thiir a Willis's-Rooms : c'est un artiste d'un grand talent et dont les
compositions sont fort remarquables. Miss Arabella Goddard s'est fait
brillamment applaudir en jouant avec le bénéficiaire un duo qui a pro-
duit beaucoup d'effet. La même artiste a obtenu également un succès
d'enthousiasme au dernier concert de la Société des Monday popular
concerts, qui faisait exécuter un choix d'œuvres des maîtres italiens, et
où elle interprétait une sonate de Glementi et un choix de leçons de
harpe de Scarlatti.
„.*„, Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie vient de faire une surprise
agréable à ses abonnés en reprenant, avant la clôture, Giralda, un des
plus jolis opéras d'A. Adam et qui obtint un grand succès â l'Opéra-
Comique lorsqu'il y fut représenté. Mlle Boulart avait sans doute pres-
senti que le rôle de Giralda convenait tout à fait â son talent, car elle
avait choisi cette pièce pour son bénéfice, et elle a été en cela on ne
peut plus heureusement inspirée ; son succès a été complet. Elle a dé-
licieusement joué le rôle de la nouvelle Psyché, et fait valoir avec beau-
coup de finesse les mélodies qui abondent dans l'œuvre d'Adam. — La
Compagnie italienne a donné la première représentation de YElisire d'a-
more, chanté par l'élite de ses artistes : Mme Lorini-Mariani, MM. Galvani,
Squarcia et Ciampi. La jolie partition de Donizetti a fait le plus grand
plaisir, et le second acte surtout a été fort bien rendu et fort applaudi.
— Bériot est de retour de Saint-Pétersbourg; on dit qu'il a mis à profit
son séjour en Russie pour composer un opéra.
**» Carlsruhe. — La première Nuit de Walpurgis, de Mendelssohn, a
été jouée au théâtre, de la cour. Cette partition, qu'on écoute avec tant
de plaisir dans la salle de concerts, a produit un effet immense sur la
scène, où les situations étaient, en quelque sorte, rendues visibles.
»% Manhein. — Le concours ouvert pour un prix a décerner au meil-
leur quatuor, est resté sans résultat; aucun des trente-huit ouvrages
qui avaient été envoyés, n'a été jugé digne du prix; quelques-uns seu-
lement ont obtenu une mention honorable.
*** Leipzig. — Le dernier concert du Gewandhaus a été dirigé par le
maître de chapelle Julius Rietz, qui nous a quitté récemment pour pren-
dre la direction de l'orchestre delà cour, à Dresde. Lors de son départ,
M. Rietz a reçu ici de nombreux témoignages d'estime et d'affection :
l'Académie de chant, dont il avait été directeur, lui a offert une magni-
fique montre en or avec sa chaine; le comité du fonds de pension lui
a fait hommage d'une coupe en argent; enfin le Maenner-Gesang- Verein
a accompagné son ancien directeur a la gare du chemin de fer, et lui a
fait ses adieux en chantant un lied de Mendelssohn. — M. Henri Berh
avait renoncé aux honoraires qui lui étaient dus pour la part qu'il avait
prise à l'exécution de la l'assion, de Bach, le vendredi saint ; en échange,
il avait prié l'orchestre du Gewandhaus de lui jouer un beau jour deux
symphonies. Cette demande assez originale fut favorablement accueillie,
et dimanche, 20 mai, M. Behr assistait avec sa famille à l'exécution de
deux symphonies, l'une de Mendelssohn et l'autre de Beethoven. — Le
même jour a eu lieu le deuxième concert de la société Richard Muller
et le quatrième concert de la société de l'orchestre des amateurs.
„.*„ Francfort-sur-Mein. — Les professeurs lîanf, Henkcl, Hilger et
Oppel ont obtenu l'autorisation de créer ici une école de musique; cet
établissement ouvrira l'automne prochain.
„** Dusseldorf. — Les artistes convoqués à la solennité de 1860, et qui
avaient répondu à l'appel de l'habile directeur du festival Ferdinand
Hiller, étaient: Joachim, Stockhausen, Aille Schreck, un jeune chanteur
des plus heureusement doué, M. Schnorr von Carosfeld et une artiste
célèbre en Allemagne, Mlle Jenny iNey. La première journée a été con-
sacrée à l'exécution de Samson, oratorio de Haendel, suivi de la sympho-
nie en si bémol de Schumann. C'est Morel qui a arrangé pour l'Alle-
magne cette œuvre écrite en Angleterre, et il avait supprimé un grand
nombre de morceaux; M. IJiller a rétabli les plus dignes d'être entendus
et, entre autres, deux airs de Samson d'un beau caractère, et un air de
Dalila, qui ont été fort admirés et fort applaudis. En général, d'ailleurs,
l'exécution a été â la hauteur de l'œuvre. Jamais les chœurs n'ont mar-
ché avec plus d'ensemble, de correction et de fermeté, dans l'attaque et
dans la mesure; jamais si puissante sonorité n'avait été atteinte dans l'ex-
plosion des masses vocales. M. Schnorr qui chantait Samson promet à
l'Allemagne un virtuose du plus haut mérite ; Mlle Ney a dit la partie
de Dalila avec un remarquable sentiment dramatique. Hiller adonné tous
ses soins à l'exécution de la symphonie de Schumann, expression la plus
caractérisée de la fantaisie et du romantisme en musique, et qui contras-
tait singulièrement avec la simplicité classique de l'œuvre de Haendel ;
aussi a-t-eile été admirablement interprétée. Le programme de la se-
conde journée se composait du Printemps sacré , oratorio héroïque
composé pjr Ferdinand Hiller sur les paroles du docteur Bischoff, et de
l'Ipkigénie, de Gluck. Le concert s'ouvrait par l'ouverture des Deux jour-
nées, de Chérubini. L'œuvre de notre savant maître de chapelle, qui re-
cèle des beautés du premier ordre, entre autres le grand air de la prê-
tresse de Vesta et le quatuor sans accompagnement, a soulevé les bra-
vos de la salle entière, et public et artistes ont fait à l'auteur une de ces
ovations chaleureuses qui marquent dans la vie d'un artiste. L'Iphigénie
a mis en lumière les admirables qualités qui distinguent Mlle Ney,
et surtout la puissance dramatique dont elle est éminemment douée ; elle
a dit le songe d'iphigénie avec une vérité d'expression saisissante. Stock-
hausen a compris et rendu avec un art parfait la scène du sommeil d'O-
reste. M. Schnorr é'ait chargé du rôle de Pylade. Le festival s'est ter-
miné le troisième jour par le Concert des artistes, dont le programme
était très-riche; mais une indisposition de Stockhausen a furoé d'en re-
trancher plusieurs morceaux. Quoi qu'il en soit, cette journée n'a pas été
moins intéressante que les précédentes. L'attention se concentrait prin-
cipalement sur Joachim, le grand virtuose hanovrien, qui s'y produisait
dans la Romance de Beethoven, dans la Passion de Bach, et dans un
concerto de sa composition, remarquable surtout par l'admirable talent
avec lequel il était rendu. Les plus chaleureux applaudissements inter-
rompaient â chaque instant le célèbre violonist . — Inuiile de dire qu'à
chaque journée un auditoire où se remarquaient les personnages les plus
illustres se pressait malgré le mauvais temps dans l'immense salle du
Geisler's garteu.
„*„ Vienne. — Le succès de Mlle Lagrua s'accroît chaque jour; elle
a été admirable dans VAssedio di Corinto. La représentation au béné-
fice de la célèbre cantatrice se composera de divers fragments
d'opéras. On y exécutera plusieurs scènes des Huguenots, de Meyer-
beer, en italien, et la bénéficiaire chantera l'air d'Agathe du Frei-
schiitz en langue allemande. — L'Elisire, de Donizetti, a obtenu un bril-
lant succès. Comme toujours, Mme Charton-Demeur nous a ravis par la
perfection de son chant, la verve entraînante de son jeu et les grâces
de sa personne. Fioravanti s'est montré excellent dans le rôle du char-
latan. Plusieurs morceaux ont été redemandés. Jusqu'ici l'opéra Italien a
donné sept ouvrages : Norma, Lucrèce Borgia, le Siège di Corinlhe, Ri-
guletto, la Traviata, le Barbier, et VEUsire d'amore. Pour la fin de la sai-
son on annonce Dun Giovanni avec Mmes Lagrua, Charton-Demeur et
de Roissy, et MM. Graziani, Beneventano, Varcsi, Milesi et ltokilanski.
— Rubinstein est ici en ce moment ; le célèbre pianiste-compositeur se
propose de terminer un opéra dont le texte est tiré de Yanku, poème de
Charles Beck.
i% Darmstadt. — A l'occasion du cinquantième aniversaire de l'exis-
tence du théâtre de la cour, on y a donné Titus, de Mozart. Cette repré-
sentation a été précédée de l'exécution de l'ouverture de Samori, par
l'abbé Vogler, et d'un prologue. Mlle Emilie Schmidt, notre prima
donna, a été magnifique dans 1g rôle de Sextus : le duo du premier
acte (avec Annius) a été redemandé au milieu d'acclamations enthou-
siastes et d'une pluie de bouquets.
*** Berlin. — La brillante cantatrice Mlle Hucca, qui en ce moment
obtient un si beau succès à Prague, vient d'être engagée au théâtre
DE PARIS.
207
royal de l'Opéra. Le 20 mai, ce théâtre a donné Oberon ; pour la clôture
on annonce le Templier et la Juive, par Marschner. La troupe d'opéra-
comique, au théâtre Kroll a débuté de la manière la plus heureuse par
le Fourbisseur (Waffenschmicd), de Lortzing. C'est une des meilleures
productions de cet éminent compositeur.
*** h'œnigsberg. — Dinorah, le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer,
vient d'être représentée au théâtre avec le plus éclatant succès.
Mlle Holir, chargée d'interpréter le rôle principal, s'acquitte très-habi-
lement de sa tâche.
*** Nvples, 24 mai. — 11 est temps que les théâtres royaux soient
réorganisés de manière à ce qu'ils reprennent un peu de la faveur qui
les abandonne de plus en plus. Le cahier des charges de San-Carlo de-
mande chaque année un opéra écrit par un grand maître, et pourtant on
n'y donne que des œuvres tout à fait secondaires. La saison d'été ne
s'annonce pas comme devant être brillante. La Favorite qu'on a défi-
gurée pour l'adapter à un libretto ridicule, Leonore de Gusman, et qui
n'avait pas été jouée depuis dix ans, a été accueillie avec indifférence.
Mme Vera-Lorini seule y a mérité et obtenu des applaudissements. Il est
heureux pour Meyerbeer que l'on ait hésité h jouer son Prophète, et ce-
pendant on en avait bien envie, car on n'a pas oublié les magnifiques
recettes qu'a produites Robert le niable joué pendant l'été dans des con-
ditions presque aussi mauvaises. — Au théâtre des Florentins, l'acteur
Salvini, qui a obtenu autrefois beaucoup de succès à Paris avec la l'.is-
tori, fait courir tout Naples; on loue les places huit jours à l'avance.
L'aristocratie napolitaine, malgré les préoccupations de l'insurrection
de Sicile, a voulu jouer la comédie française, italienne et napolitaine ;
quatre magnifiques représentations ont été données au palais Delafield
cette semaine. — Une comédie originxle napolitaine du chevalier de
Durci a obtenu un succès extraordinaire. L'auteur remplissait le rôle
national de Pulcinella; son succès a été prodigieux. Mme la princesse
de Saint-Elia et la belle Mme Delafield, la fauvette des salons aristocra-
tiques, ont obtenu chaque soir les bravos les plus frénétiques.
„*„ Cunstantinople. — Une société de musiciens bohèmes, sous la di-
rection de M. Prohaska, exécute depuis quelque temps à Péra des mor-
ceaux de musique allemande, que la population musulmane écoute avec
ravissement. Le grand-turc en ayant entendu parler, a fait venir les
artistes étrangers dans son palais, où ils ont eu l'honneur de se faire en-
tendre en présence du chef des croyants. — Le 6 mai l'Association alle-
mande Teuionia et la Liedertafel ont salué le retour du printemps par
une fête toute artistique. Ce jour-là, presque toute la colonie allemande
s'est rendue à Hunkiar Skelessi, un des plus beaux sites du Bosphore.
Le mauvais temps obligea la société à chercher un abri dans les ruines
de la papeterie du sultan Sélim. Plus tard le ciel s'étant éclairci, la Lie-
dertafel et la Teuionia s'installèrent sur les terrasses de l'établissement
et exécutèrent les plus beaux chants de leur répertoire avec une verve,
une vigueur et un ensemble qui firent une impression profonde sur les
populations grecques et musulmanes que la solennité avait attirées. Le
soir les chanteurs ont fait leur entrée à Péra avec la bannière aux cou
leurs allemandes et précédée de kawass.
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quelle le Juty de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iuppout officiel {Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
o La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse paiifaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
n A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport dn volume et de la
bualité du son. •
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
*" médaille (l'or
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ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba.
Clairons, Trompettes d'ordonuance. Flûtes, Clarinettes, Bassons,
Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym-
bales, etc., etc.
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
K? 24.
10 Juin 1800.
ON S'ABONNE t
Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aui
Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris. 24fr.paroJ
Départements, Belgique et Suisse — 30 ■» id.
Étranger 34 " *d.
Le Journal parait le Dimanche .
GÂZET
SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : les Rosières, opéra-comique en trois actes, pa-
roles de M. Théaulon, musique d'Hérold ; les Valets de Gascogne, opéra-comi-
que en un acte, paroles de M. Philippe Gille , musique de M. Dufresne, par
Léon Durocher. — Henry Wuille. — Revue critique : Ouvrage divers re-
latifs à l'accompagnement du plain-chant (3e article), par Adrien de La
l'.-ifre. — Revue des théâtres, par D. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles
et annonces.
THMTRE LYRIQUE.
LES ROSIÈRES,
Opéra-comique en trois actes, paroles de M. Théaulon, musique
f/'HÉROLD.
LES VALETS DE GASCOGNE,
Opéra-comique en un acte, paroles de M. Philippe Gille, musique
de M. Dufresne.
(Premières représentations.)
Les Rosières ont été représentées ;iu théâtre Lyrique le 5 juin, et
les Valets de Gascogne le 2. Mais qu'importe ici la chronologie? Le
lecteur est probablement plus pressé d'avoir des nouvelles d'un ou-
vrage d'Hérold dont il a à peine entendu parler, que de tout ouvrage
moderne, et nous sommes convaincus que M. Dufresne cédera vo-
lontiers à son ancien l'honneur du pas.
Les Rosières sont le premier opéra qu'Hérold ait fait jouer à Paris.
C'est le 27 janvier 1817 que fut jeté pour la première fois au par-
terre de la salle Feydeau ce nom qui allait bientôt devenir si célèbre.
Les Rosières prouvèrent aux artistes et aux amateurs éclairés que la
France avait un compositeur de plus. Leur succès fut brillant et du-
rable. Elles ne quittèrent définitivement le répertoire qu'en 1826.
Est-ce Marie qui les en chassa ? On peut le supposer sans faire crier
à l'invraisemblance. Marie est une partition évidemment supérieure
h l'autre. La pensée y est plus abondante, plus vigoureuse; elle se
développe plus largement. L'instrumentation surtout y est beaucoup
plus riche et plus brillante. Mais on trouve dans les Rosières le
germe de toutes les qualités qui devaient illustrer la trop courte car-
rière d'Hérold, la facilité, la grâce mélodique, un sentiment très-vif
et très-fin de tout ce qui constitue l'élégance du style, beaucoup de
tact et beaucoup d'esprit. L'auteur n'y court pas encore après les
modulations imprévues ; son harmonie est simple et naturelle, mais
elle est déjà remarquable par sa correction et sa clarté. Dans les mor-
ceaux d'ensemble, les parties vocales sont très-habilement ajustées. A
l'orchestre, les instruments à vent sollicitent rarement l'attention de
l'auditeur , mais le quatuor est toujours écrit magistralement.
L'ouverture est fort bien faite. On y reconnaît tout de suite que
l'auteur débutant n'est pas fâché d'établir une fois pour toutes qu'il
n'a pas volé son grand prix, que ses études ont été sérieuses et com-
plètes, qu'il sait tout ce qu'un compositeur doit savoir. Le motif prin-
cipal y est traité avec cette habileté ingénieuse, cette abondance fa-
cile et celte richesse de détails dont Joseph Haydn a donné de si
beaux exemples dans ses symphonies, ses sonates et ses quatuors.
Le commencement du premier acte est un peu froid. Le chœur
d'introduction est très -ordinaire. Il n'y a rien à eu dire. L'air de
Bastien :
Les fillettes du village
Ont toutes un jo'i minois,
Mais la plus belle, la plus sage
Est cell' qui me tient sous ses lois, etc.,
est écrit d'un style simple et naïf, parfaitement approprié à la con-
dition du personnage qui le chante. Mais il ne suffit pas qu'un mor-
ceau soit convenable; un tour plus original, un peu plus de mouve-
ment et de verve n'y auraient rien gâté. La romance du comte Ed-
mond :
Gentille rosière,
Toi seule me plaît, etc. ,
n'offre rien de saillant. C'est seulement aux couplets de Mlle Floretle :
De ce village
Tous les garçons ,
que le génie du compositeur se révèle enfin. Il n'y a là qu'une phrase ;
mais elle est nette , précise , vive , piquante , spirituelle au dernier
point. Hérold fera rarement de plus heureuses rencontres , même à
l'époque où son talent sera complètement développé.
Arrivé à celte hauteur, il n'en descend plus. Le quatuor qui suit est
très-court, mais il est plein de fraîcheur et de grâce. Le chœur villa-
geois qui termine le premier acte, très-court aussi, — l'usage des
grands finales ne s'était pas encore introduit à l'Opéra-Comique, ou
du moins il n'était pas obligatoire, — le chœur, disons-nous, roule
sur des phrases aussi élégantes que naïves.
Au second acte , un autre chœur est bientôt suivi d'un morceau
d'ensemble qui n'est pas moins remarquable par la valeur intrinsèque
des idées que par le mérite de la facture. Les couplets de Mme de
Mondor, — à laquelle nous ne donnons peut-être pas son véritable
nom, — sont charmants : chant, harmonie, accompagnement, tout y
est également distingué. Il y a moins d'éloges à faire peut-être du duo
210
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
du comte Edmond avec Mme de Mondor déguisée en rosière ; mais la
marche des gardes-chasse, qui -vient ensuite, est un morceau des
plus rares. Le thème en est aussi fin qu'élégant. Après que les violons
l'ont présenté, les instruments à vent le reproduisent, et le premier
violon l'accompagne alors d'une variation en triolets de l'effet le plus
piquant.
Rien de tout cela ne vaut pourtant le duo du troisième acte entre
Bastien et Florette :
Laisse-moi, Bastien, laisse-moi,
lequel finit en trio. On voit rarement une scène aussi bien filée,
pour nous servir du terme consacré. Le chant y est naturel, gra-
cieusement comique et singulièrement expressif. Il peint la parole.
Le morceau est conduit de main de maître, et les rentrées y sont
amenées avec une habileté singulière. On remarquera vers la fin, lors-
que Florette s'aperçoit que Bastien offensé offre ses hommages à
Mlle Cataut Bertrand, une phrase plaintive qui fait le plus heureux
contraste avec tout ce qui précède et tout ce qui va suivre. Elle est
touchante et ne cesse pourtant pas d'être comique. On ne saurait
avoir plus d'esprit, plus de goût et un art plus délicat.
Nous voudrions parler encore de l'air de Florette délaissée et pleu-
rant sur les conséquences de son ambilion déçue, et d'une autre pe-
tite marche très-jolie, et puis encore Mais comment parler de
tout? Boileau, le législateur du Parnasse, comme on disait autrefois,
déclare qu'il faut savoir se borner. Bornons-nous donc, quoique nous
ne prétendions nullement à l'honneur de nous guinder sur le Parnasse.
Voilà d'ailleurs Mlle Girard qui nous appelle. Elle joue le rôle de
Florette avec esprit, avec finesse, et ce je ne sain quoi qui donne
à toutes ses créations un air si original. Elle chante ses couplets du
premier acte, son duo du troisième, etc., avec autant de verve que
de grâce. Exécution facile, correcte, brillante, vive intelligence, goût
exquis, voix charmante.... que pouvez-vous désirer de plus? Nous lui
avons reproché longtemps de chevrotter ; elle ne chevrotte plus, et
nous sommes obligé de la louer sans restriction. Rude épreuve pour
un critique !
Mlle Faivre fait de grands progrès. Sa prononciation est plus nette
et sa voix mieux posée. Encore quelques efforts et ce sera une de
nos plus agréables cantatrices. M. Fromant, M. Ricquier-Delaunay,
Gabriel, sont bien placés dans leurs rôles, et ce joli ouvrage est
très-convenablement exécuté.
Nous n'avons encore rien dit de la pièce : elle est fort amusante,
bien faite, vivement menée. Théaulon avait beaucoup d'imagination,
d'esprit, de gaieté, et, de plus, il savait écrire, ce qui ne gâte ja-
mais rien . Son comte Edmond qui se plaint des femmes de la cour
parce qu'elles ont eu pour lui trop de bontés, — le fat! — et qui
veut à toute force, pour se venger d'elles, épouser une paysanne ;
son sénéchal, ses baillis, son commandeur travesti en juge de village,
font rire le parterre à chaque mot qu'ils disent. Le drame n'a rien de
compliqué, on le suit sans effort, et le divertissement ne devient ja-
mais une fatigue. Il a une autre qualité fort précieuse : il n'est pas trop
long. On en sort la tête libre et l'on rentre chez soi de bonne humeur.
Personne, après avoir vu les Rosières, ne regrettera sa soirée. Et
personne par conséquent ne sera tenté de chicaner l'auteur sur l'in-
vraisemblance de sa fiction.
— Nous en pouvons bien dire autant des Valets de Gascogne. Ce sont
deux hobereaux de village aussi pauvres que glorieux, et qui,
n'ayant pas de quoi payer un valet, endossent la livrée, et se servent
eux-mêmes. Il va sans dire que le maître n'est jamais là quand on
trouve le valet, et que le valet est toujours sorti lorsque l'on rencon-
tre le maître. L'un a une nièce et cherche à la marier. L'autre, qui
croit à l'existence d'une dot, la demande en mariage, est admis sans
examen, à cause du beau nom qu'il porte, et vient lui-même, en habit
galonné, annoncer sa prochaine arrivée. 11 suit de là une scène assez
plaisante des deux faux valets, qui se traitent fort cavalièrement, se
prennent de querelle, et se battraient si l'on n'y mettait ordre. C'est
l'amant de Mlle Blanche, M. Blondel, professeur de chant, qui leur rend
ce service. Blondel a surpris le secret de M. le marquis de Panillac, et
s'est emparé de son habit de cérémonie, de son épée, de son cha-
peau à trois cornes. Ainsi accoutré, rien ne l'empêche de lui prendre
aussi son nom. Une fois lancé dans cette aventure, il profite de ses
avantages et traite sans miséricorde le pauvre gentilhomme qui n'en
peut mais. — Allons ! François, prenez ma canne et mon chapeau,
allez chercher la table, mettez le couvert, servez le potage, versez à
boire à Mlle Blanche et à M le marquis de la Basse-Boulaine, etc., etc.
On voit la situation, et nous n'en dirons pas davantage. Quand il a
bien turlupiné son rival, et qu'il ne trouve plus aucun nouveau tour
à lui jouer, il le démasque, lui rend son titre, sa canne, son chapeau,
sa houpelande et sa perruque. Les deux marquis sont couverts d'un
tel ridicule qu'ils n'ont plus rien à lui refuser. Tout cela est fou,
assurément, mais on rit comme, si l'on était au Palais-Royal.
On n'aurait pourtant pas au Palais-Royal la musique de M. Dufresne,
une jolie ouverture, un trio et un quatuor très-bien faits, un duo ré-
jouissant,— celui des deux marquis déguisés en valets de chambre, —
et quelques couplets fort heureusement tournés. Mlle Faivre, M. Gi-
rardot, M. Wartel, jouent et chantent gaiement ce petit ouvrage.
M. Potel, qui est chargé du rôle de Blondel, y obtient un succès dé-
cidé comme acteur et comme chanteur. 11 a de l'intelligence, Thabi-
tude du théâtre et une agréable voix de ténor dont il se sert ha-
bilement.
Avec ces deux ouvrages et Orphée, dont la vogue dure encore, le
théâtre Lyrique passera doucement le mois de juin et se consolera
du succès d'estime de Fidelio. Il est certain qu'un théâtre non subven-
tionné ne saurait vivre de succès d'estime.
Léon DUROCHER.
HENRY WUILLE.
C'est un événement musical tout à fait digne d'une mention parti-
culière que le début à Paris de cet artiste, qui a fait sa renommée à
Strasbourg, à Bade et autres villes. Pendant l'hiver, la Société
des concerts ou celle des jeunes artistes se seraient empressées
de lui ouvrir leurs portes. Pendant l'été, il s'est fait entendre aux
Champs-Elysées, dans les concerts-Musard, parce que la foule est là,
et que cette foule s'y connaît.
Henry Wuille appartient à l'élite des instrumentistes extraordinaires
qui non-seulement possèdent leur instrument de manière à profiter
de toutes ses ressources, mais qui le dominent, le transforment, à ce
point que toute comparaison devient impossible. Nous avons des cla-
rinettistes du talent le plus élevé, le plus pur, du style le plus irré-
prochable : nous n'en avons pas un qui ressemble à Henry Wuille.
Avec lui, la clarinette prend un autre son que celui qu'on lui connaît
en général. Au lieu de cette voix éclatante, mais toujours un peu
lourde, un peu massive, c'est quelque chose d'aérien, de léger, d'onc-
tueux, qui n'a plus rien à envier à la brillante volubilité de la flûte, ni à
la rêveuse tendresse du hautbois. Henry Wuille est doué d'une puis-
sance de respiration sans égale : il aborde aussi facilemont le largo le
plus soutenu que le presto le plus rapide. Il chante avec âme, il enfle
et éteint le son, comme il veut : il rend le lointain des échos sans le
moindre effort. En un mot, il est du premier ordre des virtuoses,
pour lesquels la nature n'a pas moins fait que l'art.
Dans la fantaisie de Bender sur un thème à' A Une, dans le con-
certino du même compositeur, il a déployé toutes les qualités solides
et brillantes de son jeu. Dans ses variations bouffes sur l'air de Mal-
brough, dans le trille vraiment diabolique dont il accompagne sans
DE PARIS.
211
interruption le motif de l'air, il a mis au jour la partie fantastique et
pour ainsi dire impossible. Chaque fois qu'il a joué ces divers mor-
ceaux, on aurait entendu voler un papillon dans la salle de verdure,
et à chaque repos c'étaient des applaudissements sans fin que l'artiste
recevait avec une modestie charmante.
Henry Wuille n'avait que dix jours à nous donner : un engagement
le rappelle à Bade, d'où il ne s'éloignera que pour le festival alsacien
qui doit se célébrer à Mulhouse pendant le mois de juillet. Quoique
attaché au Conservatoire et au théâtre de Strasbourg, nous ne doutons
pas que Paris ne trouve moyen de l'obliger à revenir d'ici à peu de
temps, et pour ne plus nous quitter.
REVUE CRITIQUE.
OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DU PLAIN-CHANT.
(3' article) (1).
En continuant notre revue des écrits publiés récemment sur l'ac-
compagnement du plain-chant , nous trouvons la Méthode pratique
d'accompagnement du plain-chant basée sur la tonalité ecclésias-
tique et sur la pratique constante du moyen âge, par L. Bignon, or-
ganiste de Notre-Dame du Mont à Marseille, etc. Si je ne devais pas
plus loin parler d'un autre ouvrage qui a des droits tout particuliers
à ma sympathie , elle appartiendrait sans réserve au travail de
M. Bignon.
A mon sens, personne plus que M. Bignon n'est dans le vrai quant
à l'accompagnement du plain-chant, et l'on pourrait même dire qu'il est
le seul qui ait cet avantage. Remarquons avant tout que pour l'obte-
nir il lui faut mentir en partie à son titre, et l'on ne saurait trop
l'en féliciter. Non, Dieu merci, ce n'est point la pratique constante du
moyen âge qu'il vient nous exposer, ce n'est point la barbare et gros-
sière organalion qui pouvait convenu' à ces abominables temps, et
qui consistait en suites de quintes ou de quartes marchant continuel-
lement avec le plain-chant et dans le même sens que lui ; ce qu'en-
seigne M. Bignon, c'est l'harmonie pure, correcte, élégante qui se
forma lorsque la divine renaissance vint rendre à la musique comme
aux autres arts, comme aux sciences et aux lettres, cette vigueur et
cette couleur qui caractérisent les époques où l'esprit humain est
dans sa force et se plaît à enfanter les chefs-d'œuvre. L'harmonie que
l'organiste de Marseille veut voir adaptée au plain-chant est celle dont
l'expression la plus élevée et la plus parfaite brille d'un vif éclat dans
les œuvres immortelles de Pierluigi, de Victoria et de plusieurs de
leurs contemporains.
La méthode de M. Bignon commence par un texte assez étendu dans
lequel je ne relèverai pas quelques points qui me semblent erronés,
parce que ces erreurs sont tout simplement la reproduction de ce qui
se lit en beaucoup d'autres livres. Je crois aussi qu'il n'était pas né-
cessaire d'offrir aux lecteurs la nomenclature du diagramme grec, fort
inutile aujourd'hui, et que Guido avait avec pleine raison bannie des
livres élémentaires.
Abordant positivement son sujet, M. Bignon donne en quelques
pages les règles générales de son système d'accompagnement. Ainsi
que je viens de le dire, ce système n'est autre que celui qui se tire
naturellement des exemples fournis par les compositeurs du xvie siècle
dans leurs compositions vocales, avec cette différence que ces grands
musiciens, faisant marcher leurs parties en toute liberté, employaient,
selon qu'il leur convenait, les notes de passage et les dissonances
préparées et sauvées selon les règles, tandis que M. Bignon réduit son
accompagnement à l'harmonie consonnante, note contre note, qui se
trouve encore resserrée par la nécessité d'obtenir pour l'instrument
un doigté convenable.
(1) Voir le n» 3.
Après avoir donné les exemples les plus nécessaires pour les pas-
sages embarrassants, pour ceux que les anciens traitaient d'une ma-
nière particulière, pour l'introduction des accidents, la manière de
caractériser les cadences, etc., l'auteur parcourt successivement les
huit modes en donnant pour chacun un certain nombre de pièces des-
tinées à servir de modèles et fort bonnes en effet à prendre pour
tels. Peut-être ne s'arrête-t-il pas sur chacun d'eux autant qu'on le
désirerait: ainsi n'est-ce pas se tirer bien vite d'affaire de dire que
le troisième mode ne présente rien de particulier qu'à la finale,
et les élèves se contenteront-ils tous de n'en pas apprendre davantage?
Ensuite était-il bien nécessaire de parler de pièces de ce mode qui se
terminent en lu ? On ces pièces sont étrangement corrompues, ou elles
n'existent pas en tant qu'appartenant au quatrième mode, et elles
doivent être renvoyées au neuvième mode, appelé aussi premier en a.
Viennent ensuite des avis sur la transposition dont l'emploi est in-
dispensable à l'église pour assortir le plain-chant aux voix qui l'exé-
cutent. A la fin se trouve la manière d'accompagner la psalmodie et
ses différentes finales avec une harmonie convenable. L'ouvrage est
terminé par des notions sur le plain-chant musical, espèce bâtarde,
à laquelle, les deux siècles passés ont donné en France une attention
qu'assurément elle ne méritait guère. Ce n'est, à vrai dire, le plus
souvent que de la mauvaise musique écrite en notes carrées et n'ap-
partenant au plain-chant que parce côté. Par une bizarrerie singulière,
les musiciens accompagnent souvent le plain-chant comme si c'était delà
musique, et s'il s'agit de plain-chant musical, qui n'est autre chose que
de la musique, ils prétendent le traiter comme si c'était réellement du
plain-chant; M. Bignon veut que chaque chose reprenne sa véritable
place, et tout le monde sera de son avis.
C'est avec raison que M. Wackenthaler ayant à publier un petit
ouvrage sur la matière qui nous occupe, l'a intitulé : l'Art d'accompa-
gner le plain-chant romain; mais il a eu tort d'ajouter au sous-titre :
mè'hode claire et facile ; non que son ouvrage manque de clarté et
qu'il soit difficile à comprendre, mais franchement on ne peut dire
que ce soit là une méthode. L'idée que fait naître ce mot dans l'es-
prit suppose une disposition des matières dans un ordre tel que cha-
que fait ou chaque précepte soit une déduction de principes posés
dès le commencement, et dont le reste de l'ouvrage n'est que le dé-
veloppement. Or, quoique l'ordre dans lequel M. Wackenthaler expose
ses idées soit fort simple et fort raisonnable, il n'offre point les qua-
lités que je viens d'indiquer, et l'on peut même dire que dans son plan
elles n'étaient point nécessaires.
Adrien de; LA FAGE.
(La fin prochainement.
REVUE DES THEATRES.
La fermeture de I'Odéox. — Les adieux de Mme Ristori. — Vaude-
ville : l'Envers d'une conspiration, comédie en cinq actes , par
M. Alexandre Dumas père. —Palais-Royal : les Trois fils de Cadet
Roussel, vaudeville en trois actes, par MM. Varin, Laurencin et
Michel Delaporte. — Gaité : Une pécheresse, drame en cinq actes,
par Mme Régnault de Prébois et M. Théodore Barrière. •— Giuque
Impérial : Reprise d'Héloïse et Abeilard, drame en cinq actes et
neuf tableaux, de MM. Anicet Bourgeois et Francis Cornu. —
Théatiie Déjazet : le Jeune homme au riflard, vaudeville de
MM. Varin et Cadot ; la Traite d'un nègre blanc , pochade en deux
tableaux, par M. Guénéej reprise de Pianella.
L'été commence â exercer son influence habituelle sur les théâtres.
Plusieurs d'entre eux ont déjà fermé leurs portes pour la saison ; d'au-
tres se préparent à suivre cet exemple. L'Odéon a fait ses adieux
au public le 31 mai, avec le Testament de César Giraudot, le grand
succès de l'hiver. Les Bouffes-Parisiens sont en voyage. Les Délasse-
ments-Comiques annoncent leurs dernières représentations, et tout
212
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
fait supposer que nous ne les reverrons plus qu'à l'Eldorado, -qui se
dispose à les recevoir. Bientôt viendra le tour du théâtre Lyrique, qui,
lui du moins, fera encore une étape au boulevard du Temple avant
d'aller habiter son nouveau domicile de la place du Châtelet.
— Le séjour de la Compagnie italienne à Paris ne s'est pas pro-
longé au delà du 29 mai. Ce jour là, Mme Ristori s'est prodiguée dans
une splendide représentation où elle a joué des fragments de ses
quatre meilleurs rôles, comme pour quadrupler les regrets qu'elle
nous laiste. La comédie du cornle Giraud, / Gelosi fortunati , la
scène de Macbeth, le cinquième acte d'Elisabelta, les troisième et cin-
quième actes de Maria Stuarda, tel est le programme de la soirée
triomphante dans laquelle Mme Ristori a pris congé des habitués de
la salle Ventadour.
— La veille du départ de M. Alexandre Dumas père pour son voyag-e
de circumnavigation dans la Méditerranée, on a fait quelque bruit
d'une pièce qu'il destinait à la Comédie française, et dont la lecture
aurait été brusquement interrompue par une discussion relative à la
prime d'usage. Cette question, soulevée sans motif apparent par un
membre du comité, a passé, aux yeux de bien des gens, pour un
moyen détourné de forcer l'auteur à remporter sa pièce. C'est en
effet ce qui est arrivé : M. Dumas père, dont la patience n'est pas
la vertu dominante, n'a pas même achevé sa lecture et a couru
offrir son œuvre au directeur du Vaudeville, en stipulant avec une
sorte de crânerie qu'il ne lui serait alloué aucune prime, et que l'En-
vers d'une conspiration serait joué en plein été. Nous avons nommé
l'objet du litige; maintenant que chacun peut se prononcer à son
égard en connaissance de cause, il nous reste à examiner si ses dé-
fauts sont de nature à justifier le comité du Théâtre-Français, ou si
ses qualités répondent suffisamment à la présomptueuse confiance de
M. Dumas père.
On connaît le sans-façon avec lequel le fécond et hardi romancier
traite presque toujours l'histoire. Son procédé est invariable : étant
donné un événement célèbre dont les principaux acteurs sont forcé-
ment indiqués, il y mêle un ou plusieurs personnages d'invention qui
tiennent les fils de l'intrigue, et il y distribue à doses égales la fan-
taisie et la réalité. On ne peut disconvenir que cette olla podrida
n'amène parfois des effets pleins d'intérêt et de curiosité, mais à quel
prix ? Depuis trop longtemps on s'est déshabitué de prendre M. Dumas
père au sérieux, et il n'a plus d'autres titres à l'attention que celui
d'amuseur. Nous croyons que sa pièce du Vaudeville, charpentée
dans les mêmes conditions que les ouvrages dont nous parlons, n'est
pas faite pour le réhabiliter.
11 s'agit de la conspiration qui rendit le trône d'Angleterre au roi'
Charles II et à la reine Catherine de Bragance ; voilà pour le côté
historique. Quant à l'envers, il est représenté par une jeune femme,
lady Ilamilton, et par un chevalier d'aventure, l'Ecossais Evan Mac
Donald, qui, venu à Londres pour servir le parti républicain, contribue
puissamment, par amour pour lady Ilamilton et sans qu'il s'en doute,
au rétablissement de la royauté. Dupuis, l'ex-artiste du Gymnase, a
été engagé pour le rôle de Mac Donald, qui prête à cette pièce les
allures les plus gaies. Si M. Dumas n'a pas eu d'autre ambition que
celle-là, il n'est pas impossible que le public lui donne raison ; mais si
l'on se reporte au temps où ce dramaturge n'affichait pas un tel dé-
dain de la forme littéraire, on ne donnera pas tort au Théâtre-
Français.
— Au Palais-Royal les Trois fils de Cadet Roussel ont réussi,
mais non sans quelque hésitation. 11 n'y a rien de plus difficile à
mettre en scène que ces types grotesques, passés, pour ainsi dire, à
l'état légendaire. Et quel autre personnage a subi plus de métamor-
phoses comiques que celui de Cadet Roussel ? Nos pères l'ont vu dé-
filer dans plus de trente pièces, tour à tour barbier à la fontaine
des Innocents, maître d'école à Ckaillol, professeur de déclama-
tion, etc., ou bien an café des Aveugles, aux Champs-Elysées, dans
l'île des Amazones, ou encore — et ce n'est pas la moins plaisante
de ses incarnations, — dans la peau d'un esturgeon. A quelle sauce
n'a-t-on pas servi ce digne frère de Jocrisse, de Janot et du Jérôme
Pointu? Ce n'est donc pas une petite affaire de le ressusciter aujour-
d'hui, voire même dans sa progéniture; la tradition de ses anciens
hauts faits lègue à ses fils des exigences presque impossibles à satis-
faire. Ne soyons donc pas trop surpris si les deux premiers actes de la
nouvelle bouffonnerie du Palais-Royal ont été reçus un peu froidement.
Le troisième a été plus heureux, grâce à une pantomime arlequinade
réglée par Paul Legrand et enlevée à merveille par la famille de Cadet
Roassel, Delannoy, Brasseur, Luguet, Gil-Perès et Mlle Dubouchet.
Cette bamboche drolatique s'appelle le Mariage de Cassandre ou
VEnfanl du rhinocéros. On a aussi fort applaudi la Ronde dit pacha
Mustapha, qui est très-originale et qui fait honneur à l'imagination de
M. Silvain Mangeant, le chef d'orchestre du théâtre.
— Le drame de la Gaîté, Une pécheresse, ne brille ni par l'inven-
tion, ni par la variété des combinaisons, et cependant il intéresse,
il émeut et provoque les larmes dans certaines scènes tracées avec
talent. C'est le Passé d'une femme, c'est le Livre noir, c'est tout ce
que vous voudrez ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que c'est une
pièce faite par un homme d'esprit et par une femme de cœur : nous
n'en voulons pour preuve que l'idée seule du dénoûment. Compro-
mise par quelques imprudences rétrospectives, la pécheresse est accu-
sée de trahison par son mari ; elle cherche à se disculper. « Si je mens,
s'écrie-t-elle, que Dieu me reprenne mon enfant. » Au même instant,
le pauvre petit meurt. Le père, croyant à un jugement de Dieu, se bat
en duel avec l'homme qu'il regarde comme son rival ; mais tout à coup
la mère se jette entre les deux adversaires : « Tu ne m'as pas cru,
dit-elle à son mari, et pourtant notre enfant existe !» — Le drame de
Mme Regnault de Prébois et de M. Th. Barrière restera longtemps au
répertoire de la Gaîté.
— 11 y a environ vingt-cinq ans que l'Ambigu a joué pour la pre-
mière fois Héloise et Abeilard, et les nombreuses reprises de cette
pièce attestent le prodigieux succès qu'elle obtint alors , et qui
n'est pas encore épuisé à l'heure qu'il est. Le Cirque impérial vient
de s'en emparer, et pour la rajeunir, il lui a fait les honneurs d'une
mise en scène magnifique. Parmi les additions faites à l'œuvre pri-
mitive, nous mentionnerons le brillant tournoi qui figure à présent
au troisième tableau.
— Deux petites pièces ont fait leur apparition au théâtre Déjazet,
en même temps que la reprise de Pianella, interrompue dès ses pre-
mières représentations par un regrettable accident dont Halbleid a été
victime. L'artiste qui le remplace a droit à des encouragements.
Quant aux deux nouveautés : l'une, le Jeune homme au ri/lard, est
un joyeux vaudeville basé sur la recherche d'un parapluie-talisman ;
l'autre, la Traite d'un nègre blanc, est une pochade dont la princi-
pale situation est empruntée à l'histoire de la coupe de Joseph vendu
par ses frères et devenu premier ministre de Pharaon. Monsieur Ga-
rât continue à remplir la salle.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„*» L'indisposition de Mme Ferraris se prolongeant, elle a dû être
remplacée dans le rôle de Diane par Mlle Villiers, et Pitrre de Médias a
été représenté vendredi.
*** La première représentation de Sémiramis aura lieu le 29 juin ou
le 2 juillet au plus tard.
„.** La direction de l'Opéra vient de rengager Wicart. Il rentrera par
le rôle d'Arnold, de Guillaume Tell, après lequel il chantera celui de
Raoul, des Huguenots.
„*„, L'engagement de Mme Tedesco a été signé avant hier. La célèbre
cantatrice doit être à la disposition de M. Alphonse Royer le I" septem-
DE PARIS.
213
bre, pour commencer les répétitions du Tanhauser, qui doit être joué à
la fin de janvier.
t*„, Mercredi l'Étoile du Nord a rempli la salle du théâtre de l'Opéra-
Comique. Mme Cabel a chanté avec sa supériorité ordinaire le rôle de
Catherine. Troy s'est convenablement acquitté de celui de Peters.
Mlle Belia, Nathan et Caussade remplissaient les autres rôles. Le chef-
d'œuvre a produit son effet accoutumé. — Le Roman d'Elvire et Itita, le
Château-Trompette et V Habit de Mijlord tiennent l'affiche les autres jours.
— On répète un opéra de M. Paul Dupuch, Gertruds, qui passera après le
Petit Chaperon rouge, dont la représentation est très-prochaine. Voici les
noms des artistes chargés d'interpréter l'un des populaires chefs-
d'œuvre de Boïeldieu : Rodolphe, M. Crosti ; Roger, Warot: le bailli,
Lemaire; l'ermite, Barrielle; Rose-d'amour, Mlle Marimon; Annctte,
Belia.
**» Avant la clôture, le théâtre Lyrique donnera une nouvelle opérette,
Mailre Palma, annoncée d'abord sous le titre de Mariage aux èpées. Le
livret est de MM. Furpille et Gille, et la musique, le coup d'essai de
Mlle Rivay. La Madone, de Lacombe, doit aussi faire son apparition très-
prochainement.
„,*,, Le directeur du théâtre Lyrique vient d'engager Mme Wekerlin-
Damoreau pour la saison prochaine.
„% Un acte de bienfaisance réunissait, la semaine dernière , à Ver-
sailles, un nombreux auditoire ; il s'agissait d'un concert organisé au
bénéfice de l'Asile maternel de cette ville. Au nombre des artistes qui
concouraient à cette bonne œuvre, M. Fr. Brissou s'est fait applaudir â
plusieurs reprises, en exécutant successivement, sur l'orgue d'Alexandre,
son beau trio sur Martha , et le duo qu'il a également composé sur le
Pardon. MM. Portehaut et Mme Lagnier ont chanté avec beaucoup de
succès le duo des Dragons de Villars. La séance n'a pas été moins hono-
rable pour les artistes que fructueuse pour l'institution.
„*,, Dimanche dernier a eu lieu une séance des plus intéressantes chez
Rossini : M. Wekerlin faisait entendre son Ode-symphonie de la Mer, œu-
vre à laquelle il vient de mettre la dernière main. Il n'y avait pas
moins de vingt exécutants pour cette lecture au piano, qui a valu au
composkeur les éloges les plus flatteurs de la part du maître.
„*x A la dernière réunion musicale qui a eu lieu chez Rossini avant
son départ pour la campagne, M. Paul Bernard, après\avoir exécuté sa
belle transcription de la Charité, pour le piano, a fait entendre une œuvre
nouvelle écrite par M. Galope-d'Onquaire, et dont il a composé la mu-
sique. C'est une pastorale bouffe qui a pour titre Loin du bruit. Joué et
chanté avec beaucoup d'entrain par Sainte-Foy et Mlle Mira, cet inter-
mède a obtenu un succès du meilleur aloi. La gaieté du poème, l'origi-
nalité de la musique ont valu aux auteurs des félicitations chaleureuses
et des applaudissements réitérés dont Rossini a donné â plusieurs reprises
le signal.
**„, 11 y a peu de jours, A. Goria, l'éminent pianiste, désirant faire
apprécier sa méthode d'enseignement, avait réuni dans les salons de
Pleyel-Wolff, mis gracieusement à sa disposition, les élèves de la classe
qu'il a fondée il y a six mois. Un jury, composé des frères Herz, de
Marmontel, Kruger, Lefebure-Wely, etc., devait présider à cet exercice-
concours et distribuer des médailles aux élèves les plus distingués.
Dix jeunes filles et deux jeunes garçons ont concouru ; le programme
se composait du rondo de Hummel en mi bémol et de l'allégro du con-
certo de Beethoven en ut mineur. Deux médailles d'argent et trois
de bronze ont été décernées par ces juges compétents, qui ont chaleu-
resement complimenté Goria sur un mode d'enseignement destiné à pro-
duire les meilleurs résultats.
„.*„. Le directeur du théâtre de l'Oriente, à Madrid, vient d'engager
pour la saison prochaine le célèbre ténor Fraschini.
„,% Mme Borghi-Mamo, que le directeur du théâtre de Sa Majesté a
rengagée pour la saison prochaine, vient également de signer un enga-
gement, pour la saison du carnaval prochain, avec les frères Marzi, direc-
teurs du théâtre de la Scala, à Milan.
„•% Mme Meillet, qu'on a applaudie pendant plusieurs années au
théâtre Lyrique en compagnie de son mari, est de retour â Paris. Elle
vient de Marseille, où elle avait été engagée pour la saison qui vient de
finir, et où elle a retrouvé les succès qu'elle avait eus à Paris.
„*„, Mlle Esther Danhauser, qui a tenu avec beaucoup de succès, cet
hiver, l'emploi de dugazon au théâtre de Brest, est de retour à Paris.
*** Roger est revenu de sa tournée artistique dans le midi. C'est à
Bordeaux qu'il a donné ses dernières représentations pour la clôture
du théâtre, et le célèbre ténor y a trouvé un accueil digne de sa
réputation. Le Prophète a été surtout un véritable triomphe pour
lui. — Les Dragons de Villars ayant pour interprètes Mlle Lacombe
et M. Colomyès ont été salués par des applaudissements qui promettent
au charmant opéra de Maillart une brillante ropriseâ la saison prochaine.
Cet opéra et celui de Martha ont été les deux succès de l'année.
*% Roger doit se trouver à Bade au mois d'août. Il y est engagé pour
chanter avec Mme Miolan-Carvalho un opéra inédit deCh. Gounod.
„,** M. Ivan Krafzoff, ténor, dont on a annoncé l'engagement pour
Moscou, doit, avant de se rendre dans cette ville, chanter pendant trois
mois au théâtre italien de Saint-Pétersbourg.
*** Le mariage de Mlle Mirés et de M. le prince de Polignac a eu lieu
le 5 juin dans l'église de la Madeleine, richement décorée pour cette
cérémonie, à laquelle assistait une affluence énorme, composée de per-
sonnages appartenant â la politique , â l'administration , à la finance ,
aux arts, aux lettres et aux sommités du monde. Mgr l'évêque de Mar-
seille officiait et a donné la bénédiction nuptiale aux deux époux. La
musique de la messe, exécutée pour cette solennité, a été composée par
le prince Edmond de Polignac , le plus jeune des quatre frères de cette
illustre famille. L'œuvre de M. de Polignac a été fort remarquée, et elle
témoigne d'études sérieuses de la part de l'auteur. L'orchestration en
est sobre et savante à la fois, et la mélodie est empreinte de ce profond
sentiment religieux qu'on ne trouve que dans les compositions des vieux
maîtres. L'exécution de cette messe par des artistes choisis dans l'or-
chestre de l'Opéra et par le chœur de la Madeleine , sous la direction
de son maître de chapelle, M. Dietsch, n'a rien laissé à désirer. L'orga-
niste de la paroisse, M. Saint-Saens, était au grand orgue, et quand
Mgr l'évêque a fait son entrée dans l'église, il a exécuté une marche
solennelle d'un très-beau caractère, et qui a produit sur l'auditoire une
profonde impression.
*** 11 vient de se fonder en Russie une institution qui fait honneur â
ce pays. La Gazette du Nord publiait dans son avant-dernier numéro l'ex-
posé de la situation du Fonds de secours des gens de lettres et des savanis en
Russie. Cette Société, fondée depuis peu de mois par l'élite des écri-
vains russes et par les directeurs des principaux journaux et revues, dit
la Gazette du Nord, n'est pas une société de secours mutuels. Pour par-
ticiper à ses bienfaits, il suffit d'être un homme de lettres ou de science,
d'être présenté par un membre ou d'écrire simplement au comité. Les
veuves et les orphelins ont aussi droit aux secours. Un empressement fort
honorable pour le caractère national s'est produit dans toutes les régions
du monde pour aider la Société à atteindre le but qu'elle se propose.
L'empereur et sa famille ont bien voulu souscrire pour un versement an-
nuel de 1,300 roubles argent (5,200 fr.). Les hommes de lettres les plus
célèbres se sont engagés à donner tant pour cent sur le produit de leurs
ouvrages; plusieurs artistes ont fait de même, et les directeurs des prin-
cipales revues ont résolu de payer à la Société un droit fixe sur chaque
abonnement à leurs publications. Quelques éditeurs connus ont pris un
engagement semblable pour les livres qu'ils font paraître, et beaucoup
de particuliers n'appartenant pas à la littérature, ni à la science, ni à
l'art ont versé d'abondantes contributions comme témoignage de leur dé-
vouement au progrès et à la diffusion des lumières, en même temps que
de leur respect pour ceux qui s'y consacrent. La Société a déjà pu ac-
corder des pensions annuelles dont le montant est de 2,160 roubles
argent (8,610 fr.), et distribuer en secours temporaires la somme de
1,300 roubles argent (5,200 fr.). Son capital, qui n'était au 2 (14) fé-
vrier de l'année courante que de 8,536 roubles argent (34,144 fr.), s'élève
actuellement à la somme de 18,236 roubles argent (72,944 fr.) Le nom-
bre des associés est de 407. M. Sasonoff annonce que la Gazette du Nord
ouvre, en faveur du Fonds littéraire, une souscription â laquelle elle con-
vie non-seulement ses compatriotes présents à Paris, mais aussi tous ceux
qui s'intéressent à la cause et à la liberté de la pensée.
„.% Le célèbre pianiste Henselt, en sa qualité d'inspecteur général des
établissements de musique de Saint-Pétersbourg, a reçu la croix de che-
valier de l'ordre de Saint-Wladimir. C'est la première fois que cette dé-
coration que l'empereur confère en personne, et qui d'ordinaire n'est ac-
cordée qu'à des personnages haut placés, l'aura été à un artiste.
„.*„ Le Messager de Nice nous apprend que notre compatriote, M. Ka-
pry, le jeune et brillant pianiste dont nous avons eu plusieurs fois occa-
sion de parler avec éloge, vient de recevoir de S. M. l'impératrice de
Russie une très-belle bague en or, surmontée d'un saphir entouré de
brillants. Le même journal annonce également que cet artiste accom-
pagne l'impératrice à Wildbad, en qualité de pianiste de S. M.
„*, Le chef des chœurs du Maennergesangverein, Herbeck , à Vienne,
auteur de la cantate qui a été chantée lors de l'inauguration du monument
érigé à l'archiduc Charles, a reçu de l'empereur d'Autriche une bague
enrichie de diamants, au chiffre de Sa Majesté.
»*„ D'après des tableaux statistiques, il y aurait aujourd'hui en Eu-
rope 18,140 acteurs, 21,609 actrices, 1,733 directeurs de théâtre; le
nombre des personnes qui sont attachées à un titre quelconque aux éta-
blissements dramatiques s'élèverait à 82,216.
4*t Mme Léon Auffant, qui s'est fait connaître par plusieurs œuvres
distinguées, a composé, sous le titre de Mon étoile et mon guide, Prière à
l'ange gardien, dont M. Alph. Cordier a écrit les paroles, une mélodie
qu'elle a dédiée à S. A. I. le prince impérial, et dont S. M. l'impératrice
a daigné agréer l'hommage.
„*,, Nous faisions dernièrement l'éloge de la remarquable transcription
de la Berceuse, du Pardon de Ploërmcl, composée par M. F. Dolmetsch ,
pianiste de la bonne école, qui se trouvait de passage à Paris. Nous ne
pouvons aujourd'hui passer sous silence quelques autres compositions
du même auteur, qui se distinguent par la mélodie comme par le
214
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
style ; ce sont ses trois ballades, op. 22; ses romances sans paroles, op. 41
et ii, et la Danse bretonne, op. 43 : œuvres qui le classeraient vite au
nombre des bons professeurs de Paris.
»% M. Lebouc vient de faire paraître une transcription pour violon-
celle avec accompagnement de piano, de la célèbre Marche funèbre de
Chopin. Ce morceau, que M. Lebouc a fait entendre avec succès cet
hiver, ne peut manquer d'être bien accueilli par les amateurs de vio-
loncelle.
%*# La Rose cHeste, mélodie poétique de M . Buchet, sera mise en mu-
sique prochainement.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„ Le Mans, — La foire de la Pentecôte nous a valu une série de
brillantes représentations données par la troupe lyrique que dirige
M. Rousseau. Le Pardon de Ploermel, Galathée, Martha ont été joués
successivement et aux grands applaudissements du nombreux public
accouru pour y assister. La salle était comble pour le Pardon, qui a été
interprété de ia façon la plus remarquable par Mme Laurence-Cyriali,
MM. Saint-Brice et Sendré, auxquels s'étaient joints, pour les couplets
et le quatuor du troisième acte, M mes Domergue et Mauraisin et
MM. Laurence et Pouilley. Après la magnifique partition de Meyerbeer,
Martha, ce charmant opéra de Flotow, dont la musique est si sympathi-
que aux oreilles françaises, a fait le plus grand plaisir, et a valu aux
mêmes artistes de chaleureux applaudissements.
*** Nantes. — Après le grand succès obtenu tout d'abord par le
Pardon de Ploermel, notre direction théâtrale l'a donné à plusieurs re-
prises, et chaque fois le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer a attiré la
foule et provoqué les applaudissements. — Après le Pardon, les Dragons
de Villars ont été l'ouvrage heureux de la saison ; Mlle Borghèse, qui a
créé à Paris d'une façon si originale le rôle de Rose Friquet, y a obtenu
ici un véritable triomphe. Disons, pour être juste, qu'elle était admira-
blement secondée par MM. Carré, Magne, Charles et .Mlle Courtois.
*** Constantine. — C'est par un des chefs-d'œuvre de Meyerbeer,
l'Étoile du Nord, que noire théâtre a fait sa clôture. Malgré les imper-
fections de l'exécution, l'opéra du célèbre maître n'en a pas moins produit
son effet habituel. On doit des éloges à Mme Villette, chargée du rôle de
Catherine et qui s'en est acquittée avec verve et talent.
CHRONIQUE ETRANGERE.
*** Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie a clôturé sa saison par
une brillante représentation dans laquelle ont, reparu presque tous les
artistes dugrand Opéra pour lesquels elle a été une véritable ovation. —
La troupe italienne a clos également la série de ses représentations par
la Sémiramide ; M. Merelli a l'intention de se rendre à Anvers pour en don-
ner quelques-unes. — Jacques Offenbach est ici depuis quelques jours, et il
a traité avec le théâtre dos Galeries-Saint-Hubert pour y donner un cer-
tain nombre de représentations auxquelles on peut prédire d'avance une
grande vogue et un succès fructueux. M. Offenbach nous amène ses meil-
leurs artistes : M mes Lise Tautin, Chabert, Toslée, Maréchal, Cico, Four-
nier ; MM. Léonce, Désiré, Guyot, Tayau, Duvernoy, Desmont, Marchand,
Tautin, Caillât, Jean-Paul, etc. — L'orchestre sera conduit par M. A.. Var-
ney. — Parmi les vingt-six opérettes que donneront les Bouffes-Parisiens
pendant leur séjour à Bruxelles, plusieurs sont déjà populaires et ne
manqueront pas d'attirer les amateurs de spectacles variés et amusants.
Nous citerons entre autres : les Deux aveugles, les Daines de la Halle, les
Pantins de Violette, le Violoneux, Une nuit blanche. Deux vieilles Gardes, le
Major Schlagmann, Vent du soir, Orphée aux enfers, le Mariage aux lan-
ternes, le Mari à la porte, Ba-ta-clan, la Chatte métamorphosée en femme,
Croquignole XXXVI, les Petits Prodiges, la Symphonie de l'avenir, etc. —
A la séance ordinaire de juin, de l'Académie royale de Belgique (classe
des Beaux-Arts), M. Fétis père a voulu donner à ses confrères la primeur
de son grand ouvrage, celui qu'il considère comme sa dernière œuvre :
l'Histoire générale de la musique, travail gigantesque qui va bientôt voir
le jour. Ce que M. Fétis a lu à l'Académie, c'est la première partie de
l'introduction de son livre ; c'est l'exposé philosophique des fondements
sur lesquels il a appuyé son édifice ; c'est le résumé des conclusions
générales auxquelles il est arrivé. La classe a entendu cette commu-
nication avec un vif intérêt.
,,** Liège. — Arban, le célèbre cornet à piston, professeur au Conser-
vatoire de Paris, avait été appelé pour prendre part au troisième concert
organisé par la Société du Casino. Il a été le héros de la soirée, et le
public nombreux qui remplissait le vaste salon de l'établissement ne se
lassait pas d'admirer les effets étonnants qu'A-ban a su tirer de cet
instrument, d'une portée d'ailleurs si restreinte, les contrastes de délica-
tesse et de force qu'il obtient ; le sentiment et l'expression qu'il apporte
dans son jeu ; les difficultés inouïes dont il triomphe. Aussi a-t-il obtenu
un succès complet et l'a-t-on rappelé après chaque morceau. Le concert
avait commencé par la magnifique Marche de Schiller, de Meyerbeer, qu'on
entendait pour la première fois, et qui a été exécutée avec un ensemble
admirable par M. Jules Duguet, l'habile chef d'orchestre de la Société.
Elle a produit le plus grand effet.
**% Rotterdam. — Outre le théâtre hollandais que possède notre ville,
M. Verhulst, le célèbre compositeur, se propose de fonder ici une société
lyrique dans le but de faire représenter des opéras allemands
*** Londres. — Les deux théâtres Italiens rivaux ont simultanément
donné les Huguenots. Si le théâtre de S. M. avait pour chanter le chef-
d'œuvre de Meyerbeer, Mme Titjens, MmeBorghi-llamo,Giuglini, Gassieret
Everardi, Covent-Garden mettait en ligne Giulia Grisi, Mme Miolan Car-
valho, Mme Nantier Didiée, charmante dans le rôle du page ; Mario et
Eaure. Un ensemble pareil de chaque côté était de nature à piquer vi-
vement la curiosité des diletanti ; aussi dans chaque camp les applau-
dissements ont-ils rivalisé pour fêter la magnifique partition du maître.
La musique allemande avait été représentée à Covent-Garden par l'exé-
cution de Fidelio, dans lequel MmeCzillag avait pu faire valoir les belles
qualités dont elle est douée. M. Smith ne veut pas être en reste avec
son voisin, et il annonce O'ieron, chanté par Mme Titjens, Rezzia ; Mon-
girii, Uuon, et Mme Alboni, Puck, avec Mlle Cucchi, la charmante dan-
seuse, dans le ballet. — Le 1er juin, le Concert du Palais de Cristal, dans
lequel chantent les artistes du théâtre de Sa Majesté, avait attiré près de
dix mille auditeurs. Cet empressement était motivé par la première ap-
parition (first appearance) de Mme Alboni, qu'on n'y avait pas encore
entendue.
„,** Cobourg, 23 mai. — Aujourd'hui on a publié le programme du
festival de chant qui doit avoir lieu ici les 21, 22 et 23 juillet.
„,% Wiesb'ule. — Tichatscheck, qui doit donner une série de repré-
sentations, a débuté dans Lohengrin.
*** Weimar. — Mme Bûrde-Ney, qui s'est fait entendre fréquemment
dans les concerjs de la cour, a dû naturellement exercer une puissance
des plus marquées sur notre public. Ses représentations au théâtre
grand-ducal ont été très-suivies, et celle de Don Juan, où la célèbre
cantatrice a interprété le rôle de dona Anna d'une manière tout à fait
supérieure, a été pour elle l'occasion d'un véritable triomphe.
**% Goettingen. — Depuis plusieurs années, l'art musical esi cultivé à
notre université avec un zèle tout particulier. Il existe une réunion de
chant et d'orchestre sous la direction de M. Hille, qui fait en outre un
cours d'harmonie et de théorie musicale. Une autre société de chant est
dirigée par un pianiste livonien, M. J. 0. Grimm , qui a introduit chez
nous les œuvres de S. Bach. Une troisième association vocale, unique-
ment consacrée à la musique d'église, a pour chef le docteur Kriiger,
qui doit ouvrir, pour le semestre d'été, un cours de théorie musicale et
d'histoire générale de la musique.
„** Ratisbonne, 30 mai. — Le Pardon de Ploermel a été représenté sur
le théâtre de la ville avec le plus grand succès On a retrouvé dans ce
nouveau chef-d'œuvre tout le génie et tout l'art dont Meyerbeer a donné
tant de preuves. Le trio final du premier acte, l'air de l'Ombre au se-
cond, le quatuor et la romance d'Hoël au troisième, sont au niveau des
plus belles productions de leur auteur. Les artistes et l'orchestre ont
concouru largement à l'exécution de l'œuvre et de manière à honorer
notre théâtre. Le décorateur, le machiniste et le costumier n'ont rien
épargné pour obtenir justement leur part d'éloges et de gloire. Il n'est
donc pas douteux que le ^ardon de Ploermel ne s'établisse pour longtemps
chez nous, et ne devienne un des soutiens du répertoire.
**„, Leipzig. — Dans le courant du mois de mai, le théâtre de la ville
a joué Fidelio, de Beethoven ; le Val d'Andorre, d'Halévy ; le Freischutz,
de Weber; Dinorah (deux fois, 13 et 27 mai), de Meyerbeer, Monteechi
e Capuletti, de Bellini ; la Fille du régiment, de Donizetti, et le Maçon,
d'Auber. En tout sept opéras et huit représentations.
„.% Berlin. — Au théâtre Fr. Wilhelmstadt on doit donner sous peu
Stradella, de M de Flotow, pour les débuts de Mlle Helferich. — Le succès
de la reprise de : le Médecin et l'Apothicaire, par Dittersdorf, se soutient. —
L'Académie de chant a offert une fête au conseiller intime Hellwig, qui
depuis soixante ans fait partie de cette Société célèbre, et la ciirige de-
puis trente ans. L'Académie a exécuté un choral de Fasch, son fonda-
teur; un motet, de Haydn; lied, deGrell; chœur de Jomelli, Alléluia, de
Uaeniel. — La première représentation de la reprise de : le Templier
et la Juive est fixée au 4 juin.
„,** Hambourg. — Après avoir charmé le public dans le rôle de Di-
norah, Mme Frassini n'a pas fait moins de plaisir dans celui de Martha.
Dans la Somnambule elle a eu également un beau succès, ainsi que Car-
rion ; rarement nous avons entendu ces deux parties interprétées d'une
manière aussi magistrale.
DE PARIS.
215
*** Vienne. — La Société académique de chant s'est rendue à Rade
(près Vienne) pour y donner une sérénade au roi Louis de ISavière. qui
réside au château de Weilbourg. On a chanté le Walhallalied, la Patrie
allemande, etc. Le roi, vivement touché de cette démarche, a remercié
avec effusion le comité de la Société, et Ta fortement engagé à faire une
excursion à Munich — Mme Ellinger a terminé ses représentations par
le rôle de Fidès, dans le Prophète ; Ortrud, dans Lohengrin, et de Zaïde,
dans Don Sébastien. Le théâtre de l'opéra de la Cour a fait sa clôture par
Don Juan.
*** Copenhague. — Le célèbre quatuor des frères Muller, virtuoses de
la chambre à Saxe-lleiningen, a donné ici, avec le plus brillant succès,
une série de concerts où ils nous ont fait entendre un choix de mor-
ceaux de musique classique.
»** Saint-Pétersbourg, 30 mai. — De 1840 à 1850, il exista dans cette
ville une société symphonique dont les statuts avaient été sanctionnés
par le gouvernement. Cette société avait cessé faute de ressources,
mais pour se reconstituer plus tard. Au commencement de l'année der-
nière, ses anciens membres se réunirent sur l'invitation de l'un d'entre
eux, chez M. le comte M. Wielhorski, qui, avec MM. D. Kanschine,
V. Kologrivoff, A. llubinstein et D. Stassoff, furent élus directeurs Le
projet des nouveaux statuts fut soumis à la sanction impériale et con-
firmé le 1" mai 1859. S. A. I. Mme la grande-duchesse Hélène daigna
prendre la société sous sa protection et lui faire don de 1,000 roubles
(4,000 fr.). S. M. l'empereur et S. M. l'impératrice lui assurèrent une
subvention annuelle l'un de 500 roubles (2,000 fr.), l'autre de 150
(600 fr.). Des princes et des princesses acceptèrent le titre de mem-
bres honoraires. Conformément au paragraphe 7 des statuts, la société
a dû donner, dans le courant de l'hiver, dix soirées symphoniques qui
ont commencé le 28 novembre, et dont le but principal a toujours été
l'exécution de grandes compositions instrumentales, tant pour orchestre
seul que pour orchestre avec chœurs. Le comité consultatif s'est occupé
de la réception de ceux qui désiraient entrer dans les classes de chant.
Sur la proposition de M. Dargomysky, il a mis au concours une can-
tate sur le thème du Festin de Pierre le Grand, de Fouschkine, en allouant
pour la meilleure composition une médaille d'or et une prime de 200 rou-
bles (800 fr.), et pour la seconde une médaille d'argent et une prime
de 125 roubles (500 fr). Le comité a résolu de commencer aussi ses opé-
rations à Moscou, et les amateurs de chant des deux sexes ont formé un
chœur sous la direction de M. Rubinstein, dont le départ pour l'étran-
ger a momentanément suspendu les exercices. La société compte
déjà 20 membres honoraires, 111 membres exécutants et 479 membres
titulaires. Pendant l'année 1S59, ses recettes se sont élevées à 15,285 rou-
bles (61,140 fr.), et la société possède en caisse, toutes dépenses faites,
un reliquat de 5,633 roubles (22,53-2 fr).
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Le Chant des travailleurs
Epithalame
Paix et bonheur \ »
Le Départ des Marins 1 »
La Ronde des vendanges » 75
Les Statues de Prométhée 1 »
Le Réveil du jour » 75
Le Retour des proscrits : » 75
Honneur aux enfants du génie > 75
Hymne à la nature 1 25
Sérénade „ 50
Chant de guerre des Palicares ... \ 25
Douleur et Joie » 75
Sérénade espagnole 1 ..
Chœur bachique 75
Heure du soir
Cris populaires de la Provence. . . .
La Terre promise (Moïse au Sinaï)
Chœur de démons (Edcn)
Prix net.
.. » 50
20. Les Hébreux dans le Désert (Moïse au Sinaï) 4 25
21 . Hymne à Dieu 1 »
22. Chant de guerre (Perle du Brésil) 1 ..
23. Deuxième chœur de démons (Eden) »
24. Chœur des marins (Perle du Brésil) 4
25. Premier chœur d'anges (Eden) »
26 . Prière (Perle du Brésil) »
27 . Le Chant des Moissonneurs 1
28 . Deuxième chœur d'anges (Eden) »
29. Hymne à l'Harmonie >.
30. Cliceur de chasse 1
75
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27e Année.
N° 23
17 Ma 1860.
ON S'ABONNE :
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Étranger M « (d.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE IHUSICÂ
--^aaaAAAAAa/w-
SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (3' article), par Arthur
Pougin. — Concert de M. L. Wiesr, par AiIo7»he Botte. — Festival des
orphéonistes français au palais de Sydenhnm. — Nouvelles et annonces.-
MONDONVILLE ET LA GUEBRE DES COINS.
(3e article.) (1)
A Grimm se joignirent bientôt le baron d'Olbach, Rousseau, dont la
fameuse Lettre sur la musique française obtint un si grand retentis-
sement, l'abbé de la Tanaye et beaucoup d'autres moins célèbres.
Cazotle et l'abbé de Voisenon se trouvaient à la tête du parti opposé.
Ce dernier publia un opuscule intitulé Réponse du coin du roi au coin
de la reine, qui contenait d'assez sages réflexions, portant en parti-
culier sur la cause de la querelle ; nous en extrairons le passage
suivant :
« J'avoue que je ne suis pas un hypocrite en musique, quoiqu'à
» présent tout en fourmille. On fait semblant d'aimer la musique ita-
» lienne pour faire imaginer qu'on a la tète bien organisée ; l'incré-
» dulité même a ses dévets de vanité : on est impie sans principe pour
« faire croire qu'on a la tête forte. On ne veut plus être soi. Je
» comtois beaucoup de bonnes gens qui se tuent à s'efforcer d'être
» méchants : il y en a d'autres qui auraient du bon sens et qui ne
» veulent avoir que de l'esprit. On voit des femmes froides qui se
» mettent au jeu sans avoir de dépense à faire ; il n'y a pas jusqu'à
» des fermiers généraux qui se donnent les airs de se ruiner comme
» de grands seigneurs.
» A présent tout est réduit en airs. C'est par cette raison que la
» plupart de nos François exaltent les bouffons, pour se donner un
» vernis d'étrangers : ils se croyent obligés de sacrifier nos opéra,
» pour faire les honneurs de la nation : ils mettent d'abord l.ulli à la
» dernière place ; en effet c'est là qu'il doit être, il sera toujours le
« maître de la maison.
• Je ne rends pas moins de justice aux autres : c'est une duperie
» que les goûts exclusifs : les femmes mêmes en sont revenues :
» j'épouse tous les plaisirs, et je n'épouse aucun parti. » (Réponse
du coin du roi au coin de la reine, pages 2 et 3.)
Puis, pour établir son impartialité, voici de quelle façon accom-
modante le bon abbé établit le parallèle des deux musiques :
« La musique italienne est une coquette qui croit faire des mines,
» et qui souvent ne fait que grimacer des mots.
(1) Voir le n° 23.
» La musique françoise est une femme tendre qui peint des senti-
» ments. J'accorde les ariettes à la première ; mais que l'on soit équi-
» table : la musique italienne fournit de fort jolis hors-d'œuvre : la
» musique françoise fait le fond du repas.»
Un auteur comique, de Boissy, dans une petite comédie en vers
intitulée la Frivolité, et représentée à la Comédie italienne, non-
seulement se moque des deux partis en querelle, mais enveloppe dans
une même raillerie l'Opéra, les Bouffons et jusqu'à la Comédie-Fran-
çaise. Voici un des passages les plus saillants de cette petite pièce, qui,
du reste, n'avait guère d'autre mérite que celui de l'à-propos. C'est
lUiss Blav, une comédienne anglaise, qui parle ;
J'étois venue en France apprendre expressément
La décence, le goût, la grâce et l'agrément,
Pour les joindre à la force où nous primons à Londre ;
Mais je me suis méprise infiniment.
Vos spectacles changés ne sont plus une école.
On ne voit plus régner chez eux
Qu'un plagiat qui me désole,
Et qu'un déplacement affreux.
C'est l'Opéra que partout on copie.
On chante au Théâtre-François,
Ou comme lui plutôt on crie
Des vers bouffis faits pour mugir exprès;
La troupe italienne en tout le parodie,
Et lui dérobant ses moutons
Ne quitte plus la bergerie.
Pour avoir sa revanche il a pris leurs bouffons.
L'amour qu'on a pour eux devient le goût unique.
Tout paroît travesti, tout est lazzis, chansons.
Comme on outre le jeu, l'on charge la musique,
Et tout Paris n'est plus qu'un Opéra-Comique.
[La Frivolité, sceue iv.)
On doit dire que dans cette querelle étrange, qui devait se renou-
veler vingt-cinq ans plus tard avec le même acharnement lors de l'ar-
rivée en France de Gluck et de Piccinni, les deux partis avaient en-
semble et tout à la fois tort et raison. Mais, aveuglés tous deux par
la violence de leur discussion et la passion qu'ils y apportaient, ré-
solus d'ailieurs à ne se rien concéder l'un à l'autre, ils ne voulaient
point convenir ni même s'avouer à eux-mêmes que chacune des deux
musiques possédait, avec une certaine somme de défauts, des qua-
lités réelles, incontestables et surtout très-distinctes. Ils ne s'aper-
cevaient pas que la musique française, déclamatoire jusqu'à l'excès
avec Lulli, pompeuse et traînante, mais noble et imposante avec Ra-
meau, était douée d'un sentiment profond et d'une vérité d'accent
218
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
réelle qui, plus tard alliée aux formules italiennes, devait constituer
un jour le véritable, drame lyrique dans l'acception la plus large du
mot; que, de son côté, la musique italienne, dénuée de force et sur-
tout de vérité dramatique, mais vive et légère, accorte et réjouissante,
mélodieuse autant que musique peut l'être, avait le don du charme
et de l'entraînement, et surtout ce je ne sais quoi de sensuel et
de passionné qui est le caractère principal des races méridionales, et
qui vous saisit invinciblement d'une émotion inconnue lorsque pour la
première fois il vous est donné de le ressentir. Ils ne s'apercevaient
pas surtout qu'ils disputaient dans le vide, puisqu'ils mettaient en pa-
rallèle deux choses qui n'avaient entre elles aucun rapport, aucune
affinité, qui étaient aussi éloignées l'une de l'autre que le vaudeville
de la tragédie, et qui n'avaient de commun que l'emploi d'un
seul et même procédé, l'orthographe d'une seule et même langue,
la langue musicale. Dix ans plus tard cette querelle n'eut pas pris
naissance, ou du moins elle ne se fût point trouvée dans les mêmes
conditions : l'opéra-comique était formé, et il eût pu seul se trouver
en comparaison avec les intermèdes italiens.
Quoi qu'il en soit, le parti qui s'intitulait national (celui du coin
du roi et de la musique française) songeait sérieusement à faire ex-
clure les bouffons de l'Académie royale et à les renvoyer au delà des
Alpes. Mais pour cela il fallait un prétexte, et ce prétexte ne pou-
vait se trouver que dans la réussite éclatante, exceptionnelle, d'un
opéra français. On s'adressa d'abord à Rameau pour savoir s'il ne
voudrait pas se décider à écrire un nouvel ouvrage ; mais le grand
homme ne se souciait nullement de compromettre dans une pareille
querelle la réputation qu'il s'était si glorieusement et si légitimement
acquise. D'ailleurs il avait couru sur lui une assez méchante épi-
gramme, qui, quoique plate et sans esprit, n'avait pas laissé que de
le chagriner. Voici ce joli échantillon du sel attique que l'on prodi-
guait alors :
Contre la moderne musique,
Voici ma dernière réplique :
Si le difficile est le beau,
C'est un grand homme que Rameau ;
Mais si le beau, par aventure,
N'était que la simple nature
Dont l'art doit être le tableau,
C'est un pauvre homme que Rameau.
Le seul compositeur qui, à défaut de Rameau, pût raisonnable-
ment entrer en lice, était Mondonville, dont les motets avaient eu
beaucoup de retentissement, et qui, par son récent succès du Car-
naval du Parnasse, s'était mis complètement en lumière. Homme
habile et insinuant d'ailleurs, il avait su se faire à la cour des parti-
sans zélés, qui certes n'eussent point manqué de plaider sa cause
dans une telle affaire.
On avait trouvé dans les papiers de l'abbé de la Marre le poëme
inachevé de Titon et l'Aurore, opéra en trois actes. Mondonville,
qui prétendait se poser en littérateur non moins qu'en musicien ,
avait fait retoucher et terminer cet ouvrage par l'abbé de Voisenon, en
ayant grand soin de donner ces remaniements comme siens, y avait
ajouté un prologue de La Motte intitulé Proincthce, et avait mis le
tout en musique. Sa pièce était donc toute prête, ce qui lui était
d'un immense avantage sur les concurrents qui eussent pu se présen-
ter. De plus, Mme de Pompadour, qui avait été un peu la cause de
sa promple fortune, et pour laquelle il ne laissait échapper aucune
occasion de flatterie et d'adulation, le protégeait toujours ouverte-
ment. Il fut donc décidé, vers la fin de novembre 1752, que les étu-
des de Titon et l'Aurore seraient immédiatement commencées à l'O-
péra, et que tout serait mis en œuvre pour assurer le succès de cet
ouvrage, en le rendant le plus éclatant qu'il serait possible. En effet,
la pièce fut bientôt mise en répétition, les études s'en poursuivirent
activement, et, le 9 janvier 1753, l'affiche de l'Opéra en annonçait
la première représentation.
Ce fut un grand jour pour Paris que celui où l'Académie royale
étala pompeusement sur son affiche ce titre de Titon et l'Aurore.
Chacun des deux partis opposés comptait ses forces, se disposant de
son mieux à soutenir les siens, et la lutte qui se préparait pour le
soir au milieu d'une sourde agitation étant regardée comme devant
être tout à fait décisive, les préparatifs auxquels elle donnait heu
n'en étaient que plus importants et plus considérables.
Le spectacle était annoncé pour cinq heures un quart; mais l'em-
pressement était tel que dès trois heures de l'après-midi les abords
du Palais-Royal étaient envahis par la foule qui venait chercher place.
La garde habituelle de l'Opéra, triplée pour une circonstance aussi
extraordinaire, fut distribuée par détachements dans les rues adjacen-
tes, et M. le maréchal de Biron, colonel des gardes françaises, reçut
l'ordre de veiller lui-même et en personne à la police des carrosses.
L'ouverture des bureaux put donc se faire dans le plus grand ordre ;
mais l'encombrement avait été si grand, les assistants étaient si nom-
breux et éprouvaient tant de difficultés à se placer , que, malgré
l'heure indiquée sur l'affiche, le signal du commencement de l'ouver-
ture ne put être donné avant six heures moins un quart.
Les partisans de la musique française avaient eu le soin de s'ar-
ranger de façon à ne point subir un échec et au contraire à assurer
la déroute complète de leurs ennemis. A cet effet, le parterre avait
été occupé, avant l'entrée des spectateurs , par les gardes de la mai-
son du roi, les chevau-légers et les mousquetaires; les autres places,
retenues longtemps à l'avance, se trouvaient prises par les secta-
teurs de l'Opéra, en sorte que les amis des malheureux bouffons, ne
pouvant se loger ailleurs, durent rester confinés dans les corridors ou
sur les derniers bancs de l'amphithéâtre. Ainsi dispersés et désorien-
tés, ils perdaient le peu de force que leur réunion aurait pu leur lais-
ser, et ils tentèrent vainement une protestation qui devait inévitable-
ment échouer. De plus, la pièce avait été montée avec un luxe inouï
de décors et de costumes; les deux chanteurs favoris du public, Jé-
liotte et la gracieuse Mlle Fel, étaient chargés des principaux rôles,
et enfin Camargo, la fameuse Camargo, qui l'année précédente s'était
retirée de la scène dans tout l'éclat de son talent, avait bien voulu
consentir h reparaître dans cette solennité et à se montrer de nou-
veau à une foule qui l'avait toujours idolâtrée. Grâce à des moyens
si puissants, employés sur un public gagné d'avance, grâce surtout
aux précautions que nous avons énumérées plus haut, Titon et l'Au-
rore obtint un succès fou, colossal, et sans précédent dans les an-
nales de l'Académie royale de musique. Ce ne furent, depuis le com-
mencement jusqu'à la fin de la représentation, qu'applaudissements
frénétiques, trépignements et rappels incessants. On acclamait tour à
tour le luxe et la splendeur des décors, la fraîcheur des costumes, les
grâces enchanteresses de la Camargo, la voix limpide et charmante
de Mlle Fel, le jeu sympathique et passionné de Jéliotle. Les applau-
dissements éclataient de toutes parts, et pour l'auteur, et pour l'or-
chestre, et pour les ballets. Chacun y trouvait son comple ; c'était
une ivresse, une furie, un délire comme on n'en avait jamais vu, et
quand les mains avaient cessé de battre, elles recommençaient à bat-
tre encore. Bref, le succès fut complet, la victoire décisive, et, im-
médiatement après la représentation, le parti triomphant dépêcha au
roi un courrier qui lui porta la nouvelle de ce fait important. Peu
de temps après, le renvoi des bouffons fut décidé : le 9 mars 115k ils
retournèrent définitivement dans leur pays, et l'Opéra reconquit enfin
tous les avantages, privilèges et immunités de son ancien monopole.
Arthur POUGIiN.
{La suite prochainement.
DE PARIS.
219
CONCERT DE H. L. W1EST.
Quoique Allemand, ou tout au moins ayant fait ses études musica-
les en Allemagne, M. L. Wiest, chef de la chapelle princière de Bu-
charest, est un violoniste dont l'intelligence et le talent se sont vi-
vement épris de toutes les fantaisies de certaine école italienne . aussi,
au lieu de sévères beautés, de nobles et grandes inspirations, d'oeu-
vres méditées et de longue haleine, n'a-t-il fuit entendre, au con-
cert qu'il donnait lundi salle Beethoven,* que des morceaux légers
de sa composition. Sauf dans le joli caprice sur des airs na-
tionaux valaques, il n'y a dans les ouvrages de M. Wiest ni l'origina-
lité ni la saveur slave qn'on pensait y trouver Cela n'a pas empêché
toutefois d'apprécier la grâce, la gaieté et les douceurs répandues
dans Un rêve d'Italie, dans une fantaisie pastorale et dans une chan-
sonnette américaine. Si ces pages n'ont pas permis au virtuose de
révéler une grande pureté et une grande élévation de style, elles lui
ont suffi pour montrer beaucoup de charme, de sensibilité, d'habi-
leté et de brio. M. Wiest a donc été fort applaudi, et l'a plus d'une
fois mérité.
Parmi nos jeunes pianistes il en est peu assurément d'aussi com-
plets et d'aussi sûrs d'eux-mêmes que Th. Bitter. Celui-ci n'exagère
pas la signification de quelques notes, comme tant d'autres; il va droit
son chemin, et répand sur l'ensemble une netteté , une franchise, un
fini tout à fait rares. Ses gammes sont éblouissantes de clarté et de
rapidité. Si on peut lui signaler parfois quelques rudesses de toucher,
on doit le louer, en revanche, de ne pas tomber dans cette sensible-
rie qui affaiblit et corrompt le style. Au milieu des plus douces et des
plus tendres mélodies, qu'il soupire d'ailleurs délicieusement, il ne
descend jamais aux petits artifices de rhythme qui défigurent la pen-
sée des maîtres et altèrent leur véritable physionomie.
Th. Ritter prêtait gracieusemement son concours à M. Wiest. Nous
ne parlerons pas de sa Marche nocturne et de son Impromptu, qu'il
a joués d'abord : on sait le mérite de ces deux compositions et avec
quelle supériorité l'auteur les exécute; nous aimons mieux nous oc-
cuper de ses deux nouvelles Pensées mélodiques, qui ont été écou-
tées avec une grande sympathie et exécutées d'une façon ravissante.
Par la beauté de la facture, par la distinction des détails, ces
mélodies, très - remarquables et bien au - dessus des Muettes qui
se publient chaque jour, méritent d'être examinées sérieuse-
ment. Elles sont en général un peu courtes et manquent quel-
quefois d'unité. Malgré d'ingénieuses rentrées, de savantes soudures,
d'exquises harmonies, on sent que la seconde partie>n'est pas tou-
jours logiquement déduite de la première, qu'elle n'en est pas née
immédiatement, et qu'enfin c'est plutôt une opposition pour faire va-
loir le retour de l'idée principale. Au point de vue instrumental, et
surtout sous les doigts de l'auteur, cela semble charmant et propre à
montrer, en-quelques pages, les différentes ressources du piano; mais,
comme composition, cela manque quelque peu d'homogénéité : aussi
la mélodie qui a été bissée nous parait-elle bien supérieure à la pre-
mière : elle est mieux faite, mieux conduite et plus colorée. Spiri-
tuel, mélodieux et brillant, ce morceau, très-habilement traité, nous le
répétons, prouve que le caprice, la fantaisie, les saillies de l'esprit
sont jusqu'à présent ce qui inspire le mieux le jeune compositeur.
Que dire de la partie vocale, sinon ce que nous avons déjà dit tant
de fois cet hiver? Qu'une jolie voix a bien du charme, mais que la
justesse d'intonation, la netteté et l'élégance des vocalises, l'intelli-
gence des maîtres qu'on interprète ont bien aussi leur prix.
Adolphe BOTTE.
FESTIVAL DES ORPHÉONISTES FRANÇAIS
Au palais de Sydenliam.
C'est aujourd'hui qu'a lieu à la salle de l'Alcazar, rue du Faubourg-
Poissonnière, la répétition qui doit réunir les Sociétés chorales de
Paris et du département de la Seine et le choral d'artistes de Paris.
Dimanche prochain 24, dix bateaux à vapeur partant de Dieppe et
de Calais conduiront à Londres, où ils resteront une semaine, trois
mille lauréats des orphéons de France, choisis dans les deux cents
Sociétés qui les composent aujourd'hui et obéissant à leur chef intré-
pide, M. Delaporte. Outre la gratuité du voyage d'aller et retour, des
arrangements pris d'avance assurent à la phalange musicale la nour-
riture et le logement pendant la semaine à un prix très-modéré .
Voici l'emploi du temps des orphéonistes à Londres : Arrivée
le dimanche 24 dans l'après-midi, installation ; —lundi, à Sydenham,
répétition, et premier concert à trois heures ; — mardi, répétition,
visite au palais de Cristal, deuxième concert ; — mercredi, prome-
nade dans Londres; — jeudi, troisième concert; — vendredi, pro-
menade; — samedi, fête d'adieux; — dimanche, retour en France.
Voici maintenant la liste définitive des morceaux qui seront exé-
cutés :
God save the qucen (arrangé à quatre parties pour voix d'hommes
par Camille de Vos) ;
Veni Creator, de Besozzi ;
Fragment du Psaume XIX, de Marcello ;
Choral de Léon Haszler (1601) ;
Choral de Henri Scheidemann (1604) ;
Chœur des prêtres des Mystères d'Isis (Mozart);
Septuor des Huguenots ;
Cimbres et Teutons (L. Lacombe) ;
Les Enfants de Paris (A, Adam) ;
La Chapelle (Beckér);
Départ du chasseur (Mendelssohn) ;
Le Jour du Seigneur (Kreutzer) ;
Le Chant des montagnards (Kucken) ;
Le Chant du bivouac (Kucken);
La Retraite (Laurent de Rillé) ;
France! France! (Ambroise Thomas);
La Nouvelle alliance (Halévy).
Les paroles des deux derniers chœurs ont été spécialement compo-
sées à l'occasion de cette fête, par M. J.-F. Vaudin, rédacteur en chef
du journal VOrphéon.
Le programme variera à chaque concert et sera composé d'un cer-
tain nombre de morceaux choisis dans le répertoire que nous venons
de donner. Mais le beau septuor des Huguenots, qui a eu tant de
succès au festival de Paris, sera chanté aux trois concerts.
La Nouvelle alliance, d'Halévy, sera accompagnée par les harpes.
— Certains chœurs serontchantés sans accompagnement. — M. Edouard
Batiste, organiste de Saint-Eustache, touchera l'orgue pour le Veni
Creator, le psaume de Marcello, etc. Enfin, trois nouveaux morceaux
seront accompagnés par un orchestre militaire : le septuor des Hu-
guenots ; France! d'Ambroise Thomas; Cimbres et Teutons, de
Lacombe.
11 avait d'abord été question de musiques anglaises pour cet or-
chestre militaire ; mais il en a été décidé autrement : M. Delaporte a
engagé la musique des guides. Outre les chœurs dont nous venons
de parler, où ils doivent doubler ou accompagner les voix, les musi-
ciens des guides répètent trois morceaux qu'ils joueront seuls.
Londres prépare une réception somptueuse et cordiale aux musi-
ciens de France : le Rifle-Corps s'apprête à fraterniser avec eux : la
Société harmonique les invite à une de ses séances ; et l'on pense que
certains théâtres et établissements de musique leur donneront des re-
présentations gratuites.
220
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
A l'occasion de la lutte que soutiennent à Londres les deux direc-
tions du théâtre Italien, des avantages qui en résultent pour le public,
et du dévouement qu'apportent les artistes à seconder chacune des
entreprises à laquelle ils sont attachés, notre confrère, Achille Denis,
faisait dans un des derniers numéros de la Revue et Gazette des
Théâtres des réflexions très-sensées, auxquelles nous nous associons
pleinement, et que nous croyons utile de reproduire.
« De grands talents, des réputations européennes, des étoiles de
nos premiers théâtres lyriques, des artistes difficiles et susceptibles
daignent accepter à Londres des rôles que, pour rien au monde,
nous en sommes convaincu, ils ne consentiraient à jouer à Paris.
Par quel miracle, par quelle bonne fortune les Anglais peuvent-ils
applaudir Mme Borghi - Mamo et Mme Didiée chantant dans les
Huguenots le rôle du page Urbain, et MM. Gassier et Faure celui
de Saint - Bris ? Le public de l'Opéra ne sera pas témoin de ce
fait, qui l'étonnerait sans doute, mais dont il serait certainement
charmé.
» Une exécution de ce genre doit rehausser les chefs-d'œuvre et
offrir au public mille jouissances inconnues. Nous ne comprenons pas,
pour notre compte, qu'il n'en puisse pas être de même à Paris: nous
ne comprenons pas surtout les raisons qui déterminent un chanteur
de premier ordre à refuser à Paris un rôle placé au second plan, et
qu'il accepte sans difficulté à Londres. Question d'argent, nous dira-
t on. Ceci nous paraît une erreur. L'argent ne lève pas toujours les
obstacles soulevés par l'amour-propre. Nous ferions volontiers cette
gageure, à savoir que les considérations d'argent ne détermineraient
jamais Mme Borghi-Mamo à prendre dans les Huguenots le rôle d'Ur-
bain, joué par Mme Dussy, ni M. Faure à remplacer Coulon dans celui
de Saint-Bris.
» La concurrence peut avoir du bon, on le voit, mais cet exemple
que nous sommes heureux de citer, doit démontrer jusqu'à l'évidence
une opinion que nous avons toujours soutenue : c'est qu'il n'y a pas
de petits rôles dans un chef-d'œuvre ; c'est que l'artiste ne déroge pas
en acceptant dans un chef-d'œuvre un rôle un peu sacrifié. Le jour
où l'amour-propre cédera devant les intérêts de la grande cause de
l'art, nous aurons des spectacles pareils à ceux que la haute société
anglaise a le privilège de contempler et qui doivent quelque peu hu-
milier l'orgueil parisien. Ceci nous ramène donc à notre thèse, qui
consiste à placer le répertoire ancien sons la protection des premiers
sujets qui le dédaignent aujourd'hui, qui l'abandonnent pour se con-
sacrer exclusivement aux créations, qui accommodent à leur guise les
rôles qu'ils se sont commandés, qui brisent la chaîne des grandes tra-
ditions que leur devoir serait de conserver. »
Achille Denis.
Si MM. Emile Chevé et Aimé Paris pouvaient se douter du tort
qu'ils se font et du ridicule qu'ils se donnent, par leur système om-
brageux, tracassier, qui, ne souffrant ni observation ni critique, et ne
visant qu'à l'intimidation, procède constamment par voie de menace,
d'injure, de dénonciation même, ils changeraient de tactique à l'ins-
tant. Ce que nous pouvons leur certifier, c'est qus jamais en ce
monde, une méthode quelconque, bonne ou mauvaise, ne s'est éta-
blie par de tels moyens. Us se tourmentent comme des âmes en peine;
ils ont beau faire, leur méthode n'en est pas meilleure, et ils en de-
viennent plus insupportables. Tantôt l'un d'eux vous écrit pour se
plaindre de ce qu'on ne le nomme pas dans une brochure où l'on
discute son œuvre ; tantôt il se prévaut de ce qu'on l'a nommé pour
vous accabler de ses répliques. Tantôt c'est un procès qu'il va vous
intenter, tantôt c'est la dissection d'un de vos livres qu'il va entre-
prendre avec le scalpel de son beau-frère le médecin. Une fois il vous
écrit une lettre dans laquelle il vous demande un rendez-vous pour
vous donner des éclaircissemenls et produire des pièces justifi-
catives. Sans hésiter, vous accédez à sa demande, et puis il vous écrit
derechef pour vous déclarer que, ne croyant pas devoir se présenter
à votre domicile, il vous attendra, au jour et à l'heure par vous dési-
gnés, dans le jardin du Palais-Royal, devant le café de la Rotonde,
afin que nul tiers importun, ajoute-t-il, ne gêne l'entretien calme
qu'il a sollicité. Eu vérité, si l'on n'avait les preuves en main, tout
cela serait incroyable.
Aujourd'hui c'est une autre affaire : il s'agit de papier timbré.
M. Aimé Paris était venu réclamer de nous l'autorisation de répondre
à divers articles reproduits dans ce journal, et nous avions dû lui ré-
pondre que nous ne lui en reconnaissons pas le droit. En effet, ces
articles ne traitant que des questions d'art, de théorie, de méthodes
et non de personnes, le droit n'existait et n'existe aucunement. D'ail-
leurs, M. Aimé Paris ne nous avait pas communiqué sa réponse, la-
quelle pouvait être inadmissible, et en tout cas, d'après son écriture
connue, eût été certainement illisible. Au contraire, son huissier a la
main assez belle: nous avons lu son manuscrit couramment, et cela nous
décide à l'accueillir, sous toutes réserves, comme dirait M. Aimé Paris,
l'avocat retors ! Gagner un procès contre lui, ce serait encore un ennui,
sans parler du reste. De deux maux évitons le pire : nos lecteurs
voudront bien nous pardonner: une fois n'est pas coutume! Que nos
adversaires se le tiennent pour dit, et surtout qu'ils se persuadent qu'en
les aidant à se faire connaître de plus en plus, il s'en faut que nous
soyons entièrement désintéressés.
A M. le Directeur de la Revue et Gazette Musicale de Paius.
Monsieur le Directeur,
Nommés l'un et l'autre, ou désignés dans la critique de notre œuvre collective,
nous avons vu accueillir par un refus formel la demande d'insertion amiable de
notre réponse aux articles que vous avez publiés contre nous (1). C'est à regret
que nous recourons a un acte extra-judiciaire, pour éclairer vos lecteurs ; mais ce
devoir est devenu d'autant plus impérieux pour nous, que depuis votre relus, votre
n° du 6 mai 18G0 contient un article signé Wilhelm, emprunté à la Revue contem-
poraine du 30 avril dernier, et précédé de quelques lignes non signées, dans
lesquelles nous sommes également nommés.
Même en admettant qu'on puisse prouver que nous sommes dans l'erreur, quant
à la didactique, nous avons toujours fait ce que nous croyons courageux et loyal,
en mettant notre vrai nom en toutes lettres, à côté des noms de ceux que nous
prenions à partie.
Il se peut que nous usions des droits que nous nous réservons de porter plainte
en justice contre l'abus de l'anonyme et du pseudonyme : nos droits restent entiers
à cet égard (2).
En attendant, nous venons remplacer par une sommation la prière dont vous
n'avez pas tenu compte, et exiger, au nom de la loi, la reproduction dans votre
plus prochain numéro, du commencement des ligues de réponse que la loi nous
accorde (3).
Nous nous plaisons a espérer qu'en cessant de refuser d'admettre la suite de nos
répliques (li), dont nous vous enverrons le texte, sans recourir d'abord à l'inter-
vention de l'huissier, vous ne nous forcerez pas à grossir le chiffre des frais dont
la restitution fera de notre part l'objet d'un procès civil, si vous continuez à nous
imposer l'emploi du papier timbré, pour repousser les agressions du journal que
vous dirigez
Notre premier à-compte de publicité légalement demandée se borne donc, pour
aujourd'hui, au texte du résumé imprimé pages 70 et 71 de la Simple réponse (5)
de M. Emile Chevé, texte dont le manuscrit est à la suite de cette lettre, qu'il doit
suivre dans voire plus prochain numéro.
Nous avons l'honneur d'être, avec une considération distinguée, Monsieur le
Directeur,
Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,
Signé : Aimé Pabis ; Emile Cdevê.
Paris, le 6 juin 1850.
(1) « On ne peut refuser ce qu'on ne connaît pas. » (Voltaire.)
(2) Nous avons déjà traité cette question, qui ne regarde nullement nos adversaires.
M. "Aimé Paris devrait se rappeler le conseil qu'il a reçu au parquet de M. le pro-
cureur impérial, lorsqu'il s'y est rendu bien inutilement.
(3) .. Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement. » (Racine.)
(4) La suite!. ... Ah! mais tout beau ! Nous ne sommes nullement disposés à
dire, avec l'auteur d'Jlernani :
« De ta suite, j'en suis ! »
(5) Ce résumé ayant déjà été imprimé dans la Simple réponse, ces messieurs
supposent donc que cette Simple réponse a trouvé peu de lecteurs {vel duo, vel
nemo), puisqu'ils nous obligent a en donner une seconde édition qui, dans le fait,
sera la première.
DE PAI'.IS.
221
RÉSUMÉ.
Que le lecteur me permette de résumer la question telle qu'elle a été posée
dans la brochure de mes illustres adversaires et dans la réponse que j'ai l'honneur
de leur faire.
Les idées de J.-J. Rousseau et de Galin n'ayant été adoptées par aucun homme
spécial, M. Aimé Pari?, Mme Chevé (Emile) et moi, nous avons eu foi en ces idées,
et nous leur avons, depuis plus de vingt ans, consacré notre vie tout entière.
Multipliant chaque jour et partout les cours et les expériences, nous avons, de
plus, combattu dans nos publications ce que nous croyons être l'erreur, et sou-
tenu ce que nous croyons être la vérité.
Les progrès très-grands accomplis récemment dans l'opinion publique ont porté
les défenseurs de la science officielle à se liguer contre notre école, qui, depuis
quelque temps, s'est trouvée en butte à des attaques de toute nature (1). ■
Une brochure revêtue de vingt et un noms a paru en février dernier, et devait,
au dire de plusieurs, anéantir l'école avec ses chefs Pour atteindre ce but,
parfaitement avoué, qu'ont fait nos illustres adversaires?
1° Au lieu de prouver que leur science attaquée par nous est bien l'expression
des faits, qu'elle est vraie et qu'elle conduit à une pratique rationnelle, ils affirment
que leur science est parfaite.
2° Au lieu de prouver que la science nouvelle que nous proposons n'est pas l'ex-
pression des faits , qu'elle est fausse, et qu'elle n'a aucune influence utile sur la
pratique, ils affirment que notre science est fausse.
3° Nous prouvons par des exemples comparatifs que l'écriture et la langue mu-
sicales usuelles, éminemment vicieuses, sont un empêchement pour le plus grand
nombre ; et que l'écriture et la langue musicales de notre Ecole, éminemment lo-
giques, conduisent le plus grand nombre à un succès certain... Ces messieurs, contre
l'évidence des faits, déclarent que leur écriture et leur langue sont parfaites, et
que l'écriture et la langue de Galin sont très-mauvaises.
4° Sur le témoignage de milliers de personnes et d'un très-grand nombre de pro-
fesseurs de l'ancienne école, nous déclarons bons et nous proposons des exercices
pratiques, dont la puissance est immense, comparée à celle des exercices pratiques
usités dans l'école ancienne... Nos adversaires affirment que leurs exercices sont
excellents et que les nôtres sont puérils.
5° Dans toutes les écoles : écoles élémentaires, écoles secondaires, écoles supé-
rieures, on se plaint de n'avoir pas de lecteurs pouvant lire un chœur à première
vue ; cet état d'ignorance au point de vue de la lecture musicale, est un fait de
notoriété publique... Eh bien! ces messieurs affirment que partout on lit: à
l'Orphéon, à l'école communale, à la salle d'asile...
6° Dans l'espoir de nous tuer moralement (2) et après une lutte incessante de
plus de vingt ans, où nous avons toujours combattu à découvert, contre des ad-
versaires cachés, — ces messieurs réunissent en faisceau toutes les paroles que nous
ont arrachées la colère et l'indignation, et nous les reprochent, en taisant avec
soin toutes les causes qui, les ayant provoquées, les expliquent et les justi-
fient (3).
7° Tout ce que nous avons écrit à l'adresse de l'écriture musicale des gram-
maires et des grammairiens, on ne craint pas — contre toute justice et toute
vérité — de nous le faire adresser à Haëndel, Bach, Mozart, Beethoven, Rossini
dont nous n'avons jamais parlé qu'avec l'admiration qu'ils méritent.
8° En tronquant les textes que l'on cite de moi, on me lait dire toute autre
chose que ce que j'ai écrit, et l'on en profite pour me lancer des sarcasmes les plus
amers ,et les moins mérités.
9° On passe sous silence des expériences faites par centaines, et l'on ne tient
aucun compte du jugement des hommes spéciaux qui — quoique nos ennemis na-
turels — nous ont donné approbation pleine et entière, après examen sérieux.
10° Au lieu de réfuter sérieusement une théorie assez forte pour vous avoir con-
traints de vous réunir tous contre moi, vous faites une brochure qui ne contient pas
un mot de science, qui n'est qu'un sarcasme d'un bout à l'autre, et qui ne peut
malgré son affectation d'urbanité, dissimuler la malveillance qui y règne de la
première à la dernière ligne (4).
11° Ce qui est écrit et signé par d'autres, on le met à mon compte et on me
le reproche.
12° Les choses les plus fausses, on les affirme ; les faits les plus authentiques, on
les nie.
13° Enfin, dans une question si grave, puisqu'il s'agit de rendre la lecture mu-
sicale un fait aussi général que l'est cehiide la lecture de la langue mater-
nelle, ces messieurs se contentent de juger sur pièces, en refusant absolument de
voir à l'œuvre l'instrument nouveau qu'ils condamnent sans le connaître; et
j'ai le droit de dire, sans le connaître, puisqu'ils ne l'ont point vu à l'œuvre
Ces messieurs ont commis un anachronisme : aujourd'hui la parole d'honneur
n'est plus suffisante dans les questions scientifiques; il faut des faits prouvés et
des déductions rigoureuses.
Les faits ? Ils sont de notre côté. Partout on lit chez nous (5).
Les déductions? Que le lecteur compare les deux brochures ! (6).
Signé : Emile Chevé.
30 mars 1860.
(1) Nos adversaires voudraient intervertir les rôles. Ce sont eux qui ont attaqué
sans relâche, et, à la fin, on s'est défendu.
(2) On ne tue moralement ni physiquement ceux qui se suicident,
(3) Nos adversaires ont inventé un moyen de justification parfaitement commode.
« Nous étions en colère, disent-ils, nous étions indignés ! » Mais en colère, pour-
quoi ? Indignés de quoi? De ce qu'on ne voulait pas adopter votre méthode pour
l'enseignement public? En effet, voilà un grand crime ! Mais vous a-t-on jamais em-
pêché de la pratiquer? Du reste, pas plus que l'ivresse, la colère et l'indignation ne
sont des excuses.
(Il) MM. Emile Chevé et Aimé Paris se plaignent de la malveillance peu dissimulée
de la brochure :
Quis tuleril Gracchos de sedilione quer entes?
(5) Partout on lit chez nous ! Cette phrase n'est pas claire. M. ÉmileChevé en-
tend-il que partout, dans son école, on étudie la lecture musicale, et qu'on y réussit
plus ou moins bien, plus ou moins vite? Alors il n'avance rien que de très-naturel,
de très-ordinaire, et toutes les écoles peuvent en dire autant. Mais s'il soutient que
Enfin nous en voilà quittes et nos lecteurs aussi! Quel dommage que
nous ne puissions les venger! MM. EmileChevé et Aimé Paris ont
aussi un journal, le sublime du ridicule, espèce de pamphlet hebdoma-
daire, invariablement divisé en deux parts : glorification de la méthode
Gâlin-Paris-Chevé. et apothéose de ses pontifes, anathème sur toutes
les autres méthodes et sur tous les autres professeurs. Si cet homme-
là était volable! disait-on à propos d'un poëte de la poche duquel
sortait un manuscrit. Et nous disons, nous : Si la Réforme musicale
était lisible ! Si ce journal avait quelque valeur ? Malheureusement il n'est
créé à d'autre fin que d'être expédié yralis à ceux qu'on aime peu,
chaque fois qu'il contient quelque chose qu'on présume pouvoir leur
être désagréable, et comme on y met beaucoup de zèle, l'envoi de-
vient bientôt presque régulier. Fasse le ciel que les membres du comité
de patronage s'avisent de le parcourir seulement une ou deux fois :
nous n'en demandons pas davantage. Par le ton et le style des écri-
vains, ils jugeront la portée de la doctrine.
Vous qui prétendez avoir recueilli l'héritage de Jean-Jacques Rous-
seau, convenez que vous suivez bien mal son exemple. Quand il vint
à Paris, n'apportant pour tout bien que son système tle notation chif-
frée, et que l'Académie des sciences l'eut repoussé, il se résigna, sans
mot dire. Quand Rameau l'eut convaincu d'erreur, il reconnut que
Rameau avait raison. Et vous, héritiers de Rousseau, que faites-vous
depuis tant d'années? Vous continuez ses traditions à peu près comme
des sectaires violents et fanatiques continuent celles du maître divin.
S. D.
NOUVELLES.
„% La représentation donnée vendredi à l'Opéra offrait beaucoup
d'attrait h la curiosité. Wicart, premier ténor du théâtre de la Monnaie
à Bruxelles, engagé pour quatre représentations prises sur son congé ,
se montrait de nouveau sur notre première scène lyrique et chantait le
rôle d'Arnold dans Guillaume Tell. Chacun désirait constater les progrès
remarquables faits par cet artiste depuis sa première apparition à l'Opéra,
progrès qu'une brillante répétition préalable s'était déjà chargée de di-
vulguer. Disons tout d'abord que Wicart s'est encore élevé au-dessus de
ce qu'on avait pu dire, et que son succès a été aussi grand que mérité.
Il est donc fort à désirer qu'à l'expiration de son engagement son talent
soit acquis au public parisien. La voix de Wicart est étendue, bien tim-
brée, mordante surtout dans les notes élevées ; il a chanté avec beau-
coup de sentiment et dans le meilleur style le duo du deuxième acte
avec Mlle Hamackers ; dans le trio avec Dumestre et Coulon, il s'est
montré tour à tour énergique et passionné. Mais c'est à l'air Asile
héréiitaire qu'on l'attendait; la première partie, rendue avec une
expression exquise, lui a valu de chaleureux applaudissements, suivis
de nombreux rappels après la strette : Amis, secondez ma vaillance,
qui termine ce morceau, et dont Wicart a vaillamment franchi recueil.
— Guillaume Tell sera représenté une seconde fois, et Wicart chantera
ensuite deux fois le rôle de Raoul dans les Huguenots.
a,*^ La commission nommée pour l'examen de remplacement de
l'Opéra e-t composée de MM. Chaix-d'Est-\nge, président; Caristie, ar-
chitecte, ; Cornudet, Eugène Scribe, Varin, L. Véron, Denière. Le rap-
port a été, dit-on, déposé et conclut en faveur de l'emplacement du
boulevard des Capucines.
„,% L'Etoile du Nord avait été affichée hier; une indisposition a fait
changer le spectacle.
t*# Le succès des Rosières va grandissant à chaque représentation. La
partition d'Hérold est interprétée avec un ensemble remarquable. Mlle
Girard et Mlle Faivre méritent à un haut degré les applaudissements
qu'on leur prodigue; Fromant, Lesage et Ricquier-Delaunay les secondent
bien; Gabriel a donné un cachet remarquable de naturel au rôle du sé-
néchal, qu'il joue en bon comédien. — Les Valets de Gascogne accompa-
gnent fort bien les Rosières; la pièce est fort amusante et la partition de
M. Dufresne fait grand plaisir.
chez lui tout le monde arrive à lire également bien, également vite, nous nous per-
mettrons de lui faire observer qu'il sort du domaine de la science et de l'expérience
pour entrer dans le vaste champ des docteurs dont l'élixir guérit de tous les maux.
(G) C'est demander beaucoup : à l'impossible nul n'est tenu.
222
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
„.% Les divers théâtres de Paris ont célébré par des cantates l'an-
nexion de Nice et de la Savoie à la France. A l'Opéra, trois belles stro-
phes de Méry, musique de J. Cohen, chantées par Dumestre, Dufrène et
Mlle Uey. — A l'Opéra-Comique, France et Savoie, paroles de M***, mu-
sique de M. Matton. — Au théâtre Lyrique, France et Savoie. — Au théâtre
Déjazet, France et Savoie, paroles de M. Ch. Bridault, et musique de Fr.
Barbier.
**, Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout
genre pendant le mois de mais dernier, se sont élevées à la somme to-
tale de 4,206,"523 fr. 40 c.
,,*„ La Patrie annonçait ces jours derniers qu'on se prépare à cons-
truire un théâtre sur un des côtés du square des Arts et Métiers, et
qu'on se propose d'y appliquer toutes les améliorations réclamées par
le public qui paie à la perte le droit d'assister commodément au spec-
tacle, d'y être en toute sécurité, d'y respirer un air pur, de voir à son
aise, d'entendre facilement et bien. Ainsi, pour la première fois depuis
que l'on construit à Paris de ces sortes d'édifices, celui-ci, qui, dit-on,
portera le nom de théâtre du Prince-Impérial, sera construit selon toutes
les règles du bon sens et dans les meilleures conditions d'hygiène, de
salubrilé, d'aération, de perspective, de sonorité, d'éclairage, de circu-
lation large et facile. Ce serait, si nous sommes bien informés, une com-
pagnie anglaise qui construirait ce théâtre sur les plans de deux ingé-
nieurs français, approuvés par l'Empereur. La Presse dit de son côté :
« On assure que le futur théâtre du Cirque-Impérial, qui s'élève en ce
moment sur le quai de la Mégisserie et la place du Châtelet et qui doit
être terminé dans l'espace de dix-huit mois, vient d'être loué par la
ville à M. llostein, moyennant un loyer annuel de 210,000 fr. M. Hos-
tein, bien que son privilège de directeur n'ait plus que sept ans à cou-
rir, aurait consenti cette location pour vingt ans et resterait garant du
bail pendant toute la durée de cette période, fût-il ou non maintenu
dans ses fonctions de directeur. En déduction de ce prix, il aurait à
percevoir les loyers des quatre boutiques et appartements qui seront
établis aux quatre angles du théâtre. Le théâtre voisin, destiné à deve-
nir théâtre Lyrique, n'a pas encore de locataire. M. Carvalho se pro-
posait de' traiter, lorsqu'il a cru devoir donner sa démission de di-
recteur. »
n% Deux artistes italiens en grand renom, Mme Sanchioli et M. Baz-
zini, font en ce moment une tournée en France avec un succès cons-
tant. Ils ont donné des concerts à Mulhouse, à Montbéliard, à Besançon,
et vont en donner un au théâtre de Strasbourg, Nous en rendrons
compte d'après notre correspondant de cette ville.
„*, On annonce l'arrivée prochaine à Paris du célèbre ténor Nie-
matin.
$% Mosè in Egitto, de Rossini, vient d'être donné à l'Académie de
musique de New-York, avec Susini, Ferri, Brignoli et Mlle Patti. Les
journaux américains annoncent un succès immense.
t% Dans un concert d'adieu donné il y a quelques jours au théâtre
Carcano, à Milan, Sivori a joué une fantaisie nouvelle intitulée Chilena
(la Chilienne), composée sur un thème national de cette magnifique ré-
gion américaine. Cette composition pleine d'effet, consiste en variations
brillantes d'un genre neuf, surtout celle qui précède le finale, véritable
tourbillon de notes exécutées avec autant de rapidité que de précision.
Les applaudissements et les masses de fleurs, auxquelles se mêlait une
couronne de lauriers, ont accueilli l'adieu du prodigieux virtuose.
„,*» Mardi dernier à l'église de la Trinité, a été célébré le mariage de
Mlle Pauline Thys avec M. Charles Sébault, docteur médecin. Ce ma-
riage, décidé depuis quelques années déjà, était le vœu de Mme Thys,
qui en avait fixé elle-même l'époque au 12 juin, date religieusement
respectée par les deux familles. L'assemblée, composée des parents et
amis des conjoints et d'artistes, était fort nombreuse.
„% Un journal italien annonce le prochain mariage de l'ambassadeur
prussien à Stuttgard, comte de Schullemburg, avec Mlle Pannetrat, du
théâtre de l'Opéra-Comique.
„*„ Dans la Revue de l'année théâtrale que donnent les journaux de
musique de Bruxelles et dans l'appréciation des ouvrages représentés,
on lit ce qui suit : « Un vrai succès, très-grand et très-mérité, c'est le
Pardon de Ploermel. On a tout dit sur cette œuvre ingénieuse et char-
mante dont notre public a compris et apprécié toutes les beautés de
détail, quand l'exécution a bien voulu respecter le. caractère et la couleur
de l'œuvre. Mlle Boulart aidant, et aussi M. Aujac, et même M. Cannait,
nous retrouverons l'année prochaine le Pardon de Ploermel au premier
rang du répertoire. »
„*„, Dans le concert donné la semaine dernière par Karl Ruf, on a
remarqué avec un certain étonnement le talent déployé par Mlle Angèle
Cordier, qui prêtait son concours au bénéficiaire. Sortie du Conserva-
toire pour entrer à l'Opéra-Comique, cette jeune cantatrice s'y produit
rarement, en sorte que ses progrès ont été peu remarqués ; mais la façon
dont elle a chanté au concert de M. Ruf doit appeler l'attention sur elle.
On peut dire qu'elle a eu les honneurs de la soirée en chantant avec
une justesse irréprochable, un organe sonore et très-bien timbré", avec
une agiliié merveilleuse des variations brillantes sur un air de la Moli-
nara de Paisiello. Elle a enlevé tous les suffrages et provoqué les applau-
dissements les plus enthousiastes. 11 y a dans Mlle Cordier l'étoffe et l'a-
venir d'une cantatrice de premier rang.
*% Conformément au vœu exprimé par la dernière assemblée géné-
rale de la Société des auteurs , compositeurs et éditeurs de musique ,
une assemblée extraordinaire spéciale aura lieu aujourd'hui dimanche
17 juin, à deux heures après midi très-précises, chez M. Soufleto, facteur
de pianos, rue Montmartre, 161. MM. les sociétaires sont instamment
priés d'assister à cette réunion.
*** Le lundi de la Pentecôte a eu lieu la première représentation de
la Passion à Ober-Ammergau ; l'affluence était si grande que plus de
deux mille personnes n'ont pu être placées. Parmi les assistants on re-
marquait le nonce du pape, prince Chigi, avec tout le personnel de la
nonciature.
**„ Une commission, composée de sommités littéraires et administra-
tives, se réunira cette année, par les soins du ministre d'Etat, pour exa-
miner et discuter les questions qui se rattachent au principe de la
propriété littéraire.
„*„, La musique du régiment d'artillerie monté de la garde impériale,
sous l'habile direction de M Klosé, vient de commencer ses concerts au
parc de Versailles. Le programme est composé avec goût, et on a sou-
vent l'occasion d'applaudir des solistes d'un talent réel, tels que MM. Le-
rouge, sous-chef, premier prix du Conservatoire ; François, trombone ;
Schlottmann, cornet à pistons; Roger, baryton; Neuberth, contralto, et
Mayeur, saxophone, lauréat du Conservatoire, qui s'est fait justement
remarquer dans l'ouverture de Diana Vernon, de Charles Manry. Il y
aura concert dimanche, mardi et jeudi de trois à cinq heures, et nous
recommandons aux amateurs de bonne musique celui de mardi, où on
exécutera une fantaisie sur Sémiramis, l'ouverture de Diana Vernon, et
une fantaisie sur le "ardon de Ploermel, arrangée d'une manière tout
à fait remarquable par M. Klosé.
„.** La Revue contemporaine, dans sa partie musicale, s'exprimait der-
nièrement en . ces termes sur un ouvrage, « dont l'auteur, M. H. Pa-
ii nofka, s'est fait un nom si honorable dans le professorat et a
» publié une excellente méthode intitulée : l'Art de chanter. Mais
» pour chanter il faut de la voix; pour bien chanter il faut une voix
» fraîche et pure dont le timbre ne se soit pas éraillé dans des exercices
» barbares. Voilà pourquoi M. Panofka, revenant en quelque sorte sur
» ses pas, a composé l'Abécédaire vocal, ce qui signifie une méthode pré-
» paratoire de chant pour apprendre à émettre, à poser sa voix et à
» vocaliser
» Il n'en existait pas, M. Panofka le dit avec raison, avant PAbècélairt vocal,
» composé par lui avec la finesse d'intelligence, la sagacité, le soin qu'il
» apporte à toute chose, et d'abord â son enseignement. A une époque
» où les belles voix se paient si cher et conduisent si haut les mortels
» qui en sont doués, n'est-ce pas à la fois rendre un important service
« et faire une bonne spéculation que d'enseigner aies ménager dès l'en-
» fance, à les économiser pendant la jeunesse, par conséquent à doubler,
» tripler, quadrupler même son capital? C'est à M. Panofka que l'idée
» en appartient, à lui que la reconnaissance en sera duo. »
*** La célèbre virtuose Miska Hauser donne en ce moment des concerts
à Constantinople ; le sultan lui a conféré l'ordre du Medschidjé.
*** Le deuxième volume de l'autobiographie de Spohr vient de paraî-
tre ; l'auteur y donne des détails sur son séjour â Vienne, sur ses rela-
tions avec Beethoven (1805-1815).
*** Le neuvième volume des œuvres de S. Bach, publié par la Société
S. Bach à Leipzig, vient de paraître ; il contient exclusivement des com-
positions pour musique de chambre.
*** Tous les jours, au théâtre Lyrique, de midi à une heure, jusqu'au
30 juin, audition pour les personnes qui désirent entrer dans les
ch Burs (hommes et dames). On est prié de se présenter avec un mor-
ceau de musique.
„%, Le maestro Alexandre Paër, fils du célèbre compositeur de ce
nom, vient de mourir à Rome.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE
ij*j Londres. — Les deux théâtres italiens donnent fréquemment des
représentations extraordinaires le lundi. Lundi dernier, le théâtre de
Sa Majesté jouait Scmiramide. Mardi, Il Baïbiete, avec Mme Borghi-Mamo,
qui a chanté le fameux air de Santa Lunia, arrangé par Braga, avec un
immense succès. Jeudi, dans Itigoletto, Mlle Brunet a continué ses débuts
psr le rôle de Gilda; la Traviata est annoncée pour cette jeune canta-
trice.— A Covent-Garden, / Paritani, avec Mme Peuco, qui a succédé à
Mme Grisi dans le rôle d'Elvire, défrayaient la représentation extraordi-
naire de lundi. Mardi Dinorah a été donné à Covent-Garden. Le nouveau
chef-d'œuvre de Meyerbeer assure chaque fois qu'il est représenté une
brillante recette â M. Gye. Au désir d'entendre cette admirable partition,
si pleine de fines et délicates mélodies, et qui a été appréciée par le
public anglais à sa véritable valeur, se joint l'attrait d'y voir réunis trois
artistes qui l'interprètent merveilleusement, et qui tout d'abord ont su
DE PARIS.
223
captiver la faveur générale, c'est Mme Carvalho, c'est Faure et Cardoni.
Talent de comédien, perfect'on du chant, ensemble irréprochable, voilà
ce qui assure à cet opéra la supériorité sur tous les autres ouvrages dn
répertoire et qui explique le crescendo de son succès. — Hier a dû être
donnée au théâtre de Sa Majesté la Lucia, chantée par Mlle Titjens. —
Jeudi, on a joué Fra Diavolo. — On annonce pour lundi 18, au même
théâtre, un grand concert vocal et instrumental donné en commun par
miss Arabella Goddard et Léopold de Meyer. — M. Gye a rengagé le ba-
ryton Graziani pour les deux saisons de 1861-1862, à raison de 10,000 fr.
par mois.
„*„ Rruxelles.— On lit dans Y Année musicale, ouvrage que M. Scudo,
critique de la Reçue des dtux Mondes, vient de publier à Paris : « En
Belgique, cette mauvaiee contrefaçon de la France, on ne chante et on
ne joue que les opéras et les pièces de théâtre qui viennent de Paris.
Bruxelles possède un Conservatoire de musique dirigé par un homme
très-capable, M. Fé'tis, et qui, tous les ans, produit un grand nombre
d'habiles instrumentistes et d'excellents musiciens. MM. Vieuxtenips,
Servais, Limnander, Guewaert (sic), Mmes Gueymard, à l'Opéra, et Cabel,
à TOpéra-Comique, sont des artistes différents dont la Belgique peut
s'honorer sans doute ; toutefois l'art moderne d'un pays si actif, si libre
et si heureusement gouverné, manque complètement de caractère et de
distinction, et la musique belge, si tant est qu'il y en ait une, est aussi
équivoque que la langue française qu'on parle à Bruxelles, à Gand et à
Liège, qui possède aussi un Conservatoire royal qui a la prétention de ne
pas être une succursale de celui de la capitale. Bruxelles n'a d'autre
langue littéraire que la langue qu'on écrit à Paris ; on y reproduit tout
ce qui se fait à Paris, jusqu'au théâtre des Bouffes-Parisiens ! Il faut
avoir une vocation décidée pour la contrefaçon. » Cette citation inspire
au Journal de Gand la réflexion suivante ; « En présence de cette litté-
rature de que-que et de qui-qui, on ne peut s'empêcher de trouver déli-
catement tourné le compliment que M. Scudo nous adresse sur notre
ignorance de la langue française. Est-ce qu'il ne voudrait pas se faire le
professeur de cette langue en Belgique? » — La Compagnie Merelli a
traité, dit- on, avec le propriétaire de la salle du théâtre National, ce qui
lui permettrait d'avoir une saison de trois mois, de février à avril. — La
troupe des Bouffes-Parisiens a commencé ses représentations, qui sont
très-suivies: le Mariage aux lanternes; le Mari à la porte; la Demoiselle
en loterie, etc., etc., ont obtenu un très-grand succès. Lundi, Orphée
aux enfers.
*% Berlin. — La reprise du Templier et la Juive vient d'obtenir un
grand succès. Cet opéra, le plus populaire de ceux qu'a écrits Slarschner,
avait eu, à sa première apparition, à lutter contre les œuvres de deux
rivaux redoutables, Weber et Spohr; il ne fut pas apprécié alors à sa
juste valeur. Cette fois, Marschner a eu sa revanche ; on a rendu justice
à la puissance dramatique qui respire dans plusieurs morceaux, aux mé-
lodies gracieuses, aux richesses instrumentales qui distinguent cette
partition. Le rôle de Rebecca a été pour Mme Koester l'occasion d'un
nouveau triomphe. — Une nuit à Grenade, opéra de Kreutzer, a été très-
bien accueillie à la salle Kroll. — Slradella, opéra de Flotow, est en pos-
session constante de la faveur publique ; il a attiré la foule sur denx
théâtres à la fois, celui de Kroll et celui de Frédéric-Guillaume ; on fait
bisser à chaque représentation le duo entre les deux brigands et l'hymne
à la Vierge. C'est un succès égal à celui de Martha.
»% Vienne, — Le théâtre italien fera sa clôture le 28 juin prochain.
Pour la prochaine saison allemande on annonce la première représenta-
tion du Pardon de Ploërmel ; le rôle de Dinorah sera chanté par Mme
Frassini.
*%. Breslau. — La Feuille de l'église catholique de Breslau annonce la
mise au concours d'un prix qui sera décerné â l'auteur de la meilleure
messe à quatre voix, de peu d'étendue, avec texte latin et accompagne-
ment d'orgue; le terme de ce concours est fixé au 1" septembre 1860.
Les manuscrits devront être adressés au maître de chapelle du dôme,
M. Brosig, à Breslau. — L'opérette bouffe, le Numéro 66, par Offenbach,
a été joué ici avec le plus grand succès. Le texte allemand est de M. Ries-
ling. — Mme Lasslo-Doria est engagée comme prima donna au théâtre
de la Cour â Cobourg-Gotha : elle nous a fait ses adieux dans la Lucia
de Donizetti.
t*t Munich. — Le Pardon de Ploërmel a été donné quatre fois avec un
succès toujours croissant ; Mlle Schwarzbach est fort applaudie dans le
rôle de Dinorah. — La Société d'oratorios a clos la saison par la Cantate
de Noël, des. Bach, et des fragments de l'oratorio Susanne, de Haendel.
— On annonce la prochaine réapparition d'Iphigénie en Auli le, de Gluck,
que nous n'avons pas entendue depuis trente-quatre ans. Le rôle prin-
cipal sera interprété par Mlle Stoeger.
„** Koenigsberg. — Pour la représentation du 5 juin, le prince ré-
gent avait choisi le Pardon de Ploërnul; Son Altesse l'a honoré de sa
présence.
t\ Trieste, 30 mai. — Robert le Diable a été représenté la semaine
dernier au grand théâtre Mauroner pour les débuts de Mme Amalia
Jackson qui chantait le rôle d'Isabelle. Le succès de la jeune cantatrice
a été des plus brillants. Elle a été couverte d'applaudissements à maintes
reprises, notamment après l'air de Grâce.
„** Boston. — Le 14 avril a été donné le cinquième et dernier
concert philharmonique. On y a exécuté la quatrième symphonie de
Beethoven. — Les œuvres nouvelles que les concerts philharmoniques
nous ont fait connaître sont: l'ouverture de Dinorah. par Meyerbeer ;
celles cVUriel Acosta, par Schindelmeister,'et les Préludes, de Liszt. Pour
le 1" mai l'on attend la troupe d'opéra qui doit donner dix représen-
tations .
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Instruments Saxomniloniques. Invention à la-
quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
M. Alpbonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut cire
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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près la place Lafayette, à Paris.
MAISON H. HERZ piano™Ys,C)"e«Wa
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le môme instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jur}*. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et a
l'audition des pianos a queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séauce du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'ôtre parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. •
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
i" médaille d'or
Exposition nationale française de 1849.
DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR
Exposition de 1849.
MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS
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certs des Cnamps-Elysées.
SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (4° article), par Arthur
Pougin. — Théâtre Lyrique : Maître Palma, opéra-comique en un acte, pa-
roles de MM. Furpillc et Gillc, musique de Mlle Rivay, par Léon llurocher.
— Chants de l'armée française (5e et dernier article), par tàeorg-es Kastner.
— Revue des théâtres, par D. A. D. Saint- Yves. — Nouvelles et an-
nonces.
MONDONVILLE ET LÀ GUEBRE DES COINS.
(4e article.) (1)
V.
Parvenu par son récent triomphe à la plus haute faveur, Mondon-
ville fit représenter, vers la fin de l'année suivante, sa fameuse pas-
torale de Daphnis et Alcimadure, opéra-ballet en trois actes et un
prologue, qui devait établir définitivement sa réputation. Cette pièce
obtint un 1res- grand succès, dû surtout à deux causes particulières :
la première, c'est que — circonstance sans précédent à l'Opéra —
l'auteur en avait fait lui-même les paroles et la musique ; la seconde,
c'est que le librello en était écrit en dialecte languedocien, patois
très -doux et presque aussi favorable à la musique que la langue
italienne. Né dans le Midi, élevé au milieu d'une population qui
n'employait pour ainsi dire pas d'autre langage, Mondonville était
naturellement très-familier avec ce dialecte , qu'il avait parlé pres-
que exclusivement pendant toute son enfance et une partie de sa
jeunesse. Celte singularité, nouvelle à Paris, et aussi le jeu de-Jé-
liotte, de Latour et de Mlle Fel, qui remplissaient les principaux rôles
de l'ouvrage et qui, étant Méridionaux ainsi que l'auteur, parlaient
parfaitement le patois, ne contribuèrent pas peu à sa réussite. Da-
phnis et Alcimadure fut représenté à Fontainebleau, sur le théâtre
de la cour, le 29 octobre et le k novembre 1754. Fort bien accueillie
par les grands seigneurs et les courtisans qui formaient le public ha-
bituel de ces représentations de gala, la pièce fut donnée ensuite à
(1) Voir le n° 25.
l'Opéra le 29 décembre, et y obtint, ainsi que nous l'avons dit plus
haut, un brillant succès.
Cependant, le double mérite de Mondonville comme auteur des
paroles et de la musique de sa pastorale, était beaucoup moins grand
qu'on ne l'avait cru d'abord. On ne tarda pas en effet à recon-
naître que le sujet et les principaux incidents du poëme avaient été
empruntés par lui à une pièce très-populaire dans le Midi et connue
sous le litre de F Opéra de Fronlicjnan ; quant à la musique, on s'a-
perçut bientôt aussi que les motifs les plus importants rappelaient
certains airs villageois du Languedoc, et même que certaines phrases
démontraient un plagiat évident commis au préjudice de divers in-
termèdes italiens. Le mérite principal de l'auteur cousistait donc parti-
culièrement dans la fidélité scrupuleuse de sa mémoire. Pour ce qui
est de la valeur intrinsèque de l'ouvrage, on fut à même de l'apprécier
complètement lorsqu'en 1768, à la sollicitation de quelques person-
nes influentes, il le remit au théâtre, traduit par lui-même en fran-
çais. Soit que Legros et Mme Larrivée, qui avaient repris les rôles
créés par Jéliolle et Mlle Fel, y apportassent moins de talent que
leurs devanciers, soit que — ainsi qu'on l'a dit — la naïveté du jar-
gon méridional devînt fade et niaise à la traduction, toujours est-il
que cette reprise fut très-froidement accueillie et que la pièce, ainsi
transformée, n'obtint qu'un très-petit nombre de représentations. La
grande qualité tic celte traduction est d'avoir élé faite d'une façon si
exacte que l'on n'eut besoin, dans la partition , que de mettre les
vers français au-dessous des vers languedociens qui y correspon-
daient, sans faire un seul changement à la notation.
A la mort de Royer, qui arriva le 11 janvier 1755, Mondonville
obtint, avec Caperan, la direction du concert spirituel ; tous deux s'as-
socièrent avec la veuve du défunt, et, grâce à l'activité de Mondon-
ville,' cette administration fut une des plus heureuses de l'établisse-
ment. Pendant sept ans et demi qu'il fut à la tête du concert, puis-
qu'il ne l'abandonna qu'au mois de juillet 1762, époque à laquelle
expirait son bail, il y fit connaître quatre nouveaux motets; c'est
aussi pendant le temps de sa direction qu'il y fit entendre les pre-
miers oratorios qui furent exécutés à Paris. A l'époque, en effet, où
il composa ses trois drames religieux, ce genre de musique, qui avait
pris naissance en Italie, n'avait point encore franchi les Alpes. Le
premier, intitulé les Israélites au mont Oreb, fut représenté dans
la quinzaine de Pâques de l'année 1758; les paroles en étaient de
l'abbé de Voisenon ainsi que celles du second, qui avait pour titre les
Fureurs de Saûl, et qui fut donné l'année suivante, à la même épo-
que ; le dernier, qu'on nommait les Titans, et dont les paroles
étaient en partie tirées du prologue d'un opéra de Fontcnelle, fut joué
226
REVUE ET GAZETTE MUSICALi
pendant la semaine de la Passion de 1762. Ces trois ouvrages obtin-
rent un grand succès. Du reste, le titre seul d'une œuvre de Mon-
donville sur l'affiche du concert spirituel exerçait une telle . in-
fluence, que lorsque Dauvergne vint à lui succéder dans la direc-
tion de cette entreprise, il dut, pour obtenir le droit déjouer la mu-
sique de son prédécesseur, dont il avait cru d'abord pouvoir se passer,
subir toutes les exigences de celui ci. Voici la preuve de ce que
nous avançons : lorsque Mondonville quitta l'administration du con-
cert, il emporta toutes ses partitions; Dauvergne, ne se doutant pas
de l'attrait irrésistible qu'elles avaient pour le public, ou du moins
espérant compenser cette perle très-préjudiciable au répertoire par
des morceaux inédits, songea à offrir à ses habitués des œuvres nou"
velles ; mais malgré l'impulsion progressive qu'il avait donnée à son
administration, malgré les efforts qu'il fit pour plaire aux spectateurs,
ceux-ci réclamèrent avec tant d'instances les motets et les oratorios
de Mondonville, qu'il lui fallut enfin s'entendre avec ce dernier; or il
ne consentit à laisser exécuter ses œuvres qu'aux conditions suivan-
tes : 1° qu'il lui serait payé 27,000 livres comptant; 2° qu'il dirige-
rait lui-même l'exécution de ses morceaux; 3" et enfin, qu'on les
laisserait reposer pendant deux années. Quelque onéreuses que lu'
parussent de telles conditions, Dauvergne dut les subir, sous peine
de voir périr son administration naissante.
Le 9 mai 1758, sous ce titre : les Fêles de Paphos, Mondonville
avait fait représenter à l'Académie royale les deux actes de Vénus et
Adonis et Bacchus et Erigone, qu'il avait composés, ainsi que nous
l'avons vu, à l'instigation de Mme de Pompadour, pour le théâtre des
petits appartements ; il y en ajouta un troisième qui portait le titre de
l'Amour et Psyché. Selon sa coutume, il se donna pour l'auteur uni-
que de ce dernier, bien que i'abbé de Voisenon en eût réellement fait
les paroles. En 17G2, il fit jouer à Fontainebleau, au théâtre delà
cour, ce même acte de V Amour et Psyché, qui fut encore repris à
l'Opéra quelques années plus tard.
En 1765, Mondonville refit la musique du Thésée de Quinaull; j]
en retrancha le prologue et conserva les récitatifs de l'ancienne mu-
sique de Lulli. Ce fut là une tentative malheureuse. La pièce parut
d'abord à la cour où elle fut très-froidement accueillie, et vint tomber
à plat à l'Académie royale le 13 janvier 1767. Elle n'y fut jouée que
trois fois, et l'auteur eut l'humiliation de la voir remettre à la scène
avec la musique primitive. Voici ce que dit à ce sujet un journal du
temps: « M. Mondonville s'est avisé de remettre en musique l'opéra
» de Thésée, psalmodié, il y a cent ans, par l'ennuyeux Lulli. . . Son
» opéra est précisément aussi plat et aussi pauvre que celui de Lulli.
» C'est une psalmodie tout aussi assoupissante, et il n'y a pas le plus
» faible motif de préférence de l'un sur l'autre. »
En 1768, Mondonville obtint de l'administration de l'Opéra une
pension de 1,000 livres ; la même année il fit représenter à ce théâtre
sa traduction française de Daphnis et Alcimadure, et, en 1771, il y
donna son dernier ouvrage, les Projets de l'Amour, ballet héroïque
en trois actes. 11 s'occupa ensuite très-activement de traduire le Thémis-
tocle de Métastase, qu'il voulait mettre en musique, cl l'on prétend
que l'ardeur extraordinaire qu'il apporta dans ce travail contribua
considérablement à altérer sa santé et à abréger ses jours. 11 mourut
en effet peu de temps après l'avoir entrepris, dans la maison de cam-
pagne qu'il possédait à Belleville, le 8 octobre 1772.
Arthur POUGI.N.
(La suite prochainement.)
THEATRE LYRIQUE.
MAITRE PAOI1,
Opéra-comique en un acte, paroles de MM. FunriLLE et Gille,
musique de Mlle Rivât.
(Premiire représentation le 17 juin 1860.)
Ce n'est pas le dimanche, ordinairement, qu'on joue les pièces
nouvelles, et il est encore plus rare qu'on en fasse dès le premier
jour un lever de rideau. Quelles sont les causes de ce procédé in-
solite ? Nous l'ignorons, et, n'étant pas curieux naturellement, nous
n'avons fait aucun effort pour « pénétrer ce mystère, » qui, nous
aimons à le croire, n'a rien « d'infernal. » Toujours est-il que Maître
Palma ayant commencé à une heure qui s'accordait mal avec les ha-
bitudes de la vie parisienne et la longueur du voyage, nous n'avons
pu entendre ni l'ouverture, ni l'exposition. Nous avons compris seule-
ment que M. Contarini, formidable duelliste, a tué ou croit avoir tué
en combat singulier son ami Salviati ; qu'il est venu se cacher à Pa-
doue avec sa fille Marta, pour se dérober aux recherches de la justice
et à la vengeance des Salviati; que, pour dépister les limiers de la
police vénitienne, il s'est fait orfèvre; qu'un beau jeune homme vient
chaque jour coller son visage aux vitres de la boutique ; que Mlle
Maria s'est empressée de voir en ce beau jeune homme un amoureux,
et lui a, du premier coup, « rendu amour pour amour ; » que, pen-
dant l'absence du faux artisan, le beau jeune homme s'introduit chez
lui et demande à Marta des bijoux ; que Marta lui répond : — A quoi bon
dissimuler? Je ne suis pas aussi sotte que vous le croyez. Ce ne sont
pas des bijoux que vous voulez, c'est mon cœur. Eh ! bien, Monsieur,
adressez-vous à mon père, et, pour être sûr de le trouver chez lui,
venez ce soir à l'heure du souper.
Voilà, certes, qui est original, et l'on conviendra que les jeunes
filles n'ont pas coutume de faire ainsi les premiers pas, et d'aller au
but d'une allure si franche et si décidée. — Après tout, c'est peut-
être l'usage à Padoue. — Ce que nous avons plus de peine à nous ex-
pliquer, c'est que le beau jeune homme, ainsi invité à souper par
Marta, revienne un moment après, donne sa bourse à l'apprenti Gi-
letti, et lui commande de préparer un souper dans cette même bou-
tique, pour lui et pour Marta. 11 se délie apparemment de la cuisine
de l'orfèvre. Là-dessus, arrive Contarini. Le beau jeune homme le
prend ou feint de le prendre pour un rival. — Allons, mon cher, dé-
guerpissez ! Vous êtes de trop ici. J'en suis fâché pour vous, mais
c'est moi que Marta préfère, et je vais souper avec elle tout à l'heure.
— On devine ce qui s'ensuit, querelle, insolences, provocations.
D'abord Contarini refuse de se battre, mais le beau jeune homme
réussit à lui faire perdre patience, et les deux héros croisent le fer.
Une. deux! bien attaqué, bien paré, bien riposté. Contarini est habile,
mais son adversaire ne l'est pas moins, et Contarini est enfin obligé
d'en venir à certaine botte secrète avec laquelle il a tué Salviati.
C'est où l'aulre l'attendait. Il pare la botte secrète absolument comme
si elle ne l'était pas, et s'adressant à la cantonade : — Entrez, Mes-
sieurs, notre homme est trouvé. — La porte s'ouvre. Sbires, magis-
trat en robe rouge. On entoure Contarini, qui se rend. Le beau jeune
homme a réussi. Cet amoureux était un agent de police. Il parait
que la fameuse botte secrète était le secret de tout le monde, et que,
de plus, elle était l'unique trait du signalement de Contarini. Le ma-
gistrat verbalise, ou en fait le semblant. — Allons, Monsieur, signez
ce procès-verbal. — Contarini signe. — A vous, Mademoiselle; si-
gnez aussi. — Pourquoi cela? dit Contarini. — Parce que ce procès-
verbal est un contrat de mariage ; que monsieur, que vous prenez
pour un commissaire de police, est un notaire, et que je suis, moi,
Lorenzo Salviati, fils du vieil ami que vous croyez avoir tué et qui se
porte à merveille. J'ai dressé ce guet-apens pour réconcilier nos
deux familles.
DE PARIS.
l27
Embrassons-nous, Monsieur, que tout soit dit !
L'amitié doit unir les gens d'esprit.
Si vous avez vu jamais une pièce aussi ingénieusement fabriquée,
nous Tirons dire à Padoue.
La musique est écrite avec naturel et facilité , parfois même avec
assez de grâce. Il y a un fort joli air que chante Marta, air à deux
mouvements, précédé d'un petit bout de récitatif. Vandante est ten-
dre et un peu mélancolique. L'allégro est une valse brillante et co-
quette. Mlle Moreau chante fort bien ce morceau , qui est beaucoup
plus difficile à exécuter que l'air de l' Ombre heureuse, dans Orphée.
Il y a deux romances assez agréables , , dites par Conlarini et par
Marta au commencement de la pièce ; puis le père et la fille unissent
leurs voix dans un petit duo qui ne manque ni de mouvement
ni de fraîcheur. Le rôle de Lorenzo Salviati n'est pas aussi mélo-
dieux, et c'est dommage, car M. Potel, qui en est chargé, a une voix
charmante et sait s'en servir ; son duo avec Contarini, quand il le
provoque et veut le forcer à se battre, — duo qui devient trio par l'in-
tervention de Marta, — est bruyant sans être énergique : il n'y a là
ni l'accent ni la couleur qu'on y voudrait voir et que la situation exi-
geait. Les autres morceaux ne méritent guère, à notre avis , qu'on
les cite. Nous avons déjà dit pourquoi nous ne pouvions dire rien de
l'ouverture. La musique de Mlle Rivay est correcte et chantante; son
instrumentation n'a pas un grand éclat, mais elle est douce et sans
prétention. Les diverses sonorités de l'orchestre s'y marient dans un
harmonieux ensemble, el, en général, elle accompagne fort bien les
voix.
Ce petit ouvrage est exécuté fort proprement par Mlle Moreau ,
M. Potel, M. Lesage et M. Lcgrand.
Léon DUROCIIER.
CHAHTS DE L'ARMÉE FRANÇAISE,
Par GEORGES KASTNEIt.
(ô= et dernier article.) (1)
Un exemple de poésie guerrière très-curieux et datant aussi
du vnc siècle, nous a été conservé dans une Vie de saint Fa-
ron , évêque de Meaux , attribuée à Hildegaire, autre évêque de
la même ville sous Charles le Chauve. C'est un chant de iriomphe
en vers monorimes destiné à célébrer la victoire remportée en
622 par Clolaire II (Hold-IIard) sur les Saxons. On y exalte la
charité de saint Faron, qui sauva de la mort les députés vaincus. Il ne
reste de ce chant que les deux passages ci-après :
De Chlothario est canere rege Francorum
Qui ivit pugnare in gentem Saxonum;
Quam graviter provenisset missis Saxonum,
Si non fuissot inclytus Faro de gente Burgundionum (2)
Quando veniunt in terram Francorum,
Instinctu Dei transeunt per urbem Meldorum
Ne interficiantur a rege Francorum (3).
(1) Voir le n° 46 de l'année 1859.
(2) On présume qu'il y a une lacune entre ce vers et les suivants qni semblent
être les derniers du poème. Hildegaire le donne à entendre, puisqu'il met ici : « Et
infine liujus carminis. »
(3) Les deux fragments qu'on vient de lire ont été transcrits de différentes ma-
nières. Souvent le premier contient ces légères variantes : De Clotario canere est
rege Francorum. — Qui ivit pugnare contiu Saxonum. La RavalUere, Poésies
du roi de Navarre, t. I, p. 193, a complété le quatrain du second fragment avec
deux interpolations de Hildegaire. Son texte porte :
Quando veniunt in terram Francorum,
Faro ubi erat princeps, missi Saxonum.
« Quand les envovés saxons vinrent dans la terre des Francs où Faron était prince. »
« Chantons Clotaire, le roi des Francs, qui alla combattre la na-
» tion saxonne. Certes, il serait bien arrivé malheur aux envoyés
» saxons, sans l'illustre Faron, de race bourguignonne.
» Quand les envoyés saxons vinrent dans la terre des Francs, par
» une inspiration de Dieu, ils passèrent par la ville de Meaux, de
» peur d'être pris par le roi des Francs. »
Sidoine Apollinaire qui, dans une de ses lettres, reproduit les frag-
ments de cette chanson, nous apprend qu'elle fut chantée à pleine
voix, magna vociferatione, dans tout le royaume. Le biographe de
saint Faron, parlant de la victoire de Clotaire, atleste la même chose.
« On composa sur cette victoire, dit-il, un chant populaire qui, à
cause de sa rusticité, volait de bouche en bouche (1). »
Cependant le latin barbare qu'on vient de lire n'a ni rhylhme ni
cadence. Les auteurs de Y Histoire littéraire de la F tance n'y voient
avec raison qu'une mauvaise prose mise en plus mauvais vers. Plu-
sieurs écrivains soupçonnent que ce n'est point là le texte original,
mais une simple traduction de ce texte. Ils pensent que celte chan-
son fut composée primitivement en langue vulgaire, la seule qui fût
parfaitement intelligible aux militaires, au peuple et aux femmes.
Ils sont même d'avis que les petits vers mnémoniques de l'original
théotistique ont été imités dans la traduction latine. Quelques monosyl-
labes reclifiés suffisent, suivant eux, pour rétablir le rhythme primi-
tif (2). En tout cas, ce chant eût été peu propre à seconder les
mouvements de la danse, et peut-être la marche du soldat, si les
paroles et la mélodie n'en avaient pas été suffisamment rhylhmées.
La même remarque s'applique à toutes les poésies de celte époque
qui, par la nature de leur contenu, devaient plus particulièrement
s'adresser au peuple et à l'armée.
Dans les siècles suivants, les pièces latines composées par des clercs
sur des sujets héroïques tendent à imiter les formes savantes de la
poésie des anciens. Ce sont pour la plupart des œuvres laborieuse-
ment conçues, et qui trahissent les prétentions du poète au style bril-
lant et fleuri. Il est douteux que celles que l'on a pu recueillir jus-
qu'à ce jour aient été très-populaires, surtout parmi les soldats. Ce-
(1) « Ex qua Victoria carmen publicum juxta rusticitatem por omnium pêne
» volitabat ora ita canentium : fœminœquc choros inde plaudendo componebant. »
(Ap. Dom Bouquet, t. III, p. 505.) — M. J. de Rathaïl, en citant ce passage dans
son opuscule sur l'Existence d'une épopée franke, en a donné une traduction
qui ne répond pas tout à fait au sens de l'interprétation à laquelle on s'est tenu
jusqu'à présont. Il traduit ainsi : « Ce fut à l'occasion de cette victoire que parut
un cliant si populaire qu'il volait de bouebe en bouche, jusqu'au fond des campa-
gnes, où tout le monde le chantait, même les femmes "qui le disaient en formant
des rondes et en battant, des mains. » Enfin, ailleurs on lit : « La grossièreté même
de la poésie servit à la faire voler de bouche en bouche, et les femmes elles-mêmes
accompagnaient les hommes en chœur. » On voit par là qu'il y a plusieurs ma-
nières d'entendre le latin.
(2) Chlotar est cancre
De rege Francorum,
Qui ivit pugnare
In gentem Saxonum.
Quam provenisset,
Si missis Saxonum
lncly' non fuisset
Faro de Burgundium.
(Barrois, Éléments de linguistique.)
Cette manière de changer la physionomie d'un texte connu en supprimant ou
en y ajoutant des mots, est, si je ne #ie trompe, ce que les savants désignent sous
le nom de restitution. C'est au moyen de ce procédé ingénieux, trop ingénieux,
peut-être, que l'ou croit être parvenu à découvrir dans les légendaires et dans les
anciennes gestes latines, entre autres dans le Gcsta Dagoberti, des vestiges de
chants mérovingiens semblables à ceux que l'on possède sur la victoire de Clo-
taire H, mais beaucoup plus anciens. Toutefois, l'authenticité de ces frustes débris,
arrachés pour ainsi dire de force, et par le plus laborieux des enfantements, aux
ouvrages qui semblent les receler, n'est pas encore prouvée aux yeux du plus grand
nombre. Du reste, on peut consulter à ce sujet un intéressant travail do M. Lc-
normant, publié dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. Ie', p. 321.
228
P.EVUE ET GAZE'ITE MUSICALE
pendant j'en indiquerai plusieurs qui me paraissent avoir eu quelque
chance pour l'être, soit à cause de l'événement qu'elles célèbrent,
soit pour tout autre motif. Les personnes qui désirent en connaître
les textes pourront recourir au précieux recueil de poésies latines
publié par M. Edélestand du Méril. Elles y sont transcrites et anno-
tées avec le plus grand soin. Une des plus intéressantes, au point de
vue du sujet qui nous occupe, est l'Ode alphabétique sur la bataille
de Fonlenay ou Fontanet, livrée le 25 juin 841, entre les fils de Louis
le Débonnaire (1). Elle a pour auteur un Franc, nommé Angelbert,
qui joua un rôle actif dans l'action sanglante dont on lui doit le ré-
cit (2). Nous ne la possédons pas tout entière, car les strophes com-
mençant par les dernières lettres de l'alphabet nous manquent, mais
nous en avons la mélodie qu'on voit très-lisiblement notée en signes,
selon l'usage d'alors, au-dessus des vers de la première strophe dans
le manuscrit n° 1154 de la Bibliothèque impériale. Cette mélodie se
compose de trois phrases de huit mesures chacune. Quoique fort sim-
ple et présenlant quelque analogie avec nos vieux airs de noëls, elle
est assez bien caractérisée pour le temps, et dut contribuer h rendre
populaire l'œuvre du poète. Je citerai ensuite un hymne funèbre en
l'honneur d'Eric, du; de Frioul, qui se distingua, dans les années 796
ou 797, par plusieurs expéditions contre les Huns ou les Avares, sur
lesquels il remporta des avantages considérables. Ce poëme, que l'on
attribue généralement à saint Paulin, patriarche d'Aquilée, contempo-
rain de Charlemagne, figure aussi, texte et musique, comme le docu-
ment qui précède, dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale in-
diqué plus haut. Ce manuscrit contient, en outre, parmi des chants
populaires très-curieux, une complainte sur la mort de Charlemagne,
composée, à ce qu'on présume, peu de temps après l'événement qui
en est le sujet, vraisemblablement en 814 ou 815; puis une autre
pièce du même genre sur la mort de l'abbé Hug, fils naturel de Char-
lemagne et de Régine, que Louis le Débonnaire fit tonsurer, et qui
perdit la vie dans une rencontre à main armée avec le jeune roi Pépin.
Si je mentionne encore un chant sur l'arrivée de Lothaire, je me
trouve avoir épuisé la liste des chansons historiques en langue latine,
qui, de toutes celles que nous a léguées le ixc siècle, méritaient le
plus de fixer ici notre attention.
Si, durant la période carlovingienne, les chants guerriers en langue
latine jouirent encore d'une certaine popularité, à plus forte raison
les chants héroïques en langue vulgaire (3) eurent-ils le privilège de
charmer la foule. C'était probablement des chants de ce genre qu'Al-
béric, moine des Trois-Fonlaines, qui écrivait dans le xinc siècle, avait
vus, qu'il cite dans sa chronique, sous le titre de Herokœ canlilenœ,
et d'après lesquels il fait mention des victoires remportées par Char-
(1) Elle commence ainsi:
Aurora cura primo mane tetram noctem dividens,
Sabbatum non illud fuit, sed Saturni dolium;
De fraterna rupta pace gaudet drcmon impius.
Bella clamant hinc et inde, pugna gravis oritur;
Fratcr fratri mortem parât ; nepoti avunculus ;
Filius nec patri suo exhibet, quod menait.
Voyez Edélestand du Méril, Poésies populaires, p. 2^9-251. — Les faits qui
amenèrent cette bataille sont racontés par Nilhard, dans le second livre du De
dissenllonibus ftliorum Ludovici Pli,
(2) Il s'est nommé dans la strophe suivante :
Hoc autem scelus peractum, quod descripsi rhythuiice,
Angelbertus ego vidi, pugnansque cum aliis,
Solus de multis rcmattsi prima fontis acie.
Angelbert est donc un des plus anciens soldats-poètes dont le nom figure dans
nos annales.
(3) Par langue vulgaire, je n'entends pas ici seulement la langue romane, rus-
tique ou gallicane, laquelle commença d'être en usage sous le règne de Charle-
magne, mais je comprends aussi sous cette dénomination les dialectes tudesques,
comme l'idiome franc, lingua francia, dérivé, suivant M. Ampère, du haut alle-
mand, et qu'on appelle quelquefois langue théoliitique.
les le Chauve, en 866, sur Gérard de Vienne, duc des Deux-Bourgo-
gnes. On ne peut douter qu'il n'y en ait eu un nombre très-considé-
rable, et cependant on n'en a cité qu'un seul jusqu'à présent qui se
soit conservé jusqu'à nous dans son cadre original et dans sa forme
première. Ce qui ajoute à l'intérêt que présente ce poëme historique,
c'est qu'il est du petit nombre des documents en langue franque échap-
pés aux ravages du temps. 11 renferme cent dix-huit versets rimes et
divisés par strophes, et célèbre la victoire que Louis II, roi de Neus-
trie, fils de Louis le Bègue, remporta sur les Normands, à Saucourt,
en 880 ou 881. On présume qu'il fut composé peu de temps après
cette bataille, et environ un an avant la mort du jeune roi Louis, en
faveur duquel il exprime un souhait de longue et heureuse vie qui ne
fut pas exaucé. Le caractère en est religieux et le ton solennel. Peut-
être est-il, comme on le dit, l'œuvre d'un moine (1). On assure qu'il
fut longtemps populaire sur les bords du Rhin, en Belgique et dans
une partie du nord de la France. Les Allemands le placent au nombre
de leurs chants nationaux.
REVUE DES THEATRES.
Les à-propos et les cantates du 14 juin. — Vabiétés : la Fille du
diable, vaudeville fantastique en cinq actes et huit tableaux, par
MM. Clairville, Siraudin et Lambert Thiboust. — Porte-Sai\t-
Maktin : le Gentilhomme de la montagne, drame en cinq actes
et huit tableaux, par M. Alexandre Dumas. — Ambigu : Reprise du
Juif errant, drame en cinq actes et dix-sept tableaux, par MM. Di-
naux et Dennery.
La solennité du 14 juin a été célébrée de diverses manières parles
théâtres parisiens, toujours à l'affût des circonstances. Sans parler
des scènes lyriques, nous citerons le Chant des Niçois, de M. Léopold
Amat, exécuté au Vaudeville; l'Aigle aie sommet des Alpes, ode pa-
triotique de M. Méry, à la Porte-Saint-Martin ; les cantates du Palais-
Royal, du théâtre Déjazet, et mieux encore les à-propos improvisés
par la Galté et le Cirque-Impérial, l'Enfant de la Savoie, de MM. Du-
tertre et Vulpian ; Jusqu'aux Alpes, de M. Albert Monnier. Il fut un
temps, sous la Restauration et sous le premier Empire, où le zèle des
auteurs était stimulé en pareille occasion par des récompenses offi-
cielles ; aujourd'hui il est gratuit et n'en est que plus ardent, et par
conséquent plus méritoire.
— Malgré le démenti persistant donné à la saison par l'état de
l'atmosphère, les grandes pièces d'été ont commencé leur tournée
annuelle sur la ligne des boulevards. Les Variétés ont ouvert la
marche par la Fille du diable, vaudeville fantastique en huit tableaux,
de MM. Clairville, Siraudin et Lambert Thiboust. L'idée baroque, folle
d& cette féerie vaut bien la peine d'être racontée, quand ce ne serait
que pour montrer jusqu'où peut aller la fantaisie si on lui lâche un
peu la bride. Sachez donc qu'il est inscrit au livre des destins que
le diable n'aura d'autre progéniture que des garçons tant que sa
femme lui sera fidèle, mais que Mme Satan aura une fille si elle s'avise
de donner un coup de canif dans le contrat. Or, c'est précisément
ce qui arrive : la reine des enfers s'est laissée séduire par les grâces
de son coiffeur et l'arrêt fatal s'est accompli. Satan, furieux, enlève
l'enfant à sa mère, et comme il est stipulé au même livre des destin?,
que si la jeune fille atteint l'âge de dix-huit ans sans avoir fait un seul
faux pas, elle appartiendra définitivement à la terre, il veille sur elle
avec la sollicitude la plus vertueuse, afin d'en être à jamais débar-
rassé. Mais le diable s'est fait accompagner là-haut par son notaire
Rocaillon, qui a tout juste l'intérêt contraire, parce qu'il nourrit l'es-
poir de devenir le gendre et le successeur de son maître. Cette lutte
secrète de Satan et de son acolyte, à laquelle Diavoline apporte l'ap-
(I) M. Willems n'est pas éloigné de l'attribuer a Hucbald, qui était à la fois
poète et musicien, et qui florissait à Saint-Arnaud vers l'époque marquée par l'é-
vénement dont il s'agit.
DE PARIS.
229
point de ses dispositions naturelles, donne lieu à des situations très-
variées, très-amusantes et très-originales. Il va sans dire qu'après
bien des péripéties scabreuses, Diavoline parvient au terme fixé
par les destins sans le plus petit accroc à sa vertu, et qu'elle épouse
un jeune bachelier espagnol, pendant que Satan retourne avec Rocail-
lon dans son infernal empire.
Le tableau le plus applaudi de celle pièce, montée avec un grand
luxe de décors et de costumes, est celui des débuts de Diavoline à l'O-
péra. Mlle Judith Ferreyra y exécute avec Raymond un ballet pastoral,
intitulé les Amours d'une rose, dont l'effet est charmant. Le rôle de
Satan est joué par Christian, qui s'y travestit cinq ou six fois avec une
prestesse et une habileté qu'on ne peut comprendre, même après
avoir vu. Il y a en somme dans ce vaudeville fantastique les éléments
d'un succès qui traversera victorieusement les fortes chaleurs, si le
ciel se décide à nous en envoyer.
— Dans cette prévision, la Porte-Saint-Marlin vient de donner un
exemple utile à suivre. Une partie de la salle a été transformée en un
jardin pittoresque, qui s'élève à la place du parterre, et qui est en-
touré de chaises et de fauteuils en fer, avec coussins de cuir. Le cor-
ridor des premières est devenu une serre remplie de fleurs et d'arbus-
tes ; trois loges de face ont été supprimées pour former, en regard
delà scène, une corbeille fleurie, au-dessous de laquelle se dresse un
massif de rochers couverts de plantes marines. Du centre de. ces ro-
chers s'élance une cascade qui retombe dans un bassin circulaire, et
pendant les enlr'actes une gerbe, capricieusement éclairée par les
reflets du gaz, s'épanouit au milieu du bassin, dont les bords sont
garnis également de fleurs, de plantes et de verdure. On ne saurait
rien imaginer de plus élégant et de plus gracieux que l'aspect de ce
jardin, dont les merveilles suffiraient à la fortune du théâtre, quand
bien même le spectacle qu'il offre aux yeux ravis des spectateurs,
n'aurait pas pour complément un drame nouveau de M. Alexandre
Dumas père.
Il y a quelques années que l'ami et le biographe de Garibaldi, au-
près de qui il est en ce moment à Palerme, a publié dans le Mousque-
taire un roman de cape et d'épée, intitulé El Salleador. C'est de ce
livre que sont tirés les principaux incidents du Gentilhomme de la
Montagne, selon la coutume adoptée aujourd'hui par M. Dumas père,
qui ne se met plus guère en frais d'imagination pour le théâtre,
comme au temps à'Anlony et de la lotir de Nesle. Mais puisque ce
procédé commode lui réussit et satisfait son ambition, ce n'est pas à
nous d'y trouver à redire, quels que soient nos regrets d'assister au
suicide volontaire d'une organisation aussi éminemment dramatique. Si
encore les productions actuelles du romancier n'étaient pas traitées
avec le même dédain des qualités puissantes qui firent autrefois sa re-
nommée! Le Salleador étant, selon toute apparence, fort peu connu
de nos lecteurs, nous leur révélerons, aussi succinctement que possi-
ble, les faits et gestes de ce bandit de bonne maison.
A la suite d'un duel, le seùor don Fernand de Torillas est protégé
contre les alguazils par des brigands, qui lui proposent de le prendre
pour chef. Le premier exploit du gentilhomme de la montagne s'a-
dresse h un vieux compagnon de Christophe Colomb, don Velasquez
de Haro, qui revient du Mexique avec sa fille dona Flor. La généro-
sité de Fernand à leur égard les engage à obtenir sa grâce du roi don
Carlos ; mais celui-ci la refuse d'abord, et ne l'accorde que sur l'inter-
cession d'une petite bohémienne, qui est sa sœur de la main gauche,
et qui aime le bandit. Le roi met pour condition à cette faveur que la
bohémienne Ginesta entrera au couvent. Plus tard, don Fernand fait
encore des siennes, et va jusqu'à lever la main sur son propre père.
Cette fois, il n'y a plus de rémission possible, et Fernand est sur le
point de passer un fort mauvais quart d'heure, lorsqu'on apprend
qu'il n'est pas le fils de l'homme qu'il a frappé, et que son véritable
père est don Velasquez de Haro, qui vient d'être revêtu de la dignité
de grand justicier. Le vieillard s'en démet pour ne pas [avoir à con-
damner son fils, et le roi, rendu indulgent par la décision de la diète
de Francfort qui vient de le nommer empereur d'Allemagne, pardonne
une seconde fois, accorde à don Fernand la main de sa sœur Ginesta,
et fait don Velasquez vice-roi du Mexique.
Ce drame, comme on en peut juger par cette courte analyse, ne
repose sur aucune élude sérieuse de sentiments ou de passions ; c'est
un pêle-mêle d'aventures amusantes et parfois attachantes auxquelles
il ne faut pas demander davantage ; sa portée littéraire nous échappe,
mais le public nous a prouvé qu'elle n'était pas indispensable, en
donnant raison à l'auteur.
— A l'Ambigu, encore un drame tiré d'un livre, et d'un livre qui a
joui en son temps d'une certaine célébrité. C'est le Juif-Errant,
d'Eugène Sue, arrangé, en 1849, pour la scène par MM. Dinaux et
Dennery. Bien différent du Salleador, le roman d'E. Sue a été assez
lu pour que nous n'ayons pas besoin d'en rappeler les innombrables
combinaisons. Elles ne forment pas moins de dix-sept tableaux, parmi
lesquels on distingue la mer de glace, la tempête, la vallée de Josaphat
et la magnifique apothéose de la fin. La bacchanale du onzième
tableau, dansée par Espinosa et par Mme Montplaisir, serait irrépro-
chable si on pouvait la raccourcir un peu. Nous devons une mention
au directeur Chilly pour le rôle de Rodin qu'il a créé naguère, et au
régisseur Albert, qui a reparu dans cette pièce après une assez
longue absence de la scène sur laquelle il a tant brillé jadis.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
»*, Au théâtre impérial de l'Opéra, l'avènement du diapason normal
a eu lieu mercredi dernier. Le spectacle se composait du Comte Ory et
de la Sylphide. L'exécution générale s'est bien trouvée d'un chan-
gement qui ne peut offrir que des avantages aux chanteurs, sans nuire
à l'éclat de l'orchestre. Tout a donc marché pour le mieux, sauf quelques
légères dissidences, qu'il sera toujours temps de signaler; mais, nous
l'espérons, elles s'empresseront do disparaître.
**,. Une chute de M. Wicart, à la répétition. des Huguenots, ne lui a pas
permis de chanter cette semaine le rôle de Raoul. Ce sera pour demain.
Mme Ferraris reprend la semaine prochaine son rôle dans le ballet de
Pierre de Médkis, donné deux fois cette semaine. Mercredi dans la syl-
phide, Mlle Emma Livry a été comme toujours admirable de grâce, de
force et de légèreté.
„*,, Par arrêté de S. Exe. le ministre d'Etat en date du 18 juin,
M. Alfred Beaumont a été nommé directeur du théâtre impérial de l'O-
péra-Comique, en remplacement de M. Nestor Roqueplan , démission-
naire. De longues négociations ont précédé cet événement, et tant
qu'elles ont duré, nous nous sommes imposé un silence absolu. A
côté de l'action ministérielle, dont rien ne doit gêner l'exercice, il y a
les arrangements pécuniaires, que des indiscrétions peuvent contrarier.
Trop d'intérêts divers sont attachés à l'existence d'un théâtre pour qu'il
soit permis d'en parter tout haut et â toute heure. Si, au point de vue
de l'art, les directions théâtrales sont justiciables du public, il n'en sau-
rait être de même au point de vue des affaires. C'est là un principe
que nos confrères de la presse oublient trop souvent, et que nous avons
le droit de rappeler parce que nous ne nous en sommes jamais départi,
et que nous le considérons comme une sauvegarde indispensable.
*% M. Nestor Roqueplan a présenté â son successeur, M. Alfred
Beauinont, tout le personnel de l'Opéra-Comique. — Le 1er juillet, Mon-
taubry et MmeCabel prennent leur congé. Hier, la charmante cantatrice
a chanté délicieusement le beau rôle de Catherine, dans V Étoile du Nord ;
la salle, envahie par la foule des étrangers qu'attire à Paris l'exposition
agricole, était comble.— De leur côté, Montaubry et Mlle Monrose don-
nent avant leur départ les dernières représentations du Roman dîEloire,
opéra dans lequel ils ont créé si brillammment les deux principaux
rôles, et qui désormais sera l'un des plus attrayants du répertoire.—
Remis de sa longue indisposition, Couderc, après trois mois d'absence,
rentrera dans les premiers jours de juillet. — La semaine prochaine aura
lieu, pour les débuts de Mlle Marimon, la reprise du Petit chaperon
rouge.
„** Quelques changements ont déjà eu lieu dans le personnel admi-
nistratif du théâtre de l'Opéra-Comique. Gomme au théâtre impérial de
l'Opéra, les musiciens de l'orchestre sont désormais soumis au régime
de la cravate blanche.
230
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
t\ On annonce pour mardi 26 juin, au même théâtre, une repré-
sentation à bénéfice qui excitera un vif intérêt. M. Roger y jouera le
1,r acte de la Dame blanche et chantera le duo de la Heine de Chypre avec
M. Bonnehée. Le 2e acte d'il Barbiere sera exécuté par M. Crosti et
Mlle Trebelli, du théâtre Italien de Madrid. Un intermède musical, où
l'on entendra Mme Cabel, M. Bonnehée, les frères Lionnet; une lecture
par M. Samson ; la Famille Poisson, par les artistes de la Comédie-
Française ; la Famille improvisée, par M. Henri Monnier, ajoutent aux
séductions de ce brillant programme.
z% Mario a été engagé par M. Calzado pour toute la saison pro-
chaine.
„% La clôture du théâtre Lyrique aura lieu le 30 juin. Mme Ugalde,
dans GilBlas; Mme Viardot, dans Orphée, donn ent leurs dernières repré-
sentations. Les Rosières ont été jouées trois fois cette semaine avec
grand succès. Le spectacle était complété par les Valets de Gascogne,
qui ont de plus en plus conquis la faveur du public.
*** Lundi prochain aura lieu la clôture du théâtre Déjazet. Un des
bons acteurs de ce théâtre qui l'avait quitté pour les Variétés, Tissier, y
rentrera pour la réouverture.
*** Le directeur du théâtre de l'Oriente à Madrid a engagé les deux
barytons Giraldoni et Marra, de même que Mlle Sarolta. — Les repré-
sentations de Tamberlick ont été interrompues par une indisposition de
Mme Kenneth.
*% Le théâtre de l'Opéra, à Vienne, ayant fait sa clôture le 22, le
directeur, M. Salvi, est allé donner des représentations à Pesth ; il a em-
mené M mes Lagrua, de Itoissi, Tati, et MM. Graziani, Beneventano et
Varesi.
**» 1,' Indépendance annonçait ces jours derniers que M.' de Sabouroff
avait engagé Mme Uistori et toute sa troupe pour les trois mois de no-
vembre a janvier, à raison de 300,000 fr , les frais d'enlretien de la
troupe restant à la charge de Mme Uistori.
„** La saison de Bade sera riche en nouveautés cette année. Après
l'opéra de MM. Gounod et Carré, chanté par Roger et Mme Carvalho au
commencement d'août, viendront en septembre la comédie écrite en
collaboration par Mlle Aug. Brohan et M. II. de Pêne, une nouvelle pièce
de Méry et le grand festival de Berlioz. — Une véritable curiosité, ce
sera l'opéra de Vivier, composé sur les paroles de Méry et Cormon, et
qui clora le programme de M. Benazet. Il nous a été donné d'entendre
quelques fragments de cette œuvre, et nous pouvons dire qu'elle partici-
pera grandement de l'originalité bien connue du célèbre corniste.
£%. M. Louis Manotte, directeur do l'Orphéon dunkerquois , vient
d'arranger pour solo de ténor et chœur pour voix d'homme, la mélodie
irlandaise intercalée dans Marta, de Flotow, et populaire depuis long-
temps, sous le titre de la Dernière rose de l'été. L'arrangement de M. L.
Manotte est d'une difficulté moyenne, qui le rend accessible à la plus
grande partie des sociétés chorales. L'introduction et le finale, parfaite-
ment coupés, font de la mélodie irlandaise un délicieux morceau qui
peut être exécuté, soit comme sérénade, soit comme chœur de concert.
Cette publication est une bonne fortune pour les sociétés orphéoniques,
aussi nous empressons-nous de la signaler à leur attention.
*** Une souscription vient d'être ouverte au profit de Mme Couvé-
Hameau, petite-nièce du compositeur célèbre. On souscrit au Conserva-
toire impérial de musique et de déclamation. S. M. l'Empereur a donné
500 fr.
**» Le célèbre ténor Niemann, du théâtre de Hanovre, a été appelé a
chanter devant Sa Majesté l'Empereur et les souverains allemands réunis
à Bade. Son succès devant l'auguste assemblée a été très-grand, et selon
toute apparence l'engagement qui le lie au théâtre de Hanovre sera
résilié en faveur de notre première scène lyrique. M. Niemann sera à
Paris la semaine prochaine.
***MlleBury, cantatrice allemande distinguée, qui a chanté à l'Opéra
italien de Londres, est en ce moment à Paris.
*** Plusieurs journaux avaient annoncé le prochain mariage de
Mlle Pannelrat, de l'Opéra-Comique, avec un grand personnage. Cette
nouvelle est dénuée de fondement.
»*„ La Société d'Euterpe, à Vienne, a admis au nombre de ses membres
le duc de Saxe-Cobourg-Gotha.
*** Dans un concert donné récemment à Saint-Germain au bénéfice
d'un artiste malheureux, on a beaucoup applaudi M. Henri Ilerwyn ,
violoniste de l'école de Vieuxtcmps et do Bériot. M. Ilerwyn y a exé-
cuté une nouvelle fantaisie qu'il a composée sur Faust, et qui a produit
une vive sensation. Du reste, ce n'est pas seulement Paris qui, à maintes
reprises, a pu apprécier le talent hors ligne de M Ilerwyn. Sydney, Pesth,
Constantinople, retentissent encore des applaudissements qu'il y a obtenus.
„% S. M. l'Empereur a daigné autoriser la musique du régiment des
guides a accompagner les orphéonistes français â Londres. Le départ
des trois mille chanteurs a lieu aujourd'hui, ainsi que nous l'avons an-
noncé ; les formalités de passe-port leur ont été évitées par les soins du
ministère de l'intérieur. Ils seront logés dans deux immenses bâtimenls
appropriés à toutes les exigences de l'hygiène et du bien-être. La presse
anglaise est unanime dans ses cordiales sympathies pour cette puissante
manifestation. Il se forme à Londres un comité de patronage du festival
composé de vingt-cinq des membres les plus inûuents de la chambre
des communes et de quelques notabilités de la Cité.
„*„ A l'occasion du voyage de LL. MM. Impériales en Savoie et de
leur passage à Aix, un bal splendide aura lieu au Casino ; il sera pré-
cédé d'un brillant concert qui doit réunir plusieurs artistes distingués
au nombre desquels on peut citer Mlle Marie Sax, MM. Cazaux et Dulau-
rens ; ils interpréteront une cantate de circonstance dont la musique a
été composée par M. Sain d'Arod. On doit y entendre aussi M. Gozora,
le spirituel diseur de chansonnettes, qui a obtenu un si grand succès
l'hiver dernier dans les principaux salons de Lyon, et, pour la partie
instrumentale, deux virtuoses qui y résident habituellement, le pianiste
Ferd. de Croze, et M. Arnstein, l'éminent violoniste hongrois.
.*** Un peintre allemand, M. Amberger, a découvert à Bàle, dans un
coin de la boutique d'un marchand de bric-à-brac , un portrait, resté
inconnu jusqu'ici, de Schiller. La parfaite ressemblance en ayant été
constatée par la fille du grand poète, Mme la baronne de Gleichen, le
grand-duc de Saxe-Weimar en a fait l'acquisition, et l'a euvoyé au
Schiller- Haus de Weimar.
„.*„, Le 21 de ce mois aura lieu, au salon de conversation à Bade,
une grande soirée musicale. Mme Sanchioli et M. Bazzini ont été enga-
gés par M. Benazet pour cette solennité.
„.** Parmi les dernières publications de musique sérieuse, il en est une
qui a particulièrement fixé l'attention des amateurs : c'est l'œuvre 4 de
M. Edouard Batiste, organiste du grand orgue de Saint-Eustache et pro-
fesseur au Conservatoire impérial de musique. Cette œuvre renferme
deux communions pour l'orgue qui se distinguent par l'enchaînement
logique des idées, le charme des mélodies et la correction d'une harmo-
nie toujours élégante. Quant à l'entente des combinaisons do mélanges
et des accouplements de claviers, on peut s'en rapporter à l'auteur; qui
possède l'orgue le plus complet de Paris et qui sait en faire apprécier
toutes les richesses. Aussi, nous pensons qu'il avait en vue son gigan-
tesque instrument, quand il a ésrit en tète de chaque morceau des notes
où il explique quels sont les registres qui conviennent à chaque clavier.
Cependant nous pouvons dire avec certitude à ceux de MM. les orga-
nistes qui n'ont â leur disposition qu'un petit orgue, que deux claviers à
la main et un pédalier suffiront ù l'exécution des deux nouvelles com-
positions de M. Edouard Batiste. — F. Benoist.
**„ Nous recevons de M. G. Oppelt la lettre suivante :
« Monsieur le directeur,
« Permettez-moi de réclamer de votre bienveillance, l'insertion dans
votre estimable journal de la déclaration suivante faite par M. de Fiô*-
tow, dans le but de prévenir le désagrément de voir plusieurs auteurs
se charger de la composition des paroles françaises de son nouvel
opéra.
« Je déclare, par cet écrit, reconnaître et donner mon approbation
» exclusive au libretto français écrit spécialement pour mon opéra :
» le Meunier de Méran (der Millier von Méran), par Gustave Oppelt. Je
» le prie d'en informer en mon nom l'Association des auteurs et com-
» positeurs dramatiques de Taris, ainsi que MM. les directeurs de
» théâtre et éditeurs de musique, que cette disposition peut éventuelle-
» ment intéresser.
i. Schwerin, le 12 juin 1800.
» Signé : Frédéric de Flotow,
» Intendant du théâtre de la Cour et chambellan de S. A. H. le
» grand-duc de Mccldenbourg - Scli werin . »
» Veuillez agréer, etc.
» Gustave OnrEi/r.
» Ce W juin 1860. »
„,% Malgré l'inclémence de la saison, la foule, aussitôt que la pluie
veut bien faire relâche pour une soirée, se porte aux concerts Musard.
On peut voir à l'entrée de ce bel établissement des groupes composés
de l'élite de la société parisienne formés en cercle, causant et recevant
des visites comme dans leurs aristocratiques salons. Cette fleur de r,obles;e
qui se donne rendez-vous dans un jardin où la meilleure musique
charme les oreilles sans fatiguer, le ton de bonne compagnie qui y règne
font aujourd'hui des concerts des Champs-Elysées un endroit à part
destiné à être de plus en plus fréquenté. L'orchestre de Musard s'y
montre d'ailleurs d'une supériorité remarquable, et la variété de ses
programmes a droit de satisfaire les plus exigeants. On parle de dispo-
ser dans le jardin un immense vélum destiné â mettre le public à l'abri
en cas de pluie subite. On ne peut que féliciter M. de Besselièvre de
cette. nouvelle amélioration.
„.*.,. Mme Félix, née Melotte, femme de l'excellent acteur du Vaude-
ville, vient de mourir à la suite d'une longue et douloureuse maladie.
.j,*x La fièvre jaune sévit â Rio-Janeiro avec la dernière violence. Le
théâtre est fermé depuis quinze jours, et l'épidémie vient d'enlever Eche-
verria, chanteur de talent. La Tosi, sa femme, est en convalescence. Au
nombre des morts se trouve également la Isachele Luchini.
.^L'espace nous manque pour régler définitivement nos comptes avec
MM. Aimé Paris et Emile Chevé; mais que ces messieurs prennent pa-
tience : ce qui est différé n'est pas perdu.
DE PARIS.
231
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
**„ Bruxelles.— La troupe d'Offenbach continue le cours de ses joyeuses
représentations qui attirent la foule au théâtre des Galeries-Saint-Hubert.
La Chatte métamorphosée en femme, le Sou de Lise, le petit Cousin, la Rose de
Saint-Flourb. la musique vive et alerte, laVeuveGrapin, petit chef-d'jeuvrc
de Flotow, ont défrayé la semaine. Le \a\ir £C Orphée aux enfers va bientôt
venir. Offenbach est allé à Berlin. pour assister aux répétitions de cette
opérette qu'on y monte en ce moment. — La réouverture du théâtre
de la Monnaie est fixée au 1er septembre prochain. Voici les noms des
artistes rengagés par M. Quélus. Pour le grand opéra: MM. Wicard,
Carman, Depoitier, Marchot, Ilenault et Borsary ; Mlle Elmire (en rem-
placement de Mlle Saunier), ;vimes Vandenhaute, Dupuy. — Pour l'opéra-
comique : MM. Jourdan (en remplacement de M. Audran), Aujac, Mengal,
Ferré ; Mmes Boulart, Côbe, Muller, Meuriot.
,% Hanovre. — Mme Noltès, qui depuis quatorze ans appartenait au
théâtre de la Cour, a fait ses adieux au public dans le rôle de Valen-
tine (Huguenots). Le soir, le corps de musique des gardes du corps a
donné une sérénade à l'éminente cantatrice, qui est vivement regrettée.
*** Francfort. — M. Niemann, ex-ténor du roi de Hanovre, se trouve
parmi nous depuis le 7 ; il a chanté avec un brillant succès dans le
Prophète, Joseph, le Trovalore et la Juive.
„% Berlin. — Marlha a été représenté cette semaine au théâtre
royal de l'Opéra; il y avait foule.
1*2 Vienne. — Le 5 juin a eu lieu la représentation au bénéfice de
Mlle Lagrua, composée de deux actes de A'omo, d'un fragment du Tro-
valore et de deux airs bouffes. Dans Norma, Mlle Lagrua a obtenu un
succès qui fera époque dans nos annnles dramatiques ; il faut remonter
jusqu'aux plus beaux jours de Jenny Lind pour trouver un point de com-
paraison. Laquelle des deux a le mieux chanté l'air Casta diva? Les
avis sont partagés, et ce fait seul suffit pour constater l'immense
effet que Mlle Lagrua vient de produire. Après la représentation,
il y a eu applaudissements sans fin , acclamations, pluie de bouquets et
de fleurs, au milieu desquelles voltigeaient des sannets signés : Studenti
italiani délia quarta galleria. — Le théâtre de la Cour a donné, du
.17 juillet 1859 au 31 mai 18G0, 217 représentations d'opéras, sur les-
quelles Meyerbeer en compte, à lui seul, 35; Mozart, 23; Wagner, 23;
Donizetti et Weber, chacun 20 ; Lortzing, 16; Auber et Verdi, 1 1; Halévy,
10 ; de Flotow, 1; Beethoven, 7; Rossirii, 6, et Gluck, 2. Le Hof-Burgtheater,
où l'on joue le drame, la comédie et la tragédie, reçoit sur la cassette
•npériale une subvention annuelle de 84,000 florins; le théâtre de l'opéra
de la Cour, 240,000 florins. «
,*„, Saint-Pélersbourg. — Il y a eu le 19 mai à la chapelle des chantres
de la cour, en présence de nombreux amateurs, un examen remarquable
des élèves de la classe instrumentale. C'était le premier depuis l'ouverture
de cette classe, qui remonte au Tr janvier 1859. Avant la séance, on a
exposé dans un compte rendu le but de la fondation et les succès déjà
obtenus. Aujourd'hui, 31 élèves prennent des leçons: 15 étudient le
violon, 4 le violoncelle, 2 la contre-basse, 8 le piano, 1 la flûte et 1 la
clarinette. L'examen a commencé par le chant de l'hymne national, avec
accompagnement d'orchestre. A la fin, on a distribué aux élèves des
listes d'approbation et des récompenses consistant en œuvres musicales.
Cette belle cérémonie a excité un vif intérêt et provoqué des bravos
sympathiques : l'attention se portait surtout sur l'honorable directeur de
la chapelle, M. A. F. Lvoff, à cause de sa coopération active à cette bonne
œuvre. Pendant l'examen, l'excellent directeur suivait les élèves et les
encourageait avec une sollicitude toute paternelle : il les a remerciés
ensuite d'une voix émue, qui a trouvé un écho dans leurs cœurs.
„,*„ Rome, 4 juin. — Am'elo est le premier drame lyrique mis en mu-
sique par le jeune maestro Luigi Moroni, né en cette ville. Les rôles
principaux étaient remplis par la Boccherini, Negrini et Coletti ; les
autres avaient pour interprètes Bossi, Bazzoli et Decaroli. Parmi les
causes qui ont nui au succès de la partition, il faut signaler la tristesse
et la monotonie du libretto. Les chœurs et l'orchestre ont fait de leur
mieux.
x** Naples. — Au théâtre nuoeo vient d'être représenté, sous le titre
de Monzu Gnazio ou le Pcrruqier et la fiancée, un nouvel opéra de M. Ni-
colas d'Arienzo. Ce jeune maestro qui n'a pas encore atteint dix-huit
ans, n'a pas seulement composé une œuvre musicale, supérieure à ce
qu'on pouvait attendre, de son âge, mais il a fait de la musique agréable,
originale et gaie. Nous ne pouvons que féliciter sa famille. d'une si belle
preuve de génie précoce donnée par le neveu du poète chéri d'Arienzo.
L'ouvrage a été fort applaudi et le compositeur rappelé plus de six fois
de suite. Monzu Gnazio a été interprété par la Zacconi, le ténor Scanna-
pieca, la basse Zoboli et le bouffe Fioravanti qui ont beaucoup contri-
bué au succès. Un pareil succès est le présage d'une brillante carrière.
„,*„. New-York. — Maretzek a ouvert sa nouvelle saison le mois passé
par Nabuco. 11 apporte avec lui un répertoire largement fourni qui
contient entre autres : ilartha, de Flotow, et le Bravo, de Mercadante.
La troupe chantante, qui est revenue de sa tournée dans le Sud, doit
exécuter au jardin d'hiver / Ma*nadieri, drame musical imité des Bri-
gands de Schiller. Mme Cortesi est de retour, avec sa troupe, de l'île
de Cuba ; elle compte se rendre à Boston pour y donner des représen-
tations.
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2. Air chanté par M. Fromamt : Les Fillettes de ce village . 5 »
3. Air chanté par M. Deiaunay-Ricquier: Gentille rosière . 5 »
k. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village 2 50
5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay-
Piicqi'ier et Gabriel : Demeurez, aimable Florette . . 9 »
6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 »
DEUXIÈME ACTE
7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9 »
8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, fob-
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Plaisir extrême, heureux moment 6 »
10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9 »
TROISIÈME ACTE
11. Air chanté par Mlle A. Faivre: Adieu, rose à peine éclose 2 50
12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromvat :
Laisses-moi, Bastien, laisses-moi 7 50
12 bis. Duo extrait du trio : Laisses-moi, Bastien, laisses-moi. 6 »
13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon
âge! 2 50
14. Finale : Le Destin trompe mon espérance 9 »
1 25
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Publiée par G. KESANDUS et S. DUFOUK, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1e
PIANO
Brassin (L.). Air varié (2e morceau de salon) de Vieuxtemps,
transcrit (sous presse) 9 »
Badarzcivska . La Prière d'une Vierge, arrangée pour le
piano ;\ quatre mains 6 »
nolmctscli. Op. 49. Transcription de la Berceuse du Pardon de
Ploërmel '. 7 50
Ilellcr (Stephen). Op. 94. Tableau de genre 7 50
IIcss (Charles). Op. 60. Bouquet de mélodies du Roman d'Eloire 7 50
Kettcrcr. Op. 6'». Fantaisie-Transcription sur le Roman di1 Elvire 7 50
«laell. Ombre légère, air du Pardon de Ploërmel, caprice valse 7 50
— Transcription du chœur d'enfants du Prophète 6 »
— Le Carillon, morceau élégant 7 50
K.ongucYïlIc. Fantaisie dramatique sur Stradella, de Flotow .. 7 50
XIciHlclfcMoDin . La Pileuse, romance sans paroles 5 »
Meyerlieer. Polonaise pour piano, extraite du 2° entr'acte de
Slrucnsce 7 50
— Schiller-Marsch, arrangée pour le piano par Chariot 7 50
_ — a 4 mains par E. Wolff. 10 »
A» oBtT (F..). Chanson polonaise 7 50
— Duo i\ quatre mains sur Stradella, de Flotow 10 »
Mnsaral. Valse-Bolero sur Pianelh, de Flotow (ornée du portrait
photographié de Paul Legrand dans le rôle de ScapiD). . .
Arnan. Marx et Etling. Quadrilles et polka sur le Roman
d' Elvire
4 50
Alard (A.). Op. 36. Fantaisie de concert sur la Muette de Por-
tiez, pour violon avec ace. de piano
Ilcrman et Hellcrer. Grand duo brillant pour piano et vio-
lon sur le Pardon de Ploërmel
Eiutgcn. Deux mélodies de Maria pour violon ou violoncelle
avec ace. do piano
Durand (Aug.). Souvenirs de Guillaume Tell, pour orgue de
salon
Frelon (L.-F.-A.). Fantaisie de concert sur la Part du Diable,
pour orgue et piano
10 »
10 »
6 ..
5 »
MUSIQUE VOCALE
Oh! belle étoile, oh! doux regard, mélodie d'Alexandre Reichardt.,
Mélodie irlandaise de Martha (de Flotow), solo pour ténor et chœur
pour voix d'hommes, arrangée par L. Manotte
My dear contre -basse
Plantade. . .
TttOIS CIIlTiSOXXr/irTES COMIQUES
Chantées r.\n Bertuelier et Bloisdelet.
fantaisie d'outre-Manche , de Bourget et
Bibi-Bamban, chanson nègre, de Bourget et Offenbach
La Triangulation, à-propos comique, paroles et musique de Gaultier
3 »
3 »
3 »
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la VALSE BOLÉRO de PIANELLA, composée par 31 n-
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certs des Champs-Elysées. •
SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique,
par Ft'tis père. — Les orphéonistes français à Londres. — Nouvelles et annonces.
FRAGMENTS
DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
(Ouvrage inédit.)
Premier fragment (1).
Otl ne commencera pas cette histoire par la recherche de l'origine
de la musique, ainsi que l'ont fait la plupart des historiens de cet
art, et l'on ne posera pas la. question du nom de son inventeur,
parce que tout démontre que l'homme porte en lui-même les prin-
cipes de ses chants, à savoir, l'instinct de la formation des sons par
sa voix, et la conception des rapports de ces sons, dans leurs intona-
tions et dans leurs durées. L'art tout entier s'engendre de ces prin-
cipes : ils lui ont donné l'existence chez tous les peuples, et l'on ne
peut douter qu'ils l'eussent fait renaître, si, par impossible, quelque
catastrophe avait pu l'anéantir.
De la différence des intonations des sons, et de celle du temps plus
ou moins long pendant lequel ils frappent l'oreille, naît instinctive-
ment la pensée de leur arrangement dans un certain ordre. Cet or-
dre, variable à l'infini, donne pour résultats, d'une part, une progres-
sion ascendante, depuis le son le plus grave jusqu'au plus aigu, et une
progression descendante depuis le plus aigu jusqu'au plus grave;
d'autre part, une progression croissante de durée, depuis le son le
plus court jusqu'au plus long, et une progression inverse ou décrois-
sante.
Une multitude d'intonations possibles existe entre le son le plus
grave et le plus aigu ; mais un certain nombre seulement affectent
l'oreille de différences facilement appréciables et qui peuvent être
déterminées. Les progressions a cendantes et descendantes de sons
déterminés ont été formulées de diverses manières , suivant les
temps et les lieux, et des noms différents leur ont été donnés. Les
(1) On sait que M. Fétis s'occupe principalement de deux grands ouvrages, une
Biographie universelle des musiciens, dont la seconde édition se publie, et une
Histoire générale de la musique. De ce dernier ouvrage sont extraits les frag-
ments que l'on va lire, et dont notre illustre collaborateur a bien voulu nous accor-
der la communication.
formules de sons déterminés qui sont les bases de la musique des
Européens modernes et des peuples qui en sont issus ont reçu les
noms d'échelles et de gammes.
A l'imitation des sons de sa voix,, l'homme, secondé par le hasard
qui lui a fait découvrir les qualités sonores de certains corps, a cons-
truit des instruments dont quelques-uns sont monophones ou ne pro-
duisent qu'un seul son, et d'autres par lesquels on peut faire enten-
dre des échelles d'intonations diverses plus ou moins étendues.
Ceux-ci présentent, dans les variétés de leurs sons, des phénomènes
analogues à ceux de la voix humaine. Les sons, quelle qu'en soit la
durée, se produisent nécessairement dans le temps; car durée et temps
sont synonymes dans leur application concrète. Les proportions rela-
tives de ces durées fournis^sm'.es éléments de ce qu'on appelle en
musique la mesure du tenij)S: ou simplement la mesure.
Après que les hommes doués des organes de la voix et de l'ouïe
eurent formé des sons et eurent remarqué les différences de leurs
intonations, ils comprirent que la diversité des sons contenus dans
les échelles ascendanles et descendantes sont susceptibles de combi-
naisons diverses dans leurs successions ; ces combinaisons, plus ou
moins heureuses, formèrent les chants.
Par des observations semblables, on remarqua que la diversité de
durée des sons peut engendrer des combinaisons symétriques de plu-
sieurs espèces, d'où vinrent les rhythmes. Des deux genres de com-
binaisons d'intonation et de durée on forma les mélodies.
Quel que fût l'état sauvage dans lequel les navigateurs ont trouvé
certaines populations de l'Océanie, elles avaient des chants de certaine
espèce. Celles même chez qui l'on n'a point aperçu d'instruments
polyphones avaient des tambours qui leur servaient à marquer le
rhythme de leurs accents et de leurs gestes.
Il est donc évident que ce serait méconnaître l'origine véritable de
la musique, que de rechercher historiquement quel a pu être l'inven-
teur de cet art dans l'antiquité ; ou bien encore de se demander si le
chant des oiseaux ou d'autres bruits naturels n'en ont pas fourni le
modèle. Lorsque Lucrèce — bizarre anomalie d'un poëte matéria-
liste — nous dit en vers harmonieux : « Le chant flexible des oi-
» seaux fut imité par la voix longtemps avant qu'une suave mélodie '
» s'unît aux vers faciles pour charmer l'oreille des humains; le souffle
» des zéphyrs, résonnant dans le creux des roseaux, apprit à enfler
» d'agrestes pipeaux, et par de lents progrès, la flûte, pressée entre
» des doigts agiles , mêla sa douce plainte aux chants harmonieux.
» Son usage naquit du loisir des bergers au sein des solitudes et des
» sombres forêts; » Lucrèce, dis-je, méconnaît la noble origine de
l'art, comme il a méconnu la cause première de l'existence du monde.
234
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Par l'émission spontanée de certaines successions des sons de sa
voix, l'homme a partout obéi à l'une des plus puissantes impulsions
de son organisation physique et morale. En développant progressive-
ment le cercle de ses idées et les facultés de son imagination, il a élevé
ces rudiments à la dignité d'art. L'histoire des premières combinai-
sons qui conduisirent l'espèce humaine vers ce but se confond par-
tout avec la fable ; mais il en est ainsi de toute chose. Au milieu de
ces fables , une chose est digne de remarque : c'est que la musique
fut considérée comme un si grand bienfait par les premiers hommes,
qu'elle est le seul art dont l'invention fut attribuée aux dieux.
On tomberait dans une sérieuse erreur si l'on se persuadait, par
une fausse interprétation de ce qui vient d'être dit, que tous les
peuples sont arrivés aux mêmes résultats dans leur musique, ayant eu
le même point de départ; car, d'une part, les différences physiolo-
giques qui se font remarquer dans la conformation de ces peuples ;
de l'autre, le climat, l'éducation, les mœurs et mille circonstances
diverses, ont pu faire produire par la voix humaine des séries diffé-
rentes de sons, accoutumer l'oreille à de certaines successions d'into-
nations plutôt qu'à d'autres, et conséquemment donner naissance à
des conceptions de l'art plus ou moins divergentes entre elles. Or,
c'est précisément ce qui est arrivé, ainsi que cela sera démontré dans
le cours de cette histoire.
En l'état actuel des choses, nous avons la certitude : 1° que plu-
sieurs nations placent les intonations des sons à des intervalles qui
blessent l'oreille des autres peuples ; 2° qu'il en est d'autres qui, ayant
des successions identiques d'intonation, les disposent de manières
différentes dans leurs gammes, d'où résultent des conceptions de l'art
peu analogues ; 3° que chez certains peuples anciens, le rhythme de
la musique fut absorbé par le mètre de la poésie, et que le contraire
a lieu dans la musique des Européens modernes ; k° et enfin, que
dans toute l'antiquité et chez les nations orientales de l'époque
actuelle, la musique n'est constituée que par le rhythme et par la
mélodie, tandis que chez les Européens et dans leurs colonies du
nouveau monde, l'harmonie simultanée des sons a été ajoutée aux
autres éléments de la musique, et en a l'ait un art plus complet, plus
élevé.
Un seul moyen nous est donné pour nous instruire de l'histoire de
la musique dont les peuples de l'antiquité firent usage : c'est d'exa-
miner avec attention ce qui existe encore en certaines parties de
l'Orient; c'est enfin d'étudier celte musique en elle-même, au lieu de
l'ajuster à nos habitudes, ainsi qu'aux sentiments qu'elle éveille en
nous. Ce serait en vain qu'on essaierait de comprendre l'histoire
ancienne de la musique, si l'on n'admettait préalablement qu'elle a pu
être dans des conditions autres que celles de la musique actuelle.
N'avons-nous pas la preuve que la musique européenne a subi de com-
plètes transformations, et que la gamme, qui en est le principe, n'est
plus aujourd'hui ce qu'elle était il y a trois siècles? Des attractions de
sons, des combinaisons autrefois inconnues, des enchaînements nou-
veaux d'harmonie, des périodes rhythmiques, des accents passionnés,
expressifs, ont été introduits dans l'art à une époque qui est une des
plus intéressantes de son histoire : ces éléments n'y existaient pas
auparavant. Si nous comparons les résultats de transformations si
importantes, si radicales, avec les produits de la musique antérieure,
nous y reconnaîtrons à peine le même art. Cependant cette musique
ancienne, si différente de la nôtre, avait assez de valeur en elle-même
pour charmer les grandes intelligences des xve et xvie siècles.
Ne nous y trompons pas : la nature même de la musique exige
qu'il en soit ainsi. Cet art n'est pas destiné à produire des manifes-
tations d'idées déterminées, ou des représentations d'objets exté-
rieurs, ainsi que font la poésie, la peinture et l'art statuaire, mais bien
à faire naître des émotions et exprimer des sentiments dont les mo-
difications sont infinies. Les poëmes d'Homère, de Pindare, de
Théocrite, d'Anacréon, ont enfanté la poésie de l'antiquité latine, du
moyen âge et des temps modernes. On en trouve quelque chose
dans les productions des génies les plus indépendants. Homère et
Virgile vivent encore dans l'apocalypse poétique du Dante, et les créa-
tions originales du poète florentin ont inspiré ses successeurs. La
tragédie d'Eschyle, d'Euripide et de Sophocle se retrouve en partie
dans la tragédie moderne. Les statues et bas-reliefs de nos artistes
ne diffèrent point par le but des produits du ciseau de Phidias et de
Praxytèle. A l'art des peintres grecs la peinture moderne n'ajoute
que la perspective et des nuances plus savantes de coloris ; quant à
l'objet de la représentation, quant à la forme, rien n'a changé. La
musique, au contraire, vague dans son essence autant que sublime
dans ses effets, n'a d'identique dans la multiplicité de ses détermina-
tions que le temps et le scn. Chez les peuples de l'Inde, à la Chine,
chez les Arabes, chez les Grecs, dans la psalmodie, dans les combi-
naisons harmoniques des xiv% xve et xvic siècles, dans les mélodies
populaires des diverses nations, enfin dans les productions drama-
tiques ou instrumentales des compositeurs de nos jours, l'art est si
peu semblable à lui-même qu'on serait tenté de lui attribuer des
origines différentes. L'imitation delà nature est, dans certaines limites,
le principe des arts du dessin ; la création libre et spontanée est
celui de la musique.
Une seule idée relative à cet art a traversé les siècles, à savoir,
celle d'une harmonie universelle établie par la création, et de sons
à la fois formidables et doux produits par les mouvements des sphères
lancées dans l'espace, d'où résulteraient des accords ineffables et des
concerts dont la musique de l'homme ne. serait qu'une émanation :
idée poétique et profonde dont on aperçoit les premières indications
dans la théogonie et dans la cosmogonie des plus anciens peuples
orientaux ; idée dont Pythagore a fait une des bases de sa doclrine ;
idée reproduite et propagée par les disciples de ce grand homme, puis
par les néoplatoniciens, et qu'on retrouve à Rome vers la fin de la
république comme aux derniers jours de l'empire; idée enfin dont la
réalité supposée égara d'illustres savants modernes dans leur entre-
prise pour sa démonstration mathématique. Notre histoire fera voir
comment l'humanité tout entière a protesté par la multiplicité des
formes de l'art contre cette sorte de fatalisme qui n'en eût permis
qu'une seule.
Les savants dont les travaux ont eu pour objet de pénétrer les
mystères de l'origine des peuples ont reconnu que les caractères par
lesquels ils diffèrent ou se ressemblent sont l'organisation physiolo-
gique, les rapports des langues et le principe religieux. Nous nous
proposons de démontrer dans cette histoire que les différences et les
analogies de principes qui sont les bases des systèmes de musique
ne sont pas moins caractéristiques, et que plusieurs de ces systèmes
ont des types primordiaux qui subsistent encore en Orient, nonobs-
tant les modifications qu'ils ont subies en certains lieux par le mélange
des races ou par des circonstances particulières. En la considéiant h
ce point de vue, l'histoire de la musique ne peut être séparée des
études ethnographiques ; car on ne peut saisir les analogies et les
divergences des principes de cet art, et en suivre les transformations
que par la connaissance du développement de l'espèce humaine, des
caractères radicaux par lesquels se distinguent les différentes familles,
des mouvements et des migrations de celles-ci ; enfin de leurs mé-
langes par les invasions et les conquêtes et des influences exercées
réciproquement les unes sur les autres.
La filiation des peuples est un problème dont la solution certaine
ne peut être espérée. L'établir historiquement sera toujours impos-
sible, parce que les premiers mouvements, les premières migrations
de l'espèce humaine sont antérieurs à la civilisation ainsi qu'à
l'histoire. On ne peut faire un pas dans les recherches sur ce sujet,
sans entrer aussitôt dans le champ des conjectures ; trop heureux si
l'on y rencontre quelques probabilités dont les rapprochements fassent
luire un éclair dans les ténèbres ! Cependant c'est de cette filiation
DE PARIS.
235
même des races que dépend l'éclaircissement des questions les plus
intéressantes concernant certaines idées communes et fondamentales
de morale, de religion, de philosophie, d'art, ainsi que les rapports
des langues.
Deux opinions sont en présence à l'égard de l'origine des races
primitives : leurs luttes, déjà fort anciennes, ne leur ont pas fait faire
un pas vers la conciliation. Suivant la première de ces opinions, les
contrées les plus belles du monde connu des anciens auraient été habi-
tées dans l'origine par des peuples autocHthones, c'est-à-dire nés du
sol sur lequel ils étaient placés. La plupart des nations civilisées de
l'antiquité, les Egyptiens, les Grecs, les peuples de l'Italie, les Hindous,
les Scythes et les Celtes, avaient cette tradition de leur origine.
Aujourd'hui même, les descendants des Scandinaves ne doutent pas
que leurs premiers pères n'aient vu le jour dans les contrées qu'ils
habitent encore. Des historiens nationaux se sont faits les échos de
ces traditions, et le célèbre géographe Malte-Brun, né leur compatriote,
a épuisé sa vaste érudition à établir qu'il en fut ainsi de la plupart
des grandes nations mentionnées par l'histoire, dans la plus haute
antiquité.
L'opinion contraire, soutenue par des érudits de premier ordre,
distingue différents types dans les races primitives de l'humanité. Elle
établit, par certains rapprochements, la parenté des variétés d'un
même type, et suppose, à l'aide des grandes constructions grossières ap-
pelées cyclopcennes. lesquelles sont toutes composées de blocs informes
superposés, et subsistent encore en Europe comme en Asie de même
que sur tous les points écartés du monde connu des anciens, ainsi qu'à
l'aide de rapports de langues évidents entre des peuples séparés par
d'immenses espaces ; elle suppose, disons-nous, d'après ces données et
s'appuyant sur des traditions recueillies par les historiens les plus
anciens, de grandes migrations opérées à des époques très-éloignées,
et dont les plus anciennes se perdent dans la nuit des temps. Ce n'est
que dans cet ordre de choses et d'idées que nous pouvons trouver la
démonstration des rapports qui ont existé entre les divers systèmes
de musique de l'antiquité : nous nous rallions donc à l'opinion de ces
archéologues, sans nous effrayer de l'accusation d'hypoLhèse qu'on ne
manquera pas de nous adresser ; car où l'histoire se tait, l'hypothèse
est une nécessité. Elle peut même acquérir une valeur positive, si elle
s'appuie sur des inductions tirées de la nature des choses, et si
elle les étaie de tous les témoignages traditionnels qui sont à sa
disposition.
La conformation du globe terrestre montre partout des traces de
grands cataclysmes qui ont bouleversé le monde à des époques diffé-
rentes ; mais il y a lieu de croire que ces immenses révolutions
physiques ont précédé la création de l'homme, car aucun fossile
humain ne se mêle aux débris des générations antédiluviennes. De ce
fuit incontestable, les naturalistes et les géologues ont conclu que la
formation organique la plus récente est celle de l'homme. La Genèse
ainsi que d'autres traditions écrites, de la plus haute antiquité, parlent
d'un déluge qui dévasta la terre et fit périr de grandes populations ;
mais ce grand événement paraît avoir été postérieur aux catastrophes
prodigieuses qui ont modifié la forme du globe et englouti les pre-
miers produits de la création. Les peuples les plus anciens avaient
conservé la tradition d'événements semblables. Les souches primitives
de ces peuples, dont on ne retrouve les traces que sur le penchant
des plus hautes montagnes, présentent trois variétés de conformation
si distinctes, que d'illustres savants n'ont point hésité à les considérer
comme ayant échappé aux destructions du déluge sur des points diffé-
rents de la surface du globe terrestre. Cuvier, dont les opinions ont
un grand poids en ces matières, ne reconnaît que trois races diffé-
rentes, à savoir la race blanche, qu'il nomme caucasiquc, la jaune ou
mongolique, la noire ou éthiopienne (1). D'autres ont ajouté à ces
types radicaux la race brune des Malais et les peaux rouges de l'Amé-
(1) Le Règne animal distribué d'après son organisation, t. I, édit. de 1829.
rique; cependant les observations d'anatomie comparée faites sur ces
races ont fait voir que leurs caractères physiologiques ne les séparent
pas absolument des trois premières races : elles semblent en être un
produit mélangé, dans lequel le sang caucasien, mongolique'Ou nègre
est plus ou moins dominant. Le teint seul n'a pas paru constituer de
différence essentielle de conformation, et l'on a pensé que les popu-
lations dont il s'agit peuvent avoir eu pour origine des tribus de l'an-
tiquité asiatique, égarées sur l'Océan.
Les recherches les plus patientes et les plus exactes faites dans ces
derniers temps, semblent démontrer que la race blanche primitive, à
laquelle se rattachent toutes les familles indo-persanes et caucasien-
nes, descendit, après que les eaux du dernier déluge se furent reti-
rées , de Y Himalaya, chaîne des plus hautes montagnes de la terre,
laquelle sépare le Thibet de l'Indoustan, et que cette race se fixa, d'un
côté, dans la Bactriane, de l'autre, dans la vallée de Cachemire. Des
Bactriens sortirent, dans les temps postérieurs, toutes les peuplades
qui vivent dans l'histoire sous les noms de Perses, d'Arméniens,
d'ibériens, d'Arab's, de Chaldëens, d'Assyriens, de Phéniciens,
d'Égyptiens, d'Hébreux, de Cappadociens, de Mèdes, de Pélasges
de l'Asie Mineure et de la Grèce, de Scythes, et toutes celles qui
plus tard, sous différents noms, s'étendirent dans la Germanie, en
Italie et dans la Gaule. De simples hordes qu'ils étaient originaire-
ment, ces peuples devinrent avec le temps de grandes nations. Ce fut
en Asie qu'ils prirent d'abord leur plus grand développement, par-
ticulièrement dans la partie de l'Asie centrale comprise entre les li-
mites orientales du Caucase et l'Himalaya. De là leur est venu le
nom de peuples caucasiens. Leurs caractères physiologiques étaient
le teint plus ou moins blanc, les traits du visage réguliers, le nez droit
et les yeux horizontaux. A l'égard de l'organisation morale de tous les
peuples sortis de la souche blanche, partout et dans tous les temps
elle présente les caractères des facultés de progrès et de perfectibilité
dont les limites sont indéfinies. Depuis les temps les plus reculés
jusqu'à nos jours, l'histoire présente le tableau de leurs progrès in-
cessants, en dépit des obstacles et des égarements plus ou moins
prolongés où ils tombent parfois.
Les ethnologues placent au second degré de l'intelligence la race
jaune ou mongolique. Elle est caractérisée physiologiquement par la
face aplatie, le nez gros et épaté, le front carré, les pommettes
saillantes, les yeux étroits et obliques, la barbe rare, les cheveux
droits et noirs, le teint olivâtre. On conjecture que cette race, si dif-
férente de la blanche, a échappé au déluge sur la cime des monts
Altaï, grande chaîne qui sépare la Sibérie de la Kalmoukie, et forme
l'extrémité septentrionale du grand plateau central de l'Asie. La
population mongolique se divise en diverses branches, dont les prin-
cipales sont: 1° la chinoise, qui comprend les Chinois proprement
dits, les Japonais, les habitants de la Cochinchine, du Tonquin, de la
Corée, du Laos et des îles Philippines, Mariannes et Carolir.es; 2° la
'mongole, placée à l'est de l'Asie, qui, sous les noms de Mo-igols et
de Huns, fut autrefois la terreur de l'Asie et de l'Europe, et dont les
descendants dégénérés errent aujourd'hui dans les vastes plaines de
l'Asie orientale. Cette famille se divise en Monjols proprement dits et
en Kalmouks ; 3° la famille tunyousc, qui comprend deux variétés,
à savoir : les Mandchoux, maîtres de la Chine depuis deux siècles, et
les Tungouses nomades, véritables barbares sans industrie, sans his-
toire, sans littérature, mais chez lesquels la musique n'est ;pas négli-
gée. L'ensemble des familles mongole et tungouse est en général
désigné par le nom de Tartare ou Tatare. A peine y a-t-il lieu de
mentionner dans une histoire de la musique les malheureuses popula-
tions sibériennes, dont les plus nombreuses sont les Samoyèdes,
répandus sur les côtes de la mer Glaciale, les Kamtchadales et les Kou-
rils. Ecrasés par la rigueur d'un climat affreux, ces infortunés ont
cependant quelques notions de l'art consolateur, et charment leur
existence végétative par des chants mélancoliques.
236
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Organisé pour s'élever jusqu'à un certain degré de perfectionnement,
la race mongolique ne paraît pas pouvoir le dépasser : elle y reste
stationnaire. Ainsi, les Chinois, qui cultivent les sciences physiques et
mathématiques, particulièrement l'astronomie ; qui pratiquent l'agri-
culture, la navigation et les arts mécaniques; enfin, qui ont connu
longtemps avant les Européens la boussole, 'l'imprimerie et la poudre à
canon : cette même nation n'a plus fait de progrès dans ces connais-
sances depuis plusieurs siècles. Ils considèrent leur immobilité comme
la perfection.
Si les rapports de religion et les systèmes de langues établissent l'i-
dentité des peuples de la race mongolique aussi bien que leur confor-
mation physiologique, il en est de même à l'égard de leur conception
de la musique, laquelle est parfaitement analogue chez les Chinois,
les Mandchoux, les Mongols, les Japonais, les Cochinchinois, les Co-
réens, les Tunquinois, et même chez les Malais qui peuplent la pres-
qu'île de Malacca et les îles de Sumatra, de Java, des Célèbes et de
Timor. Que ceux-ci, différents par le teint, forment une race dis-
tincte, comme l'ont pensé plusieurs savants, ou qu'ils ne soient,
suivant une autre opinion, qu'un mélange des familles blanche et
mongolique, avec un caractère plus prononcé de celle-ci, l'analogie
de leur système de musique avec celui des peuples mongoliques de
race pure n'est pas moins évidente.
Chez tous ces peuples, l'arrangement des sons dans les gammes ou
modes est tel, que les demi-tons n'y sont presque jamais employés,
et que leur suppression bannit toute tendance d'un son vers un autre.
Cette rude tonalité donne à la musique des peuples mongoliques le
caractère le plus étrange. L'usage immodéré d'une multitude d'ins-
truments de percussion-, tels que des tambours de toute forme et de
toute dimension, des appareils de lames métalliques qu'on frappe avec
des marteaux, des gongs, des cloches, tamtams, pierres sonores, en-
fin des figures d'animaux qui portent sur le dos des timbres cor-
respondants aux degrés de l'échelle musicale, et qu'on frappe avec
des barres de bois dur, caractérisent aussi la musique des peuples
mongoliques. Les relations de Thunberg et d'autres voyageurs sur le
Japon, la Cochinchine, le Tonquin et la Corée, ainsi que les rapports
les plus récents des Anglais sur la Chine, s'accordent à présenter les
concerts de ces pays comme un affreux charivari de pareils instru-
ments. Il en était ainsi dans l'antiquité, car la lecture attentive des
livres chinois sur la musique démontre qu'elle n'a pas varié dans
l'espace de plus de huit cents ans.
Au degré le plus bas de l'échelle organique de l'espèce humaine
doit être placée la race éthiopienne ou nègre. Les caractères physio ■
logiques de cette race sont la couleur plus ou moins noire de la peau,
l'angle facial aigu, la mâchoire et les pommettes saillantes, le crâne
comprimé, le front déprimé, le nez gros et épaté, les lèvres épaisses,
et les cheveux laineux et crépus. Echappée à la destruction sur la
cime des monts Alkurar, ou de la Lune, dans la grande catastrophe
du déluge, el e s'est répandue ensuite dans l'Ethiopie, et c'est d'elle
que sont issues toutes les peuplades nègres d'Afrique. Inférieures en
intelligence aux autres races, ces peuplades n'ont qu'une civilisation
rudimentaire. Livrées à une éternelle enfance sociale qu'entretient
l'absurde religion du fétichisme, elles sont aujourd'hui dans la même
situation où elles devaient être il y a quelques milliers d'années.
Toutes cultivent la musique ; mais leurs chants barbares et leurs ins-
truments grossiers n'appartiennent pas à une véritable conception
de l'art, si imparfaite qu'on la suppose.
Ce que nous enseigne l'histoire des développements de l'espèce
humaine, en raison de l'organisation physiologique et morale des ra-
ces, est vrai pour la musique comme pour tout ce qui est du domaine
du sentiment et de l'inLelligence. La perfectibilité , ainsi que la fa-
culté de transformation, résultent pour cet art, comme pour toutes
choses, de lois établies par la création dans la destination des races.
Ces lois se montrent dans la conception des systèmes primordiaux de
la musique avec une évidence si saisissante, pour quiconque étudie
avec attention le point de départ des peuples les plus anciens, qu'il
devient possible de démontrer que les transformations diverses chez
certaines nations, jusqu'à la situation actuelle de l'art, de même que
l'absence de transformations et de progrès chez d'autres peuples, ont
été des nécessités logiques. Nous espérons avoir mis, dans notre
Histoire de la musique, la démonstration de cette vérité à l'abri de
toute critique fondée.
FÉTIS père.
[La suite prochainement.)
En attendant que nous donnions une relation complète du voyage
des orphéonistes français en Angleterre, constatons dès aujourd'hui
l'excellent accueil qu'ils ont reçu et le début triomphal qui a signalé
leur arrivée. C'est lundi dernier qu'ils se sont fait entendre pour la
première fois au palais de Sydenham. La réunion était magnifique :
trois mille orphéonistes et la musique des guides pour exécutants avec
un auditoire de plus de douze mille personnes.
Le premier morceau a été le God save the queen chanté en anglais
par les orphéonistes, qui ont ensuite exécuté les morceaux suivants :
Première partie.
Veni Creator Besozzi.
Chant du Bivouac Kiicken.
Départ du Chasseur Mendelssohn.
Septuor des Huguenots Meyerbeer.
Deuxième partie.
Les Enfants de Paris.
0 Isis
La Retraite
Le Jour du Seigneur.
France ! France ! . . . .
Adam.
Mozart.
Laurent de Rillé.
Kreutzer.
A. Thomas.
On doit de justes éloges à M. Delaporte, président des orphéonistes,
et à M. Ed. Batiste, son second.
L'excellente musique des guides, dirigée par M. Mohr, s'est sur-
passée dans l'exécution des ouvertures de Zampa, d'Oberon, d'une
fantaisie sur des motifs de Giralda et de variations sur une mélodie
bohémienne, composées par l'habile chef de cette musique sans rivale
en Europe. Les applaudissements ont redoublé lorsque les guides
ont attaqué l'hymne national avec une vigueur toute britannique.
D'après le Morning Advei User « le second concert des orphéo-
n nisles a été une véritable ovation internationale, » et le Globe
ajoute que le troisième devait attirer plus de monde encore que les
deux précédents.
La musique des guides est populaire en Angleterre, où elle s'est
fait entendre en 1854 dans un concert donné au profit de la So-
ciété française de bienfaisance, placée sous le haut patronage de
S. M. l'Impératrice, et dont S. Exe. l'ambassadeur de France est
président. Sur le désir exprimé par M. le comte de Persigny, un
concert de même nature a dû être donné hier samedi, dans Saint-
James hall.
Ecce itcriim M. Aimé Paris en compagnie de M. Emile Chevé. La
première condition d'une réponse, pour être légalement admissible,
c'est de répondre à quelque chose. Avez-vous des faits à rectifier, des
dates à rétablir, des erreurs matérielles à signaler? Le droit de ré-
pondre vous appartient sans aucun doute ; mais si vous n'articulez
rien de semblable, si vous restez toujours sur le terrain de la polé-
mique, alors nous devons vous le rappeler, dans le sens légal, argu-
DE PARIS.
237
menter, controverse!1, disputer, ce n'est pas répondre. Vous n'avez
pas plus le droit de nous contraindre à proclamer qun votre système
est admirable, que vous n'avez le moyen de nous le persuader.
Depuis le commencement du débat, M. Aimé Paris s'occupe à cher
cher quelle est la main qui a tracé dans plusieurs numéros de ce jour-
nal quelques lignes, que tuut le monde pouvait écrire, sous la garantie
du gérant. Pour lui, le nom, c'est tout; il ignore donc que mieux
vaut ne pas signer des choses raisonnables, que d'en signer de ridi-
cules, et qu'une seule des fameuses Provinciales, qui ne furent jamais
signées, est préférable à des monceaux d'écrits au bas desquels s'é-
talent en toutes lettres les noms et qualités de leurs auteurs.
Cependant M. Aimé Paris est parvenu à découvrir (quelle décou-
verte !) qu'il se pourrait bien que M. Wilhelm, de la Hernie contem-
poraine, fût la même personne que M. Paul Smith, de la Revue et.
Gazette musicale, et que cette personne eût un troisième nom plus
sérieux, plus réel, ce qui ferait d'elle une espèce de trinité dans le
genre de celle Galin-Pàris Chevé ! Quoi donc? Prétendriez-vous au
monopole de la trinité, par hasard? Qu'importe qu'il n'y ait qu'une
seule personne en trois noms, si, sous les trois noms, on a toujours
et partout dit les mêmes choses? — Comment, qu'importe? N'est-ce
donc rien que de grossir ainsi le nombre de nos adversaires? — Eh!
bien, rayez en deux, si cela vous convient : il vous en restera bien
assez pour vous faire perdre votre cause.
Voyez un peu quelle est votre maladresse ! M. Edouard Monnais,
à qui vous en voulez, ainsi qu'à tant d'autres, est un des vingt-trois
signataires de la brochure qui combat vos doctrines : il a signé aussi
la lettre en réponse à celle du comité de patronage, comme membre
de la commission de surveillance du chant. Ses opinions sont donc
bien connues, et il n'a aucune raison pour les cacher. S'il lui plaît
d'écrire sous d'autres noms, ce n'est donc pas par crainte ou par
hypocrisie. 11 lui suffit'de lever la visière pour vous prouver qu'il n'a
dans la question d'autre intérêt que celui de l'art, de la raison, de
l'expérience. Et vous, messieurs Aimé Paris et Emile Chevé, pouvez -
vous en dire autant ?
Un de nos confrères l'écrivait l'autre jour ; « M. Emile Chevé fait
» des cours gratuits, il faut le croire puisqu'il l'affirme ; mais il vend
» ses livres, autrement il ne les imprimerait pas. S'il les vend, il doit
» en retirer une rémunération honorable. Si on ne les achète pas, que
» devient son enseignement? à quoi est-il bon ? _»
Voilà donc qui est bien entendu. Vous donnez des consultations gra-
tuites, mais vous vendez vos élixirs et vos onguents !
Aux vingt-trois signataires de la brochure ayant pour titre : Ob-
servations de quelques musiciens, et de quelques amateurs sur la
méthode de musique de M. le docteur Emile Chevé, il faut en ajou-
ter un vingt-quatrième, compositeur célèbre , académicien comme
plusieurs d'entre eux. et dont le témoignage ne sera pas suspect,
puisqu'il n'est pins mêlé aux querelles de ce monde. Nous voulons
parler d'Adolphe Adam, qui dans une biographie de J.-J. Rousseau,
considéré au point de vue musical, s'est exprimé sur la question du
chiffre avec la lucidité ordinaire de son savoir et de son esprit (1).
Après avoir rappelé l'objection capitale faite par Rameau sur le vice
d'une notation qui oblige à tout lire sans permettre de rien deviner,
Adolphe Adam continue en ces termes : « L'argument était sans ré-
» plique : il l'est encore au bout d'un siècle , quand des essais du
» même genre veulent se renouveler. Les commençants auront
» l'air d'aller fort vite avec cette méthode ; les premières lectures
» qu'on leur fera faire se composant de combinaisons fort simples,
» l'esprit suffira pour les résoudre; il sera insuffisant dès que les
» complications arriveront. Ce système ne pourra d'ailleurs s'appli-
(1) Voyez Souvenirs d'un musicien, page 193.
» quer qu'à une partie isolée, mais il serait inadmissible pour la par-
» tition, où vingt et quelquefois trente parties réunies en accolades
» doivent être embrassées d'un seul coup d'oeil et lues comme une
» seule ligne, quoique écrites sur vingt ou trente lignes différentes.
» 11 faut, pour cette opération si rapide, que l'œil soit frappé par un
» dessin : des chiffres ou des signes uniformes ne pourraient jamais
» atteindre ce but. » Personne, excepté peut-être M. Aimé Paris, ne
contestera la valeur de ce témoignage d'outre-tombe.
S. D.
NOUVELLES.
„.*„ Par suite du changement de spectacle occasionné à l'Opéra par
l'indisposition de Wicard et qui, la semaine dernière, a fait ajourner les
Ilugumuts, Mme Ferraris avait repris, aux acclamations du public, son
rôle de Diane, dans Pierre de Médicis. La célèbre danseuse est partie
pour Londres, où elle est engagée pour plusieurs représentations par
M. Smith, directeur du théâtre de Sa Majesté. Elle sera de retour le 1er août.
t*t Sémiramis sera représentée vendredi prochain ; la répétition gé-
nérale aura lieu mardi.
„,*.,. Comme nous l'avons déjà dit, le diapason normal fonctionne à
l'Opéra. M. Cavaillé-Coll a dû transformer l'ancien orgue de la scène,
celui de Robert le Diable, en un nouvel instrument, qui n'est pas encore
placé, mais dont on fait le plus grand éloge.
,*„, Après avoir labirieusement examiné tous les projets, la Commission
en est revenue à celui du gouvernement pour la reconstruction de
l'Opéra; mais, tenant compte des critiques dont il avait été l'objet, elle
l'a notablement modifié. Le nouvel Opéra aura toujours fi6 mètres de
façade sur 70 de profondeur ; mais la place sera agrandie de l'espace
primitivement destiné à deux rues latérales ; de plus, leur suppression
permettra d'ajouter au bâtiment principal deux cours couvertes, l'une
réservée pour l'entrée exclusive des voitures de la cour, l'autre pour
celles du public. Les deux rues Lafayette et de Rouen, portées de 15 à
20 mètres de largeur, viendront aboutir sur la nouvelle place, qu'un
boulevard de 30 mètres de large reliera au carrefour Gaillon, tandis que
deux rues de 20 mètres de largeur chacune aboutiront l'une à la façade
orientale de la Madeleine, l'autre à la piace de la Bourse, près du théâtre
du Vaudeville.
**t La représentation extraordinaire, qui a eu lieu mardi dernier au
théâtre de l'Opéra-Comique, a été à la fois une bonne action et une
bonne affaire. Le public s'y est porté en foule, attiré par un programme
dont nous avons donné la composition et qui réunissait tant de noms ai-
més : ceux de Bressant, Augustine Brohan, Edile Riquer, Samson, Henri
Monnier, Roger, Bonnehée, Sainte-Foy, Berthelier, Lemercier, les frères
Lyonnet. Un seul nom était peu connu encore, celui de Mlle Trebelli,
jeune cantatrice, élève de Wartel, et dont l'heureux début s'est fait à
Madrid dans la dernière saison. La nouvelle venue a chanté un fragmeut
du Barbier deSéville, l'air Vna uoee et le duo suivant avec Crosti, qui l'a
fort bien secondée ; elle a dit ensuite le brindisi de Lucrezia Borgia. Sa
voix de mezzo soprano possède d'éminentes qualités : timbre, légèreté ,
justesse, ce qui, joint à une physionomie charmante, promet une artiste
de premier rang. Roger s'est signalé dans le duo de la Reihv de Chypre,
dans le premier acte de la Dame blanche. Samson a joué seul une scène
à deux personnages tirée d'une comédie inédite : on l'a justement
applaudi pour deux, comme acteur et auteur. La salle n'avait pu suffire
au nombre des aspirants, et l'on n'y aurait pas placé une épingle. Il faut
s'en réjouir doublement, puisque la recette avait pour but de libérer du
service le fils d'un artiste honorable. Le nouveau directeur, M. Beau-
mont, avait garanti d'avance la libération, et il y trouvera du bénéfice:
on ne pouvait désirer mieux.
3% Mme Ugalde vient d'être engagée à l'Opéra-Comique et reparaîtra
cette semaine dans Galathée, opéra qu'elle a créé avec tant d'éclat.
Mlle Wertheimber, chargée du rôle de Pygmalion, a consenti à retarder
son congé de quelques jours pour faciliter cette rentrée de l'éminente
cantatrice. — Jourdan, le charmant ténor, chantera mercredi pour la
première fois le rôle de Georges Brown dans la Dame blanclie. — Le
Petit Chaperon rouge sera représenté dans la première quinzaine du
mois. — Mme Faure jouera le rôle de Rose-d'Ainour ; M, Crosti celui de
Rodolphe; M. Warot celui de Roger. Enfin la rentrée de Gouderc aura
lieu le 1S juillet dans un opéra nouveau de M. Eugène Gautier, intitulé :
Crispin médecin .
„*, Montaubry et Mme Cabel vont nous quitter; mais Montaubry re-
prendra son service le 1S juillet. Berthelier, dont l'engagement a été
renouvelé pour trois années, a renoncé à son congé.
REVl-E ET GAZETTE MUSICALE
*% Nous avons dit que la nouvelle direction du théâtre de l'Opéra-
Comique avait apporté des modifications dans le personnel de l'adminis-
tration. Ces changements sont assez importants : M. Alfred Beaumont
signe et délivre lui-même les billets de faveur. M. Achille Denis reste
attaché à l'administration pour le service des communications aux jour-
naux et la correspondance. M. Leroy, régisseur, se retire. Il n'est tou-
tefois point remplacé par M. Dutertre, auteur dramatique et ancien
secrétaire du théâtre de la Porte-Saint-Martin, ainsi que plusieurs jour-
naux l'ont annoncé. Le titre qui paraît le mieux s'appliquer aux fonctions
de 11. Dutertre, dans l'administration nouvelle, est celui de secrétaire
général.
*** Un avis publié ces jours-ci porte que les entrées de faveur sont
suspendues à l'Opéra-Comique, et que les ayants droit sont priés
d'adresser leurs réclamations par écrit â l'administration.
**„ Quelques journaux ont annoncé que MM. Carmouche et I.acombe
ont retiré leur opéra en un acte, la Madone, qui devait être représenté
avant la fermeture du théâtre Lyrique. Cette nouvelle est absolument
dénuée de fondement.
a,** Le directeur du théâtre Lyrique vient de demander à M. S. Man-
geant un opéra-comique en un acte pour la saison prochaine. La dernière
production de ce compositeur, la Ronde du sultan Mustapha, obtient
tous les soirs au Palais-Royal les honneurs du Us.
*** Le 17 de ce mois, à l'audience des criées, a été mis en vente, sur
la mise à prix de 200,000 fr., le petit théâtre Choiseul, dont M. Offenbach
est locataire. L'immeuble a été adjugé moyennant 293,000 fr. à M. Le-
noir, avoué de A). Charles Comte, l'un des copropriétaires, après une
vive résistance de l'avoué de M. Offenbach, qui a poussé les enchères
jusqu'à 292,500 fr.
*% Les deux théâtres de la place du Châtelet s'élèvent ; les fondations
des monuments destinés au théâtre Lyrique sont déjà au niveau du sol,
et les travaux de déblai de Ja salle édifiée pour recevoir le théâtre Im-
périal sont exécutés depuis longtemps.
„*t Un journal a annoncé que Meyerbeer mettait en musique un li-
bretto de Molchiorre Sacchero, intitulé Charlotte Corday, et destiné au
théâtre San Carlo de Kaples. Cette nouvelle est dénuée de fondement.
„*„ Une décision fort importante, musicalement parlant, vient d être
prise en Russie : S. M. l'empereur a décidé que le 1e' septembre pro-
chain l'orchestre des théâtres impériaux serait mis au diapason adopté
par la commission française. M. le général Lwoff, dont la haute position
dans l'art est connue de toute l'Europe, a obtenu de Sa Majesté une
somme de 45,000 fr., donnée en indemnité aux artistes pour les substi-
tutions d'instruments nécessitées par cette mesure. Cette nouvelle ré-
sulte de la communication faite par l'honorable maître de chapelle, frère
de M. le général Lwoff, qui se trouve en ce moment à Paris, avec Al. Sa-
bouroff, directeur du théâtre impérial à Saint-Pétersbourg.
„*„ Mme Charton-Demeur est de retour à Paris, où elle va prendre
quelques mois de repos.
„,** Une nouvelle expérience du procédé Carteron contre l'incendie
vient dêtre faite à la douane de Lyon, et le résultat en a été assez
concluant, pour que l'application de ce procédé aux théâtres doive être
considérée comme mesure d'utilité publique.
**„, Les nombreux admirateurs du grand talent de Stephen Heller
apprendront avec plaisir que sa dernière composition, Tableau de genre,
a paru.
„.*„ S. M. l'impératrice-mère de Russie a daigné faire remettre à
M. Georges Pfeiffer, pianiste-compositeur, une bague enrichie de dia-
mants avec une lettre des plus flatteuses. Cet artiste s'était fait entendre
chez Sa Majesté, et son beau talent lui avait valu les suffrages de
l'auguste princesse.
**„ La Schiller-Marsch de Meyerbeer est dès à présent adoptée par
toutes les Sociétés philharmoniques, et n'obtient pas moins de succès
à l'étranger qu'en France. Publiée en Allemagne, elle vient aussi de
paraître en Angleterre et en Italie, et a été applaudie récemment dans
des concerts à Bruxelles, à Berlin et à Dresde.
»% La transcription de l'air varié (2° morceau de salon), de Vieux-
temps, composée par L. Brassin et exécutée par le célèbre pianiste avec
tant de succès dans ses concerts â Paris pendant l'hiver dernier, vient
de paraître.
„% S. M. Guillaume III, roi des Pays-Bas, vient de nommer le célèbre
violoncelliste Alexandre Batta officier de l'ordre grand-ducal de la Cou-
roune de chêne.
*** Les amis de l'art musical remarquent depuis un certain nombre
d'années les efforts on ne peut plus honorables que font plusieurs pe-
tites villes de nos départements pour ne pas rester en arrière des loca-
lités plus importantes: elles font ouvrir des classes de musique dans les
écoles communales, elles encouragent les exécutions de messes dans les
églises, enfin elles font construire des orgues destinées à augmenter la
pompe du culte et le goût de la musique religieuse. Dernièrement en-
core on inaugurait dans la petite ville de Bailleul (Nord) un excellent
instrument construit par M. Aristide Cavaillé-Coll, qui ne cesse de pour-
suivre dans ses travaux ce point de perfection auquel l'artiste conscien-
cieux tend toute sa vie. La solennité, organisée par les soins de M.Nie-
dermeyer, avait attiré à Bailleul, dans l'église de Saint-Amaud, l'élite du
clergé et des amateurs du département. On a entendu un Ave Maria ,
solo et chœur, de AI. Siedermeyer; un O Salutaris, de Rossini, etc. L'or-
gue a été tenu alternativement par M. Loret, professeur à l'école de
musique religieuse de M. Niedermeyer, et AI. Permann, élève de la même
école, qui ont fait valoir avec beaucoup de talent le mérite de l'instru-
ment nouveau, dont tout le monde a loué la sonorité puissante et la
belle harmonie.
*** On attend à Néris-les-Bains Mlle Emilie Cuérette , élève de Du-
prez, engagée pour la saison des eaux. Cette jeune personne , dont le
gracieux talent fait honneur aux leçons du célèbre professeur, s'est fait
entendre la semaine dernière avec un grand succès, dans une messe de
mariage à Saint-AIandé, où elle a chanté, l' Ave Maria de Gounod.
*** M. Ch. Soullier vient de publier, sous le titre de Paris neuf, un
volume composé, de quarante-quatre satires en vers sur la capitale de la
France vers le milieu du xixe siècle, et orné de gravures représentant
les monuments de Paris. C'est un ouvrage qui se distingue par beau-
coup de verve et d'originalité.
s,** C'est mardi prochain que Musard doit faire exécuter par son bril-
lant orchestre le fameux quadrille du Sultan Mustapha.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„,*„, Londres, 26 juin. — Dans les premiers jours de juillet, Tamberlick
fera sa rentrée au théâtre de Covent-Garden dans le Prophète, et la saison
sera close le i août. Le même théâtre a repris Maria, et le succès de
l'œuvre n'a pas été moins brillant qu'à son apparition première, il y a
deux ans. Sauf le rôle de lady Henriette, que chante aujourd'hui
Aime Penco, la distribution n'a pas changé. Sans faire oublier Aime Bo-
sio, si charmante sous le costume de Aiarta, Aime Penco ne lui est pas
restée inférieure. Elle a délicieusement chanté avec Alario la romance :
Qui sola vergin, rosa, que l'on a redemandée, et Mario a dû répéter aussi
l'air qu'il chante si bien : M'appari iult' amor. Graziani a dit l'air à boire
avec toute sa verve. Aime Nantier-Didiée, Tagliafico, Zelger, n'ont mérité
que des éloges. La seconde représentation des Huguenots avait été retar-
dée par le malheur qui a frappé Mario et Mlle Grisi, en leur enlevant
leur plus jeune fille. On l'a donnée enfin, et le chef-d'œuvre n'a rien
perdu pour attendre. Demain, 27, aura lieu un graud concert, dans la
première partie duquel on entendra Ronconi, Gardoni, Faure, Graziani,
Aimes Carvalho et Grisi. Dans la seconde partie, on aura une représenta-
tion avec décors et costumes de l'Orphée italien, de Gluck. Aime Csillag
jouera Orphée, Aime Penco, Eurydice, Mme Nantier-Didiée, l'Amour, et
c'est Aime Carvalho qui chantera l'air de l'ombre heureuse. — Au
théâtre de Sa Majesté, Oberon est fort bien rendu par Mlle Titjens,
Aimes Alboni, Brunet, Vaneri, MM. Belart, Everardi, Mongini. C'est un
peu pour Mme Alboni qu'on a donné, samedi 23, le Mariage s cret, de
Cimarosa. Aime Lotti délia Santa chantait Carolina, Giuglini Paolino,
l'excellent bouffe Chmpi Geronimo et Everardi le comte. Ciampi avait
débuté dans le Barbier par le rôle de Bartolo, de façon à se placer tout
près de Lablache. Cassier est toujours, après Ronconi, le meilleur des
Figaros. Dans Lucia s'est produit un autre débutant, AI. Steger, du
théâtre impérial de Vienne. C'est un ténor de force dont la voix, par
trop vibrante, a produit un fâcheux effet. Pour la seconde représenta-
tion, Mongini devait le remplacer; mais on a donné Lucrezia Borgia. —
Les concerts sont au moment de leur activité la plus grande. S. AI.
la reine en a donné un dans son palais, où Mme Borghi-Mamo a chanté.
Le duc do Wellington a reçu à Apsley-IIouse S. AI., le prince Albert, le
comte de Flandres et toute la haute aristocratie anglaise et étrangère.
Les artistes engagés étaient ceux du théâtre de Covent-Garden, Aimes Car-
valho, Nantier, Csillag, A1M. Gardoni, Alario, Ronconi, Belletti et Graziani.
— Le prince Albert a posé dernièrement à Alaybury, près Woking, la
première pierre du Dramatic-Collegc. Cet établissement, qui a été créé,
par souscription, est destiné à venir en aide aux artistes dramatiques
indigents, ainsi qu'à leurs familles. — L'événement de la quinzaine mu-
sicale a été le concert annuel de Bénédict, l'un des chefs d'orchestre
du théâtre de Sa Majesté. On a donné le Stabat, de Rossini, avec Giu-
glini, Everardi, Vialetti, Mme Alboni, qui a chanté d'une façon adorable
Fac ut portem, et Aille Titjens, qui, remise à peine d'une indisposition,
a dit d'une façon remarquable la stance Inflammatus. Puis venaient
239
l'Are Maria de Mendelssohn, par les dames de l'Association vocale, — la
Sehiller-Manch de Meyerbeer, 7— le petit acte bouffon de la Prova d'un
opéra séria, — enfin, le dernier acte (VOtello, où lime Borghi-.Mamo a
soulevé l'enthousiasme. — La Société philharmonique a donné, par ordre,
un concert dans la salle a'Hanover-Square. La reine y assistait avec le
roi des lîelges, les princesses Alice et Hélène. — Les concerts deSaint-
James-Mall et de la Société d'harmonie sacrée sont toujours très-suivis.
— 11 n'est pas facile de se poser à Londres comme pianiste. Léopold de
Meyer et miss Arabella Goddard sont toujours en possession de l'ad-
miration générale. — C'est à Saint-James-Hall que le prince Georges
Galitzin a donné son concert russe, au bénéfice de Garibaldi. Le
prince conduisait l'orchestre; INongini et Mme SaintonDolby ont
chanté un duo de sa composition ; on a exécuté aussi un chœur russe
de Bortuianski, un trio et un air de danse tirés d'un opéra de Glinka
(l'auleur de la Vie pour le czar), etc. — 11 y aura deux autres concerts
russes, le 6 et le 15 juillet.
„% Bruxelles. — Le public qui afflue au théâtre des Galeries- Saint-
Hubert attendait avec impatience le début d'un des meilleurs comiques
de la troupe d'Offenbach, Léonce. Il vient de se montrer dans deux ou-
vrages capitaux du répertoire des Bouffes, Mesdames de la halle et les
Petits prodiges. 11 y a obtenu un succès de fou rire. Les Dames de la
halle sont un des produits les mieux réussis du compositeur; il y a dé-
ployé toute la variété de son talent ; les couplets du tambour-major,
pleins de mélodie et du rhythme le plus franc, ont été accueillis par les
bravos et les applaudissements. A demain Orphée aux enfers.
„,% Wiesbade. — Tichatscheck a terminé ses représentations au théâtre
de la Cour par le rôle d'Eléazar, dans la Juive, d'Halévy.
„,*, Fribourg. — Le festival de chant que nous avons annoncé a eu
lieu au milieu d'un concours immense; quatre-vingt-deux sociétés vo-
cales s'y étaient rendues. Dans le nombre on en a remarqué deux ve-
nant de France; l'une de Colmar et l'autre de Paris. Le-grand duc et la
grande-duchesse de Bade, ainsi que le ministre de l'intérieur, ont honoré
cette solennité de leur présence.
»*» Zwickm. — On vient de célébrer ici le 50e anniversaire de la
naissance de Robert Schumann; le 8 juin a eu lieu le concert, et le len-
demain on a mis à découvert la table commémorative et le portrait-mé-
daillon de Schuman n„ qui ont été fixés à la façade de la maison où naquit
le célèbre compositeur.
„% Berlin. - Goethe aussi va avoir ici sa statue. Le comité chargé de
diriger l'exécution du monument, a élu pour président Jacob Grimm, le
célèbre philologue. — La clôture des représentations de l'Opéra a eu lieu
le 20 juin. — La Muette de Portici a clôturé les représentations de l'Opéra
royal, qui seront suspendues pendant deux mois. — Aux Opéras-Comiques
(salles d'été), de Kroil et de Frédéric- Guillaume, les Noces de Figaro,
Stradella et le Di.cteur et l'Apothicaire attirent beaucoup de monde.
Orphée aux enfers vient d'y être rsprésenté et a obtenu un très-grand
succès. Offenbach dirigeait l'orchestre. — L'éditeur G. Bock a organisé une
série de six concerts à grand orchestre dont les programmes seront des
plus attrayants. Arban, le célèbre cornettiste de Paris, s'y fera entendre
incessamment. — Une solennité unique sans doute dans les annales de
l'art musical, c'est le 3,000e concert que le directeur de musique
Charles Eichelberg \ient de donner ici. L'orchestre avait été organisé
sur une échelle colossale : 30 premiers violons, 20 deuxièmes violons,
20 basses de viole, 16 violoncelles, 20 contre-basses ; en tout, 150 artistes-
L'exécution des nombreux morceaux portés au programme et parmi les-
quels figurait la Schiller-Marsch, de Ueyerbeer, a été dirigée successive-
ment par les chefs de musique Liebig, Engel, Fliege, G. Michaelis et
le bénéficiaire.
„% hreslau. — Le 10 juin dernier on a donné la 250° représentation
du Freischiitz. En 1805, Ch. M. de Weber était chef d'orchestre au
théâtre de cette ville, où il a écrit la partition de son opéra Mbezahl.
é% Saxe-Mriningm. — Notre théâtre, qui jusqu'à ce jour avait été
exploité par un imprésario, est devenu récemment théâtre delà Cour.
A la tête de l'administration se trouve un des aides de camp du duc, le
baron de Stein. L'orchestre que dirige le maître de chapelle de la cour,
M. Bott, compte parmi ses membres les célèbres frères Huiler, de Bruns-
wick.
„*„, Schicerin. — Le premier festival du Mecklenbourg a eu lieu.
Mme Krebs-Michalesi, de l'opéra de la Cour à Dresde, a chanté,
le premier jour, la partie de Mica, dans Samton, oratorio de Haendel,
et dans le concert du lendemain, divers morceaux qui tous ont été cou-
verts d'applaudissements. Le grand-duc de Jieeklenbourg-Schwerin a
fait remettre à Mme Michalesi un bracelet enrichi de pierres fines. —
Le théâtre de la Cour a fait sa clôture par la reprise de Jessonda. Il
rouvrira avec Faust, de Goethe, le 28 août, jour anniversaire delà nais-
sance de l'auteur.
*** Maijencc — Les fêtes à l'occasion du quatrième festival du Mittel-
Bhein (tUiin central) dureront quatre jours, dont deux sont réservés
pour la paitie musicale ; en voici le programme : Premier jour, ouver-
ture de Beethoven ; Israël en Egypte, oratorio de Haendel ; — deuxième
jour, fragments cVAkeste, de Gluck ; deux chœurs a capella, l'un de Pales-
trina et l'autre de Mozart ; symphonie en ut mineur, de Beethoven ; la
première nuit de Walpurgis, de Mendelssohn. Les chœurs se composent
des Sociétés de chant de Mayence, Darmstadt, Manheim, Wiesbaden et
Worms. Les solistes sont : Mme Dustmann-Meyer (Vienne), Mlle Sehreck
(Bonn), MM. Schnorr (Dresde) et Kindermann (Munich). Directeur,
M. Marpurg.
*** Vienne, 23 juin. — La troupe italienne a donné un concert au
profit de l'Association académique de chant. Mlle Lagrua a fait enten-
dre le grand air du freischiitz et Erlkoenig, de Schubert, au milieu des
acclamations enthousiastes de l'auditoire. Mlle Lagrua a partagé les hon-
neurs de la soirée avec Mme Charton-Demeur, qui a pareillement élec-
trisé la salle en chantant avec son talent habituel un air de Nozze di
Figaro et un autre de Marco Spada. M. Belletti, de l'orchestre du théâtre
Italien à Paris, s'est fait applaudir dans un concerto de sa composition
pour clarinette. L'archiduchesse Sophie et l'archiduc Charles assistaient
au spectacle.
„** Stockholm. — Les concerts d'Ole-Bull et de Vieuxtemps ont donné
beaucoup d'intérêt à la saison actuelle. Ole-Bull s'est fait entendre
quatre fois avec le plus brillant succès devant un nombreux auditoire.
— Les cérémonies du couronnement n'ont pas empêché Vieuxtemps de
faire de fort bonnes affaires. Pendant son séjour dans notre capitale,
l'éminent violoniste a été nommé membre honoraire de l'Académie royale
de musique ; de plus, le roi de Suède lui a conféré l'ordre deG. Wasa. —
Une violoniste âgée de ssize ans, Mlle Amélie Bido, de Vienne, a fait preuve
de talent et d'une bonne éducation musicale. — On attend Mme Jenny
Lind-Goldschmidt qui doit nous revenir après une absence prolongée;
la célèbre cantatrice passera l'été dans les environs de la capitale.
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
acré la plus belle page dans son iuppout officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
M. Alphonse Sax, pat une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
ci La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par ele seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Preveté s. g. d. g.
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près la place Lafayette, à Paris.
MAISON H. HERZ pianos™4S,CJTH! de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
* Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 60 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. >
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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Exposition nationale française de 1869.
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Étranger ^4 -» id.
Le Journal parait le Dimanche.
GAZETTE KWSICALE
— '\AAAAAAAA/w^ —
SOMMAIRE. — Mondcraville et la guerre des coins (5e et dernier article), par
Arthur Pougin. — Les Orphéonistes français à Londres. — Correspon-
dance : Bade. — Revue des théâtres, par D. A. D. Saint-I'ves. — Nou-
velles et annonces.
MONDONVILLE ET LÀ GUERRE DES COINS.
(5e et dernier article.) (1)
VI.
On doit convenir que si Mondonville acquit de son vivant une
grande célébrité , il la dut bien moins à son talent qu'aux cir-
constances dans lesquelles il se trouva placé et aussi à certaines
particularités de son caractère. Esprit insinuant, homme habile et
doué d'une certaine souplesse d'humeur dans ses relations avec les
grands, il sut se faire à la cour des auxiliaires puissants qui lui furent
utiles en plus d'une occasion. Les courtisans et les grands seigneurs
n'étaient point fâchés d'avoir quelqu'un à opposer au grand Rameau,
qui, fort de son génie et de son intelligence, s'occupait peu de plaire
aux hommes de cette classe, et conservait toujours avec eux une
franchise rude et fière à laquelle ils n'étaient point habitués, et qui
ne laissait pas que de les indisposer vivement contre lui.
Mondonville, ainsi que nous l'avons dit déjà, possédait un talent
vraiment remarquable sur le violon. Lorsque , à son arrivée à
Paris, il débuta au concert spirituel et s'y fit connaître comme vir-
tuose, il y produisit une véritable sensation. Il y trouva un nommé
Guignon, ainsi que lui violoniste habile, dont, après avoir été le
rival, il devint l'intime ami. Au lieu de chercher à se nuire l'un
l'autre, les deux artistes eurent le bon esprit de réunir leurs ta-
lents; ils charmaient l'oreille des dilettanii du concert parla façon
supérieure dont ils exécutaient des duos et des symphonies concer-
tantes pour deux violons. La réputation de Mondonville comme ins-
trumentiste était donc justement méritée ; mais nous ne pouvons nous
empêcher de faire remarquer encore que les circonstances le favo-
risèrent d'une façon tout exceptionnelle et furent pour beaucoup dans
les brillants succès qui signalèrent sa carrière de compositeur. Sous
ce rapport il a été loué par ses contemporains au delà de toute me-
sure. Nous avons vainement feuilleté ses partitions dramatiques dans
l'espoir d'y rencontrer quelque chose de saillant, et nous n'avons
trouvé qu'un seul morceau qui mérite d'êlre signalé, c'est le chœur :
Vous qui volez sans cesse sur nos traces. . .
(1) Voir le n° 26.
qui ouvre la quatrième scène du premier acte dans le Carnaval du
Parnasse. Ce chœur, écrit presque tout entier en style de canon, est
d'une facture extrêmement remarquable. Il débute avec franchise par
une phrase de soprani qui semblerait être un sujet de fugue, et que
reprennent ensuite les basses à la quarte inférieure ; le morceau est
écrit, d'un bout à l'autre, sur des marches harmoniques en imitation
qui sont d'un excellent effet; de plus, il est d'une grande sonorité.
Mais nous lui reprocherons d'abord de n'être pas en rapport avec les
paroles ; en second lieu, d'être trop tourmenté, comme, du reste,
toute la musique de Mondonville. Nous nous rappelons, au sujet de
cette pièce, une épigramme qui courut lors d'une des reprises que
l'on en fit. C'était en 1759, si nous ne nous trompons; l'adminis-
tration de l'Opéra avait fait de grandes dépenses de mise en scène que
ne purent couvrir les maigres receltes obtenues avec cet ouvrage, qui
pourtant, lors de sa première apparition, avait eu un certain succès.
C'est alors qu'un malin fit courir le quatrain suivant :
On habille, on décore en vain
Un opéra si misérable.
C'est servir des mets à. la diable
Dans la vaisselle de Germain (1).
A notre grand regret, nous n'avons pu nous procurer ni les motets
ni les oratorios de ce compositeur. Quant à sa musique dramatique,
qui occupe une place considérable dans l'ensemble de ses œuvres,
puisqu'il fit représenter six opéras et un ballet, nous venons de citer
le seul fragment qui nous en ait paru réellement remarquable. Mon-
donville était très bon harmoniste ; il écrivait très-purement et ses
morceaux sent soigneusement instrumentés ; mais cette instrumenta-
tion même était beaucoup trop difficile pour le temps où il vivait,
et nous sommes convaincu que les violons, particulièrement, n'ont
jamais exécuté d'une façon qui pût le satisfaire les traits maladroi-
tement compliqués qu'il écrivait pour eux.
La cause de cette difficulté inutile qu'on découvre dans son or-
chestration se fait comprendre par le peu de fond de ses idées. En
effet, ces idées sont d'une pauvreté extrême, pour ne pas dire d'une
nullité complète; pour voiler de son mieux cette indigence d'imagina-
tion, il recherche les combinaisons extraordinaires, entasse notes sur
notes, et surcharge ce que nous appelons le remplissage d'une multi-
tude de dessins impuissants à racheter l'absence du feu sacré dont il
est privé. En voulant donner un intérêt particulier à chaque instru-
ment, il arrive à des mouvements confus, à un verbiage inutile et
cent fois trop compliqué.
(1) Célèbre orfèvre souvent nommé par Voltaire dans ses poésies légères.
242
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Il résulte nécessairement de lout cela que sa musique est contour-
née et tourmentée à l'excès, et que derrière ce fouillis inextricable de
doubles et de triples croches se cachent une platitude et une pé-
nurie extrêmes dans la mélodie. Son style a toujours beaucoup d'em-
phase et de prétention ; de noblesse et de véritable grandeur, jamais.
En un mot, Mondonville sait, mais il emploie mal son savoir ; il ne
veut pas — ou ne peut pas — avoir la naïveté charmante ni la ten-
dre gaieté de Mouret, en même temps qu'il brise ses ailes, lorsqu'il
essaye d'atteindre à la hauteur et à la puissance de Rameau. Du reste,
sa vogue ne fut que de peu de durée ; et ce qui vient à l'appui de
notre appréciation, c'est que ses ouvrages ne furent jamais remis
au répertoire et que, vingt ans après sa mort, ceux-là seuls qui l'a-
vaient connu pouvaient se les rappeler.
Nous sommes assez fondé à supposer que la musique religieuse de
Mondonville avait les mêmes défauts et les mêmes qualités que sa
musique dramatique ; nous avons eu entre les mains le second re-
cueil de ses pièces pour le clavecin avec accompagnement de violon,
qui sont en quelque sorte de petits motets, la partie de violon n'étant
faite que pour remplacer au besoin une partie de chant, écrite sur
les paroles de différents psaumes. Le recueil est dédié par son auteur
à monseigneur l'évêque de Rennes, et porte en tête une épigraphe
tirée de l'ode IV du troisième livre des Odes d'Horace. C'est toujours
le même abus de notes joint à la même pauvreté de mélodie; mais
ces défauts paraissent encore, s'il se peut, plus sensibles dans la mu-
sique religieuse, laquelle, ne pouvant se sauver par les agréments du
style, doit toujours être claire et naturelle, et exige avant tout de la
simplicité, de l'élévation et une véritable grandeur. Cependant nous
ne pouvons être de l'avis de Grimm, qui traitait Mondonville de mu-
sicien de guinguette; tout en avouant qu'il manquait des hatites
qualités exigées par la composition musicale , nous devons convenir
aussi que son défaut n'était point la trivialité.
Nous avons dit que Mondonville était extrêmement prétentieux et
bouffi de vanité ; sa manie de se poser en homme de lettres a pu le
prouver suffisamment, car nous avons fait voir que plusieurs des
poëmes de ses opéras, publiés sous son nom, étaient réellement dus à
l'abbé de Voisenon. Mais une preuve plus palpable encore de l'ex-
cessif amour-propre qui le dominait se trouve dans l'idée saugrenue qui
lui vint un jour de mettre en musique le privilège de la librairie qui
se trouvait à la suite d'une de ses partitions, Louis, par la grâce
de Dieu, etc., etc.; il mit son idée à exécution, et il prétendait faire
chanter ainsi un numéro de la Gazette de Hollande tout comme une
scène d'opéra.
11 lui arriva un jour une aventure assez singulière : un littérateur
de sa connaissance, qui avait fait recevoir un poëme à l'Opéra, lui
confie son ouvrage en le priant de le mettre en musique et de s'en
occuper aussitôt, léliotte devant jouer dans la pièce et comptant sur
un grand succès. Notre homme promet de s'y mettre incontinent;
mais les jours, les semaines et les mois se passent sans qu'il y mette
la main et en écrive une seule note. Chaque fois que le poëte lui
demandait des nouvelles de son opéra, Mondonville lui répondait in-
variablement : — Je m'en occupe, mon cher; il avance, ce sera bien-
tôt fini. — Cependant, après deux années de remises continuelles, le
poëte impatienté, vient un matin au saut du lit trouver le composi-
teur et lui dit: — Eh bien! voyons, où en sommes-nous? — J'ai
terminé, lui répond celui-ci. — Pas possible? — Complètement! —
En ce cas, voyons. — Volontiers. Mondonville alors se met à fouiller
partout chez lui, sachant bien qu'il ne trouvera pas la musique qu'il
n'a pas faite ; enfin, après avoir ouvert ses portefeuilles, bouleversé
tous ses tiroirs : — Je ne puis trouver ma partition, dit-il, je ne sais
où je l'ai fourrée ; mais c'est égal ; je la sais par cœur, voilà ton
poëme, je vais le faire entendre cela. Il se met alors au clavecin,
improvise l'opéra tout entier, et le poëte enchanté court chez Jéliotte
lui annoncer cette heureuse nouvelle.
Mondonville n'était point méchant; sa société était fort agréable et
il ne manquait point d'esprit. M. Fétis affirme qu'il était fort avare ;
que, grâce à cette avarice, il avait amassé une assez jolie fortune, et
que ce vice affreux était poussé chez lui à un tel degré qu'il mourut
sans vouloir recevoir aucun secours de la médecine. Ce que nous
pouvons affirmer, c'est que nulle part ailleurs nous n'avons trouvé trace
d'une pareille accusation. Quant à la fortune que Mondonville avait
amassée, il nous semble que sa position était assez brillante et s'était
dessinée d'assez bonne heure pour que, sans se priver de rien, il pût
l'avoir acquise. Violoniste de la chambre du roi à vingt-deux ans,
maître de la chapelle de Versailles à vingt-neuf, directeur pendant
près de huit années du concert spirituel, ayant fait représenter plu-
sieurs ouvrages qui eurent beaucoup de retentissement, et, par des-
sus tout cela, s'étant marié fort avantageusement, en voilà, selon
nous, plus qu'il n'en faut pour justifier le bien assez considérable
qu'il laissa au fils unique né de son union avec Mlle de Boucon (1).
Sa veuve, du reste, fit de lui, à sa mort, le plus bel éloge qu'une
femme puisse adresser à la mémoire de son époux : « Le bien qu'on
a a à dire de ses talens, dit-elle à ceux qui l'entouraient, est bien
» au-dessous de ce qu'on doit dire de son caractère et de son cœur.
» 11 eut toutes les vertus, et je ne lui connus jamais un vice après
» vingt-cinq ans de mariage. »
Arthur POUGIN.
LES ORPHÉONISTES FRANÇAIS A LONDRES.
Les chants ont cessé, mais l'impression se prolonge d'échos en
échos, et laissera des traces durables. Une fête musicale s'est trans-
formée en événement politique et social. Rien ne saurait donner une
idée de l'enthousiasme sympathique avec lequel nos compatriotes ont
été reçus par nos voisins. Jamais hospitalité plus cordiale n'avait été
exercée par les enfants d'une grande nation envers ceux d'une autre.
Raconter en détail toutes les scènes émouvantes de ce pèlerinage,
d'un genre si neuf et d'un intérêt si vif par son but et ses résultats,
nous serait impossible aujourd'hui. Nous nous bornerons à continuer
la relation sommaire, commencée il y a huit jours ; et d'abord nous
transcrirons le fragment d'une correspondance empruntée au dernier
numéro de la Revue et gazette des théâtres :
» 2 juillet 1S60.
» Les quatre concerts donnés par les orphéonistes français, au palais
de Sydenham, ont obtenu un succès croissant, et le quatrième, qui a
eu lieu samedi dernier, quoique ce jour, le dernier du mois, fût con-
sacré à la liquidation, n.'a pas réuni moins de 15 à 20,000 personnes.
C'était une furie, un enthousiasme et des transports que je renonce à
décrire.
» Le programme, cependant, différait peu de ceux des précédents
concerts ; mais il y avait dans l'empressement du public autre chose
que l'amour de la musique vocale ; il y avait parti pris de rendre aux
yeux de tous l'hospitalité aussi généreuse que possible, et de prouver
que, de la part de la population britannique du moins, l'entente cor-
diale n'était pas un vain mot.
» On a donc applaudi avec frénésie, dans ce concert d'adieu, le
(1) Le fils do Mondonville, né à Paris en 1748, une année environ après le ma-
riage de son pure, fut, ainsi que lui, un habile violoniste. A l'âge de dix-neuf ans il
publia un recueil de six sonates pour violon et basse, seul échantillon qu'il ait
laissé de son talent do compositeur. Il s'adonna ensuite au hautbois et en joua
dans les concerts avec un certain succès. Il mourut à Paris , en 1808 , âgé de
soixante ans.
DE PARIS.
243
septuor des Huguenots; le Chant du bivouac, le Betour du chas-
seur, le Jour 'du Seigneur, les Enfants de Paris, la Chapelle, la
Retraite et le France ! France ! composé pour le festival de Londres
par M. Ambroise Thomas ; on a fait une ovation à l'excellente mu-
sique des guides, dont la perfection et l'ensemble ne laissent rien à
désirer. Puis la foule ayant crié bis au dernier couplet de France]
France ! les orphéonistes se sont levés en masse, et ont entonné le
God save the Queen, qui avait commencé le concert. Les An-
glais ont répondu à cette galanterie en attaquant en masse le Chant
national français, et les accords de vingt mille voix ont fait trembler
les voûtes de cristal de l'admirable palais de Sydenbam.
» A la suite du concert, un immense banquet d'environ A, 000 cou-
verts a eu lieu dans la grande galerie. Il était offert aux orphéonistes
par une souscription couverte en quelques heures par des membres
du Parlement, des notabilités de la ville et de la Cité. M. J. Paxton,
de la Chambre des communes, directeur de la compagnie du Palais
de Cristal, présidait. Une table était spécialement réservée à la presse
de Paris et de Londres. Une affiche placardée sur un pilier désignait
quatre toasts : A la Reine! A l'Empereur! Aux Orphéonistes! A l'Al-
liance !
» M. Paxton a porté les deux premiers, qui ont excité d'unanimes
applaudissements. Un membre du comité, qu'on m'a dit être un mi-
nistre, a porté le toast aux orphéonistes, et c'est M. Bright, du Parle-
ment, l'ami de Cobden, et l'un des plus fervents adeptes de la paix,
qui a bu à l'alliance entre deux grandes nations rivales. « Je suis
» aussi Français que vous, » a-t-il dit à nos orphéonistes, et ceux-ci
l'ont acclamé de trois hurrahs formidables.
» Après ces quatre toasts officiels, annoncés chacun par une fan-
fare, MM. Delaporte, Vaudin et Eugène d'Auriac ont pris la parole et
bu successivement à l'Angleterre, à l'accord entre les nations, à la
généreuse hospitalité britannique, etc. Des tonnerres d'applaudisse-
ments éveillaient, pour ainsi dire, à chaque mot, les échos endormis
dans la vaste serre ordinairement silencieuse.
» Au dehors, une foule immense attendait la sortie des orphéo-
nistes. Ils ont repris leurs bannières après le banquet et ont com-
mencé à se diriger vers la gare de Sydenham, afin de rentrer à
Londres. Deux corps de musique, riflemen et artillerie, placés sur la
grande terrasse, n'ont cessé de jouer pendant tout le défilé. Un déta-
chement de volontaires fraternisait avec nos chanteurs. Deux haies
compactes d'hommes et de femmes élégantes s'étendaient sur leur
passage. Ce qu'on a échangé d'embrassements, de serrements de
mains, de protestations d'amitié éternelle, est vraiment incroyable.
Un drapeau tricolore a été partagé parmi les Anglais, et chaque gentle-
man ornait sa boutonnière d'un fragment de couleur. On a vu des
ladies, remarquables par leur beauté et par leur toilette, enlever les
insignes de nos orphéonistes et en orner leurs corsages; d'autres,
plus enthousiastes encore, couper une mèche de leur belle chevelure
et les offrir à la France dans la personne d'un de ses enfants.
» Le défilé a duré longtemps. Commencé à neuf heures, il n'était
pas terminé à minuit, grâce à ces interruptions, à ces embrassements
prolongés. Quoique partant de cinq en cinq minutes, les trains ne
suffisaient point au service entre Sydenham et London-Bridge. Les
derniers touristes ne sont arrivés dans le quartier central qu'à une
heure et demie ou deux heures du matin, et la ville de Londres a en-
tendu toute la nuit les chants nationaux français et anglais, car les
orphéonistes, devant partir dimanche matin pour rentrer chez eux,
ont jugé à propos de ne pas se coucher du tout. Le départ a pré-
senté les mêmes incidents et reproduit les mêmes scènes d'effusion
cordiale. »
Pendant leur séjour à Londres, les orphéonistes ont trouvé l'occa-
sion de faire une bonne œuvre ; ils n'y ont pas manqué. Comme
nous le disions il y a huit jours, il existe, sous la présidence de
S. Exe. le comte de Persigny, ambassadeur de France, une société
dont le but est de fournir des secours aux Français nécessiteux qui
habitent l'Angleterre ; c'est une noble et généreuse pensée, partagée
par plusieurs membres de l'aristocratie anglaise. Cette société don-
nait à Saint-James Hall un concert le samedi 30 juin. M. le comte de
Persigny avait demandé le concours des chanteurs français; il ne
pouvait être refusé.
MM. Schlosser frères, qui avaient prêté leur concours à M. Delaporte
dans tous les préparatifs du festival, choisirent cent orphéonistes, et le
soir, malgré les fatigues du jour même, nos excellents compatriotes firent
leur apparition à Saint-James Hall. Ce fut pour eux un triomphe, et un
triomphe mérité. Là, devant un public d'élite, ils chantèrent avec
une rare supériorité les morceaux qui avaient obtenu le plus de suc-
cès aux grands concerts. L'exécution fut parfaite et digne des meil-
leurs artistes. Il est impossible de rendre l'impression produite par
ces cent voix, presque toutes belles, pures et sonores, disant avec la
précision la plus admirable et le fini le plus complet ces vigoureuses
mélodies.
Le concert a été des plus brillants. Jules Lefort y a obtenu un de
ces succès auxquels il est depuis longtemps accoutumé. La musique
des guides a été couverte d'applaudissements ; enfin on voyait "que
chacun avait à cœur de rendre brillante cette soirée consacrée à une
œuvre de bienfaisance nationale.
Dès la veille, le vendredi, M. le comte de Persigny avait reçu
les directeurs des différentes Sociétés chorales qui lui ont été pré-
sents par M. Delaporte. Voici à peu près textuellement les pa-
roles qui leur ont été adressées par Son Excellence :
« Messieurs,
» Je suis heureux de vous voir en Angleterre. Je sais et j'apprécie
toutes les difficultés que vous avez rencontrées pour venir jusqu'ici. Je
vous félicite des succès qui ont couronné tant d'efforts, et personnel-
lement je vous ai écoutés avec le plus grand plaisir.
» Vous êtes venus dans la Grande-Bretagne pour y faire entendre
les chants avec lesquels vous avez parcouru la France ; mais votre
mission s'est agrandie.
» Si j'avais été consulté sur votre projet, je n'aurais peut-être pas
osé, en présence des difficultés politiques survenues pendant ces der-
niers mois entre la France et l'Angleterre, conseiller une pareille
tentative de fraternisation. Mais le succès a dépassé toutes les pré-
visions. Le peuple anglais a prouvé par la cordialité avec]laque!le il
vous a accueillis, qu'il a au fond du cœur pour la France plutôt des
aspirations de rapprochement et de sympathie que des sentiments de
défiance et de haine qu'on a semblé lui supposer dans les régions
élevées de ce pays.
» Vous le voyez, Messieurs, votre mission, née d'une pensée fra-
ternelle, aura eu une véritable influence politique. Je vous remercie
donc, au nom de l'Empereur, d'avoir fait taire, par vos voix, toute
idée d'antagonisme entre deux peuples dont l'union forte et sincère
peut seule assurer au monde les bienfaits de la civilisation. » (Accla-
mations.)
Par sa réponse à M. le comte de Persigny, M. Delaporte a digne-
ment couronné l'honorable mission qu'il vient de remplir avec tant
de dévouement et de zèle.
CORRESPONDANCE.
Bade, 6 juillet.
La saison de Bade a été inaugurée cette année par un préluda politique
qui, dit-on, n'est que le précurseur d'un concert européen, dont le pro-
gramme a été arrêté ici. Souhaitons que dans l'exécution il n'y ait point
de dissonances, point de modulations imprévues, et que l'avenir qu'on
nous prépare ressemble, non pas ix la musique de l'avenir, mais plutôt
m
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
à la musique de Palestrina, pure et sereine, et qui, malgré toute sa ri-
chesse, ne sort pas de Vaccord parfait.
La saison musicale s'est ouverte par un concert qui sera suivi d'un
grand nombre d'autres où, comme pendant les saisons précédentes, on
entendra les artistes les plus distingués de Paris.
Certes le programme d'un concert musical ne peut pas se comparer à
celui dont nous parlions tout à l'heure ; cependant il a bien aussi ses
difficultés, et le public, malheureusement les artistes eux-mêmes, ne
s'en rendent pas suffisamment compte. Que diriez-vous d'un poëme d'opéra
où plusieurs airs ou duos se suivraient? Vous le trouveriez, et avec rai-
son, mal coupé, car une des premières conditions d'un bon poëme est
la variété ; et le compositeur qui dans un opéra écrirait plusieurs mor-
ceaux de suite dans le même ton , dans la même mesure ou du même
caractère, encourrait également de votre part le reproche de manquer
de discernement, de ne pas savoir calculer ses effets ! Eh bien, il en
est de même d'un programme : plusieurs morceaux lents qui se suivent,
deux airs à roulades l'un après l'autre, trois morceaux dans le même
ton peuvent rendre un concert monotone, ennuyeux même ; tout cela
soit dit sans application au premier concert donné ici.
Un fragment du septuor de Hummel, son chef-d'œuvre, ouvrait la
séance ; il a été très-bien rendu par MM. Billet, Rucquoy, Doerschel, Ste-
nebrûggen, Grodvolle, Cosmann et Hartmann. Cosmann a chanté quel-
ques morceaux sur le violoncelle; Gleichauf, un violon de l'école de
Vieuxtemps, dont il rappelle la qualité de son à la fois large et moelleux,
a fait entendre une rêverie et une fantaisie de son maître. Billet, le pia-
niste favori du public brillant de Nice, a joué avec un entrain et une
précision remarquables le septuor et un rondo espiègle et coquet de
Weber. Mlle Sanchioli, qui nous a fait entendre l'air du Barbier et un air
de la Donna del lago, a une très-belle voix et elle sait chanter ; cepen-
dant nous lui rappellerons le mot de Buffon : Le style, c'est l'homme ;
et nous lui dirons : Le style, c'est l'artiste !
J. R.
Une autre lettre que nous recevons à l'instant même, nous apporte
les nouvelles suivantes :
« Les deuxième et troisième concerts ont été superbes, grâce surtout
à M. Laub, cet admirable violoniste qui, avec Vieuxtemps et Joachim, est
aujourd'hui à la tête de nos virtuoses, surtout quand il s'agit de l'exé-
cution de bonne et grande musique classique, ce qui ne l'empêche pas
d'exécuter avec une pureté irréprochable les choses les plus difficiles,
telles que les variations d'Othello, d'Ernst, le Lutin, de Bazzini, etc., etc.
Il a joué avec un talent hors ligne les fragments du grand trio de
Beethoven avec Mlle Caussemille et Cossmann, les variations et le finale
de la grande sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer, avec Mlle Causse-
mille. Cette dernière a fait des progrès sensibles depuis deux ans : net-
teté, élégance, sentiment, telles sont ses principales qualités. On l'a vi-
vement applaudie dans les deux concerts où elle s'est fait entendre. Un
violoncelliste, M. Didio, qui nous était parfaitement inconnu, n'a pas
obtenu un accueil très-llatteur ; son jeu est froid et monotone, et il
avait de plus choisi des morceaux qui ne lui étaient pas favorables. En
fait de chant, nous n'avons pas été gâtés; nous n'avons à citer jusqu'à
ce moment que Mlle Litschner, une hongroise qui a obtenu en 1859
le premier prix du Conservatoire à Paris, et qui a chanté l'hiver dernier
à Marseille.
» Hier nous est arrivé la nouvelle d'un grand festival, qui doit avoir
lieu à Arnheim (Hollande), les 9, 10 et 11 août, une fête qui sera sans
doute d'autant plus intéressante, qu'elle est donnée par la fameuse
Société Maatscheppi ; dans ces occasions, qui ne se renouvellent que tous
les six à sept ans, elle se distingue toujours. Le programme promet
beaucoup. Nous y lisons, outre le Samson, de Ilaendel, Lorely, de Hiller,
Elie, de Caenen ; ouverture et chœurs de Lucifer, par van Eijken, lé
Lobgesang, de Mendelssohn, une nouvelle symphonie, par Verhulst, e't la
7e symphonie, de Beethoven. Le dernier jour est destiné à un 'grand
concert dans lequel on entendra les plus célèbres artistes de l'Europe.
Que peut-on demander mieux?
BEVUE DES THEATRES.
Théâtre-Français : Début d'Ariste dans l'Ecole des maris ; reprise
du Cœur et la dot, comédie en quatre actes, de M F. Mallefille. —
Vaudeville : La femme doit suivre son mari, comédie de M. De-
lacour ; Toute seule, vaudeville de M. E. Plouvier et J. Adenis ; te
Trésor de Biaise, comédie de M. ***,_ Palais-Roval : le Capi-
taine Georgette, vaudeville de MM. Siraudin, Delacour et G. Har-
mant. — Gajté : la Petite Pologne, drame en cinq actes, par
MM. Lambert Thiboust et E. Blum. — Cirque Impérial : le Ba-
taillon de la Moselle, drame militaire en cinq actes et treize ta-
bleaux, par MM. A. Monnier et E. Martin.
La Comédie-Française a commencé le défilé des débutants auxquels
elle consacre habituellement cette partie de l'année. Le premier qui
s'est offert à l'appréciation du public est un ex-amoureux de l'Odéon,
qui, sous le nom d'Ariste, a laissé d'excellents souvenirs parmi les
habitants de la rive gauche. Le rôle de Valère, de l'Ecole des maris,
dans lequel il vient de se montrer sur la scène de la rue Richelieu,
lui a été très-favorable. A en juger par ce début, l'ancien répertoire
comptera en lui un de ces interprètes, de plus en plus rares, qui
gardent le culte des bonnes et saines traditions.
L'exemple donné récemment par l'auteur de V Aventurière a séduit
M. Mallefille, dont on a repris le Cœur et la dot, comédie en cinq
actes, réduits à quatre et remaniés avec beaucoup de soin. Cette
pièce, assez bien accueillie dans sa nouveauté, continue à faire plaisir,
bien moins par les douteux agréments de son sujet et de sa contexture
que par la manière remarquable dont elle est jouée. Le côté masculin
y est représenté par Beauvallet, Régnier, Delaunay, Got, et le côté
féminin par Mlles Augustine Brohan, Fix, Jouassin et Figeac. Quelle
plus charmante réunion de talents ! Et comment un auteur pourrait-il
trébucher avec de pareils soutiens ?
— Le code civil a déjà défrayé bien des comédies, et les commen-
taires de messieurs les professeurs delà Facullé ont été souvent battus
en brèche par ceux de messieurs les vaudevillistes, qui expliquent le
droit à leur manière. C'est ainsi qu'aujourd'hui le Vaudeville nous dé-
montre que la femme doit suivre son mari pour savoir ce qu'il
fait et où il porte ses pas. 11 est vrai que cette prescription n'est pas
exempte d'inconvénients aussi bien pour la femme que pour le mari, et
que le ménage ainsi compris n'est pas absolument le paradis sur terre.
Mais il y a là un paradoxe plaisant, et le public du dimanche devant
lequel il a été développé s'en est fort diverti ; que d'étudiants vou-
draient bien en dire autant des leçons de l'école !
Ce même théâtre du Vaudeville a complètement renouvelé son
affiche avec deux autres pièces qui ont suivi la première de fort
près. Une veuve, Mme Christine de Ténac, vit toute seule dans son
château; deux jeunes gens y demandent l'hospitalité, et l'un d'eux
est un peintre qui aime Christine depuis l'enfance et qui , pour lui
rester fidèle, a refusé les meilleurs partis. Mme de Tinac , déguisée
en soubrette , acquiert la preuve de cette merveilleuse constance et
la récompense par le don de sa main. Marivaudage léger, mais spi-
rituel ; Mme Pierson, toute seule, le sauvera quelque temps de l'oubli.
Aimez-vous les tableaux villageois ? Vous plait-il d'entendre parler
le patois de certains romans de Mme Sand ? Saluez alors le Trésor
de Biaise, un vrai trésor caché dans une armoire de paysan. Biaise,
sans le savoir, a propagé la croyance de ce trésor pour donner un
mari à sa protégée, la petite Jeannette. La ruse est découverte, mais
Pierre n'en persiste pas moins, et dans sa joie il brise la vaisselle de
la maisonnette, et y trouve pour de bon les écus inventés par Biaise.
Cette bluette est le début au théâtre de M. Muller, l'auteur de la
Mionnette. Son nom n'est pas sur l'affiche , mais c'est le secret de
la comédie.
— Au Palais-Royal, c'est aussi à la faveur du dimanche que le Capi-
taine Georgette a fait son apparition , sans bruit et sans accident.
Un M. Fizelier a débuté avec assez de bonheur dans le rôle d'un
pioupiou dévoué fanatiquement à une jolie grisette qui l'a racheté
du service.
— Si un écrivain, qui est mort l'année dernière après avoir vécu
longtemps dans la Bohême parisienne, n'avait pas consacré un livre à
la description des localités habitées spécialement par les petits mé-
tiers, bien des gens ignoreraient l'existence de ces sortes de pha-
lanstères, perdus dans la grande ville, et qui tendent d'ailleurs à
s'effacer tout à fait pour faire place aux cités ouvrières. C'est parmi
DE PARIS.
245
ces curieux vestiges du passé qu'il faut ranger la Petite Pologne dont
la Gaîté a entrepris de nous faire connaître les usages et les mœurs.
Mais avant d'y entrer, le spectateur est forcé de passer par Toulon
certain jour que le bagne a laissé échapper un de ses pensionnaires.
Le forçat poursuivi s'est réfugié chez un jeune peintre qui veut le
livrer; Pierre Renaud, pour l'attendrir, lui offre le partage d'une
somme de 500,000 francs qu'il a cachés en lieu sûr. Le peintre re-
fuse : une lutte s'engage, le forçat est tué, et voilà pourquoi nous
retrouvons à Paris Lucien Gérard, le peintre, à la tête d'une fortune
rondelette. Seulement cette richesse mal acquise ne le met pas à
l'abri du remords, et il vient à penser qu'il ne retrouvera un peu de
repos que lorsqu'il aura découvert la fille de l'homme assassiné par
Pierre Renaud pour lui voler son portefeuille. Cette recherche le con-
duit à la Petite Pologne, située au fond du faubourg Saint-Honoré, et
qui a été remplacée en partie, vers la fin du siècle dernier, par les
frais ombrages et les temples grecs du parc de Monceaux. A la Petite
Pologne Lucien rencontre non-seulement la jeune fille en question
sous les traits d'une bouquetière, mais encore le fils du forçat qu'il
a tué à Toulon. Est-il besoin d'ajouter que la réparation la plus
complète dénoue de la manière la plus satisfaisante ce drame popu-
laire, habilement fait et non moins bien interprété? Lucien Gérard,
c'est Dumaine, le lion actuel du boulevard du Temple. Le forçat et
son fils sont joués par le même acteur, et cet acteur, c'est Charles
Péray qui s'est fait applaudir successivement à l'Ambigu, aux Va-
riétés, puis à la Gaîté, où il vient de faire une rentrée triomphante.
Les éléments à la fois dramatiques et comiques de la Petite Pologne
garantissent à cette pièce une longue série de représentations. N'est-
ce pas ce mélange de rires et de larmes qui a éternisé le succès du
Courrier de Lyon? Un fort agréable lever du rideau, intitulé la Pre-
mière chasse de Polissard, a été donné en même temps que la Petite
Pologne, et le nom de l'auteur, M. Jules Delahaye, a été accueilli
par les bravos.
— L'illustration de ce fameux Bataillon de la Moselle, d'où sont
sortis tant de chefs héroïques, et qui a fait bravement les premières
campagnes de la révolution sans vêtements, sans chaussures et sans
pain, revenait de droit au Cirque impérial. Tout l'intérêt du drame
est dans les faits et gestes de ces courageux volontaires, dont l'épopée
commence aux rives du Rhin, et se termine à la bataille de Monte-
notte. Cependant, l'intrigue mêlée à leurs exploits est plus que suffi-
sante pour remplir les treize tableaux de cette pièce militaire. Un
jeune fermier accompagne à la frontière la baronne de Rennevée, son
ancienne maîtresse. Le père du jeune homme, vieux grognard de la
république, vient chercher son fils jusqu'à Coblenlz, et est fait pri-
sonnier par les émigrés. 11 périra, si son fils ne prend pas du service
dans l'armée de Condé. Cette obligation entraîne la condamnation à
mort du jeune fermier en France. Mais Bonaparte devient premier
consul, et la baronne de Rennevée obtient da lui la grâce de son sau-
veur. Une brillante mise en scène encadre celte action, où la poudre
n'est pas épargnée ; les décors sont fort beaux, et, ce qui ne gâte
rien, la gaîté la plus franche anime presque toujours la scène. M. de
Groot, l'habile chef d'orchestre du Cirque impérial, a écrit pour cette
pièce une musique vraiment digne d'être remarquée. La ronde des
Castors et surtout celle du Bataillon de la Moselle en sabots, qui sont
chantées par Darcier, ne peuvent manquer d'acquérir une rapide
popularité. La dernière obtient chaque soir les honneurs du bis.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„% Au théâtre impérial de l'Opéra, les Huguenots ont été donnés
mercredi pour le début de Wicard dans le rôle de Raoul. On ne
saurait lui contester plusieurs des qualités principales que ce rôle
demande. Il en a la voix plutôt que le physique ; il en rend bien cer-
taines parties, mais l'ensemble manque de cet idéal que plusieurs de
ses devanciers savaient lui donner. Mme Barbot montre toujours beau-
coup de talent dans le rôle de Valentine. La charmante voix de
Mlle Hamackers se développe avec tous ses avantages dans le rôle de
Marguerite : la jeune artiste a fait des progrès remarquables. Quant
à l'exécution générale de l'ouvrage, il y aurait beaucoup de choses
à dire: pour aujourd'hui, ne parlons que du mouvement accéléré que
l'on donne à certains morceaux. Par exemple, jamais le chœur des
Baigneuses n'a été conduit aussi vite : il est marqué Poco anlante, et c'était
presque un allegro. La situation indique pourtant qu'il vaut mieux ra-
lentir que presser. Dans d'autres endroits, la voix des chanteurs ne sem-
blait pas encore parfaitement d'accord avec le nouveau diapason.
„,*„, La première représentation de Sémiramis est annoncée pour de-
main. On dit qu'à la répétition générale les sœurs Marchisio ont pro-
duit le plus grand effet.
**„, Le célèbre ténor Niemann s'est fait entendre à l'Opéra dans une
audition privée, à la suite de laquelle son engagement a été décidé.
C'est le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète qu'il choisirait pour son
début.
„** Roger a reparu jeudi dernier à l'Opéra-Comique dans Haydée. Ce
retour du célèbre ténor sur le premier théâtre de ses succès avait attiré
beaucoup de monde. Il n'a du reste tenu qu'à lui de se croire aux pre-
miers jours où il créa avec tant de talent le rôle de Lorédan ; l'accueil
qu'il a reçu a été des plus chaleureux, et les applaudissements de toute
la salle lui ont été prodigués. Le lendemain Mme Ugalde rentrait en
possession de son rôle dans Galathée : on eût pu dire également d'elle
qu'elle ne l'avait jamais quitté; sans rien perdre de sa verve, eile a
montré dans son chant un goût plus sévère et l'on ne saurait trop l'en
féliciter. Mme Wertheimber a été admirable dans Pygmalion.
a** L'engagement de Crosti est renouvelé .
*% Mlle Marimon, qui a cédé son rôle du Chaperon rouge à Mme Faure-
Lefebvre, débutera prochainement dans les Diamants de la couronne.
*** C'est le 1b août, et non le 45 juillet, que Montaubry reprendra
son service à l'Opéra-Comique.
**». Mme Cabel est partie pour Londres, où elle va chanter au théâtre
de Sa Majesté.
„,** Mlle Dupuy est rentrée au théâtre de l'Opéra-Comique dans le
Chercheur d'esprit et Haydée.
3,*4 II est possible que la reprise du Chaperon rouge n'ait lieu que
vers la fin de la semaine prochain ou au commencement de l'autre.
„% Tamberlick est à Londres, où il va chanter Jean de Leyde, du
Prophète; il ne reviendra pas pour la saison prochaine au théâtre Italien.
M. Calzado a engagé le ténor Pancani pour les deux derniers mois de
cette saison.
**„, MmeBorghi-Mamo est engagée au théâlre de Bologne pour la grande
saison , elle y chantera quatorze fois.
,,% La clôture du théâtre Lyrique a eu lieu le samedi de l'autre se-
maine avec Orphée et les Valets de Gascogne.
„.*,. Mercredi les portes du même théâtre se sont rouvertes pour une
représentation au bénéfice de M. Quinchez, régisseur général. Le pro-
gramme était composé d'Orphée, d'un intermède dans lequel on a en-
tendu Mme Ugalde, Faivre, M.M. Balanqué et Ribes, du théâtre de Stras-
bourg; le spectacle se terminait par les Valets de Gascogne, pièce dont le
comique franc et la musique charmante ont fait le plus grand plaisir.
t*„ Le succès que le théâtre Lyrique a obtenu avec Orphée engagerait,
dit-on, à monter la saison prochaine Alceste, de Gluck. Mme Viardot y
chanterait le principal rôle.
.p.** Déjà depuis quelques années les théâtres de l'Opéra-Comique, le
théâtre Lyrique et celui des Bouffes-Parisiens avaient adopté l'usage de
faire photographier, dans leurs costumes, les artistes qui avaient créé
les rôles d'un opéra nouveau. La direction de l'Opéra a voulu, de son
côté, appliquer la photographie à la perpétuité de la tradition. Elle fait
en ce moment photographier les costumes de Pierre de îVèdicis, et à
l'avenir cette intelligente mesure sera prise pour tous les opéras. La
Comédie-Fxançaise, qui, bien plus encore que l'Opéra, vit de traditions,
ne saurait manquer d'adopter cette méthode, et de transmettre ainsi à
ses successeurs de précieux documents qu'elle n'a malheureusement pas
pu recevoir elle-même de ses devanciers.
„% Le rapport de la commission d'enquête sur l'emplacement à don-
ner à l'Opéra est maintenant soumis à l'examen du conseil des bâtiments
civils. La sagesse et l'expérience de ses membres ne peuvent manquer
de porter la lumière sur une question si intéressante pour la ville de
Paris et pour l'histoire de l'art national.
„*„ L'Académie des beaux-arts a jugé hier samedi le concours de
composition musicale. — 1" grand prix : M. Emile Paladilhe, élève de
M. Halévy ; —2° grand prix: M. Ad. -Ed. -Marie Deslandres, élève de
M. Le Borne. — Mention honorable: M. Isidore-Edouard Legouix, élève
de MM. Ambroise Thomas et Reber.
,% Le ténor Alessandro Bettini est de retour à Taris, après avoir
246
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
chanté avec grand succès à Barcelone pendant la saison. A. Bettini
chantera la saison prochaine à Saint-Pétersbourg.
„,*,„ A l'expiration de son engagement au théâtre Italien de Paris,
c'est-à-dire pour la saison de 1861-62, Graziani fera partie de la troupe
du théâtre italien de Saint-Pétersbourg. Il a été engagé pour deux ans
par S. Ex. M. de Sabouroff.
*% Mlle Marie Battu est partie pour Bade, où elle doit chanter dans
deux concerts.
,*„ S. Ex. M. de Sabouroff, intendant général des théâtres impériaux
de Russie, est de retour à Paris.
*% Léopold de Meyer jouit à Londres d'une vogue telle qu'il a été en-
gagé successivement pour vingt-huit concerts. Le dernier était celui de
Benedict, pour lequel il a composé tout exprès un morceau à deux pianos
sur liohert le Diable. Exécuté par le bénéficiaire et l'auteur, ce morceau
a produit un effet magnifique et a été bissé. Le célèbre pianiste a com-
posé aussi une fantaisie charmante sur Dinorah. Au grand concert donné
par Sa Majesté le 27 juin, en présence du roi des Belges, du duc de
Flandre, du duc de Saxe-Cobourg, et autres personnages éminents, il a
exécuté cette fantaisie, lorsque la reine, qui s'était approchée du piano
avec les augustes auditeurs, lui demanda un second morceau. Pendant
les mois d'octobre et de novembre, Léopold de Meyer fera une tournée,
avec la troupe italienne de Beale. Ensuite il doit venir à Paris, et nous
faire entendre ses productions, parmi lesquelles se trouve une Victoria-
Polka, de la plus brillante facture.
»% Le théâtre italien San-Carlos de Lisbonne, administré par l'Etat,
vient d'être cédé à M. Frondoni avec une subvention d'environ 150,000 fr.
pour une saison théâtrale de six mois.
t% M. A. Reichardt, qui s'est fait applaudir plusieurs saisons de suite
sur les scènes italiennes de Londres en qualité de ténor, et dont la char-
mante voix et l'excellente méthode ont été également appréciées dans
plusieurs concerts à Paris, vient de se révéler sous un jour nouveau en
composant en Angleterre des romances délicieuses. L'une d'elles, publiée
sous le titre de Thou art so near and yet so far, a obtenu un tel succès
que plus de dix mille exemplaires en ont été vendus dans l'espace de
quelques mois. Cette vogue cesse, au surplus, d'étonner, quand on a en-
tendu cette mélodie, empreinte d'une douceur infinie et avec laquelle
s'identifient admirablement les paroles. Nous sommes rarement dans le
cas de donner de la publicité à un morceau si bien réussi ; c'est donc
avec la certitude de le voir bien vite accueilli en France que nous en
annonçons la publication sous le titre de 0 belle étoile, 6 doux regard.
Nous nous tromperions fort si ce bijou musical n'était pas avant peu
populaire à Paris.
*% Deux morceaux remarquables pour orgue de salon viennent de
paraître : une fantaisie sur des thèmes de la l'art du Diable, par A. Fre-
lon, et un souvenir de Guillaume Tell, par Durand. Nous croyons pou-
voir prédire un grand succès à ces compositions d'une exécution facile
et d'un brillant effet.
»** A Toulouse, pour l'inauguration de ses nouveaux salons, S. Exe. le
maréchal Niel avait réuni dernièrement l'élite de la société de cette
ville. Dans une pareille réunion la musique ne devait pas faire défaut,
et Mme Teresa Milanollo, comme son mari M. Parmentier, aide de-camp
du maréchal, ne pouvaient se soustraire à la demande générale de se
faire entendre dans quelques nouvelles productions. Mme Teresa Mila-
nollo a excité l'enthousiasme du brillant auditoire dans une nouvelle
composition sur la Favorite, et par deux romances nouvelles: le bap-
tême et l'Extase, dont Mlle Talexy a bien voulu se faire l'interprète.
Les romances de M. Parmentier : la Cloche, Priez pour moi et l'Hirondelle
de l'exilé, ont été vivement applaudies, et on a dû se souvenir que déjà
Kœrner avait, par les chants de sa lyre, augmenté l'éclat de sa gloire
militaire.
„** Un grand festival musical, à l'instar de ceux de l'Allemagne, se
prépare à Namur pour le 22 juillet prochain. Les Saisons, de Haydn, y
seront exécutées par un très-grand nombre d'artistes et d'amateurs,
sous la direction de M. Ch. Hanssens. L'orchestre se composera de plus
de deux cents exécutants, choisis parmi les plus distingués qu'il y ait en
Belgique et ù l'étranger. Le Conservatoire royal de Bruxelles y prendra
part.
„*„ Charles John, le compositeur-pianiste, vient de quitter Paris pour
l'Allemagne, où il se propose de séjourner quelque temps.
„% A Dieppe une réunion d'artistes d'élite, dirigée par M. Placet, an-
cien chef d'orchestre du théâtre Lyrique, a inauguré le 1" juillet les
concerts offerts chaque jour dans le grand pavillon des fêtes au bord de
la mer. L'exécution des chefs-d'œuvre des grands maîtres n'a rien laissé
à désirer, et c'est un attrait de plus pour les baigneurs de Dieppe.
t*.t Parmi les papiers appartenant a la succession de feu le bibliothé-
caire Spicker, se trouvent trois compositions dramatiques de Gluck ; elles
faisaient partie, avec Orfeo, d'un drame musical que le maestro écrivit
en 1769 à Parme, pour les fêtes qui avaient lieu à l'occasion d'un
mariage.
*% M. J.-Ch. Hess vient de composer sur le rxoman d'Elvire un de ces
bouquets de mélodies qu'il arrange si bien et qui ont le mérite de résumer
en un petit nombre de pages brillantes et faciles toute la fleur d'une
œuvre lyrique. L'auteur de ce charmant opéra a lui-même compli-
menté M. Hess sur sa nouvelle production, destinée à lui valoir un succès
de plus.
*% La fête que la jolie ville de Château-Thierry donne annuellement
en l'honneur de Jean de la Fontaine puisait cette fois un attrait nouveau
dans le charmant concert que M. Flamand avait organisé pour cette so-
lennité avec autant de goût que de dévouement. M. Flamand est un véri-
table artiste, et son talent lui donnerait le droit de briller au premier
rang à Paris, si sa modestie ne lui faisait préférer en province une exis-
tence moins élevée peut-être, mais plus utile. N'est-ce pas, en effet, bien
mériter de l'art que de propager, de faire aimer partout la bonne musi-
que ? Après le concert que M. Flamand a donné le '1 de ce mois, il ne
doutera pas que ses efforts aussi bien que son talent ne soient pleine-
ment appréciés ; une salle comble et les applaudissements les plus vifs
ont dû lui en donner la preuve évidente. MM. Ketterer, Sighicelli et
Mutel étaient venus de Paris pour apporter à leur digne confrère le
concours de leur talent. M. Ketterer a trouvé à Château-Thierry le
même accueil sympathique auquel la grande capitale l'a habitué ; le
mérite de ses compositions y est pour autant que le charme de son
exécution. M. Sighicelli dans le Carnaval de Venise, d'Ernst, et M. Mutel
avec quelques morceaux de chant fort agréables, ont partagé les hon-
neurs de la séance. L'excellente musique d'harmonie de la fabrique
de M. Gauthrot a, comme les années précédentes, puissamment contri-
bué à l'éclat de la fête.
*** Parmi les adversaires d'Adolphe Sax, les uns contrefont ses inven-
tions, les autres osent se prétendre diffamés par sa défense. Telle est
l'origine de l'action intentée contre l'habile facteur par le sieur Kretzsch-
mann, et qui vient de recevoir son dénouement à la 6e chambre de police
correctionnelle de la Seine. Nos lecteurs ne liront pas sans intérêt le
jugement rendu conformément aux conclusions de M. l'avocat impérial
qui fait justice des incroyables prétentions du sieur Kretzschmann. —
« Attendu qu'aux termes de l'article 319 du code d'instruction crimi-
nelle, Sax avait le droit de discuter et d'attaquer le témoignage de
Kretzschmann dans le procès en contrefaçon intenté par lui contre Besson;
— attendu qu'aux termes de l'article 23 de la loi du 17 mai 1819, au-
cune action n'appartient à un témoin dont le témoignage est attaqué
dans des conclusions écrites ou imprimées, produites au cours d'une ins-
tance, si elle ne lui est réservée par les tribunaux ; — attendu au
surplus que, dans l'espèce, Sax n'a fait qu'user de son droit en contes-
tant avec énergie la véracité de la déposition de Kretzschmann alors
qu'il est établi jusqu'à l'évidence par les propres écrits dudit Kretzsch-
mann , que loin d'être un témoin désintéressé et digne de foi, il était
l'ennemi acharné de Sax et prêtait un concours très-actif à son adver-
saire; — attendu en conséquence qu'il y a lieu de déclarer Kretzsch-
man non recevable dans sa demande ; — par ces motifs, déclare
Kretszchmann non recevable dans sa demande, renvoie Sax des lins de
la citation ; condamne Kretzschmann aux frais.» — M. Kretzschman a ap-
pelé de ce jugement.
*% Les quelques beaux jours que vient de nous accorder l'avare été
de 1860 ont été pour les concerts Musard l'occasion d'une recrudescence
d'auditeurs. Au nombre des morceaux nouveaux exécutés par son excel-
lent orchestre, il faut placer une fantaisie nouvelle de M. Cohen, lau-
réat du Conservatoire, sur le Prophète. Elle a obtenu un grand succès.
Musard a eu l'heureuse idée d'ajouter à son répertoire l'ouverture
à'Olympie. On sait que cet opéra de Spontini, après avoir eu seulement
quelques représentations à Paris, obtint en Allemagne un succès mé-
rité. L'ouverture est une très-belle symphonie qui sera entendue avec
plaisir. La veuve du célèbre maestro doit assister aux répétitions pour
s'assurer que les mouvements ont été bien conservés. Musard prépare
également la charmante ouverture de Pianella, de Flotow, remaniée par
le compositeur pour un grand orchestre.
„*„ Emmanuel Guttierez, maître de chapelle à la cour de Madrid,
composa lui-même son épitaphe, dont voici la traduction : a Ci-gît Don
» Emmanuel Guttierez, maître de chapelle du roi son seigneur. Lorsqu'il
» monta au ciel, Dieu dit à ses anges : « Maintenant, taisez-vous et
» laissez jouer Guttierez. »
t% Une très ancienne célébrité théâtrale vient de s'éteindre dans
l'obscurité et le dénûment : Mme Werdy, plus connue sous le nom de
Mlle Vohs, qui fut jadis une des gloires du théâtre allemand, est morte
à Francfort-sur- Mein, dans sa quatre-vingt-troisième année. C'est
Mlle Vohs qui a joué le rôle de Marie Stuart, lors de la première repré-
sentation de cette tragédie, en présence de Schiller et de Goethe ; elle y
produisit un effet immense. Les principaux rôles de son répertoire étaient
en outre: Thékla [WalUnstein), Phèdre (traduction de Schiller), Louise
(Intrigue et Amour) et Jeanne d'Arc (de Schiller).
»*,,, Un pianiste compositeur qui jouissait d'une réputation méritée,
A. Goria, a succombé vendredi soir à onze heures, aux suites d'une
congestion cérébrale, qui l'avait déjà frappé une fois il y a une couple
de mois. L'art musical perd en lui un professeur de talent et générale-
ment aimé. Goria est auteur d'œuvres nombreuses et estimées.
DE PARIS.
247
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*** Londres, 3 juillet. — La représentation d'Orphée à Covent-Garden
n'avait pas attiré autant de monde que l'on pouvait l'espérer, et il faut
avouer qu'elle n'a pas produit beaucoup d'effet. Sauf le premier air
d'Orphée, le grand duo du troisième acte et l'air : J'ai perdu mon Eury-
dice, qu'on a fort applaudis, le public est demeuré froid. Mme Csiliag,
qui chantait le rôle principal, et Mme Penco celui d'Eurydice, ont eu
les honneurs de la soirée; Mmes Carvalho et Nantier-Didiée ont mé-
rité aussi des bravos dans les rôles de l'Ombre heureuse et de l'Amour.
*% Bruxelles. — La troupe d'Offenbach vient de nous quitter, pour
aller poursuivre ailleurs le cours de ses succès. C'est par un triom-
phe qu'elle a clôturé ses représentations. Orphée n'a pas été moins goûté
par notre public que. par celui de Paris ; cette suprême expression de la
fantaisie portée au théâtre a produit complètement l'effet attendu, et
sans son départ forcé, Offenbach aurait pu compter sur une longue
suite de représentations de son œuvre, sinon la meilleure, au moins la
plus excentrique.
*** Cobourij . — Le programme des fêtes de chant pour les 22, 23 et
24 juillet, est déjà arrêté. Le principal concert aura lieu, le 22, à l'église
Saint-Maurice ; le 23, excursion à la villa Rosenau ; le soir, exécution de
diverses pièces de chant dans le parc, etc. Parmi les chœurs qui doivent
être chantés dans ces diverses solennités se trouve l'hymne que le duc
de Saxe-Co bourg a dédié aux réunions de chant Liedertafels et Saenger-
Ii'ranz de Wurzbourg.
3% Stuttgart. — Le 24 juin, nous avons eu la première représentation
de la Nuit de la Saint Jean, texte et musique par Gustave Pressel. Pres-
que tous les morceaux ont été applaudis. Le jeune maestro a été rap-
pelé après le premier acte et à la fin du spectacle. A l'église du château
a été exécuté récemment un motet nouveau du maître de chapelle de la
cour, Kucken, et il a produit une impression profonde.
„** Berlin. — Le 23 juin a eu lieu la première représentation d'Orphée
aux enfers, opéra-bouffe d'Offenbach, texte allemand, par Dechmann. La
pièce, montée avec le plus grand soin, a obtenu un magnifique succès.
C'étaient coup sur coup des explosions de folle joie, accompagnée de
bravos et d'acclamations sans fin : huit morceaux ont été redemandés.
Offenbach, qui dirigeait l'orchestre; Deichmann, l'auteur des paroles
allemandes, et tous les auteurs ont été rappelés après le deuxième et
le quatrième acte. En outre, Mlle Limbactf(Ëurydice) a eu les honneurs
d'un rappel spécial. — Au théâtre Victoria, Mlle Legrain, la charmante
danseuse de Paris, continue à enthousiasmer le public.
j*â Breslau. — Mme Jauner-Krall, qui était en représentation, a fait
ses adieux par le rôle de Martha, dans la charmante partition de Flotow.
Mme J.-Krall a fort bien chanté, surtout le lied de la rose, et le grand
air du quatrième acte.
„*„, Stockholm. — Mme Jenny-Lind Goldschmidt est arrivée ici le 17 juin,
à bord du steamer Sivea: un grand nombre de ses admirateurs lui ont
fait un accueil enthousiaste. La célèbre cantatrice, qui est accompagnée
de son mari et de ses deux enfants, compte passer l'été daus une villa
aux environs de la capitale.
t*t Saint-Pétershourg. — L'ancien théâtre du Cirque, maintenant théâtre
de S. A. I. la grande-duchesse Marie, est près d'être achevé. Son arran-
gement intérieur est d'une rare magnificence. De riches dorures, des
loges commodes, de larges escaliers et de vastes galeries servant de
communication aux différents étages, font de cette construction l'un des
théâtres les plus remarquables de l'Europe. On assure que cette magni-
fique salle est destinée principalement aux représentations de l'Opéra
russe, qui, dit-on, a aussi ses nouveautés toutes prêtes. On étudie un
nouvel ouvrage, le Prisonnier du Caucase, dont le sujet est, ainsi que nous
l'avons dit , emprunté au poëme de Pouschkine ; cet opéra est la
première œuvre musicale de M. Kui, officier aux gardes. On dit aussi
qu'une autre parlition du compositeur russe M. Villebois, sous le titre
de Natacha, aurait été mise en répétition. Des connaisseurs, qui ont
entendu quelques fragments de cette œuvre nouvelle, dans des cercles
privés, en ont depuis longtemps parlé avec éloge. {Journal de Saint-Pé-
tersbourg (français).
„,% Gènes, 26 juin. — Un concert composé d'éléments magnifiques et
destiné à laisser un long souvenir a été donné hier au théâtre Paganini
par la Société de secours mutuels des artistes musiciens. La moitié du
produit était réservée à la cause nationale. Le nom de Meyerbeer, la
présence de Tamburini suffisaient à remplir la salle. Le célèbre chan-
teur a dit avec tout son talent plusieurs morceaux de son riche réper-
toire, la cavatine de la Sonnambula, l'air deMaumelto II, le duo du Bar-
biere avec Mlle Agrone, etc. La seconde partie du concert commençait
par l'ouverture du "ardon de PU/ërmel, et l'on peut dire sans hésiter
que c'est là une des œuvres les plus grandes, les plus profondes que le
génie Ae Meyerbeer ait enfantées. Tout y est réuni, conception, colo-
ris, marche dramatique, effet prodigieux. 11 ne fallait pas moins que le
talent supérieur de notre excellent chef d'orchestre, llariani, et l'habi-
leté des artistes qu'il dirige pour atteindre à la hauteur de l'immortel chef-
d'œuvre. A peine l'ouverture était-elle finie qu'on la redemaudait à grands
cris, et la seconde exécution a encore dépassé la première. Parmi les
morceaux chantés par Mme Agrone, la romance du Prophète doit être
citée ; un chœur de VAssedio di Leyda, du maestro Petrella, terminait le
concert.
„*„, Milan. — Sivori et Bottesini se sont réunis pour donner un con-
cert au profit de la cause nationale. L'un et l'autre ont reçu l'accueil
si bien dû à leur talent et à leur renommée. Sivori s'est surpassé par
la manière dont il a rendu son fabuleux Carnaval de Venise, et un duo
de violon et contre-basse, composition magistrale de Bottesini, a terminé
cette belle fête musicale.
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1 . Introduction et chœur : Livrons-nous à l'allégresse
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3. Air chanté par M. Delaunay-Ricquier : Gentille rosière . 5
4. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village 2
5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay-
Ricquier et Gabriel : Demeurez, aimable Florette . . 9 •>
6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 »
DEUXIÈME ACTE
7. Morceau d'ensemhle : Quel maintien enchanteur 9 »
8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob-
tins la rose 2 50
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9. Duo chanté par Mlle A. Faivre et M. Delaunay-Ricquier:
Plaisir extrême, heureux moment 6 »
10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9 »
TROISIÈME ACTE
1 1 . Air chanté par Mlle A. Faivre : Adieu, rose à peine éclose 2 50
12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromant :
Laissez-moi, Bastien, laissez-moi 7 50
12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi. 6 »
13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon
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14. Finale : Le Destin trompe mon espérance 9 »
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161.
COUPLETS . .
162.
ROMANCE . . .
163.
BARCAROLLE
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COUPLETS . .
165.
COUPLETS . .
166.
ROMANCE. .
167.
BARCAUOLLE
168.
169.
Chanson hngu .
170.
Cavalinc ilu page
171
AIR
172.
COUPLETS . .
173.
174.
ARIETTE . ..
175.
ROMANCE. . .
Nina, jolie et sage Actéon Auber.
Ali! pour un jeune cœur... Cheval aie bronze.. —
La grenouille aux camélias. Les deux Pêcheurs O/Jenbac/i.
Versez, moi j'aime le doux. Deux vieilles gardes Dellbes.
Dans les défilés Diamants de la eonronne Auber:
Quand le dragon abien trottù.Drngons île Villars Maillart.
Grâce à ce vilain ermite ... —
Il est un enfant d'Israël L'Enfant prntlig'ue Auber.
Beau cavalier L'Etoile du Mord.. Meyerbeer
Des roses, partout des roses La Fée aux roses.. Halévy.
Que de mal, de tourment.. La Fiancée Auber.
Un ciel serein et sans nuage — —
Le gondolier Adèle Fra SSinvoîo —
Pour toujours, disait-elle ... — —
O mon habit, mon bel habit Giralda Adam .
Sois immobile Guillaume Tell Rossini.
Glisse, ma gondole Mayilée Auber.
Unis par la naissance —
Pifl\ palf Les nusrucnots Meyerbeer
i.Nobles seigneurs, salut _
L'épreuve est tout à fait. . . tJoconde Aicolo.
Parmi les filles du canton. . —
Ne nous trahissez pas tous. Lestocq Auber.
Ah! voyez donc! ah! Ilartha Flotow.
Bois paisible, vert feuillage. — —
IBines de la Siïalle.
BU u elle de Portici
Le 3iabab ,
Le Philtre
Le Portefaix
Le Prophète
couplets . . La lune et le soleil
barcarolle Amis, la matinée est belle
romance. . . Mon oncle a dit
ballade ... La reine Yseult
bonde Une princesse de Grenade
arioso .... Ah ! mon fils, sois béni. .
hymne Roi du ciel et des auges. .
cavatine . . Le roi sommeille Robert Bruce. . .
sicilienne . O fortune, à ton caprice... Robert le I>iable
Valse infernale Noirs démons, fantômes,
air Le bel état
air Dans une symphonie. . .
ronde Un jambon de Bayonne.
romance. . . Le violon brisé
canzonetta Achetez, voici des orangi
191. DASSIER.
102. —
103.
194.
GKRALDY...
LABARRE...
196.
197.
19S.
199.
200.
vDcuiie fille et fauvette..
Aimer et soufTrir
Adieu, patrie!
La Lettre au bon Uicu.
Ln Fille d'Otaïli
La Fiancée du Kicphte
Le Vieil pendant l'ornar
Mèrc-çTand
Marguerite
Ces Plaintes de la Jeune
Le Serment
B^e Toréador
'S'romb-nl-c«-zar . .
Le Violoneux
Xerlinc
Romance.
Offenbach.
Auber.
Halévy.
Auber.
Garnis.
Meyerbeer
Rossini.
Auber.
Adam.
Offenbach.
Simple lus
Romance.
CHAQUE N°, »5 c. NET.
EDITION POPULAIRE
re Mélodie.
Nocturne à 3 voix.
Mélodie.
: fille —
CHAQUE N°, <55 c. NET.
paris. — IHIMUMI un: i i:\ir\i.c ni: wpoi.kon cuaix
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
N° 29.
1S Juillet 18G0.
OH S'ABONNE :
Dans les Départements et à l'Étranger, cliez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aux
Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIS DE L'ABONNEMENT :
Poris. 24 fr. par Ql
Départements, lîvlgique et Suisse... 30.» id.
Étranger 34 <> id.
Le Journal paraît le Dimanche.
II w
- -w\n/\f\/\r JW/vvv—
SOMMAIRE. — Théàt re impérial de l'Opéra : Sémiramis, opéra en quatre actes
paroles de M. Méry, musique de Rossini, par Panl Smith. — Conservatoire
impérial de musique et de déclamation ; exercice des élèves. — Beethoven, chef
d'orchestre, par iLouis Spohr. — Revue critique : Ouvrage divers relatifs à
l'accompagnement du phin-chant (4e et dernier article), par Adrien de I>a
Page. — Bibliograpl ie musicale. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA.
SËMîIîAHBg,
Opéra en quatre actes, paroles d? M. Méry, musique de Rossini.
(Première représentation le 9 juillet 1S00.)
Si l'on a souvent traduit, si l'on continue encore n traduire
des opéras étrangers pour notre grande scène lyrique, if n'en
faut pas conclure que l'art et le public ne demandent rien autre
chose en France qu'en Italie ou qu'en Allemagne. Les exemples
sont là pour prouver le contraire : on ne s'établit solidement chez
nous qu'avec des œuvres bien différentes de celles qui réussissent le
plus à Milan, à Naples, à Venise, à Vienne, à Prague et à Berlin. Les
traductions passent, les ouvrages originaux restent seuls. Se borner à
traduire même des chefs-d'œuvre, c'est faire trop bon marché de
certaines conditions auxquelles tous les hommes de génie ont voulu
se soumettre, lorsqu'ils sont venus écrire pour nous les Iphigénies,
Armide, Didon, OEdipe à Colone, la Vestale, Guillaume Tell, Ro-
bert le Diable, les Huguenots, le Prophète, la Favorite, dont l'inspi-
ration s'est pliée aux lois de l'art français pour s'imposer à l'Europe
entière.
Cela dit et posé pour l'honneur des principes, qui ne serait heu-
reux d'accueillir des productions d'un ordre aussi élevé que Sémira-
mis, le dernier des enfantements d'un illustre maestro dans sa pa-
trie, le point culminant de l'art italien à la On du premier quart de ce
siècle? Sémiramis fut représentée pour la première fois à Venise
dans le carnaval de 1823; Elisabetta Colbrand, devenue Mme Ros-
sini, chantait le principal rôle, et Filippo Galli celui d'Assur. S'il y
avait quelque chose à critiquer dans cet ouvrage de proportions si
vastes, c'était sa grandeur même; c'était l'exubérante richesse, l'é-
tendue inusitée, et aussi un peu la régulière monotonie de ses mor-
ceaux, taillés sur le patron des monuments de Babylone. Du reste, on
y retrouvait cette imagination puissante qui avait révolutionné tout
un genre et fait dire avec tant de justesse par Stendhal que « dans
» le genre ennuyeux de Vopera séria, Rossini portait une vie incon-
» nue avant lui. »
Peut-être eût-il dû choisir un autre sujet, et s'il eût travaillé pour
nous, à coup sûr il se serait gardé d'en revenir à cette sombre légende
dont notre vieille tragédie avait si souvent usé, jusqu'à ce que Vol-
taire trouvât moyen de s'en servir comme de passe-port à une imita-
tation de Shakspeare et à l'apparition de l'ombre du père d'Hamlet.
Un revenant en plein théâtre, c'était quelque chose de neuf dans une
tragédie, entre Mérope et YOrphelin de la Chine ! Mais de nos jours,
et même en 1823, celte innovation avait bien perdu de son charme.
Le grand Opéra aussi, dès l'anuée 1802, avait eu sa Sémiramis voltai-
rienne, ornée par Catel, l'harmoniste correct, d'une élégante partition.
11 n'y avait donc plus guère d'intérêt pour cette exhumation d'une
reine victorieuse et conquérante, mais dont la physionomie, ressem-
blant trop à celle des Jocaste et des Gertrude, n'offrait de trait
distinctif que son goût pour les expéditions lointaines, les édifices
immenses et les enivrantes voluptés ; c'est ainsi que la caractérise
une antique inscription : « La nature m'a donné le corps d'une
» femme; mes actions m'ont égalée au plus vaillant des hommes
» Avant moi, aucun Assyrien n'avait vu de mers : j'en ai vu quatre
» que personne n'abordait et je les ai soumises à mes lois... J'ai pavé
» de mon argent des chemins où l'on ne voyait que les traces des ani-
» maux sauvages; et au milieu de ces travaux, j'ai trouvé du temps
» pour mes plaisirs et pour ceux de mes amis. »
Cet élément précieux de nouveauté qui manquait à Sémiramis, ne
pouvait-on le chercher dans l'éclat d'une mise en scène rajeunie par
les découvertes de la science et, avant tout, dans la distribution de
ses rôles principaux ? Il y a près de deux années, un bruit soudain,
merveilleux, dont ce journal fut le premier écho, se répandit au delà
des Alpes. Deux jeunes filles, deux sœurs, Carlotta et Barbara Mar-
chisio, venaient de débuter dans Sémiramis, à Venise, sa ville natale,
sur le théâtre San Benedelto. Et ce début n'avait pas été seulement
un succès, mais un triomphe, un transport, une fureur ! Deux sœurs
qu'on ne connaissait pas, et dont l'une possédait un soprano char-
mant, frais, pur, sympathique; l'autre, un contralto plein et sonore,
vocalisant et montant avec la même aisance ; deux sœurs capables
de jouer et de chanter, celle-ci le rôle de Sémiramis, celle-là, le rôle
d'Arsace ! En fallait-il plus pour exciter le fanatisme, le délire ? En
effet, l'enthousiasme eut bientôt dépassé toute mesure. La France
voulut savoir au juste à quoi s'en tenir sur le phénomène, et elle
expédia un ambassadeur, qui, sans perdre le temps à examiner ces
jumelles de la musique, jugea plus court d'en faire la conquête au
250
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
nom de la France et de les engager pour le théâtre de l'Opéra. Voilà
comment du même coup nous avons eu Sérniramis et les sœurs Mar-
chisio. Qui donc aurait songé à séparer le couple chantant, nobile
par, à emmener une sœur sans l'autre ? Et, de même, qui seulement eût
conçu l'idée de les séparer de Sérniramis 1
Eh bien , maintenant que nous avons vu et entendu, nous sommes
forcé de reconnaître que le prodige n'est pas tout à fait aussi prodi-
gieux que l'avait proclamé la renommée. Les sœurs Marchisio ont de
la voix et savent chanter ; ce sont de plus, nous assurent leurs amis,
d'excellentes musiciennes, mais ce ne sont encore, à beaucoup près,
ni des Pasta, ni des Sontag, ni des Giulia Grisi, ni desPisaroni, ni des
Alboni et autres cantatrices universellement célèbres. Pour être rigou-
reusement juste, il faut constater que, le premier jour, Carlotta, la
soprano, la Sérniramis, succombait à des émotions, à des terreurs qui
lui permettaient à peine d'ouvrir la bouche lorsqu'elle entra en
scène ; et pourtant, à l'acte suivant, le courage et la voix lui revin-
rent assez pour qu'on ne doutât plus de son talent, et qu'on ne l'ap-
plaudît plus uniquement pour la rendre à la vie. Barbara , le
contralto, l'Arsace, nous a semblé plus calme et plus sûre d'elle-
même ; on a pu la juger sur-le-champ, et, quoique sa voix n'ait pas
les notes graves qui sont de l'emploi, lui décerner des bravos en
conscience. Comme actrices, les sœurs Marchisio ne sont encore que
des élèves annonçant des dispositions et donnant quelquefois plus que
des espérances. Leur taille est petite; leur visage, dont les traits
diffèrent autant qu'il est possible à des sœurs, ne se ressemble que
par une sorte d'étrangelé plutôt indienne qu'italienne. C'est donc
comme cantatrices qu'elles se présentent surtout, et qu'un avenir les
attend. Pour Carlotta, l'air du second acte, Doux rayon de l'amour,
a été le plus favorable, le mieux rendu et le mieux reçu. Pour Barbara,
c'est l'air d'entrée : Me voici donc à Babylone; pour toutes les deux
ensemble, c'est le fameux duo du troisième acte : Eh bien, frappe ta
mère, avec son délicieux andante : Jour d'épouvante et d'allégresse,
dont le bis traditionnel au théâtre Italien s'est reproduit à l'Opéra.
Par prudence sans doute on avait allégé la tâche des deux sœurs en
retranchant l'autre duo, si beau pourtant: Garde-moi ce beau zèle\
Probablement on aura voulu garder l'effet de l'union vocale d'Arsace
et de Sérniramis pour l'acte qui touche le plus à la conclusion de
l'œuvre : Tout est bien qui finit bien. Par malheur, le quatrième
acte, où il n'y a que l'air d'Assur et un trio de peu d'effet, se termine
à l'Opéra, comme au théâtre Italien, par une espèce de cligne-musette,
dont le seul résultat dramatique a toujours été d'engager à la retraite
la presque totalité des spectateurs.
Si l'on voulait rendre à Obin un service d'ami, on ne pouvait
mieux faire que de lui confier le rôle d'Assur, même après Galli et
Tamburini. Nous ne dirons pas qu'il les surpasse, ce serait le tromper
et lui nuire, mais nous voyons avec plaisir un artiste français, un
élève de notre Conservatoire soutenir aussi vaillamment le parallèle
avec deux excellents artistes italiens. Obin chante et joue ; il- réunit
les avantages de la taille, de la figure, du regard, du geste et de la
voix. Dans les autres rôles de valeur bien moins grande, Coulon,
Dufresne, Fréret, Mlle Bengraf, ne dépensent que tout juste ce qu'il
faut de talent et profitent de l'occasion pour faire des économies.
Le ballet se compose musicalement d'un air ou deux empruntés à
Moïse, et d'un autre air écrit par M. Carafa, l'ami fidèle de l'illustre
maestro, le I'atrocle de cet Achille, qui persiste à rester sous sa
lente et à laisser la victoire se décider pour lui, mais sans lui.
Et pourtant quel spectacle magnifique, imposant, radieux, que celte
restitution de la superbe Babylone, pour laquelle on dirait que l'on a
retrouvé à point nommé les ruines de Ninive ! Tant do savants archéo-
logues n'ont donc pas travaillé en vain ! Le grand Opéra profite de
leurs profondes recherches : Ninive aura étonné le monde une se-
conde fois. Et quels costumes éblouissants ! que d'or semé h pleines
mains! que de couleurs répandues à profusion! que c'armures, de col-
liers, de bracelets, de diadèmes! Il n'y a que 1'intrcduclion titanique,
hiéroglyphique, écrite par M. Méry, le poétique traducteur du texte
italien, qui soit encore plus étincelante, plus chatoyante et miroitante
que la mise en scène exécutée sous l'influence et par les ordres du
directeur, M. Alphonse Royer.
Paul SMITH.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION.
Exercice des élèves.
Le premier acte du Comte Ory et Vlrato composaient cet exercice,
qui précède de si peu les concours. Aussi n'en parlerons-nous qu'avec
toute la brièveté possible, pour ne pas nous exposer h tomber bientôl dans
les redites. Le Comte Ory avait pour interprètes principaux trois élèves
pensionnaires, MM. Mendioroz, ténor, Petit et Gourdin, basses-tailles,
Mlles Barelly, Maillard, Pfotzer et Renouleau. Ces jeunes gens et ces
jeunes personnes ont presque tous d'excellentes voix, plus ou moins
assouplies par l'étude ; dans le nombre, il y en a certainement plu-
sieurs que les théâtres lyriques ne tarderont pas à s'approprier, trop
tôt peut-être; mais au siècle de la vapeur el de l'électricité, tout le
monde se presse et craint de se laisser distancer. C'est la faute du
siècle !
Dans Vlrato, le même M. Gourdin et le même M. Petit jouaient les
rôles de Scapin et de Pandolfe. M. Capoul, autre ténor de qualité, non
moins précieuse que M. Mendioroz, tenait celui de Lysandre; M. Mirai,
celui du docteur Balouard; Mlles Céronetti el Rozés se présentaient sous
le costume d'Isabelle et de Kérine. Déjà la bouffonnerie deMarsollier, sur
laquelle Méhul croyait avoir écrit de la musique italienne, a été
essayée, il y a quelque huit ans, mais il s'en faut que l'exécution ait
été aussi satisfaisante que celle de jeudi dernier. M. Gourdin surtout
s'est distingué dans le rôle écrit pour Martin, et désormais impossible
à toute voix humaine. L'auditoire le savait aussi bien que nous, et
l'a prouvé, en applaudissant l'élève pour son courage à braver les
difficultés, même quand il ne lui était pas donné de les vaincre.
M. Capoul a fort plaisamment dit et chanté les charmants couplets : Si
je perdais mon Isabelle, et le quatuor : Femme jolie et du bon vin, a
joyeusement couronné l'œuvre.
Arrêtons-nous: l'heure des concours sonne, et dans la distribution
de l'éloge ou de la critique, nous ne voudrions pas nous mettre en op-
position avec leurs arrêts. Laissons donc passer leur justice; mais pour
être aussi juste qu'elle, constatons que malgré l'émotion du dan-
ger présent, la préoccupation des luttes prochaines, l'exercice a
très-bien œar ché du commencement à la fin, et qu'une large part
du succès revient à M. Pasdeloup, chef d'orchestre ordinaire et ex-
traordinaire de ces juvéniles solennités.
P. S.
BEETHOVEN, CHEF D'ORCHESTRE.
Au printemps de l'année 1813, le célèbre compositeur Louis Spohr
alla se fixer à Vienne ; le comte Pallfy l'avait engagé comme maître
de chapelle au Thcater an der Wien, dont il était propriétaire à cette
époque.
Dans un des plus curieux chapitres de son autobiographie, dont
le deuxième volume vient de paraître, Spohr nous a laissé un récit
très-amusant de ses relations avec Beethoven, récit qui renferme,
DE PARIS.
251
en outre, quelques nouvelles indications et dont voici une traduction
scrupuleusement fidèle.
« Dès rncn arrivée à Vienne, j'allai voir Beethoven ; ne l'ayant pas
trouvé chez lui, je laissai ma carte. J'espérais le rencontrer dans une
des réunions musicales auxquelles j'étais fréquemment invité ; mais
bientôt j'appris que depuis que sa surdité avait acquis un degré d'in-
tensité qui l'empêchait d'entendre un morceau de musique dans son
entier, on ne le voyait plus dans aucun cercle musical, et qu'il était
devenu misanthrope. Je tentai de nouveau la chance d'une visite ; ce
fut encore inutilement. Enfin, contre toute attente, je le rencontrai au
restaurant, où j'allais tous les jours avec ma femme. J'avais déjà donné
un concert à Vienne ; j'y avais fait exécuter deux fois mon oratorio ;
les journaux viennois en avaient parlé favorablement ; je n'étais donc
plus un inconnu pour Beethoven lorsque je me présentai à lui; il me
fit un accueil des plus gracieux. Nous primes place à la même table ;
il devint très-expansif au grand élonnement de la société : d'ordinaire
sombre et taciturne, il restait immobile, les yeux fixés sur un même
point. Toutefois, c'était une rude besogne de se faire entendre ; il fallait
crier à être entendu dans les pièces voisines. Dès lors, Beethoven
vint souvent à ce restaurant et me fil une visite, de sorte que nous ne
lardâmes pas à nous lier. Il avait des manières tant soit peu rudes,
pour ne pas dire plus ; toutefois, sous ses épais sourcils il y avait un
regard loyal.
u Après mon retour de Gotha, je le rencontrais de loin en loin au
Theàter an der Wicn, immédiatement derrière l'orchestre, où le comte
Palffy lui avait donné une place de faveur. Après la représentation,
il m'accompagnait d'ordinaire chez moi, et passait le reste de la soirée
avec nous. Dans ces moments-là, il était souvent très-aimable envers
Doretle (la femme de Spohr) et avec les enfants. Il parlait rarement
musique. Lorsque cela lui arrivait, ses jugements étaient sévères et
formulés d'une manière absolue, comme si toute contradiction était
impossible. Il ne s'intéressait pas le moins du monde aux travaux
d'autrui : aussi n'eus-je jamais le courage de lui montrer les miens.
Un thème favori de conversation était pour lui, à cette époque,
l'administration du prince Lobkowilz et du comte Palffy, dont il
faisait une critique sévère. Contre ce dernier, il s'emportait en injures,
souvent même dans l'enceinte du théâtre, de manière à être entendu
non-seulement du public au sortir de la salle, mais du comte Palffy
lui-même dans son cabinet. Cela me mellait dans un cruel em-
barras, et je m'efforçais de détourner la conversation vers d'autres
sujets.
» La brusquerie parfois choquante dans les manières de Beetho-
ven provenait de la surdité à laquelle il n'avait point encore appris à
se résigner, et trouvait aussi son explication dans sa position gênée.
Il n'était pas économe, et avait de plus le malheur d'ê;re volé par son
entourage. Souvent il manquait même du nécessaire. Dans les premiers
temps de notre liaison, comme il était resté plusieurs jours sans venir
au restaurant, je lui dis : « Vous n'avez pas été malade? —
» C'est ma botte qui était malade, me répondit-il; et comme je
» n'en ai qu'une seule et unique paire, j'étais aux arrêts dans ma
» chambre. »
» Au bout d'un certain temps, ses amis le tirèrent d'embarras.
Fidelio, qui avait clé donné dans des conjonctures fâcheuses, en I8O/1
ou 1805, lors de l'occupation de Vienne par les Français, et avait eu
peu de succès, fut repris par les régisseurs du théâtre Kaernlhner-
Thor pour une représentation à leur bénéfice. Bcelhoven s'était dé-
cidé à écrire une seconde ouverture (celle en mi)-, un lied pour le
geôlier et le grand air de Fidelio (avec cor obligé), et de faire
quelques changements à la partition. Sous celle nouvelle forme,
Fidelio eut un grand succès et une longue suite de représentations.
Le premier soir, le compositeur fut appelé plusieurs fois sur la scène
et fixa de nouveau l'attention du public. Ses amis profitèrent de ce
moment favorable pour organiser un concert à son bénéfice dans la
grande salle des Redoutes, où devaient être exécutées les dernières
œuvres de Beethoven. Tout ce qui savait frotter les cordes d'un instru-
ment, tout ce qui savait souffler dans un cuivre ou dans un bois
quelconque, tout ce qui savait chanter, fut invité à concourir à
cette solennité : parmi les artistes de quelque valeur, pas un ne fit
défaut.
» Mon orchestre et moi, nous prîmes naturellement part au concert,
et pour la première fois je vis Beethoven diriger. Quoiqu'on m'en eût
averti, je n'en fus pas moins extrêmement surpris. Il s'était habitué
à marquer les diverses nuances de l'expression musicale par les mou-
vements les plus bizarres du corps. Quand venait un sforzando, ses
deux bras, qu'il tenait croisés sur la poitrine, s'écartaient violem-
ment. Pour le piano, il se baissait, et d'autant plus bas qu'il voulait
qu'il fût marqué. Quand suivait un crescendo, il se redressait peu à
peu, et au forte, il faisait un bond en l'air; parfois, pour renforcer
le forte, il criait lui-même à travers le bruit, sans le savoir.
» Seyfried, à qui je fis part de mon étonnement, me raconta
un accident tragi-comique, lequel était arrivé au dernier concert de
Beethoven au Theater an der Wien.
» Beethoven jouait sur le piano un nouveau concerto de sa compo-
sition ; mais dès le premier tutti, il oublie qu'il était soliste, s'élance
de son siège et se met à diriger à sa manière. Au premier sforzando,
il projette les bras des deux côtés par un si grand écart, qu'il ren-
verse les deux flambeaux de son pupitre. Le public se mit à rire :
Beethoven fit recommencer le tout. Craignant qu'au même passage
le même accident ne se renouvelât, Seyfried fit placer à côté de
Beethoven deux enfants de chœur, et leur fit tenir les flambeaux.
L'un d'eux s'approche sans défiance, et jette les yeux sur le cahier de
musique ouvert sur le pupitre. Quand le fatal sforzando éclate, l'en-
fant reçoit de la main droile du compositeur un coup si violent que,
dans son effroi, il laisse tomber le flambeau. L'autre, plus prudent
suivait d'un œil attentif tous les mouvements de Beethoven, et il eut
le temps de se baisser pour esquiver le coup. Si la première fois le
public avait ri, celte fois il se laissa aller à une jubilation folle. Là-
dessus, Beethoven entre dans une telle fureur que, dès les premiers
accords du solo, il brisa une douzaine de cordes. Tous les efforts que
firent les véritables amateurs pour rétablir la tranquillité et l'attention
restèrent sans résultat. Le premier allegro du concerto fut donc entiè-
rement perdu pour les auditeurs. Depuis cette catastrophe, Beethoven
ne voulut plus jamais donner de concert.
» Celui qu'avaient organisé ses amis fut des plus fructueux. Aux
nouvelles compositions du maître, on fit un accueil des plus sympa-
thiques, notamment à la symphonie (la septième) ; la deuxième partie,
qui est admirable, fut redemandée : elle fit sur moi une impression
profonde et durable. L'orchestre marcha parfaitement, malgré les ex-
centricités de son chef.
» La salle était, comble, le public applaudissait avec enthousiasme ;
encouragés par ce succès , les amis de Beethoven organisèrent un
deuxième concert, qui produisit une recette presque aussi forte que
le premier. Pour le moment, le compositeur se trouvait donc à l'abri
de la gêne ; toutefois on dit qu'il eut encore à lutter contre des em-
barras financiers plus d'une lois avant sa mort.
» Jusqu'à cette époque on ne remarqua chez lui aucune trace d'épui-
sement de la force productive ; mais la surdité dont il était affligé
allant toujours en croissant, son imagination dut s'en ressentir. Ses
aspirations à l'originalité ne pouvaient plus, comme auparavant, être
dirigées par l'ouïe. Faut-il donc s'étonner que ses productions soient
devenues de jour en jour plus baroques, plus incohérentes et plus
inintelligibles ! A la vérité, il y a des gens qui croient les compren-
dre, et, clans leur joie, les placent bien au-dessus de ses œuvres précé-
252
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
dénies. Je ne suis pas du nombre, et j'avoue sans détour n'avoir
jamais pu goûter les dernières compositions de Beethoven. Dans cette
catégorie, je range même la 9« symphonie, dont, malgré quelques
éclairs de génie, les trois premières parties me semblent de beaucoup
inférieures aux huit symphonies précédentes. Quant a la quatrième
partie, je la trouve tellement monstrueuse, tellement triviale dans la
manière dont l'Ode à la joie, de Schiller, y est comprise, que j'en
suis encore à me demander comment un tel génie a pu l'écrire ! C'est
pour moi une preuve de plus de l'absence de goût, de sentiment du
beau que j'avais remarqué déjà chez Beethoven à Vienne.
» Louis SPOHR. »
REVUE CRITIQUE.
OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DD PLAIN-CHANT.
(4e et dernier article) (1).
M. Wackenthaler, depuis longues années maître de chapelle et or-
ganiste de la cathédrale de Strasbourg, est un artiste de haut mérite
qui vient d'apporter à l'accompagnemeut du plain-chant le tribut de
son talent et de son expérience. Il ne fait d'ailleurs, qu'exposer la pra-
tique traditionnelle et les règles données, comme il le dit, par des
hommes qu'on peut citer comme autorité : c'est celle des organistes
allemands, tant luthériens que catholiques. Elle consiste à ne faire
usage que des accords parfaits majeurs ou mineurs, quelle que soit
d'ailleurs la tonalité et la modalité de la mélodie originaire sur laquelle
on doit traiter l'harmonie, et qui dans ce cas se place à sa partie su-
périeure.
Ce système n'est pas sans inconvénients : à la vérité l'on n'y fait
entendre que les accords les plus purs et les plus harmonieux, mais
on doit avouer aussi que les successions ne sont pas toujours aussi
pures et aussi harmonieuses que les accords; que l'on trouve souvent
l'accord mineur où l'on voudrait l'accord majeur et réciproquement ;
que certaines fausses relations sont inévitables ; que les basses sont le
plus souvent d'une monotonie tout à fait fatigante ; enfin que l'ampleur
même de cette forme d'accompagnement finit par n'être pas agréable
à l'oreille, ainsi que les mets les plus sains et les plus nourrissants
ne tardent pas à laisser le palais sans aucune sensation agréable s'ils
reparaissent chaque jour sur la table.
La marche suivie par l'suteur est, comme je le disais il y a un
instant, fort simple et fort naturelle : il donne successivement la
gamme de chacun des huit modes avec l'harmonie qui leur convient
dans le système qu'il a suivi ; ensuite il examine les cas les plus ordi-
naires dans lesquels se présente telle ou telle note, et donne la ma-
nière de l'accompagner en conséquence.
C'est sans doute par suite d'une distraction que M. Wackenthaler
n'a donné le tableau de l'étendue des modes qu'après, avoir entamé ce-
qui concernait le premier tableau qui aurait dû se montrer dès le
commencement ; c'est, du reste, une faute qui ne tire nullement à
conséquence.
Quand M. Wackenlhaler a établi quel accompagnement doit être
donné à chacune des notes de l'échelle du mode, il fait suivre ces
exemples, qui sont de simples fragments, de ce qu'il appelle des
modèles réalisés, c'est-à-dire des pièces complètes accompagnées
d'après les règles qu'il a posées. Quelquefois, sans remplir les pagej,
M. Vackenthaler ajoute de courts préludes dans le slyle familier aux
organistes allemands, et l'on ne peut, à cet égard, que lui reprocher
sa parcimonie, car toutes ces petites pièces sjnt remarquables par
leur correction et leur élégance.
(1) Voir le n" 2k.
La petite Méthode élémentaire d'harmonisation du plain-chant,
expressément composée pour les commençants sans maîtres, par
Georges Schmitt, organiste de Saint-Sulpice et professeur à l'Ecole de
musique religieuse, est conçue dans un sens fort différent de l'ouvrage
précédent. L'auteur a réellement voulu donner une méthode en la
resserrant dans le moins d'espace possible, et en faisant un livre tel-
lement pratique que les élèves pussent l'étudier et profiter de l'en-
seignemeut tout comme s'ils eussent eu le secours d'un maître.
Il a donc parlé avec une grande précision des gammes, des inter-
valles, des accords et de leurs renversements ; et comme il n'admet
que l'accord parfait et celui de septième dominante, il entre aussitôt
dans une série d'exercices sur ces accords, présentés sous leurs dif-
férentes faces dans les modes majeur et mineur. Chacun de ces exer-
cices est présenté dans les trois positions que peut prendre la main
droite. D'autres exercices suivent et présentent l'accord parfait et ses
renversements avec mélange des trois positions et dans différents
modes. Plus loin, autres exercices du même genre, mais avec intro-
duction de l'accord de septième et de ses renversements. Toutes ces
pièces sont écrites note contre note, à l'exception de quelques pas-
sages des_ dernières, destinés à faire prendre à l'élève ^habitude de
passer deux ou un plus grand nombre de notes de la main droiLe pour
une seule de la main gauche.
Arrivé à ce point, M. Schmitt donne les moyens d'appliquer à l'ac-
compagnement du plain-chant les règles qu'il a posées. 11 passe en
revue les huit gammes du plain-chant et présente pour chaque mode,
d'abord la manière d'hannonisar son échelle tant en dessus qu'en des-
sous, puis des exemples pris dans les livres lithurgiques et revêtus
d'une harmonie à deux, trois ou quatre parties. Quoique le doigté
n'offre aucune difficulté, on en trouve ici l'indication, l'ouvrage étant
destiné à de jeunes élèves qui peuvent n'avoir pas plus de connais-
sance du clavier qu'ils n'en ont de l'harmonie.
D'après ce qui vient d'être dit, on a compris que le système d'ac-
compagnement de M. Schmitt appartient, de même que celui de
M. Jaillet, dont j'ai parlé précédemment, au style moderne, et il faut
bien croire que M. Schmitt a eu de bonnes raisons peur le préférer :
c'est sans doute la facilité d'étude et le besoin de contenter notre
oreille, habituée à l'effet de sa sensible, de la quinte mineure, du
triton, de la septième, etc., qui l'auront déterminé. On doit savoir
en effet que M. Schmitt, qui nous enseigne ici un style moderne, lequel
aux yeux de certains docteurs, équivaut à une morale très-relàchée,
ïst non seulement un très-habile exécutant dans les deux styles, mais
aussi très-bon compositeur dans l'un et l'autre ; et il faut bien qu'il en
soit ainsi, puisque les morceaux de sa façon qu'il a. publiés dans son
beau Musée de l'organiste (1) dont j'ai plusieurs fois parlé dans la
Gazelle, s'y trouvent associés à ceux des plus grands compositeurs
et organistes classiques et modernes, et occupent leur place sans jar
mais faire mauvaise figure. Dire cela, n'est-pas en faire le plus bel
éloge î
Adrien de LA FAGE.
BIBLIOGRAPHIE MUSICALE.
S. l'onrr de Léon. — Mélodie irlandaise de l'opéra de Maria,
transcrite cl varice pour piano.
Dans le grand nombre de transcriptions qui ont été inspirées par le
charmant opéra do M. de rlotow, il y aurait injustice à ne pas si-
gnaler d'une manière toute spéciale les jolies variations que le pia-
niste liavrais, Ponce de Léon, a composées sur la Mélodie irlandaise,
qui est à juste titre regardée comme la perle de cette partition.
(1) Le nfusc'c de l'organiste, 100 morceaux d'orgue classiques et modernes, rédi-
ges par Georges Schmitt; Ouvrage terminé.
de paris;
253
C'est un morceau d'étude qui exige déjà une certaine force, m?is
sans être inabordable pour les élèves qui ont surmonté les
premières difficultés de l'instrument. A vrai dire, ses développe-
ments sont extrêmement modestes, et se bornent à une seule et
unique modification du thème. Mais ce petit morceau est écrit avec
un goût parfait, avec un soin extrême, et porte la trace des qua-
lités estimables qui ont fait avantageusement connaître, comme
professeur, comme exécutant et comme compositeur, le pianiste
de S. M. la reine douairière d'Espagne.
Talon. — Quinzième grand solo pour la flûte, avec accompagnement
de deux violons, alto et basse, ou de piano.
Le nom de Tulou est une recommandatbn suffisante pour tonte
œuvre dont il décore le frontispice, et devrait nous dispenser
d'ajouter aucun commentaire à l'annonce d'un morceau placé sous
son artistique patronage. Kous pensons toutefois que les personnes
qui font leur spécialité de l'instrument auquel Tulou à dû son
immense réputation, nous sauront gré des quelques lignes que nous
consacrerons ici à la louange du dernier solo que l'habile profes-
seur a composé pour les concours du Conservatoire. L'heure de la
retraite qui vient de sonner pour lui, après de si longs et de si
nombreux services, et qui lui a fait céder sa classe à Dorus, son
digne élève, prête à ce morceau l'apparence d'un souvenir légué
par le maître aux disciples dont il se sépare. Aussi n'en semb'e t-il
que plus précieux, et doit-il être recommandé plus particulièrement
aux artistes chez qui la mémoire de Tulou n'est pas destinée à mou-
rir avec son enseignement. Ce quinzième solo, que le professeur-
virtuose, avec moins de modestie, aurait pu appeler un concerto,
renferme en abrégé tous les effets de mécanisme et d'expression qui
sont du domaine de la flûte. Quoi de plus gracieux que les divers
motifs de la première rentrée, et de plus charmant que l'andanté
six-huit de la seconde? Ge n'est pas avec les éléments variés qui
se succèdent dans ce morceau et surtout dans sa brillante péro-
raison que les élèves admis au concours pourraient courir le ris-
que d'assoupir l'aréopage chargé de les juger La jeunesse et la
sève de l'inspiration sous laquelle il a été écrit nous font espérer
que, si Tulou a définitivement renoncé au professorat officiel, il n'a
pas dit du moins son dernier mot comme compositeur.
CIi. Dancla. '■ — Sixième pltit air varié pour violon, avec
accompagnement de piano.
Il est bien peu de maîtres qui se dévouent à l'instruction de leurs
élèves avec une plus compf te abnégation, et en même temps avec
une plus louable sagacité que Ch. Dancla, le jeune et habile profes-
seur du Conservatoire. Lorsqu'il pourrait sans peine aborder un genre
de composition plus sérieux et plus profitable, il consacre une bonne
part de ses inspirations aux progrès de l'enseignement élémentaire.
On trouve un peu de tout d.ms son œuvre déjà considérable : une
méthode, des études mélodiques, caractéristiques, des duos pour
violons, des duos concertants pour violon et piano, des quatuors,
des symphonies et un très-joli choix d'airs variés. Les six derniers
qu'il a livrés au public, et qui sont d'une exécution facile, ont pour
thèmes de charmants motifs choisis dans les opéra de Pacini, de
liossini, de fiellini, de Donizetti, de Boïeldieu et de Mercadante.
Il sont paru successivement, et les cinq premiers ont été accueillis
avec une faveur que le sixième ne peut manquer de partager. Le
thème, emprunté à Mercadante, est un cantubde très-simple et ce-
pendant très-expressif, un de ces chants qui vont à l'àme, et qu'on
ne peut oublier dès qu'on ies a entendus II donne lieu à trois
variations d'un caractère distinct, et dont la dernière est même
d'un effet brillant. L'accompagnement de piano "st également d'une
grande facilité, ot sauf dans une courte introducion ou dans des
ritournelles de quatre mesures, il s'efface tout à fait devant la
partie principale. La précaution e-t excellente pour ne jamais
manquer d'accompagnateurs, réclamât-on leurs secours à l'impro-
viste.
Y.
Il existe certains talents modestes et timides, lesquels, ignorant la
maxime si pratiquée de nos jours : Que le savoir-faire vaut souvent
mieux gve le savoir, se tiennent en dehors de la réclame et de l'in-
trigue, laissant au temps ou au hasard le soin de les produire un jour
et de les faire arriver. Travailleurs infatigables, ne vivant que pour
l'étude et le perfectionnement de leur art, ils polissent leur œuvre
avec une patience que rien ne peut rebuter. Aussi, lorsque le mo-
ment est venu, le public est-il tout étonné de se trouver en face d'une
célébrité dont la veille encore il ne soupçonnait pas l'existence, et de
lire une belle page de plus. M. Magnus est une de ces natures rares
qui, renfermant tout ce qui constitue le véritable mérite et mène à la
célébrité, semblent s'ignorer elles-mêmes. Virtuose d'une grande force
M. Magnus s'est livré à la composition, et la science musicale a été
pour lui l'objet des études les plus consciencieuses. C'est à Londres,
au commencement de la saison, qu'il s'est révélé par deux morceaux
composés sur les Huguenots et sur Dinorah; les Anglais ont acclamé
ces deux œuvres magistrales avec l'enthousiasme qui distingue nos
voisins d'outre-Manche, et le jeune auteur a dû les jouer à maintes
reprises dans tous les concerts où il s'est fait entendre. M. Magnus ne
pouvait s'inspirer mieux que des chefs-d'œuvre de Meyerbeer : aussi
lui ont-ils porté bonheur et l'ont-ils désormais classé dans les hautes
sphères artistiques. Son Grand caprice sur les Huguenots, qu'il vient
de livrer à l'impression, est une des œuvres les plus distinguées qui
aient paru sur cet opéra ; et quant à la fantaisie sur Dinorah, qui ne
verra le jour que 1 hiver prochain, nous pouvons la donner comme
admirablement traitée et reproduisant de la façon la plus originale et
la plus heureuse les délicieuses mélodies de Meyerbeer.
S. D.
KOWELLES.
H.*t Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été donnée trois fois
dans la dernière semaine.
,', On a mis à l'étude la repri-e du Prophète, qui sera chanté par
Mme Tedesco et dueymard. — Michot doit incessamment s'essayer dans
le rôle de Raoul, des Huguenots.
„,% La semaine a été fructueuse pour l'Opéra-Comique. Roger et
lime Ugalde ont alterné dans les représentations de la Dame blanche, de
l-alatée et de l' ambassadrice , et chaque fois le public a rempli la salle,
prodiguant à l'un et à l'autre de ces artistes aimés les plus chaleureux
applaudissements. Un début a eu lieu en outre : celui de M. Laget,
longtemps applaudi à Toulouse, et qui a paru dimanche dans le rôle de
Tracolin, du Toréador, i,!. Laget possède des qualités réelles, mais en
même temps des habitudes de province dont il devra se débarrasser. Il
faudra, d'ailleurs, avant de le juger, l'entendre clans des rôles plus im-
portants.
„*„ Le succès obtmu au théâtre de l'Opéra-Comique par Roger et
Mme Ugalde a fait ajourner pour quelque temps encore la première re-
présentation du Petit Chaperon rouge.
*** Roger, avant son départ très-prochain pour Bade, chantera le
Domino noir avec Mme Ugalde.
„** Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout
genre, pendant le mois de juin dernier, se sont élevées à 1,020,170 fr.
22 centimes.
„% Mlle Emy Lagrua est attendue sous peu de jours à Paris, où elle
passera six semaines, après quoi elle retournera à Saint-Pétersbourg pour
remplir le brillant engagement qui ly rappelle pour deux ans. Les
représentations qu'elle vient ne donner â Pesth, où une partie de la
troupe du théâtre de Vienne s'était rendue après la clôture de l'Opéra,
ont été pour la célèbre cantatrice l'occasion de nouveaux triomphes. La
Aoruia et Léonora, du Trovat re, rôles dans lesquels elle a déployé la
puissance dramatique, la magnifique voix et le grand style qui la distin-
guent â un si haut degré, ont provoqué les bravos enthousiastes de la
salle, et ce n'est pas sans un sensible regret que les amateurs de Pesth
ont vu réduites â un si petit nombre les représentations données par
M. Salvi.
t*t Mme Charton-Demeur vient do contracter, pour la saison pro-
chaine, un brillant engagement au théâtre de l'Oriente â Madrid.
t*t M. et Mme Barbot viennent d'être engagés pour la saison d'automne
au théâtre de Bologne, où se trouvera également Mme Borghi-Mamo.
Le directeur monte pour eux le Prophète, dans lequel Mme Borghi-Mamo
254
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
chantera le rôle de Fidès, Mme Barbot celui de Bertha, et son mari celui
de Jean de Leyde.
*** Dans un beau concert donné à Lille au bénéfice d'un artiste,
Mme Arnold, cantatrice distinguée de cette ville, s'est fait remarquer
et chaleureusement applaudir par la manière dont elle a chanté l'air de
l'Ombre, du Pardon de Ploërmel. Plusieurs artistes et amateurs ont con-
couru à cette œuvre, de bienfaisance.
»*„ Les journaux italiens, en donnant la liste des chanteurs engagés
au théâtre Carcano de Milan, annoncent que le premier ouvrage qui y
sera monté est le Prophète, de Meyerbeer.
„% Le maestro Pacini vient do terminer un opéra-bouffe, le Muletier
de Tolède, sur les paroles du poète Concetti, et il travaille à un autre
opéra, Berta, sur un libretlo de Piave.
„% M. Merelli fils vient d'ajouter à sa troupe Mlle Trebelli, dont nous
avons fait connaître les succès récents à Madrid.
„*„ Mme Miolan-Carvalho vient d'être engagée par le directeur des
théâtres royaux de Berlin pour chanter douze fois pendant le mois de
septembre.
„,*„ Le célèbre Moschelès, à qui l'école du piano est redevable de si
grands progrès, est en ce moment à Paris, où il compte passer une quin-
zaine de jours.
„*„ Litolff est à Wiesbade, occupé à organiser un festival musical qui
aura Heu le 24 août.
.*, Une pianiste irlandaise d'un grand talent, Mlle Flynn, de Dublin,
vient d'arriver à Paris.
„.% Un artiste qui a beaucoup de succès à la Havane, le baryton Flo-
renza, vient d'arriver à Paris.
.*,. Nous recommandons à l'attention des amateurs une fort jolie mé-
lodie de M. Edmond Cottin, composée sur les paroles de M. Francis
Tourte et dédiée a M. Grégory.Ganesco. Elle a pour titre VEtoile du pê-
cheur.
,*, M. Soriano Nuertes vient do publier la dernière livraison de son
Histoire de musique espagnole, depuis l'arrivée des Phéniciens jusqu'à Vannée
1850. Nous rendrons prochainement compte de cet important ouvrage
qui nous donne des renseignements sur la musique d'un pays que, jus-
qu'à présent, on a fort peu connu sous ce rapport.
„% Henri Ketten, après s'être fait entendre et applaudir dans son
concert, donné à Londres dans llanover square room, a été appelé à
Osborne' devant la reine. D'abord il y a joué d'une manière admirable
une valse de Chopin et un morceau d'Alkan, et, sur la demande de
Sa Majesté, il a dû exécuter plusieurs de ses propres compositions iné-
dites ou improvisées. Le prince Albert ayant choisi quelques thèmes
d'Auber, Ketten a improvisé une grande fantaisie de manière à surpren-
dre et -a charmer ses augustes auditeurs.
% En parlant dimanche dernier d'une fantaisie sur les motifs du
Prophète, exécutée avec d'autres morceaux nouveaux aux concerts
Musard.'nous avons dit qu'elle avait pour auteur M. Cohen, lauréat du
Conservatoire ; mais il faut lire, M. Léonce Cohen, lauréat de l'Institut,
qui a obtenu le grand prix de Rome et donné une opérette au théâtre
des Bouffes-Parisiens.
*„ Les éditeurs du Ménestrel viennent d'acquérir la propriété de la
Sémiramis, de Rossini, traduction française de Méry. Ils vont en consé-
quence,— indépendamment des airs détachés pour chant, des transcrip-
tions, arrangements et morceaux de danse pour piano,— publier la parti-
tion de Sémiramis avec paroles françaises, récitatifs, airs de ballet, points
d'orgue et tous autres détails conformes à la représentation de l'Opéra.
Cette édition-modèle, grand in-8°, revue et corrigée avec un soin reli-
gieux, sera gravée largement sur planches dites du Conservatoire, et les
cinq cents premiers exemplaires, imprimés sur papier vélin, ornés du
portrait de Rossini, seront réservés aux premiers souscripteurs.— On
souscrit au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. Prix net de la partition, piano
et chant : 20 francs (franco).
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
,*, Londres, 12 juillet. — Le théâtre de Covent-Garden vient enfin de
donner le Prophète : Tamberlick y a fait un début triomphal : Mlle Czil-
lag chantait le rôle de Fides, Mme Corbari celui de Bertha ; Mlle Zina
dansait dans le divertissement. Dernièrement, le Barbier de Séoille, de
Rossini, et l'Orphie, de Gluck ont été joués dans une môme soirée. —
Au théâtre de Sa Majesté, M. Smith, l'habile directeur, fait aussi des
merveilles, et la brillante revanche par lui donnée à Weber en repre-
nant son Oberon, porte ses fruits. Il est vrai que cette reprise équivaut à
une pièce nouvelle. Oberon a été revu, corrigé, diminué de prose, enrichi
de musique, dont les autres ouvrages de Weber ont fait les frais. C'est
à la main habile et savante de M. Benediet que ces additions heureuses
sont dues: il a emprunté quatre morceaux à Eunjanthe pour en enrichir
Oberon, notamment les traits brillants qui appartiennent au finale du
premier de ces opéras, et un duo très-remarquable. La partition
ainsi complétée a pour interprètes : d'abord, Mlle Titjens, la meil-
leure Rezia possible, et puis Mongini, Belart, Gassier, Everardi et
Mme Alboni, qui disent, comme on ne l'a jamais dit, le duo de la Garonne.
Mmes Vaneri et Lemaire achèvent l'ensemble et concourent à ce succès
vraiment productif. Oberon remplit seul le spectacle et la salle. La mise
en scène est admirable. Depuis l' Enfant prodigue d'Auber, on n'a rien vu
de si riche, de si éblouissant, de si varié dans aucun opéra ni ballet.
— Les concerts populaires du lundi ont commencé. Le premier était
dédié â Beethoven, le second à Mozart, le troisième à tous les grands
maîtres, quoique sur le programme tous leurs noms n'eussent pas trouvé
place. Le succès de ces concerts est tout à fait sans précédent. — L'a
fantaisie de Léopold de Meyer sur les thèmes de Dinorah obtient sur les
pianos le même succès que l'air de l'Ombre avec toutes les voix qui le
chantent dans tous les concerts. Le pianiste-lion, comme l'appelle Ber-
lioz, a lui-même délicieusement improvisé sur cet air dans une ma-
tinée musicale donnée par M. Deprét. — 13 juillet. La clôture de
la saison régulière pour le théâtre de Sa Majesté a eu lieu par une
représentation extraordinaire dans laquelle, outre l'exécution de Lu-
crèce Bôrgia, la célèbre danseuse, Mme Ferraris, et la première chan-
teuse de l'Opéra-Comique, Mme Cabel, faisaient leur réapparition à
Londres : la première dans un ballet-divertissement, et la seconde en
chantant le fameux air de l'Ombre, de Dinorah. — Mme Ferraris a ob-
tenu un succès que lui assurera toujours son immense talent. — Quant à
Mme Cabel, quoique l'idée de présenter pour la première fois une
artiste d'un mérite aussi éminent, à onze heures et demie passées,
a un auditoire déjà fatigué d'une séance de trois heures, ne fût pas plus
heureuse que celle de la faire paraître dans une seule scène d'une œuvre
qu'elle joue tout entière avec une remarquable perfection, néanmoins le
public a fait à la célèbre cantatrice française l'accueil le plus cordial, et
s'est montré enchanté de la revoir. L'exécution de l'air de l'Ombre a
a été de tous points admirable, et les applaudissements les plus en-
thousiastes ont rappelé Mme Cabel sur la scène. Demain soir elle débu-
tera complètement par la Figlia del reggimento.
„,% Bruxelles.— M. de Bériot, le célèbre violoniste, a fait entendre,
l'autre jour, dans une soirée intime, plusieurs fragments d'un opéra-
comique qu'il a composé en Russie, et que M. Gevaert a orchestré. Des
mélodies faciles, beaucoup de fraîcheur et d'originalité, telles sont les
qualités qui distinguent cet ouvrage, reçu, dit-on, à l'Opéra-Comique
de Paris, pour y être joué cet hiver.
t*t Zofmgen (Suisse;. — Le festival d'Argovie a eu lieu le 22 et 23
juin à Zofingen. La Société musicale de cette ville, avec le concours
d'un certain nombre d'artistes d'Argovie, a exécuté Saiil, oratorio de
Ililler. Les chœurs et l'orchestre comptaient trois cents exécutants ; il
y avait quatorze contre-basses et soixante violons. Le lendemain (23
juin) au matin, l'admirable symphonie en ut mineur de Beethoven, a été
dignement exécutée par cent-trente instrumentistes.
a,** Manheim. — La TonhaUe avait mis au concours un prix destiné à
l'auteur de la meilleure partition pour une opérette intitulée l'Anneau
d'amour (Uebesring) ; ce prix a été décerné à M. E. Kraehmer, maître de
chapelle à Augsbourg; M. E. Meth'fessel a obtenu le premier accessit.
Il y avait en tout vingt-quatre concurrents ; les juges du concours
étaient MM. Hetsch, Ililler et V. Lachner. — Le théâtre de la ville a
reçu l'opérette couronnée, Panneau d'amour. — M. Kraehmer écrit en
ce moment la partition d'un opéra-comique en trois actes : le Vétéran.
/„, Andernach (sur le Rhin)- — Le 8 juillet a eu lieu ici un festival
et concours de chant, auquel ont pris part les sociétés vocales de six
villes de première classe, et de vingt et une petites villes et bourgs.
„*, Dresde. — Tichatscheck est de retour. Après avoir fait sa rentrée
dans Rienzi, il a chanté le rôle de Raoul, dans les Huguenots, avec un
grand succès, et a partagé les honneurs de la soirée avec Mme Burdo-
Ney (Valentine), qui est aujourd'hui l'une des plus éminentes cantatrices
de l'Allemagne.
* Francfort-sur-Mein. — La troupe italienne de Merelli donne ici des
représentations qui sont très-suivies ; l'une des plus brillantes a été celle
àeNorma ; la salle était comble.— M. Muller, jusqu'ici directeur de mu-
sique à Munster (Westphalie), vient d'être nommé directeur de la Société
Sainte-Cécile,, en remplacement de Messer, décédé. — Vieuxtemps est
de retour de ses pérégrinations artistiques dans le Nord.
„\ Berlin.— La librairie Stargardt publie le catalogue d'une collection
des plus curieuses, contenant une partie de la succession du professeur
DE PARIS.
255
Dehn, et un certain nombre d'ouvrages anciens sur la théorie de la mu-
sique, par Drescler, Forkel Gerbert, bassus, Lippius, Marpurg, Matheson,
Praetorius et autres. Parmi les autographes, on cite une lettre de Bee-
thoven, une composition de Graun et trois symphonies inédites de
Mozart.
,.*., Vienne. — C'est le 16 juillet que doit commencer la saison alle-
mande ; le personnel de la troupe est à peu près au complet. Parmi les
ouvrages nouveaux qui seront joués dans le cours de la saison, on cite
le Par Ion de Ploe'rmel; puis les Enfants des Landes, opéra en quatre actes,
de Rubinstein ; Wanda, par Doppler ; Aima, par Thomas Loewe ; le
Vaisseau fantôme, par liiehard Wagner. C'est Mlle Frassini qui chantera
le rôle de Dinorah dans le Pardon de Ploermel. JIM. Beck et Walter chan-
teront les rôles de Hoël et de Corentin. La saison allemande s'ouvre,
comme on voit, sous des auspices favorables, et s'annonce comme devant
être des plus intéressantes. M. Forst, régisseur du théâtre Josephstadt,
vient de recevoir le privilège d'une nouvelle salle de spectacle, qui devra
être construite à Funfhaus, de sorte que la capitale de la monarchie au-
trichienne possédera bientôt sept théâtres.
„% Hanovre. — Le roi vient de doubler les appointements du célèbre
violoniste Joachim, directeur des concerts de la cour.
t*t Stockholm. — La saison musicale a été marquée par la présence
de deux artistes illustres à différents titres, Mil. Ole-Bull et "Vieuxtemps.
Ces deux violonistes ont donné des concerts ; mais ceux d'Ole-Bull seuls
ont été très-suivis. Vieuxtemps a donné les siens dans un moment peu
opportun, à l'époque du couronne nent ; toutefois il a été nommé mem-
bre d'honneur de l'Académie de musique et décoré de l'ordre de Wasa.
„*„, Bucharest. — La troupe hongroise d'opéra trouve un excellent ac-
cueil auprès de l'aristocratie walaque : ses représentations sont très-
suivies. Le directeur et sa troupe reçoivent constamment des marques
de sympathie.
„% Pesth. — Le 10 juillet, dernière représentation italienne. Après la
clôture, Salvi doit se rendre à Bergame.
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TABLEAU DE GEN
Op. 94.
ALPHONSE SAX
brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments SaxomnUonïqiics. Invention & la-
quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iuppout officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extrails :
« M. Alplionsc Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des truus d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être
résolu le problème d'tine justesse paiifaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
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Victoire, à Pu
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. 11 portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontest;
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n' 28.
» Knfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
el la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. II. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son.
En vente chez A. Ih'ELMER et Cc, éditeurs,
11, rue Itovgemont.
MUSIQUE DE GS3ANT
MANGEANT.
Les Refrains baroques, ronde 2 50
La Plaine des Vertus, ronde 2 50
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Le Nouveau Pourceaugnac, partition in-8°,
pour piano et chant net 6 »
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Dodo, l'enfant do, romance 2 50
Entrez dans la danse, romance 2 50
Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 50
Madame est sur la sellette, id. 2 50
Pigeon vole, valse-chansonnette 2 50
Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50
Les Maisonnettes, id. 2 50
Monsieur Jeudi, id. 2 50
Fi, le go.urmand, id. 2 50
Les «Ponrs gras «te Madame.
Quadrille pour piano, par
SYLVAIN MANGEANT.
A 2 mains lx 50 — A 4 mains 6 »
Pour orchestre 9 »
CftlTfl TTA facteur de pianos, médaille d'or,
ÙXjUihhlV Exposition 1849; Médaille de X"
classe Exposition universelle 1S55. Spécialité de pia-
nos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Ex-
positions, des récompenses méritées par l'excellence de
ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est
justement établie. Elle vient de mettre en vente un
nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand
format, extra, qui v.a laisse rien a désirer sous le dou-
(Extraildi: rapport officiel au Jury de l'Exposition ble rapport de la quantité et de la qualité du son
universelle de Paris.)
Magasin, rue Alontmnrtrc, ICI.
i™ uietlallle «l'or
Exposition nationale française de 1849.
DÉCORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR
Exposition de 1849.
4™ médaille d'argent
Exposition nationale française de 1844.
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MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET ES BOIS
l-ONDÉE A PARIS EN 1843 PAU
t" médaille
Ex/ osition nationale belge de 1841.
DÉC9IUTI0N DE l» COURONNE DE CHÊNE
de Hollande (1845).
Qrnitile médaille d'or
du Mérite de Prusse (1846).
Fadeur de la Maison militaire de l'Empereur.
BUE SAINT ■ GEORGES, 50
Seule grande médatlie d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (s 855). — Set
(i'nttncit irBeiiat) à l'Exposition universelle de LoB««lres (issmj.
Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale
— Seule grande médaille
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SAXHORNS. SAXOPHONES. TUOMBONES-SAX.
Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ;
invention brevetée en «95».
Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs
clefs; invention brevetée en 1850.
Système d'instruments à pistous ascendants; inv. brev. en 1S5«.
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Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons
ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba.
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Caisses roulautes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales , Cym-
bales, etc., etc.
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BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
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22 Juillet 1800.
ON S'ABONNE I
Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et au*
Bureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT 1
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Départements, Belgique cl Suisse.... 30 -< id-
Étranger 34 " ™.
' Le Journal parait le Dimanche,
GAZETTE MUSICALE
/■j"J"'J\AAATiAaa^-
SOMMA1RE. — Des carillons et cloches, nouvelles recherches (1er article), par
Adrien de I>a Page. — Conservatoire impérial de musique et de déclama-
tion : concours à huis clos. — Biographie universelle des musiciens et biblio-
graphie générale de la musique, par Fétis père (3B article), par Paul
Smith. — Un virtuose à Melbourne, par «I. Ituesberg. — Correspondance:
festival de Mulhouse, cinquième réunion des chanteurs alsaciens, par Auguste
Conïert. — Nouvelles et annonces.
DES CARILLONS ET CLOCHES.
Nouvelles recherches (1).
(Premier article.)
Quelques lecteurs de la Gazette musicale se souviennent peut-
être de plusieurs articles donnés en 1856, où l'on a traité avec une
certaine étendue des carillons et des carillonneurs. Ces articles ayant,
à l'époque à laquelle ils parurent, valu à l'auteur des félicitations
auxquelles, comme bien pensez, il a été fort sensible, il n'a pas
perdu ce sujet de vue , et a recueilli plusieurs documents nou-
veaux dont il se croit obligé de donner communication à ceux qui
avaient si bien accueilli ses précédentes élucubrations.
Avant tout je veux arrêter le sens d'un terme dont il se pourra
que je me serve dans le courant de cet article, et la ebose est d'au-
tant plus nécessaire que l'acception dans laquelle je l'emploierai
est oubliée dans les dictionnaires.
Un bateleur ou balteleur n'est plus pour nous, comme le marque
le Dictionnaire de l'Académie française, qu'un faiseur de tours de
passe-passe, ou, comme le dit l'ancien Dictionnaire comique de Jo-
seph Le Roux, « un charlatan, un opérateur qui vend des drogues
en public sur un théâtre, un tabarin qui fait des bouffonneries sur un
théâtre pour mieux débiter son orviétan. C'est de ce nom, ajoute le
même auteur, qu'on appelle tous les grands parleurs qui vantent
leur mérite ou leurs talents au préjudice de la vérité. » 11 se donne
aussi aux saltimbanques, danseurs de corde, charlatans, joueurs de
farces, etc., et l'on en fait application dans l'occurrence quand on
dit d'un bouffon de société qu'il fait le batteleur , que c'est un
batleleur.
Or tout ceci ne nous apprend pas le sens originaire du mot pris dans
son acception naturelle et reposant sur sa base étymologique. Un bal-
teleur était un carillonnent- qui battait les cloches, c'est-à-dire qui en
agitait le balai pour les faire résonner dans l'ordre voulu.
(1) Voyez la Gazette musicale-, année 1855, p. 351,358, 572,407.
Des cérémonies analogues à celles que l'on pratique lors de l'in-
troduction de cloches nouvelles dans une église étaient aussi en usage
pour les carillons, mais avec moins d'éclat, parce que les fondeurs
apportaient les clochettes toutes fondues et n'opéraient pas sur les
lieux.
Dans les comptes de la paroisse de Saint-Pierre- de-Roye (Somme),
relevés par M. de la Fons-Melicocq, on trouve des renseignements
détaillés sur la dépense faite à l'occasion de trois cloches coulées par
un fondeur nommé maître Jehan, qui, pour son travail comme pour
les plommas (le plombage) et le r/ngrossement de deux petites cloches,
reçoit vingt-six livres seize sols. Pour la plus grosse des trois, nom-
mée Marie, Jehan reçoit douze livres seize sols.
Ce compte nous fait connaître qu'en 1Z|92, époque de la fonte des
cloches, il était d'usage que ceux qui en faisaient les commandes
fissent toutes les fournitures et payassent tous les déboursés quel-
conques qu'occasionnait l'opération , le maître fondeur n'ayant à ré •
clamer que le prix de sa façon.
Les opérations du fondeur commençaient au moment où l'on fai-
sait le moule des cloches et ne se terminaient pas lorsqu'elles avaient
été desobies (déterrées), mais seulement après leur baptême. On four-
nissait au fondeur le métal et la mit3ille (mitraille), l'étain, le fil d'ar-
chal, la terre à mouler, le charbon: on lui payait le loyer du
moule; on lui faisait creuser la fosse, laver les cendres; on lui don-
nait des hommes de peine pour l'aider, lui et ses souffleurs ; on le
nourrissait, lui et son monde, tant que durait le travail ; à plusieurs
reprises on payait le vin, on donnait des gants au maître fondeur et
à son valet, etc. Nous voyons enfin que la chemise des cloches ap-
partenait au fondeur et que cette fois il s'éleva quelques difficultés,
car il fallut la payer h maître Jehan, à qui apparemment elle n'avait
pas été livrée ; on prétendait que cette indemnité regardait les parrain
et marraine, mais ils se refusèrent à cette dépense et il fallut que la
commune y suppléât. Elle dut à cet effet payer vingt-huit sols.
Ce compte est tellement circonstancié que nous y trouvons ce qu'a-
vait coûté l'empesage desdites chemises : la commune en avait été
quitte pour dix-huit deniers. 11 est plus intéressant encore d'y re-
trouver le prix du métal qui était alors de vingt-sept deniers la livre,
celui de la mitraille de dix-huit, celui de l'étain de trois onzains
(trente-trois deniers). Une journée d'homme de peine se payait alors
dix-huit deniers ; la nourriture du fondeur et de tout son monde
était comptée à raison d'une livre par jour. Il est aussi assez remar-
quable que le jour où l'on desobait les cloches, on payait le clergé
de l'église pour qui elles étaient faites.
Les baptêmes de cloches n'étaient pas toujours très-magnifiques,
2D8
REVCK ET GAZETTE MUSICALE
mais on ne manquait cependant jamais d'y boire et d'y manger. Dans
un compte de l'église de Montauban près Arras (Pas- de-Calais), égale-
ment examiné par M. de La Fons-Mélicocq, on voit, à un baptême de
cloches, quatre livres dix sols pour le vin, cervoise (bierre) et acces-
soires payés pour le baptême des clocqs ; on y mange un agneau,
qui coûte vingt-quatre sols, et le cuisinier qui a fait le dîner reçoit
cinq sols trois deniers. Tout porte à croire que les gros personnages
du lieu avaient envoyé en nature le complément du festin. En cette
occasion encore, le doyen qui a baptisé la cloche ne se laisse pas
oublier, et on lui alloue vingt-huit sols.
Bien des raisons me font croire que ce maître Jehan était Jean,
d'Amiens, fondeur de la cloche qui se trouve encore à Rouen dans le
bâtiment appelé la Tour de la grosse horloge, sur le listel de laquelle
son nom est porté ; et puisque j'en suis sur le chapitre des cloches,
qu'on me pardonne sur celle-ci une digression de quelques lignes,
car il y a lieu de faire à son occasion une observation qui n'est pas
dénuée d'intérêt.
11 existait anciennement à Rouen une cloche appelée Rembol ou
Bouvel, que Charles VI prit aux Rouennais pour les punir d'une insur-
rection qui avait éclaté en 1390, et dont il donna le métal à deux de
ses panneLiers.
11 fallut plus tard remplacer cette cloche, ce qui se fit par les soins
de Roger le Feron et des riches habitants de la vide; l'inscription ne
porte point de date, mais doit nécessairement appartenir au xve siècle,
puisque le beffroi, appelé Tour de la grosse horloge, ne fut achevé
qu'en 1398. La cloche qu'il renferme fut dès lors et a toujours été
appelée la cloche d'argent. Pas un bourgeois de la ville qui ne croie,
en conséquence, qu'elle renferme une grande quantité d'argent, et
jusqu'à ces derniers temps, c'eût été une grave irrévérence et même
une véritable injure de témoigner à cet égard la plus légère incer-
titude.
Cependant, il y a quelques années, un chimiste distingué et peu
soucieux des superstitions locales, M. Girardin, voulant s'éclairer une
bonne fois sur la vérité du fait, soumit à l'analyse chimique quelques
grammes de métal enlevés à cette cloche au moyen de la lime, et un
examen attentif lui démontra que sur 100 parties en poids, l'alliage
offrait 71 parties de cuivre, 26 d'étain, 1/8 de zinc, 1/2 de fer. Or, la
plupart des cloches sont fondues dans les proportions de 7«S parties de
cuivre sur 22 d'étain : les autres métaux qu'on y rencontre ne s'y
trouvent qu'accidentellement, et sont introduits soit pour faciliter
l'alliage, soit pour en diminuer le prix, en augmentant les bénéfices du
fondeur.
L'analyse ci-dessus indiquée démontre que la cloche à'argent n'en
contient pas un atome, et il est fort vraisemblable que beaucoup d'au-
tres vieilles cloches, dans lesquelles on prétendait qu'il en était entré
une grande quantité, n'en renferment pas davantage.
Mais, va-t-on dire, comment accorder ce résultat avec le fait bien
notoire et alors très-fréquent de l'apport fait par des personnes ri-
ches, lors de la fonte d'une cloche, de quelques pièces de leur argen-
terie qu'elles précipitaient elles-mêmes dans la matière en fusion, et
que la vanité plus encore que la piété faisait quelquefois monter à des
valeurs considérables ? Comment concilier la soustraction du métal
précieux avec la publicité donnée à la fonte des cloches?
C'est précisément là que j'en voulais arriver. L'explication est des
plus simples.
Quiconque a visité une fonderie sait qu'on y fait usage d'un four-
neau dit à réverbère, dont la partie supérieure présente un trou pra-
tiqué directement au-dessus du foyer ; ce trou, dont on se sert aussi
pour introduire le combustible, est séparé de la sole du four sur
laquelle les matières sont mises en fusion. Dans ladite ouverture était
jeté l'argent qui tombait ainsi, non dans le bronze liquéfié, mais dans
le foyer, d'où il coulait ensuite dans le fond du cendrier. C'était là
que le fondeur savait fort bien le retrouver lorsque la cérémonie était
terminée et l'atelier désert.
C'est sans doute ce qui arriva lorsque la nouvelle cloche destinée
à remplacer le Rouvel fut fondue avec grande pompe, et que tous les
riches bourgeois, croyant augmenter la beauté de son timbre, por-
tèrent de grandes quantités de pièces à'argent qu'ils eurent eux-
mêmes l'honneur de précipiter dans le fourneau, d'où il se rendit di-
rectement dans la cassette de maître Jean, notre honnête fondeur qui,
pour la paix de sa conscience et aussi pour la satisfaction de son
amour-propre, eut, n'en doutez pas, le plaisir d'entendre dire aux
connaisseurs du temps que la beauté du son de la Grosse-Horloge ve-
nait de l'immense quantité de métal précieux qu'elle renfermait, et
de voir s'établir la dénomination de cloche A'argent, nom qui lui
convenait assez, car chacun savait ce qu'elle avait coûté ; le bon Jean,
d'Amiens, savait seul ce qu'elle avait rapporté, et l'on peut croire
que jamais secret ne fut mieux gardé.
Adrien de LA PAGE.
{La suite prochainement .)
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION.
Concours ù liais clos.
Quatre jours de la dernière semaine ont été consacrés aux concours
à huis clos. En voici les résultats dans l'ordre même où ces différents
concours ont eu lieu.
Séance du lundi, 16 juillet.
Ohgue (professeur, M. Benoist). — 1er prix, M. Fissot; 2e premier
prix, M. Chauvet; 2e prix , M. Paladilhe ; 1er accessit, M. Diémer;
2e accessit, M. Péron.
CoNTRE-Poiivr et Fugue. ■ — 1er prix , M. Fissot, élève de M. Am-
broise Thomas; 2e prix, M. Diémer, élève du même; 1" accessit,
M. Roques, élève du même ; 2e accessit, M. Duhot, élève de M. Le-
borne; 3e accessit, M. Goblin, élève du même.
Séance du mardi, 17 juillet.
Solfège. — Premières médailles. — MM. Crongny, élève de M. Ba-
tiste ; Péreuil, jeune, élève de M, Durand ; Allouard, élève de M. Sa-
vard ; Heurard, élève de M. Durand ; Charpentier, élève de M. Savard ;
— Mlles Pointaux, élève de Mlle Raillard ; Cellier, élève de M. Lebel ;
Chœl, élève de M. Batisle ; Laudoux aînée, élève de M. Lebel ; Le-
comte, élève de M. Batiste ; Delage, élève de Mme Maucorps; Cornu,
élève de M. Lebel ; Chart, élève de Mme Maucorps.
Deuxièmes médailles. — MM. Arnoud, élève de M. Durand ; Joly,
élève de M. Batiste ; Suiste, élève du même ; Chaffet, élève de M. Sa-
vard ; Gasser, élève du même. — Mlles Picard, élève de Mlle Mercié-
Porte ; Raux, élève de M. Goblin ; Boutoille, élève de Mme Doumic ;
Davis, élève de M. Lebel ; Rifaut, élève de Mme Mercié-Porte ; Ca-
vailhés, élève de Mme Maucorps ; Girardot, élève de M. Lebel ; Tissot,
élève du même; Riester, élève de Mlle Hersant.
Troisièmes médailles. — MM. Cavalier, élève de M. Batisle ; Bibès,
élève de SI. Henri Duvernoy ; Bautain, élève de M. Jouas ; Wenner,
élève du même. — Mlles Dupire, élève de Mme Maucorps; Anspacher,
élève de M. Lebel ; Connerose, élève de Mlle Raillard ; Malpass,
élève de Mlle Hersant; Mangot, élève de M. Batiste; Creutznach,
élève de Mlle Hersant.
Séance du mercredi 18 juillet.
Coxtue-basse (professeur, M. Labro). — 1er prix, M. Bricard ;
2° prix, M. Héblot ; 1" accessit, M. Baute 3= ; 2e accessit, M. Ber-
nard 2e.
259
Harpe (professeur, M. Prumier). — Pas de premier ni de second
prix; 1er accessit, M. Pickaërt; 2e accessit, Mlle Landoux lre.
Harmonie et accompagnement (classe des hommes ; professeur,
M. Bazin). — 1er prix, M. Hess ; 2e prix, M. Sicg ; 1er accessit,
M. Lepot-Delahaye ; 2e accessit, M. Boulard 2e; 3e accessit, M. Espin
y Perez.— (Classe des femmes.) 1er prix, Mlle Deshays-Meifred,
élève de M. Bienaimé ; 2° prix, Mlle Rouget de Lisle, élève de Mme Du-
fresne ; 1 cr accessit, Mlle Schwab, élève de la même ; 2e accessit,
Mlle Leclercq, élève de M. Bienaimé.
Séance du jeudi 1 9 juillet.
Harmonie. — 1er prix, M. Perrot, élève de M. Reber ; 2e prix,
M. Girard,- élève de M. Elwart; 1er accessit, M. Massenet, élève de
M. Reber; 2e accessit, M. Godefroy, élève du même.
Etude du clavier. — lre mention d'encouragement, Mlle Roulle,
élève de Mme Emile Réty; Mlle Hoffer-Kohler, élève de la même;
2e mention d'encouragement, Mlle Bouteille, élève de Mlle Jousseiin ;
Mlle Irabault, élève de Mme E. Réty.
Demain lundi, les concours publics commenceront et dureront
jusqu'à la fin du mois. En voici l'ordre et la marche : Lundi 23 juillet,
déclamation dramatique, tragédie et comédie ; mardi 24, chant; mer-
credi 25, piano ; jeudi 26, opéra comique ; vendredi 27, violoncelle
et violon ; samedi 28, grand opéra; lundi 30 et mardi 31, instru-
ments à vent.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
ET
atlBIjIOGRA.F'MIE «ÉJttÉRALE 1»E Si A TOUSSAI1 E.
Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié,
Par F.-.B. FETIS.
(3& article) (1).
Nous avons indiqué en termes généraux la méthode suivie par
notre illustre collaborateur pour donner un caraclère entièrement
neuf à son grand et utile ouvrage. Désirant montrer avec quelle force
de volonté savante et laborieuse il avait poursuivi pendant vingt-
cinq ans la tâche qu'il s'était imposée, nous avons choisi l'article
Beethoven, l'un des meilleurs de la première édition sans aucun doute,
et dont néanmoins la valeur ainsi que l'élendue ont plus que doublé
dans la seconde. Le même travail de révision et de transformation
se remarque dans la plupart des articles principaux : nous nous bor-
nerons à citer les suivants : Âaron (Pietro) , Abailard, Agaz-sari,
Agricola (Alexandre), Alday, saint Ambroise, Auber, la famille des
Bach, Bcllini, Beyle, Bischofj, Boccherini, Boely, Bohrer, etc., etc.
Tous ces morceaux se sont enrichis de recherches , d'observations,
et il faut en dire autant de beaucoup d'autres d'importance moindre,
sur lesquels l'attention de Fauteur aurait pu glisser sans encourir
aucun reproche.
Parmi les articles auxquels M. Fétis n'a eu que quelques lignes à
ajouter, comme complément nécrologique et bibliographique, se dis-
tingue celui qu'il avait écrit pour notre célèbre Bai/lot, l'un des chefs
les plus regrettés de l'école française du violon. En effet, cet article
excellent offrait le modèle d'une narration simple, exacte, instructive,
sobre de détails, mais pleine de faits dignes d'être rappelés. Si l'é-
crivain se permettait d'y intervenir personnellement , ce n'était que
pour mieux relever et faire comprendre le mérite de l'artiste dont il
retraçait la vie. Nos lecteurs vont en juger. A l'époque où le ministre
Chaptal posa la première pierre de la bibliothèque et de la grande
salle des concerts (août 1801), M. Fétis était depuis quelques mois
élève du Conservatoire. « La cérémonie, dit-il, fut suivie d'un con-
(1) Voiries n" 11 tt 21.
» cert improvisé. Arrivé depuis peu de ma province, tout était nou-
» veau pour moi; toutefois, bien que fort- ignorant, je comprenais
» par instinct la possibilité du beau, et j'apercevais jusqu'où il pou-
» vait aller. Aussi dois-je avouer que, lorsque j'entendis Rode jouer à
» un concert de Mme Grassini son septième concerto, bien que je
» fusse charmé par ce jeu si élégant, si pur, si brillant et si jeune,
» je ne fus point étonné. J'avais compris d'avance que pour jouer du
» violon avec perfection il fallait en jouer ainsi. Mais j'éprouvai
» dans le même temps deux sensations auxquelles je n'étais pas pré-
» paré, et dont l'ébranlement est encore présent à ma pensée. La
» première fut causée par l'audition de VIphigénie en Tauride, de
» Gluck. Je ne connaissais pas Gluck. Malheureux que j'étais ! Sa
'» musique ne ressemblait à rien de ce que j'avais entendu aupara-
» vant -, c'était un monde nouveau pour moi, et plusieurs mois se
» passèrent avant que je pusse songer à autre chose. Eh bien ! une
» émotion d'un genre aussi neuf pour mon âme fut colle que je res-
» sentis à la séance dont je viens de parler, lorsque j'entendis Bail-
» lot jouer un trio (c'était en fa mineur, je m'en souviens) accompa-
» gné par Rode et par de. Lamare. Là, je compris tout à coup que le
» violon peut être autre chose qu'un instrument bien joué, et sous
» l'impression des accents passionnés de l'artiste, qui m'inondaient
» d'un plaisir inconnu, je me fis tout d'abord l'idée de sa mission et
» de son avenir; mission qu'il a remplie dans toute son étendue,
» avenir qui s'est réalisé tel que je l'avais prévu. »
L'article d'Adam (Adolphe) rentre dans la catégorie de ceux qui ont
dû grandir avec les artistes auxquels ils étaient consacrés. Le bio-
graphe a religieusement constaté les progrès qu'ils ont faits en uu
quart de siècle, et quelquefois il lui est arrivé de modifier les juge-
ments qu'il avait portés sur eux d'après leurs oeuvres primitives.
Sous ce rapport, rien de plus remarquable que le second article écrit
sur Berlioz (Hector), où, malgré les dissidences prononcées qui les
séparent et auxquelles M. Fétis ne renonce pas, le compositeur, le
critique et l'écrivain sont placés à un point de vue tout autre que dans
le premier, et occupent le rang qui appartient à ce que nous connais-
sons de plus élevé dans les régions de l'art, de l'intelligence et de la
renommée.
Ce n'est pas seulement de nos jours ou dans les temps qui s'en
rapprochent que M. Fétis a trouvé des sujets d'articles nouveaux.
L'antiquité la plus reculée lui en a également fourni, comme par
exemple, Alcée, le poëte-musicien, que la première édition avait omis
el que nous restitue la seconde, avec le spécimen du vers aclaeïquc,
dont il fut l'inventeur, et la tradition de ses véhémentes attaques
contre Pittacus, l'un des sept sages de la Grèce, qui ne mérita jamais
mieux ce titre qu'en pardonnant à son ennemi, quand la défaite et la
fuite l'eurent jeté entre ses mains. Les annales de la Perse et de
l'Arabie ont été aussi fouillées, et nous ont donné les noms d'Abou-
Aloufa, auteur d'un Traité de musique pour le chant et les instruments
qu'on joue avec la bouche et aiec les doigts, rapporté en Europe par
Chardin, eld'A/farabi, célèbre philosophe, qui a compris l'art musical
dans ses éludes. L'analyse de l'ouvrage d'Abou-Aloufa contient la
figure du manche de VEoudo, ou luth, avec sa division et les noms
des cordes, ainsi que des cases : sa doctrine est la division de l'octave
en vingt-quatre parties ou quarts de ton : « La musique, dit-il, est une
» ville divisée en quarante-deux quartiers, dont chacun a trente-deux
» rues (circulations ou gammes) ; d'où il suit que le nombre de mo-
» des fondamentaux et dérivés de la musique persane est de treize cent
» quarante-quatre. »
En retouchant l'article de la célèbre cantatrice Aguiari, dont par-
lent les lettres de Mozart père et fils, M. Fétis a jugé à propos d'y
insérer le spécimen que Wolfgang donne d'un trait exécuté par h
voix prodigieuse de cette artiste, connue alors sous le nom de la
Uastardella, parce qu'elle était fille naturelle d'un grand seigneur.
Son père la lit élever dans un couvent, où elle reçut des leçons de
260
REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE
chant de l'abbé Lambertini. En 1764, elle débuta à Florence, et en-
viron dix ans après elle fut appelée à Londres par les propriétaires
du Panthéon, où se donnaient alors les concerts que patronnait l'aris-
tocratie. « Les entrepreneurs, dit le biographe, consentirent à lui
» payer l'énorme somme de cent livres sterling par soirée (2,500 fr.),
» quoiqu'elle n'eût voulu s'engager qu'à chanter deux morceaux dans
» chaque concert. » Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil, ni
sous le lustre des théâtres ! La gamme a eu ses acrobates longtemps
avant que le Niagara rencontrât ses Blondin!
La seconde édition de la Biographie universelle des musiciens n'en
est qu'à son premier tome : nous avons toute la lettre A ; mais la lettre B
n'est pas épuisée, et déjà nous pouvons citer une foule de noms nou-
veaux que la première édition avait laissés dans l'ombre, soit qu'ils
n'eussent pas encore mérité d'en sortir, soit que par une distraction
bien involontaire on les eût oubliés. Voici dans le nombre plusieurs
articles que nous remarquons : Alard (Delphin), notre célèbre vio-
loniste ; Alizard, le chanteur; Alary (Jules), le compositeur et le
professeur; Albertaszi (Emma); Alboni, Altès, Adorno, Balfe, Bar-
roilhet, Bassi (Louis), Ba«a (Alexandre), Battanchon,Bazin(François),
Bazzini, Beaulieu, élève de Méhul, l'un des premiers pensionnaires de
Rome et le fondateur de V Association musicale de l'Ouest ; Bêcher, le
docteur et le compositeur qui périt si malheureusement ; les deux Bêc-
her, l'organiste et le professeur, le compositeur et le musicologue ;
Bennali, le médecin de la voix humaine; Blanchard, notre ancien
collaborateur; le baron Blein, Blondeau , Blvmenlhal, Bocquillon-
Wilhem, le créateur de l'Orphéon. Toutes les notices qui se rappor-
tent à ces noms, traitées avec un soin extrême, abondent en faits,
en anecdotes, en détails, dont l'histoire de la musique moderne fera
son profit, et qui, en attendant, répondront à la curiosité naturelle de
tous les lecteurs, artistes et gens du monde.
Quant à nous, au lieu d'en détacher quelques lambeaux pour jus-
tifier l'éloge que nous décernons à l'œuvre totale, nous choisirons
parmi ces notices, et nous en reproduirons quelques-unes dans les
colonnes de ce journal, persuadé qu'en pareille occurrence, afin de
ne pas se répéter sans cesse, et de rendre à un écrivain, à un artiste,
à un savant de l'ordre le plus élevé ce qu'il a droit de demander à ses
juges, la plus juste et la plus sure façon de louer, c'est de citer.
Paul SMITH.
UN VIRTUOSE À MELBOURNE ">.
Melbourne, dont la population s'élève à près de 150,000 âmes, est
située au centre de la colonie Victoria : c'est la capitale de tout le
district. Un boulevard partant du port la traverse dans toute sa lon-
gueur : il est coupé à angles droits par de belles rues larges et tirées
au cordeau, avec des hôtels splendidement meublés et des maisons
comme des palais qui viennent de sortir de- terre. On y travaillait
encore çà et là : c'était la toiture qui manquait ou les cadres des
fenêtres ou les lambris; et dans ces demeures inachevées on trouvait
déjà des appartements pourvus de lourds rideaux de damas, de
glaces, etc., tant on avait hâte de s'y établir. Des milliers d'individus
de toute sorte de couleurs, de races et de costumes, aux physionomies
les plus diversement bizarres, se pressaient au milieu du bruit inces-
sant des équipages, des omnibus, des camions ; c'était un vacarme
qui durait nuit et jour, pareil au sourd roulement de la mer : c'était à
donner le vertige au voyageur récemment débarqué.
J'avais employé plusieurs heures à parcourir la ville, et j'avais
trouvé partout la même activité, le même bruit. Le soleil allait se
coucher lorsque je rentrai à l'hôtel, où j'attendais le ténor qui, pen-
dant ce temps, avait couru chez tous les journalistes, t;hez tous les
(l) Pérégrination d'un virtuose autrichien. Tome II. Leipsig, 1859.
directeurs de spectacles et chez les chefs de toutes les sociétés mu-
sicales, pour régler les préparatifs du concert qui offraient de grandes
difficultés. En effet toute une nuée de chanteurs, de cantatrices, de
virtuoses , de danseuses s'était abattue sur la ville et avait loué
toutes les salles de concert ou les avait retenues pour plusieurs se-
maines à l'avance.
Voici la relation exacte de la première représentation théâtrale à
laquelle j'assistai à Melbourne ; j'y fis la connaissance d'un nouvel
opéra de Balfe, intitulé la Fée Kéolanthe. L'opéra est fort couru ; la
décoration de la salle est d'une richesse éblouissante. A l'amphi-
théâtre des premières se tiennent les ladies du haut parage qui,
dans leur pruderie toute anglaise, dans leur austérité puritaine que
jamais ne vient éclairer un sourire, restent là roides et immobiles, et
semblent rivées à leur place. Au contraire les gentlemen ne se gênent
guères : à demi-couchés sur leur siège, dans une nonchalance dé-
daigneuse, ils fument leur cigare et lorgnent les loges du premier
rang, sans s'inquiéter le moins du monde de ce qui se passe sur la
scène. Les loges, où, il faut le dire, jamais une véritable lady ne met
le pied, sont le paradis des houris du demi-monde ; encadrées dans de
belles tentures de velours nacarat, inondées de la lumière éblouis-
sante du gaz et entourées d'un cercle d'adorateurs, vous y voyez les
beautés aventurières de tous les pays : des Françaises, des Espagnoles,
des Créoles, les unes fières et hardies sous leur costume Bloomer, les
autres pour la plupart magnifiquement accoutrées, couvertes de fleurs
et de dentelles, étincelantes de pierreries : elles se penchent à la ba-
lustrade, prennent des attitudes provoquantes, fument le panatellas,
jasent et rient, ou font jouer l'éventail dont elles pourraient très-bien
se passer, le plus grand nombre de ces dames ne rougissant plus.
L'opéra de Balfe, véritable caravansérail de tous les lieux communs
de la musique, était bien ce qu'il fallait à un pareil auditoire. L'or-
chestre était un chaos: chanteurs et chanteuses détonnaient à l'envi,
criaient la fin de leurs morceaux à tue-tête avec accompagnement de
fanfares et au milieu d'un tonnerre d'applaudissements. Le ténor
était ce qu'il y avait de plus supportable par la raison qu'il n'avait
pas de voix, mais la basse- taille parcourut consciencieusement, pr.r
ordre alphabétique, toute la série des défauts et des balourdises d'un
mauvais chanteur. Quant aux dames, elles n'avaient aucune méthode;
leur unique ressource était le trémolo et toujours le trémolo.
Toutes les salles étant louées , comme je l'ai dit plus haut , il ne
me restait plus d'autre ressource que de me mettre à la merci d'un
directeur de spectacle, envers lequel je pris l'engagement de jouer
pendant douze soirées consécutives , à partir des derniers jours du
mois de mai. J'avais été précédé à Melbourne d'une réputation déjà
ancienne, et pendant plus de six semaines les journaux de la ville
s'étaient occupés de moi ; aussi à mon premier concert on étouffait
dans la salle. Selon la mode du pays, un ballet précéda la solennité
musicale. Au lever de la toile, une Française svelte, douée d'une gracilité
élégante de formes et de la physionomie la plus piquante, vint bondir
sur la scène en faisant voltiger coquettement sa courte jupe de den-
telles ; une explosion d'applaudissements accueillit cette gracieuse
apparition, et l'orchestre, qui traduisait très -habilement ses pirouettes
et ses entrechats, finit par lui donner une salve étourdissante de trom-
pettes et de timbales. Mais voilà qu'il survient une créole dans toule
la splendeur juvénile de la beauté, avec une richesse voluptueuse de
formes et des yeux ravissants, grands, langoureux et du plus beau noir:
un cri d'enthousiasme salue la nouvelle venue, et les deux ballerines se
disputent les honneurs de la soirée dans une tarentelle échevelée.
Au milieu de la lutte, la Française glisse et tombe ; la créole accourt
pour la relever; d'un bond sa rivale se dresse sur ses jambes, fond,
la main haute, sur sa trop compatissante camarade, et en pleine scène,
aux yeux du public, lui applique un vigoureux soufflet.
Ivres de haine et de colère, les deux femmes s'attaquent et se pren-
nent aux cheveux au milieu des vociférations et des rires joyeux
DE PARIS.
261
du poulailler . Le public resta spectateur assez indifférent de ce com-
bat singulier jusqu'à ce qu'on fût obligé d'emporter la créole évanouie.
Ses partisans voulurent faire arrêter celle à qui était restée la victoire;
mais elle aussi avait ses amis qui accoururent à sa défense : alors se
livra un véritable assaut: une partie du parterre s'élance sur la scène,
en franchissant l'orchestre ; les basses, les violons sont brisés ; des
nuages de poussière s'élèvent dans la salle, les femmes poussent des
cris au milieu de la foule ; je prends mon violon à deux mains et me
sauve à toutes jambes, comme si le diable et tout l'enfer étaient dé-
chaînés contre moi, jusqu'à mon hôtel, trop heureux d'avoir atteint le
port et de me voir à l'abri de la tempête; je me jette hors d'ha-
leine dans un fauteuil, et j'allume mon cigare que j'aspire avec
bonheur. « Adieu Melbourne, demain je pars, » m'écriai-je en m'élan-
çant de mon siège. « Vous partez, s'écria le directeur de spectacle,
qui venait d'entrer chez moi, et avait entendu ces dernières paroles,
mais sachez, par le diable, que je m'y oppose, » me cria-t-il dans l'o-
reille d'une voix éclatante et il me présenta notre traité : «Voyez, c'est
votre signature ; vous ne m'échapperez pas. » Je le suppliai de me
faire grâce au moins pour ce jour-là, les tempes me battaient, j'éprou-
vais des maux de cœur : il fut sans pitié, le bourreau , il me dit que le
public demandait à cor et à cri que le concert commençât, sinon il
fallait rembourser l'argent, et on menaçait de démolir la salle. Je dus
le suivre.
Un effroyable vacarme accueillit mon entrée, et je ne pus me
défendre d'une vive anxiété. L'ouverture de Don Juan devait ouvrir
la solennité ; mais les instruments étaient brisés, les artistes avaient
fui, le chef d'orchestre avait gagné le large, et le sigaor Potesini vint
faire des excuses. Toutefois le calme ne se rétablit que sur la pro-
messe du directeur de faire exécuter l'ouverture de Don Juan. A mi-
nuit enfin je montai sur l'estrade ; quand, après un profond salut,
je me fus mis à la tête du corps de musique, je vis toutes les lorgnettes
et tous les binocles se braquer sur moi. Au moment où je donnai le
signal, un constable parut sur la scène armé de son bâton blanc et
ordonna la fermeture du théâtre au nom du gouverneur. La salle se
remplit de soldats de la colonie, et cinq minutes après le parterre
était désert. Dans tout Melbourne il n'y avait pas de plus heureux
mortel que moi en ce moment.
Le lendemain, les journaux de Melbourne adressèrent une verte ré-
primande au public. « Que pensera de nous l'Europe, le inonde civi-
lisé, (lisait entre autres V Argus, si des artistes qui viennent chez nous
en bravant les périls d'une navigation sur l'Océan, sont si peu honorés ?
si l'art est avili à ce point ? » Ces paroles firent impression ; le len-
demain je jouai au milieu des marques les plus flatteuses de sym-
pathie et d'estime.
La colonie Victoria, fondée en Australie, il y a vingt- deux ans, a
aujourd'hui, d'après les documents officiels, un revenu annuel de
75 millions de francs.
J. DUESBERG.
CORRESPONDANCE.
Festival de Mulhouse.
Cinquième réunion des chanteurs alsaciens.
Loin de s'endormir sur leurs lauriers d'outre-Manche, les vaillants
orphéonistes d'Alsace et des départements limitrophes accouraient en
foule samedi passé, là juillet, à Mulhouse, pour fêter leur cinquième
réunion. Il y avait en tout trente-quatre sociétés françaises, puis le
Kirchen-musikgesanr gercin de Mayence, et des députations de Zurich,
Francfort, Lahr et Fribourg en Brisgau; total, 1,200 chanteurs.
La ville de Mulhouse, ce Manchester français, a grandiosement fait les
choses; il n'y a qu'une voix de la part de tous ses hôtes pour louer l'ac-
cueil magnifique qui leur avait été réservé, et élever aux nues l'hospi-
talité mulhousienne ; l'on sait du reste depuis longtemps que l'hospi-
talité la plus patriarcale est une vertu classique de l'Alsace.
Dimanche, à une heure, après avoir été présentés aux autorités de Mul-
house, les chanteurs réunis en un cortège vraiment imposant, se ren-
dirent musique en tête à la loge du festival, en parcourant les rues de
la ville, toutes décorées et pavoisées avec un goût exquis, et excitant
partout sur leur pa-sage le plus vif enthousiasme ; les bouquets pleuvaient
de toutes parts!
A trois heures, commençait le concert vocal sous la direction de
M. Liebé, le savant professeur de Strasbourg. Sans donner une analyse
détaillée de tous les chœurs, nous citerons les principaux: le Salut aux
chanteurs, de M. Heyberger, musicien distingué de Mulhouse, a digne-
ment ouvert la séance; les paroles dues à M. Davin, l'infatigable secré-
taire du Comité local, sont des plus poétiques, aussi nos lecteurs nous
permettront-ils d'en reproduire ici la première strophe:
Salut amis ! Salut !. . . Salut à vos bannières!
La cité du travail veut sa part de vos chants;
î'ils de la paix! pour qui s'effacent les frontières,
Mulhouse, en vous fêtant, croit fêter ses enfants.
A l'admirable Einlracht de Mozart, a succédé le chœur général :
Frauenlub, de M. Gênée, ex-Jirecteur de la Société de Mayence. Cette belle
composition, véritable ballade germanique, a été applaudie comme elle
le méritait. Un autre chœur général: le Chant, dû également à la colla-
boration de M VI. Heyberger et .Davin, mérite aussi une mention spéciale.
L' Harmonie, scène chorale de M. Liebé, composée pour la circonstance
et dédiée aux orphéonistes alsaciens, remplissait à elle seule la deuxième
partie du programme. Cette œuvre remarquable, quoique parfois un peu
trop savante et partant obscure, contient cependant des beautés de
premier ordre ; entre autres: les Ouvriers, chœur fort original et très-
bien chanté par la Chorale de Thann; les Sollats, morceau chevaleresque
enlevé avec beaucoup d'entrain par ['Orphéon de Colmar; enfin, la Chorale
de Strasbourg a rendu dans la perfection les Laboureurs, sans contredit
le morceau le mieux réussi de tout l'ouvrage, aussi a t-il été bissé. Un
refrain large et grandiose, chanté par toutes les sociétés, formait la pé-
roraison de chacun de ces chœurs. En préférant l'œuvre de M. Liebé à
des compositions moins difficiles peut-être, les orphéonistes alsaciens ont-
ils fait preuve de reconnaissante courtoisie envers le directeur infati-
gable et dévoué de toutes les grandes fêtes chorales de l'Alsace?
Parmi les chœurs de la troisième parlie du programme, mentionnons
le bel Ave Maria de Teresa Milanollo, et la chanson de Roland du Guil-
laume Tell <ie Grétry, arrangée par Gounod, chantée- par toutes les sociétés
réunies; Auf dem Meere de M. Liebé, exécuté par la société de Mayence ;
enfin, un délicieux chœur allemand: Zum Wald de Becker, terminait ce
premier concert, auquel nous regrettons de ne pouvoir donner notre
assentiment sans réserve.
En revanche, le concert instrumental de lundi a été des plus remar-
quables; qu'on se figure une phalange musicale de près de 150 exécu-
tants choisis, et constituant un orchestre comme peu de villes en pos-
sèdent; ajoutez à cela un chef éminent comme M. Hasselmans, direc-
teur du Conservatoire de Strasbourg, et l'on comprendra alors avec
quelle perfection ont dû être rendues la Symphonie pastorale de Bee-
thoven et l'ouverture du Freischulz, ces deux admirables idylles tout
empreintes de la poésie des bois et des champs. La charmante ouverture
du Père Gaillard a valu à M. Iteber, ce digne fils de Mulhouse, une
homérique ovation.
Un superbe quintette, de Lindpaintner, pour flûte, hautbois, clari-
nette, basson et cor, a fourni à MM. Rucquoy, Fritsche, Wuille, UscU-
mann et Stenebruggen, professeurs au Conservatoire de Strasbourg,
l'occasion de faire applaudir leur talent hors ligne. Ce quintette fourmille
de détails ravissants, et toutes les parties sont combinées et écrites avec
le soin consciencieux qui distinguait si particulièrement l'auteur du
Jocko, du Vampire et de bien d'autres compositions du plus grand mé-
rite, malheureusement trop peu connues en France.
Mile Lacombe, du théâtre de Bordeaux, a convenablement chanté
l'arioso du Prophète, l'air des Bijoux de Faust, et 0 mon Fernand! de la
Favorite.
Voici venir un des épisodes les plus intéressants de cette belle séance :
M. François Schwab, de Strasbourg, déjà bien connu des lecteurs de la
Gazette, continue à faire mentir le proverbe : On n'est jamais prophète
dans son pays. Sa fantaisie brillante pour clarinette a soulevé dans la
salle un tonnerre d'applaudissements, et a valu au jeune compositeur
les honneurs du rappel. 1! est juste d'ajouter que la fantaisie était exé-
cutée par Wuille, le clarinettiste sans pareil et dont tout Taris accla-
mait dernièrement le jeu vraiment admirable. Enfin, pour le bouquet,
la Société de Mayence a fort bien interprété le Marschlied, de Lux. —
Nous ne parlerons que pour mémoire du banquet somitueux offert aux
invités, des feux d'artifice et de l'illumination vraiment féerique, en-
fin du bal, qui a été dés plus animés. Un fait remarquable a constater,
c'est la bonne tenue de la nombreuse population ouvrière pendant toute
la durée du festival, ce qui prouve une fois de plus quelle heureuse
influence exercent sur toutes les classes ces belles fêtes où l'harmonie
règne en souveraine.
262
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Terminons en votant de sincères rerr.ereîments au comité local, dont
le zèle, le dévouement et l'amabilité ont été si bien secondés pa~ tous
les habitants de Mulhouse.
Auguste CONVERT.
IOBVELLES.
„,*, Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a encore défrayé tous
les spectacles de la semaine. Le succès de l'œuvre et des artistes est
constaté par l'élévation progressive des recettes.
„% Les débuts de Mme Vandenheuvel-Duprez et de Mlle Marie Sax sont
prochains. Ils auront lieu dans Rohertle Diable. MmeVandonheuvel chantera
le rôle de la princesse, et Mlle Sax celui d'Alice. A Gueymard et à Belval
sont réservés ceux de Robert et de Rertram. Mlle Zina Richard dansera
le rôle de l'abbesso. Les chœurs sont répétés avec soin et les costumes
seront refaits à neuf. Dans les premiers jours d'août aura lieu cette
reprise du chef-d'œuvre de Meyerbeer, qui alternera avec Sémiramis.
„*„. La nouvelle direction du théâtre de l'Opéra-Comique continue à
varier son répertoire. Le Songe d'une nuit d'été a été donné lundi pour la
rentrée de Carré, engagé par M. Beaumont, et qui s'est montré agréable
chanteur et bon comédien dans le rôle de Shakspcare. Mlle Monrose a
été charmante dans celui de la reine, et Crosti plein de rondeur et de
gaieté dans Falstaff. Mardi, Couderc a reparu dans V Avocat Palhelin; on
sait ce qu'il a fait de ce type si éminemment comique : le public l'a
accueilli par une véritable ovation. Le même soir, Mme Ugalde chantait
le rôle de Marie, de la Fille du régiment; enfin, après avoir chanté mer-
credi, devant une salle pleine, Georges, de la Dame blanche, Roger a
paru vendredi avec Mme Ulgalde dans le Domino noir. La salle était, com-
ble, et beaucoup d'amateurs n'avaient pu y pénétrer Nous ne saurions
exprimer le plaisir avec lequel on a retrouvé les deux artistes dans un
charmant ouvrage qui semble avoir été fait pour eux. Roger, qui dans
ses débuts avait joué ce rôle d'Horace, créé par Couderc, ne s'y est pas
montré moins remarquable qu'alors par sa diction, sa voix, son jeu su-
périeur. C'est toute une première jeunesse qui lui revient, et que
l'Opéra-Comique peut seul lui rendre. Mme Ugalde aussi a brillé comme
actrice et cantatrice : plus que jamais, elle rappelle Mme Damoreau par
l'ensemble de sa personne. Avec un peu de modération dans sa verve
vocale, elle la rappellera tout a fait par son chant.
„,*,, Roger a chanté hier au soir pour la dernière fois avant son départ
pour Bade.
t*t [Ma, opéra-comique en un acte, musique posthume de Donizetti,
vient de paraître chez l'éditeur Lemoine. Partition pour piano et chant,
airs détachés, quadrilles, valses, polkas, fantaisies, etc.
„,*„ Le Corps législatif, dans sa séance de vendredi, a accueilli la de-
demande d'A. Sax en prolongation de ses brevets. Une loi a été votée
qui fixe à cinq années cette prolongation pour les saxhorns et les saxo-
trombas. Tout le monde applaudira à cet acte de sollicitude du gouver-
nement en faveur d'un artiste dont le mérite et la persévérance ont pu
seuls égaler les tribulations.
„% Le jury de l'exposition de Montpellier a décerné à M. Paul Martin,
de Toulouse, une médaille d'or (rappel) que cet habile facteur a su mé-
riter par la supériorité de ses instruments. M. Moitessie.r a obtenu une
médaille d'argent. Cette exposition, remarquable à plus d'un titre, ren-
fermait un nombre considérable de pianos, signés par dix ou douze fac-
teurs, et constatant un progrès réel.
„*„ Le journal l'Orphéon annonce que M. Delaporte a donné sa démis-
sion de président de la Commission des Sociétés chorales de Paris.
„% Une solennité religieuse et musicale s'est célébrée dimanche der-
nier, 5 juillet, dans l'église de Montmorency. M. le baron Taylor avait
obtenu de M. le curé de cette église qu'une messe y fût chantée, et que
le produit de la quête et des chaises fût versé dans la caisse de se-
cours et pensions de l'Association des artistes-musiciens Plusieurs de
nos artistes les plus distingues avaient bien voulu prêter leur con-
cours à cette jeuvre de piété charitable. M. Bataille, qu'on retrouve
toujours en pareille circonstance, a chanté, avec le talent qu'on lui con-
naît, le Credo, de Dumont, un 0 salalaris, de Beethoven, et un Ave ve-
rum, de Plàntade. Mlle llenrion a dit VAve Maria, de Gounod, avec ac-
compagnement de cor anglais, harpe et orgue ; M. Warot un sanctus, de
L. Soumis, et un Agnus, de C. Prumier. M. Triébert a exécuté sur le
hautbois un offertoire de Leprévost. C'est M. Delibes qui t nait l'orgue,
et M. C. Prumier la harpe. Les dames quêteuses étaient Mines Ma-
deleine Brohan, Favart et Fleury, et la quête s'est ressentie de la
grâce qu'elles ont mise à remplir leur touchant ministère.
»*„ Une société des plus nombreuses et des plus élégantes se presse
tous les soirs dans les magnifiques salons des concerts de Vichy, où se
font entendre des artistes du plus grand mérite : parmi eux, le violo-
niste Roméo Accursi a surtout le privilège de charmer et de transporter
son auditoire. Rien de plus suave et de plus entraînant que son jeu.
C'est surtout dans la nouvelle Fantaisie d'Alard sur la Muette, exécutée
par l'élève en véritable maître, qu'il soulève les applaudissements fré-
nétiques de toute la saPe. 11 l'a jouée déjà plusieurs fois, et on ne se
lasse pas de l'entendre. La variation en suns harmoniques produit tou-
jours un effet prodigieux.
»** Les deux frères Vieniawski sont à Paris. Henri, le violoniste,
épousera dans quinze jours une nièce d'Osborne.
,.*„. Nous avons dit les succès obtenus par le célèbre violoniste Bazzini
dans la tournée artistique qu'il vient de faire dans le Midi. A Dijon, trois
concerts consécutifs ont à peine suffi à rassasier l'empressement ex-
traordinaire des dilettanii de cette ville, qui lui ont fait une véritable
ovation. Son excursion dans l'Est avec Mme Sanchioli, la dramatique in-
terprète de Fidès, n'a pas été moins triomphale, et leurs concerts à Be-
sançon, Mulhouse, Colmar, etc., ont partout attiré la foule et commandé
les applaudissements. En dernier lieu, aux bords du Rhin, à Baden, à
Wiesbaden, Hombourg, où les avaient appelés de brillants engagements,
les deux artistes n'ont pas été moins bien accueillis. Ils viennent d'ar-
river à Paris.
„.% On écrit des Eaux-Bonnes (Pyrénées), que M. Nathan et Mme Four-
nier viennent d'y donner, dans le salon des Princes, un concert qui a
obtenu le plus grand succès. On connaît les excellentes qualités qui dis-
tinguent M. E. Nathan comme violoncelliste et comme compositeur. C'est
à ce double titre qu'il a été applaudi et acclamé. Sa Berceuse surtout, pe-
tit chef-d'œuvre de grâce et de distinction, a été jouée à ravir.
Mme F'ournier, pianiste d'un véritable talent, l'a vaillamment secondé.
**„ La musique aussi est appelée à resserrer le lien que l'annexion de
Nice à la France vient de consacrer. Cette ville renferme, on le sait, des
artistes et des amateurs distingués; l'un de ces derniers, M. le comte
de Cesoles a passé quelques jours à Paris seulement, où il était appelé par
des affaires importantes, ce qui ne l'a pas empêché de faire, chez notre
célèbre violoniste Alard, sa partie dans un quatuor. On lui avait offert
les honneurs du premier violon, et à une matinée chez madame la mar-
quise de B***, dans laquelle à M. de Lwoff, dont le talent comme alto est
très-distingué, se trouvaient réunis MM. Franchomme et Georges Pfeiffer.
Ce dei'nier a fait exécuter quelques-unes de ses compositions que ma-
dame la marquise de B*** avait désiré entendre. M. de Lwoff possède un
très-excellent alto italien qui est depuis longtemps dans sa famille et pour
lequel un artiste niçois, C. Gimelle, a fait un étui, véritable chef-
d'œuvre de marqueterie; cette boîte représente, sur un fond noir, des
fleurs, des attributs de musique et les armes du propriétaire. Une par-
ticularité curieuse de ce dessin aux couleurs éclatantes, c'est qu'outre
son admirable exécution, toutes les parties sont en bois indigènes et en
essences du territoire de Nice: le figuier a fourni le fond noir plus riche
de ton que l'ébène; le caroubier, le rouge des fleurs; le citronnier, les
pages de musique empruntées à Mozart et à Haydn ; l'olivier et l'oranger
complètent la mosaïque, et témoignent à la fois du talent de l'habile
ouvrier qui s'en est chargé et des richesses forestières de Nice. Les armes
de la famille Lwoff présentent encore ce détail intéressant, au point
de vue musical, qu'un fragment de l'hymne national russe, dont M. le
général Lwoff est l'auteur, y a été ajouté par l'ordre de l'empereur
Nicolas , récompensant ainsi l'heureuse création de cette œuvre
patriotique.
„% La saison des eaux est cette année très-brillante à Néris. Mlle Emilie
Guérette, cette élève de Duprez, dont nous avons annoncé le départ,
s'est fait entendre plusieurs fois au salon de conversation, et y a obtenu
un succès complet. Au service qui a été célébré pour S. A. 1. le prince
Jérôme, elle a chanté l'.-iue Maria, de Gounod, sur le Prélude de Bach,
et a reçu, à cette occasion, les félicitations de Mgr l'évèque de Moulins,
qui officiait ce jour-là Les concerts de salon ont mis aussi en relief 12
talent expressif et correct d'un jeune violoncelliste belge, qui a obtenu
le prix d'honneur de la classe de Servais, au Conservatoire de Bruxelles.
**„, Les compositions de M. A. Rosselloty, comme nous l'avons dit déjà,
ont un cachet d'originalité qui les font rechercher des amateurs de mu-
sique, de danse. La dernière publication de ce jeune compositeur, inti-
tulée Flocons de neige (souvenir des Pyrénées), ne peut que confirmer
l'opinion que nous avons émise sur le succès complet qui attend cette
nouvelle suite de valses pour le piano.
t\ M. Théophile Deschamps, rédacteur en chef du Monde dramatique,
continuant la série des biographies qu'il a commencée il y a quelque
temps, vient de publier celle de Mlle Olympia Corilla, une de nos dan-
seuses à la mode, et qu'on a si fort applaudie tout dernièrement au
théâtre impérial du Cirque.
t*t La saison continue à se montrer inclémeute pour tous les établis-
sements en plein air, et l'été de 1860 sera inscrit par eux comme une
date néfaste. Telle est cependant la force de l'impulsion donnée, que,
malgré les averses, malgré le froid, malgré l'humidité le public, qui a pris
DE PARIS.
263
sous sa protection le Concert Musard,ne peut se décider à lui faire faux
bond. 11 faut espérer que les chaleurs caniculaires d'août ne feront pas
défaut à M. de Besselièvre, et lui offriront une indemnité bien méritée.
*% Un de nos compositeurs les plus distingués, M. Amédée Mereaux.
professeur à Rouen, vient de faire une perte douloureuse dans la per-
sonne de sa femme, qui a succombé le 10 juillet.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*** Londres, 18 juillet.— C'était jouer gros jeu que de se présenter
comme l'a fait Mme Cabel, à la fin d'une saison, et à la fin d'une soirée,
pour chanter toute seule un air tel que celui de l'Ombre, dans Dinorah.
Vous savez déjà quel a été son triomphe, et l'on peut ajouter que jamais,
en aucun lieu du monde, elle n'avait été l'objet d'ovation plus enthou-
siaste et plus hospitalière que celle qu'elle a reçue du public anglais.
Maintenant voilà la charmante artiste sûre d'elle-même et de la brillante
fortune qui l'attend pour la saison prochaine Quand on l'aura vue et en-
tendue dans le rôle entier de Dinorah, sa création si originale et si hardie,
on la trouvera bien plus digne encore des honneurs qu'on lui a décernés!
— Troisgrandes représentations d'O&eron, ouvrage qui réunit tout le person-
nel des artistes du théâtre de Sa llajesté, et dans lequel se distinguent
surtout Mmes Alboni, Titjens et Mongini, sont données au bénéfice du
directeur, M. T, Smith. La dernière de ces soirées extraordinaires est
annoncée pour lundi 23 juillet. — Au théâtre de Covent-Garden, le
Prophète, de Meyerbeer, a reparu magnifiquement. Tamberlick y a sou-
tenu sa renommée, et les autres artistes, Mme Csillag en tète, ne lui
sont pas restés inférieurs. Avec la mise en scène dont cette reprise est
accompagnée, nous ne doutons pas que le Prophète, exilé de notre
scène depuis cinq ans, ne s'y rétablisse pour ne la plus quitter. —
La matinée annuelle de Louis Engel n'a pas dérogé à l'usage. L'excellent
artiste, dont l'admirable talent sur l'harmonium ne connaît pas de rival,
a retrouvé l'affluen'ce ordinaire de ses auditeurs et 1 éclat de son succès.
Comme solos, il a joué une fantaisie sur Don Vasquale, une autre sur
des airs irlandais et écossais, et la Marche de Garibaldi, toutes œuvres
de lui, et dont la dernière est fort remarquable. MM. liecker et Blu-
menthal; lui prêtaient leur concours. Jules Lefort a chanté une nou-
velle composition vocale due à M. Engel, et qui promet de devenir po-
pulaire. Mme Lemmens-Sherrington, Parepa et Solieri se sont fait en-
tendre aussi dans cette séance, à laquelle le répertoire français des
orphéonistes avait fourni trois morceaux.
„,*„. Vienne. — La construction d'une nouvelle salle d'opéra de la cour
est décidée. Le nouveau théâtre, qui s'élèvera sur l'emplacement compris
entre la porte de Carinthie et une rue qui sera percée, formera un rectan-
gle ayant 57 toises de long sur une largeur de 50 toises. Un concours vient
d'être ouvert à ce sujet ; des prix de 3,000, de 2,000 et de 1,000 thalers
seront décernés aux auteurs des trois meilleurs projets ; les architectes
étrangers peuvent prendre part au concours, dont le terme est fixé au
10 janvier 1861. La subvention allouée au théâtre de la cour se monte
aujourd'hui à 210,001) florins.
„% Rutisbonne. ■ — La Société d'oratorios qui s'est formée ici sous les
auspices du procureur du roi, M. Koehler, et de M. Lang, négociant, a
exécuté devant des auditeurs invités un hymne de Beethoven pour quatre
voix solo et chœur ; un hymne de Mendelssohn et le 95e psaume de Men-
delssohn.
t% Wiesbaden. — La troupe italienne de Merelli a joué hier ici le
Rarbier de Séville devant un nombreux auditoire. — Au Kursaal nous avons
eu un fort beau concert, où se sont fait entendre MM. llazzini, Folz et
Jaell, ainsi que Mme Sanchioli. L'orchestre du théâtre y a exécuté, pour
la première fois, Loreley, ouverture de M. Schindelmeister, qui a fait le
plus grand plaisir et qu'on a vivement applaudie.— Pour le mois d'août
nous attendons le célèbre ténor Niemann, qui est engagé à notre théâtre
pour six représentations.
.,,% Kaisnslautirn. — Le 26 août, aura lieu le premier festival du pala-
tinat, dans la grande salle de la halle aux blés. Trente-trois sociétés de
chant prendront part au concert.
%* Francfort-sur-Mein, 12 juillet. — Depuis le 25 juin, la Société ita-
lienne de Merelli a donné ici dix représentations : la dernière, celle de
Sémiramis, de Rossini, a eu lieu hier au soir; la salle était comble. Le
chef-d'œuvre du célèbre maestro sera joué une seconde fois.
i*t Hambourg. — Après une courte interruption, Dinorah, de Meyer-
beer, vient d'être remise au répertoire : c'est Mlle Eggeling qui chante
le rôle de Dinorah.
„% Rielfeld. — Le festival de chant de l'Allemagne du nord aura lieu
dans cette ville les 20, 21 et 22 juillet ; vingt-neuf liedertafels prendront
part à cette solennité.
,*» Darmstadt. — Pour le 50° anniversaire de sa fondation, le théâtre
de la Cour a donné Titus, de Mozart. A ce théâtre, depuis le 4 septembre
1859 au 23 mai 1800, il y a eu, pour l'Opéra, soixante-seize représenta-
tions. Parmi les ouvrages qu'on a entendus le plus souvent figurent :
Hienzi, Gustave ou le bal masqué, les Huguenots, les Vêpres siciliennes. Ont
été joués pour la première fois, Dinorah, Rienzi, Linda di Chamouny.
Reprises : l'Étoile da Nurd, Norma, Cendrillon, Tannhauser, etc.
t% Gitssen (grand-duché de Hesse). — Le 19 juillet, aura lieu une so-
lennité commémoratiye en l'honneur du célèbre compositeur Louis
Spohr. Un de ses anciens élèves, l'éminent violoniste et maître de cha-
pelle de Saxe-Meiningen, J.-F. Bott, dirigera le concert, où l'on exécutera
l'ouverture de Jessonda, l'ouverture du Berg-geist (le génie de la monta-
gne), et Hymne à la musique {Die Weihe der Toene). Parmi les solistes
qui se feront entendre, on cite MM. Graff, maître de concert de la cour, et
A Neff, clarinette de la chapelle électorale à Cassel ; Mlles Wetzenstein,
cantatrice, et le ténor Erber, tous les deux du théâtre de cette ré-
sidence.
j.% Prague. — Le directeur de musique, M. Skraup, nous quitte pour
se rendre en Hollande, où il doit diriger l'orchestre de l'opéra d'Amster-
dam et de Rotterdam pendant la saison prochaine, du mois de septem-
bre 1860 jusqu'au Ie1' mai 1861.
fc% Milan, 15 juillet. — / Varenli apparenti, paroles de M. Marcello,
musique du maestro Gibelli, ont obtenu au théâtre Re un succès d'estime,
dont la première chaleur s'est calmée assez vite : c'est un vaudeville de
M. Scribe qui a fourni le sujet du libretto. — On annonce à la Scala un
concert au profit des blessés de Sicile, et dans lequel Bottesini, Cavallini,
revenu de Saint-Pétesbourg, Mmes Moro et Lesniewska se feront en-
tendre.
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m 3i.
REVUE
20 Juillet 1860.
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Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id.
Étranger M " id-
Le Journal paraît le Dimanche.
SOMMAIRE. —Des carillon!' et cloches, nouvelles recherches (2e article), par
Adrien de La Page. — Conservatoire impérial de musique et de déclama-
tion : concours publics. — La critique musicale en Allemagne, par Albert
LefaiYre. — Correspondance: festival de Provins, par Em. Mathieu de
Monter. — Revue des théâtres, par D. A. D. SaintYves. — Nou-
velles et annonces.
DES CARILLONS ET CLOCHES.
IVouvelles recherches.
(4e article.) (1)
Maintenant, revenons aux carillons par un document authentique
qui n'est pas dépourvu d'importance musicale. Il date de 1548 et
concerne l'établissement à Béthune, dans le clocher de Saint- Wast :
o D'un certain accord de dix cloches (un carillon) faict à grands
fraiz, pour alicier et athirer le peuple à dévotion, et hanter la nouvelle
église. «
Il paraît qu'alors les carillons étaient comme le sont aujourd'hui,
du moins quelquefois, les orgues de nos églises, soumis à une exper-
tise : le carillon dont il vient d'être parlé fut sans doute critiqué, et
pour lever les doutes il fallut, en 1559, mander à Béthune Rogier de
Lille, maître batteleur, demeurant à la Bassée, a lequel, après avoir
battelé lesd. cloches par deux jours en présence de plusieurs mussi-
ciens ad ce évoquez, ont trouvé lesd. accords de cloches deffectif seu-
lement es cloches qui s'enssuivent, assçavoir en la Vme moienne, le
sol, y a à dire à double environ demy ton ; sy est sygillé et raccour-
chie par dessaubz au destrumenl de la cloche. It. la III"10 grosse est
aussy trop grosse pour octave de desseure. lt. la VIme tient aussy du
bas a'iencontre de son octave. Pour ces causes ne sont lesd. cloches
à recepvoir, tant et jusquesque le tout sera mis en estât suffisamment.
Auquel Mc Rogier pour son voiaige, lui a esté faict XXXI sols. »
Plus tard, lorsque la même église achète à Jacques Mohenot, fon-
deur de cloches à Chocques « cinq clochettes pesant ensemble 60 tb.,
pour estre pendues au beffroy et servir tant au battelaige que ap-
peaulx (2) des heures, » il est convenu qu'elles devront être de bonne
harmonie, selon et ainsi qu'il sera juç/é par musiciens. Si d'un côté
les acquéreurs de cloches avaient droit de ne point accepter celles
qui étaient déclarées défectueuses, de son côté le fondeur, s'il n'était
(1) Voir le n" 30.
(2) Petits timbres ou clochettes destinés à marquer les quarts d'heure ou demi-
quarts d'heure ; acception omise par l'Académie.
pas bien payé ou s'il n'était pas payé aux termes convenus, avait droit
de reprendre ses cloches, et les à-compte reçus lui étaient légitime-
ment acquis.
Un autre document relatif à la même église et daté de 1575 nous
fait connaître que Jean Wignon, batteleur de Saint-Wast, était aux
appointements de douze livres par an pour conduire et mener les
appeaulx de l'horloge : « il est tenu de mectre les nottes à lad.
orloge, pour jouer chansons honnestes et plaisantes et non diffam a-
toires, pareillement hymes selon l'occurrence du temps et la règle
de l'église, tant à l'heur que demy heure, et de batteler les nuietz et
jour des festes de Chandeleur et Saint-Bartholomy, avec le nuict et
jour de la procession de Saint-Wast et tous aultres jours de récréa-
tion quy se feront en lad. ville. »
Voilà qui était bien travailler pour douze francs par an, même à
l'époque indiquée. Peut-être y avait-il avec cela quelques gratifications.
On voit qu'ici Jean Wignon cumulait, d'après un usage assez com-
mun que j'ai indiqué dans un de mes anciens' articles, les fonctions
de carillonneur ou batteleur, et celles de noUur'$:-. cylindre mécanique
qui marche avec l'horloge et se fait entendre aux heures, demi -heures
et quarts. A cet égard les choses sont réglées de différentes manières
selon l'usage des localités.
Voici celui de la cathédrale de Reims : à chaque heure on entend
l'hymne ou la prose de la fête la plusjoisine, selifc l'ordre du calen-
drier ecclésiastique, et qu'il faut par conséquent disposer sur le cylin-
dre chaque fois qu'il doit y avoir changement. Les airs de la demi-
heure, du quart et des trois-quarts sont invariablement les mêmes : au
quart, les quatre notes do si re mi correspondent au Pcccalores des
litanies des saints; à la dernière, le chant qui s'adapte au répons
bref In manus tuas Domine , commendo spirilum meum ; aux trois-
quarts, la continuation de la phrase du quart répondant aux paroles
Te rogamus audi nos.
Tout cela est sans doute fort religieux et fort respectable, mais peu
amusant.
Aussi dans les villes qui possèdent des carillons, lorsqu'il y a des
fêtes publiques ou lorsqu'il entre dans les fonctions du carillonneur de
jouer à certains jours qui ne sont signalés par aucune solennité reli-
gieuse, par exemple au jour de marché, joue-t-il presque toujours des
airs plus ou moins connus.
L'usage de carillonner les jours de marché n'est qu'un raffinement
de l'usage bien plus ancien et toujours pratiqué d'annoncer au moyen
des cloches et clochettes l'ouverture des marchés publics. Cette ma-
nière de rassembler la foule remonte à une très-haute antiquité, et
me fournit l'occasion de rappeler un fait assez singulier raconté par
266
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
le géographe Strabon : « Un musicien de grande réputation ayant té-
moigné aux habitants d'une des îles de Carie le désir de s'y faire
entendre, prit jour à cet effet ; une réunion nombreuse se forma sur
la place publique, et il commença son concert, chantant et jouant de
la lyre de manière à captiver l'attention de l'auditoire. On admirait
son talent et on l'applaudissait, quand tout à coup la cloche qui aver-
tissait de l'ouverture du marché au poisson se fit entendre ; tous laissè-
rent là le pauvre musicien, à l'exception d'un seul qui demeura près
de lui. L'artiste se crut obligé de le remercier, pensant en lui-même
que dans cette île si peu musicale il avait trouvé du moins un appré-
ciateur de son mérite et de l'art qu'il professait; mais quel fut son
étonnement quand cet homme , qui était extrêmement sourd, ne ré-
pondit à ses remercimenls qu'en lui demandant si la cloche du marché
au poisson avait sonné. Sur la réponse affirmative du musicien , le
sourd s'y rendit comme les autres, et le concertiste demeura seul sur
la place, lançant de justes imprécations contre la barbarie de ces in-
sulaires.
On s'est quelquefois récrié sur le choix des airs qui se jouaient sur
les carillons, sans songer que tout carillon est essentiellement un ins-
trument d'allégresse; que sa situation dans le clocher des églises n'est
le plus souvent qu'une circonstance accidentelle ; on l'y place pour
qu'il soit entendu de plus loin et produise dans l'air un effet plus
agréable ; s'en servir pour des airs lugubres n'est autre chose que le
dénaturer et détruire la pensée dans laquelle il a été conçu.
Je ne parle pas de ces airs d'église fort courts que l'on note sur le
cylindre, ni même de quelques-uns que le carillonneur peut jouer de
temps à autre; mais je veux dire que dans les conditions ordinaires,
l'association des petites cloches demande des morceaux légers et gra-
cieux. C'est par abus de termes que l'on a nommé carillons les pièces
qui se jouent sur l'orgue la veille du jour des morts et dont j'ai parlé
précédemment (1). Ni par rapport aux cloches qui les exécutent, ni
à l'égard des orgues qui en imitent l'effet, ce ne sont là des carillons,
ce sont des clas ou glas à trois ou quatre cloches mises en volée dans
un ordre convenu , de manière que les tons de chaque cloche se
succèdent régulièrement; et comme il s'agit ici de grosses cloches,
il faut pour leur donner le branle autant de sonneurs qu'il y a de
cloches, tandis que le carillonneur est toujours seul.
Carillonner à l'occasion des morts eût été un contre-sens. Dans le
pays où les carillons sont le plus en usage, c'est-à-dire dans les Flan-
dres, ce sont toujours des airs de joyeuses chansons, et l'on en fait
souvent des danses, comme nous l'avons vu dans les articles précités
pour le carillon de Dunkerque. Cela est si vrai qu'autrefois lorsque
celui de la Samaritaine à Paris, dont j'ai aussi parlé, se faisait enten-
dre, les ramoneurs se rassemblaient sur le quai et formaient des
danses fort animées et fort nombreuses.
On a vu que les carillonneurs étaient distincts des sonneurs; les
places des premiers étaient mises au concours. Il y avait une hiérar-
chie convenue: tous les sonneurs s'humiliaient comme de raison de-
vant les maîtres carillonneurs; mais les carillonneurs de tout le diocèse
devaient à leur tour hommage au carillonneur métropolitain. Comme
plusieurs églises possédaient des carillons sans être assez riches pour
payer des carillonneurs à l'année, elles s'arrangeaient pour en avoir aux
fêtes principales, et surtout aux fêLes de patrons ou autres auxquelles,
par une raison quelconque, elles devaient donner plus de solennité.
Adrien de LA FAGE.
(La suite prochainement.)
(1) Voyez Gazette musicale, année 185G, p. 374.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION.
Concours publics.
La déclamation dramatique occupait cette année la première séance,
et lundi les néophytes du grand art de bien dire les vers et la prose
classiques ont comparu devant leurs juges. 11 y avait d'une part deux
tragédiens et quatre tragédiennes ; de l'autre, dix comédiennes et
cinq comédiens. Plusieurs de ces jeunes gens et de ces jeunes per-
sonnes ont montré, sinon du talent, au moins des dispositions qui
méritaient d'être encouragées, et c'est ce qu'a fait le jury en leur
décernant des prix et des accessits dans l'ordre suivant :
Tragédie (hommes) : 1er prix, M. Godfrin, élève de M. Beauvallet;
2e prix, à l'unanimité, M. Laroche, élève de M. Régnier. (Femmes) :
1er prix, aussi à l'unanimité, Mlle Tordeus, élève de M. Provost ;
2e prix, Mlle Rousseil, élève de M. Régnier. 1" accessit, Mlle Ponsin,
élève de M. Provost; 2e accessit, Mile Binda, élève de M. Beau-
vallet.
Comédie (hommes) : Pas de 1er prix ; 2e prix, M. Coquelin et M. La-
roche, tous deux élèves de M. Régnier. 1er accessit, M. Malard,
élève du même professeur. [Femmes) 1" prix, Mlles Regny, élève de
M. Régnier, et Ponsin, élève de M. Provost; 2e prix, Mlle Dambri-
court, élève de M. Régnier. 1<" accessit, Mlle Rousseil, élève du même;
2e accessit, Mlles Petitet et Manvoy, éièves de Mlle Augustine Bro-
han.
La séance de mardi, consacrée au chaut, n'a pas mis en ligne
moins de onze concurrents et de vingt-cinq concurrentes. Les cri-
tiques sévères trouveront encore que c'était trop, et peut-être n'au-
ront-ils pas tort; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que, sur
la quantité, les belles et jolies voix étaient assez nombreuses pour
que le Conservatoire n'encoure pas le reproche de manquer à sa
mission. Avec les sujets distingués qui ont subi l'épreuve, plus d'un
théâtre rajeunira sa troupe. A la manière dont M. Petit a dit l'air de
Sémiramis, et M. Morere celui de la Juive, on doit croire à leur ave-
nir. Nous en dirons autant de M. Gourdin, qui aurait obtenu une dis-
tinction plus haute si la cabalette de l'air des Brigands, de Merca-
dante, par sa tournure trop italienne n'eût détruit l'excellent effet du
cantabile. M. Capoul a trouvé un écueil du même genre dans l'air de
ténor emprunté à Sémiramis, et qu'on supprime depuis longtemps.
Les femmes avaient été plus heureuses dans le choix de leurs airs,
notamment Mlle Balbi, qui a fort bien chanté celui de Robert le
Diable: En vain j'espère; Mlle Baretty celui de Norma, Mlle Pfotzer
celui des Puritains, Mlle Cico celui du Pré aux C'eres, Mlle Ene-
quiste celui du Siège de Corinlhe, Mlle Brou de Lavessière celui de
Moïse. Voici le résultat de ce remarquable concours :
Hommes : 1" prix, M. Petit, élève de M. Révial ; 2e prix, M. Mo-
rere, élève du même. 1"' accessit, M. Gourdin, élève de M. Fontana;
2e accessit, M. Mirai, élève de M. Laget, et M. Mendioroz, élève de
M. Fontana; 3° accessit, MM. Duplan, élève de M. Révial, et Péront,
élève de M. Laget.
Femmes : 1er prix, Mlle Balbi, élève de M. Grosset, et Mlle Pfolzer,
élève de M. Giuliani; 2e prix, Mlle Baretty, élève de M. Laget, et
Mlle Cico, élève de M Révial. 1" accessit, Mlle Enequiste, élève de
M. Masset, et Mlle Brou de Lavessière, élève de M. Révial ; 2° accessit,
Mlle Dupin, élève du même, et Mlle Piadal 1", élève de .M. La-
get; 3° accessit, Mlle Herluison, élève de M. Fontana, et Mlle Labbé,
élève de M. Battaille.
A la suite des élèves couronnés par le jury, ne serait- il pas juste
de citer les accompagnateurs qui ont su se faire applaudir par l'audi-
toire ? Le jeune Alphonse Duvei noy s'est signalé entre tous par le ta-
lent délicat et pur qu'il a déployé dans l'exécution de quelques belles
ritournelles.
Ceci nous servira de transition pour passer au concours de piano
DE PARIS.
267
qui avait lieu le lendemain, mercredi, et dans lequel nous retrouve-
rons un autre Duvernoy qui marche sur les traces de son frère. Le
sixième concerto de Henri Herz avait été choisi pour les hommes,
au nombre de quatorze, elle quatrième de Moschelès pour les femmes,
au nombre de trente et une. On a remarqué que Moschelès assistait à
la séance et prenait des notes sur chacune des concurrentes. Les
prix et accessits ont été distribués ainsi qu'il suit :
Hommes : 1er prix, M. Colomer, élève de M. Marmontel ; 2e prix,
à l'unanimité, M. David, élève de M. Laurent. 1er accessit, M. Edmont
Duvernoy et M. Frantzen, élèves de M. Marmontel; 2e accessit,
M. Weigand, élève du même ; 3e accessit, M. Gallois, élève de
M. Marmontel, et Bernard, élève de M. Laurent: ; k' accessit, à l'una-
nimité, M. Hess, élève de M. Marmontel.
Femmes : 1er prix, à l'unanimité, Mlle Sabatier-Blot, élève de
Mme Farrenc, et Mlle Wilden, élève de M. Henri Herz; 2e prix,
Mlle Peschel, élève du même. 1er accessit, Mlle Deshays-Meifred,
élève de Mme Coche, et Mlle Blanc, élève de M. Lecouppey; 2° ac-
cessit, Mlle Lechesne, élève du même, et Mlle Barnnrd , élève de
M. Henri Herz ; 3e accessit, Mlle Coche, élève de sa mère, et Mlle Har-
douin lle, élève de M. Henri Herz.
L'opéra-comique remplissait toute la séance de jeudi : le Songe
d'une nuit d'été, Galathée, le Barbier de Séville, les Mousquetaires,
Manon Lescaut, ont fourni les scènes les plus souvent jouées, et dans
lesquelles les élèves ont été le plus heureux. Nous reviendrons sur le
talent que plusieurs y ont montré ; pour aujourd'hui, nous ne pou-
vons qu'enregistrer leurs noms.
Hommes : l*' prix, à l'unanimité, MM. Gourdin et Petit, élèves de
M. Mocker ; 2e prix, M. Capoul, élève du même; l<:r accessit, M. Men-
dioroz, élève de M. Morin ; 2e accessit, M. Géraizer, élève du même;
3e accessit, M. Dervieux, élève de M. Mocker.
Femmes : 1er prix, à l'unanimité, Mlle Baretty, élè e de M. Mocker ;
2e prix, à l'unanimité, Mlle Balbi, élève du même; 1er accessit, à
l'unanimité, Mlle Bolin, élève du même, et Mlle Herluison, élève du
même ; 2e accessit, Mlles Durant et Saint-Aguet, élèves de M. Morin;
3e accessit, Mlles Gallino, élève de M. Morin, à l'unanimité ; Maillard,
élève de M. Mocker, et Rozés, élève de M. Morin.
Les concours de violoncelle et de violon avaient lieu vendredi. Par
une exception assez rare, une jeune fille a pris part au premier, et
trois au second. Parmi ces dernières, deux se sont signalées par un
talent tout à fait remarquable, qui leur a valu les suffrages de l'audi-
toire et du jury, et ce n'est certainement pas par égard pour leur sexe
que des prix leur ont été décernés.
Violoncelle : Ier prix, à l'unanimité, M. Hernoud, élève de
M. Franchomme ; 2e prix, M. Dabaud, élève du même ; 1e'' accessit,
à l'unanimité, M. Loys, élève du même. Pas de second accessit. 3e ac-
cessit, Mlle Clauss, élève de M. Chevillard.
Violom : 1er prix, Mlle Boulay, élève de M. Alard ; 2e prix,
Mlle Castellan et M. Weingaertner, élèves du même ; 1" accessit,
MM. Colonne, élève de M. Sauzay ; Willaume, élève de M. Massart-;
Lévy, élève de M. Alard; 2e accessit, M. Lelong, élève de M. Sauzay,
et Aubéry, élève de M. Alard ; 3e accessit, M. Muratet, élève de
M. Dancla.
Avant de terminer, réparons une omission que nous avons commise
dimanche dernier en donnant le résultat du concours de solfège.
A la nomenclature des élèves qui ont obtenu des premières médailles,
il faut ajouter Mlle Petit (Marie) et Mlle Petit (Louise), élèves de
Mme Maucorps ; à celle des troisièmes médailles, M. Delannoy, élève
de M. Batiste.
Nous nous bornerons à transcrire les noms des élèves qui se sont
distingués hier samedi dans le concours de grand opéra.
Hommes : 1" prix, M. Peschard, élève de M. Duvernoy; 2° prix,
MM. Gourdin et Morére, élèves du même: pas de premier accessit;
2° accessit, M. Dervieux, élève de M. Levasseur.
Femmes : 1" prix, Mlle Brou, élève de M. Duvernoy; 2° prix, Mlle
Enequiste, élève de de M. Levasseur ; 1er accessit, Mlle Baretty, élève
de M, Duvernoy ; 2e accessit, Mlle Dupin, élève du même ; 3° accessit,
Mlles Rozés, élève du même, et Pradal, élève de M. Levasseur.
La Revue contemporaine, dans son numéro du 15 de ce mois, con-
tenait un article remarquable sur la critique musicale en Allemagne,
à propos d'un ouvrage (1) dont nous nous occuperons bientôt nous-
mêmes. En attendant, voici la conclusion de l'article dans lequel sont
combattues les doctrines d'après lesquelles il ne faudrait considérer
que deux choses dans la musique, l'action que la ^ociôté exerça sur
elle, et l'influence qu'elle exerce à son tour sur la société :
« Il suit de là que M. Riehl assignera dans sa république une grande
place aux compositeurs. Ils devront concourir aux bonnes mœurs,
à la religion, enseigner les enfants, soutenir les hommes faits, con-
soler les vieillards. L'art musical sera un sacerdoce, une prédication ;
il montera en grade ; mais, en revanche, une lourde part de respon-
sabilité lui sera dévolue. Si les mœurs s'énervent, si les vertus civi-
ques dégénèrent, si l'Etat penche vers sa ruine, la musique sera
coupable de haute trahison ; c'est sur elle que la vindicte des ma-
gistrats devra s'exercer. Le musicien ne pourra donc plus, comme
autrefois, se retrancher dans son art et planer au-dessus des agita-
tions politiques, travaillant pour le roi, pour la ligue, indifféremment.
Ses chants étant l'expression de certains principes, de certains sys-
tèmes politiques, il ne peut plus changer de maître, et chacune
de ses variations acquiert la portée et produit les conséquences d'une
apostasie. Adieu l'insouciance, ce privilège si précieux de l'artiste;
adieu la philosophie aimable et légère ; ""adieu cette sérénité épicu-
rienne, source de gracieuses inspirations. Le compositeur est un
homme public, un personnage dans l'Etat. Il faut qu'il se prononce
sur toutes les questions, qu'il adopte un drapeau, qu'il épouse avec
ardeur toutes les passions nationales. Autrement ses chants seront
sans couleur, sans portée, indignes d'occuper ses concitoyens. « Tra-
vaillons pour accomplir de grandes choses! » telle doit être sa pen-
sée de tous les matins, lorsqu'il se met à l'ouvrage ; car la musique
n'est plus un vulgaire plaisir, c'est un rouage essentiel de la vie pu-
blique, un agent moralisateur.
» Le musicien doit donc changer complètement son genre de vie;
ses études même doivent changer de nature. L'harmonie, le contre-
point, cette base de l'éducation musicale, ne sont plus désormais
des accessoires. Est-ce la qu'il creusera les problèmes dont nous
attendons de lui la solution? Sa pensée doit s'ouvrir de larges hori-
zons; il lui faut d'immen--es matériaux ; les richesses accumulées des
siècles doivent concourir à la féconder. Qu'il pâlisse donc sur les
livres, qu'il délaisse son clavier pour les bibliothèques, qu'il fouille
les arcanes de l'antiquité, qu'il explore tous les mystères du cœur
humain, toutes les avenues de l'intelligence. Qu'il s'élève à l'univer-
salité du philosophe et de l'homme d'Etat, car ce n'est qu'à ce
titre qu'il peut se poser en instituteur et remplir sa mission dans la
société.
» Et l'art, que va t-il retirer de celte transformation ? Les mélodies
en auront-elles plus de grâce? Un parfum plus suave s'exhalera:t-il
de cette langue divine? Hélas! tout ce que nous souhaitons, c'est que
tant d'efforts, tant de science n'étouffent pas "dans la musique toute
inspiration. En écoutant les œuvres cosmogoniques de nos jours, ces
poèmes, ces grandes leçons adressées à l'intelligence, ne se prend-on
pas souvent à regretter le temps où la musique, sans afficher aucune
prétention, chantait d'instinct pour le plaisir des oreilles? Pour
plaire, pour verser son baume dans les cœurs, elle n'avait pas be-
(1) Musikalische Charactcr-Kœpfe, par Riehl.
268
REVUE ET GAZEÏTE MUSICALE
soin de s'imposer tant de- labeurs, de creuser si profondément les
arcanes de la science. Son domaine est agrandi, son rôle plus con-
sidérable : soit; mais qu'importe tout cela, si sa beauté primitive
s'efface, si ses parures d'emprunt la font paraître vieille et ridée,
privée de toute séduction ? Peut-être la fraîcheur, la naïveté, l'ab-
sence de recherche étaient-elles le secret de son empire. Son secret?
Il est dans le gosier du rossignol, dans le timbre argenté de la jeune
fille; mais il faut en jouir sans le connaître, sans approcher de l'om-
brageuse Psyché le flambeau indiscret de la science. La lumière l'ef-
farouche, l'odeur de l'huile la fait disparaître.
» Qu'est-ce donc que l'art? Nous n'avons pas la prétention de le
définir, mais il nous semble que sa mission est moins d'agir sur les
idées que de vivifier l'âme par d'intimes jouissances. Est ce que la
poésie doit prouver quelque chose ? Non. La poésie émeut, ravit,
transporte, mais elle n'ajoute rien à nos connaissances ; elle ne pro-
cure à l'esprit que des songes d'or. La vérité, l'erreur, lui sont pres-
que indifférentes, elle les prend sans les distinguer. Si même elle a
quelques préférences, n'est-ce pas pour la fiction, pour le merveil-
leux et l'imaginaire? Avec quel amour elle se reporte au temps
d'autrefois, aux époques de crédulité et d'ignorance populaires! On
dirait qu'elle regrette les progrès de l'intelligence, comme si l'esprit
humain, en s'émancipant, devait échapper à son influence et la re-
léguer au rang des frivolités. Les poètes eux-mêmes, quand ils sor-
tent du monde fantastique pour entrer dans la vie positive, se
sentent gênés par la poésie. Eux-mêmes renoncent à l'art de Virgile
quand ils aspirent au rôle de penseurs sérieux. Quelques-uns même
vont plus loin et la renient publiquement comme « un art de bala-
dins, » bon, tout au plus, pour les loisirs d'un jeune homme, indigne
d'occuper les méditations d'un homme grave. La poésie, disent-
ils, est un exercice puéril; c'est le lit de Procuste de la pensée;
elle défigure toutes nos conceptions, affaiblit les ressorts de l'intelli-
gence. Ainsi s'exprimait, il y a peu de temps, le plus grand poète
de notre siècle.
» Si ces attaques sont fondées, elles s'adressent à la musique bien
plus encore qu'à la poésie ; car le champ de la première est beaucoup
moins vaste, ses ressources sont infiniment plus bornées ; elle ne
puise pas ses matériaux dans le domaine intellectuel. Elle ne pro-
duit que des sensations ; ses plus grands effets ne sont, comme on
aurait dit au xvme siècle, qu'un ébranlement du système nerveux.
11 est peut-être à regretter que Condillac n'en ait pas fait l'objet
d'une de ses savantes analyses , car nulle faculté de l'entendement
n'est plus dans le ressort de la philosophie expérimentale. Nulle
n'est plus matérielle, plus physique dans son développement. L'ins-
tinct musical, disons-le franchement, ne figure pas parmi les élé-
ments constitutifs de l'esprit humain. La pensée et la musique se
meuvent dans des sphères toutes différentes; elles ne se prêtent mu-
tuellement aucun secours. Prenons, examinons une à une les diverses
facultés, les diverses opérations de l'intelligence, pas une ne se for-
tifie par la musique ou ne s'affaiblit par son absence. Nous voyons
bien des gens du monde, des amateurs s'écrier avec emphase que
la musique est pleine pour eux de révélations. A ce compte, les ha-
bitués de l'Opéra seraient les plus profonds penseurs de la terre ; un
abonnement au Conservatoire serait plus fructueux pour l'esprit que
tous les livres et toutes les académies. Malheureusement, ce n'est
point a l'Opéra, ni dans les concerîs que l'homme de science prend
ses degrés et cherche son initiation. La musique est muette pour lui
et ne veut rien lui dire. Mozart, Beethoven, Haydn, Rossini, les par-
titions, les symphonies les plus expressives, les plus géniales, comme
dirait M. Riehl, n'aplaniront pas à, l'intelligence une difficulté, ne lui
épargneront pas une demi-heure de travail. On pourrait même aller
plus loin et soutenir que la musique, loin d'être un secours pour
l'esprit, endort, amollit nos facultés par ses vapeurs énervantes. Puis-
santes sont les séductions de l'enchanteresse ; heureux sommes-nous
de les subir et d'y succomber ; mais qu'avons-nous besoin d'y mettre
de l'orgueil, et de nous en faire un mérite, comme si notre dilettan-
tisme était une fonction sociale, un service rendu à l'humanité.
» L'art et la science sont donc deux choses tout à fait distinctes, et
la critique musicale devrait tenir compte plus qu'elle ne le fait
de cette différence. Elle s'adresse aux rêveurs, aux personnes d'ima-
gination : rien de mieux ; mais alors pourquoi dogmatiser? Pourquoi
faire des théories, comme si son terrain était celui de la science?
D'autre part, si quelque raisonneur se présente et veut discuter froi-
dement les principes posés, on s'écrie qu'il n'a pas le sentiment des
choses artistiques ; on le récuse en se moquant de sa ridicule pré-
tention. Ceux-là sont artistes qui jugent par le goût, parle sentiment,
et non avec une rigueur pédantesque. 11 serait plus franc de dire :
ceux-là sont artistes qui se laissent persuader par des métaphores,
et qui cèdent sans résistance à l'étourdissement de paroles pom-
peuses. Ce n'est pas que nous reprochions à la critique musicale les
tours de force vraiment prodigieux qu'elle accomplit tous les jours
en fait d'imagination et de style. Bien au contraire , nous sommes
les premiers à demander qu'elle nous amuse de la sorte. Nous la re-
mercions des brillantes féeries qu'elle sait substiluer à nos impres-
sions. Nous tenons seulement à ne pas les prendre pour des systèmes
ou pour des explications scientifiques. La fantaisie, pour être la bien-
venue, ne doit pas affecter l'air d'un enseignement
» Albert LEFAIVRE. »
CORRESPONDANCE.
Fontenay-Sair.t-Brice, près Provins, 27 juillet 1860.
Monsieur le directeur,
Le dixième concours d'Orphéons du département de Seine-et-Marne a
eu lieu dimanche dernier, à Provins. Au pied de ces forteresses que traça
la main de César; à l'ombre de ce palais où Thiébault, le chevaleresque
amant de Blanche de Castille. fit peindre autrefois ses virelays d'amour,
dans cette ville qui rappelle les luttes et la poésie du xm° siècle, se sont
rassemblées les Sociétés chorales de la Brie, de la Champagne, de l'Ar-
tois, de la Picardie et de l'Ile-de-France: deux mille chanteurs environ
réunis dans une pensée commune de concorde et d'émulation.
La fête a duré deux jours, et elle eût été complète si le soleil
eût daigné sourire aux « haies en fleurs, aux petits bois , aux fermes
et aux fermières » que chanta notre pauvre et cher Hégésippe eirant
aux bords de la Voulzie. Les concours de chant ont été ouverts sous la
Halle et dans le salon d'Apollon ; celui des musiques d'harmonie a eu lieu
sur les promenades. Les trois jurys se composaient de MM. Niedermeyer,
Elw.irt, Delsarte, Besozzi, Peffès, Camille de Vos, Laurent de Bille, Jonas,
Dauverné, Dufresne, Couderc, Triébert et Cokken. Je vous citerai parmi
les Sociétés couronnées : la Choralede l'Odéon. qui a parfaitement exécuté
la Retraite de Soubre; les Enfants de Lutéce, VOrphéonde Samt-Denis; dont
le chœur : le Rffrain des Mineur?, composé par son chef M. Monestier, a
été fort remarqué, les Enfants 'le l'aris, VOrphéon de Ai eaux , la Société
chorale de file Saint-Denis, les Orphéons de Chatenaij, de Brou, de B'ay-
sur-Seine, les Élevés de l institution Jacquier (Nogent-sur-Seine), les Enfants
des écoles comiHunales de saint-Leu, de Nangis et de Provins ; jeunes et
vaillantes pépinières qui apporteront plus tard à l'institution orphéoni-
que, officiellement organisée, un contingent nombreux de voix mâles et
de sociétaires disciplinés.
Le soir, après (a. distribution des prix, qui a permis à M. de Bourgoing,
l'honorable préfet de Seine-et-Marne, d'affirmer une fois de plus, en un
langage chaleureux et élevé, les sympathies qui l'unissent, suivant ses
expressions, « aux hommes de cœur qui chantent pour Dieu, pour la pa-
trie et pour les arts ». orphéonistes et musiciens ont envahi les prome-
nades enserrant sous leurs ormes contemporains des croisades les séduc-
tions brillantes et sonores des fêtes populaires. On eût dit la fête des
lanternes, un kaléidoscope de lueurs et de feux se profilant en guirlan-
des scintillâmes dans des profondeurs de forêts qui font oublier Versailles.
Au milieu de ces bruits, sous ces allées ombreuses, on voyait passer,
monsieur le directeur, les orphéonistes qui ont suivi Delaporte à Londres,
il y a un mois, lors de ce festival historique dont les fatigues m'ont ravi
l'honneur de raconter ici les enthousiasmes et les résultats grandioses.
Applaudis en Angleterre par tout un peuple, ilssont venus se faire cou-
ronner a Provins, et comme pour relier en un symbole poétique ces
deux étapes de leur histoire, ils portaient sur la poitrine, attachaient à
leur bannière cette rose de pourpre, fleur du Saaron dont Thibault ap.
DE PARIS.
269
porta le plant de Palestine, et qu'Edmond de Lancastre prit pour devise,
opposant son incarnat à la blancheur de la rose d'York.
Durant leur séjour à Provins, les représentants de la presse ont ren-
contré chez M. Pierre Dupont l'hospitalité la plus charmante et la plus
courtoise : par moment on eût cru que la vraie fête était à Saint-Rrice,
tant les ombrages résonnaient de refrains, tant le poëte nous révélait, de
cette pittoresque résidence, en prodigue, ces chants larges et ces mélo-
dies sereines qui exaltent dans leur inspiration tout ce que la nature dit
au penseur et à l'homme de bien. — « Monsieur, a répondu M. le séna-
teur Lebrun, l'auteur de Marie Stuart, au poëte qui venait de chanter à
la fin du banquet, je ne savais pas que vous fussiez ici; mais je veus de-
vinais aux sentiments que vos vers expriment et que chacun est heureux
d'applaudir. »
Aujourd'hui, monsieurle directeur, les orphéonistes ont quitté Provins,
et les hôtes de Saint-Brice ont pris congé ne l'artiste dont la Vigne, les
Bœuf* , les Louis d'or, ont dégrossi , pour ainsi dire, les voix des tra-
vailleurs, et vigoureusement préparé dans les campagnes, dans les centres
manufacturiers, l'œuvre studieuse de l'Orphéon.
Mais les souvenirs de ce concours et de cette grande assemblée de
chanteurs, d'artistes, d'administrateurs, d'écrivains, ne sauraient rester
stériles. Bien loin de là, ils contribueront puissamment, j'en ai la certi-
tude au développement du chant choral dans Seine-et-Marne. Le progrès
de .'orphéon français s'explique, se traduit par ces fêtes qui parlent une
langue éloquente aux populations des campagnes, et les convertissent à
l'harmonie, à l'art, bien mieux que ne le font les théories du livre ou
les enseignements du journal. En ceci, l'exemple est souverain : grâce à son
action, le mouvement du chant populaire s'accentue de jour en jour da-
vantage dans les provinces les plus rebelles jusqu'à présenta l'adoption
des idées modernes. Les laboureurs, les artisans, tous ceux qui creusent
dans la terre, dans le bois, dans les métaux, le rude sillon du travail,
comprennent quedesfètesne pourraientê're dédiées, et des honneurs ren-
dus à une œuvre illusoire. Peu à peu le bon sens vient en aide à, leurs
impressions. Us se réunissent, ils chantent à leur tour. C'est ainsi que
l'Orphéon gagne du terrain en propageant les saines notions de l'art, de
la morale et de l'émulation; c'est ainsi que, servant la cause du droit et
de l'ordre, la musique devient un élément civilisateur que l'on ne saurait
dédaigner. A ces divers titres, monsieur le directeur, vous vous inté-
ressez depuis longtemps déjà aux manifestions artistiques de l'Orphéon
français et aux vaillantes initiatives d'Eugène Delaporte; vos sympathies
retrouveront cetie année les sociétés chorales de France à Beaucaire, à
Nîmes, à Besançon, à Saint-Dizier.
Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments
distingués.
Em. Mathieu de MONTER.
BEVUE DES THÉÂTRES.
Gymnase : reprise des Favx bonshommes. — Vaudeville : reprise
de la Vie de Bohème et de la Tentation. — Palais-Royal : L"s
Mémoires de Mi mi- Bamboche, roman en cinq chapilres mêlés de
couplels, par MM. Eugène Grange et Lambert Thiboust; iou-yo po,
vaudeville de MM. Delacour et Adolphe Choler. — PoitTE-SAiNT-
Maktin : reprise des Étudiants, de Frédéric Soulié.
La température anormale dont nous sommes affligés a tellement
pris au dépourvu tous nos théâtres , que c'est tout au plus si, dans
l'espace de trois semaines, ils nous ont offert une seule nouveauté de
quelqueimportance. Chaque année, à pareille époque, les directeurs goû-
tent les plaisirs de la villégiature, les comédiens vont en vacances, et les
auteurs prennent les eaux. Il est si bien reconnu qu il n'y a rien à
faire contre les ardeurs de la canicule, que chacun tire de ton côté, et
que, s'il survient un dérangement subit dans l'ordre des saisons, per-
sonne n'est a son poste pour en profiler. C'est précisément ce qui ar-
rive aujourd hui ; le public ne demanderait pas mieux que de passer
ses soirées au spectacle ; mais, à peu d'exceptions près, que fait-on
pour l'y attirer? Les pièces nouvelles manquent presque complète-
ment sur la place, et, faute de mieux, on a recours à des reprises.
Le Gymnase emprunte les Faux bonshommes au répertoire du
Vaudeville, et tout l'attrait de celte exhumation repose sur la compa-
raison à établir entre les interprètes des deux théâtres. Sous ce point
de vue les avis sont assez partagés ; nous n'interviendrons pas dans
le débat. La comédie de MM. Barrière et Capendu a pris rang désor-
mais parmi les meilleures de l'époque contemporaine» Son effet ne
pouvait être douteux au Gymnase, pas plus qu'au Vaudeville, et nous
nous bornerons à constater qu'en dépit de la différence du jeu des ar-
tistes, le succès a été le même au boulevard Bonne-Nouvelle qu'à la
place de la Bourse.
— Le Vaudeville a repris la Vie de Bohême, cetle autre comédie
modèle, qui restera une des plus remarquables esquisses des mœurs
de notre temps. Les représentations de cette pièce, dont on a d'ail-
leurs abusé depuis les Variétés, ont été bientôt interrompues pour la
rentrée de Brindeau dans la Tentation, où cet ancien sociétaire de la
Comédie-Française a joué le rôle de Gontran, créé parLafont. Malheu-
reusement l'ouvrage de M. Octave Feuillet n'a pas conservé , beau-
coup plus que celui de M. Henri Murger, le don d'attraction qu'il avait
dans sa nouveaulé, et ce n'est pas avec des reprises de ce genre que
le Vaudeville bénéficiera des faveurs inespérées dont le ciel se montre
prodigue en pure perte.
— Au nombre des prévoyants, nous rangerons le Palais-Royal, qui
n'a eu pourtant d'autre mérite que de spéculer à propos sur un des
plus grands scandales du jour. Nous ne comprenons pas, à vrai dire,
tout le bruit qui s'est fait à l'occasion de cette baladine que l'on
nomme Rigolboche. Mais enfin il existe, et, si nous ne craignions pas
de nouslaisser entraîner un peu loin dans u e voie des plus sca-
breuses, nous prouverions peut-être que l'autorisation donnée à une
scène du boulevard de produire en public cette demoiselle est la
principale cause de sa célébrité. Aussi longtemps que l'éclat de ses
triomphes chorégraphiques eût été circonscrit dans l'enceinte du Casino
Cadet, pas un biographe n'eût songé à écrire des Mémoires, et à
étaler sa disgracieuse photographie aux vitrines de tous nos libraires.
Elle fût resLée l'idole d'un petit cercle de gandins idiots, et son nom
serait encore inconnu, à l'heure qu'il est, aux trois quarts des innom-
brables badauds de l'asphalte, qui manipulent ces sortes de réputa-
tions. Les Délassements -Comiques ont donc enfanté les Mémoires de
Rigolboche ; deux jeunes auteurs ont protesté chaleureusement, en
publiant une brochure intitulée : A bas Rigolboche , mais leurs voix
impuissantes n'ont pas empêché le Palais-Royal d'afficher, à son tour,
les Mémoire de.... Mimi Bamboche, pseudonyme transparent à travers
lequel resplendit l'auréole de la trop fameuse acrobate. Passe encore
si cette pièce eût été la satire de Rigolboche et de ses stupides admi-
rateurs; mais loin de là: le Roman en cinq chapitres, de MM. Eugène
Grange et Lambert-ïhibousi n'est autre chose que la glorification d'une
femme qui, par dépit amoureux, dispute la palme des bals publics à
une rivale, monte sur les planches, fait faire ses mémoires, et finale-
ment ramène son infidèle, sans cesser un seul instant de mériter le
prix de vertu. Etait-ce bien la peine de se placer sous l'invocation de
sainte Rigolboche pour aboutir à une pareille banalité ? Ce n'est pas
notre avis, mais c'est, sans doute, celui de la direction du Palais-
Foyal, qui a, dit-on, rencontré une mine d'or dans les Mémoires de
Mimi Bamboche. Convenons, du reste, que Mlle Schneider est char-
mante dans le principal rôle, qu'elle danse fort agréablement, et qu'elle
chante avec beaucoup de goût les airs nouveaux de M. Sylvain Man-
geant.
On joue au même théâtre une facétie chinoise assez plaisante, sous
le titre excentrique de Fou-yo-po. Il s'agit de deux Parisiens tombés,
on ne sait comment, dans une famille de braves mandarins qui les
font voir à leurs compatriotes pour de l'argent, sans qu'ils s'en dou-
tent. Les Parisiens finissent par découvrir le pot aux roses, et se
vengent en enlevant deux Chinois auxquels ils se proposent d'infliger
la peine du talion dans leur patrie. L'idée de cette bouffonnerie est
suffisamment drôle et justifie l'accueil favorable qu'on lui a fait.
— Le drame des Etudiants, par Frédéric Soulié, a été représenté
pour la première fois à l'Ambigu il y a une quinzaine d'années, et est
resté pendant fort longtemps au répertoire de ce théâtre. Une action
intéressante, égayée par de nombreux rôles comiques, une interpréta-
270
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
tion brillante, plusieurs airs de M. Artus devenus populaires, telles
étaient les qualités qui firent alors le succès de cette pièce. A la
Porte-Saint-Martin, où l'on vient de la reprendre, l'effet n'a pas en-
tièrement répondu à ce qu'on était en droit d'attendre de ses antécé-
dents. Mais peut-être la faute en est-elle à la distribution, qui, sous
bien des rapports, a semblé inférieure à celle du théâtre voisin.
Néanmoins, si cette reprise ne peut être comparée à celle de la Clo-
scrie des genêts, dont les recettes ont été productives, elle fournira
une carrière assez longue pour donner le temps à la célèbre féerie
du Pied de mouton, revue et corrigée , d'entrer en ligne avec
toutes ses merveilles.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„,*,, Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été jouée lundi et ven-
dredi ; la salle était comble à la dernière représentation; les deux sœurs
Marchisio, familiarisées aujourd'hui avec leur public, montrent beaucoup
plus d'assurance, et les belles qualités qu'elles possèdent se révèlent de
jour en jour davantage. Le magnifique duo d'Arsace et de Sémiramis
est toujours bissé avec acclamation. — Pierre de Méiicis a été donné
mercredi devant une nombreuse et brillante réunion. — Robert le Diable
avec Mme Vandenheuvel-Duprez et Mlle Marie Sax sera représenté
vendredi prochain ou le lundi suivant.
*** Rog3r a fait ses adieux mercredi au public de l'Opéra-Comique
dans la Dame blanche. A la représentation précédente de cet opéra,
donnée devant une salle comble, le célèbre chanteur avait été l'objet
d'une manifestation des plus flatteuses à laquelle il avait dû céder
en promettant de jouer une fois de plus avant son départ pour
Bade. C'est par ce rôle de Georges, dans lequel il avait su retrouver tout
le charme et le talent de ses premières années, qu'il a pris congé du
nombreux auditoire accouru pour l'entendre. Jamais triomphe n'a été
plus complet, et l'idée d'avoir ramené Roger au berceau de ses premiers
succès doit être comptée à M. Beaumont comme un acte d'habile admi-
nistration. — Jeudi; la Fille du régiment, chantée par Mme Ugalde et
Jourdan, avait attiré beaucoup de monde.— Vendredi, Carré continuait ses
débuts dans Haydée. Nous avons retrouvé chez cet artiste les qualités
que nous lui connaissions, fortifiées par l'expérience; il a montré beau-
coup de distinction clans le rôle sympathique de Lorédan. Sa voix est
agréable et il la conduit avec beaucoup de goût. La scène du songe a
été bien détaillée ; l'air de bravoure : Elle est d toi 1 a été dit avec cha-
leur, et en somme M. Carré a réussi. — La reprise du Petit chaperon
rouge aura lieu cette semaine. — Incessamment la comédie d'Uau-
teroche , Crispin médecin , dont la représentation avait souffert des
difficultés maintenant aplanies ; le titre seul sera changé, et Couderc
remplira le rôle du médecin.
,.*„, Mme Miolan-Carvalho est de retour à Paris. La célèbre cantatrice
va partir pour Spa où elle est attendue ; elle se rendra ensuite à Bade
et de là à Berlin pour remplir les divers engagements qu'elle a con-
tractés.
*** On se préoccupe déjà, de la future saison italienne ; on sait
que si Tamberliclc. ne revient pas, Mario a été engagé pour les six der-
niers mois, et Pancani pour mars et avril. Graziani, Gardoni, Badiali,
Zucchini, Angelini ; Mmes Alboni, Penco, Marie Battu, reviennent et com-
poseront un ensemble des plus complets. — La Sonnambula ouvrira la
saison, et la semiramide, interprétée par Mmes Alboni, Penco et Ba-
diali, offrira un point de comparaison piquant avec la sémiramis de
l'Opéra. — Le Mariage secret, 1 Italiana in Algieri, opéras dont la courte
durée ne remplit pas suffisamment la soirée, seront renforcés par des
ouvrages en un acte pris dans l'ancien répertoire italien. On voit que
M. Calzado ne néglige rien pour satisfaire ses abonnés et pour s'assurer
une fructueuse récolte.
*** Les deux grandes séances de l'Orphéon de la ville de Paris auront
lieu aujourd'hui, 29 juillet, et dimanche prochain 5 août, dans la salle
du Cirque Napoléon, sous la direction de MM. François Bazin et Pasde-
loup, directeurs de l'enseignement du chant dans les écoles communa-
les. Voici le programme de la première séance : Première partie :
1" Veni Creator, de Bezosi ; 2° le Médecin Tant-Mieux et le Médecin Tant-
Pis, de F. Bazin; 3° Angélus, de Papin ; i° la Garde passe (voix d'hom-
mes), de Grétry; 5" 0 salutaris, d'Auber; 6° le Couvre-feu, de F. Halévy.
Deuxième partie : 1" .Invocation, de Pasdeloup ; 2° le Printemps (voix
d'hommes), de Von Callo ; 3° les Vendanges , d'Orlando de Lassus ;
t\° Faust (voix d'hommes), de Gounod ; 5" Cantique, de Haydn ; Vive
lEmpereur: de Gounod.
*** Il y a quelques jours, on a entendu dans le concert de Mlle Vie-
ning, une jeune pianiste, élève de M. Lecouppey, et connue par
ses succès au Conservatoire. Mlle Remaury a exécuté avec beaucoup de
verve et de brio le concerto de Hummel et la tarentelle de Stephen
Heller; ce dernier morceau a été bissé chaleureusement, et la jeune
artiste a été rappelée avec enthousiasme.
,.** Le concours instrumental et vocal des élèves du conservatoire
de Milan a eu lieu le 8 juillet; les journaux signalent comme s'étant
fait particulièrement remarquer, Mlle Weismann, contralto, qui a chanté
V Exilé de Grenade, de Meyerbeer, et le grand air de la Semiramide.
*** Un des premiers effets du régime constitutionnel octroyé à Naples
par le roi, a été de rendre au répertoire du théâtre San-Carlo plus de la
moitié des opéras italiens interdits antérieurement par la censure. En
outre, le corps de ballet s'est empressé d'en profiter pour se débarras-
ser des affreux caleçons verts qui faisaient le désespoir des célébrités
chorégraphiques. Aussi tous les soirs les sylphides de San-Carlo sout-
elles accueillies par de frénétiques applaudissements. — La direction a
engagé pour la saison prochaine le ténor Pancani, Negrini, Colletti, la
Steffenone, la Vera-Lorini et la première danseuse Mlle Boschetti.
*■%. L'appareil vocal, dans l'homme, est d'une délicatesse extrême et
d'une excessive susceptibilité; de là les affections nombreuses, plus ou
moins graves, qui attaquent ce précieux organe chez les personnes que
leur position astreint à en faire un plus fréquent usage. C'est donc
rendre un véritable service aux prédicateurs, aux orateurs, aux pro-
fesseurs, aux chanteurs, à tous ceux qui ont l'habitude de parler ou de
chanter en public, que de leur signaler les pastilles du docteur Ed-
mond, dont l'efficacité souveraine a été reconnue par les sommités mé-
dicales pour préserver ou guérir de l'aphonie, *de l'enrouement, de
toute altération de la voix, quelle qu'en soit la cause, et qui rendent
presque immédiatement à l'appareil vocal sa sonorité, sa pureté et toute
sa fraîcheur.
»% Jeudi a été exécutée au Concert Musard l'ouverture d'Olympie, de
Spontini. Ce morceau, que les amateurs ont eu rarement l'occasion d'en-
tendre à Paris, offrait un vif attrait de curiosité ; on y retrouve le
grand style de l'auteur de la Vestale, et l'orchestre de Musard, auquel
Mme Spontini avait bien voulu donner les indications nécessaires, l'a
admirablement interprété ; il a produit le plus grand effet, et il faut
féliciter le jeune et habile chef d'orchestre d'en avoir enrichi son
répertoire. La Marche turque de V Enlève ment au sérail, orchestrée par
Pascal, le Quadrille de Mustafa, les solos de Legendre, de Moreau, de De-
merssmann, sont applaudis chaque soir ; aussi les concerts des Champs-
Elysées continuent-ils à attirer l'élite de la société parisienne.
„*,, Mardi prochain 31 juillet, en l'église de Saint-Eugène, aura lieu,
à dix heures très-précises, un service de bout de l'an célébré pour le
repos de l'âme d'Aug. Panseron.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„ Lyon, 23 juillet. — Une société d'artistes. et d'amateurs s'était
réunie dernièrement dans les salons de, M. Prost pour entendre quelques
morceaux de musique de chambre de M. E. Albert, compositeur, venu de
Paris, et dont les œuvres s'adressent particulièrement aux exécutants
pour qui celles de Mozart, Beethoven et autres grands maîtres offrent
de trop grandes difficultés. Le succès qu'a obtenu M. Albert le décidera
sans doute à venir cet hiver organiser ici un concert important. Jîn
attendant, il va se faire entendre à Montpellier, Cette, Avignon et Mar-
seille.
„% Bordeaux. — Le comité d'administration de la Société Sainte-
Cécile, sur le rapport du jury du concours d'opéra-comique, a, dans sa
séance du 19 juillet, décerné le prix à MM. de Bruge et Montcavrel,
auteurs de la pièce intitulée : Une Aventure sous la Ligue. Un avis ulté-
rieur fera connaître les conditions du concours musical, qui sera très-
prochainement ouvert.
„,*„, Nice. — Nous avons possédé pendant quelques jours un jeune
compositeur dont les œuvres musicales jouissent en Italie et en France
d'une juste renommée. M. Pierre Perny, dont le nom indique l'origine
française, retrouve la patrie de ses pères par la réunion de Nice à l'Em-
pire. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés en France, en Alle-
magne et en Russie, on a beaucoup remarqué sa marche triomphale
intitulée : Guerre et Victoire, composée â la suite de nos triomphes en
Italie, et dédiée â S. M. l'Empereur Napoléon III. Un hymne national,
publié en 1848, fut la première révélation du talent de M. Perny. dont
les autres compositions n'ont pas démenti les brillantes espérances que
ce début avait fait naitre.
CHRONIQUE ETRANGERE
„*„ Lon Ires, 23 juillet. — Au théâtre de Sa Majesté , Mme Cabel a
continué, dans la Fille du régiment , le succès qu'elle avait obtenu dans
l'air de l'Ombre du Pardon de Plo'ermel. On a trouvé qu'elle donnait au
DE PARIS.
271
personnage de Marie un caractère de vivacité spirituelle et gracieuse qui
contraste avec la tournure un peu irop hardie et soldatesque de Mlle Pic-
colomini, sa devancière dans ce rôle. Belart et Ciampi sont très-bien
placés à côté d'elle dans les rôles de Tonio et de Sulpice. Mongini, qui
avait terminé son engagement, a dû être rappelé par le directeur,
M. Smith, pour continuer les représentations d'Oberon, qui ne marchait
plus sans lui. — Le Prophète et les Huguenots ont alterné au théâtre de
Covent-Garden avec tout le succès possible. Après Martha on a joué Ri-
goletto, et Mme Carvalho-Miolan a dû s'essayer dans le rôle de Gilda. —
Un grand concert, composé d'un choix de morceaux et de l'Orphée, de
Gluck, a été donné récemment; ce qu'il y avait de mieux, c'était l'ou-
verture d'Oberon et le serment de Guillaume Tell , exécuté par Tamber-
lick, Lucchesi, Polonini. Tagliafico, Patriossi, Faure, l'orchestre et les
chœurs. — Le 31 juillet doit avoir lieu, au jardin de Surrey, un grand
concert au bénéfice de la veuve de Jullien. Les talents les plus distin-
gués de Londres, et MM. Jules Lefort et Engel participeront à eette bonne
œuvre.
$% Bade. — Mlle Marie Battu n'est pas accueillie ici avec moins de
sympathie qu'au théâtre Italien de Paris. Dans les deux concerts pour
lesquels elle avait été engagée par M. Benazet, avec MM. Vieuxtetnps et
Jacquart, et qui ont eu lieu les 12 et 19 juillet, e'ie a chanté les cavati-
nes de la Sunnambula et de Rigoletto , le grand air des Puritains et le
rondo final de Cenerentola. Ce dernier morceau lui a valu une ovation
telle que M. Benazet l'a engagée pour un troisième concert où elle devra
le redire. La princesse Marie de Bade, duchesse Hamilton, a voulu en-
tendre chez elle la jeune cantatrice, ainsi que Vieuxtemps; elle lui a
demandé le (inale de la Sonhambula et quelques romances françaises. Là
encore, son succès a été aussi grand que le permettait l'étiquette dans
un salon rempli de tètes couronnées. — Le corps de musique de la
garnison prussienne de Iîastadt, lequel a été réorganisé par le chef de
musique Wieprecht, donne des concerts très-suivis devant la Conversation.
Récemment il y a fait entendre le Réveil du lion, par Kontsky ; la Chasse,
de Stephen Ileller ; la Marche cosaque, de Wehle, et pour le bouquet,
la Schiller Marsch, de Meyerbeer. Ces divers morceaux ont été arrangés
pour musique d'harmonie par M. Wieprecht. — Voici les noms des prin ■
cipaux ai-tistes qui doivent être entendus cette année aux concerts de
Bade : Sivori, Piatti, Cossniaim, vieuxtemps, Sighicelli, Batta, Mlle Oc-
tavie Caussemille, Mlle Labeda, Mlle Guiaud ; Roger, Bussine; Mme Car-
valho, Mlle Battu, Mlle Marimon ; Mlle Litschner; Vivier, Renard, Bon-
nehée ; Mlle Monrose ; Jacquard, Sainte-Foy, etc., etc.
„,% spa.— Au concert du 16, M. Laub, violoniste allemand, a fait
applaudir un talent des plus remarquables. A M Laub vont succéder
MmeMiolan-Carvalho et M. Jehin Prume notre compatriote, violoniste, dont
les»succès en Russie, en Allemagne et en Belgique ont été des plus brillants.
Le contingent du mois d'août n'est pas moins riche : il compte sept fêtes,
sept concirts, pourrions-nous dire, dont l'un est donné par Vivier, le
célèbre corniste. Celui-ci aura lieu dans le grand salon de la Redoute.
Des six autres, deux se donneront également à la Redoute ; quant aux
quatre derniers, ils auront pour théâtre la Place-Royale, la promenade
des Sept-IJeures et la Géronstère.
*% Arnheim. —La Société pour l'encouragement de la musique orga-
nise un festival pour les 9, 10 et 11 août. Premier jour : symphonie de
Verhulst; Sa/nson, de Haendel. Deuxième jour: ouverture et chœur
de Lucifer, tragédie de Vondel, par J.-A. Van.F.yken; Loreley, deHiller;
Etie au mont Oreb, par Coenen ; hymne, par Mendelssohn. Troisième
jour : psaume 84, par Verhulst, et septième symphonie de Beethoven.
L'orchestre sera dirigé par Verhulst.
„,% Vienne. — Outre les pièces nouvelles : Dinorah, de Meyerbeer ;
Aima, de M. Loevve, etc., que le théâtre de l'opéra de la cour doit repré-
senter pendant la saison, on remettra à la scène: Orphée, de Gluck;
les Mousquetuires de la Reine, d'Ilalévy ; l'Enfant prodigue, d'\uber.
M. Dessof, de llesse-Cassel, a été engagé comme maître de chapelle, en
remplacement de Stegmayer. Pour le 22 juillet, on annonce les Hugue-
nots : Mme Harriès-Wippern, du théâtre royal de Berlin, qui est ici en
représentation, chantera le rôle de Marguerite.
„*„ Berlin. — Le théâtre de l'Opéra de la cour rouvrira le 2 août par
Aladin. — Le succès d'Orphée aux Enfers, par Offenbach, se soutient au
théâtre Frédéric-Wilhelmstadt. — La saison d'opéra, sous la direction de
M. Meswadba, a commencé le 6 mai : jusqu'au 18 juillet, on a donné :
Martha, six fois; Straâella, neuf fois; Freischiitz, six fois ; Czar et char-
pentier, quatre fois ; le Maçon, d'Auber, deux fois, etc.; en tout, quarante-
neuf représentations dans l'espace d'un peu plus de deux mois.
4% Gênes, 23 juillet. — Une belle symphonie, intitulée la Chasse, et
dont l'auteur est M. le comte Graziani, faisait partie du concert donné
au théâtre Paganini, et dans lequel on a exécuté avec tant de succès l'ou-
verture de Dinorah, de Aleyerbeer. Quoique venant après ce chef-d'œuvre,
la Chasse a produit aussi un effet remarquable.
„■% Saint-Pétersbourg. — Afin de mettre la direction de sa chapelle et
celle des théâtres impériaux en mesure d'adopter le diapason nor-
mal, Sa Majesté l'empereur vient de confier à M. le général Lvoff
une somme de 45,000 fr. pour la réparation des vieux instruments
de l'orchestre et l'achat d'instruments nouveaux reconnus indispensa-
bles.— L'automne prochain, sera représenté l'opéra dramatique en deux
actes que M. Villebois avait achevé dès 1834 et qui a pour titre Natarcha,
ou les Brigands du Volga, paroles de Krestovsky. M. Villebois prépare
également une collection de chansons russes au nombre d'environ
cent, dans leurs mélodies originales, qu'il se propose de publier pro-
chainement. Le jeune Taborovsky, parti il y a quatre ans pour
Bruxelles, afin de se perfectionner dans l'étude du violon, sous la direction
des professeurs Léonard et Oamcke, vient de rentrer à Saint-Pétersbourg
après avoir obtenu le premier grand prix au concours du Conservatoire.
Taborovsky a donné sur sa route des concerts à Cologne, à Berlin et dans
d'autres villes d'Allemagne, et il y a obtenu les suffrages des critiques
les plus sévères. — S. Exe. M. de Sabcurolf a commandé au célèbre facteur
Debain un orgue pour notre grand théâtre— Nous attendons incessam-
ment le retour de la Rosati, qui va se mettre en route de Paris pour
les études du ballet par lequel elle doit faire sa rentrée. — Les diamants
de la danseuse, Mlle Frieclberg, pour la restitution desquels une récom-
pense de 500 thalers avait été promise l'année dernière, ont été trouvés
dans une boîte à allumettes saisie chez un nommé G..., arrêté récem-
ment à Mulheim, où il faisait partie d'une bande de voleurs exploitant
les chemins de fer. L'or avait été fondu.
AVIS.
MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par-
tition et les Parties d'Orchestre du Bornait «î'EKviire , opéra-
comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et
de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, viennent de paraître
chez MM. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu,
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272
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Publiée par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au Ie
MUSIQUE DE PIANO NOUVE
Brassin (L.). Air varié (2e morceau de salon) de Vieuxtemps,
transcrit 9 »
Badarzewska . La Prière d'une Vierge, arrangée pour le
piano à quatre mains 6 »
Uolmetsch. Op. 49. Transcription de la Berceuse du Pardon de
i'ioërmel 7 50
Ileller (Steplien). Op. 94. Tableau de genre 7 50
Iles» (Charles). Op. 60. Bouquet de mélodies du Roman d'Eloire 7 50
Kettcrer. Op. 64. Fantaisie-Transcription sur le Roman oV Elvire 7 50
•laell . Ombre létjère, air du Pardon de Ploërmel, caprice valse 7 50
— Transcription du chœur d'enfants du Prophète 6 »
— Le Carillon, morceau élégant 7 50
Longuevîlle. Fantaisie dramatique sur Stradella, de Flotow .. 7 50
Slcndelssnhn . La Fileuse, romance sans paroles 5 »
Meyerneer. Polonaise pour piano, extraite du 2e entr'acte de
Struensèe 7 50
— Schiller-iVarsch, arrai/gée pour le piano par Chariot 7 50
— — à 4 mains par E. Wolff. 10 »
Ylolff (E.) Deux chansons polonaises 7 50
— Duo a quatre mains sur Stradella, de Flotow 10 »
Hliisard. Valse-Bolero sur Pianell i, de Flotow (ornée du portrait
photographié de Paul Legrand dans le rôle de Scapin)... 5 »
Arban, Marx, et Ettifng. Quadrilles et polka sur le Roman
d'Elvire h 50
Strauss. Valses sur le Pardon de Ploërmel (3e édition) 5 »
lie 1er août sera mise en vente la
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CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU 1".
ALllil/HoIi oAÀ brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments Saxomnitonique». Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iurPOBT officiel (Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
" M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments a pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
o La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse paiifaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Bue d'Abbeville, 5 bis,
près la place Lafayette, à Paris.
MAISON H. HERZ piLn^T i^rZTàe lî
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n* 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par urre supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
„ Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 1)0 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
{Extrait dit rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs,
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Entrez dans la danse, romance 2 50
Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 50
Madame est sur la sellette, id. 2 50
eon vole, valse-cliansonnette 2 50
Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50
Les Maisonnettes, id. 2 50
Monsieur Jeudi, id. 2 50
Fi, le gourmand, id. 2 50
Ecs Jours gras de Madame.
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A 2 moins U 50 — .-1-1 mains. ..... 4 50
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ûUUlIiLlU Exposition 1849; Médaille de V
classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pia-
nos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, a toutes les Ex-
positions, des récompenses méritées par l'excellence de
ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est
justement établie. Elle vient de mettre en vente un
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format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le dou-
ble rapport de la quantité et de la qualité du son.
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Exposition nationale française de 1849.
DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR
Exposition de 1849.
11Q médaille d'argent
Exposition nationale française de 1844-
-o-S>S-<>-
MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS
FONDÉE A PAr.IS EN 1843 PAU
Exposition nationale belge de 1841.
DÉCORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE
de Hollande (1845).
Grande médaille d'or
du Mérite de Prusse (1846).
Fadeur de la Maison militaire de l'Empereur.
RUE SAINT -GEORGES, 50 ■*»©«-
Seule gi-aude médaille d honneur à l'Exposition universelle de Paris («855). —Seule grande médaille
(Cntntcil jVSeiltil) à l'Exposition universelle de Londres (1*51).
Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale.
INVENTEUR DES FAMILLES DES
CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRt-BASSES-SAX.
CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) .
Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes il pistons
ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba.
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Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym-
bales, etc., etc.
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TUOMBONES-SAX.
SAXO-TROMl'.AS. SAX-TUBAS.
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invention brevetée en is."ïï>.
Tous les instruments à pistous avec addition d'une ou plusieurs
clefs; invention brevetée en i**.»o.
Système d'instruments à pistons ascendants; iuv. brev. en 185«.
CENTRALE DE NAPOLEON CUAI X
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
N° 32.
g Août 1860.
ON S'ABONNE 1
Dai)3 les Départements et à l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et am
Bureau* des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT:
pari3., 24 fr. par an
Départements, Uclgique et Suisse — 30 n id.
Étranger 34 » id.
Le Journal parait le Dimanche.
GAZETTE
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : Robert le Diable, débuts de
Mme Vandenheuvel-Duprez et de Mlle Marie Sax. — Théâtre impérial del'O-
péra-Comique: reprise du Petit Chaperon rouge, opéra-comique en trois actes,
paroles de M. Théaulon, musique de Boïeldieu, par D. A. D. Saint-"ïfTes.
— Conservatoire impérial de musique et de déclamation : concours publics. —
Orphéon, première séance solennelle au Cirque Napoléon. — Ecole de musique
religieuse de Paris. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPERA.
Haltère le Sfiaùle. — Débuts de lime Vamlenlieuvel-
Daprez et de Mlle Marie Sax.
C'était la /|25c représentation du chef-d'œuvre , et il n'y avait pas
moins de deux débuts à la fois, celui de Mme Vandenheuvel-Duprez,
dont le nom s'entoure d'une double auréole, et celui de Mlle Marie
Sax, astre nouveau qui s'est levé tout récemment à l'horizon du
théâtre Lyrique pour passer au firmament de l'Opéra. Nous laissons à
penser quelle foule se pressait dans la salle et dans ses alentours.
Une œuvre nouvelle n'aurait pas excité de curiosité plus vive, d'em-
pressement plus général.
Disons tout de suite ce que sans doute on a deviné déjà. La fille du
grand ténor a remporté une victoire décisive dans le rôle de la prin-
cesse Isabelle, créé par Mme Damoreau, continué par Mme Dorus, et,
de l'avis des connaisseurs, depuis cette dernière, nulle cantatrice ne
l'a rempli avec plus d'éclat, de charme et de talent réel que Mme Van-
denheuvel-Duprez. Dans l'air si justement célèbre : En vain, j'espère,
elle s'est signalée par un admirable point d'orgue. Au quatrième acte
elle a dit l'air de Grâce avec une perfection sans égale; aussi l'a-t-on
rappelée à grands cris. Faut-il dire que dans les morceaux d'ensem-
ble, dans quelques notes graves la force et l'ampleur lui ont quelque-
fois manqué ? Mais qui peut tout avoir ? L'essentiel est de posséder ce
qui domine et fait oublier le reste.
Chargée du rôle d'Alice, ce rôle qui a servi à tant de débuts heu-
reux, Mlle Marie Sax, qui a fait de notables progrès, y a paru de ma-
nière à donner, pour l'avenir, de grandes espérances. Sa voix est
richement timbrée, sympathique ; elle n'a besoin que d'un peu d'ex-
périence pour en ménager les ressources, en régler les effets. Somme
toute, c'est une acquisition excellente, dont notre première scène
lyrique doit tirer un merveilleux parti. Elle a été rappelée à la
chute du rideau.
Le rôle de Robert a toujours été le plus beau du répertoire de
Gueymard, qui s'y est montré vendredi en pleine possession de sa
voix puissante et dramatique ; Belval ne s'est pas moins bien acquitté
du rôle de Bertram, et Mlle Zina Richard, à peine arrivée de Londres,
a bien vite revêtu la robe de l'abbesse qui se réveille à la voix
d'un damné pour se livrer encore une fois au plaisir : impossible
de saisir l'occasion avec plus de charme et de légèreté.
Pour cette représentation, qui avait tout l'air d'une reprise, presque
tous les costumes avaient été renouvelés, en attendant qu'on renouvelle
aussi les décors, et il faut se hâter, si l'on veut arriver avant la
500e représentation, laquelle, selon toute probabilité, ne se fera pas
longtemps attendre.
R.
THEATRE IKPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE.
ME PETIT CHAPEKOIV BOUGE,
Opéra-comique en trois actes, paroles de M. Théaulon, musique de
Boïeldieu.
(Reprise le jeudi 2 août 1860.)
Enfin a eu lieu celle semaine la représentation du Chaperon de-
puis fi longtemps promise. Préparée par les soins de M. Roqueplan,
à qui en revient l'idée, elle a été retardée successivement par les pre-
miers travaux de la nouvelle direction, puis, dans les derniers jours,
par une indisposition de Crosti. Du reste M. de Beaumont a utilisé ces
longs délais d'une façon assez méritoire pour qu'on ne lui en fasse
pas un reproche.
Boïeldieu venait d'entrer à l'Institut, on remplacement de Méhul,
lorsqu'il fit la musique du Vêtit Chaperon rouge, représenté le
30 juin 1818; aussi a-t-on dit de cet opéra que c'était son discours
de réception. Jusque-là sa vie artistique avait été fort active ; le Cha-
peron avait été précédé d'assez près par Jean de Paris, la Fête du
village voisin et le Nouveau seigneur. Mais à compter de ce moment,
soit qu'il fût fatigué, soit qu'il se recueillît devant l'invasion des
formes nouvelles, il ne travailla plus avec la même assiduité. Il mit
douze ans à composer les Voilures versées, la Dame blanche et les
Deux nuits. Si donc, en empruntant une expression plus spécialement
consacrée aux peintres, la première manière de Boïeldieu se termine
à son départ pour la Russie , le Chaperon peut être consid
comme le point culminant de sa seconde manière, et, à ce titre, il
mérite tout l'intérêt qui va s'attacher à cette reprise.
274
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Le grand succès de la Cendrillon, de Nicolo, antérieure de quelques
années au Chaperon, n'a certainement pas été étranger à l'idée de
transporter aussi ce dernier sur la scène. La mode était alors aux
contes de Perrault, et il eût été bien surprenant que l'une de ses affa-
bulations les plus charmantes et les plus populaires échappât à la
main des arrangeurs. 11 est vrai qu'il y a dans ce conte une plus
forte dose de naïveté enfantine que dans tous les autres, et qu'il n'offre
pas les ressources dramatiques qui se rencontrent par exemple dans
Cendrillon. Il ne fallait pas moins que l'esprit inventif de Théaulon,
un auteur de la bonne roche, pour tirer trois actes d'une donnée
aussi puérile, et encore n'en est-il pas venu à bout sans peine. Le petit
chaperon a été transformé par lui en un talisman prolecteur de la
vertu, auquel il a opposé un anneau magique, autre talisman, falla-
cieux artisan de séduction. La mère-grand a fait place à un bon er-
mite quelque peu sorcier, et le loup est devenu un coureur d'aven-
tures à la façon de Joconde. Mais ici la substitution était indiquée par
la moralité de Perrault dans laquelle on voit
Que les jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles,
Belles, bien faites et gentilles,
Font très-mal d'écouter toutes sortes de gens ;
Et que ce n'est pas chose étrange
S'il en est tant que le loup mange;
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte.
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui, privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque clans les ruelles.
Mais, hélasl qui ne sait que ces loups doucereux
De tous les loups sont les plus dangereux?
Le baron Rodolphe est justement de cette espèce, et lorsque, re-
vêtu du froc de l'ermite, il adoucit sa voix pour dire à Rose-d' Amour:
Tira la bobinelte, la chevillette cherra, on est bien près de prendre
au sérieu-t le fameux dialogue : « Ma mère-grand que vous avez de
grandes dents! — C'est pour te manger » Heureusement le
véritable ermite intervient assez à propos pour empêcher le méchant
loup de manger le petit chaperon, et le "conte amendé par Théau-
lon, se dénoue par le mariage de Rose-d'Amour avec le comte Roger
qui s'est fait aimer d'elle sous le nom d'Alain, berger portant une
houlette et un chalumeau.
Grâce à la musique de Boïeldieu, grâce surtout h la manière dont
elle était interprétée, cette féerie primitive, habillée à la vieille mode,
a brillé dans son temps d'un certain éclat, et, pendant bien des années,
a occupé un rang très-distingué au répertoire de l'Opéra-Cbmique. A
cette époque, les principaux rôles étaient tenus par Martin, Ponchard,
Lesage, Mmes Gavaudan, Boulanger et Desbrosses, c'est â-dire par les
meilleurs artistes dont ce théâtre ait conservé la mémoire depuis le
commencement du siècle. Le personnage du baron Rodolphe était si
bien approprié au talent et au goût de Martin, qu'il le choisit pour
un de ses rôles de rentrée, en 1832, quand il fit une dernière appa-
rition sur la scène qui lui avait valu tant et de si beaux triomphe?.
Après Martin, nous ne nous souvenons pas d'avoir vu le baron Ro-
dolphe joué par personne que par... Couderc, oui vraiment, Cou-
derc qui l'avait pris pour ses débuts, et qui y préludait à son prochain
et éclatant succès du Chalet.
Aujourd'hui, il faut bien en convenir, le Chaperon a perdu, en partie,
les attraits qu'il avait autrefois, et cependant, ainsi que nous l'avons
dit en commençant, nous ne saurions blâmer MM. Roqueplan et de
Beaumont d'avoir songé à nous le rendre. La partition de Boïeldieu,
quoique fort loin de la Dame blanche, des Voitures versées et même
de quelques-unes des œuvres qui les ont précédées, n'en est pas moins
bonne à entendre. On y trouve, comme dans tous les opéras du com-
positeur rouennais, de délicieuses mélodies, de très-gracieux motifs,
et, de plus, on y peut constater, en remontant à ses premiers ouvra-
ges, les progrès immenses qu'il avait accomplis dans l'art de faire
servir l'harmonie à la réalisation de ses idées ; son orchestre y est
plus nourri, et le dessin des accompagnements y est mieux disposé ;
c'est la préface de la Dame blanche.
Si la reprise du Chaperon n'a pas répondu complètement à l'effet
qu'on était en droit d'en attendre, il ne faut donc pas en accuser
Boïeldieu. Avant de remonter cet opéra, la direction aurait peut-être
dû consulter davantage les éléments dont elle pouvait s'entourer. En
dehors de toute comparaison, et selon leur mérite personnel, les artis-
tes qui ont concouru à cette reprise sont, à coup sûr, très-capables
de rendre de bons services. Mais sont-ils tous à leur place dans le
Chaperon ?
Crosti, plein de zèle et d'excellentes intentions, possède en outre
une fort jolie voix de baryton. Ce n'est pas sa faute si le temps lui a
manqué pour acquérir l'expérience nécessaire à l'interprétation du
rôle de Rodolphe, et s'il n'a pu faire oublier que ce rôle a été écrit
pour la voix exceptionnelle de Martin. Néanmoins, il a plus d'une fois
obtenu des applaudissements mérités, notamment dans l'air : Anneau
charmant, si redoutable aux belles, dans les deux duos du deuxième
acte, et dans celui du troisième, où il a chanté avec infiniment de
goût les délicieux couplets : Robert disait à Claire.
Mme Faure-Lefebvre , qui faisait sa rentrée par le rôle de Rose-
d'Amour, est plus près de la tradition. Elle a du charme, de la finesse;
mais si elle n'y prend garde, elle laissera gâter ses qualités louables
par un peu trop d'afféterie. Sous le rapport du chant , nous n'avons
rien à lui reprocher ; nous lui devons même des compliments sincères
pour l'esprit et la grâce avec lesquels elle a dit la fameuse ronde :
Depuis longtemps, gentille Annette, ainsi que son duo du deuxième
acte avec Rodolphe.
Quand il n'y aurait dans le rôle du comte Roger que la suave ro-
mance : Le noble éclat du diadème, pour faire valoir la bonne édu-
cation d'un chanteur, cela seul suffirait, et nous devons dire que
Warot n'a pas failli à celte occasion favorable.
Barrielle est très-convenablement placé dans le personnage de l'er-
mite, et Lemaire est fort plaisant sous les traits de Job, le magister.
Mme Casimir n'a que quelques mots à débiter ; elle est par consé-
quent au-dessus de sa tâche. Quant à Mlle Zoé Bélia, c'est la pre-
mière fois que nous la voyons dans un rôle comique ; nous l'enga-
geons à prendre des leçons de Mlle Lemercier. Elle chante, du reste,
fort gentiment ses couplets : Il m'a demandé le bouquet.
En somme, et avec les réserves que nous avons faites, la repré-
sentation du Chaperon a marché aussi bien que possible. Tout le
monde a fait bravement son devoir, depuis l'orchestre jusqu'aux
chœurs, aux danseuses, aux décorateurs et aux machinistes. Les deux
ballets du premier et du deuxième actes ont paru bien dessinés, et le
rêve de Rose-d'Amour a produit un effet des plus agréables .
Quelques jours avant la reprise du Petit Chaperon rouge, nous avons
assisté à une représentation des Diamants de la couronne, qui emprun-
tait un certain intérêt au début de Mlle Marimon dans le rôle de
Catarina. Nous n'avons à juger Mlle Marimon ni comme actrice, ni
comme chanteuse; elle a fait ses preuves au théâtre Lyrique, où ses
diverses créations l'ont désignée au choix de la direction de l'Opéra-
Comique. Le doute ne pouvait porter que sur l'accueil plus ou moins
cordial qui lui serait fait par le public de ce théâtre. Dès les premiers
mots, dès les premières notes, sa cause a été gagnée, et ce n'était
certes pas une petite affaire de mener à bien le rôle écrasant de cette
reine de Portugal, battant les grands chemins à la tête d'une troupe
de faux-monnayeurs ou trônant dans toute sa gloire au palais de Lis-
benne. C'est principalement au deuxième acte que tous les suffrages
se sont déclarés en sa faveur, lorsqu'elle a abordé les vocalises du
boléro : Dans les défilés des montagnes. Pour notre part, nous nous
DE PARIS.
275
faisons un plaisir de ratifier sans aucune réticence le jugement de la
grande majorité des spectateurs en engageant toutefois Mlle Mari-
mon à se souvenir de préférence des excellentes leçons qu'elle a
reçues de Mme Damoreau.
D. A. D. SAINT-YVES.
CONSERVATOIRE IMPERIAl DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION.
Concours publics.
Le concours de grand opéra devait ramener sur la scène plusieurs
des élèves qui s'étaient distingués déjà dans celui d'opéra-comique.
A ce propos, disons qu'il conviendrait de fixer plus nettement les li-
mites des deux genres. Celles du second sont élastiques au point
qu'on y rencontre souvent des ouvrages et des scènes qui pourraient
fort bien appartenir à l'autre. Au théâtre, cela peut être un avan-
tage ; au Conservatoire c'est un inconvénient. Est-ce réellement de
l'opéra-comique que certains fragments d'I/aydée, du Songe d'une
nuit d'été, de Galathée, où il n'y a que du chant et à peine quel-
ques lignes de dialogue? Comment juger si les élèves sont en état
de satisfaire à l'une des conditions essentielles du concours, celle de
savoir parler? C'est justement par ce talent, dont plusieurs de ses
émules n'avaient pas assez donné de preuves, que Mlle Rolin s'est
signalée dans une scène de la Fée aux Roses. Mlle Saint-Aguet dans
une scène de Manon Lescaut, et Mlle Gallino dans une autre du
Mauvais œil ont aussi montré qu'elles avaient la parole agréable et
juste, sans quoi l'opéra-comique n'existe pas.
Le grand opéra n'exige pas une somme de talent plus grande, au
contraire ; mais il demande une somme de forces physiques plus
rare ; de là vient le haut prix des sujets. De là vient aussi que onze
élèves femmes seulement se présentaient à ce concours, tandis qu'il
y en avait vingt à celui d'opéra-comique. Le nombre des hommes
était de sept dans l'un et dans l'autre. M. Peschard, qui l'année der-
nière avait remporté le second prix plutôt comme chanteur que
comme acteur dans une scène de la Muette, a montré de sensibles
progrès dans le quatrième acte de la Favorite, et prouvé qu'il pou-
vait jouer quand il le voulait. A notre avis, c'est une espérance pour
notre première scène lyrique, et nous le pensons également de
M. Morére, autre ténor plus passionné, plus vigoureux, mais de taille
petite, qui a produit beaucoup d'effet dans le trio de Guillaume Tell
et dans le troisième acte d'Otelto. Le jury ne lui a décerné qu'un
second prix, parce qu'il a encore des progrès à faire, et qu'on doit
espérer qu'il les fera. Dans son état actuel, il nous semble déjà très-
digne d'attention et supérieur à des artistes qu'on a cru devoir en-
lever à d'autres théâtres. Parmi les femmes, Mlle Brou de Lavessière
est la seule qui puisse passer immédiatement de l'école au théâtre :
elle a une voix de mezzo-soprano plus solide que légère ; dans le
rôle de Desdémone, elle a victorieusement enlevé son premier prix.
Mlle Baretty, qui a obtenu un premier accessit, ne concourait, nous
aimons à le croire, que pour s'exercer dans un genre qui ne sera
jamais le sien, comme on dit souvent de la tragédie, pour mieux as-
souplir son organe et exceller plus sûrement dans la comédie.
D'anciens élèves du Conservatoire, M. Laget, non la basse-taille,
le ci-devant chanteur, aujourd'hui professeur, mais le ténor léger qui
concourait lui-même en 1841, et qui, malgré les dix-neuf ans écou-
lés , n'en est pas moins léger toujours et agréable à entendre ;
MM. Casaux et Périé, de l'Opéra, M. Boutines n'ont pas dédaigné de
venir assister leurs jeunes camarades dans ces jours d'épreuve. As-
sister, c'est fort bien, l'intention est excellente, mais le fait ne s'y
joint pas toujours. Par exemple quand une voix comme celle de
M. Casaux, habituée aux vastes enceintes, fortifiée par la pratique ct
e temps, vient faire gronder son tonnerre dans une bonbonnière
étroite comme celle de la rue Bergère, que deviennent les pau-
vres assistés dont les faibles accents se perdent dans le fracas?
Le concours de violon n'avait pas eu jusqu'ici d'analogue par son
ensemble et ses résultats : trois jeunes filles comparaissaient dans la
lice où l'on ne voit ordinairement que des hommes, et de ces trois
jeunes filles, l'une, âgée de quatorze ans, Mlle Boulay, a remporté
seule un premier prix ; l'autre, âgée de quinze ans, Mlle Castellan, a ob-
tenu le second prix avec l'un des concurrents mâles, M. Weingaertner,
qui ne compte pas moins de dix-huit printemps ; tous les trois sont
élèves d'Alard. Déjà au concours de violoncelle une jeune fille du
nom de Clauss, et dont les deux sœurs cultivent le violon, avait mé-
rité un modeste accessit. Que signifie celte invasion féminine dans le
royaume des instruments à cordes? Serait-ce que menacées de plus
en plus dans celui du piano par la foule toujours grossissante des
hommes, les femmes se réfugient sur le terrain que beaucoup de
ceux-là délaissent? Il y a des exemples si séduisants! le nom des
Milanollo, celui des Ferni rayonne d'un éclat si vif! Ce qu'il y a de
certain, c'est que Mlle Boulay s'annonce comme une virtuose capable
de disputer le sceptre du violon aux hommes qui ne demanderaient
pas mieux que de le lui interdire en vertu d'une espèce de loi salique
qui n'existe rulle part. Mlle Boulay a déployé dans l'exécution d'un
des beaux concertos de Viotti une vigueur, une élégance, une jus-
tesse, un style qui l'ont mise hors de pair. On peut être fort bon
violoniste et ne pas atteindre à ce niveau, parce que l'étude n'y suffit
pas et que la nature y fait plus que l'étude. C'est donc une nouvelle
Milanollo que le concours de cette année a mise en lumière. Pour
triompher il eût fallu que ses émules fussent au moins ce qu'avaient
été en pareille occurrence les Wieniawski , les Lotto, les Sarasate,
mais nul d'entre eux no les a égalés ; il y avait la différence du talent
au génie. On a reproché à Mlle Boulay quelques erreurs dans le
morceau de lecture; les autres en avaient commis autant qu'elle, à
l'exception d'un seul, le jeune Muratet, élève de Dancla et âgé de
quinze ans, qui a déchiffré en digne lauréat de solfège, et obtenu
le troisième accessit comme Mlle Boulay le premier prix, seul et
sans partage. D'ailleurs ces erreurs ne sauraient compter comme
fautes musicales : ce sont des éblouissements, des vertiges insépa-
rables d'une lecture en public après les émotions et les fatigues du
concerto.
Deux séances ont été consacrées aux instruments à vent. La flûte, le
hautbois, la clarinette, le basson, le cor ordinaire el le cor à pistons
remplissaient la première ; la trompelte, le trombone, le cornet à
pistons, le saxophone et le saxhorn la seconde. M. le général Mellinet,
qui préside avec un zèle si éclairé à la réorganisation de. nos musiques
militaires, faisait partie du jury le premier jour ; une indisposition su-
bite l'a seule empêché de revenir le lendemain s'asseoir parmi les
juges.
Flûte (professeur, M. Dorus). — 1er prix, M. ïaffanel; 2° prix,
M. Génin ; 1" accessit, M. Hitzmann ; 2e accessit, M. Stenosse.
Hautbois (professeur, M. Verroust). — Ie1" prix-, à l'unanimité,
M. Lalliet; 2^ prix, aussi à l'unanimité, M. Fourcade; 1er accessit,
M. Magnien ; 2e accessit, à l'unanimité, M. Raine.
Clarinette (professeur, M. Klosé).— 1" prix, M. Mayeur ; 2e prix, à
l'unanimité, M. Blcger; 1" accessit, M. Pteynatid; 2° accessit, M. Fichu ;
3e accessit, M. Demandez.
Basson (professeur, M. Cokken). — 1" prix, M. Vasseur ; pas de
second prix; 1" accessit, M. Canus.
Cor (professeur, M. Gallay), — 1." prix, à l'unanimité, M. Ghilain;
2" prix, à l'unanimité, M. Garique.
Cor à pistons (professeur, M. Meifred). — V prix, M. Bunet;
2" prix, M. Pignant, à l'unanimité tous les deux.
Trompette (professeur, M. Dauvern'é). — Pas de premier prix;
2e prix, à l'unanimité, M. Mignot ; 1« accessit, M. Losse.
Trombone (professeur, M. Dieppo). — Pour la première fois, on a
276
REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE
jugé séparément les élèves qui jouent du trombone à coulisses et du
trombone à pistons. Trombone à coulisses, 1" prix, M. Villebichot ;
2e prix, M. Lautier ; 1er accessit, M. Roger. Trombone à pistons,
lcrprix, M. Sallis ; 2* prix, M. Noël, tous les deux à l'unanimité ;
Ie' accessit, M. Hermann ; 2° accessit, à l'unanimité, M. Reboul.
Cornet à pistons (professeur, M. Forestier). — 1e' prix, M. Jandot;
2e prix, à l'unanimité, M. Bourdeau ; 1" accessit (de même) ,
M. Beaslas.
Saxophone (professeur, M. Adolphe Sax). — 1" prix, M. Elfrique et
M.Burrus; 2° prix, M. Heid et M. Reverand; 1er accessit, M. Berteu et
M. Cerami ; 2e accessit, M. Massât ; 3e accessit, M. Pourchez.
Saxhorn (professeur, M. Arban). — 1er prix, à l'unanimité,
M. Neuberth ; 2° prix (de même), M. Dimier ; 1er accessit (de même),
M. Flahaut; 2e accessit (de même), M. Vautrin ; 3° accessit, M. Voiluret
(de même), et M. Adam.
Sans entrer à l'égard de ces divers concours dans des détails trop
étendus, nous devons dire que celui de flûte a brillamment marqué
l'avènement de M. Dorus au professorat et celui de l'instrument ré-
formé par Bôhm au Conservatoire. Tous les élèves, civils ou mili-
taires, se sont distingués par un excellent style ; celui qui a obtenu le
premier prix, M. Taffanel, entré dans la classe en même temps que
le professeur, n'avait pris de leçons que de lui, et n'est âgé que de
quinze à seize ans.
Dans le concours du hautbois, on a remarqué le jeune Fourcade,
enfant de onze ans, qui joue en homme et presque en maître. Son
second prix de cette année doit être suivi d'un premier.
Ce qu'on regrette de plus en plus pour le basson, le cor ordinaire
et le cor à pistons, c'est la rareté des élèves qui lient à des causes
contre lesquelles il est difficile de lutter.
Au contraire les classes d'instruments nouveaux se peuplent d'élè-
ves nombreux, et qui, par une transformation rapide, arrivent tous en
peu de mois à faire preuve de talent. Cet incontestable avantage dont
jouissent le saxophone et le saxhorn s'explique par l'excellente con-
formation des instruments aussi bien que par le zèle des professeurs.
A ce double titre, M. Adolphe Sax, inventeur et professeur, réclame
une large part d'éloges. Parmi les onze élèves qu'il a fait entendre,
on n'en citerait pas un seul qui jouât comme un novice : ils ont tous
du goût et du style ; ils jouent de manière à faire plaisir, et pourtant,
quant à la durée de leurs études, ils ne sont, à vrai dire, que des
commençants. Même justice à rendre à M. Arban pour les six élèves
qu'il a produits et dont tous ont obtenu de légitimes récompenses.
Le trombone h pistons, qui en était à son second concours, rentre
aussi dans les inventions de M. Adolphe Sax, et, pour la seconde fois,
il a soutenu victorieusement le parallèle avec le trombone à coulisses,
dont on ne pouvait vaincre les difficultés qu'avec des années : aujour-
d'hui les années sont changées en mois.
Hier samedi, la distribution des prix s'est faite avec la solennité
accoutumée. M. Jules Pelletier, secrétaire général du ministre d'État,
présidait la séance et l'a ouverte par un discours que nous ne pou-
vons reproduire aujourd'hui ; mais ce n'est que partie remise au nu-
méro prochain, et en même temps nous reviendrons sur plusieurs des
lauréats qui ont figuré dans l'exercice musical et dramatique.
P. S.
ORPHÉON
Première séance solennelle au Cirque Xanoléon
(Dimanche 29 juillet.)
L'orphéon a changé de chefs, et, malgré l'axiome qui veut qu'un
tréne soit trop étroit pour être partagé, la succession de M. Gounod
a passé aux mains de MM. Pasdeloup et Bazin. On conçoit que les
nouveaux directeurs aient rencontré des difficultés dont la solution a
demandé du temps, et que les deux solennités annuelles aient dû être
retardées. Du reste, pourvu qu'elles arrivent , l'époque n'importe
guère, et ce ne sont pas les chaleurs qui, cette année, en auront fait re-
gretter l'ajournement.
Jamais la vaste salle du cirque n'avait été aussi remplie de chan-
teurs et d'auditeurs que dimanche dernier. M. le préfet de la Seine s'y
était rendu avant l'heure. Les orphéonistes, enfants et adultes, étaient
au nombre de quatorze ou quinze cents, et les notabilités n'avaient pas
laissé dans le parquet une place vacante non plus que le public sur les
gradins. L'exécution a commencé à deux heures précises par le
Domine salvum entonné avec vigueur et ensemble. C'est à M. Ba-
zin que le sort avait confié la direction de la première partie du pro-
gramme, et en cela le sort s'était montré intelligent, puisque dans cette
partie se trouvait un morceau de sa composition, de même qu'il y en
avait un de M. Pasdeloup dans la seconde. M. Bazin n'a pas abordé
sans émotion son emploi de chef de l'immense orchestre vocal, moins
facile à guider qu'un orchestre ordinaire, mais il s'est promptement
aguerri et désormais il reprendra le bâton de mesure en toute con-
fiance. Le Veni Creator, de M. Besozzi, chœur général d'un beau
style religieux et sévère, était suivi d'un autre chœur pour toutes les
voix, le médecin Tant-Pis et le médecin Tant-Mieux, dont le carac-
tère est bien différent. En s'inspirant du texte de la Fontaine, M. Bazin
s'est souvenu de l'exemple donné par M. Gounod dans la Cigale et la
Fourmi, le Corbeau et le Renard : il a traité sa petite comédie parle
même procédé, et lui a donné la même allure, ce qui fait que le mor-
ceau plaît beaucoup à ceux qui le chantent et à ceux qui l'enten-
dent. L' Angélus, chœur d'enfants, dont l'auteur est M. Papin, l'un des
professeurs de l'institution, a quelque chose de simple, d'ingénu, et
contrastait avec le chœur traditionnel de Grétry, la Garde passe, que
chantent seulement les hommes et qui ne manque jamais son effet. Un
suave et gracieux O Salutarisde M. Auber, et le Couvre-jeu, du Juif-
Errant d'Halévy, chœur à proportions larges et à combinaisons so-
nores, terminaient la première partie.
Avec la seconde, M. Pasdeloup entrait en scène comme chef d'or-
chestre et compositeur; son chœur général, V Invocation, est d'un
bon style et n'a d'autre prétention que d'introduire, de préparer à
des morceaux plus amples. Le Printemps, chœur pour voix d'hommes,
ne vaut pas à beaucoup près le chœur général d'Orlando Lasso, les
Vendanges, où la main du maître se fait sentir partout. C'est là un
morceau d'étude qui doit toujours resier au répertoire, quoique l'effet
n'en soit pas saisissant et coûte plus d'efforts qu'il ne rapporte de
bravos. 11 faut en dire autant du cantique d'Haydn, grande et calme
inspiration, fort bien placée dans les écoles, mais qui dans une séance
publique aurait gagné à être dite avant le chœur d'hommes tiré de
Faust, morceau brillant, chaleureux, et dont le rhythme militaire re-
mue si vivement la fibre française. Un bis unanime l'a fait répéter,
ainsi que la Garde passe, et le chœur général, Vive l'Empereur ! dont
l'auteur est aussi M. Gounod, a couronné cette séance, qui sera ins-
crite parmi les meilleures journées de l'Orphéon.
Ainsi ont débuté les nouveaux directeurs, dont l'union fera la force,
et qui réussiront d'autant mieux dans leur tâche commune, que chacun
y apportera des qualités diverses, destinées avec le temps à se fondre
et à se compléter. Le suprême mauvais goût, la suprême imprudence,
ce serait de les opposer l'un à l'autre et de semer entre eux le mau-
vais grain, qui de deux collaborateurs risquerait de faire deux ennemis.
Aujourd'hui dimanche, à deux heures, seconde séance solennelle.
P. S.
DE PARIS.
277
ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE DE PARIS.
Les concours de l'Ecole de musique religieuse de Paris, dirigée par
M. L. Niedermeyer, viennent d'avoir lieu en présence du comité de sur-
veillance des études dont M. le prince Poniatowski est président. On
sait que le but de cette institution, en faveur de laquelle S. Exe. le mi-
nistre des cultes a fondé trente-six demi-bourses, misés à la disposition
de l'épiscopat français, est de former pour toute la France des organis-
tes et des maîtres de chapelle, et que des diplômes sont délivrés par le
ministre à ceux des élèves qui se sont particulièrement distingués. Déjà
un grand nombre de villes importantes sont en possession de maîtres
de chapelle et d'organistes sortis de l'école.
Le résultat des concours de cette année a été, de l'avis unanime du
jury, on ne peut plus satisfaisant. La distribution des prix aura lieu au
mois d'octobre prochain; nous n'attendrons pas cette époque pour faire
connaître le nom des lauréats.
Composition musicale. — Prix : Louis Lack, boursier de Mgr l'évêque
de Quimper. 1 °r accessit : Eugène Gigout, boursier de Mgr l'évêque de
Nancy ; 2« accessit : Albert Jessel, boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg.
Contre-point et fugue. — Prix : Joseph Permann, boursier de Mgr l'évê-
que do Strasbourg.
Harmonie ( 2e division ). — Prix ex œquo : Gabriel Fauré, boursier de
Mgr l'évêque de Pamiers , et Léon Vasseur, boursier de Mgr l'évêque
d'Arras. 1er accessit : Emile Lehmann , boursier de Mgr l'évêque de
Strasbourg; 2e accessit : Stanislas Pilinski, boursier de S. Em. le cardi-
nal archevêque de Paris. Mention honorable : Ernest Legrand, boursier
de Mgr l'évêque de Nantes.
Orgue (1" division).— Rappel du 1er prix de 1859, Eugène Gigout, déjà
nommé. 1er prix donné par S. Exe. le ministre des cultes: Joseph Per-
mann, déjà nommé; 2e prix: Léon Vasseur.déjà nommé. 1t"accessit: Léon
Bodovillée, boursier de Mgr l'évêque de Cliâlons ; 2e accessit : Edmond
Audran, boursier de Mgr l'archevêque de Paris. Mention honorable : Al-
bert Jessel, déjà nommé. — 2e division. 1er prix: Emile Lehmann, déjà
nommé; 2e prix : Adolphe Dietrich, boursier de Mgr l'évêque de Stras-
bourg. Accessit ex œquo : Auguste Joly, boursier de Mgr l'évêque de
Verdun, et Stanislas Pilinski, déjà nommé. Mention honorable : François
llochstetter, boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg.
Plain-chant (faux bourdon, écrit, accompagnement et transposition à
première vue). — Rappel du \<* prix de 18b9 : Eugène Gigout, déjà
nommé. 1er prix donné par S. Exe. le ministre des cultes : Joseph Ber-
trand, boursier de Mgr l'évêque d'Arras; 2e prix : Joseph Termann, déjà
nommé.
Piano (Ve division). — 1" prix : Gabriel Fauré , déjà nommé; 2e pre-
mier prix : Adam Laussel, boursier de Mgr l'archevêque de Paris; 2° prix:
Eugène Gigout, déjà nommé. 1e' accessit : Adolphe Dietrich, déjà nommé;
2° accessit : Emilo Lehmann, déjà nommé. Mention honorable : Joseph
Permann , déjà nommé. — 2e division. Prix : Auguste Dreyer, boursier
de Mgr l'évêque de Strasbourg. .1e1' accessit : Théodore Laurent, boursier
de Mgr l'évêque d'Autun; 2e accessit : Jules Tridemy, boursier de Mgr l'é-
vêque de Verdun.
Nous recevons la lettre suivante, dont on nous demande l'inser-
tion :
« Paris, le 3 août 1860.
» Monsieur,
» Plusieurs journaux ontanroncé d'après V Orphéon que M. E. Dela-
porte venait de donner sa démission de président du comité de l'Asso-
ciation des sociétés chorales de Paris. Mais ces journaux se sont abstenus
d'exposer les causes de cette démission; il est nécessaire de les signaler
sommairement. M. Delaporte a renoncé à ce titre qui impose des de-
voirs vis-à-vis de l'autorité, parce que le comité de l'Association s'est
engagé depuis quelque temps dans une voie où ne peuvent le suivre
des esprits d'ordre et des caractères qui ont souci de leur dignité.
» Après avoir fondé en 1855 l'Association des sociétés chorales de
Paris, et lui avoir consacré depuis cette époque son temps et son ac-
tivité, avec un complet désintéressement, M. Delaporte s'est retiré li-
brement au mois de mai dernier, devant une opposition turbulente et
stérile, qui exerce aujourd'hui sur le comité une influence regrettable.
Cette démission de M. Delaporte ne change en rien la posilion qu'il oc-
cupe vis-à-vis les Sociétés cliorales des départements ; nous n'en voulons
pour preuve que l'éclatant succès des festivals de Paris et de Londres.
Il est toujours le chef reconnu et acclamé des orphéonistes de France.
» L. F. VAUDIN. »
NOUVELLES.
„** Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été donnée deux
fois cette semaine et toujours devant une salle pleine. On y applaudit
chaleureusement Obin et les sœurs Marchisio.
*% Renard vient de débuter avec succès à Bordeaux dans Guillaume
Tell.
„.% On remarquait à la dernière représentation de Sémiramis Mines
Borghi-Mamo, Czillag et Amalia Ferraris, revenues de Londres après
la clôture de la saison.
*** Le mauvais temps aidant, les recettes de l'Opéra-Comique ont atteint
une moyenne très-élevée. On reprendra lundi V Etoile du Nord dans laquelle
Mme Ugalde chantera le rôle de Catherine. — M. Beaumont a reçu un
opéra comique en trois actes, paroles de M. Eugène Grange, musique de
M. Duprato ; le titre est Salvator Rosa. Crosti jouera le rôle principal qui
avait été écrit pour M. Faure. — Le titre, — définitif, cette fois, - de
l'opéra de M. Gautier, où Couderc doit créer le rôle principal, est le Doc-
teur Mirobolan.
*** Berthelier vient de se faire entendre à Reims, dans un graud
concert organisé par les musiciens de la ville et qui a été fort brillant.
Le spirituel artiste y a obtenu un succès étourdissant. Il a dit, comme
il sait les dire, quatre de ses plus charmantes chansonnettes : Pile ou
face, Bibi-Bamban, le Boursier, VHumour britannique, qui ont produit une
véritable sensation.
»*t Le théâtre Lyrique, place du Châtelet, est déjà construit jusqu'à
la naissance du premier étage. Le rez-de-chaussée est arcade à peu près
comme l'Odéon.
t*i MmoEmmy Lagrua est à Carlsbad. Elle arrivera à Paris cette semaine.
La Gazetta dei Teatri rapporte qu'une députation de jeunes gens de Pesth
lui a offert à. la suite de sa dernière représentation de Norma, un ma-
gnifique poignard destiné à armer le bras de la prêtresse druidique. La
lame de ce poignard est en argent ; le manche, doré et orné de pierres
précieuses, porte cette inscription : Alla signorina Lagrua, la yioventù
di Pest. — 1860.
*** La direction du théâtre de Turin vient de donner une représenta-
tion du Barbier, avec Mme Giuseppina Fioli, Giannini et Vittorio Can-
toni. Le Pirate fait beaucoup d'éloge de la Fioli, qui a donné plusieurs
représentations successives avec un très- grand succès.
+% La célèbre cantatrice, Mme I'.osine Stoltz, est toujours à Londres;
en septembre, elle ira à Lyon où elle est engagée.
**„ Les artistes engagés jusqu'à présent par le maestro Fabricca pour
Lisbonne, sont : Mmes Gazzaniga-Malaspina, Elisa Uensler, Emilia Bellini ;
MM. Antonio Agresti, Neri Baraldi, Antonucci.
„,** La troupe d'Offenbach exploite en ce moment le théâtre de Lyon.
Le maestro-directeur est lui-même à Paris très-occupé à terminer la par-
tition qu'il prépare pour le théâtre de l'Opéra-Comique et la musique du
ballet destiné à .Mlle Emma I.ivry. L'une et l'autre œuvre doivent être
représentées vers le mois d'octobre.
„,% Mme Cabel est de retour de Londres où elle a obtenu un si beau
succès au théâtre de Sa Majesté. Dans 4'une de ses dernières représenta-
tions, après avoir chanté deux fois l'air de l'ombre, du Pardon de Ploe'r-
mel, elle a dû reparaître et chanter encore une fois, et devant le rideau
baissé, ce morceau qu'elle dit d'une manière si admirable.
t*t A peine la saison de Londres est-elle terminée que l'habile et
actif directeur du théâtre de Sa Majesté, M. Smith, a pourvu aux néces-
sités de la saison prochaine, et s'est assuré une troupe d'élite. 11 vient
d'engager pour trois ans Mme Titjens — Mario — Mongini — Belart —
Everardi — Ciampi. Il a en outre engagé Mme Grisi, pour son adieu
à l'Angleterre, Mmes Borgi-Mamo, Alboni, Lotti et Gassier, — MM. Giu-
glini, Vialelti et Gassier. 11 est difficile de rencontrer une réunion pareille
d'artistes d'élite.
*% Les grands théâtres de l'étranger s'apprêtent à monter l'hiver
prochain le Pardon de Pluërmel; Mme Charton-Demeur va le chantera
Madrid, et l'ouvrage fait partie du programme de celui de Lisbonne.
„*„, Le ténor Alessandro Bettini, du théâtre impérial Italien de Saint-
Pétersbourg, avait été appelé à prendre part aux derniers concerts de
Bade. Il a fait applaudir sa charmante vo x et son excellente méthode;
il n'a pas eu moins de succès dimanche au concert organisé par le maire
de Meudon au profit des pauvres de la commune, et pour lequel le gé-
néral Jacqueminot avait gracieusement prêté et fait décorer son oran-
gerie.
t*t Lefort, quî a chanté avec le plus grand succès, dans plusieurs con-
certs à Londres, '.la délicieuse romance de Reichardt avec les paroles an-
glaises, se propose de la chanter à Paris en français. 0 belle étoile, 6 doux
regard va trouver dans cette interprétation un gage de plus de la vogue
qui lui est réservée.
„.*„ Les sociétés philharmoniques apprendront avec plaisir que l'ou-
verture à grand orchestre du Roman d'Elvire vient de paraître.
278
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
*% M. Auguste Horschelt, maître de ballet du théâtre Royal de Stutt-
gart et artiste d'un grand talent, vient d'arriver à Paris.
***.Un des principaux immeubles du boulevard, le théâtre du Cirque,
appartenant â M. Dojean, a été acquis par la ville pour l'achèvement du
boulevard du Prince-Eugène, au prix de 2,140,000 fr.
t*t II vient de se former à Florence une commission pour l'érection
d'un monument à la mémoire de L. Chérubini. Cette commission, qui
a pour promoteur M. le professeur Ferdinand Morini, compte dans ses
rangs le duc di San Clémente, le marquis Pompée Azzelino et le profes-
seur Edouard Fantacchiotti, ce dernier choisi pour l'exécution du monu-
ment. C'est un bel hommage rendu au grand compositeur qui avait pris
la France pour son pays d'adoption.
.% A l'occasion du festival du Rhin central le grand-duc de Hesse
vient d'accorder la médaille en or pour les arts et les lettres à M. Mar-
purg, maître de chapelle à Mayence.
„*i On écri t de Bruxelles que les concours du Conservatoire royal de
musique ont été magnifiques cette année. Les élèves couronnés de
M. Lemmens pour l'orgue, de Mme Pleyel et de M. Dupont pour le
piano, de Servais et de Léonard pour le violoncelle et le violon, sont
de véritables artistes et possèdent des talents qui feraient partout sen-
sation.
»% Le violoniste Léonard et sa femme ont passé quelques jours à Paris.
Ils étaient appelés à Caen pour prendre part à un très-beau concert qui
vient d'y être donné et où ils ont obtenu leur succès ordinaire. Le
célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles y est retourné pour les
concours.
*% Les préparatifs les plus considérables commencent à se faire de toutes
parts pour le prochain voyage de Leurs Majestés Impériales en Savoie, et
les fêtes qui leur seront offertes par la ville de Chambéry semblent devoir
porter à la fois un caractère civil, militaire, religieux et artistique. Le
programme doit, dit-on, indiquer un bal, une revue; il est aussi ques-
tion d'une visite à l'église métropolitaine, dans laquelle serait chanté
très-solennellement le Te Deum, comme expression religieuse de l'en-
thousiasme des populations, depuis leur annexion à la France. A ce pro-
pos, toutes les ressources vocales sont mises en activité pour étudier le Te
Deum impérial de M. de Sain d'Arod, ouvrage très-remarquable, qui, après
avoir été agréé par Sa Majesté, a eu le privilège d'être choisi l'année der-
nière pour être exécuté le15août à Notre-Dame de Paris dans la triple so-
lennité de la paix, du retour de l'armée d'Italie et de la fête de l'Empereur.
Les écoles communales, séminaires, la maîtrise de la cathédrale, la Société
chorale, tous sont â l'œuvre sous la direction des plus habiles pro-
fesseurs, alin de fournir un contingent vocal qui devra remplir les voûtes
de la métropole. Aux nombreux éléments dont dispose Chambéry vien-
dront encore s'en ajouter d'autres, choisis parmi les amateurs les plus
distingués qu'il y ait à Lyon dans l'art musical, et qui doivent être
amenés par cet éminent compositeur de musique religieuse.
„,% Au théâtre lie de Milan s'est produite une cantatrice anglaise qui
pourrait lutter avec les Italiennes, la signora Lumley, nièce du fameux
■imprésario. Elle a été fort applaudie non-seulement pour la beauté de son
organe, mais aussi pour son excellente méthode et pour l'art avec lequel
elle chante.
*** Kriiger est parti pour Stettin où il prend ses vacances pour se
prépaver à de nouveaux succès l'hiver prochain.
„.*„. Le roi de Saxe vient d'amnistier Richard Wagner, compromis dans
les événements de 1848. Le décret d'amnistie a été envoyé à M. Wagner
à Paris par voie télégr aphique.
„.*„ Tout le monde connaît la délicieuse mélodie irlandaise introduite
par M de Flotow dans son opéra de Màrtha. M. Louis Manotte, directeur de
l'Orphéon dunkerquois, a eu l'heureuse iilée de l'arranger en chœur
pour les sociétés chorales. Cet arrangement, on ne peut mieux réussi,
est destiné à un grand succès.
**„ Une nouvelle édition de la Prière d'une vierge de Radarzewska a
été publiée cette semaine ; des tirages, s'élevant à /i,000 exemplaires,
n'ont pas épuisé le succès hors ligne qu'obtient ce morceau.
„/% La collection d'airs d'opéras, duos, romances, etc, publiée en édi-
tion populaire â très-bon marché sous ce titre : la Lyre française, vient
de s'enrichir de cinquante numéros nouveaux, qui en portent aujour-
d'hui le nombre à deux cents.
„*<, En annonçant queMM. Martin et Moitessier, de Toulouse, avaient ob -
tenu à l'exposition -le Montpellier le premier le rappel de la médaille
d'or, et le second une médaille d'argent, nous avons omis de mentionner
M. Bonnifas qui a obtenu une médaille d'argent de 1'° classe.
**„, Samedi 11 août, dans les salons de Markowski, rue de Buffault, 12,
grande fête offerte aux écrivains Mané Thecel, Phares, Nemo, Pierre et
Jean. On n'y sera admis que sur billets pris d'avance et délivrés chez
M. Markowski.
t*% Nous recommandons à nos lecteurs une valse qui vient de paraître
et qui, peut-être, est un peu tard venue vu le baptême qu'elle a reçu
à sa naissance. L'œuvre de M. Uenrion de Solènes porte en effet le titre
de Valse de Monttbello et elle est dédiée au vainqueur de cette mémorable
journée, M. le général Forey. .Mais qu'importe le titre, lorsque, comme
celui-ci, un morceau est élégant, heureux dans ses motifs, et révèle
chez son auteur assez de savoir pour écrire des œuvres beaucoup plus
importantes ! Nous espérons donc et nous prédisons pour cet hiver à la
Valse de Montebello un brillant succès de salon.
„,*,, Parmi les articles relatifs à des musiciens, et que M. Denne-Baron
a écrits pour la Nouvelle biographie générale, publiée par M. Firmin Didot,
plusieurs méritent d'être remarqués, notamment celui de Lulli. Nous
saisirons la première occasion pour mettre nos lecteurs à même d'en
apprécier le mérite.
*** Le dernier ministère de l'instruction publique de l'Emilie ayant
eu connaissance qu'il exisi lit dans la bibliothèque palatine de Vodène
une collection de musiq i<; des xvi» et xvn" siècles, abandonnée aux
souris et aux vers, et qu'une autre collection également précieuse du
xviii0 siècle se trouvait dans le palais national , ordonna leur réu-
nion. M. Angelo Catelani, maître de chapelle de la cathédrale et
conservateur-adjoint de la Bibliothèque, très-savant dans la bibliographie
et la littérature musicales, a été chargé récemment par le gouvernement
de dresser un catalogue de ces œuvres musicales , parmi lesquelles se
trouvent de nombreux ouvrages de Stradella, dont certains ne sont pas
connus. Ce catalogue, enrichi de notes biographiques, bibliographiques
et historiques, doit être publié.
*** Le ciel continue à tenir rigueur au concert des Champs-Elysées ;
toutefois, dès que la pluie fait relâche, les amateurs en prennent la
route. L'ouverture d'Olympie, de Spontini, nouvellement mise au réper-
toire de Musard, a été fort goûtée ; incessamment on nous annonce
celle de Pianclla, de Flotcrvv. Le Siècle avait élevé quelques plaintes
contre la sévérité du contrôle envers les dames arrivant sans cavalier,
sévérité qui aurait exposé une honorable famille à s'en voir refuser l'en-
trée. M. de Besselièvre,dans une lettre adressée au rédacteur, M. Edmond
Texier, proteste contre l'inexactitude de ce fait, en insistant sur le peu
de probabilité que des dames honorables vinssent seules dans un endroit
public, dépourvu de places gardées ou de loges, au risque de s'exposer à
un voisinage masculin qui, même sans intention, pourrait être pour elles
désagréable ou compromettant.
,,*„, Les journaux américains annoncent la mort de Lola Montés. La
célèbre ballerine a succombé à une attaque d'apoplexie, après une agonie
qui a duré douze jours.
„% Le conseiller aulique Teichmann, secrétaire général de l'inten
dance des théâtres royaux, est mort le 16 juillet à Berlin. M. Teich-
mann, auteur de diverses productions littéraires et dramatiques, jouissait
de l'estime générale; il avait été en relation avec Goethe, Tieck et autres
célébrités littéraires.
*** Un service anniversaire en la mémoire d'Auguste Panseron réu-
nissait mardi dernier bon nombre de ses parents et amis dans l'église
Saint- Eugène. Parmi les morceaux composés par lui et qui faisaient
parlie du service, on a remarqué un Pie Jesu à quatre voix, et un Lacry-
mosa à cinq voix d'hommes, écrit dans le style du plain-chant et d'un
effet éminemment religieux. L'exécution en a été remarquable et bien
propre à rendre encore plus vive l'émotion des assistants.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„..** Saint-ilalo. — Le premier concert du Casino a eu lieu vendredi
27 juillet. Mlle de la Pommeraye, du théâtre impérial de l'Opéra, et Se-
ligmann, l'excellent violoncelliste, avaient "été engagés pour y prendre
part. Mlle de la Pommeraye a chanté avec beaucoup d'âme et d'expres-
sion l'air d'Orphée : J'ai perdu mon Eurydice, la cavatine de Pierre de
Médicis et une très-jolie valse de sa composition ; elle a dû être satis-
faite de l'accueil qu'elle a reçu. Encore sous le charme de la voix de la
jeune artiste, nous ne devions pas être moins ravis par les accents du
violoncelle de Seligmann. Après avoir montré dans son morceau de con-
cert sur Norma toute la puissance et la variété des ressources de son
instrument , il lui était donné de nous faire pleurer dans VÈloge des
larmes; on n'a pas plus d'âme, plus d'expression: aussi un tonnerre
d'applaudissements a-t-il accueilli l'artiste après ce morceau. Les bravos
ont recommencé après l'exécution de la Captive, tirée de son album al-
gérien. Rappelé avec acclamation , Seligmaun a gracieusement cédé à
l'empressement de son brillant auditoire en jouant VAve Maria, de Schu-
bert, au lieu de VÈloge des larmes qu'on lui redsmandait. Nous ne nous
étonnons plus qu'avec un pareil talent, Seligmann soit convié à toutes
les belles fêtes musicales. — On nous promet pour le prochain concert
le célèbre violoniste Alard et Mlle Cambardi.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„% Londres, 31 juillet. — La vogue ù'Oberon continue de façon à ce
que la clôture du théâtre de Sa Majesté sera retardée d'une semaine.
Lucie de Limmermoor et le dernier acte de la Favorite ont été donnés
pour le bénéfice de Giuglini. — Au ihéâtre de Covent-Garden la reprise
de Rigoktto a eu lieu. Mme Carvalho chantait le rôle de Gilda, et Mario
DE PARIS.
279
celui du duc de Mantoue. La représentation extraordinaire {extra-per-
formance) du Prophète a témoigné des progrès immenses de l'exécution .
Tamberlick et Mme Czillag y ont montré un talent sans reproche. Cette
soirée a été la plus belle de la saison. — Le Julien-Festival, sous la di-
rection de Benedict, est annoncé pour ce soir avec le concours de Mme Ai-
boni et d'une foule d'excellents artistes: M mes Catherine Hayes, Gassier,
Maria Brunetti, Louisa Vinning, Weiss, Enrichetta Camille, Poole, Pal-
mer, Laura Baxter, Brougham, Kate Banoe, Parepa et miss Arabella
Goddard; MM. Gassier, Weiss, Wilbye Cooper, Léonard, Patey et Sims
Reeves. Chreur : The vocal As o-Aation qui compte deux cents membres
sous la direction de Benedict. L'orchestre sera composé : 1" des princi-
paux membres des orchestres de Covent-Garden et du théâtre de Sa
Majesté ; 2" des solistes de l'ancien orchestre de Julien ; 3° de la mu-
sique des grenadiers de la garde sous la direction de M. P. Godfrey;
4° de celle des coldstream guards; 5° de celle des fusiliers gardes, dirigées
par M. Godfrey junior. Les chefs d'orchestre sont MM. Alfred Mellon,
James Pecck, Emile Berger et Benedict. On doit exécuter plusieurs mor-
ceaux de Julien, et notamment la dernière valse qu'il avait composée
et qui est demeurée inédite.
„.*„ Linz. — Le Pardon de PI ërmel doit être représenté incessamment
à notre théâtre ; on espère que le rôle de Dinorah aura pour interprète
la célèbre cantatrice Marra-Volmer, qui se trouve en ce moment dans
cette ville.
*** Hambourg. — M. de Lenz, l'auteur bien connu de Beethoven et ses
trois styles, vient de publier un supplément à cet ouvrage, sous le titre
de Beethoven, chez Hoffmann et Campe, libraires-éditeurs.
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1. coorLETs... Ah! quelle nuit! Le Domiuo unir. Auber.
2. — Qui je suis?... une fée.... . — —
3. romance... Quanddelanuitl'épais nuage L'Éclair. Halévy.
Allez, suivez votre pensée.. L'Enfant prodigue. Auber.
5. couplets... En sa demeure L'Etoile du Surcl.
6. cavatine... Pour tant d'amour La Favorite
7. romance... Un ange, une femme inconnue —
8. — Oui, chaque jour je viens.. La Fée aux roses.
9. duo Entendez-vous 1 La Fiancée.
10. tyrolienne. Montagnard ou berger —
11. couplets... Je voulais bien Fra Diavolo.
11 2. ronde Voyez sur cette roche —
13. romance. .. Pendant la fête une inconnue Guido et Gïnevra.
14. — Sombres forêts, désert triste Guillaume Tell.
15. barcarolle. Ah! que Venise est belle! . Daydre.
lC. couplets. . . C'est la corvette Sflaydéc.
17. romance... Plus blanche... Les Huguenots.
18. air Rachel, quand du Seigneur. La «Suive.
19. cavatine... Ferme tes yeux, la fatigue. La Muette de Portici. Auber.
20. romance... Ferme ta paupière, dors... La Fart du Diable. —
21. alr Je suis sergent Le Fhiltre. —
22. ronde Mes amis, écoutez l'histoire. Le Postillon de Lonj . Adam.
23. Ain Souvenir du jeune âge Le Pré aux Clercs. Hérold.
2a. pastorale.. Pour Bertha, moi je soupire Le Prophète. Meyerbeer.
25. cavatine... Triste exilé La Reine de Chypre. Halévy.
26. évocation.. Nonnes qui reposez Robert le Diable. Meyerbeer.
27. romance... Va! dit-elle, va, mon enfant! — —
28. couplets... O dieu des flibustiers La Sirène. Auber.
romance... Marguerite qui m'invite Le Val d'Andorre. Halévy.
Meyerbeer.
Donizetti.
Halévy.
Auber.
Halévy.
Rossini.
Auber.
Ailier.
Meyerbeer.
Halévy.
Auber.
30. Toute la nuitsuivant sa trace
«1. couplets. . . 11 est, dit-on, un beau S. 'Ambassadrice
32. air Que ces murs coquets —
33. romance... Le trouble et la frayeur ... . Le Domino noir.. —
3j. aragonaise. La belle Inès fait florès — —
35. air O monFernand, tous lesbiens La Favorite Donizetti.
3G. — Ange si pur que dans un songe — —
37. duo Va-t'en d'ici, de cet asile... ■ — —
38. couplets. . . Il dit qu'à sa noble patrie. . . Raydée Auber.
39. romance... A la voix séduisante — —
40. — Il va venir, et d'elfroi La Juive Halévy.
41. cavatine. . . Ne repoussez pas La Muette de S'ortici. Auber
42. air Bocage épais. Les Mousquetaires de la Reine. Halévy
43. couplets... Le cardinal, dans sa colère . — —
44. duo Les rendez-vous de noble... Le Pré aux Clercs. Hérold.
45. — Vous qui delà chevalerie... La Reine de Chypre. Halévy
46. cavatine... Robert, toi que j'aime Robert le Uiable.. Meyerbeer
47. ronde Prends garde, montagnard. . La Sirène Auber.
48. chanson... Voilà le sorcier Le Val d'Andorre. Halévy.
49. romance . . . Faudra-t-il donc pâle — —
50. — Le soupçon, Thérèse —
51. Ain Humble fille des champs. .
52. cantique Heureux qui ne respire. . .
53. cavatine,... Mes chères sœurs
54. prière Veille sur eux toujours L'Fto
55. récit et air. Jardins de l'Alcazar
56. cavati
Charles VI
Le Domiuo noii
, .. Halévy.
. . . Auber.
57. romance..
58. cavatine.
59. AIR
60. ROMANCE..
61. LÉGENDE. .
62. nOMANCE..
63. CAVATINE.
64. ROMANCE..
iln Nord . Meyerbeer.
Favorite Donizetti.
Rêve heureux du jeune âge. Giralda Adam.
Ange des cieux - —
Tu l'as dit, oui, tu m'aimes. . Les Huguenot» . ... Meyerbeer.
Ah! pour moi quelle peine.. «leaunot et Colin.. Nicolo.
Dans un délire extrême «Seconde —
Le «Bu il ern
Pour expier envers lui. . . .
A moi ta sœur et ton amie . . .
Dieu, que ma voix La «luivc
Je l'ai sauvé celui. Les Mousquetaires de la
65. extr. du duo Mieux vautmourirque rester La Muette de Port
66. barcarolle. Chantons gaîment la barcarc.
67. — Voyez du haut de ces rivages.
68. Coupl. du lalac. Le destin comble mes vœux.
69. air Vous me connaissez tous. . .
70. rarcarolle. Je suis riche, vous êtes belle,
71. air..... .. Mon petit mari... Le Po
72. romance Souvenirs du jeune âge. .. .
73. Ain Ce soir j'arrive donc
74. ronde A la fleur du bel âge — — ■
75. ballade.... Jadis régnait en Normandie. Robert le Diable.. Meyerbeer.
Le Nabab
Le Pbiltre
. . Halévy.
Halévy.
Auber.
stilli
Le I
iOiieJumeau. Adam.
X Clercs. Hérold.
76. BLUMENTHAL.. Le Chemin dn Paradis Mélodie.
77. DASSIER Ce que j'aime Romance.
78. — Marcel le marin Romance dramatique.
79. — Pour les pauvres, merci —
80. — Trop tard —
81. — One vengeance corse Chant dramatique.
82. — Va-t'en, je t'aime Mélodie.
83. DUPREZ La Vie d'une fleur Pastorale.
84. HALÉVY La Venta Boléro.
85. KUCKEN Ave Maria Prière.
86. LABARRE L'Anneau d'argent Léyende.
87. — La Pauvre négresse Romance.
88. MEMBRÉE L'Ondine et le Fêcheur Ballade.
8a. MEYERBEER... Chanson de mai Mélodie.
90. — . Guide au bord ta nacelle... —
PI. — Le Moine —
92. — La Sérénade
9j. PANSERON Au revoir, Louise
94. — Demain on vous marie
95. PROCH Le Cor des Alpes
96. SCHUBERT (F.). Adieu
97. — Ave Maria
98. — La jeune Religieuse...
99. — La Sérénade
109. TROUPENAS... Le Rravo
101. couplets .. Quand on est fille, hélss!.. Cheval de Bronze. Auber.
102. air Veiller sans cesse 14e Comte Ory Rossini.
103. ballade... Castilbêta Les deux Pécheurs Offenbach
104. couplets .. Vivent la pluie Diamants de la Couronne Auber.
105. air Heup! heup! mule chérie.. Dragons de Villars. Maillart.
106. romance... Ne parle pas, Rose
107. air Il m'aime, espoir ch
Romance.
Mélodie.
Prière.
Mélodie.
Romance.
108. couplets.. Ah! dans l'Arabie. .
109. romance... J'ai tout perdu, Seigneur.
110. —
111. Couplets à 2 1
112. romance. .
113. —
114. BALLADE. .
COUPLETS
L'Enfant prodigue Auber.
L'Etoile du Xord. Meyerbeer
Auber.
Adam.
Halévy.
Rossini.
O jours heureux de joie.
Sur son bras m'appuyant.. —
En dormant, c'est à moi... La Fée aux Roses. Halévy.
Près de toi je crois revivre. —
Si je suis infidèle La Fiancée
Garde à vous —
116. air Je vois marcher Fra Diavolo
117. barcarolle Agnès, la jouvencelle —
118. air Rêve si doux Giralda
119. duo O dieu d'amour —
120. grand air . Quand renaîtra Guido et Ginevra ,
121. barcarolle Accours dans ma nacelle. . . Guillaume Tell. . .
122. air Asile héréditaire — ~
123. Clian>onbaclii<|. Enfants de la noble Venise. lïaydée Auber.
124. Couplets milil. Rataplan Les Huguenots. .. . Meyerbeer
125. couvre feu. Rentrez, habitants de Paris. — —
126. air J'ai longtemps parcouru. . . «loconde JF"
127. romance... Seule ici, fraîche rose Martha Flotow.
128. Clians. du porter Mes chers amis —
129. romance... Lorsqu'à mes yeux — _ ~~
130. couplets.. Aubeaujourdclanii-carèmo Mmes de la halle. O//en0ac/i.
131. barcahoile Ouel plaisir de flotter «»b-ron Webcr.
132. chanson... Pierrot est un joli pantin.. Pantins de » îolette.-lrinm.
133. air Le singulier récit La Part du BMnble Auber.
134. — La coquetterie Le Philtre ._. —
135. romance... Assis au pied d'un hêtre.. . Postillon «le Loi..,. Adam.
136. duo Me voilà, oui c'est elle Poupée de Wuremh. —
137. complainte Donnez à la pauvre femme. Le Prophète ... Meyerbeer.
138. Air lioiilfv an '1. Oh! Paris, séjour charmant Rêve d'uue unit d'été OffenbaC/t.
139. couplets.. Quand j'ai quitté Robert le Diable.. Meyerbeer
140. ro\de Le violoneux du village Le Violoneux Offenbac/l.
141. DASSIER Le Chêne du llialile Romance.
142. — Marine —
Stances à l'éternité Mélodie.
Le Retour des Promis Canlabile andaloux.
Sérénade moresque Mélodie.
La ■■■■pille Chansonnette.
Lr. Ita rq ue légère Mélodie .
Cantique du Trappiste —
lia Poste —
Le Roi des Aulnes —
143. DELSARTE....
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160.
1C3.
164.
165.
166.
107.
168.
169.
170.
471.
172.
173.
174.
175.
Ain
CHANSON. . .
Polka chantée.
BOLÉRO ....
Ariette militaire
COUPLETS . .
ROMANCE. . .
COUPLETS . .
Ain
COUPLETS . .
ROMANCE. . .
BARCAnOLLE
COUPLETS . .
COUPLETS . .
ROMANCE . .
BARCAROLLE
AIR
Chanson liugu.
Caïaline lin page
Ain
couplets . .
nuo
Nina, jolie et sage Actéon Auber.
Ali ! pour un jeune cœur... Cheval «le bronze. . —
La grenouille aux camélias. Les deux Pêcheurs Offenbacli.
Versez, moi j'aime le doux. Deux vieilles gardes bellbes.
Dans les défilés Diamants de la couronne Auber.
Quand le dragon a bien trotté. Dragons de Villars Malllarl.
Grâce à ce vilain ermite ... —
11 est un enfant d'Israël. .. . L'Enfant prodigue Auber.
Beau cavalier L'Etoile du I\Toril.. Meyerbeer
Des roses, partout des roses La Fée aux roses.. Matévij.
Que de mal, do tourment.. La Fiancée Auber.
Un ciel serein et sans nuage — ■ —
Le gondolier Adèle Fra Dînvolo —
Pour toujours, dirait-elle ... —
O mon habit, mon bel habit Giraldn Adam.
Sois immobile Ciuillaume Tell. . . . fiossinl.
Glisse, ma gondole Ilaydcc Auber.
Unis par la naissance. . . .
PilT, putT.
Nobles seigneurs, salut . . .
L'épreuve est tout à fait. . .
Parmi les filles du canton.
Ne nous trahissez pas tous
Ah ! voyez donc ! ah !
Bois paisible, vert feuillage
Ilnirucnots .
Meyerbeer
•Joroude Nicolo.
Lestocq.
Illartha.
. . Auber.
. . . Flotow .
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200.
couplets . . La lune et le soleil
barcarolle Amis, la matinée est belle.,
romance.. . Mon oncle a dit
ballade ... La reine Yseult
ronde Une princesse de Grenade. .
ARioso .... Ah ! mon fils, sois béni. . . .
hymne Roi du ciel et des anges. . . .
cavatine . . Le roi sommeille
sicilienne . O fortune, a ton caprice...
Valse infernal» Noirs démons, fantômes. .. ,
Ain Le bel état
Unies de la Halle. Offcnbach.
Muette de Portici. Auber.
Le Nabab Halccij.
Le Philtre Auber.
Le Portefaix Gomis.
Le Prophète Meyerbeer
Robert Bruce
Hobert le Diable. .
Rossini.
Meyerbeer
Le Serment iuber.
Adam.
Ain Dans une symphonie Le Toréador.
bonde Un jambon de Bayonne.. .. Tromb-al-ca-zar . . . Offenbacll.
romance. . . Le violon brisé Le Violoneux —
canzonetta Achetez, voici des oranges. . Zcrllne Auber.
DASSIER olenne fille et fauvette Romance.
Aimer e* souffrir —
Ailie il, patrie! —
La Lettre au bon Dieu Simple histoire.
La Fille d'Otaïti Romance.
La Fiancée du Klcpbte —
Le Vœu pendant l'orage.... Mélodie.
Mère-grand Nocturne à 2 voir.
Marguerite Mélodie.
Les Plaintes île la jeune fille —
GÉRALDY.
LABAU11E.
MEYERBEER.
SCHUBERT..'.
CHAQUE N°, "85 c. NET.
EDITION POPULAIRE
CHAQUE N», «5 e. NET.
(Voir à la paye précédente le catalogue des 150 numéros publiés précédemment.)
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
N° 33.
ON S'ABONNE :
Bans les Deimrlcmenls et à l'LtrnngiT , chez tous
les Mnrchnnds de Musique, lis Libraires, et aux
Bureaux des Mi.ssugt.Ties et des Postes.
12 Août 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 fr. paron
Départements, Belgique et Suisse.... 30 •> Jd.
Étranger 34 m id.
Le Journal paraît le Dimanche,
AZETTE
SICALE
•&m w&ms.
— ^nnrj\A/\AAn/v^ —
Nos abonnes reçoivent, avec le numéro de ce jour,
la charmante romance d*A. BiiciiiBnr, dont noms
avons parlé: OU! BEIXE ÉTOILE, OU! DOUX REGARD.
SOMMAIRE. — Des carillons et cloches, nouvelles recherches (3e et dernier
article), par Atlricn de E>a Eag^e. — Conservatoire impérial de musique et
de déclamation: distribulim des prix. — Revue critique, par Ado'piic
Botte. — Correspondance: Bade. — Nouvelles et annonces.
DES CARILLONS ET CLOCHES.
rïouTelles recherches .
(3e et dernier article) (1).
Il paraît qu'au siècle passé il y eut en France des carillonneurs
capables de le disputer aux plus habiles quant à l'agilité. On en cite
un qui exerçait ses talents à Lyon et qui avait parié contre un habile
violoniste de la ville qu'il jouerait sur les cloches un solo fort difficile
que le premier exécutait sur son instrument; le carillonneur gagna
le pari.
A la fin du siècle dernier, cloches et carillons étaient en France
dans l'état le plus florissant; fondeurs, sonneurs, carillonneurs vi-
vaient et trinquaient tous en parfaite intelligence, sans pourtant con-
naître encore les vers de M. le comte de Celano, dans lesquels il est
dit :
L'union fait la force, et la fraternité,
Où la cloche n'est pas, n'a jamais existé (1).
La fraternité avait toujours existé parmi ces braves gens dont la
main ne quittait la cloche que pour prendre le verre. Ils n'avaient
aucun besoin de décrets qui la proclamassent, et lorsque vinrent ces
décrets, toute la classe sonnante de la nation fut étrangement sur-
it) Voir le n° 31.
(1) M. do Celano est auteur d'un poème en cinq chants intitulé les Cloches, com-
posé en société avec M. Edouard Gourdon. Décidé que je suis à dire des auteurs et du
livre tout le bien possible, j'avertirai que M. de Celano est membre du collège hé-
raldique de France, et M. Gourdon auteur d'une Histoire des églises de Paris.
Quant au livre, c'est un joli petit volume in- 16, imprimé avec beaucoup de luxe à
Paris, en 1848. Les deux vers cités dans le texte ne donnent qu'une tres-faible
idée de beaucoup d'autres, bien faits pour égayer la matière.
prise de les voir escortés d'autres décisions qui mettaient les cloches
à la fonte.
Tous les Quasimodo de l'époque, aussi amoureux de leurs cloches
que l'était le célèbre personnage, création si originale de M. Victor
Hugo dans son roman de Notre-Dame de Paris, furent dans un véri-
table désespoir. Les maîtres de clocher, qu'en certains diocèses, no-
tamment dans celui du Pucq, on nommait abbés de chœur, et qui por-
taient le même habit que les chanoines, crurent fermement que le feu
refuserait son action dans un cas où il devait avoir un résultat si
funeste. Ils virent avec douleur leurs espérances déçues : les clo-
ches se transformèrent en canons qui servirent du moins à re-
pousser l'ennemi, et en gros sous qui n'enrichirent pas beaucoup la
nation et ne l'empêchèrent pis d'avoir recours aux assignats.
L'exécution des décrets qui décidaient la fonte des cloches entraî-
nait d'inévitables longueurs: les représentants que l'on envoyait en
mission étaient chargés d'en activer les effets, et prenaient en ce
sens des arrêtés parfois très-curieux. En voici un échantillon, que
les lecteurs nous sauront gré d'avoir remis sous leurs yeux :
«N. N., représentant du peuple , considérant que, depuis quinze
ou dix-huit siècles, les cloches rompent la tête aux gens raisonna-
bles, et qu'il est temps enfin qu'en expiation elles aillent la casser à
l'ennemi ; considérant que les peuples libres ne doivent connaître que
le son du tambour et du canon ; voulant assurer la pleiue et entière
exécution de la loi du 3 juillet, arrête :
« Toutes les cloches, sans exception, seront descendues, brisées,
et le métal en provenant sera envoyé à la plus prochaine fonderie. »
On laissait toutefois une cloche aux communes qui possédaient une
horloge, pour servir de timbre à sonner les heures.
De tels arrêtés sont bientôt rendtis; mais avec toute la bonne
volonté possible, même en supposant qu'elle se rencontre également
de to.is les côtés, ils ne sont ni aussi promptement, ni aussi aisé-
ment mis à exécution. D'abord peu de représentants en mission
avaient le temps de faire exécuter par eux-mêmes les arrêtés qu'ils
rendaient, parce qu'on leur envoyait des successeurs ; ensuite, dans
l'espèce qui nous occupe, les opérations, surtout dans les communes
isolées, exigeaient du temps et des moyens matériels dont on ne pou-
vait toujours disposer. Ensuite, la prochaine fonderie pouvait être
quelquefois fort éloignée et avoir des abords peu praticables. Enfin,
dans beaucoup de lieux, on ét-it enchanté de trouver des impossibi-
lités d'obéir à des injonctions qui contrariaient les goûts et les habi-
tudes du plus grand nombre.
Aussi a-t-on reconnu en ces derniers temps que, malgré l'immense
quantité de cloches détruites depuis soixante-dix ans, il restait
282
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
encore dans les quatre-vingt-six départements qui composaient ia
France en 1856, au moins trente mille cloches d'une assez forte di-
mension (1). Il existe même encore quelques carillons, mais ils n'ont
à peu près aucune importance, et je ne m'y arrêterai pas.
Ce n'est pas dès le commencement de la révolution que ceux qui
existaient alors cessèrent de se faire entendre : tout au contraire à
Paris, lors de la fédération, ils retentissaient tous d'airs joyeux, parmi
lesquels s'en trouvait un qui devint dès lors fort célèbre ; je veux
parler de celui sur lequel furent en ce temps composées des paroles
fort connues, que tout le peuple chanta lorsqu'il se mit à l'œuvre
pour les travaux de nivellement du champ de Mars, où devaient se
réunir les députés des provinces pour l'ouverture de l'assemblée na-
tionale. Elle fut, l'on s'en souvient, précédée d'une messe en plein
air, célébrée solennellement par Talleyrand de Périgord, et la der-
nière qu'il ait dite, car il quitta l'Eglise presque aussitôt après.
Ce carillon était l'air favori de Marie- Antoinette, qui le chantait fort
souvent, ne se doutant guère, hélas ! que ce serait un de ceux qu'elle
entendrait en allant au supplice. Comme, en France, les paroles d'un
air, même lorsque ces paroles ne sont qu'une adaptation, ou selon le
terme technique, quoique fort impropre, une parodie , sont toujours ce
qui frappe ou occupe le plus, on nomma Carillon national le couplet
dont les paroles primitives étaient :
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
La liberté s'établira.
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,
Malgré les méchants tout réussira.
C'était là un chant purement joyeux, dont la mélodie avait un carac-
tère d'entrain et d'allégresse merveilleusement convenable à un mo-
ment où tout le monde vivait d'espoir ; il fut trop tôt transformé, par
la substitution de paroles infâmes et atroces, en un cri de mort dont
tout honnête homme aurait rougi de souiller sa bouche ; on avait
alors plus que jamais oublié que ce n'était réellement qu'un air de
cloches- qui avait d'abord retenti au-dessus des églises.
Quoique en ces derniers temps on ait proposé, relativement k la
construction de celles-ci, de revenir à beaucoup d'idées ridicules fort
sagement abandonnées, on n'a pas encore pensé à établir dans celles
que l'on a érigées des carillons, et les cloches même ont été traitées
comme objets de peu d'importance. Assurément l'on a eu raison : en
dernière analyse, si c'est là de la musique, c'est une musique de bar-
bares, et il est d'autant plus raisonnable de prendre les cloches pour
ce qu'elles valent, qu'au milieu de tant d'industries qui ont fait des
progrès tenant du prodige, l'industrie campanaire n'a fait que ré-
trograder.
Au moyen âge, on ornait les cloches, on leur donnait des formes
gracieuses, on en faisait des objets d'art ; aujourd'hui, ce ne sont plus
que des machines sonnantes ; si du moins elles sonnaient bien ! Mais
de toutes celles que l'on a fondues en ces derniers temps, pas une n'a
égalé les anciennes pour le timbre et la sonorité : la plupart même
se sont trouvées tout à (ait mauvaises.
Il faut pourtant dire que ce genre d'industrie a cherché en dernier
lieu à se mettre un peu en mouvement ; mais en quel sens ! On a
essayé de substituer au métal ordinaire des cloches l'acier fondu de
Prusse, et à l'Exposition universelle de 1855 on a pu voir des cloches
de ce genre qui sortaient des aciéries de Bochum, en Westphalie; il y
en avait môme une d'assez forte dimension ; elles avaient toutes un
assez beau son, mais trop sourd pour bien répondre à leur desti-
nation.
Ces cloches d'acier, si elles eussent été adoptées, offraient sur les
autres l'mcontestable avantage du bon marché que l'on recherche tant
aujourd'hui, et après lequel cependant il ne faudrait pas courir aux
(1) Voyez les articles de M. l'abbé Bernard dans les Annales archéologiques, de
M. Didron.
dépens de tout le reste. Les cloches d'acier pourraient peut-être pré-
senter certains avantages pour les carillons, si l'on en établissait
encore aujourd'hui. Mais quel que soit le métal que l'on emploie, quelle
que soit la manière dont on s'y prenne pour le mettre en fusion et le
mouler, on ne fera plus de ces cloches qui se mettaient d'elles-mêmes
en branle lorsque des reliques de saints passaient à leur portée,
ainsi qu'il arrivait inévitablement au moyen âge. C'est que si les clo-
ches de ce temps ne ressemblaient pas aux nôtres, les oreilles et les
intelligences de la même époque étaient aussi fort différentes. Les
gens d'alors ne s'en tenaient pas à l'Évangile, qui recommande de
croire sans avoir vu : ils croyaient sans avoir entendu.
La foi, si vive alors en toute chose, l'était surtout à l'endroit des
cloches; on ne pouvait concevoir un pays, une ville, un hameau qui
en fût dépourvu, et c'est avec raison que l'excellent Monteil, dans
son Histoire des Français des divers états (xive siècle), met en scène
le bedeau de Saint-Gatien, de Tours, qui disait souvent : « Babylone,
Athènes, Carlhage, Rome, qui n'avaient pas de cloches, devaient
être de fort drôles de villes ! » Et il se mettait à rire à gorge dé-
ployée.
Peut-être un jour viendra-t-il où quelque personnage qui ne sera
pas bedeau de Saint-Gatien, dira : Rome, Paris, Londres, Vienne et
une multitude d'autres villes avaient des cloches et même des carillons ;
ce devaient être de fort drôles de villes. Et il rira de tout aussi bon
cœur que le bedeau de la cathédrale de Tours.
Adrien de LA FAGE.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DECLAMATION.
Distribution îles prix.
La distribution des prix a suivi de près les derniers concours ;
comme les deux années précédentes, la séance solennelle était prési-
dée par M. J. Pelletier, conseiller d'Etat, secrétaire général du mi-
nistère d'Etat, qui l'a ouverte par le discours suivant :
« Messieurs,
« Nous voici arrivés à la fin d'une année de travaux dont les concours
ont montré le bon emploi, et nous allons dans peu d'instants vous distri-
buer les récompenses que vous avez méritées. Délégué par S. Exe. le
ministre d'Etat pour présider à cette séance, je me réjouis de la mission
qui me ramène à côté de votre illustre et cher directeur, au milieu de
grands artistes et de professeurs célèbres. Mais, avant de vous remettre
ces récompenses, je voudrais, en quelques mots rapides, et sans trop
retarder les satisfactions de cette journée, vous faire part des réflexions
qu'elle m'inspire. Pour beaucoup d'entre vous, pour tous ceux qui ont
terminé le cours de leurs études, elle est bien solennelle et doit compter
dans leur existence ; elle marque en effet la limite qui sépare le temps de
la préparation de celui de la lutte. Ce soir, ils ne seront plus d<-s élèves,
ils seront des artistes. Désormais livrés à eux-mêmes, ayant vu s'écouler
déjà les années heureuses et insouciantes, ils iront affronter ce long
combat de la vie, où l'on ne triomphe qu'en déployant autant de persé-
vérance que d'élan, autant de résignation que de courage.
» Au moment où des camarades, des amis vont dire adieu à cette pai-
sible enceinte et échanger l'inoffensive émulation de l'école contre les
périlleuses rivalités du monde, n'est-il pas bon de faire avec eux un
retour sur le passé, de jeter un regard sur l'avenir, d'estimer leurs
ressources, de prévoir leurs besoins, de les armer contre les dangers,
contre les fatigues, contre les découragements qui les attendent? Us ne
doivent pas se le dissimuler, aucune de ces épreuves ne leur sera épar-
gnée; car, dans aucune carrière, elles ne sont épargnées à personne.
Ils auront à lulter contre leurs rivaux, contre les événements et contre
eux-mêmes. Mais cette perspective, si elle doit les garder de trop de
présomption, ne doit pas leur inspirer trop de défiance. L'examen at-
tentif de leurs forces, la comparaison des conditions actuelles avec les
conditions anciennes du théâtre, doivent leur montrer qu'ils ont peu à
craindre de leurs rivaux, et que, s'ils triomphent, ils n'auront rien à en-
vier à leurs prédécesseurs.
» L'instruction qu'ils ont trouvée ici est un puissant instrument mis
en leurs mains. Us peuvent tout en espérer, s'ils s'exercent à le manier
avec pers stance et s'ils s'ingénient à lui demander tout ce qu'il peut
rendre. C'est lorsqu'ils se trouveront en face de concurrents n'ayant pas
DE PARIS.
283
ce fonds sérieux d'études -qu'ils en apprécieront la valeur. Us verront
alors quelle supériorité donnent la connaissance de la tradition et l'ob-
servation des règles. Ils se convaincront que jamais le travail n'a pu
gêner l'inspiration, la comprimer dans son essor ou l'arrêter dans son
développement. Les plus grands artistes de notre temps, ceux chez qui
la personnalité s'est montrée la plus accusée, l'originalité la plus vive,
le talent le plus spontané, avaient passé par le Conservatoire et fait ce
stage des études sérieuses. Avant d'inventer, ils avaient appris, beaucoup
et longtemps appris.
» Soyez-en persuadés, Messieurs, il faut commencer par l'assiduité,
par le travail, par la peine, si l'on veut finir par le talent et par le suc-
cès. Dans l'art comme dans la nature, toutes les routes qui montent
sont ardues, et l'on n'atteint les hauteurs qu'à la sueur de son front.
Ce sont les routes qui descendent qui sont faciles et séduisantes. Main-
tenez donc vos regards fixés vers le but que vous voulez atteindre, ne
vous laissez décourager -ni par les difficultés de l'étude ni par les anxié-
tés des premiers essais. Si vous êtes véritablement artistes, vous en
triompherez. Plus favorisés même que ceux qui sont venus avant vous,
vous, trouverez des compensations qu'ils n'ont pas connues et des avan-
tages qu'ils n'auraient pas osé espérer.
» J'ai entendu des esprits éminents regretter les anciennes conditions
du théâtre, soutenir qu'elles étaient plus favorables au culte de l'art que
les conditions actuelles. Je ne saurais partager leur avis. Jadis, nous
disent-ils, le public était moins nombreux et plus éclairé que de nos
jours. La foule n'allait guère àla comédie; c'était un plaisir réservé aux
oisifs et à quelques rares amateurs. Le public était donc presque tou-
jours le même; le répertoire n'était pas beaucoup plus varié. On con-
naissait aussi bien nos chefs-d'œuvre dans la salle que sur la scène. On
savait les beautés d'un rôle, on en prévoyait les difficultés. On applau-
dissait l'artiste à outrance ou on le tançait vertement, car c'était le
temps où le public savait encore applaudir et siffler. Pour plaire à ces
esprits choisis que l'habitude rendait plus difficiles encore, les artistes,
nous dit-on, faisaient des efforts que ne peut plus exiger d'eux une foule
inconnue et confuse, sans cesse renouvelée, qui a plus de curiosité que
de goût, et que doit remporter le lendemain le train aveugle qui l'a ap-
portée la veille.
» C'est ainsi que s'expriment les enthousiastes du temps passé. Je ne
crois pas qu'ils soient justes dans leurs regrets, et, si je compatis à
leurs doléances, je ne saurais m 'associer à leurs accusations. Le présent
vaut bien le passé et notre temps vaut bien le leur.
» Si les conditions du théâtre sont changées, les règles de l'art ne le
sont pas. Etait ce donc si profitable à l'art de débiter pour la centième
fois la même tirade ou de chanter pour la millième fois le même air de-
vant les mêmes personnes, élégantes et polies, j'en conviens, mais sus-
ceptibles à l'excès, exigeantes et absolues dans leurs idées et leur goût?
» Ce goût même, que l'on nous prône, était -il toujours bien suret
bien dégagé de toute mode? Ces délicats ne tombaient-ils pas quelque-
fois dans l'excès et n'imposaient-ils pas la recherche? Car, il ne faut
pas s'y tromper, Messieurs, autrefois, en fait de théâtre, c'était ce pu-
blic restreint qui seul posait les règles et seul rendait les arrêts. Les
artistes devaient s'y soumettre et, de gré ou non, s'y conformer ou
disparaître. Je trouve qu'il est non moins difficile et plus glorieux d'im-
poser son sentiment que de subir celui des autres, de dominer le public
que de le flatter. Cette foule que l'on dédaigne est plus docile que les
raffinés que l'on vanté; elle n'est ni moins compréhensive ni moins sen-
sible. Si elle n'a pas toutes les ténuités des esprits blasés, elle a toutes
les délicatesses des cœurs naïfs, et si elle n'apprécie pas les beautés
convenues, elle sait comprendre les beautés vraies.
» Est-ce vous, Messieurs, qui lui reprocherez de se renouveler sans
cesse et de se faire, pour tous les points du monde, la messagère de
votre gloire? A cô:é de ses millions de voix éclatantes et jeunes, regret-
terez-vous la vieille ftenommée aux cent bouches?
« Croyez-moi, Messieurs, vous n'avez rien à regretter, ['lus peut-être
pour vous que pour tous ses autres enfants, la civilisation moderne
s'est montrée généreuse et facile.
t La société d'autrefois, si avide des plaisirs de la scène, était bien
sévère pour ceux qui les lui donnaient. Son orgueil se refusait à distin-
guer parmi les comédiens, et les confondait tous dans le même ostra-
cisme. Notre société répartit plus justement ses disgrâces et ses
faveurs et n'a d'exclusion systématique pour personne. Si elle s'éloigne
sans regrets de ceux qui les premiers s'écartent d'elle, elle sait récom-
penser partout le travail, honorer partout le talent, et respecter partout
ceux qui se respectent eux-mêmes.
» Loin de nous perdre en des lamentations ingrates, félicitons-nous
donc, Messieurs, d'être de notre temps et de notre pays ; d'appartenir à
cette terre des nobles initiatives, à cette France impériale, agrandie et
enviée, qui a des sympathies pour toutes les bonnes causes, des dévoue-
ments pour toutes les idées généreuses, et que ses plus fiers rivaux
ne peuvent qu'admirer quand ils veulent être justes, imiter quand ils
veulent être grands. »
Ce discours , que de légitimes applaudissements ont interrompu à
plusieurs reprises, contient beaucoup d'idées d'une justesse incontes-
table, et une thèse, qui l'est un peu moins, sur les conditions anciennes
et actuelles du théâtre, relativement à l'art et aux artistes. Le pour
et le contre peuvent être également soutenus par d'excellents esprits,
et la conclusion peut varier sans cesser d'être bonne : cela dépend
du point de vue où l'on se pose. A celui du Conservatoire, la conclu-
sion de M. J. Pelletier est certainement la meilleure, puisqu'il s'agit
d'encourager des jeunes gens à l'entrée d'une carrière difficile. D'ail-
leurs n'est-il pas toujours plus sage et plus sain de se persuader que
le temps où l'on vit est le meilleur, puisqu'on n'a pas la liberté d'en
changer ?
Dans l'intermède qui a suivi la distribution, les élèves qui ont
obtenu des premiers prix de chant, de déclamation dramatique et
lyrique se sont fait entendre. M. Petit a fort bien chanté l'air de
Zaïre, Mlle Balbi celui du Concert à la Cour et Mlle Pfotzer celu
de Robert le Diable : En vain j'espère. La jeune violoniste, Mlle Bou-
lay, est venue redire le concerto de Viotti, enrichi par Alard d'un ma-
gnifique point d'orgue que son élève a rendu en virtuose de premier
ordre. C'était la seule instrumentiste admise dans ce programme où ii
ne pouvait y avoir place pour tout le monde. Ensuite M. Godfrin et
Mlle Tordeus ont joué l'une des grandes scènes d' Andromaque ;
Mlles Régny, Ponsin et M. Laroche un fragment des Femmes savantes.
M. Gourdin et Mlle Baretty ont dit une scène de Galathée ; M. Peschard
et Mlle Brou presque tout le quatrième acte de la Favorite. Ainsi que
les concours de cette année en général, l'intermède a paru remarquable
par le nombre et le mérite des jeunes sujets qu'il a mis en évidence.
C'est au théâtre que le publie et la critique retrouveront bientôt la
plupart d'entre eux.
P. S.
REVUE CRITIQUE.
Tithleau «Je genre, tic Sleplacn ISeller.
Quoiqu'il soit toujours assez difficile de faire passer dans l'esprit
de ses lecteurs quelque chose du plaisir qu'on a ressenti, nous allons
essayer de donner, non pas une analyse, mais une idée du dernier ou-
vrage de Stephen Heller : Tableau de genre, que nous venons délire.
Par exemple, si l'on nous demandait ce que c'est qu'un tableau de
genre en musique, et en musique de piano surtout, nous serions assez
embarrassé de répondre ; mais ce que nous pourrions dire, c'est qu'il
ne faut pas attacher à un titre plus d'importance qu'il n'en a, et que
cette exquise et pathétique composition, d'un seul mouvement, alle-
gro assai, bien rhythmée, pleine d'animation, de fanfares éclatantes,
brille par une passion et une ardeur auxquelles ne nous a pas toujours
accoutumé l'auteur de si suaves rêveries, de si mélancoliques petites
pièces et de si ravissantes études.
En effet, quelle variété, quelle sonorité, quelle largeur de style et
quelle vie dans ces phrases si amples, coupées par des accents dé-
chirants confiés aux basses et traversées par des soupirs et des san-
glots ! La péroraison surtout est superbe. La phrase du début y re-
vient en octaves, accompagnée, cette fois, par des pédales supérieures
de tonique et de dominante. Toute cette fin est vraiment magnifique :
on se sent entraîné, ébloui par ce tutti formidable , qui semble un
fragment emprunté à quelque grande symphonie, et qui laisse si bien
deviner toutes les fougues et toutes les puissances de l'orchestre.
Assurément un musicien un peu exercé devinera l'instrumentation
en parcourant ces pages où s'épanouissent en se pressant tant de
sentiments divers, où les cris d'une chasse hardie se mêlent, au
drame, où le calme succède à l'onge, d'expressifs récitatifs, de sou-
dains apaisements à de sombres fureurs, à de rapides explosions de
joie, de colère et d'amour.
-
284
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
A la bonne heure ! voilà bien le piano traité à la façon des vieux maî-
tres et comme l'aiment les vrais musiciens : il n'essaie pas de remplacer
la pensée par une gymnastique plus ou moins ingénieuse ; là toutes
les notes portent, se tiennent et ont un sens. Tantôt elles se détachent
isolément, tantôt elles se groupent et jaillissent en masse ou s'écoulent
en dessins ravissants et délicatement travaillés qui soutiennent forte-
ment et élégamment le tissu mélodique.
Une admirable unité règne dans ce morceau; il n'y a pas un trait
parasite, et l'on y sent un dédain profond pour tout, ce qui ne con-
duirait ni à l'expression ni au développement de l'idée. 11 y règne
aussi un sentiment tonal qui, au milieu des plus neuves, des plus
savantes harmonies grosses de dissonances, ne s'égare pas un seul
instant.
En résumé celte nouvelle œuvre colorée , remplie de verve,
d'audace et d'élans poétiques nous paraît complète. C'est l'une des
plus émouvantes qu'ait tracées la plume ingénieuse, éloquente et
fine de Stephen Ileller. Elle ne sera peut-être pas comprise de tous,
car elle est bien loin des publications frivoles qui paraissent chaque
jour, mais elle ne saurait manquer d'obtenir les suffrages des intelli-
gences cultivées.
Adolphe BOTTE.
Nous publierons dans notre prochain numéro la suite de l'important
travail de M. Fétis père sur l'Histoire générale de la musique.
CORRESPONDANCE.
Bade, 6 août 1800.
On continue de travailler ici avec un soin toujours croissant la culture
dramatique et musicale. Arrosées par la pluie d'or dont ce petit coin de
terre a le privilège, les pièces et les partitions poussent à vue d'œil et
se hâtent d'éclore dans de brillants salons, au bruit, toujours sans mé-
lange, des bravos d'un auditoire trop poli pour faire autre chose qu'ap-
plaudir et admirer.
Tout est charmant, divin; aucun mot ne le blesse!
Le théâtre de Bade ressemblerait beaucoup à un théâtre de la cour s'il
y avait une cour, ou à un théâtre d'amateurs si c'étaient des amateurs
et non des artistes qui en formassent la troupe. Du reste on y respire
une telle atmosphère de bienveillance, et même d'enthousiasme, qu'avec
la meilleure volonté du monde on ne sait trop à quoi s'en tenir sur la
valeur réelle des rouvres qui s'y donnent. Les journaux du lieu et des
alentours ne s'exprimant pas sur un autre ton que l'auditoire même, pro-
longent vos incertitudes, et comme dans cette harmonie élogieuse un
seul mot de critique jetterait une fâcheuse dissonance, on se garde bien
de le risquer.,
Prenez donc ce que nous allons vous dire pour un simple écho du
salon Louis XtV dans lequel vient d'apparaître un nouvel opéra, la
Colombe, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de
M. Gounod. Avant cet opéra, nous avions eu le Marquis Jacquot, vaude-
ville dont l';iuteur est M. Edouard Martin ; mais vous vous souciez peu
de vaudeville, et nous passons sans attendre à la Colombe, c'est-à-dire
au Faucon, car les auteurs du libretto se sont bornés à remettre sur le
métier le conte de Bocace et de la Fontaine, comme l'année dernière ils
s'étaient contentés d'enjoliver pour le môme théâtre le Philémon et Baucis
•d'Ovide et du même fablier. Le faucon s'est donc métamorphosé en une
colombe, qu'un jeune seigneur florentin a baptisée du nom de Sylvie, en
mémoire d'une femme qu'il adorait au point de se ruiner pour elle, et
dont les lèvres se sont un jour posées sur le charmant oiseau. Le libretto
suit à peu près la même marche que le conte ; cependant il est juste de
dire que les auteurs l'ont heureusement modifiée en y introduisant un
nouveau personnage, celui d'un bipède emplumé dont la réputation
balance l'estime dont jouit la colombe. Ce bipède est un perroquet dont
la belle Aminte est propriétaire et la belle Sylvie jalouse, en sorte qu'elle
meurt d'enyie de posséder la colombe pour l'emporter sur sa rivale.
Comme dans le conte, elle vient chez celui qui l'aime toujours et qui lui
sacrifierait sa vie: quoi d'étonnant à ce que, pour dissimuler la détresse
de sa table, il sacrifie celle de l'oiseau chéri ? Mais la Providence, sous la
forme de Mnzet, jeuue paysan resté au service d'Horace, son parrain, et
qui remplit près de lui l'office d'un nouveau Caleb, a trouvé moyen
d'empêcher le sacrifice. Horace et Sylvie croient avoir mangé la co-
lombe, et tout à coup on découvre que le perroquet a fait les frais du
festin.
Grand succès pour le libretto : succès encore plus grand pour la mu-
sique : succès pour les artistes, Roger, Balanqué, Mmes Carvalho et
Faivre ! Enfin succès pour tout et pour tous, y compris M. Oudshoorn, le
violoncelliste, qui, dans l'introduction, exécute à ravir une mélancolique
ritournelle; pour M.Wuille, et l'andantino ravissant que soupire sa clari-
nette ; pourM. Grodvolle, et le solo de violon joué par lui dans l'entr'acte ;
enfin pour M Kœnnemann, l'habile chef d'orchestre, qui a rempli sa
tâche nouvelle avec un vrai talent.
Nous n'insisterons pas sur chaque morceau de la partition, dans la-
quelle l'inspiration fine , élégante et souvent touchante de M. Gounod
se retrouve avec tout son charme. De même que Pierrot demandait jadis
ce que l'on faisait des vieilles lunes, quelquefois aussi on voudrait sa-
voir ce que deviennent tous les chefs-d'œuvre que Bade enfante chaque
année. Mais si la Colombe en est un véritable, il faut croire que vous
l'entendrez à Paris, et alors vous me saurez bon gré d'avoir abrégé mon
analyse.
La construction de notre théâtre marche maintenant à grands pas ;
les grandes œuvres sont terminées, et l'architecte fait tous ses efforts
pour mettre le bâtiment sous toit avant l'hiver. On espère que la
décoration intérieure sera prête au commencement de l'année 1862.
C'est le célèbre Muhlendorf, de Manheim, appelé l'an dernier à
Paris, par la direction de l'Opéra-Comique, pour les décorations du
Pardon de Ploèrmel, qui est chargé de la partie des machines. L'inau-
guration aurait lieu pour notre saison de 1862, par un opéra d'Hector
Berlioz.
NOUVELLES.
*% Le théâtre impérial de l'Opéra a donné cette semaine deux re-
présentations de Sémiramis et la 426» de Robert le Diable.
„,*„. Samedi prochain on donnera à ce théâtre une grande représenta
tion extraordinaire au profit des chétiens d'Orient.
„*„ Mme Ferraris rentrera le 15 août dans les amours de Diane, de Pierre
de Médicis, opéra choisi pour le spectacle gratis donné à l'occasion de
la fête de l'Empereur.
*% Mme Vandenheuvel-Duprez doit faire son second début dans le
rôle de Marguerite des Huguenots ; Mlle Sax dans celui de Rachel, de la
Juive.
„% A l'occasion delà fête du 15 août, Aimé Maillard a composé un
chant d'allégresse dont les paroles sont de M. Cormon, et qui sera exé-
cuté au théâtre impérial de l'Opéra.
„%, La reprise du Prophète avec Mme Tedesco dans le rôle de Fidès,
est fixée aux premiers jours de septembre.
*** Mme Caroline Barbot fera ses adieux au public vers la mi-septembre
dans le rôle de Valentine, des Huguenots.
**„ Mlle Carlolta llarchisio étudie le rôle de Mathilde, de Guillaume
Tell, et le contre-alto, Mlle Barbara, celui d'Azucena, du Trouvère.
*•■%.. Les répétitions du ballet composé par M. de Saint-Georges pour
Mlle Emma Livry, avec la musique d'Offenbach, suivent leur cours.
La scène se passe dans les sites pittoresques de la Circassie, et on
dit merveille du rôle que doit y remplir la jeune et déjà célèbre bal-
lerine.
„,*„ Le second début de Mlle Marie Sax dans le rôle d'Alice, de Robert
le Diable, a confirmé largement les espérances données par le premier.
Plus maîtresse de son émotion, la jeune artiste a pu donner un essor
complet à ses moyens, et faire admirer l'étendue, l'égalité et "la pureté
de sa magnifique voix. Dans son air du troisième acte et le duo avec
Bertram qui le suit, dans le trio sans accompagnement , mais surtout
dans le célèbre trio du cinquième acte, elle a été à plusieurs reprises
justement et chaleureusement applaudie. Quant à Mme Vandenheuvel-
Duprez, nous ne pouvons que répéter ce que nous disions dans notre
dernier numéro sur la manière pai faite dont elle chante les parties du
rôle de la princesse qui n'exigent point une grande force vocale. L'air:
De grâce, est un véritable triomphe pour elle.
„..% La représentation de l'Étoile du Nord, donnée mercredi au théâtre
de l'Opéra-Comique, avait attiré*.beaucoup de monde ; on était curieux
de revoir Mme Ugalde dans le rôle de Catherine auquel elle avait im-
primé, dans certaines parties, le cachet original de son talent. Son
premier air le Bonnet sur l'oreille, la ronde Bohémienne, la prière et
barcarolle Veille sur eux, lui ont valu de chaleureux applaudisse-
ments ; elle a été rappelée à la fin du premier acte et à la fin du
spectacle.
*** Mme Ugalde, qui avait joué avec beaucoup de succès au théâtre
Lyrique l'opéra de M. Gaspors, Ma tante dort, a obtenu qu'il fût
transporté â l'Opéra-Comique, où il sera représenté incessamment.
*** La direction du théâtre de l'Opéra-Comique vient de recevoir un
livret en trois actes, intitulé la Villa Medicis, écrit par Mil. Nestor Ro-
queplan et Victorien Sardou. Mais si nous en croyons quelques indiscré-
DE PAKIS.
285
tions le nom du spirituel prédécesseur do M. de Beau mont abriterait
celui d'une des célébrités féminines du Théâtre-Français. La musique
de cette pièce, dont le sujet est puisé dans le domaine de la fantaisie,
serait, dit-on, confiée à deux compositeurs.
*% Faure est de retour à Paris, plus décidé que jamais, après son
succès en Angleterre, à suivre la carrière du chant italien. Plusieurs
engagements brillants lui sont proposés en ce moment. En attendant,
le directeur du théâtre de Covent-Garden se Test attaché pour trois
ans.
»** On annonce comme très-prochaine, au théâtre de l'Opéra-Comique,
la première représentation du Docteur Mirobolan.
.% Lefébure-Wély a composé la musique d'un opéra-comique en trois
actes, les Recruteurs, paroles de M. Amédée de Jalllais, qui vient d'être
reçu par M. de' Beaumont.
t*t M. Calzado vient de gagner un procès assez important contre
M. deSaint-Salvi, agissant au nom des propriétaires de la salle, qui ré-
clamaient un supplément de loyers pour avoir prolongé la saison d'un
mois. Le tribunal adécidé que M. Calzado louait la salle à l'année et qu'il
avait droit d'en jouir toute l'année.
„*„ Le théâtre Déjazet reprendra le 1e1' septembre Monsieur Gant.
Tessier y remplacera Bâche qui rentre au théâtre des Bouffes-Parisiens.
Au même théâtre, on donnera le Mariage en l'air, opérette de SI. Déja-
zet, jouée au théâtre Lyrique en 1852. Mlle Géraldine chantera le rôle
créé par Mlle Guichard. Nous reverrons également Pianella, la charmante
opérette de M. Flotow, dont le succès a été interrompu par la fermeture
du théâtre.
»% Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout
genre pendant le mois de juillet, se sont élevées â la somme de 932,81 3 fr.
79 c, ce qui constitue une différence de 87,356 fr. 43 c. en moins sur
le mois de juin précédent.
,% Le théâtre de Bologne fait de grands préparatifs pour monter di-
gnement le Prophète. On sait que le chef-d'œuvre de Meyerbeer sera in-
terprété par Mme Borghi-Mamo et M. et Mme Barbot.
**» La réouverture du théâtre de X Oriente, à Madrid, aura lieu le 1 "' ou
le 2 octobre. Voici la composition de la troupe engagée par le direc-
teur : Prime donne : Mmes Julienne Dejean, Charton-Demeur, Sarolta ,
Méric-Lablache, Calderon ; tenori : MM. Fraschini, Morini, Ronzi ; bari-
toni : MM. Giraldoni, Marra; bassi : MM. Bouché, Manfredi ; buffo co-
mico : M. Rovere.
**„. S'il faut en croire le journal Trovatore, le nombre des chanteurs
et des cantatrices est aujourd'hui en Italie de 1,730. Sur ce chiffre il y
a 44 0 prime donne, 330 ténors, 280 barytons, 160 basses-tailles, 80 bouf-
fes, etc. En outre l'Italie possède 1,670 danseurs et danseuses, à savoir:
180 premières danseuses di rango francese, 220 premières danseuses di
rango italiano; 110 premiers danseurs, 970 danseurs et danseuses mezzo
carattere, 40 maîtres de ballet.
t*t S. Exe. M. de Sabouroff vient d'engager, pour les théâtres de
Moscou et de Saint-Pétersbourg, une jeune artiste, Mlle Lagramanti,
pour tenir en second les rôles de contralto.
.„*,t L'orphéon a tenu dimanche dernier sa seconde séance solennelle,
devant un auditoire aussi nombreux qu'à la première. Bien n'avait été
changé au programme. Les divers morceaux ont été exécutés dans le
môme ordre et n'ont pas produit moins d'effet. Les exécutants, enfants
et adultes, dépassaient le chiffre de quinze cents. M. le préfet de la Seine
assistait encore à cette séance et a donné plusieurs fois le signal des
applaudissements.
„.*,,. Le grand concert offert tous les ans à l'élégant public de Bade,
et organisé avec un luxe princier p?.r M. Bénazet, aura lieu le 27 août.
En voici le programme : 1° Ouverture des Francs-Juges de M. Berlioz;
2° fragments du premier acte d'Orphée, de Gluck, chantés par Mme Viar-
dot ; 3" grand concerto en ré mineur, composé et exécuté par M. Vieux-
temps; 4° air chanté par Itnger ; 5° cavatine chantée par Mme Carvalho ;
6° chœur et ballet des sylphes de la Damnation de Faust, de M. Berlioz:
les soli seront chantés par MM. Eberius et Oberhofer, de la chapelle du-
cale de Carlsruhe; 7° adagio et finale de l'a symphonie en si bémol de
Beethoven; 8° prélude de Bach, avec solo de violon, chant et orchestre,
arrangé par M. Gounod : le solo de chant sera chanté par Mme Carva-
lho; 9° fragments du concerto de violoncelle de Molique, exécutés par
M. Jacquart; 10» air d'Orphée (J'ai perdu mon Eurydice), chanté par
Mme Viardot; 11° h roi des Aulnes, de Schubert, chanté avec orchestre par
Roïer; 12" ouverture d'Eunjanthe, de Weber. Les chœurs et l'orchestre,
composés des artistes de Bade, de la chapelle grand-ducale de Carlsruhe
et de Strasbourg, seront dirigés par M. II. Berlioz.
„*„ Dimanche dernier un concours d'orphéons a eu lieu dans les
Arènes, à Beaucaire. Dix-sept villes s'y étaient donné rendez-vous. Elles
formaient quatre divisions. La division supérieure, composée des sociétés
d'Avignon, a remporté un prix exceptionnel. Les trois autres divisions
comptaient les villes de Pernes, Sommières et Sorgues. Sommières a ob-
tenu le premier prix. Dans la deuxième concouraient Arles, Istres, Mar-
seillais Nîmes et Vauvert. Marseillan a obtenu la médaille d'or. Les
villes de Cette, Alais, fiivesargues, Châteauneuf-Calcernier, Courthezon,
Maraussan, Mouriès et Beaucaire étaient comprises dans la troisième
division, dont les deux premiers prix ont été obtenus par l'Orphéon et
la Société philharmonique de Cette.
*% Un concoure d'orphéons aura lieu le 12 de ce mois à Tonneins
(Lot-et-Garonne).' M. A. Elvvart, invité par la commission, est parti pour
aller présider cette manifestation chorale à laquelle plus de vingt-cinq
Sociétés orphéoniques doivent prendre une part active.
t*t Le, Temps, illustrateur universel, a publié dans son sixième numéro
Anila Garibaldi. légende d'un proscrit, paroles de M. Léon llalévy,
musique de A. Elwart. Nous avons eu l'occasion d'entendre cette mélo-
die dans une réunion particulière; elle était chantée par Mlle Angèle
Cordier, artiste d'un charmant talent, que l'Opéra-Comique où elle a
fait d'heureux débuts laisse trop dans l'ombre.
*% Voici le programmé de la solennité musicale qui sera donnée le
vendredi 24 août, à sept heures du soir, dans la grande salle du Kursaal
de Wiesbaden, par Henri Litolff, avec le concours de Mlle Emilie Sehmidt,
première chanteuse du théâtre Grand-Ducal de Hesse-Darmstadt ; Mme L.
de Sievers, de Paris; MM. Cari Formes, Cari Schneider et Auer, violo-
niste de Vienne. Première partie: 1° ouverture A'Oberon , de Weber;
2° chœur do la Flûte enchantée, de Mozart ; 3° quatrième concerto
symphonique pour piano et orchestre ; a, allegro con fuoeo; b, andante re-
ligiuso; c, scherzo, exécuté par l'auteur, M. Litolff; 4° grand air de Titus,
de Mozart, chanté par Mlle Sehmidt ; 5° andante et finale du troisième
concerto-symphonique ( national hollandais) , exécutés par l'auteur ,
M. Litolff. — Deuxième partie : 1° les Girondins, ouverture dramatique,
de Litolff; V air de la Flûte enchantée : O Isis et Osiris, de Mozart, chanté
par Ch. Formes ; 3° marche funèbre et rondo du concerto pour violon
(Eroïca), de Litolff, exécutés par M. Auer ; 4" solos pour orgue d'Alexan-
dre avec orchestre , exécutés par l'auteur, Mme de Sievers ; ( pour la
première fois en Allemagne) 5° fragments de l'opéra inédit Rodrigue de
Tolède: a, grande scène chantée par Mlle Emilie Sehmidt; 6, scène et
finale du quatrième acte, chantés par Mlles Emilie Sehmidt, Mlle Neffer-
dorf, MM. Ch. Formes, Ch. Schneider et Chœur. — Le piano sort des ate-
liers de la maison Erard ; l'orgue est de la maison Alexandre père et fils.
./■„, Parmi les brochures inspirées par l'expédition des orphéonistes
français en Angleterre, nous citerons celle qui a pour titre : Le voyage
comique et orphéonique des trois mille Français à Londres, par Benjamin
Gastineau, et le Festival de Londres et l'Orphéon dunkerquois .
„*» Mercredi dernier, 8 août, le mariage de M. Henri Wieniavvski
avec Mlle Isabelle Bessie-IIampton a été célébré en l'église Saint-André
(cité d'Anlin).
4*s La Liedcrlafel de Mayence vient d'accorder le diplôme de membre
honoraire au célèbre baryton Stockhausen qui, au deuxième concert
du dernier festival, s'est si gracieusement offert à remplacer M. Kin-
dermann pris d'un enrouement subit.
»% S. M. la reine d'Espagne a fait remettre à D. Alard, le célèbre
violoniste, la croix d'officier de l'ordre de Charles III.
t** Bené Favarger, l'excellent pianiste compositeur dont les ouvrages
jouissent d'une vogue exceptionnelle en Angleterre et en France , se
trouve à Paris, et a fait entendre cette semaine, dans une. réunion in-
time, ses nouvelles compositions. Nous y avons particulièrement remar-
qué deux morceaux d'une grâce exquise, intitulés : Caliban et l'Escarpo-
lette, ainsi que des fantaisies d'un très-grand effet sur les Huguenots, le
Comte Ory et Martha. Nous croyons devoir signaler d'avance aux pianis-
tes ces morceaux, qui paraîtront dans quelques semaines.
- J't Les parties d'orchestre de l'ouverture de Pianella, de Flotow, qui
obtient un si grand succès aux concerts Musard , viennent de paraî-
tre.
„*,,, L'appareil vocal, dans l'homme, est d'une délicatesse extrême et
d'une excessive susceptibilité; de là les affections nombreuses plus ou
moins graves, qui attaquent ce précieux organe chez les personnes que
leur position astreint à en faire un plus fréquent usage. C'est donc
rendre un véritable service aux prédicateurs, aux orateurs, aux profes-
seurs, aux chanteurs, à tous ceux qui ont l'habitude de'parler ou de
chanter en public, que de leur signaler les pastilles du docteur Edmond,
dont l'efficacité souveraine a été reconnue par les sommités médicales
pour préserver ou guérir do l'aphonie, de l'enrouement, de toute alté-
ration de la voix, quelle qu'en soit la cause, et qui rendent presque im-
médiatement à l'appareil vocal sa sonorité, sa pureté et toute sa fraî-
cheur.
„,*„. M. Touzé, chanoine honoraire de Reims, vicaire de Saint-Gervais,
auteur de plusieurs compositions distinguées, a voulu payer son tribut
à l'intérêt qu'inspirent les chrétiens d'Orient; sous ce titre : le Deuil de
la Syrie, il vient de publier une élégie pleine d'expression, avec accom-
pagnement de piano et d'orgue, qui se vend au profit des malheureux
de ces contrées, et qui ne peut manquer, sous le double rapport du mé-
rite et de la charité, de trouver de nombreux acquéreurs. Elle se vend au
magasin Brandus, chez Retté et C°.
**„ La bibliothèque musicale provenant de la succession de feu le
professeur Fischhoff, à Vienne, a été achetée pour le compte de la bi-
bliothèque de Berlin. Cette riche collection ne contient pas moins de
3,978 pièces.
286
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
2*t Depuis le 9 août les Champs-Elysées offrent aux visiteurs de cette
belle promenade un attrait de plus. Après huit mois de séjour à Sébas-
topol, après quatre ans de travail, M. le colonel Langlois vient de livrer
à la curiosité publique, dans l'immense rotonde construite à cet effet au-
près du palais de l'Exposition, le panorama de la prise de MalakoQ'. On
se souvient encore du panorama de la bataille d'Eylau qui pendant une
période de plusieurs années captiva l'attention, nou seulement des Pa-
risiens, mais encore de tous les étrangers qui venaient visiter la capi-
tale. La prise de la tour de Malakoff offre un aspect plus saisissant en-
core. Placé dans la tour même, sur le dernier étage que les Russes
avaient conservé et dans lequel ils avaient concentré tous leurs moyens
de défense, le spectateur embrasse la vue entière du champ de bataille,
des armées russes, anglaise et française, de Sébastopol, de la mer Noire
et des flottes des deux nations ennemies.; il assiste à tous les épisodes
de cette lutte sanglante pour la reproduction de laquelle le colonel
Langlois a rapporté photographiés tous les souvenirs encore récents des
lieux, des hommes et des choses. On ne peut sans l'avoir vu se faire une
idée de la vie qui anime ce gigantesque tableau et des détails infinis
qu'il récèle. Dimanche dernier dans l'après-midi, l'Empereur, accom-
pagné du prince impérial, est venu le visiter. Le maréchal Pélissier ac-
compagnait Sa Majesté et lui a expliqué les scènes principales de cette
page. L'Empereur vivement intéressé est resté plus d'une heure au pa-
norama des Champs-Elysées.
*** Encore quinze jours et l'orchestre Musard aura quitté les Champs-
Elysées. Comme pour se faire regretter davantage, ses vaillants artistes
redoublent d'ensemble et de perfection; et jamais ses programmes n'ont
été plus variés. On peut dire que c'est lui qui a fait connaître à la gé
nération actuelle des amateurs, l'ouverture d'Ohjmpie ; rarement on a
mieux exécuté la magnifique Schiller-Marsch, de Meyerbeer, et chaque
soir, dans le genre gracieux, on applaudit la mélodieuse ouverture de
Flotow, Pianella, page qui figurerait dignement en tête d'un opéra en
trois actes. Comme tous les établissements qui comptent sur le soleil,
celui de M. de Besselièvre a été rudement éprouvé par l'inclémence de
la saison; mais l'habile et intelligent entrepreneur ne se découragera
pas, car il a doté l'une de nos plus belles promenades d'un attrait
incontestable et qui réunit toutes les conditions les plus heureuses pour
durer.
„% Une place de violoncelle étant vacante à l'orchestre du théâtre
impérial de l'Opéra, un concours aura lieu le vendredi 17 août, à neuf
heures du matin. Se faire inscrire à l'administration.
„.*„, Musard annonce pour jeudi prochain un grand concert extraor-
dinaire au bénéfice des chrétiens de Syrie.
%*% Le passage Sandrié et les maisons environnantes sont en pleine
démolition pour faire place aux constructions de la nouvelle salle d'opéra.
Le Conseil municipal a voté à l'unanimité le dernier projet qui lui a été
soumis pour cette reconstruction.
»% Le violoncelliste Anton Troeg, autrefois professeur au Conserva-
toire de Prague et en dernier lieu attaché à l'orchestre de l'opéra de la
Cour, à Vienne, est mort dans cette capitale à l'âge de quarante-deux
ans. Parmi les nombreux élèves qu'il a formés on cite Seifert, a Saint-
Pétersbourg, Ludovic r.xver et Kortzer, à Brûnn.
**„, Le 24 juillet, est mort à Malines, M. Nicolas-Joseph Mathieu (né à
Champton, le 24 janvier 1816), professeur de musique à Louvain, ancien
élève du Conservatoire de Bruxelles, où il remporta le premier prix de
chant, en 1840, ancienne basse-taille au théâtre de la Monnaie, ancien
directeur du théâtre royal d'Anvers. 11 s'est suicidé en se précipitant
sur les rails du chemin de fer à Malines. au moment de l'arrivée du
convoi.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*t Bordeaux, 6 août. — Des expériences curieuses ont eu lieu jeudi,
2 août dans les salons de l'Académie impériale de Bordeaux, en présence
d'une nombreuse réunion. Elles avaient pour objet la démonstration de
la méthode de M. Sudre, inventeur de la langue musicale et de la télé-
phonie. On sait que M. Sudre s'est proposé de doter l'humanité d'une
langue nouvelle et universelle, et il n'est assurément pas un homme
sérieux qui mette en doute l'utilité de la solution d'un pareil problème.
L'inventeur qui avait M"" Sudre pour gracieuse interprète, a développé
de la manière la plus claire et laplus satisfaisante son ingénieux système
de communication. Par des expériences concluantes il a prouvé que dé-
sormais les aveugles avaient une langue commune avec les muets, et
qu'indépendamment de la transmission des ordres militaires qu'il opère
avec une extrême facilité, son système s'appliquait même à la re-
production dos noms propres. Dans cette séance, qui dura une heure
environ, l'Académie ne cessa de donner à l'inventeur des marques de la
plus vive satisfaction. Nous concevons que M. le baron de Uumboldt,
après avoir assisté, en 1854, à Berlin, a plusieurs séances données par le
célèbre inventeur, terminât ainsi une de ses lettres : «.... Je mo hâte de
» vous transmettre cette nouvelle en vous renouvelant l'expression de
» l'admiration qui est due a votre puissant talent inventif et combi-
» notoire , »
*** Boulogne-sur-Mer . — 11 y aura lundi, 13 août, à l'établissement des
bains, concert donné par M. lîeichardt. On y entendra M"» Alboni, la cé-
lèbre cantatrice; Benedict, le grand compositeur, qui accompagnera et
jouera un solo de piano; Paque, le violoncelliste; Louis Engel, le propa-
gateur de l'harmonium, et le bénéficiaire lui-même, le favori delà ville,
qui chantera sa charmante romance: Oh\ belle étoilel Oh ! doua; regard !
[Thouart sonear) et Comment est-ce arrivé ? romance d'Engel, popularisée
à Londres par Jules Lefort. — Les visiteurs de distinction abondent ici :
dans le nombre il faut citer Lablache, fils du grand chanteur, et l'un des
premiers professeurs de chant â Londres; Moschelès et sa fille, celle-ci
pianiste remarquable, quoique amateur ; la duchesse de Bassano, et
beaucoup d'Anglais des premières familles des trois-royaumes.
„,*., Fête de l'exposition bisontine- Un concours^musical aura lieu à Besan-
çon le 23 septembre prochain et sera suivi le lendemain, 24, d'un grand
festival destiné à clôturer les fêtes de l'exposition, et qui sera donné
sur la promenade de Chamars. Les sociétés chorales, les fanfares et mu-
siques d'harmonie de France et de l'étranger, qui désireront prendre
part à ce concours, devront se faire insciire â la mairie de notre ville
avant le b septembre. Chacune d'elle aura à faire connaître: 4° son
nom comme société; 2" sa résidence; 3° le nombre de ses membres
exécutants; 4° le nom de son chef; S" la division dans laquelle elle
désire concourir. Le tirage au sort pour l'ordre d'audition dans le con-
cours aura lieu le 6 septembre, à l'hôtel de ville de Besançon. Chaque
société appelée à concourir pourra s'y faire représenter. Pour tous
autres renseignements, s'adresser à M. le maire de Besançon, président
de la commission de l'exposition .
CHRONIQUE ETRANGERE.
„** Londres, 8 août. — Le théâtre royal italien de Covent-Garden a
brillamment terminé la saison avec le Prophète. Ce chef-d'œuvre, admi-
rablement rendu par Tamberlick et Mme Czillag, avec un orchestre et
des chœurs d'un mérite supérieur, une mise en scène splendide, a eu les
honneurs de la saison. Dans les rôles secondaires, Neri-Baraldi s'est
particulièrement distingué. La saison s'est composée de 56 représenta-
tions : sur ce nombre, Meyerbeer en a eu 19; Bellini, 5 ; Flotow, /j;
Bossini, 4; Beethoven, 4; Gluck, 4; Verdi, 3; Donizetti, 3, etc. —
Mlle Artot va se marier, dit-on, à M. John Thomas, harpiste de la reine,
jeune artiste plein de talent et d'avenir.
*** Bruxelles. — Un compositeur distingué, M. Bordèse, est en ce
moment à Bruxelles, où il a été admis à l'honneur de présenter à
Mgr le duc de Brabant la messe solennelle qu'il a composée pour le
baptême du compte de Hainaut. — M. Bordèse vient de terminer pour
la maison Schott frères, sous le titre de l'Esprit et le Cœur, une opérette
en un acte, spécialement composée pour être exécutée dans les salons,
ou dans les pensionnats.de demoiselles. Elle n'exige que le concours de
quatre demoiselles et ne nécessite point de grands frais de décors. Le
sujet en est charmant et l'ouvrage est de M. A. Flan, l'auteur de tant de
ravissantes productions. Quant à la musique, elle ne le cède en rien â ce
que M. Bordèse a composé de plus frais et de plus gracieux. L'opérette
comporte en tout une ouverture, une cavatine, un air et une romance,
un duetto et un duo, le tout terminé par un finale du plus grand effet.
%*tSpa. — La soirée musicale que nous avions annoncée et à laquelle
devaient concourir Mme Miolan-Carval.ho et Jehin Prume, a eu lieu le
27 juillet, et elle avait attiré non-seulement toute la société d'élite qui
peuple en ce moment notre ville, mais encore un grand concours d'a-
mateurs des localités environnantes. L'éminente cantatrice a chanté
quatre morceaux, le grand air du Pré aux Clercs, l'air de l'abeille, de
la Reine Topaze, la romance des Noces de Figaro et l'air d'Actéon. Dans
chacun de ces morceaux, d'un genre différent, elle a déployé cette ad-
mirable méthode, cette douceur, cette suavité exquise des demi-teintes
dont elle possède seule le secret. Aussi a-t-elle soulevé les applaudis-
sements les plus enthousiastes, surtout lorsqu'avec une grâce char-
mante elle a répété la chanson de l'Abeille et l'air des Noces.
M. Jehin-l'rume, notre jeune compatriote, déjà digne du nom que
lui a transmis son oncle, s'est fait entendre dans une fantaisie de
sa composition. On a vivement applaudi, son jeu, l'habileté de ses
doigts et la facilité avec laquelle il triomphe des plus grandes difficultés.
— Pour demain, 10 août, est annoncé le concert de Vivier, avec le con-
cours de Mlle François et de Franco-Mendés, et pour le 22, nous au-
rons une fête qui aura du retentissement: car elle est donnée pour
l'inauguration d'une nouvelle promenade, que l'édilité spadoise a baptisée
de promenade Meyerbeer. C'est M . Féchevin Servais qui en a fait la
proposition dans les termes suivants: « Parmi les visiteuis célèbres qui
honorent notre ville de leur présence, aucun ne nous a été plus fidèle
et n'est entouré d'une gloire plus universelle que Meyerbeer. l'un des
plus grands artistes de l'époque. Depuis irente-deux ans que l'illustre
maître vient ù Spa, nos montagnes qu'il affectionne tant, lui ont inspiré
plus d'un de ces chants tour â tour énergiques et suaves qui font les
délices du inonde musical. Nous pouvons sans témérité revendiquer un
peu comme nôtre ce brillant génie, car on sait généralement qu'il n'est
pas une de ses productions, à partir du succès populaire et toujours
DE PARIS.
287
jeune de Iiob~rt le Diable jusqu'à sa dernière création, le Pardon de Pluër-
mel, qui n'ait reçu son germe ou qui ne se soit développée parmi nous.
La promenade Meyerbeer rappellera à chaque pas les œuvres du grand
maître : Ici, le repos d'Alice ; là, le pont de Bertram ; plus loin, la cas-
cade de Ploërmel, le Ibosquet de Dinorah, etc. Ce monument, taillé en
pleine nature, n'aura pas la destinée de bien d'autres plus solides en
apparence ; loin de subir les outrages du temps, il aura l'avantage de
grandir et de reverdir à chaque printemps. Ce sera comme la musique
éternellement belle de Meyerbeer, à qui vous consacrerez ce souvenir. »
Le conseil communal a adopté par acclamation la proposition de
M. Servais.
*** Berlin. — Le 19 juillet, jour anniversaire de la mort de la reine
Louise de Prusse, a eu lieu une solennité funèbre à l'église Louise (Luisen-
Iîirche) ; on y a exécuté des fragments de Paulus et du Messie, et le
Requiem, de Mozart — La célèbre prima donna, Mme Jachmann-Wagner,
est partie pour Varsovie, où elle est engagée pour une série de repré-
sentations. — Orphée aux enfers, par Offenbach, en est à la 30e repré-
sentation. — Le 2 août les représentations ont repris au théâtre royal
de l'Opéra; on avait choisi pour cette solennité, la Lampe merveilleuse,
ballet du Hoguet.
**,,. Mayence. — Le premier concert du festival du Miltel-Rhein (Rhin
central) a eu lieu le 22 juillet. Dès 14 heures du matin, la salle était
comble. Bientôt parurent le roi Louis de Bavière, le grand-duc et la
grande-duchesse de Hesse, qui prirent place, avec leur suite, dans la loge
qui avait été construite pour les recevoir. Aussitôt la solennité commença
par l'ouverture que Beethoven écrivit, en 1822, pour la fête de l'empe-
reur d'Autriche. L'oratorio, Israël en Egypte, chef-d'œuvre qui renferme
des beautés du premier ordre, f«t exécuté, ainsi que l'ouverture, avec
une précision et une verve qui électrisèrent l'auditoire. Presque tous les
morceaux furent bissés. Le duo des basses (MM. Kindermann et Beckerj,
dans la deuxième partie, reçut une triple salve d'applaudissements. Les
solistes, Mme Dustmann-Meyer, de Vienne ; Mlle Schreck, de Bonn ;
M. Schnorr de Carolsfeld, de Dresde, eurent également leur part des té-
moignages de sympathie du public. A une heure, après le concert, une
promenade en bateaux eut lieu sur le Rhin. Les chanteurs, les canta-
trices, les artistes invités s'embarquèrent à bord de quatre magnifiques
steamers pavoises ; un cinquième avait été réservé pour le roi de Ba-
vière, le roi de Hollande, le grand-duc et la grande-duchesse de Hesse et
les personnes qui les accompagnaient. Chaque embarcation avait son
orchestre ; cette harmonieuse Armada se mit en mouvement au bruit
des instruments et du canon. Partout sur son passage les populations
rassemblées sur les bords du fleuve saluaient la flottille de leurs acclama-
tions ; des barques nombreuses, ayant à bord des réunions de chant,
venaient la rejoindre. Le soir, au retour,- des fusées partirent des di-
verses embarcations, etc. A 10 heures du soir, la flotte rentra dans le
port de Mayence ; une brillante assemblée dans les salons du grand-duc
de Hesse termina cette fête magnifique. — Le 23 juillet a eu lieu le
deuxième concert du festival. On y a exécuté, entre autres, la sympho-
nie en ut mineur de Beethoven, et la Première nuit de Walpurgis, par
Mcndelssohn. Le solo de basse-taille a été chanté par Stockausen ; le
célèbre chanteur, qui assitait à la solennité, s'était offert à remplacer
M. Kindermann, qui venait d'être pris d'un enrouement subit : inutile
d'ajouter que la reconnaissance du public s'est manifestée à plusieurs
reprises par des applaudissements mérités à tous égards. A la fin du con-
cert les vivat répétés de l'auditoire accompagnés des fanfares de l'or-
chestre, ont salué le maître de chapelle Marpurg, qui avait organisé et
dirigé le festival avec autant de zèle que de talent.
t%Beme. — Le festival a duré deux jours. Dans léchant artistique,
c'est l'Harmonie de Zurich qui a obtenu le premier prix. Les autres prix
ont été accordés à la Liedertafel de Baie, à celles de Berne, de Coïre et
de Saint-Gall. Dans le chant populaire pour voix d'hommes, Rappors-
will a emporté le premier prix, Bâle le deuxième prix.
„*„ Vienne. — A la suite des examens des élèves du Conservatoire, a
eu lieu la distribution des prix. Pendant la dernière année scolaire,
336 élèves ont suivi les cours : sur ce nombre, 7 ont reçu des médailles
d'argent ; il y a eu, en outre, '21 prix et 72 mentions honorables.
**„ Sakbourg. — Le Mozartéum est une réunion d'artistes salariés, qui,
sous la direction du célèbre compositeur M. Faux, exécute tous les di-
manches et jours de fête des messes, des vêpres, des litanies et autres
morceaux de musique religieuse de Mozart, Beethoven, Joseph et Michel
Haydn, Hummel, Aiblinger, Eybler, Drobiseh, Nikolaï, Reissiger. Le di-
recteur, M. Faux, a écrit plusieurs messes d'un beau style et une litanie
en ut majeur pour quatre voix et orchestre ; nous avons, en outre, la
chapelle de l'église collégiale de Saint-Pierre ; cette chapelle est un peu
déchue de son ancienne renommée, qui avait atteint son apogée de
1842-50. Durant ces huit années, le célèbre compositeur, chevalier
Neukomm, venait passer l'été auprès d'un ami de sa jeunesse, l'abbé
Nagenzaun, et y dirigeait l'exécution de ses propres œuvres. Le. cha-
pitre de Saint-Pierre conserve plusieurs de ces compositions en ma-
nuscrit.
**.<, Hambourg. — Dans une fort bonne représentation des Hugue-
nots, nous avons eu occasion d'apprécier le talent remarquable de
Mlle Schmidt, de Darmstadt, qui a joué et chanté le rôle de Valentine
de manière à mériter plusieurs fois les honneurs du rappel.
„.% Cologne. — Le 28 juillet, la Société italienne Mérelli a commencé
une nouvelle série de six représentations : elle jouera le Barbieièik Sé-
ville, Don Juan, Lucrèce Borgia, le Mariage secret et Don Pasquale.
,% Wiesbaden. — Seligmann est attendu pour le festival du 17 cou-
rant.
%*# Ems. — Notre ville est en ce moment le rendez-vous de l'aristo-
cratie de tous les pays. — Elle assistait hier à un brillant concert
donné par Henri Herz, Mlle de la Morlière et Mlle Marie Cruvelli. Herz a
merveilleusement joué un grand concerto et trois de ses plus belles fan-
taisies. Mlle de la Morlière a chanté avec beaucoup d'art et le plus
grand succès deux romances, le Brindisi d' Herculanum et la sérénade de
Cil Blas. Mlle Cruvelli a dit un grand morceau de Titus, de Mozart, et
deux autres morceaux. Déjà au kursaal nous avions entendu les frères
Lionnet, Alfred Jaell, Louis Jung, M""' Burde-Ney, une étoile allemande,
et Laub, le premier violon d'Allemagne. Nous attendons maintenant Vi-
vier, Geraldi, Piath, Mme' Cambardi, Saint-Urbain, etc. — Offenbach nous
a quittés ces jours-ci pour retourner à Paris. Il était venu à Ems pour
se reposer, et il a trouvé le moyen de terminer son opéra-comique en
trois actes , le Roi Barhouf, paroles de Scribe et Boisseaux, qui va entrer
en répétition.
„,** Graz.— Le compositeur et éditeur de musique Cari E vers a reçu
la croix d'officier du Medschidié, du sultan, auquel il avait dédié son
recueil de Chansons d'amour.
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MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par-
tition et les Parties d'Orchestre du ïSwmssïas a5'Ei*-5a-e , opéra-
comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iupport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trons d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la Corme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par c'te seulejient que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1336.)
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près la place Lafayctte, a Paris.
11»
■ facture de
pianos, iS, rue de la
MAISON H. HERZ
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite d
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, oi
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50
Les Maisonnettes, id. 2 50
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N° 34.
10 Août 1860.
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SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique
(2° fragment), par Fétis père. — Piron et Rameau, par Adrien tic La
Page. — lievue des théâtres, par lï. A. D. Sain (Yves. — Nouvelles
et annonces.
FRAGMENTS
DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
(Ouvrage inédit.)
Deuxième fragment (1).
Vers l'an 2500 avant Jésus-Christ, ou deux siècles plus tard, sui-
vant d'autres calculs chronologiques, commença la grande migration
d'une multitude d'Indiens septentrionaux. Elle s'avança lentement
vers l'Ouest et le Nord, laissa dans l'Asie mineure des colonies qui
furent les souches des populations lydienne et phrygienne; puis elle
entra en Europe par la Tauride, où s'établirent quelques tribus con-
nues sous le nom de Cimmêriens. Arrivés sur le Danube, les Indo-
Scythes, suivant toute probabilité, se partagèrent en trois rameaux
dont un se dirigea vers l'Italie, pendant qu'un autre entrait dans les
Gaules, poussant devant lui les Ibères, produits d'une migration plus
ancienne sortie de l'Arménie. Une partie de ces Ibères se réfugia en
Espagne, et l'autre en Italie, vers la Sardaigre. Le troisième ra-
meau s'établit d'abord dans la Thrace, puis s'avança progressivement
dans la Grèce et la peupla. Les premiers habitants de la Grèce pro-
duits par ce rameau d'émigrants ont été connus sous le nom de Pé-
lasges.
Ces Pélasges, premiers habitants de la Grèce, et dont le nom si-
gnifie étrangers, furent civilisés par plusieurs colonies de Phéniciens
et d'Egyptiens. La première, sous la conduite d'Inachus, était com-
posée de pasteurs phéniciens, égyptiens et arabes : elle bâtit Argos,
vers l'an 1970 avant J.-C. Cécrops, à la tête d'une colonie d'Egyp-
tiens, aborda dans l'Altique, et y jeta les fondements des bourgades
dont se composa plus tard Athènes. Cadmus fut le chef de la troi-
sième colonie, entièrement composée de Phéniciens ; il s'établit dans
la Béotie en l'année 1594 avant l'ère chrétienne et y bâtit la ville
de Thèbes. Enfin, des Egyptiens, dirigés par Danaùs, furent la qua-
trième et dernière colonie. Elle arriva dans l'Argolide en 1586. Peu
nombreuses, et trop faibles pour songer à faire des conquêtes, ces
colonies vécurent en bonne intelligence avec les Pélasges, et conlri-
(1) Voir le n° 27.
buèrent puissamment aux progrès de leur civilisation. Toutefois, ceux-
ci n'apparaissent dans l'histoire que comme un peuple dégénéré.
A l'égard des Pélasges qui s'étaient dirigés vers l'Italie, ils y en-
trèrent par le Nord, chassant devant eux les Ibères qui s'y étaient
retirés, et qui passèrent en Sicile, où ils furent connus sous le nom
de Sicani. Quelques tribus de ces Pélasges s'emparèrent de la Sardai-
gne, puis ils s'avancèrent dans la Toscane, sous le nom de Thyrrènes
ou Thyrréniens. Plus tard, ce qui resta de cette population fut appelé
Tasci ou Etrusques, après que les Rhasbnes, nation venue des Alpes
tyroliennes, les eurent vaincus et se furent mêlés avec eux. Le
royaume d'ELrurie ne commença qu'en l'an 992 avant l'ère chré-
tienne.
Une autre colonie de Pélasges, sortie de la Grèce sous la conduite
d'OEnotrus, s'était fixée dans le Latium environ 1790 ans avant J.-C.:
elle y fonda la monarchie des Sabins. On a quelquefois confondu
cette branche pélasgique avec la première (celle des Thyrréniens), et
cette erreur a jeté quelque confusion dans l'histoire des premiers
temps de l'Italie. Il est vraisemblable que les colonies thyrréniennes,
s'avançant progressivement dans l'Italie méridionale, peuplèrent la
Campanie, l'Apulie et le royaume de Naples, jusqu'à l'extrémité de la
péninsule. A l'époque de l'invasion des Rhasènes, une partie de ces
Thyrréniens se réfugia en Sicile, y prit le nom de Siculi, et se mêla
aux Sicani, qui en avaient été les premiers habitants. En dépit des
efforts persévérants des érudits, une obscurité profonde, invincible
environne le berceau des anciens peuples de l'Italie, tels que les
Ombriens, qui occupaient une partie de la Romagne ; les Osques de la
Campanie, nation civilisée dont la langue nous est connue par les
tables eugubines et par quelques inscriptions ; les Auzones, les Eques
et les Volsques, qui étaient de la même famille, et enfin les Samnites,
qui occupaient une partie de l'Àbruzze.
Aux temps antérieurs aux époques historiques appartient aussi le
rameau indo-scythe identique avec les Pélasges qui, sous le nom de
Celtes, pénétra dans les Gaules, en remontant le cours du Danube, et
ne put s'avancer qu'avec lenteur; car les contrées qu'il traversait of-
fraient encore de toutes parts les traces de la grande catastrophe di-
luvienne, dans de vastes marécages d'un abord difficile et dangereux.
De grands fleuves et des rivières considérables, tels que le Rhin, le
Rhône, la Saône, la Moselle et la Meuse, présentaient de sérieux ob-
stacles aux mouvements de translation de ces hommes dépourvus des
ressources de la civilisation. Remonter ces fleuves jusqu'auprès de
leur source était sans doute leur direction ordinaire. Aux premiers
temps de l'histoire, nous, voyons la nation celtique établie dans
une grande partie des Gaules, sous le nom de Gais ou GacU, traduit
290
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
par Galli chez les écrivains de Rome, et dont les Français ont fait
Gaulois. .
Arrêtons-nous et voyons quelles conséquences nous pouvons tirer,
pour l'histoire de la musique, de l'identité d'origine de lous les peu-
ples caucasiens, de ceux de l'Asie mineure, de la Grèce et d'une
grande partie de l'Europe. Mais, dira-t-on, quelles garanties avons-
nous de celte identité ? Nous l'avons déjà dit : il ne peut y avoir de
garantie certaine de faits antérieurs à toute histoire ; mais les histo-
riens de l'antiquité ont recueilli des traditions qui remontent jusqu'à
l'enfance des nations. Ces traditions, recueillies avec soin, étudiées
avec persévérance, et controversées par des érudits d'une haute por-
tée, ont été l'objet de mémoires et de livres où se trouvent des déve-
loppements sur ces questions délicates qui ne peuvent trouver place
ici (1). La linguistique, science toute moderne, est venue prêter son
appui aux travaux des ethnologues. 11 y a longtemps que Leibnitz a
dit que l'origine des peuples ne se révèle que par les affinités des
langues ; Klaproth s'est appuyé sur cette grande autorité dans son
Asia polyglotte (2), et M. Eichhoff a dit avec beaucoup de justesse :
« L'histoire des langues est la base de celle des nations. Au milieu
» des épaisses ténèbres qui couvrent les premiers âges du monde,
» parmi tant d'erreurs et de fables dont chaque peuple a environné
» son berceau, elle est comme un fil conducteur qui nous dirige, si-
» non avec certitude, du moins avec méthode et probabilité, en
» marquant dans la famille humaine des analogies et des différences,
» en caractérisant chaque génération successive, et en signalant sur
» le sol mobile des traces de son rapide passage, que tant d'événe-
» ments postérieurs semblaient avoir effacé sans retour (3). » Un cor-
tège imposant d'autorités se présents pour constater les rapports de
la langue zend des Perses avec le sanscrit, qui est la plus ancienne
des langues de l'Inde et la source de toutes les autres, ainsi que les
rapports de ces langues primitives avec les idiomes grec, latin, ger-
maniques et celtiques. Les auteurs les moins favorables à la commune
origine des langues européennes, parmi lesquels on remarque l'histo-
rien Niebuhr, avouent qu'elles ont des points nombreux de contact,
et que dans celles qu'on désigne soùs le nom ù.' indo-européennes, on
trouve quelques centaines de mots, lesquels servent à exprimer les
idées élémentaires et les choses naturelles en rapport avec les be-
soins primitifs de l'homme, dont les analogies. sont évidentes. Or, ce
sont précisément ces points de contact qui doivent se rencontrer
entre des peuples issus d'une même souche, dont la séparation s'est
opérée dans des temps antérieurs aux idées civilisatrices. Par les
progrès de la civilisation, des nouvelles idées se produisent, des faits
nouveaux se manifestent de jour en jour, et les langues s'enrichissent
de mots destinés à leur désignation. C'est dans ces mots nouveaux
que les analogies disparaissent entre les langues, et que chacune prend
un caractère particulier.
Ce rapide résumé, fait dans le but déterminé de notre ouvrage, ne
peut présenter qu'une indication sommaire des rapports primitifs des
religions des peuples anciens qui appartiennent à la race blanche. Chez
tous, le principe fondamental est le panthéisme, à l'exception de la
famille hébraïque, qui s'éleva jusqu'à la connaissance d'un seul Dieu
créateur de l'univers. Chez les Hindous, les Egyptiens, les Phéniciens,
les Grecs, les Etrusques, les Romains, les nations germaniques et slaves,
enfin chez les Celtes, le panthéisme se combine avec l'idolâtrie, et
chez les plus anciens de ces peuples, avec la doctrine de l'incarnation.
(1) Los ouvrages les plus importants sur cette matière sont indiqués, et les opi-
nions discutées dans les notes de notre introduction a l'Histoire générale de la
mimique; notes trop multipliées et trop étendues pour la place réservée à ces frag-
ments.
(2) Dans la préface de la deuxième édition. Paris, 1831.
(3) ParolUle des langues de l'Europe et de l'Inde. Paris, 1830, in-4°, p. 7-8.
L'analogie de conformation physique, les traditions historiques, les
affinités de langues, le rapport des idées fondamentales sur lesquelles
reposent les formes des anciennes religions, et les monuments les plus
antiques se réunissent donc pour démontrer l'origine commune de tous
les peuples qui appartiennent à la race blanche, et pour donner toute
la probabilité désirable de la filiation indiquée précédemment de ces
peuples, les seuls qui ont reçu de Dieu les facultés nécessaires pour
progresser sans relâche dans la science et vers le but moral de leur
existence, comme aussi pour se transformer incessamment dans la cul-
ture de l'art. Une dernière considération, non moins générale, non
moins importante, va se réunir aux autres pour achever de constater
l'identité de cette race, et la filiation des peuples qui en sont issus :
nous voulons parler des rapports primitifs qui existent dans la con-
ception des systèmes musicaux chez les nations indo-caucasiennes ,
rapports non moins évidents que ceux de langues, et qui sont les bases
réelles de l'histoire de l'art.
C'est une opinion généralement admise que la disposition des sons
connue aujourd'hui dans la musique des peuples européens, et dont
nos gammes majeure et mineure présentent les formules, est le pro-
duit d'une loi fondamentale, immuable, et que la musique diatonique,
c'est-à-dire celle dont les sons se suivent à de certains intervalles
appelés tons et demi-tons, est la musique de la nature. Suivant la
doctrine des théoriciens et des historiens de l'art, celte conception
des rapports des sons aurait précédé toutes les autres. Quelle que
soit l'opposition qu'on ait à redouter en attaquant des idées si bien
enracinées, nous n'hésitons pas à déclarer qu'elles sont absolument
contraires aux vérités qu'enseignent des monuments d'une antiquité et
d'une autorité certaines. Non-seulement la musique diatonique n'est
pas la plus ancienne dont on a fait usage, mais on peut démontrer
qu'aucun des peuples de l'antiquité ne l'a connue originairement et
que la plupart en ont toujours ignoré l'existence. Il n'est pas difficile
d'établir par des preuves aussi incontestables que celles des affinités
des langues l'existence d'un système d'intervalles de sons autre que
le diatonique chez tous les peuples primitifs, et de faire voir avec
évidence quels ont été les modes de transformations par lesquels on a
été conduit progressivement de ce système primordial au système
diatonique perfectionné de la musique moderne.
Les traités de musique les plus anciens et les plus authentiques que
nous trouvons dans la littérature sanscrite démontrent que le système
antique de celte musique était intimement lié aux idées religieuses des
habitants primitifs de l'Inde, ainsi qu'à leurs systèmes cosmogonique
et philosophique. Le plus ancien de ces ouvrages, a pour auteur
Soma, musicien et poète hindou, qui vient plusieurs siècles avant
l'ère de la chrétienté. W. Jones et S. Ouseley, qui ont publié des
extraits de ce livre, lui attribuent même une très haute antiquité, car
elle ne remonterait pas à moins de trois mille ans. On y voit que
les musiciens de l'Inde ayant établi dans la musique un système com-
plet qui correspond à l'octave, quant à ses limites, divisaient cette
étendue en vingt-deux parties un peu plus fortes que des quarts de
ton, car vingt-quatre de ceux-ci correspondraient aux douze demi-
tons contenus dans l'octave de la musique européenne. Comme celle-ci
la musique ancienne des Hindous avait une gamme composée de sept
sons qui avec le huitième, nécessaire pour compléter l'octave, for-
maient sept intervalles entre lesquels les vingt-deux parties de cette
octave étaient inégalement réparties, à savoir, en intervalles composés
de deux, trois ou quatre de ces parties appelées snttis, en sorte
qu'aucun de ces intervalles ne correspondait exactement au demi-ton
ni au ton de la musique diatonique. Ces éléments étaient distribués
d'une manière différente dans les trente -six gammes ou modes de l'an-
cienne musique de l'Inde, et les sons qui les composaient étaient
altérés suivant le mode, tantôt d'un sruti ascendant, tantôt d'un
sruti descendant. Dans certains modes un ou deux sons étaient sup-
primés, tandis que d'autres étaient altérés. Des traités de musique
DE PARIS.
291
postérieurs de plusieurs siècles à celui de Soma, par exemple le San-
gita Narayana et le Sângita Dcrpana, indiquent des modes qui dif-
fèrent de noms, de nombres et de formes, ce qui fut sans doute le ré-
sultat de modifications produites par le temps; mais le principe des
petits intervalles des sons y domine toujours.
Aucun traité de la musique de la Perse ne remonte à une anti-
quité aussi reculée que celle de l'ouvrage de Soma ; aucun n'est écrit
dans l'idiome send. La plupart de ceux que nous connaissons sont
ou des traductions d'ouvrages sanscrits traduits en persan moderne,
ou des traités dont l'ancienneté ne va pas au delà du xme siècle de
l'ère chrétienne. Les théories des auteurs persans sont incohérentes
et contradictoires entre elles, parce qu'elles exposent ou l'ancienne
doctrine de la musique de l'Inde, ou cette même doctrine déjà altérée
par le mélange d'élémenis étrangers, ou le système particulier de la
musique persane, ou celui des Arabes, qui, sous les kalifes, furent
les dominateurs du pays, ou même des théories européennes qui sem-
blent y avoir pénétré vers les derniers temps des croisades. La doc-
trine musicale des Persans modernes, qui vraisemblablement est issue
des anciens Perses, et doit avoir eu la même origine que la musique
des Hindous, divise les intervalles des sons par quarts de ton, en
sorte qu'elle en place vingt- quatre dans l'étendue de l'octave. Leurs
instruments de musique sont construits conformément à cette division.
Les musiciens persans qui se trouvaient à Bagdad, et qu'Amurat IV em-
mena en esclavage à Constantinople en 1647, introduisirent en Turquie
la musique basée sur ce système : elle y était encore en usage vers la
fin du xvme siècle, ainsi que nous l'apprend Toderini (1), bon musi-
cien, qui vécut à Constantinople depuis 1781 jusqu'en 1786. Comme
les Hindous, les Persans ont des modes dans lesquels certaines notes
sont supprimées, et dont les gammes ont aussi pour notes initiales
tous les sons du système. Or l'analogie de ce système avec celui de
l'Inde, et l'antiquité bien constatée de celui-ci, ne permettent pas de
douter que la musique des anciens Perses a été identique à celle des
Persans modernes, et que leur échelle de sons fut divisée par quarts
de "tons.
De même que les langues sémitiques n'ont pas conservé dans leurs
formes autant d'analogie avec le zend et le sanscrit que les langues
européennes, bien que Klaproth ait fait voir les rapports nombreux de
celle-ci avec le chaldéen (2), de même le système de la musique arabe
s'éloigne un peu des systèmes hindou et persan. Vingt-quatre petits
intervalles divisent l'octave dans la musique persane, vingt-deux dans
l'ancienne musique de l'Inde ; mais dans, la musique des Arabes, il
n'y a que dix-sept intervalles pour la même étendue, parce que les
tons sont divisés par tiers, et que les deux demi-tons de l'échelle sont
égaux à ceux de la gamme diatonique. A quelle époque s'est ainsi
modifié le type primitif ? Il serait impossible de résoudre aujourd'hui
ce problème d'une manière satisfaisante ; cependant si l'on remarque
que dans l'antiquité la plus reculée, les Hébreux, les Chaldéens, les
Modes, les Syriens et les Phéniciens avaient réduit les lettres de leur
alphabet à vingt-deux, et même qu'à l'époque où la première colonie
phénicienne aborda en Grèce, l'alphabet qu'elle y porLa n'était com-
(1) Lilleratura lurchesca, t. I, cap. xvi. Il ajouie (p. 232) : La musique tur-
que est lajm(.m.c que la persane moderne (la musica turchesca è persiana mo-
to»). Les renseignements récents que nous ayons reçus de voyageurs en Perse
prouvent que toutes les mélodies y sont formées de petits intervalles de son», et
qu'on finit par s'accoutumer à ces relations étranges de sons et par y prendre goût.
Dans son livre intéressant intitulé Trois ans en Judée, M. Gérardy Saintine dit
aussi: « Vivez quelque temps parmi les Orientaux, habituez votre oreille aux
» sons fantastiques, capricieux de cette musique sauvage, et vous serez étonné d'y
» trouver un charme étrange, quelque chose qui diffère essentiellement des sensa-
» tions musicales produites par l'harmonie européenne. Cette gamme par quarts
» de tons, qui blessait d'abord votre tympan effarouché, perdra ce caractère d'in-
n tonations vagues et fausses, etc. »
(2) Voyez son Mémoire sur les langues sémitiques, dans le livre du baron de
Mérian intitulé : Principes de l'élude comparée des langues.
posé que de seize lettres, tandis que l'alphabet sanscrit a cinquante-
deux lettres, classées suivant toutes les nuances d'intonations de la
voix ; que les langues sémitiques anciennes n'ont pas de voyelles
exprimées par des caractères, et que l'usage des points qui en tien-
nent lieu dans les divers dialectes arabes est relativement moderne,
tandis qu'il y a huit voyelles simples et quatre diphtongues dans la
langue sanscrite ; enfin, que toutes les nations de l'Asie occidentale
écrivent de droite à gauche, et que le sanscrit s'écrivait de gauche
à droite, on comprendra que les modifications introduites dans le
système musical primitif ont dû se faire dans des temps aussi anciens,
ou à peu près, et que la première colonie qui s'établit dans VAram,
lequel contenait la Syrie, la Chaldée, la Mésopotamie, l'Assyrie et
l'Elam, a dû, parvenue à un certain degré de civilisation, fournir
le modèle de toutes les langues anciennes et modernes du pays, et
poser les bases du système de musique que nous voyons encore en
usage dans ces contrées.
Lorsqu'on examine avec attention l'immobilité des choses dans
l'Orient et l'attachement de ses populations à leurs usages, à leurs
mœurs, on se persuade sans peine que la musique y a dû être connue
à son origine telle à peu près qu'elle est aujourd'hui, et que le sys-
tème des dix-sept intervalles usité parmi les musiciens du pays, et
dont on trouve l'exposé dans les traités de musique arabe, y a existé
de tout temps et a dû être en même temps celui des autres familles
de la postérité de Sem, à savoir : les Syriens, les Chaldéens, les Phéni-
ciens, les Assyriens, les Babyloniens, les Hébreux et vraisemblablement
celui des Egyptiens. Si ce système n'a pas les nuances d'intonations
délicates et richement modulées de la musique de l'Inde, il est ce-
pendant composé d'intervalles sensiblement plus petits que ceux de
la musique européenne, car au lieu de dh-sept intervalles dans l'oc-
tave, nous n'en avons que douze (1).
Le goût des peuples de l'Asie occidentale à l'égard de la musique
ne se caractérise pas seulement par la petitesse des intervalles des
sons, mais aussi par la multiplicité des modes, c'est-à-dire des divers
ordres d'arrangement de ces sons. Les Arabes de nos jours ont dans
leur musique les modes multipliés que nous remarquons dans l'an-
cienne musique des Hindous et chez les Persans : il en est de même
des Arméniens. Il y a donc lieu de croire que ces peuples primitifs
ont conservé les principes de l'art originaire, et que ce que nous
connaissons aujourd'hui de cet art est analogue à ce qu'il fut dans
les premiers temps.
A l'égard des nations qui se sont formées par la première migra-
tion indo-scythe, c'est-à-dire des Pélasges, des Celtes, des Etrusques
et autres peuples de l'Europe, une étude attentive des sources de
l'art dans l'antiquité nous fait voir que le principe indien n'a pas eu
moins de part dans leur musique primitive que dans leurs langues.
FÉTIS père.
(La fin de ce fragment prochainement. }
(1) Il en est du chant arabe comme de la musique persane ; on finit par s'y
accoutumer avec le temps. Le compositeur Neukomm, qui visita l'Algérie peu d'an-
nées après la conquête de ce pays, nous écrivait à ce sujet le 17 septembre 1835 :
« Lorsque j'arrivai a Alger, voulant tout connaître, je parcourais avec intérêt les
» rues habitées par le peuple arabe, et même des espèces de bouges où l'on fume,
» ce que je déteste, en prenant du café, que je n'aime pas davantage. Mes oreilles
ii y étaient fréquemment mises a la torture par des ràcleurs d'espèces de guitaies
» qui chantaient faux à me faire fuir. Mais, mon cher ami, le croirez-vous ? mon
» oreille s'est insensiblement pervertie, et j'ai fini par tiouver un certain charme
» mélancolique à entendre ces vagues canlilèncs qu'on a d'abord de la peine a
» discerner, à cause des tremblements et des traits ridicules dont les misérables
» chanteurs les enveloppent. Connaissez-vous cette singulière musique ? Si cela est,
» expliquez-m'en, je vous prie, les principes, etc. »
292'
REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE
PIRON ET RAMEAU.
Il vient de paraître à Lyon, imprimerie de Louis Perrin, un petit
volume in-16 Jésus, imprimé avec luxe et contenant treize lettres
inédites d'Alexis Piron adressées à Maret, secrétaire de l'Académie de
Dijon et père du duc de Bassano.
On y trouve quelques renseignements sur Rameau, né, comme l'on
sait à Dijon, de même que l'auteur de la Métromanie. Ainsi que de
la plupart des musiciens de son temps, on a pu dire de lui que toute
son âme et son esprit étaient dans son clavecin ; quand il l'avait fermé,
il n'y avait plus personne au logis.
Piron, et Rameau vécurent quarante ans à Paris sans s'être vus en
tout la durée d'un jour. Le musicien allait presque tous les matins
dîner chez quelque riche financier qui tenait à grand honneur de
hoire avec lui, ce qui ne déplaisait pas à Rameau, de son côté assez
amateur du bon vin, comme Bourguignon qu'il était, surtout quand
il le buvait sans bourse délier. Tenant à se comporter vaillamment h
table, il se rendait vers onze heures aux Tuileries pour gagner de
l'appétit.
« Je me trouvais quelquefois à la même heure dans le jardin, dit
Piron; il m'apercevait le premier, me huchait de loin et accourait à
moi; je le voyais venir à l'aide de ma lorgnette : ce n'était plus qu'un
long tuyau d'orgue en l'absence du souffleur. Après m'avoir meurtri
les joues du choc des siennes, nous nous efforcions d'entrer le pre-
mier en conversation ; sa grosse voix lui donnait le pas. Il me parlait
musique et basse fondamentale; je lui parlais d'Homère et de Cor-
neille. Nous nous donnions de l'algèbre par les oreilles, à tour de
rôle; il s'impatientait à la fin, il envoyait la poésie où je n'ose dire,
mais où je renvoyais la musique aussitôt. Cela finissait tout naturelle-
ment par nous envoyer tous deux où nous venions d'envoyer les
beaux-arts, jusqu'au revoir et sans rancune, sauf à recommencer à
la première rencontre. »
Piron ajoute que ce grand homme, dont la gloire rejaillit sur les
Dijonnais, ses compatriotes, les honora toute sa vie de la plus par-
faite indifférence et du plus profond oubli, comme, sans sa réputation,
ils eussent fait à son égard. 11 le peint d'ailleurs à peu près comme
l'ont fait tous ses contemporains, n'ayant en sa faveur que le bruit de
ses triomphes harmoniques ; pour tout le reste, intéressé, dur, glo-
rieux, insociable, d'un caractère sombre, n'aimant, n'estimant per-
sonne, ne voyant que ses chambrées, n'écoutant que l'orchestre et
les applaudissements, et ne goûtant en somme que la mélodie des écus
du trésorier de l'Opéra. 11 nous apprend qu'il en laissa 100,000 au
service d'une veuve, d'un gendre et d'un fils qui ne le pleurèrent
point, mais qu'en récompense il fut bien chanté par le corps des mu-
. siciens dans des messes de Requiem farcies de sa propre musique.
« Ils auraient volontiers dansé des ballets sur sa tombe, car, dit encore
le malin poète, tout cela était une réjouissance de rivaux que sa supé-
riorité fatiguait. »
Si les musiciens chantaient la messe pour Rameau, on voit que le
poêle lui faisait une assez étrange oraison funèbre.
Comme dans le reste des lettres de Piron il ne se trouve rien de
musical, nous n'avons à en parler ici que pour dire qu'elles sont
toutes on ne peut plus spirituelles; que l'on peut y admirer sans cesse
l'intarissable gaieté de ce poêle qui octogénaire et aveugle, et de plus
attaqué d'une péripneumonie, mot à tuer, dit-il, les quatre fils
Aymon et à guérir leur cheval,- ne cesse de plaisanter sur tous les
sujets, de harceler les gens qu'il n'aime pas et de manifester le plus
vif attachement et la plus tendre reconnaissance pour ceux qu'il
aime, tout en ouvrant inutilement deux grands yeux qui, par cela
même, achèvent de se crever.
Mais les yeux d'un Bourguignon ne s'obscurcissent jamais au point
de lui cacher la place de son verre. Piron a vu le sien jusqu'au der-
nier jour, et ses dernières poésies étaient, comme il le pensait bien,
de nature à le rappeler dans la mémoire des bons pantagruélistes.
Ces lettres, dont nous devons la publication à M Henri Joliet, Di-
jonnais, grand amateur de bonne musique et savant hors ligne en his-
toire, littérature et antiquités bourguignonnes, sont aussi faites pour
rappeler le souvenir de Piron ; il n'imita point Rameau dans l'oubli de
sa ville natale, qu'il avait pourtant quittée bien jeune. On le voit encore
dans ses lettres, fidèle au goût du terroir, déplorer la décadence d'un
siècle dans lequel les confitures ont pris la place du fromage, et où
l'on ne finit pas une bouteille entre huit ou dix convives de vingt à
trente ans. Pas d'homme plus gai, pas de plus digne Bourguignon
que lui.
Adrien de LA FAGE.
REVDE DES THEATRES.
Théâtre-Français : L'Africain, comédie en quatre actes et en prose,
par M. Charles Edmond. — Vaudeville : Ce qui plait aux femmes,
pièce en trois actes, par M. Ponsard. — Cirque-Impérial : Reprise
de la Poule aux œufs d'or, féerie en vingt et un tableaux] par
MM. Dennery et Clairville.
La littérature dramatique est toujours en vacances, et n'a pas l'air
de s'apercevoir du parti qu'elle aurait pu et qu'elle pourrait encore
tirer de ce renversement des saisons qui s'obstine à transformer nos
mois d'été en un automne pluvieux. Deux pièces nouvelles et une re-
prise, voilà au total de quoi se compose le bilan des trois dernières
semaines.
L'une de ces nouveautés, qui se qualifie de comédie en quatre actes,
a pour titre l'Africain, et a été représentée au Théâtre-Français.
L'auteur, M. Charles Edmond, aurait pu, tout aussi bien, l'appeler,
un mélodrame, et l'adresser à la Pôrte-Saint-Martin. N'avons-nous
pas déjà au boulevard la Femme à deux maris? La soi-disant comédie
de M. Charles Edmond est évidemment de la même famille que
l'œuvre célèbre de Guilbert de Pixéricourt. La donnée s'en retrouve
aussi dans les romans de Balzac et de Georges Sand. Qu'on nous per-
mette quelques mots d'analyse, et le lecteur les reconnaîtra, sans
que nous ayons besoin de les nommer.
Le comte Mattei, marié depuis fort peu de temps à une jeune Vé-
nitienne, est forcé de s'expatrier pour fuir ses créanciers. Il se ré-
fugie en Afrique sous la domination française, et là, pour mieux
prendre ses sûretés, il substitue son individualité à celle d'un indi-
gène qui meurt près de lui à l'hôpital des suites d'une blessure reçue à
la bataille dTsly. Le Kabyle est enterré sous le nom de Léoni Mattei,
et Léoni Mattei reparaît dans le monde sous le nom du caïd
Hamza.
Seize années s'écoulent; la comtesse Mattei, qui n'a eu aucune raison
de mettre en doute la mort de son mari, a épousé en secondes noces un
Français, M. de Lancy. Mais un certain baron Bénadier, soupirant
éconduit de la comtesse, découvre par hasard l'existence du premier
époux, et pour se venger de la femme qui repousse ses hommages, il
attire à Paris le caïd Hamza.
La situation se devine aisément : les deux maris sont en présence.
L'Africain n'hésiterait pas à céder la place à M. de-Lancy ; mais il a
une fille, et l'amour paternel entre en lutte dans son cœur avec ses
sentiments de générosité naturelle. Cependant la courtoisie l'emporte;
il commence par punir le baron de sa trahison en le tuant en duel ;
puis, devant la préférence hautement manifestée par sa fille pour
M. de Lancy qui l'a élevée, il s'enfuit éperdu, sans que l'on sache
d'une manière positive si Mme de Lancy continuera à vivre dans la
fausse position qu'il lui a faite, ou si elle en sera délivrée par un
suicide.
DE PARIS.
293
Avions-nous tort de dire que cette pièce était plutôt un mélodrame
qu'une comédie? Il n'y manque absolument que la catastrophe finale
pour que les productions de ce genre les mieux caractérisées n'aient
rien à lui envier. On y rencontre d'ailleurs des scènes qui rachètent
ce vice d'origine ; la seconde partie surtout renferme des situations
attachantes et habilement traitées. Et puis, il faut en convenir, l'in-
terprétation est excellente : Geffroy est parfait dans le rôle du caïd
Hamza; Mme Guyon a de très-belles inspirations dans celui de
Mme de Lancy, et Leroux fait supporter, à force de talent et de
verve, le personnage antipathique du baron Bénadier.
— La seconde nouveauté que nous avons annoncée" au lecteur est
• de M. Ponsard, l'auteur académicien de l'Honneur et l'argent. C'est
une fantaisie bizarre dont le titre seul, hâtons-nous de le dire afin
que personne ne s'y méprenne, appartient à Voltaire. M. Ponsard,
l'un des chefs de l'école du bon sens, ne s'est pourtant pas signalé
jusqu'à ce jour par de grandes hardiesses, et l'on ne s'attendait
guère à le voir dépasser d'un seul coup les plus audacieux novateurs
du théâtre moderne. Si, par ce parti pris de singularité, il a cher-
ché le bruit et le scandale, il n'y a que trop réussi. Dès les pre-
mières représentations de Ce qui plaît aux femmes, la pièce, en butte
à de violents orages, a été suspendue par ordre ministériel: aussi les
convenances nous eussent-elles imposé la loi de n'en pas parler.
Mais les modifications consenties par M. Ponsard l'ayant fait repa-
raître sur l'affiche du Vaudeville, nous n'avons plus de motifs aujour-
d'hui pour ne pas formuler notre avis à son égard.
Une comtesse jeune, belle et veuve se meurt d'ennui quoiqu'elle
soit, ou peut-être parce qu'elle est entourée de nombreux adorateurs.
L'un d'entre eux, qui de plus est son cousin et ne manque pas d'es-
prit, lui propose d'accorder une journée à chacun de ses soupirants,
et de choisir celui qui aura su, dans cet espace de temps, inventer
une combinaison capable de lui faire oublier son humeur noire. La
comtesse accepte cette idée, et l'épreuve commence Nous n'avons
pas à nous occuper de ce qu'imagine la majorité des concurrents ad-
mis à ce steeple-chase de nouvelle espèce ; leurs prouesses ne sor-
tent pas de la coulisse. Deux seulement nous donnent un échantillon
de leur ingéniosité, l'un par une splendide féerie dont il offre le
spectacle à la comtesse, et l'autre, le cousin, qui s'est réservé le der-
nier jour, en conduisant sa cousine dans une mansarde pour lui en-
seigner les jouissances de la chanté. La grande dame, sensible à la
leçon, lui décerne à l'instant le prix du tournoi.
Que faut-il conclure de tout ceci ? Que la bienfaisance est ce qui
plaît aux femmes. M. Ponsard l'affirme, et nous voulons bien le
croire, quoi que Voltaire en dise. Mais, puisque M. Ponsard est en
train de prêcher, il eût pu faire, ce nous semble, un sermon plus
amusant. Sa pièce comporte trois actes : le premier est une composi-
tion sans valeur aucune ; le second, où la danse se mêle agréablement
à la poésie, est un hors-d'œuvre resplendissant de beaux vers et
de généreux sentiments, mais enfin c'est un hors-d'œuvre. Quant au
troisième, c'est du réalisme tout pur ; la misère des femmes y est
peinte sous des couleurs tellement sombres que le public a de la peine
à s'y faire, même depuis les changements.
Nous devons toutefois constater que Voila podrida de M. Ponsard
remplit chaque soir la salle du Vaudeville. Mais est-ce bien un succès
solide, et quand la curiosité sera salisfiite, Ce qui plaît aux femmes
plaira-t-il longtemps à tout le monde ? Le doute est au moins
permis.
— La reprise de la Poule aux œufs d'or, immense féerie en vingt
et un tableaux, a été accueillie au Cirque Impérial avec un enthou-
siasme extraordinaire. C'est bien là le spectacle qu'il faut aux collé-
giens: de la danse, des décors, des trucs, des costumes, et, brochant
sur le tout, la prose et les couplets de MM. Dennery et Clairville, en-
jolivés par la musique de M. de Groot, dont les plus charmants mor-
ceaux ont été composés pour Mme Coraly Geoffroy, une transfuge des
Bouffes-Parisiens, qui, avant de s'arrêter au boulevard du Temple, a
fait récemment une station à l'Opéra-Comique.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„% Le 15 août, à l'occasion de la fête de S. M. l'Empereur, lous les
théâtres ont donné des représentations gratis. Robert le Diable avait été
choisi par le théâtre impérial de l'Opéra pour cotte solennité. Après le
deuxième acte de Hubert, le chant d'allégresse de M\I. Cormon et Aimé
Maillart (les deux nouveaux chevaliers de la Légion d'honneur) a été
exécuté avec beaucoup de succès. Les solos étaient chantés par Du-
mestre.
*% Lundi a été représentée Sémiramis et venc'redi Robert le Diable.
Dès le matin le bureau de location était assiégé par une foule compacte
et empressée d'entendre le chef-d'œuvre de Meyerbeer; la salle était
comble, et la recette s'est élevée à 9,500 fr. Le succès de Mme Vanden-
heuvel et de Mlle Marie Sax grandit à chaque représentation.
»% Mme Gueymard-Lauters va chanler le rôle de Valentine dans les
Huguenots.
„% Hier samedi a eu lieu à l'Opéra la représentation extraordinaire
donnée au profit des chrétiens d'Orient. Elle se composait de Sémiramis
et d'un pas nouveau dansé par Mme Ferraris pour cette solennité.
• .% Le théâtre de l'Opéra-Comique avait choisi pour la représentation
gratis du 15 août Fra Diavolo et Maître Pathelin. Montaubry était re-
venu tout exprès pour prêter le charme de son talent â l'interprétation
du chef-d'œuvre d'Auber; le public exceptionnel devant lequel il chan-
tait lui a prodigué des applaudissements qui ont dû le flatter. Mme Faure
a été la délicieuse Zerline que nous connaissons et a partagé son suc-
cès. Entre les deux pièces une cantate, Vive l'Empereur, paroles de
M. Beaumont, musique de M. J. Cohen, a été chantée avec beaucoup
de feu par Montaubry et les artistes des chœurs.
**„. Cm a joué hier de nouveau V Étoile du Nord au théâtre de l'Opéra-
Comique. — La direction annonce comme prochaine la reprise de la Part
du Diable, ouvrage dans lequel Mlle Monrose prendra le rôle de Carlo Bros-
chi ; la jeune cantatrice est, dit-on, charmante sous le costume mascu-
lin, et Auber s'est montré si satisfait de la manière dont elle interprète
sa partition, qu'il a enrichi plusieurs des airs qu'elle chante de fiori-
ture* et de points d'orgue nouveaux, — L'opéra comique en trois actes
annoncé sous le titre de Une révolte dans l Inde, est entré en répétition.
Mmes Ugalde et Crosti y rempliront les principaux rôles. — Le programme
de la représentation qui sera donnée au bénéfice des chrétiens d'Orient
n'est pas encore publié.
%% Nous annoncions dans notre dernier uuméro que la direction de
l'Opéra-Comique venait de recevoir un livret de MM. Nestor Roqueplan
et Sardou, sous ce titre : la Villa Médicis. A ce propos, M. Battu, ancien
chef d'orchestre de l'Opéra, nous écrit que cette annonce est sans
doute inexacte, puisqu'il y a deux ans environ, il a remis à M. Nestor
Hoqueplan, alors directeur, un manuscrit de feu Léon Battu, son fils,
portant, le même titre, et que, sur sa demande, ce manuscrit lui a été
rendu tout demièreineut, avec trois autres livrets déposés par son fils
lui-même : le Puits qui parle, le Testament de Faublas et le Cousin de Ma-
rivaux.
t% Le théâtre Italien a publié son programme. Voici par ordre alpha-
bétique les noms des artistes engagés pour la saison 1860-1861 . Soprani,
Mmes Marie Battu. I'enco ; contralti, Mmes Alboni, Ede ; comprimarie,
Mmes Varona, Vestri ; premiers ténors, MM. Gardoni, Mario, I'ancani ;
ténors comprimari, MM. Cappello, Morley ; barytons, MM. Badiali, Gra-
ziani ; tasses, MM. Angelini, Patriossi ; premier bouffe, M. Zucchini ;
seconds râles, Mme Leva, MM. Cazaboni, Soldi ; chef d'orchestre, M, I3o-
netti ; maître de chant, M. Uranio Fontana ; chef des chœurs, M. Chiara-
monte. Le répertoire so composera des ouvrages suivants : Semiramide,
II Barbiere, Cenerentola, Otello, de Rossini ; Norma, I Puritani, Sonnam-
bula, de Bellini ; Poliuto, Lucia di Lammermoor, Regina di Golconda,
Furioso, de Donizetti ; Giuramenlo, Eleonora, de Mercadante; il Ratio in
mascherq, la Traviata, il Trovatore, Rigoletto, Ernani, de Verdi ; Don De-
siderio, du prince Poniatovvski ; Maria, de Flotow; la Serva padrona, de
Pcrgolèse ; Il Malrimonio segreto, de Cimarosa ; Don Giovanni, le Nozze
di Figaro, de Mozart. D'après cette liste, nous aurons, comme ouvrages
nouveaux, les Nozze di Figaro, la Regina di Golconda, Furioso, Eleonora ,
il Rallo in Maschera et la Serva padrona.
.„** Le directeur du théâtre Lyrique est de retour à Paris et s'occupe
de sa réouverture, fixée au lcr septembre. Mme Viardot a été rengagée
pour jouer Alccste et Iphigénie; plusieurs ouvrages nouveaux importants
sont â l'étude : un opéra de Scribe et Clapisson, en trois actes; un
294
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
opéra de Cormon et Aimé Maillart ; trois actes de Grisar, paroles de
Dumanoir et d'Ennery. En outre on répète activement Crispin, rival de
son maUre, revu par Bertboud, et dont M. Sellenick a écrit la musique.
— M. Itety a engagé Mlle Gilliess, premier prix de l'année dernière au
Conservatoire. Deux opéras-comiques en un acte sont également tout
prêts, Une bonne nuit, musique de M. Ilignard, paroles de MM. Verne et
Carré; Aslaroth, paroles de M. Boisseaux, musique de M. Debillemont.
*** Orphée inaugurera le 1Gr septembre la réouverture du théâtre des
Bouffes-Parisiens.
„.** Le théâtre de la Gaité prépare avec activité la reprise du Fils du
Diable, drame en onze tableaux, de MM. Paul Féval et Saint- Yves, joué
dans l'origine à l'Ambigu. C'est Dumaine, l'acteur favori du public ha-
bituel des boulevards, qui remplira le rôle d'Otto, créé par Montdidier,
actuellement en Russie. On dit que M. Fossey, l'habile chef d'orchestre
du théâtre, a composé, tout exprès pour cette reprise, une ronde très-
gaie et très-originale qui se chantera dans l'acte de la Rotonde du Temple.
Aussitôt que le succès de la Petite Pologne baissera, le Fils du Diable
prendra l'affiche.
**,„ A l'occasion de la fête de S. M. l'Empereur, ont été nommés che-
valiers de l'ordre de la Légion d'honneur, MM. Uévial, professeur au
Conservatoire de musique; Aimé Maillart, compositeur de musique;
Gevaërt, id.
„*„ Ont été aussi nommés chevaliers du même ordre, MM. Léon Laya,
auteur dramatique; Victor Séjour, id.; Cormon, id.; Saint-Victor,
homme de lettres; Laeaussade, id.; Paul Dalloz, l'un des directeurs
gérants du Moniteur universel.
„.** La même distinction a été accordée â M. L. Danel, de Lille, qui
s'occupe avec tant de zèle des établissements de musique et de bienfai-
sance.
,** M. Mérimée a été promu au grade de commandeur, et M. Francis
Wey, président honoraire de la Société des gens de lettres, à celui
d'officier du même ordre.
.*, S. M. l'Empereur vient de faire remettre à M. Frédéric Barbier,
auteur de la cantate France et Savoie, chantée avec succès au théâtre
Déjazet, une très-belle médaille.
*% M. Adolphe de Groot, chef d'orchestre du théâtre du Cirque, et
compositeur distingué, a reçu une grande médaille d'argent de S. M. l'Em-
pereur à l'occasion de sa belle cantate sur l'annexion de Nice.
„,*„, S. Exe. M. de Sabouroff, directeur des théâtres impériaux de
Russie, a quitté Paris hier pour retourner à Saint-Pétersbourg.
„,% Rossini possède une collection des portraits de Mozart. Der-
nièrement M. Henri Schlesinger, éditeur à Berlin, lui en ayant fait
remettre un qui manquait à sa précieuse galerie, le grand maître l'en
a remercié par la lettre suivante en date du 20 juillet: « Pregiatissimo
sgr. Enrico ! Mi corre debito viscontrare il di lei amabilissimo fo-
glio 16 d. d., ed a pari tempo effrhie mille ringraziamonti per il prezioso
dono che le ô piaciuto farmi del ritratto di Mozart; questa immagine bene
ricorda il Titano musicale in cui pareggiano il Genio e la Scienza : mi è
tanto più caro questo dono poichè (in una età più matura) è di perfetta
assomiglianza ad'un medaglioncino regalatomi dalP illustre e caro amico
mio Meyerbeer. La mia riconnoscenza per lei uguaglia l'ammirazione che
ebbi ognofa pel sommo Compositore Alemanno. Pieno di calda riconnos-
cenza mi do l'onore di dirmi di Lei obig. e dev. Servitore
Gioacuiwo ROSSINI. » (1)
*** La Cour de cassation, dans son audience du 10 août, a rejeté le
pourvoi de M. Gustave Besson, condamné comme contrefacteur des ins-
truments de musique de M. Adolphe Sax. Cet arrêt termine, pour ainsi
dire, la longue série de procès que M. Sax a eus à soutenir depuis qua-
torze ans contre ses contrefacteurs.
»*•» A la suite du succès de la Colombe, à Bade, M. Bénazet a de-
mandé aux auteurs du livret, MM. Michel Carré et Jules Barbier, d'é-
crire, pour la saison prochaine, un autre poème d'opéra, dont M. F.
Schwab, de Strasbourg, fera la musique.
„*„ Camille Sivori, le célèbre violoniste, a passé ces jours-ci à Paris
revenant de Milan, où il a donné successivement dix-sept concerts, dont
deux au bénéfice des pauvres et trois au profit de la cause de Gari-
baldi ; ces derniers ont produit 13,000 fr. que Sivori a fait tenir au vail-
lant champion de la liberté italienne. Appelé a Bade pour pren-
dre part aux concerts do M. Bénazet, Sivori, sur l'invitation du prince
régent de Prusse, se rendra ensuite en Allemagne.
**, Le concert au bénéfice de Mme veuve Jullien a eu lieu à Surrey-
Gardeus avec un éclat extraordinaire. On y comptait plus de quinze mille
(1) o Tres-cstimablc M. Henri, Je dois répondre a votre très-aimable lettre du
» 1G courant, et en mémo temps vous offrir mille remereîments pour le précieux
» cadeau que vous avez bien voulu me faire du portrait do Mozart. Celte image
•> rappelle bien le Titan musical en qui se réunissent le génie et la science, et le
« cadeau m'en est d'autant plus cher que (dans un âge plus mûr) elle ressemble
» parfaitement a un petit médaillon que m'a donné mon illustre et cher ami Meyer-
» béer. Ma reconnaissance pour vous égale l'admiration que j'ai toujours eue pour
» le grand compositeur allemand. Rempli de cette reconnaissance chaleureuse, j'ai
» l'honneur de me dire votre obligé et dévoué serviteur. GioAcmivo ROSSINI. »
personnes. Le temps était magnifique. Le concert, divisé en quatre par-
ties, a offert un véritable intérêt. La dernière valse composée par Jul-
lien a eu les honneurs du bis. La recette s'est élevée à un chiffre qui
a dépassé 30,000 fr. Mme Jullien a suivi pour la composition du pro-
gramme les traditions de son regrettable mari. La plupart des célèbres
artistes étrangers actuellement à Londres, et ils sont nombreux, y figu-
raient chacun pour son morceau. Ajoutez les deux orchestres des
théâtres italiens et les quatre corps de musique de la garde royale an-
glaise.
„,% Dernièrement, dans la salle Pleyel, se donnait en l'honneur du cé-
lèbre Moschelès une matinée musicale curieuse, à tous égards, et dans
laquelle M. Farrenc, dont on connaît les recherches et les connaissances
archéologiques en musique, a fait exclusivement entendre delà musique
des xvi% XVIIe et xvm° siècles. On a particulièrement remarqué la grande
fugue de Bach, composée pour l'orgue, qui terminait la séance, et que
M. Georges Peiffer a magistralement exécutée sur le piano pédalier.
Elève de sa mère et quoique jeune encore, M. Peiffer est déjà un grand
artiste, et le plus bel avenir s'ouvre devant lui.
„** Le planiste Louis Brassin, qui s'est fait entendre à Paris cet hiver,
a donné tout récemment, à Wiesbaden, un concert qui a parfaitement
réussi. Le virtuose et le compositeur ont été également goûtés et applau-
dis. L'air varié de Vieuxtemps, transcrit pour le piano par M. Louis
Brassin, a particulièrement fait plaisir. M. Brassin a quitté Wiesbaden
pour se rendre à Aix-la-Chapelle, où il a donné un concert le 15 du
courant.
**„ Une découverte aussi intéressante pour la science que pour l'art
musical vient d'être faite, par M. Bordas, dans un endroit voisin de Pé-
rigueux et appelé le Petit Paradis. C'est un instrument naturel, formé de
pierres antédiluviennes et rendant, avec un timbre de son tout particu-
lier, une échelle chromatique d'une octave et demie d'étendue. Plusieurs
de ces pierres chantantes sont des pétrifications d'os 'et d'écorce d'ar-
bre. Rien ne saurait donner l'idée de ia musique étrange, à la fois char-
mante et poétique, qui s'exhale de cet instrument, unique peut-être, et
que les savants ont nommé lithophone. Le lithophone est tel que la na-
ture l'a formé. C'est une voix nouvelle ajoutée à toutes celles que nous
a fait connaître M. Oscar Comettant dans son étude, récemment publiée
par le Siècle, sur les Harmonies de la Mature. Cette curiosité artistique
est visible gratuitement chez M.' Bordas, hôtel Favart, place de l'Opéra-
Comique.
.,.*„, La Société Bach vient de faire paraître le neuvième volume des
œuvres du grand maître. M. Rust, qui a dirigé cette publication, a joint
à ce volume une curieuse notice sur la construction du clavecin du
temps de Bach. On comprend de quelle utilité cette notice sera pour
les pianistes qui voudront exécuter ses compositions.
t*H. Voici les morceaux de la Sémiramis de Rossini, traduction fran-
çaise de Méry, sous presse ou déjà publiés par les éditeurs du Ménestrel:
1° l'andante, avec points d'orgue, du grand duo chanté par les sœurs
Marchisio, — orné de leur portrait, — morceau qui sera immédiatement
suivi des autres airs détachés, duos, trios et quatuors ; 2° ce même an-
dante, ainsi que l'ouverture â deux et quatre mains, transcrits pour piano
par Paul Bernard; 3" trois transcriptions variées par Ch. Neustedt, l'au-
teur des transcriptions des A'oces de Figaro et de l'Orphée , de Gluck ;
4" un impromptu-fantaisie de Besozzi ; 5° une grande fantaisie dramati-
que de J. Ascher ; 6" un quadrille et une grande valse de Musard ; 7° une
fantaisie mignonne et des Souvenirs, pour les petites mains, par II. Vali-
quet et J.-L. Battmann; 8° la polka des Niniviénnes, de Philippe Stutz ,
sur l'air de ballet de Carafa. Quant à la partition, piano et chant, de
Sémiramis, paroles françaises et italiennes, avec récitatifs, airs de ballets,
points d'orgue et tous autres détails conformes à la représentation de
l'Opéra, elle paraîtra du 1" au 15 septembre. Cette édition-modèle du
chef-d'œuvre de Rossini, revue et corrigée avec le plus grand soin, sera
gravée largement sur planches dites du Conservatoire. Les cinq cents
premiers exemplaires, imprimés sur papier vélin, ornés du portrait de
Rossini et de dessins représentant les scènes capitales de chaque acte,
seront réservés aux premiers souscripteurs. — Écrire franco aux éditeurs
du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, en accompagnant chaque demande d'un
mandat de 20 fr.
s..** Mme Sanchioli, la célèbre cantatrice italienne, vient de donner
au Havre deux concerts en compagnie de l'éminent violoniste Bazzini.
La salle des bains Frascati s'est trouvée trop petite pour contenir la
foule accourue pour entendre les deux artistes, qui ont été applaudis
avec enthousiasme. De retour à Paris avant-hier, ils viennent de repartir
pour Boulogne où ils sont engagés aux concerts donnés par l'administra-
tion des bains.
„*„. Les bains d'Uriage, Allevard, Lucerne, etc., viennent tour à tour
de posséder Ferdinand de Croze, l'éminent pianiste, qui, eu compagnie
de Gozora. a donné plusieurs concerts très-suivis et honorés entre
autres de la présence de Mgr le comte de Ghainbord, de S. A. R. Mme la
duchesse de Parme et d'une foule d'étrangère de distinction. M. de Croze
a obtenu un immense succès en jouant son Etude-polka et sou Crescendo
qui ne manque jamais son effet. La pluie, de Nadaud, le Chemin du para-
dis,de Blumenthal, la Lettre au bon Dieu, de Géïaldy, chantés par Gozora,
ont été chaleureusement applaudis. — Les deux artistes ont été engagés
DE PARIS.
295
à Aix pour le concert qui sera donné à S. M. l'empereur Napoléon à son
passage dans cette ville.
**„ Il se présente pour les amateurs qui cultivent le chant, le piano
ou le violon, une charmante perspective pour passer agréablement leurs
soirées d'automne et d'hiver. M. Blève, facteur de pianos, rue de Va-
lois, 33, tiendra dans son salon, trois fois par semaine, des réunions
d'amateurs, dans lesquelles chaque personne de la société pourra se faire
entendre, soit seule, soit dans un duo, trio ou quatuor. 11 n'y aura
d'auditeurs que les exécutants et les parents qui accompagneront les
dames. On pourra même déchiffrer pour le chant à la partition. Ce
sera tout à fait de la musique de chambre exécutée comme en famille.
S'adresser, pour être admis et pour les renseignements, à M. Blève,
de midi à 3 heures.
**„. Le concert extraordinaire qui devait se donner au bénéfice des
chrétiens de Syrie, jeudi dernier, au concert Musard, a été remis, à
cause du mauvais temps, au mardi 21 août.
t*t La semaine qui finit a compté deux ou trois soirées sans pluie,
et la foule n'a pas manqué d'en profiter pour aller écouter l'excellente
musique du concert des Champs-Elysées. Nous devons, à cette occasion,
rectifier une erreur que nous avons commise, dans notre dernier numéro,
en disant que le 1 cr septembre verrait la clôture de ces concerts ; c'est
le 1er octobre seulement qu'elle aura lieu. A l'un des derniers, le public
a remarqué et vivement applaudi un des solistes de Musard, Moreau,
qui, sur l'ophicléide, a rendu un air de Mayseder avec une perfection et
une délicatesse dont cet instrument paraissait incapable. M. Moreau est
un artiste d'un grand talent, et son nom sur le programme des con-
certs organisés par les sociétés philharmoniques, les établissements
de bains, etc., offrirait, nous n'en doutons pas, un grand attrait de
curiosité.
*** M. Angel Woelffle, organiste de la cathédrale d'Angoulème et
pianiste, à peine âgé de vingt-cinq ans, vient de succomber ù une maladie
aiguë. — L'art perd en lui un homme de talent et d'avenir qui aurait fait
honneur a son pays.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t*t Boulogne-sur-Mer . — Lé premier concert organisé par les soins de
l'administration des bains a été fort brillant. Mme Alboni, MM. Engel Rei-
chardt, avaient été engagés pour y concourir, et toute l'élite de la société
et des étrangers a couvert d'applaudissements ces éminents artistes.
Reichardt a chanté avec un sentiment et une expression indicibles sa
délicieuse romance : Oh I belle étoile'. Oh\ doux regard ! dont la vogue
ne sera pas moindre en France qu'en A ngleterre.
,*„ Nice. — La Revue de Nice donne des détails intéressants sur les
jeunes chanteurs de la chapelle russe, qui font sensation en ce moment
dans notre ville : ce sont des enfants de neuf à treize ans. Avant leur dé-
part ils se sont fait entendre en public ; ils ont chanté des airs, des
chœurs, des barcarolles, des scènes entières d'opéras avec un talent sur-
prenant, sous la direction de M. Lamakiel, qui est le maître de chapelle
de l'impératrice de Russie et du comte Scheremetieff.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
*** Berlin, 28 août. — A l'occasion de l'anniversaire de la naissance
de Gœthe, il y aura, pendant quatre jours consécutifs, des représenta-
tions théâtrales : le 27, Le Lieutenant du roi, par Gutzkow, concert mili-
taire, sous la direction de M. Wieprecht ; le 28, Frédèrique à Sesenheim,
opérette par Eberwein ; Frère et sœur, par Gœthe ; le 29, Gœihe-Marsch,
par Liszt; ks Caprices des amoureux, par Gœthe; Calme sur la mer, par
Beethoven ; Nuit de Walpurgis, par Mendelssohn ; la Transfiguration,
fragment de Faust, deSchumann; le 30, la Foire à Plundersweiler, par
Gœthe, concert. Les recettes seront remises au caissier du comité chargé
de l'érection du monument de Gœthe.
Hanovre, — On annonce que c'est Stéger qui doit remplacer Niemann
au théâtre de la Cour.
»*„ Weimar. — Macbeth, opéra de Chelard, qui, après avoir été froi-
dement accueilli à Paris, obtint un grand succès en Allemagne, doit être
remis en répétition au théâtre de la Cour.
„*„ Vienne. — Ander doit faire sa rentrée au théâtre Kaernthner-Thor
par le rôle de Jean de Leyde, dans le Prophète.— Rubinstein a terminé
sa nouvelle partition qu'il vient de remettre à l'administration du théâtre
de la Cour. — La direction du théâtre Italien est décidément donnée
à M. Salvi, qui commencera ses représentations en avril, pour les finir
à la fin de juillet.
»*, Spa, 11 août. — En dépit de la rigueur du temps, notre saison
est très-brillante. C'est hier qu'a eu lieu dans le grand salon de la Re-
doute le beau concert organisé par les soins de l'administration des
jeux et sur le programme duquel figurait le num de Vivier, prestige im-
manquable pour assurer le succès de la fête. Vivier s'est montré dans
cette occasion solennelle à la hauteur de sa réputation. Il a exécuté un
cantabile de sa composition avec une netteté, une justesse de sons qui
tiennent du prodige. Un autre morceau, également de lui et intitulé
la Chasse, a enlevé les applaudissements frénétiques de l'auditoire, qui
en a demandé à grands cris une seconde audition. La courtoisie de
l'artiste n'a pas été inférieure a son talent. Une cantatrice de Nantes,
Mlle Honorine François, a chanté avec un talent véritable l'air de Jean-
notel Colin, la valse de Faust et le grand air des Puritains. La voix de
Mlle François est sympathique; elle a été écoutée avec plaisir et applau-
die. M. Francd-Mendés, violoncelle-solo de S. M. le roi des Pays-Bas,
a fait preuve d'un talent réel en exécutant plusieurs de ses composi-
tions. Enfin l'orehjstre de la Redoute, sous la direction de M. Guillaume, a
interprété avec verve et ensemble l'ouverture du Diable au moulin, de
Gevaert. Le piano était tenu par M. Charles Grossmann, jeune et habile
artiste qui accompagne admirablement.
Rotterdam. — M', de Vriès, directeur du Théâtre-Hollandais à Amster-
dam, se propose de créer ici un opéra allemand; pour encourager l'en-
treprise, le haut commerce a réuni un capital de 80,000 florins, dont les
intérêts seront servis à M. de Vriès à titre de subvention.
t*s Stockholm. — Dans l'académie suédoise de musique, ont été intro-
duites des réformes importantes. Parmi les chaires que l'on y a nouvelle-
ment créées, nous avons remarqué celle d'histoire et d'esthétique et
une autre pour l'art d'accorder les pianos. Feu le comte Oxenstiern a
légué à la Bibliothèque royale sa riche collection, contenant des parti-
tions depuis Lully jusqu'à II. Berlioz, depuis Keiser jusqu'à Iï. Wagner,
et depuis Palestn'na jusqu'à Verdi. Le professeur et bibliothécaire Drake
est occupé à en dresser le catalogue.
*%. Copenhague. — Marlha, de Flotow, a obtenu un brillant succès;
cette partition, remplie des plus gracieux motifs, a fréquemment soulevé
les applaudissements d'un nombreux public. Le nouveau ballet de Bour-
nonville : Loin du Danemark, a fait plaisir.
**„, Trieste. — Dinorah est un des premiers ouvrages qui vont être
représentés sur notre théâtre. Le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer sera
monté avec beaucoup de luxe.
„..% Gènes.— On travaille activement à la restauration complète du théâtre
Carlo-Felice. La salle sera d'une richesse et d'une élégance qui la met-
tront en état de rivaliser avec les plus beaux théâtres de l'Europe. La pro-
chaine saison promet d'être très-brillante.
**,., Milan. — Nous aurons deux opéras nouveaux pour la saison d'au-
tomne : l'Assedio di Firenze, de Bottesini, qui n'a point encore été re-
présenté en Italie, et Leone Isauro, du jeune maestro Cianchi, de Florence,
auteur de plusieurs œuvres représentées avec succès dans sa patrie, et
notamment de Salvator Rosa. — Les sœurs Ferai viennent de donner un
beau concert au théâtre Carignano.
*% Naples. — La subvention du théâtre San-Carlo a été portée de
60,000 ducats à 80,000 ; c'est aujourd'hui le théâtre le mieux rente do
toute l'Italie. L'école de danse, qui est fort déchue de son ancienne splen-
deur, doit être réorganisée ; c'est de cette école que sont sorties les cé-
lèbres ballerines Taglioni, Carlotta et Fanny Grisi.
a** Pesth. — Au théâtre allemand on vient de mettre à l'étude Joseph,
de Méhul. — Le pianiste Boskowitz a donné, avant son départ pour
l'Allemagne, un brillant concert au profit du monument Szechenyi. — Le
célèbre violoniste Miska-Hauser vient d'arriver dans notre capitale, où il
se propose de donner des concerts.
AVIS.
MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par-
ai les Parties d'Orchestre du ftComaià «B'Elvire , opéra-
comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et
de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, viennent de paraître
chez MM. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu,
au 1er.
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N° 3».
REVUE
26 Août 1860.
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GAZETTE
©^ FJkms.
-^\AA/\fvA/\/\rjw\. —
SOMMAIRE. — Histoire du Conservatoire impérial de musique et de déclamation,
par Lassabathie (1" article), par Paul Smith. — Bibliographie musicale,
par Adrien de lia Fage. — Revue critique, par Adolphe Botte. —
Nouvelles et annonces.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DËCLAIATIOÏÏ,
Par LASSABATUIË.
(1er article.)
C'est à l'Église que nous devons l'idée cl le titre de ces établisse-
ments qui, désormais, ne servent plus qu'au théâtre. La création en
remonte à l'époque de la renaissance musicale en Italie. Dès que le
besoin de chanteurs se fît sentir, on comprit qu'il fallait ouvrir des
écoles pour en former. 11 De s'agissait encore ni de grands airs, ni de
rondos, ni de cavatines ; on ne chantait que les louanges de Dieu ,
mais on tenait à ce qu'elles fussent chantées le mieux possible. Le
premier Conservatoire apparut à Naples en 1537, sous l'invocation de
Santa Maria di Loreto , et dès le commencement du siècle suivant
la même ville en comptait trois autres , soutenus en grande partie
par les ressources de la charité. Venise en eut aussi bientôt un nombre
égal ; mais par une singularité curieuse, tandis que ceux de Naples
étaient exclusivement consacrés à l'éducation des hommes , ceux de
Venise ne recevaient que des femmes. On ne pouvait obvier plus sû-
rement au danger du rapprochement des sexes.
La France suivit bien tard l'exemple donné par l'Italie. En 1784,
une école de chant et de déclamation avait été fondée par le baron de
Breteuii pour fournir des sujets au grand Opéra qui, jusqu'alors, s'é-
tait pourvu de chanteurs dans les maîtrises des cathédrales. Le Con-
servatoire ne date que de l'année 1795, et l'on n'ignore pas que la né-
cessité du recrutement des musiques militaires (la France avait alors
quatorze armées!), habilement exploitée par Sarrette, fut un des prin-
cipaux motifs qui déterminèrent la Convention à en décréter le prin-
cipe. La Restauration essaya de briser cette œuvre nalionale, agran-
die et dotée par le premier Empire, mais le Conservatoire se montra
plus fort, plus vivace que l'antique dynastie, qui le laissa debout
lorsqu'elle vint à tomber. La révolution de Juillet, la révolution de
Février se gardèrent bien de toucher à ce que leur avait légué leur
gigantesque sœur aînée, et le second Empire tint à honneur de suivre
les traditions du premier. Ainsi le Conservatoire est venu jusqu'à
nous, h travers les événements de tout genre, les critiques de toute
sorte, et ne s'en est porté que mieux. C'est aujourd'hui le plus émi-
nent des Conservatoires, qui se sont multipliés en Europe, ainsi que
les écoles succursales en France. Il ne lui manquait plus qu'un his-
torien, et M. Lassabathie s'est chargé de le lui fournir. A dire le
vrai (d'autres que nous en ont déjà fait la remarque), son livre n'est
pas précisément ce qu'on appelle une histoire : c'est plutôt une table
chronologique, où tous les faits importants sont inscrits à leur date :
c'est de plus un précieux recueil de documents peu connus, de rap-
ports, de lettres, qui abondent en détails intéressants, en révélations
piquantes, et, dès la publication de l'ouvrage, nous nous étions pro-
mis d'en donner un échantillon à nos lecteurs. L'occasion long-
temps attendue s'étant enfin présentée, nous nous empressons de la
saisir.
Comment s'élonner des attaques dont le Conservatoire de Paris est
encore si souvent l'objet, quand on voit que cette habitude de déni-
grement, de moquerie, de négation a précédé même sa naissance?
On F iquait déjà dans cette petite école royale du baron de Hre-
teuil, et il faut voir avec quelle vigueur de bon sens, de conscience
e.' de juste fierté Gossec la défendait dans une lettre à M. de la Ferlé.
L'écume n'exisiait que depuis deux ans et demi, et on l'accusait déjà
de ne rien produire ! Gossec répondait à ce reproche et à bien d'au-
tres : « Une expérience de quarante ans dans la musique, un talent
» qui m'a donné quelque réputation dans l'Europe, quoiqu'on en ait
» négligé l'usage à Paris et à la cour, une connaissance du théâtre,
» l'équité et la bonne foi, dont je ferai toujours profession, mon respect
» et mon dévouement enfin pour tout ce qui vous intéresse, Monsieur,
» semblent m'autoriser à démentir toutes ces assertions, à rompre le
» fil d'une trame perfide, et à combattre les moyens que la mauvaise
» foi emploie pour vous faire prendre une idée défavorable du travail,
» des progrès et des avantages de cette école. Sont-ce des personnes
» de l'art qui souillent le poison ? Elles ne sont, dans ce cas, que plus
» dangereuses, étant plus persuasives pour celles qui n'en sont pas. Mais
» daignez croire, Monsieur, qu'il est des personnes de l'art qui rai-
» sonnent fort maladroitement de leur art même. . . Croyez aussi
» qu'il en est qui, sous le manteau de l'intérêt, couvrent quelque
» perfidie. »
Et le loyal Gossec, qui, à la façon de notre grand Corneille, ne
craignait pas de rappeler lui-même ses titres et de dire ce qu'il en pen-
sait, continuait son plaidoyer, en accumulant les preuves à l'appui.
« Celte école, contre qui l'on s'élève, que l'on se plaît à décrier, et
» dont on veut prouver l'inutilité, n'a-t-elle pas donné les aperçus
» les plus favorables ? La représentation de Ho/and qu'elle a donnée
REVOE KT GAZETTE MuSÏCALÊ
» au théâtre des Menus, suffirait seule pour la défense. Cette repré-
» sentation, donnée au bout de dix-huit mois d'école, avec des élèves
» tirés du néant et do la plus profonde ignorance, des élèves à qui
n nous avions déjà donné des talents au bout de ce terme, quoique
» les ayant commencés tous par l'alphabet de chaque science que l'on
» professe à l'école, cette représentation, dis-je, ne tenait-elle pas du
» miracle? N'y a-t-on pas entendu, indépendamment des premiers
» sujels, qui s'y sont distingués, tous ces enfants rendre les chœurs,
» j'ose le dire, avec plus de précision et de justesse qu'à l'Opéra?
» N'ont-ils pas exécuté merveilleusement, l'année dernière, à différents
» examens, vous présent, Monsieur, des chœurs de Dardâmes,
» d'Echo et Narcisse et d' Athalie? Ces enfants, malgré le
» grand nombre, sont tellement avancés qu'ils sont requis pour
m toutes les musiques qui se font dans les églises de Paris, où ils
» sont très-utiles, ainsi qu'au Théâtre-Français, pour les intermèdes,
» tels que dans Bayard, aux fêtes particulières où il y a des chœurs,
» notamment à Brunoy, chez Monsieur, où ils furent demandés lors
» du dernier voyage que le roi y fit. »
Do ce passage de sa lettre il résulte que Gossec ne regardait pas
comme indispensable aux progrès des élèves l'obligation de rester
hermétiquement cloîtrés dans leurs classes, et qu'au contraire il se
félicitait de toutes les occasions qui s'offraient à eux de faire de la mu-
sique. De même, à Naples, dans l'origine des Conservatoires, les élè-
ves allaient exercer leur art non-seulement dans les chapelles de la
ville, mais dans des provinces éloignées, aux fêles solennelles, sous
la direction d'un de leurs maîtres. Ils chantaient les litanies aux pro-
cessions, le Libéra nos, Domine aux funérailles des personnes riches;
plus tard, ils remplissaient même les fonctions de choristes dans les
théâtres, et participaient à toutes les solennités musicales du royaume.
Mais savez-vous, parmi les artistes français, quels éLaient ceux qui
s'opposaient le plus fortement à la création d'une école ? Gossec le
constate dans sa lettre : c'étaient les artistes de l'Opéra. « Cepen-
» dant, écrivait-il, l'Opéra ne veut pas qu'il existe une école. Pourquoi
» donc l'administration aime-t-elle mieux rester toujours dans la né-
» cessité de recourir à la verge de fer ou à la prière pour faire mou-
» voir l'Opéra ?
» Pourquoi les acteurs font-ils la loi? C'est faute de sujets.
» Et l'Opéra ne veut pas qu'il y ait une école ! »
Ici Gossec entrait dans la question brûlante du moment, et traçait
l'esquisse du personnel de notre scène lyrique en traits propres à faire
réfléchir les étemels louangeurs du passé.
« L'Académie ne voit-elle pas Mme Saint-IIuberti courir à grands
» pas vers son déclin? Qui la remplacera? Sera-ce Mlle Gavaudan
» cadette, Mlles Maillard et Dozon? Trois de nos jeunes acteurs
» principaux ne sont- ils pas épuisés par les maladies? Sera-ce les
» sieurs Saint-Aubin, Martin, Duchant, Chardini et Châteaufort qui les
» remplaceront? Croit-on que les sieurs Lainez et Moreau, sur qui
» pèse tout le fardeau de l'Opéra, pourront soutenir encore longtemps
» celle charge ?
» Et l'Académie ne veut point qu'il exisle une école ! »
Elle le voulait si peu, ses artistes affichaient un si profond dédain
pour les élèves de l'école, qu'ils refusaient tous de se commetlre avec
eux devant le public. « Quelqu'un de l'Opéra, écrivait encore
» Gossec, ne m'a-t-il pas rappelé que l'on craignait de donner Ho-
» land avec trois débutants de l'école, parce qu'en cas d'incommo-
> dilé, aucun sujet de l'Opéra ne voudrait les doubler? N'est-ce pas
» là, Monsieur, une puérilité des plus misérables ? » Oui , nous
sommes de l'avis de Gossec, et nous pensons, comme lui, que, lors-
que des sujets de l'école débutaient à l'Opéra, ils entraient dans son
bercail; et que, faisant alors partie de son troupeau, ils mangeaient
tous au même râtelier-, et qu'ère conséquence personne ne se trouvait
compromis. Le langage est naïf, mais le raisonnement n'en est pas
moins juste. Du reste, les temps sont bien changés ; les opinions et
les mœurs aussi, nous aimons à le croire.
Paul SM1TD.
{La suite prochainement .)
BIBLIOGRAPHIE MUSICALE.
DÉCOUVERTE DES ANCIENS VERNIS ITALIENS EMPLOYÉS POUR
LES INSTRUMENTS A CORDES ET A ARCHETS,
Par 31. Eugène SI ABl.AXU.
Paris, 1850, in-18, imprimerie Lahure et C
On sait de quelle juste réputation jouissent parmi les connaisseurs
les instruments à cordes fabriqués en Italie aux trois derniers siècles
par les célèbres luthiers crémonais. Au nombre des qualités qui les
distinguent se trouve à un éminent degré la beauté des vernis , qui
peuvent, de l'avis de tout le monde, être regardés comme parfaits,
tant pour le jaune que pour le rouge.
Or aujourd'hui, ces anciens vernis ont cessé d'être en usag-e, et
l'on suppose communément que les formules des luthiers crémonais
ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Celte opinion paraît être une
erreur au moins par rapport aux élèves qu'ils ont formés, puisque
ceux-ci, sauf quelques différences dans la nuance de coloration, em-
ploient des vernis à peu près identiques aux leurs.
Si ces vernis élaient bons et s'ils avaient paru convenables depuis
l'époque où la facture des instruments avait pris de l'importance,
comment et pourquoi les a-t-on abandonnés et en a-t-on même, se-
lon l'opinion commune, perdu le secret?
M. Eugène Mailand explique la chose d'une manière fort naturelle.
L'art de fabriquer les vernis demeura dans l'enfance jusque vers la
fin du xvnc siècle ; alors cette industrie subit une véritable révolution
par suite, entre autres causes, des changements qu'y introduisit l'im-
portation de la gomme laque et les efforts tentés pour dissoudre le
succin et le copal dur. Il en résulta qu'après le milieu du siècle sui-
vant, les formules empiriques dont on s'était servi jusqu'alors furent
délaissées, et la composilion des vernis réglée d'après les procédés de
la science.
Evidemment ce changement consliluait un progrès; comment alors
se fait-il que l'on regrette aujourd'hui les vernis plus anciens , et
comment ne retrouve-t-on rien qui les remplace aussi bien qu'on le
voudrait ? Le voici : c'est que le nouveau système de fabrication four-
nissait des vernis excellents, mais d'une application peu favorable à
la lutherie. Ce n'était pas celle industrie qu'on avait eue en vue, et le
progrès s'était fait dans un autre sens.
Ainsi que le remarque M. Mailand, on a obtenu outre du brillant
une grande solidité, et les vernis actuels peuvent se vanter de résis-
ter autant que possible aux principales causes de destruction. Ce sont
là sans doute des qualités précieuses, « mais, ajoute notre auteur, ce
ne sont pas précisément celles qui importent le plus à la lutherie, qui
a besoin avant tout d'une souplesse constante et durable. » Or il est
certain que nos meilleurs vernis ne sont ni aussi souples ni aussi trans-
lucides que les anciens, et si l'on considère que l'application d'un
mauvais vernis peut gâter un bon instrument au moins pour longtemps,
on concevra qu'il ne s'agit pas seulement en ceci d'une affaire d'or-
nement, mais d'une chose fort essentielle à la beauté du son, à la
résonnance générale de toule la boîte sonore, et surtout à la con-
I)E PAiïiS.
servation de l'instrument, car Félix Savart a fort bien prouvé qu'un
violon laissé sans vernis se détériore au bout de peu d'années.
M. Mailand a donc cherché d'abord à bien connaître quelle était
la composition des vernis italiens aux deux siècles passés : on sait
qu'à cet égard on ne s'exprimait encore au commencement du nôtre
qu'avec beaucoup de mystère; or, le mystère appeknt le mystère,
il en résultait que personne ne voulait communiquer ses formules, en
déclarant, bien entendu, qu'elles étaient les meilleures, et que si
celles des anciens luthiers valaient mieux, il n'y fallait plus songer
puisqu'elles étaient perdues.
Comment, dira-t-on, n'avoir pas eu recours à l'analyse chimique? .
C'est qu'elle eût offert peu de ressources, parce que les résines et le
véhicule qui a servi à les dissoudre sont oxydés depuis longtemps, et
que d'ailleurs on ne se soucie pas de soumettre les instruments an-
ciens restés en bon état à une opération qui les détériorerait et en
diminuerait la valeur. M. Mailand a donc dû suivre une marche dif-
férente.
Il a recherché clans les auteurs contemporains quel élait l'état de
la fabrication des vernis aux époques auxquelles travaillaient les célè-
bres luthiers italiens. Il nous donne ainsi les procédés d'ALENis dans
ses Secrets des arts, 1550 : de Fioravanti, Miroir universel des arts
et des sciences, 1564; d'AuDA, Recueil abrégé des secrets merveilleux,
1663; de Zahm, Oculvs arti/icialis, 1685; de Christophe Morley,
Collectanœa chimicœa Lydensia, 1692 ; de Coronelli, Epitome cos-
mographique, 1693 ; de Pomey, Histoire générale des drogues, 1694
et 1735; de Bonanni, Traité des vernis, 1713.
M. Mailand examine ce qu'il peut y avoir à prendre et à rejeter
dans ces différentes recettes, et cherche à bien établir quelles qua-
lités doivent posséder 'les vernis destinés aux instruments. 11 remar-
que avec raison que depuis un demi-siècle, on s'est un peu trop pré-
occupé de la solidité du vernis sans songer que cette qualité néces-
saire sans doute n'est pas l'unique à acquérir. Il s'étonne qu'un
homme d'aussi grand mérite que Savart, et qui avait fait des ins-
truments à cordes une étude aussi approfondie, préfère le vernis à
l'huile au vernis à l'esprit-de-vin, et donne des formules qui ne peu-
vent convenir qu'à des travaux d'ébénisterie.
Ce qui doit paraître fort singulier, c'est qu'on ne semble pas
encore savoir d'une manière bien positive si l'ancien vernis des
facteurs crémonais était à l'alcool ou à l'huile. La première opinion est
la plus répandue, mais il s'en faut qu'elle soit à l'abri de toute dis-
cussion.
M. Mailand se fait à ce sujet une objection importante : « Mais,
nous dira-t on, les luthiers crémonais avaient peut-être le secret d'un
vernis qui n'était pas dans le commerce et qui a été perdu avec eux.
A cela nous répondrons que nous comprenons bien qu'une personne
ait pu, faisant mieux que ses concurrents, avoir un secret qu'elle ait
emporté avec elle en mourant ; mais qu'il n'est pas supposable un
instant, qu'une chose qui a existé plus d'un siècle et qui s'est trans-
mise pendant plusieurs générations de luthiers, soit restée se-
crète. Elle devait nécessairement être connue de tout le monde,
et n'a été abandonnée qu'au moment où un progrès considé-
rable s'est fait dans la fabrication des vernis. On croyait trouver
mieux, ce qui prouverait au besoin qu'on n'avait pas autre chose que
ce qui se faisait dans le commerce. Objectera-t-on qu'il y a des dif-
férences entre les vernis de tel ou tel maître, c'est possible; mais cela
ne prouverait qu'une chose, c'est que les uns savaient mieux les ap-
proprier et les employer que les autres. »
Après de nombreuses expériences faites sur quantité de violons
d'auteur, M. Mailand en arrive à cette conclusion que,' malgré diffé-
rentes variations dans la manière de faire, les luthiers de la bonne
époque restaient tous fidèles au principe de n'employer que des
résines souples qu'ils nlliaient'à celles qui ont du liant, et qu'ils main-
tenaient dans cet état par le véhicule dans lequel elles étaient dis-
soutes.
Dans la seconde partie de son livre, M. Mailand traite en premier
lieu de Vencollage des instruments. On a douté que les anciens luthiers
encollassent, et l'on a cru le plus ordinairement qu'ils appliquaient
leur vernis immédiatement sur le bois ; tel n'est pas l'avis de notre
auteur qui seulement croit que l'ancien encollage était fort léger. La
nécessité de l'encollage n'est pas douteuse pour lui et il en donne de
fort bonnes raisons.
Cette préparation étant reconnue nécessaire, quelle est la meilleure
formule à employer? M. Mailand en donne plusieurs, et ici encore
il recommande de se méfier de certains procédés applicables à
la seule ébénislerie, et qui ont plus d'une fois séduit les luthiers vul-
gaires.
Passant ensuite à la coloration des essences, M. Mailand entre dans
des détails fort étendus et dans lesquels nous ne pouvons pas le
suivre; il rend compte des opérations par lui faites à ce sujet et qui
l'ont conduit à proposer avec confiance ce qu'il offre aujourd'hui au
public. Il CBoit avoir bien fixé les matières dont se servaient, sinon
toujours, au moins le plus généralement, les anciens luthiers ; il avoue
qu'il peut y avoir du doute sur sa manière de faire dissoudre les ré-
sines de sandragon et de gomme -gutte, lesquelles, selon lui, ser-
vaient à colorer les essences, mais peu importe, dit-il, si nous arri-
vons au même résultat.
11 indique alors les procédés à suivre pour obtenir la dissolution
des matières colorantes dans l'alcool, la coloration applicable aux
essences, et enfin les modifications à donner au ton rouge. Il a soin
en outre de rendre compte de plusieurs expériences par lui faites et
qui n'ont point amené de résultat satisfaisant, ne serait-ce que pour
éviter aux personnes, qui chercheraient après lui, de retomber dans
des essais infructueux.
Il ne lui reste plus alors qu'à s'occuper du vernis proprement dit,
c'est-à-dire des résines à introduire dans l'essence, de manière à com-
poser un vernis brillant, souple, liant et qui puisse résister à l'aclion
des frottements, « qualités essentielles que possédaient ceux des an-
ciens maîtres. » M. Mailand entre dans tous les détails nécessaires
sur les préparations à faire, les précautions à prendre, les remèdes à
employer lorsque l'application ne se présente pas telle qu'on l'atten-
dait. « On voit, dit-il en terminant, que ces opérations ne présentent
aucune difficulté ; et nous espérons avoir rendu les manipulations
assez pratiques pour qu'elles soient à la portée de tous, et que chaque
luthier puisse faire par lui-même son vernis. Cela est toujours préfé-
rable, parce qu'il est le meilleur appréciateur de ce qui convient à
son instrument. »
C'est en effet pour tout le monde que M. Mailand a voulu travailler,
c'est toute la lutherie qu'il appelle au partage de ses découvertes, et
nous ne pouvons assez féliciter le savant et laborieux amateur de ses
vues larges et généreuses. On lui offrait des avantages pour exploiter de
compagnie les améliorations à obtenir par suite des procédés nou-
veaux qu'il propose dans le but de faire aussi bien que les anciens.
En les abandonnant au domaine public, il a voulu que toute l'industrie
luthière, mais surtout que l'art musical recueillit le fruit de ses utiles
recherches. Il serait bien à désirer que les amateurs qui ont à disposer
de leur temps en entreprissent souvent de semblables et qu'elles abou-
tissent à d'aussi satisfaisants résultats
Adrien de I.A PAGE.
300
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
REVUE CRITIQUE.
Alfreil Jaell: caprice-valse sur le Pardon de Ploermel ; tran-
scription du Prophète; le Cari/Ion. — liouis Brassin : tran-
scription de Y Air varié , de Henri Vieuxtemps. — Alphonse
SiOBi^ueviKc : fantaisie dramatique sur Stradelîa. — Jf.-Cl».
Hess: bouquet de mélodie sur le Roman d'Elvire. — Auguste
Durand : souvenirs de Guillaume Tell. — Ii.-F.-A. Frelon :
fantaisie fie concert sur la Part du Diable. — Alexandre Rei-
cliardt : Oh! belle étoile ! oh ! doux regard] mélodie. — WIu-
sard : valse-boléro sur Pianella.
Ceux qui, cet hiver, ont entendu l'éminent pianiste Alfred Jaell
se rappellent sans doute l'immense plaisir, la profonde sensation
qu'ils éprouvèrent en lui entendant jouer, entre autres choses , son
caprice-valse sur le Pardon de Ploermel, sa transcription du Pro-
phète, et son morceau de salon le Carillon. Il arrive souvent qu'en
parcourant chez soi des compositions dont on avait été charmé au
concert, grâce a une merveilleuse exécution, on n'y retrouve ni
l'âme, ni la vie qu'elles semblaient avoir. Cette fois, hâtons-nous de
le dire , nul ne sera déçu : ce sont des mélodies de Meyerbeer, et
le piano, tout en restant orné des traits les plus harmonieux, des ar-
pèges les plus brillants, s'est rarement montré aussi gracieux et
aussi chantant.
Le chœur d'enfants, du Prophète, attaqué par la basse, est délicieu-
sement accompagné par la main droite. Ce sont d'abord de ravissants
murmures, des accords argentins voltigeant en staccato jusqu'aux
plus hauts sommets du clavier; puis le chant s'élargit, il éclate en
octaves con bravura. Cette belle sonorité, succédant aux délicates
inflexions de la mélodie, sans avoir pourtant rien de heurté, rien de
violent, produit un contraste d'une irrésistible puissance. Si quelques
effets, quelques dispositions de parties semblent être empruntés à la
manière large de Thalberg, si les octaves s'étalent majestueusement
au médium, en revanche Alfred Jaell marie toujours si heureusement
les notes aiguës aux grosses notes de l'harmonie, qu'elles rappellent
jusqu'à un certain point les sons harmoniques (dont usent et abusent
beaucoup de violonistes), et qu'elles donnent à sa musique une grande
originalité, une physionomie très-poétique, très-rêveuse et très-fine.
Dans le caprice sur l'air de VOmbre, il y a de délicieux échos qui
imitent à ravir les dialogues des voix et de l'orchestre, des points d'or-
gue qui ne tombent pas, sous prétexte d'être brillants, dans celte
prolixité si peu agréable à ceux qui veulent retrouver, avant tout, la
pensée musicale du maître qu'on transcrit ; il y a aussi des modula-
tions qui attestent du savoir et un sentiment parfait de l'harmonie.
Mélancolique et expressif, le thème du Carillon est d'une grande
suavité. Les variations imitatives et chantantes exigent une finesse
et une délicatesse toute féminine Le chant, exécuté par le pouce ,
accompagné d'arpèges en triolets, rappelle, il est vrai, bien des pages
qui semblaient avoir enlevé à celte combinaison un peu de sa fraî-
cheur et de son éclat , mais il est soutenu en tierces par la main
gauche avec un charme et un bonheur que peu de pianistes ont en-
core rencontrés.
— Compositeur lui-même, et compositeur distingué, Louis Brassin
vient de transcrire, avec autant de tact que d'habileté, une des plus
jolies compositions de Henri Vieuxtemps : son deuxième morceau de
salon. Les variations sont choses as~ez difficiles à transplanter d'un
instrument à un autre, et il était à craindre qu'elles perdissent un peu
de leur brillant et de leur véritable couleur ; que le staccato, par
exemple, qui, sous l'archet du maître, avait tant de séductions, ne
parût froid et n'entraînât à des doigtés exceptionnels et insuffisants.
Aussi, nous n'oserions affirmer que le jeune pianiste ait triomphé de
toutes ces difficultés ; mais il s'est montré plein de goût dans l'accom-
plissement de sa tâche. Il a fait dire au clavier tout ce que le clavier
pouvait dire, et les dileltanti lui devront un morceau des plus re-
marquables.
— Dans une jolie partition comme Stradelîa, choisir était une diffi-
culté ; M. Longueville nous paraît l'avoir tranchée en prenant un plus
grand nombre de motifs. A chaque page de sa ravissante fantaisie,
c'est une nouvelle figure, nn nouveau thème, une situation différente.
Ici l'amour cha*nte, là la jalousie gronde sourdement pour éclater
bientôt, puis la prière fait entendre ses purs accents ; car dans Stra-
delîa, M. de Flotovv a chanté sur tous les modes, hors sur le mode
ennuyeux que les Grecs ignoraient et que, dit-on, nous connaissons
si bien, On a tant abusé du mot bijou musical que nous n'osons nous
en servir ; disons donc tout simplement que l'arrangement de M. de
Longueville est de ceux qui arrivent vite à la popularité. Il contient,
ce qui défie et détrône la musique trop contre-pointée, la grâce, la
jeunesse, le sourire et les larmes ; toutes belles et bonnes choses que
les plus profondes combinaisons de l'esprit ne donnent pas, et qui
auront éternellement le privilège de satisfaire le goût de la foule
intelligente.
— Bien des petiles mains joueront le charmant morceau de Charles
Hess sur le Roman d'Elvire. Tout à fait facile et arrangé avec cette
habileté qui distingue l'auteur et qui lui a déjà valu tant de succès
dans des œuvres plus sérieuses, ce bouquet de mélodies offre, en
quelques pages, la finesse, la mélancolie, la rare distinction qui carac-
térisent tout ce qu'a tracé la plume noble et savante de M. Ambroise
Thomas. Pleine de gaieté par le mouvement de valse qui la termine,
cette fantaisie, presque enfantine, est aussi pleine d'élévation par un
certain andantino où se reconnaissent aisément l'harmonie, si sobre
et si pure, la mélodie si franche et si passionnée du maître.
La voix humaine est une enchanteresse, l'orchestre un magicien,
et nous doutons toujours un peu de la valeur intrinsèque d'une œuvre
qui a d'aussi irrésistibles interprètes , nous ne la reconnaissons pour
entièrement belle que quand elle a passé par l'arrangement où elle
laisse tant de prestiges. Eh bien ! les mélodies du Roman d'Elvire
défient l'épreuve ; elles en sortent charmantes et variées. Dans le petit
morceau de Charles Hess, il y a plus d'idées, plus de science que
dans beaucoup d'autres pages plus longues, plus difficiles et plus
compliquées.
— Sous ce titre : Y Orgue des salons, se publient des œuvres dignes
de l'attention et de la sympathie des connaisseurs. Bien entendu qu'en
allant dans les salons, l'orgue se fait mondain, gracieux et aimable :
plus de fugues sévères, plus de combinaisons sérieuses. Pour se faire
bien voir, il a tous les goûts du jour.
Les deux morceaux que nous avons sous les yeux sont des souvenirs
de Guillaume Tell et de la Part du Diable. Le premier est de M. Au-
guste Durand. L'auteur a choisi le beau chœur d'introduction du pre-
mier acte, le pas de soldats et plusieurs autres motifs. Le second,
écrit pour orgue et piano, est de M. Frelon. A quelques nuances près,
la même habileté, la même connaissance des ressources de l'instru-
ment se font remarquer dans ces deux fantaisies. Ce n'est plus l'orgue
comme l'aiment exclusivement les délicats ; mais c'est, néanmoins,
quelque chose de charmant. Plus moelleux que le piano, il en a sou-
vent le brillant. Dans la fantaisie de concert sur la Part du Diable,
les sons des deux instruments se mêlent d'une façon très-harmonieuse:
le piano babille pendant que l'orgue chante, et, de cette alliance, il
résulte des effets qui, pour des compositeurs aussi distingués que
M . Frelon, sont une nouvelle mine à e -tploiter et prometleut des succès
dont l'art, aussi bien que les salons, ne peut que profiter.
— Pourquoi les petites compositions vocales, les romances, les
mélodies obtiennent-elles assez rarement depuis quelques années une
de ces vogues qui portèrent si loin les noms de Panseron, de Masini,
de Loïsa Pugel et de plusieurs autres compositeurs ? A notre avis, il
faut s'en prendre à la confusion de style qui a envahi aussi ce char-
DE PARIS.
301
tnant domaine. Où il ne faudrait qu'une note, la note de la tendresse
et de la simplicité, on veut à tout prix montrer de la science, de la
recherche. M. A. Reichardt, qui est un excellent chanteur, n'a em-
ployé ni grosses modulations, ni accompagnements chargés, ni retards
prétentieux, et sa mélodie : Oh ! belle étoile ! oh ! doux regard ! dra-
matique en certains endroits et pleine d'accents vraiment élégiaques,
est franche, limpide et parfaitement bien écrite pour la voix. La sen-
sibilité, la naïveté qui régnent dans- cette composition assez déve-
loppée, charmeront tous ceux que la froide analyse et l'abus des
fortes épices harmoniques n'ont pas encore blasés.
— La spirituelle partition de M. de Flotow, Pianetla, écoutée avec
tant de plaisir au théâtre Déjazet, a inspiré à Musard une valse-bolero
que les auditeurs des remarquables concerts des Champs-Elysées ont
fort goûtée et que goûteront aussi les pianistes qui vont s'emparer à
leur tour de celte page facile et si bien venue. L'auteur de Maria et
de Stradella éparpille dans ses œuvres les plus légères des trésors
de grâce et d'harmonie ; aussi rien de plus dansant, de plus charmant
que cette valse-boléro. Musard a été rarement mieux inspiré. M. E. Des-
granges, en arrangeant tous ces délicieux motifs, s'est souvenu et de la
belle exécution de l'orchestre et des jolis détails que l'opérette con-
tient. Une mélodieuse introduction précède le tempo di boléro, puis
l'esprit et la gaîté éclatent. Le joli rhythme de la valse renferme
cette fois — ce qui ne lui arrive pas toujours — les mélodies les plus
sémillantes et des airs coquets à faire danser et damner les gens les
plus graves.
Adolphe BOTTE.
Nous avons fait connaître dans notre avant-dernier numéro la dé-
cision prise par le conseil communal de Spa, et votée par acclama-
tion, de donner à la promenade de Barisart à la Géronstère, qui vient
d'être achevée et qui sera inaugurée au printemps prochain, le nom
de Promenade Meyerbeer.
Voici la charmante réponse qui vient d'être faite à cette communi-
cation par l'illustres maestro :
« Schwalbach, 12 août 1860.
» Messieurs,
» Absent de Berlin depuis un mois et voyageant presque conti-
nuellement depuis cette époque, ce n'est qu'hier que m'est parve-
nue la lettre que vous m'avez adressée à Berlin.
» Je ne saurais vous exprimer, Messieurs, combien je suis touché
de l'honneur que vous projetez de me faire, en voulant donner mon
nom à la nouvelle promenade de Barisart à la Géronstère.
» Cette marque de sympathie me flatte d'autant plus qu'elle me
vient de cette ville de Spa, si chère à mon cœur; car je dois à ses
sources bienfaisantes l'affermissement de ma santé, à ses sites pitto-
resques des inspirations et de doux loisirs, à ses habitants un accueil
cordial et bienveillant depuis un grand nombre d'années.
» Cette nouvelle expression des sympathies que vous me portez
ne saurait augmenter davantage mon attachement et ma reconnais-
sance pour Spa : mais c'est un lien de plus qui m'attache à votre
ville, dont j'ose presque me regarder comme l'enfant adoptif, croyance
que vous venez de fortifier en inscrivant mon nom sur l'une de vos
promenades.
» Veuillez agréer, Messieurs, l'expression des sentiments les plus
distingués de votre très-dévoué et reconnaissant,
» MEYERBEER. »
NOUVELLES.
„*t L'opéra a joué lundi Pierre de Méd'cis, mercredi Sémiramis et ven-
dredi les Huguenots pour la continuation des débuts de Mme Vandenheu-
vel-Duprez. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer avait attiré une affluence
énorme, et la salle était littéralement comble. Mme Vandenheuvel n'a
pas euvnoins de succès dans le rôle de Marguerite que dans celui de la
princesse Isabelle. Après l'air Oh ' beau pays de la Touraine ! détaillé avec
une rare perfection, et qui a provoqué de chaleureux applaudissements,
Mme Vandenheuvel, dans le duo avec lïaoul, qui le suit, ne s'est pas
montrée seulement cantatrice du plus grand talent, mais encore très-
habile comédienne. Elle a eu dans la phrase : Ah ! si fêlais coquette! des
intentions d'une finesse et d'un enjouement qui lui appartiennent en
propre, et qui ont donné à ce morceau célèbre un cachet de nouveauté
remarquable et un charme tout particulier. Cueymard-Raoul a suivi
l'artiste sur ce terrain ; il a été plein d'élégance et de distinction. Le
grand duo du quatrième acte a produit son effet ordinaire ; Mme Barbot
y a déplojé beaucoup de passion, Gueymard l'a dignement secondée, et
les deux artistes ont été rappelés à la chute du rideau. Belval a très-
bien tenu le rôle de Marcel et Cazaux celui de Saint-Bris. En un mot,
cette représentation, par l'ensemble qu'a offert l'exécution, par la brillante
composition de la salle, par l'attention du public à écouter, par sa
chaleur à applaudir, peut compter comme une des plus belles qui aient
accueilli l'œuvre immortelle du grand maestro.
■*% La rentrée de Mme Tedesco aura lieu par le rôle de Fidès,
du Prophète, qui sera représenté le samedi 9 septembre au bénéfice de la
Caisse des pensions.
*** La représentation extraordinaire donnée au bénéfice des chrétiens
de Syrie, a produit une recette de 9,700 fr.
%% L'opéra-comique annoncé sous le titre d'une Révolte dans l'Inde
est le même que celui de Scribe et Offenbach, qui a reçu le titre défi-
nitif du Roi Barkouf, et qui sera joué par Crosti, berthelier, Mme l'galde,
Mlle Jïelia, etc.
\*t La reprise de la Part du Diable a fourni à Mlle Monrose l'occasion
de se montrer dans un rôle tout nouveau pour elle, celui de Carlo
Broschi, si bien créé par Mme Rossi-Caccia, qu'elle n'a pu ni voir, ni
entendre. La jeune cantatrice s'est acquittée de sa tache difficile avec
un talent dont les progrès se manifestent de jour en jour, et cette der-
nière épreuve contribuera encore à les hâter.
**» Le Pardon de Ploermel sera bientôt remis au répertoire. C'est
Mlle Monrose qui doit chanter le rôle de Dinorah.
**„, Demain lundi, première représentation du Docteur Mirobolan.
t*t M. Calzado introduit le nouveau diapason à l'orchestre du théâtre
Italien. Dans une quinzaine de jours tous les nouveaux instruments se-
ront prêts. Le diapason de ce théâtre, était l'un des plus élevés des théâ-
tres de Paris. Cette mesure, dont le directeur s'impose tous les frais, sera
très-favorable aux chanteurs.
*** Nous avons fait connaître sommairement dans notre dernier nu-
méro le programme du théâtre Lyrique pour sa prochaine saison théâ-
trale; nous complétons aujourd'hui nos renseignements. Ainsi la re-
présentation d'ouverture se composera de Crispin, rival de son maître,
qui sera joué pas MM. Balanqué, Fromant, Wartel, Legrand, Leroy;
Mmes A. Faivre, Durand et Duclos, et de V Auberge des Ardennes, opéra-
comique en un acte de MM. M. Carré et Verne, musique de M. Aristide
Ilignard, pour les débuts de M. Verdellet. Viendront ensuite la reprise
des Dragons de Villars pour la rentrée de M. Grillon et les débuts de
Mlle Hoziès qui se continueront dans le rôle de Gil Blas; celle du Val
d'Andore, ave M. Battaille dans le rôle qu'il a créé. Au mois d'octobre,
première représentation des "écheurs de Catane, opéra-comique en trois
actes, de MM. Cormon et Carré, musique de M. Maillart. Pour la rentrée
de Mme Miolan-Carvalho, reprises de Faust, des Noces de Figaro, de la
Fanchonnette, de Philèmon et Baucis. Reprise d'Orphée pour la rentrée de
Mme P. Viardot et les débuts de Mlle Oprawil, son élève. A partir de
décembre, première représentation d'un opéra-comique en trois actes
de M. Clapisson, de plusieurs ouvrages en un acte, d'une pièce en trois
actes de M. Semet, d'une autre de M. Reyer, et enfin d'un opéra-co-
mique en cinq actes dont la musique sera conliée â cinq jeunes com-
positeurs.
»*» Après une tournée départementale qui n'a été qu'une série de
triomphes, la troupe des Bouffes-Parisiens se prépare â faire sa rentrée
sur le sol natal. Le théâtre Choiseul ouvrira ses portes du 1«' au
S septembre, et c'est Orphée qui sera la pièce de réinstallation, Orphée à
qui un succès immense, général, a donné un nouveau baptême, Orphée
que la Belgique et l'Allemagne ont acclamé. I.a première nouveauté qui
sera offerte au public sera les Musiciens, opéra en deux actes, confié à
trois jeunes compositeurs, MM. Ilignard, Delibes et Erlanger. Otl'enbach
prépare avec Hector Crémieux une grande pièce en deux actes et quatre
tableaux, c'est-à-dire un succès.
„,% Des offres très-brillantes avaient été faites à M. Faure â son re-
tour de Londres. Nous apprenons qu'il a accepté celles de la direction
du théâtre royal do Berlin où il se rendra au commencement de I hiver.
302
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
„** Mme Czillag, la cé'èbre cantatrice, a été engagée aux conditions
les plus brillantes pour l'année prochaine par M. Ullman, directeur de
l'Opéra à New-VorL
„*„ Mlle Natalie Escliborn, plus connue dans le monde théâtral sous
le nom de Frassini, vient d'épouser, à Hambourg, le prince Ernest de
Wurtemberg. La bénédiction nuptiale a été donnée le 18 août par le
pasteur Van Ahsen, à l'hôtel Keller qui est la propriété de M. Escliborn
père. Le dimanche suivant, le prince et sa jeune épouse sont partis pour
la villa qu'il possède dans les environs de Cobourg.
**„. Géraldy est de retour de son excursion a Bourbonne-les-Uains,
où il a donné deux concerts dont l'un au bénéfice des pauvres. Dans le
premier il a été secondé par un pianiste de Langres, M. Alvvens, dont
l'exécution brillante, jointe au choix toujours habile de ses morceaux, a
enlevé tous les suffrages. Delà il s'était rendu à Ems où il s'est l'ait
entendre à côté de Mines Cambardi, Charlotte Dreyfus et Ketterer.
Une foule nombreuse s'était rendue à l'appel de ces célèbres artistes, et
leur a prodigué les plus chaleureux applaudissements.
**„ M. Willert Beale était à Paris cette semaine. Le célèbre impré-
sario est à la veille d'effectuer sa tournée dans les provinces d'Angle-
terre, qu'il a l'habitude de visiter annuellement pendant les mois de
septembre, octobre et novembre, avec une troupe composée d'artistes
les plus éminents. Cette année il a, dans ce but, engagé Mmes Grisi,
Viardot, Gassier et Mme Orvil, ainsi que MM. Mario, Graziani, Ciampi,
Angelo Luise, Fallard et Kinne. Indépendamment de cette excursion
artistique, M. Beale a engagé la célèbre cantatrice Clara Novello, ainsi
que M. Léopold de Meyer, et la Société chorale des Glees et Madri-
gaux, sous la direction de M. Lande, pour donner pendant deux mois
une série de concerts au palais de cristal de Sydenham. Mme Clara No-
vello fera dans ces concerts ses adieux au public anglais.
„% La jeune et jolie pianiste polonaise, Mlle Hedwige Brezowska,
vient d'épouser M. le comte Méjan, consul général de France à la Nou-
velle-Orléans.
,t*.:, Les courses du Mans ont été l'occasion d'un festival brillant. Parmi
les morceaux qui ont produit le plus d'effet, nous citerons l'ouverture
du Gitano, de M. Cherouvrier, lauréat de l'Institut, et Minuit, grande
ballade, paroles et musique du même auteur, qui a fourni à Mlle Lapom-
rneraye, de l'Opéra, l'occasion d'un nouveau succès. Le style pur, l'ex-
pression pathétique, le talent en un mot qu'elle a déployé et sa belle
voix ont soulevé des applaudissements enthousiastes. Une romance de la
composition de la jeune cantatrice a été redemandée. Mlle Dupire, du
Conservatoire, a fort bien exécuté un morceau de Ilerz et une sonate
de Pixis ; et un amateur, M. lîrice, qui joue du hautbois en véritable
artiste, a obtenu le plus grand succès dans une fantaisie de sa compo
sition.
'„,% Mme Louisa Jung, pianiste distinguée, qui s'est fait entendre a
Paris cet hiver, vient de donner à Ems et à Kreutznach des concerts
qui ont attiré beaucoup de inonde. Elle y a exécuté divers morceaux
d'un genre différent de VVeber, Chopin, Wieniawski, Mathias, qui lui
ont valu des applaudissements aussi chaleureux que mérités. Des artistes
de talent, M. Laub, violoniste, Mme Bertini, Folz, le flûtiste, prêtaient
leur concours à Mine Jung.
»'% Mme T. VVartel est l'une des artistes que nous suivons avec le plus
d'intérêt sur la terre étrangère et dont les succès peuvent seuls nous
alléger l'absence. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que cette
excellente virtuose et professora s'est fait en une année une meilleure
position que bien d'autres en dix. Elle a fondé un cours de musique de
chambre, dont la faveur est grande dans la société d'élite. Le concert
donné par elle a été l'un des plus brillants et des plus productifs de la
saison.
„,*„, Depuis que Paganini et Ernst ont composé et rendu populaires
les variations du Carnaval de Venise, d'innombrables imitations et arran-
gements de ce célèbre morceau, la plupart' pour le piano, ont été pu-
bliés, et parmi ces derniers, celui de Charles Voss s'est placé en première
ligne. Mais un arrangement pour le piano à quatre mains manquait, et
cette lacune a été souvent regrettée par les professeurs et les pianistes.
Ils apprendront donc avec plaisir que le Carnaval de Venise de Charles
Voss, arrangé à quatre mains, paraîtra cette semaine.
**„ La ville de Cambrai met au concours le projet de construction
d'un théâtre devant contenir de onze à douze mille places, sur un péri-
mètre de 85 mètres de longueur et de 20 à 22 de largeur. Le théâtre
sera isolé.
»% Nous rappelons aux Sociétés chorales et fanfares, ainsi qu'au pu-
blic, qu'un concours général d'orphéons aura lieu à Besançon le diman-
che 23 septembre. Cette solennité empruntera un caractère exception-
nel à l'exposition universelle ouverte â Besançon , depuis le 21 juin
dernier, et qui appelle de tous les points de la France un grand con-
cours do visiteurs.
**, Amédéc Meneaux, le célèbre professeur et critique de Iloucn, est
en ce moment à Paris.
:|,,,:;j, I a remarquable partition que Louis Lacombe a écrito pour le drame
de M. Paulin Niboyet va être enfin exécutée par des chœurs et un or-
chestre dignes de cet ouvrage et de la réputation de ses auteurs.
VAmour doit être bientôt représenté à Anvers, au Grand-Théâtre, sous
la direction de M. Calabresi. Nous nous en réjouissons pour Louis La-
combe et pour les Anversois, car l'Hymne à Schiller (premier acte) , où
déborde si largement l'enthousiasme d'une jeunesse reconnaissante, le
chœur des gardes de nuit et le Miserere sont des pages d'un puissant
coloris, d'une inspiration soutenue et d'une science toute magistrale.
**» Au nombre des dernières nouveautés exécutées au concert des
Champs-Elysées, on a remarqué et vivement applaudi l'ouverture du
Roman d'Elvire, d'Ambroise Thomas. L'orchestre de Musard l'a admira-
blement exécutée.
**,. S. M. le roi de Portugal a fait remettre au violoniste Herman la
croix de chevalier de l'ordre de Saint-Jacques.
„..** L'administration du théâtre Lyrique a l'honneur d'informer MM. les
artistes musiciens que les places de violon solo et de violoncelle solo
étant vacantes dans l'orchestre de ce théâtre, un concours aura lieu le
lundi 27 courant, à l'effet de pourvoir à ces vacances. On est prié de se
faire inscrire d'avance au théâtre.
„*„ On annonce la mort du violoniste Ilausmann, décédé le 10 juillet
à Edimbourg, où il était employé comme directeur de musiaue.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„ Boulogne-sur-Mcr . — Une séance solennelle de musique religieuse
vient d'avoir lieu dans notre ville à l'occasion de l'inauguration du
grand orgue de l'église Saint-Nicolas. Ce magnifique instrument sorti
des ateliers de MM. Merklin, et Schutze, célèbres facteurs de Paris et
de Bruxelles, d'où sont sorties également les grandes orgues de Saint-
Eustache de Paris, des cathédrales de Rouen, de Bourges, de Murcie
(Espagne), et où se construisent maintenant les grandes orgues des ca-
thédrales d'Arras, de Dijon, de Lyon, de Notre-Dame de Paris et de l'église
Saint-Philippe du Boule, a excité l'admiration de l'auditoire d'élite qui
remplissait notre vaste église. Après la bénédiction solennelle de l'ins-
trument par M. le grand doyen, MM. Edouard Batiste, professeur au
Conservatoire impérial de musique, organiste de Saint-Eustache de Paris,
Sergent, organiste de la métropole de Paris, et Alex. Guilmant, orga-
niste de Saint-Nicolas, ont fait entendre successivement tous les effets
de l'orgue, et la maîtrise, à laquelle s'étaient joints des amateurs de la
ville, ont exécuté plusieurs morceaux de Haendel, Mozart, Haydn, Men-
delssohn, Rossini et Gounod, sous la direction de M. A. Guilmant,
maître de chapelle; Mlle L. Guilmant tenait l'orgue d'accompagnement.
Nous n'avons que des éloges à adresser sur la manière remarquable
dont les morceaux de chant ont été interprétés, et sur le talent déployé
par les organistes que notre ville élait heureuse de posséder. On a
beaucoup remarqué la Prière en mi, de Lenimens, et la fugue en sul
mineur, de Bach, par M. Guilmant, le bel Offertoire, de M. Sergent, et
surtout un morceau d'orçiae et une communion, joués avec une grande
délicatesse de sentiment musical et un tact exquis des choses mélodi-
ques par leur auteur, M. Edouard Batiste. Ces deux suaves mélodies,
empreintes d'un cachet tout céleste, ont eu les honneurs de cette re-
marquable et imposante solennité.
£% Lille. — L'une des plus anciennes succursales du Conservatoire
de musique de Paris, celle de notre ville, prend de plus en plus des
proportions considérables depuis qu'elle est dirigée par M. Magnien.
Près de trois cents élèves en font partie, Quatre ou cinq classes nou-
vellement élablies, jointes à celles qui existaient déjà, en font une école
des plus complètes qui, chaque année, envoie à la capitale des
élèves dont un bon nombre se place au premier rang. Cette école vient,
dans sa dernière distribution de prix, de se distinguer de nouveau par
le concert qui a précédé la remise des couronnes. Un chœur nombreux
avec accompagnement d'orchestre, tiré du Faust, de Gounod, a été dit
avec un ensemble remarquable sous la conduite du directeur qui se
charge de cet emploi pour les exécutions générales. l'ans cette audi-
tion, les soli qui ont eu le plus de succès sont, sans contredit, ceux de
violoncelle et de hautbois. Quant à la partie vocale, on a surtout ap-
plaudi Mlles Dufossez et Devaux, dans l'air du Comte Onj et dans celui
de Robin des Bois. Il en a été de même à l'égard de M. Dupuis dans l'air
ùelUa-aniello, et de MM. Vitaux, Lepers et Frémeaux dans le trio de Cuil-
laume Tell. Dans ce morceau capital, M. Vitaux s'est distingué princi-
palement dans l'andante qu'il a dit avec distinction. Ce ténor monte
sans effort, et c'est dans cette condition qu'il a fait entendre un ut dièse
de poitrine. 11 faut ajouter que l'exécution de ce concert, grâce aux
soins de la direction, a eu lieu conformément au diapason normal.
Deux allocutions prononcées par le directeur et M. le maire de Lille,
ont précédé l'appel des lauréats qui, tous, ont été reçus chaleureu-
sement par l'auditoire compacte qui se pressait dans les salons de
l'Académie.
*% Touion. — Le 8 courant a eu lieu dans l'église Saint-Louis l'inau-
guration d'un grand orgue do 16 pieds, construit par la maison Stoltz
et Ce, de Paris. L'instrument, qui a trois claviers à mains et un clavier
DE PAK1S.
303
de deux octaves de pédales séparées, est composé de trente-deux jeux
dont la belle exécution a émerveillé MM. les ingénieurs et artistes ap-
pelés à expertiser ce nouvel instrument. En effet, la maison Stoltz et C°
occupe une place à part par l'excellence de ses produits et la modicité
de ses prix. M. J.-Ch. Iles.s, venu exprès de Paris pour faire entendre
cet orgue, a laissé un beau souvenir de son talent dans le midi de la
France. Tous les jeux ont parlé le meilleur langage, tous les genres de
la musique religieuse se sont fait entendre. L'orgue et les artistes qui
l'ont touché nous ont paru du premier choix. M. Thurner, organiste à
Marseille, a partagé avec M. Hess les honneurs de la journée. Ces deux
maîtres éminents ont tour à tour occupé l'attention des assistants pen-
dant une heure et demie sans qu'elle se soit jamais lassée. L'assemblée
était nombreuse et distinguée ; M. l'archiprètre de Toulon, ci-devant curé
à Saint-Louis pendant vingt ans, a béni le nouvel orgue. Il était entouré
de MM. les curés de la ville et de la banlieue, d'un grand nombre dec-
. clésiastiques, des autorités, des officiers de l'armée, des professeurs de
musique et des dilettanti de la société toulonnaise. La journée a été belle
pour M. Stoltz, l'habile et consciencieux facteur.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„% Londres. — Depuis quinze jours, la magnifique salle florale atte-
nant à Covent-Garden est envahie par les amateurs des promenades-
concerts implantés à Londres par Juliien. M. A. Mellon a entrepris une
série de ces concerts avec le concours du prince-artiste Galitzin. Cette
spacieuse salle se prête merveilleusement à ces sortes de fêtes. L'or-
chestre, conduit tour à tour par M. A. Mellon et par le prince Galitzin, est
irréprochable. On admire chaque soir les charmantes vocalises de
Mlle Parepa et la belle voix de M. Wilbye Cooper. Les chœurs appar-
tiennent à l'Opéra italien, c'est dire que ce sont les meilleurs que nous
possédions. — L'impulsion donnée par Eugène Delaporte à la musique
chorale par la récente visite des orphéonistes à Londres, a déjà porté
ses fruits. Deux sociétés sont en pleine voie d'organisation et n'at-
tendent que le concours do quelque ami de l'art pour se constituer en
comité. Nous verrions avec plaisir l'une de ces sociétés françaises
prendre le nom des Enfants de Luièce et d'Albion, en souvenir de la
brillante démonstration qui a eu lieu, il y a deux mois, au Palais de
Cristal. — Parmi les ouvrages nouveaux qu'il avait annoncés le direc-
teur de l'Opéra italien de Covent-Garden devait jouer Stralella deFlotow.
L'auteur de cet ouvrage devait y faire quelques additions qui ne sont
pas arrivées à temps, M. Gyt, a donc été forcé de l'ajourner à la saison
prochaine.
„,*„, Bruxelles. — Déjà presque tous les artistes de notre première
scène lyrique sont arrivés, et les répétitions vont commencer. Tout le
monde est généralement d'accord que M. Quélus, dans les nouveaux
engagements qu'il a contractés, a eu la main heureuse. — Parmi les
artistes nouveaux qui feront partie de sa troupe, nous voyons figu-
rer le nom de Mlle Litschner. Ce nom inconnu de la plupart des
habitués du théâtre de la Monnaie, ne l'est pas à Paris et encore moins
dans le midi de la France. Mlle Litschner a fait partie de la troupe que
M. Letellier dirige àMarseilleetelle en était une des étoiles. Elle y a rem-
pli les emplois de premières chanteuses légères de grand opéra. Parmi les
grands succès de la jeune cantatrice, nous citerons les rôles de Mathilde,
de Guillaume Tell, ceux de Lucie et de la reine dans les Huguenots.
„% Vienne. — Au théâtre de la Cour, on a mis en répétition la Fian-
cée, cl'Auber. Le rôle principal sera chanté par M. Wachtel. Karl Treu-
mann a passé avec Offenbach un traité qui assure au premier le droit
exclusif de faire jouer à Vienne les ouvrages de l'auteur d'Orphée aux
enfers. M. Treumann a obtenu, comme on sait, le privilège d'un nouveau
théâtre; la salle est en voie de construction.
„,*„. Carlsruhe. — Pioger vient de reparaître sur le théâtre de la Cour
où il a chanté le rôle de George Brovvn et do Itaoul avec un succès égal
à son talent ; c'est toujours la même élégance, la même verve et la même
puissance dramatique. Après le duo du quatrième acte des Huguenots,
Roger a été salué d'un triple rappel.
.% Berlin. — Mme Miolan-Carvalho est attendue dans notre capitale
où elle est engagée pour une série de repré-eniations; avant de se ren-
dre ici, la célèbre cantatrice doit se faire entendre à Spa et à Bade.
„,** Brunswick. — Pour l'ouverture de la saison le théâtre de la Cour
doit donner Dinorah. C'est Mlle Eggeling qui chantera le principal rôle
déjà interprété par elle avec succès à Hambourg.
*% Hambourg. — Parmi les nombreux artistes qui sont ici en repré-
sentation, nous citerons Mlle Lita, de Dre;de, qui a obtenu un brillant
succès dans le rôle de Marguerite, des Huguenots. Cette jeune cantatrice
a également réussi dans le rôle de Dinorah. Mlle Schmitt, qui nous a fait
ses adieux dans celui de Fidès, a été l'objet d'une ovation.
»*» Tœplitz. — Le premier festival de la Bohême a eu lieu dans cette
ville les 12 et 13 août. Ont pris part à cette intéressante solennité 18 so-
siétés bohèmes, 8 sociétés moraves, 1 société prussienne et 14 yenues de-
S.'ixe; ce qui fait un total de 3S associations de chant avec 4,600 chan-
teurs.
,,% Saint-Pétenbourg, fi/t7 août. — Un brillant concert vient d'être
donné dans une des grandes salles du palais Anglais, à Péterhof, au
profit de l'hospice Nicolas de cette localité. Il avait été organisé par le
compositeur Dutsch ; les artistes qui y ont pris part étaient Mlle Léo-
nova, MM. Antoine Kontski, Tabarovski, Seiffert, Wurin et Pétroff. Parmi
las morceaux exécutés on cite un duo, chanté par Mlle Léonova et M. Pé-
troff, tiré d'un nouvel opéra composé par Dutsch et intitulé les Rivales,
qui, dit-on, sera représenté au mois de décembre, et auquel on croit
pouvoir prédire du succès si l'on en juge par les morceaux qu'on a eu
l'occasion d'entendre déjà. La musique de Dutsch répond parfaitement
au sujet intéressant du poëme ; elle est dramatique et d'un sentiment
vrai, s'écoute facilement et renferme des effets scéniques qui du pre-
mier coup saisissent les masses. — Le 1er octobre prochain doit être
ouvert à Varsovie le Conservatoire musical si généralement attendu et
désiré, et dont M. Apollinaire Kontski, en ce moment à Pétersbourg, a
été nommé directeur. C'est le 28 août (8 septembre n. st.) 1859 que
M. Kontski a reçu l'autorisation suprême de réaliser l'idée d'un insti-
tut musical à Varsovie, à la condition que le capital de fondation, éva-
lué approximativement à 45,000 r. , serait déposé à la banque dans l'es-
pace de six mois; le fondateur a été en même temps autorisé à recevoir
des dons de 50l> r. de la part des fondateurs de bourses, et même des
sommes moindres pour en former des bourses également. Le gouverne-
ment s'est déclaré prêt à concéder les édifices nécessaires pour l'éta-
blissement, et il a pris l'engagement d'assigner les sommes utiles pour
les reconstructions et réparations, de donner 2,000 r. par an et d'accor-
der quelques prérogatives aux maîtres et à ceux des élèves qui auraient
achevé avec succès leur éducation musicale dans l'établissement. Non-
seulement les magnats polonais, le clergé, les propriétaires, les fonc-
tionnaires, mais les artisans même ont apporté leurs dons, comprenant
la nécessité d'un institut qui put rendre inutiles aux élèves les voyages
dispendieux à l'étranger pour se perfectionner dans toutes les bran-
ches de l'art musical, en même temps qu'il fournirait les moyens de
compléter des orchestres et d'obtenir des artistes et des maîtres pour
tous les instruments. En outre l'on a organisé à Varsovie, au. profit
de cette fondation, quatre festivals qui ont produit une recette con-
sidérable, et dans plusieurs villes populeuses du royaume on a aussi
donné des concerts d'amateurs au profit de l'institut. En ce moment le
capital nécessaire est déposé à la banque, tous les instruments sont là,
et le Conservatoire compte déjà sur sa liste deux cent cinquante can-
didats. La rétribution annuelle est très-modérée comparativement à
d'autres instituts du même genre; elle est fixée à 50 r., tandis qu'au
Conservatoire de Leipzig elle est de 75 r.
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Instruments Sasomnitoni«nies. Invention à la-
quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus" belle page dans son rapport officiel {[ns-
Irumenls de cuivre), dont voici de courts extraits :
Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. « (Page 1333.)
u La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
■ésolu le problème d'une justesse pmifaitf. pour les
nslrumcnls à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de ebaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis,
près la place Lafayette, à Paris.
15 1:
ifacture de
48, rue de la
MAISON H. HERZ
Victoire, à Paris.
" A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos a queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n" 28.
Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et .'iu obtinrent, à l'unanimité des sutfrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unamsiité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. •
{Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
i" médaille d'or
Exposition nationale française de iSIt'J
DÉCORATION DE LA tÉGION D HONNEUR
Exposition de 1869.
MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS
FONDÉE A PARIS EN 1S43 PAR
1" médaille
Exposition nationale belge de 18il.
DECORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE
de Hollande (1845).
1™ médaille d'argent
Exposition nationale française de 18a4
Grande médaille d*or
Facteur de la Maison mililaire de rtinnercur. </« mente de Prusse (me).
RUE SAINT -GEORGES, 50 ^§>«&o-
Seule grande médaille d'honneur à 1 Exposition universelle de Paris (1955). -Seule grande médaille
(Vnttttcil JtSeilitl) à l'Exposition universelle île Eondres (I8»l).
Organis iteur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de U Garde impériale.
INVENTKLR DES FAMILLES DES
ownTnOMIUS SAX-TUBAS CLA.IRONS-SAX. CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX.
Iaxhobns Saxophones. trombones-sÀx. clarinettes basses-sax. basson-sax^ cuivre et en b&is).
Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; l Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons
inventinn brevetée en lSSî>. ou cylindres, les mêmes forme baxo-lromba.
Tous les instruments a pistous avec addition d'une ou plusieurs Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes Clarinettes, ■ »»"5*«
clefs; invention brevetée en 1S5». Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Lym
Svstèm'e d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en I S5«. I baies, etc., etc.
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
ON S'ABONNE 1
Dana les Départements et à l'étranger, chez
les Marchands de Musique, les Libraires, et
Hureaux des Messageries et des Postes.
N° 36.
2 Septembre 1860.
PRIS DE L'ABONNEMENT:
Paris 94 fr. par on
Départements, Uelgiquc cl Suisse, - . 30 » îd-
lilrungcr 34 » id.
Le Journal parait le Dimanche.
■M ' F.
— '\nn/\J\r\AAAA/w^
SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique
(suite et fin du 2e fragment), par Fétis père. — Théâtre impérial de l'O-
péra-Comique: le Docteur Mirobolan, opéra-comique en un acte, paroles de
MM. Cormon et Trianon, musique de M. E. Gautier, par D. A. D. Saint-
Yves. — Revue critique, par Adrien de La Fage. — Un opéra inédit
de Gluck, par l.indner. — Nouvelles et annonces.
FRAGMENTS
DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
(Ouvrage inédit.)
Suite et fin du deuxième fragment (1).
Les plus anciennes traces d'un système régulier de tonalité dans
la musique des Grecs se trouvent dans le peu qu'on sait concernant
le poëte-musicien Olympe qui, né dans la Mysie, contrée de l'Asie
Mineure, et cpnséquemment Pélasge d'origine, vécut environ deux
siècles avant le siège de Troie. Je démontrerai, dans l'histoire de la
musique des Grecs, qu'à cetle époque le système de la musique pé-
lasgienne était celui de l'octave divisée par vingt-quatre quarts de
ton, et que cet intervalle y était fréquemment employé ; on y verra
enfin que le système diatonique, c'est-à-dire la combinaison des tons
et des demi-tons, y était absolument étranger. L'identité du système
primitif de la musique des Grecs avec celui de la Perse était complète:
son origine orientale n'est pas douteuse..
Vers l'an 1600 avant l'ère chrétienne, Deucalion, fils de Promé-
thée, vint des environs du Caucase, à la tête d'une colonie, s'établir
dans la Thessalie et y régna. Ses deux fils, Hellen et Amphictyon,
rassemblèrent ses sujets, qui s'étaient retirés sur de hautes monta-
gnes pour échapper à la grande inondation partielle connue sous le
nom de déluge de Deucalion, et se partagèrent ses Etats. Hellen
donna son nom au peuple qu'il gouvernait, et ses fils ou petits-fils
Eolus, Doras, Ion et Achœus, devinrent les chefs des quatre grandes
tribus dont se composaient les Hellènes, lesquelles sont connues dans
l'histoire sons les noms de Doriens, Eoliens, Ioniens ou Iastiens, et
Acheens. Devenus nombreux et puissants, les Hellènes firent la guerre
aux Pélasges, les chassèrent du pays ou se mêlèrent avec eu-c. Héroï-
ques dans les combats, particulièrement les Doriens, mais ignorants
et barbares, ils firent rétrograder d'abord la civilisation de la Grèce.
Les guerres que se firent ensuite les tribus helléniques occasionnèrent
(1) Voir le n° 34.
à plusieurs reprises, pendant plus de trois siècles, des déplacements
de populations entières ; enfin, lés Achéens se fixèrent dans l'Egiale,
qui prit d'eux le nom i'Achaïe ; une partie des Ioniens se mêla aux
Eoliens dans l'Attique ; le reste se répandit dans les îles de la mer
Egée et fonda des colonies dans l'Asie Mineure. Quant aux Doriens, ils
s'emparèrent de l'Argolide, de la Laconie, de la Messénie, d'une partie
du Péloponèse, et des îles de Crête et de Mégare. Plus tard, ils en-
voyèrent, ainsi que les Eoliens, des colonies dans l'Asie Mineure.
Tous ces mouvements, auxquels il faut avoir égard pour bien en-
tendre les transformations qui s'opérèrent dans la musique des Grecs,
furent accomplis vers le milieu du xue siècle avant l'ère chré-
tienne.
Après que les Pélasges eurent été chassés ou soumis par les Hellè-
nes, et surtout après la destruction du royaume de Troie, qui rendit
les Grecs maîtres d'une grande partie de l'Asie Mineure et réduisit les
Phrygiens en esclavage, les éléments de la langue pôlasgique se fon-
dirent insensiblement dans l'hellénique, et ceux de la tonalité musi-
cale, également originaires de l'Inde, commencèrent à se transformer.
Alors s'opéra un changement considérable dans la constitution de
l'échelle des sons de la musique grecque ; car au principe pélasgique
de la division de l'octave par quarts de ton, principe sur lequel re-
posait ce qu'on a appelé le genre enharmonique d'Olympe, succéda
le principe hellénique de la classification des sons contenus dans les
mêmes limites par des intervalles de tiers et de deux tiers de ton ;
ce qui constitua un genre nouveau qu'on appela chromatique, c'est-à-
dire coloré, mais qui n'était en réalité qu'une forme du genre enhar-
monique, moins ancienne que l'autre, ainsi que l'a fort bien remarqué
le savant Boerkh (1), bien qu'il n'ait aperçu l'origine de l'une ni de
l'autre. Dans ce deuxième genre enharmonique de la musique des
Grecs, se montre une analogie remarquable avec le système tonal des
Arabes, dont j'ai signalé l'existence probable chez tous les peuples
sémitiques dès la plus haute antiquité. D'où était donc venu dans là
Grèce ce genre nouveau de musique substitué à celui des Pélasges ?
On ne peut lui trouver d'origine qu'en supposant que les Hellènes
l'avaient apporté des contrées caucasiennes, leur première demeure ;
car rien niarrive sans cause,, et la seule qu'on puisse indiquer ici ré-
side dans les rapports des nations de l'Asie occidentale entre elles.
Il est essentiel de ne pas se tromper sur la signification du mot de
système appliqué à la musique de ces temps anciens et barbares ; car
il n'y avait point alors d'autre musique que les chants populaires des
diverses nations. Le système tonal d'un peuple, dans ces temps re-
(1) De Mctris Pinclari, lib. III, cap. x; in Pirul. op..
Ier, p. 250.
306
REVUE ET GAZETTE MUSICALE;
culés, n'est autre chose que sa manière de chanter : il réside tout
entier dans la tradition.
La diversité des modes de la musique grecque et les formes de ces
modes confirment l'origine orientale de cette musique. Deux de ces
modes étaient pélasgiques , à savoir, le phrygien et le lydien; les
trois autres, appelés ionien ou iaslien, colien et dorien, étaient hellé-
niques. Les noms qui leur étaient donnés indiquent l'usage habituel
qu'en faisait dans leurs chants chacune des peuplades dont se forma
la nation grecque. A ces formes s'ajoutèrent plus tard les transpo-
sitions de leurs formes, à des degrés plus élevés ou plus bas dans
l'échelle des sons, par des procédés mécaniques qui seront exposés en
leur lieu.
Dans les premiers temps de la musique grecque constituée en art
élémentaire, et lorsque le genre enharmonique était le seul connu ,
chaque mode pouvait recevoir plusieurs formes, par des arrangements
divers des altérations des sons de l'octave : or celte coïncidence avec
les formes diverses des modes de la musique antique de l'Inde est
une indication nouvelle de la filiation des peuples dont nous avons
esquissé le tableau.
La transformation complète de la musique grecque, et la création
du système diatonique, devenu la base de la musique européenne du
moyen âge, commencèrent par la substitution du tétracorde, ou série
de quatre sons, à Ja division simple de l'octave. C'est dans ce nouveau
système, dont la conception sera expliquée quand il en sera temps,
que s'introduisit dans la musique le genre chromatique proprement
dit, lequel fut appelé par les Grecs chromatique ionique. Dans ce
genre, le demi-ton fut substitué au tiers de ton, qui disparut ; mais
celte innovation importante ne fut que l'intermédiaire par lequel on
arriva au genre diatonique, dans lequel les sons de l'échelle furent
placés à des intervalles de tons el de demi-tons inégalement répartis.
Alors fut achevée une des plus grandes révolutions dont l'histoire de
la musique ait conservé le souvenir ; alors sortit enfin du chaos ce
genre diatonique, considéré, par une erreur singulière, comme le seul
qui soit en rapport avec l'organisalion humaine, tandis qu'il n'a été
que le fruit de lents progrès chez une nation éminemment intelligente
et perfectible.
11 est à remarquer que ce genre diatonique n'est point encore celui
de la musique européenne des temps modernes, le seul qui ait toutes
les conditions nécessaires à l'art complet ; il en est même très-éloigné,
car les modes divers sont basés sur des différences de constitutions
d'octaves, c'est-à-dire sur les variétés de positions des demi-tons,
suivant que l'un ou l'autre son déterminé devient l'initial d'un mode.
Si, d'après certains calculs qui paraissent fondés et qu'on trouvera
dans le cours de cet ouvrage, la formation du genre diatonique peut
être rapportée au ixe siècle avant J.-C, il n'aura pas fallu moins de
deux mille cinq cenls ans pour passer de ce système à celui de la
musique moderne, dont les gammes sont toutes formées d'une manière
uniforme; car celui-ci ne s'est révélé au génie d'un grand musicien,
par l'harmonie, que dans les dernières années du xvip siècle, ou dans
les premières du xvne.
11 est nécessaire que je déclare ici que tout ce qu'on vient de lire
concernant l'origine et les transformations du système musical des
Grecs ne provient pas de renseignements positifs de l'histoire, car
une profonde obscurité couvre tout ce qui est antérieur au temps de
Pylhagore, et l'on ne commence à rencontrer quelques indications
précises sur la nature de celle musique qu'environ cinq cents ans
avant J.-C. Les bases de la génération et des transformations des to-
nalilés de l'ancienne musique grecque ne peuvent se trouver que par
des rapprochements d'indications fugitives et des faits dont l'enchaîne-
ment n'est saisi qu'au moyen d'études minutieuses, patientes, héris-
sées de difficultés. A vrai dire, tout cela est dans le domaine de
l'hypothèse ; mais l'hypothèse nécessaire, celle qui ressort de la na-
ture des choses, est aussi de l'histoire à défaut de documents cer-
tains.
Les Pélasges qui entrèrent en Italie à deux époques assez rap-
prochées, les premiers sans chef connu, les autres sous la conduite
d'OEnolrus, et qui s'établirent, les premiers dans la Toscane, les
autres dans le Latium, avaient, comme nous l'avons fait voir, la
même origine que ceux qui peuplèrent la Grèce et appartenaient à
la même. migration indo-scythe. Du mélange des premiers avec les
Rhasènes, peuple de la même origine qui s'élait arrêté longtemps dans
la Rhétie, sortirent les Tnsei ou Etrusques, et des compagnons
d'OEnotrus vinrent les Sabins et autres peuples lat;ns. Le système
musical de ces peuples ne nous est pas connu, mais l'identité qu'ils
ont avec les Pélasges de la Grèce, les rapports plus remarquables en-
core de la langue latine avec le sanscrit que ceux de la langue grec-
que avec celle-ci, l'analogie parfaite du style étrusque avec le plus
ancien style grec dans les arts du dessin, enfin la similitude frap-
pante des instruments de musique représentés sur les vases peints
recueillis dans l'ancienne Etrurie, dans la Campanie et l'Apulie (par-
ties actuelles du royaume de Kaples et de la Calabre) avec ceux des
monuments grecs parvenus à notre connaissance, tout enfin nous
porte à croire que le système tonal de tous les peuples du l'antique
Italie a dû être originairement pélasgien, c'est-à dire identique avec
le plus ancien système de la musique des Grecs dont la source ou les
sources furent les tonalités antiques de l'Inde et de la Perse.
Les mêmes probabilités existent pour les Hénètes, ancêtres des
populations actuelles de l'Illyrie et de la Dalmatie, ainsi que les Vé-
nèles du territoire de Venise, tous de même souche non mélangée.
On sait, en effet, que les Hénètes et les Yénètes étaient des Troyens
échappés à la destruction de leur patrie, qui, sous la conduite d'An-
tenor, avaient fondé des colonies dans la Thrace, dans l'Illyrie, en
Dalmatie et sur les côtes de l'Adriatique. Or, les Troyens étaient
Phrygiens, ceux-ci Pélasges, et les Pélasges provenaient de la pre-
mière migration indo-scythe. Nul doute que leur système tonal ne
fût l'enharmonique d'Olympe, leur compatriote, et que parmi leurs
chants ne se trouvassent ceux que ce poëte-musicien avait composés
plusieurs siècles avant leur émigration. Plus tard, ces Hénètes et ces
Vénètes devinrent la souche des races slaves, par leur union avec
les Sarmates. Par une étude attentive des mélodies anciennes des
populations slaves, des Finlandais, des Dalmates, des Illyriens, on est
frappé .d'étonnement par l'analogie de certains types avec ceux des
airs de l'Inde les plus anciens. Cette analogie n'est pas moins évi-
dente dans les chants de ces populations errantes qui parcourent la
Russie, la Pologne, la Hongrie et la Croatie, et ailleurs, sous les noms
de Ziç/ennes ou Zinganes, et sont connues vulgairement sous le nom
de Bohémiens. Ce peuple singulier, qui ne s'est mêlé à aucun antre,
a conservé dans sa langue des rapports si nombreux avec le sanscrit,
qu'elle en semble un dialecte. On croit que son émigration de l'Inde
date des temps les plus anciens , temps antérieurs à toute histoire.
Suivant une tradition rapportée par Burnouf, des Hindous dégénérés
et dégradés par tous les vices auraient été frappés de malédiction et
forcés de s'éloigner du pays à une époque qui se perd dans la nuit
des temps. Si les Zigennes ou Zinganes, sans patrie, sans demeures
fixes et sans culte, descendent de ces Hindous maudits, la malédic-
tion pèse encore sur eux. Le chant consolateur seul leur est resté avec
la danse.
A l'égard des Sicani et des Siculi qui peuplèrent la Sicile, les rap-
ports de leur langue et de leur système tonal avec l'ancienne musique
de l'Inde ont dû s'affaiblir rapidement; car les Phéniciens, qui se
mêlèrent à eux et bâtirent les villes de Panorme (Palerme) et de Le-
lybée, durent modifier le système pélasgique des premiers habitants
du pays par l'introduction d'éléments qui appartenaient au système
arabe. Les rapports de certains poèmes chantés, encore en usage
dans la Sicile, avec le Cantique des cantiques de la Bible, lesquels
DE PARIS.
307
ont été remarqués par un savant voyageur, ainsi que ceux des mélo-
dies populaires des Siciliens avec les chants arabes, donnent beaucoup
de vraisemblance à ces conjectures.
FÉTIS père.
THEATRE MPËRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE.
LE DOCVEUK J7Hlê©BS3HBi.%.%.
Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Cokmon et Trianon,
musique de M. E. Gautier.
(Première représentation le 28 août 18C0.)
Pour rendre à César ce qui appartient à César, le régisseur, chargé
d'annoncer les auteurs, aurait dû ajouter que la pièce, arrangée par
MM. Cormon et Trianon , était d'Hauteroche et s'appelait Crispin
médecin. Mais il parait que la Comédie-Française a exigé que l'on
déguisât ce nouvel emprunt fait à son répertoire , et que c'est sur
ses réclamations qu'on l'a nommé le Doctevr Mirobolan.
Du resle, celte manière d'appropriation musicale n'en est pas au-
jourd'hui à ses débuts. Certains chefs-d'œuvre, tels que Don Juan,
le Barbier de Séuille, les Noces de Figaro, ont été mis hors de cause
par le génie des compositeurs. Mais on ne s'est pas arrêté là, et il
fut un temps, vers la fin du siècle dernier et vers le commencement
de celui-ci, où les nombreux théâtres lyriques qui existaient alors ne
se firent aucun scrupule de puiser a pleines mains dans les œuvres
de Molière, de Regnard, de Dufresny et de vingt autres maîtres de la
scène. L'abus alla si loin, qu'un auleur journaliste crut devoir le com-
battre par une comédie en vers intitulée : le Misan'hrope en opcr .-
comique.
De nos jours on semble revenir à ces fâcheux errements, et, si l'on
n'y prend garde, nous verrons se réaliser la prévision satirique que
nous venons de citer. Nos faiseurs de livrets sont-ils donc si à court
d'imagination qu'ils ne puissent rien trouver que dans le fonds d'au-
trui? Et sont ils eux-mêmes si hostiles à leurs intérêts, qu'ils n'y
regardent pas à deux fois avant d'abandonner une partie de leurs
droits au domaine public, lorsque, avec un peu plus de peine, ils
pourraient les conserver tout entiers.
Ce système nous a valu, c'est vrai, les gracieuses partitions du Mé-
decin malgré lui et de l'Avocat patelin; mais nous croyons ferme-
ment que MM. Gounod et Bazin auraient été tout aussi bien inspirés
par des ouvrages nouveaux.
En admettant d'ailleurs le recours à l'ancien répertoire, la comédie
d'Hauteroche était-elle digne de fixer le choix de trois hommes d'es-
prit et de goût? Malgré le succès délire qu'elle a obtenu, nous n'ose-
rions l'affirmer. Crispin médecin a été représenté pour la première
fois, à l'hôtel de Bourgogne, en 167?i, c'est-à-dire à une époque où
les comédies de Molière, et notamment la dernière, avaient mis à
l'ordre du jour la guerre des épigrammes contre la Faculté. Le pu-
blic de ce temps -là accueillait ce genre de comique avec la même
faveur que nous avons témoignée, depuis quelques années, à' la ques-
tion de l'agiotage et à celle des Filles de marbre. Hauteroche, en se
conformant à l'exemple de son illustre rival, était loin d'apporter
au service de cette cause le talent incisif que Molière a déployé jus-
que dans ses productions les plus légères. Mais comme lui comédien,
il possédait à fond l'art des effets de scène, et savait par ce moyen
dissimuler tout ce qui lui manquait au point de vue de l'intrigue et
surtout du dialogue. Le sujet de Crispin médecin existe à peine; l'al-
lure en est basse et triviale. Pourtant cette comédie s'est soutenue
au répertoire pendant près de deux siècles. A cela, il y a plusieurs
raisons, la première, nous l'avons indiquée, c'est l'air do famille que
la critique imaginée par Molière contre l'ignorance des docteurs de
son siècle lui prête avec les excellentes boutades des maîtres ; la se-
conde, c'est le brio du rôle de Crispin, créé par Raymond Poisson, et
qui a toujours été tenu par de très-bons acteurs ; enfin, la troisième
et la plus évidente, c'est l'abondance des jeux de scènes, trouvés en
partie par l'auteur- comédien, en partie consacrés par la tradition et
qui font de cette pièce une grosse farce, d'un goût souvent douteux,
mais d'un comique presque toujours irrésistible.
Qu'y a-t il dans les trois actes d'Hauteroche? Un Gérante qui veut
épouser une jeune fille aimée par son fils. Le valet de celui-ci, Crispin,
s'introduit chez le docteur Mirobolan pour mettre obstacle à ce ma-
riage ; mais il ne vient à bout de son entreprise que grâce à la bonne
volonté des deux vieillards. C'est tout. Comme ingrédients épisodiques,
ajoutons que Crispin, pour ne pas se laisser surprendre chez le doc-
teur Mirobolan, est obligé de passer pour un pendu sur le point
d'êLre disséqué, et que, las de ce rôle périlleux, il endosse la robe
noire du médecin, et donne des consultations qui aboutissent inva-
riablement à l'ordonnance de pilules purgatives.
Le mérite de cette donnée burlesque réside dans les lazzi de Cris-
pin lorsqu'il est couché sur la table de dissection, et dans ses ridi-
cules contre- sens lorsqu'il fait le docteur et qu'il veut parler le latin
du Médecin malgré lui ou du Malade imaginaire.
MM. Cormon et Trianon ont facilement réduit ces trois actes en un
seul. Parmi les drôleries que la tradition leur a léguées, ils n'avaient
que l'embarras du choix; aussi ont-ils eu soin d'élaguer tout ce qui
aurait pu choquer par trop les yeux ou les oreilles du public un peu
prude de l'Opéra-Comique. Ce qu'ils ont gardé suffit à faire de la re-
présentation de leur pièce un inextinguible éclat de rire.
M. Eugène Gautier, qui a écrit la musique du Docteur Mirobolan,
est un des bons élèves de M. Halévy. Le théâtre Lyrique lui est re-
devable de plusieurs partitions à succès; il a fait applaudir à l'Opéra-
Comique celle du Mariage extravagant.
Nous avons foi dans l'avenir de M. Gautier ; ses inspirations sont
faciles et spirituelles, son style est correct et distingué; nous ne con-
naissons pas beaucoup déjeunes compositeurs qui possèdent à un aussi
haut degré la science de l'harmonie. Son orchestre est une étince-
lante mosaïque, où chaque nuance est à la place qui lui est propre et
concourt à un ensemble des plus séduisants.
Si, avec toutes ces qualités, M. Gautier mérite un reproche, c'est
celui d'affectionner un genre dans lequel ses véritables aptitudes
nous semblent quelque peu déplacées. 11 n'a pas, selon nous, la veine
franchement comique, et nous sommes convaincu que la grâce et la
finesse trouveraient en lui un meilleur interprète que la bouffonnerie.
Ainsi, dans le Docteur Mirobolan, il y a de fort jolis détails; mais on
y chercherait vainement un seul morceau qui répondît d'une manière
complète aux intentions grotesques de l'ancien auteur des paroles.
L'ouverture est une page symphonique à coup sûr très-élégante ;
mais ce n'est pas parce qu'il y a dans l'introduction un de ces effets
de basson à l'aide desquels on a coutume aujourd'hui d'indiquer cer-
taines situations burlesques, que le sentiment général du morceau
pourrait faire illusion sur sa portée réelle.
A la faveur des mêmes restrictions, nous louerons volontiers le
quintette de la demande en mariage, les couplets à deux voix : Géralde
est son nom ; le duo de Crispin et de Dorme; la rencontre des deux
médecins, où reparaît la phrase du basson de l'ouverture; le quintette
de la consultation, dans lequel sont intercalés les gracieux couplets
de Géralde : la joie et la mélancolie, et enfin le morceau final, ter-
miné par le joyeux ensemble : la soupe nous attend.
Nous avons réservé pour le bouquet l'air de Crispin, et par-dessus
tout les couplets du grand Simon, qui, en dépit de quelques modula-
tions ambitieuses, ont un cachet suffisamment original ; le public a eu
raison de les faire répéter,
Généralement, le Docteur Mirobolan est plutôt interprété par des
comédiens que par des chanteurs, et ce n'est pas un mal. Couderc
est, comme toujours, parfait dans le rôle de Crispin. Mlle Leinercier
308
REVUE ET GAZKiTE MUSICALE
joue à merveille celui de Dorine. Le docteur, c'est Lemaire, qui, cette
fois, peut se livrer à la charge, sans qu'on ait le droit de l'accuser
d'outrer son personnage. Berlhelier n'a qu'une scène et qu'un air ;
mais la scène a fait rire aux larmes et l'air a été bissé. Les autres rôles
sont très-convenablement rendus par Prilleux, Warot, Duvernoy,
Mines Révilly, Bousquet et Prost.
D. A. D. SAINT-YVES.
, REVUE CRITIQUE.
SUL NUOVO R. ISTITUTO MUSICALE Dl FIRENZE,
cenno tJi A. Kasevi. Firenze, ISfiO.
Le gouvernement royal de Toscane a nommé une commission char-
gée d'examiner l'état présent et les besoins des écoles musicales an-
nexées à l'Académie des beaux-arts de Florence, et de proposer les
améliorations susceptibles de les faire répondre au but pour le-
quel elles ont été instituées. Cette commission est composée de
MM. Azzolino, Cassamovata, Mariotli et Basevi, auteur de la présente
brochure .
Elle a dû songer d'abord à la dépense qu'occasionnerait l'établisse-
ment d'un nouvel Institut musical ; et pour y subvenir, elle n'a trouvé
d'autre moyen que d'ajouter à la somme que l'on dépensait pour le
Lycée musical, celle qui était consacrée à la chapelle grand-ducale,
aujourd'hui supprimée. Elle propose d'accorder des indemnités aux
artistes de cette chapelle qui ne seront pas employés dans le nouvel
établissement.
La deuxième section de Y Académie des beaux- arts, qui renfermait la
musique (la première appartenant aux arts du dessin), en serait dé-
tachée, et formerait dans le nouvel Institut musical une Académie mu-
sicale composée de membres résidants et de membres correspondants.
Tous les membres résidants devraient être compositeurs, le nombre
en serait limité, et ils ne pourraient être élus sans avoir donné des
preuves positives de leur habileté.
A celte académie appartiendrait le droit de conférer le diplôme de
capacité aux élèves dont les études seraient terminées et de juger les
concours. Dans son sein serait pris un conseil de censure ou de sur-
veillance composé de trois membres chargés des examens d'admis-
sion, des changements des classes, des méthodes d'enseignement à pré-
férer, de la direction des concerts, etc.
L'enseignement comprendrait :
1° Le contre-point et la composition, un maître et un sous-maître;
2° Le chant, un maître de perfectionnement enseignant aussi la dé-
clamation et surveillant la mise en scène, un maître de chant et un
sous-maître ;
3° Le solfège, un maître qui dirigerait aussi l'école chorale, deux
sous-maîtres, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes ;
4° Les chœurs; les maîtres de solfège sus-indiqués, auxquels un aide
sera joint, enseigneront la bonne exécution des ouvrages de musique
classique, théâtrale et ecclésiastique ;
5° L'orgue et l'accompagnement pratique, un maître;
6" Le piano comme instrument d'exécution, un maître ;
7° Le piano comme instrument d'accompagnement, un maître ;
8° Le violon et la viole, un maître et un sous-maître;
9° Le violoncelle, un maître ;
10° La contre-basse, un maître;
11° Les instruments à vent en bois , un maître ;
12° Les instruments à. vent en cuivre, un maître.
La commission ne se dissimule pas l'insuffisance d'un seul maître
pour chaque classe d'instruments à vent; mais, comme elle le dit
avec raison, peu vaut mieux que rien ; et d'ailleurs dans le cas où se
présenteraient des élèves curieux d'apprendre un instrument peu
connu des maîtres, ceux-ci pourront demander au gouvernement un
aide temporaire qui recevra une gratification mensuelle.
La nouvelle école, dépendante de l' Institut musical, se trouvera
ainsi pourvue de plusieurs classes qui manquaient à l'ancien Lycée.
Nous approuvons singulièrement la division des classes de piano en
classes d'exécution et d'accompagnement, et l'introduction de classes
pour l'exécution des chœurs.
Il nous semble que la commission n'a pas assez divisé et réparti
entre plusieurs professeurs l'enseignement du chant ; elle avoue la
décadence de cette branche, la première de toute exécution ; elle se
borne à recommander l'attention dans le choix des professeurs, mais
il faut aussi qu'ils soient en nombre suffisant. Dans le chant propre-
ment dit, il est impossible à un seul professeur de donner ses soins à
un nombre démesuré d'élèves.
La commission admet aussi avec beaucoup de raison l'emploi
d'élèves répétiteurs venant en aide aux professeurs et qui reçoivent
des gratifications d'encouragement.
Il est un autre point dont on doit lui savoir gré et pour lequel en
mon particulier je lui voue une bien sincère reconnaissance : ce sont
ses efforts pour remettre en honneur la musiqne classique. Je traduis
M. Basevi : « La commission a pris en sérieuse considération l'igno-
rance, et qui pis est, l'aversion de beaucoup de compositeurs en ce
qui concerne la musique classique, seule capable de ramener le bon
goût et de sauver l'art d'une décadence inévitable. »
A cet effet, V Institut musical donnerait dans le cours de chaque
année plusieurs concerts, grands et petits. Dans ces derniers, on exé-
cuterait des trios, quatuors, quintettes et autres morceaux de musique
vocale ou instrumentale à petit orchestre dus a des auteurs réputés
classiques. Dans les grands, on entendrait les compositions à g.'and
orchestre et à grandes masses vocales.
On espère que le nouvel Institut musical de Florence sera ouvert
vers la fin de l'année. Puisse-t-il avoir une longue et glorieuse exis-
tence ! Puisse-t-il rendre à l'Italie cette quantité de grands composi-
teurs, de délicieux chanteurs qu'on y rencontrait partout autrefois !
Puisse-t-il empêcher de dire que les idées modernes ont été destruc-
trices des beaux arts ! Puisse-t-il leur rendre cette vie qui semble
chaque jour s'affaiblir davantage et qu'une alimentation sage, substan-
tielle et généreuse pourra seule leur faire retrouver !
Ne nous étonnons pas de voir la Toscane et surtout Florence parler
la première en ce sens. C'est bien ici un peuple d'artistes. Mille
préoccupations, mille inquiétudes tourmentent les esprits ; des habi-
tudes sécu'aires vont être abandonnées ; on leur en substilue de nou-
velles qui diminuent incontestablement l'importance locale et indivi-
duelle. A quoi cependant pensent surtout les Florentins, à profiter
d'une occasion qui, comme le dit M. Basevi, ne se présentera peut-être
plus pour organiser un Institut musical.
C'est là ce qui doit nous rassurer et ne pas nous laisser sans
espoir quant a l'avenir des beaux-arts, et surtout de la musique, dans
la péninsule ausonienne.
Et en ce qui touche spécialement la Toscane, le plus doux vœu
que puissent émettre ses plus chaleureux amis n'est-il pas, qu'annexée
ou autonome, grand-duché ou province, ou même simple département,
elle demeure toujours la terre classique de l'art, le sol fécond de la
renaissance, le beau pays des Médicis, et que Florence reste toujours
l'Athènes de l'Italie.
Adrien de LA FAGE.
UN OPÉRA INÉDIT DE GLUCK.
Au mois de septembre 1754, le feld-maréchal Joseph-Frédéric de
Saxe Hildburghausen donnait, dans son château de Schlosshof, à
DE PARIS.
309
l'empereur François Ier d'Allemagne, une fête qui dura plusieurs
jours. La musique y jouait un rôle important. Le 20 septembre, fut
exécutée une pièce de circonstance, Il vero ommagio, qui avait été
mise en musique par le maître de chapelle de la cour, Bonno ; le
lendemain, on représenta le Cinesi (les Chinoises), drame musical,
texte de Métastase, musique de Gluck. L'impératrice Marie-Thérèse
se trouvait parmi les spectateurs. La pièce fut jouée par les dames
Tesi Tramontani, Heinisch, Starzer et le chanteur Triberth. La mise
en scène était d'une magnificence inouïe. Dittersdorf, qui était alors
au service du prince comme violoniste, et assistait à la solennité, en
parle dans son autobiographie. « Les décors, dit entre autres le cé-
lèbre compositeur, étaient tout à fait dans le goût chinois et transpa-
rents : les vernisseurs, les doreurs et les sculpteurs y avaient em-
ployé toutes les ressources de leur art. Mais ce qui donnait surtout à
la décoration un éclat éblouissant, c'étaient des prismes de verre qui
avaient été polis dans les fabriques de la Bohême. Les barres de
cristal, qui étaient exactement engrenées les unes dans les autres,
avaient été adaptées aux vides, qu'on recouvre d'ordinaire de papier
huilé. On ne saurait se faire une idée du merveilleux spectacle
qu'offraient les prismes, où se reflétaient d'innombrables lumières. Et
avec cela, la divine musique de Gluck!... C'était une féerie. »
L'empereur visita la scène après la chute du rideau et se fit remettre
quelques-uns de ces prismes ; par son ordre, la pièce fut jouée une
seconde fois l'hiver suivant au théâtre de l'Opéra de la cour. Avant
son départ, il envoya à chacun des deux compositeurs Gluck et Bonno
une tabatière en or renfermant 100 ducats.
Voici maintenant le sujet de l'opéra de Métastase :
Trois jeunes filles chinoises délibèrent sur le choix d'un amusement
qui puisse charmer leur ennui ; survient un jeune homme qui est le
frère de l'une des trois jouvencelles et qui est amoureux de Sirène,
l'une de ses compagnes : il a visité l'Europe et a séjourné quelque
temps il Paris. Au premier moment, les jeunes beautés, effarouchées,
veulent renvoyer l'intrus; elles finissent par céder à ses instances, et
lui permettent de prendre part au divertissement projeté qui consiste
en ceci : une scène de grand opéra, une pastorale et une scène
d'opéra-comique seront successivement improvisées, ainsi que la mu-
sique correspondant à chacun de ces trois genres.
D'abord apparaît Andromaque au moment où l'on veut lui arracher
son fils Astyanax et où Pyrrhus vient pour la contraindre à le suivre
à l'autel. Lisinga — c'est la demoiselle chinoise chargée du rôle d'An-
dromaque — chante après un récitatif :
Prenditi il figlio — ah no .'
E troppo crudelta
Eccomi — oh Dei che fo ?
Pi' ta consiglio, etc.
Puis vient la scène pastorale. Silango, ainsi s'appelle le jeune
homme, joue le rôle de Tirsis ; dans un récitatif suivi d'un air, il fait
des reproches à sa chère Licoris sur sa froideur. Licoris est repré-
sentée par Sirène, celle des trois jeunes fleurs du céleste empire que
Silango aime. Licoris proteste de son amour pour lui, tout en lui fai-
sant remarquer qu'il ne dépassera jamais certaines limites : '
Caro Tirsi, io voglio amarti,
Ma no voglio delirar, etc.
Finalement la troisième, Tangia, qui est un peu jalouse de Sirène,
joue le rôle d'un jeune homme suffisant qui a voyagé à l'étranger,
parle avec ravissement de la vie parisienne et croit que personne ne
saurait lui résister. Ensuite on discute le mérite de ces trois genres
de musique ; on trouve le grand opéra trop sérieux, la pastorale en-
nuyeuse ; quant à l'opéra-comique, il pourrait facilement dégénérer en
satire et en personnalité. On se décide à faire venir des musiciens
pour se donner le plaisir de la danse.
Nous n'avons pas besoin de faire observer que la tâche du compo-
siteur consistait à écrire pour chaque scène une musique caractéris-
tique. Le biographe de Gluck, A. Schmidt , passe le Ciwsi sous
silence par une excellente raison, c'est qu'il ne connaissait pas
l'ouvrage. Il dit, page 53 : « On ignore où se trouve aujourd'hui cette
partition. » Or, elle existe, ou du moins il y en a une copie à la bi-
bliothèque royale de Berlin, mais le titre n'en est pas tout à fait exact.
Au dos du volume on distingue bien encore ces mots : le Cinesi clal
sgr. Gluck ; mais il plut au sieur Gœlchau, qui avait l'ouvrage en sa
possession, d'écrire à la première page du volum'e qui était restée en
blanc, ainsi qu'en lête de la première page de la partition : l'Eroe
Cinese di Metastasio.
En effet le célèbre poète italien a également écrit un opéra por-
tant ce titre, mais il n'a rien de commun avec le Cinesi.
Outre les récitatifs, qui offrent quelques traits intéressants, l'ouvrage
renferme les morceaux suivants :
Ouverlvrr. — Lisinga (contr'alto), récitatif obligé. Air: Prenditi,
avec accompagnement de cors.
Silango (ténor). Air : Son. lungi e non mi brami.
Sirène (soprano) . Air : Non sperar.
Tangia (contr'alto) . Air : Ad un «<o, ad un' occhiata, avec accom-
pagnement de flûtes et de cors.
Chant final pour les quatre personnages de la pièce : Toli il piede
in lieli giri, avec hautbois et cors.
Ce quatuor e;t le morceau le plus faible de la partition avec l'air de
Silango, qui a été écrit uniquement dans le but de mettre le chanteur
à même de faire valoir toutes les ressources de son art.
L'air de Sirène offre un caractère plus marqué ; quoique surchargé
de roulades et grâce à une tournure chromatique qui revient plusieurs
fois, il produit un excellent effet. L'air du jeune fat Tangia est d'un
comique de bon aloi , rehaussé par les sons du cor faisant écho.
Quant au tragique morceau chanté par Lisinga, c'est un chef-d'œuvre
d'expression dramatique ; il peut soutenir la comparaison avec les
airs de ce genre dans Iphigénie en Aulide, etc.
Comme à une exécution réputée parfaite venait se joindre le luxe
de la mise en scène, on s'explique parfaitement que, longtemps après,
Dittersdorf parle encore avec ravissement de cet ouvrage. Une chose
digne de remarque, c'est qu'aucun des morceaux cités ci-dessus ne
~se retrouve, que nous sachions, dans un des opéras que Gluck écrivit
par la suite. La partition entière, mais en tout cas l'air de Lisinga et
l'air de Tangia mériteraient d'être arrangés pour piano et d'être pu-
bliés ; car l'opéra des Cinesi, à notre avis, est, comme œuvre d'art,
d'une haute valeur, à part même le nom do Gluck, et qui n'offre pas
seulement un intérêt historique.
Les deux pièces de Bonno dont il a été question plus haut datent,
d'après Métastase, de 1743 et de 1752. La partition de Y'Isolà disabi-
tata se trouve à la suite de celle de Gluck : c'est de la bonne mu-
sique de maître de chapelle, dans le goût du. temps, mais qui n'offre
du reste rien de saillant.
0. LINDNER.
NOUVELLES.
^*» Demain lundi le théâtre impérial de l'Opéra donnera les Hugue-
nots, pour la continuation des débuts de Mme Vandenheuvel-Duprez. Le
départ de Mme liarbot étant prochain,. Mme Gueymard-Lauters étudie
activement le rôle de Valentine. — De lundi en huit aura lieu la repré-
sentation du Trouvère pour la continuation des débuts de Mlle Barbara
Marchisio et du ténor Michot.
* Des pourparlers d'engagement ont eu lieu entre la direction . de
l'Opéra et Faure. Celui d'Obin a été renouvelé.
„*„ L'absence momentanée de Cazaux, appelé à Chambéry pour chanter
dans le Te Deum célébré à l'occasion du voyage de LL. MM. IL, n'a
pas permis qu'on donnât, mercredi, à l'Opéra, la deuxième représentation
310
HEVIE ET GAZETTE MUSICALE
des Huguenots avec Mme Vandenheuvel-Duprez. Robert le Diable lui a été
substitué, et il a été représenté devant une salle comble, qui a prodigué
les plus vifs applaudissements à la célèbre cantatrice et à sa vaillante
partenaire, Mlle Marie Sax. — Lundi et vendredi on a joué Sémiramis.
*** L'Opéra-Comique a repris, lundi, le Caïd, dans lequel Mme Ugalde
a retrouvé toute la verve qui avait fait de son rôle une création excep-
tionnelle pour la célèbre cantatrice. Son succès, surtout au deuxième
acte, a été très-vif, et elle a été à plusieurs reprises chaleureusement
applaudie. Le rôle du tambour-major convient on ne peut mieux à
Barrielle. La représentation a été un instant troublée par un accident
qui n'a pas eu heureusement de suites graves. Dans la scène où Fatma
paraît à la fenêtre, un quinquet accroché au portant a communiqué le
feu au léger vêtement de Mlle Prost, chargée de ce rôle ; de prompts
secours ont heureusement éloigné tout danger, et la jeune artiste en a
été quitte pour la peur; le rideau qu'on avait baissé s'est relevé peu
d'instants après, et Mlle Prost a pu continuer la pièce.
*% Hier samedi, le théâtre Lyrique a fait sa réouverture avec deux
partitions nouvelles, Crispin, rival de son maître, et l'Auberge des Ar-
**„ L'opéra de Semet, paroles de Lockroy et Mestepès, qui figure sur
le programme du théâtre Lyrique, a pour titre Oridiné. — M. Gounod
termine pour le même théâtre sa partition de la Heine Balkis.
*** Le directeur des Bouffes-Parisiens vient de recevoir une opéreite
de MM. Nerée-Desarbres et Nuitter : le Testament de Sganarelle.
**„, Duprez a donné, ces jours derniers, sa matinée annuelle au profit
des pauvres de la commune de Valmondois, dont il est maire. Mme Van-
denheuvel-Duprez en a fait principalement les honneurs en chantant six
morceaux, dont plusieurs ont été redemandés. Elle était assistée par
Mlles Marie Brunetti, Godfrend et Léon Duprez, son frère. Le maître de
tous ces artistes faisait aussi sa partie.
*** Le nouveau diapason va fonctionner ù l'ouverture de la saison aux
théâtres de Lyon et de Lille. Des fonds suffisants ont été votés à cet effet
par les conseils municipaux de ces deux villes.
s*t Hier samedi, le théâtre royal de la Monnaie, a Bruxelles, a rouvert
par le Pardon de Ploe'rmel.
*** Miss Pyne et M. Ilarrison, les directeurs de l'opéra anglais de
Covent-Garden, ont passé cette semaine par Paris, se rendant à Berlin.
Miss Pyne est une- excellente chanteuse légère qui, l'hiver passé, a
créé le rôle de Dinorah, dans le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer,
avec un tel succès qu'elle l'a chanté plus de cinquante fois et l'a rendu
populaire en Angleterre. Elle compte le reprendre cet hiver, et, en
attendant, l'opéra anglais ouvrira par le Domino noir traduit, et dans
lequel elle chantera le rôle d'Angèle.
*% La réouverture du théâtre impérial italien de Saint-Pétersbourg
devant avoir li :u le M septembre, les artistes commencent à quitter
Paris pour se rendre à leur poste ; Mlle Emmy Lagrua est partie hier ;
le ténor Alessandro Bettini est parti également. Tamberlick partira
quelques jours plus tard.
*** Le célèbre ténor Niemann, après avoir chanté à Wiesbaden avec
un éclatant succès, est de retour à Paris.
*** Le jeune virtuose Sarasate se rend en Espagne, son pays natal,
pour y recueillir les bravos qu'on ne peut manquer de décerner à l'un
des plus dignes représentants de l'école française. M. Sarasate retrou-
vera certainement à Madrid, à Barcelone, les ovations dont il a été
l'objet à Paris.
*% IL Ilerz est de retour à Paris.
„*„ Braga écrit en ce moment la musique d'un opéra pour Mme Bor-
ghi-Mamo, engagée à Bologne et à ililan pour la saison.
„% H. Panofka, qui a passé la saison à Bade, est revenu cette se-
maine à Paris.
*** M. le docteur Edouard Hanslick, professeur d'esthétique musicale
à l'Université de Vienne, vient aussi d'arriver en cette ville.
„*» Dans une matinée musicale donnée, jeudi 23 août, à Spa par, Mlle
François et Franco- M endès, l'éminent violoncelliste a fait exécuter un
très-beau quintette do sa composition, et joué une fantaisie sur la
Donna del Lago; le mérite de ces œuvres et le talent de virtuose que
possède â un si haut degré M. Franeo-Mendès lui ont valu de légitimes
applaudissements.
*** Un grand concert religieux historique et classique sera donné, le
14 septembre prochain, à Boulogne-sur-Mer, sous la direction de M. Char-
les Vervoitte, maître de chapelle de Saint-Roch. M. Vervoitte fera exé-
cuter par les chanteurs et instrumentistes qu'il dirige à Paris, divers
fragments des morceaux les plus célèbres de toutes les écoles depuis le
xi« jusqu'au xvin0 siècle.
**t Le 15 août, Mlle E. Doche a donné a Vichy une fort jolie soirée,
dans laquelle l'intermède musical nous a montré M. Anschûtz comme
excellent pianiste et très-bon compositeur. Un brillant avenir est ré-
servé à ce jeune artiste, qui s'est fait applaudir c haleureusement dans
un andante et qn galop de sa composition, et en prenant une belle
part à l'exécution du prélude de Bach avec Bernardin, Accursi et
Wagner.
**.,, Parmi les œuvres nouvelles d'Arthur Kalkbrenner qui sont en
voie de publication chez l'éditeur Saint-Hilaire, il en est une que nous
ne saurions trop signaler aux amateurs de grande musique vocale, et
qui joint à des qualités remarquables un puissant intérêt d'actualité. Dieu
le veut!!!... tel est le titre de cette cantate dont les paroles sont dues
à Paul Saunière; et jamais les deux jeunes auteurs ne se sont élevés à
ce degré de grandeur et de chaleureux enthousiasme Ce sera cer-
tainement |par son importance, par la largeur et la beauté du style et
des mélodies, le morceau de prédilection de tous les ténors, et nous
l'entendrons dans les concerts de la saison prochaine.
**„ On écrit de Swinemunde que l'éminent pianiste-compositeur
W. Kriiger a donné, au profit des pauvres, un très-beau concert dans
lequel ont bien voulu se faire entendre plusieurs dames de la haute
société. Krûger y a joué avec le plus grand succès une sonate de Bee-
thoven et plusieurs morceaux de sa composition. Mme Scheremberg, can-
tatrice de la cour de Munich, avait voulu concourir à cette bonne œuvre
et s'était gracieusement mise à sa disposition.
**„, Prudent met en ce moment la dernière main â une grande fantaisie
sur le Pardon de Ploe'rmel ; telle que nous l'avons entendue, l'œuvre
nouvelle de l'éminent pianiste est destinée à faire sensation.
„.*•* La charmante partition des Rosières, d'Hérold, vient de paraître à
la maison E. Gérard et O, éditeurs, rue Dauphine. Le récent succès que
cette œuvre a obtenu au théâtre Lyrique est loin d'être épuisé ; il
grandira encore cet hiver et prendra place au répertoire, à côté de Zampa
et du Pré aux Clercs.
„*„ La vogue des concerts Musard aux Champs-Elysées ne se ralentit
pas. Le beau temps semble vouloir revenir, et avec lui la foule accourt
chaque soir dans ce délicieux jardin musical.
„.*„. Le célèbre danseur Richard Flexmore vient de mourir à Londres.
Sa spécialité était l'imitation bouffonne des ballerines en réputation :
Taglioni, Carlotta, Grisi, Cerritto, etc. Il avait épousé Mlle Auriol, fille
du fameux clown français. Flexmore, dont le taleut était très-populaire
en Angleterre, n'avait que trente-huit ans.
*** Le compositeur Silcher, directeur du Lieder-Kranz de Stuttgard,
est mort le 26 août dans cette ville.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,*„ Marseille. — Notre directeur, M. Montelli , a complété sa troupe
d'opéra français et italien. Les principaux artistes que nous y remar-
quons sont Renard, de l'Académie impériale de musique, Roger (en re-
présentation), Merly, Odezenne; limes Gayraud, Saunier, Dalmont (Mes-
macker), Erambert; et, pour la troupe italienne, Mmes Monténégro, Brioli
Nicolao, Elvira Brambilla, Sannier, Marsili, etc.; et MM. Pardini, Corsi,
A. Bettini, Merly, Vare;e, Marra, Marcusi, Nerini, Lorens, etc.
»% Boulogne-sur-Mer, 29 août. — Pendant ce mois les séances musi-
cales se sont multipliées : après la brillante soirée de l'établissement
des bains et trois représentations de l'Alboni, un très-beau concert vient
d'être donné par la Société philharmonique. Pour la partie vocale ,
Mlle Raretty, lauréat du Conservatoire, a obtenu un triomphe d'autant
plus flatteur que le public était encore sous le charme de l'illustre vir-
tuose. La vois expressive et sympathique de M. Archainbaud a fait une
vive sensation sur l'auditoire, qui a chaleureusement applaudi cet ex-
cellent chanteur. Pour la partie instrumentale, MM. Armingaud et Lu-
beck, ont été couverts d'applaudissements, et particulièrement dans la
sonate en ut mineur de Beethoven, dite avec la perfection qu'exige ce
genre de musique.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„.% Bade, 29 août. — Voici la quatrième année que Berlioz a la
mission d'organiser ici un concert qui est toujours l'événement de la
saison. Lundi dernier, à huit heures, la graucle salle de la Conversation
s'ouvrait pour cette solennité, â laquelle Roger, Vieuxtemps, Jacquard,
Mmes Viardot et Carvalho prenaient une part active. Comme â l'ordinaire,
les chœurs et l'orchestre se composaient d'artistes de Bade, de Carls-
ruhe et de Strasbourg. Berlioz y faisait entendre son ouverture des
Francs juges et un fragment de la Damnation de Faust (récitatif, air,
DE PARIS.
311
chœur des gnomes et dessylphes, sommeil de Faust, ballet des sylphes),
dont les solos étaient chantés par MM. Eberius et Eberhoffer, de la
chapelle de Carlsruhe. Ces deux œuvres si belles et si fortes ont pro-
duit tout leur effet, plus que leur effet même, accompagnées qu'elles
étaient d'éclairs flamboyants et de roulements de tonnerre que le ciel
mêlait à leurs harmonies. Dans l'adagio et le finale de la symphonie en
si bémol de Beethoven et dans l'ouverture i'Eurîjantke, Berlioz n'avait
plus que la tâche de chef d'orchestre ; mais on sait ce qu'elle devient
entre ses mains. Le succès de Mme Viardot dans deux fragments d'Or-
phée, surtout dans l'air J'ai perdu mon Eurydice, a été immense ; on lui
a redemandé l'air. On a redemandé aussi le prélude de Bach, exécuté
par M. Grodvolle, premier violon-solo de Bade, par le. jeune Duvernoy, l'ex-
cellent pianiste, par M. Engel, le virtuose privilégié de l'orgue Alexandre,
et chanté par MmeCarvalho, qui avait déjà vocalisé les variations du Car-
naval de Venie. Le grand concerto joué par Vicuxtemps est un peu mo-
notone, mais il y a des passagps d'un charme irrésistible. Quoique ve-
nant à la fin d'un concert si long et si brillant, Jacquard a trouvé en-
core des bravos, lioger n'avait donc pas tout enlevé en chantant l'air de
Joseph et le Roi dis aulnes avec une rare maestria et un accent admi-
rable.— Le célèbre aniste vient de signer, en qualité de chanteur italien,
un engagement pour le mois de septembre avec le directeur du théâtre
Victoria de Berlin.-- Mmes Viardot et Carvalho sont engagées également
à ce théâtre pour chanter, entre autres choses, l'une Orfeo, de Gluck,
l'autre Dinorah , de Meyerbeer. — La g.-ande-duchessû Hélène a voulu en-
tendre Mme Viardot en séance particulière, et le lendemain lui a envoyé
un magnifique bracelet — 11. Engel aussi est invité par la princesse de
Prusse à donner une matinée intime pour elle seule et ses invités dans
le salon Louis XLV que M. Benazet a mis à sa disposition.— Le 20, avaiteu
lieu, dans le salon Louis Xlll, décoré splendidement et où brillaient au
premier rang de fauteuils S. A. B. Mme la princesse de Prusse, S. A. 1.
Mme la grande-duchesse Hélène de Russie, S. A. le duc régnant de Nas-
sau, etc., un grand concert dans lequel on a applaudi une belle ouver-
ture de M. Greive dirigée par lui-même. Mme Miolan-Carvalho, Roger
et Ualanquê ont brillamment rempli la partie vocale. Mlles Caussemille
et Guiaud tenaient le piano. Sivori s'est surpassé dans l'exécution de
son nouveau morceau, les Folies d'Espagne, avec accompagnement d'or-
chestre. L'effet qu'a produit le célèbre violoniste a été immense, et il
a soulevé un tonnerre d'applaudissements qui se sont répétés lorsque,
au lieu d'un deuxième solo annoncé, Sivori a joué avec Piatti un duo
concertant pour violon et violoncelle sur des motifs de Guillaume Tell.
„*„ Spa. —Nous avons eu un très-beau concert donné par l'harmonie
de la Redoute et la Société musicale de Sainte-Marie d'Ognies, auxquelles
s'était joint l'excellent corps de musique des guides, sous la direction
de M. Bender, chef de musique du roi des Belges, artiste du plus grand
mérite. Un grand nombre de morceaux importants ont été exécutés par
chacun de ces orchestres avec un ensemble et une perfection admi-
rables ; de ce nombre était la Bénédiction des poignards, des Huguenots,
dont l'effet a été immense. Cette fête avait attiré une affluence énorme.
t% Wiesbaden. — Le concert annoncé par Litolff a eu lieu. La
grande publicité donnée à ce festival avait attiré une foule immense.
Le célèbre artiste s'est montré, s'il est possible, encore supérieur à sa
réputation. 11 a joué son quatrième concerto symphonique avec la
puissance, la vigueur et l'expression qu'on lui connaît. Outre l'andante
et le finale de son troisième concerto symphonique, il a dirigé l'exécu-
tion de son ouverture do Maximilien Robespierre et d'un fragment de son
opéra Rodrigo von Toledo. Ce fragment était chanté par des artistes célèbres
en Allemagne. Mlle Schmi' t, notamment, jeune et belle personne, douée
d'une voix puissante, étendue et sympathique, Karl Formés et M. Schnei-
der, ténor de notre théâtre. Cette belle musique a produit une grande
impression sur la foule. Le jeune Auer, violoniste hongrois, âgé de
quatorze ans à peine, et qui est déjà d'une force surprenante, et
Mme Siewers, artiste d'un grand talent et qui a joué sur l'orgue un
concerto-symphonie de sa composition, se sont également fait entendre
avec un grand succès dans ce concert de Litolff. Au nombre des
personnes d'élite qui y assistaient, on remarquait Mlle Louise de La-
rochefoueaiilt, fille du comte "Wilfrid de Larochefoucault, petite-fille du
duc de Larochefoucault, ambassadeur en Prusse sous l'Empire, nièce
de la princesse Borghèse et du duc d'Estissac, qui doit, dit-on, le mois
prochain, échanger le nom illustre qu'elle porte contre celui de
Mme Henri Litolff.
*** Berlin. — Les représentations de la troupe italienne de Merelli
au théâtre de l'Opéra de la cour commenceront au mois d'octobre.
Notre capitale aura donc cet hiver deux théâtres italiens. Au mois de
septembre Mme Miolan Carvalho doit donner à l'Opéra de la cour une
série de représentations. On l'entendra successivement dans : Lucia,
Somnambule, Noces de Figaro, Fra Diavolo. (m ne dit pas si Mine Miolan
Carvalho chantera en français ou en italien. M. Faure, le célèbre bary-
ton de Paris est attendu pour le mois de novembre.
„% Francforts. -M. — Pour le centième anniversaire de la naissance
de Chcrubini (8 septembre), on a mis en répétition Faniska; cet ou-
vrage a été écrit par le célèbre maestro en 1805 à Vienne, où il fut
représenté l'année suivante, le 6 février. — Dans la petite salle
de la maison Mozart (Mozart Haus), devant un auditoire invité, a été
représenté un opéra-comique nouveau, intitulé : la Cour du grand-duc ;
l'auteur de cette partition, qui a été favorablement accueillie, est
Vi. Gollmick.
*** Vienne. — L'Opéra de la Cour va devenir de nouveau une entre-
prise particulière. En dehors de la subvention annuelle, la caisse de
l'Etat devant encore venir en aide à celle de cet établissement, le gou-
vernement a trouvé que les charges qu'il occasionnait devenaient trop
lourdes dans les circonstances actuelles. — Nous venons d'avoir une
magnifique représentation du Prophète ; Ander, qui faisait sa rentrée par
le rôle de Jean de Leyde, a été l'objet d'une ovation.
»*4 Dantzig.— A partir du 18 septembre une troupe italienne, sous la
direction de M. Carlos de Paëz, doit donner à notre théâtre une série de
représentations. Une des prime-donne est Mme Seeman Paëz: les autres
artistes font partie de la société italienne de Londres; ils sont attendus
ici prochainement ainsi que le chef d'orchestre Moderati.
*% Stuitgard. — Pendant la saison commencée le 4 septembre de
l'année passée et terminée le 29 juin dernier, il y a eu 75 représen-
tations d'opéras, parmi lesquels se trouvent cinq ouvrages de Meyer-
beer. Dinurali a été jouée 4 fois; les Huguenots, 2; Robert le Diable, 2; le
Prophète, 1 ; l'Etoile du Nord, 1. Bossini a eu 8 représentations; Verdi, 8;
Mozart, 7; de Flotow, o, avec Martha et Slradella.
3,*t Leipzig. — Un concert monstre a eu lieu en l'honneur du direc-
teur de musique Zœlner dont les lieder jouissent d'une réputation mé-
ritée. Parmi les morceaux exécutes par une réunion de cinq cents chan-
teurs, on a surtout remarqué une hymne de la composition du duc c'a
Saxe-Cobourg. — M. Niemann, qui adonné ici en tout six représenta-
tions, a obtenu un véritable triomphe clans le rôle de Raoul des Hugue-
nots, qu'il a chanté d'une manière admirable.
i% Varsovie. — Le chef d'orchestre Moniuszko est un infatigable
compositeur. Dans l'espace de deux ans il nous a donné quatre opéras
et il vient d'en commencer un cinquième. A la vérité les trois derniers,
la Comtesse, flis et Jawnuta, ne peuvent soutenir la comparaison avec
Halha, le premier en date; mais en somme ses productions sont toujours
sympathiques au public. — Notre gazette musicale, Ruch Muzyezrii, en
est à la quatrième année. — Incessamment nous allons avoir un institut
(conservatoire) musical : le directeur est nommé, les fonds sont assurés
pour six ans.
**„, Hermansladt. — Incessamment nous entendrons Dinorah, le der-
nier chef-d'œuvre de Meyerbeer, que le public attend avec impatience.
,*s Stockholm. — Après Ole Bull et Vicuxtemps, dont nous avons déjà
mentionné les succès, nous avons entendu plusieurs virtuoses d'un vrai
mérite : Willmann, baryton ; le maître de la chapelle de la cour, Lach-
ner ; les pianistes Mmes Hilde Tegerslrom et Clara Magnus. Dans un
concert, on a exécuté Titus, opéra de Mozart ; dans un autre, a chanté
une jeune paysanne, Christina Is'ielsson, dont l'éducation musicale se
fait aux frais de quelques amateurs enthousiastes. A la soirée de Lachner,
sa fille Julie a joué le concerto en ut mineur de Beethoven ; on y a
exécuté en outre l'ouverture de Loreley, de Lachner; la symphonie hé-
roïque de Beethoven.
„*„ Brescia. — L'ouverture du théâtre pour la saison de foire a eu
lieu par le Vittore l'isani, interprété par la Galetti-Gianoli, Mauro Zacchi
et Cornago. Les honneurs de la soirée ont été pour la Galetti, jeune
cantatrice douée d'une voix exceptionnelle et dont le talent dra-
matique est des plus remarquables. On a bissé la cabalette de son
duo avec le ténor, et plusieurs fois dans le cours de la représentation
elle a été rappelée avec enthousiasme. Elle a chanté depuis la Norma,
qui ne lui a pas valu moins de succès. On la compare à la Malibran, à
Sophie Cruvelli, et chacun s'accorde à lui prédire les plus hautes des-
tinées.
,*i Nev>York. — Les éditeurs Massen Brothers viennent d'acquérir la
propriété du Musical World, qu'ils ont fondu avec leur Revietv ; ce
journal paraîtra désormais sous le double titre de : Musical Recieiv and
musical )Vorld.
Chez G. BRANDDS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue Richelieu.
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ces, etc., etc., sans accompagnement, des meilleurs auteurs anciens et
modernes.
200 LIVRAISONS. — PllIX DE CHAQUE : 25 C. NF.T.
312
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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Paris. — E. GÉRARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — N° 18, rue Dauphine.
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F. Hérold
MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR LÉO DELIBES. — OUVERTURE POUR PIANO, PRIX : 6 FR-
PREMIER ACTE Prix marqué.
1. Introciuclion et chœur : Livrons-nous à l'allégresse. ... 6
2. Air chanté par M. Fromast : Z"s Hlletles de ce village . 5
3. Air chanté par M. Delaunay-Ricquiur : Gentille rosière . 5
k. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village ...... 2
5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay-
Riçquier et Gabriel : Demeurez, aimable Florelle . . 9
6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6
DEUXIÈME ACTE
7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9
8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob-
tins la rose 2
Prix marqué.
9. Duo chanté par Mlle A. Faivre et M. Delalnay-Ricqiier:
Plaisir extrême, heureux moment 6 »
10.
50
Xi. Dancla.
2HUSARD.
Finale: Jeune:; beautés, avant peu parmi vous
TROISIÈME ACTE
11. Air chanté par Mlle A. Faivre: Adieu, rose à veine eclose
12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromant :
Laisses-moi, Bastien, laissez-moi
12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi.
13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon
âge !
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L'OUVERTURE
En grande partition 24
Les parties d'orchestre 24
Arrangée pour le piano 9
Pour le piano à quatre mains 12
Pour 2 violons, 2 cornets, chaque 5
Grande Partition. — Parties d'orchestre.
LA PARTITION
Avec paroles françaises, in-4°, net
La même, in 8°, net
Avec paroles italiennes, in- 8», net
Arrangée pour piano seul, in-8°, net.
Récitatifs.
LES AIRS DE CHANT
30 » Avec paroles françaises. Avec paroles italii
1 8 » Les airs arrangés
18 » Pour deux violons ou violon seul.
10 » Pour deex cornets ou cornet seul.
Pour deux flûtes ou flûte seule.
POUR LE PIANO
ASCHER. — Illustration
BERNARD (PAUL). — Reviens à loi, transcription
BEYER. — Boiifiuet «le mélodies
Id. Op. 36. Petite i'mitaisie
BURGMULIER. — Grande valse «le salon
COMETTANT. — Transcript ion-fantaisie
CRAMER (J.). — Fantaisie-valse sur l'air de l'Ombre
CRAMER (H.).'— Fleurs d'opéra, mélange
CROISEZ. — Morceau «le salon
DOLMETSCH. — Transcription brillante de la Berceuse
G0R1A. — Op. 95. Fantaisie dramatique 7
HESS (C). — »ê*erie 6
JAELL (A ) — Ombre légère, caprice-valse 7
RALKRENNÉR (A.). — Mosaïque brillante 7
KETTERER. — Op. 88. Fantaisie-transcription 7
KRUGER — Transcription brillante de la Berceuse 7
KUNC (ÀLOYS). — Fantaisie 6
LECARPENTIER. — Meux bagatelles, chaque 5
LEDUC. — Fantaisie élégante et facile. 5
ROSELLEN. — Op. 167. Fantaisie brillante 7
salon.
TALEXY. — Folkn-maziirha d
VINCENT. — Transcriptions 7
A QUATRE MAINS
BEYER. — Op. 112. Petite fantaisie 7
BURGMULLER. — «ramle valse «le salon 9
CROISEZ. — Souvenirs, duo facile 7
WOLFF. — Réminiscences, grand duo dramatique 10
Pour piano à quatre mains, net 25
Arrangements, Fantaisies, Transcriptions :
POUR DIVERS INSTRUMENTS
HERMAN. — Morceau «le salon p. violon avec ace. de piano 9 »
KETTERER ET HERMAN. — Grand duo pour piano et violon 10 »
GD1CHARD. — Fantaisie pour violon, flûte ou cornet seul.. 6 »
Id. Les mômes, avec ace. de piano, chaque 7 50
jj;£_ — Morceau «le salon p. violoncelle avec ace. de piano 7 50
SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano 7 50
C0N1NX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano 7 50
TULOD. — Grande fantaisie pour flûte et piano 9 »
BRISSON. — méditation sur le Chœur religieux, pour har-
monium, piano et violon ou violoncelle 7 50
Id. Duo brillant pour harmonium et piano 7 50
ENGEL. — Fantaisie «-lésante pour harmonium seul. ... 6 »
Id! Fantaisie brillante poi.r harmonium et piano 9 »
JANCODRT. — Mosaïque pour harmonie militaire 18 »
Id. Fantaisie et redowa pour harmonie militaire. 18 »
MUSIQUE DE DANSE
Quadrilles, par ARBAN, pour piano et à quatre mains h 50
Quadrilles, par MARX Id. .. av. orchestre. 4 50
Valses, par STRAUSS Id. . . av. orchestre. 6 »
Valses, par ETTLING 5 »
Polka,, par BOUSQUET h "
Redowa, par MUSARD 4 •>
Scbottlscli, par DESGRANGES 4 »
Polka-Mnzurka, par TALEXY 6 »
50
50
CENTKAAE
BUREAUX A PARIS : BOULE VARB DES ITALIENS, 1.
27e Aimée.
N° 37.
OH S'ABONNE 1
pans les Départements et â l'Étranger, chez tous
les Marchands de Musique, les Libraires, et aui
Purcaus des Messageries et des Postes.
9 Septembre 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 (r. paroi
Départements, Uelgique et Suisse... .'ÏO « id.
Étranger M » "d.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE IHUSiC
^ m p^miia
■^MTj\j\l\f\f\TJv^ —
SOMMAIRE. — Histoire du Conservatoire impérial de musique et de déclamation,
par Lassabathie (2e et dernier article), par Paul Smitli. — Théâtre Lyri-
que : réouverture; Crispin rival de son maître, comédie de Lesage, arrangée
par M***, mise en musique par M. Sellenick; l'Auberge des Ardennes, opéra-
bouffon en deux actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique
de M. Aristide Hignard ; reprise d«s Dragons de Yillars, par ILéon Dnro-
cher. — Revue des théâtres, par ». A. D. Saint-Yves. — Nouvelles
et annonces.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION,
Par I,.4S*ABATIIIE.
(21 et dernier article) (1).
Le reproche banal qu'on ne manque presque jamais d'adresser à
l'élève du Conservatoire qui pour la première fois met le pied sur la
scène, c'est de n'être pas un artiste complet. Reprochez au conscrit
de n'avoir pas les qualités du vétéran, ce sera tout aussi raisonnable !
Mais comme, du reste, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, l'inven-
tion du terrible grief ne date pas d'hier, et, il y a plus de soixante-
dix ans, Gossec était obligé de défendre les élèves de l'Ecole royale
en prouvant que les artistes ne poussent pas comme les champignons,
et qu'avec les plus belles dispositions du monde il faut encore du
temps et de l'exercice. Ce système d'argumentation parfaitement
simple nous a valu de la part du célèbre compositeur une série de
notes qui ne manquent pas d'un certain intérêt sur le personnel que
le grand Opéra possédait alors. Dans le dénombrement qu'il on a
fait se rencontrent plusieurs noms d'artistes dont la célébrité est venue
jusqu'à nous, et que nous sommes habitués à contempler de loin
dans leur costume de théâtre. Les notes de Gossec ont l'avantage de
nous les montrer de près et en déshabillé.
« Maintenant, dit-il dans sa lettre, il s'agit de voir qui des sujets
» de l'école formés par nous, ou de ceux de l'Opéra formés par le
» public, le théâtre et le Magasin (2), ont mis le plus de rapidité
dans leurs progrès.
1" « La demoiselle Sàint-Huberti, entrée bonne musicienne il y a
(1) Voir le n" 35.
(2) C'était le nom d'une ancienne école de chant et de danse pour les jeunes
fdles établie rue Saint-Nicaise.
» huit ans à l'Opéra, ayant joué et chanté pendant un bon nombre
» d'années sur tous les théâtres de l'Allemagne et de la Prusse, a été
» quatre ans mauvaise, rejetée du public, renvoyée de, l'Opéra et re-
» prise ensuite sous M. Devisme, devenue passable h la cinquième
» année, bonne à la sixième et excellente à la septième. » Voilà sans
doute un apprentissage qui devait compter et un exemple encoura-
geant pour les vocations d'un épanouissement difficile. Gluck n'en eut
que plus de mérite à deviner celle de Mme Sàint-Huberti, alors que,
chargée d'un petit rôle dans Armide, elle venait aux répétitions tou-
jours vêtue de la même robe noire et que ses camarades se moquaient
de sa mise en l'appelant madame la Ressource. — Oui, s'écria Gluck
avec sa franchise brusque et sa voix rude, oui, vous avez raison,
la ressource de l'Opéra!
2° « Mlle Maillard, après avoir joué et chanté sur divers théâtres,
» entra à l'Opéra il y a six ou sept ans, où maintenant elle n'est
» pas encore dans tout son éclat.» Gossec disait vrai: Mlle Maillard
avait encore des progrès à faire pour arriver à toute son importance,
Le rôle à' Armide fut un de ses meilleurs au temps de sa haute for-
tune, et puis elle finit par jouer celui de la Haine quand sonna
pour elle l'heure du déclin. C'est la progression ordinaire.
3° « Mlle Gavaudan l'aînée, depuis dix ans à l'Opéra, n'a encore
» rien appris avec la plus charmante voix du monde.
4° » Mlle Gavaudan cadette, depuis cinq à six ans, a fait de faibles
» progrès avec une très-belle voix.
5" » Mlle Joinville, depuis huit à neuf ans, ne vaut encore rien.
6° » Mlle Buret l'aînée, depuis six ans, idem.
7» u Mlle Audinot, entrée sous M. Devisme, ne sait chanter que
» Coiinette; ensuite on ne sait à quelle sauce la mettre. » Excusez,
de grâce, la naïveté de l'expression.
Tel était le chapitre des femmes. Celui des hommes suit immé-
diatement.
1° « M. Chéron, entré bon musicien et avec la superbe voix qu'on
» lui connaît, sous M. Devisme, a été pendant quatre ans aussi mau-
» vais acteur que mauvais chanteur. Il a du naturel, mais il est encore
» à cent lieues de son prédécesseur Larrivée et vient demander des
» conseils à l'école.
2° » Le sieur Rousseau, depuis huit à neuf ans à l'Opéra, où il est
» entré excellent musicien, ne se montre que depuis quatre ans. 11
» chante très-bien maintenant et s'est formé lui-même dans celte
» partie.
3n » Le sieur Lays, depuis six à sept ans à l'Opéra, entré bon mu-
n sicien, n'est quelque chose aux yeux du public que dans ta Cara-
» vanc. Il excelle dans le chant, où il s'est formé lui-même. » Comme
314
REVUE ET GAZETTE .MUSICALE
son contemporain, le célèbre Martin, de l'Opéra -Comique, qui ne de-
vait aussi qu'à lui-même son talent de chanteur, il finit, à force de
jouer, par se former comme acteur, et il en donna la preuve dans le
Rossignol, où il chantait si bien le rôle du bailli, l'ami de tous les
pères, le père de tous les enfants.
k" « Le sieur Martin (bien différent de celui dont le nom précède)
» ne vaut et ne vaudra jamais rien.
5° » Le sieur Lainez, quoique nullement musicien, est donc le seul
» sujet de l'Opéra qui ait montré des progrès rapides, qui soit devenu
» bon acteur en peu de temps, parce que la nature l'avait doué d'une
» intelligence rare en lui refusant la voix.
6° » Le sieur Moreau, depuis douze à treize ans à l'Opéra, n'a
» pas encore acquis et n'acquerra jamais un talent éminent : sujet
» d'utilité.
7° » Le sieur Chardini, depuis six ans à l'Opéra, a fait quelques
» progrès; mais, quoique très-bon musicien, il ne sera jamais qu'un
» sujet d'utilité comme le sieur Moreau.
» Enfin il y a encore à l'Opéra un nombre de petits sujets qui
» restent derrière la porte pour empêcher qu'on ne la ferme, et à qui
» ce poste est assigné pour la vie. »
Belle conclusion et digne de l'exorde, du moins quant au style;
mais ici le style ne faisait rien à l'affaire; Gossec avait pour lui la
raison, et de plus brillants écrivains n'auraient pas mieux plaidé sa
cause. Il fallait en France une école de chant tout comme il faut des
écoles de droit, de médecine, et l'on devait se garder de lui deman-
der l'impossible, c'est-à-dire qu'en moins de deux années on y for-
mât des arlisLes accomplis de tout point.
Avant que cette école fût fondée chez nous, on n'avait d'autres
pépinières de sujets chantants que les maîtrises. Malgré les regrets
éloquents, les touchantes élégies que leur destruction excita, malgré
les plaintes que nous avions souvent entendu formuler à cet égard
par des hommes à qui noire confiance est acquise, nous nous étions
toujours douté qu'une maîtrise de cathédrale ne pouvait réaliser le
type idéal d'une école de chant dramatique. Avec quel plaisir n'avons-
nous pas trouvé notre opinion pleinement justifiée par un document
précieux, Observations sur l'état de la musique en France, qui furent
lues à l'assemblée générale des membres du Conservatoire par le di-
recteur Sarrette le 5 ventôse an X (24 février 1802) ! Les maîtrises
venaient à peine d'être abolies, tous les membres de l'assemblée les
avaient vu fonctionner et savaient à quoi s'en tenir sur leur valeur.
L'appréciation qu'en faisait Sarrette n'eût p;is manqué de contradic-
teurs en cas d'erreur de compte. Après avoir rappelé que l'instruc-
tion musicale, étant restée entièrement subordonnée aux usages du
culte, n'avait pu suivre la marche rapide des sciences et des arts
depuis le règne de Louis XIV , Sarrette s'exprimait en ces termes :
« Les moyens de conservation et de production de l'art musical
» en France se trouvèrent donc circonscrits dans l'enseignement des
» maîtrises. Quels étaient ces moyens? Quant à la composition, le
» contre-point, plus particulièrement employé pour la musique d'église,
» était seul enseigné ; on s'abstenait absolument du genre, drama-
» tique : l'étude instrumentale se bornait à l'orgue et au serpent ; dans
» quelques-unes des maîtrises on enseignait le basson et le violon-
» celle, mais rien de plus. Quant à la mns:que chantée, l'on sait
» combien celle-ci dans les églises de France était éloignée de la pu-
» reLé et de la grâce de la mélodie italienne ; encore n'enseignait-on
» le chant dans ces écoles que jusqu'à l'âge où la voix mue, parce
» que jusque-là les élèves enfants de chœur fiaient utiles pour reni-
» plir les parties de dessus ; lorsque ce terme arrivait, ils étaient rem-
» placés par d'autres enfants et renvoyés avec une modique somme.
» Parmi ceux qui n'avaient pas conservé de voix, les uns se livraient
» à l'étude des instruments, les autres embrassaient un état différent;
» ceux dont la voix après la mue avait acquis les qualités néces-
» saires au chant, se destinaient ordinairement à remplir les places
» de chantres bénéficiaires dans les chapitres ou de choristes dans les
» églises; mais ces élèves, abandonnés après une première éducation
» aussi imparfaite, dépourvus de bonnes méthodes pour cultiver leurs
» moyens, viciaient toujours leur voix, la rendaient dure et criarde,
» parce que leur but comme leur instruction avait été de faire en-
« tendre les chants du culte, du lutrin au porche, et tout ce qui
» pouvait leur faire atteindre ce but était bon, si défectueux que
» pût être la méthode qu'ils employassent.
» Les plus belles de ces voix furent appelées par l'ancien gouver-
» nement à recruter la chapelle royale et l'Opéra : elles eurent alors
» des occasions plus favorables à leur culture. Dans le nombre on
» distingue quelques artistes qui ont acquis une réputation méritée
» sur la scène lyrique, mais il faut convenir que c'est en changeant
» de méthode qu'ils se sont formés. »
Donc les maîtrises, qui coûtaient fort cher, ne rendaient à notre
musique nationale que des services incomplets. L'étude des instru-
ments y était peu cultivée; presque tous les musiciens de nos armées
nous venaient d'Allemagne, nos orchestres de théâtre même se rem-
plissaient d'artistes étrangers. On y formait non des chanteurs, mais
des chantres, et de plus les femmes en étaient totalement exclues.
« Quelle que fût, ajoute Sarrette, l'utilité d'un enseignement aussi
» dispendieux que celui des cathédrales (1), quels furent ses résultats
» dans toutes les parties de l'art? A commencer par les compositeurs,
» il n'en est sorti qu'un très-petit nombre, parmi lesquels peu se dis-
» tinguèrent; elles n'ont produit aucun virtuose dans la partie ins-
» trumentale, et, à quelques exceptions près, les chanteurs qu'elles
» ont formés n'ont pas dépassé la médiocrité. »
Le Conservatoire s'éleva sur les ruines des maîtrises, de l'Ecole
royale de chant et de déclamation et d'une école de musique mili-
taire que Sarrette et Gossec avaient déjà fondée. C'était comme une
arche sainte ouverte dans le naufrage social ; mais par malheur tous
les aspirants ne pouvaient y être accueillis. « On concevra facile-
» ment, disait Sarrette, que beaucoup d'artistes, atteints par la des-
» traction des anciennes institutions.se pressèrent autour du nouvel
» établissement et y demandèrent des places, mais le Conservatoire
» ne pouvait pas les réunir tous; dès lors il compta au, nombre de
» ses détracteurs une grande partie de ceux qui ne furent point
» admis dans son sein. Ces mécontents rallièrent à leur cause les
» esprits inquiets et ambitieux qui craignirent que l'art ne fit des
» progrès et qu'il ne se formât d^s artistes qui partageassent avec
» eux les applaudissements. Dès lors un système de calomnie fut di-
» rigé contre le Conservatoire »
Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.
Le système dont parle Sarrette devait se perpétuer : le Conserva-
toire n'a pas d'ennemis plus constants, plus violents que les professeurs
qui n'en sont pas et qui voudraient en être. Ajoutez à cette foule
toujours grossissante les parents et amis des élèves qui n'ont pas
obtenu de premier prix, quelquefois les élèves mêmes qui ont été le
mieux traités et qui trouvent du plaisir à battre le sein de leur
nourrice. Cela donne un certain air d'indépendance et de supériorité !
On cite le propos d'un de ces élèves superbes à qui l'on rappelait ce
qu'il devait aux leçons de ses professeurs. & Des professeurs au
» Conservatoire!.... Est-ce qu'il y en a? J'y arriverai sans doute, et
» alors il y en aura un ! » Le mal est, non pas que de jeunes étour-
neaux disent de telles folies, mais que ces folies soient prises au sé-
rieux par des gens qui devraient être sages. Malgré des exemples
(1) Les cinq cents écoles établies alors coûtaient environ 10 millions.
DE PARIS,.
315
non moins nombreux qu'illustres, nous persistons à trouver de mau-
vais goût cette éternelle moquerie des élèves du Conservatoire, ce
persilïlage convenu d'un établissement qu'on nous envie et qu'on
imite. C'est un sujet rebattu qui prête beaucoup plus aux pauvres
d'esprit qu'aux riches. Il nous semble aussi que les critiques de-
vraient toujours s'informer, s'enquérir, en un mot savoir avant de
critiquer. Dernièrement encore, dans un feuilleton, d'ailleurs plein de
convenance et de bon esprit, nous lisions qu'au Conservatoire les
classes de chant avaient un double tort, celui de ne se tenir que
deux fois par semaine et celui d'être composées de vingt-cinq élèves !
Voilà comme on écrit l'histoire! Eh bien! les classes de chant ont
lieu tous les deux jours et il n'y a jamais que douze élèves au plus !
En général, les critiques ne se piquent pas d'une exactitude plus ri-
goureuse. Dans un autre article beaucoup pius vieux et aussi moins
bienveillant, nous trouvions un jour Vépitome des qualités sans les-
quelles on ne pouvait se permettre d'enseigner le chant au Conser-
vatoire. Des études sérieuses sur le style des divers temps, une sorte
de science historique, y étaient exigées surtout, et quelques lignes plus
bas nous lisions que Bordogni, qui, de l'aveu du critique, ne savait
rien de tout cela, n'en avait pas moins été un excellent professeur
et avait formé d'excellents élèves. Ceci peut passer pour un effet inat-
tendu de logique transcendante.
Cependant, nous l'avouerons, il est un point sur lequel le Conser-
vatoire n'a pas pleinement répondu à sa mission. Gossec, l'un de ses
créateurs, se flattait que, grâce au nombre des artistes qui sortiraient
de son sein, nos théâtres seraient en position de dicter des lois au
lieu d'en recevoir, et que les sujets de premier ordre viendraient
humblement frapper à la porte des directeurs, sollicitant la faveur
d'un engagement. Illusions ! vaines promesses ! Au lieu de cet âge
d'or, que voyons-nous? Une hausse excessive dans les prétentions et
les traitements, un budget toujours trop pesant, des talents trop
rares!... Le bon Gossec se trompait donc?.... Non pas; mais lors-
qu'avec son ami Sarrette il concevait le plan du Conservatoire, il ne
l'instituait que pour Paris, pour la France ; car alors, sauf quelques
villes de Flandre et d'Allemagne, dans quel coin de l'univers aurait-on
voulu d'un chanteur français? Aujourd'hui quelle différence! Le
chanteur français est recherché partout, dans le nouveau monde
comme dans l'ancien, en Angleterre comme en Espagne, et même en
Italie, Yalma parens des chanteurs et de la musique ! Et d'où vient
cet étrange revirement dans la condition de nos artistes? A quelle
cause l'attribuer, sinon à l'existence même de ce Conservatoire où
ils se forment presque tous, à l'éducation qu'ils y reçoivent et qui les
met en état de se présenter partout. Le Conservatoire a donc large-
ment contribué aux progrès de l'art du chant en France, quoique la
tradition critique affirme toujours avec le même aplomb qu'on y en-
seigne fort mal à chanter.
Ouvrez le livre de M. Lassabathie, parcourez ces listes volumi-
neuses qu'il a soigneusement recueillies; voyez y revivre et s'agiter
toutes ces générations d'élèves qui se sont succédé pendant tant d'an-
nées, se passant les uns aux a.itres le flambeau de l'étude, l'étincelle
du talent ! Lisez ces règlements, ces comptes rendus, ces discours où
la parole s'appuie sur le fait, vous ne douterez plus que malgré ses
défauts, ses erreurs, malgré ses veines bonnes ou mauvaises, où la na-
ture lui vient plus ou moins en aide, le Conservatoire ne serve à
quelque chose, et que si toute la gloire de Sarrette consiste à l'avoir
fondé, de sa direction aussi rejaillissent quelques rayons sur les fronts
lumineux de Cherubini et d'Auber.
Paul SMITH.
THÉÂTRE LYRIQUE.
RÉOUVERTURE
Urîspîi» rival de son maître, comédie de Lesage, arrangée
par M***, mise en musique par M. Sellenick. — I/Anfoeirge
tïem Ardeiianes , opéra-bouffon en deux actes , paroles de
MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de. M. Aristide
Hignard. — Reprise des ESrngom» elle WiBîan-s.
Crispin rival de son maître est une si vieille comédie, on l'a tant
jouée, elle a si peu quitté le répertoire du Théâtre-Français, qu'il
nous semble absolument superflu d'en faire ici l'analyse.
Nous nous permettrons seulement d'examiner si c'était un ouvrage
auquel la musique pût s'adapter facilement et avec succès, comme
il est arrivé pour le Barbier de Séville, le Mariage de Figaro, le
Mariage secret, etc.
Crispin. rival, est une comédie d'intrigue comme le Barbier. Et
même Crispin commence au théâtre Lyrique, comme le Barbier au
théâtre Italien, par une aubade qu'un amant donne à sa maîtresse.
Ici et là vous voyez au lever du rideau le soupirant en manteau cou-
leur de muraille et la guitare à la main , précédé ou suivi d'un
choeur de musiciens enrôlés pour l'accompagner. Valère exhale en
mélodies son amoureuse flamme sous les fenêtres de sa belle, comme
le comte Almaviva. Valère compte sur les services de Crispin, comme
Almaviva sur ceux de Figaro. Mais la ressemblance s'arrête là. Cris-
pin, au lieu de servir son maître, imagine de travailler pour lui-
même, sans avoir un autre but que celui de s'emparer de la dot, et
de disparaître immédiatement. L'intrigue, une fois engagée dans
cette voie, n'en sort plus, et la question qui se débat pendant toute
la pièce est de savoir si le bonhomme Oronte perdra ou ne perdra
pas ses vingt mille écus. Cela est bien peu musical. La musique est
faite pour exprimer les passions nobles et désintéressées, pour pein-
dre les mouvements du cœur. Les bons opéras sont ceux qui nous
font oublier les préoccupations matérielles de la vie, qui nous trans-
portent loin du inonde réel, dans le pays de l'idéal et de la fantaisie.
On peut rire un instant des ruses et de l'impudence d'un valet fripon
qui s'efforce de dépouiller un vieillard imbécile, mais il n'inspire
aucun intérêt ; il ne peut faire naître aucune émotion ; il ne dit rien
au cœur, et c'est au cœur seulement que la musique s'adresse.
Si on eût donné un peu plus de place à la passion de Valère, à
la tendresse d'Angélique, à leurs espérances, à leurs craintes, à leur
douleur, quand ils ont lieu de croire qu'ils vont être séparés pour
toujours, il y aurait eu là de quoi inspirer un musicien. L'expression
de ces passions opposées lui aurait permis de varier ses couleurs,
de multiplier les contrastes, d'attaquer dans l'âme du spectateur des
cordes qu'on y trouve toujours et qui ne demandent qu'à vibrer.
Mais Crispin et son complice Labranche sont continuellement sur le
premier plan, et l'on finit par être bien las de les y voir. Il vient
un moment où l'on trouve la pièce trop longue, où l'on éprouve le
désir, nous avons presque dit le besoin de la voir finir. Si on l'ar-
rêtait immédiatement avant ce moment-là, on lui assurerait de nom-
breuses représentations qu'elle n'aura probablement pas si elle reste
comme elle est.
Pour cela il faudrait avant tout la remettre en un acte. Lesage
avait parfaitement compris qu'un pareil sujet ne devait point rester
trop longtemps sous les yeux du spectateur, et surtout qu'on ne de-
vait pas le lui présenter deux fois. Où était la nécessité de couper
en deux et de séparer par un entr'acte une suite de scènes si bien
liées l'une à l'autre qui doivent courir vers le dénoûment et n'y sau-
raient arriver trop tôt ?
L'auteur de la musique, M. Sellenick, est, dit-on, chef de musique
316
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
dans un de nos vaillants régiments. Il n'y paraît guère dans sa par-
tion. ... — à moins toutefois qu'on ne doive attribuer à sa position
le soin qu'il a eu d'éviter le bruit, les effets de force, les éclats de
trompette et de trombone, ainsi que le cachet gracieux et sentimen-
tal qu'il a imprimé au rôle de Valère. S'il a voulu en effet surprendre
son monde et tromper l'attente du public, il ne pouvait pas mieux
s'y prendre, et il a parfaitement réussi. Son orchestre est générale-
ment très-doux et peu chargé de détails. Le quatuor en est toujours
la partie principale et les instruments à vent n'y jouent qu'un rôle
épisodique. On y remarque pourtant çà et là quelques détails assez
piquants. Il y a au commencement de l'ouverture un solo de clari-
nette d'nn style élégant et noble, — un peu trop majestueux peut-êlre
pour la circonstance. La seconde partie — allegro à deux temps —
renferme quelques phrases assez heureusement tournées, mais rap-
pelle trop à certains moments le refrain populaire : La bonne aven-
ture, 6 gail
Le premier chœur (l'aubade) se chante sotto voce et quasi sans
accompagnement ; il est plein de grâce et d'harmonie, et révèle
parmi les exécutants de charmantes voix de ténor. 11 faut louer ce
morceau sans réserve. Les couplets de Valère, auxquels ce chœur
serf pour ainsi dire de cadre, sont fort gracieux aussi ; ils ont cet
air noble, (/niant et doux que Trissotin attribue aux odes de Vadius.
L'air bouffe de Crispin a du mouvement et ne manque pas de gaieté.
Il y a au milieu un passage très-chantant et d'un tour agréable. Nous
devons signaler aussi, dans le duo entre Crispin et son ami Labranche,
la phrase :
Esprit d'audace,
Souplesse et grâce, etc ,
phrase bien dessinée, bien rhythmée, et qui a beaucoup de caractère.
Elle gagnerait à être chantée sans affectation. On n'est guère plaisant
lorsque l'on fait tant d'efforts pour l'être.
Le premier acte finit par un petit bout de sextuor qui a bien peu
de valeur, à notre avis. Ni l'idée mélodique, si tant est qu'il y en ait
une, ni l'harmonie, ni les dispositions vocales, ni l'accompagnement
instrumental, ne méritent qu'on s'y arrête. Passons donc au second
acte. Nous y trouverons d'abord un trio entre Lisette, Angélique et
Valère, où ce dernier personnage chante une mélodie assez gracieuse :
Lisette, on nous sépare, etc. C'est un élégant solo, encadré dans un
trio fort médiocre. L'auteur ne paraît pas avoir suffisamment étudié
l'art de faire manœuvrer les voix, de tirer parti de leur réunion, de
développer un long morceau, de conduire un dialogue musical. Il a eu
plus de succès dans le petit air de Lisette :
Tromper une fillette,
Se jouer des parents, etc.
Le style de ce morceau n'est peut-être pas très-naturel ; mais il a
de l'originalité, une allure décidée, je ne sais quoi de piquant et d'in-
cisif qui lui ont valu les applaudissements de la salle entière et les
honneurs du bis. Ajoutons ici, entre parenthèses, un fait dont M. Réty,
le nouveau directeur, ne saurait être trop loué. C'est que messieurs les
claqueurs ont fonctionné, à cette représentation, avec une réserve
singulière, et qu'ils n'ont point paru une seule fois vouloir imposer au
public leur admiration. M. Sellenick a donc obtenu cette fois des
applaudissements spontanés, sincères, et un succès véritable. Cela est
rare, aujourd'hui et méritait bien d'être constaté.
Nous ne dirons rien du trio entre Oronte et les deux valets. Le
duo qui suit contient du moins un assez joli passage sur ces paroles
grotesques :
Avec l'argent tout est salubre,
Mais tans argent tout est lugubre.
La mélodie à trois temps que l'auteur a mise là est nette, bien
rhythmée, et les deux voix marchent l'une à coté de l'autre avec
beaucoup d'aisance. Ce n'est pas la faute de l'auteur si M. Balanqué
exécute sa partie un peu lourdement. — Parlerons-nous "du dernier
air de Valère? Il est si petit, si petit, que nous avons bien de la
peine à le retrouver dans nos souvenirs. Il nous semble que cette
fois M. Sellenick a poussé le goût de la simplicité jusqu'à l'excès, jus-
qu'à l'affectation.
Son second finale ne vaut guère mieux que le premier, quoiqu'il
soit développé beaucoup plus largement. A cet égard, M. Sellenick a
besoin d'étudier encore et de s'exercer. Mais son instrumentation,
— si elle n'a pas beaucoup d'éclat — est raisonnable et suffisante, et
il y a de l'aisance, de la souplesse, quelquefois' même de l'élégance
dans sa mélodie.
Fromant chante la partie de Crispin avec une voix fraîche et un
timbre flatteur qui conviendraient mieux à un rôle d'amoureux qu'à
un rôle de valet fripon. Mlle Faivre joue avec une verve piquante celui
de la soubrette, qui va si bien à son œil vif et à son petit nez re-
troussé. Nous avons dit tout à l'heure quel succès elle obtient dans
ses couplets : une bonne part de ce succès lui appartient.
Le rôle d'Angélique est rempli par Mlle Durand, nouvelle recrue,
dont le talent n'est pas encore parvenu à sa maturité. M. Wartel fait
de grands progrès comme acteur. Il joue avec naturel et bonhomie
le rôle d'Oronte, et avec une certaine originalité celui du père Richard
dans Y Auberge des Ardennes, à laquelle il est bien temps que nous
arrivions.
Cette auberge des Ardennes inspire d'étranges terreurs à un pauvre
diable d'huissier que l'orage force à y prendre gîte, et qui a peut-
être vu jouer à Mouzon, sa ville natale, V Auberge des Adrets par
quelque troupe ambulante. M. Julien, le fils de la maison, dent son
arrivée malencontreuse a troublé la première nuit conjugale, exploite,
pour se venger, sa poltronnerie, et lui fait croire qu'il est tombé
dans un coupe-gorge. Vous devinez le reste, ami lecteur, sans qu'on
vous importune des détails. M. Aristide Hignard a brodé sur ce ca-
nevas une petite partition où nous avons principalement remarqué un
air bouffe :
Ah ! quel doux espoir !
Je dors comme un loir,"
où il y a de la gaieté, de la verve, et bon nombre de facéties musicales
qui n'ont rien d'affecté. C'est une qualité assez rare dans la musique
française. La chanson :
Lisette est une bonne fille,
mérite également une mention. Claudine, pour effrayer l'huissier,
chante la chanson de Lisette sur Pair du brigand. Les paroles et la
musique forment un assez plaisant contraste. Nous n'avons guère pu
juger les morceaux que chante Julien, le rôle ayant été donné à un
jeune ténor que la peur avait pris à la gorge. Il ne savait ce qu'il
faisait, ni ce qu'il chantait, d'où il est résulté que nous ne savons pas
ce que nous avons entendu. M. Girardot a l'esprit fin, la physionomie
originale et la frayeur comique : il est très-amusant dans le rôle de
l'huissier terrifié et mystifié. La pièce fait donc rire, et c'est tout ce
qu'on peut lui demander.
Quelques jours après la réouverture, le théâtre Lyrique a eu la
bonne pensée de reprendre les Dragons de Villars, qui obtinrent un
si brillant succès il y a quelques années. Ce succès s'est reproduit
partout où l'on a joué la pièce, soit en France, soit à l'étranger. C'est
qu'il y a là tout ce qui fait réussir les partitions : une mélodie abon-
dante, des effets harmoniques souvent remarquables, une instrumen-
tation très-soignée, originale, riche, haute en couleur. On a revu cet
excellent ouvrage avec un plaisir extrême. Le chœur des dragons,
celui des huguenots fugitifs, les couplets de l'ermite, ou plutôt sur
l'ermite, qui sonne et résonne, le duo du maréchal des logis avec
Rose Friquet, le trio de ces deux personnages avec la fermière, le
duo de Rose avec Sylvain, et tant d'autres morceaux que nous pour-
rions citer, ont été applaudis avec un entrain peu ordinaire. La musi-
DE PARIS.
317
que de M. Aimé Maillart a obtenu la consécration du temps : elle
dure ; cela n'a jamais été commun, et devient plus rare de jour en
jour.
Mlle Rosiez, qui a remplacé Mlle Borghèse dans le rôle de Rose
Friquet, n'a pas toute la vigueur, tout le moulant, toute l'originalité
de sa devancière ; mais elle a de la finesse, de la grâce et une voix
très-agréable, quand la phrase musicale ne descend pas trop bas. Elle
a aussi de l'expression, delà passion, — une passion délicate et con-
tenue,— qui a eu beaucoup de succès, au second acte, dans le duo
entre Sylvain et Rose Friquet. Mlle Girard est dans le rôle de la fer-
mière ce qu'elle est partout, une actrice qui pétille d'esprit, une can-
tatrice d'une habileté peu ordinaire. M. Cœuille a une voix délicieuse,
et chante, en vérité, fort bien. Comme acteur, il a encore quelque chose
à faire. Il prononce très-bien en chantant, et assez mal en parlant:
cela n'est-il pas bizarre ? M. Grillon a la voix charmante aussi, et
chante fort bien, mais il n'est pas encore assez franchement mauvais
sujet. On dirait parfois qu'il lui reste des scrupules. Des scrupules à
un dragon ! fi donc !
Quant à M. Girardot, il n'y a que des compliments à lui faire.
Léon DUROCHER.
REVUE DES THEATRES.
Théâtre-Français : Débuts de Guichard dans Britannicus et dans
Horace et Lydie; débuts de Mlle Ponsin dans l'Ecole des vieillards.
— [Odéon : réouverture, le Parasite, comédie en un acte et en vers,
par M. Edouard Pailleron ; les Mariages d'amour, comédie en cinq
actes et en prose, par M. Ernest Dubreuil. — Gymnase : la Folle
du logis, comédie en quatre actes, par M. Latour Saint-Ybars ; re-
prise de Si jeunesse savait ! vaudeville de M. Mellesvill.e. — Vaude-
ville : reprise des Mères repenties, drame en quatre actes, par
M. Mallelille. — Gaitê : reprise du Fils du Diable, drame en cinq
actes et onze tableaux, par MM. Paul Féval et Saint- Yves.
Les théâtres se réveillent enfin, et sortent de leur longue torpeur.
Voici l'époque des réouvertures ; les provisions d'hiver sont faites ; on
les signale à l'horizon; quelques ballons d'essai sont déjà lancés;
viennent les soirées d'automne, et les affiches, entièrement renouve-
lées, offriront un menu aussi varié qu'appétissant.
En attendant les pièces de résistance, la Comédie française procède
à ses débuts annuels. Guichard, qui a fait ses premières armes à l'Am-
bigu en 1847, et qui depuis s'est distingué à l'Odéon, n'a pas craint
d'aborder le fameux rôle de Néron, dont le souvenir de Talma est
devenu inséparable. Heureusement pour Guichard que la génération
actuelle n'est pas a même de comparer. Malgré le discrédit où la tra-
gédie est tombée depuis la mort de Mlle Rachel, il a plus d'une fois
arraché les applaudissements des connaisseurs, notamment dans l'ad-
mirable scène de l'altercation avec Agrippine, qui avait Mme Guyon
pour interprète.
Pour son deuxième début, Guichard a joué le rôle d'Horace dans la
charmante comédie inspirée à M. Ponsard par le Donec gratus erim
du poëte. Cette épreuve lui a été plus favorable encore que la pre-
mière, et nous fait supposer que le Théâtre-Français s'attachera d'une
manière définitive ce jeune comédien, intelligent et consciencieux.
Le rôle d'Hortense, créé par Mlle Mars dans V Ecole des vieillards,
nous a montré aussi, sous un jour des plus avantageux, une jeune et
jolie débutante, Mlle Ponsin, qui a sa place marquée auprès de
Mlle Plessy et de Mlle Madeleine Brohan.
— Fidèle à sa promesse, l'Odéon a fait sa réouverture le 1er sep-
tembre, avec deux pièces nouvelles. L'une est en vers, et s'appelle
le Parasite ; l'autre est en prose, et se nomme les Mariages d'amour.
Du combien d'études antiques la Ciguë de M. Emile Augier n'a-t-
elle pas été le modèle et le prétexte! Autrefois, tout rhétoricien qui
aspirait aux honneurs de la scène rimait sa tragédie classique sur
les bancs du collège ; maintenant c'est une étude grecque ou latine
qui a remplacé la tragédie. Un acte au lieu de cinq, et un thème tout
préparé par les travaux de chaque jour, il est clair qu'il y a bénéfice
pour les lycéens. Aussi, que de moutons de Panurge ! Donc, l'auteur
du Parasite, M. Edouard Pailleron, est un tout jeune homme qui
jette, comme tant d'autres, sa gourme classique. Mais, de plus que
d'autres, il entre en lice avec de louables dispositions qu'il ne tiendra
qu'à lui de transformer en un talent réel. -Son vers est concis, bien
frappé, tel qu'il doit être dans une comédie grecque ; à part quelques
vulgarités, l'esprit n'y manque pas, et, il faut bien le dire, le sujet
est hardi pour un adolescent. Myrrhine attend son mari qui a disparu
le jour même de ses noces, et refuse d'écouter les consolations d'un
galant qu'elle ne peut épouser. Par jalousie, une jeune esclave per-
suade à un parasite du nom d'Eaque de venir jouer auprès de Myrr-
hine le rôle de l'époux voyageur. Avons-nous besoin d'insister sur
la situation graveleuse à laquelle donne lieu l'exécution de cette ruse?
Il est vrai que les convenances sont sauvées par la nouvelle de la
mort de son mari, et par le mariage de Myrrhine avec son pré-
tendant.
Que de choses dans ce titre : les Mariages d'amour ! non qu'il offre
à l'imagination un champ bien neuf et tout à fait inexploité, mais il
est assez vaste pour qu'après la moisson, on y trouve à glaner long-
temps encore. M. Ernest Dubreuil a-t-il eu cette bonne fortune? c'est
ce qu'il reste à savoir. Deux frères sont eu présence, guidés tous
deux, dans leurs projets d'union, par un rare désintéressement. L'un,
Georges, le peintre, épouse une jeune fille pauvre, mais non sans
s'assurer qu'elle est digne de lui: il est heureux. L'autre, Henri, le
médecin, entre, les yeux fermés, dans une famille dont la position
apparente offre tontes les garanties désirables. Mais à peine marié, il
s'aperçoit que sa belle-mère a spéculé sur l'amour que lui a inspiré
sa fille, pour supposer une dot qui n'existe pas. Le drame résulte
des roueries odieuses de cette belle-mère, et de l'indignation bien
naturelle du gendre désillusionné. La leçon est vraie, mais répulsive;
elle est d'ailleurs sans dénoûment possible. Tous les replâtrages du
monde ne feront pas qu'Henri n'ait été trompé dans ses espérances
et que son âme n'en garde une amertume qui rejaillira tôt au lard
sur son bonheur conjugal. Les développements de la pièce de
M. Dubreuil se ressentent de ce vice d'origine ; il y règne un certain
embarras qui a failli plus d'une fois en compromettre le succès. Si du
moins, la vigueur et l'originalité du pinceau déguisaient la mauvaise
disposition du dessin ! Par malheur, le tableau ne brille pas par le
coloris, et la seule figure qui s'en détache, celle de la belle-mère,
n'est pas faite pour lui gagner beaucoup de sympathie. M. Ernest
Dubreuil n'en est plus à ses débuts en littérature, mais il est assez
jeune pour se corriger de ses défauts.
— A l'exemple de M. Ponsard, voici un autre poëte, l'auteur de
Virginie et du Vieux de la Montagne, M. Latour Saint-Ybars, puis-
qu'il faut le nommer, qui déserte à son tour les hautes cimes de l'art
pour s'abattre sur le sol prosaïque des théâtres de genre. C'est au
Gymnase qu'il est allé demander asile pour sa Folle du logis, une
jeune fille qui n'a rien de commun, ainsi qu'on pourrait le croire,
avec cette autre folle du logis qu'on appelle l'imagination. Mlle Mar-
celine est, dans toute l'acception du terme, une franche étourdie
dont la tête tourne à tous les vents. On se ferait difficilement une
idée de tous ses caprices, de toutes ses tyrannies devant lesquels cha-
cun s'incline. A la veille de se marier avec un brave garçon plein
de raison et de droiture, elle refuse tout à coup de signer le contrat,
parce qu'elle a entrevu dans la foret de Saint-Germain un jeune
gandin qui l'a préservée, en passant, d'une chute de cheval. L'amou-
reux éconduit provoque son rival; mais dès les premiers mots il re-
connaît à qui il a affaire ; au lieu de se batire avec lui, il paie ses
dettes et lui cède sa place auprès de Marceline. Effectivement celle-ci
318
RE VLE F.T GAZETTE MUSICALE
ne larde pas à découvrir la nullité de son sauveur et elle est trop
heureuse de revenir à son premier fiancé. C'est fort bien; décidé-
ment les voilà mari et femme ; mais qui nous garantit que la folle du
logis ne sera pas un peu folle dans son ménage ? Le passé de Mar-
celine est si peu rassurant ! Tant il est vrai que l'avis rara du théâtre,
c'est un bon dénoûment. Pourquoi aussi M. Latour Sainl-Ybars a-t-il
fait infidélité à la poésie ? Ce n'est certes pas par impuissance ; nous
n'en voulons pour preuve que les beaux vers lus le même soir que
sa pièce au Cymnase par Pierre lierton pour appeler la pitié des
spectateurs sur les victimes du Liban.
Ce môme théâtre a repris un très-agréable vaudeville de M. Mé-
lesville, intitulé Si jeunesse savait! Le rôle de Richelieu, créé par
Derval au Palais-Royal, est toujours tenu par cet acteur, qui y re-
trouve son succès d'autrefois.
— En fait de reprises importantes, signalons celle des Mères repen-
ties, un drame de M. Mallefille, qui vient de paraître au Vaudeville,
avec Mme Marie Laurent, et celle du Fils du Diable, un drame de
l'Ambigu, interprété d'une manière très-remarquable par Dumaine, à
la Gaîté, et dont nous ferions peut-être l'éloge si, à côté du nom de
M. Paul Féval, ne figurait pas le nom qu'on lit au bas de cette
revue.
D. A. D. SAINT-YVES.
EOPELLES.
a** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi les Huguenots , mer-
credi Srmiramis et vendredi les Elfes avec le Comte Ory.
„'% C'est vendredi 14 ou lundi 17 que sera joué le Prophète pour la
rentrée de Mme Tedesco dans le rôle de Fidès.
t*t Le ballet de .Mlle Taglioni se répète activement; on espère qu'il
sera prêt pour le 15 octobre.
„,** Au théâtre de l'Opéra-Comique Montaubry est rentré cette se-
maine par Fra Diavolo qui avait attiré beaucoup de monde. On sait
avec quel talent réminent artiste interprète le rôle principal du chef-
d'œuvre d'Auber. Il a chanté surtout avec une perfection inimitable la
barcarole du deuxième acte, et la salle entière a éclaté en applaudis-
sements. Mme Faure-Lefèbre, délicieuse Zerline, et Berthelier, d'un
comique parfait dans l'Anglais, ont vaillamment contribué au succès.
„*» Deux bonnes nouvelles: Montaubry va prendre dans le Petit cha-
jeroti rouge le rôle de Rodolphe qui lui avait été destiné d'abord, et
celui de Georges dans la Dame blanche, remontée à cet effet avec des
décors neufs. Mlle Marimon chantera le rôle d'Anna, et M. Mocker celui
de Dickson.
„,% Le départ du premier ténor de l'Cpéra-Comique avait interrompu
les représentations du Roman d'Eloire ; la charmante partition d'Ambroise
Thomas reprend aujourd'hui sa place sur l'affiche du théâtre de 1 "Opéra-
Comique, et les amateurs pourront de nouveau applaudir Mile Monrose
dans le rôle de la marquise qu'elle a créé avec tant de talent.
»*„ Le directeur du théâtre de l'Opéra-Comique a reçu Maître Claude,
un acte de M. de Saint-Georges, musique de J. Cohen.
,,*„ Le théâtre des Bouffes-Parisiens a fait hier sa réouverture par
Orphée aux enfers avec l'élite de la troupe.
:t*.t Le temps a été assez beau lundi pour que le concert Musard ait
pu donner sa soirée au bénéfice des chrétiens de Syrie. Il y avait beau-
coup de monde et la recette a été bonne.
*** Meyerbeer, qui a passé quelques jours à Paris, se rendant aux bains
de mer, part aujourd'hui.
„,% La semaine dernière a eu lieu â Blois, dans la salle des Etats, le
concert organisé par la direction du Figaro au profit des pauvres de la
localité Une réunion des plus célèbres artistes avait été convoquée pour
cette bonne œuvre, et ils se sont empressés de se rendre à l'appel de
M. de Villemessant. Une représentation de Galathée, autorisée par le
directeur de l'Opéra-Comique, précédait le concert. Mmes Uugalde et
Wertheimber, MM. Poncliard et Sainte-Foy ont interprété l'œuvre
de. Victor Massé avec le talent qu'on leur connaît, et nous devons
ajouter qu'ils se sont surpassés. Le programme du concert était fort
riche : le duo de Moïse, chanté par Tamberlick et Faure; le boléro des
Vêpres siciliennes, par Mlle Battu; l'évocation des nonnes de Robert le
Diable, par Levasseur ; des chansonnettes, par Sainte-Foy ; pour la
deuxième partie, l'air du Chalet, par Faure; le rondeau de la Ccne-
rentola, par Mlle Battu; l'air de Jérusalem, par Tamberlick; la Com-
plainte de Cil Blas, par Mme Ugalde, et le trio de Guillaume Tell, par
Tamberlick, Faure et Levasseur; enfin le Sylphe, fantaisie jouée sur
le violoncelle par.J. Offenbach. L'énumération de ces morceaux et les
noms des artistes qui les chantaient rendent tout commentaire inutile;
disons seulement qu'à la fin du concert tous ont été rappelés par une
acclamation unanime qui témoignait assez de l'admiration de l'assis-
tance, et que le produit du concert s'est élevé au chiffre significatif de
14,000 fr.!
£\ Nous avons annoncé le grand concert religieux et historique qui
sera donné le 14 septembre à Boulogne-sur-Mer au profit de l'œuvre de
Notre-Dame, sous la direction de M. Ch. Vervoitte, maître de chapelle
de l'église Saint-Iïoch à Pai is. Voici les noms des artistes qui ont bien
voulu prêter leur concours gratuit à cette bonne œuvre. MM. Bussine,
Cazaut, Quesne et Ilayet, chanteurs solistes à Saint-Koch ; MM. Barthé-
lémy, Boze, Espaignet, Van Haute, membres de "l'Académie impériale de
musique; Chardard, directeur de l'Ecole de musique de Boulogne ; Ba-
tiste, organiste de Saint-Eustache ; Sergent, organiste de la cathédrale
de Paris, et plusieurs autres artistes.
t*# Louis Engel a fait à Bade les honneurs de l'orgue Alexandre à
S. A. 11. Mme la princesse de Prusse. Le timbre doux et mélodieux de
l'instrument, les sons expressifs que le célèbre artiste sait en lirer, la
perfection de son exécution et les nouveaux effets qu'il en a obtenus
ont excité au plus haut point l'intérêt de Son Altesse Royale, qui s'est
fait donner des explications minutieuses sur la soufflerie, les registres et
la combinaison des jeux. Avant de partir, Son Altesse Boyale a daigné
exprimer dans les termes les plus flatteurs à M. Engel tout le plaisir
que lui avait causé cette audition.
t** Roger a donné trois représentations, à Carlsruhe, dans le cou-
rant du mois: il a chanté la Dame blanche, les Huguenots et le Prophète.
Dans ce dernier opéra, il a été rappelé sept fois.
**„ Le Pardon de Ploè'rmel sera représenté au commencement de la
saison d'hiver à New-York. Le directeur de l'Académie de musique de
cette ville, M. Ullmann. a engagé à cet effet une des premières canta-
trices de l'Allemagne. Elle doit créer en Amérique le rôle de Dinorah.
**# L'Institut de -France (académie des beaux-arts, section de musi-
que) vient d'accorder sa haute approbation à un nouveau travail de
M. Stéphen de la Madelaine, intitulé : Leçon écrite sur l'air dTAnnette
du Freischiilz. Ce curieux et important travail est extrait d'un ouvrage
qui va paraître sous le titre de: Eludes pratiques de musique vocale pour
faire suite aux Théories complètes de chant du même auteur, dont la
Revue musicale a publié les premiers chapitres il y a quelques années.
**„. Nous avions annoncé qu'à l'arrivée de LL. MM. IL à Chambérj', le
Te Deum impérial de la composition de M.Sain-d'Arod serait chanté à l'é-
glise métropolitaine. On nous communique sur cette solennité quelques
détails que nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lec-
teurs : « Les chœurs étaient composés de plus de deux cents voix choi-
sies dans les écoles de la ville, de la Société chorale de Chambéry et
d'une Société chorale de Lyon; la partie instrumentale, écrite pour un
orchestre de symphonie militaire, était confiée à la belle musique du
54° d'infanterie, à laquelle s'étaient réunis un grand nombre de
professeurs et d'amateurs instrumentistes venus de Lyon et qui renfor-
çaient de la façon la plus heureuse la masse des exécutants. Cazaut,
l'excellente basse de l'Opéra, avait été mandé de Paris pour chanter les
soli avec M. Peront, lauréat du Conservatoire, et M. Mermant, premier
ténor du grand théâtre de Gand. S. M. l'Impératrice a particulière-
ment remarqué la beauté de cette œuvre et la perfection avec laquelle
elle a été exécutée. Deux jours après, M. Sain-d'Arod a organisé à
Aix-les-Bains un très beau concert où se trouvaient réunis Cazaut,
MM. Peront, Mermant, pour la partie vocale, Mme Mancel, M. de Croze,
Arnstein, Laussel, Duport, etc.
*** M. fluerta, le célèbre guitariste, que plusieurs journaux avaient
fait mourir à Nice, il y a quelques mois, vient d'arriver à Paris où il
compte se faire entendre plusieurs fois dans le courant de la prochaine
saison. La réputation qui précède M. Iluerta nous est un sûr garant du
succès qui attend l'éminent virtuose.
„,*.,, Voici le tableau de la troupe du théâtre royal de San-Carlos, de
Lisbonne, pour la saison d'hiver, sous la direction de l'imprésario Cor-
radini : prime donne, Marietta Gazzaniga et Ferranti Kennet ; prima
mezzo soprano et contralto, Mme Galli-.Marié ; premiers ténors,
Agresti et Neri Baraldi ; premier baryton, Fagotti ; première basse, An-
tonucci.
„% Mme Charton-Demeur part mardi pour Madrid ; un léger accident
qu'a éorouvè l'éminente cantatrice en descendant de voiture l'a retenue
quelques jours de plus à Paris.
„,% Au mois de juillet dernier, nous appellions l'attention sur un
pianiste-compositeur aussi distingué que modeste, M. D. Magnus. Après
avoir donné dans les Pyrénées et à Bayonne quinze concerts des plus
suivis, dans lesquels l'exécution de sa belle fantaisie sur les Huguenots
a produit le plus grand effet, M. Magnus est revenu à Paris où nous
l'entendrons cet hiver.
DE PARIS.
319
»*„ Les sociétés chorales ont souvent regretté qu'il n'existât pas de
recueils de chœurs d'opéras arrangés pour quatre voix d'hommes. Il
leur sera agréable d'apprendre qu'incessamment paraîtront les princi-
paux chœurs des opéras d'Auber, Meyerbeer, Rossini, etc., arrangés
pour les orphéons.
t*t S. M. la reine d'Espagne vient d'accepter de la manière la plus
gracieuse la dédicace du chant guerrer composé par M. S. Ponce de
Léon, à l'occasion des victoires de l'armée espagnole au Maroc.
,*, C'est le 30 septembre que fermeront les concerts des Champs-
Elysées ; mais, si l'on en croit certains bruits, nous n'en serions pas
privés cet hiver, et l'issue du procès perdu par M. Sari contre la proprié-
taire de l'Eldorado laissant libre ce local, construit et approprié pour une
salle de concert, Musard pourrait bien y planter son bâton de chef
d'orchestre. En attendant, les quelques belles soirées de ces jours der-
niers y ont ramené la foule, et les programmes ont été fort heureuse-
ment variés : la Schiller Marsch, la polonaise de Slruensée, la redowa sur
le Pardon de Ploërmel, celle du Prophète, sont toujours en possession de
la faveur publique. Une charmante ouverture d'Aimé Maillart, le Moulin
des tilleuls, a fait le plus grand plaisir. Enfin, les solistes Demerssmann,
Legendre, Moreau, rivalisent chaque soir de perfection.
t*„ Des lettres de Lisbonne confirment la nouvelle de la mort de Luigia
Bianchi, charmante prima donna applaudie sur les principaux théâtres
d'Europe. Elle a succombé le 13 juillet â une longue et douloureuse ma-
ladie.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,*,,. Cherbourg. — A l'occasion de l'ouverture du congrès scientifique,
dont la 27e session a eu lieu dans notre ville, M. José Barrière a écrit
la partition d'une cantate de M. Delachapelle. Cette œuvre du directeur
fondateur de la Société de Sainte-Cécile de Cherbourg a été parfaite-
ment exécutée dimanche dernier par les membres de la Société, déjà
deux fois couronnés aux deux seuls concours orphéoniques auxquels ils
ont pris part, à Caen en 1858, et à Paris en 4859. M. Desquènes, ténor,
qui possède une jolie voix , a été très-applaudi dans la cantate de
M. José Barrière. A la séance d'inauguration du congrès, M. A. Elwart
a prononcé un discours sur le passé, le présent et l'avenir de l'Orphéon en
France Ce discours a été très-goûté, et M . A Elwart, en indiquant les moyens
de répandre l'instruction morale chez les orphéonistes, a obtenu l'ap-
probation de l'assemblée. Le lendemain lundi, une messe du Saint-Esprit,
écrite à quatre voix d'hommes, sans accompagnement, par M.José Barrière,
a été exécutée à l'église Sainte-Trinité, en présence du congrès réuni.
VO salutaris, solo de hautbois, composé et exécuté par M. Antonio Bar-
rière, et accompagné par les voix du chœur, a été également très-re-
marque.
**t Strasbourg, 2 septembre. — Hier, la jeune élève du Conservatoire
de Paris qui a remporté le premier prix de violon au concours de cette
année, Mlle Marie Boulay, a donné un concert des plus brillants. C'était
un hommage rendu par elle à sa ville natale, qui l'en a remerciée par
son empressement à venir l'entendre et â l'applaudir. Déjà, dans une
soirée particulière, elle avait ravi, étonné un petit nombre d'auditeurs.
Pans le concert qui a eu lieu dans le foyer du théâtre, elle a soulevé des
transports d'enthousiasme, en jouant le beau concerto de Viotti, enrichi
du magnifique point d'orgue, composé par Alard pour son élève. Une
berceuse avec sourdine, de Reber (redemandée), deux fantaisies d'Alard,
sur Linda et le Trovatore, ont fourni autant de triomphes à la charmante
artiste, qui n'en a semblé que plus gracieuse et plus modeste, ce qui
n'est pas de moins bon augure pour son caractère que pour son talent.
**„. Marseille. — La réouverture du grand théâtre a eu lieu par l'opéra
de Guillaume Tell.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„,% Bruxelles. — Dimanche dernier, le Théâtre-Royal a rouvert ses
portes au public, convié à une représentation du chef-d'œuvre qui a
principalement défrayé le répertoire de l'an passé, le Pardon de Ploër-
mel. Dans cette pièce faisaient leur rentrée des artistes sûrs d'avance
de la sympathie de leur auditoire. En première ligne Mlle Boulart, qui
a été accueillie par d'interminables salves de bravos. Notre prima donna
nous est revenue avec une voix plus souple et plus fraîche que jamais,
avec les mêmes qualités dramatiques que nous avons toujours tant ap-
préciées chez cette artiste. L'air de VOmbre a été pour Mlle Boulart un
véritable triomphe. M. Aujac n'a pas reçu moins bon accueil, et c'était
justice. Le public sait combien de services rend au théâtre M. Aujac,
et il lui a bruyamment témoigné sa satisfaction. La rentrée de M. Car-
man s'est faite aux applaudissements prolongés de toute la salle. Malgré
un rhume opiniâtre dont quelques, traces subsistent encore, notre excel-
lent baryton s'est montré à la hauteur de sa réputation. C'est tout dire.
— Lundi, pour la rentrée des artistes du grand Opéra, on a joué la
Favorite. MM. Wicart, Carman, Depoitier ; Mmes Elmire et Delechaux y
ont été salués des plus vifs applaudissements. — Mardi voyait le début
de Jourdan dans Huydée. L'impression produite par cet artiste lui a
été toute favorable. Le public de Bruxelles a confirmé le jugement
porté depuis longtemps par celui de Paris sur le mérite de Jourdan,
qui vient de conquérir bravement chez nous l'emploi de premier ténor
de l'Opéra-Comique. — Samedi, au Parc, a eu lieu la réouverture du
nouveau théâtre, honorée de la présence de LL. AA. RR. le duc et
la duchesse de Brabant. On a admiré les heureux changements apportés
à la salle. La décoration on est charmante. — Le premier grand opéra
qui sera monté cette saison au Théâtre-Royal sera YHerculanum, de Fé-
licien David. Viendra ensuite un grand opéra dont M. Hanssens a com-
posé la musique sur un libretto versifié par un de nos poètes les plus
justement renommés. — Un journal de Paris annonce que. M. Lumley,
l'habile impressario, vient d'obtenir la direction du théâtre national
du Cirque à Bruxelles. Ce théâtre serait desservi, â partir du 4" octobre,
par une troupe italienne lyrique, parmi laquelle on pourrait déjà citer
des noms célèbres.
*** Spa.— Le concert donné par Louis Brassin a réuni la plus brillante
assemblée. De mémoire d'amateur on n'avait pas entendu ici de pianiste
de cette force. Grâce, sentiment, puissance, dextérité, ce jeune artiste
possède tout cela. 11 a joué plusieurs morceaux de sa composition en
provoquant les applaudissements les plus enthousiastes. L'administration
des jeux, cédant au vœu général, a engagé M. Louis Brassin pour un
grand festival qui aura lieu le 21 septembre, et elle lui a fait, en outre,
de brillantes propositions pour la saison de 1861.
*% Baie. — On attendait avec impatience la comédie écrite par
Mlle Aug. Brohan, en collaboration avec M. H. de Pêne, un des critiques
de la presse parisienne le plus en vogue et le plus sympathique. A la
campagne (tel est le titre de la pièce) vient d'être joué deux fois de
suite. La princesse de Prusse et le prince de Nassau honoraient la pre-
mière représentation de leur présence. Empruntée aux mœurs de la
société actuelle, marquée au cachet du bon ton, écrite d'un style char-
mant, elle a fait le plus grand plaisir. Le rôle que Mlle Brohan s'est ré-
servé dans son œuvre pétille de mots spirituels et qui gagnent encore,
dits par l'admirable comédienne. Sainte-Foy est des plus amusants dans
le rôle d'un sportroann devenu antiquaire; Mlle Favart a représenté au
naturel une charmante miss anglaise vivant de feuilles de rose et de la
contemplation des astres et du ciel bleu ; Bressant est d'une grande
distinction dans le personnage du comte Raynald, et il a chanté avec un
talent digne de l'Opéra-Comique un grand air écrit exprès pour cette co-
médie par le prince Poniatowski. — Le 13 est fixé pour la représenta-
tion de la comédie de Méry, jouée par Mlle Madeleine Brohan, Bressant
et Régnier. L'opéra de Vivier terminera la saison.
*% Francfort. — Marsckner, de retour de son voyage à Paris, est
depuis quelques jours parmi nous. En son honneur, le théâtre de la
ville a joué le Vampire. Le célèbre compositeur a bien voulu hono-
rer de sa présence une fête musicale donnée à son intention par le
Liederkranz.
£*£ Vienne. — Mme Czillag ne rentre pas à l'Opéra de la cour, comme
on l'avait annoncé : la célèbre cantatrice part pour New -York, où elle
a un engagement de six mois, à raison de 10,000 fr. par mois. — Du 6 au
26 août, l'Opéra de la cour a donné : les Huguenots, le Postillon de Long-
jumeau, Satanella, la Dame blanche, Dm Juan, les Gaies commères de
Windsor, Bélisaire, le Prophète, V Etoile du Nord, Lohengrin. — L'opéra de
Rubinstein, les Enfants des Landes, sera représenté clans le courant de
novembre — Le théâtre Treumann doit ouvrir avec Geneviève de Bra-
bant, opéra- bouffe d'Offenbach.
,/•%, Berlin. — Le 28 août, jour anniversaire de la naissance de Goethe,
le théâtre de l'Opéra de la cour a donné Faust, avec la musique compo-
sée partie par le prince Radzivvill, partie par Lindpaintner. La repré-
sentation donnée au profit du monument de Goethe était précédée d'un
excellent prologue, écrit pour la solennité par Adami, et récité par
Dessoir. Cette étude littéraire, qui survivra à la circonstance qui l'a
inspirée, a été saluée d'un tonnerre d'applaudissements.
t*t Naples. — Le nouvel opéra du maestro Petrella, il Folelto di Gresg,
vient d'avoir un très-grand succès sur notre théâtre del Fonda. Depuis
la première jusqu'à la dernière note, il a fait fanatisme. L'auteur a été
rappelé vingt fois. Les chanteurs Scalese et Guicciardi ont fait merveille.
La Nera-Lorini a soulevé un véritable enthousiasme, et les plus vives
acclamations l'interrompaient à chaque phrase. L'effet de l'opéra entier a
été indescriptible et fera époque à Naples. Les rappels et les bis ont été
innombrables.
*** Milan.— Le théâtre de la Scala a ouvert avec V.hsedio di Firenze,
de Bottezini ; cette œuvre avait pour interpr^-tes la signora Fiorentini,
Claudina et Valentini, Cristiani Gio, Cotogni Antonio, Délia Costa, Cesare,
Alessandrini Luigi.
320
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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1er ACTE
Chœur. Heureux enfants de la Provence 3 »
Chanson provençale. Biaise qui partait, en mer s'en allait 4 »
Ariette militaire. Quand le dragon a bien trotté 5 »
i*. La même, pour ténor 5 »
Air. Maître Thibaut, vos mules sont charmantes 6 »
Romance. Ne parle pas, Rose, je t'en supplie 2 50
is. La même, en sol, pour baryton 2 50
Duo. Allons, ma chère, allons, voici mon verre 9 »
Coupleis de l'ermite. Grâce à ce vilain ermite , 5 »
Chanson de soldats. Pour séduire, une fillette 2 50
2" ACTE
9 . Villanclle. Ah 1 tra la, ah ! tra la 4
10. Duo. Moi jolie! moi jolie! 9
1 1 . Trio. C'est là, c'est là, voilà 10
12. Chœur et Prière 5
3° ACTE
13 . Chœur . Vous savez la nouvelle 3
1 4 . Chanson à boire . Le sage qui s'éveille 3
15. Air. Il m'aime, espoir charmant 6
16. Cantabile. Il m'accuse, il me croit coupable 3
ARRANGEMENTS :
Bargmuller. — Valse de salon pour piano 6 »
Croise*. Fantaisie élégante pour piano 6 »
(••tria. — Fantaisie de salon pour piano 9 »
liecariventier. — Bagatelle pour piano 5 »
liongueville. — Fantaisie pour piano 6 »
Mare Burty . — Caprice pour piano 8 50
Talexy. — Fantaisie élégante pour piano 7 50
Woli'f . — Duo pour piano à quatre mains 9 »
Ettling. — Suite de valses, pour piano 5 «
€»aston de Lille. — Polka pour piano 4 »
H. Marx. — ■ Schottisch pour piano 4 »
ITIgisard. — Quadrille pour piano el à quatre mains 4 50
Talevy. — Polka-Mazurka 5 »
Dallée. — Pas redoublé pour harmonie militaire 6 »
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SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique
(3° fragment), par B?étis père. — Revue critique, par Adolphe ESolle. —
— Correspondance : Bade. — Nouvelles et annonces .
FRAGMENTS
DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
(Ouvrage inédit.)
Troisième fragment (1).
Les études les plus minutieuses faites sur les populations indigènes
et primitives de l'Amérique n'ont pu les faire rattacher d'une ma-
nière certaine à aucune des grandes races de l'ancien monde. Par la
conformation de la tète et des traits du visage, les unes semblent se
rapprocher de la souche caucasienne ; d'autres, de la race mongolique;
mais leur teint rouge de cuivre et l'absence presque complète de la
barbe, paraissent leur donner une autre origine. Dans le Mexique, on
distinguait, au moment de la conquête, sur l'étendue d'un vaste ter-
ritoire, sept peuples qui différaient par des nuances de conforma-
tion, de mœurs et de langage. Le Pérou offrait de semblables va-
riétés (2). Cependant l'état avancé de la civilisation dans ces contrées
et les rapports de cette civilisation avec celle de plusieurs grandes
populations de l'Asie, ne permettent pas de douter de la part qu'ont
eue ces populations dans la formation de celles du Mexique et du Pé-
rou, quelque difficulté qu'il y ait d'ailleurs d'expliquer de si longues
excursions avec les faibles ressources de l'art de la navigation dans
ces temps reculés (3).
Parmi les peuples que les Espagnols trouvèrent en Amériqne] au
moment de la découverte, les Alzèques du Mexique et les Quichuas
du Pérou se distinguaient par des connaissances variées, et par une
(1) Voir le n° 36.
(2) Jo. De Laet, Novus orbis, p. 243.
(3) Cf. De Laet, ,Yo(œ ad dlssertationem Hugonis Grotii de origine genlium
americanontm (Paris, 1643, in-8°), et Georges Horn, de Originhbus americanis,
lib. 1 V Ga Haye, 1052, in-12).
civilisation relativement avancée. Lorsque Cortez parvint au Mexique
en 1519, les habitants de celte riche contrée pratiquaient l'architec-
ture, la musique, la peinture, la sculpture et l'astronomie; ils avaient
une écriture hiéroglyphique et une autre écriture phonétique, comme
les Egyptiens ; enfin, on trouvait dans leur empire des routes, des
canaux et de grandes villes, dont la principale (Palenque) renfermait
plus de trois cent mille habitants. Ce qui subsiste de celte remarqua-
ble civilisation, nonobstant les dévastations exercées par les Espa-
gnols et les ravages du temps, atteste les heureuses facultés intellec-
tuelles des Mexicains.
Les Quichuas ou Péruviens ne leur cédaient pas en aptitude pour
les sciences et les arts. A l'époque de l'invasion de leur pays par
les Espagnols sous la conduite de Pizarre (1525), leur architecture
civile et militaire, la beauté de leurs temples, de leurs routes, parmi
lesquelles il y en avait d'une étendue immense dans les Andes, leurs
canaux d'irrigation, leurs vases, habits, armes, instruments de mu-
sique, ornements de tout genre, enfin leurs institutions politiques et
religieuses témoignent du haut degré d'avancement qu'avait atteint
celte nation. Sa langue, douce, riche, harmonieuse, avait favorisé son
génie poétique, qui se manifestait par des chants dont on a conservé
des fragments remarquables par leur originalité.
Des découvertes récentes ont fourni les moyens nécessaires pour
étudier les constitutions tonales de la musique de ces peuples in-
téressants, et sont venues confirmer les conjectures sur leur origine
orientale; car des analogies saisissantes existent entre ces constitu-
tions tonales et celles des modes musicaux des anciens peuples de
l'Asie, particulièrement avec le système tonal des Hindous. Comme
dans celui-ci, on trouve chez les Quichuas du Pérou des formes mé-
lodiques dans lesquelles certaines notes sont supprimées, d'autres qui
admettent des sons intermédiaires entre ceux des demi-tons et dont
les intonations varient en raison de certains buts d'expression. La
construction des instruments à vent, parmi lesquels se trouvent plu-
sieurs espèces de flûtes, dont une, comme Yarghouk des Arabes, fait
entendre une note tenue de basse en bourdon, et une syrinx de huit
tuyaux dont l'accord est analogue à certains instruments en usage
dans plusieurs contrées de l'Asie et qui, par les trous latéraux de
quelques-uns de ses tuyaux, rappelle le système de construction
du cheng chinois ; de plus, parmi les instruments à cordes, est une
sorte de guitare à cinq cordes ou à sept, semblable à Veoud arabe ou
persan, et qui, comme celui-ci, est susceptible de divers genres d'ac-
cord de ses cordes. De ces monuments mis à notre disposition, nous
avons tiré, par des rapprochements délicats avec ce que nous connais-
sons de l'ancienne musique orientale, des lumières précieuses sur
322
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'identité de l'ancienne doctrine musicale de l'Inde avec les faits dé-
montrés par ces mêmes monuments. Un instrument à cordes, quelle
que soit son antiquité, s'il n'a sur le manche les traces de la division
des cordes par lesquelles se formaient les intonations, un tel instru-
ment, disons-nous, est une voix éteinte, parce que ses cordes sont
rompues et que, les eût-il conservées, leur accord serait altéré et
n'aurait plus de signification tonale; mais une flûte retrouvée dans
un tombeau après trente siècles est une voix vivante qui révèle le
passé. C'est ainsi que les flûtes égyptiennes des musées de Florence,
de Turin et de Leyde, tirées des hypogées , nous disent d'une manière
certaine quel fut dans l'ancienne Egypte le système de division des
intervalles des sons, parce que la perce des trous du tube, remon-
tât-elle au temps du roi Menés, produira atout jamais des intonations
invariables.
Après celte excursion incidente dans la musique du nouveau
monde, revenons à notre examen sommaire des diverses phases du
système indo-européen et des circonstances qui ont déterminé ses
variations.
La fin des temps héroïques de la Grèce, l'adoucissement des mœurs
de ses habitants, ainsi que les progrès de leur génie dans l'art et dans
la science, datent des poèmes d'Homère, environ trois cents ans après
la guerre de Troie, ou neuf cents ans avant l'ère chrétienne. Vers le
même temps, Lycurgue donne des lois à Sparte, et fournit à la Grèce
le premier modèle d'une constitution politique. La royauté , depuis
longtemps abolie à Athènes, disparaît successivement d'Argos, de
l'Elide, de CoritHhe, de l'Arcadie, de la Messénie, et, dès le vii" siè-
cle avant Jésus-Christ, tous les États de la Grèce sont constitués en
républiques. Seule, Lacédémone conserve la forme du gouvernement
monarchique. Vers la même époque, Rome, fondée dans l'année 753,
commence l'essai de ses forces contre les petits Etats qui l'environ-
nent, et prélude à la conquête du monde.
Attaquée par les puissants rois ce Perse, Darius et Xercès, la Grèce
donne à l'univers le beau spectacle d'une poignée de héros qui osent
se mesurer avec d'innombrables armées pour la liberté de la patrie.
La défense du passage des 'lhermopyles par Léonidas à la tête de
quelques Spartiates, et les victoires prodigieuses de Marathon, de Sa-
lamine, de Mycale et de Platée, assurent l'indépendance de la Grèce
(Z|90-Z|79 ans avant Jésus-Christ) et dispersent ou anéantissent les
immenses armées asiatiques qui l'avaient envahie. Alors commencent
les plus beaux temps du développement intellectuel des Grecs : la poé-
sie, l'éloquence, la philosophie, les arts font de rapides progrès, et
le génie grec se manifeste dans des œuvres qui excitent encore l'ad-
miration universelle.
Vers la même époque (environ 480 ans avant Jésus-ChrisL) ou peu
auparavant, la musique de ce grand peuple était devenue purement
diatonique ; car, bien que les auteurs de traités de cet art et les his-
toriens parlent longtemps encore après des genres chromatiques et
enharmoniques, ils n'existaient plus qu'en théorie. Aristote dit que
de son temps (384-322 avant l'ère chrétienne) il n'existait plus de
musicien dont la voix fût assez exercée aux petits intervalles des
sons pour pouvoir chanter les nomes ou mélodies d'Olympe. Les ef-
forts faits par Timothée de Milet, Phrynès. et Philoxône pour ramener
la musique an genre chromatique, et pour la rapprocher de son ori-
gine orientale, furent sans succès, parce que les organes s'étaient
accoutumés à ne produire et entendre que les intervalles de sons
d'une intonation plus facile et plus saisissable. Cette musique nouvelle
excitait chez les Grecs des transports d'enthousiasme. Les anciens
jeux olympiques, isthmiques, pylhiqûes et néméens, souvent inter-
rompus autrefois, étaient alors régulièrement célébrés : ils émurent
louie la Grèce par le talent des artistes qui s'y présentaient, et par
celui des poètes qui chantaient les succès des vainqueurs dans les
concours.
Quel était le caractère esthétique de la musique des Grecs à cette
époque de parfaite constitution politique et sociale? En d'autres ter-
mes, en quoi consistaient ses beautés, ses formes, ses moyens d'action,
et comment les musiciens grecs parvenaient-ils à émouvoir jusqu'à
l'enthousiasme une nation sensible et spirituelle, dont le génie dans
les autres arts a produit des œuvres d'une beauté achevée? Nous
l'ignorons et l'ignorerons toujours; car un art ne peut être connu que
par ses monuments. Or, ceux de la musique des Grecs paraissent
anéantis pour jamais. Les eussions-nous, d'ailleurs, nous n'en pour-
rions tirer que peu de lumière, car les moyens d'interprétation certaine
nous manquent. Quelques misérables fragments ont été retrouvés
par des érudits, et l'on en a cherché la signification au moyen de cer-
taines indications fournies par les écrivains grecs. Vingt traductions
complètement différentes en ont été faites. Mais tous ces efforts d'é-
rudition et de patience n'ont abouti qu'à des résultats plus ou moins
ridicules. Il y a plus : on n'a pu même se mettre d'accord sur le mode
de récitation des vers grecs, ni sur la signification absolue du syslème
de la métrique. Or, la poésie était si intimement liée à la musique dans
l'antiquité, qu'on ne peut en quelque sorte séparer l'une de l'autre.
Avec si peu de connaissance de ce qu'était en soi l'œuvre produite
par l'union de ces deux arts, comment a-t-on pu se persuader qu'on
parviendrait à connaître ce qu'était celui de ces arts dont on ne possède
rien? L'histoire de la musique grecque est pour nous d'un intérêt qui ne
peut être méconnu ; mais c'est par le système de sa tonalité qu'elle
doit fixer notre attention, parce que cette tonalité est l'ouvrage des
Grecs ; leur exquise intelligence en a découvert les éléments au sein
des tonalités irrationnelles de l'Orient qui avaient charmé leur enfance
sociale. Cette œuvre immortelle, il nous l'ont léguée ; car c'est cette
même tonalité diatonique qui est devenue le point de départ de toute
la musique du moyen âge, de la. renaissance et des temps modernes.
D'où vient donc que, de tous les historiens de la musique, pas un
seul n'ait aperçu cette vérité, la seule qui soit incontestable dans ce
qu'on sait de l'art mélodique des Grecs?
Les rivalités d'Athènes, de Sparte et de Thèbes, les guerres qui
en furent les conséquences, et surtout la guerre sacrée, occasionnée
par le pillage du temple de Delphes par les Phocéens, préparèrent la
chute de la Grèce ; car ces événements affaiblirent les républiques qui,
seules, auraient pu s'opposer à la domination étrangère, et les mirent
à la merci de Philippe, roi de Macédoine, et de son fils Alexandre.
Ce conquérant acheva d'épuiser les forces de la Grèce, en transpor-
tant ses meilleurs soldats en Asie, où la-plupart trouvèrent un tom-
beau. En vain de grands citoyens, à la tête desquels se placent
Aratus et Philopœmen, essayèrent-ils de rendre à leur patrie son an-
cienne vigueur, leurs efforts et ceux de la ligue achéenne ne purent
empêcher le mal que fit la ligue des Etoliens, en appelant l'étranger
dans le pays. Les longues guerres que se firent les deux ligues four-
nirent aux Romains un prétexte pour s'immiscer dans leurs dissen-
sions. Après avoir soumis l'Illyrie, ceux-ci anéantirent les royaumes
de Macédoine et d'Epire, et l'asservissement de la Grèce entière fut
achevé par eux l'an 146 avant l'ère chrétienne. Devenue dès lors une
des provinces des Etals romains, sous le nom d'Achaïe, cette patrie
des grands hommes et des grandes choses cessa d'avoir une existence
propre et marcha rapidement vers son déclin.
Après la conquête de la Grèce par les Romains, les artistes aban-
donnèrent en foule leur patrie pour aller chercher fortune à Rome,
à Naples, en Egyple, et dans quelques-unes des villes principales de
l'Asie. Dès lors, le système de la musique grecque devint exclusive-
ment celui des Romains. C'était le même système qu'on trouvait dans
les villes grecques, telles qu'Alexandrie et Smyrne, ainsi que dans les
îles de l'Archipel et dans les colonies de l'Asie Mineure. Objet des
travaux des théoriciens, qui lui donnaient pour base des principes
différents, il donnait lieu à de vaines disputes dans sa partie spécula-
tive ; mais identique dans sa pratique, la musique grecque était la
même à Athènes, à Rome, en Egypte, et partout où les artistes de la
DE PARIS.
323
nation pénétraient. Les philosophes seuls prenaient quelque intérêt aux
discussions des pythagoriciens et des aristoxéniens ; mais les musiciens
de profession ne s'inquiétaient ni des proportions numériques des
premiers, ni du système empirique des autres. En général, les.
hommes pratiques ont peu de penchant pour l'étude, et recherchent
ce qui est simple et d'une intelligence facile. C'est ainsi que, nonobs-
tant les classifications des modes de la tonalité conservée dans tous
les ouvrages didactiques, sauf certains dissentiments sur leur désigna-
tion et sur leur nombre, la plupart des chanteurs et des instrumentistes
avaient réduit la pratique habituelle de l'art à un seul mode appelé
lydien, vers le premier siècle de l'ère chrétienne, ainsi que nous le
démontrerons en son lieu. C'est pour cette cause que, dans le iv siècle,
un écrivain grec, nommé Alypius, présenta dans un livre spécial
tous les modes, au nombre de quinze, avec leurs signes de notation,
sous la forme du mode lydien, ne les diversifiant que par leur degré
initial dans l'échelle chromatique. Cette vérité n'a été aperçue et
comprise que par le savant Perne. Toutefois, la classification des mo-
des, au nombre de sept, proposée par Ptolémée deux siècles aupara-
vant, était restée dominante dans l'Église grecque, et l'on y avait
seulement ajouté un huitième mode à l'aigu. Ce fut le principe de ce
système de modes qui s'introduisit dans l'Église latine au 111e siècle
et y produisit les résultats qu'on verra dans la suite de ce fragment.
FÉTIS père.
{La suite prochainement.)
REVUE CRITIQUE.
Edouard Wolff : Scuilleh-Marscii , de Meyerbeer , arrangée à
quatre mains. Deux chansons polonaises. — CSiarles Voss :
caprice brillant sur le Carnaval de Venise, arrangé à quatre
mains.
L'année dernière, pour célébrer le 100e anniversaire de la nais-
sance de Schiller, Meyerbeer écrivit sa belle marche triomphale :
Schiller-Marsch. L'Allemagne eut ainsi, pour fêter sa gloire littéraire,
une gloire musicale à la hauteur de tout ce qu'elle enfanta jamais de
grand et d'illustre. Ceux qui s'intéressent encore aux nobles concep-
tions, qui se passionnent pour toutes les belles choses de l'esprit, du
cœur et de l'intelligence, ont salué de leurs bravos enthousiastes la
nouvelle œuvre du maître, et ils étaient nombreux ; car malgré le
scepticisme et le matérialisme qui nous envahissent de toute part,
on s'aperçoit vite que l'art est ce qu'il y a de mieu:c à cultiver et à
aimer.
M. Chariot, musicien modeste, instruit, et capable de créer lui-
même des choses remarquables, mais qui jusqu'à présent s'est con-
tenté de traduire les pensées des maîtres, avait déjà transcrit cette
dernière composition avec beaucoup d'habileté, de goût et de talent.
A son tour, E. Wolff vient d'arranger, mais à quatre mains, cette ma-
gnifique page.
Les ouvrages écrits pour l'orchestre conservent toujours une phy-
sionomie, une valeur et une richesse musicales qui leur sont propres,
et que les œuvres écrites spécialement pour le piano n'ont que bien
rarement ; aussi ces deux transcriptions sont-elles pleines et com-
plètes.
Dans le morceau d'Edouard Wolff, le premier motif, allegretto
maëstoso, qui revient après chaque mélodie et les encadre toutes,
rappelle bien le quatuor des instruments à cordes qui, seul d'abord,
attaque avec une douceur et une délicatesse infinies ce chant si franc,
si tonal et d'une si belle simplicité. Ce qui est difficile à deux
mains ne l'est évidemment plus à quatre , et cette disposition de
parties permettait à Ed. Wolff de rendre mieux que Chariot quel-
ques effets de l'inimitable orchestration de Meyerbeer. Ainsi, la perle
mélodique de l'œuvre, le magnifique cantabile en si bémol, remar-
quable surtout par la simplicité de l'harmonie, — car les huit pre-
mières mesures, d'un sens déjà complexe et d'une éloquence rare, ne
sont accompagnées que par les accords de tonique et de dominante, —
a été fort bien disposée par le pianiste ; le chant est à la deuxième
partie, à l'unisson du violoncelle qui, dans la partition, se marie avec
tant d'élégance et d'ardeur à la clarinette et au basson ; de vigoureux
arpèges sont exécutés par la première partie, qui reproduit ainsi
l'harmonieux effet que Meyerbeer a demandé aux harpes. Cette mé-
lodie, la plus délicieuse de toutes, si nous ne nous trompons, tantôt
simple, tantôt modulée d'une façon si riche et si pénétrante, suffirait
à faire vivre cette marche, mais elle n'est pas seule ; car cette com-
position est abondante en motifs colorés, vigoureux et bien venus. Ici
c'est une fanfare en /«bémol, qui retentit éclatante et belliqueuse, les
instruments à cordes se taisent, et l'on est étonné qu'une aussi mer-
veilleuse sonorité puisse s'obtenir pendant le silence de tant de par-
ties; là c'est une sombre; et ténébreuse mélodie en ut mineur, qui
gronde sourdement ; les bassons, les trompettes gémissent ; puis, la
sérénité revient, et un chant d'une suavité angélique se fait entendre.
Ces motifs, dans leur sévère unité, contrastent singulièrement entre
eux ; ils se rehaussent mutuellement, et, par leur dissemblance, se
prêtent un vif éclat. Dans le thème principal qui, descendant aux basses,
est accompagné par le trémolo des violons et des altos, développé,
dialogué, coupé par tout ce que la modulation a de caprices, de sé-
ductions et d'enchantements, Meyerbeer a des coquetteries.de style ra-
vissantes qui fonL naître dans l'esprit de l'auditeur le désir et la curio-
sité. Après mille surprises, mille excursions dans des tonalités éloi-
gnées et inattendues, mais toujours d'une admirable clarté, ce motif
reparaît enfin, agrandi cette fois par une instrumentation nouvelle,
par de nouveaux accompagnements, et va se perdre dans une péro-
raison ardente, guerrière et pathétique, où les marches d'harmonie
sont traitées avec un bonheur qui leur donne une piquante originalité,
une fraîcheur adorable, et où toutes les pompes de l'apothéose écla-
tent dans un immense tutti.
Le morceau d'Edouard Wolff est fort bien fait, très-brillant, et
on y retrouve entières la pensée et l'harmonie du maître, qui, quoi-
que dépouillées de la magie de son orchestre, restent, ainsi trans-
crites, belles, pures et élevées.
— Rien de plus original, de plus gracieux, de plus mélodique que
les deux chansons polonaises d'Edouard Wolff. Sont-ce des chants du
pays? Est-ce un écho de la patrie aimée qu'il vient de noter et
d'idéaliser? Nous l'ignorons. Cependant nous serions tenté de le croire,
à la teinte rêveuse, aux longs silences inattendus, aux harmonies
bizarres parfois , mais toujours pleines d'une saveur pénétrante,
aux terminaisons étranges, aux rhythmes piquants et brisés, aux
accents religieux des cadences plagales qui terminent ces amoureuses
romances, à la mélancolie profonde et concentrée, enfin au sourire
mêlé de larmes qu'on aperçoit au milieu de ces notes plaintives jus-
que dans leur gaieté. Quoi qu'il en soit, ces deux morceaux sont pleins
de poésie, de tendresse et de feu. Le piano chante au lieu de babiller,
et il y a de la passion et de l'élégance dans ces mélodies, qui n'ont
cependant que quatre pages.
— 11 nous reste à peine assez de place pour parler de l'arrange-
ment à quatre mains de l'un des plus charmants morceaux de Charles
Voss. Pourtaut, nous dirons que c'est un délicieux caprice, extrême-
ment brillant et peu difficile. L'auteur, après tant d'autres, a brodé
sur le Carnaval de Venise de jolies variations ; il a imité les plus
aimables et les .plus délicates fantaisies des violonistes. L'humour,
324
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'esprit, la légèreté, brillent dans ce morceau, qui se prêtait mieux
que tout autre à la transcription à quatre mains qui vient d'en être
publiée.
Adolphe BOTTE.
CORRESPONDANCE.
Bade, 12 septembre 1860
Voici un fragment de dialogue recueilli au débarcadère :
— Comment! vous venez à Bade par le temps qu'il fait?
— Que voulez- vous? il faut bien changer de pluiel
Tel est en effet le seul motif déterminant pour voyager cette année.
On s'ennuie d'être toujours mouillé de la même façon, et on veut voir
si par hasard il n'en existerait pas une qui eût un peu moins de désa-
grément.
A Bade, il pleut en musique. Dès le matin, à sept heures ; à trois heu-
res de l'après-midi, et le soir, encore à sept heures, installez-vous sur la
promenade : vous serez arrosé musicalement. Vous recevrez à la fois les
douches d'harmonie que vous enverront les musiciens cantonnés dans
le kiosque, et celles dont il plaira aux nuages humides de vous gra-
tifier.
Après cela, la pluie a ses moments de relâche, mais, soyez tranquille,
la musique ne vous manquera jamais. J'admire en vérité la constance
intrépide de ces pliai anges sonores, tantôt militaires, tantôt civiles;
tantôt composées uniquement d'instruments à vent, tantôt mêlant les
cordes au bois et au cuivre 1 Que ce soient des Badois, des Autrichiens
ou des artistes de Strasbourg, de Carlsruhe, leur ponctualité est la même :
rien ne trouble leur ensemble, rien n'ébranle leur aplomb. Parmi eux se
rencontrent des solistes de premier ordre, à la tête desquels se distingue
toujours Arban, qui, vous le savez, a le triple talent de virtuose, de
compositeur et de chef d'orchestre. Arban ne joue ordinairement que
deux fois par semaine, et ce sont autant de fêtes pour l'auditoire nomade,
qui s'arrête pour l'entendre, l'applaudir et ne se remet en marche que
lorsque tout est consommé. Wuille, l'admirable clarinettiste que vous
avez entendu à Paris aux concerts Musard, partage souvent avec Arban-
les honneurs de la soirée. Ce dernier a composé sur les motifs du Tro-
valore une fantaisie très- intéressante, qui les réunit tous deux dans sa
dernière partie, où le Miserere s'exécute presque aussi complètement
qu'au théâtre. Arban, avec son cornet, remplace le primo tenore; Wuille,
avec sa clarinette, la prima donna, et des choeurs accompagnent ces deux
voix, dont aucune voix humaine n'égalerait l'expressive et dramatique
pureté.
La musique ne se borne pas à ces manifestations quotidiennes qui
bravent les éléments : il y a les grands concerts, donnés dans de ma-
gnifiques salons, étincelants d'or et de parures, sous les feux de mille
et mille bougies. Le concert, dirigé par Berlioz, venait à peine de finir,
qu'un autre s'organisait à l'occasion de la fête du grand-duc et au profit
de l'hôpital de Bade. M. Bénazet pense à tout le monde : plus il devient
riche, et plus il tient à ce que les pauvres aient leur bonne part. Donc,
il a noblement fait les choses en convoquant des artistes renommés,
Sivori, Servais, Faure. Il y avait un orchestre conduit par Krennemann,
excepté pour le premier morceau, dont l'auteur, M. Greive, s'était ré-
servé la direction. Ce morceau est une ouverture de concert déjà connue
à Paris, et qui tout d'abord a pleinement satisfait les connaisseurs en
l'art d'écrire. On y sent l'étude et jusqu'à l'inspiration de Weber; l'or-
chestre l'a rendue avec une délicatesse qui ne laisse aucune nuance
passer inaperçue. Dantan était là, et, au rapport de quelqu'un, le célèbre
sculpteur, fidèle à ses habitudes, disait que beaucoup de musiciens au-
raient voulu être à la place de Greive, pour être aussi bien exécutés; mais
c'est une calomnie, et nous dénonçons le rapporteur comme auteur de
cet affreux jeu de mots.
Sivori et Servais ont comparu deux fois chacun sur l'estrade. A qui
décerner le prix ? Dieu nous garde de prononcer entre deux talents
d'une originalité si marquée, d'une portée si haute! La fantaisie des
Fleurs de Naples et la Prière de Moïse se placent au même rang que
l'Hommage à Lafont et Maître Corbeau. Le programme annonçait le con-
certo eu ut mineur de Beethoven. Mme Rosa Escudier-Kastnera eu le bon
esprit de ne dire qu'un fragment de cette œuvre immense pour laquelle
Liszt lui-même ne serait pas de trop. Dans quelques morceaux détachés,
elle a de plus montré une vigueur et une maestria très-remarquables
chez une femme.
Faure et Mlle Masson nous ont chanté des airs et des duos dont le
choix nous a paru quelquefois singulier. Par exemple, le duo de l'auber-
giste Girot et de la gentille Nicette dans le Pré aux Clercs convient-il
mieux au chanteur qu'à la cantatrice, et, pour exhumer avec succès le
vieil air d'Ariodant, femme sensible, Faure n'avait il pas besoin de l'être
un peu plus? entendons-nous, non pas vieux, mais sensible.
Si des concerts publics nous7passions aux concerts intimes, nous
aurions à parler surtout de Mlle Caussemille, la jeune pianiste, dont le
talent s'est développé avec tant d'éclat depuis deux années. C'est la
virtuose en chef de la villa Bénazet, où l'on se connaît en musique et
où l'on en fait d'aussi bonne que partout ailleurs.
Mais tandis que nous écrivons, voilà le soleil qui se met à luire. On
a remarqué que tous les jours des courses ont été favorisés de ses
rayons. Pour peu que cela dure, Bade et ses environs rentreront dans
leurs droits et prérogatives. On n'y viendra plus seulement pour changer
de pluie, mais pour y retrouver des plaisirs dont l'attrait ne varie pas.
R.
NOUVELLES.
„*„, L'Opéra a donné lundi le Trouvère, pour la continuation des débuts
de Michot et de Mlle Barbara Marchisio. Mlle Barbara a très-bien chanté
le rôle d'Azucena,et notamment la scène du deuxième acte, après laquelle
elle a été rappelée d'une façon unanime. M. Michot est en voie de pro-
grès, et a été très-applaudi dans tous les passages qui ne demandent que
du senliment et de la douceur, mais il a un peu manqué de force dans
toutes les parties vigoureuses du rôle de Manrique. lia bien dit surtout
la cavatine et le Miserere, après lequel il a été acclamé et rappelé.
Mme Gueymard est toujours une Léonore accomplie, et son succès a été
des plus complets.
x*,,: Mercredi, Sémiramis, avec les sœurs Marchisio, Obin et Dufrêne ,
avait attiré beaucoup de monde. Vendredi, on a joué Robert le dia'Ae
devant une salle comble. Mmes Marie Sax, Vandenheuvel-Duprez, MM.
Gueymard et Belval, ont admirablement interprété le chef-d'œuvre du
maître.
„.% La reprise du Prophète est retardée de quelques jours, par une in-
disposition de Mme Tedesco.
,*„ Ainsi que nous l'avions annoncé, le Roman d'Elvire, si bien inter-
prété par Mme Monrose et par Montaubry, a repris dimanche sa place
au répertoire de l'Opéra-Comique. La délicieuse barcarole du second
acte, les stances Suisje l'hirondelle? et la romance du troisième acte
ont été pour les deux charmants artistes l'occasion d'un véritable triom-
phe. Hier samedi, a eu lieu avec le même succès la seconde représenta-
tion de la reprise de l'œuvre d'Ambroise Thomas.
*% Mercredi, Mlle Monrose a chanté la Part du Diable. La jeune et
vaillante artiste s'est complètement incarnée dans le rôle de Carlo, qu'elle
joue et chante avec autant d'esprit que de verve. Les applaudissements
ne lui ont pas fait défaut.
% La représentation au bénéfice des chrétiens de Syrie est annoncée
pour demain lundi. En voici le programme : 1° les Chaises a porteurs ;
2» le premier acte de l'Etoile du Nord ; 3° première représentation à ce
théâtre de Ma tante dort; k° intermède : scène et duo de Château-Trom-
pette, par Mme Lemercier et Berthelier; trois morceaux du Pardon de
Vloermel: le chœur du deuxième acte; l'air de l'Ombre, par Mlle Mon-
rose et le Chant du chasseur, par llarrielle ; 5° deuxième acte de Fra Dia-
volo; 6" cantate. Avec un semblable programme, la salle sera trop étroite
pour contenir les amateurs de. bonne musique, stimulés cette fois dou-
blement et par l'appel de la charité, et par une représentation hors
ligne.
*s Les répétitions de la pièce de MM. Scribe, Boisseaux et Offenbach,
se poursuivent avec la plus grande activité. — Montaubry se fera en-
tendre dans le Petit chaperon rouge et dans le Domino noir.— On prépare
la reprise du Val d'Andorre avec Mme Faure, Mlle Marimon, MM. Bar-
rielle, Ponchard et Carré. — L'Eventail, opéra-comique en un acte,
paroles de Mil. Barbier et Carré, musique de M. Boulanger, a été mis à
l'étude.
a*, M. Beaumont vient de recevoir un opéra-comique en trois actes de
MM. Dumanoir et Victor Massé, ayant pour titre le Lutrin et une pièce
en deux actes et en vers, de MM. Dartoy et Besselièvre, intitulée l'Age
d'or, dont M. Duprato est chargé d'écrire la musique.
t\ Le procédé Carteron, qui rend ininflammable les bois, toiles et
étoffes, vient d'être adopté à l'Opéra-Comique.
**„, Le théâtre Lyrique a donné quatre fois cette semaine les Dragons
de Villars. Vendredi a eu lieu la 100e représentation de la délicieuse
partition d'Aimé Maillart, dont le succès est encore bien loin d'être
épuisé. Mlle Boziès, familiarisée avec le public parisien, gagne chaque
soir comme comédienne et comme cantatrice et obtient chaque soir
un nouveau triomphe. Depuis dimanche, Mlle Faivre a remplacé
Mlle Girard dans le rôle de Georgette ; elle s'y est fait applaudir. —
L'Enlèvement au sérail et Crispin rical de son maître ont alterné avec
DE PARIS.
325
les Dragons de Villars. — La reprise du Val d'Andorre aura lieu dans
le courant de la semaine prochaine. C'est Mlle Roziès qui chantera le
rôle de Georgette, Battaille rentrera en possession du rôle du vieux
chevrier, une de ses créations les plus spleudides, et Mlle Girard jouera
Rose-de-Mai.
**„ Les Valets de Gascogne, ont reparu sur l'affiche du théâtre Lyrique.
La charmante partition de M. A. Dufresne obtient, comme l'année der-
nière, un succès très-honorable. Parmi les morceaux les plus applaudis,
nous citerons le duo bouffe des maîtres-valets et les couplets : Connais-
sez-vous mon domestique ? qui valent chaque soir à Girardot une véritable
ovation.
*% M. Ch. Rety vient' de recevoir les Dragées de Suzette, un acte,
paroles de M. Jules Delahaye, et le Buisson vert, paroles de M. Michel
Carré, musique de M. Gastinel, l'auteur de VOpéra aux fenêtres, opérette
jouée avec beaucoup de succès aux Bouffes-Parisiens.
t% Nous avons publié déjà le programme du théâtre Italien. La réou-
verture est fixée au 2 octobre. La Sonnambula, de Bellini, inaugurera
la nouvelle saison. Mlle Battu et M. Gardoni chanteront les principaux
rôles. Le second opéra dans lequel paraîtra Mlle Battu sera la Marta, de
F. de Flotow. La jeune cantatrice sera secondée par Mario, Graziani et
Mlle Edenska, le nouveau contralto.
„*„ Le théâtre Déjazet a fait sa réouverture vendredi par Monsieur
Garai, la première représentation de Matelot et fantassin, vaudeville en
un acte, et le Docteur Tam-Tam, opérette de M. F. Barbier. Dans cette
dernière pièce, on a beaucoup applaudi Tissier, qui rentrait dans le rôle
du docteur Bémolini, M. Geoffroy, jeune transfuge des Bouffes, et enfin
Mlle Rey, qui affrontait pour la première fois le public et qui a obtenu
un succès honorable. — Incessamment aura lieu la reprise de l'iandli,
de F. de Flotow.
$% Les recettes des théâtres de Paris se sont élevées, pendant le mois
d'août, à la somme de 1,115, 130 fr. 21 c. Dans ce chiffre, les théâtres
impériaux figurent pour 273,003 33 ; les théâtres secondaires, pour
646,093 08, et enfin les concerts, bals, etc., etc., pour -196,033 80. Les
recettes du mois correspondant de l'année 1859 n'avaient été que de
643,881 fr. 13 c.
**.,, Un grand concours d'orphéons, organisé par les associations des
artistes musiciens de France et les sociétés chorales de la Seine, aura
lieu à Livry-Sévigné, le dimanche 23 septembre, à midi. Le concours
sera précédé d'une messe solennelle qui sera chantée par une des so-
ciétés chorales de la division supérieure.
. **,. Roger a quitté Bade dimanche dernier pour se rendre à Wiesbaden,
où il doit donner trois représentations ; de là le célèbre ténor se rendra
à Manheim, puis à Hambourg et à Berlin.
+*t Cédant aux désirs de plusieurs artistes et amateurs venus de la
province et de l'étranger pour recevoir ses conseils, M. Ch. Stamaty a
donné, dans les salons de MM. Pleyel-Wolff et Ce, une soirée intime dans
laquelle il a fait entendre celles de ses compositions qui pouvaient mettre
le plus en relief les qualités si diverses de son jeu. Dans les différents
morceaux qu'il a exécutés , entreautres sa sonate, sa fantaisie sur
Richard, sa Valse des oiseaux, et Souffle de printemps, il a su tour à
tour captiver et charmer son auditoire par l'exécution la plus chaleu-
reuse et les accents les plus sympathiques ; enfin, secondé par un
instrument merveilleux, i! s'est montré une fois de plus le pianiste-
compositeur que nous connaissons et que nous avons si souvent ap-
précié.
x*x M. Joseph Wieniawski, venant de Ilombourg et Wiesbaden, est ar-
rivé à Paris.
„** Strasbourg, Montpellier et Bayonne viennent de mettre à l'étude
le Pardon de Ploermel. Toutes les grandes villes de la province s'empres-
sent d'ailleurs de remonter le grand succès de la saison dernière.
.** Mlle Trebelli vient de quitter Paris pour se rendre à Berlin.
»*„, Les amateurs de la musique de Mozart apprendront sans doute
avec intérêt qu'on à découvert, parmi les trésors de la Bibliothèque
royale de Munich, un autographe jusqu'ici inconnu de Mozart, et qui
ne se trouve cité nulle part. C'est l'air italien, pour soprano, Fret cento
affanni e cento. Cet air a été, d'après l'inscription qu'il porte, écrit par
Mozart à Milan, en 1770, alors qu'il n'avait que quatorze ans, et pendant
qu'il faisait exécuter avec un grand succès sa quatrième composition
dramatique, l'opéra Mitridate rè di Ponto.
„% M. Angelo Cunio, pianiste-compositeur encore inconnu à Paris,
mais dont les œuvres ont en Angleterre une valeur et une vogue incon-
testables, va publier à Paris quatre morceaux auxquels nous prédisons
un véritable succès ; en voici les titres : Constance, allegretto ; Mon para-
dis, andante grazioso; Vivacité, caprice galop, et Idylle, andante.
„,** Du 11 au 14 septembre, aura lieu un festival à Worchester : le
programme se compose entre autres de à oratorios : Paulus, les Choses
dernières, Elie et le Messie; de plus, 16 morceaux tirés de la Création,
de Haydn, et 2/j morceaux tirés de Judas Machabee.
t*»Mlle Charlotte de Tiefensée, qui s'est fait entendre à plusieurs re-
prises avec suesès à Paris, il y a quelques années, après avoir parcouru
brillamment l'Allemagne et la Russie, n'a pas été moins bien accueillie à
Londres, où elle a passé la dernière saison. Mlle Charlotte de Tiefensée
possède une fort belle voix de soprano, qui descend facilement aux notes
basses du contralto, et à laquelle le travail a donné une grande agilité.
Mlle de Tiefensée a chanté non-seulementdans les grands concerts publics
de Hanover-square-room, du théâtre italien de Covent Garden, à Floral-
Hall, etc., mais elle a eu l'honneur d'être invitée à Buckingham palace,
au concert de la cour, et de chanter devant S. M. la reine Victoria, le
prince Albert et les autres membres de la famille royale, qui lui ont
témoigné de la manière la plus flatteuse leur satisfaction.
*** Une pétition des directeurs des principaux théâtres allemands,
concernant les réformes à introduire dans l'organisation des établisse-
mentsdramatiques.vient d'être adressée aux souverains de l'Allemagne. Ce
document important a été rédigé par une commission composée de
MM. Achenbach, de Mannheim ; Dingelstedt, de Weimar, et Edouard
Devrient, de Carlsruhe.
t% Les journaux du Midi parlent avec beaucoup d'éloges d'un de
nos pianistes-compositeurs les plus distingués, M. Emile Albert, qui
vient d'y donner plusieurs concerts très-suivis. Nous lisons entre autres
dans la Gazette du Midi, de Marseille : « Lundi dernier, dans les salons
de M. Clary, une assemblée nombreuse et brillante avait répondu à
l'appel de M. Albert, qui s'est montré tout à fait à la hauteur de ce qu'on
attendait de lui. Le jeu de M. Albert est d'une netteté et d'une élégance
parfaites ; bien qu'il exécute des traits familiers aux prestidigitateurs du
piano, ce n'est pas la difficulté précisément que recherche cet artiste
plein de goût; c'est grâce au charme d'un style tour à tour simple,
brillant, et toujours distingué, qu'il obtient des effets réservés au seul
talent véritable. Les compositions de M. Albert sont remarquables par
la science harmonique et la facilité des mélodies ; on sent que l'auteur
s'inspire de l'école allemande, sans, toutefois, en avoir contracté les
défauts. Ses trois études mélodiques sont empreintes principalement de
cette inspiration. » Parmi les morceaux de divers genres dont se com-
posait le programme de cette soirée, ceux qui ont été les plus applau-
dis sont : le Trio de salon, pour piano, violon et violoncelle ; Etudes
mélodiques; les Folies d'Espagne, morceau de genre, et Michelemmà,
variations brillantes sur un air napolitain.
»*„ Pour répondre aux nombreuses demandes qui sont parvenues aux
éditeurs au sujet des chœurs dont nous avons parlé dans notre dernier
numéro, nous sommes priés d'annoncer que la collection du Répertoire
des Orphéons et des Sociétés chorales paraîtra dans le courant de la se-
maine prochaine. Cette première série se composera de vingt chœurs
tirés des opéras d'Auber, de Flotow, Gluck, Halévy, Maillart, Meyer-
beer et Rossini.
t% On parle d'instituer en Italie une grande fête littéraire dans le
genre des solennités qui ont eu lieu l'année dernière en Allemagne, pour
célébrer le 100e anniversaire de la naissance de Schiller. Cette fête est
fixée provisoirement à l'année 1866. La principale cérémonie serait l'i-
nauguration, à Florence, de la statue de Dante Alighieri, dont l'exécution
est confiée au sculpteur Enrico Pazzi, de Ravenne. Le gouvernement
piémontais s'est inscrit à la souscription nationale pour la somme de
400 francesconi.
»*„ On lisait dernièrement dans un des courriers de Paris de V Indé-
pendance belge: « A propos de l'Opéra, on se remue beaucoup en ce mo-
ment dans le monde diplomatique russe, pour y faire représenter en-
core un ouvrage posthume d'un compositeur russe nommé Bortniansky;
c'est le prince russe W..., qui s'est mis entête défaire représenter
l'opéra de Bortniansky à Paris. Il compte d'abord pour populariser cette
musique donner à Paris plusieurs concerts. Pour cela il fait venir de
Saint- Pétersbourg une Société de chanteurs russes appartenant pres-
que tous à la chapelle impériale qui se compose d'un corps d'artistes
dont l'exécution est admirable et n'a pas de rivale au monde. L'E-
glise grecque n'admet l'intervention d'aucun instrument de musique
dans ses cérémonies religieuses. Ces chanteurs sont donc exercés à exé-
cuter de la musique sans accompagnement. C'est seulement à la chapelle
de Russie que l'on emploie des voix de basses-contre, moins rares en
ftussio que partout ailleurs, et dont la portée s'étend quelquefois jus-
qu'au la grave, deux notes au-dessous de l'«( à vide du violoncelle.
L'effet de ces voix doublant â l'octave les parties de basses-tailles est ini-
maginable. Ce sont de véritables contre-basses humaines dont on ne peut
se faire une idée sans les avoir entendues. Le corps de chanteurs rus-
ses, amenés par le prince W. . ., compte plusieurs de ces basses-contre,
et notamment un homme qui a une grande réputation de talent en
Russie, M. Ivan Norrowine, qui aura à Paris autant de succès avec sa
voix que Bottesini avec sa contre-basse. L'opéra de Bortniansky que le
prince W. . . veut faire représenter à Paris, a été, assure-t-on, retrouvé
dans les papiers de ce compositeur. Le poème avait été écrit parPousch-
326
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
kine. Dans cet opéra il y a plusieurs chœurs sans accompagnement. Ce
sont ces chœurs que nous entendrons dans les concerts. Bortniansky,
compositeur totalement ignoré en France, était maître de chapelle de
l'empereur de Russie et a exercé cet emploi depuis 1782 jusqu'à 1826,
époque de sa mort. Sa musique emprunte tout son effet au judicieux
emploi des masses chorales dont il connaissait toutes les ressources.
C'est de l'harmonie correctement écrite acquérant une grande valeur
à l'exécution. La civilisation est toute nouvelle en Russie. L'art n'y
compte pas de tradition dans le passé. Toute la musique qu'on exécute
à la chapelle de l'empereur, toute la musique russe que Ton exécute
dans les concerts, date du xvmc siècle.
»*„ Au nombre des nouvelles publications pour le piano dont ia vogue
paraît assurée, nous signalerons les œuvres 13, 14 et 15 d'Aloys Kunc;
cette dernière surtout, intitulée l'Hirondelle du prisonnier, sera l'un des
beaux succès de la Saison musicale. N'oublions pas non plus de men-
tionner le nouveau caprice de F. Dolmetsch : Refrain militaire, morceau
très-bien réussi, et que nous recommandons à l'attention des pianistes.
„** Le compositeur Louis Boehner, le prototype du maître de cha-
pelle Jean Kreyssler, bien connu des nombreux admirateurs d'Hoffmann,
a laissé une sonate fort originale qui vient de paraître à Gotha.
3% Pendant que l'Opéra voit grandir chaque soir le succès de Sémira-
mis, les éditeurs du Ménestrel mettent sous presse une édition modèle de
ce chef-d'œuvre de Rossini, ornée d'un double portrait de l'illustre
maître: l'un daté de Naples 1820, l'autre de Paris 1860, et de des-
sins de M. Belin, représentant les scènes capitales de l'ouvrage. Quant à
la musique avec accompagnements et rentrées d'orchestre aux points
d'orgue des sœurs Marchisio, de M. Obin, et autres détails, les amateurs
auront une partition des plus complètes, des plus correctes; clairement
et largement gravée sur planches du Conservatoire; conforme en tout à la
représentation de l'Opéra, avec la traduction française de Méry, sans
omission du texte italien. Voilà, certes, de quoi séduire les 500 pre-
miers souscripteurs; aussi s'inscrit-on avec le même empressement au
bureau de location de l'Opéra pour la représentation, et au bureau du
Ménestrel pour la nouvelle partition.
**„, Le Casino vient de faire sa réouverture, mais Arban étant à Bade,
il né fera sa rentrée avec son orchestre que le 1er octobre pour l'inau-
guration des concerts.
„** M. Antor, doyen des artistes musiciens du théâtre royal de la
Monnaie et l'un de ses meilleurs violons, vient de mourir à Bruxelles à
l'âge de soixante-dix ans. Il était entré à l'orchestre en 1803.
„% Jean-Louis Heiberg, le créateur du vaudeville danois, est mort,
dans sa soixante-neuvième année, à Bonderux (Seeland) : il était né à
Copenhague, le 14 décembre 1791, et commença par étudier la médecine,
à laquelle il renonça bientôt, pour se consacrer au théâtre. A l'âge de
vingt-trois ans, il écrivit un Don Juan pour le théâtre des Marionnettes.
Plus tard, il s'éprit pour les drames de Calderon, qu'il imita dans une
pièce qui fut jouée en 1817. De 1819 à 1822, il vécut à Paris, où son
goût pour le vaudeville lui fit concevoir l'idée de ses Singspiel (pièces â
ariettes), qu'il introduisit sur la scène danoise, et qui sont de véritables
comédies nationales.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„,*, Lyon. — La direction du Grand-Théâtre vient d'engager pour trois
mois, avec faculté de renouveler le traité, la célèbre Mme ritoltz, aujour-
d'hui au théâtre de Lisbonne. Mlle Rey-Ballà\ qui a déjà obtenu de grands
succès à Lyon, doit reparaître à la fin de ce mois. En attendant, Mlle Cos-
tan, première chanteuse de Montpellier, supporte vaillamment le poids
du répertoire. M. Bovier-Lapierre a fait son deuxième début dans Robert
le Diable ; il a parfaitement réussi. Le chef-d'œuvre du maître servait
en même temps de pièce de rentrée à M. Mathieu, première basse de
grand Opéra.
**% Dunkerque. — A l'occasion des fêtes, V Orphéon a donné un grand
concert auquel ont pris part Mme Sanchioli, une des premières canta-
trices de l'Italie, et le violoniste Buzzini. Les deux artistes ont été reçus
membres honoraires do l'Orphéon dunkerquois. Mme Sanchioli doit se
faire entendre le 17 à Boulogne, puis se rendre à Nice, où elle est en-
gagée pour chanter le Prophète.
„*,, Arras. — Notre Société philharmonique avait convoqué pour son
concert annuel trois célébrités qui lui assuraient d'avance un triple
succès : Graziani, Mme Nantier-Didiée et Servais. Aussi la foule assiégeait-
elle d'avance la salle, empressée d'entendre ces sommités artistiques.
Mme Nantier n'a pas eu de peine à provoquer de nombreuses salves d'ap-
plaudissements, en chantant l'air de V Italienne à Alger, la ballade du
Trouvère, la romance de Maria di Rohan, et avec Griaziani les duos de
Marta et de la Traviata. Graziani, de son côté, l'émineut artiste du
théâtre Italien, a dit de sa belle voix l'air de la Slraniera, la romance
de Maria Padilla et Io t'amero, de Stranzieri; il a constamment captivé
son auditoire, et partagé le triomphe de Mme Nantier-Didiée. La partie
tnstrumentale était tenue par l'illustre Servais qui, dans son adagio re-
ligioso et suivi d'un rondeau militaire, dans une fantaisie slave, égale-
ment de sa composition, et dans son caprice si original de Maître Corbeau,
a déployé toutes les ressources de son immense talent. EnfiD, comme
morceau symphonique, notre habile chef d'orchestre, M. François Lam-
ber, nous faisait entendre, pour la première fois, la marche composée
par Meyerbeer, en l'honneur de Schiller. Le caractère grandiose de
cette marche et l'ensemble avec lequel elle a été rendue ont produit la
plus grande sensation. La fête a été complète de tout point.
„.** Carcassonne. — On annonce comme très-prochaine la première
représentation de Simon de M ml fort, opéra inédit, paroles de M. Louis
Metgé, musique de M. Germain. Les frais de cette nouvelle tentative de
décentralisation seront supportés par une souscription locale, en faveur
de laquelle la ville s'est inscrite pour 1,000 fr.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„.% Londres. — L'opéra anglais ouvrira au théâtre de Sa Majesté le
8 octobre par le Robin Ho d, de Macfarrens. — Les concerts donnés
sous la direction de M. Alfred Mellon à Floral-Hall sont toujours très-
suivis. Cette vogue s'explique d'ailleurs par la variété du programme,
qui tantôt est composé de musique légère et tantôt de musique reli-
gieuse, et des oratorios des grands maîtres.
„*» Bruxelles. — Mlle Listscher a débuté dans Guillaume Tell. La peur
paralysait tellement la débutante qu'il serait peu équitable de la juger
d'après cette première audition.
„% Spa. — Le 7 septembre a eu lieu dans le grand salon de la Re-
doute un concert auquel ont pris part Mme de Guingand, M. Puhem,
professeur de cornet à piston et de trompette au Conservatoire de
Bruxelles, et M. Gits, professeur do piano à Londres. Mme de Guingand
est un talent jeune et agréable ; elle a chanté avec beaucoup de goût et
de sentiment les trois airs qu'elle a empruntés au Pardon de Ploërmel, à
V Ambassadrice et aux Dragons de Villars.
t,*i, Hambourg. — Car'. Formés, qui a donné ici quelques représenta-
tions, est surson départ. — La première nouveauté que nous entendrons dans
cette saison est Diane de Solange, par le duc de Saxe-Gotha. — La re-
prise du Pardon de Ploërmel a été des plus brillantes. Mlle Lita s'est sur-
passée dans le rô'e de Diuorah ; aussi la partition et les artistes ont-ils
été accueilis avec un véritable enthousiasme.
t% Berlin. — M. Marx, directeur de musique à l'Université, et le
maître de chapelle Dorn, sont chargés d'écrire les différentes composi-
tions qui doivent être exécutées pour le 50e anniversaire de la création
de l'Université. — Orphée aux enfers se maintient toujours au répertoire.
Le nombre des représentations a déjà dépassé le chiffre de soixante. —
Mme Miolan-Carvalho débutera très-prochainement à l'opéra Royal dans
le Harbier. La charmante cantatrice parisienne chantera tous les airs
en italien et dira le dialogue en français. Les autres rôles seront joués
et chantés en allemand. — Roger est engagé à l'opéra italien du théâtre
Victoria de cette ville.
**„, Vienne. — M. Eckert s'est démis de ses fonctions de directeur de
l'opéra de la Cour, dont l'administration est confiée provisoirement à
M. Schober, régisseur en chef. La situation de cet établissement ne pa-
raît pas être des plus prospères : le déficit va croissant d'année en année.
Les pièces nouvelles qu'on nous avait promises sont ajournées d'une
saison à l'autre. — Le maître de chapelle de la cour, Randhartiger, se
propose de faire ériger un monument a, Beethoven aux environs de
Vienne, près de Heiligenstadt ; le sculpteur Fernkorn s'est offert à mo-
deler et à faire fondre la statue de Beethoven à ses frais. Pour faire
face aux dépenses préparatoires, M. Randhartiger doit donner à Hei-
ligenstadt un concert auquel Bubinstein prêtera son appui.— Le 4 sep-
tembre, reprise de Fra Diavolo ; le rôle principal a été chanté par
M. Wachtel.
„,% Brunswick. — La première représentation du Pardon de Ploërmel
vient d'obtenir le plus éclatant succès.
„*» Leipsig. — Dans le courant d'août, le théâtre de la ville a repré-
senté les opéras suivants : Zampa, de Hérold ; le Prophète, de Meyer-
beer (Jean de Leyde, Niemann); la Juive, d'ilalévy (Eléazar, Niemann);
Huguenots (Rabul, Niemann); Tunnhaeuser, de Wagner (Niemann) ; la
Dame blanche, de Boïeldieu.
t% Munich.— Il vient de nous arriver une société d'artistes qui se
qualifie : Première chapelle nationale musicale de Pesth, et qui offre beau-
coup d'intérêt. L'orchestre se compose de trois premiers violons, de
DE PARIS.
327
trois seconds violons, basse de viole, contre-basse et du cimbal, instru-
ment à vingt-huit cordes; on enjoué en les frappant avec deux-baguei-
tes dont les extrémités sont enveloppées de coton. Ces douze instruments
produisent un merveilleux effet, surtout dans l'exécution des mélodies
et danses nationales, toutes notées dans le mode mineur. Le public les
salue d'applaudissements enthousiastes et ne se lasse pas.de les en-
tendre.
„% Hanovre. — M. Steger, de Vienne, remplacera le ténor Memann.
M. Steger recevra la somme de 5,000 écus pour une année.
■Chez G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu (au 1e'),
Le Pardon de Ploë'rme.l vient d'entrer en répé-
„,** Copenhagu
tition.
„*„. Milan. — Le théâtre de la Scala vient de donner ia première re-
présentation de VAssedio di Firenza, du maestro G. Bottesini. Cet
opéra a été accueilli assez froidement, non pour la musique qui
renferme de grandes beautés, mais à cause de l'exécution qui a été
faible. Bottesini a été beaucoup applaudi, mais n'a pas été rappelé ;
somme toute, beaucoup d'éloges mais peu d'enthousiasme. Le public de
la seconde représentation a accueilli plus chaleureusement l'œuvre du
jeune maître, et nous sommes certains que, si l'exécution devient meil-
leure, VAssedio di Firenza prendra au répertoire une place fort honorable.
— Un autre jeune compositeur, le maestro Cagnoni, auteur du fameux
Don Bucefalo, a fait représenter sur notre théâtre avec un grand succès
un nouvel opéra, il Vecchio délia montagna. — JI. le marquis Jules Ter-
zaghi a été nommé directeur des théâtres royaux de cette ville.
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méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation
est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de
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sous le double rapport de la quantité et de la qualité du son. Magasin,
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Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le môme instrument emporta les suf-
frages unanimes du jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. ■
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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perfectionnement.
Instruments !$;ixniiiiiitoiii<jiies. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel (Ins-
truments de cuivre), dont voici do courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécauisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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3. Air chanté par M. Delaunay-Ricquier : Gentille rosière . b »
4. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village 2 50
5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay-
Ricquier et Gabriel : Demeurez, aimable Florette . . 9 .>
6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 »
DEUXIÈME ACTE
7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9 »
8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob-
tins la rose
2 50
10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9
TROISIÈME ACTE
11. Air chanté par Mlle A. Faivre : Adieu, rose à peine éclose 2 50
12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromaxt :
Laissez-moi, Bastie7i, laissez-moi 7 50
12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi. 6 »
13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah; faut-il à mon
âge! 2 50
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BitBTlIOlBÏ,
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opëra-Comique: représentation au bénéfice
des clirétiens de Syrie; Ma tante dort ; Mlle Monrose dans le rôle do Dinorah ;
le Petit Chaperon rouge. — Biographie universelle des musiciens, par I?étis
père. — Correspondances : Vichy, par Adolphe Botte ; Saint-Dizier, par
Em. Mathieu de Slontcr. — Brevets de M. Sas. — llevue des théâtres,
par !>. A. O. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉBÀ-COIIQUE.
Représentation au bénéfice des chrétiens de Syrie. —
UStt tante dort, ■ — mile Monrose dans le rôle de
Dinorali. — E*e Petit VHtifieram vowge.
Les éléments choisis par M. Beaumont pour la représentation qu'il
a donnée lundi au bénéfice des chrétiens de Syrie étaient de nature
à rendre celle représentation aussi brillante que fructueuse , et son
attente a été de tout point justifiée. La salle était fort bien remplie.
Comme nouveauté principale. Mlle Monrose préludait dans l'air de
YOmbre du Pardon de Ploërmel au rôle de Dinorah qu'elle va bientôt
aborder. Une petite pièce, transfuge du théâtre Lyrique, faisait sa pre-
mière apparition, et l'interprétation de tout ce qui devait être représenté
avait été confiée à l'élite de la troupe : aussi la soirée, qui s'est prolongée
jusqu'à près d'une heure et demie du matin, n'a-t-elle été qu'une longue
suite d'applaudissements, de bis et de rappels. — Dans les Chaînes à
porteurs, Couderc s'est montré charmant, et Mlle Lemercier pleine de
verve et d'entrain. Un des chefs-d'œuvre de Meyerbeer : V Étoile du
Nord, était la partie sérieuse et dramatique de la représentation.
On sait avec quelle supériorité Mme Ugalde chante le rôle de Cathe-
rine ; elle a été/appelée à la chute du rideau. Un petit incident s'est
produit au moment où on allait commencer le premier acte, qui de-
vait seul être donné. Le public avait cru que l'ouverture devait
le précéder : il a donc demandé à grands cris celle ouverture ; le
régisseur n'a pas eu de peine à faire comprendre à l'assistance
que l'exécution du morceau ne figurant point au programme, la di-
rection n'avait pas dû penser qu'il serait demandé et ne s'élait point
pourvue du double orchestre d'instruments de Sax indispensable pour
l'exécuter. Après l'allocution de M. Palianti, le rideau s'est levé sur
le chœur d'introduction, et l'œuvre du maître a été écoutée avec une
religieuse attention.
Le petit opéra de Caspers, Ma tante dort, dont le succès avait
été si franc au théâtre Lyrique, n'a nullement perdu en passant à
l'Opéra-Comique. La mélodie, la gaieté qui y régnent d'un bout à l'autre
n'ont pas été moins bien appréciées au boulevard des Italiens qu'au
boulevard du Temple, où il a élé interprété avec une rare perfection
de chant et d'orchestre. Le rôle de Martine avait été une excellente
création pour Mme Ugalde, et elle s'y est encore surpassée lundi.
Elle a dit avec un comique parfait les couplets de Scapin est mort,
qui ont été bissés, et le délicieux quatuor deia tante dort a fait
aussi le plus grand plaisir. Le rôle de Meillet (Scapin) était échu à
Mocker, qui s'en est parfaitement tiré. Ponchard a su faire valoir ce-
lui du chevalier. On a rappelé à la fln Mme Ugalde et Mocker.
L'un des principaux attraits de la soirée offerts à la curiosité du
public était l'intermède, qui réunissait trois morceaux du Pardon de
Ploërmel; aussi était-il attendu avec impatience par les amateurs,
empressés d'établir une comparaison entre Mlle Monrose et Mme Cabel
dans l'exécution de l'air devenu si célèbre d'Ombre légère. Disons
tout de suite que la jeune cantatrice y a obtenu un succès aussi franc
que mérité. Sa voix légère et souple s'est jouée de la difficulté des
vocalises répandues dans cet admirable morceau, et elle l'a joué aussi
bien que chanté, avec une grâce, une distinction et une intelligence
qui lui ont valu de chaleureux bravos. Cet essai fait très-heureuse-
ment augurer de la manière dont elle tiendra le rôle de Dinorah lors-
qu'elle aura à l'interpréter tout entier. Les amateurs avaient encore
présent au souvenir l'admirable effet produit par Barrielle dans l'au-
dit du Chasseur. Cet effet s'est renouvelé lundi, et augmenté si
c'est possible. Après le duo bouffe du Château Trompette, chanté
de la façon la plus plaisante par Berthelier et Mlle Lemercier, la dé-
licieuse musique de Fra Diavolo, si bien interprétée par Montaubry,
a fait oublier au public l'heure déjà très-avancée, et l'a retenu jusqu'à
la fin de cette splendide soirée, dignement close par la cantate de
MM. Beaumont et Cohen, déjà acclamée à la solennité du 15 août.
On a repris le Petit Chnperôh rouge. Nous avons rendu compte
de cet important ouvrage il y a quelques jours à peine, et nous
n'aurions pas à nous en occuper si le rôle du comte Rodolphe n'avait
pas changé d'interprète. Montaubry s'est montré comme d'habitude
le comédien hors ligne et le chanteur élégant que nous connaissons.
330
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Lui seul du reste dan? le personnel de l'Opéra-Comique pouvait ac
cepter sans faiblir ce rôle, l'une des plus belles créations de Martin
et dont plusieurs passages ne sont pas dans sa voix. Mme Faure-
Lefebvre a partagé avec Montaubry le succès de cette représentation.
M. Warot fait chaque jour de nouveaux progrès; il a dit avec un
goût exquis la romance du premier acte.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
Par F.-J. Fétig.
[Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.)
BALFE (MICHEL-GUILLAUME).
Balfe, dont le nom de famille est Balph, est né, le 15 mai 1808, à
Limerick en Irlande, et non à Dublin, comme il est dit dans le Con-
versalions-Lcxicon. Doué de la plus heureuse organisation pour la
musique, il apprit le chant et le piano presque en se jouant, et ne
'fit jamais d'étude sérieuse de la composition; cependant il a obtenu
des succès comme chanteur avec une voix médiocre, il accompagna
au piano avec beaucoup d'intelligence et de verve, il posséda beau-
coup d'habileté dans la direction des orchestres; enfin il a improvisé
une vingtaine d'opéras peu remarquables par l'invention,, mais où il
y a de l'instinct, un bon sentiment d'harmonie et la connaissance de
l'instrumentation . Homme d'esprit, d'ailleurs, et plein de confiance en
lui-même, il a su tirer de ses facultés plus d'avantages qu'el'es ne
semblaient en promettre. Son père et le musicien Horn furent ses
premiers maîtres, et ses progrès furent si rapides, qu'il put se faire
entendre en public dès l'âge de sept ans, dans un concerto de Viotti.
Arrivé à Londres à peine âgé de seize ans, il chanta le rôle du chas-
seur dans quelques représentations du Freyschûtz. Dans le même
temps il entra dans un des petits théâtres de Londres en qualité de
chef d'orchestre. En 1825 il lit un voyage à Rome avec une riche
famille anglaise. Dans l'année suivante, il écrivit à Milan la musique
du ballet de La Permise, pour le théâtre de la Scala. Arrivé à Paris,
à la fin de cette même année 1825, il débuta au théâtre Italien sous
le nom de Balfi, dans le rôle de Figaro du Barbier de Séville. Sa voix
de baryton mal timbrée et son inexpérience de la scène étaient des
obstacles trop sérieux pour qu'il pût réussir à côté des excellents
chanteurs qui brillaient alors sur cette scène.
Peu de temps après, il retourna en Italie. Engagé à Plaisance au
printemps de 1830, il y chanta pendant toute la saison ; puis il se
rendit en Sicile, chanta au théâtre de Palerme, et y donna son pre-
mier opéra sous le titre de I Rivali. En 1832 il était à Florence, où
il fit jouer l'opéra-bouffe tin Awertimcnto. A Milan, il chanta en 1833
au théâtre Carcano, où il fit représenter Enrico IV al passo délia
Marna, nouvel opéra de sa composition dans lequel Mlle Roser, de-
venue sa femme depuis peu de temps, chanta le premier rôle. Les
réminiscences nombreuses que le public remarqua dans cette parti-
tion en empêchèrent le succès. Après avoir chanté à Bologne, Balfe
obtint un engagement pour le théâtre de la Fenice à Venise. Ce fut
là qu'il eut la malheureuse idée de mutiler le Crociato de Meyerbeer,
en y introduisant des morceaux de sa composition, et d'autres de
Rossini et deDonizetti. L'indignation de l'Italie contre cet acte de bar-
barie obligea Balfe à s'éloigner de ce pays. Arrivé à Londres en 1835,
il y donna des leçons de chant et écrivit pour le théâtre italien YAs-
sedio di la Rochelle, opéra en trois actes qui eut quelque succès.
Mme Malibran ayant été engagée au printemps de 1836 pour jouer
l'opéra anglais au théâtre de Drury-Lane, Balfe écrivit pour elle The
Maki of Artois, dont le sujet avait beaucoup de ressemblance avec
celui du ballet et de l'opéra de Clan', joués longtemps auparavant à
Paris. Peu scrupuleux sur le choix des idées, il en avait pris dans
plusieurs partitions en vogue pour fabriquer la sienne ; mais une
valse de. Strauss, dont il avait fait un air chanté par Mme Malibran
avec une verve merveilleuse, assura le succès de cet ouvrage. Le 27
mai 1837, il donna au même théâtre Jeanne Gray, opéra en trois
actes, qui ne réussit pas. Dans l'année 1838, Balfe fit représenter à
Londres Àmalia, or the love test (Amélie ou l'amour éprouvé), puis
Fahtaff; Jeanne d' Arc fut jouée en 1839. Tout cela était écrit trop
rapidement pour prendre place parmi les belles œuvres d'art ; ce-
pendant les connaisseurs reconnurent des progrès dans Falsiiff,
sous le rapport de l'originalité du style. Le Diadesté, joué en 1839,
ne réussit pas. Chargé de la direction de l'orchestre du théâtre de
Drury-Lane, Balfe ne donna pas d'ouvrage nouveau en 1840; dans cette
même année et dans la suivante, il fit des voyages en Irlande et en
Ecosse avec sa femme et le célèbre pianiste Thalberg, pour y donner
des concerts. A son retour à Londres, il fit jouer Kéolanthe, opéra
romantique qui ne réussit que médiocrement. Dans l'été de 1842,
Balfe fut chargé de la direction de la grande fête musicale de Nor-
■wich. Peu de temps après, il partit pour Paris, où il écrivit le Pvils
d'amour, qui fut représenté à l'Opéra-Comique au mois d'avril 1843.
Cet ouvrage, dépourvu d'originalité, mais où il y a du mouvement et
de la distinction dans l'harmonie, a eu du succès et a été joué à l'é-
tranger comme en France. The Bohemian Girl (la Jeune bohémienne),
jouée à Hambourg, sous le litre de la Gitana, et à Vienne sous celui
de die Zigeunerin, marqua du progrès dans le talent de Balfe, et fit
voir qu'il avait été sensible à la critique des journaux de Paris. Cet
ouvrage fut joué pour la première fois à Londres, en 1844. Dans la
même année l'auteur fit représenter à l'Opéra-Comique de Paris les
Quatre fils Aymon, en trois actes. De tous ses ouvrages, c'est celui
dont le succès a été le plus général, en France, dans toutes les gran-
des villes de l'Allemagne, en Angleterre et en Hollande. Quoiqu'on y
remarque toujours la négligence et la trop grande facilité du compo-
siteur, on ne peut nier que ce ne soit sa meilleure production et
qu'il ne s'y trouve de jolies choses. Depuis cette époque, Balfe a écrit
aussi la Fille de la place Saint-Marc; l'Etoile de Séville, en 1846,
pour l'Opéra de Paris, et qui ne réussit pas, quoique les principaux
rôles fussent chantés par Gardoni et par Mme Stoltz; The Bond-man
l'Esclave), dans la même année, et The itJaid of honour (la Fille
d'honneur); mais ces ouvrages ont fait peu de sensation.
Lorsque M. Costa, suivi de tout l'orchestre qu'il dirigeait, quitta le
théâtre de la Reine pour passer à celui de Covent-Garden, M. Lumley
chargea Balfe de l'organisation d'un autre orchestre et lui en confia
la direction. Dans ces fonctions, il a fait preuve de beaucoup d'habi-
leté, d'intelligence et dégoût; mais l'entreprise ayant cessé en 1852,
il partit pour l'Allemagne.
Balfe, très-bon maître de chant, avait publié à Londres, en 1852,
un ouvrage élémentaire de chant intitulé : Indispensable studtes for a
soprano voice, in-fol. A son retour à Londres en 1855, il y a fait pa-
raître une méthode de chant, et a donné au commencement de 1859
Satanella, opéra romantique en trois actes, qui, d'après les journaux,
a obtenu un brillant succès, et qui est considéré en Angleterre comme
son meilleur ouvrage.
CORRESPONDANCE.
Vichy, 15 septembre 1860.
Vichy possède incontestablement le plus bel établissement thermal de
France et le plus fréquenté par l'aristocratie de tous les pays. Pourquoi
donc la musique n'y est-elle pas représentée par un choix d'œuvres
d'un goût plus élevé ? Pourquoi n'y retrouve, t-on pas comme à Bade,
comme à Spa, comme dans beaucoup d'autres villes d'eau, les grands
talents qu'on applaudit à Paris? Pourquoi n'y entend-on aucun de
331
nos chanteurs, de nos cantatrices et virtuoses les plus célèbres ? Nous
ne savons. Pourtant, avec le très-petit orchestre qu'il possède et qu'il
dirige très-habilement, il serait facile à Strauss, ce nous semble, de
faire goûter plus souvent à ses auditeurs quelques beaux morceaux
symphoniques.
Cette année, grâce à la pluie, pas de douces causeries dans le parc,
pas de promenades dans la campagne de l'Allier, déjà presque aussi
belle que celle de l'Auvergne : on allait donc forcément au salon. Chaque
soir, il y avait concert ou représentation théâtrale'. Avec une toute pe-
tite troupe, les représentations ont primé les concerts. La monotonie
des programmes a rendu facile une supériorité que tout le monde re-
grettait.
Mme Bertrand et Mlle Raton ou Quand on veut tuer son chien, joués fort
gentiment par Caillât, André, par Mmes Paër et Lovely, sont peut-être
des vaudevilles très-amusants, d'un goût très-fin ; les chansonnettes,
dites par Caillât et Bousquet, sont peut-être très-spirituelles ; mais, pour
notre part, et nous n'étions pas le seul, au lieu de vaudevilles, nous
eussions préféré quelque charmant proverbe d'Alfred de Musset ou d'Oc-
tave Feuillet ; au lieu de chansonnettes, de valses, de polkas, de mazur-
kas, de schottischs, quelques magnifiques pages de Mozart ou de Beetho-
ven eussent bien mieux fait notre affaire.
Malgré toute l'influence de la musique, nous ne pensons pas que les
airs de danse soient considérés comme faisant partie du traitement ; nous
le croyons d'autant moins que, dans ses ouvrages sur Vichy, qui font auto-
rité, notre aimable et savant docteur Durant-Fardel, tout excellent musi-
cien qu'il est, n'en a jamais rien dit.
L'un des plus jolis concerts que nous ayons entendus, a été donné, non
dans les salons de l'établissement, mais à l'hôtel Germot. Une société
d'élite y assistait. Mlle Pagez, élève du Conservatoire, avait organisé cette
charmante matinée. La jeune artiste possède une belle voix de contralto,
une méthode déjà suffisante et un excellent sentiment musical. En com-
pagnie de Mme Ribault, elle a chanté avec beaucoup d'âme îe beau duo
du Giuramento, et seule, l'air de la Favorite, dans lequel elle a été très-
applaudie. Le violoniste Accursi, Mlle Gaillard, dans un morceau de
Prudent, et surtout Ph. Lamoury, qui, en exécutant une ravissante fan-
taisie de Servais, a déployé autant d'habileté que d'expression, ont été
aussi très-sympatiquement accueillis.
Depuis qu'elle a quitté l'Opéra, Mme Ribault semble choisir de préfé-
férence les morceaux du répertoire italien, pour lesquels, ce me semble,
sa voix et sa manière de phraser ne sont pas faites. Pourtant, dans quel-
ques-uns des derniers concerts, elle a obtenu beaucoup de succès. Après
avoir dit, avec finesse et expression, de très-jolies mélodies d'Alfred
Mutel.elle a fait apprécier toutes les qualités dramatiques de sa méthode,
en chantant d'une façon remarquable les délicieux couplets du troisième
acte de Robert le Diable et le grand air de Robin des Bois.
Adolphe BOTTE.
Saint-Dizier, 21 septembre 1880.
Il y a un mois à peine, un journal consacré au compte rendu de
l'exposition industrielle et agricole de Saint-Dizier, publiait en tête de
ses colonnes l'annonce d'un concours de Sociétés chorales et de musiques
d'harmonie. « Chaque siècle, disait cet avis, a son esprit, ses mœurs
et ses plaisirs. Les orphéons sont la joie du peuple et la fête de tous.
Dans les mains de leur fondateur et chef, M. Eugène Delaporte, ils
tiennent haut et ferme la bannière du progrès artistique et ont su s'il-
lustrer à Paris et à Londres. Toutes les villes qui ont eu des concours
d'orphéon^ les ont salués avec enthousiasme. C'est donc pour Saint-
Dizier, qui va avoir le sien, une bonne fortune à laquelle le départe-
ment de la Haute-Marne applaudira. »
Dimanche dernier, les Sociétés musicales de cinq départements se réu-
nissaient donc dans une petite ville perdue au milieu des vignes et
jusqu'à ce jour ignorée pour l'art sous l'épais brouillard de ses forges
et de ses haut-fourneaux. Hier, Provins, la poésie, le souvenir, le passé,
les fleurs, les hautes murailles, les ménestrels, les cours d'amour, les
chevauchées d'une mystérieuse époque. Aujourd'hui, Saint-Dizier, l'in-
dustrie, le travail, le présent, les usines, le minerai, les hommes de
forte race pour qui battre le fer est un jeu. C'est ainsi que la musique
rassemble en une cordiale étreinte les deux points extrêmes de cette
antique Champagne qui donne le fer aux labeurs, aux combats de la
France ; le vin aux banquets, aux joyeux loisirs des deux mondes !
N'est-ce point une belle œuvre que celle qui arborait son drapeau, em-
blème de concorde, dans ces îles du Jard où la guerre fit couler, sous
François Ier, tant et de si noble sang? N'est-ce point un touchant spec-
tacle que celui de l'envahissement pacifique de l'art dans une contrée
tributaire de l'industrie, au milieu de populations vouées aux rudes tra-
vaux de la métallurgie et de la viniculture? Et au moment où l'archéo-
logue voit défiler le long des vieux remparts assiégés par Charles-Quint,
défendus par Sancerre et ses routiers, les compagnies souriantes de ces
artisans chanteurs que tout dernièrement à Londres sir Richard Cobden
appelait avec un si gracieux à-propos « la grande armée de la paix, »
le penseur est heureux de songer à ce principe de modération inhérent
à l'orphéon, qui substitue la bienveillance, l'honnêteté, la paix aux ri-'
valités du présent comme aux luttes des âges lointains.
Les concours ont commencé à l'issue d'une messe de Nicou-Choron, —
pastiche de divers styles, — dont la Société philharmonique, dirigée par
M. Pirron, n'a pu dissimuler l'incohérence. Les sociétés chorales de
Montmartre, Epinay, Joinville, Wassy, Chaumont, Bar-le-Duc, Troyes,
lieims, .Metz et Nancy, ont concouru devant un jury présidé par M. Nie-
dermeyer. L'orphéon de Chaumont a remporté la grande médaille d'or,
prix d'honneur donné par l'Empereur. Reims, Metz, Nancy, Joinville, ont
obtenu les premiers prix de leurs divisions respectives. Les morceaux
d'épreuve avaient été laissés au choix des sociétés. Parmi ceux dont
l'exécution a été le plus remarquable, je citerai le Salut auv chanteurs,
d'Ambroise Thomas, le f'abliau des deux nuits , de Boïeldieu, un Lied, de.
Mendelssohn, et les Enfants de Paris, d'Adam.
MM. Dauverné, Cokken, Triébert et Couder, composaient le jury du
concours des musiques et fanfares. Les premiers prix ont été décernés
aux sociétés de Ville-sur-Saulx et de Reims ; les seconds, celles d'Ancer-
ville, de Saint-Dizier et de Meaux.
M. le baron de Lespérut, député de la Haute-Marne, désireux d'activer
dans ce département la propagation du chant choral, et de reconnaître
l'empressement avec lequel certains orphéons ont répondu à l'appel de la
commission du concours, a offert trois médailles, que le jury a décernées
séance tenante. La distribution des récompenses n'a donc fait que peu
de mécontents, et aucune société n'a pu voir d'épigramme dans le dis-
cours de bienvenue de l'honorable M. Mahuet, maire de la ville.
Aussi, la fête de nuit s'est-elle ressentie de cette allégresse générale.
En Champagne, l'orphéon aime assez à tremper son choral dans un
verre, et l'aï a baptisé de sa mousse d'argent les médailles du concours.
L'exposition avait constellé son parc de lueurs et de feux. La musique
jouait dans les kiosques illuminés ; le vent apportait l'écho de fanfares
sonnées sous de lointaines futaies embrasées par des feux de Bengale.
Grande était la foule, grand aussi le plaisir 1 Au soir d'un jour bien em-
ployé, il est doux, dit Montaigne, de s'ésbahir Un peu. Certes, Montaigne
eût été heurpux en cette occurence, et le vieux philosophe eût souri de
bon cœur au cortège nocturne des chanteurs et des instrumentistes re-
gagnant, bras dessus, bras dessous, la station du chemin de fer. Les
instrumentistes chantaient, les orphéonistes instrumentaient, et tout
allait pour le mieux dans cette meilleure des sérénades dédiée aux
coteaux, aux arbres du chemin et aux ombres protectrices de la
nuit !
11 n'y a pas de fête sans lendemain, et, fidèle au vieil adage, la Société
philharmonique donnait le lendemain un concert qu'elle a ouvert en in-
terprétant avec goût l'ouverture de Montana et Stéphanie. Mlle Pages et
M. Bounet se sont fait applaudir dans la partie vocale, le second surtout
pour la façon pleine de charme dont il a dit l'air de Galathée.
Si je ne craignais d'imiter ces voyageurs impitoyables qui s'étonnent
de rencontrer la civilisation dans les contrées nouvelles pour eux, je
vous dirais que la musique est en grand honneur à Saint-Dizier. Du ma-
tin au soir les pianos, dans un but concertant, donnent le lai. des
violons remplis de bonne volonté. On prémédite des duos; on conspire
pour des quatuors; on invente des cannes-pupitre; que sais-je encore?
Heureux pays que celui où une cavatine endort les soucis et abrège les
heures séculaires de la vie de province! Et combien ils ont de poésie
dans leur austère simplicité ces orphéons de la famille, où, dans la tiède
atmosphère du foyer domestique, se répètent les mélodies de nos pères,
les ariettes du passé, chants pétris d'esprit et de grâce que l'enfant
murmure en s'endormant, et qui salueront plus tard sa réception au
seuil hospitalier de la société chorale.
Em. Mathieu de MONTER.
Le Bulletin des lois vient d'enregistrer le texte de celle qui pro-
roge de cinq années les brevets de M. Adolphe Sax. Un acte de haute
justice , qui, après une lutte acharnée de dix ans , assure enfin à
l'inventeur d'une nombreuse famille d'instruments nouveaux la jouis-
sance paisible et le fruit de ses inventions, ne saurait recevoir une
trop grande publicité. C'est à ce titre que nous reproduisons le texte
de la loi rendue en faveur de M. Adolphe Sax, ainsi que les deux re-
marquables rapports faits au Corps législatif à ce sujet, et qui ont
amené l'heureux résultat dont se félicitent aujourd'hui tous les amis
de l'art et les appréciateurs du mérite.
332
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Corps législatif (session 1860).
Annexe au procès-verbal delà séance du 20 juin 18C0.
PROJET DE LOI
Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés en 1845 et 1864
au sieur Sax, fabricant d' instruments de musique.
PRÉCÉDÉ
Du décret de présentation et de l'exposé des motifs, transmis sur les ordres
de l'Empereur, par le ministre d'État, au président du Corps législatif.
NAPOLÉON,
Tar la grâce de Dieu et la volonté nationale Empereur des Français,
A tous présents et à venir, salut;
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. ).,■. _ sera envoyé au Corps législatif, par notre ministre d'Etat,
le projet de loi délibéré en conseil d'Etat et relatif à la prolongation de
deux brevets accordés, en 4845 et 1846, au sieur Sax, fabricant d'instru-
ments de musique.
Art. 2. — SIM. Le Play et le comte Dubois, conseillers d'État, sont
chargés de soutenir la discussion de ce projet de loi devant le Corps
législatif et le Sénat.
Art. 3. — Notre ministre d'Etat est chargé de l'exécution du présent
décret.
Fait au palais de Fontainebleau, le 26 juin 1860.
Signé : NAPOLÉON.
Par l'Empereur : Pour ampliation :
Le ministre d'État, Le conseiller d'État, secrétaire général,
Signé : Achille Fould. Signé : J. Pelletier.
EXPOSÉ DES MOTIFS
D'un projet de loi relatif à la prolongation de durée de deux brevets d'inven-
tion, accordés en 1845 et 1846 au sieur Sax, fabricant d'instruments de
musique.
Messieurs,
Le premier brevet délivré à M. Sax, le 13 octobre 1845, a pour objet
une famille d'instruments en cuivre, que l'inventeur a désignée sous le
nom collectif de Saxolromba. Elle appartient, comme les trombones,
les ophicléïdes, etc., à la classe d'instruments à vent dans laquelle les
lèvres font fonction d'anche. Elle offre, lorsqu'on la compare aux instru-
ments antérieurement connus, des caractères de nouveauté et de per-
fectionnement qui, depuis quatorze ans, sont sans cesse contestés par
les contrefacteurs, sans cesse confirmés par les tribunaux et par toutes
les autorités qui ont eu à se prononcer dans ces longs débats.
Le deuxième brevet, délivré le 21 mars 1846, a pour objet une
autre famille d'intruments en cuivre nommés Saxophones. Ceux-ci of-
frent la combinaison de l'embouchure à anche simple, et d'un tube à
clefs de construction spéciale. Personne n'en a contesté la nouveauté ;
mais l'inventeur n'a évité cet écueil que pour donner contre un autre.
Pendant longtemps, il n'a trouvé que quelques artistes capables de faire
usage de ces instruments : cet usage a commencé seulement à se ré-
pandre dans ces dernières années, depuis que M. Sax a formé des élèves
dans une classe spéciale, instituée au Conservatoire impérial de mu-
sique.
La loi du 5 juillet 1844, concernant les brevets d'invention, est fort
laconique en ce qui concerne les prolongations : elle se borne à déclarer
dans son article 15, que : « la durée des brevets ne pourra être pro-
longée que par une loi. »
Toutes les autorités qui ont eu à se prononcer au sujet de la seconde
application ( I ) qu'il s'agit de faire de cet article, reconnaissent que les pro-
longations de brevets ne doivent être accordées qu'à titre exceptionnel,
et seulement lorsque les deux conditions suivantes se trouvent réunies :
en premier lieu, lorsque l'inventeur a introduit une amélioration consi-
dérable dans un art ou dans une industrie; en second lieu, lorsque des
circonstances de force majeure n'ont pas permis au breveté de tirer
profit de son invention.
Mais s'il y a eu accord sur le principe, il s'est produit une divergence
sur l'opportunité de l'application.
Le comité consultatif des arts et manufactures craignant l'abus qu'on
pourrait faire des prolongations de brevets, et se fondant sur une doc-
trine générale plutôt que sur les circonstances spéciales à M. Sax, a
émis l'avis qu'il n'y avait pas lieu de lui accorder cette faveur.
Le conseil d'Etat, convaincu que l'intervention obligée du pouvoir
législatif donne toute garantie contre le retour de ces abus, écartant,
(1) La première application a été faite, parla loi du 18 juin 1856, au brevet de
M. Boucherse, relatif au procédé de conservation et de coloration des bois.
en conséquence, les préoccupations'systématiques, pour étudier l'affaire
en elle-même, a constaté, comme l'a fait M. le ministre du commerce,
que toutes les conditions qui peuvent attirer sur la réclamation de
M. Sax la bienveillance de l'autorité se trouvent ici réunies.
En ce qui concerne l'appréciation des services éminents rendus par
M. Sax à l'art et à l'industrie, il suffira de rappeler le jugement porté par
de hautes autorités dans quatre circonstances solennelles.
En 4845, au moment même où M. Sax portait sa première invention
à la connaissance du public, une commission d'artistes et de savants,
instituée par M. le ministre de la guerre, déclara que les instruments de
M. Sax étaient supérieurs à ceux qu'on avait employés jusque-là ; sur sa
proposition, ces instruments furent introduits dans la composition des
musiques militaires, où l'on constata, dès lors, un progrès considérable.
En 1849, le jury de l'exposition des produits de l'industrie nationale
attribua à M. Sax la seule récompense de premier rang qui fut décernée
pour la fabrication des instruments en cuivre; en outre, sur sa proposi-
tion, le chef de l'Etat accorda à M. Sax la décoration de la Légion d'hon-
neur.
En 1851, le jury international de l'exposition universelle de Londres
réserva également pour M. Sax la seule récompense de premier rang
qui fut attribuée a cette même spécialité.
Enfin, en 1855, le jury international de l'exposition universelle de Pa-
ris accusa encore mieux la supériorité de M. Sax sur tous ses concur-
rents indigènes et étrangers : il lut donna la récompense de premier
rang, tandis qu'il n'attribua que la récompense de troisième rang à ceux
de ses concurrents qu'il distingua le plus.
M. Sax, en transformant les orchestres d'harmonie, n'a pas seulement
contribué au progrès de l'art, il a, en outre, donné une grande impul-
sion aux industries qui ont pour objet la fabrication des nouveaux ins-
truments.
En 1843, à l'époque où M. Sax venait s'établir à Paris, les fabriques
françaises produisaient sur une petite échelle des instruments défec-
tueux qui n'avaient guère de débouché au dehors. La France devait
même demander les instruments de choix aux fabriques de la Bavière,
de la Bohême et de l'Autriche. Grâce aux travaux de M. Sax, la situa-
tion relative de la France et des pays étrangers est aujourd'hui complè-
tement changée. Les fabriques françaises emploient un nombre qua-
druple d'ouvriers; elles livrent les instruments de cuivre à tous les
peuples qui n'ont pas de fabriques indigènes; elles commencent même à
fournir les instruments de choix à l'Angleterre et aux Etats allemands.
En ce qui concerne les circonstances de force majeure qui, jusqu'à
ces derniers temps, rendaient ces inventions stériles pour leur auteur,
on peut se borner à signaler les procès en déchéance et en contrefaçon
que celui-ci soutient depuis quatorze ans, et qui sont en quelque sorte
devenus classiques pour les personnes adonnées à l'étude de ce genre
de contestations. M. Sax n'a pas eu seulement à lutter contre chacun de
ses contrefacteurs, il s'est trouvé en présence d'une véritable coalition,
qui n'a d'abord que trop réussi à absorber son temps et à épuiser ses
ressources ; et c'est ainsi que M. Sax a dû subir momentanément la plus
pénible épreuve qui puisse frapper un commerçant.
Il est notoire que pendant cette longue lutte, les bénéfices dus à la
production des nouveaux instruments ont été presque exclusivement
recueillis par les contrefacteurs. Depuis deux ans seulement, grâce à la
justice tardivement rendue par les tribunaux, M. Sax commence à re-
couvrer une partie de ces bénéfices dans les dommages et intérêts payés
par les principaux contrefacteurs. C'est aussi seulement depuis cette
époque, que les licences libéralement accordées à tous ceux qui désirent
exploiter le seul brevet productif, donnent enfin â l'inventeur une légi-
time rémunération. En résumé, sur les quinze années composant la durée
ordinaire des brevets, treize années n'ont produit pour M.^ax que des
souffrances morales et des désastres financiers.
Le Conseil d'Etat s'est assuré qu'une prolongation de cinq ans, accor-
dée aux brevets de M. Sax, ne léserait aucun intérêt. Le droit modéré
prélevé par l'inventeur sur les fabriques françaises augmente peu le prix
des produits et n'en restreint pas l'exportation dans les pays étrangers.
Les principaux facteurs d'instruments ont même déclaré, par écrit, qu'ils
verraient avec satisfaction que ce dédommagement fût donné à leur
confrère; ce témoignage de sympathie honore également M. Sax et ses
anciens rivaux.
Par ces motifs, le Conseil d'Etat vous propose de sanctionner le projet
de loi dont la teneur suit.
Signé à la minute :
F. le Play ,
Conseiller d'Etat, rapporteur;
Comte Dubois,
Conseiller d'Etat,
Certifié conforme :
Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat ,
Signé : F. BoiLAY.
SUPPLEMl-:.\r.
SUPPLÉMENT.
DE PARIS.
333
PROJET DE LOI
Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés, en 1845 et
1846, au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique.
Article unique. — La durée des brevets d'invention délivrés au sieur
Antoine-Joseph Sax, dit Adolphe Sax, les 13 octobre 1845 et 2l mars
1846, le premier pour le saxotromba, le second pour le saxophone, est
prolongée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe annuelle fixée
par l'art, 4 de la loi du 5 juillet 1844.
Ce projet de loi a été délibéré et adopté par la Conseil d'Etat dans sa
séance du 21 juin 1860.
Le président du Conseil d'Etat,
Signé : J. Baroche.
Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat,
Signé : F. Boilay.
Certifié conforme :
Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat,
Signé : F. Boilay.
Annexe au procès-verbal de la séance du 13 juillet 1860.
RAPPORT
Fait au nom de la commission (1) chargée d'examiner U 'projet de loi re-
latif à la prolongation de durée de deux brevets accordés en 1845 et
1846 au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique,
PAR M. NOGENT-SAINT-LAURENS,
Député au Corps législatif.
Messieurs,
M. Adolphe Sax a pris, le 14 octobre 1845, un brevet relatif à une
famille d'instruments en cuivre désignés sous la dénomination générale
de saxotromba. Ce brevet expire le 13 octobre 1860.
M. Sax a pris, en outre, à la date du 21 mars 1846, un brevet pour une
autre famille d'instruments appelés saxophones. Ce brevet doit s'éteindre
en juin 1861.
Le conseil d'Etat a été saisi par M. Sax d'une demande en prolonga-
tion de ces deux brevets.
Il invoque à l'appui l'utilité de son invention, la privation du bénéfice
de ses brevets par suite de circonstances graves, exceptionnelles et mal-
heureuses.
Le conseil d'Etat a admis la réclamation de Sax, et il a, en consé-
quence, formulé son adhésion dans un projet de loi qui vous propose de
prolonger de cinq ans la durée des brevets des 13 octobre 1845 et 21
mars 1846.
Ce projet a été soumis à l'appréciation de votre commission, et
nous venons vous rendre compte de l'examen auquel elle s'est livrée.
Tout d'abord, et en même temps que le projet de loi nous arrivait,
nous avons constaté, comme chacun de vous a pu le faire, une résistance
très-vive qui s'est formulée dans deux notes portant la signature de
M. Besson, fabricant d'instruments de musique. Il n'y avait là qu'un in-
térêt privé, et le Corps législatif ne s'arrête pas ordinairement aux ques-
tions de ce genre; mais comme la loi proposée est aussi une loi qui af-
fecte principalement l'intérêt privé, il a paru juste à votre commission
de ne pas omettre ces notes.
Notre examen s'est porté d'abord sur !a demande de M. Sax prise en
elle-même, sur la question générale et sur les questions spéciales qu'elle
pouvait soulever.
La législation des brevets a suscité bien des systèmes et des théories.
Le droit privatif résultant des brevets a été parfois contesté par cer-
tains esprits partisans exclusifs du domaine public. Nous n'avions pas
à remonter vers ces théories qui sont autour de la loi de 1844, et qui se
sont renouvelées à propos du projet modificatif de la loi de 1 844 qui vous
a été présenté l'année dernière.
Notre point de départ naturel et nécessaire était la loi de 1844, celle
qui nous régit et qui est applicable à la demande formée par M. Sax.
La loi de 4 844, en organisant le brevet, a voulu donner à l'inventeur
les premiers avantages résultant de son œuvre; elle a voulu ajouter à
sa renommée, aux récompenses honorifiques qu'il peut recueillir, un
profit matériel résultant de la pratique de l'invention elle-même.
La loi de 1844, en limitant la durée du brevet, a voulu réserver les
droits du domaine public et de l'intérêt général. Une invention vraiment
utile ne peut pas demeurer éternellement sous les restrictions d'un mo-
(1) Celte commission est composée de MM. Creuzet, président; Josseau, secré-
taire; Aymé, Du Mirai, Nogent-Saint-Laurens, Gcoffroy-de-Villeneuve, Véron.
Les conseillers d'État, commissaires du gouvernement, chargés de soutenir la
discussion du projet de loi, sont : MM. Le Play et le comte Dubois.
nopole, qui empêche qu'elle soit répandue et qu'elle produise dans le
monde tout le bien qu'elle doit y faire.
Cette combinaison semble équitable.
Toutefois, en proclamant ce principe général que le brevet prendrait
fin par l'expiration du temps pour lequel il avait été accordé, la loi de
4 844 a permis exceptionnellement la prolongation du brevet.
L'art. 15 de cette loi est ainsi conçu : « La durée des brevets ne pourra
être prolongée que par une loi. »
Ainsi la loi nous donne le pouvoir de prolonger un brevet.
Votre commission a été unanime pour reconnaître que les cas de pro-
longation doivent être fort rares ; elle a reconnu que des motifs graves,
sérieux et exceptionnels pouvaient seuls déterminer la mesure excep-
tionnelle de la prolongation.
Du reste, il serait impossible d'accuser le pouvoir législatif d'avoir
fait abus de l'art. 15 de la loi de 1844. Nous ne connaissons en fait de
précédents que celui relatif à la prolongation des brevets du docteur
Boucherie, qui a inventé un système de coloration et de conservation
des bois. Si les brevets Sax sont prolongés, cela fera deux prolonga-
tions depuis la loi de 1844, c'est-à-dire en seize années. Il paraît difficile
que l'on puisse user avec une plus grande réserve de l'art. 15 de la loi
de 1844.
Un membre de la commission a fait observer qu'il était fâcheux que
le Corps législatif fût saisi d'une question qui n'engageait que des inté-
rêts privés et qui était au-dessous des questions ordinairement soumises
à nos appréciations. 11 a été répondu que cette critique s'adressait plutôt
à l'art. 15 de la loi de 1844 qu'à la question elle-même. En effet, tant
que l'art. 15 subsistera, il ne pourra dégager autre chose que des
questions touchant principalement à l'intérêt privé. Il faut ou l'abroger
ou le subir.
La loi n'a pas dit expressément quels seraient les cas dans lesquels on
pourrait prolonger un brevet. Cette désignation était impossible, car les
prolongations de brevet sont surtout des questions se rattachant à des
faits que nul ne peut prévoir; elles dépendent des circonstances person-
nelles au breveté. Il a fallu dès lors confier ces appréciations au pouvoir
discrétionnaire des assemblées législatives.
Toutefois, les esprits se sont fixés sur les conditions nécessaires à la
prolongation d'un brevet. La question a été profondément discutée et
vivement éclairée à l'occasion des brevets du docteur Boucherie. Il
existe une doctrine à cet égard et la voici :
Pour qu'il y ait lieu de prolonger un brevet, il faut deux conditions :
1» une invention sérieuse, une amélioration véritable apportée dans un
art ou une industrie; 2° un inventeur malheureux qui, par des circons-
tances exceptionnelles et de force majeure, n'ait pas pu tirer profit de
son invention.
11 reste maintenant à examiner si M. Sax remplit les deux conditions
ainsi posées :
L'invention est-elle sérieuse, a-t-elle apporté une amélioration véritable
dans un art ou dans une industrie?
Le premier document communiqué par M. Sax est un rapport fait
au ministre de la guerre en 1845, par une commission nommée pour la
réorganisation des musiques militaires.
Cette commission était composée de MM. Savart, colonel du génie,
Adam, Séguier, Halôvy, Spontini, Gudinet IUban colonels, Carafa, Au-
bert et Onslow; elle était présidée par le général de Rumigny, et avait
pour secrétaire M. Georges Kastner. De solennelles épreuves eurent lieu
au Champ de-Mars. Après ces épreuves, la commission déclara adopter
à l'unanimité l'avis de M. Spontini, qui est ainsi formulé : On réaliserait
une musique magnifique et supérieure à toutes celles qui existent en Autri-
che, en Prusse, en Russie et dans les autres pays de l'Europe, notam-
ment par l'adoption et l'introduction des instruments de M. Sax, que ces
différentes nations ne possèdent pas encore dans leurs armées.
Plus bas on lit les passages suivants :
« Restent les instruments nouveaux présentés par M. Adolphe Sax,
» dont la belle sonorité, la puissance, la portée, l'étendue, la justesse,
» l'égalité, la simplicité du mécanisme et la facilité d'embouchure et de
» doigté ont déterminé l'adoption. .
» La commission a reconnu que l'instrument appelé saxophone possède
» un charme et une puissance vraiment incomparables; qu'il se prête
» aux nuances les plus douces comme aux effets les plus grandioses;
» qu'il offre, en un mot, d'immenses ressources, et qu'on peut l'em-
» ployer avec un égal avantage, soit pour les solos, soit pour les en-
» semblés.
n Quant à la saxotromba, elle a été jugée avoir une sonorité aussi
» forte que belle, participant à la fois du buglo et de la trompette, avec
» cette différence toutefois que le timbre en est moins voilé que celui du
» bugle et moins strident que celui de la trompette ; elle a donc un ca-
» ractère spécial et doit à ce titre occuper une place importante dans
» les musiques militaires.
» Ces instruments étant d'une invention toute récente, la Franc; se-
u rait le seul pays qui en compterait dans ses musiques. »
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Après la rédaction de cel document, émané d'hommes compétents et
indépendants, les instruments de M. Sax furent adoptés dans les musi-
ques militaires.
Une décision ministérielle du 19 août 1845 détermine, en effet, la
composition instrumentale des musiques d'infanterie et de cavalerie. On
trouve dans la nomenclature officielle des instruments les saxophones et
les saxotrombas. Les saxophones, jugés dès cette époque, y étaient ins-
crits pour l'avenir; car ces instruments, absolument nouveaux et sans
analogie dans le passé, n'étaient encore joués par personne.
L'effet de cette décision fut interrompue en 1848. Deux décisions mi-
nistérielles des 21 mars et 18 mai 1848, décidèrent que plusieurs instru-
ments avaient été désignés à tort sous le nom du fabricant qui les avait con-
fectionnés, et qu'il fallait leur rendre la dénomination générique qu'ils n'au-
raient jamais dû perdre.
Ces décisions portèrent un coup terrible à la fortune de M. Sax, mais,
pour les hommes compétents elles n'ébranlèrent pas l'importance et le
mérite de ses inventions.
Un an après, à l'exposition nationale de 1 849, M. Sax obtint la médaille
d'or et fut décoré.
A l'exposition de Londres en 1831, le jury lui décerna la seule mé-
daille affectée à cette spécialité entre tous les concurrents de toutes les
nations.
Il est utile de citer le passage suivant extrait du rapport du jury in-
ternational : « Parmi les inventeurs d'instruments de musique, la plus
» haute distinction;est due au mérite de M. Sax, qu'on le considère soit
» sous le rapport de la variété et de l'excellence, soit sous celui de l'u-
»' tilité de ses inventions.
» La création de la classe entière des saxhorns et des saxotrombas
» a produit les^résultats les plus satisfaisants et une révolution complète
» dans la musique militaire, sur le théâtre et dans les concerts. Cette
» vaste échelle instrumentale offre d'importants avantages jusque dans
>. les extrêmes limites, à l'aigu comme au grave.
» M. Sax a aussi créé la classe des saxophones, instruments de cuivre
» avec un bec à anche simple, dans le genre de celui de la clarinette.
» L'effet de ces nouveaux instruments est d'un charme égal à l'origina-
le lité de leurs sons, et ils portent au plus haut degré de perfection la
» voix expressive, etc., etc. c
Voila ce que disaient en 1851 les hommes les plus compétents de
l'Europe.
Le jury de l'exposition universelle de 1855 n'a fait que confirmer ces
hautes approbations. Il a décerné à M. Sax la grande médaille d'hon-
neur, la récompense de premier rang, et n'a attribué qu'une récompense
de troisième rang à ses nombreux concurrents, sans aucun cloute pour
tracer une distance caractéristique et proclamer davantage la supériorité
de Sax.
Plusieurs lettres ont été produites lors des procès de M. Sax. Ce sont
des opinions individuelles qui ont leur importance, et qu'il est utile de
rapprocher des avis collectifs des différents jurys. En conséquence, nous
allons transcrire quelques passages de ces lettres :
o En proclamant le succès de M. Ad. Sax, en faisant l'éloge de ses dé-
t couvertes précieuses, de ses ingénieux perfectionnements relatifs aux
» instruments à souffle, en le remerciant des services de la plus haute
» importance qu'il a rendus à l'art, aux musiciens, aux orchestres de
» concerts des théâtres, et des régiments d'infanterie et de cavalerie, je
» n'ai fait que rendre justice à M. Sax, etc., etc.
» Castil-Blazè.
» 6 juin 1849. »
« Au chancelier de V Ambassade belge.
» M. Sax n'est pas seulement facteur d'instruments, il est, en outre,
» musicien exécutant très-d'stingué ; ses connaissances théoriques, ré-
» sultat d'une étude consciencieuse, jointe à une longue pratique de son
» art ; lui ont permis de réaliser les perfectionnements et les inventions
» qui lui ont fait une si grande réputation Je me bornerai à men-
» tionner sa clarinette basse (M. Sax a fait d'autres inventions que celles
» énumérées au projet; il a pris plusieurs autres brevets qui sont tombés
» dans le domaine public, et dout la musique profite aujourd'hui), instru-
» ment défectueux jadis, aujourd'hui d'une perfection achevée; ses saxo-
» phoncs, comprenant une famille de six individus, de l'aigu au grave,
» dont la sonorité magnifique et particulière sera d'un précieux se-
» cours, etc. . .;ses saxhorns et ses saxotrombas, éclatantes fanfares de
• cuivre, également divisées en famille, instruments d'une grande jus-
» tesse, d'un beau timbre, d'une grande plénitude et puissance de son.
» Si quelqu'un a su mériter l'appui et les encouragements dus aux ar-
» tistes consciencieux, c'est assurément l'auteur de tant de belles créa-
it tions par les services signalés que, dans sa spécialité, il a rendus â
» l'art musical. . ., etc.
i Meyerbeer. »
J'aurais pu multiplier mes citations, mais je m'arrête au nom de Meyer-
beer; je me borne à ajouter que MM. Adam, Berlioz, Niedermeyer, Ain-
broise Thomas ont exprimé une opinion semblable à celle de l'illustre
maître.
Ainsi les jurys les plus éclairés de l'Europe, les musiciens les plus re-
nommés sont les partisans des inventions de M. Sax. C'est un fait ac-
quis et dont chacun peut déjà tirer les conséquences.
Vers la fin de 1852, les instruments de Sax avaient été rétablis dans
l'armée. Il fut chargé de l'organisation de la musique des guides. On sait
les succès éclatants obtenus par cette musique vraiment supérieure.
En 1854, le système Sax fut appliqué aux régiments de la garde im-
périale.
Kons avons vu la série des appréciations scientifiques et artistiques,
nous allons jeter un regard rapide sur les appréciations judiciaires.
Il eût été miraculeux qu'une invention aussi grande échappât aux
aggressions de la contrefaçon.
Dès 1846, Sax fut attaqué avec une énergie et un ensemble excep-
tionnels. En 1843, -malgré une expertise favorable, un jugement du tri-
bunal de la Seine, confirmé par arrêt, prononça la déchéance de ses
brevets. Cet arrêt fut cassé, et le 28 juin 1854. un arrêt de Rouen,
rendu en audience solennelle, restitua aux brevets Sax leur mérite et
leur valeur.
Cet arrêt est le point de départ d'une jurisprudence qui n'a plus varié
depuis. Il y a plus, le saxophone n'a plus été contrefait ni contesté. La
contrefaçon s'est exclusivement dirigée vers le saxotromba, et celui-ci,
pendant six années consécutives, n'a plus subi aucun échec judiciaire.
Les adversaires actuels de Sax, à propos du saxotromba, reconnaissent
l'importance et la nouveauté du saxophone.
Après ces documents officiels émanés des divers jurys, après ces opi-
nions de nosgrands musiciens, après les nombreux documents judiciaires
dont la permanence a doublé l'autorité, il semble que l'importance et le
mérite de l'invention du saxotromba ne peuvent être sérieusementcon-
testés.
Il n'en est pourtant pas ainsi : un membre de ta commission a fait ob-
server que le saxotromba ne lui paraissait pas une invention suffisante
pour motiver une prolongation de brevet. Cet instrument se fait remar-
quer surtout par la situation du pavillon en l'air et par le parallélisme
des pistons. Or, M. Sax ne peut revendiquer ces modifications principales.
Il paraît résulter de divers documents qu'il existe des antériorités, et
que toutes les dispositions du saxotromba étaient connues. Les termes
généraux du brevet relatif â une disposition particulière de l'instrument
laissent une étendue trop considérable au droit privatif de Sax, qui
peut accuser de contrefaçon tous les instruments analogues au sien.
A ces observations il a été répondu par les observations suivantes :
le saxotromba est précisément l'instrument qui a été soumis le plus
spécialement à l'appréciation si importante des jurys et des hommes
compétents, le saxophone ayant été peu pratiqué jusqu'à présent. Le
saxotromba ne peut pas servir à la saisie et à la poursuite de tous les
instruments analogues. S'il avait le tort de le faire, il serait facile de
discerner son droit, car le saxotromba se distingue par deux caractères :
il est l'invention d'une voix nouvelle, distincte de toutes les voix con-
nues et produites par les instruments de cuivre. Cette voix résulte des
dimensions, de la forme géométrique du tube dans lequel s'accomplis-
sent les vibrations de l'air qui produisent le son ou la voix.
Le saxotromba présente encore une disposition particulière, qui per-
met au musicien à cheval ou en marche d'appuyer l'instrument contre
lui-même, de le placer à la portée des lèvres, ce qui détermine ainsi
une immobilité de l'instrument et une sûreté d'intonation qui n'avaient
jamais été obtenues.
L'instrument tenu do la main gauche reste ainsi appliqué au corps
sans oscillations ; il est solidaire en quelque sorte avec le musicien, et
la main droite entièrement libre sert à la pression et à la manœuvre des
pistons. Les droits du saxotromba sont dans ces deux caractères princi-
paux ; sous ce double rapport, il est un instrument nouveau, ainsi que
l'ont proclamé les jurys d'exposition, les musiciens les plus éminents,
les experts les plus capables, et notamment M. l'ingénieur Surville, en
4 858, les magistrats les mieux autorisés.
Quant aux antériorités produites, on a fait remarquer qu'à cet égard il
y avait chose jugée, puisque M. Besson avait perdu un procès récent en
première instance et en appel, et cela malgré la production de ces anté-
riorités. Il serait exceptionnel, téméraire peut-être, et certainement dé-
licat, de contester l'œuvre de la justice. Quoi qu'il en soit, l'autorité
de la chose jugée a semblé à votre commission une garantie suffi-
sante contre ces antériorités produites fort tard, et qui ne sont venues
qu'après de nombreux procès qui ont eu un retentissement considérable
et duré plus de quatorze ans.
M. Resson a fait observer que le dernier mot n'avait pas été dit par
la justice, et que des procès existaient encore ; la majorité de la com-
mission a pensé qu'elle ne pouvait être arrêtée par cette observation.
D'abord, les procès qui existent sont faits par M. Sax ; c'est lui qui poursuit
et demande la répression. Ensuite, une prolongation de brevet ne peut
avoir aucune influence sur les procès- futurs. La justice conserve entiè-
rement le droit d'annuler les brevets, s'il venait à être reconnu, malgré
DE PARIS.
es documents existants, et contrairement à toute vraisemblance, que les
brevets sont sans valeur.
Un membre de la commission a proposé de faire une distinction, de
prolonger le brevet relatif au saxophone et de refuser la prolonga-
tion au saxotromba. La majorité a repoussé cette distinction, par le
motif que les deux brevets avaient un égal mérite.
Ainsi donc la majorité de la commission a pensé comme les jurys de
1851 et de 1855, comme tous les illustres musiciens de l'Europe, comme
les experts, comme les magistrats, qu'il y avait dans ces brevets
une invention considérable et digne de fixer l'attention du Corps lé-
gislatif.
On s'est demandé cependant, tant nous avons agi avec prudence
et scrupule, si le mérite était assez grand pour déterminer une pro-
longation.
Quant au mérite musical, il n'est pas contestable. Sax a fait une heu-
reuse révolution dans les musiques militaires. 11 serait injuste de dire
que cette amélioration n'est pas d'une utilité générale. Nous ne voulons
faire aucune poésie, mais linflueuce de la musique sur le moral des
armées ne saurait être niée sérieusement.
Toutefois, le motif déterminant pour la commission n'est pas celui-ci.
11 est autre ; le voici : avant Sax, la fabrication des instruments de
cuivre était très-médiocre et très-réduite en France. Nous allions chercher
nos instruments à l'étranger, à Berlin, à Prague, en Bavière, à Munich.
Aujourd'hui la fabrication a pris un développement considérable, et
l'étranger vient en France. C'est à Paris qu'est la véritable fabrication ;
c'est la que s'est constitué un centre d'exportation très-considérable.
11 y a là un service industriel rendu au pays, et qui a vivement frappé
la majorité de la commission. En conséquence, elle a décidé que M. Sax
avait accompli la première condition imposée à la prolongation d'un brevet,
c'est à-diie, qu'il avait introduit une amélioration considérable dans un
art, et développé, presque créé une industrie spéciale en France.
La première condition étant accomplie, nous arrivons immédiatement
à la seconde : M. Sax est-il un inventeur malheureux qui, par des circons-
tances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté, n'a pas pu tirer profit
de ses inventions!...
M. Sax est pauvre ; il a été ruiné par des procès injustes. C'est ce que
proclame l'opinion publique. Toutefois, l'opinion publique peut s'égarer
quelquefois; voyons de près les faits.
Les brevets de M. Sax ont été attaqués dès leur origine. En mars 1846,
la contrefaçon, dans sa poursuite ardente, s'est découragée vis-à-vis du
saxophone, qu'elle avait d'abord contesté comme le saxotromba. En face
d'une invention aussi radicale que celle du saxophone, la contrefaçon ne pou-
vait sérieusement produire aucune de ces analogies plus ou moins exactes
que l'on appelle des antériorités, et qui sont le moyen usité pour sou-
tenir les demandes en déchéance de brevets. On s'inclina donc devant le
saxophone ; mais les efforts concentrés redoublèrent contre le saxo-
tromba.
Le mal fait à M. Sax par les procès est vraiment inouï. Outre les brevets
de 1845 et 1846 qui vous sont soumis, il avait pris en 18/|3 un autre brevet
toujours relatif à la fabrication des instruments en cuivre. Ce brevet a
été validé par la Cour de Rouen, le 23 juin 1854 ; mais les ennemis de
Sax avaient réussi. Ce brevet, qu'il n'avait pu pratiquer utilement au
milieu des procès, avait expiré lorsqu'il fut validé par la Cour de Rouen.
Il demande aujourd'hui qu'on lui évite un résultat aussi déplorable.
Ce fait, si regrettable de brevets expirés sans profit et sous les atteintes
de la contrefaçon, a excité les émotions les plus sérieuses. A l'audience
de la Cour impériale dé Paris du 26 mai 1860, M. l'avocat général de
Vallée disait dans des conclusions contraires à M. Besson, et à propos de
la contrefaçon du saxotromba :
« J'ai bien envie d'ajouter qu'il est vraiment douloureux de voir à
» quelles épreuves a été soumise cette propriété de Sax. Ce n'est pas son
» éloge que je veux faire ; cela ne conviendrait pas dans ma bouche. Je
» parle de son droit. Souverainement reconnu par tant d'arrêts, ce droit
t a été tellement contesté qu'il s'éteindra demain et qu'il n'aura pas
» vécu un instant libre et fructueux pour son auteur. Je suis dans l'hy-
» pothùse où Sax est légitimement breveté, où il n'est pas le charlatan
» dont parle Kretzchemann, où il est l'inventeur si souvent récompensé,
» dont l'invention a été consacrée parles arrêts de la justice.
» Cet homme a vu son droit privatif livré à toutes les attaques, à
» tous les combats; son champ a été envahi : d'heure en heure, d'an-
» née en année, les combattants se succèdent, les assaillants s'y rem-
» placent ; Besson est le dernier, mais le champ est épuisé. La propriété
» s'éteint à l'heure où je parle. Il y a là un grand abus de. ce que les
» facteurs ont considéré jusqu'ici comme leur droit. Sax avait une pro-
» priété plus recommandablo peut-être encore que la propriété qui vient
» de nos pères, puisqu'elle est le résultat de nos efforts personnels et
» des travaux de notre esprit.
» Quelles que soient les conséquences de nos paroles, de ce qui s'est passé,
• je le dis et je souhaite que ces paroles soient entendues ; certain que
» le droit privatif existe, que, s'il a été fait du bruit autour de cette in-
» vcntion, elle est au fo id réelle, sérieuse, légitime, je verrais avec
» douleur, moi, magistrat, que ce droit fût anéanti entre les mains de
» celui qui l'avait conquis, et en même temps que je demande à la Cour
» un arrêt souverain et définitif, qui mettrait hors de combat les derniers
d assaillants, je fais des vœux pour que le droit privatif ne soit pas, par
» l'effet du temps, enlevé à celui qui, par son travail et son mérite, se
» l'est légitimement acquis. »
A côté d'un vœu formulé pour la prolongation, il y a dans ces paroles
la constatation des malheurs de Sax. Ils sont trop vrais. L'étendue d'un
rapport ne comporte pas le récit de tous les procès suscités à Sax et in-
variablement gagnés par lui depuis l'arrêt de Rouen de 1854; et d'ail-
leurs, ces procès sont connus et sont un fait constant.
La contrefaçon s'était organisée contre lui sous la forme d'une coali-
tion. Des lettres produites pendant le procès de 1860 prouvent qu'elle
avait un président, un trésorier.
Il est intéressant de voir cet homme, fort de sa conviction et de son
droit, rester debout contré tous et soutenir la lutte sans démoralisation,
sans découragement. Beaucoup auraient succombé; mais s'il a été ruiné,
il a su, au milieu de la ruine et du chagrin, conserver intacts son cou-
rage et son inte'ligence.
Un instant la coalition a obtenu un terrible succès. Cet inventeur,
ainsi traqué, ruiné par des expertises, par des procédures, a vu' son cré-
dit disparaître. Des commanditaires, effrayés de l'acharnement de ses
adversaires, l'ont abandonné. Pour ne, pas laisser périr son droit privatif,
pour faire face aux frais judiciaires, il a dû recourir à des emprunts
onéreux; un jour, le 5 juillet 1852, il a dû déposer son bilan et se décla-
rer en faillite !
Cette catastrophe n'a pu l'abattre ; il a lutté encore, et, dans ces der-
niers temps, plusieurs de ses adversaires, les plus puissants et les plus
acharnés, ont transigé avec lui. L'argent provenu des transactions lui a
servi à se faire réhabiliter. Un arrêt du 23 janvier 1860, rendu au rapport
d'un des conseillers de la Cour de Paris, et sur les conclusions conformes
du ministère public, a prononcé la réhabilitation de Sax. Il a pu, ce jour-
là, reprendre sa croix d'honneur, dont la prérogative est inconciliable
avec la position de failli.
En présence d'une faillite qui est la preuve de la ruine et de la misère,
en présence d'une réhabilitation récente, il parait superflu de démontrer
que M. Sax est pauvre, et qu'il n'a point profité de ses brevets.
Cependant on affirme, dans une note qui nous a été distribuée, qu'il
a fait des bénéfices considérables par les dommages-intérêts prononcés
et par sa propre fabrication. On a répondu par une note contraire, que
les bénéfices allégués n'existaient pas ; et, en effet, Sax, d'après les
informations les plus précises, les plus désintéressées, les plus sérieuses,
ne possède rien. Il est vrai qu'il a reçu dans une transaction, en argent
ou valeurs, une somme de 505,000 fr. Mais cette somme ne constitue
pas un bénéfice ; elle a servi à le faire réhabiliter.
Nous nous excusons d'entrer daus ces détails, qui sont peut-être
indignes des hautes appréciations de la Chambre ; nous nous bornons à
constater que le brevet de Sax relatif au saxotromba a été paralysé
dans ses mains par les innombrables procès qui lui ont été suscités, et
qui ont déterminé sa faillite. 11 est donc équitable et juste de lui donner,
par une prolongation, le profit qui lui était dû et qu'il aurait recueilli
sans les circonstances exceptionnelles que nous avons énumérées. C'est
ce qu'a pensé la majorité de votre commission.
La prolongation du brevet relatif au saxophone est fondée sur un autre
motif non moins sérieux. Attaqué dans le principe, ce brevet n'a pas
tardé à être respecté, mais il n'a pu être pratiqué. L'instrument est si
nouveau qu'il n'y a pas d'ouvriers pour le fabriquer et d'artistes pour le
jouer. Il a fallu donner à M. Sax une chaire au Conservatoire, et, grâce
à ses leçons, quelques élèves se sont formés dans ces dernières années.
Mais le personnel manque encore, et cette circonstance exceptionnelle a
empêche M. Sax de profiter de son brevet. Du reste, l'opinion qui s'est
formulée dans la commission contre le saxotromba a paru accepter la
prolongation pour le saxophone, à cause de la nouveauté absolue de
cet instrument et de l'emploi si restreint qui en a été la conséquence.
Il convient de dire un mot d'un document qui a son importance. Le
comité consultatif des arts et manufactures a donné un avis défavorable
à la demande de Sax. En lisant attentivement ce document, on voit sans
peine que le comité s'est placé en dehors et au-dessus de la question.
1,'avis est rédigé dans un esprit doctrinal et systématique ; il exprime
les répugnances et les inconvénients que suscitent les prolongations de
brevets qui sont des dérogations à la loi, mais il ne discute pas le fond
de la question, c'est-à-dire, la nouveauté de l'invention et la stérilité du
brevet par des circonstances exceptionnelles.
Dans la question du docteur Boucherie, résolue favorablement par la
Chambre, le comité avait été défavorable à l'inventeur.
Contre ce document on nous en a soumis un autre qui mérite l'attention
spéciale de la Chambre.
Après la demande en prolongation de Sax, sept facteurs, les anciens
adversaires de Sax, lui ont écrit. Ils donnent une adhésion complète à
la prolongation.
Certes, au premier abord, ces lettres apparaissent comme l'hommage
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
le plus louable et le plus éclatant rendu au mérite et aux malheurs de
Sax.
On a prétendu pourtant que les signataires de ces lettres avaient ob-
tenu des licences de M. Sax, et que par conséquent ils étaient Intéressés
au droit privatif. M. Sax a répondu qu'il avait donné des licences aux
mômes conditions à tous ceux qui en avaient demandé, et qu'il en ac-
corderait à tous ceux qui en demanderaient.
Les conditions faites aux porteurs de licence sont modérées. Après une
étude approfondie de la question, après avoir écouté avec soin les argu-
ments et les intérêts contraires, il a paru à la majorité de votre com-
mission que M. Sax réunisssait les deux conditions d'une prolongation
de brevet, qu'il était un inventeur important et un inventeur malheu-
reux. En conséquence, votre commission, à la majorité de cinq voix con-
tre deux, vous propose l'adoption du projet de loi.
PROJET DE LOI.
Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés, en 1845 et 1846,
au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique.
Article unique. — La durée des brevets d'invention délivrés au sieur
Antoine-Joseph Sax, dit Adolphe Sax, les 13 octobre 1845 et 21 mars 1866,
le premier pour le saxotromba, le second pour le saxophone, est pro-
longée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe annuelle fixée par
l'art. 4 de la loi du 5 juillet 1844 .
LOI
Portant prolongation de la durée de deux brevets d'invention délivrés en
1845 et 1846 à M. Sax, pour les instruments dits saxotromba et saxo-
phone.
Du 1er août 1860.
NAPOLÉON, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur
des Français, à tous présents et à venir, salut.
Avons sanctionné et sanctionnons, promulgué et promulguons ce qui
suit:
LOT.
Extrait du procès-verbal du Corps législatif.
Le Ccrps législatif a adopté le projet de loi dont la teneur suit:
Art. 1". — La durée du brevet d'invention délivré au sieur Antoine-
Joseph Sax, dit Adolphe Sax, ie 13 octobre 1845, pour l'instrument dit
saxutrumba, est prolongée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe
annuelle fixée par l'article 4 de la loi du 5 juillet 1844.
Art. 2. — Est également prolongée de cinq ans, et sous la même con-
dition, la durée du brevet d'invention délivré au sieur Sax, le 21 mars
1846, pour l'instrument dit saxophone.
Délibéré en séance publique, à Paris, le 20 juillet 1860.
Le président,
Signé : Comte de Mornï.
Les secrétaires,
Signé : Comte Lodis de Cambacérès, comte Léopold Le Hon,
comte Joacuim Mcrat.
Extrait du procès-verbal du Sénat.
Le Sénat ne s'oppose pas à la promulgation de la loi ayant pour objet
do prolonger la durée de deux brevets accordés en 1845 et en 1846 à
M. Sax, fabricant d'instruments de musique.
Délibéré et voté en séance, au palais du Sénat, le 24 juillet 1860.
Le président, Les secrétaires,
Signé : Troplong. Signé: A. Laity, comte de Grossolles-Flamarens,
baron T. de Lacrosse.
Vu et scellé du sceau du Sénat,
Le sénateur secrétaire,
Signé : Baron T. de Lacrosse.
Mandons et ordonnons que les présentes, revêtues du sceau de l'État
et insérées au Bulletin des lois, soient adressées aux Cours, aux tribu-
naux et aux autorités administratives, pour qu'ils les inscrivent sur
leurs registres, les observent et les fassent observer, et notre ministre
secrétaire d'Etat au département de la justice est chargé d'en surveiller
la publication.
Fait au palais de Saint-Cloud, le 1°' août 1860.
. Signé : NAPOLÉON.
Vu et scellé du grand sceau.
Le garde des sceaux, ministre Par l'Empereur :
secrétaire d'Etat au département de la justice, Le ministre d'État,
Signé : DelanGle. Signé : Acuille Fould.
REVUE DES THÉÂTRES.
Théâtre-Français : Débuts de Guichard et de Mlle Ponsin. —
Odéon : Débuis de Mlle Karoly et de M. Dubarry. — Gymnase :
le Voyage de M. Perrichon, comédie en quatre actes, par MM. E.
Labiche et E. Martin.— Variétés : Une chasse à Saint-Germain,
vaudeville en deux actes, par MM. R. Deslandes et Moreau ; Joseph
Prudhomme, chef de brigands, vaudeville en trois actes, par
H. Monnier ; reprises de Madame et monsieur Pinchon et
(Y Une fille terrible.— Palais-Royal: Un jeune homme en loca-
tion, vaudeville de MM. H. Lefebvre et Dubruel. — Porte-Saint-
Martin : le Pied de mouton, féerie-ballet-revue en vingt et un
tableaux, par MM. H. Cogniard et H. Crémieux.
Les débuts continuent à la Comédie-Française et à l'Odéon. Il y a
longtemps que la tragédie ne s'est trouvée à pareille fête ; c'est à
faire croire qu'elle est ressucitée. Cette illusion est due à la manière
brillante avec laquelle Guichard a interprété certaines parties du rôle
d'Oreste, dans ï'Andromaque de Racine, ainsi qu'un grand bruit qui
s'est fait à l'occasion du début d'une demoiselle Karoly, dans Camille
d'Horace. En réalité, nous croyons que Guichard, artiste soigneux et
convaincu, finira par conquérir une place honorable dans le répertoire
du Théâtre-Français, et que Mlle Karoly, si elle ne se laisse pas
aveugler par un triomphe factice et si elle se corrige des exagérations
qui déparent son jeu, comptera bientôt au nombre des bons comédiens
de l'Odéon. Dans Andromaque, Mlle Devoyod, chargée du rôle d'Her-
mione, s'est fait très -légitimement applaudir à côté de Guichard;
dans Horace, un jeune homme du nom de Dubarry a fait preuve de
qualités sérieuses et qui ont droit à des encouragements. Pour clore
cette chronique des débuts annuels, constatons que Mlle Ponsin, pre-
mier prix du Conservatoire, qui s'est montrée d'abord dans Y Ecole
des vieillards, a obtenu un succès bien marqué dans le Jeu de l'amour
et du hasard.
— Le Gymnase a joué, sous le titre du Voyage de M. Perrichon,
une pièce en quaLre actes, qui, pour la forme, ressemble singulièrement
à un vaudeville sanscouplets, mais qui, pour le fond, renferme une idée de
bonne et joyeuse comédie. Les auteurs, MM. Labiche et Edouard Mar-
tin, ont mis en évidence cette vérité que, pour obtenir les bonnes
grâces d'un bourgeois vaniteux, un service rendu est bien moins
efficace qu'un service reçu. Témoin M. Perrichon qui, dans un voyage
en Suisse, a été retiré d'un précipice par M. Armand, et qui, à son
tour, a sauvé M. Daniel d'un danger à peu près identique. Vous
croyez peut-être que ce brave Perrichon, guidé par un sentiment de
reconnaissance, que bien des gens trouveraient naturel, va se prendre
d'une belle amitié pour M. Armand, et lui octroyer d'emblée la main
de sa fille Henriette, que celui-ci convoite? Pas du tout; l'amour-pro-
pre froissé du bourgeois ne se paie pas de cette monnaie ; l'obligation
qu'il a contractée envers M. Armand lui devient odieuse, et il s'ac-
commode bien mieux du rôle d'obligé que M. Daniel a pris vis-à-vis
de lui. Une fois ce caractère tracé, les maladresses de M. Armand
achèvent de le ruiner dans l'esprit du père d'Henriette, tandis que
M. Daniel, mieux avisé, exploite son orgueil, et deviendrait à coup sûr
son gendre, sans une circonstance fortuite qui dévoile sa ruse, et fait
regagner à son rival tout le terrain perdu. Ce thème, beaucoup moius
paradoxal qu'il en a l'air de prime abord, est développé avec une
verve, une franchise, une rondeur, qui font du Voyage de M. Perri-
chon une odyssée des plus amusantes. Le type principal convient
merveilleusement au talent de Geoffroy, qui y retrouvera son succès
du Bourgeois de. Paris.
— Depuis que la Fille du Diable a disparu de l'affiche des Va-
riétés, deux nouveautés et deux reprises ont succédé à cette féerie
centenaire, mais n'ont pas hérité du secret de ses receltes. Une
chasse à Saint-Germain, c'est l'histoire drolatique d'un peintre qui,
à la veille de se marier, se voit en butte aux poursuites de trois an-
ciennes maîtresses, et n'échappe aux conséquences de cet hallali com-
DE FA IIIS.
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promenant qu'en les faisant passer, aux yeux de sa future, pour les
Dulcinées de trois Don Quichotte de ses amis. Joseph Prudhomme,
chef de brigands, est une pièce en trois actes dont les prétentions,
bien autrement élevées que celles du vaudeville précédent, ne sont
cependant guère mieux justifiées. La création de Joseph Prudhomme,
l'illustre élève de Brard et Saint-Omer, l'expert assermenté près les
cours et tribunaux, appartient de vieille date à Henri Monnier, qui,
après en avoir crayonné l'originale physionomie, l'a promenée pen-
dant trente ans en sa personne, sur toutes nos scènes parisiennes.
Certes, la caricature et le théâtre ont inventé peu de types aussi com-
plets, aussi bien réussis que celui-là, mais il a eu son temps, et, à
force de se prodiguer, il a terriblement blasé le public sur son compte.
C'est ce qui explique Tassez triste accueil que l'on a fait à sa nou-
velle et dernière incarnation en chef de brigands, quoiqu'il y ait de
bonnes choses dans celle bouffonnerie, et qu'Henri Monnier y soit
fort plaisant, dans l'acte surtout où il cherche à ramener ses affreux
bandits italiens dans le sentier de la vertu.
On a revu avec plaisir, au même théâtre, Madame et Monsieur
Pinchon, ancien vaudeville rajeuni par Charles Potier et par Mlle Lu-
cile Durand, ainsi qu' Une fille terrible, autre joli vaudeville qu'on a
repris pour les débuts de Mlle Leblanc.
— Au Palais -Royal, un quiproquo résultant de l'usage, vrai ou
supposé, de louer des danseurs pour un bal, comme on loue des ban-
quettes, a fourni à MM. H. Lefèvre et Dubruel quelques scènes spiri-
tuelles, rassemblées sous le titre d' Un jeune homme en location.
— Dans ce moment, on ne joue au boulevard que des reprises, et
c'est partout une véritable pluie d'argent. A voir tous ces vieux titres
qui s'étalent pompeusement au frontispice des théâtres, depuis la
Porte-Saint-Martin jusqu'à la Bastille, on se demande avec inquiétude
ce que deviendra le métier d'auteur dramatique, si cela continue.
Heureusement que cette manie d'exhibitions rétrospectives est plus
apparente que réelle ; ainsi, c'est bien le Pied de mouton qu'on
applaudit chaque soir sur la scène de la Porte-Saint-Martin ; mais
c'est moins le Pied de mouton de Martainville que celui de MM. Co-
gniard et H. Crémieux. Martainville aurait peine, en elfet, à reconnaître
son œuvre, à travers les douze tableaux qui y ont été ajoutés et qui
n'ont pour ainsi dire conservé de l'ancienne pièce que les noms si
connus des personnages, Guzman, ISigaudinos, Lazarille. Il y a loin
des trucs vieillis, des décorations mesquines, du spectacle indigent,
qui, pendant près de quarante ans, ont suffisamment protégé cet essai
précurseur de nos grandes féeries modernes, aux magnificences de
mise en scène que M. Fournier a déployées dans cette nouvelle édition
considérablement revue et augmentée. Tout un corps de ballet a été
amené à grands frais d'Angleterre pour nous fournir un échantillon
des grâces et des séductions de Covent-Garden. Des danseuses fran-
çaises ou italiennes, parmi lesquelles brillent au premier rang
Mmes Carlotta de Vecehi et Magny, ont été adjointes à cet essaim de
beautés britanniques. Le Vaudeville a prêté un de ses bons comiques,
Parade, pour jouer Nigaudinos ; Laurent s'est surpassé dans le rôle
de Lazarille ; Mlles Nelly, Céline Montalant, Daudoird, se sont partagé
les autres personnages de quelque importance et y ont fait assaut
de malice et de gentillesse ; enfin le décorateur et le machiniste ont
reculé les bornes du possible dans les tableaux de la fontaine mer-
veilleuse et de l'apothéose finale. Semblable à Guzman, M. Marc
Fournier, en accomplissant tous ces prodiges, a sans doute voulu prou-
ver qu'il ne connaissait pas d'obstacles, et le public lui donne raison
par ses bravos et par son affiuence.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi Sémiramis avec les
sœurs Marçhisio. Mercredi, Pierre de Médiats a reparu sur l'affiche. —
La reprise daProphêle, retardée par l'indisposition de JimeTedesco, aura
lieu prochainement.— On prépare une reprise deGuitluume Tell; Mlle Car-
lotta Marçhisio chantera le rôle de Mathilde, dans lequel on rétablira
l'air et la scène qu'on avait cessé de chanter depuis la réduction en
trois actes du chef-d'œuvre de Rossini. — Le ballet composé par Mlle Ta-
glioni pour Mlle Emma Livry sera représenté du 15 au 23 octobre. La
jeune artiste le répète avec activité sous les yeux de la célèbre dan-
seuse ; on dit merveille des principaux pas que doit exécuter Mlle Livry
dans la nouvelle oeuvre chorégraphique ; on cite entre autres une ma-
zurka, au premier tableau; la valse des rayons, au deuxième, un pas
noble avec Mérante, et enfin un pas final de la plus grande originalité.
*** La reprise du Pardon de Ploërmel ne pouvait se faire longtemps
attendre à l'Opéra-Comique. Elle est donc annoncée pour le mois pro-
chain ; mais M. Beaumont a eu l'heureuse idée de faire jouer le rôle
d'IIoel par Mlle Wertheimber, qui a su si bien s'assimiler celui de Pig-
malion, écrit pour une basse-taille, et qui, par la nature de son organe
et de son talent dramatique, est dans les plus belles conditions pour en
faire ressortir toutes les beautés. La jeune artiste a donc été engagée à
cet effet. Mlle Monrose chantera le rôle de Dinorah, qu'elle sait parfai-
tement. Meyerbeer et MM. Carré et Barbier ont complètement approuvé
cette nouvelle distribution.
*** Les répétitions de l'opéra en trois actes de Scribe et J. Offenbaeh
se poursuivent activement La direction prépare pour la musique nou-
velle de l'auteur de tant d'oeuvres devenues populaires, des décorations
et une mise en scène splendides.
*% La prochaine saison du théâtre Italien s'annonce de la façon la
plus brillante. Le bureau de location est littéralement envahi, et Uon
compte déjà parmi les abonnés les plus grands noms de la noblesse et
de la finance.
,,% Le théâtre Lyrique annonce pour la semaine prochaine la pre-
mière représentation du Val d'Andorre. La reprise de cet ouvrage, im-
portante à tous égards, est l'objet des soins les plus assidus. De nouveaux
engagements ont été contractés; ainsi, outre Battaille, qui était inimita-
ble dans le rôle du chevrier, nous verrons reparaître Mme Meillet, spé-
cialement engagée, et M. Monjauze, dans les rôles de Rose-de-Mai et du
chasseur Stephan. M. Meillet se présentera dans le personnage de Le-
joyeux et M. Fromant dans celui de Saturnin. Mlle Roziès continuera
les heureux débuts qu'elle vient de faire dans les Dragons de Yillars,
de A. Maillart, dans le rôle de Georgette. Le rôle de la fermière Thé-
rèse sera rempli par une débutante, Mme Zevaco, à laquelle on ac-
corde un précieux talent dans un emploi devenu très-rare aujourd'hui,
celui des jeunes mères. — On vient de mettre à l'étude un opéra en un
acte de Théodore Barrière et Carré, dont M. Léo Delibes a écrit la mu-
sique.— Les répétitions de l'opéra de Maillart, les Pécheurs de Catane, se
poursuivent activement.
„% Les Dragons de Villars ont été donnés quatre fois cette semaine.
Mmelloziès continue à être très -applaudie dans le rôle de Rose Friquet.
Les exigences du répertoire ont obligé la direction â apporter quelques
changements dans la distribution. Delaunay-Riquier a pris possession
du rôle de Sylvain et Lesage a remplacé Grillon dans le personnage de
Bellamy. — Les Valets de Gascogne font toujours grand plaisir. La charmante
partition de M. Alfred Dufresne gagne chaque soir dans la faveur du pu-
blic.
„,*„, Un différend regrettable vient de surgir entre la direction du
théâtre Lyrique et l'auteur du Sclam et de Maître Wolfram. M. E. Reyer
a écrit, sur un poëme de MM. Michel Carré et Jules Barbier, une parti-
tion en trois actes qui, aux termes d'un traité passé entre les auteurs
et M. Carvalho, alors directeur du théâtre Lyrique, devait être exécutée
à la réouverture du théâtre. C'était là le délai de rigueur. Lorsque
M. Réty prit la succession de M. Carvalho, il pria M. Reyer de vouloir
bien ajourner au mois de décembre la représentation de son ouvrage.
M. Reyer et ses collaborateurs y consentirent. Aujourd'hui, par suite de
nouvelles combinaisons, de nouveaux engagements qu'il ne nous appar-
tient pas de discuter ni d'apprécier, M. Réty se trouverait dans la néces-
sité de renvoyer l'ouvrage de M. Réyer à une époque indéterminée. Les
auteurs se refusent à accepter ce délai, dont la date leur paraît un peu
trop incertaine. L'affaire va donc être portée devant un tribunal com-
pétent, à moins que la commission des auteurs n'intervienne en faveur
de M. Reyer et de ses collaborateurs. Un dédit, si élevé qu'en soit le
chiffre, n'indemnise jamais un compositeur du silence auquel il est
condamné, surtout lorsqu'il a produit une œuvre soigneusement et
longuement élaborée, sur le succès de laquelle il a quelque raison de
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
compter. Espérons, pour les auteurs, comme pour le théâtre Lyrique,
que cette affaire s'arrangera à l'amiable, à la satisfaction des parties
intéressées et du public.
t% Mme Marie Cabel est attendue à Saint-Etienne, où elle doit donner
une série de représentations.
„*t Mlle Masson, dont nous avions mentionné le succès à Bade, au
grand concert du 8 septembre, vient d'être engagée au théâtre de la
Pergola pour y créer spécialement le rôle de Fidès, d'il Profela.
„% M. Auguste Morel, directeur du Conservatoire impérial de musique
de Marseille, vient d'être décoré par S. M. l'Empereur ; M. Léopold
A mat a été honoré de la même distinction.
,„% M. Iîegli, rédacteur en chef du journal II Pirata, a publié, par
ordre alphabétique, les biographies des artistes et des poètes qui de-
.puis le commencement du siècle ont figuré sur les théâtres de l'Italie.
t*t On lit dans la Gazette de Cologne : « Aux nombreuses fêtes germa-
niques de cette année, la ville de Liège va ajouter un festival, auquel
sont invitées les Sociétés de chant de la Belgique, de l'Allemagne, de la
France et de la Hollande. Cette solennité acquiert d'autant plus d'im-
portance, qu'elle aura lieu à l'occasion de la présence du roi des Belges
dans cette ville et fournira aux quatr* peuples l'occasion de se livrer un
paisible combat, et de manifester, sous les yeux de ce souverain aimé,
leur bonne intelligence. En outre, ce sera pour les Allemands l'occasion
de soutenir leur ancienne réputation de chanteurs. Nous souhaitons que
les Sociétés allemandes prennent part en grand nombre à ce festival,
qui aura lieu les 14 et 15 octobre. »
x** Le monument de Weber, par Rietschel, doit être inauguré a
Dresde, dans les derniers jours de septembre; il a été érigé sur la place
derrière le théâtre.
*** Le comité d'administration de la Société de Sainte-Cécile de Bor-
deaux vient de publier le programme de son concours de composition
musicale (opéra-comique). En voici le texte: « Art. 1er. La pièce
en un acte, couronnée par la Société de Sainte-Cécile, Une aventure sous
la Ligue, par MM. de Bruge et Montcavrel, est proposée comme sujet de
concours aux compositeurs de musique. — Art. 2. Cette pièce, impri-
mée par les soins de la Société et à ses frais, est tenue à la disposition
des compositeurs qui en feront la demande, directement ou par écrit,
à M. le vice-président de la Société de Sainte-Cécile, place Puy-Paulin, \,
à Bordeaux, ou à M. Elwart, professeur au Conservatoire, rue Laffitte,
43, à Paris. Néanmoins, pour prévenir tout abus, la remise du livret ne
sera faite que moyennant une redevance de cinq francs au profit de la
caisse de secours de la Société. — Art. 3. Il ne devra être fait au livret,
en vue du concours, aucun changement par le musicien. Seulement, le
prix une fois décerné, les auteurs des paroles et le musicien couronné
pourront s'entendre pour apporter à leur œuvre commune telles modifi-
cations qu'ils jugeront convenables, à la condition formelle qu'elles
seront agréées par le comité d'administration de la Société. — Art. 4. Les
auteurs du poème couronné restent propriétaires de leur œuvre. En
conséquence, les compositeurs qui auront pris part au concours sans
obtenir le prix, n'auront aucun droit de publier ou de faire représenter
l'opéra résultant de cette collaboration ; ils pourront seulement disposer
comme ils l'entendront de la musique par eux composée. — Art S. Le
délai accordé aux concurrents est de six mois, à partir du 1" septembre.
Le concours sera clos le 1er mars 1861. — Art. 6. Le prix à décerner est
de mille francs, offerts à la Société par la ville de Bordeaux, en vue du
présent concours. — Art. 7. La Société prend, en outre, l'engagement
de faire représenter, dans les meilleures conditions d'exécution et de
mise en scène qui lui seront possibles, l'opéra couronné sur la scène du
Grand-Théâtre de Bordeaux, et d'en obtenir l'admission et la mise a
l'étude dès que le prix aura été décerné au musicien. — Art. S. Un prix
unique sera décerné. Dans aucun cas, il ne pourra être accordé par le
jury d'autres prix, récompenses ou mentions. — Art. 9. Les partitions
devront être adressées, sous un pli cacheté et franco, à M. le secrétaire
général de la Société de Sainte-Cécile, cours du Jardin-Public, 64. Les plis
cachetés devront porter en suscription une épigraphe qui sera reproduite
sur la partition. — Art. 10. Les manuscrits ne seront communiqués
qu'aux membres du jury, et le comité de Sainte-Cécile se porte fort de
leur entière discrétion. — Art. 11. Toutes les partitions autres que celle
qui aura été couronnée seront tenues à la disposition de leurs auteurs.
Celles qui ne seront pas retirées resteront secrètes dans les archives de
la Société. Les plis cachetés seront restitués en même temps que les par-
titions. Les auteurs devront seulement justifier, par la production de
l'épigraphe, de leur droit de propriété sur l'œuvre. — Art. 12. La Société
ne prétend â aucune part dans les droits d'auteur ; elle se réserve seu-
lement la première représentation dp l'opéra couronné en faveur de
ses pauvres. »
*** La clôture annuelle des Concerts-Musard est fixée au 30 septem-
bre. Le public dilettante profite des quelques belles soirées que uous
avons encore pour se rendre chaque jour dans ce jardin, le mieux fré-
quenté de Paris.
CHRONIQUE DEPARTEMENTALE.
*** Boulogne-sur-Mer, 20 septembre. — La soirée musicale donnée à
l'établissementdes Bains par Bazziniet MmcSanchioli avait attiré un public
nombreux et connaisseur. Mme Sauehioli a enchanté et surpris l'auditoire
par sa voix sympathique, autant que par sa méthode excellente ; aussi,
les applaudissements unanimes ne lui ont pas manqué. Bazzini, dont la
renommée est si bien établie dans cette ville, n'a pas été moins heu-
reux : l'expression de son jeu a produit des effets irrésistibles. Les
deux célèbres artistes s'étaient adjoint l'habile pianiste et professeur,
MlleGuilmant, ainsi que son frère Alexandre, jeune organiste composi-
teur d'un brillant avenir. La sœur et le frère se sont distingués dans un
duo pour harmonium et piano ; ce dernier instrument, l'un des meilleurs
qui soient sortis des ateliers Erard, a été expressément envoyé pour les
concerts de l'établissement des Bains.
„*„, Nantes. — Les débuts de la troupe d'opéra ont eu lieu dans Ro-
bert le Diable. Mile Léontine Desterbecq, qui paraissait pour la première
fois dans le rôle d'Alice, a obtenu un véritable triomphe; M. Warnots
(Kaimbautj et M. Bertrand (Robert) ont très-bien secondé la débu-
tante.
t*t Trouville, 20 septembre. — Notre plage n'oubliera pas le nom de
l'habile pianiste D. Zompi, qui vient d'exécuter avec beaucoup de succès
plusieurs œuvres de sa composition au Casino, ainsi qu'au théâtre.
»* t Bordeaux. — M. Mirapelli a fait ses deux premiers débuts dans
la Juive et les Huguenots. Malgré les qualités incontestables qui ont placé
depuis plusieurs années ce jeune artiste au rang de nos meilleurs ténors
de la province, M. Mirapelli a dû se retirer devant l'opposition qui s'est .
manifestée dans le courant delà représentation. Mlle Charry a obtenu
de véritables ovations dans le rôle de Valentine. M. Dulaurens, s'est
fait applaudir dans Guillaume Tell. Mme de Joly vient de faire une l'en-
trée triomphale dans la Sirène, en compagnie de M. Puget, dont les re-
présentations sont très-suivies.
*** Nice. — Il y aura cet hiver, comme les années précédentes, opéra
italien ; parmi les artistes engagés on cite Mme Giulia Sanchioli.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
t*x Bade. — La nouvelle comédie de Méry, les Deux théâtres, a été
représentée le 15. et le 17 septembre aux grands applaudissements de
l'aristocratique auditoire invité à la juger.— Le 18, a eu lieu une fête de
bienfaisance au profit des chrétiens de Syrie. Le programme avait été
composé de façon à piquer vivement la curiosité ; un proverbe inédit
de M. le comte d'Osmond : La voiture de Madame est avancée, in-
terprété par Bressant, Sainte-Foy, Augustine Brohan et Lemaire, du
théâtre de Strasbourg, et une. ouverture, annoncée sous le titre de : Sou-
venir du Volksgarten (jardin du Peuple), devaient montrer le talent du noble
comte sous deux aspects. La tentative lui a fort réussi et Ton a re-
connu dans ces deux œuvres différentes un véritable talent d'écrivain
et de compositeur. — Sivori, dans un morceau solo et dans un duo
pour violon e.t piano avec Mme Bosa Kastner-Escudier, a, suivant son
habitude, soulevé d'enthousiastes bravos. L'orchestre a magistralement
exécuté les ouvertures du Freischutz, de Weber, et de la Grotte de Fin-
gai, de Mendelssohn. La recette s'est élevée â 6,000 fr. — Nous attendons
maintenant l'opéra- comique en un acte, la Comète de Cassini, de
Méry et Cormon, musique de Vivier. Les interprètes sont à Bade ; le
célèbre corniste lui-même est arrivé, et les répétitions vont commencer
dans quelques jours.
„** Bruxelles. — Nous pouvons aujourd'hui nous prononcer sur
Mme Litschner ; après les trois débuts d'usage , le public , qui avait
écouté attentivement la cantatrice pendant ses deux premières épreuves,
s'est prononcé contre son admission. Mlle Litschner possède cependant
de bonnes qualités, elle a de la voix, atteint facilement les registres
élevés et sait vocaliser ; mais l'art des nuances lui manque. — L'événe-
ment capital de la saison est l'apparition de notre nouveau ténor, M. Jour-
dan , qui a conquis du premier coup tous les suffrages. Après avoir
chanté le rôle de Lorédan dans Haydée, il a fait son second début dans
les Mousquetaires de la Reine, aux applaudissements de tous. M. Bataille,
basse chantante, a fait ses débuts dans Haxjdee et dans Saint Bris, des Hu-
guenots.— On a repris dimanche le Domino noir avec Jourdan et Mme Bou-
lart. Il y avait longtemps que cette charmante partition n'avait été aussi
bien exécutée.
„% Tournai. — A l'occasion des fêtes de cette ville, M. Wicart, pre-
mier ténor du théâtre de la Monnaie , a donné un grand concert dans
le salon delà reine; M. Wicart, secondé par M. d'Angles et Mlle Bru-
netti, a été fort applaudi.
DE PARIS.
339
,*„, Londres. — RI. Talexy vient de louer le théâtre bijou ou plutôt
l'a salle de concert du théâtre de Sa Majesté, pour y continuer ses re-
présentations de comédie française. L'ouverture est fixée aux premiers
jours de novembre.
3,% Manchester. — La troupe composée par Beale, le célèbre imprésa-
rio anglais, dont nous avons annoncé la formation, est en ce moment
dans notre ville, où elle obtient les succès les plus brillants. Mme Borghi-
Mamo a été rappelée, bissée, acclamée, et la représentation du lia été
pour la prima' donna à la mode une véritable fête. M VI. Valsovain, Via-
letli et Giuglini ont vaillamment secondé la cantatrice. — Giuglini et
Mlle Titjens sont engagés extraordinairement à Londres pour le mois pro-
chain; mais auparavant les deux célèbres artistes se feront entendre au
festival de Norwich, qui aura lieu vers la fin de ce mois. Leur engage-
ment a été conclu aux plus brillantes conditions.
„;*„ Vienne. — ■ La reprise de Y Etoile du Nord avait, attiré une affluence
extraordinaire au théâtre de la Cour. M. Beck (Peters), et Mlle YVildauer
(Catherine), se sont partagé les honneurs de la soirée. M. Eckert, ex-
directeur de cet établissement, écrit en ce moment un opéra nouveau,
le Prince d'Orange.
„(►. Berlin. — Rleyerbeer est de retour en cette ville. — Mme Rlio-
lan-Carvalho a fait ses débuts au théâtre Royal dans le Barbier de
Séville. Ce début a été un véritable triomphe. Les variations du Car-
naval de Venise, intercalées dans la leçon de chant, ont été bissées.
Pour se conformer à l'usage- qui veut qu'en Allemagne on ajoute
au Barbier un rondo final, Rime Carvalho a chanté les couplets de l'Abeille
de la Reine Topaze ; l'effet a été magique. La charmante cantatrice est
attendue à Paris pour le commencement d'octobre — Rime Cash, qui a
été attachée pendant quelque temps au théâtre royal de Hanovre, a dé-
buté avec succès dans les Huguenots, où elle a chanté le rôle si drama-
tique de Valentine. La salle Kroll a fait sa clôture avec Zampa. Les re-
présentations de la troupe Merelli commenceront le "27 septembre par
Sèmiramis, de Rossini.
t\ Cologne. — Le 16 septembre, la troupe italienne de Merelli nous
a fait ses adieux par une excellente représentation de Aro>-ma. Le public,
qui était très nombreux, a donné aux acteurs, à différentes reprises,
d'éclatants témoignages de satisfaction. A la fin du spectacle, Mme Tre-
belli a chanté un air de l'Italiana inAlgieri, qui a eu le plus grand succès.
,% Leipzig. — Robert le Diable, qui, au grand regret du public, avait
disparu depuis quelque temps du répertoire, va faire sa réapparition avec
des décors et des costumes entièrement, neufs.
»
„% Rotterdam. — La question du théâtre National et de l'Opéra alle-
mand vient d'être décidée : les actionnaires ont réuni tSO.OOO florins et
ont nommé une commission administrative composée de notables de la
ville. On s'occupe de la formation d'une troupe d'Opéra allemand qui
ne puisse rien laisser à désirer sous le rapport de la valeur artistique.
La célèbre basse Cari Formés en ferait partie.
4*4 Breslau. — Pour l'anniversaire séculaire de la mort de Cherubini
le théâtre de la ville a donné les Deux journées, opéra qui, dès son appa-
rition, obtint un succès d'enthousiasme en Allemagne, où il s'est con-
servé constamment au répertoire. — Rille Margaritha Zirndorfer, qui a
obtenu de grands succès à Riga, à Francfort, et tout dernièrement à
Wiesbaden en chantant avec le ténor Niemann, vient d'être engagée par
la direction du théâtre de la ville, qui fonde les plus légitimes espéran-
ces sur le talent de cette jeune et charmante cantatrice.
*% Upsala.^- Au moment où Jenny Liftd, qui avait séjourné quelque
temps parmi nous, venait de s'embarquer pour Stockholm, un certain
nombre d'étudiants lui donnait une sérénade à bord d'une embarca-
tion. Au moment du départ, les trop enthousiastes admirateurs de la
célèbre cantatrice se portèrent brusquement à la partie antérieure du
bateau, qui chavira. Ce bain involontaire ne refroidit nullement l'enthou-
siasme des étudiants, qui se cramponnèrent à la coque de l'embarcation
et continuèrent à chanter : un des chanteurs qui n'avait pu tr»uver place
sur la barque accompagnait en nageant. Sur l'avertissement du capitaine
du steamer, les jeunes gens se décidèrent enfin à regagner la côte, après
un hurrâh formidable neuf fois répété.
g% Florence. — RI. Lanari vient d'obtenir l'entreprise du théâtre de la
Pergola.
„.% Saint-Pétersbourg. — Le théâtre Marie (l'ancien Cirque) ouvrira
le 23 septembre :■ on ne sait pas encore si c'est l'opéra national ou
l'opéra italien qui doit l'occuper. Quoi qu'il en soit,- c'est la plus élégante
et la plus riche salle de spectacle que nous ayons et la seule qui soit
éclairée au gaz.
AVIS à MSI. les membres de la Société des auteurs, compositeurs
et éditeurs de musique. Plusieurs membres de cette association onl
pensé qu'il élait opportun de demander d'urgence à son syndicat la
convocation d'une assemblée générale et spéciale, en conformité du
§ III de l'art. 24 des statuts sociaux. Une lettre se signe en ce mo-
ment à cet effet dans les bureaux de la Gazelle musicale, boulevard
des Italiens, n° 1, où elle sera communiquée h MM. les sociétaires qui
désireraient en prendre connaissance. Mais attendu l'urgence, elle
devra être close le mardi 25 à cinq heures du soir.
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Muits «le «fuira — Victor Hugo.
IL» ville prise — —
finitare — —
Ballade — P. S. Nibelle.
Clair «1 1* lune — Victor Hugo.
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17 Abeille, mélodie, paroles de M. Victor de Laprade.
Rêverie, paroles de ***.
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Fantaisie de salon sur les motifs de l'Etoile «ira ftioriî, pour orgue.
Op. 32. — Ije Carnaval «le Venise,
Arrangé d'après Paganini et Ernst, pour violoncelle avec ace. de piano.
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PREMIERE SERIE
CHŒURS D'OPERAS
PrU
1. Auiiiii
2. —
h- De Flotow. H3artha
lie Iiac des Fées. .
SB nette île Portici.
Halévy .
Maillaut.
Meïeuueeh
Alceste
Armidc
Mie Œahab
Dragons de Villars
lies Huguenots. . .
I^e Prophète ....
Itolicrt le-DIaule .
Rossini. . . JLe Comte Ory . .
— Guillaume Tell .
lïohcrt ISrucc
Chœur des Etudiants
Chœur de la Chapelle
Amour sacré de la patrie .". . .
Mélodie irlandaise
Vivez, aimez
Les plaisirs ont choisi pour asile.
Couplets du tabac, avec solo . .
Prière: Soutien de l'innocent . .
Couplets des soldats huguenots .
Septuor du duel
Appel aux armes
Chœur des Buveurs
Chœur des Moines
Chœur et prière
Prière
Chœur de la Conjuration. . . .
Chœur des Chasseurs
Ciiasse et prière du soir ....
Prière
Chœur bachique avec solo . . .
1 >!■'.! MEME SERIE
CHŒURS DEVERS
1. An. Adam.. lies Boulangers 1
2. — lies Fondeurs 1
3. — lies Garçons de restaurant 1
[\ . — lies Horlogers 1
5. — lies Canotiers 1
6. — lies Postillons . 1
7. — L'Enclume 1
8. — lies Charpentiers 1
9. Beethoven . Chant des compagnons 1
10. — Chant élégiaqne l
11. — Hymne du sacrifice, avec solo 1
. lies Canotiers de Paris »
. Salut impérial, God save français »
Marche du Prince impérial »
Hymne national russe >
. lia Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor
Vseult l'impératrice »
lies Veilleurs de nuit »
. La Chasse au tigre »
lies Gondoliers vénitiens »
Cavallo
Elwaht
10. Labame
Chaque partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes net.
(Ces deux séries seront continuées.)
POUR PARAITRE PROCHAINEMENT
Mwsiqwe Se JPiuno
Souvenir à ma CBiiiianiièrc. — Douce ce» cric.
RIazurli.it.
■ .a Source,
Caprice arrangé pour le piano à quatre mains.
Constance,
Allegretto. — Op. 87
Vivacité,
Caprice-galop de concert. Op. 95.
Mon paradis,
Andante grazioso. — Op. 87.
Un Rêve,
Andante. — Op. 84.
BE1E FAVAROfiR
lies Huguenots,
Fantaisie. — Op. 44.
I/Escarpolelte,
Morceau de salon. — Op. 41.
Iffarllia,
Fantaisie. — Op. 4S
lie Comte Ory
Fantaisie. — Op. 43.
C«lil>an, grande valse tic yalon. Op. 42,
Impromptu. — Clnlr «le lnne. — Sanvenanec. —
Ballade. — Polka caractéristique. — Valse élégante.
Souvenir du Tjrol. — Op. 127.
i^hèdé mm&mM.'um
Une Chanson d'autrefois,
Arabesque. — Op. 87.
Lies Travestissements,
Gavotte variée. — Op. S6.
Inquiétude,
Andante. — Op. 95.
Itomance ,
Etude. — Op. 84.
Au nord tic la mer, barcarolle à quatre mains.— Op. 88
EL
Deuxième série des ÉCHOS DES OPÉRAS, fantaisies p. piano
1. Kot>eri-ic-Diai>ie Meyerbeer.
2. l,e Pardon de Ploërmel Meyerbeer.
3. Les Dragons de villars Maillart.
4. Martlsa De Flotow.
;». Stradclla ." De Flotow.
G. I.e Postillon de Lonjumoan Adam.
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ON S'ABONNE 1
Dans les Déportements et a. l'Étranger, chez
les Marchands de Musique, les Libraires, et
Bureaux des Messageries et des Posles.
I\° 40.
30 Septembre 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
Paris 24 fr. par an
Départements, Belgique et Suisse — 30 -» îd.
Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE NaySICALE
WM WikMIB*
--^xnn/xfv/WVVvv^ —
SOMMAIRE. — Histoire de la Société des concerts du Conservatoire impérial de
musique, de A. Elwart, par Paul Smith. — Revue critique, par Artolphc
Botte. — Biographie universelle des musiciens, par Fitls père. — Séance
de l'Académie royale de Bruxelles. — Nouvelles et annonces.
HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ DES COKCERTS
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE,
Par A.. ELWART.
Cette histoire a suivi de près celle du Conservatoire même, dont
nous nous occupions dernièrement. Les tieux livres sont venus à leur
tour, suivant l'ordre des temps : M. Lassabathie a engendré littérai-
rement M. Elwart, comme le Conservatoire a produit musicalement
la Société des concerts.
Il n'y a plus rien à dire sur cette seconde institution, si ce n'est
qu'on ne pouvait souhaiter une glorification plus haute et plus signi-
ficative des mérites de la première. Le Conservatoire a donné à la
France une école admirable, et la Société des concerts en a fourni
une preuve européenne. Qui ne sait, même par delà les monts et les
mers, qu'il existe chez nous une société d'artistes, sortis de la même
pépinière, habiles à comprendre et à exécuter, mieux que partout
ailleurs, les chefs-d'œuvre classiques ? Quel est l'étranger, ami de
l'art musical, qui, en arrivant à Paris, ne se hâte de venir frapper à
la porte du sanctuaire, où réside la célèbre Société? Hélas ! ce sanc-
tuaire n'est guère moins étroit que la maison de Socrate, et, plus
d'un étranger s'est vu réduit à s'en retourner, comme il était
venu !
C'est pourquoi le livre de M. Elwart s'adresse à deux sortes de
lecteurs, ceux qui ont l'heureux privilège d'assister plus ou moins
souvent aux séances de la Société des concerts, et ceux qui n'ont
jamais pu en franchir le seuil. Les uns, en parcourant cette longue
suite de programmes, pieusement recueillis par l'auteur depuis trenle-
deux ans, sentiront se réveiller de bien doux souvenirs ; ainsi le
fin gastronome retrouve encore des jouissances en relisant le menu de
ses festins passés! Les autres, mêlant les regrets à l'extase, laisseront
plus d'une fois échapper l'exclamation virgilienne : O fortunatos
niiniùm .' Ils feuilletteront l'ouvrage de M. Elwart et rêveront le
reste I
Pour nous, qui n'en sommes pas réduits à rêver seulement, nous
n'en regardons pas moins la collection des programmes comme la
partie essentielle de l'œuvre, dont ils remplissent presque la moitié.
Là en effet sont les véritables annales de la Société ; si l'on ignorait
encore pourquoi elle a été fondée, on le reconnaîtrait bien vite en
jetant un coup d'œil sur le résumé de ses travaux, en voyant de
quelle manière s'est réparti le chiffre des exécutions entre les maîtres
souverains de la symphonie: le père, le fils et le saint-esprit 1 Haydn
en a obtenu 58 ; Mozart 37, et Beethoven 230 ! Donc la Société a vécu
par Beethoven et pour Beethoven. Habeneck, son fondateur, ne son-
geait à autre chose qu'à bâtir une Église destinée au culte de Bee-
thoven et à la publication de son évangile. Il lui aurait dit volontiers,
comme Jésus à Pierre : « Tu es Pelrus et super hanc petram œdifi-
» cabo Ecclcsium meam. » Habeneck était un homme qui couvait
longtemps ses idées ; il en a tant mûri quelques-unes, qu'il lui est
arrivé de mourir avant leur éclosion. Par bonheur, il était encore
jeune lorsqu'il conçut le projet de la Société qui lui doit le jour.
Souvent il nous a raconté qu'alors, dans les occasions solennelles, de
toutes les œuvres du maître, on n'osait exécuter que l'andante de la
symphonie en la, en affublant cette sublime inspiration du titre assez
curieux de la Noce de village. Il nous a dit aussi comment, ayant in-
vité plusieurs bons musiciens de ses amis à venir déjeuner chez lui
pour faire de la musique ensuite, il leur proposa de changer l'ordre
et, pour plus de sûreté, de commencer par où l'on devait finir. Ce
déjeuner, transformé en dîner, lui coûta bien des flacons de son meil-
leur vin, mais en échange combien lui valut- il de gloire et de bonheur!
A compter de ce jour, Beethoven élait vengé : son règne allait com-
mencer en France. Désormais le nom d'Habeneck avait mérité de de-
venir inséparable du sien.
M. Elwart a bien fait de joindre la biographie du grand chef d'or-
chestre aux lettres qu'il écrivit sur le grand compositeur, lors, de
l'érection de sa slatue à Bonn, sa ville natale, en 1845. Il a bien fait
aussi de donner comme préambule à l'histoire de la Société des con-
certs une esquisse des concerts spirituels et autres qui l'ont précédée
ou suivie. Mais qu'il nous permette de le lui dire, parce que la cri-
tique ne perd jamais ses droits, pourquoi avant tout cela un précis
sur l'histoire générale de la musique? Et pourquoi pas un précis de
l'histoire de France? Le Conservatoire, la Société des concerts appar-
tiennent également à l'art et à la nation, que dis-je ? à l'histoire uni-
verselle. M. Elwart le sait, puisque son précis débute par ces mots :
« Écrire l'histoire de la musique, c'est aussi écrire celle du genre hu-
» main. » Mais ce serait un peu long, il faut savoir se borner. Pour
M. Elwart la suppression du précis eût été d'autant plus avantageuse
qu'elle eût retranché du même coup une liste de théoriciens mo-
3Z|2
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
dernes composée de la plus étrange sorte, et dans laquelle sont ac-
coup lés des noms dont le rapprochement seul est une hérésie.
Tandis que nous sommes en train, conseillons à l'auteur de corri-
ger, dans une seconde édition, quelques erreurs qui lui sont échap-
pées, comme, par exemple, lorsqu'il dit, dans une de ses annotations
au bas des programmes, qu'en 1793, année où Lesueur donna la Ca-
verne, Cherubini était fort du succès des Devx journées, qui ne
furent jouées qu'en 1800. D'un second trait de plume, il biffera, dans
une autre annotation, le madrigal tombé de YAlmanach des muses sur
Bottesini, le prodigieux contre-bassiste. Enfin, à propos de Turbri, qu;
a pu donner de bons conseils, mais qui a composé de bien mauvaise
musique, mettant de côté l'amitié, la reconnaissance, il ne dira
plus que sa réputation eût été plus populaire (elle ne l'a pas été
du tout), « si un caractère original et un manque total de savoir-faire
» ne l'avaient, bien injustement, tenu éloigné des dispensateurs de
» la gloire, que certains personnages ont trouvé le moyen de mono-
» poliser à leur profit. » Parmi les dispensateurs de la gloire, le
meilleur de tous, c'est le public. Les certains personnages qui mo-
nopolisent la gloire ne seraient-ils pas par hasard les hommes de
génie et de talent? Que l'obscurité soit légère à ceux que leur bizar-
rerie et leur maladresse empêchent, justement ou non, de prendre
leur place au soleil !
A côté de la grande Société des concerts, une autre réunion se
constitua bientôt sous le litre de Société mineure. M. Fétis l'annonça
comme il suit dans sa Revue musicale, numéro 40 de l'année 1828 :
« L'émulation qui devait naître des applaudissements prodigués par
» le public à l'exécution merveilleuse qui brillait dans ces concerts
» (ceux de l'aînée), n'a pas tardé à se manifester. Une Société nou-
» velle s'est furmée entre les jeunes élèves des classes de l'École
» royale de musique, ayant pour but de consolider le talent des exé-
» culants en l'exposant aux regards du public et de faire entendre les
» productions, ou plutôt les essais des élèves compositeurs qui sont
» encore sur les bancs de l'école. M. Cherubini a autorisé cette asso-
» ciation et lui a accordé la petite salle de l'Ecole royale pour ses
» exercices. » M. Elwart, l'un des premiers, avait conçu l'idée et le
plan de cette création avec MM. Nargot et Hippolyte Gasse, auxquels
se joignirent de nombreux adhérents. La direction en revenait de
droit à l'auteur principal. « Le premier concert, dit M. Elwart, eut
» lieu le 16 juin 1828. Il fut suivi de cinq autres qui, comme le pre-
» mier, firent salle comble. D'abord, ajoute l'historien, il y avait eu
» des choristes femmes; mais M. Cherubini, par un excès de pru ■
» dence que rien ne justifiait, défendit que les jeunes demoiselles des
» classes de chant figurassent dans les concerts soit comme solistes,
» soit comme simples choristes : de sorte que les compositeurs en
» herbe de la Société mineure se virent dans l'obligation de faire
» chanter les airs de soprano et de contralto par des ténors et des
» basses-tailles. Les seuls morceaux de piano et de harpe purent être
» exécutés par des élèves femmes. On comprendra le désespoir des
» élèves de Lesueur, de Boïeldieu, de Berton, de Fétis et de Reicha.
» Malgré leurs respectueuses réclamations , Cherubini demeura in-
» llexible. »
Placés dans la même situation que les Romains avant l'enlèvement
des Sabines, les héros de la jeune Société ne la soutinrent pas moins
avec honneur pendant six années. Remarquons qu'il était interdit
d'exécuter d'autre musique que celle qu'avaient composée les élèves,
sauf toutefois les solos pour instruments. En 1834, M. Elwart, couronné
par l'Académie des beaux-arts, partit pour Rome, et son oeuvre ne put
subsister sans lui. Nous le félicitons de l'avoir sauvée de l'oubli, en
consignant dans quelques pages le souvenir des services qu'elle a
rendus, et du bien qu'elle a fait dans sa courte existence.
L'avenir de la Société des concerts préoccupe naturellement son
historien. Avoir popularisé parmi nous les symphonies de Beethoven,
c'est beaucoup sans doute ; mais est-ce tout ce qu'on est en droit
d'attendre d'elle et de lui demander ? Jusqu'à ce moment, constatons
que le public ne lui demande rien autre chose, et la preuve, c'est
qu'il accourt en foule a chaque concert qu'elle donne, et remplit la
salle du haut en bas. Cette salle, toujours trop petite, ne pourrait-elle
être agrandie, ou bien le nombre des concerts ne devrait-il pas être
augmenté? Deux questions plus grosses et plus graves qu'elles n'en
ont l'apparence. D'abord, quant à la salle, il serait fort dangereux d'y
toucher : son excellence, que l'on compare à celle d'un itradivarias,
tient à ses dimensions, non moins qu'aux matériaux dont elle est faite.
Quand on transporte le même orchestre et les mêmes symphonies de
la salle de la rue Bergère dans celle de la rue LePeletier, on sait ce
qu'il en résulte : Beethoven n'est plus Beethoven. Reste donc l'aug-
mentation du nombre des concerts : à cet égard, l'historien propose
un système : « Il y aurait, dit-il, un moyen certain de contenter une
» foule d'aspirants abonnés; ce serait de donner une suite de con-
» certs, au nombre de vingt, divisés en deux séries : la série A serait
» celle des anciens abonnés et la série B celle des nouveaux. Afin de
» ne pas dépasser l'époque fixée pour la durée de chaque session, les
» concerts auraient lieu tous les huit jours. — Le programme du pre-
» mier concert de la série A serait exécuté intégralement au premier
» concert de la série B, qui aurait lieu le dimanche suivant, et ainsi
» de suite pour les autres concerts, jusqu'à la fin de la session en
» partie double. Ce système n'exigerait aucune étude nouvelle de la
» part des exécutants, et, par sa mise en pratique, les recettes an-
» nuelles de la Société seraient doublées. Tout le monde ;/ gagnerait.
» — Le droit des pauvres en serait accru, les plaisirs du public prolon-
» gés, et la répartition des bénéfices entre les sociétaires de diffé-
» rents degrés leur offrirait un dividende très-acceptable. — 11 est bien
» entendu qu'une seule et même personne ne pourrait être abonnée
» aux deux séries de concerts. »
Tout le monde y gagnerait. — En êtes-vous bien sûr, mon cher
historien? Primo, de ce tout le monde il faut excepter nécessairement
les abonnés de la série A qui ne gagneraient rien, puisqu'ils seraient
exclus de la série B ! Secundo, ces concerts devenus hebdomadaires de
bimensuels qu'ils ont toujours été, ne perdraient- ils pas quelque chose
de leur noblesse ? ces programmes, deux fois répétés, quelque chose
de leur fraîcheur? ces artistes, obligés à une double exécution, quel-
que chose de leur verve? La rareté est un si beau privilège! N'y a-
t-il pas imprudence suprême à l'amoindrir au point de s'en priver?
Le possesseur d'une montre admirablement réglée qui sonne les
heures, les demies et les quarts, serait-il sage de la rendre à l'ou-
vrier pour qu'il lui fit sonner les minutes? Laissons la Société des
concerts marcher de son pas ancien vers un avenir qu'elle ne con-
naît pas plus que nous ne connaissons le nôtre. Et plaise au Ciel
qu'elle continue de marcher de même in sœcula sœculorum !
Paul SMITH.
REVUE CRITIQUE.
Cî. Alard : fantaisie de concert sur la Muette. — Ad. Her-
inaii : fantaisie de concert sur la Muette ; morceau de salon
sur le Pardon de Ploermel ; divertissement sur Marta. — An-
toine Kessems : six mélodies pour violon ou violoncelle et
piano.
Après plus de trente ans de succès et de popularité, après avoir
inspiré aux compositeurs mille fantaisies que tous les instruments ont
répétées à l'envi, la Muette a conservé la même jeunesse, la même
fraîcheur et la même grâce. Elle est de ces opéras auxquels pianistes
et violonistes puiseront toujours avec la même certitude de plaire au
public.
DE PARIS.
3i3
Àlard vient d'écrire une remarquable fantaisie de concert où de ra-
vissantes mélodies de cette partition sont arrangées avec un goût
vraiment exquis.
Malgré les traits brillants, les difficultés étincelantes dont il dispose,
le violon aime les beaux chants, et il a raison ; car un simple canta-
bile, une touchante cantilène ou un pathétique adagio lui vont mieux,
et le rendent plus entraînant que toutes les combinaisons ardues et
compliquées dont on le charge parfois avec excès. Aussi, après quel-
ques mesures dans lesquelles on reconnaît plusieurs passages de l'ou-
verture, l'auteur s'empare-t- il de l'air du Sommeil : il le brode d'une
façon délicieuse ; il l'orne de points d'orgue d'un goût très-pur et d'une
délicatesse extrême.
Tout a été dit sur l'excellence, sur la couleur, sur le charme
éblouissant des airs de ballets de la Muette. Pour les uns c'est le
sourire, la passion, l'extase amoureuse, la folle ivresse ; pour les au-
tres c'est non-seulement quelque chose d'abondant et de ravissant en
mélodies, mais c'est encore, comme élégance, comme nouveauté,
comme richesse d'harmonie quelque chose d'incomparable. A l'air du
Sommeil succède un de ces airs de ballet ; alors le violon, qui tout
à l'heure soupirait si doucement, si mélodieusement, a des coquette-
ries, des allures de boléro qui font penser à ce que l'Espagne et l'Italie
ont de plus léger, de plus bondissant et de plus provoquant. La bar-
carolle : Amis.' la matinée est belle, suit cette délicieuse et délicate
page. Ici le staccato fait merveille, et l'archet a besoin de toutes ses
grâces et de toutes ses souplesses.
Nous ne dirons rien de celte barcarolle, le modèle et le type de pres-
que toutes celles qu'on afaites depuis; mais nous louerons à notre aise
la variation qu'elle a inspirée à Alard. Pleine de sons harmoniques
et de difficultés, cette variation possède, ce que les difficultés et les
sons harmoniques n'ont pas toujours, une réelle beauté musicale, une
élégance de détails qui prend à l'instrument tout ce qu'il a d'énergie,
de sons pleins, veloutés, doucement aigus. La mélodie du finale est
encore empruntée aux divertissements, dans lesquels Auber a jeté
profusément, nous le répétons, des trésors d'un prix inestimable. Après
avoir exposé simplement la mélodie, jouée alors par le piano, qui,
pour le dire en passant, est habilement traité et concourt puissamment
à l'effet, le violon exécute une charmante variation.
Tout le monde aimera ce finale : ceux qui l'entendront, parce qu'il
est extrêmement brillant et vraiment joli; ceux qui l'exécuteront,
parce qu'il est rempli de traits gracieux, hardis, parce que beaucoup
d'art s'y montre et qu'il a une grande puissance et une grande so-
norité. Les doubles cordes, les tierces, les sixtes, les sauts pleins de
périls et aussi de brio, y sont employés, mais, seulement, pour ren-
forcer la mélodie et lui prendre, en passant, quelque chose de son
élan, de sa fougue et de sa beauté. En somme, cette fantaisie est
bien une fantaisie de concert, une œuvre de virtuose. Mais Alard
chante si bien et avec tant d'âme, il trouve toujours sur son violon
des accents si simples, si originaux, si pathétiques, qu'il était impos-
sible que son morceau, quoique fort richement orné, ne restât pas,
avant tout, essentiellement mélodique.
— Herman est un violoniste sympathique et toujours applaudi. Le
sera-t-il, cette fois, comme compositeur autant qu'il l'est partout
comme interprète ? Nous croyons pouvoir l'affirmer. La fant dsie ,
également sur la Muette, renferme d'excellentes parties, dos combinai-
sons harmoniques qui méritent d'être signalées. Cest une composi-
tion travaillée ; on sent que l'auteur a pensé à autre chose qu'à met-
tre en relief l'habileté de l'exécutant.
Une introduction, où se retrouvent la marche et plusieurs réminis-
cences de l'ouverture exécutées largement en octaves par le violon,
précède l'air du Sommeil, qu'on ne se. lasse pas plus de choisir, il
paraît, qu'on ne se lasse de l'entendre. Après des développements très-
bien conduits et modulés, la barcarolle chantée par Piétro au cinquième
acte sert de thème à une vive et capricieuse variation que suit un
maestoso. Tout cela est habilement disposé, relié; tous les motifs s'en-
chaînent bien et naturellement. Il faut signaler surtout la marche que
l'auteur développe, module avec talent et fait entendre en mineur
avant de la rendre en majeur, telle qu'elle est dans la partition.
Peut-être Herman manque-t-il parfois de sobriété, peut-être prodigue-
t-il les modulations, les recherches de style, et pourrait-on désirer
plus d'aisance, de liberté et de concision dans certaines harmonies ;
mais enfin, au point de vue musical, sa fantaisie de concert est d'une
réelle distinction et, au point de vue purement instrumental, d'une
élégance de traits, d'un brio de détails qui en font l'une des plus
charmantes et des plus sérieuses qui aient été publiées depuis long-
temps.
— Le Pardon de Ploérmel est aussi une de ces partitions riches en
motifs variés, clairs, francs et colorés, qui alimentent et font naître
toutes sortes d'arrangements et de transcriptions. Dans le dernier
chef-d'œuvre de Meyerbeer, chaque auteur s'empare de la berceuse
et de l'air de l'Ombre parce que tout le monde aime à les retrouver.
Ces deux ravissantes mélodies sont au premier rang dans le gracieux
morceau de salon d'Herman ; mais on y trouve encore un autre
thème qui les égale en beauté et dont le fond harmonique , le dessin
mélodique, l'élégance, la signification poétique et l'ineffable tendresse
sont incomparables, assurément, dans l'œuvre entière du maître, on
trouve des pages plus grandes , mais on ne saurait en trouver de
plus complètes, de plus exquises et qui permettent mieux à un seul
instrument d'émouvoir le cœur et de captiver l'esprit. Herman
s'est contenté de transcrire ces mélodies, de faire chanter à son violon
les naïves et pures amours de Dinorah. Il a écrit avec beaucoup
d'habileté, et sans presque y mettre du sien, une composition rayon-
nante de fraîcheur, de passion et de vie.
— Les opéras sont de véritables arsenaux ou chacun vient prendre les
armes nécessaires pour conquérir les faveurs et les sympathies
du public. Après la Muette et le Pardon, c'est à Marta qu'Herman est
allé emprunter quelques chants ; après Auber et Meyerbeer, c'est M. de
Flotow qu'il traduit. Il a mis dans son Divertissement (c'est le titre)
la romance de la Rose. Celte suave et touchante élégie, que soupirait
si bien la Frezzolini et qui, avec deux accords des plus simples,
émeut toujours profondément, est escortée de plusieurs autres motifs
que l'on connaît, qu'on aime et que semble trouver si facilement la
muse aimable, gracieuse, enjouée et toute française de l'auteur de
Slradella. Dans ce morceau rien ne manque : ni la mélodie, ni le
rhythme, ni l'harmonie, ni l'esprit, ni la finesse. Peu difficile, ce di-
vertissement est remarquable par le goût et la connaissance parfaite
de tout ce que l'instrument sait dire avec le plus de charme, le plus
de bonheur et le plus d'éloquence.
— M. Bessems, violoniste de la grande école de Baillot et compo-
siteur distingué, a publié dernièrement pour violon et piano six mé-
lodies qui se recommandent par une élévation de style peu commune
et dont voici les titres : Dolorès, Consolation, Sérénade, Souvenir de
J.-J. Rousseau, le Songe et Rêve d'enfant.
On voit dans ces pages courtes mais purement écrites, que l'auteur
a eu un fructueux commerce avec les maîtres; qu'il comprend avec
une grande intelligence les innombrables et sévères beautés de la mu-
sique classique. En effet, Bessems est l'un des bons interprètes des
œuvres d'Haydn, de Mozart et de Beethoven. Nous serions assez em-
barrassé de dire laquelle de ces compositions nous préférons ; car
toutes nous paraissent également bien faites , remarquables par la
limpidité et l'originalité de la pensée, par l'élégance et la délicatesse
de l'harmonie. Un sentiment dramatique et profond règne dans quel-
ques-unes da ces petites pièces, rêveuses en général. Consolation et
Sérénade, entre autres, l'une dédiée à la comtesse de Bagneux , l'au-
tre à la marquise Oudinot, sont ravissantes et très-distinguées. Le vio-
lon y chante tantôt amoureusement, tantôt gaiement, et l'accompa-
344
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
gncment de piano a partout de l'intérêt et des détails qui annoncent
le vrai musicien. C'est de la poésie intime, élégiaque, mais où il y a
cependant une grande variété de ton.
Adolphe BOTTE.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
Par F.-JT. Fétis.
{Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.)
BARROILHET (PAUL).
Barroilhet (Paul), chanteur français, est né à Bayonne le 22 sep-
tembre 1810. Fils d'un négociant de cette ville, il était destiné au
commerce et fut envoyé ù Paris pour y faire des études spéciales et
relatives à son état futur ; mais un goût passionné pour la musique
le poussa à renoncer à la carrière qu'on voulait lui faire suivre et à
entrer au Conservatoire comme élève de chant. L'époque de son ad-
mission dans cette école est 1828. 11 était âgé de dix-huit ans. L'au-
t eur de cette notice reçut alors plusieurs lettres du père de Barroilhet,
lequel voyait avec chagrin la résolution que celui-ci avait prise. «Je
» ne crois pas, disait-il, qu'il y ait en mon fils l'organisation d'un
» artiste distingué, et je ne me consolerais pas de le voir musicien
» médiocre. Si vous le croyez, au contraire, destiné à se faire un
» nom honorable dans votre art, je ne m'opposerai pas à ce qu'il
» suive son penchant. » Les réponses étaient rassurantes, bien que
les progrès de. l'élève ne répondissent pas exactement à ce qu'on en
avait attendu. Après deux années d'études sous la direction de Ban-
derali, au concours de chant de 1830 aucune distinction ne fut dé-
cernée à Barroilhet qui, ne pouvant espérer d'admission à l'Opéra,
se décida à aller tenter la fortune sur les théâtres de l'Italie.
Arrivé à Milan, il y prit des leçons de Panizza; puis il lit ses dé-
buts sur des théâtres de troisième ordre. Après y avoir acquis de
l'habitude et de l'assurance, il chanta à Gênes, Vérone, Brescia, Ber-
game, Trieste, Turin, et fut engagé à Palerme, en 1835. Les succès
q u'il y obtint le firent appeler à Rome l'année suivante. Ce fut alors
qu'il prit position parmi les artistes les plus distingués, parle talent
dont il fit preuve dans VAssedio di Calais, que Donizetti écrivit pour
lui, et plus encore dans le Roberto Devereux et dans le Colombo du
même maître. Une maladie de larynx, qui lui survint à la fin de 1837,
l 'éloigna momentanément de la scène. Il se rendit alors à Naples et
y trouva Nourrit, peu de temps avant sa fin tragique. Après ce triste
événement, Barroilhet s'éloigna de l'Italie et vint à Paris, où il fui
en gagé pour l'Opéra. Donizetti, qui n'avait pas perdu le souvenir de
ses succès de Rome, écrivit pour lui le rôle de baryton de la Favo-
rite, par lequel Barroilhet conquit la faveur du public. Guillaume
Tell, Lusignan, dans la Reine de Chypre et Charles VI mirent le
sceau à sa réputation de chanteur dramatique. Ce fut au milieu de
ses triomphes qu'il quitta l'Opéra en 1847, parce qu'il ne put s'ar-
ranger avec l'administration de ce spectacle pour le chiffre de ses
appointements. Depuis lors, Barroilhet ne s'est plus fait entendre que
dans des concerts et sur les théâtres des départements.
BRUXELLIS.
La classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique a tenu
sa séance publique annuelle mardi, 25 septembre, à l'occasion des
fêtes nationales. M. Fétis père, l'un de ses membres, y a lu le rap-
port suivant, qui nous a paru devoir intéresser nos lecteurs :
o Messieurs,
» Dirigé par un sentiment généreux de la gloire nationale, M. le mi-
nistre de l'intérieur a appelé l'attention de la classe des beaux-arts de
l'Académie royale de Belgique sur la rareté, devenue excessive, des
œuvres musicales produites par les compositeurs qui illustrèrent notre
patrie dans les xve et xvie siècles, et lui a demandé son avis concernant
l'opportunité de la reproduction de ces mêmes œuvres dans des éditions
nouvelles. Une telle ouverture, émanée du gouvernement, fut accueillie
avec une vive sympathie par la classe des beaux-arts : elle prit la réso-
lution de seconder de ses efforts les vues d'un ministre ami et protec-
teur des objets de nos études.
» Cependant une reproduction pure et simple d'anciennes éditions
des messes, motets, hymnes, madrigaux et chants mondains de nos vieux
maîtres, n'atteindrait pas le but que s'est proposé M. le ministre de
l'intérieur, lequel est de procurer aux artistes, ainsi qu'aux amateurs,
la connaissance de ces œuvres et d'en faire apprécier les beautés ;
car les notations de la musique en usage aux époques où elles ont été
produites, ont été abandonnées depuis longtemps et sont inconnues à
tous les musiciens de nos jours. Un très-petit nombre d'hommes dévoués
à l'étude des antiquités musicales en possèdent seuls le secret. Il y a
donc nécessité de traduire en notation moderne les ouvrages dont il sera
fait des éditions nouvelles, et, par une conséquence évidente, il est
également nécessaire d'initier à la connaissance des anciennes notations
les personnes destinées à faire le travail de la traduction. Un membre
de la classe s'est chargé de ce soin et a ouvert un cours de paléogra-
phie musicale pour les élèves iustruits dans les sciences de l'harmo-
nie et du contre-point.
» Parmi les jeunes musiciens qui ont suivi ce cours, deux particulière-
ment y ont fait preuve d'une aptitude remarquable : ce sont MM. Van
Hoye et Vandervelpen, de llalines, qui se sont distingués dans les der-
niers concours de composition. Trois mois de leçons et d'étude leur
ont suffi pour acquérir la connaissance des combinaisons difficiles de
tous les signes de notations des xve et avi? siècles, et pour être capables
de faire des traductious correctes. Depuis le mois d'avril dernier, ils se
sont spécialement occupés de ce travail sur les œuvres d'un des pius
illustres musiciens belges.
» Quel qu'ait été le mérite de nos compositeurs des xv° et xvi" siècles,
il y a nécessité de limiter la reproduction de leurs œuvres, et de se
borner aux noms les plus célèbres, aux ouvrages les plus importants.
Après avoir pourvu à l'instruction des traducteurs, il a donc fallu dres-
ser la liste des artistes dont les œuvres pourraient être admises dans la
collection projetée. La classe ayant chargé de ce soin celui de ses mem-
bres qui s'est spécialement occupé de ce genre d'étude, il a divisé la
liste dont il s'agit en deux -séries, dont la première renferme les noms
des maîtres du xvc siècie, et l'autre, ceux du xvic, toutes deux compo-
sées d'artistes considérés comme chefs d'école, et qui ont exercé une
puissante influence sur l'art de leurs temps.
» La première série renfermerait les principaux ouvrages :
» 1° De Guillaume Dufay, de Chiraai, qui était ténor de la chapelle
de Clément Vit, à Avignon, en 1380, puis resta au service des papes
en qualité de premier chantre jusqu'au pontificat d'Eugène IV, et mou-
rut à Itomc en 1432;
» 2'D'Lgide Binchois, ainsi nommé parce qu'il était né à. Binche, dans
le llainaut; homme de grand mérite, un peu moins ancien que Dufay,
et qui fut premier chantre de la chapelle de Philippe le Bon, duc de
Bourgogne;
» Ces deux artistes furent les véritables créateurs de l'harmonie régu-
lière, et les premiers réformateurs de la notation de la musique.
» Après eux viendraient les œuvres choisies de :
» 3o Jean Ockeghem, de Termonde, qui fut chantre de la collégiale
d'Anvers, antérieurement à Hho, puis premier chantre et directeur de
la chapelle de Charles VI, roi de France, et eut pour élèves les plus
habiles musiciens de la fin du xv° siècle et du commencement du
XVIe siècle ;
» 4° D'Antoine Dusnois ou de Busne, le plus grand musicien d'invention,
antérieurement à 1480, qui fut premier chantre ou maître de chapelle de
Charles le Téméraire ;
» 5° De Jean Le Teinturier ou Tindoris, chanoine de Nivelles, le plus
savant musicien de la même époque, premier chantre ou maître de cha-
pelle de Ferdinand d'Aragon, et qui fonda à Naples, avant 1476, la plus
ancienne école de musique qui ait existé en Italie;
» 6» De Jacques Obrecht, maître des enfants de chœur de la collégiale
d'Anvers, grand artiste, dont les ouvrages figurent parmi les premiers
monuments de la typographie musicale de l'Italie et de l'Allemagne;
» 7o De Josquin Dcprés, le plus original, le plus hardi, le plus grand
des musiciens qui brillèrent dans les quinze dernières années du
xv° siècle et dans les vingt premières du xvic. Recherché dans
toutes les cours de l'Europe, il fut célébré parles poètes de l'Italie, de
l'Allemagne et de la France, comme l'artiste sans rival. Luther disait de
lui : Les musiciens font ce qu'ils peuvent des notes; Josquin seul en fait ce
qu'il veut.
DE PARIS.
345
» Les compositeurs dont les ouvrages formeraient la deuxième série
seraient :
» 8» Adrien Willaert, de Bruges, fondateur de la célèbre école véni-
tienne d'où sont sortis une foule de musiciens de premier ordre aux
xvi° et xvii» siècles. 11 fut maître de chapelle de l'église de Saint-Marc
de Venise depuis 1527 jusqu'en 1563, et -compositeur aussi renommé que
théoricien savant ;
» 9° Cyprien de Rore, né à Matines, successeur de Willaert à l'église
Saint-Marc, puis directeur de la musique d'Octave Farnèse, duc de Parme
et de Plaisance ;
» 10° Alexandre Agricola, maître de chapelle de Philippe le Beau et
grand musicien, dont les messes et les motets furent imprimés à Venise
dans les premières années du xvic siècle ;
» 11° Jacques Clément, surnommé non pape, compositeur de premier
ordre, maître do la chapelle impériale à Vienne, sous les règnes de Maxi-
milien I'1', de Charles-Quint et de Ferdinand 1";
» 12° Nicolas Gombert, de Gourtrai, artiste de génie et l'un des musi-
ciens les plus remarquables de son époque, qui fut maître des enfants
de la chapelle de Charles-Quint, à Madrid ;
» 13° Corneille Canis, dont le nom flamand était de flondt, maître de
la chapelle du même souverain, à la môme époque;
a W Thomas Créquillon, compositeur de la même chapelle et artiste de
grand talent;
» 15° Jacques de Kerle, né à Ypres, maître de chapelle de l'empereur
Rodolphe H ;
» 16° Pierre de Manchicourt, d'abord maître des enfants de chœur de
la cathédrale de Tournai, puis maître de chapelle de Philippe II, roi
d'Espagne ;
» 17° Gérard de Turnhout, l'un de ses successeurs dans la même posi-
tion ;
18° Orland ou lîoland de l.assus, né à Mons, d'abord maître de Sain t-
Jean-de-Latran, à Rome, puis maître et directeur de la chapelle d'Al-
bert V, duc de Bavière; le plus grand des musiciens belges, le plus fé-
cond des compositeurs, et celui dont le génie put traiter avec une égale
supériorité tous les genres de musique en usage de son temps.
» Contemporain de l'illustre Palestrina, maître de la chapelle du Vati-
can, dont les ouvrages offrent encore aujourd'hui des modèles de perfec-
tion en leur genre, Lassus eut un talent plus populaire. Sa renommée
effaça toutes les autres, et l'on ne peut citer aucun artiste dont les ou-
vrages aient été reproduits si souvent, sous toutes les formes, et dont il
ait été fait un si grand nombre d'éditions en Italie, en Allemagne, à Lou-
vain, à Anvers et à Paris.
» La liste sommaire des œuvres de ce grand homme suffît pour faire
connaître sa prodigieuse facilité de production : on y trouve 51 messes,
à quatre, cinq, six et huit voix; 780 motets; 34 hymnes; 180 Magnificat;
l'œuvre immortelle des Sept Psaumes de la Pénitence, une multitude d'an-
tiennes, litanies, psaumes et lamentations; 37 1 chansons françaises à
trois, quatre et cinq voix ; 233 madrigaux italiens à quatre, cinq et six
parties ; environ cent chansons allemandes et latines, des villanelles et
d'autres petites pièces.
» Dans l'examen de l'ordre qui pourrait être suivi pour la publication
projetée des œuvres des anciens compositeurs belges les plus célèbres,
il a paru que l'attention publique se porterait avec un intérêt particulier
sur les productions de ce grand maître, et l'on a cru que le travail de la
traduction en notation moderne et de la mise en partition devait com-
mencer par elles.
» MM. Van Hoye et Vander/elpen ont reçu, en effet, la mission de
mettre en pratique les connaissances qu'ils venaient d'acquérir sur ces
mêmes ouvrages. Déjà onze messes à quatre ou cinq voix, un livre de
leçons de Job, à quatre parties, et environ 50 madrigaux italiens sont
prêts pour la gravure, et ces jeunes artistes poursuivent leur labeur
avec autant de zèle et d'activité que d'intelligence. D'autres élèves du
cours de paléographie musicale viendront par la suite se réunir à eux
pour les aider dans la belle entreprise de la restauration de nos gloires
musicales.
» Les noms des compositeurs belges mentionnés précédemment sont
ceux des plus grands maîtres ; mais la Belgique a vu naître une foule
d'artistes qui, sans s'élever au mèmedegré, eurent néanmoins des talents
fort recommandables. On a pensé que ce serait rendre un juste hom-
mage à leur mémoire, et faire en même temps une chose utile à l'his-
toire de l'art, que de réunir en un ou doux volumes de la collection
projetée des spécimens de leur musique, en les rangeant par ordre chro-
nologique. I es compositeurs compris dans cette catégorie seraient au
nombre de trente-quatre.
» L'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande ont vu paraî're, dans ces
derniers temps, des collections d'oeuvres de leurs anciens compositeurs
exécutées avec un grand luxe typographique ; un accueil sympathique
leur a été fait par les compatriotes de ces artistes : espérons que la
Belgique, fièi'e à juste titre de l'illustration dont elle est redevable aux
compositenrs qu'elle a vus naître, ne restera pas indifférente à la res-
tauration des monuments de leur génie. »
De nombreux applaudissements accueillent la lecture de cette inté-
ressante notice.
Ainsi que nous l'avions annoncé dans notre dernier numéro, sur la
demande d'un nombre suffisant de sociétaires, l'assemblée générale
extraordinaire de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de
musique a été fixée au dimanche 7 octobre, à une heure de relevée,
dans les salons de M. Soufleto, facteur de pianos, rw, Montmartre,
n" 161. Des conflits de la nature la plus fâcheuse, et qui pourraient
avoir pour l'avenir de la Société les conséquences les plus graves, ont
surgi depuis quelque temps sur des questions vitales ; il est donc du
plus grand intérêt pour les sociétaires qu'elles soient produites au
grand jour d'une assemblée générale, et ils jugeront indispensable d'y
assister.
NOUVELLES.
*** Le théâtre impérial de l'Opéra donnera aujourd'hui dimanche, par
extraordinaire, la 431e représentation de Robert le Diable.
±*± Mlle Emma Livry a fait une brillante rentrée lundi dan* la Syl-
phide. Mlle Genat, dans le rôle d'Effie, s'est distinguée auprès d'elle. —
Mercredi, le Trouvère a été donné pour la continuation des débuts de
Mlle Barbara Marchisio et de Michot. Tous les deux y ont été chaleureuse-
ment applaudis. Mme Gueymard-Lauters a supérieurement chanté le
rôle de Léonora. Dumestre est toujours en possession de celui du comte
de Luna. — Vendredi, Sémiramis a été représentée. — La direction de
l'Opéra vient d'engager Morelli, artiste de talent, qu'on a déjà entendu
sur notre première scène lyrique.
„** La reprise du Prophète avec Mme Tedesco dans le rôle de Fidès
aura lieu sans remise vendredi prochain .—tes Huguenots, avec Mme Guey-
mard dans le rôle de Valentine, suivront immédiatement.
**« Sainte-Foy est attendu aujourd'hui de Bade et les répétitions du
Pardon de Ploerrhel doivent commencer demain avec la nouvelle distri-
bution que nous avons annoncée. Afin de donner un attrait de plus
au chef-d'œuvre de Meyerbeer, M. Beaumont vient d'engager Mlle Dar-
der j la fille du chanteur de ce nom qui s'est fait à Paris une réputation
méritée. La jeune artiste chanterait l'air composé par l'illustre maestro
pourremplacer au deuxièmeacte uuescène dialoguée; or cet air, chaque
fois que Mme Nantier-Didier le disait à Londres au théâtre de Covent-
Garden, valait à la célèbre cantatrice des applaudissements enthousiastes
et de nombreux rappels. Avant cette reprise du Pardon, Mlle Darcier se
ferait connaître dans le rôle d'Isabelle, du Pré aux clercs.
*% L'ouverture du théâtre Italien aura lieu mardi prochain par la
Sonnambula. Mlle Battu fera sa rentrée dans le chef-d'œuvre de Bellini.
Dès l'année dernière, la jeune cantatrice a su se placer au. premier
rang ; les études consciencieuses qu'elle n'a cessé de faire lui garantis-
sent de nouveaux succès pour cette saison. Le rôle d'Elvino est tout à
fait dans les moyens de Gardoni, et Angelini a su se faire applaudir
dans celui du comte. — Ainsi que nous l'avons dit, l'aristocratie nobi-
liaire et financière a loué à l'année les baignoires, les loges du premier
rang et les stalles de balcon et d'orchestre. La saison s'annonce sous
les plus brillants auspices.
*% La première représentation du Val d'Andorre, au théâtre Lyrique,
est irrévocablement fixée au 10 octobre. — L'opéra-comique de M. Mail-
lard, sous le titre définitif de Nella, passera quelques jours après.
*% Le différend survenu entre M. Réty, directeur du théâtre Lyri-
que, et MV1. Michel Carré et E. Royer s'est arrangé à l'amiable. Il n'y
avait dans tout cela qu'un malentendu : quelques mots d'explication
ont suffi pour mettre tout le monde d'accord. Nous ne pouvons qu'ap-
plaudir à un pareil résultat. L'ouvrage de MM. Carré et Reyer sera re-
présenté dans les premiers jours de janvier et va être mis prochaine-
ment à l'étude. On n'en connaît pas encore le titre définitif.
,*„ Mme Miolan-Carvalho poursuit le. cours de ses triomphes à Berlin.
Après avoir chanté deux fois le rôle de Rosine, du Barbier, devant un
public enthousiaste de son grand talent, elle s'est fait entendre dans
Lucia. Son succès y a été immense; elle a été rappelée plusieurs fois
et elle, a dû répéter le grand air. Quelques critiques trouvent que sa
voix manque un peu de volume et qu'elle laisse à désirer dans les si-
tuations qui exigent de la passion et de l'énergie, mais ils sont d'accord
346
R.LVIE KT GAZETTE MUSICALE
avec la généralité du public qui avoue n'avoir jamais entendu à Berlin
une cantatrice possédant à un si haut degré le véritable art du chant
et qui vocalise d'une manière aussi facile et aussi brillante. Or, il ne
faut pas oublier que ce public a entendu Mme Sontag et Jenny Lind.
**„... L'ouverture et la polonaise de Strucns^e viennent d'être exécutées
à Bruxelles, dans la séance publique delà classe des beaux-arts de l'aca-
démie, sous la direction de M. Fétis. Jamais ces morceaux admirables
n'avaient été rendus avec une telle puissance de sonorité et une telle
perfection de détails Une multitude d'artistes assistaient a la séance, à
l'occasion des fêtes nationales et de l'exposition de peinture. Leur en-
thousiasme se traduisait en exclamations sur la merveille d'une œuvre
et d'une exécution dont auparavant ils n'avaient eu aucune idée.
*** Fr. Liszt vient de terminer un arrangement très-brillant pour
piano de \a.Schiller-Marsch de .Meyerbeer.
„% S. M. l'Empereur- vient de faire remettre à M. Alexandre Artus
une médaille d'argent, grand module, pour la cantate que ce composi-
teur a fait exécuter le 15 août au théâtre de l'Ambigu- Comique.
**„, Le célèbre pianiste-compositeur Thalberg vient d'arriver à Paris.
*** Mlle Emilie Guérette, cantatrice de l'école Duprez , dont nous
avons parlé dernièrement à l'occasion des succès qu'elle a obtenus à
Néris, pendant la saison des eaux, vient d'épouser M. César Alard, vio-
loncelliste belge, élevé distingué de Servais.
„,*„, Virginie Ferni quitte la carrière artistique et rentre dans la vie
privée : la célèbre violoniste épouse un négociant de Nice, auquel elle
était fiancée depuis sa dixième année.
%*» S. M . le roi Victor-Emmanuel vient de décerner la grande médaille
d'or du mérite à son effigie à Alexandre Batta, et la lui a fait remettre
par S. Exe. le ministre de Sardaigne à Paris
*% Arban est revenu de Bade et va reprendre le bâton de chef d'or-
chestre des concerts du Casino. Le premier concert aura lieu mardi, et il
y fera entendre la grande fantaisie qu'il a composés sur les Huguenots
et déjà exécutée à Bade avec le plus grand succès.
t*s, Dimanche dernier, l'église de Viroflay célébrait dignement sa fête
en faisant entendre une messe à deux voix, composée par Edmond
Hocmelle, organiste de Saint-Thomas-d'Aquin et de la chapelle du Sénat.
Mlle Godefroy Christiani, de la chapelle impériale, a fait apprécier dans
cette œuvre sa voix de soprano franche, timbrée, étendue. En chantant
lui-même et en accompagnant sa musique, l'auteur nous a révélé, outre
son talent de compositeur, les qualités qui constituent l'excellent pro-
fesseur de chant. Comme organiste, par ses improvisations tour à tour
brillantes et sévères, il a su mettre dans tout son relief la valeur d'un
magnifique instrument de la maison Alexandre.
t*4 La Société philharmonique de Valenciennes a donné lundi dernier,
à l'occasion de la fête de la ville, un grand concert pour lequel elle
avait engagé Mlle Vestvali, de l'Opéra; Tagliafico, du théâtre Italien de
Londres, et Bazzini, le célèbre violoniste. On nous écrit que le succès
de ces trois artistes a été complet. L'air de l'Étoile du Nord : 0 jours
heureux ! et la Tarentelle, de Rossini, ont été redemandés à Taglialico,
ainsi que le duo de Semiramide à Mlle Vestvali. N'oublions pas l'orches-
tre qui a exécuté d'une façon magistrale l'ouverture des Francs- juges, de
Berlioz, et M. Frank, dont l'éminent talent d'accompagnateur a aidé
puissamment au succès de cette matinée.
„,*„, L'époque approche où les Sociétés chorales et les Orphéons ont
l'habitude de choisir leurs nouveaux répertoires. En conséquence nous leur
recommandons la nouvelle collection de chœurs arrangée à quatre
voix qui vient de paraître sous le titre de : Répertoire des Soeiétés cho-
rales et des Orphéons, dont la première série contient un choix des plus
beaux chœurs d'opéra arrangés spécialement pour Orphéons.
*** La Cour impériale de Douai, par un arrêt du 22 août, fortement
motivé, a donné gain de cause à la Société des auteurs, compositeurs et
éditeurs de musique contre M. Simon Lévy, directeur du pré Catelan de
Lille, qui, malgré la défense de l'agent général, M. Henrichs, y faisait
exécuter des morceaux de musique appartenant à la Société. La Cour a
condamné pour ce fait M. Lévy à une amende de SO fr., aux frais du
procès et à une indemnité de 100 fr.au profit des auteurs dont la musi-
que avait été exécutée. — Par un autre arrêt de la même date, la Cour a
confirmé le jugement qui avait établi le même principe d'interdiction
contre l'exécution publique de l'ouvrage d'un auteur vivant par les
orchestres des régiments de l'armée.
**» M. J. Lotsky, qui a longtemps habité l'Australie, a rapporté des
provinces confédérées un hymne national dont l'origine est attribuée aux
aborigènes. C'est une belle mélodie, d'un caractère très-original.
M. Lotsky se propose de publier prochainement ce chant, avec quelques
accessoires qui le rendront plus intéressant encore.
»** A propos du concours d'orphéons qui aura lieu aujourd'hui di-
manche, 30 septembre, à Besançon, la Société du Conservatoire de
Paris, dirigée par M. Batiste, exécutera dans la cathédrale une messe
chorale (à quatre voix d'hommes, sans accompagnement), dite Messe des
Orphéons français. Cette nouvelle œuvre de l'Orphéon religieux catho-
lique, de M. Laurent de Rillé, a été spécialement composée par l'au-
teur pour cette solennité.
*** Bonne chance, tel est le titre d'une charmante polka-mazurka,
de Z.-B. Katto, qui aura le succès de Caravane-Polka, du même auteur.
t%MM. Louis Aléry et Auguste Morel, auteurs de la cantate exécutée
au grand théâtre de Marseille, lors du passage de Leurs Majestés, ont
reçu, par l'entremise du préfet des Bouches -du-Rhône, une superbe
épingle ornée d'une perle fine, et surmontée d'un diamant de la plus belle
eau.
„** La direction du théâtre Italien de la Nouvelle-Orléans a été prise
pour une période de six ans par M. D. Ronzani ; les artistes engagés,
dont les noms sont connus jusqu'ici, sont MM. Stigelli etSbriglia, ténors,
Hippolyte, baryton, Coletti et Gariboldi, basses, et Mmes G. D'Ormy,
contralto et mezzo soprano. Cette Compagnie chantera le répertoire
italien du 1er novembre jusqu'à la fin de mai.
„*„, Léonard et sa femme viennent de recevoir de la Société philhar-
monique du Calvados deux diplômes d'associés, avec une lettre très-
flatteuse, contenant des témoignages « de sa profonde sj'mpathie, en
» retour du' bonheur immense que leur talent lui a procuré. »
*** Les artistes engagés pour le théâtre Tacon, de la Havane,
Mmes Lotti délia Santa, Elisa Volpini, MM. Pancani et Volpini, partiront
pour cette destination le 2 novembre prochain.
**„, Le pianiste et compositeur Ilorzalka vient de mourir à Penzing
près de Vienne, dans sa soixante-deuxième année. On lui doit entre
autres la musique du Meunier et son enfant, par Raupach, et des Flots
de la mer et de l'amour (sic), par Grillparzer.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*% Rouen. — Les débuts se poursuivent au théâtre des Arts. Notre
première basse, Bonnesseur, dans les rôles de Marcel et du capitaine Ro-
land; M. Méric dans le Maître de chapelle, M. Barbot dans le rôle de Léo-
pold, de la Juive, et dans les Mousquetaires de la reine; M. Gerpré, notre
joyeux trial ; Mme Barbot dans Marlha, dans le Pardon , dans Faust ;
M. Harvin, fort premier ténor, qui s'est montré dans la Juive, se sont
concilié pleinement les suffrages du public. La saison s'ouvre donc pour
M. Halanzier sous les plus heureux auspices, et le retour de Mlle Geis-
rnar, l'interprète si dramatique des opéras de Meyerbeer, l'admirable
Valentine des Huguenots, qu'il s'est empressé de rappeler, ne contribuera
pas peu à remplir la salle.
*** Strasbourg. — La musique du 3e régiment d'artillerie, sous la direc-
tion de son habile chef d'orchestre, M. Grillet, a donné ces jours-ci uu
brillant concert d'harmonie militaire. Au nombre des morceaux exécutés,
la Schiller-Harsch, de Meyerbeer, a été rendue avec un ensemble re-
marquable, et elle a produit le plus grand effet.— La direction de notre
grand théâtre annonce comme très-prochaine la première représentation
du Pardon de Ploërmel.
»*,„ Nantes , 24 septembre. — Après avoir été chaleureusement ap-
plaudie dans les Mousquetaires, le Songe, Robert le Diable, le Barbier de
Séville, les Diamants de la couronne et la Dame blanche, où elle s'est dis-
tinguée â la fois comme cantatrice et comme comédienne, Mme Ray-
naud vient d'être acceptée à Nantes en qualité de première chanteuse
légère en chef et sans partage. A en juger par ces premières représen-
tations, Mme Raynand retrouvera ici les succès francs et décidés qu'elle
obtenait l'an passé au théâtre de Lille.
**„. Dunkerque, 15 septembre. — Bazzini et Mme Sanchioli se sont
encore signalés dans les fêles musicales célébrées en cette ville, et orga-
nisées par l'Orphéon. Bazzini a trouvé des accents irrésistibles pour son
élégie, V Absence. Dans le Carillon d'Ârras et la Ronde des lutins, il a trans-
formé son archet en baguette magique. Mme Sanchioli a partagé ses una-
nimes succès.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„,** Bruxelles. — Les Huguenots, le Pardon de Ploërmel, les Mousquetai-
res de la reine, le Domino et Guillaume Tell ont défrayé la dernière hui-
taine du théâtre de la Monnaie. Mlle Litschner, pour faciliter la marelle
du répertoire, continue a se faire entendre dans les rôles qui lui ont
servi de débuts. Maintenant qu'elle n'est plus sous l'impression de la
terreur elle chante avec infiniment plus de facilité et de franchise,
et chacun admire sa belle méthode et la fraîcheur et l'étendue
de son organe. — La reprise de Stradella a été aussi parfaitement reçue,
et nos artistes de grand opéra n'ont rien à envier à ceux de l'opéra-
comique. Mlle Vandenhaute et AI. YV'icart ont chanté do manière à justi-
fier les applaudissements qu'ils ont reçus, et JIM. Aujac et Depoitier ont
droit â nos éloges par la manière dont ils ont interprété leurs rôles. Le
personnel dansant a eu sa large part de succès, dans le ballet de Stradella.
DE PARIS.
347
M. Rubi a été très divertissant dans le Pas des Polichinelles, et Mme Delé-
chaux, ainsi que Mlle Navarre, ont été vivement applaudies dans le di-
vertissement du deuxième acte. — Le théâtre royal du Parc a mis à
l'étude la Vieille, opéra de M. Fétis, directeur de notre Conservatoire.
Cet ouvrage sera monté d'une manière digne de l'œuvre et de l'homme
illustre qui en est l'auteur.— MM. Wicart, Depoitier et Carman quitte-
ront l'an prochain la scène du théâtre de la Monnaie, où ils ont obtenu
tant de succès. Ces artistes viennent de signer un engagement pour le
théâtre de Bordeaux.
,,% spa. — 21 septembre. — Une brillante fête musicale a été offerte
au public de Spa ; rarement les salons de la Redoute avaient réuni un
pareil ensemble d'artistes remarquables : Léonard, l'un des maîtres de
notre excellente école de violon ; Mme Léonard, charmante cantatrice
que l'on aime toujours à entendre : Brassin, le pianiste, autre talent ad-
mirable ; Mlle de Katow, jeune violoncelliste d'avenir; enfin M. Malé-
zieux, le réjouissant diseur de chansonnettes; puis l'orchestre conduit
par M. Guillaume. Chacun des morceaux du programme, et ils étaient
nombreux, a soulevé de chaleureux bravos ; les auditeurs étaient dans le
ravissement, et, à vrai dire, M. et Mme Léonard, aussi bien que Brassin,
ont fait merveille. Notre célèbre violoniste a joué deux de ses plus
charmantes productions : son adagio et rondo et le Souvenir d'Haydn,
qui lui ont valu, une fois encore, une de ces ovations auxquelles son
beau talent doit l'avoir accoutumé. Mme Léonard est toujours la gra-
cieuse cantatrice que vous savez: son chant pur, élégant, correct, sa
jolie voix, son excellente méthode, ont été vivement applaudis. Brassin
est certainement l'un des plus forts dans cette phalange de pianistes qui
ont poussé l'étude de cet instrument à un si haut degré de perfection. 11
a exécuté avec une verve, un brio remarquable, trois morceaux de lui,
une Polonaise et un Nocturne de Chopin, et de délicieuses variations sur
le Carnaval de Venise. On n'est guère habitué à voir un violoncelle entre
les mains d'une jeune fille ; cependant Mlle de Katow possède d'autres
mérites que celui d'une innovation étrange, et ses trois morceaux ont
été très- favorablement accueillis. M. Malézieux interprète avec beaucoup
d'esprit, de malice et en même temps de bonhomie, les chansons de Na-
daud et des joyeux représentants du Caveau contemporain. Il a fait beau-
coup rire.
„,*„, Norvich. — Le grand festival musical qu'on a l'habitude de donner
ici tous les trois ans vient d'avoir lieu sous la direction de M. Bônédict;
il a été encore plus brillant que les précédents. Un des principaux at-
traits qu'il offrait à la curiosité était l'exécution pour la première fois de
deux ouvrages d'une haute valeur : Undine, grande légende lyrique de
Bénédict, et l'oratorio Abraham, de Molique. Un ouvrage de Bennett Mayy-
queen, a été également fort remarqué dans cette solennité musicale qui
n'a pas duré moins de trois soirées. L'armée des chanteurs et des ins-
trumentistes a été admirablement conduite par Bénédict, qui, à cette
occasion, a obtenu un double triomphe comme organisateur, et chef
d'orchestre du festival et comme compositeur ; car sa nouvelle œuvre ,
Undine, a obtenu le succès le plus éclatant et a été considérée comme la
plus belle de ses inspirations.
»** Creuznach. — Mme Clara Schumann et Stockhausen ont donné ici
deux concerts avec un grand succès. Mlle Bochkoltz-Falconi et M. Rey,
pianiste français de beaucoup de talent, ont aussi donné un fort beau con-
cert. M. Pagogeff, jeune violoniste russe, a ét'é vivement applaudi.
.% Munich. — A l'occasion de la fête de la reine, le théâtre de la
cour a donné les Huguenots, de Meyerbeer. Le rôle de Marcel a été
chanté avec succès par M. Beeker, du théâtre de Manheim ; notre prima
donna, Mlle Stoeger, s'est fait également applaudir dans le rôle de
Valentine.
**„ Berlin. — Le théâtre de l'Opéra de la Cour a donné les Huguenots.
Mme Cash a eu un beau succès dans le rôle de Valentine. — Dans le
courant d'octobre, les représentations de l'Opéra de la Cour alterneront
avec -celles de la troupe italienne, dont le personnel est composé ainsi
qu'il suit : Mines Lorini, Mariani, Ineli, Trebelli ; MM. Galvani, Malagola,
Tartini, Mauro, Tasti, Ciampi, Fioravanti ; chef d'orchestre". M. Orsini :
les chœurs seront chantés en allemand. La Société italienne du théâtre
Victoria ouvrira le 15 octobre.
*** Vienne. — Comme nous l'avons déjà annoncé, l'administration de
l'Opéra de la cour devient une entreprise particulière: le bail est de
cinq ans ; la caution- à fournir se monte à 24,000 florins ; la subvention
accordée par le gouvernement à 180,r'00 florins. Dans le cas où l'on
construirait une nouvelle salle, l'administration en sera informée une
année d'avance, et le bail sera considéré comme résilié. L'ancien di-
recteur de ce théâtre, M. Eckert, a quitté Vienne. — Alfred Jaell se
trouve en ce moment parmi nous.
t% L'ipzig. — Les concerts du Gewandhaus vont commencer sous
peu; ils seront dirigés, comme nous l'avons annoncé précédemment,
par le maître de chapelle, Charles Reineke. Parmi les talents nou-
veaux qui se produiront dans ces solennités, on cite Mlle Scharnke,
cantatricede Berlin. —On annonce les prochains débuts de Mlle Grinzweil,
de Pesth, dans le rôle de Fidès, du Prophète.
»% Francfort. — Si nos informations sont exactes, Vieuxtemps aurait
l'intention de renoncer aux pérégrinations artistiques et de se fixer dé-
sormais à Francfort. Ce qui confirme cette nouvelle, c'est que le célèbre
violoniste vient d'acheter une maison dans cette dernière ville.
*** Naples. — Un ordre du dictateur va rouvrir les théâtres ; on a
engagé la célèbre cantatrice, Mme Bina-Steffenone, et pour deux mois le
premier baryton Guicciardi.
*** New-York. — La magnifique salle de l'Académie de musique,
toujours plus belle et plus imposante, s'est rouverte le 3 septembre.
Divers embellissements faits dans l'intérieur ont rendu ce splendide édi-
fice le plus élégant théâtre de l'Amérique. On doit de grands éloges aux
efforts, couronnés de succès, qu'ont faits MM. Ullman et Strakosh pour
composer leur troupe des éléments les plus goûtés en Amérique. Adé-
laïde Cortesi, Adelina Patti remplacent Mme Colson et Fabbri ; Brignoli
et Muriani succèdent à Stigelli et Errani, et enfin Ferri, Amodio, Susini
et Mme Strakosh (contralto) complètent cette remarquable réunion que
nous envieraient plusieurs des principaux théâtres de l'Europe. La saison
a commencé par la Sonnambula.
S. DUTOUR.
ifiM'ill
<S<
MAISON H. HERZ pianos, is, me de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonneinent et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n" 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 4U obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. ■
{Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
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OU&JIliIlll/ d'or, Exposition 1849; Médaille
de \" classe Exposition universelle 1855. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les
Expositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la
réputation est justement établie. Elle vient de
mettre en vente un nouveau modèle de piano
droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne
laisse rien à désirer sous le double rapport de la
quantité et de la qualité du sou. — Magasin,
rue Montmartre, 1U1.
(•BILPSIOH). — Neuf
brevets d'invention et de
perfectionnement.
Instruments ^îaxomnitfoïBâiaues. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sas, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être
ésolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons'. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
gai succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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24 h. par QO
AZETTE
mm pjLmis.
~^aa/vvpj\a/vw^ —
SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien: réouverture, la, Sonnambula. — Un
opéra de Vivier. — Biographie universelle des musiciens, par Fétis père. —
Correspondance :" Besançon, par Em. Mathieu de Monter. — Bévue des
théâtres, par D. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THEATRE* IMPÉRIAL ITALIEN
itéouverture. — La JSonnam&tëla.
Que le débat soit simple'.... Il était difficile de mieux observer
ce précepte que ne l'a fait cette année le théâtre Italien en choisis-
sant pour sa rentrée la touchante pastorale sortie du cœur de Bellini.
Quelle partition pauvre et incomplète, si on la compare aux ouvrages
qui, en 1831, lorsqu'elle apparut, tenaient l'Europe entière sous le
charme! Quelle économie après tant de luxe! Quelle frugalité, après
une telle profusion de richesses mélodiques et instrumentales ! Ce-
pendant la modeste Sonnambula n'en fit pas moins une sensation
profonde : elle enchanta le public à peu près comme la Cendrillon
du conte subjugue le fils du roi. Elle plut par sa beauté même, et
aussi par l'effet du contraste; mais ce qui prolongea son succès et ce
qui l'assure pour longtemps encore, c'est la vérité du sentimeut ten-
dre et doux, de l'émotion quelquefois passionnée qui respire dans
plusieurs de ses pages. Pour ces pages, on oublie tout le reste, et on
dispense l'auteur de ce qui lui a manqué en esprit brillant, en verve
chaleureuse et surtout en savoir-faire.
Un chanteur et une cantatrice suffisent a l'exécution de la Sonnam-
bula. Bellini l'avait composée pour Rubini et pour Mme Pasta.
Rubini, nous l'avons entendu pendant de longues années dans ce rôle
d'Elvino, dont il rendait l'amour et le désespoir avec un accent si pa-
thétique. Dans le finale du premier acte, et dans l'air: Ah! perché
non posso odiurti, sa voix et sa physionomie émouvaient jusqu'aux
larmes. C'est là un de ces rôles dont il a emporté le secret avec lui,
comme Talma celui de Manlius, comme Mlle Mars celui de Silvia et de
Valérie, comme Garcia celui de don Juan. Parmi les artistes qui se
sont partagé son héritage, Mario et Gardoni méritent d'être distin-
gués: l'un avait plus de voix, l'autre a plus d'âme; il chante et joue
comme le compositeur a écrit, avec une émotion sincère ; aussi l'a-
t-on souvent applaudi et rappelé mardi et jours suivants, en témoi-
gnage du plaisir de bon aloi qu'il procurait à l'auditoire.
C'est dans le rôle d'Amina que Mlle Marie Battu s'est montrée pour
la première fois au théâtre, et nous a révélé son rare talent de
cantatrice. Elle vient de le reprendre, ce rôle qu'elle doit aimer à
plus d'un titre, avec plus de crainte peut-être que le jour de son
début. Cela ne nous étonne pas : le danger dont on a triomphé n'en
reste pas moins le danger ; il n'en est que plus effrayant, lorsqu'on
le revoit face à face, et qu'il y a nécessité de le braver encore.
Cette appréhension Loute naturelle dominait Mlle Battu pendant son
air du premier acte, et jetait une sorte de voile sur les notes qu
s'échappaient de sa bouche en tremblant un peu. Cette agitation
passagère n'avait rien que de conforme à l'esprit du rôle. Peu à
peu la jeune artiste est redevenue maîtresse d'elle-même: elle a dit
sa partie du finale avec la force d'expression qu'exige cet admi-
rable morceau. Dans la dernière scène de somnambulisme, elle a dé-
taillé, nuancé avec un art infini le drame qui se joue dans sa pen-
sée, et dont les péripéties se succèdent jusqu'à l'instant du réveil.
Une expérience de dix années n'enseignerait pas à composer plus
savamment cette scène difficile , pendant laquelle Mlle Battu com-
mande si bien l'attention et le silence qu'on entendrait les battements
d'ailes d'un papillon.
Nous voudrions qu'Angelini, chargé du troisième rôle de l'opéra,
rôle si inférieur aux deux autres, tâchât de l'élever, comme faisaient
•ses devanciers, au lieu de l'abaisser encore. Ce n'est pas que le rôle
soit trop fort pour lui ; c'est plutôt sa voix qui est trop forte pour le
rôle. Au lieu d'adoucir sa prononciation, il l'exagère et la saccade,
en sorte que les paroles dansent et se heurtent l'une contre l'autre,
comme des œufs dans un panier. Nous voudrions aussi que sa tenue
militaire fût celle d'un officier et non d'un simple soldat. Enfin, si ce
n'est trop d'exigence, nous le prierions d'avoir l'air de ne pas assister
avec une parfaite indifférence à l'événement dont le* hasard veut
qu'il soit l'un des agents et des témoins.
Une dame ou demoiselle du nom de Vestri débutait dans le rôle de
la bella albergatrice. La qualité de ia voix n'a que médiocrement
flatté notre oreille. Les chœurs aussi n'ont pas toujours fait preuve
d'une entente sympathique ; il faut leur laisser le temps de se re-
mettre et de s'accoutumer au diapason normal, lequel d'ici à quelque
temps endossera la responsabilité d'un bon nombre d'infractions aux
jois de l'harmonie.
P. S.
350
REVUE ET GAZE-
MUSICALE
UN 0PÉR4 DE VIVIER.
Où donc est le critique blond que la plupart de nos confrères ho-
norent de leur confiance chaque fois qu'ils ne peuvent honorer de
leur présence une représentation ou un concert? A défaut du blond,
nous en avons consulté beaucoup de noirs, de châtains et de {/ris,
car nous tenions singulièrement h nous former une opinion sur l'opéra
qui vient d'être donné à Bade et dont la musique est de Vivier.
Vivier ne fait rien comme un autre; aussi n'avons-nous pas éprouvé
la moindre surprise en apprenant sur quelle espèce de canevas sa
muse avait travaillé : la Comète de Charles-Quint ! Avez-vous jamais
ouï parler d'un jeune homme , d'un rêveur éperdument amou-
reux d'une comète, et finissant par épouser une jeune fille sans
savoir précisément si sa bien-aimée appartient au ciel ou à la
terre, si c'est une fille d'Eve ou un astre chevelu? Les critiques noirs
affirmaient que la chose était impossible, les châtains répondaient qu'un
étudiant d'Heidelberg est capable de tout, et les gris ne savaient trop que
penser ni que dire. Sur la musique de Vivier les avis se rapprochaient
beaucoup plus ; on la trouvait généralement et presque unanimement ori-
ginale, inattendue, digne enfin de l'artiste qui avait déjà révélé sa faculté
créatrice par un grand nombre de fraîches et charmantes productions
instrumentales et vocales. Nous vous dirions bien qu'il y a dans
l'œuvre nouvelle un air chanté par Mlle Marimon, un autre air chanté
par Crosti, un petit duo entre Bussine et Sainte-Foy, et un quatuor
final qui a particulièrement enlevé les suffrages ; nous pourrions
même ajouter que l'ouverture sort évidemment d'une main habile à
profiter des ressources que fournissent au compositeur les instruments
de cuivre et de bois ; mais tout cela ne vous étonnerait guère et vous
instruirait encore moins. Donc bornons-nous à la simple formule, plus
significative souvent que de longs articles et des dissertations de même
taille : « Les auteurs de la Comète de Charles-Quint, sont pour les
» paroles, MM. Méry et Cormon. La musique est le premier ouvrage
» de M. Vivier. » Maintenant quel est l'astronome en état de nous
tracer l'itinéraire que suivra cette mélodieuse comète dans le firma-
ment théâtral ?
R.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
Par F. = J. Fétis.
(Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.)
BOCQUILLON-WSLHEM (GU1LLAUW1E-LOUÎS).
Bocquillon-Wilhem, fils de François Bocquillon, commandant de la
citadelle de Perpignan, naquit à Paris, le 18 décembre 1781. À l'âge
de dix ans il suivit son père à l'armée du Nord, et dans l'invasion
de la Hollande, en 1793. Enrégimenté, quoiqu'il un âge si tendre, et
supportant avec courage la fatigue et les privations, il continua de
suivre la carrière militaire jusqu'au mois de juillet 1795, époque où
il entra à l'école de Liancourt, fondée par le duc de la Rochefoucauld.
Il y étudia la grammaire, les mathématiques et la musique. Cet art
devint bientôt en lui l'objet d'un goût passionné ; les progrès qu'il y
fit lui ouvrirent les portes du Conservatoire de Paris, où il entra le
19 février 1801. 11 en suivait les cours avec succès depuis près de
deux ans lorsqu'il fut appelé à l'école militaire de Saint-Cyr, près de
Versailles, en qualité de répétiteur de mathématiques, puis de pro-
fesseur de musique. Après cinq années passées dans cette situation,
il sentit de jour en jour un désir plus vif de se livrer en liberté, à
Paris, ù la culture de la musique et de la composition; mais les
moyens d'existence lui manquaient pour réaliser ses projets ; enfin,
M. Jomard, qui plus tard fut membre de l'Institut de France, lui pro-
cura, en 1800, un emploi dépendant du ministère de l'intérieur, dans
les bureaux formés pour la publication de la grande Description de
l'Egypte aux frais de l'État. Ce fut dans cette place que Bocquillon-
Wilhem eut occasion de se lier d'unj amitié intime avec l'illustre
poète Béranger, dont il mit les premières chansons en musique. Quel-
ques-unes de ces pièces, entre autres la Vivandière et la Bonne
Vieille, eurent alors un succès de vogue. C'est aussi dans le même
temps qu'il commença à se livrer à l'enseignement. En 1810, il eut
le titre de professeur de musique du lycée Napoléon, devenu plus
tard le collège Henri IV, et il conserva cette place jusqu'à la fin de
ses jours.
L'introduction de l'enseignement mutuel en France dans les écoles
populaires vint préoccuper, en 1815, Bocquillon-Wilhem de l'idée que
ce mode d'enseignement pouvait être appliqué à la musique. Ses pre-
miers essais furent faits dans des écoles particulières fondées par lui
et dans des pensionnats de jeunes gens des deux sexes. Ses succès
dans sa nouvelle carrière fixèrent bientôt l'attention du conseil d'ins-
truction primaire du département de la Seine ; une proposition lui
fut faite, le 23 juin 1819, par le baron de Gérando, pour que l'étude
de la musique fût introduite dans l'enseignement primaire à Paris, et
Bocquillon-Wilhem fut désigné pour en organiser le système. L'école
de Saint-Jean de Beauvais, où plus de trois cents enfants étaient réu-
nis, devint alors le centre de son enseignement. Incessamment occupé
du soin d'en perfectionner les détails, il porta dans sa mission un
zèle égal à son intelligence et à sa patience dans la recherche des
procédés les plus utiles, nonobstant les difficultés qu'il rencontrait à
chaque pas. Il comprit que la division des éléments d'espèces diffé-
rentes devait être son point de départ : de proche en proche ces divi-
sions se multiplièrent dans sa méthode. Les beaux résultats qu'il ob-
tenait à l'école modèle de la ville le firent choisir, au commencement
de 1820, pour enseigner le chant aux élèves de l'École polytech-
nique. La confiance qu'il inspirait à juste titre à l'autorité le fit charger
à cette époque de l'organisation et de la direction d'une école normale
de musique par le ministre de l'intérieur. Chaque année accrut le
nombre des écoles élémentaires placées sous sa direction : en 1830,
ces écoles étaient déjà au nombre de dix à Paris, et des dispositions
étaient faites pour en organiser douze autres. La Société pour l'en-
seignement élémentaire récompensa les travaux et le zèle du profes-
seur par une grande médaille d'or qu'elle fit frapper en son honneur.
Dès 1821 Bocquillon-Wilhem avait publié l'exposé de sa méthode,
avec des tableaux d'exercices pour les élèves. Les éditions multipliées
de ces ouvrages prouvent le succès qu'ils ont obtenu. Mais une idée
heureuse de cet homme distingué vint donner un nouvel éclat à sa
renommée lorsqu'il imagina des réunions périodiques des élèves de
toutes les écoles en un seul chœur, qu'il désigna sous le nom d'Orphéon.
Le premier essai de cette institution fut fait au mois d'octobre 1833;
les prodiges d'ensemble et de fini dans l'exécution par un si grand
nombre de chanteurs excitèrent le plus vif enthousiasme parmi les
artistes et les amateurs. Des écoles d'adulles furent également insti-
tuées, pour fournir à l'ensemble la réunion de tous les genres de
voix, et les progrès des ouvriers rassemblés dans des écoles furent si
rapides qu'on les vit, en moins de deux ans, lire toute espèce de
musique à première vue et l'exécuter avec autant d'intelligence que
de sentiment. Tant de persévérance dans la création d'une grande
amélioration sociale, tant d'idées ingénieuses mises en pratique pour
la réaliser et tant de zèle dans l'exercice de fonctions pénibles,
trouvèrent leur récompense dans la nomination de Bocquillon à la
place de directeur général de l'enseignement dans toutes les écoles
primaires de Paris, avec un traitement annuel de 6,000 francs (le
6 mars 1835), et dans sa promotion à la dignité de chevalier de la
Légion d'honneur (30 avril suivant). En 1839, il fut désigné par le
DE PARiS.
351
gouvernement pour l'inspection de l'enseignement universitaire du
chant, et dans l'année suivante on lui confia les mêmes fonctions près
l'École normale de Versailles. De jour en jour l'emploi de ses
procédés d'enseignement devenait plus général ; ils avaient été in-
troduits dans les écoles de la doctrine chrétienne en 1840 et 1841 ;
des Anglais, qui étaient venus à Paris pour étudier sa méthode, la
naturalisèrent dans de grands établissements à Liverpool et à Londres.
Usé de bonne heure par la fatigue et le travail, Bocquillon-Wilhem
sentit ses forces diminuer vers la fin de 1841. Au mois d'avril 1842
une fluxion de poitrine vint le surprendre dans cet état de dépéris-
sement, et le 26 du même mois il cessa de vivre, à l'âge de soixante
ans et quelques mois. Le nombre des élèves instruits par la méthode
de cet homme distingué qui se trouvaient dans les écoles de Paris au
moment de sa mort était d'environ douze mille, et celui des adultes,
presque tous ouvriers, s'élevait à quinze cents. C'est parmi les plus
habiles de ses élèves qu'il choisissait les chanteurs des séances de
l'Orphéon, où il les réunissait quelquefois jusqu'au nombre de douze
ou quinze cents ; l'exécution atteignait le dernier degré de perfection
dans ces concerts du peuple. Honneur à l'homme de bien dont la
vie entière a été consacrée aux travaux qui ont produit de tels ré-
sultats !
Voici la liste des ouvrages de Bocquillon-Wilhem et de leurs diver-
ses éditions. I. Compositions: 1° Romances, paroles de Parny (Dina;
Balla; le Plaisir des rois; AngéVne); Paris, Le Duc. — 2° Idem,
paroles de Béranger {Marie Stuart ; Adieu de Charles VII; Brennus;
la Vivandière ; la Bonne vieille ; Beaucoup d'amour; Si fêlais petit
Oiseau; Parny n'est plus); ibid. — 3° Idem, paroles de B. Antier
(l'Adieu de ma bien-aimée ; Amour; Silence; le Retour de Barcelone);
ibid. — 4° Choix de mélodies des psaumes rhylhmées et disposées à
trois parties pour voix égales ou inégales; Paris, 1836, in-12 de
48 pages. — 5° Nouveau choix de mélodies des psaumes, rhylhmées
et disposées à trois parties, pour le consistoire de l'Eglise réformée de
Paris; Paris, 1836, in-12 de 168 pages. Une quatrième édition de
ces chants, contenant tous les psaumes à 3 voix, a paru à Paris, chez
Rizler, en 1838, 1 vol. in-12 de 500 pages. — 6° les Psaumes de Da-
vid à voix seule, suivis de cantiques sacrés ; Paris, 1839. — 7° Or-
phéon, Répertoire de musique vocale en chœur sans accompagnement
d'instruments, à l'usage des jeunes élèves et des adultes, composé de
pièces inédites et de morceaux choisis dans les meilleurs auteurs ;
Paris, Perrotin et Hachette, 1837-1840, 5 vol. in-8°. La dernière édi-
tion de V 'Orphéon, publiée à Paris en 1837, chez les mêmes, forme
dix volumes. — IL Ouvrages élémentaires : 8" Guide de la méthode
élémentaire et analytique de musique et de chant, divisé en deux
parties, etc.; Paris, 1821-1824, 1 vol. in-8" de 284 pages. Cet ou-
vrage est divisé en plusieurs cours gradués ; la première partie ren-
ferme le texte ; la deuxième les exercices de musique. On trouve des
exemplaires de cette première édition avec le titre suivant : Méthode
élémentaire analytique de musique et de chant conforme aux principes
et aux procédés de l'enseignement mutuel, adoptée par la Société
d'instruction élémentaire. Les tableaux in-folio qui accompagnent cette
première édition sont au nombre d'environ 160. La deuxième édition
du guide parut en 1827, à Paris, 1 vol. in-8°, avec des tableaux d'exer-
cices in-folio. On trouve des exemplaires de la même édition avec la
date de 1832. Le frontispice des tableaux a été aussi changé. La troi-
sième édition a pour titre : Méthode, ou instructions sur l'emploi si-
multané des tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire ;
Paris, L. Hachette, 1835, in-8° de 74 pages, avec deux suites de ta-
bleaux in-folio, la première, pour le premier cours, en 50 feuilles, et
la deuxième, pour le second cours, en 25 feuilles. Enfin, une qua-
trième édition a paru sous le titre de Guide complet de la méthode
B.-Vilhem, ou instructions, etc. ; Paris, L. Hachette, 1839, 1 vol.
in-8", réuni aux tableaux de l'édition de 1835. La sixième édition du
Guide complet aélé publiée en 1845, chez Perrotin et Hachette, 1 vol.
in-8° de 156 pages. — 9° Tableaux de lecture musicale et d'exécution
vocale, conformes aux principes et aux procédés de l'enseignement
simidtané, etc.; Paris, 1827-1832, in-folio composé de 74 tableaux
en 137 feuilles. — 10° Nouveaux tableaux de lecture musicale et de
chant élémentaire, ou méthode graduée en deux cours, etc.; Paris,
Hachette, 1835, in-folio. On trouve des exemplaires de cette édition
avec un nouveau frontispice daté de 1838, et avec l'indication de la
quatrième édition. — 11° Manuel musical à l'usage des collèges, des
institutions, des écoles et des cours de chant, comprenant, pour tous
les modes (L'enseignement, le texte et la musique en partition des ta-
bleaux de la méthode de lecture musicale et de chant élémentaire, pre-
mier et deuxième cours; Paris, Perrotin et Hachette, 1836, 2 vol. in-
8°. Une deuxième édition a paru chez les mêmes libraires en 1839,
une troisième en 1840; la cinquième est de 1845, la sixième de 1847,
et la septième de 1849. A l'époque où parut cette dernière édition,
quarante-trois mille exemplaires de l'ouvrage avaient été vendus.
Bocquillon-Wilhem a publié, dans le Dictionnaire des découvertes, une
notice sur les travaux de Perne, et une Notice nécrologique sur
M. J.-B. Morel (voy. ce nom); Paris, sans date, in-8°.
M. Jomard, un des présidents honoraires de la Société pour l'ensei-
gnement élémentaire, a publié un Discours sur la vie et sur les tra-
vaux de G.-L. B.-WUhem, prononcé à l'assemblée générale de la
Société pour l'instruction élémentaire, le 5 juin 1842, avec un appen-
dice, un chant funèbre à deux chœurs, musique de 31. J. Hubert,
un portrait de B.-WUhem, un fac-similé de son écriture, et une note
historique sur l' introduction du chant dans les écoles de France ;
Paris, Perrotin et Hachette, 1842, in-8° de 126 pages. On a aussi sur
l'inventeur de la mélhode d'enseignement mutuel et simultané de la
musique : Notice historique sur la vie et sur les ouvrages de Guil-
laume-Louis Bocquillon-Wilhem, par Mme Eugénie Niboyet ; Paris,
1843, in-12. — Notice sur Guillaume-Louis Bocquillon-Wilhem , par
J. Adrien de la Fage. Paris, 1844, in-8°.
CORRESPONDANCE.
Besançon, 1er octobre 1860.
Le concours d'orphéons, ouvert dimanche dernier par la ville de
Besançon, a clos pour cette année la série des manifestations artistiques
du chaut choral populaire. M. Eugène Delaporte dirigeait cette solen-
nité musicale dont la commission de l'exposition industrielle avait pris
l'initiative. L'institution orphéonique en effet a pris rang aujourd'hui
parmi les besoins intellectuels de la société, et ses fêtes figurent au
programme de toutes les œuvres véritablement nationales. Le concours
de Besançon a prouvé une fois de plus le zèle que les Sociétés chorales
apportent à leurs études et l'empressement avec lequel elles aiment à
en soumettre les résultats à. l'appréciation des artistes éminents qui di-
rigent et encouragent leurs travaux. Il est regrettable que les adminis-
trations de chemins de fer ne s'associent plus, comme autrefois, par
l'abaissement du tarif de leurs transports à ces fêtes, qui attirent tou-
jours une grande affluence de population et créent d'utiles relations
entre les villes d'une même contrée.
Néanmoins le nombre des Sociétés concurrentes était assez considé-
rable. Montereau, Nuits, Ornans, Genlis, Fouvent-le-IIaut, Saint-Jean-de-
Losne, Montmorency, Baume-les-Dames, Vesoul, Belfort, Gray, Dole, Di-
jon, Salins, Chalon-sur-Saône, Plombières, Pontarlier, Beaune, Arbois, etc.,
avaient envoyé leurs orphéons. On comptait les bannières des fanfares
de Berne (Doubs), de Vuillafans, de Pierre-en-Bresse, Longecourt, Tré-
court, Autricourt, l'Isle-sur-le-Doubs, Champaguole, Genlis, Dole, Mont-
béliard, etc. Arbois, Montereau, Nuits étaient représentés par leurs mu-
siques. A onze heures, par un soleil radieux, — le fait mérite d'être
signalé, — toutes les Sociétés défilaient sur la place Saint-Pierre devant
les autorités locales et les membres du jury, et se rendaient en cortège
aux lieux des concours .
Les épreuves ont eu lieu au théâtre, au Palais de justice et à la pro-
menade Urauvelle. MM. Delsarte, E!wart et Klosé présidaient ces trois
jurys composés de MM. Camille de Vos, Deffès, Laurent de ftillé, Besozzi,
de la Fage, Jonas et Veny pour les orphéons, et de MM. Dauverné, Cok-
ken, Dufrêne et Couder pour les musiques. H résulte de l'ensemble des
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
appréciations du jury que les Sociétés chorales sont en voie de progrès
et s'acheminent individuellement vers l'interprétation artistique de leur
répertoire.
A cinq heures la distribution des récompenses a eu lieu dans le jardin
de l'Exposition. Une estrade richement décorée réunissait les notabilités
bysontines et les juges des concours. La foule avait envahi les rues en-
vironnantes et s'étageait jusque sur les toits à pignons dentelés de la
ville de Charlemagne et de Charles-Quint. Les Sociétés de Saint-Jean- de-
Losne, Genlis, Ornans, dont le peintre Courbet est membre, Nuits, Mont-
morency, Baume-les-Dames, Gray, Besançon, Arbois, Chalon, Beaune,
Salins ont remporté les prix des différentes sections de la troisième divi-
sion. Les médailles d'or offertes par l'Empereur et par les dames de la
ville ont été décernées à l'unanimité, la première à la Chorale de Dijon, la
seconde aux Enfants du Jura de Dole. Les musiques de Pierre-en-Bresse,
Berne, Champagnole, Genlis, Saint-Jean-de-Losne, Dole, Arbois, Monte-
reau et des Enfants du Doubs ont été également couronnées. Dans un
discours judicieusement pensé, M. Clerc de Landresse, maire de Be-
sançon, a rappelé aux lauréats les diverses phases et les principes mo-
ralisateurs de l'institution dont ils venaient d'être les représentants ac-
clamés.
Un banquet a été offert le soir dans le salon d'honneur de l'Hôtel de
ville par la commission de l'exposition aux membres du jury et aux jour-
nalistes invités. L'aspect de la salle était magnifique. Plusieurs toasts ont
été portés à l'Empereur, à M. Delaporte, l'infatigable propagateur du
chant choral en France, à la presse et aux orphéons. Un toast de M. Ber-
tillot, ancien maire de la ville, a été chaleureusement applaudi. —
« Aujourd'hui, a dit l'orateur, nous rendons hommage au plus sédui-
sant, au plus civilisateur des beaux-arts dans la personne de ses organes
et de ses représentants les plus autorisés. Ils sont venus animer par leur
présence ces luttes de chant et d'harmonie qui de nos jours, comme aux
beaux temps de la Grèce antique, ravissent les populations et les enlèvent
momentanément aux préoccupations ordinaires de la vie pour leur ouvrir
les perspectives enchantées que l'imagination et le sentiment savent
créer à l'aide des sons La ville de Besançon a droit, Messieurs, à
toutes vos sympathies. Elle a donné naissance à l'un des plus savants et
des plus habiles musiciens du xvc siècle, et c'est de la tête et de l'âme
d'un Franc-Comtois qu'est sorti ce chant héroïque et passionné que re-
disent en tous lieux les défenseurs de l'indépendance menacée En
répandant dans toutes les classes l'intelligence et l'amour de l'art, les
Sociétés chorales feront surgir parmi nous des successeurs aux Goudimel
et aux Rouget de Lisle. Honneur donc aux artistes éminents qui encou-
ragent et qui soutiennent le zèle de ces utiles réunions !... »
La fête chorale de Besançon s'est terminée lundi par un festival donné
dans la salle du théâtre, l'une des plus heureusement aménagée de nos
provinces de l'Est. Les députations des Sociétés couronnées ont. exécuté
avec un entrain remarquable les chœurs applaudis, il y a quatre mois,
au palais de Sydenham, et l'excellente musique du 53e régiment de li-
gne a fort habilement détaillé les beautés imposantes de la Marche aux
flambeaux, de Meyerbeer.
A l'heure où je vous écris, monsieur le directeur, la vapeur emporte
aux quatre coins de la France les vainqueurs et les vaincus de ces luttes
courtoises, fraternellement unis dans une pensée commune de concorde
et d'émulation. Les quatre mille étrangers venus pour assister aux fêtes
quittent la ville sous une.pluie torrentielle. Besançon reprend, à l'ombre
de ses remparts, son calme habituel. Mais ce concours aura pour la pro-
pagation de l'art musical en Franche-Comté des conséquences non moins
précieuses que celles produites dans l'ordre industriel, par l'exposition
bysontine. Cette noble et antique province appliquera, nous n'en doutons
pas, à la grande cause de l'orphéon français, la vigueur de pensée, la
solidité de jugement, la persistance et le sentiment qui caractérisent les
travaux de ses habitants dans toutes les branches de l'intelligence hu-
maine.
Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments
les plus disti igués.
Em. Mathieu de MONTER.
P.-S. Le colonel du 53e régiment de ligne, en garnison â Besançon,
vient de créer dans son régiment un orphéon composé de 150 hommes.
Nous avons entendu cette société exécuter sur la plate- forme de la Cita-
delle un chœur dont l'air et les paro'es sont arabes. On ne saurait ima-
giner l'effet produit par cette mélodie dolente et ce rythme indécis.
l'Orient apparaît avec sa majesté placide et ses mystiques rêveries.- Cela
saisit, berce et transporte. Ravi par cet orchestre en épaulettes de laine,
l'on songe malgré soi aux profondeurs du désert, aux mystérieuses in-
cantations de la mosquée. Nous ne saurions trop féliciter le brave colo-
nel du 53" de substituer ainsi l'harmonie et l'étude aux dangereux loisirs
de la vie de caserne. H y a là tout à la fois une belle pensée et une
bonne action.
REVUE DES THÉÂTRES.
Théâtre-Français : Reprise des Jeunes gens, comédie en trois actes,
de M. Léon Laya. — Odéon : les Vertueux de province , comédie
en trois actes et en vers, par M. Galoppe d'Onquaire. — Vaude-
ville : une Tasse de thé, comédie en un acte, par MM. Nuilter
et Derley ; reprise de Dalila , de M. Octave Feuillet. — Palais-
Royal : la Famille de l'horloger, vaudeville de MM. Labiche et
R. Deslandes ; Un gros mot, vaudeville de MM. Labiche et Dumous-
tier. — Ambigu : la Maison du pont Notre-Dame, drame en cinq
acles et six tableaux, par MM. Th. Barrière et H. de Kock.
Le Théâtre-Français avait contracté une dette de reconnaissance
envers l'auteur du Duc Job, dont le succès a eu, l'hiver dernier, des
proportions tout à fait exceptionnelles. Que M. Laya ait dû cette
bonne fortune plus encore au talent de son principal interprète qu'au
mérite réel de son œuvre, là n'est pas la question. Il a fait, pendant
plusieurs mois, des recettes fabuleuses, il a contribué, pour sa large
part, à la prospérité actuelle de la Comédie française, et, sous ce
rapport, il avait droit à une récompense honnête. Rien n'est donc
plus rationnel que la reprise des Jeunes gens, pièce en trois actes du
même auteur, qui, en son temps, a été accueillie avec assez de fa-
veur pour que cet acte de gratitude ne tourne, pas au détriment de
ceux qui l'accomplissent. On retrouve, du reste, avec plaisir dans cet
ouvrage la plupart des artistes que l'on a applaudig dans le Duc Job,
et, en première ligne, l'excellent Got, non moins remarquable sous
les traits de Francisque que sous ceux du gentilhomme soldat, Jean
de Rieux. Tout fait supposer que le Théâtre-Français n'aura pas à se
repentir de cette reprise, et que les Jeunes gens de M. Laya tiendront
honorablement leur place au répertoire.
— L'Odéon en est à peine à la fin de son premier mois de réou-
verture, et voici la seconde pièce importante qu'il fait défiler devant
le public. C'est M. Galoppe d'Onquaire, l'auteur de la Femme de
guarante ans, qui est cette fois sur la sellette. Sa comédie nouvelle se
nomme les Vertueux de province, et repose sur un travers très-vrai
et très-bien observé. Qui de nous n'a pas connu de ces braves provin-
ciaux dont les cheveux se dressent au nom seul de Paris, la moderne
Babel, qu'ils regardent comme le réceptacle de tous les vices, comme
le rendez-vous des mauvais instincts du monde entier. Ils n'ont
pas de termes assez forts pour exprimer l'horreur et le mépris que
leur inspirent les habitants de cette cité perverse. Eh bien ! soulevez
un peu le voile qui abrite ces vertueux, ces rigoristes qui font fi des
Parisiens et qui voudraient leur persuader que l'honnêteté, exilée de
la ville, s'est réfugiée dans leur province. Prenez, par exemple,
M. Duval, un ex-notaire de je ne sais quel petit endroit, voyez sa
femme, voyez sa fille. Toule cette respectable famille se croit bien
sincèrement à l'abri du qu'en, dira-l-on, et considère les erreurs hu-
maines du haut de sa pruderie immaculée. Pourtant M. Duval spécule
naïvement sur la mort d'un ami pour marier plus avantageusement
Mlle Duval. Sa digne moitié, par un sentiment jaloux, décoche de
petites calomnies anodines qui jettent le trouble dans le cœur d'une
pauvre fille ; enfin, Mlle Duval, élevée dans la crainte du monde et
dans le respect de ses parenls, donne un sournois démenti à cette
éducation d'apparence irréprochable. Ces gens sans tache s'aperçoi-
vent-ils seulement de la contradiction flagrante qui existe entre leurs
actions et leurs paroles ? Non vraiment, et c'est de bonne foi qu'ils se
regardent comme bien supérieurs, en vertus de toutes sortes, à
messieurs les Parisiens. Cette thèse, habilement présentée par M. Ga •
loppe d'Onquaire, est éminemment favorable à des développements
satiriques dont il a su tirer un bon parti. Son vers est incisif, concis,
souvent spirituel, et le poëte n'a pas obtenu moins de bravos que le
peintre de mœurs.
DE P^RIS.
353
— Une petite comédie intitulée Une Tasse de thé, amusant imbro
glio, a parfaitement réussi ces jours derniers au Vaudeville. Il s'agit
d'un pauvre diable poursuivi par des créanciers et se réfugiant, par
aventure, dans un carrosse qui stationne h la porte d'un hôtel du fau-
bourg Saint-Germarn. Ce carrosse conduit notre homme dans une
maison fort mal gardée, où se passe une scène de ménage entre une
femme jalouse et un mari indifférent. A l'aspect d'un inconnu qui
pénètre tout à coup dans son boudoir, la femme s'inquiète d'abord,
puis reconnaissant sa méprise, le fait servira exciter la bile de son
seigneur et maître. Un louable rapprochement résulte de cette leçon
donnée à la faveur d'Une tasse de thé que les deux époux achèveront
à huis clos, après après avoir éconduit leur importun témoin.
Cette pièce accompagne très-agréablement la reprise 'de Dalila, où
M. Ribes a fait avec assez de bonheur ses débuts dans le rôle d'André
Roswein, l'une des brillantes créations de Lafontaine.
— Au Palais -Royal, deux vaudevilles nouveaux et tous deux de
M. Labiche. L'un a pour titre la Famille de l'horloger. C'est une
bouffonnerie entée sur le suicide d'une grosse et forte femme qui se
jette à l'eau par désespoir d'amour. Un jeune homme la repêche et
la conduit dans son propre domicile, où la présence de cette femme,
qui est justement sa future belle-mère, amène une foule de quipro-
quo drolatiques dont le dénoùment s'opère à la satisfaction générale.
Il est bon de remarquer, pour la justification du titre, que l'inflam-
mable belle-mère est la femme d'un horloger, et que celui-ci ne se
rend aux motifs qu'elle lui donne de son séjour nocturne chez son
sauveur, qu'en constatant que leurs montres à tous deux se sont ar
rétées au moment où ils ont fait le plongeon dans le canal Saint-
Martin. S'ils n'avaient pas eu de montres pourtant, comment auraient-
ils prouvé leur innocence? On frémit, rien que d'y penser.
L'autre pièce s'appelle Un gros mot. Quel gros mot ? Faut-il le
dire ? Mme Gaillardin a osé jeter à la face de son mari l'épithète peu
parlementaire de : cornichon ! Aussitôt la guerre est déclarée ; on
convient d'une séparation à l'amiable ; madame habitera de ce côté,
monsieur de l'autre, et l'on s'évitera le plus possible en passant par
le salon commun. Monsieur exige que madame retire son gros mot ;
mais madame refuse énergiquement, et, comme pour narguer son
mari, elle donne un bal pour lequel elle lui adresse une invitation.
Gaillardin répond à cette ironie en acceptant et en amenant avec lui
un ami qui, sans savoir à qui il a affaire, tombe amoureux de
Mme Gaillardin et se met en mesure de brusquer sa conquête. Les
dangers suspendus sur la tête de Gaillardin modifient singulièrement
son obstination et finissent par opérer un rapprochement conjugal sans
que le gros mot soit relire. Ce rôle de mari têtu a été tracé en vue
de Ravel qui le joue à merveille et qui y a fait une rentrée triom-
phante.
— Un roman de M. Henri de Kock, le Médecin des voleurs, a
fourni le sujet du drame représenté à l'Ambigu sous le titre de la
Maison du pont Notre-Dame. Il est vrai qu'en chemin le roman a
furieusement changé, et qu'il n'est guère question dans le drame ni
de médecin ni de voleurs. L'intrigue de la pièce roule sur une subs-
titution de personne opérée par un certain chevalier d'industrie qui
a intérêt à faire revivre un individu expédié par son complice. Mais
le crime a eu un témoin caché; la victime de ce scélérat a été secrète-
ment sauvée, et quand l'assassin croit s'être débarrassé pour la seconde
et dernière fois de l'homme qui fait obstacle à ses desseins téné-
breux, cette première victime ressuscite et le force à se faire lui-
môme justice par un suicide. Malgré quelques longueurs, ce drame,
plein de surprises mystérieuses et de coups de théâtre saisissants, a été
fort goûté du public et la foule s'y porte. La partie sérieuse y est re-
présentée par Lacressonnière, qui, dans les deux rôles de l'homme as-
sassiné et de l'homme substitué, a rencontré le même succès que des
moyens à peu près identiques lui avaient fait trouver à la Gaîté dans
le Courrier de Lyon. La partie comique, qui y tient une grande place,
a pour principal interprète Febvre, un artiste de l'Odéon, que le
Testament de César Girodot a mis en réputation de l'autre côté de
l'eau, et q;e la Maison du pont Notre-Dame va rendre populaire sur
la rive droite.
D. A. D. SAINT- YVES.
NOUVELLES.
t% Le théâtre impérial de l'Opéra donne aujourd'hui Pierre de
Médicis, et annonce pour demain Sémiramis.
„,% Dimanche dernier Robert le Diable a fait salle comble. Mme Du-
prez-Vandenheuvel et Mlle Marie Sax obtiennent dans le chef-d'œuvre
du maître un succès qui grandit à chaque soirée. Gueymard et lîclval
complètent un excellent ensemble.
„% Une indisposition de Mlle Ilamackers a forcé d'ajourner la reprise
du Prophète.
„% Lundi on a représenté le Trouvère avec Michot et Mlle Barbara
Marchisio. — Mercredi et vendredi, Sémiramis.
a% Mlle Carlotta Marchisio continuera ses débuts par le rôle de Ma-
thilde dans Guillaume Tell, et selon toute apparence, Morelli débutera
dans ie chef-d'œuvre de Rossini par celui de Guillaume.
t*t On annonce pour jeudi 11, au théâtre de l'Opéra-Comique, une
représentation au bénéfice d'un artiste dont la .position excite toutes
les sympathies. Le programme de cette représentation est d'ailleurs fait
pour attirer la foule. Outre le personnel de l'Opéra-Comique, celui de
l'Opéra, du Théâtre-Français et du Palais-Royal doivent concourir à
cette bonne œuvre. On y entendra les sœurs Marchisio dans le duo de
Sémiramis, Mlle Vestvali dans l'air de Romeo, Michot dans la scène de
Faust et l'air de la Dame blanche, Montaubry dans le Chaperon rouge,
Sainte-Foy, Berthelier, etc.
„% Mlle Wertheimber étudie avec beaucoup de zèle et d'activité le
rôle d'Hoël du ^ardon de Ploërmel; Mlle Monrose sait le sien et Sainte-
Foy est prêt.
**„ Le théâtre impérial Italien donne aujourd'hui le Trouatore pour le
début de Pancani. Mmes Penco et Alboni, MM. Graziani et Angelini
feront leur rentrée dans cet opéra, qui sera donné trois fois dans la
semaine.
t% Les répétitions de Nella, le nouvel opéra-comique d'Aimé Maillart,
se poursuivent avec activité. C'est Mlle Baretti, lauréate du Conserva-
toire, qui a été engagée pour remplir le rôle principal. On pense que
l'ouvrage passera le 10 novembre. Les autres rôles sont confiés à
Mmes Faivre et Vadé, à MM. Girardot, Delaunay-Riquier et Wartel.
*** La représentation donnée samedi de la semaine dernière se
composait des Rosières, de la Partie de piquet, jolie comédie jouée
par les acteurs du Gymnase, et d'un intermède de musique mili-
taire sous la direction deMohr, qui a été fort applaudi.— Les répétitions
du Val d'Andorre arrivent â leur terme et l'ouvrage passera probable-
ment cette semaine. On vient de recevoir au théâtre Lyrique un opéra-
comique en un acte de M. Jules Delahaye, sous le titre: les Dragées de Su-
zette. Il a chargé M. Hector Salomon d'en écrire la musique.
„\, L'opéra Italien de Saint-Pétersbourg a rouvert le 23 septembre par
le Prophète, interprété par Tamberlick, Mme Nantier-Didiée et Mme Dot-
tini. La salle était comble et le chef-d'œuvre de Meyerbeer a été, comme
toujours, accueilli par des applaudissements enthousiastes. — Mme Lagrua
a fait sa rentrée par Norma, rôle dans lequel elle a retrouvé ses
triomphes de l'hiver dernier. L'ensemble a beaucoup gagné cette an-
née ; Tamberlick remplaçait Mongini qui, disait-on, ne reviendrait pas
à Saint-Pétersbourg, et Mme Bernardi chantait le rôle d'Adalgise.
Debassini s'était chargé de celui d'Orovèse, trop haut pour Marini. —
La Fioretti n'était point encore arrivée et on ne s'expliquait pas plus ce
retard que celui de Mongini. — 11 a été décidé que le nouveau théâtre
du Cirque, reconstruit par l'architecte Cavos et qui a pris le nom de
théâtre Marie, serait désormais affecté aux représentations de l'opéra
russe. 11 avait été d'abord question d'y placer l'opéra italien. — Le
théâtre français a déjà vu les débuts de Mlle Douglas et do Mme La-
grange; ceux de Dupuis et de Mlle Stella Colas devaient suivre.
„** M. de Flotow, l'auteur de Martha, de Stradella, etc., écrit en ce
moment la partition d'un opéra nouveau; dont le texte est dûâ M. F.milc
Pohl.
„*„ La troupe italienne de Merelli a fait son premier début au théâtre
Royal de Berlin par la Norma. Mme Vera Lorini, chargée du rôle prin-
354
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
cipal, a obtenu un certain saccès, mais en général le public a accueilli
froidement cet essai.
„,** M. Florenza, baryton qui'obtient depuis quelques années de grands
succès à la Havane, vient d'arriver à Paris.
4*4 Mlle Esther Danhauser vient d'être engagée en qualité de première
Dugazon au théâtre de la Haye.
*% Les théâtres de Brest, Lille, Saint-Quentin et Verviers ont mis le
Roman d'Elvirek l'étude.
4** Mme Miolan-Carvalho est de retour à Paris. Elle a chanté pour ses
deux dernières représentations le rôle du page des Nozze di Figaro et elle
a obtenu un immense succès. Ce qui a surpris de la manière la plus
agréable et enthousiasmé le public berlinois, c'est qu'elle ait pu ap-
prendre assez d'allemand pour dire le dialogue dans cette langue.
„,% Hier samedi, l'Académie des beaux-arts a tenu sa séance an-
nuelle pour la distribution des prix et l'exécution, de la cantate. A di-
manche prochain les détails.
*% Demain lundi aura lieu la réouverture des classes au Conserva-
toire impérial de musique et de déclamation.
*** La Société allemande Haendel vient de livrer aux souscripteurs le
tome VU des œuvres du grand compositeur; il contient Sérriêlé, oratorio
qui a été composé en 4 743 daas l'espace d'un mois; la première exécu-
tion eut lieu le 10 février 1744; le texte est tiré d'une ancienne tragé-
die. A la partition est joint un arrangement pour piano par Richter.
*** Mmes Henri Potier et Emerique-Fichel inaugurent leurs Cours
de chant le dimanche 14 octobre, par une matinée musicale qui aura
lieu dans les salons de M. Navarre, facteur de pianos, 2, rue Fléchier.—
Le lundi 15 octobre, ouverture des Cours. On s'inscrit chez Aime Henri
Potier, 1, rue de la Grange-Batelière.
*** Dans un concours des orphéons et Sociétés chorales, "qui a eu lieu
dimanche, 23 septembre, la Société allemande Teutonia faisant partie de
la division supérieure, et dirigée depuis plusieurs années par M. Jules
Offenbacu, a remporté le premier prix. Les morceaux qui ont été exé-
cutés étaient l'Ode ou printemps, par L. Kreutzer, et un chœur inédit
de Meyerbeer, intitulé : A la pairie. L'illustre maître, qui a bien voulu
accepter récemment la présidence honoraire de la Teutonia, avait dédié
<■(■. chœur, qui a eu un succès hors ligne, à cette Société, et celle-ci
l'exécutait pour la première fois à l'occasion, du concours qui vient
d'avoir lieu à Livry.
„*4 M. Franco-Mendès, premier violoncelle solo de S. M. le roi des
Pays-Bas, va commencer, rue de Lilie, 17, chez SI. Lévy Alvarès, un
cours d'accompagnement pour le piano. Nous nous empressons de faire
connaître aux mères de famille une occasion aussi précieuse de faire
donner à leurs filles le complément des études musicales sous la direc-
tion d'un aussi éminent professeur.
*,. On nous écrit de Saint-Servan que M. A. Bessems a obtenu dans
cette ville de Bretagne un grand succès eu jouant, dans un concert au
bénéfice des pauvres, une nouvelle fantaisie de sa composition sur des
motifs de Donizetti, ainsi qu'une ravissante mélodie intitulée l'Amélia,
écrite par lui pour cette circonstance, et qui a enlevé tous les suf-
rages.
*** Le dernier concert de la saison d'Ems a été fort brillant. Mme Cam-
bardi, dont le nom est populaire sur les bords du Rhin, s'est surpassée.
M. le comte de Morny, à la veille de son départ, assistait à ce concert,
et Mme de Morny a vivement applaudi la Polacca, de Bergson, chan-
tée par Mme Cambardi, Ce morceau a été bissé.
^ ,„*.,, Louis Lacombe, dont les chœurs ont fait sensation au palais de
l'Industrie, lors de la grande fête chorale populaire, vient de publier,
indépendamment de ses Veilleurs de nuit, deux beaux chœurs religieux,
un Agnus Dei et un Kyrie à trois voix égales, avec accompagnement
d orgue ou harmonium et piano. C'est là de large et sévère musique qui
prendra sa belle place dans un programme élevé.
„*„ Douce rêverie, nouveau morceau de piano de Mme Badarzewska,
1 auteur de la Prière d'une vierge, vient de paraître.
*** Nous rappelons à MM. les membres de la Société des auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique que l'assemblée générale extraor-
dinaire de cette Société a lieu aujourd'hui à deux heures précises dans
les salons de M. Soufieto, 161, rue Montmartre. Ils sont instamment
pries d'y assister.
*** L'éditeur Tito Ricordi, de Milan, vient de publier une grande
valse de concert, intitulée Nice. Celte œuvre rematquable est due à la
lie féconde de M. le professeur Perny, qui a composé aussi un chant
patriotique, la France à Nice, chaudement applaudi au théâtre.
*'%, Aujourd'hui dimanche, 7 octobre, un grand concert extraordinaire
a lieu de trois â cinq heures du soir, aux Concerts Musard des Champs-
Elysées. Les portes ouvriront a deux heures.
*** L'art dramatique vient de perdre un des hommes qui lui avaient
consacré leur vie entière. M. Solomé est mort à Belleville, âgé de
quatre-vingts ans. 11 avait d'abord joué la comédie, mais il se ren-
ferma bientôt dans les fonctions de régisseur et de metteur en scène, qu'il
remplit avec une habileté rare tant à Paris qu'en province. En cette
qualité, il fut attaché successivement au Théâtre-Français, au grand
Opéra, au théâtre de l'Opéra-Comique; de la Renaissance, sans compter
les théâtres secondaires. 11 avait aussi composé quelques pièces parmi
lesquelles se trouve un mélodrame, la Mort du chevalier d'Assas, repré-
senté â Paris au théâtre du Panorama dramatique. En outre, il publia
trois mises en scène, celle des Trois quartiers, de la Muette de Portici et
de Zampa. 11 était un des pensionnaires de l'Association des artistes
dramatiques.
4*4 C. Zollner, connu par ses nombreuses compositions et ses chœurs
pour voix d'homme, vient de mourir à l'âge de soixante ans.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
,*, Boulogne-sur-Mer. — Le grand concert religieux, historique et clas-
sique, donné dernièrement dans la cathédrale non encore consacrée, par
M. Charles Vervoitte, maître de chapelle de Saint-Roch, a tenu toutes les
promesses de son programme, et un succès immense a couronné les
efforts de son organisateur. La première partie, exclusivement consacrée
aux œuvres des maîtres qui ont illustré l'art musical, depuis le xie jus-
qu'au xvmc siècle, a excité pendant toute sa durée le plus vif intérêt,
en révélant tour à tour dans d'exquises compositions, telles que l'Ave
Maria, d'Hermann , la Bataille de Marignan, de Clément Jannequin, 0
vos omn^s, deVittoria, Gaudeamus, deCarissimi, une onction toute céleste,
une originalité de rhythme, une suavité d'expression, une verve et une
sorte de joie chrétienne. M. Hayet, premier ténor solo à Saint-Roch, a
été fort applaudi dans l'air d'église, de Stradella, qu'il a chanté avec un
sentiment excellent, rehaussé par le charme d'une voix fraîche et bien
timbrée. M. Bussine a fait admirer une fois de plus sa méthode
large et savante, dans un psaume de Marcello et un air de Meudelssohn,
parfaitement appropriés aux qualités de sa voix et de son talent. M. Ca-
zaut a fait retentir de son timbre puissant les voûtes de la grande cathé-
drale, et recueilli d'unanimes bravos dans l'air classique qu'il avait à
interpréter. Toute cette première partie, hérissée de difficultés d'exécu-
tion, a été rendue avec une perfection admirable par les habiles solistes
et choristes de Saint-Roch, sous la direction de leur chef, M. Charles Ver-
voitte. La seconde partie (instrumentale et moderne), en donnant satis-
faction aux amateurs moins épris de l'antiquité, a mis en relief, dans
différents morceaux d'ensemble, la flûte élégante de M. Cuardard, le déli-
cieux hautbois de M. Berthélemy, le style savant et distingué de M. Roze
sur la clarinette, et le son moelleux et plein que M. Espaignet sait tirer
de son basson. Trois chœurs de M. Vervoitte sont venus ensuite, et ont
été couverts d'applaudissements : ce sont la Fêle des moissonneurs, le Départ
des bergers et la Retraite, morceaux charmants, où les inspirations les plus
fraîches s'unissent aux modulations les plus habiles et aux nuances les
plus délicates. Ainsi s'est terminé, au milieu de bravos retentissants,
ce concert grandiose, dont chaque partie avait été inaugurée par deux
morceaux d'orgue brillamment exécutés, l'un par M. Batiste, organiste
de Saint-Eustache, l'autre, par M. Sergent, organiste de la cathédrale de
Faris.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
4*4 Bruxelles. — ■ Le Pardon de'Ploërmel, donné dimanche dernier (abon-
nement suspendu), avait attiré au théâtre Royal une foule nombreuse
composée en grande partie d'étrangers venus à Bruxelles pour assister
aux fêtes de septembre. Un double attrait guidait le public venu à cette
représentation : la renommée de ce charmant opéra, et la réputation des
artistes chargés de l'interpréter. Mlle Boulart et MM. Carmau et Aujac
ont dignement soutenu cette réputation. On les a chaleureusement ap-
plaudis, et Mlle Boulart a été rappelée après l'air de l'Ombre. — La re-
prise des Dragons de Vïllars a été samedi , pour notre troupe d'opéra-
comique, un véritable triomphe. Non-seulement la charmante partition
de M. Maillart n'avait jamais été exécutée d'une manière aussi remar-
quable, mais i! y a peu d'exemples d'une représentation où toutes choses
aient ainsi marché à souhait. Mlle Boulart a chanté et joué le rôle de
Rose en artiste accomplie ; M. Jourclan s'est montré son digue parte-
naire, et parle profond sentiment avec lequel il a servi d'interprète aux
touchantes inspirations mélodiques dont abonde un rôle difficile par sa
simplicité même, il a causé â son auditoire un plaisir qui s'est traduit
en longues salves d'applaudissements. Mlle Dupuy a rempli très-genti-
ment le rôle de la fermière; M. Carra an était en voix et en verve; enfin
M. Feret, qui faisait son troisième début, s'est concilié les suffrages du
public en jouant le rôle du fermier avec un comique exempt de toute
exagération. Tous les artistes qui s'étaient si vaillamment comportés ont
été rappelés après le premier acte et i la fin du troisième. — On an-
nonce comme très-prochaine la reprise de l'Étoile du Nord,
DE PARIS.
35b
*** Londres. — C'est demain lundi, 8 octobre, que doivent commen-
cer au théâtre de Sa Majesté les représentations d'opéras anglais pen-
dant un certain temps de la saison. Les meilleurs artistes nationaux
ont été engagés tout exprès. Mmes Parepa, Jenny Bauer, Allessandri,
Lemmens-Sherrington, Laura Baxter, Fanny Iluddart, MM. Sims-Reeves,
Parkinson, George Perren, Terrot, Swift, Rosenthal, Santley, George
Honery, Patey, Bartleman, Herrmann, sous la direction de MM. Charles
Halle et Blagrove. Deux opéras nouveaux seront donnés successivement,
Robin Hooi, de Macfarren et Âmber Witch, deW. Wallace. Des représen-
tations italiennes, dont le nombre est fixé à trente, commenceront le
mercredi 10 octobre et alterneront avec celles des opéras anglais. Mlle
Titjens et M. Giuglini sont placés à la tête de cette troupe, dont M. Gas-
sier, Mlle Yaneri, MM. Ciampi, Mercuriali feront aussi partie, et qui
aura M. Arditi pour chef d'orchestre.
*** Berlin. — Pour l'anniversaire de la naissance de Schiller (10 no-
vembre), au théâtre de l'opérade la Cour seront exécutées la cantate et la
marche que Meyerbeer a écrites pour le grand festival de l'année passée,
à Paris. Pendant la marche, les principaux personnages qui figurent
dans les drames de Schiller viendront se grouper sur la scène ; puis
sera récité un dialogue écrit pour la circonstance par M. Pfau; la solen-
nité finira par l'exécution de la cantate. — Mme Kœster a fait sa rentrée
dans le rôle de Léonore de la Favorite. — Mines Miolan-Carvalho et Cash
ont terminé leurs brillantes représentations. — La salle Kroll a clos la
saison, pendant laquelle on y a donné en tout 84 représentations.— A l'oc-
casion de la 100e représentation du nouveau ballet: les Aventures de
Flick et Floclc, le prince régent a fait remettre à l'auteur, M. Taglioni, une
bague enrichie de diamants.
„% Stuttgart. — Le théâtre de la cour a rouvert avec la Nuit de la
Saint-Jean, opéra de Pressel : cette partition est le premier essai d'un
talent réel, mais inexpérimenté, et qui a besoin de se fortifier par de nou-
velles études : ensuite on a représenté Joseph en Egypte, de Méhul ; les
Diamants de la Couronne, d'Auber ; la Clémence de Titus, pour l'anni-
versaire de la naissance du roi. — Prochainement, l'Etoile du Nord, de
Meyerbeer.
*% Hambourg.— Le théâtre de la ville vient de donner la quarantième
représentation de Dinorah. — Pour le jour anniversaire de la naissance
de Goethe, le même théâtre a donné la deuxième partie de Faust, avec
la musique de Pierson.
il,** Brunswick. — Enfin nous avons entendu le Pardon de Ploërmel ; le
succès a été des plus complets. Mlle Eggeling, qui a inteprété le rôle
de Dinorah avec un remarquable talent, a été rappelée après l'air de
l'Ombre.
%% Vienne. — Le théâtre de l'Opéra de la cour a repris la Juive,
d'IIalévy : M. Wachtel a chanté le rôle d'Eléazar. — La prochaine nou-
veauté au Carl-theater sera Tsin-lsi7i, la jolie opérette d'Offenbach, avec
une mise en scène des plus riches. — Un architecte prussien, M. Langhaus,
a conçu le plan d'une nouvelle salle de spectacle pour notre capitale ;
si ce projet venait à se réa'iser, Vienne posséderait le plus grand et le
plus beau théâtre du monde.
*** La Haye. — Le théâtre royal a fait sa réouverture par la Juive.
Mlle Pradal a débuté dans cet opéra, et elle y a obtenu un grand et lé-
gitime succès ; mais elle s'est encore surpassée dans le rôle de Valentine,
des Huguenots, qu'elle a chanté ensuite, et qui lui a valu une véritable
ovation. Une troisième épreuve dans Robert le Diable a décidé son admis-
sion prononcée à l'unanimité.
%% Trieste. — L'ouverture du grand théâtre pour la saison d'automne
s'est faite par les Puritains. Mme Ortolani, chanteuse à la voix douce, et
argentine ; Tiberini, le délicieux ténor ; Beneventano, le baryton, célèbre
à bon droit en Europe et en Amérique, ont admirablement interprété le
chef-d'œuvre de Bellini. Les applaudissements et les rappels n'ont pas
cessé durant toute la représentation. — On nous fait espérer Parisina,
de Donizetti ; le Siège de Corinthe et la Dame du lac, de Rossini. Comme
nouveauté, on annonce Dinorah.
**„ Leipzig. — Le premier concert du Gewandhaus aura lieu le 30 sep-
tembre : on y entendra le maître de concert David, et Mme Cash, can-
tatrice qui est en représentation à Berlin. L'orchestre exécutera une
ouverture de Beethoven et la symphonie en ut majeur, de Schumann.
Le Directeur : S. DUFOUR.
Claes ffi. E5ffi.^5flîaj§ et g, ©aJF©UIî, éûîêeurs, EOS, rase KIciaeMca, ass E".
rs r."-"
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. BARBIER et CARP\Ë, musique de
m U utiË tb "
L'OuvEsrïuaz
En grande partition 24
Les parties d'orchestre 24
Arrangée pour le piano 9
Po'ur le piano â quatre mains 1"2
Pour 2 violons, 2 cornets, chaque 5
<*r&nde JPiirdiiioiis. — S?ariies d'orchestre. — Récitatifs.
LA PARTITION
Avec paroles françaises, in-4°, net 30
La même, in-8°, net 18
Avec paroles italiennes, in- 8», net 4 8
Arrangée pour piano seul, in-8°, net.... 10
Pour piano à quatre mains, net 25
Arrangements, B<°.iiiitaisies, ^Transcriptions
LES A!RS GE CHANT
Avecparolesfrançaises. Avec paroles italiennes
Les airs arrangés
Pour deux violons ou violon seul.
Pour deux cornets ou cornet seul.
Pour deux flûtes ou flûte seule.
. POUR LE P1ÂMO
ASCHER. — Illustration 9 »
BERNARD (PAUL). — Reviens à toi, traMgerijjsaSoBH 6 »
BEYER. — BfflujgiHet sEe tmél® sSlex 7 50
Id. • Op. 36. Petite ffaaataâsSe 5 »
BDRGMULLER. — ffiraBaoB® valse eEjs s«B©aa 6 »
COBÎETTANT. — TaraBaseraBstiOBa-ffaBitaisie 7 50
CRAMER (J.). — FaBBts&âsie-v&Bse sur l'air de Y Ombre. ... 6 »
CRAMER (H.). — Fïeaars «B'ffijîcéa-a, mélange 7 50
CROISEZ. — BIoJMîMiïa «Be gaSoaa 6 »
DOLMETSCH. — 'jrraBascrâiBtioaa Eja-iBBasate de la Berceuse 9 »
GÛRIA. — Op. 95. FaBtta&sie dramatique 7 50
HESS (C). — ESêï'ea-ie 6 »
JAELL (A.). — Ombre légère, eajua-Êee-vraïs» . . '. 7 50
KALRRENNER (A.). — Si£«saï«8Me Icâïlante 7 50
REITERER. — Op. 88. Fasataisle-trangeB-iflatâonB 7 50
RRUGER — TraiiscrlptioBB brillante de la Berceuse 7 50
RDNC (ALOÏS)." — Fantaisie 6 »
LECARPENTÏER. — Eleux nugratelleg, chaque 5 »
LEDUC. — Faaataisie élégante et facile 5 »
ROSELLEN. — Op. 167. Faaataisie brillante 7 50
TALEXY. — PoIk»-naazurka de salon 6 »
VINCENT. — l'a'aaascB-SBBtioBBS 7 50
A QUATRE R3AIMS
BEYER. — Op. 112. Petite fasitalsie 7 50
BDRGMULLER. — GraBïde valse «fie es»B©aa 9 »
CROISEZ. — SwaavemiB's, duo facile 7 50
WOLFF. — KénBBlBBiscciaceg, grand duo dramatique 10 »
POUR DIVERS INSTRUMENTS
-lîE®a°eeaaa «le saîoaa p. violon avec ace. de piano 9 »
RETTERER ET BERMAN. — ©raB»«ï clan© pour piano et violon 10 »
GDICHARD. — F«a.sataisse pour violon, flûte ou cornet seul.. 6 '»
Id. Les mêmes, avec ace. de piano, chaque 7 50
LEE. — Moarceasa aïe saloia p. violoncelle avec ace. de piano 7 50
SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano 7 50
C0N1NX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano 7 50
TULOU. — ttîB'aBBile fantaisie pour flûte et piano 9 »
BRISSON. — BléslâtatâoBa sur le Chœur religieux, pour har-
monium, piano et violon ou violoncelle 7 50
Id. BBib» 8Ba»653iaBB4 pour harmonium et piano 7 50
ENGEL. — Faiataâsâe éBés'aoate pour harmonium seul. ... 6 »
Id. aFaBBtalsie I»a*illaBate pour harmonium et piano 9 »
JANCOURT, — BïïwsaïJiBae pour harmonie militaire 18 »
Id. Fantaisie et l'edoava pour harmonie militaire. 18 »
MUSIQUE DE DANSE
«gïaasBE'tEîes, par ARBAN, pour piano et à quatre mains h 50
«gaaasEa-Slfles, par MARX Id... av. orchestre, h 50
Valses, par STRAUSS Id. . . av. orchestre. 6 «
Taises, par ETTLING 5 »
Pallia, par BOUSQUET h •>
USeaioiva, par MUSARD h »
ScBaottiscla, par DESGRANGES 4 »
Polka-Mazurka, par TALEXY 6 »
356
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Chez CJ. BRMltlJS et S. Ul'FOUK, éditeurs, 103, rue «le Richelieu, au 1".
Grande parution , net. . . . 200 n
Parties d'orchestre, net. . . 200 11
Partition pour piano et
chant, in-4", net 40 »
Partition pour piano et
citant, in-8°, net 20 n
Id. avec paroles italiennes 20 »
PRQPH
Opéra en cinq acles,
Paroles de il. Eccèike SCRIBE, musique de
Partition pour piano seul,
net 25
La même, in-8\ net 10*"
Partition pour piano à qua-
tre mains, net 25
Ouverture pour piano à qua-
tre mains 9
LES AIRS DÉTACHÉS DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO
Adam. Six airs faciles
tlliaii (IV.). F.tude fuguée
Itcnedict. Fantaisie brillante
Beyer. Bouquet de mélodies
— Six tableaux, chaque. ........
Blahrtka. Quadrille des Patineurs ....
Burgmuller. Grande val.se
Cramer. Bagatelle
Dœhlcr. Six tableaux, a à 0, chaque. . . .
Dolmetsch. Op. 16. Marche du sacre . . .
Dreyschock et Panof ka. Duo pour piano
et violon
Duvernoy. Op. 182. Fantaisie
Fiimagalli. Op. 43. Grande fantaisie . . .
Ciaraudé. Les quatre airs de ballet et la
Marche du sacre, chaque
finichard. Polonaise
U. Uei'K. Op. 185. Fantaisie brillante . . .
ARRANGEMENTS POUR PIANO
•I. Uerz. Les quatre airs de ballet et la Mar-
che du sacre, chaque 7 50
— Les mêmes à quatre mains, par
Wolff, chaque. 9 »
Délier. Op. 70. Caprice brillant 7 50
filiinten. Ôp. 171. Fantaisie 0 »
A. Jaëll. Chœur d'enfans.t 7 50
Kruger. Op. 20. Pastorale et Marche du
sacre. 7 50
LiTurpi'iiticr. 109q et 110e bagatelle, ch. . 5 »
— Op. 141 à quatre mains . . 7 50
ÏB. Louis. Op. 184. Fantaisie pour piano et
violon 9 »
Liszt. Illustrations :
N" 1. Prière, hymne triomphale . . 12 »
2. Patineurs (scherzo) 12 »
3. Pastorale. Appel aux armes. . 12 »
Ei. «le Meyer. Op. 71. Grande fantaisie . . 10 »
POUR MUSIQUE INSTRUMENTALE
Osborne. Op. 78. Fantaisie
Rosellen. Op. 114. Grande fantaisie . . .
La même à quatre mains
Soninski. Op. 74- Fantaisie
'JTalexy. Op. 20. Fantaisie brillante ....
Thalberg. Op. 57. N° 9. Fantaisie brillante.
Ch. Voss. Op. 101. Grande Fantaisie . . .
— Op. 105. Complainte et Marche.
%Volff. Op. 158. Grand duo à quatre mains.
lYolû" et Bériot.Duo pour piano et violon.
Deux quadrilles par Musard, pour piano et à
qualre mains, chaque
Un quadrille par Lecarpextier (facile). . . .
Un quadrille par Strauss, pour piano et à qua-
tre mains
Valses par Ettlixg, pour piano à 4 mains . .
Polka par Pasdelocp
Redowa par Pilodo
l'rnst. Op. 24. Fantaisie brillante pour le violon 9 »
Vieuxtemps. Grand duo pour piano et violon 9 »
Lee. Op. 53. Fantaisie dramatique pour violoncelle 7 50
fc£eniirsat. Duo pour flûte et piano 9 »
Walckicrs. Op. 88. Grande fantaisie pour flûte avec ace. de piano. ... 9 >>
— Op. 87. Quatre fantaisies pour flûte seule, chaque 0 »
liabarrc. Duo facile pour harpe et piano 9 »
Verrons». Op. 51. Fantaisie pour hautbois et piano 7 50
tSnichard. Op. 18. Duo pour cornet et piano
Molir. Trois pas redoublés et la Marche du sacre pour musique militaire,
chaque
7 50
7 50
7 50
4 50
4 50
4 50
4 50
9 »
C n
ïlohr. L'ouverture et les airs pour musique militaire
6, ou in. L'ouverture et les airs pour deux violons et violon seul. .
Waïckiers. L'ouverture et les airs pour deux flûtes et flûte seule
Qr u il' li art). L'ouverture et les airs pour deux cornets et cornet seul.
]@y^ILLE PiU)!By©^TB®[Kl
REPERTOIRE DES ORPHEONS
ET DES
SOCIÉTÉS CHORALES
Collection «les plus bciiux chœurs pour voix ri'lioninie Mans accompagnement.
i'h;mii:«e série
CHŒURS D'OPERAS
Pri.
Le Car des Fées. .
Muette de Portici.
4. De Flotow. Martha .
5. Gluck .
Alcestc
Arniitle
Halévy . . lie IVabab
Maillart. . Dragons de Villan
Mi \i i.i.i ■■! i. lies Huguenots. .
— Le Prophète . . .
llobcrt le Diable .
Rossini. . . IiC Comte Ory . .
— Guillaume Tell .
Robert Bruce
Chœur des Etudiants
Chœur de la Chapelle
Amour sacré de la patrie ....
Mélodie irlandaise
Vivez, aimez
Les plaisirs ont choisi pour asile.
Couplots du tabac, avec solo . .
Prière: Soutien de l'innocent . .
Couplots des soldats huguenots .
Septuor du duel
Appel aux armes
Chœur des Buveurs
Chœur des Moines
Chœur et prière
Prière
Chœur de la Conjuration. . . .
Chœur des Chasseurs
Chasse et prière du soir ....
Prière
Chœur bachique avec solo . . .
■ > i : t mou: série
CHŒURS DIVERS
Cavallo
Elwaut
Les Boulangers 1
lies Fondeurs 1
lies («arçons de restaurant 1
Les Dorlogers 1
Les Canotiers 1
Les Postillons 1
L'Enclume 1
Les Charpentiers 1
Chant des compagnons . . 1
Chant élégiaque I
Dyinnc du sacrifice* avec solo 1
Les Canotiers de Paris »
«a lut impérial, God sa ve français
Marche du Prince impérial »
Uymuc national russe »
La Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor. . . »
Yscult l'impératrice »
Les Veillenrs de nuit »
La Chasse au tigre »
Les Gondoliers vénitiens >
Chaque partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes net.
(Ces deux séries seront continuées.)
l'Aiïls. — lui'imn nu: i:k\iihll pi. \u-oi.lox iuvix Li cc.
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1.
27e Année.
ON S'ABONNE 1
Dans les Départements et à l'Iitranger, chez t
les Marchands île Sïusiquc, les Libraires, et .
flureaux des Messageries et des Postes.
N° 42.
REVUE
14 Octobre 1860.
PRIX DE L'ABONNEMENT:
paris 24 fr. par on
Départements, Uelgiquc cl Suisse.... 30 » id.
Étranger -• 3* " id-
Lti Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE MUSICAL
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : reprise du Prophète. ; rentrée de
Mme Tedesco dans le rûle de Fides. — Académie des Beaux-Arts: séance an-
nuelle; distribution des prix; ouverture et cantate. — Fragments de l'introduc-
tion d'une histoire générale de la musique (4e fragment), par S'ctis père. —
Un opéra inédit de Mozart, par Karl Gollmick. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA.
Beprisc €lu Prophète. — Kentrée de Mme Tedcscm
dans le rôle de Vidés.
Si le Prophète laissait depuis trop longtemps sa place vacante au
répertoire, c'est que la direction n'avait pas sous la main de cantatrice
en état de remplir dignement le rôle de Fides, autour duquel tant de
souvenirs se réunissent. Enfin Mme Tedesco nous est rendue, et avec
elle le dernier chef-d'œuvre dont Meyerbeer a doté notre grande scène
lyrique. Les débuts de Mme Tedesco à Paris datent du mois de no-
vembre 1851 : elle arrivait d'Italie ; elle avait visité l'Amérique, et
se présentait à nous dans le rôle de Catharina, de la Heine de Chypre.
Le mois suivant, elle se montra dans le rôle de Fides, et voici ce que
nous disions alors de la manière dont elle l'avail compris : a Après
« Mme Viardot, qui l'a créé si admirablement, et l'Alboni, qui en
» a refait la physionomie à son usage, Mme Tedssco est venue, et,
» comme cela devait être, elle s'est placée beaucoup plus près de la
» seconde que de la première. Par son chant et son jeu, elle offre
» beaucoup d'analogie avec l'Alboni. La richesse de sa voix se déploie
» magnifiquement dans l'arioso du second acte, dans l'invocation et
» la grande scène du quatrième, dans l'air et le duo du cinquième.
» Mme Tedesco s'est montrée expressive et dramatique dans plusieurs
» parties de ce beau rôle ; son succès a été complet. » A neuf années
d'intervalle, notre jugement n'a pas changé. Nous n'avons qu'à répé-
ter ce que l'on vient de lire, en ajoutant, toutefois, qu'il y a sensible
progrès dans la cantatrice et surtout dans l'actrice. Mme Tedesco peut
se flatter d'une bonne fortune dont les avantages sont inappréciables
au théâtre. Depuis qu'elle nous a quittés, son embonpoint précoce a
plutôt diminué qu'augmenté : sa taille est moins ronde, sa figure moins
pleine, tandis qu'au contraire sa voix possède toujours la môme puis-
sance, la même étendue, la môme égalité. Rien ne satisfait mieux
l'oreille que ce chant large, facile et hardi qu'aucun accident ne trou-
ble. Encore un peu d'accent, de vigueur, et Mme Tedesco sera la can-
tatrice par excellence; elle produira des impressions aussi vives qu'elle
en procure de douces et de charmantes. En attendant, le public lui
témoignera chaleureusement, toutes les fois qu'elle se fera entendre,
le plaisir avec lequel il retrouve une artiste d'un si rare talent.
Gueymard n'en était pas à faire ses preuves dans le rôle de Jean
de Leyde;. c'est, après Robert, celui qui lui convient le mieux.
Il le chante avec toute sa voix et toute son âme : il y met de la pas-
sion, de l'én/îrgie, et dans la scène de l'église, il est parvenu à ren-
dre la fascination vraisemblable par le jeu de sa physionomie et de
son regard.
Mlle Hamackers devait remplir le rôle de Berthe; mais une indispo-
sition l'en ayant empêchée, Mlle Rey l'a remplacée de façon à nous
ôter tout regret. La jeune artiste semble faite exprès pour le rôle :
elle en a l'ingénuité, la candeur ; elle le joue avec toute la conviction
possible, et elle le chante avec une voix d'un timbre frais et pénétrant.
Jamais le duo du quatrième acte, entre Berthe et Fidès, n'avait été
mieux dit que par elle et Mme Tedesco. Dans le trio du cinquième
acte seulement, on a pu s'apercevoir que Mlle Rey avait encore quel-
que chose à apprendre : le temps avait manqué à ses études, mais
non le zèle et le talent.
Du reste la représentation a été fort belle : Coulon remplit bien le
rôle d'Oberthal; Belval, Kcenig et Mechelaere se distinguent dans le
trio d'anabaptistes. L'orchestre et les chœurs sont excellents. En
général, la mise en scène a été réglée avec beaucoup de soin. 11 est
facile de le reconnaître aux intentions qui se manifestent dans les
mouvements et gestes de tous les personnages, dans leurs attitudes,
dans le langage muet des groupes qui se mêlent à l'action et en com-
plètent le sens plastique. La danse ne s'est pas oubliée non plus : les
patineurs ont redoublé d'entrain; mais il faut que cette année la glace
soit bien glissante, car les chutes se succédaient fréquemment.
Et comment parler d'une reprise du Prophète sans exprimer une
fois de plus l'admiration qu'inspire cet immortel chef-d'œuvre, sorti
de la même main que Robert le Diable et les Huguenots ? Ce qu'il
y a de vrai, c'est que la conception musicale ne s'est jamais éle-
vée plus haut et n'a jamais embrassé avec plus de vigueur, de va-
riété, de richesse, un sujet poétique et dramatique. Le Prophète gran-
dit avec le temps comme tous les ouvrages que le génie a doués du
double privilège de la force et de la beauté.
Vendredi, la vaste salle de l'Opéra était remplie et au delà : le bril-
lant auditoire n'a pas épargné les bravos et les rappels à Mme Te-
desco, à Gueymard, avec qui les autres artistes ont partagé les hon-
neurs do la soirée.
P. S.
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REVC!-: ET GAZETTE MUSICALE
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS.
Séance annuelle. — Distribution <ilcw prix. — Ouverture
et cantate.
Rien de changé au programme ordinaire, si ce n'est que pour cette
fois l'ouverture, par laquelle débute la séance, était de M. Colin, grand
prix de 1857, et la cantate qui la termine, de M. Paladilhe, l'un des
plus jeunes lauréats connus jusqu'à présent. Lorsque M. Renaud de
Vilbac fut couronné en 1844, il n'était âgé que de quinze ans.
M. Paladilhe en a tout au plus seize : comme son devancier en gloire
juvénile, il est élève de M. Halévy, et, selon l'usage, il va partir, s'il
n'est déjà parti, pour la ville éternelle, quoique dans ce moment la
musique ne soit pas précisément l'art qu'on y cultive le mieux.
Parlons d'abord de l'ouverture, et disons qu'elle est agréable et
bien faite : l'auteur y a jeté, sans effort, plusieurs motifs légers
et brillants qu'il a fini par marier ensemble avec adresse. Pour-
quoi M. Colin ne se tirerait-il pas aussi bien d'un opéra tout
entier? Pourquoi ne lui confierait- on pas un libretlo? Pourquoi ne
se trouverait-il pas un directeur assez bienveillant pour l'accueillir,
l'essayer et plutôt deux fois qu'une ? Cur non? quià, quià... Tous
ces quià, dont nous avons souvent épuisé la liste, sont autant de
pavés que l'on jette à la tête des jeunes compositeurs, et qui en écra-
sent dix-neuf au moins sur vingt ? Alors pourquoi fait-on de jeunes
compositeurs qui se font vieux si vite, s'ils n'ont d'aulr3 avenir
qtio d'en rester à ce fatal quià ?
Heureusement M. Paladilhe est jeune, infiniment jeune : il a de
l'avenir devant lui (ce qui n'empêche pas de s'ennuyer quand on n'y
voit jamais autre chose); il a étonné le Conservatoire par sa merveil-
leuse précocité au piano, dans l'harmonie, dans le contre-point et la
fugue. S'il a moins surpris l'auditoire de l'Académie des beaux-arts,
ce n'est pas qu'il n'ait écrit une bonne cantate sur le texte drama-
tique à lui fourni par notre cher et excellent confrère, Théodore Anne ;
mais cet auditoire n'est jamais fort au courant des choses : il aime et
sait très-peu la musique; il entend mal ce qu'on lui chante du haut
d'une tribune, où tout se mêle et se confond par excès de sonorité.
M. Rattu a beau conduire son orchestre en chef d'une habileté par-
faite, il ne peut triompher du local et il en résulte que les cantates
font peu d'effet. Dans celle de M. Paladilhe nous avons remarqué le
solo de cor de l'introduction, supérieurement exécuté par M. Raneux,
et les couplets de Frédéric, empreints d'un certain coloris mosco-
vite, convenable à une cantate qui a pour titre: le Czar Ivan IV.
Tout le reste est bien écrit, mais nous a semblé peu saillant au point
de vue de l'idée ; après cela, c'est peut-être la faute du local.
Dans le compte rendu des envois de Rome, M. Halévy, le secré-
taire perpétuel, avait mentionné avec éloges mêlés de critique les
travaux de plusieurs lauréats, MM. David, Rizet, Colin et Conte.
Dans la notice sur la vie et les ouvrages de M. le baron Boucher-
Desnoyers, il a su accomplir une tâche plus ardue, en nous intéressant
à la biographie et aux œuvres d'un graveur. En pareille circonstance,
on ne donne souvent au panégyriste qu'un champ aride, où pous-
sent seulement quelques ronces, à condition qu'il y fera venir des
fleurs en abondance. M. Halévy n'a jamais mieux prouvé qu'il possède
ce secret-là autant et plus que personne.
P. S.
FRAGMENTS
DE L INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
{Ouvrage inédit.)
Quatrième fragment (1).
La nouveauté la plus importante que les siècles de décadence et
de barbarie ont vu introduire dans la musique est l'harmonie simul-
tanée des sons : en vain en cherche-t-on des traces dans l'antiquité.
Tous les raisonnements qu'on a faits autrefois et les efforts récents
pour démontrer que les Grecs et les Romains, ont connu l'harmonie
et l'ont pratiquée sont des non-sens. Les résultats auxquels par-
viennent les érudits imbus de ce préjugé sont précisément la néga-
tion de l'harmonie (2).
Il est vrai que des monuments de l'ancienne Egypte et de l'Assyrie
offrent des représentations de musiciens qui jouent des harpes et des
cythares avec les deux mains ; des vases grecs, étrusques, apuliens
et campaniens font voir aussi des lyres et des cythares dont les cordes
sont pincées de la même manière. Mais rien ne prouve que les mu-
siciens représentés font de l'harmonie, ou plutôt il est certain qu'ils
font entendre des successions de sons isolés en les pinçant alterna-
tivement par une main, puis par l'autre; car, pour ne parler que de
ce qui est relatif à l'Asie et à l'Egypte, on peut affirmer que si l'har-
monie y eût été connue et populaire, elle ne s'y serait pas perdue.
L'Orient conserve encore de nos jours ses traditions de l'antiquité.
Là où est l'harmonie musicale, elle y est pour toujours et ne peut se
perdre ; enfin elle n'y peut être comme accessoire, à moins qu'elle ne
s'y produise par hasard, comme un fait fugitif non remarqué. Dès
qu'on en a le sentiment, il se développe invinciblement et bientôt do-
mine l'art tout entier.
A l'égard des Grecs, on se persuade qu'un peuple si bien doué de
facultés intellectuelles et sentimentales, et qui a produit tant d'oeuvres
immortelles de poésie, d'éloquence, d'histoire et de philosophie, qui
a mis le cachet de son sentiment du beau, si fin, si délicat et s1
grand à la fois dans les produits du ciseau de ses artistes, dans les
monuments de son architecture, dans les merveilles de son Parthénon ;
on se persuade, dis-je, qu'un tel peuple n'a pu imaginer une musique
imparfaite dont l'harmonie simultanée des sons aurait été bannie :
c'est qu'en toute chose nous ne jugeons que par comparaison ; c'est
que nous transportons nos idées et nos instincts dans des temps et
chez des peuples qui y étaient étrangers. Il parait sans doute à peu
prés impossible que là où se trouvaient des instruments polycordes, le
hasard n'ait pas fait entendre parfois la résonnance simultanée de
deux ou d'un plus grand nombre de sons, et, par une conséquence na-
turelle, que leur harmonie n'ait pas saisi l'oreille des Grecs ; mais
entre ce phénomène et la conception de l'art basé sur un élément
semblable, il y a loin. Un fait fugitif tel que celui-là pourrait se re-
produire pendant des milliers d'années sans avoir d'autre signification
que celle d'un phénomène pour ceux qui en auraient la perception.
Dans la plus grande partie du monde habité, les instruments n'ont
point d'autre rôle que de suivre la voix à l'unisson et de jouer des
ritournelles. A cette homophonie s'ajoutent quelquefois des bruits
rhythmiques. Les peuples indigènes des vastes continents de l'Asie,
de l'Afrique, et les nations primitives de l'Amérique et de l'Australie
ne connaissent pas autre chose, ou plutôt ne se plaisent qu'à la
musique de cette espèce, bien que les Européens avec qui ils sont
en relation leur aient fait entendre de l'harmonie. La perception
complexe des sons simultanés leur cause de la fatigue et non du
plaisir.
(1) Voir le a" 3S.
(2) J'ai traité cette question avec les développements nécessaires dans mon
Mémoire sur l'harmonie chez les Grecs et les Romains.
DE PARIS.
359
Avant le vif siècle de l'ère chrétienne, aucune indication cer-
taine de l'harmonie simultanée des sons n'apparaît chez les écrivains :
Isidore de Séville est le plus ancien auteur connu à qui nous devons
cette indication précise : a La musique harmonique, dit-il, est la
• modulation de la voix, la concordance de plusieurs sons, et leur
h union simultanée (1). » Pas d'équivoque dans les termes ici : il ne
s'agit pas de la relation harmonieuse dans la succession de sons,
suivant le système tonal (seule acception donnée au mot harmonie
par les théoriciens grecs et par Boèce, leur compilateur) ; l'harmcnie
dont parle Isidore est bien celle des sons entendus simultanément
(coaptatio plurimomm sonorum). Plus loin, Isidore divise cette
harmonie en consonnante, ou symphonie, et dissonante, ou dia-
phonie.
Ces passages du livre de l'évêque de Séville ont plus d'importance
qu'ils ne semblent en avoir au premier aspect; car non-seulement
ils prouvent que les notions d'harmonie avaient pénétré dans la culture
de la musique au vne siècle, mais ils fournissent une indication
qui suffit pour déterminer, d'une manière au moins vraisemblable,
l'époque où cet élément nouveau s'est introduit dans l'art, qu'il était
destiné à transformer. Et d'abord, dans la supposition qu'il soit possi-
ble de démontrer, comme nous croyons l'avoir fait dans cette histoire,
que les peuples orientaux de l'antiquité, ainsi que ceux des temps mo-
dernes, ainsi que les Grecs et les Romains, jusqu'à la chute de l'em-
pire, n'ont jamais considéré l'harmonie des sons simultanés comme
une partie intégrante de la musique, il faut, ou que cet élément de l'art
ait été mis en pratique chez les nations celtiques qui peuplaient les
Gaules et l'Espagne, ou que les barbares qui surgirent du Nord en
masses formidables et envahirent toute l'Europe, y aient introduit cette
nouveauté. Examinons la première de ces hypothèses.
Il serait sans doute possible que les nations celtiques, pendant la
longue suite de siècles qui suivit leur établissement dans les Gaules
et dans l'ibérie , eussent reconnu que plusieurs sons réunis, sous de
certaines conditions, peuvent plaire à l'oreille par leur cohésion, bien
que ces peuples n'eussent pas apporté de notions semblables des
contrées asiatiques dont elles étaient originaires ; car, ainsi qu'une
langue primitive peut se transformer avec le temps en plusieurs dia-
lectes très-différents, de même il se peut que, partant d'observations
faites sur les relations successives des sons, on passe instinctivement
à la conception des rapports d'harmonie simultanée. Cependant rien
ne nous autorise à croire qu'il en ait été ainsi chez les peuples celti-
ques; car Jules César, qui les soumit à "la domination de Rome, et qui
en étudia les mœurs, si bien décrites par lui , ne dit pas un mot de
cette singularité, qui n'eût pas échappé à l'attention d'un homme si
bien initié aux arts et doué d'une si rare intelligence. Les écrivains
qui vinrent après lui et vécurent dans les Gaules ne fournissent au-
cun renseignement dont on puisse conclure que l'harmonie était en
usage chez les Gaulois.
Cependant le silence de tous les auteurs anciens sur l'emploi de
l'accord simultané des sons , ce silence, continué jusqu'au vir' siècle,
cesse dès lors. Après saint Isidore de Séville, la plupart des auteurs
de traités de musique , à l'exception des simples commentateurs de
Boèce, parlent de la symphonie et de la diaphonie; de plus, ils en
donnent des exemples. Quelque imparfaite, quelque barbare même
que soit cette harmonie, elle ne nous donne pas moins la certitude
que le principe de la réunion des sons en groupes simultanés avait
pénétré dans toute l'Europe avant le vu0 siècle. Mais ce principe ,
quelle est son origine ? Quel pays l'a vu se produire ? Ni l'Asie, ni la
Grèce, ni l'Italie, ni les Gaules, ni l'Espagne n'en ont eu connaissance :
quel peuple en a donc eu le premier l'intuition ? Qu'on y songe ; on
verra qu'on ne peut le chercher que parmi les nations du Nord, qui
changèrent toutes choses dans l'Occident; en un mot, l'on verra que
(1) Harmonica (musica) est modulatio vocis et concordantia plurimorum sono-
rum, et coaptatio. (Isid. HispOl. Scntcntiœ de musica, cap. 0.)
c'est chez les descendants des Scythes septentrionaux qu'il faut se ré-
signer à aller le trouver. Là seulement existaient des races de l'ancien
monde qui n'avaient pas été mises en contact avec la puissance ro-
maine des beaux temps de la république et de l'empire, et qui, plus
tard, en consommèrent la ruine. Ici pourtant surgissent de nouvelles
difficultés.
On a vu précédemment par quelle réunion de témoignages antiques
et par quelles analogies s'établit la filiation de tous les peuples de
race blanche indo-caucasienne; enfin, comment une première mi-
gration fournit à l'Asie Mineure, à la Grèce, à l'Italie leurs habitants
primitifs. D'autre part, un rameau de cette race était sorti de la Perse,
et s'avançaut avec lenteur, sous le nom do Scythes, dans les im-
menses plaines de la Tartarie ou Tatarie, ces descendants des pre-
miers Perses avaient, pendant une longue suite de siècles, mené la vie
nomade et pastorale ; puis, vraisemblablement refoulés par les hordes
mongoles, ils avaient peuplé les deux Scythies, en deçà et au delà
de l'Imaùs, et s'étaient avancés au nord et à l'est de la mer Caspienne,
jusqu'au Caucase. Dans la suite des temps, ces Scythes étaient divisés
en plusieurs tribus, dont les noms, accompagnés de quelques faits
historiques, nous ont été transmis par les écrivains de l'antiquité.
C'étaient les Gètes, qui, plus tard, furent appelés Golhs, et qui se di-
visèrent en Visigolhs, répandus sur les deux rives du Borysthène, et
les Ostrogolhs, placés à l'ouest du Tanaïs (le Don) ; les iMassagètes,
c'est-à-dire les grands Gètes, au nord de la mer Caspienne; et près
de ceux-ci les tribus moins nombreuses des Chalœ (les Cattes), des
Sassoncs (les Saxons), des Suébi (les Suèves), des Jotas (les Jutes), et
enfin, vers le Ponl-Euxin, les Bastarnes, les Roxolans, les AgatAyrses,
et d'autres encore.
11 n'est pas de notre sujet de rechercher les causes qui ont divisé
ces peuples dont l'origine, le langage, les mœurs et la religion étaient
identiques, bien qu'ils aient porté des noms différents. Encore moins
nous livrerons-nous à des conjectures pour pénétrer les mystères de
leur histoire, n'ayant pour guide que les notions confuses des écrivains
de l'antiquité sur ces peuples. Tout ce qui peut être considéré comme
certain, c'est que les Scythes formaient une population forte et brave,
défendue d'ailleurs par la nature du pays qu'elle habitait. Cyrus trouva
la mort et la destruction de son armée chez ces barbares, comme les
appelaient les Grecs; Darius et Alexandre essayèrent en vain de les
soumettre. Mais ces derniers faits, qui paraissent hors de doute, sont
modernes, comparés à la haute antiquité de l'établissement des Scythes
aux environs de la mer Caspienne et du Caucase : antiquité démontrée
récemment par les constructions cyclopéennes qui ont été trouvées
dans ces contrées, et qui sont le signe certain de l'occupation du
pays par une population primitive dont on retrouve partout les traces
dans le monde connu des anciens.
Chez les Scythes le courage se réunissait aux autres qualités mo-
rales : rappelons-nous le mythe du Scythe Prométhée qui, sous ses
allégories, nous montre la puissance de l'intelligence humaine en
lutte avec la nature et la domptant. Pour que les Grecs aient intro-
duit ce mythe dans leur théogonie, il fallait qu'ils eussent reconnu
que la lumière leur était venue de la Scythie par les descendants de
Deucalion, lils mythologique de ce même Prométhée. N'oublions pas
non plus Anacharsis, cet autre Scythe, qui, dans le ivc siècle avant
l'ère chrétienne, étonna la Grèce par le développement de sa raison
et l'étendue de ses connaissances.
Nonobstant les ténèbres qui environnent l'histoire des Scythes, il
est un fait qui parait avoir toute la certitude désirable, ;\ savoir, qu'à
une certaine époque une partie de celte population s'ouvrit un pas-
sage à travers le Caucase et, de proche en proche, alla s'établir au
sud du Danube, poussée sans doute par les Sarmates ou les Mongols.
Non que tous les Scythes aient abandonné leur ancienne patrie, car
les Tchelchennes et les Tcherkesses de la Circassie, leurs descendants,
occupent encore les mômes contrées, montrent le même amour de
3G0
REVUE El GAZETTE MUSICALE
l'indépendance, et ont sur tous les peuples qui les environnent une
incontestable supériorité de courage, d'intelligence et de beauté. Il est
certain que plus de six cents ans avant l'ère chrétienne, une partie des
Scythes occidentaux s'était établie dans la Gétie et dans la Dace, d'où
ils continuèrent leurs progrès en passant le Danube, refoulant à tra-
vers la Germanie, jusqu'au delà du Rhin, les Celtes du nord .qui en
étaient les premiers habitants. Leurs conquêtes s'étendirent jusqu'aux
pays septentrionaux qui portent aujourd'hui les noms de Suède, Nor-
wége et Danemark, et dont les habitants, Scythes ou Goths, furent
appelés Scandinaves dans les premiers siècles de l'ère chrétienne.
L'abandon de la vie nomade, dans ces contrées qui n'y sont pas
favorables, dut avoir pour les Scandinaves un résultat que nous voyons
se reproduire avec le temps chez tous les peuples qui ont des mœurs
fixes, c'est-à-dire le développement de la civilisation jusqu'à un cer-
tain degré. La guerre, la navigation, la poésie, la musique, telles ont
été leurs occupations favorites, d'après des documents historiques dont
l'autorité est hors de toute contestation. Leurs scaldes, poètes chan-
teurs et guerriers, dont la ressemblance avec les bardes celtes est frap-
pante, ont laissé des témoignages de la richesse de leur imagination
dans les légendes dont s'est formée l' Edda (1), et dans les strophes de
\'Havamaal(2), poëmes d'une antiquité beaucoup plus reculée que les
Sagas (3), et dont on a retrouvé des fragments gravés sur des rochers
en caractères runiques d'une époque antérieure à ceux d'Ulphilas.
Leur antiquité remonte, dit-on, au m0 siècle de l'ère chrétienne. Ces
poëmes étaient chantés, et les scaldes accompagnaient leurs voix avec
des harpes d'une forme particulière, qui furent transportées plus tard
en Ecosse et en Irlande par les hommes du Nord.
Est-ce dans ces contrées et dans l'accompagnement du chant par
les harpes que l'harmonie a pris naissance ? Puis s'est-elle propagée
chez les peuplades des bords de l'Elbe et du Weser, qui en auraient
porté quelque indication plus tard dans les parties méridionales de
l'Europe ? Ou bien devons-nous chercher l'origine -de cette harmonie
chez les Slaves, race formée, comme nous l'avons dit, d'un mélange
de Sarmates, de Thraces et d'Illyriens ? La sensibilité musicale des
peuples de la race slave est, comme on sait, très-remarquable : leurs
mélodies sont en général tendres et mélancoliques. Leur penchant pour
l'harmonie se manifeste d'une manière non équivoque ; car les paysans
de l'intérieur de la Russie font entendre avec leur Gvsla, de temps
en temps, des accords sur leurs mélodies. Il en est de même chez les
Finlandais, race sarmatepure, dont les improvisateurs de la campagne
accompagnent de leur accord parfait les notes finales des phrases de
leurs chants, avec leurs petites harpes appelées kan'èle. Cependant,
l'influence des populations slaves ne s'est fait sentir en Europe que
longtemps après celle des Germains ; il y a donc lieu de croire que
c'est à ceux-ci, et surtout aux Goths et aux Saxons, leurs voisins, qu'on
doit attribuer les premiers essais de l'harmonie et l'introduction de
ce nouvel élément dans la musique.
Grande est la différence entre les Golhs de la Scandinavie, les
Saxons et les Lombards, d'une part, et les tribus confédérées des
Franks de la Germanie, d'autre part, bien que leur origine ait été
la même. Ceux-ci, quoiqu'ils eussent été souvent en contact avec les
armées romaines, étaient restés barbares, dans toute l'acception du
mot. Cependant Tacite nous apprend qu'ils avaient des chants an-
tiques qui leur servaient d'annales; mais les Goths, les Saxons et les
Lombards unissaient au courage guerrier une certaine aménité de
(1) Recueil de poésies mythologiques des Scandinaves qui remontent à une haute
amiquité. lilles ont été recueillies en Islande dans le xic siècle, et le texte a été tra-
duit en danois par Fenn Magnusen, d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale
de Copenhague, et sa traduction a été publiée dans cette ville. Afzélius en a donné
une traduction suédoise, d'après les manuscrits d'IIpsal.
(2) Havamaal ou Oracle tt'Odin, composition morale qui se Irouvedans l'Edda.
(3) Traditions historiques recueillies depuis le xn" siècle jusqu'au xv°. On en a
publié des recueils en ancien islandais et en latin, a Copenhague, 1825-1S33.
mœurs, l'amour de la justice et le goût des arts. Ce sont eux qui
ont exercé une influence considérable sur la musique du moyen âge,
après qu'ils eurent envahi l'Italie, les Gaules et l'Espagne, anté-
rieurement au sixième siècle. Les critiques qui ont objecté la barbarie
des Germains contre les innovations musicales que nous avons at-
tribuées aux Goths, aux Saxons et aux Lombards, dans des écrits
publiés il y a longtemps, ont donc confondu sous une seule dénomina-
tion des peuples dont l'origine était en effet commune, mais dont la
situation était très-différente.
Remarquons d'ailleurs qu'on se fait une opinion très-fausse des
premières agrégations de sons que présente l'histoire de l'harmonie,
si l'on se persuade qu'elles avaient quelques rapports avec ce qu'on
entend dans la mélodie moderne. Si le fait de l'association simultanée
des sons est digne de toute notre attention, à cause du pays et de
l'époque où il s'est produit, c'est par son originalité qu'il mérite
notre intérêt ; car les agrégations en elles-mêmes, et surtout leurs
successions étranges, mettraient notre oreille à la torture. Ce fait,
barbare comme le temps où il s'est manifesté, ne constitue point un
art; mais on voit la pensée qui lui a donné naissance devenir, par la
suite des temps, la base d'un art réel de l'harmonie ; c'est cette
pensée qui paraît appartenir aux descendants des Scythes.
Ainsi qu'on l'a vu précédemment, c'est au vue siècle qu'on ap-
perçoit les premières traces de cette harmonie qui, dès le ve, a dû.
être importée en Italie, en France, en Espagne, en Angleterre. Vers
le ixe, nous la trouvons en progrès; les agrégations grossières ont
disparu ; il y a accord dans celles que la musique admet ; les suc-
cessions teules sont vicieuses, en ce qu'elles blessent le sentiment de
la tonalité, c'est-à-dire du rapport d'affinité de l'échelle des sons.
Insensiblement l'usage de ces successions anormales devient plus
rare ; mais ce n'est qu'à la fin du xive siècle qu'elles disparaissent
complètement. Alors seulement l'harmonie régulière est constituée,
mais elle est renfermée dans des limites très-étroites. Cependant
pour parvenir à ce résultat, il-n'a-pas-fallu moins de neuf cents ans,
depuis la première introduction des groupes de sons simultanés
dans la musique des peuples placés à l'est, au sud et à l'ouest de
l'Europe.
FÉTIS père.
DN OPÉRA INÉDIT DE MOZART.
Il y a dix-huit mois environ, la Société pour chant d'opéra, fondée
par Lichtenstein et Ferdinand Schmidt, à Francfort, exécuta pour la
première fois probablement en Allemagne un opéra inédit de Mozart,
intitulé l'Oca del Cairo (l'oie du Caire), qui charma les auditeurs,
et mérite bien qu'on y revienne avec quelque détail.
Si, en général, on peut avec raison appeler la musique de Mozart
incomparable, on a d'autant plus lieu de s'étonner que cette partition,
sous le rapport de la hardiesse, de la facilité d'invention prime-
sautière, se rapproche quelque peu du style bouffe des Italiens, qu'elle
fait pressentir et qu'elle prépare même l'avènement de Rossini, sans
perdre pour cela rien de sa profondeur, et aussi sans préjudice de la
grâce et du sentiment intime qui caractérisent habituellement le faire
du maître. Il ne me serait guère possible de spécifier un cas particu-
lier, de citer un exemple constatant cette analogie ; elle résulte de
l'effet total de la partition.
Voici maintenant quelques données historiques au sujet de l'opéra
en question. Après le succès triomphal de l'Enlèvement au sérail,
l'Opéra italien ayant rouvert en 1782, Mozart se mit en quête d'un
texte qui fût d'un comique de bon aloi ; après des recherches lon-
gues et infructueuses, il finit par mettre la main sur l'Oca del Cairo :
le libretto est de l'abbé Varesco, à Salzbourg, l'auteur des paroles
à'Idomënée. .Pendant le séjour de Mozart dans cette ville, de juillet à
DE PARIS.
361
octobre 1783, le poëte et le compositeur y travaillèrent en commun.
Dans les manuscrits laissés par Mozart, et dont M. A. André, à Offen-
barli, a fait l'acquisition, comme on sait, se trouve le premier acte, en
entier, écrit de la main de Varesco, ainsi que le scénario très-détaillé
des deux derniers actes, en prose. Du premier acte, Mozart composa
deux duos, deux airs, un récitatif, un quatuor et un grand finale avec
chœurs.
Quant au sujet de la pièce, les indications données par Otto Jahn
dans l'arrangement pour piano pourront suffire. Don Pippo (basse-
taille), homme orgueilleux et fat, a promis la main de sa fille, Célidora
(soprano), au comte Lionetto : en attendant Célidora est enfermée dans
une tour avec sa suivante, Lavina (soprano), que Don Pippo prétend
épouser lui-même. Célidora a un amant, Biondello (primo amoroso),
auquel don Pippo s'est engagé d'accorder la main de sa fille, si dans
l'espace d'une année il réussit à pénétrer auprès d'elle. Biondello s'est
associé avec l'amant de Lavina, Calendrino (ténor), qui est un habile
mécanicien ; ils ont mis dans leurs intérêts Chichibio (basso-buffo),
domestique, et la soubrette Auretta. L'action se passe au dernier jour
de l'année : les deux amants ont essayé de bâtir un pont pour escala-
der la tour ; leur tentative a échoué. Calendrino construit alors une
oie assez grande pour qu'un homme puisse y entrer et en diriger les
ressorts ; on la fait porter chez Pantéa, qui, déguisée en bohémienne
venant du Caire, doit faire l'exhibition de cette merveille. On espère
décider don Pippo à la faire voir aux deux jeunes recluses, pour que
de cette façon Biondello pénètre dans la tour. Calendrino y met pour
condition que son ami lui fera obtenir la main de Lavina. Le strata-
gème réussit : don Pippo, pour donner plus d'éclat à la fête de son
mariage, permet d'introduire dans la tour le merveilleux volatile.
Quand tout le monde est réuni, Biondello sort de la machine, Pantéa
se fait reconnaître pour la femme de Pippo, qu'on croyait morte depuis
longtemps, et tout le monde est satisfait.
Dans le scénario, il y aurait à louer et à blâmer : mais à quoi bon ?
Il suffit que Mozart, alors âgé de vingt-sept ans, s'en soit occupé
sérieusement, pour que ce que nous possédons de la pièce mérite de
nous intéresser. M. Jules André dit dans la préface: « Je recomman-
derai en particulier le duo entre Auretta et Chichibio, le quatuor et le
finale. Ces morceaux renferment des beautés du premier ordre, et,
quoique inachevés, ils peuvent être mis sur la même ligne que les plus
beaux passages de ses autres opéras » (et j'ajoute, en particulier des
Noces de Figaro). Mozart dit lui-même, dans une de ses lettres, qu'il
est parfaitement content de l'air bouffe de Chichibio, du quatuor et du
finale, qu'il se fait une fête de l'entendre, et que cela le chagrinerait
si cette musique avait été écrite en pure perte. De plus, Mozart est
d'avis qu'il faut introduire des changements dans le texte : il les indi-
que lui-même, ce qui prouve suffisamment combien il attachait d'im-
portance à l'œuvre, et combien il désirait qu'elle fût jouée. Une chose
digne de remarque, c'est que la partie des deux basses-tailles est fort
élevée, ce qui doit surprendre, après tout le parti que Mozart avait
su tirer des cordes graves de la voix d'Osmin. Si, à cette époque, on
avait déjà inventé le baryton, selon toute apparence Mozart eût
donné ce nom à la basse-taille élevée. Le quatuor n'est pas moins
remarquable: deux soprani, deux ténors ; on ne s'aperçoit nullement
de l'absence de la basse. Mais qu'y avait-il de difficile ou d'impossible
pour le génie de Mozart? Qu'on se rappelle la merveilleuse économie
du quatuor des trois génies, et de Pamina dans la Flûte enchantée.
Parmi les esquisses, on trouve des feuillets qu'on peut regarder
comme des études pour divers morceaux de YOca del Cairo ; mais
ces études sont à peu près complétées, et il y aurait eu peu de chose
à ajouter en les mettant au net. Il est à présumer que Mozart avait
déjà arrêté l'harmonie et la partie des divers instruments. (Die zwischen-
sœlze der Instrumente) : toutefois, les brouillons ne contiennent que
quelques indications à ce sujet. Un air de Biondello, esquissé à la hâte,
nous en fournit la preuve évidente. Dans l'arrangement pour piano de
J André, cette esquisse est annexée à titre de fac-similé ; mais comme
les notes sont à peu près illisibles, l'éditeur y a joint une copie mise
au net. Tout artiste en doit savoir gré à l'éditeur ; cette esquisse mé-
ritait d'être préservée de l'oubli ; nous y surprenons, pour ainsi dire,
le compositeur au moment de la création. De plus, elle nous fait voir
qu'en écrivant sa musique, Mozart n'observait pas l'ordre dans lequel
les différents morceaux se suivaient dans la pièce ; il choisissait ceux
qui répondaient à la disposition momentanée de son esprit.
Une analyse de l'arrangement pour piano dépasserait les limites qui
me sont imposées. Je me bornerai donc à répéter que dans ces frag-
ments l'inspiration répond à la perfection du travail. Le finale sur-
tout est riche en effets puissants ; si le crescendo formidable du der-
nier presto — à six voix avec chœur — produit une impression si
grandiose chanté au piano, que serait-ce s'il était exécuté sur la
scène et à grand orchestre?
Ces observations sommaires suffisent pour signaler une œuvre d'une
telle importance à l'attention publique. Il est à désirer qu'à l'instar
de la Société de Francfort, d'autres réunions vocales cherchent à po-
pulariser une partition qui malheureusement est trop incomplète pour
pouvoir être représentée sur un théâtre.
Karl GOLLMICK.
NOUVELLES.
„** Aujourd'hui dimanche , par extraordinaire , le théâtre impérial
de l'Opéra donnera, au bénéfice de la caisse des pensions, et avec
le concours de Mme Ferraris, le Prophète, dont la reprise a eu lieu
vendredi avec tant d'éclat. — Mercredi, ce grand et bel ouvrage sera
représenté pour la troisième fois.
.% Lucie de Lanmsrmoor a été donnée mercredi | pour le début de
Mme Vandenheuvel-Duprez dans le principal rôle. La célèbre cantatrice,
qui devait à ce rôle ses premiers succès sur le théâtre Italien, lorsqu'elle
y parut avec son père, ne pouvait le reprendre avec moins d'avantage
que par le passé. Elle a donc été légitimement applaudie et rappelée
deux fois, après le premier et le troisième acte.
t% La construction de la nouvelle salle d'Opéra sur le boulevard des
Capucines sera, dit-on, confiée à M. Duban, architecte de l'Ecole des
beaux-arts, membre de l'Institut, et qui sera assisté dans cette œuvre
importante par M. Rotiault de Fleury, architecte.
»*, Au théâtre impérial de l'Opéra-Comique, les répétitions du Pardon
de Ploërmel se poursuivent activement. On sait que Mlle Wertheimber
remplira le rôle d'Hoël ; Mlle Monrose, celui de Dinorah, et Mlle Darcier,
fille du chanteur de ce nom, celui qui a été ajouté pour Mme Nantier-
Didiée à Londres. On espère que l'ouvrage pourra être donné vers la fin
de la semaine.
.,% Un ouvrage en trois actes de M. Limnander, paroles de M. Ro-
zier, sous le titre provisoire du Mandarin, vient d'être reçu. Les princi-
paux rôles seraient confiés à MM. Montaubry, Couderc, Sainte-Foy;
Mines Monrose et Lemercier.
t*t Dans la représentation donnée jeudi au bénéfice d'un artiste,
Mme Vestvali et les sœurs Marchisio se sont fait entendre, ainsi que le
ténor de l'Opéra, Michot.
**H, Au théâtre Italien, Pancani, le nouveau ténor, qui a débuté di-
manche dernier dans le Tromtore, est un artiste de talent dont le seul
tort peut-être est d'arriver un peu tard à Paris. Sa voix, qui a perdu
son velouté, ne retrouve le timbre et l'éclat que dans la force, et l'on
sent alors qu'elle a dû être très-belle. Le cantabile convient donc
moins à Paucani que l'élan et la véhémence. C'est surtout dans le
morceau du troisième acte: Di quella pira, qu'il a produit de l'effet et
enlevé les bravos, On annonce qu'il chantera bientôt Ernani ; puis, il
nous quittera pour aller remplir à la Havane un engagement de quatre
à cinq mois. Vers la fin de la saison, il doit nous revenir et chanter
Olelio. A côté de lui, dans le Trovatore, Mines Penco et Alboni, ainsi que
le baryton Graziani, ont fait leur rentrée et reçu du public l'accueil le
plus flatteur.
*% Ronconi est engagé. Nous reverrons bientôt l'excellent artiste
dans les meilleurs rôles de son répertoire, Il Barbiere, Cenerentola, etc.
t*t Il Matrimonio segrtto est annoncé pour samedi prochain. Mlle Marie
Battu y chantera le rôle d'Elisetta, et plusieurs morceaux de la parti-
tion originale seront rétablis pour elle ainsi que pour Mme Alboni.
362
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
»*. Le privilège de M. Calzado, directeur du théâtre impérial Italien,
vient d'être prorogé jusqu'au 1" octobre 1864.
*** Au théâtre Lyrique, la reprise du Val d'Andorre doit avoir lieu
demain lundi.
*% C'est par erreur qu'on a annoncé que le titre de l'opéra-comique
de Maillart, qu'on répète en- ce moment au théâtre Lyrique, est Nella.
C'est bien sous le titre des Pécheurs de Calane, que l'ouvrage sera joué
au commencement de novembre.
*** Mlle Gilliess, qui avait remporté, en 1 859, le premier prix de grand
opéra au Conservatoire, a débuté la semaine dernière dans les Dragons
de Villars. Quoiqu'elle semblât surtout appelée au genre sérieux, la dé-
butante ne s'est pas mal acquittée du rôle difficile de Rose Eriquet.
Sans doute elle a encore besoin de travail pour perfectionner quelques
notes de sa voix, d'ailleurs fort jolie, et achever de corriger sa pronon-
ciation anglaise; mais, en somme, elle doit être une précieuse acquisi-
tion pour ce théâtre, où deux élèves lauréats du Conservatoire vont
encore débuter bientôt : Mlle Baretty, qui jouera le rôle principal des
Pécheurs de Catane, le nouvel opéra d'Aimé Maillart, et M. Petit, ba-
ryton, qui se distingue à la fois comme acteur et chanteur.
„% L'opéra-comique en trois actes de MM. Carré et Ernest Reyer, qui
sera donné dans le courant de l'hiver au théâtre Lyrique, a pour titre :
les Ruines de Balbec.
„*„ Le charmant opéra d'Hérold, les Rosières, sera représenté'sous peu
dans les villes suivantes : Bordeaux, Montpellier, Nîmes, Versailles, Bou-
logne-sur-Mer, Anvers, Gand et Mons.
**S: Aux Bouffes-Parisiens le succès à'Orphée aux enfers ne se ralentit
pas; on en est à la 264e représentation. L'Hôtel de la poste, un acte de
MM. Philippe Cil'e et Alfred Dufresne, les auteurs des Valets de Gascogne,
vient d'être mis en répétition.
i,% Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre
pendant le mois de septembre, ont été de '1,358,803 fr. 93 c; celles du
mois d'août précédent ne s'étaient élevées qu'à 4,115,130 fr. 21 c. Diffé-
rence en faveur de septembre : 243,673 fr. 72 c.
„*„ Le chœur A la patrie, exécuté avec tant d'effet par la Société alle-
mande Teutonia, et que son illustre auteur, Meyerbeer, avait bien voulu
dédier à cette Société, dont il a accepté la présidence honoraire, va être
publié prochainement.
*** S. M. l'Empereur vient de faire remettre à Aimé Maillart, à l'oc-
casion de sa cantate, exécutée Je 45 août à l'Opéra, une magnifique mé-
daille en or accompagnée d'une lettre des plus flatteuse pour l'auteur
de Gastilbelza et' des Dragons de Villars.
*** Parmi les papiers de la succession de Spohr, on a trouvé un
opéra en trois actes, que l'auteur écrivit à Gotha en 1808, et qui porte
le singulier titre de : Alruna, la reine des chouettes.
„% On voit en ce moment à Vienne une curiosité musicale: c'est le
clavecin de Haydn. Cet instrument historique, dont quelques Anglais
avaient fait présent au grand compositeur, est exposé dans les salons de
M. Lévy, éditeur de musique.
*% Géraldy, l'excellent chanteur professeur, nous est revenu après
de brillantes excursions, où le succès lui a tenu fidèle compagnie.
Maintenant il va reprendre ses leçons et ses cours, en amassant de nou-
velles provisions pour la saison prochaine.
**„, Jeudi dernier une foule nombreuse d'artistes et de notabilités de
tout genre assistait dans l'église de Passy au mariage de M. H. Cheva-
lier, sculpteur, avec Mlle Amédée Ileugel, fille de l'éditeur de musique.
Pendant la messe, Mme Miolan-Carvalho a chanté le prélude de Bach,
arrangé en Ave Maria par Gounod ; llerman jouait la partie de violon, et
Lefébure-Wely tenait l'orgue. A l'élévation, Mme Lefébure-Wely a
chanté un 0 salutaris, composé par son mari.
*** La première série du Répertoire | des Orphéons et des Sociétés cho-
rales, collection des chœurs d'opéras arrangés pour quatre voix d'homme
sans accompagnement, vient de paraître. Le sympathique accueil dont
elle a été l'objet dès le premier moment ne permet pas de douter du
succès populaire qui l'attend, comme toute publication dont l'â-propos
est manifeste.
*** Mme Caroline Ronzé, cantatrice d'un très-grand talent et dont
les succès ont été notamment très-marqués à la Canobbiana de Milan, se
trouve en ce moment à Paris.
*% Le caprice-fantaisie de Magnus sur le Pardon de Plo'érmel, que
l'excellent pianiste compositeur a fait entendre avec tant de succès pen-
dant la saison passée, paraîtra incessamment.
«*; Un important travail consacré à l'art musical en Espagne, dont
la publication était commencée depuis quatre ans, vient d'être terminé.
Il a pour auteur un maître de ce pays, qui a passé plusieurs années à
parcourir les différentes provinces d'Espagne pour y recueillir les docu-
ments nécessaires, ù. Mariano Soriano Fuertes, connu par diverses
compositions de musique pratique. Nous consacrerons prochainement
un article spécial à cet ouvrage, qui ne forme pas moins de quatre vo-
lumes accompagnés de planches de musique.
*** Les nouveaux morceaux de piano de R. Favarger: Caliban, grande
valse de salon, V Escarpolette, morceau de salon et une fantaisie sur des
thèmes du Comte Ory, ont été publiés cette semaine. Le succès de ces
charmantes compositions nous paraît assuré d'avance.
*% L'oratorio : le Retour de Tobie, que Haydn écrivit à l'âge de
quarante-quatre ans sur un texte italien, et que depuis l'incendie du
château Esterhazy à Eisenstadt on croyait perdu, a été retrouvé, grâce
aux actives recherches de M.' Franz Lachner. On traduit en ce moment
l'ouvrage en allemand ; il sera exécuté pour la première fois à Munich.
*% Mon Paradis, Vivacité et Constance, tels sont les titres de trois
morceaux de piano qui viennent de paraître. La composition en est due
à M. A. Cunio. dont les ouvrages jouissent d'une grandevogue en An-
gleterre, son pays natal.
**,, Mme Anna de La Grange, la célèbre cantatrice, vient d'arriver à
Paris.
*% Sivori a quitté Bade pour se rendre à Gènes, où l'appellent des af-
faires de famille ; mais dès les premiers jours de novembre le célèbre
violoniste compte se remettre en route et visiter les principales villes
de l'Allemagne, et peut-être même Saint-Pétersbourg.
„** Le défaut d'espace nous a empêché de parler dans notre dernier
numéro de l'inauguration des concerts du Casino. Arban a repris pos-
session de son poste de chef d'orchestre aux applaudissements d'un public
nombreux. Le programme était du reste composé de manière à satisfaire
les plus difficiles. Outre l'ouverture du Roi d'Yvetol et du finale de la sym-
phonie en mi bémol, de F. David, la musique sérieuse était représentée
par la grande fantaisie composée par Arban sur les motifs des Huguenots.
Les larges et puissantes inspirations du maître ont été admirablement
traduites et .coordonnées par l'un de nos meilleurs chefs d'orchestre ac-
tuels, sa nouvelle œuvre a été écoutée avec l'attention la plus soutenue ;
et à la fin un véritable tonnerre d'applaudissements a éclaté de toute
part. Le même accueil était réservé à la grande marche aux flambeaux
du maître, orchestrée par Arban et exécutée pour la première fois mardi
dernier. Les mélodies admirables et le trésor d'harmonie répandus à
flots dans ces pages splendides ont mérité à l'orchestre et à son chef
intelligent une ovation véritable. — On a beaucoup applaudi aussi un
air varié et une andante à'Armide exécutés par Dcmersmann avec un vé-
ritable talent. Dans la musique de danse exécutée jusqu'à ce jour, on a
surtout remarqué le quadrille de Bibi-Bamban, sur des motifs de Lhuillier
et Offenbach, et une polka ayant pour titre : Polka des souhaits, composée
par Arban.
*** M. Ely, premier prix de flûte au concours de cette année, vient de
mourir à l'âge de dix-neuf ans.
*% Le succès obtenu, dimanche dernier, par le concert de jour qui
a eu lieu aux Champs Elysées, a décidé l'administration des Concerts
Musard a en donner un deuxième le dimanche 14 octobre 4860, de 2 à
5 heures du soir.
a** M. Jules Cornet, ancien directeur de l'Opéra à Vienne, vient de
mourir, à Berlin, dans sa soixante-septième année. 11 avait été autrefois
ténor cto beaucoup de talent et brillait surtout clans le rôle de Ma-
saniello de la Muette de Portici.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE
à** Rouen. — On annonce comme très-prochaine la première repré-
sentation de Piamlla, opérette-bouffe, de Flotow.
:,,*t Chartres. — Une solennité religieuse des plus intéressantes aura
lieu â Chartres mercredi prochain. On célébrera dans la cathédrale le
600° anniversaire de la dédicace de cette admirable basilique , faite le
17 octobre 1260 devant saint Louis, roi de France, et la restauration et
la réouverture de l'église souterraine. Les douze nouveaux autels de la
crypte, fermée au culte depuis 89, seront consacrés par douze évêques.
*** Toulouse. — Les Pantins de Violette viennent d'obtenir un très-
beau succès. Mlle Alexandrine, qui débutait dans le rôle de Violette,
DE PARIS.
est encore un peu novice comme chanteuse ; cependant elle dit le poème
avec beaucoup de gentillesse et paraît devoir être admise.
.„** Nîmes. — Le Pardon de Ploërmèl vient d'être mis à. l'étude. — Gi-
ralda, l'une des plus charmantes partitions d'Ad. Adam, a été exécu-
tée avec succès. Mlles Erambert et Dumas, MM. Sujol et Wilhem se
sont partagé les applaudissements.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„.% Bruxelles. — Mlle Boulart est constamment fêtée par le public du
théâtre de la Monnaie, qui accourt en foule pour l'entendre, soit comme
Dinorah, du Pardon, soit comme Rose Friquet, des Dragons de Villars.
Elle partageait cette semaine son succès avec Mlle Gay, qui débutait
dans le rôle de la reine, du Pré aux clercs. Le Farfadet, le charmant opé-
ra-comique d'Ad. Adam, a été repris pour les débuts de Mlle Dufresnoy.
V Etoile du Nord prépare sa réapparition triomphante; MM. Jourdan,
Battaille, Aujac, Mlle Cupuy, tiendront les principaux rôles à côté de
Mlle Boulart, qui remplira le rôle de Catherine.
t% Liège. — Le concours international de chant d'ensemble doit avoir
lieu aujourd'hui, dimanche 14 octobre. Il y aura huit catégories de
prix : les trois premières pour les sociétés belges, la quatrième pour
les sociétés allemandes, la cinquième pour les sociétés françaises, la
sixième pour les sociétés hollandaises, la septième pour les sociétés
belges ayant obtenu un premier prix de villes de premier rang dans
des concours antérieurs, et enfin la huitième, un grand concours d'hon-
neur entre les Sociétés ayant obtenu un premier prix d'excellence dans
des concours antérieurs et les Sociétés étrangères qui se feront inscrire
dans cette catégorie. Tour les Sociétés belges de premier rang et les So-
ciétés allemandes, françaises et hollandaises, les premiers prix consisteront
en une médaille en or et une indemnité do iOO fr. Pour le prix d'excel-
lence, il y aura une médaille en or, grand module, et une indemnité de
600 fr. Enfin, pour le grand concours d'honneur il y aura une riche cou-
ronne et une indemnité de 1 ,000 fr.
*% Londres. — L'inauguration de la nouvelle saison musicale de Co-
vent-Garden, a eu lieu par l'opéra de Lurline. La salle était comble et
la partition de M. Wallace a produit beaucoup d'effet. Miss Pyne et
M. Harrison se sont montrés comme toujours bons comédiens et excel-
lents chanteurs. — On parle beaucoup d'un nouvel opéra de Balfe, le
maestro le plus populaire de l'Angleterre. On annonce aussi la reprise,
avec un libretto anglais, du Pardon de Ploërmèl, qui, on se le rappelle,
avait, la saison dernière, fait réaliser de si formidables recettes. —
Mme Clara Novello a fait au public de splendides adieux. L'éminente
cantatrice s'est fait entendre une dernière fuis dans l'oratorio de la
Création, exécuté avec le concours de 2,500 choristes. Malgré le temps
le plus épouvantable, le palais de Cristal a reçu 12,010 amateurs. — On
parle déjà pour l'année 1862, époque fixée pour l'exposition universelle,
d'une seconde édition du festival de Haendel, avec 5,000 exécutants,
comme en 1859.
„** Berlin.— La troupe italienne de Merelli a choisi pour la quatrième
représentation II Barbkre. Mlle Trebelii y a obtenu un succès d'enthou-
siasme. Le public et la presse la proclament la meilleure Rosine qu'on
ait entendue depuis longtemps.— Dans le rôle d'Arsace de Sémiramide,
que Mlle Trebelli avait choisi pour son début, la jeune cantatrice a été
également beaucoup applaudie.— La même troupe continue ses repré-
sentations à l'Opéra royal par Don Pasquale. Mme Incli et le ténor
Ualvani y ont obtenu beaucoup de succès. — La troupe italienne de
Lorini commencera ses représentations au théâtre Victoria le -20 octo-
bre. Mmes Artot, de Vries, Plodowska et Trucco, MM. Carrion, Daniele,
délie Sedie, Mastriani, Frizzi et Brémond, en composeront le personnel.
Berlin aura ainsi deux théâtres italiens pendant cette saison,
*** Brunswick.— Le succès de Dinorah continue, et le dernier chef-
d'œuvre de Meyerbeer se maintiendra longtemps au répertoire.
*** Vienne. — Il vient de se constituer une association entre les chefs
des corps de musique militaire, dans le but d'assurer des secours aux
artistes invalides ainsi qu'aux veuves et aux orphelins. L'armée autri-
chienne a un directeur général de musique militaire ; déplus, 164 chefs
de bande, 80 corps de musique pour l'infanterie de ligne, 30 pour
l'infanterie légère; la division des cuirassiers en a 12; oulhans, 14;
artillerie, 14. Tous les corps de musique réunis forment une petite ar-
mée d'environ 10,000 hommes.
t% Dresde. — L'inauguration de la statue de Weber aura lieu le M oc-
tobre. Pendant cette solennité, on entendra une cantate de Rietz, texte
de Kiihne, exécutée par la chapelle royale et toutes les réunions vocales
et instrumentales de Dresde.
*% Hambourg.— Roger a obtenu un beau succès dans le Prophète. A
son entrée en scène, le célèbre ténor a été accueilli par une salve d'ap-
plaudissements et les fanfares de l'orchestre.
*** Suttgart. — Notre nouvelle salle des concerts, dont la construction
avait été confiée au talent du célèbre architecte Leins, a été inaugurée,
le 29 septembre, de la manière la plus brillante par un concert de la
cour, auquel avait été invité un certain nombre de notabilités litté-
raires, artistiques et commerciales. On a exécuté une cantate par Kûcken,
la marche du Songe d'une nuit (Pété ; le trio de Marguerite d'Anjou, par
Meyerbeer, très-bien rendu par MM. Pischeck, Schùttky et Lipp. La
JuM-ouverture de Weber, a c:os cette belle solennité, à laquelle assis-
tait le roi de Wurtemberg. L'avant-veille, à l'occasion du 79= anniver-
saire de la naissance de notre souverain, le théâtre de la cour avait
donné la Clémence de Titus, de Mozart.
s. DTjronn.
MAISON H. HERZ pi^nlT' /^ "Vde'ia
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos a queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» F.nfin, d'ans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
etûo obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
h A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'Être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
{Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
Chez Bbandls et Dcfoue, rue Richelieu, 103, et chez
Dezociiy, Madeleine et Ce, rue des Ecoles, 78.
L'ÉCOLE PRIMAIRE.
Contenant un exposé analytique et raisonné des
véritables principes de l'art, un nouveau mode d'en-
seignement et 255 exercices gradués sur l'intonation,
420 sur la mesure, 81 sur les tonalités et les modu-
lations, 50 solfèges à 1, 2 et 3 voix, et 7 chœurs à
3 voix égales, ainsi qu'un abrégé
BUE SjA fflBKOHHÎS MU S'I.i.&B^-t'II.ftKiT
à l'usage des écoles normales, des écoles primaires,
des cours de musique, des Sociétés chorales, etc., par
Félix îîicbert,
Professeur à l'école de musique de Dijon, inspecteur de l'Orphéon
départemental d<: tn Côte-d'Or.
Troisième édition. Prix : 4 fr., et t\ fr. 50 cent. cart.
ÇiflBïlFÏ FTA f'lctL'"r de pianos. —Médaille
OUlUiiEilU d'or, Exposition 1849; Médaille
de lrc classe Exposition universelle 1855. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, a toutes les
Expositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la
réputation est justement établie. Elle vient de
mettre en vente un nouveau modèle de piano
droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne
laisse rien à désirer sous le double rapport de la
quantité et de la qualité du son. — !Jl:is;;isiii,
rue 334>ii(uiartrc, 1G1.
ALPHONSE SÂX
(.BUTCBWR). — Neuf
brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments Saxomiiïtoiiùisies. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iuppokt officiel [Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par eUe seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est. partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et. contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis,
près la place Lafayette, a Paris.
364
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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N° 43.
REVUE
21 Octobre 1860.
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Étranger 34» id.
Lu Journal pareil le Dimancnc
GAZETTE MUSICALE
mm paris.
aaAAAAAAaaa. —
SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : le Val d'Andorre, opéra-comique en trois actes,
paroles de M. de Saint-Georges, musique de M. F. Halévy, par Léon Duro-
cher. — Le passé, le présent et l'avenir du chiffre appliqué à la notation mu-
sicale en Allemagne, par William Croiithal. — Revue critique , par
Adolphe Botte. — llevue des théâtres, par D. A. O. Saiut-Yics. —
— Nouvelles et annonces.
THEATRE LYRIQUE.
IiiE VAIi D'MDOBRE,
Opéra-comique en trois actes, paroles de M. de Saint-Georges,
musique de M. F. Halévy.
(Première représentation à ce théâtre.)
Le Val d'Andorre, joué en octobre 1848, obtint un grand succès,
et releva l'Opéra-Comique, que les troubles de cette époque avaient
très-gravement compromis.
Le succès était légitime. Le Val d'Andorre a un mérite réel. La
pièce est très-bien faite. Elle intéresse d'un bout à l'autre, soit qu'elle
excite le rire, soit qu'elle fasse naître l'émotion. La partition est in-
contestablement une des meilleures que M. Halévy ait écrites. Tous
les organes de la presse, qui, sur un autre terrain, se livraient chaque
jour des batailles si acharnées, n'eurent qu'un avis sur le Val d'An-
dorre. Cet ouvrage n'ayant jamais été contesté, l'appréciation qui en
fut faite alors, et que de nombreuses représentations ont sanctionnée,
subsiste, et nous n'avons rien à y changer. Une réputation si bien
établie défie toutes les attaques, et n'a aucun besoin d'être soutenue.
L'administration du théâtre Lyrique a monté le Val d'Andorre
avec beaucoup de soin et d'intelligence. Elle y a mis, comme il était
juste, les plus habiles artistes qu'elle eût à sa disposition. Elle n'a
lésiné ni sur le temps, ni sur l'argent. Les décors sont donc parfaite-
ment convenables, et l'exécution offre l'ensemble le plus satisfaisant.
L'orchestre et les chœurs doivent être loués sans restriction. Ce serait
une injustice flagrante que de marchander à M. Deloffre les compli-
ments qu'il a si bien mérités.
C'est Mme Meilletqui remplit le rôle de Rose-de-Mai, que Mlle Dar-
der créa, dans l'origine, d'une manière si originale et si poétique.
Mme Meillet, malgré tout son talent', n'a pas autant de grâce que
Mlle Darder. Il manque à son costume nous ne saurions dire quoi,
mais certainement quelque chose. Si Mme Meillet lient à s'éclairer là-
dessus, elle n'a qu'à se rappeler les compliments que mesdames et
mesdemoiselles ses rivales n'ont pas manqué, sans doute, de lui
adresser. Ce qu'elles ont le plus loué est évidemment ce qu'il faut
changer au plus vite.
Nous pouvons seulement attester, pour notre part, que les cheveux
blonds dont Mme Meillet a cru devoir s'entourer le visage n'ont été
du goût de personne. Pourquoi ne pas rester, Madame, telle que la
nature vous a faite? Vous n'avez rien à lui reprocher. Est-il nécessaire
que Rose-de-Mai soil blonde? Est-elle de race teutoniqueou slave? Au
contraire, sa mère est Epagnole. Elle habite une vallée perdue au milieu
des Pyrénées. C'est le pays des tons chauds, des teints brunis par le
soleil, des lèvres de corail, des yeux et des cheveux noirs, et votre
perruque blonde n'est qu'une invraisemblance inutile.
Mme Meillet, d'ailleurs, joue son rôle avecbeaucoup d'intelligence,
de sentiment et de passion. Il semble que son talent de cantatrice ait
grandi pendant le temps qu'elle a passé loin de nous. Sa voix, plus
pleine, plus forte que jamais, est devenue plus égale et plus souple
qu'elle n'était autrefois. Elle dit son premier air : Marguerite qui m'in-
vite, avec une simplicité qui n'exclut pas la finesse, et avec une ex-
pression poignante la romance du second acte : Faudrart-il donc,
pâle, éperdue, etc. Elle trouve là les accents les plus pathétiques.
Nous l'engageons seulement à ne point exagérer le crescendo des deux
dernières mesures, sur le sol et le la dièses. Ce crescendo, qui n'est
point marqué sur la partition et dont l'auteur ne s'était point avisé,
est assurément une heureuse inspiration ; mais il ne faut abuser
de rien. Mme Meillet fera bien, selon nous, de prendre garde que sa
voix n'arrive, sur ce la dièse, à une intensité où son timbre cesserait
d'être agréable.
Mlle Roziès joue le rôle de Georgette écrit dans le temps pour
Mlle Lavoye. Elle y met de la finesse, de la gaieté., de la grâce, de la
verve. Sa voix n'est pas forte, il est vrai, mais son exécution est
facile et brillante. Elle détaille avec esprit et vocalise très-légère-
ment. Bref, elle a eu dans le Val d'Andorre autant de succès pour
le moins que dans les Dragons de Villars.
M. Monjauze est rentré au théâtre Lyrique par le rôle du beati
chasseur qui tourne la tête à toutes les femmes et qui pourtant n'en
aime qu'une. 11 a rapporté de Bruxelles le timbre un peu trop clair
qu'il avait en nartanl, et un embonpoint qui fait honneur à la cuisine
belge. Heureusement il n'a perdu ni ses manières distinguées ni sa
prononciation nette, ni son exécution correcte, ni ses notes suraiguës
de poitrine qui font quelquefois penser à Nourrit.
M. Fromant est très- convenablement placé dans le rôle de Sa-
turnin .
3G6
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
Celui du chevrier est rempli, comme il le fut lors de la création, par
M. Battaille. On se souvient du succès qu'y obtint cet artiste, très-jeune
encore, jusque-là peu connu et qui d"un seul bond s'éleva au premier
rang'. 11 avait marqué ce personnage excentrique d'une empreinte pro-
fonde et vigoureusement accentuée. Il y était original et vrai — plus
vrai peut-être qu'aujourd'hui. Nous sommes-nous trompés '? Il nous a
paru moins simple qu'autrefois. Il semble courir après l'effet. 11 appuie
sur les intentions, les souligne, les exagère. 11 cherche le mieux : le
mieux est souvent l'ennemi du .bien. 11 chantait, il y a dix ans, de
sa voix naturelle, qui était franche, sonore, mordante. Il s'est fait une
voix plus volumineuse, mais moins éclatante, dont l'émission artifi-
cielle rend sa prononciation lourde et empâtée. C'est surtout dans
les passages syllabiques que l'on s'aperçoit de ces petits défauts et
dans les couplets du second acte : Le soupçon, Thérèse, etc. Il n'y a
qu'à l'applaudir après ceux du premier : Voilà le sorcier, et l'audi-
toire ne s'y est point épargné. Il ne serait guère possible en effet de
donner à ce petit morceau plus de mouvement, de couleur et de
physionomie.
Le rôle du recruteur Lejoyeux était chanté à l'Opéra-Comique par
M. Mocker. C'est M. Meillet qui en est chargé au théâtre Lyrique.
Oui, M. Meillet, le baryton, fait une partie de ténor, et s'en acquitte
à la satisfaction générale. Il déploie dans ce difficile et périlleux
exercice une adresse merveilleuse. Martin, autrefois, n'aurait pas fait
mieux. M. Meillet a une voix de fausset qui doit rendre jaloux bien des
ténors. Sauf deux ou trois phrases constamment élevées, et qui ont
paru le fatiguer un peu, il a surmonté victorieusement toutes les
difficultés de son audacieuse entreprise, et récolté une riche moisson
d'applaudissements. Seulement, nous ne comprenons pas pourquoi il
gasconne au milieu de ces paysans à demi espagnols. Tous les habi-
tants du val d'Andorre devraient gasconner plus que lui. M. Meillet
nous répondra, sans doute, qu'en gasconnant il est plus drôle. En
est-il bien sûr ? Pour notre part, nous en doutons. Mais cela n'em-
pêche pas qu'en général il ne soit très-bon à voir comme à entendre,
et qu'il ne tienne sa place le plus honorablement du monde dans un
ensemble qui, à tout prendre, laisse peu de chose à désirer.
Léon DUROCHER.
LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L'AVENIR DD CHIFFRE
APPLIQUÉ A LA NOTATION MUSICALE EN ALLEMAGNE.
A monsieur le comte de Sollohub.
Monsieur le comte,
Vous avez publié deux brochures au sujet de l'enseignement du
chant par les chiffres : dans la première vous exprimez votre admi-
ration pour les résultats extraordinaires qui ont été obtenus, et dans
la seconde vous défendez cet enseignement contre les attaques « de
» tout un cénacle olympien, tout un jury de demi-dieux, vingt et un
» juges (1) en un mot, dont chacun est une autorité, qui viennent
» de lancer avec un dédain suprême les foudres de l'excommuni-
» cation contre ce malheureux chiffre, faisant l'école buissonnière en
» dehors des voies consacrées de la musique légale (2). »
Aux dieux le soin de défendre l'Olympe et de tirer vengeance des
blasphèmes de l'impiété; pour moi, je veux vous suivre sur le nou-
veau terrain où vous placez la discussion, celui de la pédagogie.
Elle seule en effet sera un guide sûr dans l'étude d'une question tant
controversée récemment; elle seule nous révélera la vertu secrète par
laquelle tant de miracles ont été opérés.
(1) Le nombre s'en est élevé à vingt-trois.
(2) Les musiciens contre la musique, page 5.
Mais, me direz-vous : « dans les questions pédagogiques il n'y a de
» juges que les pédagogues, les maîtres d'école, ceux qui ont l'en-
» seignement primaire entre les mains (1); «remplissez-vous ces con-
ditions? Parfaitement, monsieur le comte; déplus, tout l'arsenal des
méthodes et des livrtis allemands où vous avez puisé, d'autres docu-
ments encore, se trouvent là devant moi ; nous feuilleterous à loisir,
et ces messieurs de l'Institut seront bien difficiles si le nombre de
nos citations ne les satisfait pas. Il faut convenir néanmoins que si
vous leur dites : « Pour être un génie, on n'est pas un pédagogue (2) »,
ces messieurs pourraient bien rétorquer l'argument et répondre que
pour être pédagogue on n'est pas un génie ; mais c'est là une
affaire qui ne me regarde pas entre vous et les demi- dieux de l'O-
lympe ; je suis d'accord avec vous sur ce point que le seul moyen de
trancher ces discussions est fourni par la pédagogie, et cela me
suffit.
Cependant, monsieur le comte, cet arbitre nouveau, invoqué par vous,
est inconnu en France à la plupart des personnes ; et de peur qu'en
ouvrant le premier dictionnaire venu pour chercher la signification de
ce mot, elles ne trouvent une définition fausse ou obscure, une toute
petite explication est nécessaire.
Païdagôgia, mot grec dont on a fait pédagogie, signifie action de
conduire, et, par extension, d'élever les enfants, et sous ce titre on
comprend l'ensemble des principes et des moyens d'éducation et
d'instruction : elle traite de la connaissance de l'homme et de ses fa-
cultés, elle étudie les lois qui président à leur développement, elle
discute la valeur et la portée des méthodes et procédés d'enseigne-
ment, elle établit les règles auxquelles ces méthodes doivent satis-
faire pour devenir fructueuses et stables; c'est sous ce rapport que
la pédagogie est souveraine dans la présente question. En France, je
le répète, elle n'est pas connue et ses décisions pourront sembler
suspectes ; n'importe, elles seront si concluantes, si claires, qu'à
moins de fermer obstinément les yeux, la lumière sera évidente pour
tout le monde.
« L'enseignement de la musique en Allemagne, dites-vous, n'est
» pas le privilège accordé au souvenir d'un seul individu comme en
» France ; c'est tout un élément, toute une question vitale à laquelle
» on travaille sans relâche depuis cinquante ans, question sur laquelle
» on a écrit des bibliothèques et à laquelle des centaines, des milliers
» d'hommes ont voué leur existence. C'est donc là, si l'on veut cher-
» cher la vérité, qu'il faut examiner le passé et le présent pour ar-
» river à une conclusion exacte (3). »
Merci, monsieur le comte; vous me tendez la main pour passer le Rhin,
je la saisis avec empressement, car c'est bien dans ce pays classique de
la pédagogie et de la musique que nous examinerons le mieux le passé,
le présent et l'avenir du chiffre. Prenez mon bras, je vous prie, car
l'idiome qui frappe nos oreilles, c'est ma langue maternelle, et faisons
une tournée pédagogique.
Voyons d'abord le fiasse du chiffre en Germanie.
Dans ce docte pays, les œuvres de Rousseau ont été et sont encore
en grand honneur; il est le devancier, sinon le père, de cette pléiade
de pédagogues qui ont illustré l'école allemande. La dissertation sur
la musique moderne, publiée en 17Z|3, trouva de l'écho et le système de
notation avec chiffres fut appliqué. En l'année 1800, un nommé Hors ■
tig écrit dans la Gazette musicale universelle de Leipzig (4) un ar-
ticle dans lequel il propose, par mesure d'économie, de chiffrer le
choral d'après le système de Rousseau. 11 affirme qu'en 1791 déjà, le
maître de chapelle Schulze a composé et fait imprimer en chiffres la
grande partition d'un oratorio intitulé Sainte Marie et saint Jean.
(1) Les musiciens contre la musique, page 45.
(2) Id., page 10.
(3) Ibid., page 33.
(4) Allgemeine MuiikzeUung, zweiter Jahrgaiig, page 337.
DE PARIS.
367
En 1813, Wilke annonce, dans la même gazette, que l'idée d'intro-
duire les chiffres dans l'enseignement du chant commence à se ré-
pandre. 11 combat cette nouveauté par la raison que les chiffres don-
nent une notion d'unité et de pluralité, et non de gravité et d'élé-
vation .
Dans cette même année 1813, Natorp publie sa méthode de nota-
tion en chiffres, tout en maintenant qu'avec les notes on obtient le
même résultat.
En 1814, Koch met au jour une méthode en chiffres; il ne les em-
ploie cependant que pour les sons d'une égale durée, le plaiu- chant.
En 1815, un nouvel article de la Gazette de Leigzig signale la
lutte ardente que soulève la nouvelle théorie. Maas y combat les
chiffres pour différents motifs; les maîtres dit-il, ont tort d'attri-
buer au chiffre les résultats obtenus, lesquels ne proviennent que de
leur zèle et de leur travail. C'est là une appréciation que nous re-
lèverons plus tard.
Rousseau n'avait pas indiqué le moyen d'effectuer les modulations;
ce défaut n'arrêta pas les adeptes; ils essayèrent différentes solutions
et il y eut ainsi différentes manières de chiffrer. Zerrenner, dans
son livre sur les méthodes, engage, en 1821, les partisans du chiffre
à travailler à la fusion des différentes manières et à l'adoption d'un
seul système.
En 1826, Klett publia sa Note du peuple {Volksnote), méthode de
chant en chiffres qui fut généralement adoptée à cause de sa sim-
plicité. Cependant la polémique des partisans de la note continuait
toujours avec ardeur. Dans un article du journal de musique Cœcilia,
Heinroth propose, en 1828, un armistice aux combattants, en leur
prouvant que les deux partis ont raison, chacun à son point de vue.
11 promet de publier une méthode de chant simplifiée avec les notes.
En 1833, Léonhard Wiucklef publie une brochure pour porter à la
connaissance de ses collègues les résultats étonnants obtenus par les
chiffres : « quarante heures au plus lui suffisent pour rendre ses élèves
» capables de lire à première vue (1). »
En 1839, Auberlen réforme la méthode de Vilett avec l'assentiment
de l'auteur et celui d'un grand nombre d'instituteurs (2).
En 1840 surgit une nouvelle méthode de chiffres pour les écoles
primaires. Son auteur, Waldmann, ne prétend pas cependant pros-
crire l'usage de la note dans les écoles; le recueil de mélodies joint à
la théorie est même imprimé en notes (3). Dans sa méthode d'har-
monie, publiée en 1845, Waldmann dit : « L'avenir jugera ma méthode
» de chiffres. Si elle porte, comme toutes celles de mes prédécesseurs,
» le germe de mort dans son sein, eh bien ! qu'elle meure, et que de
» ses cendres s'élève le phénix d'un nouveau système que j'accepterai
» avec amour et reconnaissance pour m'avoir sauvé de mes erreurs
» passées. Mais je ne crois pas que de mon vivant mon œuvre trépasse,
» car partout où elle a pénétré , elle a montré une grande vi-
» gueur, etc., etc. (4). » Hélas ! le digne pasteur Waldmann avait trop
présumé de la vitalité de son livre, car, à partir de cette époque, le
chiffre disparaît de plus en plus des écoles.
Hentschel dit dans la Revue pédagogique de 1847, deuxième vo-
lume, page 303 (5) : « Il fut un temps où l'on se servait des chiffres dans
» la plupart des écoles. Ce temps n'est plus ; les notes ont repris
» leur empire et peu de maîtres sont restés fidèles au chiffre. Des
» recueils nouveaux de morceaux chiffrés sont chose très-rare ; tout
» s'imprime en notes. »
(1) Vierzig Singstunden und nicht mehr. Nûrnberg, 1830, bei Ricdcl.
(2) Siiddeutschcr Sclmlbole. Februarbeft, 1839.
(3) Gesanglchre far Volksschulen, von Waldmann. Karlsruhe bei Uerder, 1841.
(4) Harmanik, von Joseph Waldmann. Freiburg ini Breisgau boi Herdcr, 1845.
(ô) Pœdagogischer Jahresbericht, von Karl Kacke. Leipzig, Brandslcttcr, zwei-
ter Cand.
Dans la même revue, cinquième volume, 1851, page 323 (1),
Hentschel dit : « Les chiffres rétrogradent de plus en plus et dans les
» écoles et dans la littérature ; à ma connaissance il n'est point de
» méthode ni de recueil qui, sur le terrain pratique, en ait fait
» mention dans ces dernières années. »
Dans le sixième volume de la même revue, année 1852, page 346,
le même Hentshel dit : « La lutte entre la note et le chiffre, qui a
» duré tant d'années, peut être considérée comme terminée, la note
» est victorieuse. »
Dans le dixième volume, année 1857, page 369, on lit enfin : « Le
» chant au moyen des chiffres est presque entièrement passé de
» mode ; par contre, la note a repris de plus en plus. Certes c'est
» là un grand progrès. »
Ainsi, monsieur le comte, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître
que, pendant près de soixante ans, le chiffre a été expérimenté en
Allemagne ; il arriva même un moment, comme le dit Hentschel dans
l'ouvrage cité plus haut, où l'on se servit des chiffres dans la plupart
des écoles.
Cette vérité, incontestable pour nous maintenant, ne ressort pas
assez, permettez-moi de vous en faire l'observation, des citations de
votre brochure. Ainsi je lis à la page 75 (2) : « Le chiffre s'enseigne
» en France depuis quarante ans; en Allemagne il a été pendant vingt
') années l'objet d'une polémique sans résultats. >, On dirait d'après
cela que cet enseignement n'a été l'objet que de discussions purement
théoriques, sans passer aux essais pratiques. Nous venons de constater
le contraire : il a été pratiqué presque partout et discuté vivement par
les partisans de la note.
A la page 34, en parlant de l'introduction du chiffre en Allemagne,
vous vous exprimez ainsi : « L'école nouvelle fut accueillie avec trans-
» port par les uns, avec mécontentement par les autres. Il s'ensuivit
» une polémique acharnée, violente, remplie d'aigreur. Elle dura
» vingt ans, dit Hentschel (autre pédagogue musical connu en Alle-
» magne par ses écrits), et, sur le papier au moins, la victoire resta
» indécise. »
C'est là une erreur sans doute, monsieur le comte, caria victoire ne
resta pas indécise; Hentschel ne peut pas nier dans votre brochure
ce qu'il affirme dans la revue, à savoir, la disparition du chiffre et la
victoire de la note. J'ai cité cet auteur quatre fois, dans les volumes 2e,
5e, 6e et 10e, les pages sont indiquées et je crois avoir traduit fidèle-
ment. Voyez vous-même, s'il vous plaît; vous possédez l'ouvrage.
Il reste à faire encore une rectification quant au temps pendant le-
quel les expériences ont duré. Vous ne parlez, d'après Hentschel, que
de vingt années, tandis que c'est bien pendant près de soixante
ans que le chiffre a été pratiqué; la première apparition, signalée
par Horstig, remontant à 1800, et la disparition presque complète,
annoncée par Hentschel, étant de 1857.
A cette même page 34, à la suite de la citation précédente, je lis :
« De fait, l'usage de la portée, comme étant plus complète, plus ap-
» propriée aux habitudes des musiciens de profession, finit par pren-
» dre le dessus, sans que toutefois le chiffre tombât complètement en
» désuétude. » D'après cela il me semble que les musiciens d? pro-
fession seuls, de la nature des Olympiens de l'Institut de Paris, aient
dé'.erminé le retour à la note. Autre erreur, car les instituteurs mêmes
qui ont pratiqué le chiffre dans les écoles primaires ont écrit la
plupart des méthodes, et, après une expérience d'environ soixante
ans, sont revenus à l'ancienne notation. Cela ressort clairement des
recherches sur le passé du chiffre en Allemagne auxquels nous venons
de nous livrer. Vous êtes d'accord avec moi, monsieur lecomtej'en suis
certain, car, la main sur les livres et les brochures, vous avez pu
vérifier toutes les citations. Le nombre de ces productions germa-
niques s'appelle légion : on n'a que l'embarras du choix ; ceux que
(1) Pœdagogischer Jahresbericht, fiinfier Band.
(2) Les musiciens contre la musique, page 75.
308
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
nous avons feuilletés suffisent pour jalonner la route suivie par l'en-
seignement du chiffre de 1800 à 1857, c'est-à-dire pour établir son
passé. Ce passé se résume ainsi : une expérience de soixante années,
qui, au lieu d'établir solidement le chiffre, l'a fait abandonner par les
écoles primaires où il avait été généralement pratiqué.
William CRONTHAL.
[La suite prochainement.)
REVUE CRITIQUE.
Keité Favarger : Fantaisie sur le Comte Ory; Caliban, grande
valse de salon; l'Escarpolette, morceau de salon. — T. Ba-
ilarzewska : la Prière d'une vierge, arrangée à quatre
mains;, Douce rêverie. — Angelo Cumin : Vivacité , galop
de concert ; Constance , allegretto ; Mon Paradis, andante.
A tout seigneur tout honneur ; commençons donc cetle revue par
la fantaisie sur le Comte Ory, les morceaux originaux viendront
après.
La partition de Rossini éveille toujours , dès qu'on l'ouvre , mille
charmants souvenirs. Que de grâce , que d'esprit , que de feu ! Dans
ces pages immortelles où pétille à chaque note tout ce que la co-
médie musicale a de plus aimable, de plus franc et de plus séduisant,
le brio et l'élégance le disputent à la vérité de la pensée et à la
finesse de la forme ; le travail est digne de la matière , ce qui n'ar-
rive pas toujours au delà des Alpes, et ce qui amoindrit souvent les
plus belles inspirations du génie italien.
Tout le monde connaît le chœur à quatre parties réelles et sans
accompagnement que chante , dans la coulisse , le comte Ory et sa
suite: Noble châtelaine, voyez notre peine. Dans la fantaisie de
M. Favarger, il se trouve presque au début. Fort bien arrangé et
varié, ce ravissant andanlino laisse entières aux pianistes l'une des
plus belles mélodies et quelques-unes des plus sobres et des plus pures
harmonies que Rossini ait écrites. L'auteur a doigté avec beaucoup
de soin la plupart de ses passages et il a bien fait ; cela aidera les
élèves et peut-être plus d'un professeur.
Parmi les motifs empruntés encore au deuxième acte, disposés et
brodés d'une façon charmante par le compositeur, il faut citer, surtout,
l'air de Raimbaud, dans lequel le charmant dessin des violons est fidè-
lement reproduit. Bientôt après, un effet sourd et étouffé emprunte au
staccato une couleur sombre et dramatique assez étrange et assez
neuve.
Les autres mélodies ont été parfaitement choisies aussi; mais là
n'était pas le difficile : ce qui était moins aisé, c'était d'écrire, comme
l'a fait M. Favarger, une fantaisie qui se distinguât de toutes celles,
nous ne voulons pas dire que l'on compose, mais plutôt qu'on im-
provise chaque jour et qui se sentent vraiment trop des libertés et
des prérogatives de l'improvisation ; c'était, tout en ne négligeant pas
le côté brillant et purement instrumental, d'avoir souci de la correc-
tion du style, et de montrer que les œuvres des maîtres ne dispen-
sent nullement ceux qui y touchent d'avoir du goût, de la science
et une ingénieuse compréhension.
— La grande valse de salon intitulée Caliban est distinguée, bien
coupée, souvent bien traitée, malgré quelques modulations un peu
cavalières peut-être. Extrêmement brillante et pas trop difficile, elle
est remarquable par de véritables qualités mélodiques. Le graz.ioso en
si bémol a du charme et de la fraîcheur ; la coda, de la chaleur et de
l'entrain ; enfin il y a partout de l'imagination, un besoin d'être
chantant qu'il faut louer et auquel l'auteur a dû déjà de beaux
succès.
Sans attacher à cette gracieuse inspiration plus d'importance qu'elle
ne veut sans doute en avoir, elle révèle néanmoins assez de talent
pour que nous conseillions à M. Favarger de concilier davantage les
exigences du public avec celles des musiciens instruits et sérieux.
Qu'il reste aimable, facile et clair, rien de mieux ; mais qu'il se
montre parfois plus difficile dans le choix de ses idées, qu'il serre et
remplisse un peu plus son harmonie. Une certaine sévérité de style
est de mise partout, et donne à la pensée de la force et de l'élé-
vation.
A cette valse nous préférons le morceau de salon l' Escarpolette.
Le rhythme en est délicieux, plein de mollesse et de gracieux balan-
cements. C'est une délicate petite scène remplie de malice, de jeunesse
et de poésie. Toutes les mélodies sont jolies, mais la plus originale et
la plus expressive est celle en ré; elle fait succéder la tendresse à la
légèreté et à l'espièglerie. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour
deviner que le compositeur a pensé à quelque beau parc où une bril-
lante et élégante compagnie se trouve réunie, et où tout à coup
l'amour, ami de l'ombre et des bois, se glisse au milieu des innocents
plaisirs de l'escarpolette.
La façon dont ces chants sont accompagnés témoigne que M. Fa-
varger peut satisfaire à la fois ceux qui aiment avant tout des motifs
frais et bien venus, et ceux qui les veulent encore soutenus par tout ce
que l'art y ajoute de piquant, de vigoureux et de coloré.
— 11 y a quelques années, M. Badarzewska publiait en Allemagne
la Prière d'une vierge. Tout de suite il obtenait, comme il obtint bien-
tôt après en France, un très-grand succès. Ce succès est tel parmi
nous que cette composition vient d'être arrangée à quatre mains,
et nous ne serions nullement surpris que d'autres instruments ne
vinssent s'en emparer à leur tour et disputer au piano les jouissances
qu'elle procure. Que renferme-t-elle donc de si remarquable? Certes,
l'Allemagne doit se connaître en musique, en harmonie, et quelque chose
d'ordinaire ne saurait surprendre ses sympathies. Pourtant nous ne
voyons dans la Prière d'une vierge qu'un thème assez court, accom-
pagné par trois accords seulement, varié cinq ou six fois dans le même
ton et dans le même mouvement. Où donc chercher l'intérêt qu'elle
inspire? Dans la mélodie? En effet, c'est elle qui suffit à une vogue
qu'ambitionnent en vain des œuvres mieux faites. Qu'on dise après
cela que la mélodie n'est pas une douce chose !
— Un autre morceau du même auteur, intitulé Douce rêverie, offre
les mêmes qualités et les mêmes défauts que la Prière d'une vierge.
Après un motif dans le gracieux mouvement de la mazurka, on est
quelque peu surpris de rencontrer un passage en octaves joriissimo
con energia, et de se trouver si loin du titre. Mais on sait combien
les titres dépaysent le lecteur, et combien il faut peu compter sur leurs
promesses. Néanmoins, plusieurs pages de cette rêverie ont un cer-
tain charme et une certaine grâce mélancoliques, qui suffisent sou-
vent à la réussite de ces productions légères et probablement sans
aucune prétention.
— Les ouvrages de M. Angelo Cunio jouissent en Angleterre d'une
assez grande réputation. On vient de publier de ce pianiste-composi-
teur : Constance, 1 ivucitê et Mon Paradis. C'est du piano papillon-
nant, brillant, étincelant comme on l'aime peut être plus qu'il ne
faudrait. Le galop surtout est vif, ardent, bouillant et très-convena-
blement harmonisé ; les mélodies, assez nombreuses, ne sont dépour-
vues ni de fraîcheur, ni d'originalité.
Vandante grazioso est un peu langoureux, un peu monotone, mais
d'un bon sentiment. L'allégretto, qui souvent ressemble à une polka-
mazurka, est rempli de délicatesse et de nuances fines. Il exige beau-
coup de souplesse et de légèreté ; il est meilleur que Mon Paradis et
moins bon que le galop. C'est une de ces inspirations gracieuses que
l'analyse effarouche : ici encore il vaut mieux sentir que raisonner.
Adolphe BOTTE.
DE PARIS.
369
REVUE DES THEATRES.
Théâtre-Français : reprise de V Ecole des vieillards ; Samson dans
le rôle de Danville. — Odéon : continuation des débuts de Mlle Ka-
roly dans Ândromaque . — Variétés : Ce qui plaît aux hommes,
pièce en un acte de M. Henri Meilhac ; Un troupier qui suit tes
bonnes, vaudeville en trois actes, de MM. Clairville, Paul Mercier et
Morand; reprise de la Gamine.— Gaité : l'Escamoteur, drame
en cinq actes, par MM. Dennery et Brésil. — Réouverture du
Cirque-Napoléon.
La reprise de l'Ecole des vieillards, au Théâtre-Français, a été
l'occasion, ces jours derniers, d'une tentative malencontreuse de
l'excellent comédien Samson dans le rôle de Danville. On a peine à
comprendre les motifs qui ont pu déterminer le doyen de nos Masca-
rille à cette excursion dans le domaine de Talma. La situation d'un
vieux mari trompé par une jeune femme, ou sur le point de l'être,
côtoie d'assez près le ridicule pour qu'il soit déraisonnable d'ajouter à
ce danger celui d'un physique et d'un organe peu faits pour ennoblir
un pareil personnage. Talma n'avait pas trop de toute sa dignité
tragique pour dissimuler cet écueil contre lequel devait venir se briser
l'impuissante habileté de Samson. Le silence du public est la leçon
des acteurs comme elle est celle des rois. Puisse-t-elle suffire en cette
occurrence et nous préserver a l'avenir d'une affligeante récidive.
Comme compensation, Mme Plessy-Arnould est de bien peu inférieure
à Mlle Mars dans le personnage d'Hortense, et contribue à sauver
l'œuvre de Casimir Delavigne d'un trop complet naufrage.
— Les débuts de Mlle Karoly se poursuivent à l'Odéon avec des
chances diverses, mais qui témoignent d'un intérêt auquel la tragédie
n'était plus accoutumée depuis la mort de Rachel. La première
fois que cette nouvelle étoile s'est manifestée dans le rôle d'Hermione,
il s'est produit un fait assez bizarre. Les applaudissements destinés à
la débutante se sont égarés vers une demoiselle Méa, qui représentait
Andromaque, et qui, depuis plusieurs années qu'elle est à l'Odéon,
n'avait jamais été l'objet de la moindre ovation. Mlle Karoly, peu
maitresse d'elle-même et trop prodigue d'exagérations, n'avait réussi
qu'à mettre en relief le jeu sage et réglé de sa camarade. Mais, à
une seconde épreuve, les destins, changeants comme les flots, se sont
déclarés franchement pour Hermione. Cette jeune tragédienne a certes
beaucoup à acquérir pour arriver à la perfection ; seulement, à travers
son inexpérience, on voit poindre des lueurs soudaines qui accusent
une belle et forte organisation dramatique. Les avis sont très-partages
à son égard ; mais n'est pas discutée qui veut, et si ses détracteurs
la flétrissent du nom de Rachel des carrefours, ses partisans procla-
ment en elle des qualités exquises qui ne sauraient être mises en
balance avec des défauts que l'étude corrigera.
— N'est-il pas un peu tard pour s'intéressera une contre-partie de
la comédie fantaisiste de M. Ponsard, Ce qui plaît aux femmes ? Son
effet n'a été ni assez marqué, ni assez persistant pour expliquer l'obs-
tination des Variétés à lui donner une suite. Il y a pourtant de jolis
détails dans Ce qui plaît aux hommes; mais ils ont le tort de n'exis-
ter qu'en vertu d'une œuvre morte et de n'être en quelque sorte ac-
cessibles qu'aux rares spectateurs qui se souviennent encore de la
pièce de M. Ponsard. Pour ceux-là nous dirons que cinq jeunes
filles, élevées à Golconde, loin de toute société, voient tout à coup ap-
paraître au milieu d'elles un prince beau comme le jour et dont le
cœur devient aussitôt le point de mire de toutes ces dames : toutes,
hers une seule qui feint de n'être pas touchée des grâces du charmant
étranger, et qui, par cela même, l'emporte sur ses compagnes. D'où
il résulte que ce qui plaît aux hommes, selon M. Henri Meilhac, c'est
l'indifférence affectée et le mépris apparent des conquêtes amoureuses.
Il ne faut pas oublier que la scène se passe à Golconde, c'est-à-dire
dans un monde qui est le contre-pied du nôtre. La scène la mieux
réussie de cette imitation, c'est, comme chez M. Ponsard, l'intermède
offert au prince Dorilas, et dont les personnages sont pris sur le vif
de nos mœurs vulgaires et positives. Comme de raison, cet intermède
est envers, non académiques, mais faciles et spirituels. C'est en cela
que M. Henri Meilhac s'est le plus écarté de son modèle.
Le même théâtre nous a rendu un de ses anciens acteurs qui, après
une école buissonnière de plusieurs années, s'est décidé à revenir au
bercail pour essayer d'y remplacer Lassagne. C'est en effet dans une
pièce faite pour ce dernier que Kopp a effectué sa rentrée sans trop
de désavantage. Lécureuil est le nom du troupier qui suit les bonnes,
et que nous voyons passer par tous les petits malheurs des amants
heureux. Au premier acte, une négresse jalouse le précipite dans la
fosse de l'ours Martin ; mais il s'échappe, et, au lieu de profiter de la
leçon, il va rendre visite à la soubrette d'une dame aux camélias. Là,
il rencontre son capitaine, se déguise en vieille femme pour n'être
pas reconnu, et après vingt péripéties comiques, sort encore de la
bagarre sans accident fâcheux. Au troisième acte, nous retrouvons
l'incorrigible Lécureuil dans la cuisine d'un cordon bleu, qui est jus-
tement au service de la femme du terrible capitaine. Pour le coup le
pauvre troupier ne sait plus où se cacher, et ce n'est qu'après avoir
perdu en détail une partie de son uniforme qu'il est enfin dépisté, et
que son capitaine lui pardonne en considération de ses terreurs et de
ses infortunes. Cet imbroglio est gai d'un bout à l'autre et n'affiche
aucune prétention Kopp n'y est pas aussi extravagant que l'eût sans
doute été Lassagne ; mais il apporte dans le rôle de Lécureuil cette
finesse d'observation qui lui a valu jadis des succès très-mérités sous
la livrée des valets du répertoire moderne. '
La reprise de la Gamine, un de ces vaudevilles populaires dont
M. Paulin Deslandes possède si bien le secret, a été une nouvelle
source de bravos pour Duchène, Christian et Mlle Judith Fereyra, qui
remplace dans cette pièce Mlle Virginie Duclay.
— La Gaîté vient de remporter un nouveau triomphe avec l'Esca-
moteur, drame en cinq actes, de MM. Dennery et Brésil, que nous
croyons appelé à une longue et fructueuse carrière. Ce n'est pas que
]a donnée de cette pièce offre rien de bien neuf et de bien saillant,
mais le type de saltimbanque trouvé par Paulin Meynier domine
l'action et lui donne une certaine originalité. Un enfant substi-
tué est introduit dans la famille d'un brave et honnête général
qui a prêté lui-même les mains à cette fraude pour sauver la rai-
son de sa femme, ébranlée par la perte de sa petite fille. Tel est le
point de départ du drame, où l'on voit ensuite un parent du général,
frustré dans ses espérances dé fortune, faire intervenir l'escamoteur
comme père de la fille substituée. Or, le hasard veut que cet homme
ne ment pas en venant réclamer son enfant; par une révélation for-
tuite il apprend que la jeune fille élevée dans la famille du général
est la sienne, et dès lors il cherche à réparer le mal qu'il a fait en
servant les calculs de son complice. Mais pour cela il faut qu'il se
sépare de son enfant, et il ne peut s'y résoudre. Le combat qui se
livre dans son cœur entre le devoir et l'amour paternel est le pivot
éminemment dramatique sur lequel roule le dénoûment de la pièce.
On ne saurait prévoir combien de larmes vont faire couler les péripé-
ties attendrissantes et romanesques de MM. Dennery et Brésil ; mais
ce qu'il y a de certain, c'est que le succès de V Escamoteur se dessine
d'une manière tout à fait exceptionnelle et que dès le début il prend
déjà de si vastes proportions, qu'il pourrait bien créer une concurrence
sérieuse au Pied de mouton de la Porte-Saint-Martin.
— Constatons en finissant que le Cirque a fait ses adieux à la salle
des Champs-Elysées pour reprendre possession de son local du bou-
levard des Filles-du-Calvaire, et qu'il y a opéré sa réouverture de la
façon la plus brillante avec les exercices de l'homme incombustible
et le trapèze de Léotard.
D. A. D. SAINT-YVES.
370
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
NOUVELLES.
„** Au théâtre impérial de l'Opéra, la seconde représentation du Pro-
phète, donnée dimanche dernier au profit delà Caisse des pensions, a été
des plus belles. Mme Tedesco s'y est montrée supérieure encore à ce
qu'elle avait été le premier jour. La salle était complètement remplie. —
Mercredi, Mlle Hamackers, remise de son indisposition, remplissait le
rùle de Berthe, et sa charmante voix s'y déployait dans tout son éclat
et sa fraîcheur. — Demain lundi, 237° représentation du Prophète.
*% Vendredi, Sémiramis a reparu ; les deux sœurs Marchisio y ont
été plus. que jamais applaudies, et à côté d'elles Obin a continué d'être
excellent.
„*„ Mme Ferraris est engagée pour quelques représentations à l'Opéra
royal de Berlin, et y débutera dans un ballet de Taglioni.
*% Le Pardon de Ploermel sera repris mardi prochain à l'Opéra-Co-
mique. L'administration n'a rien épargné pour que le chef-d'œuvre re-
parût avec un éclat digne de son importance. Mlle Wertheimber,
Mlle Monrose et Mlle Darcier, formeront un trio qui, avec l'air ajouté
par l'illustre compositeur, offriront tout l'attrait de la nouveauté.
„,% Mlle Mari mon est rentrée jeudi dans le* Diamants de la couronne.
La jeune cantatrice a quitté Bade il y a quelques jours, et a laissé dans
cette ville d'agréables souvenirs pour la façon dont elle a interprété
la Comète de Charles-Quint, l'opéra-comique de Vivier.
t*t Le théâtre Italien a repris dimanche dernier le Barbier de Séoille
et mardi Cenerentola.— Aujourd'hui dimanche, début de Mlle Edenska
dans le rôle d'Azucena, du Trovatore.
»*„, On vient de distribuer aux artistes du théâtre Italien le Ballo in
musehéra, de Verdi. Mmes Penco, Alboni, Mlle Battu, MM. Mario, Graziani
et Angelini sont chargés des rôles principaux.
„% Ronconi, le célèbre baryton, fera sa rentrée au commencement
de novembre dans le Barbiere, dont il remplit si bien le rôle principal.
,*i Les Dragons de Villars, traduits en allemand, seront représentés
très-prochainement au théâtre de Frédéric-Guillaume de Berlin, sous le
titre de la Clochette de l'ermite.
t\ Jeudi dernier, on a repris, au théâtre des Bouffes-Parisiens, le Sou
de Lise, charmante opérette de Mme Caroline Blangy (lisez : comtesse
deGrandval), parfaitement interprétée par Mlle Chahert et par Marchant.
Cette petite paysannerie, à deux personnages, réussira partout, grâce à
l'intérêt de la pièce, à la distinction de la musique et surtout à l'extrême
facilité que présente sa distribution.
„,*„, Au théâtre Déjazet on prépare la reprise de Pianella, la charmante
opérette de Flotow.
,*, Fanchette, le gracieux opéra-comique de Déjazet, vient d'être
représenté pour la première fois à Mulhouse, et a obtenu un fraac
succès.
**„ Roger obtient en ce moment le succès le plus éclatant à Ham-
bourg. En quinze jours il a chanté sept fois dans le Prophète, Lucie, les
Huguenots, le Trovatore et la Dame blanche. On s'enthousiasme non-seule-
ment pour son talent musical et dramatique, mais on loue aussi beau-
coup la manière dont il chante et parle en allemand.
„,*„. Mme Jenny Lutzer Dingolstedt vient de gagner, dans une loterie
autrichienne, le gros lot, qui est de 73,000 florins. Cette somme lui a
éié payée par un banquier de Prague, où la célèbre cantatrice se trouve
en ce moment.
„% Mme Miolan-Carvalho étudie en ce moment le rôle de Dinorah en
langue allemande; elle créera probablement ce rôle â Berlin; ce sera
une véritable bonne fortune pour le théâtre Royal.
»% Notre savant collaborateur, Georges Kastner,est de retour à Paris,
où il va mettre la dernière main au grand ouvrage que nous avons an-
noncé il y a déjà quelque temps.
„*» S. Exe. le ministre d'Etat vient d'adresser une médaille d'argent
grand module aux auteurs de la cantate exécutée le 15 août au camp
de Chûlons en présence de S. M. l'Empereur: MM. Perrot de Renneville
et Delteil pour les paroles, et M. Bourdon pour la musique.
„,*„, La Schiller -Marsch de Meyerbeer, arrangée par F. Liszt en mor-
ceau de concert, paraîtra incessamment.
„% M. Alary vient de recevoir la décoration de l'ordre d'Espagne de
Charles III.
,*» Henri Litolff vient d'épouser Mlle Louise-Marie-Joséphine, fille de
M. le comte et de Mme la comtesse Wilfrid de la Rochefoucauld. Le
célèbre compositeur doit se fixer désormais à Paris.
*** La grande-duchesse de Nassau a été tellement charmée des qua-
lités du piano d'Érard , sur lequel Henri Litolff a joué devant elle à
Wiesbaden, qu'elle a voulu l'acquérir, et que ce bel instrument est au-
jourd'hui dans son palais et devenu sa propriété.
i*# Mme Lia Mulder reprendra, le 26 du mois prochain, le cours de
chant qu'elle a si heureusement fondé l'année dernière, d'après la mé-
thode de Bordogni.
**„ De tous les théoriciens qui ont consacré leur talent et leur plume
à l'enseignement, Panseron fut l'un des plus féconds. Ses solfèges et
méthodes de chant resteront au rang où les plaça leur savant auteur, et
les élèves continueront à y puiser ses excellentes leçons. L'Ecole pri-
maire, solfège à deux et trois voix, qu'il publia peu de temps avant sa
mort, est appelé au succès de VA B C, dont il a les qualités : mélodie et
facilité.
„% Une séance de musique religieuse très-intéressante se prépare
dans la magnifique cathédrale de Bourges, sous la présidence de Mgr Men-
jaud, premier aumônier de S. M. l'Empereur. Le lundi, 29 courant,
aura lieu la réception du grand orgue de la cathédrale, reconstruit
dans les ateliers de la Société anonyme pour la construction de
grandes orgues, à Paris et à Bruxelles. M. Félix Clément, membre de
la commission des arts et édifices religieux, vient d'être chargé par
S. Exe. M. le ministre de l'instruction publique et des cultes, de procé-
der à cette réception. Le lendemain se fera l'inauguration solennelle
de ce magnifique instrument. M. Ed. Batiste, professeur au Conserva-
toire impérial de musique et organiste du grand orgue de Saint-Eus-
tache; M. Renaud de Vilbac, grand prix de l'Institut et organiste de
Saint-Eugène, à Paris, et M. Durand, ex-maître de chapelle de S. A. R. la
duchesse de Parme, nommé récemment organiste du grand orgue de
la cathédrale de Bourges, feront entendre le nouvel instrument, qui,
nous n'en doutons pas, sera le digne émule des orgues de Saint-Eus-
tache, de la cathédrale de Rouen et de la cathédrale de Murcie, sorties
des ateliers de ces célèbres facteurs. La maîtrise, sous l'habile direc-
tion de son maître de chapelle, contribuera à la solennité en chantant
quelques motets de grands maîtres qui seront accompagnés par M. Bru-
naud sur l'orgue du chœur.
*** Mme Clara PfeifTer rouvrira son cours d'ensemble le lundi 12 no-
vembre prochain, à la succursale de la maison Pleyel, rue Richelieu, 93.
On sait que ce cours est spécialement consacré à l'exécution des grands
maîtres, et principalement du répertoire symphonique de la Société des
concerts du Conservatoire.
t% Le maître de chapelle de la cour, Kùcken, à Stuttgart, a reçu du
roi de Danemark les insignes de chevalier de l'ordre du Danebrog.
»% A Eschenbach, petite ville de la Franconie, où naquit Wolfram
d'Eschenbach, on vient d'inaugurer le monument que le roi Maximilien
a fait élever au célèbre llinnesaenger.
*** Les représentations de la Passion à Ober-Ammer-Gau sont closes;
il y en a eu vingt en tout, qui ont produit une recette de 50,000 florins,
plus de 100,000 fr. ; elles ne seront reprises que dans dix ans.
a.*s La bibliothèque musicale de feu le professeur Fischhoff, contenaut
près de Zi,000 numéros, vient d'être envoyée à Leipzig, où elle doit
être vendue par les soins de la librairie Weigel.
■t% Trois artistes dont les noms suffisent pour éveiller dans le monde
musical les souvenirs les plus sympathiques, M. et Mme Léonard de
Alendi et M. Géraldy, se sont associés pour faire une tournée en Belgique
et en France. Cette nouvelle ne manquera pas d'être accueillie avec
plaisir par toutes les sociétés philharmoniques, ainsi que par tous les
amateurs de belle et bonne musique.
**„ Le succès que nous avons prédit aux nouvelles œuvres d'Aloys
Kunc est aujourd'hui un fait accompli ; sa fantaisie sur le Pardon de
Ploermel, ainsi que Fiamma, étude mazurka, et l'Hirondelle de l'exilé,
nocturne, ne laissent aucun doute sur son mérite comme compositeur
pour le piano.
*** Mlle Marie Beaumetz reprendra ses cours de piano le 3 novem-
bre, rue du Bac, 37.
*** Le plus célèbre acteur comique américain, G. II. Barrit, vient de
mourir à New-York, où il avait dirigé les théâtres de Bowery et celui de
Broadway réunis. Barrit était né en Angleterre, à Exeter, en 1774 ; il
avait été acteur pendant soixante-quatre ans.
DE PARIS.
371
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„% Orléans. — Les Valets de Gascogne, l'opéra comique en un acte de
MM. Gille et Dufresne, viennent d'être rais à l'étude.
t% Epinal, 16 octobre. — C'est au milieu des Vosges que la jeune
violoniste qui celte année a remporté le premier prix au Conservatoire
de Paris exerce le prestige de son archet. Mlle Marie Boulay ressemble
à une péri qui aurait pris des leçons d'Alard. Il y a de l'Orient dans
ses regards et dans son jeu. Après avoir plongé notre ville dans l'extase,
elle est partie pour Charmes, d'où elle ira à Saverne, à Mulhouse, pour
reprendre le chemin de Paris et aller demander encore des conseils
à un maître qui l'a conduite si près de la perfection.
»*„ Nice, 12 octobre.— Mme Sanchioli, l'excellente Fidès du Prophète,
dont elle a popularisé le succès en Italie, vient d'obtenir un vrai triomphe
dans la Favorite.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„% Bade. — La saison musicale vient de se terminer par deux con-
certs dans le salon Louis XIV, et par une fête charmante à l'orangerie
de la villa Benazet. Mlles Marimon, Bussine, Sighicelli, Batta, Mme Rosa
Escudier-Kastner et Mlle Octavie Caussemille en faisaient les honneurs.
En répétant avec un grand talent de style et de méthode l'air de Crosti
dans la Comète de Charles-Quint, Bussine a procuré un nouveau regain
d'applaudissements à Vivier, l'heureux compositeur; et Mlle Marimon, en
chantant au piano sa cavatine d'Edith, du même opéra, a également re-
trouvé pour elle et pour le maestro une éclatante réussite. A la villa
Benazet, la comédie de Léon Gozlan : Un petit bout d'oreille, a été jouée
par des amateurs qui valent bien des acteurs. La seconde partie de cette
fête se composait d'un concert. L'air des Noces de Jeannette a été d'abord
chanté par Mlle Marimon, avec accompagnement d'un des premiers flû-
tistes connus (M. Rucquoy) et le secours de l'orchestre, dirigé par
M. Kœnnemann; puis Mlle Octavie Caussemille a joué au piano une
fantaisie de sa composition. Interrompue plusieurs fois par les mur-
mures approbateurs, la jeune et déjà célèbre virtuose a été longue-
ment applaudie à la tin de ce grand morceau.
**„, Gand. — L'ouverture de la campagne théâtrale a eu lieu le 26 sep-
tembre par les Diamants de la couronne, parfaitement interprétés par
MM. Audran, Desveauxet Mlle Lavoye. M. Mermanta débuté avec succès
dans Robert le. Diable.
t% Bruxelles. — Le conseil communal vient de concéder à M. Letel-
licr la direction du théâtre Royal pour la saison prochaine. — Le gou-
vernement a résolu d'affecter la grande salle du palais de la rue Ducale
aux concerts du Conservatoire royal de musique ainsi qu'à d'autres so-
lennités musicales officielles. On y placera le grand orgue pour la cons-
truction duquel des subsides ont été votés par l'Etat, le conseil provin-
cial et le conseil communal. — Giralia, avec Mlle Boulart, MA!. Jourdan
et Carman, u terminé les représentations de la semaine passée au théâtre
de la Monnaie pour le début de Mlle Gay, qui a parfaitement réussi.
Mardi et jeudi de cette semaine ont eu lieu deux belles représentations
du Pardon de Pto'ermel et du Prophète. — Mlle de Katovv, excellente vio
loncelle, vient de donner un concert qui a été très-brillant. —Au théâ-
tre du Parc, Tromb-Al-Cazar attire la foule.
^^Liège. — La Commission des travaux publics du Conseil communal
a accueilli la proposition de tranférer la statue de Grétry|sur la place du
théâtre. Elle a voté la dépense nécessaire pour le piédestal de la statue
à élever.
*** Londres. — L'ouverture du théâtre de Sa Majesté, opéra anglais et
italien, à prix réduits, annoncée pour le lundi 8 octobre, n'a pu avoir
lieu que le mercredi. La nouvelle saison a été brillamment inaugurée
par le Trovatore. L'intérieur du théâtre a subi quelques modifications
très-heureuses. Mlle Titjens (Leonora) et Giuglini (Manrique) ont obtenu
beaucoup de succès. Le rôle de la bohémienne était tenu par Mme Le-
maire ; mais l'événement important était le début de Francesco ISriam
dans le personnage du comte de Luna. Le débutant, qui arrivait précédé
d'une grande réputation, possède une excellente voix de baryton, mais
il laisse beaucoup à désirer comme comédien. Le début de M. Briani peut
être cependant considéré comme un succès. — La belle partition de
Macfarren, Robin Hood, a été représentée jeudi soir devant un auditoire
brillant et nombreux. Dn fait remarquable c'est que jamais peut-être
on n'a représenté un ouvrage aussi essentiellement anglais : poëme ,
musique, sujet, artistes, tout appartient à la Grande-Bretagne. Mme Lem-
mens a obtenu un triomphe véritable. Sims Reeves est aussi un artiste
parfait ; du reste, la troupe est généralement bonne. A la fin de l'opéra,
le directeur a été appelé, et alors un hourra général s'est élevé pour
Macfarren, et les applaudissements ont éclaté de toute part. — A l'Opéra
royal italien de Covent-Garden, la Dinorah, de Meyerbeer a été reprise de
la manière la plus saillante : les bis, les rappels se sont multipliés de-
puis l'ouverture jusqu'à la chute du rideau. Miss Louisa Pyne s'est sur-
passée comme cantatrice et actrice. M. Harrison donne au rôle de Co-
rentin le caractère le plus original. Un débutant, M. Chaple, s'est ac-
quitté de celui d'IIoël avec grand succès; il monte facilement jusqu'au
sol dièse. M. Mellon, l'habile chef d'orchestre , s'est distingué par sa
verve et sa précision.
„.** Liverpool. — Le théâtre royal d'opéra italien a donné mercredi
10 octobre une splendide représentation de Maria. Le rôle principal
était chanté par Mme Grisi , et celui de Nancy par Mme Viardot; Mario
retrouvait dans Lyonel ses beaux succès du théâtre Italien de Paris ;
Ciampi jouait sir Tristan, et Dragoni, Plunkett. La charmante partition
de Flotow a été accueillie très-chaleureusement par le public d'élite qui
assistait à cette représentation.
„.*% Berlin. — Le théâtre Victoria a dû ouvrir le 1S octobre par U Bar-
biere, de Rossini, avec Mlle Artot; ensuite viendra Normd; le rôle prin-
cipal sera chanté par Mme de Vries. — On annonce la prochaine mise à
l'étude du Pardon de Ploërmel ainsi que les reprises de Calharina
Cornaro, de F. Lachner, et de Nurmahal, de Spontini. — Le 30e anni-
versaire de la fondation de l'Université a été célébré les 14, 15 et 16
par de brillantes solennités: la partie musicale des fêtes a été dirigée
par MM. Dorn, Taubert et Marx. — Il Matrimonio segreto vient d'être
l'occasion d'un nouveau triomphe pour Mme Trebelli.
„.% Francfort. — M. Tugenholt, pensionnaire de l'empereur de Russie,
vient de fonder ici une société de musiciens qui, sous sa direction, se
propose de donner quelques séries de concerts de musique de chambre,
en France, en Allemangne et en Angleterre. M. Tugenholt, dont la
réputation de chef d'orchestre est aujourd'hui bien établie, fera exécu-
ter les œuvres des grands maîtres et particulièrement celles de ces
œuvres qui n'ont point été encore entendues en public. On peut compter
sur une exécution magistrale si l'on s'en rapporte aux noms des sommités
artistiques qui ont patronné cette nouvelle association musicale.
*** Leipzig. — Dans le courant de ce mois le théâtre de la ville a
donné : le Postillon de Longjumeau, par Adam ; .Dinorah, par Meyerbeer
(deux fois); les Gaies Commères de Windsor, par Nicolaï (deux fois); Robert
le Diable (deux fois).
j,*s, Vienne. — Parmi les morceaux portés au programme des concerts
philharmoniques qui auront lieu cette année, on remarque une cantate
que Mozart, qui étant franc maçon, l'écrivit dans le temps pour la loge
dite « de l'Espérance couronnée » ; elle y fut chantée par Adam Berger,
et publiée par Artaria, qui étaient membres de cette loge ainsi que le
compositeur. L'association des étudiants doit exécuter dans son premier
concert l'Antigone, de Mendelssohn, à grand orchestre. Pour la prochaine
saison 1860-1861, le prince George Czartorisky a été nommé président
de l'académie de chant.
i% Munich. — L'Étoile du Nord, qui vient de reparaître au répertoire,
a été saluée par des applaudissements unanimes. La reprise des Deux
journées, de Cherubini, et de Fidelio, avait précédé de quelques jours
l'ouvrage de Meyerbeer.
*% Florence. — Le Prophète, doit être représenté dans le courant de
la semaine prochaine à la Pergola. Mlle Masson chantera le rôle de
Fidès.
,*, Naples, 1 1 octobre. — Le théâtre San Carlo a ouvert par semi-
ramide. Prochainement seront représentés la Muette de Portici et le Pro-
Iphète, deux ouvrages qu'on entendra ici pour la première fois.
»% Madrid, 10 octobre. — Le début de Mme Charton-Demeur dans la
Sonnambula a été des plus brillants. Dès les premières mesures l'audi-
toire était sous le charme et la salle entière ne tardait pas à éclater en
applaudissements. Toute la représentation n'a été qu'un triomphe. Après
chaque acte la cantatrice a été rappelée plusieurs fois avec enthou-
siasme.
,.% Saint-Pétersbourg, 28 septembre. — Mlle Lagrua a chanté trois
fois depuis son brillant début dans Norma. Le succès de la canta-
trice a été prodigieux et dépasse encore de beaucoup celui qu'elle a ob-
tenu l'an dernier. Reçue avec enthousiasme à chacune de ses entrées,
elle est aujourd'hui l'artiste favorite; sa voix est plus belle et plus fraî-
che que jamais. Mlle Lagrua a été rappelée trois fois après la cavatine
et après le premier acte; elle a dû recommencer le grand duo avec
Adalgise, et reparaître douze fois à la fin de l'ouvrage. Tamberlick a
chanté Pollion d'une manière très-remarquable, et Mlle Bernardi a su
se faire applaudir dans le rôle d'Adalgise.— Très-prochainement Mlle La-
grua se fera entendre dans le Freischiitz , ensuite viendront il Trovatore
et Otello.
„*» New-York. — Mme Czillag, et Formés viennent d'arriver ici. En
attendant leurs débuts on a représenté à l'Académie de musique Lu-
cia, Sonnambula, Trovatore et Don Giovanni devant des salles combles.
Mme Colson a été très-applaudie dans le rôle de Zerline.
372
KEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Chez U. B2ItA*r»US et S. DIIFOBJR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au V
Grande partition , net. . . .
200
Parties d'orchestre, net. . .
200
Partition pour piano et
40
Partition pour piano et
20
Id. avec paroles italiennes
20
LE PRQPH
Opéra en cinq actes,
Paroles de ai. Eickke SCRIBE, musique de
Partition pour piano seul,
net 25
La même, in-8", net 10
Partition pour piano à qua-
tre mains, net 25
Ouverture pour piano à qua-
tre mains 9
LES AIRS DÉTACHÉS DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO
Adam. Six airs faciles
Alkan (W.). Etude fuguée
Benedict. Fantaisie brillante
Beyer. Bouquet, de mélodies
— Six tableaux, chaque
Blahetka. Quadrille des Patineurs. . . .
Burgmiiller. Grande valse
Cramer. Bagatelle
Dœhlcr. Six tableaux, là 6, chaque. . . .
Dolmetsch. Op. 16. Marche du sacre . . .
Dreyschock et Panofka. Duo pour piano
et violon
Duvemoy. Op. 182. Fantaisie
Fumagalli. Op. 43. Grande fantaisie . . .
Garaudé. Les quatre airs de ballet et la
— Marche du sacre, chaque
Guichard. Polonaise
■I. llerz. Op. 185. Fantaisie brillante . . .
ARRANGEMENTS POUR PIANO
•I. Ilcrz. Les quatre airs de ballet et la Mar-
che du sacre, chaque 7 50
— Les mêmes à quatre mains, par
Wolff, chaque. 0 »
Heller. Op. 70. Caprice brillant 7 50
Hiinteii. Op. 171. Fantaisie 6 »
A. Jaé'H. Chœur d'enfants 7 50
Krugcr. Op. 20. Pastorale et Marche du
sacre 7 50
Lecarpentier. 109e et 110° bagatelle, en. . 5 »
— Op. 141 à quatre mains . . 7 50
M. Louis. Op. 184. Fantaisie pour piano et
violon 9 »
Liszt. Illustrations :
N° 1. Prière, hymne triomphale . . 12 »
2. Patineurs (scherzo) 12 n
3. Pastorale. Appel aux armes. . 12 »
li. de Meyer. Op. 71. Grande fantaisie . . 10 »
POUR MUSIQUE INSTRUMENTALE
Osborne. Op. 78. Fantaisie
Rosellen. Op. 114. Grande fantaisie . . .
La même à quatre mains
Sovfinski. Op. 74. Fantaisie
l'alexy. Op. 20. Fantaisie brillante ....
Thalberg. Op. 57. N° 9. Fantaisie brillante.
Ch. Voss. Op. 101. Grande Fantaisie . . .
— Op. 105. Complainte et Marche.
Wolff. Op. 158. Grand duo à quatre mains.
Wolff et Béi-iot .Duo pour piano et violon.
Deux quadrilles par Mcsard, pour piano et à
quatre mains, chaque
Quadrille par Lecarpentier (facile)
Quadrille par Strauss, pour piano et à quatre
mains
Valses par Ettlinc, pour piano à 4 mains . .
Polka par Pasdeloif
Redowa par Pilodo
SJriiHl. Op. 24. Fantaisie brillante pour le violon 9 »
Vienxtemps. Grand duo pour piano et violon 9 »
G ee. Op. 53. Fantaisie dramatique pour violoncelle 7 50
BtenniKal. Duo pour flûte et piano 9 »
lValtliiers. Op. 88. Grande fantaisie pour flûte avec ace. de piano. ... 9 »
— Op. 87. Quatre fantaisies pour flûte seule, chaque 6 »
Labarre. Duo facile pour harpe et piano 9 »
Verroust. Op. 51. Fantaisie pour hautbois et piano 7 50
Guichard. Op. 18. Duo pour cornet et piano
Molir. Trois pas redoublés et la Marche du sacre pour musique militaire,
chaque
4 50
4 50
4 50
4 50
9 n
6 »
Uolir. L'ouverture et les airs pour musique militaire
Inouïs. L'ouverture et les airs pour deux violons et violon seul. .
Walckiers. L'ouverture et les airs pour deux flûtes et flûte seule
Guichard. L'ouverture et les airs pour deux cornets et cornet seul.
WELLI Pty©U©^T
REPERTOIRE DES ORPHEONS
ET DES
SOCIÉTÉS CHORALES
Collée «ïom «a<'« plus ltcmiiv cîiorîurs pour voix «l'itoiiiiuc mmum nceonipagnciuciit.
4. De Floïow
5. Gluck . .
e. —
7. Halévï .
8. Maileart.
9. Meyerreer
14.
15.
fltEMlLIlE SÉRli:
CHŒURS D'OPERAS
Le Lac des Cées. .
■luette de Portici,
Martha
Aleestc
Armide
Le \abab
Dragons de Villars
lies Huguenots. . .
Le Prophète ....
ilohei-t le Diable .
I.c Comte Ory . . .
Guillaume Tell . .
Robert Bruce . . .
Chaque
Chœur des Etudiants
Chœur de la Chapelle
Amour sacré de la patrie ....
Mélodie irlandaise
Vivez, aimez
Los plaisirs ont choisi pour asile.
Couplets du tabac, avec solo . .
Prière: Soutien de l'innocent. . .
Couplets des soldats huguenots .
Septuor du duel
Appel aux armes
Chœur des Buveurs
Chœur des Moines
Chœur et prière
Prière
Chœur de la Conjuration. . . .
Chœur des Chasseurs
Chasse et prière du soir ....
Prière
Chœur bachique avec solo . . .
BttMKMi: SLiui:
CHŒURS DIVERS
En vnrttlioi
Prix net
1. An. Adam.. Les Boulangers 1
2. — Les Fondeurs ~. 1
3. — I.es Garçons de restaurant 1
4. — Les Horlogers 1
5. — lies Canotiers 1
6. — Les Postillons 1
7. — L'Enclume 1
8. — Les Cbarpcntiers 1
9. BEETiiovEri . Chant «les compagnons 1
10. — Chant elégiaque t
11. Hymne du sacrifice, avec solo 1
Les Canotiers fie Paris »
Kulut impérial, God save français «
Marche du Prince impérial »
Hymne national russe >
B. a Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor. . . »
"Vseult l'impératrice »
I.es Veilleurs de nuit a
l.n Chasse au tigre »
Les Gondoliers vénitiens »
Cavali.o
Elwaht
19. Ladarre
partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes ne
(Ces deux séries seront continuées.)
BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, I.
27e Année.
N° 44.
28 Octobre 1860.
OH S'ABONNE I
Dans les Départements et a l'Étranger, clic
les Marchands de Musique, les Libraires,
Sureaux des Messageries et des Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEUENT*.
Paris 24 (r par an
Départements, Belgique et Suisse — 30 " id-
Élranger ~ 34 n id.
Le Journal parait le Dimanche.
GAZETTE liiUSI
MM WékWLIS,
— -w\rjv\pj\/\jvw---
SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: reprise du Pardon de
Ploërmel. — Le passé, le présent et l'avenir du chiffre appliqué à la notation
musicale en Allemagne (2e et dernière partie), par William Cronthal. —
Revue critique, par Adolphe Botte. — Nouvelles et annonces.
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMQUE.
Reprise «Bu S'ai-tïïott tle S*loët'»nel.
Quand une œuvre de haute portée commence sa carrière théâtrale,
qui pourrait prévoir le nombre de changements qu'elle est destinée à
subir dans la distribution de ses rôles principaux? Combien d"arlistes
doivent-ifs s'y remplacer l'un l'autre? Que d'incarnations différentes
suivant l'époque et l'ordre des temps! Jusqu'à présent le Pardon de
Ploërmel, qui ne compte encore qu'une année et demie d'existence,
était demeuré à peu près dans les mêmes termes qu'à sa création :
hormis Faure, que Troy avait quelquefois suppléé, il avait conservé
tous ses interprètes, mais le départ de Mme Cabel dérangea soudaine-
ment le statu quo; il fallait songer à se procurer une autre Dinorah,
et, pendant qu'on était en train, l'idée vint qu'il serait possible d'in-
venter un lloël tout nouveau de figure, de voix, même de sexe ; et
c'est ainsi que MlleMonrose et Mlle Wertheimber furent appelées à re-
cueillir l'héritage des deux artistes qui, avec Sainte-Foy, l'excellent
bouffe, avaient eu l'honneur d'inaugurer la dernière production du
grand maître.
Nous croyons superflu de rappeler ce que Faure et Mme Cabel
avaient fait des rôles d'Hoël et de Dinorah : ce n'est pas à eux que
s'appliquera jamais le dicton banal : les absents ont tort. Mais, sans
oublier ce qu'on leur doit, il est juste de reconnaître le mérite ëmi-
nent de lsurs successeurs. Mlle Monrose, par exemple, avait une tâche
effrayante à remplir, et pourtant elle s'en est acquittée avec un talent,
avec un charme qui n'ont pas laissé le succès douteux. Elle avait à lutter
contre le souvenir d'une voix exceptionnelle, dont l'élévation et l'agi-
lité merveilleuses ont quelque chose de fantastique : on conçoit que la
crainte ait d'abord retenu quelque peu l'essor de la jeune arlisle ; on
a pu s'en apercevoir dans quelques passages de la Berceuse : Dors,
petite, par laquelle débute le. rôle ; mais bientôt la confiance est reve-
nue, et Mlle Monrose a dit admirablement le duo avec Corentin : Sonne,
sonne, gai sonneur; elle en a enlevé les vocalises avec une facilité,
une sûreté complètes. Au second acte, dans l'air: Ombre légère, son
triomphe a encore été plus éclatant ; elle a chanté et joué à ravir,
sans avoir à redouter aucun parallèle. C'est un progrès immense ac-
compli par elle dans l'art et dans l'opinion : le rôle de Dinorah mar-
quera son avènement dans la pléiade de nos plus brillantes can-
tatrices.
Mlle Wertheimber avait par devers elle un précédent bien propre
à l'encourager dans la prise de possession du rôle d'Hoël. Celui de
Pygmalion dans Galathée avait été conçu et écrit pour une basse-
taille, répété par une basse-taille, et néanmoins c'est elle qui l'avait
créé, qui l'a repris dernièrement de manière à défier toute concur-
rence. Ici, bien qu'il s'agit du contraire et quelle eût à continuer ce
qu'avait créé une basse-taille, nous ne doutions pas qu'elle ne réus-
sît parfaitement. Et d'abord nous pensions avec bien des gens que
sa taille élancée, sa gracilité féminine, conviendraient mieux au rôle
d'Hoël que la solidité musculaire d'un homme vigoureux. L'intérêt
dramatique devait s'en augmenter, car, il faut le dire, on ne peut se
garder d'un certain mépris pour un gaillard à l'organe robuste, aux
épaules carrées, qui, dans sa passion pour l'or, redoute le péril au
point de se chercher un substitut et de l'envoyer comme avant-
garde à un trépas qu'il croit certain. Si, au rebours, l'amateur de
trésors a l'air plus faible que l'associé qu'il se donne, on le com-
prend et on l'excuse presque, en supposant qu'il se flatte que son
compagnon offrira quelque résistance et sortira du mauvais pas où
lui-même périrait.
A ce point de vue et comme
d'Hoël un personnage entièreme
détaillé les moindres nuances
rien d'étonnant de sa part. C
içtrice, Mlle Wertheimber a fait
neuf; elle en a mis en relief et
une finesse' de sentiment qui n'a
i cantatrice elle n'a pas été moins
habile ni moins heureuse, si .on tient compte de ce que la voix de
contralto offre de moins que celle de baryton-basse en sonorité,
en puissance. D'ailleurs cette différence n'est sensible que dans les
morceaux d'ensemble. Dans les solos, airs et romances, le contralto
n'a rien à envier : il chante inèrue avec une expression plus déli-
cate et plus tendre; il émeut et attendrit plus qu'aucune autre voix
ne saurait le faire. Ce succès n'a pas manqué à Mlle Wertheimber
dans la délicieuse romance du troisième acte: Ah! mon remords te
venge, applaudie avec transports et redemandée à l'unanimité.
Donc le Pardon de Ploërmel nous a été rendu de façon à ce que
les regrets ne pussent trouver place. Au commencement du second acte
une amélioration demande à être signalée. On se souvient qu'après
le chœur : Qu'il est bon, le vin du bonhomme Ivon, il y avait un pe-
tit dialogue entre deux buveurs attardés. Au lieu de ces lignes de
prose naïve, nous avons maintenant la scène et cansonella compo-
sées à Londres par Meyerbeer pour Mme Nantier-Didiée. C'est un
morceau plein d'esprit et de grâce qui a toujours produit beaucoup
d'effet. La mélodie en est de race italienne et se termine par un
trait des plus élégants. Voici les paroles du premier couplet :
Gentille fillette,
Pauvre âme simplette,
Trencls garde : le diable te guette ;
Promesse frivole,
Ivresse d'un jour!
La raison s'envole
Quand nous vient l'amour.
Le chœur se mêle au refrain de celte chansonnette que Mlle Bélia
dit fort bien, et quia été vivement applaudie. Cette addition musicale
nous prive, il est vrai, des comiques physionomies de Lemaire et de
Palianti, qui ont disparu avec le dialogue; mais ils ne nous en vou-
dront pas de noire préférence déclarée pour une page inédile échap-
pée à la plume de Meyerbeer.
Quant à l'exécution générale du Pardon de Ploërmel, nous n'aurions
qu'à répéter les éloges que nous avons eu si souvent l'occasion de consi-
gner clans ces colonnes. Sainte-Foy, le dernier des Romains, toujours
ferme à son posle, toujours de plus en plus original et vrai dans sa
gaielé de bon goût, donne au rôle de Corentin un caractère inimita-
ble. Il est Breton et poltron de la tête aux pieds : il n'aura jamais de
rival sur la cornemuse. Nul non plus ne chante et ne chantera mieux
que Barielle l'air du Chasseur, qui nous fait respirer la senteur des
bois à pleine, poitrine ; aussi le bis est-il traditionnel. Warot dit le
chant du Faucheur d'une voix ravissante. Mlles Belia et l'rost sont
de charmantes chevnères ; et, grâce à ces quatre artistes, le
Pater noster se déploie dans toute sa richesse mélodique el harmo-
nique. L'orchestre et les chœurs comprennent leur importance et le
prouvent par leur ensemble excellent. Nous ne compterons pas les
rappels el ovations du premier jour, nous dirons seulement qu'on ne
les a pas multipliés au delà de ce que réclamait la justice.
P. S.
LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L'AVENIR DU CHIFFRE
.ii^'e-a^uai a i„a \ot,iti»\ saa;s*ie.4i,aî en ALi.iin.iGXB.
A monsieur le comte de Sot/o/nib.
(2e et dernière partie) (1).
Voyons maintenant le présent du chiffre en Allemagne.
Hentschel dit on 1857, comme nous l'avons vu plus haut : « Le chif-
fre est presque entièrement passé de mode, par conlre la noie a repris
de plus en plus; certes, c'est là un grand progrès: la lice est donc
abandonnée, le chiffre a disparu presque complètement ; enquérons-
nous cependant de ce qui reste. <■
Dans la Hevue pédagogique précitée, nous trouvons la trace de
deux champions qui tiennent bon sur la brèche : c'est premièrement
Thomascik (2).
Ce pédagogue, parlant de l'idée que les chiffres sont exclusive-
ment aussi peu capables que les notes de faciliter l'enseignement du
chant, a inventé le chiffre-note [zalilnole). 11 emploie les notes écrites
sur une portée de cinq lignes, mais au lieu de les appeler c, d, e, /,
(1) Voir le n" (c3.
(2) Pruktisch methodische Gcsaugschule fiir den Volksmiterricht nach den
Principien mid fur die TonbezeMmung J. ('■ ÏÏiomasciiïs, von Fr. Sclimidt.
Berlin, Yci'lag vou Hnber, 1856.
</, o, h, il dill, 2, 3, 4, 5, 6; 7. Pour les exercices il se sert d'un
télégraphe où cinq bâtons horizontaux figurent les cinq doigts de la
main, procédé emprunté pour le fond à la méthode Wilhem ; l'auteur
n'admet qu'une gamme. Comme vous le voyez, ce n'est plus le
chiffre, mais non plus tout à fait la note ; les deux écoles peuvent
à litre égal revendiquer ce système.
En second lieu, dans la revue de l'année dernière, M. Slahl fait
connaître à l'Allemagne la notation dont vous avez pris la défense.
Après avoir lu les éloquentes paroles de ce pédagogue à convictions
si ardentes, l'on se demande : réussira-l-il à la faire accepter?
Celte question nous amène au troisième point en discussion, à
l'avenir dit chiffre en Allemagne.
C'est ici le moment d'interroger la pédagogie, de nous aider de ses
lumières, de nous armer de son code; elle a des principes définis et
sûrs pour juger les contestations didactiques.
Voici son arrêt, écrit chez cent auteurs divers : la condition sine
qud non pour qu'une théorie vive dans l'avenir, c'est qu'elle soit
consacrée par l'expérience; sa naissance eût- elle été accompagnée
des plus grandes merveilles opérées par son créateur, il faut qu'une
méthode reçoive sa sanction de la pratique.
Vous admettez avec moi, monsieur le comte, ce premier principe,
car à la page CO vous convenez « qu'on ne peut juger d'un procédé
» que dans son application; » et à la page 76 de votre brochure
vous répondez dans les ternies suivants à une auecdole citée par
Halévy : « Un savant très-savant avait employé trente années à écrire
» un livre. Mon ouvrage est fini, disail-il avec salisfaction, il ne me
» reste plus qu'à faire les expériences. »
Appliquant le principe au cas en discussion, il faut conclure que le
chiffre n'a pas d'avenir, puisque, abandonné par les maîtres d'école
d'Allemagne après soixante années d'expériences, il n'a pas reçu la
sanction de la pratique.
Je vais au-devant d'une objection émise en ma présence par un
fervent disciple de Rousseau, à savoir que l'application des chiffres
en Germanie ne s'est pas faite d'après le système perfectionné en
France, qu'une multitude de manières ont eu cours et que ce man-
que d'unité a nui à la propagation des recueils de chant et au main-
tien de la méthode. Cette objection paraît sérieuse et je l'aborde sans
détour.
Examinons quel est le caractère fondamental qui distingue la note
et sa porlée des chiffres. Vous établissez cette distinction, monsieur le
comte, à la page 52 de votre brochure : « La méthode usuelle effraie
» les élèves en leur parlant de douze ou de quinze tonalités différentes,
» qui, en se modifiant, ne fùl-ce que par deux clefs, forment vingt-
» quatre ou treille chemins différents sur lesquels la voix doit se
» rendre compte des intervalles. On n'a pour s'en assurer qu'à
» ouvrir le premier livre venu d'enseignement musical. L'élève du
« chiffre ne connaît, qu'une gamme, et quand il change son point de
» départ, il ne se doute pas que la gamme peut changer de ton. Il
» ne fait pas ainsi de travail d'esprit inutile. »
Ainsi le caractère fondamental qui sépare les deux camps, c'est que
les notes se meuvent dans plusieurs tonalités, tandis que le chiffre
n'en a qu'une. Si donc les différenles manières de chiffrer oui con-
servé ce caractère dislinclif, l'unité de gamme, la variété dans les
détails n'a pas pu entraver sensiblement l'efficacité de la méthode.
En effet tous les ouvrages, tous les recueils de mélodies chiffrés ont
cela de commun qu'ils ne reconnaissent qu'une seule gamme, et ré-
pondent par conséquent au caractère fondamental de simplification
que les réformateurs ont eu en vue. Le défaut d'unilé et de perfec-
tion des systèmes ne saurait donc être invoqué pour infirmer l'expé-
DE BASIS.
375
périence faite aux écoles au delà du Rhin, et la conclusion ci-dessus
reste en son entier : le chiffre n'a pas d'avenir, puisque, abandonné
par les maîtres d'école d'Allemagne après soixante années d'expé-
riences, il n'a pas reçu la sanction de la pratique.
Celte conclusion, tirée du domaine des faits et de la pédagogie,
notre arbitre suprême, vous semblera un peu dure, monsieur le
comte : vous avez vu les miracles opérés par les chiffres, vous êtes
convaincu et (1) « vous n'admettrez jamais que la notation en chiffres
» ne soit bonne à rien ; elle est admirable pour l'enseignement pri-
» maire. »
Patience, monsieur le comte; nous cherchons tous deux la vérité
sur un terrain-neutre, la pédagogie ; tout espoir de la rencontrer se-
rait vain, si nous avions un parti pris d'avance.
Les adeptes du chiffre ont passé dans le camp ennemi ; suivons-les,
s'il vous plaît, pour étudier les manœuvres adroites qui ont causé une
défection si complète. Nous trouvons dans ce camp les Olympiens de
l'Institut, affirmant carrément qu'avec les notes on lit aussi facilement
qu'avec les chiffres. Vous objectez avec raison, monsieur le comte,
et je suis parfaitement de votre avis, que les élèves du Conservatoire
avec leurs dispositions heureuses pour la musique ne prouvent rien
en faveur du système, et que les résultats obtenus dans les écoles pri-
maires seuls sont concluants.
Eh bien, laissons-là les membres de l'Institut et entrons dans les
écoles primaires. C'est inutile, me direz-vous, car Henlschel eut le
courage de publier « que la majorité du peuple ne l'apprendrait ja-
» mais (le chant) par aucune méthode du monde (2). » Cette assertion
de notre pédagogue et mnître de musique me ramène à la Reçue pë-
darjoqique déjà citée.
Jusqu'à prêtent nous n'avons suivi que les traces du chiffre dans
cette revue, portons aussi notre attention vers les résultats obtenus
par les notes. Ouvrons le volume VIII, à la page 293, nous y lisons :
« Abderhalten prouve par les témoignages de pasteurs et d'institu-
» teurs que dans son école le but a été atteint : les élèves de douze
» ans sont en état de lire à première vue, sans aide ou direction, des
» morceaux de musique figurée après les avoir solfiés une ou deux
» fois, et en solfiant il n'est guère de difficulté qui les arrêle. h Voilà
donc un instituteur qui arrive à la lecture au moyen de notes. Nous
objecterons avec raison que les élèves d'Abderhalten n'apprennent à
lire que dans la douzième année, après six ans d'exercices, mais nous
conviendrons aussi que Hentschel a eu tort d'avancer que le peuple
ne saura jamais le chaut par aucune méthode.
Passons à un autre instituteur dont le témoignage, prête moins à
la critique. L. Winckler a pratiqué le chiffre avec éclat; les brillants
résultats obtenus ont engagé les autorités supérieures à le prier de
publier ses procédés; ce sont ceux que nous avons vus plus haut. Il
arrivait à la lecture parles chiffres dans vingt-sept heures au moins
et quarante heures au plus, c'est-à-dire en six mois. Après dix ans de
succès, Winckler a voulu savoir combien il lui faudrait de temps pour
arriver au mémo résultat avec les notes. Il s'est mis à- l'œuvre et a
atteint le même but en quarante heures aussi exactement comme avec
les chiffres. Voici comment cet instituteur s'exprime dans la préface
d'une nouvelle brochure écrite à cetlc occasion: « J'ai été un apôtre
» zélé et ardent du chiffre pendant de longues années. Dans une brochure
» imprimée à Nuremberg en 1833 (3), j'ai esquissé mes procédés et
» les principes sur lesquels ils sont fondés, etc., etc. J'ai conservé les
» chiffres jusqu'en 1840, alors je résolus d'expérimenter les avan-
» tages de l'enseignement par les noies et de préciser le temps qu'il
(1) Les musiciens contre lu musique., page, 00.
(2) lbid., page 37.
(3) Vierzlg Singlehrstimdcrt und nicht melir.
» faut pour parvenir à la lecture. Je n'ai point reculé devant le travail
» d'écrire mes nouveaux exercices sur quarante tableaux de quatre
» pieds carrés chacun, et voyez, il ne m'a fallu ni plus de temps n1
» plus de peines qu'avec les chiffres. Dès lors je n'ai pu m'enipêcher
» d'accorder la préférence aux notes et de regretter de n'avoir pas
« commencé mes essais plus tôt. Mes amis, auxquels j'ai fait part de
» mes expériences , ont insisté pour me déterminer à les pu-
blier (1), etc., etc. » Cet opuscule renferme le texte explicatif das
exercices, imprimés à part dans un in-18 de 48 pages. Ces exercices,
très-bien gradués, ne s'étendent pas au delà des gammes ave-j deux
signes à la clef. S'élever davantage, prendre du plus difficile, semble
déplacé à l'auteur dans les écoles primaires, où, pour les autres bran-
ches d'étude, on se borne à ce qui est élémentaire et d'un usage
quolidien .
Cette expérience, l'aile par un instituteur longtemps propagateur in-
fatigable des chiffres, employant ensuite les notes et obtenant leà
mêmes résultais et dans le même laps de temps, cette expérience, dis-
je, me paraît assez concluante; qu'en pensez-vous, monsieur le comte?
Ce témoignage ne vous est pas suspect, puisqu'il sort d'une école
primaire, et la contradiction apparente de ces deux chemins très-dif-
férents aboutissant au même point, n'a rien de surprenant pour nous
autres disciples de la pédagogie. Que dit-elle en effet à ce sujet? Elle
nous apprend qu'en réalité les méthodes et les procédés n'ont point
de valeur absolue, mais une valeur relative au maître qui les manie;
ce ne sont que des instruments incapables de produire le bien par
eux-mêmes et nu valant que par l'adresse de celui qui les emploie.
Des exemples frappants viennent à l'appui de cette règle. Huit cents
enfants étant réunis avec un seul maître pour les instruire, Bell et
Lancaster inventèrent le mode mutuel et obtinrent des résultats sur-
prenants. D'autres instituteurs ont cru qu'il suffisait d'introduire dans
les classes le même mécanisme et de se croiser les bras pour voir
éclore des merveilles. Leur déception a été amère. L'expérience de
Winckler, m'écrit un de mes collègues du fond de l'Allemagne,
prouve que le succès est moins dans la méthode que dans la main de
celui qui s'en sert. C'était aussi en 1815 déjà l'avis du critique Maas,
cité plus haut : « Les maîtres ont tort d'attribuer au chiffre leurs bril-
» lants succès; ils ne sont dus qu'à leur zèle et à leur travail. »
Les métfiodes- n'ayant point de valeur absolue, mais une valeur
relative au maître, nous en conclurons qu'il importe de laisser à cha-
cun la liberté d'adopter celle dont il se promet le plus de succès,
celle qui va le mieux à son esprit, à sa main; plus il aura confiance en
ses promesses, plus rapides seront les progrès. Winckler arrivant à
la lecture avec les notes aussi rapidement qu'avec le chiffre, s'en tint
aux premières, parce que la littérature en usage est accessible à ses
élèves, et il estprobable que toute l'Allemagne infidèle au chiffre a fait
le même raisonnement et n'est pas tentée de recommencer l'expé-
rience.
Résumonsledébat. Selon votre désir, monsieur le comte, j'ai parcouru
avec vous le terrain classique des méthodes et des procédés chez le
peuple allemand, le plus patient et le plus laborieux de la terre, pour
examiner le passé, le présent et l'avenir du chiffre comme moyeu
d'enseignement musical. Mous avons trouvé que son passé se com-
posait de près de soixante ans d'existence, durant lesquels il a péné-
tré dans la plupart des écoles primaires sous différentes formes, il
est vrai, mais conservant toujours le caractère fondamental qui le sé-
pare delà note, l'unité de tonalité; que vers 1857 il a disparu pres-
que complètement de la surface de l'Allemagne, et que dans les
(1) Ausfiihrliche Anweisuntj zum Gebrauche meines Single/irganges fdr Voiles-
schulen, von J. L. Wiiikler, Scliullehrer. PappenUeim.gedruckt bei Joseph Kirsch
baum, 1843.
376
REVUE ET GÂZEITE MUSICALE
chiffres on se sert même do la portée et des notes. Avec ces
prémisses nous nous sommes adressés à la pédagogie pour augurer
do l'avenir de ce système, et cette dernière nous a répondu dans les
termes suivants : Une méthode rejetée par l'expérience est une mé-
thode sans avenir.
Respectant votre foi et vos convictions , monsieur le comte, j'ai
recherché les causes qui ont amené la désertion du système qui vous
tient au cœur, et nous avons trouvé dans les écoles primaires deux
hommes qui ont affirmé que la note tient tout ce que promet le chiffre.
L'un d'eux, Winckler, ayant pratiqué l'une et l'autre méthode, a été
pour nous un témoignage non suspect et convaincant.
Et interrogeant la pédagogie pour avoir l'explication de cette appa-
rente contradiction de la pratique, qui accorde autant de succès à la
notation réputée compliquée, qu'au chiffre si simple dans son essence,
elle a répondu par cette vérité : les méthodes et procédés n'ont point
de valeur absolue; elles ne deviennent efficaces que par l'adresse de
celui qui les met en usage.
Notre conclusion a été que la liberté et la foi de chacun devaient
être respectées, eL que la libre concurrence ferait justice des préten-
tions réciproques.
La question me paraît ainsi suffisamment éclaircië. J'ai voulu dé-
montrer que l'application du chiffre à l'enseignement du chant a été
'argement faite en Allemagne , et qu'il n'a pas pu se soutenir, afin
que la France_ évitât l'ennui de recommencer à ses dépens la même
expérience. Toutes mes conclusions reposent sur des faits ; le calme
avec lequel je les ai tirées, vous le reconnaîtrez dans votre justice,
monsieur le comte, témoigne de ma seule préoccupation, qui consiste
à chercher la vériié. Ai-je réussi à vous convaincre? Je n'ose m'en
flatter, car, comme vous le dites fort bien à la page 13 de votre
brochure : « La vérité est presque toujours maladroite, et de toutes
» les sciences la plus difficile est celle du succès. »
Sur ce, monsieur le comte, je repasse le Rhin en vous remerciant
de m'avoir fourni l'occasion de faire en si docte compagnie une si in-
téressante tournée pédagogique.
Veuillez agréer, monsieur le comte, l'expression de mes sentiments
les plus distingués.
William CRO.NTHAL.
REVUE CRITIQUE.
TiOiiis Ij n comité : Dcii.c chœurs religievx; deux morceaux de
/'Amour. — Répertoire des Orphéons et des Sociétés chorales. —
C'Iutrles Dancla : Souvenirs de la Société des concerts du
Conservatoire, six duos pour piano et violon.
Quel esL le caractère et le style qui conviennent le mieux à la mu-
sique sacrée ; entre tous les systèmes, toutes les théories et même
toutes les témérités qui ont été tentés depuis l'avènement de l'har-
monie moderne, quel choix doit faire aujourd'hui le compositeur?
Ce sont là de grandes questions qu'on pourra se poser encore une
fois, en lisant les deux chœurs religieux composés par Louis La-
combe. Evidemment, l'auteur s'est plutôt inspiré de Mozart et de
Cherubini que de Palestrina et d'Orlando di Lasso; il a été franche-
ment dramatique et passionné; il a laissé à d'autres le calme, la sé-
rénité, enfin cette espèce d'uniformité gracieuse, louchante et grave
qui n'exclut ni la profondeur ni l'élan ; mais qui s'interdit tout ce qui
s'éloigne trop de la simplicité, de l'onction et de la pensée chrétienne,
telle qu'on la concevait autrefois. Le genre expressif admis, et il faat
bien l'admettre, car mille chefs-d'œuvre plaident en sa faveur, disons
que les deux morceaux de Lacombe ne ressemblent nullement à une
foule de productions qui n'ont de religieux que le titre.
L'Agnùs Dei se distingue, tout d'abord, par le charme et par la
suavité delà mélodie; le compositeur a bien atteint à la grâce et à
la douceur que le texte sacré réclame; mais un certain vague dans
la tonalité, un travail harmonique compliqué, laborieux même, se fait
bientôt sentir. Le Miserere nobi--, qui revient deux fois dans des tons
différents et sur des pédales inférieures, peint énergiquement toutes
les supplications de l'âme, mais toujours de l'âme très-troublée et'
très- tourmentée. Certes, dans d'autrjs œuvres cette supplication a
moins de force, de passion et est peut-être plus touchante ; mais il
faut bien reconnaître à chaque auteur le droit d'interpréter, comme
il les sent, les paroles de la liturgie.
Egalement d'une exécution assez difficile et écrit pour deux so-
prani et un contralto, le Kyrie est plein de mélodies puissantes et de
larges harmonies. Après des solî d'une rare distinction, d'une élo-
quence pénétrante, le chœur intervient et le chant s'élève alors à des
accents irrésistibles. Ce Kyrie, comme \'Ag?ius Dei, est très-remar-
quable; toutefois, nous le voudrions moins surchargé et surtout plus
tonal. Nous estimons et, ce qui vaut mieux, nous aimons le talent de
L. Lacombe; mais nous regrettons que la crainte de la banalité le
fasse tomber quelquefois dans l'excès contraire. En harmonie, par
exemple, après plus ou moins de détours et de résolutions inatten-
dues, il faut toujours en revenir, ce nous semble, à ce qui a été fait
par les maîtres.
Contrairement au précepte d'Horace, nous sommes obligé de mê-
ler le profane au sacré et de parler de quelques pages de V Amour,
charmante partition écrite par Lacombe pour le drame de Niboyet.
L'auteur a prouvé, dans cet ouvrage, qu'il avait un heureux instinct
dramatique, la mélodie nette, franche et colorée qui sied au théâtre ;
il a prouvé, chose rare parmi les pianistes, que la voix humaine lui
était presque aussi familière que les instruments, pour lesquels, on
le sait, il a écrit plusieurs symphonies d'une valeur incontestable. Les
deux morceaux que nous avons sous les yeux, les Veilleurs de nuit,
joli chœur où les parties se meuvent avec autant de liberté que d'élé-
gance, et un solo de violoncelle, habilement transcrit pouf le piano,
sont pleins d'art et d'imagination.
— Partout on s'occupe des orphéonistes, partout ils font merveille
et sont entourés des plus vives sympathies. On est interprété et goûté,
par eux sans partialité, sans acception d'école et avec une naïveté,
une fraîcheur et une force d'impression que les blasés de l'art ne
connaissent plus ; aussi les compositeurs, et même les plus grands,
ont-ils écrit de belles œuvres spécialement pour ces Sociétés. Mais
cela ne pouvait suffire, et, sous le titre Répertoire des orphéons et
des sociétés chorales, on vient de réunir de belles pages des écoles
allemande, italienne et française. C'est une heureuse idée d'avoir
rendu accessibles à lous des œuvres admirées depuis longtemps,
comme les chœurs d'Alcestc, d'Armidc, des Huguenots, de Robert
le Diable, de Guillaume Tell, du Comte Onj, de la Muette, etc., et
d'y avoir ajouté des inspirations charmantes et plus jeunes, telles que
les Dragons de lillars et Martha. Plus d'un orphéoniste, en retrou-
vant dans celte collection les couplets des soldats huguenots, le
septuor du duel, en passant du chœur des buveurs de Robert à celui
de la Muette: Amour sacré de la patrie, se rappellera quelque déli-
cieuse soirée passée au théâtre, et aura dans la mémoire, pour aug-
menter et compléter ses jouissances, quelque souvenir de l'orchestre
de Meyerbeer et d'Auber.
Dans la seconde série, déjà importante et belle, Adolphe Adam,
Cavallo, Elwart, Labarre, Kucken, coudoient Beethoven et tiennent
DE PALUS.
377
honorablement leur place à côté de cet. immortel génie, pour lequel,
il est vrai, la voix humaine a été plus d'une fois rebelle.
— Charles Dancla, l'un des membres les plus distingués de la So-
ciété des concerts du Conservatoire, vient d'écrire six duos, pour
piano et violon, dont le grand succès ne saurait être douteux. Chacun
de ces morceaux est un souvenir des œuvres impérissables que cette
célèbre Société exécute, en excitant l'admiration et peut-être quel-
quefois, comme tout ce qui est vraiment beau, des sentiments moins
purs et moins élevés. C'est d'abord Beethoven avec des fragments de
ses plus magnifiques symphonies, puis deux thèmes de Haendel, ensuite
des mélodies de Weber et de Mendelssuhn, enfin plusieurs adorables
pages de Haydn et de Mozart.
Pour donner l'a vie à un arrangement, il ne suffit pas, quoi qu'on
en dise, de choisir dans les chefs-d'œuvre quelques perles mélodi-
ques; il faut encore, comme l'a fait M. Dancla, y mettre beaucoup
d'art. Accoutumé à traduire ces ouvrages, il lésa brodés, ajustés avec
un goût exquis. La partie de piano fourmille de passages élégants et
expressifs. Ceux qui ne savent pas faire un morceau, qui ne savent
pas découvrir la parenté des idées et des styles devraient lire ces
duos; ils y verraient comment on peut, comment on doit varier les
thèmes, faire dialoguer les instruments entre eux, sonder les motifs,
entrer dans l'esprit de l'original et glisser du sien, tout en paraissant
se mettre discrètement et modestement à l'ombre de ces monuments
du génie.
Nous voyons tous les jours tant de transcriptions et d'arrangements,
où les plus belles mélodies sont gaspillées et profanées comme à plai-
sir, où les harmonies qu'on ajoute jurent singulièrement avec celles
des maîtres, où, sans consulter le caractère des idées dont ils s'empa-
rent, les compositeurs, ne gardant nulle convenance de style, em-
ploient toujours les mêmes traits et les mêmes ornements, que nous
sommes heureux de pouvoir louer toutes les rares qualités du travail
de Charles Dancla. Dans ces duos, pas de lourds placages, pas d'insi-
gnifiants babillages, mais des parties intéressantes, brillantes et bien
conduites.
Aucun de ces morceaux ne saurait être préféré pour la pureté a l'é-
légance du style, pour la beauté des mélodies; cependant nous ne se-
rions nullement surpris si le n° 3, sur deux thèmes de Haendel, et le
n° 5, sur don Juan, et la symphonie en mi bémol de Mozart, faisaient
naître une certaine prédilection. On ne peut assurément rien jouer de
plus chantant.
Nous parlions tout à l'heure de la sobriété d'harmonie; nous la re-
trouvons justement dans cette musique de Mozart, dans le ravissant
cantabile de sa symphonie. Comme la tonique et la dominante suffi-
sent bien ici, et quels chants délicieux planent sur elles ! Certes,
nous ne voulons pas préconiser outre mesure la simplicité, mais nous
voudrions au moins que l'on reconnût qu'elle avait du bon et qu'elle
contrastait très- heureusement avec les harmonies dissonantes, serrées
et fortes dont alors on n'abusait pas.
En somme, ces Souvenirs de la Sociale des concerts sont l'une des
plus utiles, des meilleures et des plus saines publications qui aient été
faites dans ces derniers temps. La popularité qui les attend aura cer-
tainement de la durée et attestera encore une fois que la route la plus
sûre, à défaut du génie, est toujours celle qu'ouvrent l'étude et la
science.
Adolhir BOTTE.
NOUVELLES.
**» Au Jhéàtre impérial de l'Opéra, le Prophète, le Trouvère, Lucie de
Lammermoor et Orfa ont rempli les trois soirées, de la semaine. — Au-
jourd'hui, Sèmiramis. — Demain lundi, Mme Tedesco reprendra le rôle
de Léouor dans la Favorite.
.f*t Mme Gueymard-f.auters chantera prochainement dans les Hugue-
nots le rôle de Valentine.
*** Le ballet nouveau composé par Mme Taglioni, avec musique
d'Offenbach, doit être représenté vers le 15 novembre prochain.
„% Mlle Vestvali va faire une tournée avec une troupe d'opéra. Elle
jouera Roméo et Juliette, Orphée, de Gluck, la Favorite etle Trouvère. Elle
commencera par Besançon, oiî elle sera au mois de novembre ; de là elle
se rendra à la Haye et à Rotterdam, pour revenir ensuite en France.
»*„ La seconde représentation de la reprise du rardon de Ploermel a
été donnée vendredi, et demain lundi aura lieu la troisième.
**„. M. Beaumont vient de recevoir un ouvrage de M. de Saint-
Georges, dont la musique est confiée au prince Joseph Poniatowski.
%% Le théâtre Italien donnait dimanche dernier une représentation
extraordinaire du Trovalore, dans lequel Mlle Edenska débutait par le
rôle d'Azucena. La nouvelle cantatrice possède une voix de contralto
remarquablement belle surtout dans le médium. Elle a obtenu beaucoup
de succès.
„** La reprise d'Ernani a offert au ténor Pancani l'occasion de se
montrer dans un second rôle, où il a déployé les mêmes qualités et le
même talent que dans Manrique du Trovatore. Mme Penco a fort bien
chanté; Graziaui a eu les honneurs de la soirée par la beauté de sa voix
et les progrès de son style.
nfï Le théâtre Lyrique vient de recevoir l'avis qu'une personne in-
connue tenait à sa disposition 80,000 fr. pour aider la direction à monter
dignement les troyens, d'Hector Berlioz, qui doivent inaugurer la nou-
velle salle.
„*'„ Mme Viardot, dont nous avons inscrit les succès récents en An-
gleterre, est de retour à Paris depuis quelques jours. Orphée sera repris
le 2 novembre au théâtre Lyrique Mlle Oprawil, élève de Mme Viardot,
débutera à côté d'elle dans le rôle- d'Eurydice, qu'elle a rempli avec un
succès brillant devant le public anglais.
a.% Les théâtres des villes de province qui n'avaient pas encore
monté le Pardon de Ploermel pendant la dernière saison, s'empressent
de le faire. Ainsi, après Strasbourg, Montpellier, Nîmes et Rayonne,
c'est au Grand-Théâtre de Lyon que le dernier chef-d'œuvre de Meyer-
beer vient d'être mis à l'étude.
„** L'Académie des beaux-arts a procédé hier au remplacement de
M. de Mercey, académicien libre. Au premier tour de scrutin, M. Pelle-
tier, secrétaire général du ministère d'Etat, a réuni 23 voix, la majo-
rité était de 22 : en conséquence M. Pelletier a été nommé.
„% Le mercredi 21 novembre, à onze heures et demie, sera célébrée
à l'église Saint-Eustache, la fête annuelle de sainte Cécile par l'Asso-
ciation des artistes musiciens. Cette année ce sera une messe 'de la
composition du maestro Bonetti, chef d'orchestre du théâtre impérial
Italien, qui dirigera lui-même son nombreux personnel.
t% M. Caumont, chef du bureau des monuments historiques, est
nommé directeur des beaux-arts eu remplacement de M. de Mercey,
décédé.
„** Le maestro Vivier est de retour de son voyage à Eade, où sa
Comète de Çharles-Quint a obtenu un si grand succès.
,% Le Roi des aulnes, de Schubert, orchestré par H. Berlioz, vient de
paraître en grande partition et en parties séparées chez Legouix, bou-
levard Poissonnière, 27. On sait le grand effet que ce morceau, chanté
par Roger, et ainsi colorié par une instrumentation à la fois réservée et
puissante, a produit au dernier festival de Bade. Tous les chanteurs dant
la voix convient à cette mélodie de Schubert voudront l'exécuter avec
son nouvel accompagnement, et beaucoup de musiciens seront désireux
d'acquérir la partition de M. Berlioz comme objet d'étude.
t*t Notre confrère de Strasbourg, M'. Er. Schwab, vient d'être décoré
de l'ordre royal de Charles III par S. M. la reine d'Espagne, qui avait
daigné accepter la dédicace de plusieurs de ses compositions.
»*„ Le journal de musique italien, Il Pirata, donne, dans son numéro
du 21 octobre, la nouvelle que la censure de Naples a défendu la
représentation de la Muette de Portici, qui devait avoir lieu pro-
chainement.
378
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
»% Le violoncelliste Braga vient de signer avec la direction du Grand-
Tliéâtre de Milan un traité par lequel il s'engage à donner un opéra
pour la saison du carnaval 1861-1862.
**»Un musicien qui joint à son talent les qualités d'homme du monde
et qui de plus est employé dans l'un de nos principaux ministères, vient
de publier une comédie eu cinq actes, intitulée: l'Honnête homme. Nous
la recommandons comme un spécimen curieux de la façon dont un
artiste peut comprendre et pratiquer la littérature.
„*„, La statue de Weber, qui vient d'être inaugurée à Dresde, a 8 pieds
de haut; le piédestal, de même élévation, est en granit, et porte, sur la
paroi antérieure, une table de bronze sur laquelle est inscrit le nom
du compositeur; la statue est également en bronze. Le roi, les princes et
les princesses assistaient à la solennité.
»*„ Ernest Nathan, l'excellent violoncelliste, revient à Paris après une
tournée brillante dans les Pyrénées.
„*„ Joseph Franck, de Liège, reprendra le 15 novembre ses cours de
perfectionnement de piano, douzième année, et ses leçons particulières
de piano, violon, orgue, accompagnement de plain -chant,- harmonie,
contre-point et fugue.
»% Sighicelli, l'excellent violoniste, vient de recevoir de S. M. la
reine d'Espagne la décoration de l'ordre de Charles III.
„% Jos. Wieniawski s'est fait entendre lundi dernier dans une des
réunions du Liederkranz de Paris; l'éminent artiste a obtenu un succès
très-grand dans le trio de Mendelssohn en ré mineur et dans plusieurs
morceaux de salon de sa composition.
*** Le Te Deum imp'rial et militaire de M. Sain d'Arod, exécuté l'an-
née dernière à Notre-Dame de Paris et plus récemment à Chambéry en
présence de LL. MM. Impériales, a été signalé à l'attention du conseil
d'administration par M. le maréchal ministre de la guerre. Cette parti-
tion, conçue de manière à ce que toute la deuxième partie forme un
grand morceau d'harmonie, vient de paraître à Lyon chez l'auteur.
»% M. Vogel est appelé à Stuttgart par S. M. le roi de Wurtemberg
pour assister aux dernières répétitions de son opéra, le Nid de cigognes,
traduit en allemand.
4*,. Souvenir du Tyrol, romance sentimentale pour le piano, par D.
Krug, vient à peine d'être publiée, et déjà le succès semble vouloir s'at-
tacher à cette charmante composition d'un des pianistes-compositeurs
les plus en vogue de l'Allemagne.
„*„. Le Gymnase dramatique a donné hier samedi, au bénéfice d'un
artiste, une représentation dans laquelle M. Magnus a exécuté sa grande
fantaisie sur le Pardon dePloërmel et sou galop de bravoure : Steeple-chose.
L'excellent pianiste-compositeur a eu un grand et légitime succès.
,% M. Théodore Ymbert, qui se propose de mettre en musique un
certain nombre de fables de Lafoutaine, vient d'ajouter à celles qui ont
déjà été éditées deux nouvelles compositions, le Pot de terre et le pot de
fer, pour voix de basse, et les Médecins, duo pour ténor et basse. Nous
reviendrons à loisir sur ces piquantes fantaisies et sur celles qui les ont
précédées.
t** Sous le titre de*/a Hutte de Metz, Mlle Joséphine Caye vient de
publier une mélodie très-originale sur les paroles gravées sur la plus
grosse cloche de la ville. Nous recommandons ce petit morceau aux
amateurs de musique imitative.
„,*„, L'éditeur Pacini vient de mettreen vente deux nouvelles mélodies de
Niedermeyer: la Mer et Puisqu' ici-bas toute âme..., poésies de Victor
[Jugo. Nous croyons pouvoir prédire à la première de ces mélodies une
large part du succès du Lac, dont elle a toutes lus brillantes qualités.
»*„ On annonce l'apparition prochaine d'un nouveau journal de
musique allemand qui sera publié par numéros non périodiques. Le di-
recteur de ce journal, qui doit être consacré spécialement au chant et à
l'opéra, est M. Schmidt, ancien premier ténor du théâtre de la ville, ù,
Leipzig, actuellement professeur de chant à Lubeck.
„.*„ La réouverture des cours de chant de M. Kœnig aura lieu le
mardi 6 novembre, rue de Provence, 7.
%*% Mlle 0. Hersant, professeur au Conservatoire, vient de rouvrir ses
cours de piano, d'harmonie et de lecture musicale.
,*„.. L'Opéra annonce pour le 8 décembre son grand bal annuel au
profit de la caisse des pensions .des artistes et employés de ce théâtre.
i*,l, On parle de l'installation des concerts Musard au premier étage
do la maison Delislc, boulevard des Capucines, vis-à-vis de la rue de la
Paix.
**» Les concerts d'Arban attirent toujours la foule aux concerts du
Casino. Cette semaine, la grande fantaisie pour orchestre sur Robert le
Diable, de l'excellent chef d'orchestre-compositeur, y a été exécutée aux
applaudissements d'un nombreux public. La Marche aux fllambeaux, de
Meyerbeer, orchestrée par Arban, et sa fantaisie sur le Pardon de Ploermel,
n'ont pas obtenu cette semaine un succès moins éclatant.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*% Rouen.— La reprise des Dragons de Vitlars a été pour nos artistes
l'occasion d'un véritable triomphe ; la charmante partition d'Aimé Mail-
lart a paru aussi jeune que le premier jour. Mlles Geismar, Latouche,
MM. Cœuilte, Gerpré et Méric ont contribué à un excellent ensemble. —
M. Uarvin, ténor, a fait son second début dans Robert le DiMe et
son troisième dans Guillaume Tell. Il possède une voix magnifique, dirigée
par une très-bonne méthode, et son admission paraît certaine. —
Le Pardon de Ploermel va reprendre très-prochainement sa place au
répertoire.
CHRONIQUE ETRANGERE.
j*t Bruxelles. — L'événement de la semaine théâtrale a été la reprise
de l'Étoile du Nord, qui a eu lieu jeudi au théâtre de la Monnaie avec
un succès immense. Les détails nous manquent encore sur les artistes
qui ont concouru à l'excellent ensemble que nous signale une corres-
pondance particulière ; mais dès aujourd'ûui nous sommes en mesure
de constater le triomphe de Mlle Boulard dans le rôle de Catherine, et
celui de Jourdan dans le rôle de Danilowitz. VArioso et la polonaise ,
composés pour Tichatscheck, afin de donner plus d'importance au rôle
du ténor, ont été pour Jourdan l'occasion de véritables ovations ; après
la polonaise du troisième acte, inconnue à Bruxelles jusqu'alors, l'excel-
lent artiste a dû revenir en scène, rappelé de la façon la plus unanime.
„*„ Anvers. — Nous avons eu, la semaine dernière, deux représenta-
tions de la Maria, de Flotovv. Nous ne parlerons de la première que pour
signaler le début de Mlle Michel, qui a fait preuve de très-bonnes dispo-
sitions dans le rôle de Nancy. La seconde représentation a été une des
plus brillantes de l'année. MM. Scott, Bryon d'Orgeval, et Mlles de Aynssa
ont interprété la charmante partition de la façon la plus brillante. Après
la chute du rideau, les quatre artistes ont été rappelés à l'unanimité.
,% Berlin. — Pour l'anniversaire de la naissance du roi , le théâtre
de la Cour a donné Armide, de Gluck. — A l'occasion du ï>0* anniver-
saire de la fondation de l'université de Berlin, le ministre des cultes,
M. de Bethmann-flolhveg, a donné une soirée où le Domchor a chanté
une suite de compositions vocales depuis Palestrina jusqu'à Meyerbeer.
— La Société Bach a fait entendre dans trois soirées plusieurs cantates
du grand compositeur, la Passion, par II. Schiitz (17e siècle), et un
psaume de llrendel. — A l'Opéra royal le succès de Mlle Trebelli grandit
toujours; c'est surtout dans le rôle d'Arsace que la jeune artiste excite
l'enthousiasme. — Au théâtre Victoria, Mlle Artot a reparu dans le
rôle de Rosine du Barbier, et a été beaucoup applaudie.
„** Leipzig. — La première représentation de Diane de Solange, par le
duc de Saxe-Cobourg-Gotha, a obtenu du succès. Sa partition offre uue
originalité bien prononcée, et on ne saurait contestera l'auteur le ta-
lent de tracer musicalement un caractère ; de plus, il connaît toutes les
ressources de l'orchestre et les emploie avec une habileté dont pourrait
s'enorgueillir un maestro de profession. — Au troisième concert du
Gewandhaus s'est fait entendre avec succès le ténor Cari Gloggner, de
Paris.
Hr*t Dresde. — C'est au mois de décembre prochain que Mme Bûrde-Ney
partira pour New-York, où elle doit créer le rôle de Dinorah Comme son
congé au théâtre royal ne commence qu'au mois de mars prochain,
elle se fera remplacer jusque-là par une autre cantatrice, à ses frais.
Le Faust de Spohr, qu'on n'avait pas vu depuis trente ans, va faire sa
réapparition dans le courant de l'hiver.
,,% U'iesbade. — La saison a été brillamment inaugurée par la repré-
sentation du Duc de Tyrol, opéra nouveau en trois actes par Nargiller.
La salle était comble, et le public s'est montré sympathique au compo-
siteur, qui a eu deux fois les honneurs du rappel.
s*,s Manheim. — Mme Johanna Wagner a donné ici plusieurs repré-
DE PARIS.
379
sentations ; elle nous a fait ses adieux dans le rôle de Eidès du Pro-
phète, qui a été pour la célèbre cantatrice l'occasion d'un véritable
triomphe. — On monte Fernand Cortez, de Spnntini.
,*^ Vienne. — Franz Liszt a quitté Vienne. On disait que le célèbre
compositeur avait fait des démarches pour obtenir la direction du
théâtre de l'Opéra de la cour ; ce bruit est dénué de fondement.— In-
cessamment l'ouverture du théâtre Treumann ; la salle est fort belle et
peut contenir jusqu'à deux mille quatre cents personnes.— Le 10 novem-
bre, jour anniversaire de la naissance de Schiller, on exécutera la
Schiller-marscli et la cantate de Jleyerbecr, avec prologue, etc.
*% Florence. — Le Prophète vient d'obtenir un succès immense au
théâtre de la Pergola avec le ténor Sarti, Mines Masson, Schubert,
MM. Boccolini et Paoli Lenzi.
:S% Gênes. — Les débuts n'ont pas été heureux au théâtre l'aganini.
On a donné la Sonnambula, dont Mlle Pozzi a chanté à peu près convena-
blement le principal rôle. Quant au ténor Mongiardini (Iilvino), il a
encore tout à apprendre comme chanteur et comme comédien. Le basso
Rosa n'a pas été plus heureux, et le rideau est tombé au bruit des sif-
flets. — Le grand théâtre de Carlo-Fclice doit rouvrir avec les Huguenots.
:t*„ Saint- Pë.lersbmrg. — L'inauguration du nouveau théâtre, sorti de
ses cendres, le théâtre Marie, a eu lieu le 2 (14) octobre. L'architecte,
M. Cavos, a réussi à en faire le plus beau théâtre du monde. L'ouvrage
choisi pour la réouverture était celui de Glinka : La vie pour le tzar. —
Au théâtre Italien, la Fioretti va débuter dans les Puritains; c'est elle
aussi qui doit chanter le rôle de Dinorah dans le Pardon de Plpërmèl ,
que l'on reprendra bientôt.
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« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement, son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le môme instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée a l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n* 28.
» Enfin, dans la séance du. 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 4u obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconmUque les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le. premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
L'ÉCOLE PRIMAIRE torEÏ
rois
usage des
petites classes, des orphéons et des pensions, par A.
PANSERON, vient de paraître. Ce petit solfège ne
dépasse pas le mi de la première' portée. On y
trouve six cantiques, dont un Kyrie à deux voix et
un O saluturis a trois voix.
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petite édition. — A Paris, chez G. Brandus et S. Du-
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de tre classe Exposition universelle 1855. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les
Expositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la
répulation est justement établie. Elle vient de
mettre en vente un nouveau modèle de pia
droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne
laisse rien à désirer sous le double rapport de la
quantité et de la qualité du sou. — Magasin
rue Moulina r( re, ltîl .
ÂLrMOrJbL àAX brevets d'invention et de
perfectionnement .
Instruments Saxomiiîtoniques. Invention à la-
quelle le .luiy de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son rapport officiel (Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e' le seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme- est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
:gal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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Le Journal puraît le Dimanche.
GAZETTE
./\An/\JW\J\r\n/\/Vi
SOMMAIRE. — Fragments do l'introduction d'une histoire générale de la musique
(5e fragment), par Fétis père. — Théâtre impérial Italien : reprise du
Matrimonio segreto, de Cimarosa. — Correspondances : Rouen et Liège. —
— Revue des théâtre?, par D. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et an-
nonces.
FRAGMENTS
DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE
(Ouvrage inédit.)
Cinquième fragment (1).
La musique européenne du moyen âge et des temps modernes a
reçu des peuples du Nord les premiers éléments de sa notation. Nous
n'avons pas dû nous étonner de voir accueillir par l'incrédulité cette
assertion, en apparence paradoxale, lorsque nous l'avons émise pour
la première fois (2). Pouvait-on croire, en effet, que des peuples à
qui l'on a refusé l'usage d'une écriture "particulière (3) , et dont les
caractères graphiques n'ont été considérés par les uns que comme
des variétés de l'alphabet grec (Zi), et par d'autres comme des modi-
fications bizarres des lettres romaines (5) , eussent une .notation de
la musique? Cependant nous espérons démontrer qu'il n'y a pas eu
moins de préjugés et d'opinions mal fondées à l'égard des notations
en usage dans la musique du moyen âge, qu'en ce qui concerne l'é-
criture chez les peuples septentrionaux.
Les notations antiques de la musique chez les habitants de l'Inde ,
chez les Grecs, les Romains, vraisemblablement aussi chez les Égyp-
tiens (comme nos recherches le feront voir), étaient puisées dans les
alphabets de ces peuples, soit en conservant aux lettres leurs formes
habituelles, comme chez les Hindous et les Romains, soit en leur fai-
sant subir certaines modifications , suivant l'usage des Grecs. On a
nié le fait, pour ce qui concerne la notation latine, et l'on a soutenu
(1) Voir le a" 1,2.
(2) Résume philosophique de l'histoire de la musique , 1" vol. de la Bio-
graphie universelle des musiciens, 1™ édition, page clx.
(3) Maffei, Verona illusl., col. 324, et Gibbons, Histoire de la décadence et
de la chute de l'empire romain, t. II, p. 107, édit. de Guizot.
(4) Cf. Benzelius, Momim. Surio. Goth. lib. I, et Fr. Wise, Recherches con-
cernant les premiers habitants, les connaissances et ta littérature de l'Europe.
Oxford, 1731, Dissert. I.
(5) Cf. Lcibnitz, Collect. élijmol. illicsl. ling. Vet. Cellicœ,Ger>nan.,etc.,parsïl,
8, et Mabillon, de Ite diplom. lib. I, c. xi, p. 49-50.
que la notation romaine était précisément celle que nous attribuons
aux peuples du Nord qui envahirent l'empire. Nous ferons voir, dans
la partie de notre histoire consacrée à ce sujet, tant par des monu-
ments que par des discussions approfondies, que ces deux opinions
sont également erronées. Nous suivrons dans toutes ses transforma-
tions et modifications cette même notation d'origine septentrionale, et
nous la verrons se formuler dès le xi° siècle et même auparavant en
un système aussi compliqué que peu rationnel ; puis, se dégageant par
degrés de ses combinaisons inutiles, arriver enfin à l'admirable simpli-
cité de la notation actuelle.
La Providence a fait de l'Orient le berceau des choses et des idées
durables. L'ancien monde païen lui emprunta tous ses mythes. Révé-
lateurs d'un Dieu suprême, créateur de l'univers, Moïse et les pro-
phètes ont écrit pour la postérité des livres qui verront la fin des
siècles. La philosophie de l'Inde a répandu par toute la terre ses vé-
rités et ses erreurs. L'Orient, seul, a conçu son architecture dans des
conditions de grandeur et de solidité qui pouvaient défier la main
du temps-, car après plus de trois mille ans de guerres et de dévas-
tations, il ne faut pas moins que le génie destructeur de l'homme
pour en disperser les débris. C'est dans ces mêmes régions que la
Grèce a trouvé ses premières notions des mathématiques et de l'astro-
nomie, sa langue, son écriture, ses arts, ses instruments de musique.
C'est aussi dans l'Orient que la science moderne est allée chercher
le puissant instrument de la langue de l'analyse. Enfin, après que le
Rédempteur eut révélé aux hommes les adorables principes de
morale, d'égalité devant Dieu et de liberté, qui devaient régénérer
l'espèce humaine; après que ses disciples eurent répandu partout sa
sainte doctrine, et lorsque son Église fut constituée, ce fut encore de
l'Orient que vinrent les premiers chants destinés à invoquer et à glo-
rifier le Sauveur. Les psaumes de David devinrent la base de la li-
turgie de toute la chrétienté, et les premiers types des mélodies sur
lesquels on les chanta furent vraisemblablement empruntés au temple
de Jérusalem. Le doute n'est pas possible sur l'origine du culte ca-
tholique, lorsqu'on considère les livres des offices dans les plus an-
ciens manuscrits parvenus jusqu'à nous ; car la multitude d'ornements
de toutes formes, et les longs traits de notes parasites qu'on y voit
sur une seule syllabe, sont précisément ce qui caractérise le goût
oriental; tandis que les hymnes, antiennes et répons composés plus
tard dans l'Occident, ont une simplicité qui contraste avec ce luxe de
trilles et de groupes de toute espèce.
Avec la mythologie et le culte du paganisme, tout ce qui caracté-
rise les idées et le goût de l'antiquité grecque et latine avait disparu
sans retour, dès la fin du ivc siècle, en dépit des efforts faits par
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
l'empereur Julien pour leur rendre une existence apparente. Au
ve siècle on ne trouve guère que le poëte Rutilius qui ait essayé de
ranimer cette cendre éteinte. Vainqueur, au prix du sang de ses mar-
tyrs, le christianisme, en imprimant une direction nouvelle aux esprits
par ses austérités autant que par la foi, qui plaçait le but da la vie dans
le ciel, le christianisme n'avait pas porté de moins rudes coups à la
forme qu'au fond des choses de l'ancien monde. De là l'indifférence
que montrèrent les populations chrétiennes pour ce qui constitue le
beau idéal, et la rapide décadence des œuvres de l'art. D'ailleurs,
les circonstances désastreuses dans lesquelles se trouva bientôt la ci-
vilisation, les dévastations inouïes exercées par les barbares qui en-
vahirent, et la succession presque non interrompue de ces malheurs
pendant plusieurs siècles, achevèrent ce que le christianisme avait
commencé, et rendirent plus absolu le détachement des âmes pieuses
pour les choses de la terre, plus ardente la ferveur de la foi. A l'avé-
nement de Charlemagne tout avait péri : plus d'architecture, plus
d'arts plastiques, plus de musique, plus d'instruction, plus d'écoles.
Quelques prêtres seulement, quelques évêques, moins ignorants que le
vulgaire, écrivaient encore des légendes de saints qui composaient
toute la littérature, toute l'histoire, dans ces temps malheureux, et des
moines retraçaient, dans des annales dénuées d'intérêt, les minimes
événements de leurs cloitres.
A la fin du vme siècle, le génie de Charlemagne oppose une bar-
rière aux progrès de la barbarie, ranime le goût des études, établit
des écoles dans toute l'étendue de son colossal empire, fait recueillir
les chants nationaux pour en former une histoire populaire, essaie
de modifier le rude chant ecclésiastique des Gaules par les traditions
orientales conservées à Rome, et fonde un enseignement spécial pour
cet objet. L'impulsion qu'il a donnée porte ses fruits dans le ixe siècle:
un retour à la civilisation semble s'opérer. La biographie de Charle-
magne par Eginhard, la chronique du moine de Sainl-Gall, les mé-
moires de Nithard et de Thégan, sont un commencement d'histoire ;
la poésie latine jette quelques lueurs de sentiment énergique, particu-
lièrement dans une ccmplainte sur la bataille de Fontanet , où
80,000 hommes périrent pour soutenir les prétentions ambitieuses des
fils de Louis le Débonnaire, armés les uns contre les autres. La mé-
lodie de cette complainte est un des plus remarquables monuments
du chant populaire de cette époque. Les arts renaissent et prennent
une direction nouvelle, l'architecture byzantine pénètre en Allemagne,
en Italie, en France, et se combine avec le style romain ; la musique
éprouve les effets de l'introduction des orgues en France sous le règne
de Pépin, père de Charlemagne, et l'harmonie devient une partie
essentielle de cette musique sous le nom d'organum. Vers le milieu
du ixc siècle, cet organum n'est pas seulement composé d'affreuses
successions de quartes et de quintes, appelées diaphonies, dont un écri-
vain du même temps a laissé des exemples: il y avait dans ce com-
mencement d'un art nouveau quelque chose de plus avancé, car le
théologien-philosophe, Jean Scot Erigène, qui vécut à la cour de
Charles le Chauve et dirigea l'école du palais, vers 850, parle de
Yorganum dans son livre célèbre De la division de la nature (1),
en des termes qui indiquent clairement le mélange des sons en har-
monie à des intervalles divers sous certaines conditions d'art (2).
Rien ne fut moins favorable aux progrès de la civilisation et des
arts que l'époque comprise entre la déposition de Charles le Gros (837)
et l'avènement de Hugues Capet, chef de la troisième, race des rois
de France (987), époque désignée sous le nom de dixième siècle.
Partout la dévastation ut la guerre : les invasions des Normands, Sar-
rasins, Bulgares et Madgyares ; la dissolution de l'empire carlovingien ;
la violence et la dépravation chez les papes, qui se succèdent avec
rapidité par l'influence des courtisanes; l'ignorance et la lubricité des
(1) De divisione iialurœ; Oxonii, JOS1 , in-fol., page lOft.
(2) Ce passage sera traduit et expliqué en son lieu dans notre histoire.
prêtres et des moines, le découragement et la misère des peuples.
Pour se défendre contre les invasions des barbares, les seigneurs
bâtissent des châteaux sur des rochers inaccessibles. Plus tard ces
forteresses servent à consommer l'asservissement des peuples : c'est le
commencement de l'organisation féodale. Dans ce siècle déplorable,
où l'intelligence et les -bons sentiments semblent à jamais éteints chez
les nations occidentales, tandis que le contraire se faisait remarquer
dans l'Orient, il y eut cependant trois hommes dont les travaux sem-
blent être une lumière projetée dans ces ténèbres, à savoir: Rémi
d'Auxerre, Hucbald et Gerbert, qui fut pape sous le nom de Syl-
vestre H. La carrière des deux premiers commença dans le siècle
précédent; Gerbert ne mourut qu'au mois de mai de l'an 1003. La
musique fut l'objet des études de tous trois, et tous trois écrivirent
sur cette partie des connaissances humaines qui ne méritait point
encore le nom d'art. Rémi ne fut que le commentateur de Marcien
Capella, qui n'avait été lui-même que l'abréviateur des théoriciens
grecs; mais les traités de Hucbald sont pour nous un trésor de ren-
seignements sur les constitutions tonales, les notations et l'harmonie
à la fin du ixe siècle et au commencement du xe. Gerbert écrivit
aussi sur la musique, mais son livre n'es1, pas parvenu jusqu'à nous.
Le mouvement intellectuel interrompu, et le sentiment moral en-
gourdi pendant le xe siècle, se raniment au xi«. L'enfantement labo-
rieux et lent des langues populaires arrive enfin à terme : elles sor-
tent de l'état de patois barbares où elles avaient été retenues pendant
trois siècles, et deviennent littéraires en Italie et dans les Gaules. Le
latin n'est pas encore entièrement abandonné dans les écrits des pro-
sateurs et des poètes ; mais le peuple ne l'entend plus : toutefois il se
mêle encore çà et là dans le langage appelé communément roman,
bien que la place qu'il occupe dans cette langue nouvelle diminue
chaque -jour. La philosophie, les sciences, les arts, sont en progrès, et
le goût de l'étude se communique de proche en proche. C'est dans
ce même siècle qu'un moine italien, connu sous le nom de Guido
d'Arezzo, conçoit l'idée d'une méthode pour l'enseignement de la
musique, méthode toute pratique, inconnue avant lui, de laquelle dis-
paraissent les notions empruntées aux théoriciens, désormais sans uti-
lité, et d'où sont bannis les tâtonnements précédemment mis en usage.
Pour apprécier à sa juste valeur la méthode inventée par Guido, et
justifier l'enthousiasme avec lequel elle fut accueillie, il faudrait savoir
en quoi consistaient les moyens mis antérieurement en usage pour
instruire les élèves dans la lecture de la musique et dans le chant,
moyens où l'intelligence avait sans doute peu de part, puisqu'il ne
fallait pas moins de plusieurs années d'études pour parcourir le cercle
infiniment "borné des connaissances musicales de cette époque ; mais
on ne possède aucun renseignement positif sur ce sujet, bien que
plusieurs écrits du même temps, parvenus jusqu'à nous, renferment
l'exposition des éléments ; car ou n'y trouve ni enchaînement logique
dans les notions, ni exercices par lesquels les commençants auraient
pu se rendre familières la notation, les intonations des sons et celles
de leurs divers intervalles. Guido, parlant lui-même de sa méthode,
affirme que par elle on pouvait apprendre à lire le chant et à l'exécuter
avec correction dans l'espace d'un mois, tandis que l'ancienne mé-
thode conduisait à peine au même résultat après plusieurs années
d'un travail rebutant. L'immense renommée acquise par l'auteur de
cette découverte, et la popularité que conserve encore son nom,
sont une garantie suffisante des bons effets qu'elle produisait.
C'est aussi dans le xi° siècle qu'on voit apparaître un nouveau
système régulier de notation pour la musique mesurée ; non qu'une
musique de cette espèce n'ait existé de tout temps , car les chants
populaires de toutes les nations furent toujours mesurés et rhythmés ;
mais l'introduction de l'harmonie dans la musique avait rendu néces-
saire un système de proportion exacte entre tomes les valeurs de
temps déterminées par les diverses voix qui concourent à cette har-
monie. La plus ancienne exposition connue de ce système se trouve
383
dans le livre d'un prêtre de Cologne nommé Francon. Le même ou-
vrage offre aussi des exemples d'une harmonie meilleure que la gros-
sière diaphonie des temps antérieurs. De toute évidence enfin, l'art
est dès lors en voie de formation, et le mouvement de progrès qui
lui est imprimé ne pourra plus être arrêté jusqu'à ce qu'il soit en
possession de ses éléments nécessaires.
La première croisade, cet événement de prodigieuse folie qui s'accom-
plit dans les dernières années du xi« siècle (1096), et qui, par ses suites,
mit en continuel contact l'Asie et l'Europe pendant trois cents ans,
eut des résultats inattendus pour la musique et pour la poésie. Ruinés
par les dépenses auxquelles ils furent entraînés par ces expéditions
lointaines, les seigneurs y perdirent une partie de leur puissance et
de leur férocité. Les mœurs s'adoucirent et offrirent bientôt un con-
traste frappant avec la rudesse et la grossièreté des siècles précédents.
C'est à cause de cette différence si remarquable qu'on a donné le nom
de moyen âge a l'époque comprise entre les années 1100 environ et
1500, parce qu'elle forme un intermédiaire entre les temps de barbarie
et la renaissance, au commencement de l'âge moderne. Les femmes,
longtemps réduites à une sorte d'esclavage, s'en affranchirent pendant
l'absence de leurs époux, et acquirent une prépondérance sociale
qu'elles n'avaient eue dans aucun temps ; car c'est de cette époque
que date cette galanterie sur laquelle est fondée leur empire, et qui
devint un culte véritable dans les siècles suivants. Par suite de cette
transformation sociale, les châteaux devinrent des lieux de plaisir, où la
poésie et la musique trouvèrent un fréquent emploi.
Déjà, avant que la croisade eût été prêchée, les rapports fréquents
de la France méridionale avec les Maures d'Espagne avaient com-
mencé la transformation des mœurs et du langage poétique dans ces
provinces. Ce langage s'élait poli de manière h n'être plus reconnais-
sable, depuis les premières années du xie siècle jusque vers 1060, et
la poésie, cultivée avec succès, était devenue l'occupation des cheva-
liers aussi bien que des poètes musiciens de profession. Le nom de
troubadour, c'est-à-dire trouveurs d'idées et d'élégant langage fut
donné aux uns comme aux autres. Le plus ancien de ces toubadours,
dont les ouvrages sont connus, est Guillaume de Poitiers, duc d'A-
quitaine, dont les premières poésies remontent à l'année 1071. Les
chansons d'amour, les vers satiriques, les poèmes historiques ou chro-
niques rimées, et les romans naissent bientôt en foule. Le (aient s'as-
socie à la bravoure, et grand nombre de preux chevaliers se font
gloire de leurs inspirations amoureuses et poétiques, aussi bien que
de leurs grands coups d'épée. Le mouvement général qui pendant
plusieurs siècles entraîna tout l'Occident vers l'Orient répandit par-
tout ce goût de poésie amoureuse et de chant dont les Arabes four-
nissaient le modèle. Le xn" et le xur3 siècles voient naître et se mul-
tiplier les trouvères, imitateurs des troubadours dans les provinces
septentrionales de la France, ainsi que dans la Flandre. En Allema-
gne, les minnesinrjers, ou chanteurs d'amour, suivent leurs traces. Les
grands, les princes, les rois même, ne dédaignent pas de se distin-
guer par le talent de poésie et de musique. Des défis de trouvère à
trouvère, des concours qui deviennent de véritables combats, sont
les spectacles dont on se préoccupe à la cour des souverains comme
dans les châteaux, comme sur les places publiques. Les poètes chan-
teurs s'en vont de province en province, et charment les ennuis des
châtelaines par leurs récits et leurs chansons. La plupart sont accom-
pagnés par un musicien, ménestrel ou jongleur, qui joue d'un ins-
trument, et quelquefois fait des tours d'escamotage pour l'amusement
du peuple. Depuis que l'affranchissement des communes a fait orga-
niser les corporations, ces ménestrels ont formé une association du
même genre, et se sont donné un chef, sous le nom de rui, qu'ils
élisaient d'abord librement, et qui, plus tard, ne tint sou tilre que
des faveurs de cour et de lettres patentes.
On voit quelques trouvères se distinguer par une habileté plus
grande que d'autres dans la musique : ils harmonisent leurs chants
pour deux ou trois voix et contribuent au perfectionnement de cet
art. Le simple fabliau ou conte, qui se récitait sur un chant mono-
tone, se transforme entre leurs mains en action dramatique entre-
mêlée d'airs rhythmés. Ce qu'ils ont produit en ce genre est de toute
évidence l'origine du vaudeville et de l'opéra-comique. Leurs mélodies
deviennent plus gracieuses, plus élégantes que chez leurs prédéces-
seurs. Le goût des ornements du chant, renouvelé par les communi-
cations fréquentes avec l'Orient, devient général et reprend son em-
pire dans l'Eglise même. Il y a dès lors deux sortes de chant mondain
en vogue: le premier, simple, naïf, et dont toute la force est dans le
rhythme, est le chant populaire ; l'autre, plus orné, plus vague dans
sa forme, moins accusé dans son rhythme, mais dans lequel on re-
marque une certaine délicatesse qui manque au premier, est celui des
chansons de troubadours et de trouvères à l'usage du monde que dis-
tinguent la naissance et l'éducation. Vers la fin du xuic siècle, cette
dernière espèce de chant avait atteint son entier développement.
Le xivc siècle paraît presque entièrement absorbé par le goût de
l'harmonie et par les efforts des artistes pour compléter le système
absurde de notation qui s'est introduit dans la musique. Au commen-
cement de ce siècle on aperçoit encore, dans ce qui nous reste des
productions musicales de ce temps, des associations grossières de
sons ainsi que des successions d'accords qui blessent le sentiment to-
nal et que le goût réprouve ; mais vers l'an 1370, trois hommes d'un
mérite supérieur à leur époque apparaissent en même temps : ils in-
troduisent simultanément dans l'art des perfectionnements inattendus
qui lui donnent une suavité inconnue auparavant. Ces artistes prédes-
tinés sont Dunstaple, Anglais de naissance, Binchois et Dufay, Belges
tous deux. Tous trois ont donné des preuves de leur habileté dans
leurs ouvrages, lesquels nous font voir l'harmonie parvenue enfin à
toute la puielé désirable, mais réduite à un petit nombre de combi-
naisons. L'art est constitué, mais il est renfermé dans d'étroites limites,
d'où il ne sortira pour toujours qu'après plus de deux siècles de ti-
mides essais et de tâtonnements d'une lente progression, nonobstant
la puissance du génie de quelques artistes.
Ici commence l'histoire véritable de la musique ; car il ne peut y
avoir d'histoire d'un art que lorsqu'il existe dans les conditions qui le
rendent digne de ce nom, lorsqu'il est appréciable par. ses monu-
ments, de telle sorte que la filiation de ses développements et de ses
transformations puisse être suivie sans lacune; enfin, lorsque les
causes de ces transformations peuvent être déterminées avec justesse
et mises en évidence. Ce qui précède l'époque où l'art est entré dans
cette phase peut être l'objet de recherches archéologiques qui ne
manquent ni d'attrait ni d'utilité; mais le caractère de certitude, in-
dispensable à l'histoire, y manque toujours. L'intérêt qu'inspire l'his-
toire de la musique se manifeste dans les quatre applications que la
société a faites de cet art, lesquelles sont : 1° le chant religieux ; 2° le
concert intime ou public ; 3° le rhythme de la danse ou de la mar-
che ; 4" l'expression des passions dans le drame. Dès la fin du xinc
siècle, nous pouvons suivre le progrès périodique de l'art dans les
deux premières de ces applications ; au xvc siècle, la musique de la
danse nous apparaît dans quelques fragments échappés aux ravages
du temps ; mais le drame musical , à part quelques essais informes
tentés dans les Mystères, et postérieurement à plusieurs reprises, n'a
d'existence réelle qu'aux premières années du xvii« siècle.
Les organes de ces divers genres de musique sont les voix et les
instruments : de là les divisions naturelles en musique vocale et ins-
trumentale; de là aussi 1 histoire particulière de chacune de ces par-
ties de l'art; de là, enfin, celle des progrès du chant, de l'origine des
instruments, de leurs perfectionnements, de leurs transformations et
de l'art d'en jouer.
FÉTIS père.
{La suite prochainement.)
384
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN
Reprise du jflulritnotiio segvelo, «le Cimarosa.
« Il y a bien de l'avenir dans ce passé, » disions-nous à propos du
vieux chef-d'œuvre de Cimarosa. lorsque nous le vîmes reparaître au
commencement de cette année, et le voilà qui nous revient encore,
avec un simple changement dans la distribution des rôles. Mlle Marie
Battu a pris la place de Mme Dottini dans celui d'Elisetta ; Mraes Ai-
boni, Penco, ainsi que Gardoni. Zucchini et Badiali sont demeurés
tous en possession de leur emploi.
Une modification de genre différent a été de plus essayée : on a ré-
tabli deux airs qui ne se chantaient plus depuis longtemps, et que
même nous ne nous souvenons pas d'avoir jamais entendus à Paris.
Le premier appartient au rôle d'Elisetta, et vient au second acte, après
le grand quintetto, dans lequel la pauvre Caroline, menacée du cou-
vent, exhale en termes peu mesurés, son indignation contre toute sa
famille.
Ma voi sieto tanti cani,
Senza amor, ne carità.
L'air, il faut en convenir, a beaucoup vieilli, et l'inspiration n'en est
pas fort heureuse. Mlle Marie Battu le chante avec un goût exquis
et de manière à être justement applaudie. La jeune artiste a du reste
parfaitement saisi le caractère de son personnage. C'est bien la sœur
aînée, l'Arabella de cette nouvelle Clarisse, furieuse de se voir dédai-
gnée par un honnête Lovelace, et se raccrochant à tous les moyens de
vengeance féminine.
L'autre air, chanté par la tante Fidalma, faisait partie du premier
acte, et on l'a transporté dans le second. C'est une vieillerie pleine de
naïveté, de malice : la tante énumère les avantages de la liberté,
mais elle conclut toujours en faveur du mariage.
Ma con un marito
Via meglio si stà.
Impossible de rendre ce morceau avec une bonhomie plus franche et
plus iine que ne le fait Mme Alboni, pour qui le rôle de Fidalma est
à peu près devenu ce qu'était celui de Geronimo pour Labla:he.
Mme Penco est une excellente Caroline. Le délicieux trio : Le
Faccio un inchino, admirablement chanté par elle, Mlle Marie Battu
et Mme Alboni, est toujours redemandé ainsi que l'air de cette der-
nière.
Zucchini est, après Lablache, le meilleur Geronimo que nous
ayons connu, sans excepter même Barilli. Sa surdité atteint l'idéal
de l'effet bouffe.
Le Matrimonio scç/relo doit beaucoup aux Nosze di Figaro qui ve-
naient d'être jouées quand Cimarosa l'écrivit, et il a prêté beaucoup
au Barbier de Sëville. Qu'est de\enu le temps où les grands compo-
siteurs faisaient leurs chefs-d'œuvre sur des textes de comédie?
Quelle antithèse avec les systèmes qui prétendent que le mythe seul
est musical !
P. S.
CORRESPONDANCE.
Rouen, 28 octobre.
Reprisa" «Bit fnB'tiaa* île IPIoëranel.
La reprise du Pardon de Plo'ermel avait attiré hier une belle chambrée
au théâtre des Arts. Ce chef-d'œuvre, dans lequel Meyerbeer, après tant
d'immortels travaux, est plus jeune, plus inspiré, plus poète que jamais,
a été entendu avec d'autant plus de plaisir qu'on en était depuis long-
temps privé. Toutes les sensations tour à tour si suaves, si vives, si tou-
chantes, si terribles même, que la puissante et pittoresque musique de
Meyerbeer avait, dès sa première audition, fait éprouver au public
rouennais, ont été reproduites sur le même public avec tout le charme
et le prestige de la nouveauté. On n'avait oublié aucune des beautés de
l'œuvre; on les a retrouvées toutes et dans tout leur éclat.
Cette belle partition qui, lors de sa mise en scène, avait été si remar-
quablement exécutée, grâce aux talents réunis de Mme Barbot, de
MM. Méric, Oerpré, Bonnesseur et Barbot. avait cette année les mêmes
interprètes, et elle a été rendue avec le même ensemble, avec la même
intelligence du style si élevé, si finement varié et si profondément scé-
nique de Meyerbeer.
Mme Barbot est une gracieuse et attachante Dinorah ; sa voix fine et
légère convient parfaitement aux délicates et élégantes formules dont ce
rôle est parsemé ; son sentiment musical et sa diction sympathique lui
en font comprendre et très-vivement exprimer la partie dramatique.
Chaleureusement applaudie dans tous les détails de son rôle, elle a eu,
à la chute du rideau, l'ovation d'un rappel très-justement partagé par
MM. Méric et Gerpré.
La création du rôle d'Hoël fait le plus grand honneur à M. Méric, qui
le sent et le chante en parfait musicien et en très-habile chanteur.
C'est, sans contredit, un des rôles les plus développés et les plus diffi-
ciles de l'emploi, et il le détaille avec une irréprochable égalité de ta-
lent; aussi son succès a-t-il été complet, comme il l'avait été d'ail-
leurs l'année dernière. Après le grand air du premier acte, morceau
d'une facture étudiée et d'une variété de style qui en rend l'interpréta-
tion si périlleuse, mais que M. Méric chante avec une rare sûreté de
méthode et une verve entraînante; après la belle romance du troisième
acte, qu'il dit avec une saisissante expression, il a enlevé les bravos de
toute la salle. Jamais rappel n'a été plus dignement décerné que celui
qui, à la fin de la soirée, l'a ramené sur la scène pour recevoir une juste
et brillante ovation.
M. Gerpré, qui, dans le personnage comique et très-musical de Co-
rentin, avait laissé les souvenirs d'un jeu très-divertissant et d'un chant
plein d'intelligence, a été ù la hauteur de son premier succès, si même
il ne s'est surpassé. Toujours en scène, toujours dans la réalité de
son personnage, aussi soigneux dans ses solos que consciencieux parte-
naire dans les ensembles, M. Gerpré est pour une bonne part dans l'ex-
cellente exécution du chef-d'œuvre de Meyerbeer. Il avait donc tous les
droits possibles au partage du rappel qui a terminé la représentation.
L'intermède, cette ravissante paysannerie qui ouvre le troisième acte,
a eu son effet tout particulier qui ne manque jamais avec les deux ar-
tistes qui se chargent de faire valoir les deux petits rôles du chasseur
et du faucheur.
M. Bonnesseur fait de la chanson du chasseur une véritable scène
par le relief que sa voix puissante donne à cette mélodie si bien carac-
térisée et si finement orchestrée. M. Barbot chante avec beaucoup d'en-
train la jolie mélodie du faucheur. Ces deux morceaux ont été cou-
verts d'applaudissements.
L'ensemble de l'exécution ne mérite que des éloges : les chœurs ont
bien fonctionné et l'orchestre a parfaitement exécuté l'ouverture, ou
plutôt la magnifique symphonie qui sert de préface, a cette admirable
partition.
La mise en scène, qui est une de celles que M. Halanzier avait réglées
Tannée dernière avec le plus de goût et d'habileté, est toujours d'un
délicieux effet; les décors et le cortège du Pardon ont été fort applaudis;
à la fin du deuxième acte, le torrent a eu les honneurs du rappel, et le
rideau s'est relevé au bruit des bravos pour le montrer une fois de plus
au public émerveillé. Il ne faut pas omettre le succès de la chèvre
Bella, qui faisait sa rentrée et qui a eu aussi son succès et ses bravos.
Le Pardon de. Ploërmel va recommencer sur la scène rouennaise, comme
à Paris, une nouvelle série de brillantes représentations.
Amédiïe MÉRAUX.
Liège, 30 octobre 1800.
Le grand concours international de chant d'ensemble qui a eu lieu à
Liège le 28 octobre fera époque dans les annales de l'orphéon belge.
Plus de deux mille chauteurs venus de France, d'Allemagne, de Hol-
lande et de tous les points de Belgique sont entrés en lice pour se dis-
puter les nombreuses palmes qui devaient être le prix des vainqueurs.
Environ cinquante sociétés chorales, dont quelques-unes dépassaient cent
exécutants, ont pris part à cette lutte qui a été ardente, surtout pour
remporter le prix unique d'honneur, auquel étaient attachées une riche
couronne et une prime de 1 ,000 fr.
Le concours général se divisait en huit catégories: nous ne parlerons
que des deux dernières.
Dans le concours d'excellence entre les sociétés belges ayant déjà
obtenu un premier prix, c'est la Société des amateurs de Iluy, dirigée
DE PABIS.
385
par M. Camauer, qui a remporté le prix unique, consistant en une mé-
daille en or, grand module, et une prime de 600 fr.
Pour le grand concours d'honneur entre les sociétés belges ayant déjà
obtenu un prix d'excellence et les sociétés étrangères, nous venons de
dire que la récompense était une riche couronne et une prime de 1,000 fr.:
c'est la Société Concordia, d'Aix-la-Chapelle, dirigée par M. Ackens, qui
l'a obtenue.
Huit sociétés justement renommées étaient inscrites pour participer
à ce dernier concours, et c'est encore un cercle d'Allemagne qui a su
conquérir le premier rang ; mais les cercles concurrents se consoleront
aisément quand on saura que l'unique prix à obtenir a été si chaude-
ment disputé, que le jury a dû procéder à un deuxième tour de scrutin
avant de se mettre d'accord pour décerner la palme à la Concordia,
d'Aix-la-Chapelle. On voit qu'il y avait encore de l'honneur à se trouver
au nombre des vaincus.
Ceux qui ont assisté à ces luttes diverses ont constaté avec satisfaction
combien les sociétés chorales sont en progrès ; il faut qu'elles le soient
véritablement pour oser aborder les chœurs qu'elles chantent aujour-
d'hui et qui sont pour la plupart de véritables symphonies. Les gammes
rapides, les intonations difficiles, les enharmonies risquées et les rhyth-
mes heurtés sont les difficultés que quelques compositeurs s'ingénient à
réunir dans un même chœur, et cela sans le moindre respect pour les
voix qui doivent presque toujours sortir de leurs limites naturelles.
C'est du reste une tendance malheureuse que je vous ai déjà signalée, de
prétendre faire exécuter à la voix humaine des parties qu'on dirait écrites
pour des instruments d'orchestre, ce qui n'est pas sans danger même poul-
ies sociétés des grands centres de population, où l'éducation musicale est
répandue. Quant aux orphéons des petites villes et des communes rura-
les, c'est une véritable calamité de les voir s'aventurer dans un dédale
presque toujours inextricable. Qu'on y réfléchisse bien , la cause de
l'insuccès et du découragement d'un grand nombre de sociétés orphéo-
niques est dans le choix des chœurs, qui ne sont ni en rapport avec leur
force musicale ni avec le nombre de leurs chanteurs.
En somme, le concours a tenu toutes ses promesses, et sans entrer
dans des considérations sur l'utilité de ces luttes pacifiques, offrons
nos félicitations à MM. les membres de la Légia, l'une des meilleures
sociétés belges, ainsi qu'à son habile chef, M. Vercken, pour les soins
qu'ils ont prêtés à l'organisation de cette fête musicale. La France avait
envoyé pour la représenter au jury, Mil. de Bille et de Vos; l'Allemagne,
Mil. Weber et Wulner; la Hollande,', M. Verhulst; enfin la Belgique,
MM. Daussoigne-Méhul et Ferry, présidents; Carman , Cornélis, Higa,
Snel, Soubre et le signataire de cette lettre.
Trois morceaux ont été composés expressément pour la fête musicale
offerte par la ville de Liège au roi Léopold. Un chœur de M. Soubre et
deux chœurs-cantates, de MU. Daussoigne-Méhul fils et Vercken; le
premier a été imposé aux sociétés qui ont pris part aux concours d'ex-
cellence et d'honneur ; les deux derniers ont été chantés par plus de
trois cents voix sous les fenêtres du palais, et ont provoqué les applau-
dissements de la foule.
J.-B. RONGÉ.
Une séance musicale a été donnée jeudi dernier au Cirque Napo-
léon, par la Société chorale d'une école que nous nous abstiendrons
de nommer, de même que nous nous sommes abstenus d'assister à
la séance. Les chefs de cette école ayant l'habitude de s'armer
d'une loi mal comprise pour assaillir de leurs prétendues réponses
les journaux qui se permettent d'examiner soit leurs théories,
soit leurs actes, nous avons pris le parti de ne plus nous en occuper
d'aucune manière. Désormais leurs noms même n'apparaîtront plus
dans ces colonnes, par simple mesure de précaution.
BEVUE DES THÉÂTRES.
Vaudeville : 'Rédemption , pièce en cinq actes et six tableaux,
par M. Octave Feuillet.
Avantd'aborder la scène, M. Octave Feuillet, marchant sur les
traces d'Alfred de Musset, a publié deux volumes de comédies et de
proverbes qui ne semblaient pas destinés à la représentation; mais,
depuis, et toujours à l'imitation de son modèle, il s'est ravisé ; le
théâtre a vu défiler plusieurs de ses productions imprimées, et le
public les a saluées de ses bravos les plus enthousiastes. Est-il besoin
de rappeler que le Vaudeville a particulièrement bénéficié de cette
heureuse appropriation et qu'il a vécu fort longtemps sur les recettes
brillantes de Dalila et du Roman d'un jeune homme pauvre ? A la
lecture des œuvres de M. Octave Feuillet, on s'étonnait cependant de
ce qu'une de ses plus charmantes fantaisies, celle à laquelle il a donné
le titre mystique de Rédemption, n'eût pas encore les honneurs de la
scène. A cela, il y avait une difficulté qui provenait sans doute du
rappro:hement de deux personnages peu habitués à marcher de
compagnie, une comédienne et un prêtre. Mais s'il y a des accommode-
ments avec le ciel, il y en a aussi avec la censure ; M. Octave Feuillet
l'a prouvé en métamorphosant son curé de manière à lui permetlre
d'affronter le feu profane de la rampe. Grâce à cette concession légère,
Rédemption a donc vu tous les obstacles s'aplanir, et le Vaudeville
doit aujourd'hui un succès de plus au talent ingénieux et distingué de
l'auteur de Dalila.
Parmi les changements que M. Octave Feuillet a fait subir à sa ver-
sion première, le plus important sans contredit est en même temps le
plus inutile. Nous voulons parler d'une espèce de prologue où le
comte Jean et son cousin Maurice Fœder, les deux héros de la pièce,
procèdent à l'ouverture d'un testament qui enrichit l'un aux dépens
de l'autre. Si cette clause devait exercer quelque influence sur la
destinée des deux cousins, tout serait pour le mieux ; mais c'est tout
uniment un point de départ qui pourrait s'expliquer en quelques mots
à l'acte suivant. C'est là seulement que nous rentrons dans le livre
et que l'action s'engage. Nous la rappellerons d'une façon succinte.
Madeleine, l'actrice à la mode du théâtre Impérial de Vienne, pour
tromper l'ennui qui la consume, veut essayer de la charité chrétienne.
Le hasard la met en présence de Maurice qui est amené dans le
cloître de l'église des franciscains par une cause à peu prés semblable,
et la première étincelle de l'amour vrai tombe sur ce cœur dévasté
et sceptique. La seconde rencontre de ces deux êtres si disparates
a lieu chez un vieil alchimiste, à qui Madeleine vient demander par
précaution un poison subtil qu'elle met en réserve pour un cas de
désespérance sans ressource. Ces préliminaires posés, nous retrouvons
Maurice dans la loge de la comédienne qui est cachée derrière un pa-
ravent et qui écoute, frémissante et pâle, la semonce vigoureuse que
Maurice fait à son cousin, le comte Jean, pour l'arracher aux perfides
séductions de Madeleine. Dès ce moment l'actrice, transfigurée par la
honte et l'amour, veut expier sa vie de courtisane, et, reconnaissant
qu'elle est indigne de l'attachement d'un honnête homme, elle a re-
cours à la fiole de l'alchimiste. Par bonheur, Maurice a prévu cette
résolution extrême, il a substitué au poison une liqueur innocente, et
il consacre l'expiation de Madeleine en lui donnant son nom et sa
main.
Les lecteurb fidèles de M. Octave Feuillet découvriront aisément
les différences qui existent entre les deux versions de son œuvre
sans que nous ayons besoin de les leur indiquer. Notre tâche se
bornera à faire ressortir le grand effet de la scène du paravent, où
le jeu muet de Mlle Fargueil est vraiment admirable et place bien dé-
cidément cette actrice hors ligne. Si Rédemption attire autant de
spectateurs qu'elle a eu de lecteurs, Mlle Fargueil y aura contribué
pour sa bonne part.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
**, Au théâtre impérial de l'Opéra, Mme Tedesco a reparu lundi
dernier dans la Favorite, où son succès ne pouvait être douteux. On se
souvenait de la manière dont elle chante le rô'e de Léonor, et on l'y a
retrouvée supérieure encore à ce qu'elle était il y a quelques années.
Les bravos redoublés l'ont accueillie dans l'air du troisième acte. Le
386
UliVL'E ET GAZETTE MUSICALE
duo final a été bissé. C'est Michot qui remplissait le rôle de Fernand.
t*t Mercredi, Mme Vandenheuvel-Duprez et Mme Ferraris se parta-
geaient la soirée l'une dans Lucie de Lammermoor et l'autre dans les
Elfes.
„*„, Décidément le ballet de M. de St-Ceorges et de Mlle Taglioni
aura pour titre Farfalla, mot italien, qui en résume parfaitement le su-
jet, puisqu'il s'agit des amours d'un papillon dont Mlle Emma Livry
représentera l'aérienne légèreté.
4*4 Une indisposition assez sérieuse de SI. Gueymard a interrompu les
représentations du Prophète. — Mercredi, le théâtre impérial de l'Opéra
donnera la Juive pour la continuation des débuts de Mme Vandenheuvel-
Duprez et de Mlle Sax. Kenard, qui est en ce moment libre d'engage-
ment, a eu l'obligeance de consentir à donner quelques représentations
pour ne pas entraver la marche du répertoire.
„% On annonce comme très-prochaine la reprise de Guillaume Tell avec
les sœurs Marchisio dans les rôles de Mathilde et de Jemmy.
4*4 Le théâtre impérial de l'Opéra-Comique a repris la Clef des
champs et les Deux gentilshommes. Ambroise a paru dans ces deux ouvra-
ges et obtenu beaucoup de succès. Dans les Deux gentilshommes surtout
il a déployé un entrain et une verve très-remarquable. C'est Mlle Pan-
netrat qui remplit fort bien le rôle créé par Mme Casimir: Mlle Tuai
lui tient compagnie.
,k*„ Le Pardon de Ploermel a été joué lundi, mercredi et vendredi:
Mlles Werthtimber et Monrose y sont de plus en plus applaudies. —
Demain lundi, la 81e représentation du chef-d'œuvre de Meyerbeer.
4*4 Un nouvel opéra-comique en un acte de M. Sauvage, musique
d' Ambroise Thomas, a été distribué cette semaine aux artistes. Les rôles
seront chantés par MM. Mocker, Prilleux, Crosti ; Mines Revilly, Lemer-
cier et Prost.
4*4 Aujourd'hui dimanche, au théâtre Italien, rentrée de Mario et de
Ronconi dans il Burbiere.
„*„, C'est Mme Alboni qui remplira cette année le rôle de Nancy,
dans Marta. Les autres rôles seront tenus par Mario, Mlle Battu et
Graziani.
„.*„. Demain lundi, au théâtre Lyrique, reprise d'Orpfte'epour la rentrée
de Mme Viardot et les débuts de Mlle Oprawil.
„*,„ Au même théâtre aura lieu mercredi prochain la représentation
de retraite au bénéfice de M. Emile Taigny. Parmi les célébrités artis-
tiques qui prêteront leur concours au bénéficiaire, on cite Mmes Guey-
mard-Lauters, Ferraris, Faure-Lefebvre, Lemercier, Pauline Viardot;
MM. Levasseur, Ponchard, Berthelier, Crosti, etc.
„*., Un opéra, qui a été représenté autrefois avec succès à Paris et
sur les principales scènes de l'Allemagne, le Macbeth du maître de cha-
pelle Chelard, compositeur français et correspondant de l'Institut, vient
d'être repris sur le théâtre de Weimar, après une interruption de plus
de vingt années. L'ouvrage, monté avec une grande intelligence de la
scène par l'intendant Dingelstedt, a été accueilli par le public avec une
faveur dont M. Chelard a plusieurs fois recueilli les témoignages.
„.*„, Faure est en ce moment a Berlin, où l'appelait un brillant enga-
gement. Il débutera incessamment à l'Opéra royal, dans les représenta-
tions do la troupe italienne.
./„, Mme de Méric-Lablache , que nous avons entendue a Paris,
vient de débuter au théâtre de l'Oriente, a Madrid, avec le plus grand
succès.
,** Le conseil municipal de Paris à terminé vendredi l'affaire de la
nouvelle salle de l'Opéra. — Un journal annonce qu'il, a été décidé
qu'on passerait outre â la construction, malgré les réclamations de
quelques propriétaires intéressés dans la question.
„,*,,, Le succès de Mme Barbot, à Bologne, a été tel que la cantatrice
a été immédiatement engagée au théâtre royal de Turin. Les débuts de
Mme Barbot dans le Prophète sont impatiemment attendus.
4*4 Périé, qui, en sortant du Conservatoire, avait été engagea l'Opéra,
chante en ce moment avec le plus grand succès au théâtre d'Alger.
Baynal, du théâtre Lyrique, fait aussi partie de la troupe et y réussit
également.
»*» Henri Litolff est de retour à Paris où il compte (se fixer défini-
tivement.
4*,,, Aujourd'hui dimanche, à St-Eustache, exécution d'une messe à
grand orchestre composéo par M. Castegnier. Les chœurs seront conduits
par M. Delal'ontaine.
4*4 Eugène Ketterer s'est décidé à faire paraître sa Marche orientale,
qu'on a tant applaudie dans son concert de la dernière saison. Un char-
mant morceau de piano, andanle et polonaise de concert, du même com-
positeur est également sous presse,
**» Nous avons annoncé déjà la réouverture du cours de chant de
Mme LiaMulder. Aujourd'hui encore nous appellerons l'attention de nos
lecteurs sur l'excellence des leçons que donne l'habile professora, con-
tinuatrice de l'école de chant la plus féconde en élèves distinguées.
4*4 Le Pardon de Ploermel a inspiré à M. Charles Neustedt une trans-
cription variée pour le piano dont la vogue paraît certaine.
4*4 Mme Fumagalli, l'élève et la veuve du célèbre pianiste de ce nom,
a repris ses leçons en ville et chez elle. Nous recommandons cette in-
téressante artiste aux mères de famille.
4*4. M. Charles Jeltsch vient de publier, sous le titre du Bouquet de la
fiancée, une charmante transcription pour le piano d'un chant namurois
très-original. La délicieuse coupe de ce petit morceau de salon en fera
bien certainement l'un des plus brillants succès de la saison musicale.
4*4 La Société chorale la Teulonia célébrera le 10 novembre l'anniver-
saire de la naissance de Schiller. On y entendra entre autres la magnifi-
que cantate composée par Meyerbeer à l'occasion de la solennité de
l'année dernière.
4*4 Mme Szarvadi (VVilhelmine Clauss), la charmante et célèbre pia-
niste, est engagée pour Cologne où elle doit jouer dans les séances de la
Société des concerts. Après une absence de six années, il est facile de
prévoir de quelle façon brillante Mme Szarvadi sera reçue dans sa patrie.
4*4 Les deux transcriptions nouvelles de René Favarger sur les Hugue-
nots, de G. Meyerbeer, et sur Maria, de F. Flotovv, paraîtront dans le
courant de la semaine prochaine.
„% La maîtrise de Saint-Roch, sous la direction de M. Vervoitte, a
exécuté, le jour de la Toussaint, avec un ensemble digne d'éloges, la
messe impériale, d'Haydn. Les soli ont été dits par le ténor Hayet, ac-
tuellement attaché à cette maîtrise, et par Cazot, baryton. L'orchestre,
conduit par Tilmant, s'est élevé à la hauteur de la mission qui lui était
confiée.
„.*» Si tu Pavais voulu, tel est le titre d'une nouvelle mélodie de
M. Audran, parfaitement réussie et en tout point digne des charmantes
paroles de M. Adolphe Catelin.
t% M. Stiel, organiste à Saint-Pétersbourg, a obtenu le prix mis au
concours par la Tonhalle, de Manheim, pour la meilleure sonate pour
piano et violoncelle : les juges du concours étaient Lachner, Messer et
Moschelès.
„% Nous annonçons le retour de W. K.riiger, le pianiste-compositeur.
Entre autres succès obtenus pendant son voyage, il faut citer la marque
de distinction toute particulière dont il a été l'objet pendant son séjour
au château de Beauchamp, en Belgique, chez M. le prince de Chimay.
La musique d'harmonie de Chimay, sous la direction de son habile chef,
M. Fauconnier, instruit de son arrivée, donna en son honneur une séré-
nade aux (lambeaux. M. Fauconnier avait instrumenté, pour cette occa-
sion, la Marche nocturne, une des dernières œuvres de M. Kriiger.
4*4 F. Bonoldi, indépendamment de ses leçons de chaut, a repris ses
intéressantes séances de musique vocale d'ensemble. Elles ont lieu chez
lui tous les vendredis, de 3 à 6 heures.
4*4 Le succès prédit au Répertoire des orphéons se réalise pleinement.
Presque toutes les Sociétés chorales adoptent cet utile et intéressant re-
cueil de chœurs d'opéras arrangés à quatre voix d'homme.
4*4 VAlmanach illustré des deux mondes, que nous offre M. Oscar Comet-
tant, et VAlmanach musical dont il est aussi l'auteur, en société avec
M. Moléri, sont déjà parvenus l'un à sa troisième, l'autre à sa huitième
année. Nous ne saurions trop recommander ces deux élégantes et utiles
publications, qui fournissent a un prix si minime tant de renseignements
précieux, tant dénotions indispensables. Les gens du monde, les artis-
tes, les consulteront avecautantdeprofitque déplaisir; les enfants même
y prendront leurs premières leçons d'etnographie et de slatistique, dans
une série à' Illustrations qui s'adressent également i tous les âges.
4*4 On annonce que le célèbre pianiste Léopold de Meyer a été frappé
d'une attaque de paralysie. 11 est douteux, ajoute-t-on, que cet artiste
puisse reparaître dans les concerts.
4*.f Une cantatrice, qui fut pendant quelque temps attachée à notre
grand opéra, et obtint de brillants succès tant en province qu'à l'étran-
ger, M""' Kaby, vient de mourir à Paris, à l'âge de trente-sept ans.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
4% Lyon. — Mme lîey Balla, qui devait faire sa rentrée dans les ffu-
guenots, a été obligée, par suite d'une indisposition de M. Ismaël, de
choisir Robert le Diable. Les acclamations et les rappels se sont renou-
velés plusieurs fois dans la soirée. On répète activement le Pardon de
Ploermel.
4*t. Sainl-Étienne. — L'événement le plus important de la saison mu-
sicale a été la visite de Mme Marie Cabel au théâtre de notre ville. La
charmante cantatrice a prodigué tous les trésors de son brillant réper-
toire : la Part du Diable et le grand air du Pardon de Ploermel, lui ont
valu un accueil exceptionnel. Bravos, rappels, fleurs et couronues, rien
DE PARIS.
387
n'a manqué au triomphe de Mme Cabel; l'enthousiasme a été général.
— On a repris il y a quelques jours les Dragons de Villars.
,„% Angers, 28 octobre. — Mlle Louise Reine, qui avait débuté avec
succès dans l'emploi des Dugazon, n'a pourtant pas été reçue. Le public
l'avait on ne peut mieux accueillie, mais elle a échoué devant le scru-
tin. C'est une bizarrerie qui ne fait aucun tort au talent de l'artiste; le
scrutin seul en souffrira.
»% Strasbourg. — Mlle Marie Trautmann vient de donner un concert
à grand orchestre avec un très-grand succès. Le Courrier du Bas-Rhin
signale les progrès réalisés par elle, depuis qu'elle s'était fait entendre
en Alsace pour !a dernière fois.
CHRONIQUE ETRANGERE.
»*, Bruxelles. — La reprise de VÉtoile du Nord a été pour notre ville
une véritable solennité. La salle était comble, le succès a été grand et
il n'est pas douteux qu'il n'augmente encore aux représentations qui
vont suivre. — Mme Boulard a fait du rôle de Catherine une création
ravissante : ses vocalises lui ont valu de nombreux applaudissements;
M. Jourdan a chanté et joué le rôle de Danilowitz avec une grande dis-
tinction et une merveilleuse entente des nuances diverses de ce rôle
auquel il a ajouté les deux airs composés par Meyerbeer, pour les repré-
sentations de VEtoile du Nord à Dresde, et qui lui ont valu à chaque
exécution les honneurs d'un bis et d'un rappel unanime. — M. Eattaille
a été admirable dans le rôle de Peters , et Prascovia a trouvé dans Mlle
Dupuy une interprète gracieuse et spirituelle. — Avec Tayau, le trans-
fuge du théâtre des Bouffes-Parisiens , l'opérette a conquis définitive-
ment son droit de cité au théâtre du Parc. Tromb-al-ca-zar, Vent du soir
et les deux Aveugles obtiennent de véritables succès de fou rire.
„% Londres. — Au théâtre de Sa Majesté, l'opéra anglais attire tou-
jours la foule avec le Robin-Hood de Macfarren. L'opéra italien du
même théâtre adonné Lucrezia Borgia avec Mme Titjens et Giuglini, et
une Irès-belle représentation des Huguenots. — A Covent-Garden , miss
Pyne a chanté de la façon la plus remarquable le principal rôle des
Diamants de la couronne. La célèbre partition d'Auber alterne mainte-
nant avec Dinorah, de G. Meyerbeer, qui continue cet hiver ses succès
de la saison dernière. — La souscription en faveur de la veuve de Jullien
est close, et a rapporté 756 liv. st. — Clara Kovello annonce définitive-
ment son concert d'adieux à Saint-.Iames-HalI ; outre la célèbre canta-
trice, on y entendra la cantate deBenedict : Ondine, qui a obtenu un si
immense succès au festival de Norwich.
t*t Berlin, 26 octobre, — Nous sommes en pleine saison d'hiver, et
la musique, cet art de prédilection de l'Allemagne, ne règne pas seule-
ment dans la salle de l'Opéra national, mais encore sur deux scènes
italiennes. En outre, les affiches nous annoncent déjà les soirées sym-
phoniques et les concerts du Domchor. Nos dilettanti classiques et nos
musiciens patriotes commencent à prendre ombrage de cette concur-
rence étrangère. Le public, un peu cosmopolite, applaudit avec trans-
porte l'y] rmide, de Gluck, interprétée d'une façon incomparable par Mme
Kœster. Demain, il Barbiere, Yltaliana in Algieri, Semiramide, seront cha-
leureusement applaudis. C'est surtout Mlle Trebelli qui obtient et mérite
les' ovations de nos dilettanti et de nos critiques. Une méthode excellente
— Mlle Trebelli est élève de M. Wartel, — une voix fraîche et sympa-
thique, une intonation d'une justesse rare, une vocalisation parfaite,
telles sont les qualités qui placent dès aujourd'hui cette jeune cantatrice
au premier rang. A côté d'elle, sur la scène du théâtre Victoria, Mlle Ar-
tot continue les succès de la saison dernière, et Mme de Vries se fait
aussi applaudir. — Le même théâtre vient d'engager Mme Lagrange
pour un mois. — Le traité avec Merelli vient d'être prolongé. Les repré-
sentations de sa troupe continueront jusqu'au mois de janvier.
„% Stuttgart. — M. W. Kriiger, pianiste du roi, a donné ici, le 20 oc-
tobre, un des concerts les plus brillants. 11 nous a fait entendre pour la
première fois une sonate inédite qui a produit le plus grand effet, ainsi
qu'un trio de sa composition, pour piano, harpe et flûte, sur l'hymne
russe, exécuté avec ses deux frères, de manière à mériter une ovation.
La partie vocale avait pour représentants Mme Marlovv, MM. Scntheim
et Pischecli, premiers sujets du Théâtre-Royal. Une nouvelle mélodie
de Kiicken, admirablement chantée par Mme Marlow, a obtenu éga-
lement un grand succès.
„%, Brème. — On n'a que peu d'exemples dans nos annales théâtrales
qu'un ouvrage ait obtenu autant de succès à sa première représentation
que le Pardon de Ploërmel. Tous les morceaux ont été applaudis, plu-
sieurs ont dû être répétés, et après chaque acte, les artistes chargés
d'interpréter le chef-d'œuvre ont dû reparaître devant le public.
„% Leipzig. — Il s'est formé ici un comité de secours en faveur de la
famille de Cari Zoellner, récemment décédé. Les soirées pour musique
de chambre reprendront cette année sous la direction de David.
M. Schachner, compositeur allemand établi à Londres, se trouve en notre
ville , où il espère faire exécuter son oratorio, le Belour d'Israël, ce
qui paraît offrir quelque difficulté. A Leipzig, on n'a l'habitude de jouer
qu'un oratorio tous les ans, la Passion de Bach.
a** Linz. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté pour la pre-
mière fois devant un nombreux public, qui n'a pas cessé d'applaudir la
dernière œuvre de Meyerbeer. L'exécution a été en tous points remar-
quable. Les honneurs de la soirée ont été pour Mlle Borzaga, qui a
chanté le rôle de Dinorah.
*%. Slettin. — Notre saison théâtrale a été inaugurée par les Hugue-
nots, dans lesquels Mlle Millier, élève de Duprez, s'est fait constamment
applaudir dans le rôle de Valentine. La jeune cantatrice n'a pas eu moins
de succès dans le Freischiitz et dans Don Juan. On annonce la prochaine
représentation du Pardon de Ploërmel.
*% Prague. — Le Prophète vient d'être repris avec un très-grand suc-
cès. M. Bachmann, dans le rôle de Jean, ainsi que Mlles Lucca et Mick,
dans ceux de Fidès et de Berthe, ont eu tous les suffrages du public. —
Dans le courant de l'hiver, on donnera des opéras en langue bohème.
.j.%. Hambourg. — Roger a passé près d'un mois parmi nous; pendant
ce temps il a donné douze représentations, qui toutes ont valu au célèbre
ténor parisien, de la part du public, des marques delà sympathie la plus
vive. Roger nous fera ses adieux par Fra Diavolo.
*% Dresde. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté aux
applaudissements unanimes du public. Mlle Krall est une excellente
Dinorah.
„.*£ Vienne. — Au Carllheater, la nouvelle prima donna, Mlle Stadt, fera
ses débuts dans la Chanteuse voilée, charmante opérette de Victor Massé.
Médée, opéra de Cherubini, qui avait disparu du répertoire, vient d'être
mis à l'étude.
„,** Florence. — Mlle Élisa Masson a chanté le rôle de Fidès du Prophète,
le 17 et le 18 octobre. Le succès de la prima donna n'a pas été moins
grand comme tragédienne que comme cantatrice. Elle a été rappelée
cinq fois, au milieu d'applaudissements frénétiques. La bénédiction du
second acte, la complainte de la mendiante et tout le cinquième acte
ont produit un effet immense. Mme Masson a été très-bien secondée, du
reste, par M. Sarti, qui a chanté le rôle de Jean de Leyde avec autant de
sentiment que d'intelligence, et par Mme Schubert, jeune et gentille
personne qui débutait dans le rôle deBertha.
»% Bologne. — Mme Borghi-Mamo a obtenu un véritable triomphe
au théâtre communal, dans la Favorite. Il y a eu applaudissements fré-
nétiques et rappels fréquents que la célèbre cantatrice a partagés avec
le ténor Graziani et le baryton Butti. A l'une des dernières représenta-
tions, le public a redemandé à grands cris le duo final et lui a prodigué
les marques d'admiration et de sympathie.— Les études du Profeta sont
poussées avec la plus grande activité.
s.*.i Naples. — La musique de la cantate que l'on prépare pour célé-
brer l'arrivée de Victor-Emmanuel est due au maestro Achille Pistilli, et
sera exécutée au théâtre San Carlo par l'élite des dilettanti napolitains.
Le nouveau ballet, Un épisodio délia guerra d'Italia del \ 859, a obtenu un
succès immense ; la musique, dont on dit le plus grand bien, est du maes-
tro Giaquinto.
„*i Madrid. — Morini, le jeune ténor, qui, l'année dernière, chantait
au théâtre Italien de Paris, se distingue maintenant parmi les artistes de
l'Oriente. Il a chanté quatre fois de suite le rôle d'Elvino dans la Son-
nambula, avec un succès toujours croissant. Le rôle de Pollione, dans
Norma, que l'on va donner bientôt, sera rempli par lui. — Mme Charton-
Demeur continue d'obtenir un succès unanime. — Nous avons eu en
dernier lieu une très-belle représentation de Lucrèce Borrjia , avec
Mme Julienne Dejean, qui y a fait littéralement fureur. Le 25, la reine
a honoré de sa présence la représentation des Vêpres siciliennes. Le boléro
chanté par Mme J. Dejean a été bissé.
*** Saint-Pétersbourg, 24 octobre. — Au grand théâtre a reparu le
Freischiitz, avec Tamberlick, dans le rôle de Max, Mlle La Grua et Ber-
nardi dans ceux d'Agathe et d'Annette. Le succès de Mlle La Grua y a été
surtout très-grand et très-mérité. — On a repris les Puritains pour le pre-
mier début de .Mme Fioretti, qui a remplacé Mme Charron, laquelle avait
succédé à Mme Bosio. Mme Fioretti est une petite femme d'une physio-
nomie originale, d'une voix singulièrement agile. Elle chantait l'an der-
nier a, Madrid, où Mme Charton vient de réussir avec tant d'éclat. La
débutante a plu tout de suite. Il est incontestable qu'elle sait chanter et
qu'elle peut soutenir avantageusement le parallèle avec une foule de
virtuoses que le succès accompagne : celui qu'elle a obtenu est des plus
brillants. L'enthousiasme général ne s'est calmé qu'après la chute du
rideau.
S DITOl'R.
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
Chez G. tlRANIlUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Ricnelien, au 1".
ROON DE PLOERMEL
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. BARBIER et CARRÉ, musique de
Grande Partition. — Parties d'orchestre. — Récitatifs.
Avec Paroles françaises, in-4u, net: 30 fr. — &a inêsne, in-8°, net: 18 fr. — Avec Paroles italieaaues, il
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PAROLES FRANÇAISES ET ITALIENNES, AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR CHARLOT.
-S», net: 18 fr.
ACTE Ier.
I/Ouvertnre, arrangée pour le piano 9 »
4 . Chœur villageois: Le jourradieux 6 »
2. Récitatif et uerceuse : Dors ,
petite, dors tranquille 7 5J
2 bis. Berceuse seule î> »
2 ter. La même, transposée un ton au-
dessous 5 >'
2 qualer. La même transposée un ton
et demi au-dessous 5 »
3. t'cujitets : Dieu nous donne 4 »
3 bis. Les mêmes, ti ansposés p. baryton 4 »
4. Duo : ùonne, sonne 9 »
ii. Grand air: 0 puissante magiel.. 7 50
5 bis. Le même, transposé pour ténor. 7 50
S 1er. I e même, transposé pour basse.. 7 50
6. Scène et conjuration : Si tu
crois revoir ton père expirant. ... 6 »
7. Bbio houflTe: Un trésor, un trésor,
bois encor 7 50
5. TTcrKeitisio «le la eJoeiselte :
Ce tintement que Von entend 9 »
ACTE IL
9. Choeur. Le retour du cabaret :
Qu'il est bon, qu'il est bon 4 »
10. Récitatif et romance : Le
vieux sorcier 4 »
10 bis. Les mêmes, transposés deux
tons au-dessous 4 »
1 1 . Grand aïa" : Ombre légère 7 50
11 bis. Le même, transposé un demi-ton
au-dessous 7 50
11 ter. Le même, transposé un ton et
demi au-dessous 7 50
12. Chanson: Ah ! que f 'ai i froid 5 »
12 bis. La même, transposée p. baryton. 5 »
1 3. Légende : Sombre destinée 3 »
14. ISuo : Quand l'heure sonnera 9 »
15. Grand trio final: Holàl hold\
ma belle . , 12 »
15 A. Chanson extraite du grand trio:
De l'oiseau dans le bocage 3 »
15 a bis. La même, transposée un ton
et demi au-dessous 3 »
15 B. Chanson extraite du grand
trio : Gai passereau, voici le jour. 3 »
15 b bis. La même, transposée un ton
etdemi au-des_ous 3 »
16.
ACTE III.
Chant du chasseur : Le jour
4 50
4 50
est levé, la pluie a lavé
16 bis. Le même, transposé pour ténor.
17. Chant du faucheur: Les blés
sont bons à faucher
17 bis. Le même, transposé p. baryton.
1 8. Vïllanelle des deux pâtres : Sous
les genévriers 4 i
19. Quator et Paler nosler :
Bonjour, faucheur 6
19 bis. Pater noster : Mon Dieu, no-
tre père 4
20. Romance: Ah\ mon remords te
venge 4
20 bis. La même, transposée p. ténor. . 4
20 ter. La même, transposée p. basse. . 4
21. Grand duo : Un songe, 6 Dieu'. 9
22. Chœur du pardon : Sainte Marie ! 5
SCÈNE ET CANZONETTA
Ajoutées pour les représentations à Londres
Prix : 7 fr. 50.
Arrangements^ Fantaisies, Transcriptions
POUR LE PIANO
I/Ouverture ,
ASCHER. — Illustration
BERNARD (PAUL). — Reviens à loi, transcription
BEYER. — îïoaujuet «Be «néBotiies
kl. Op. 36. l'etâte fantaisie
BURGMULLER. — GraaasSe valse de galon
COMETTANT. — Transcription-fantaisie
CRÀIER (J.). ~ fantaisie-valse sur l'air de \' Ombre. . . .
CRAMER (H.). — Fleurs d'onéra, mélange
CROISEZ. — Morceau «Se salon
DOLMETSCH. — Transcription brillante de la Berceuse
GORIA. — Op. 95. Fantaisie dramatique
HESS (C). — Kèverie
KALKRENNER (A.). — Mosaïque hrillante
KETTERER — Op. 88. Fantaisie-transcription
KRUGER — TransscrBSîtSoBft brillante de la Berceuse
MNC 'ALOYS). — Fantaisie
LECARPENTIER. — »<"«ï nassatelles, chaque
LEDUC. •— Fantaisie élégante et facile
ROSELLEN. — Op. 167. Fantaisie brillante
TALEXY. — HPolfea-iBiaKUPaitt de salon
VINCENT. — Transcriptions
A QUATRE MAINS
li'«uverturc
BEYER. — Op. 112. Petite fantaisie
BURGMULLER. — Grande valse de aaloaa
CROISEZ. — Souvenirs, duo facile
WOLTF. — B*éBB»i»Biscenccs, grand duo dramatique
9 »
9 »
6 »
7 50
;.ii
7 50
6 »
7 50
12 »
7 50
9 »
7 50
10 "
POUR DIVERS INSTRUMENTS
L'Ouverture en grande partition
ld. en parlies séparées
HERMAN. — ■ Morceau de salwBB p. violon avec ace. de piano
KETTERER ET BERMAN. — Graaad duo pour piano et violon
GUICHaRD. — FttBBtaisie pour violon, flûte ou cornet seul..
Id. Les mêmes, avec ace. de piano, chaque
tjjj; — Moa'ceaiB de saloaa p. violoncelle avec ace. de piano
SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano
CONINX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano
TULOU." — Grande fl'uaataisie pour flûte et piano
BRISSON. — MédBtatioaa sur le Chœur religieux, pour har-
monium, piano et violon ou violoncelle
Id. Objo lia-illHBBt pour harmonium et piano
ENGEL. — Fantaisie élésaBite pour harmonium seul. . . .
Id. £y;oiotaisâe BjB'cSSacati' pour harmonium et piano
JANCOURT. — Mosaïque pour harmonie militaire
ld. Fantaisie et redowa pour harmonie militaire.
iVOuvca-tuB-e arrangée pour 2 violons et 2 cornets
tes Airs arrangés pour violon seul et pour 2 violons
Id. arrangés pour cornet seul et, pour 2 cornets
ld. arrangés pour flûte seule et pour 2 flûtes
MUSIQUE DE DANSE
Quadrilles, par ARBAN, pour piano et à quatre mains
Quadrilles, par MARX ld. .. av. orchestre.
«aises, par STRAUSS Id. . . av. orchestre.
Taises, par ETTLING
FulUa, par BOUSQUET
KrcSona, par MUSARD
Schottisch, par DESGRANGES
1'olh.a-Maziai-u.n, par TALEXY
24 »
24 »
9 »
10 »
6 »
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7 50
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4 50
50
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REVUE
11 Novembre 1860.
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Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE MUSICAL
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Nos abonnés reçoivent, avec le numéro de ce jour,
I/ABEIIXE, nouvelle mélodie, paroles de II. Victor de
Lifeide, mnsiqae de IiÉo Hauiit.
SOMMAIRE. — Paris en 1860; les théâtres de Paris depuis 1806 jusqu'en 1860,
de M. L. Véron, par Paul Smith. — Fête patronale de Saint-Eustache :
messe en musique de M. Castégnicr, par Arthur Pougin. — Biographie
universelle des musiciens (Beaulieu, Marie -Désiré-Martin), par Fétis père. —
Revue des théâtres, par O. A. O. Sain t-Yncs . — Nouvelles et annonces.
PARIS EN 1860.
LES THÉÂTRES DE PARIS DEPUIS 1806 JUSQU'EN I8GO,
Par M. Ii. ïïkos,
Député et membre du conseil général de la Seine.
C'est tout simplement un sixième volume ajouté aux Mémoires d'un
bourgeois de Paris, lesquels n'en avaient que cinq. Dans la première
partie, dont par goût et par élat nous nous occuperons moins que de
la seconde, l'auteur paraphrase, en les appliquant à notre époque,
ces vers du Menteur, où le grand Corneille fait dire à son Géronte
et à son Dorante, en l'honneur du cardinal de Richelieu :
— Que l'ordre est rare et beau de ces grands bâtiments I
— Paris semble à mes yeux un pays de romans.
Quelque Amphion nouveau, sans l'aide des maçons,
En superbes palais a changé ces buissons.
— Paris voit tous les jours de ces métamorphoses.
Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses,
Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal
Aux superbes dehors du palais Cardinal.
Toute une ville entière avec pompe bâtie
Semble d'un vieux fossé par miracle sortie,
Et nous fait présumer à ses superbes toits
Que tous ses habitants sont des dieux ou d£s rois.
Au palais Cardinal substituez le Louvre, le Palais de justice, les
halles, les casernes, les églises nouvelles, et une foule d'établissements
auxquels le fondateur de l'Académie française était loin de penser, et
vous n'aurez presque rien à changer au ton de l'admiration, au style
de l'éloge. M. Véron sait sur le bout du doigt son Paris de 1860 : i)
vous dira au juste combien il y a de maisons, combien de logements,
combien il y circule de voitures ; il vous décrira dans leurs moindres
détails l'asile impérial de Vincennes, la maison Eugène-Napoléon. Et
puis, cette tâche accomplie avec toute la sagacité nécessaire pour ap-
précier, comparer et juger, M. Véron tourne bride et en revient aux
théâtres de Paris, auxquels il donne le dernier mol de son livre,
comme à l'objet d'une prédilection trop bien justifiée, et que nous
partageons trop avec lui pour qu'elle ne nous semble pas parfaitement
naturelle : k J'ai fait des projets toute ma vie, dit M. Véron, et c'est
» peut-être à ce point de vue qu'elle offre une certaine unité : j'ai
» fait le projet de devenir médecin ; j'ai fait le projet de fonder une
» revue littéraire ; j'ai fait le projet de diriger l'Opéra : j'ai fait le
» projet de ressusciter le Constitutionnel ; j'ai fait le projet d'écrire
ii sur la politique ; j'ai fait le projet de publier six à sept volumes ;
» je ne sais plus trop combien ! et le public le sait encore moins que
» moi Enfin, j'ai fait, en vieillissant, le projet de n'en plus faire,
» de projets, et me voilà cependant rédigeant pour les théâtres un
» projet que je crois nécessaire, utile, juste et rationnel. » S'il fallait
conclure du passé à l'avenir, ce dernier projet ne pourrait manquer
de s'accomplir, ainsi que tous ceux dont l'énumération précède et dont
pas un, comme on sait, ne s'est évanoui en fumée. Sachons donc en
quoi il consiste, et préparons-nous à le voir se réaliser.
Nous avons quatre théâtres lyriques (c'est exclusivement à ceux-là
que s'adresse le projet) et il ne faut pas avoir bien profondément
étudié leur histoire pour savoir qu'ils ne sont pas à l'abri des vicissi-
tudes humaines. Notre grand Opéra seul a touché le port, en passant
sous la tutelle impériale ; mais l'Opéra-Comique, le théâtre Italien, le
théâtre Lyrique, continuent d'être battus par les Ilots, tantôt bien,
tantôt mal dirigés, livrés au caprice des vents favorables ou contraires.
Les deux premiers sont situés dans un excellent quartier et jouissent
de subventions plus ou moins fortes qui leur permettent de bien
marcher, quand le temps n'est pas trop mauvais ou le pilote trop
inhabile. Le troisième ne reçoit pas une obole, et, de plus, il est re-
légué sous une zone détestable. Pourquoi la-t-on mis là? Ce n'est
certes pas la faute de ceux qui s'y connaissent un peu et qui répondraient
aux partisans passionnés du boulevard du Temple pour la culture
musicale : « Si l'on vous donnait un privilège de mélodrame, choisi-
» riez-vous pour l'emplacement de votre théâtre le boulevard Ita-
» lieu ? » Enfin le théâtre Lyrique existe : il est mal situé, n'importe ;
il le sera peut-être plus mal encore, quand il habitera dans le voisi-
nage de l'ancien Chàtelet : raison de plus pour le soutenir et pour
sauver tout un peuple d'artistes, musiciens, compositeurs, chanteurs,
390
KEVUK KT GAZETTE MUSICAL-
choristes, ins.triimentisl.es, dont l'existence est désormais étroitement
unie à la sienne.
Eh bien, ce moyen de salut, indispensable au théâtre Lyrique, et
dont l'Opéra-Comique, le théâtre Italien, ne se trouveraient pas mal
non plus , selon M. Véron, c'est une association, une alliance, avec
garantie du gouvernement. On pourrait trouver plus simple de de-
mander une subvention pour le seul théâtre musical qui n'en ait pas
encore ; mais en la demandant on ne serait nullement sûr de l'obte-
nir ; M. Véron en sait quelque chose, et il pense qu'au contraire, avec
la combinaison qu'il propose, la subvention ne saurait plus être refusée.
Donc, les quatre théâtres lyriques, ayant chacun un directeur spécial,
vivraient sous les communes lois du ministre de la maison de l'Empe-
reur. « Surtout pas de nouvelles surintendances ! ajoute notre auteur:
» l'unité de pouvoir est aussi nécessaire pour l'administration des
» théâtres que pour le commandement d'un régiment, d'une armée...
» Une réunion des quatre directeurs des théâtres lyriques aurait lieu
» chaque semaine : ils auraient à se concerter, à se prêter de mutuels
» secours pour la plus grande splendeur et la plus grande prospérité
» de ces quatre théâtres. Je suis convaincu que dans ces conditions
» les recettes de nos théâtres lyriques, ainsi annexés et convenable-
» ment subventionnés, s'élèveraient â des chiffres tels qu'ils n'impo-
» seraient aucun sacrifice à la liste civile. » Nous voulons bien le
croire ; pourtant ce qui nous étonne, c'est que M. Véron l'espère, lui
qui mieux que personne sait à quoi s'en tenir sur les brèches que
font aux listes civiles les théâtres administrés de la manière dont il
l'entend dans son projet.
Une autre objection nous inquiète. M. Véron ne veut plus de surin-
tendances, et il a raison : le mot a vieilli comme la chose: il est allé
rejoindre les menus plaisirs. Mais que serait-ce qu'un ministre, sei-
gneur suzerain de quatre directeurs qui rempliraient l'office de véri-
tables intendants? Que deviendrait l'unité de pouvoir, si nécessaire et
si désirable, avec ce congrès hebdomadaire, où sans doute les ques-
tions se décideraient à la majorité des voix, où les mutuels secours
imposeraient de mutuelles concessions, de mutuels sacrifices? « Les
» quatre théâtres ainsi annexés, nous assure-t-on, ne seraient plus
» que des émules et non plus des rivaux subventionnés pour s'en-
» traver et se nuire. » Alors ce plan d'union théâtrale n'est autre
chose au fond que le projet de paix perpétuelle du bon abbé de Saint-
Pierre. Hélas ! nous le regrettons, car nous avons le malheur de ne
croire à*la paix perpétuelle, ni dans les théâtres ni ailleurs.
Tout au rebours, nous pensons que les théâtres ont essentielle-
ment besoin d'être séparés, divisés même, pour réussir. Chaque fois
que nous en avons vu seulement deux réunis sous la même direction,
invariablement l'un des deux n'a pas tardé à ruiner l'autre. C'est qu'à
chaque théâtre il faut avant tout un système, une physionomie, une
originalité bien nette et bien tranchée. Nous sommes d'accord avec
M. Véron sur ce point, que le premier empire avait sagement fait de
limiter les genres et de défendre expressément qu'on en sortît. Ce
que la tolérance moderne ne sait plus ou ne veut plus toujours em-
pêcher, un directeur intelligent doit se l'interdire de lui-même, et ces
mutuels secours, qu'on nous cite comme avantageux, n'auraient pour
résultat que de transformer l'abus en droit régulier, en habitude lé-
gale. Le grand Opéra doit rester ce qu'il est et ne pas se donner des
petits airs d'Opéra-Comique ; encore moins l'Opéra-Comique doit-il se
grossir et s'enfler à l'instar du grand Opéra. Le théâtre Italien doit
garder ses chanteurs et ses cantatrices avec lesquels on ne parvien-
dra jamais à faire un opéra français. Le cosmopolitisme des artistes
n'est pas un des moindres fléaux qui travaillent aujourd'hui nos théâ-
tres, d'abord parce qu'il y amène des sujets dont la naturalisation est
manifestement impossible, et ensuite parce qu'il aide l'univers entier
à nous faire concurrence. Nos quatre théâtres lyriques auraient beau
s'entendre pour fixer un maximum de traitement sur le marché de
Paris; les directeurs d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne,
de Belgique et de tous les coins de l'Amérique, par leurs folles suren-
chères, l'emporteraient sur nous. Du temps qu'un artiste français,
comme Adolphe Nourrit par exemple, ne pouvait chanter qu'en
France, la ligue intérieure aurait eu sa raison d'être : aujourd'hui que
ses successeurs ont le choix entre les deux mondes, l'entente cor-
diale serait nulle et de nul effet, d'autant que cette quadruple al-
liance , au lieu d'augmenter nos moyens de lutte en accroissant nos
capitaux, les diminuerait infailliblement et en rendrait l'action moins
libre.
Que M. Véron nous pardonne : nous causons franchement avec lui,
parce que nous savons qu'il aime la discussion et même la critique.
Mais si son projet est vraiment bon, pourquoi ne pas l'étendre à tous
les théâtres de Paris, de la France? Il y a tant de gens qui le demandent
avec une naïveté charmante ! Pourquoi ne pas créer une caisse des
théâtres, comme un de nos financiers créa une caisse d'actionnaires,
où, pendant quelque temps, pullulèrent les millions fécondés les uns
par les autres? M. Véron ne va pas si loin, et nous concevons
que sa sollicitude s'attache particulièrement aux théâtres lyriques. En
docteur habile, il a découvert la plaie qui les ronge, de préférence à
tous les autres, et cette plaie, il faut le dire tout haut, quoiqu'elle soit
peu glorieuse et ridicule au premier chef, c'est la profonde et inepte
ladrerie du public parisien à l'égard des théâtres dont la musique est
le principal élément. Ce public avide déplaisirs, et qui en général ne
marchande pas quand il s'agit de s'en procurer, ce public amateur de
musique au point de ne pouvoir s'en passer, ne voudra-t-il jamais com-
prendre qu'il faut y mettre le prix? II paye à peu près ce qu'il faut
pour les théâtres de drame , mélodrame , vaudeville , féeries ; et la
preuve, c'est que les directeurs se tirent d'affaire, s'enrichissent même
quelquefois, sans que l'État leur vienne en aide. Dès que la musique
entre enjeu, plus moyen de s'entendre! Vainement on démontre que
le budget des dépenses d'un théâtre musical s'élève continuellement:
qu'importe? le public ne souffre pas qu'on se permette de hausser celui
des recettes. Il adore la musique; mais au lieu delà traiter comme
une maîtresse qu'on entretient richement, sans regarder au chiffre,
il ne l'accepte que comme une épouse , moyennant la grosse dot que
lui constitue un tiers et qui doit diminuer les charges du ménage. Ce
tiers , c'est l'État : la subvention que l'État accorde représente la
somme que le public refuse de solder. Le public a sa manie : il re-
fuse de payer en détail le prix des choses qu'il consomme, sauf à les
faire payer en masse par des gens qui n'y touchent pas. Croiriez-vous
qu'à cette heure, en l'an 1860, le prix des places de notre grand
Opéra est encore à peu près le même que du temps de Lully, et alors
le budget total des dépenses n'atteignait pas cent mille livres, tandis
que de nos jours il dépasse deux millions ! Essayez de faire comme à
Londres : doublez , triplez , quadruplez, même accidentellement, le
taux du billet d'entrée, personne ne viendra , la salle restera déserte.
Le public français aime pourtant la musique autant que le public an-
glais; mais il est mesquin, il compte mal ou il ne compte pas du tout,
et pourtant les bons comptes font les théâtres, comme les bons amis.
Ah! si M. Véron, dans son projet, eût visé à résoudre le problème,
que nous appellerons national, à rectifier les idées de notre public,
complètement étranger aux doctrines d'économie théâtrale, si sur-
tout il y fût parvenu , quel service rendu à la cause musicale !
Tous nos théâtres chantants étaient sauvés du même coup. Par mal-
heur, il n'en est rien; mais, comme après tout, notre grand Opéra ne
court plus de risques, comme l'Opéra-Comique et le théâtre Italien
ont une dot convenable, il ne reste plus qu'un théâtre à pourvoir,
celui qu'on loge le plus mal, celui à qui, par un privilège exorbi-
tant, on enlève les artistes qu'il a inventés, formés et sur lesquels il
s'appuie. Une subvention au théâtre Lyrique ! voilà, le résumé le plus
clair du livre de M. Véron en ce qui touche les théâtres de Paris,
391
et, si grâce à lui, cette faveur venait à être octroyée, il s'en félici-
terait, nous n'en doutons pas, comme du plus beau succès que pût
obtenir le sixième tome des Mémoires d'un bourgeois de la grande
ville.
Paul SMITH.
FÊTE PATRONALE DE SAINT-EUSTACHE.
liesse en musique «Se AH. CasSéguicr.
L'église Saint- Euslache a célébré; le dimanche k novembre, sa
fête patronale, à l'occasion de laquelle elle a fait exécuter une messe
à grand orchestre de la composition de M. Castégnier, un des artistes
les plus recommandables de l'Opéra-Comique. M. Castégnier ne se
contente pas en effet d'être un hautboïste distingué, il aspire encore aux
succès du compositeur, et nous devons tout d'abord déclarer qu'il n'a
pas tort, car l'œuvre qu'il a fait entendre dimanche passé sous les
voûtes grandioses et superbes de Saint-Eustache est remarquable à
plus d'un titre.
Le Kyrie débute avec douceur; les altos et les violons entrent
d'abord les uns après les autres, puis successivement les hautbois,
les clarinettes et les flûtes viennent se joindre à eux. Après un court
exorde le chœur fait son entrée, et bientôt toutes les masses cho-
rales et instrumentales se confondent dans une explosion formidable,
dans un forte puissant et vigoureux ; la seconde partie du morceau
contient un solo de ténor écrit sur une phrase dont la mélodie est
suave et pénétrante; le chœur reprend bientôt, et termine avec l'or-
chestre ce morceau , l'un des plus heureux au point de vue de
la conception et de l'elfet. Le Gloria in excelsis, qui s'ouvre par un
trait de vicions commençant 'pianissimo et arrivant peu à peu avec
l'aide de l'orchestre et des chœurs à une immense sonorité, nous
paraît bien posséder le caractère de splendeur et de majesté que
comportent les paroles. La fugue qui commence le Credo nous a
semblé un peu écourtée ; l'auteur a peut-être craint d'encourir le
reproche contraire et de paraître trop attaché aux formules scolas-
tiques, mais, selon nous, son idée première s'arrête trop brusque-
ment. Nous préférons de beaucoup à ce morceau Ylncarnalus est qui
le suit, et dont la phrase principale, attaquée d'abord en solo et re •
prise ensuite par le chœur, est d'un excellent effet ; mais nous don-
nons des louanges complètes et sans restriction à YO salutaris, écrit
pour quatre voix d'homme sans accompagnement; la conception le
style et la mélodie de ce morceau sont irréprochables, et, à notre
avis, c'est le meilleur de l'œuvre; nous ajouterons qu'il a été par-
faitement chanté. Le Sanclus ne nous a point paru à la hauteur de
ce qui le précède ; le rhythme adopté pour l'accompagnement, aux ins-
truments à cordes, est trop prolongé, surtout en raison de son carac-
tère un peu vulgaire et monotone. VAgnus Dei renferme des idées
mélodiques très-neuves et possède d'excellentes qualités; c'est un
morceau distingué qui se termine d'une façon très-heureuse et clôt
dignement cette œuvre dans laquelle l'auteur a déployé des qualités
nombreuses et rares. Ses modulations sont généralement très-heu-
reuses ; naturelles, quoique souvent fort éloignées, et ne déchirant
jamais l'oreille par des accouplements d'accords qui hurlent de se
trouver ensemble; son instrumentation est riche (peut-être parfois
un peu trop), sonore, vigoureuse et puissante ; on voit que par la
nature même de sa profession, qui le force à hanter les orchestres,
l'auteur a appris à manier les cent voix de cet instrument formida-
ble; il en sait parfaitement marier les timbres et obtient tous les effets
qu'il désire, ce qui n'est point une mince qualité.
La mélodie de, M. Castégnier est ample, élégante , neuve surtout ;
son instrumentation nourrie et colorée , son style net et pur. De telles
et si nombreuses qualités sont rares, et, lorsqu'on les possède, l'ex-
périence complète facilement le talent acquis et promet à l'artiste une
place honorable dans l'avenir.
L'orchestre, parfaitement conduit par l'auteur, et composé presque
exclusivement de ses camarades de l'Opéra-Comique, a exécuté ma-
gistralement l'œuvre qu'il avait à interpréter. Nous voudrions pouvoir
en dire autant des chœurs du théâtre Italien; mais quoique fort habi-
lement conduits par M. Hurand, chef de chant à Saint-Eustache, nous
devons constater qu'ils ont laissé beaucoup à désirer, et sous le rap-
port de l'ensemble et sous le rapport de la justesse. Quant à MM. Périé
et Guyot, chargés de chanter les soli et que nous avons, avec inten-
tion, réservés pour la fin, nous ne pouvons que leur adresser des élo-
ges pour la façon remarquable dont ils se sont acquittés de leur tâ-
che, et nous ferons aussi nos sincères compliments à M. Monlauriol,
qui est venu se joindre à eux dans YO salutaris.
Arthur POUGIN.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MSICïEIS
Par F.-*. Fétis.
{Deuxième édition, entièrement refendue et augmentée de plus de moitié.')
BEAULIEU (MAR1E-DÉSIRÉ MARTIN).
Beaulieu, compositeur, écrivain sur la musique, est né à Paris le
11 avril 1791. Bien que le nom de sa famille soit Martin, il est plus
généralement connu sous celui de Beaulieu. Son père, officier d'artil-
lerie, était de Niort (Deux-Sèvres), où sa famille avait figuré dans les
fonctions municipales pendant plus d'un siècle. Retiré depuis long-
temps dans celte vilje, M. Martin-Beanlieu lui-même y occupe une
position analogue. A l'âge de sept ans et demi il reçut les premières
leçons de musique d'un musicien nommé Damé : quelques mois après
il commença l'étude du violon sous la direction d'Alliaume, élève de
Berthaume et bon artiste, que j'ai connu dans la position de premier
alto au théâtre Italien. Plus tard, M. Beaulieu reçut pendant plusieurs
années des leçons de Rodolphe Kreutzer. A l'âge de quatorze ans le
désir de composer s'étant emparé de lui, son père le confia aux soins
de Benincori, qui lui enseigna pendant trois ans les éléments de l'art
d'écrire. Ayant appris que son élève était destiné à prendre part au
concours de l'Institut pour le grand prix de composition, Benincori
conseilla de le rapprocher d'un compositeur dont la réputation fût
mieux établie en France que la sienne. Le père du jeune Beaulieu re-
poussa d'abord cette proposition; mais Benincori insista, et l'abbé
Roze fut le maître qu'on choisit. Le pauvre abbé, excellent homme
d'ailleurs, et qui n'était pas dépourvu de mérite, ne convenait guère
pour le but qu'on se proposait : lui-même le sentit bientôt et con-
seilla de demander à Méhul l'admission du jeune artiste dans son
cours de composition : il y remplaça Blondeau, qui venait de se rendre
à Rome comme pensionnaire du gouvernement. M. Beaulieu suivit les
leçons du maître célèbre pendant trois années : C'est là, dit-il lui-
même, que j'acquis non-seulement la plus grande partie de ce que
je sais dans la science du contre-point et de la fugue, mais encore
ce que j'ai pu apprendre et mettre en pratique relativement à la phi-
losophie de l'art musical. Au mois de septembre 1809 il obtint au
concours de l'Institut le premier second grand prix de composition,
et le premier grand prix lui fut décerné dans l'année suivante. Mé-
hul, par affection pour son élève, ne voulut pas le laisser partir im-
médiatement pour l'Italie, afin de lui faire redoubler son cours de
contre-point pour compléter son éducation d'artiste. Cette circons-
tance décida du reste de la vie de M. Beaulieu. A la fin de l'année
1810, après l'exécution de sa cantate couronnée, son père l'avait
conduit à Niort, dans sa famille. Quoique bien jeune encore, il y
forma des projets de mariage qui se sont réalisés plusieurs années
392
!!EVUE El' GAZETTE MUSICALE
après et l'ont fixé dans ceite ville. M. Beaulieu n'alla donc point en
Italie ; mais, bien qu'il ne profitât pas des avantages de la pension du
gouvernement, il ne se conforma pas moins aux prescriptions du rè-
glement imposé aux élèves pensionnaires : en 1812, il envoya à l'A-
cadémie des beaux-arts de l'Institut un Miserere à quatre voix ; en
1813, un Laudate à deux chœurs, et une cantate de Sapho avec
chœurs; enfin, en 1814, un Domine salvum à cinq voix. De plus,
après la mort de Méhul, M. Beaulieu composa une messe de Requiem
en son honneur, qui fut aussi envoyée à l'Institut, et sur laquelle un
rapport a été fait à l'Académie des beaux-arts.
Fixé à Niort, il forma chez lui des séances de quatuors et parvint,
en 1829, à organiser une Société philharmonique. Rien de semblable
n'avait jamais existé dans cette ville ; car, il faut bien le reconnaître,
si Paris fut longtemps le centre des arts, par la réunion des hommes
distingués de toute l'Europe, la France, à l'exception de quelques
provinces et d'un très-petit nombre de grandes villes, a été longtemps
le pays le plus arriéré pour la musique. Les départements du centre
et de l'Ouest particulièrement étaient en quelque sorte à l'état sauvage,
sous le rapport de cet art, il y a moins d'un demi-siècle. Ce fut cet
état de choses qui inspira à M. Beaulieu le dessein de former une
grande association musicale dans ces provinces: il lui fallut du courage
et de la persévérance pour triompher de tous les obstacles que ren-
contra ce projet ; mais, enfin, en 1835, V Association musicale de
l'Ouest fut fondée. Composée des départements des Deux-Sèvres, de
la Vienne, de la Charente-Inférieure, de la Charente, de la Haute-
Vienne et de la Vendée, elle n'a cessé d'exister et de fonctionner
chaque année, sauf en 1848 et 1849, et tour à tour Niort, Poitiers, la
Rochelle, Angoulëme, Limoges et Rochefort ont été le siège de grandes
fêtes musicales, dans lesquelles les compositions classiques les plus
importantes ont été rendues avec des progrès remarquables. Cette ins-
titution est la seule en France qui ait une existence permanente : elle
est aussi la seule qui ne recule pas devant l'exécution complète des
plus grands ouvrages. C'est ainsi que le Paulus et l'Elie, de Mendels-
sohn, ont été entendus en entier à la Rochelle longtemps avant qu'on
ne songeât à en faire des essais partiels à Paris. M. Beaulieu est resté
l'âme de l'association, après en avoir été le créateur : son nom y est in-
timement attaché, et son souvenir sera impérissable dans l'avenir chez
les artistes et les amateurs de musique de cette vaste contrée.
Comme compositeur, comme écrivain sur l'art, M. Beaulieu n'est
pas moins estimé que comme organisateur et directeur de fêtes musi-
cales. Sa messe de Requiem, composée pour honorer la mémoire de
Méhul, a été exécutée en 1840 à l'église de la Sorbonne, avec la co-
opération de l'orchestre de la Société des concerts, du Conservatoire et
des artistes les plus distingués ; elle a laissé parmi eux les meilleurs
souvenirs. Dans les années 1842, 1844 et 1856, M. Beaulieu a donné
dans la salle Herz, et dans la salle Bonne-Nouvelle, à Paris, des mati-
nées et des soirées de musique, dans lesquelles il a fait entendre ses
oratorios, l'Hymne du malin et l'Hymne de la Nuit, paroles de M. de
Lamartine, ainsi que divers fragments de ses autres ouvrages. Les
journaux, notamment la Gazette musicale, ont accordé beaucoup
d'éloges à ces compositions. En 1846, une messe solennelle du même
artiste a été exécutée à l'église Saint-Eustache, et en 1851, une
deuxième exécution de sa messe de Requiem a été faite dans l'église
de Saint-Roch, en mémoire de R. Kreutzer, et au profit de l'Associa-
tion des musiciens. Parmi les compositions les plus importantes de
M. Beaulieu, on remarque : 1° Miserere, à quatre voix, solos et chœur
(1812).— 2° Sapho, scène lyrique, solo et chœur (1813).— 3° Lau-
date Dominum, à deux chœurs (1813). — If Domine salvum, à cinq
voix, solos et chœurs (1814). — 5° Jeanne d'Arc, cantate, voix seule
(1817).— 6» Messe de Requiem, à quatre voix, solos et chœurs (1819).
— 7° Anacréon, opéra de Gentil Bernard.— 8° Sixième Ode sacrée, de
J.-B. Rousseau, solos et chœur (1828). — 9°Quinzième Ode sacrée,
de J.-B. Rousseau, voix seule. — 10° Fantaisie pour violon, solo et
chœurs, sur des airs des Pyrénées. — 11° Fantaisie pour violon solo
sur des airs espagnols. — 12» Plusieurs morceaux (8 numéros) de
l'opéra Ninette à la cour, de Favart (1829). — 13° La Prière des
matelots, morceaux d'ensemble, solos et chœurs (1831). — 14° Psyché
et l'Amour, scènes, solos et chœur, paroles de P. Corneille (1833). —
15° Fête bachique, scène, ténor solo et chœur (1835). — 16° Hymne
pour la première communion, morceau d'ensemble, solos et chœur
(1840). — 17° L'Océan, morceau d'ensemble, solos et chœur (1841).
— 18° l'Hymne du malin, oratorio (1843). — 19° Messe solennelle, à
quatre voix, solos et chœurs (1845). — 20° L'Immortalité de l'âme,
oratorio (1851). — 21» L'Hymne de la nuit, oratorio (1851). —
22° Jeanne d'Arc, grande scène lyrique en deux parties (1853). —
23° Messe à trois voix, avec accompagnement d'orgue (1853). —
24° Philadelphie, opéra en un acte (1855). — 25" Un assez grand
nombre d'airs détachés, chœurs avec ou sans accompagnement, mor-
ceaux à deux et un plus grand nombre de voix , nocturnes, mélodies,
romances.
Écrits de M. Beaulieu : 1° Du Rhythme, des effets qu'il produit et
de leurs causes. Paris, Dentu ; Niort, Robin, 1852, gr. in-8° de 105
pages. — 2° Mémoire sur ce qui reste de la musique de l'ancienne
Grèce dans les premiers chants de l'église. (Lu à l'Académie des beaux-
arts, dans sa séance du 31 mai 1852.) Niort, imprimerie de L. Favre,
gr. in-8°, avec 10 pages de musique. — 3° Mémoire sur le caractère
que doit avoir la musique d'église, et sur les éléments de l'art mu-
sical ciui constituent ce caractère. (Lu à l'Académie des beaux-arts,
dans sa séance du 17 avril 1858.) Paris, imprimerie de N. Chaix, gr.
in-8°. M. Beaulieu est correspondant de l'Académie des beaux-arts
de l'Institut.
REVUE DES THEATRES.
Odéon : la Vengeance du mari, drame en trois actes, par M. Adolpne
Bélot, — Gymnase : le Capitaine Bilterlin, comédie en un acte,
par MM. Edmond About et de Najac; un Tyran en sabots, comédie
en un acte, par MM. Dumanoir et Lafargue. — Variétés : Le
Guide de l'étranger dans Paris , vaudeville en trois actes, de
MM. E. Grange et L. Thiboust. — Palais-Royal : Réduction de
Rédemption, parodie en quatre portions, par les mêmes auteurs.
L'un des auteurs du Testament de César Girodol, cette joyeuse co-
médie qui a obtenu un succès si retentissant l'hiver dernier, vient de
remporter une seconde victoire à l'Odéon, dans un genre bien op-
posé. Tout en avouant nos préférences pour le premier de ces deux
ouvrages, nous devons constater que le drame de M. Adolphe Bélot, la
Vengeance du mari, est digne à tous égard de l'accueil favorable qu'il
a reçu. Ce qui nous en plaît surtout, c'est qu'il ne se traîne pas dans
l'ornière des effets convenus, des situations forcées, dont le privilège
appartient au boulevard et ne devrait jamais en franchir les limites.
L'intérêt, pour n'être point produit par des moyens exagérés, n'en
est pas moins puissant et se soutient jusqu'à la fin, à la faveur de
procédés aussi simples que littéraires. Un diplomate, M. de Froissy,
forcé de faire une longue absence, n'a pu emmener sa femme avec lui,
et, au retour, sa confiance est telle, qu'il ne s'aperçoit pas qu'Emma
a commis une faute et qu'elle est devenue mère. La jalousie ne s'éveille
que plus tard, à l'occasion de certaines démarches mystérieuses, dans
lesquelles se trouve mêlé un M. de Rives, jeune attaché d'ambassade.
Mais ce n'est pas à Emma, c'est à sa fille Alice, élevée secrètement
par une dame Aubry, que s'adressent les vœux de M. de Rives. Le
mari finit par pénétrer le secret de sa femme, mais il est trop tard
pour qu'une rencontre puisse être évitée avec l'attaché d'ambassade.
M. de Froissy, blessé dangereusement, ne veut pourtant pas mourir
sans pardonner, et devant toute sa famille réunie, il reconnaît Alice
pour sa fille, et la donne à celui qu'elle aime. Nous le répétons, ce
DE PARIS.
393
petit drame intime, sage et bien conduit, a parfaitement réussi, et
il est juste d'attribuer ce résultat, non moins au talent de l'auteur
qu'à celui de ses principaux interprètes, Tisseraut et Mlle Thuilier,
qui se sont fait vivement applaudir dans les deux rôles du comLe et de
sa femme.
— Qui ne connaît les agréables nouvelles publiées de loin en loin
dans le Moniteur, par M. Edmond About? Le Capitaine Bitterlin qui
figure depuis quelques jours sur l'affiche du Gymnase n'est donc pour
personne un type nouveau, puisque cet original a déjà égayé les
amateurs de Trente et quarante. Cependant, pour ceux qui l'ont un
peu perdu de vue, nous raconterons l'histoire de ce coup mémorable
qui enrichit Henri de Luce, et qui force le capitaine à le prendre pour
gendre. Henri, en apercevant le terrible Bitterlin dans le salon de jeu
de Bade, s'enfuit éperdu en abandonnant la mise modeste qu'il a jetée
sur le tapis. Le capitaine est contraint, malgré lui, de prendre la
place d'Henri et se retire au bout de quelques minutes avec un gain
de 140,000 fr. que le jeune homme ne veut prendre que l'épée sur
la gorge, et lorsque l'on y ajoute la main d'Emma Bitterlin.
La même soirée a vu naître, avec cette comédie, un petit tableau
de moeurs intitulé : un Tyran en sabots. C'est le paysan madré pris
sur le fait de chantage à l'endroit d'un brave bourgeois qui désire
ajouter à sa propriété quelques mètres de terrain appartenant à cet
homme des champs. Toutes les roueries, si bien esquissées par Balzac,
sont mises en œuvre par ce Talleyrand de village qui finit par triom-
pher, et le bourgeois se console dans l'espoir de faire payer fort cher
à un autre voisin, plus grand propriétaire que lui, quelques acres
dont il a besoin. Ainsi va le monde, et cette leçon ne le corrigera pas.
— Les théâtres de genre courent volontiers après les titres popu-
laires ; c'est ce qui fait qu'on lit sur l'affiche des Variétés : le Guide
de l'étranger dans Paris. D'ordinaire ces sortes de pièces, faites sur
un titre, tiennent peu ce qu'elles promettent, parce qu'il est plus fa-
cile et surtout plus rationnel de faire un cadre pour un tableau que de
faire un tableau pour un cadre. Il ne faut donc pas s'attendre à trou-
, ver des merveilles dans les trois actes des Variétés ; mais Leclère
y est fort plaisant sous les traits d'un brave provincial qui n'a pas
vu Paris depuis trente ans et qui croit le reconnaître ; Mlle Alpbon-
sine y représente avec assez de finesse et d'originalité un type de
grisette vertueuse, et Mlle Judith Ferreyra y porte avec beaucoup
d'aisance et de crânerie le costume d'un faux gandin qui n'aspire
pas au prix Monthyon.
N'est-ce pas plus qu'il n'en faut pour faire vivre le Guide de l 'étran-
ger jusqu'à la Revue annuelle que l'on prépare en ce moment?
— Le succès de Rédemption a fourni au Palais -Royal le prétexte
d'une parodie en quatre portions, dont un prologue inutile à l'ac-
tion. Cela s'appelle Réduction de Rédemption, et les principales
scènes de l'ouvrage de M. Octave Feuillet y sont assez drôlement
travesties ; c'est cependant poussé un peu loin la réduction que de
donner à Mme Thierret le rôle d'une petite fille de quatre ans. Ce qui
vaut mieux pour la recette, c'est que tous les comiques de ce joyeux
théâtre, Arnal et Ravel en tête, ont fait leur rentrée, et concourent,
chaque soir, à l'ensemble du spectacle.
— Au Théâtre-Français, la Considération, comédie en quatre actes
et en vers de M. Camille Doucet, demande par son mérite et par son
succès un examen sérieux que nous lui consacrerons bientôt.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
**» Au théâtre impérial de l'Opéra , la Juive a été jouée mercredi.
Renard remplissait le rôle d'Ëléazar ; Mme Vandenheuvel-Duprez chan-
tait le rôle d'Eudoxie, et Mlle Marie Sax celui de Kachel. Cette dernière
s'est acquittée de sa tache aussi bien que la nature de sa voix le lui per-
mettait : la gêne du mezzo-soprano se faisait sentir dans les notes éle-
vées. Quant à Mme Vandenheuvel-Duprez, elle n'a mérité que des éloges
sans réserve. Après le trio du second acte, les trois artistes ont été
rappelés, et Renard l'a été encore après le grand air du quatrième.
*%, La santé de Gueymard est entièrement rétablie, et il doit rentrer
mercredi prochain dans le Prophète
„,*,. Les répétitions du nouveau ballet, Farfaila, maintenant nommé
Papillon, sont très-avancées : la première représentation en aura lieu
vers le 25 de ce mois.
*% S. Exe. M le ministre d'État et de la maison de l'Empereur, voulant
encourager le jeune talent de M. Emile Paladilhe, qui, à peine âgé de
seize ans, a remporté cette année le grand prix de composition musicale
décerné par l'Académie des beaux-arts, a décidé dans sa haute bienveil-
lance, que la cantate de ce jeune homme, dont le sujet est le Czar Ivan IV,
serait exécutée sur le théâtre de l'Opéra.
„.% Mme Castellan, qui la première à l'Opéra chanta le rôle de
Iîertho dans le Prophète, rentre dans la carrière lyrique, d'où l'avaient
éloignée des devoirs de famille. L'excellente artiste se fera d'abord en-
tendre à l'Opéra royal de Hanovre, où elle chantera le répertoire italien.
s*:f Mlle Saint-Urbain, dont on se rappelle les brillants débuts au
théâtre Italien, était sur le point de signer un engagement avec le grand
théâtre de Lisbonne, mais elle reste décidément à Paris. Mme Ugalde
élant indisposée, M. Beaumont, directeur de l'Opéra-Comique, a confié
son rôle à Mlle Saint-Urbain dans le Roi Barkouf, l'opéra d'Offenbach.
Les répétitions ont repris aussitôt et l'ouvrage passera vers la fin du
mois.
**,, Les répétitions du nouvel opéra-comique en trois actes de
MM. Scribe et Auber ont commencé. Les artistes auxquels est confiée
l'exécution de l'œuvre des deux illustres maîtres sont : Mlles Monrose
et Prost ; MM. Montaubry, Couderc, Barrielle et Ambroise.
t% Comme l'autre semaine, le Pardon de Ploërmel a été représenté
trois l'ois dans celle-ci. Mlle Wertheimber s'y montre de plus en plus
remarquable. Aujourd'hui la ,84e représentation de ce bel ouvrage.
*** On vient de remettre à l'étude une des premières et des plus char-
mantes productions dramatiques de M. Clapisson : La Perruche. L'ouvrage
aura pour interprètes MM. Ambroise, Laget, Mlles Pannetrat et Tuai.
,,% Les répétitions de l'opéra-comique en un acte, l'Eventail, de Bou-
langer, qui avaient cessé, viennent également d'être reprises.
*% Le théâtre Italien était en liesse dimanche dernier : Mario et Ron-
coni faisaient à la fois leur rentrée dans le Barbier. Mais il arrive sou-
vent que des ombres se répandent sur les plus beaux jours : Mario était
toujours le plus séduisant des don Almaviva, et Ronconi le plus amusant
des Figaro, mais l'état de leur larynx laissait quelque chose à désirer,
et par esprit de bonne camaraderie, il semblait que le diapason vocal
eût baissé pour tout le monde; mais, à la représentation suivante, les
voix ont repris leur niveau, et la fête a été complète. Le Barbier a été
joué encore hier samedi; mais jeudi on adonné Rigoletto, dans lequel
Mario s'est montré charmant, et Mlle Marie Battu excellente canta-
trice.
**„ Au théâtre Lyrique, la reprise d'Orphée a eu lieu lundi dernier;
Mme Viardot a reparu dans le rôle principal de cet opéra , qui , à pro-
prement parier, n'a qu'un rôle. La cantatrice était, dit-on, souffrante,
et c'est à cette cause qu'il faut attribuer certaines exagérations de son
jeu et de son chant. Une jeune Allemande, Mlle Oprawil ou Orwil, débu-
tait dans le rôle d'Eurydice, et a chanté l'air du second acte un
peu timidement, mais très-purement. Sa voix n'est pas très-forte en-
core, mais elle est fraîche, délicate, bien timbrée. Mlle Girard, chargée
du rôle de l'Amour à la place de Mlle Marimon , s'en est acquittée avec
son esprit et son goût habituels. Elle a su rester simple, et n'a chargé
d'aucun ornement de son invention la musique de Gluck , qui, en effet,
n'a pas besoin qu'on lui rende de pareils services.
„,*,,, On nous communique la note suivante, au sujet de Mlle Orwil,
annoncée comme élève de Mme Visrdot :
« Mme Viardot, dit cette note, peut lui avoir appris quelques opéras;
» mais pendant trois ans, jusqu'à la fin d'octobre 1859, et sous les yeux
» de Rossini et Carafa, Mlle Orwil a étudié le chant sous la direction
» de Piermarini. Une autre élève de Piermarini va débuter au théâtre
» Italien, dans le rôle de dona Elvira, de Don Giovanni; elle s'appelle
» Mlle Dalmondi, et, après avoir travaillé sept mois avec M. Duprez, de-
» puis le 47 janvier 1839, elle a étudié le chant avec Piermarini. »
,% Les représentations d'Orphée , alternant avec celles du Val d'An-
dorre, la première représentation de l'opéra nouveau d'Aimé Maillard,
les Pêcheurs de Catane, sera nécessairement retardée. Outre le début de
Mlle Baretty, qui jouera le rôle de Nella, on aura celui de Pesehard,
autre lauréat du Conservatoire, qui, l'autre année, a remporté le pre-
mier prix de chant, et, cette année, le premier prix d'opéra.
**„ A la représentation au bénéfice d'Emile Taigny, le charmant co-
médien dont la réputation s'est faite au Vaudeville, nous avons été
bien heureux de retrouver Levasseur, chantant l'invocation de Robert le
Diable avec le même succès que dans les premiers temps ; bravos, rap-
pels, rien n'a manqué à son triomphe. Le Chien du jardinier, d'Albert
Grisar, a été fort bien interprété par Mmes Lefebvre-Faure et Lemercier;
394
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
MM. Ponchard et Crosti. Berlkelier a dit, avec non moins d'esprit que de
tact, une plaisante chansonnette, Pile ou face. Mme Viardot, dans le
quatrième acte d'Orphée, a vivement impressionné le public. Enfin les
Valets de Gascogne ont, comme toujours, fait grand plaisir.
*** Faure a obtenu à Berlin le succès le plus éclatant. Son début
y a eu lieu mercredi dernier dans Lucrezia Borgia. On l'a constamment
applaudi, et il a été rappelé trois fois.
t*t lime Cabel continue ses représentations en province avec le plus
grand succès. C'est au théâtre de Besançon que la célèbre cantatrice se
fait en ce moment applaudir.
%% Mme Miolan-Carvalho est engagée pour le premier concert du
cercle du Nord, à Lille.
*** Une jeune cantrice italienne de grand mérite, la signora Ma-
ria Talvo, élève de la célèbre Carolina Ungher, est à Paris. Possédant
une voix de mezzo-soprano très-étendue, d'une grande pureté et d'une
rare flexibilité, Mlle Talvo arrive d'Italie, où elle a obtenu d'im-
menses succès, principalement au Tcâtro-Nuovo de Florence, et au
théâtre Carolino de Païenne. La Violella, la Cenerenlola, il Barbiere, et
surtout la Saffo de Pacini, ont valu à la jeune artiste d'éclatants triom-
phes, dont tous les journaux de musique italiens nous apportent le récit.
Elle se destine, dit-on, maintenant à la scène française, où tout porte à
croire qu'elle retrouvera les applaudissements qui lui ont été prodigués
par les dilettânti de la Péninsule.
*** Les recettes dans les théâtres de Paris, pendant le mois d'octobre,
se sont élevées à 1,573,365 fr. 32. Dans cette somme, les théâtres impé-
riaux figurent pour 453,344 fr. 89, et les théâtres secondaires pour
970,475 fr, 33. — Le mois correspondant de l'année 1859 n'avait pro-
duit que 1,265,278 fr. 90.
.,,% L'Empereur vient d'accorder une pension de 2,400 fr. à M. Féli-
cien David.
»% On connaît jusqu'à présent dix traductions du Freischiilz. Le chef-
d'œuvre de Weber a été traduit en français par Castil-Blaze et Emilien
Pacini; en italien, par Rossi; en anglais, par Cornwal-Carry; en hol-
landais , par un anonyme ; en danois, par Oehlenschlaeger ; en suédois,
par Tégner ; en russe, par Satow; en bohème, par Stiepaneeh, et en po-
lonais, par Bogulawsky.
„** Nous rappelons que l'Association des artistes musiciens de France
célébrera cette année la fête de sainte Cécile en faisant exécuter par
quatre cents artistes, le mercredi 21 novembre courant, à onze heures,
dans l'église de Saint-Eustache, une messe solennelle de la composition
de M. Bonetti, chef d'orchestre du théâtre impérial Italien.
**„, Ole-Bull, le célèbre violoniste norwégien, s'est décidé à entre-
prendre un nouveau voyage artistique : il doit faire incessamment sou
apparition à Leipzig.
„% Une grande solennité musicale et religieuse aura lieu le 19 no-
vembre, à l'église de la Madeleine : la belle messe de Cherubini, com-
posée pour le sacre de Charles X, sera exécutée par les artistes de
l'Académie impériale de musique.
,,% M. R. Hammer vient d'être nommé chevalier de l'ordre du Lion et
du Soleil, par S. II. I. le shah de Perse.
*** Le doyen des violonistes, Alexandre Boucher, vient d'arriver à
Paris, et se met à la disposition des artistes pour la saison des con-
certs.
„/%. Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur le cours d'harmonie
et de composition musicale que dirige M. Damcke, dont le talent comme
écrivain musical garantit l'intelligence et la capacité comme professeur,
»** Dans l'église catholique du Caire a été inaugurée, le 8 et 9 sep-
tembre, une chapelle nouvelle; à cette occasion, on a exécuté une messe
écrite par Alexandre Dorn, fils du maître de chapelle Dorn, à Berlin.
*** M. Jules Massenet, premier prix du concours de piano de 1859 au
Conservatoire, vient de terminer une fantaisie sur les motifs du Pardon
de Ploennel. Le jeune artiste compte faire entendre cette œuvre bril-
lante dans une série de concerts qu'il doit donner successivement à
Mâcon, Lyon et Nice.
»% Le jeune Sarasate, l'un des violonistes-lauréats du Conservatoire,
fait en ce moment une tournée artistique en Espagne. Son succès à Bar-
celone a été tel que les professeurs du Conservatoire de cette ville l'ont
prié d'accepter le titre de membre honoraire. M. Sarasate est attendu à
Madrid.
s,*,t F. Alday vient de publier une fantaisie de salon pour orgue sur
les motifs de l'Etoile du Nord, de Meyerbeer. C'est un morceau très-
réussi qui se recommande de lui-même.
**% Le Carnaval de Venise, si brillamment arrangé pour le piano par
Ernst, vient do subir une transformation nouvelle et non moins heu-
reuse. M. Maurice Ganz vient de transcrire pour le violoncelle ces dé-
licieuses variations. Cette transcription, d'une difficulté moyenne, aura
cet hiver un véritable succès de vogue dans les concerts.
*% Dans sa trente et unième séance annuelle, la Société néerlandaise
pour l'encouragement de l'art, musical vient do nommer membres de mé-
rite MM. Georges Kastner à Paris, Volkmann à Pesth, Van Eyken à Elber-
feld, et F. Coenen à Amsterdam ; et membres correspondants MM. Gou-
nod à Paris et 0. Jahn h Bonn. Elle a couronné une composition dra-
matique de M. Coenen, d'Amsterdam. Sa bibliothèque s'est enrichie cette
année par plusieurs achats importants et par la munificence de plusieurs
de ses membres honoraires. Par suite du concours qu'elle avait ouvert
sur cette question : Esquisses historiques sur l'art musical en Hollande au
xvie siècle, elle a déet-rné un prix de 150 florins à M. Otto Kade, à Dresde,
comme auteur de Matlhœus le Maistre; un prix de SO florins à M. Arnold,
à Elberfeld, comme auteur de Ilet daghet in dtn Oosten, et un prix de
23 florins à M. Pasqué, à Darmstadt, comme auteur de Adriaan Petit.
La Société continue le concours, auquel les étrangers aussi sont invités,
sur la question suivante : Esquisses historiques sur l'art musical en Hol-
lande au xvie siècle, pour servir de matériaux à une histoire de l'art.
*** La deuxième série des transcriptions de J. Rummel sera mise en
vente dans quelques jours. Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur
cette charmante collection des airs populaires des opéras les plus célè-
bres ; cette série comprendra, comme la première, six morceaux sur les
thèmes de Robert le Diable, le Pardon de Ploërmel, le Postillon de Long-
jumeau, les Dragons de Villars, Stradella et Marta.
*** Le succès qui a salué l'apparition de la Prière d'une vierge , de
Badarzewska, a décidé l'éditeur à publier trois autres productions du
même auteur: Douce rêverie, Souvenir à ma chaumière, et Mazurka, qui se-
ront bientôt sur tous les pianos.
*** A l'un des grands concerts du Chalet des îles au bois de Boulogne,
nous avons apprécié les services que peut rendre l'harmoniflûte
dans un orchestre. Dans l'ouverture du Pardon de Ploennel, très-bien
exécutée sous la direction de M. Mercurier, le nouvel instrument a
remplacé l'orgue avec beaucoup de succès.
*** Une erreur s'est glissée dans le compte rendu de l'exécution de
la messe d'Haydn, chantée le jour de la Toussaint à Saint-ltoch. C'est
M. Ch. Vervoitte qui a dirigé l'orchestre, ainsi qu'il le fait à chaque
grande fête de Tannée.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
**„ Bordeaux. — M. Chenest, premier ténor, a été admis à l'unani-
mité, après un troisième début dans le Prophète. — Mme Borghèse, qui
vient d'obtenir un succès éclatant dans ses deux premiers débuts, subira
sa troisième épreuve dans le rôle de Rose Friquet des Dragons de Vil-
lars, qu'elle a créé à Paris d'une façon si remarquable.
„.** Bourges, 4 novembre. — L'inauguration des grandes orgues de la
cathédrale a eu lieu le 30 octobre. La cérémonie religieuse accomplie,
M. Boissier Duran, organiste du grand orgue; SI. Batiste, professeur au
Conservatoire impérial de musique et organiste à Saint-Eustache, et
M. Renaud de Vilbac , premier grand-prix de l'Institut et organiste de
Saint Eugène, à Paris, ont fait entendre successivement tous les effets de
l'orgue. Le talent de MM. Batiste et de Vilbac est trop connu pour que
nous ayons besoin de l'analyser. Nous ne pouvons que constater le charme
sous lequel ils ont tenu l'auditoire pendant plus d'une heure. Le seul
regret que nous ayons à exprimer, c'est qu'ils se soient réservé une
part trop petite dans le programme. M. Boissier-Duran, de l'aveu même
de ses confrères de Paris, est un artiste fort distingué, et qui remplit
d'une manière remarquable les fonctions dont il a été chargé. La
partie vocale a été exécutée par la maîtrise avec un ensemble qui de-
puis longtemps déjà a fait la réputation de son directeur, M. l'abbé Protat.
Nous ne saurions oublier, dans les éloges que nous devons adresser aux
artistes qui ont concouru à l'éclat de la solennité, M. Bruneau , l'ha-
bile organiste du chœur, dont le talent est si bien apprécié parmi nous.
Au nombre des morceaux qui ont produit le plus d'effet , nous citerons
particulièrement la Communion, exécutée par M. Batiste. M. Renaud
de Vilbac, dans le morceau de sortie, qu'il a joué avec un brio remar-
quable, a fait ressortir, par une opposition d'effets savamment trouvés
et habilement ménagés, tout ce que l'orgue a de puissance et de sonorité.
„% Tours, 8 novembre. — Dans le Maître de chapelle et surtout dans
les A'oces de Jeannette, Mlle Louise Heine s'est distinguée par un jeu plein
de verve et de gentillesse. Dans la seconde pièce, elle a surtout bien
chanté la romance de l'aiguille; aussi les applaudissements et les bou-
quets ne lui ont pas manqué.
£** Havre. — Parmi les reprises les mieux accueillies , nous devons
mentionner Giralla, parfaitement interprétée par .Mlle Poussèze. — On
annonce comme très-prochaine la reprise des Dragons de Villars et celle
de Martha, l'un des plus beaux succès de la saison de IS59-1S60.
„% Mulhouse. — L'inauguration de l'orgue il l'église catholique de cette
ville a eu lieu en présence de la commission nommée par l'administra-
tion et d'une société nombreuse et brillante qu'avait attirée cette so-
lennité et qui remplissait entièrement la nef et les galeries. C'était
réellement la première fois que le public avait accès dans cette nouvelle
église, dont l'architecture intérieure, aujourd'hui terminée, fait beau-
coup d'honneur à l'architecte M. Shane. M. Thurner, organiste de l'église
Saint Charles de Marseille, a fait, dans plusieurs morceaux de genres
DE PARIS.
"395
différents, ressortir les beautés et les ressources de ce magnifique ins-
trument, sorti des ateliers de M. Cavaillé-Coll, et qui ajoute encore à la
réputation si justement acquise par cet habile organiste.
CHRONIQUE ETRANGERE.
„% Londres.-— La Iiose de CaUille, le charmant opéra de Balfe, vient
d'être repris au théâtre de Covent-C.arden et a été applaudi à l'unanimité.
Miss Pyne y est admirable et partage son succès avec M. flarrison, qui
chante le rôle du muletier avec beaucoup de talent.
*.*, Vienne. — Le théâtre Treumann doit ouvrir dans les premiers
jours de novembre avec Ma Tante dort, opérette de Henry Caspers , et
Tchin-Tchiri, d'Offenbach. Il résulte du rapport de M. de Billing, secré-
taire du Maenner-Gesang-Vereinde Vienne, que cette Société vocale compte
aujourd'hui 54 premiers ténors, 60 deuxièmes ténors, 68 premières et
65 deuxièmes basses- tailles. Parmi les morceaux que la Société a exécutés
dans le courant de l'année on remarque : Schiller, cantate, de Meyer-
beer; messe, par F. Liszt; compositions de Mendelssohn , Reissiger,
Gade, Schumann, Kûcken, Rubinstein, etc.
*** Berlin. — Par suite du décès de l'impératrice douairière de Russie,
sœur du roi de Prusse, les théâtres royaux sont restés fermés du 1er au
3 novembre inclusivement. — La signora Trebelli est engagée pour
cinq ans au théâtre royal de l'Opéra. — Mme Lagrange a remplacé
Mme Devries dans la troupe de M. Lorini. — A l'occasion de l'anniver-
saire de la mort de Mendelssohn, la Société de chant Stern a exécuté
entre autres le Requiem de Mozart et deux chœurs de Mendelssohn. —
Mme Clara Schumann doit donner, dans le courant du mois de novem-
bre, trois soirées pour musique de chambre. — M. Julius Rietz a été élu
membre honoraire de l'Académie des beaux -arts.
„.** Hanovre. — A l'exemple des théâtres de' Berlin et de Cologne,
notre Opéra royal aura également des représentations d'une troupe
d'opéra italien. Mmes Castellan et Chaunier, MM. Baragli, Orsini et Ruiz
en seront les principaux artistes.
„% Hambourg. — Roger, rappelé à la fin de sa dernière représenta-
tion, a remercié en très-bon allemand ; il a dit : « Dans un autre opéra
» ((a Dame blanche), j'ai à dire : Je voudrais bien être de la famille. Ici,
» en face d'un public qui m'a accueilli avec tant de faveur, je n'ai qu'à
» répéter ces paroles : Je voudrais bien être de la famille. »
„.** Leipzig. — Le théâtre de la ville a donné successivement Ro-
bert le Diable, Frcisehiitz, Diane de Solange et Dinorah. — Au quatrième'
concert du Gewandhaus, a été exécutée la musique de R. Schumann
pour Manfied, drame de Byron, avec texte explicatif de F. Roeber. C'est
une des meilleures compositions de Schumann. En outre, on a entendu :
symphonies de Mendelssohn et de Gade ; fragment des cantiques hébreux
de L. Byron, par F. Miller. — La première soirée pour musique de
chambre a eu lieu au Gewandhaus ; exécutants : le maître de con-
certs David, le maître de chapelle Reinicke, MM. Ilermann, Roentgen et
Daridoff.
t*t Bologne, 4 novembre. — Dans une soirée musicale au bénéfice de
l'institution Rossini, donnée au théâtre Comunitativo , la grande ouver-
ture avec chœur du Pardon de Ploërmel a été exécutée et accueillie par
des transports d'enthousiasme. Nous chercherions vainement à exprimer
l'immense effet qu'a produit ce chef-d'œuvre, que nous n'hésitons pas à
nommer gigantesque, tant est merveilleuse l'abondance des inspirations
et des combinaisons savantes qui s'y mêlent à chaque instant. Notre vail-
lant orchestre l'a rendue avec autant d'énergie que de verve. Son excel-
lent chef, Angelo Mariani, a dû se lever de son siège pour remercier le
public, qui criait : vive Meyerbeerl vive Mariani ! et insistait pour un
bis. La partie vocale n'a pas été moins bien bonne que l'instrumentale et
l'ouverture a fait naître le désir d'entendre tout l'opéra. En attendant,
on se dispose à représenter le Prophète, avec Mme Borghi-Mamo, Barbot
et sa femme.
„.*„. Madrid. — Le 29 octobre, Lucia di Lammermoor a été chantée par
MM. Marra, Fraschini et Mme Charton-Demeur. On a beaucoup applaudi
ces trois artistes, et notamment la prima donna, qui a été très-remar-
quable.
%*# Philadelphie. — On a représenté Maria à l'Académie de musique, à
l'occasion de la visite du prince de Galles. L'ouverture, l'air populaire
de la rose et la romance de Lyonel, M'ap-pari tutt'amor, ont été pour
M.Brignoli, pour Mme Patti et pour l'orchestre, l'occasion do nombreux
applaudissements dont le prince a donné le signal à différentes reprises.
„.•% New-York. — A l'opéra italien (Academy of Music), incessamment
Dinorah, de Meyerbeer, et Loreley, de "Wallace. La troupe italienne don-
nera constamment des représentations dans deux villes à la fois : à
Boston, Brooklyn, Baltimore, Philadelphie, etc.
t*„ Rio-de- Janeiro. — Linda di Chamounix a été donnée au bénéfice de
Mme Tosi. La bénéficiaire a partagé avec Mme Medori les applaudisse-
ments du public. — Mme Medori a fait ses adieux à Rio-de-Janeiro dans
la première quinzaine d'octobre, avec la deuxième représentation du
chef-d'œuvre de Donizetti.
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« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle dos concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et a
l'audition des pianos a queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. II portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, 1 l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'Être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. "
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quautité et de la qualité du son. — Magasin,
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quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iuppoiit officiel {Ins~
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu a cou-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments a pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse taufaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système. »
(Page 1330.)
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REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT'.
Paris -. 24 fr. parai
Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id.
Étranger 3-1 n id.
Le Journal paraît le Dimanche.
AZETTE
< jv\z\A/\i\rjw^--
Dans notre prochain numéro nous ferons con-
naître quelles seront, cette année, les Piimis.
Etresiis que nous nous proposons «l'offrir à nos
abonnés anciens et nouveaux. Nous n'avons rien
épargné pour qu'elles fussent «l'une valeur réelle
et aussi variées que possible. La musique classique
et moderne «le piano et «le chant, ainsi que la pho-
tographie nous en ont fourni les éléments ; notas
croyons pouvoir espérer qu'elles seront accueillies
avec une faveur générale.
SOMMAIRE.— De la musique en Espagne (1er article), par Adrien de lia Fage.
— Théâtre des Bouffes-Parisiens : l'Hôtel de la poste, opérette en un acte, de
M. Ph. Gilles, musique de M. A. Dufresne. — Le premier éditeur de musique
en France. — Revue critique, par Adolphe Botte. — llevue des théâtres,
par O. A. D. Saint- Ytcs. — Nouvelles et annonces.
DE LA MUSIQUE EN ESPAGNE.
(Premier article.)
De tous les pays où la musique est arrivée à un point de progrès
suffisant pour que plusieurs établissements importants lui soient spé-
cialement consacrés, il n'en est pas qui sous ce rapport nous soit
moins connu que la péninsule ibérienne. La musique compte en Es-
pagne et en Portugal un nombre considérable de professeurs qui la
cultivent comme moyen d'existence; je ne parle pas de la gloire: en
ce qui concerne les beaux-arls , on doit toujours la regarder comme
le premier mobile, cela va sans dire, quoique souvent il n'en soit rien.
Les amateurs qui ne la regardent que comme un exercice el, un
amusement sont également fort nombreux , ce qui suppose une autre
classe d'auditeurs bien autrement considérable et composée do toutes
les personnes de n'importe quelle position sociale qui se plaisent à
entendre de la musique sans la pratiquer elles-mêmes. Elles veulent
des jouissances, et dans la plupart des cas, c'est réellement pour elles
que les artistes travaillent. Il y a donc dans le pays un mouvement
musical contimel.
Si l'on ajoute à ces considérations que l'Espagne, pendant longues
années, a pesé d'un immense poids dans les destinées de l'Europe et
du monde, qu'elle a vu entrer dans ses ports d'incalculables richesses
qui allaient chaque jour s'augmentant et n'ont pas toujours été mal
employées, puisqu'une partie de ces trésors a été affectée aux œuvres
d'art de plusieurs genres, on s'étonnera davantage encore de voir que
l'Espagne soit si peu connue sous ce rapport. En peinture, toute l'école
espagnole, digne d'un si vif intérêt, et dont la production a été si
considérable, était encore presque ignorée en ces derniers temps; on
citait bien quelques noms de peintres espagnols, mais presque per-
sonne n'avait vu leurs ouvrages, et c'est seulement depuis qu'une ac-
quisition, favorisée par les circonstances, fut faite pour le compte du
roi Louis-Philippe et apportée en France , qu'en ce dernier pays on
eut quelque idée de l'école espagnole.
A l'égard de la musique, il pourrait bien en être de même,
malheureusement il ne suffit pas ici d'acquérir et de transporter: on
aurait beau posséder de la sorte une foule de chefs-d'œuvre, ils se-
raient en réalité comme s'ils n'étaient pas, tant que l'exécution ne les
aurait pas fait connaître. La simple lecture d'une œuvre musicale
faite isolément par quelques artistes ne saurait en étendre sensible-
ment la renommée. Aussi les musiciens espagnols sont-ils hors du
pays moins connus encore que ne l'ont été les peintres. Ceux-ci le
seront de plus en plus , à mesure que la facilité des communications
amènera en Espagne un plus grand nombre de voyageurs.
En sera-t-il de même pour les musiciens? Hélas! il est bien à crain-
dre que non. Ce que les touristes entendront de musique dans les
grandes églises pourra cependant leur donner une idée de l'impor-
tance donnée en Espagne aux compositions religieuses depuis l'époque
de la Renaissance, importance telle, que c'est vraiment dans cette
branche que semble s'être fixée toute la gloire musicale des Espa-
gnols , manifestée en ces derniers temps par la belle collection de
musique d'église que vient d'achever mon illustre ami 1). Hilarion
Eslava, maître de chapelle de la reine et professeur de contre-point au
conservatoire de Madrid. J'ai déjà parlé de cette collection dans la
Revue el Gazette musicale de Paris et je ne tarderai pas à y re-
venir. Elle nous donne assurément une très -haute idée du mérite de
beaucoup de compositeurs espagnols absolument inconnus hors du pays
qui leur a donné le jour. Ici point de matière à discussion, si ce
n'est sur l'œuvre même de ces compositeurs. M. Eslava nous met
leurs œuvres sous les yeux en nous disant : Jugez. Nous jugerions
ï9S
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
bien mieux encore si nous enlendions de tels ouvrages exécutés comme
ils doivent l'être ; mais en s'en tenant même à la simple lecture et à
l'imparfaite réduction que peut fournir le piano, nous nous faisons une
idée assez juste de tous ces savants conlrapontistes, dont un si grand
nombre de productions sont comme ensevelies dans les archives des
églises et des couvents. En nous en révélant quelques uns, M. Eslava
aura bien mérité de sa patrie et de la musique en général.
C'est aussi dans un esprit tout patriotique que M. Mariano Soriano
FuerLes a entrepris son Histoire de la musique espagnole, dont l'im-
pression, commencée à Barcelone en 1855, vient d'être terminée (1).
11 avait bien indiqué dès le moment où il annonçait son ouvrage et
avec une fierté toute castillane, le but qu'il se proposait :
« Revendiquer pour notre nation , disait-il , la suprématie de la
musique, comme elle la possède dans tout le reste : application de
la vapeur à la navigation, de l'électricité à la télégraphie, enseigne-
ment des sourds-muets, etc. ; prouver que la patrie des Velasquez
et des Murillos, des Lope de Vega et des Calderon, des Gonzalve de
Cordoue et des Cortz, a produit dans tous les temps, h toutes les
époques tant anciennes que modernes, des musiciens professeurs et
compositeurs qui ont inventé, qui ont découvert les secrets de l'art
admirable qui civilise les hommes et apprivoise les bêtes sauvages,
tel est l'objet du présent ouvrage. »
Peut-être plus d'un lecteur se récriera sur tout ceci et deman-
dera si tout ce que M. FuerLes donne en cette circonstance pour des
faits acquis ne serait pas sujet à discussion : c'est un soin que je laisse
à d'autres, en observant cependant que ce début semble annoncer
plutôt un plaidoyer en faveur de la musique espagnole qu'une simple
histoire de cet art dans la péninsule. Il faut bien avouer qu'en quel-
ques-uns de ses chapitres l'ouvrage de M. Fuerlcs n'est pas autre
chose.
Dans une courte introduction, l'auteur expose comment il s'est dé-
cidé à entreprendre une tâche dont il ne se dissimulait pas la difficulté.
Fils du directeur de musique de la chambre du roi, il pouvait hardi-
ment se présenter dans tous les établissements en invoquant au besoin
le nom de son père; il se mit donc en route et visita les principales
archives et bibliothèques de l'Espagne ; il s'adressa aussi aux maîtres
de chapelle les plus distingués, leur demandant tous les renseignements
possibles sur leurs prédécesseurs et sur les ouvrages que pouvaient
renfermer les collections dont ils avaient connaissance. Cette circu-
laire ne reçut pas autant de réponses qu'en attendait M. Fuerles.
Il chercha ensuite quelque appui pour la publication de son travail
et n'eut presque partout d'autre réponse que le Dios le ampare! (Dieu
' vous assiste!), parole fort usitée en Espagne et que l'on n'adresse pas
toujours aux- seuls mendiants, mais qu'a dû entendre plus d'une fois
l'Espagnol étranger à l'intrigue et à la flatterie, qui s'en tient à tâcher
de contribuer par ses études et ses travaux à l'honneur de son pays.
Sentant bien qu'il ne devait compter sur aucun Mécène, car il n'en
est plus de nos jours, M. Fuertes a marché seul, et il a eu le bon-
heur d'achever son travail et d'en voir l'édition terminée.
Il s'excuse d'abord d'avoir souvent mêlé la poésie à la musique, qui
l'une et l'autre ont la même origine et sont basées sur les mêmes
éléments. Celte union est incontestable ; mais peut-être l'auteur n'a-t-
il pas toujours assez songé qu'ici la musique était le véritable objet
du livre et qu'il ne devait régulièrement y être question de poésie que
d'une manière accidentelle, et qu'à plus forte raison d'autres connais-
sances qui ne se rattachent à la musique que d'une manière acces-
soire, ne devaient pas obtenir tant de place, surtout lorsque l'on peut
remarquer plus d'une lacune dans ce qui concerne la musique propre-
ment dite, et ce que les vicissitudes auxquelles on l'a vue soumise en
Espagne peuvent offrir de particulier.
(1) Wstoiïa de la musica espanala desde la vcmda de los Fenieios /ias/a cl
ano de 1850, par Mariano Somano Fuektes, clc. (Cet ele remplace sept longues
lignes de titres.)
M. Fuertes croit avec quelque raison que si les musiciens espagnols
ne sont point appréciés dans leur pays comme ceux des autres na-
tions le sont dans le leur, c'est que l'on y a complètement oublié
leurs œuvres et jusqu'à leurs noms, tandis que l'on applaudit quan-
tité de mauvaises productions étrangères.
L'ouvrage débute par un prologue dans lequel sont reproduites quel-
ques-unes des opinions de l'antiquité sur l'origine de la musique.
Entrant ensuite dans son sujet, l'auteur expose sur l'origine des
sciences et des arts en Espagne et sur l'importance qu'aurait eue
dans l'antiquité la musique des Espagnols, des idées dont plusieurs
semblent un peu légèrement émises. Fidèle à l'espèce d'engagement
pris par lui de relever dans l'opinion publique la musique de son pays,
M. Fuertes, dès son premier chapitre, nous montre les Romains, qui,
selon lui, préféraient la musique des Espagnols à celle des Grecs; ce
serait même, si l'on s'en rapporte à lui, les premiers qui l'auraient
enseignée aux Ioniens.
En parlant de temps moins éloignés de nous, M. Fuertes prétend
que la notation dont on fit usage dans les livres liturgiques à partir
du xif siècle, a pris naissance en Espagne et qu'elle est formée de
deux anciens alphabets qui à celte époque avaient cessé d'être en
usage; elle aurait ensuite passé d'Espagne en Irlande, et se serait
communiquée à la France et à l'Allemagne.
Dans le chapitre suivant, l'auteur s'occupe des Arabes, qui furent
longtemps maîtres d'une partie de l'Espagne, et nous montre les sou-
verains de cette nation, de même que les rois espagnols qui leur
succèdent jusqu'au règne d'Alphonse le Sage, tous fort appliqués à
l'étude de la musique.
C'est au règne de ce prince que M. Fuertes attribue l'introduction
de la musique vulgaire dans les églises, où elle se présente d'abord
sous formes de cantiques et chansons exécutés autant par le peuple
que par le clergé, souvent sous une forme dialoguée, et auxquels
même se joignait en certaines occasions une danse costumée, où ceux
qui l'exécutaient revêtissaient des habits de bergers ou se montraient
sous d'autres déguisements. Ce fut aussi l'époque des jongleurs, qui
furent alors par ordre du roi divisés en plusieurs classes ; enfin c'est à
ce même règne que se rapportent plusieurs beaux manuscrits de
poésies nationales, presque toujours accompagnées de la notation, et
parmi lesquelles il s'en trouve certainement qui ont le roi lui-
même pour auteur. Ce chapitre se termine par des documents assez
précieux-sur les instruments de celte époque.
Le Portugal, d'une part, et la Provence ou pour mieux dire le
Languedoc, de l'autre, touchent à l'Espagne, et l'on ne peut blâmer
M. Fuertes de s'être occupé accidentellement de la musique de ces
deux pays.
On ne peut point excuser de même ce qu'il dit du célèbre Guido
d'Arezzo, qu'il suppose avoir voyagé en Espagne et avoir emprunté
aux musiciens de la péninsule la plupart des inventions vraies ou
prétendues qu'on lui attribue, le tout en donnant pour preuve unique
que d'autres écrivains du moyen âge ont aussi voyagé en Espagne,
ce qui n'est pas mieux prouvé à leur égard que pour le moine de
Pompose.
Un autre chapitre est ensuite consacré à la danse. Dans le suivant,
l'auteur parle de l'estime que les Allemands ont toujours eue, selon
lui, pour la musique espagnole. Plus loin, en s'occupant des compo-
siteurs flamands, que l'on regarde partout comme les pères de l'har-
monie moderne, il en fait des élèves de maîtres espagnols, et croit
même que Philippe du Mont ou de Mons, l'un d'eux, était Espagnol ;
puis il parle de la fête des fous, de celle de l'âne, de celle des inno-
cents. On ne comprend pas bien le rapport de ces fêtes avec la mu-
sique espagnole, quoiqu'il y ait eu en Espagne des fêtes du même
genre dont il eût élé à désirer que M. Fuertes nous parlât de préfé-
rence avec plus d'étendue, et c'est à peine s'il en fait mention.
Notre auteur s'éloigne encore davantage de son pays et de son
DE PARIS.
300
sujet quand il nous parle de la musique des Anglais et de celle des
Turcs : comme de raison, c'est encore les Espagnols qui l'ont en-
seignée aux premiers, ainsi que l'art dramatique. Et sur quoi cette
opinion est-elle fondée? Sur ce que, en 1613, lors du mariage de
Frédéric V, comte palatin, avec Isabelle, princesse d'Angleterre, fille
de Jacques Ier, on exécuta un ballet au palais de Saint-James, où pa-
rurent de magnifiques décorations et des danseurs masqués, à l'imita-
tion de ce qui s'était pratiqué a Valladolid, en 1605, à la naissance de
Philippe IV.
A l'égard des Turcs, en adoptant les idées de M. Fuertes, ce ne
seraient point les Espagnols qui leur auraient appris la musique, mais
tout au contraire ils auraient enseigné à l'Espagne l'art du chant
jusqu'alors mal connu, et qui n'avait consisté qu'à chanter à plein
gosier.
Cette opinion a du moins l'attrait de la nouveauté, et il est bon de
savoir sur quelle base se fonde le nouvel historien. Kherif-Edin, auteur
arabe d'une histoire véridique de Timour ou Tamerlan, parle avec un
certain détail de la musique qui se faisait chez ce prince. Elle se ren-
fermait dans quatre modes musicaux : le premier avait pour objet la
musique militaire : il animait la valeur des soldats et inspirait la
terreur aux ennemis ; le second était celui des chants de triomphe ;
le troisième était consacré à la sensibilité, à la tendresse à l'amour ;
le quatrième, doux et voluptueux, appartenait aux chansons qui expri-
ment les transports passionnés qui accompagnent l'amour. Le mode
militaire et le mode triomphal appartenant aux voix d'homme, le
mode amoureux était chanté par des castrats, tandis que de jeunes
filles exécutaient des danses brillantes ou gracieuses ; enfin le qua-
trième se chantait par un chœur de belles femmes.
Voici maintenant comment raisonne M. Fuertes. Les modes em-
ployés par les Turcs au temps de Tamerlan étant fort simples, ils
ne pouvaient donner à leur musique des caractères si différents que
par la manière de les exécuter, et ce sont eux qui ont apporté aux
Européens l'expression et la méthode de chant, ou tout au moins ces
mouvements de la voix et les ornements, qui fil longtemps accuser
les Italiens de ne posséder qu'un chant efféminé. Comment cette
manière serait-elle entrée en Espagne? M. Fuertes l'explique par une
historiette qui peut se raconter en peu de mots.
Au temps de la guerre de Tamerlan, plusieurs Espagnols passèrent
en Turquie, entre autres deux seigneurs appelés Clavijos, que le sul-
tan distingua autant pour leurs talents militaires que pour leur habi-
leté en musique ;• les ayant pris en affection, Tamerlan leur fit épouser
deux femmes grecques de la plus grande beauté et des plus habiles
dans l'art du chant. C'est l'historien Khérif-Édin qui rapporte le fait,
et M. Fuertes en conclut que les deux belles Grecques apprirent aux
musiciens espagnols à chanter à la manière des Turcs, manière qui
fut depuis transportée en. Italie.
Ceci se serait passé au temps de Jean II, qui, monté fort jeune sur
le trône de Castille, mourut en lh5h, et, pendant les quarante-huit
années de son règne, ne cessa de favoriser les lettres, et plus spécia-
lement la poésie et la musique. M. Fuertes croit que cela suffit pour
que son assertion reste démontrée, et l'appuie toutefois d'une preuve
qui, sans doute , n'est pas sans valeur, mais n'en a pas une aussi
considérable qu'il paraît le croire. « Lorsque les chanteurs es-
pagnols, nous dit-il, cessèrent d'émettre grossièrement le son pour
chanter à demi-voix et en employant le fausset, on dit qu'ils
chantaient à la turque; et cette expression était encore en usage au
commencement du siècle pour désigner toute manière de chanter
empreinte d'affectation. »
Adrien de LA FAGE.
{La suite prochainement.)
THEATRE DES BOUFFES -PARISIENS.
li'HO'ffEii DE ILA POSTE,
Opérette en un acte, de M. Pu. Gilles, musique de M. A. Dufresne.
(PremiiTO représentation le 15 novembre 1860.)
Il y a peu d'exemples d'un succès aussi persistant que celui d'Or-
phée aux enfers. La réouverture des Bouffes s'est faite , il y a deux
mois, avec cette pièce, qui touche aujourd'hui à sa 300" représentation.
Pendant cette dernière période, les nouveautés, dont le tour est
venu, ont eu tout le temps d'achever leurs études préparatoires, et,
selon toute apparence, Orphée cédera la place à quelques-unes d'entre
elles avant la fin de la semaine. Provisoirement , voici un joli petit
lever de rideau qui n'a pas attendu le délai fixé pour ouvrir la marche
et qui se contente modestement d'accompagner le déclin de l'opéra en
vogue.
Depuis l'accroissement des chemins de fer, l'hôtel de la poste est
devenu un mythe. Mais, en conscience, si toutes ces étapes antédilu-
viennes ressemblaient à celle que dirige Mme Gaspard, les voyageurs
auraient tort de les regretter. Celte brave femme, quoique mûre, a
bien d'autres billevesées en tête que ses relais. Une aventure de jeu-
nesse, dans laquelle figure un beau joueur de guitare, flanqué d'une
ballade en vers rococos du temps de la Restauration, a fait sur elle
une telle impression, que sa raison ne s'en est jamais complètement ,
remise. La folle hôtesse est pourtant chargée de la difficile tutelle
d'une jeune ingénue qui a eu aussi son petit roman mystérieux dans
la pension d'où sa tante l'a tirée depuis peu. Tel est l'état des choses à
l'hôtel de la poste, lorsqu'un confrère avise Mme Gaspard de l'arrivée
d'une certaine baronne qui s'est échappée du domicile conjugal, pour
courir les champs en habit d'homme.
Or, un jeune commis du nom d'Athanase Birotteau, celui-là même'
qui entretenait une correspondance amoureuse avec la nièce de
Mme Gaspard, est arrivé par la malle à l'hôtel de la poste, ettout natu-
rellement on le prend pour la baronne. Athanase profite du quiproquo
pour avancer ses affaires auprès de Mlle Euphémie ; mais un accident
survenu à sesbagag. s révèle son identité, et la tante furieuse le con-
gédie tout net. Par bonheur il s'est aperçu des velléités romanesques
de Mme Gaspard , et pour l'attendrir , il saisit une guitare et chante
sous ses fenêtres une vieille ballade qui lui a été apprise par son
oncle. Est-il besoin d'ajouter que cette ballade et cette guitare sont
celles qui ont jadis enflammé le cœur de la tendre hôtesse , et qu'à la
suite d'une explication , elle consent au mariage de sa nièce, à condi-
tion que l'oncle d'Athanase lui sera rendu.
Sur ce sujet bouffon, spirituellement traité par M. Ph. Gilles, un
jeune compositeur dont les preuves ont été faites, M. Alfred Dufresne,
a brodé cinq ou six morceaux sans prétention , qui ont plu générale-
ment par leur allure facile et franche. C'est d'abord une gracieuse
romance chantée par Euphémie ; puis une joyeuse chanson sur ces
paroles : Je suis postillon de la malle ; un petit trio, un quarletto,
un dueltino, tous trois remplis d'ingénieux détails, et enfin la ballade
comique: Page Isolim, qui a décidé du succès.
Le rôle d'Athanase Birotteau est joué par Potel, un débutant
qui s'est fait connaître avec avantage au théâtre Lyrique, et qui
a été parfaitement reçu par le public des Bouffes-Parisiens. Mlle Beau-
doin, qui représente Mme Gaspard, a révélé clans ce personnage des
qualités que nous ne lui soupçonnions pas. Jean-Paul est amusant dans
un petit rôle de postillon amoureux de sa maîtresse, et Mlle Taffanel
s'acquitte très-convenablement de celui d'Euphémie
Toute proportion gardée, l'Hôtel de la Poste n'est pas indigne des
Valets de Gascogne, que MM. Gilles et Dufresne ont fait récemment
applaudir au théâtre Lyrique.
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
LE PREMIER ÉDITEUR DE MUSIQUE EN FRANCE.
En tête d'une partition gravée de Lully, on trouve le curieux do-
cument qu'on va lire.
Extrait du privilège du Roy (1699).
« Par lettres patentes du Roy données à Arras, l'onzième jour du
» mois de may, l'an de grâce mil six cent soixante et treize, signées
» Louis, et plus bas : par le Roy, Colbert ; scellées du grand sceau de
» cire jaune; vérifiées et registrées en parlement, le 15 avril 1678 :
» confirmées par arrests contradictoires du conseil privé du Roy du
» 30 septembre 1694, et 8 aoust 1696, il est permis à Christophe
» Rallard, seul imprimeur du Roy pour la musique, d'imprimer, faire
» imprimer, vendre et distribuer toute sorte de musique, tant vocale
» qu'instrumentale, de tous auteurs : faisant defences à toutes autres
» personnes de quelque condition et qualité qu'elles soient, d'euire-
» prendre ou faire entreprendre ladite impression de musique, ny
» autre chose concernant icelle, en aucun lieu de ce royaume, terres
» et seigneuries de son obéissance, nonobstant toutes lettres à ce con-
» traires ; ny mesme de tailler, ny fondre aucuns caractères de mu-
« sique sans le congé et permission dudit Ballard, à peine de confis-
» cation desdits caractères et impressions et de six mille livres
» d'amende, ainsi qu'il est plus amplement déclaré esdites lettres :
» sa dite Majesté voulant qn'à l'extrait d'icelles mis au commence-
» ment ou fin desdits livres imprimés, foy soit ajoutée comme à l'ori-
» ginal. »
REVUE CRITIQUE.
LE ROI »ES AULNES,
Ballade de François Schubert, orchestrée par
Hector Berlioz.
L'Allemagne musicale et littéraire a toujours irrésistiblement attiré
Hector Berlioz. Comme critique, il a mis dans ses belles études sur
Beethoven, Gluck et Weber autant d'âme que de talent et de sagacité;
comme compositeur, il a écrit entre autres la Damnation de Faust.
On se souvient qu'à son dernier concert spirituel, donné à l'Opéra-
Comique, quelques pages de cette magnifique légende ont excité l'en-
thousiasme du public parisien. Ce soir-là, aux applaudissements qui
l'accueillaient, il eût pu se croire dans le pays de Goethe et de Bee-
thoven, où, jusqu'à présent, il a été le mieux compris et le plus uni-
versellement fêté.
L'influence de l'Allemagne, pour être la plus marquée, n'a pas été
la seule sur l'esprit élevé et original de Berlioz, l'Angleterre l'a aussi
bien inspiré : les ouvertures de Waverley, du Corsaire, du Roi Lear,
et plus d'une symphonie qu'il est superflu de rappeler ici , témoi-
gnent que, tour à tour, il s'est passionné pour Walter Scott, pour
Byron et pour Shakspeare. Berlioz trouvait dans le grand mouve-
ment littéraire et philosophique qui, en Allemagne et en Angleterre,
a précédé la renaissance poétique de la restauration, ce que cher-
chaient alors toutes les imaginations ardentes, lasses du faux et du
convenu.
En attendant les Troyens, dont on se préoccupe déjà beaucoup, et
où un vaillant aussi chantera la gloire et les malheurs de l'époux
d'Andromaquo; en attendant cette importante partition qui, comme
V Enfance du Christ, sera peut-êlre une nouvelle transformation, Ber-
lioz vient de faire pour le lïoi des Aulnes ce qu'il avait déjà fait pour
Y Invitation à la valse.
Il a instrumenté avec le même tact, le même goût, la même discré-
tion et la même habileté consommée, l'adorable mélodie de Schu-
bert, et une des plus populaires parmi nous.
Tout le monde sait que Schubert, s'inspirant de la ballade de
Goethe, a fait de cette pièce Lout un poëme musical plein de mélodies
ravissantes et, si nous l'osons dire, d'harmonies anxieuses, haletantes,
qui montent, qui montent toujours, comme les fantastiques épouvan-
tement du pauvre enfant perdu et fasciné par la voix merveilleuse du
roi. Malgré la richesse, la hardiesse même de l'harmonie, malgré de
fréquentes modulations et de nombreuses dissonances, Schubert a
prouvé encore une fois que la véritable science n'était ni obscure, ni
laborieuse, ni entortillée : il est resté clair, franc et tonal.
Berlioz est évidemment de la famille de Weber, il en est le con-
tinuateur; comme lui — ■ Roméo et Juliette, Uarold en Italie et plu-
sieurs autres symphonies l'attestent — il aime passionnément la
nature, le pittoresque, et sait entendre dans les grands bois les mille
harmonies mystérieuses et pénétrantes que l'auteur du Freischùtz en-
tendait si bien. Avec V Invitation à la valse, il était donc à l'aise ;
avec le Roi des aulnes, il avait de plus la voix à ménager, à soute-
nir et à compléter sans l'étouffer.
Berlioz, qui, dans son Traité d'instrumentation et d' 'orchestration
modernes a si admirablement joint le précepte à l'exemple, a montré
en orchestrant celte ballade une exquise sobriété. Tantôt le quatuor
seul accompagne doucement les cantabile; tantôt, au moyen d'un des-
sin continuel en triolels qui s'apaise et s'élève comme le vent, qui
domine toute la composition et passe constamment plein de trou-
ble, d'agitation et de rafales, l'orchestre éclate et fait entendre à son
tour, en les renforçant, toutes les fureurs de l'orage.
Celte orchestration donne à la mélodie une couleur et une physio-
nomie nouvelles que Schubert rêva sans doute, mais qu'il ne donna
pas à son œuvre. Pour satisfaire à ce point les intelligences délicates,
il faut dépouiller toute personnalité et deviner ce qu'eût fait l'auteur.
Les difiïcullés de ce travail sont plus grandes qu'on ne pense généra-
lement; et c'est pour cela sans doute qu'au théâtre on goûte si peu
les trombones, les trompettes et tout le bruit ajoutés à l'orchestre
des vieux maîtres.
Gustave Péronnet: sonate; six grandes études.
Autrefois les rhétoriciens, en sortant du collège, écrivaient tous
leur tragédie ; les jeunes harmonistes, en quittant leur maîtrise ou
leur conservatoire, composaient leur sonate. Nous avons changé tout
cela : aujourd'hui on fait des œuvres écourtées où l'on se dispense
de toute science et de toute méditation, des arrangements hâtifs re-
produisant toujours, à travers mille variations, le thème à la mode.
On dit que la tragédie et la sonate sont mortes. Nous croyons qu'on
a eu de bonnes raisons pour les enterrer avant l'heure : il ne fallait
pas montrer qu'on ne savait plus leur conserver la vie qu'avaient
donnée à l'une, Corneille, Racine, Voltaire ; a l'autre, Haydn, Mozart,
Beethoven et Weber.
Nous commencerons donc par féliciter M. Gustave Péronnet, lau-
réat du Conservatoire, premier prix de piano, si nous ne nous trom-
pons, d'être entré dans la carrière par une composition qui témoigne
de son respect pour l'art et annonce le désir d'étudier et d'imiter
les maîtres. On sent, en lisant cette sonate, que l'auteur s'est épris,
comme tant d'autres, des difficultés dont il a triomphé naguère,
et qu'il a cru trouver en elles de véritables beautés. Cette sonate ren-
ferme d'excellentes parties, des mélodies tantôt heureuses et fraîches;
des pensées naturelles et jeunes, mais qui n'offrent pas toujours
l'unité, les développements logiques et ingénieux que la forme com-
porte. La liberté, la franchise, la hardiesse et l'originalité n'appartiennent
DE PARIS.
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qu'au génie ou à la maturité du talent : aussi aperçoit-on le travail
et l'effort, et en l'harmonie est la partie la plus faible.
Il y a maintenant des études de mécanisme, des études de style
et beaucoup d'autres études encore qu'on a récemment inventées.
Pour notre part, nous avouerons ne pas très-bien comprendre ces
divisions; nous ne verrions pas d'inconvénient à ce qu'on formât en
même temps le mécanisme et le style, comme l'ont fait démenti et
Cramer, l'un avec son Gradus ad Parnassum, l'autre avec ses Etudes
où l'on remarque de fort belles choses et de très-savantes aussi, ce
qui ne gâte jamais rien, quoi qu'on en dise.
Evidemment les six grandes études de M. Gustave Péromiet sont
plutôt écrites pour certains virtuoses que pour les musiciens sérieux
— distinction qu'on est obligé défaire aujourd'hui, puisque foute cette
habileté matérielle dispense souvent de sensibilité, de finesse et de
poésie. Au seul point de vue instrumental, ces études, difficiles et
pleines parfois de jolis effets, sont très-bonnes à jouer; elles deman-
dent un excellent mécanisme, des doigts agiles, vigoureux et habiles,
surtout à exécuter sans broncher les plus périlleuses octaves.
On dit d'un orchestre où nul dialogue ne s'établit, où nul jour ne
se fait, où le même placage, la même sonorité durent trop longtemps,-
qu'il est lourd et monotone ; on doit en dire autant des pièces de
piano dans lesquelles le même effet persiste obstinément sans les
oppositions, sans les trêves qui réveillent l'attention et amènent de si
beaux contrastes. Ainsi, un fortissimo de trois ou quatre pages, quand
il est sans relâche, finit toujours par allanguir l'intérêt et fait désirer
ardemment un de ces bons passages plus calmes qui reposent les
poignets de l'artiste et les oreilles des auditeurs. M. Gustave Péron-
net ne nous semble pas avoir suffisamment évité ce délaut. Le piano
est un petit orchestre , et c'est peut-être quand il est traité comme tel
qu'on en obtient les effets les plus irrésistibles.
Sauf la pureté et l'élégance de la forme, ces études, dédiées à
Emile Prudent, rappellent plus d'un morceau de Thalberg, de ce
maître qui n'a pu donner à ses nombreux imitateurs ni l'art ni le goût
qui distinguent sa manière large et noble. En somme, avec les qua-
lités répandues daDS ses études et plus encore dans sa sonate, si
M. Péronnet abandonne les tours de force, puérils souvent, fatigants
toujours, s'il épure son harmonie, s'il évite les duretés qu'on se croit
trop autorisé à permettre dans la musique de piano, il arrivera à
satisfaire entièrement ceux qui n'aiment les traits et les difficultés que
comme vêlement de la phrase mélodique.
Adolphe BOTTE.
REVUE DES THEATRES.
Tiiéatke-Fiuivçais : la Considération, comédie en quatre actes et
en vers, par M. Camille Doucet.
Quand le culte de l'or menace de dominer tous les intérêts de la
vie, il est bon que d'éloquentes protestations s'élèvent pour rappeler
à ceux qui sont trop disposés à l'oublier, que si certains actes échap-
pent à la loi, ils n'en sont pas moins justiciables de l'opinion. Bien
des gens peuvent être aveuglés par de coupables capitulations de cons-
cience, lorsque le silence règne autour d'eux ; mais il en est peu qui
soient assez détachés du respect d'eux-mêmes pour résister à la ma-
nifestation du blâme et du mépris publics.
C'est là ce que s'est proposé M. Camille Doucet en écrivant la comé-
die en quatre actes qu'il vient de faire représenter au Théâtre-Fran-
çais sous le titre de la Considération. Le but élevé de cette œuvre,
honorable à tous égards, nous oblige à entrer dans quelques détails
que notre cadre restreint ne nous permet pas souvent d'aborder.
Un mariage d'amour et de convenance tout à la fois est sur le
point de s'accomplir entre Lucien Dubreuil, fils d'un opulent finan-
cier, et Laure Bernard, fille d'un honorable magistrat. Rien ne semble
devoir entraver le bonheur des deux fiancés, lorsque tout à coup se
présente chez M. Bernard un jeune homme dont le père a été ruiné
par les fausses spéculations d'un faiseur d'affaires, qui, moyennant
une liquidation de 20 0/0, s'est acquitté envers ses créanciers et a
recommencé sa fortune sur nouveaux frais. Or, cet homme, inatta-
quable aux yeux de la loi, mais non à ceux de la société, n'est autre
que le financier Dubreuil, qui est reconnu par Armand Verdier le jour
même où se signe le contrat de mariage de Lucien et de Laure.
La révélalion de ce fait qui parvient aux oreilles de Lucien, le cou-
vre de confusion et le décide à renoncer à l'alliance de M. Bernard.
11 se taira, il n'adressera pas un reproche à son père, mais, secrète-
ment encouragé par sa mère, il essaiera de désintéresser les anciens
créanciers de Dubreuil. Pour commencer, il offre à Armand Verdier les
500,000 francs consacrés à son établissement, et, par un noble senti-
ment d'émulation, la famille Bernard tout entière prétend concourir à
la réhabilitation paternelle tentée par Lucien.
Dubreuil apprend enfin ce qui se passe, ses yeux s'ouvrent à la lu-
mière; il reconnaît que la considération, dont il a cru jusque-là pou-
voir se passer, n'est pas un vain mot, et, faisant amende honorable,
il promet d'effacer le passé en méritant l'estime que son fils a si
généreusement conquise pour lui.
Telle est la donnée profondément morale, que M. Camille Doucet
a traitée avec un talent, et l'on peut dire avec, une conviction qui
font le plus grand honneur, non moins à son cœur qu'à son esprit.
L'action de sa comédie est pleine d'un intérêt habilement gradué et
allant parfois jusqu'au pathétique. Les caractères sont en général fort
bien tracés, et cette qualité est d'autant plus méritoire qu'ils sont nom-
breux. La brièveté de notre analyse ne nous a pas permis de signaler
tous les personnages. Ceux dont nous avons parlé, et qui sont les plus
importants, n'ont pas besoin d'être expliqués ; l'action les fait suffi-
samment connaître ; mais nous constatons qu'ils sont merveilleusement
rendus par l'élite de la Comédie française. Régnier est excellent dans
le rôle difficile du financier Dubreuil; Geffroy représente le magistrat
Bernard avec une rare pe"fection ; Delaunay et Bressant ne laissent
absolument rien à désirer dans les rôles de Lucien et d'Armand.
Mme Guyon est très-touchante sous les traits de Mme Dubreuil, et
Mlle Favart, qui joue Laure, est digne de son fiancé Lucien. Parmi les
autres per;onnages , nous citerons celui d'un fruit sec de collège,
vieilli dans les bureaux, jaloux de toute supériorité intellectuelle ou
sociale, physionomie remarquablement esquissée, et très-bien réussie
par Monrose, ainsi que celle d'un agioteur du grand monde auquel
Leroux imprime un louable cachet d'élégant persifïlage.
De pareils interprètes auraient assuré le succès de la Considération,
q.:and bien même cette comédie n'eût pas eu par elle-même les élé-
ments nécessaires pour enlever les applaudissements du public. Sa
haute portée morale, sa forme essentiellement littéraire, suffisent pour
justifier l'accueil qu'elle a reçu. L'auteur du Fruit défendu et des
Ennemis de la maison a fait un grand pas de plus dans la carrière.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„** Au théâtre impérial de l'Opéra, le Prophète a repris mercredi
le cours do ses représentations. Gueymard, parfaitement remis des
douleurs qu'un refroidissement lui avait causées, a été salué à son
entrée de bravos sympathiques. Sa voix, plus belle que jamais, avait
profité d'un repos forcé. Mme Tedesco, toujours admirable dans le rôle
de Fidès, et Mlle Amélie Iiey, qui remplissait celui de Bertha, ont aussi
été fort applaudies.
402
HKVLE ET GAZETTE MUSICALE
»% Le d-but d'un nouveau ténor, M. Labat, qui a quitté le professo-
rat pour le théâtre, aura lieu dans la Juire.
#** M. Mocker vient de renoncer aux fonctions de régisseur qu'il oc-
cupait depuis si longtemps. Tout en continuant du reste â faire partie
de la troupe de l'Opéra-Comique , l'excellent comédien a du reprendre
une liberté devenue indispensable à sa position de professeur du Con-
servatoire. Il est remplacé par .M. Leroy.
*% Les répétitions générales du Roi Barkouf ont commencé cette se-
maine. La nouvelle partition d'Offenbach sera probablement exécutée
vers la fin de ce .mois; Mlles Saint-Urbain et Bélia; Mme Casimir, et
MM. Warot, Saint-Foy, Lemaire, Berthelier et Nathan rempliront les
principaux rôles de l'ouvrage.
t** Engagée pour quelques représentations, Mme Marie Cabel a fait sa
réapparition, à l'Opéra-Comique, dans la Part du Diable, et l'on s'est
repris de plus belle à applaudir aux hardiesses éblouissantes et aux char-
mantes mutineries de son chant. Elle a continué la série de ses succès
de passage par YEtoile du Nnrd, qui a été représentée vendredi aux ap-
plaudissements d'nne salle comble. — Aujourd'hui dimanche, VEtoik du
A'urd pour la 251e représentation.
„** Mlle Wertheimber a terminé hier la série des représentations
extraordinaires du Pardon de Ploërmel. On n'oubliera pas l'essai hardi
que la jeune cantatrice a fait de son talent et la nouvelle preuve
qu'elle a donnée de son intelligence dans le bel ouvrage de Meyerbeer,
qui sera désormais un des plus beaux fleurons de son répertoire en
France et à l'étranger.
„.% Une représentation doit être incessamment donnée au bénéfice de
Mme Cabel; un acte du Pardon de Ploërmel, un acte de Jaijuarita et
un acte du Toréador, en composeront le programme.
„% On a lu aux artistes de l'Opéra-Comique un opéra en deux actes de
M. de Leuven, intitulé André. La musique de cet ouvrage est confiée à
M. F. Poise, auteur de Bonsoir voisin et des Charmeurs. L'ouvrage sera
joué par MM. Crosti, Ponchard, Prilleux, Ambroise, Mmes Lemercier,
Tuai et Casimir.
%*% Au théâtre Italien, la Traviita a été reprise jeudi: Mme Penco,
Gardoni et Graziani y ont obtenu leurs succès habituels. Hier II Matri-
monio s greto avait attiré un brillant public, et dans quelques jours Ron-
coni jouera le rôle de Riyoletlo, dans lequel il est, dit on, admirable.
**„, Les études d'un opéra-comique, les Deux Cadis, paroles de M. Fur-
pille, musique de M. Th. Imbert, viennent de commencer au théâtre
Lyrique. MM. Grillon, Wartei, Gabriel et Mlle Faivre en rempliront les
différents rôles.
*% On termine les combles du théâtre Lyrique, place du Chàtelet. Ce
théâtre a trois étages sur le rez-de-chaussée par derrière et sur les côtés.
Sur le devant, le premier étage, où sera le foyer, prend à lui seul deux
de ces étages. Il a onze croisées de façade sur l'avenue Victoria et au-
tant sur le quai de Gèvres, et neuf du côté du levant.
„% Le théâtre Déjazet a donné, il y a quelques jours, la première
représentation d'une opérette dont la musique est de M. Debillemont.
As-tu déjeuné, Jacquot? est un petit acte qui n'a rien de bien saillant
comme libretto, mais dont les mélodies sont fraîches et originales; l'ou-
verture renferme une mazurka très-réussie, et il y a dans le courant
de la pièce une polka charmante. La pièce est bien jouée par JIM. Guf-
froy, Halbleib et Mlle Key.
*** Roger a commencé la série de ses représentations â Marseille; par
le Prophète et la Dame blanche il y a obtenu le succès le plus éclatant.
„*„ Le succès do Mlle Masson à la Pergola de Florence, dans le
Prophète, a été des plus brillants. Les bravos et les fleurs l'ont accueillie
après chaque morceau et surtout le grand air du cinquième acte. Elle
doit chanter prochainement dans Norma, où déjà elle a fait ses preuves
tant en Italie qu'en Espagne.
**„ Mlle Marie Brunet, la brillante élève de Duprez, vient de se
rendre à Berlin, où elle est engagée à l'Opéra royal.
„,** Voici une note que nous trouvons dans le journal li Patrie, et
que nous croyons devoir reproduire: « Il vient de se passer à Berlin un
» fait assez étrange, qui intéresse un de nos compatriotes. M. Taure avait
o été engagé pour donner une série de représentations sur les théâtres
» royaux. Le célèbre baryton, qui a débuté dans Lucrezia Borgia, a été
» rappelé trois fois clans un seul acte, et tous les journaux allemands
»ont été unanimes à constater lo gYarid succès qu'il a obtenu dans cette
» première audition. En dépit de cet accueil chaleureux, le lendemain,
» l'artiste reçoit la visite d'un envoyé de l'intendant des théâtres,
» M. de Ilûlsen, chargé de lui signifier qu'à l'avenir il ne devait plus
» paraître dans la troupe italienne, mais bien dans la troupe allemande
«du Théâlre- Royal. Eu présence d'un pareil procédé, AI. Faure crut
» devoir refuser, et l'engagement a été résilié d'un commun accord. »
La note que l'on vient de lire rectifie jusqu'à un certain point une autre
note publiée par plusieurs journaux et dans laquelle, entre autres erreurs
étranges, on disait que M. Fauro avait été engagé â Berlin pour chanter
le Pardon de Ploërmel, tandis que cet ouvrage ne figurait en aucune façon
dans l'engagement de l'artiste français.
„% Le concours d'harmonie et de composition pour les classes d'élèves
militaires au Conservatoire de musique a eu lieu vendredi, 9 novembre,
sous la présidence de M. Auber. En voici le résultat : 1" prix, M. Fleid,
élève de M. Bazin; 2e prix. M. Elfrique, élève de M. Bazin. rr accessit,
M. SchOn, élève de M. Bazin ; 2° accessit, M. Massât, élève de M. Jonas;
3e accessit, M. Berteu, élève de M. Bazin; 4° accessit, M. Cerani, élève
de M Bazin.
**„ Le même jour, a eu lieu le concours de solfège pour les élèves
militaires également: 1er prix, M. Berteu, élève de M. Emile Durand;
2e prix, M. Uévérand, élève de M. Napoléon Alkan. 1" accessit, M. Delar-
roqua, élève de M. Napoléon Alkan; 2e accessit, M. lleid, élève de
M. Durand; 3e accessit, M. Apte, élève de M. Alkan.
t*„, M. Eugène Provost, auteur de Cosimo , et ancien pensionnaire de
France à Rome, vient d'être nommé par S. M. la reine d'Espagne, Isa-
belle II, chevalier de l'ordre royal de Charles III.
,,** A la mention que contenait notre dernier numéro sur la tournée
artistique du jeune violoniste Sarasate en Espagne, nous ajouterons
quelques détails. A Barcelone, où l'élève d'Alard a fanatisé tout le
monde, on l'a nommé membre honoraire du Conservatoire. A peine ar-
rivé à Madrid, la reine, qui l'avait connu tout enfant, et le roi, l'ont
admis auprès d'eux. Dans leur ravissement tout naturel, IX. MM. l'ont
surnommé le Puganini espagnol. A son premier concert on l'a rap-
pelé huit l'ois : le public était sous le charme, et toute la presse madri-
lène s'est accordée à chanter ses louanges. Le jeune Sarasate reviendra
cet hiver à Paris pour y donner un grand concert, avant de commencer
ses voyages à travers l'Europe.
**,, Le Moniteur de Bruxelles contenait récemaient dans sa partie
officielle un rapport du ministre de l'intérieur, M. Charles Rogier, que
suivait un arrêté royal, en date du 12 novembre, disposant qu'il sera
publié « par les soins du gouvernement, une collection des œuvres les
plus remarquables des anciens compositeurs belges, traduites en Dota-
tion moderne. »
„*„ Mlle Bochkoltz-Falconi, l'excellente cantatrice que de nombreux
engagements appelaient loin de Paris pendant les vacances, nous est
revenue d'une brillante tournée qu'elle a faite en Suisse et en Allemagne
ayee le pianiste Auguste Mey, dont la réputation s'est augmentée des
succès obtenus pendant ce voyage. Parmi les morceaux de musique mo-
derne que la cantatrice a fait entendre dans tous les concerts (on sait que
la musique classique ancienne n'y manque jamais), il faut citer l'air de
l'Ombre du Pardon et les brillantes variations composées pour elle par
Gutave Iléquet, qui ont enlevé le public et fait littéralement fureur.
„,*„, C'est mercredi 21 novembre, à onze heures et demie, que l'asso-
ciation des artistes musiciens fera exécuter dans l'église Saint-Eustache, à
l'occasion de la fête de sainte Cécile, la messe solennelle du maestro Bo-
netti, chef d'orchestre du théâtre impérial italien. Les soli seront chantés
par les premiers artistes de Paris; les chœurs seront dirigés par
.Mil. Charamonte et Uurand, et quatre cents artistes, dirigés par M. Bo-
netti concourront h cette solennité religieuse et musicale. Le grand
orgue sera tenu par M. Batiste, organiste de l'église de Saint-Eustache.
t*H. La collection du Répertoire des orphéons obtient un véritable suc-
cès de vogue; les sociétés chorales adressent chaque jour de nouvelles
demandes aux éditeurs, afin de se procurer les plus beaux chœurs des
partitions les plus justement célèbres; l'Orphéon de la ville de Paris a
choisi également dans cette collection brillante les chœurs de la cha-
pelle, de la Muette, et celui des Buveurs, du Comte Ory.
„.% Mme Marie Lawroff, qu'on a applaudie l'hiver dernier à la salle
Herz, est de retour à Paris. Cantatrice de l'ordre le plus distingué,
Mme Lawroff est appelée à briller dans nos concerts et dans nos réu-
nions musicales de la saison prochaine.
*% Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur les annonces pu-
bliées dans notre numéro de ce jour. Au moment où artistes et ama-
teurs préparent leur répertoire de la saison d'hiver, nous ne saurions
trop Lur recommander les œuvres nouvelles des pianistes-compositeurs
les plus estimés, tels que Franz Liszt, Stéphen Heller, Henri Litolff,
Goria, René Favarger, J. Rummel, Magnus, Neustedt, Méreaux, etc. etc.
„,% La Société chorale la Teutonia a donné le 10 novembre, dans la
salle du Grand-Orient de France, un grand concert en l'honneur de l'an-
niversaire de la naissance de Schiller. On a surtout applaudi le beau
chœur inédit de G. Meyerbeer, A la Patrie, admirablement rendu parla
Société, et plusieurs morceaux exécutés par M. G. Jacobi. Le jeune
violoniste a fait beaucoup d'effet avec sa grande fantaisie sur l'Etoile du
Nord et sa grande valse de concert.
„% Le premier concert de la saison sera donné dans les premiers
jours du mois prochain par Joseph Wieniawski dans les salons Pleyel.
Nous en donnerons le programme prochainement.
a,** Le jury de l'exposition universelle de Besançon vient de confirmer
l'immense succès des pianos Herz à l'exposition universelle de Paris (mé-
daille d'honneur), en les plaçant hors concours et en accordant â la mai-
son Henri Herz le diplôme d'honneur.
„*,. Jeudi, entre les belles fantaisies sur les Huguenots et sur Martha,
403
fort bien arrangées et fort bien interprétées, l'orchestre d'Arban a exé-
cuté avec sa verve habituelle le scherzo d'une symphonie en soi due à
la plume de M. Savari, chef de musique au 34e de ligne. Une facture
excellente et de la bonne école, un style où quelques-unes des ressources
de la fugue sont employées avec autant d'aisance et de liberté que d'élé-
gance et de finesse, une orchestration pleine de vigueur et aussi
de délicatesse, telles sont les qualités qu'on a surtout appréciées. Le
succès a été assez grand pour que les amateurs de bonne et sérieuse mu-
sique désirassent entendre l'œuvre entière. En attendant, nous pouvons
dire que ce scherzo, de modulations colorées et piquantes, d'harmonies
serrées et riches, est constamment d'une franchise et d'une netteté
rares. La sobriété, l'absence de tout bruit exagéré, ont dérouté ceux
qui croient à l'influence de l'habitude et de l'uniforme, comme s'ils ne
retrouvaient pas tous les jours, au théâtre et même à l'église, ce qu'ils
ont coutume de reprocher à la musique militaire.
*% Parmi les publications intéressantes, nous signalons en première
ligne la Collection des chefs-d'œuvre des grands maîtres, arrangés pour les
petites mains par Croisez, Cramer, Alphonse Leduc, P. Norewsky, etc , etc.
Cette édition, publiée par Adolphe Catelin, renferme plusieurs séries. La
première, qui est en vente, contient les ouvrages suivants : Barbier de
Séeille. de llossini; Cenerentola, de lîossini ; Elisire d'Âmore; dePonizetti;
Nuzze di Figaro, de Mozart ; Richard Cœur de Lion, de Grétry ; ii'ojmam-
bula, de Bellini.
*** Depuis 1 664 jusqu'à nos jours, la Comédie-Française possède
dans ses cartons les documents les plus curieux sur les origines du
Théâtre-Français, sur l'hôtel de Bourgogne, sur la première association
que dirigeait Molière. De temps en temps on a fait à ce précieux dépôt
des emprunts qui ont vivement excité la curiosité publique. Pour la sa-
tisfaire, la Comédie-Française va publier d'une manière régulière ses
Archives. La première partie contiendra, assure-t-on, le Registre de La-
grange, écrit, jour par jour, par les comédiens, et qui renferme les ren-
seignements les plus intéressants, les anecdotes les plus curieuses. On
y ajoutera même des fac-similé de lettres, de signatures, de pièces de
la plus grande rareté. MM. Régnier, Provost, Guillard doivent accom-
pagner ces révélations d'annotations et d'explications nécessaires. Enfin
M. Thierry, le directeur, si expert dans toutes les choses qui intéressent
la littérature, l'histoire et la bibliographie, se chargera de l'ensemble de
la publication. Voilà certes un ouvrage qui ne peut manquer d'être ac-
cueilli par d'universels applaudissements.
„,% M. Joseph Mayer, artiste de mérite, ancien rival de Levassor,
fondateur des Folies-Mayer, aujourd'hui Théâtre Déjazet, vient de mou-
rir à Paris.
i*^ M. Galiotti (Gustave), ancien directeur du grand théâtre de Napies
et agent du théâtre Italien à Paris, est mort vendredi 9 novembre , à
l'âge de cinquante-sept ans.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
„*„ Rouen. — La reprise du Pardon de Ploërmel, si délicieusement in-
terprété par MM. Méric, Gerpré et Mme Barbot, attire constamment la
foule.
#% Marseille. — M. Bussine et Mme Biquier-Delaunay ont fait leur
premier début dans le Caïd ; cette épreuve leur a été favorable. — Nous
avons eu, pour les débuts de Mme Lafranque, une bonne représen-
tation de Robert le Diable. M. Depassio a été magnifique dans le rôle de
Bertram, et M. Louault a eu plusieurs bons moments dans le rôle de
Robert. — Le célèbre, violoniste Sivori se fera entendre prochainement
dans plusieurs concerts. On espère que M. Montelli traitera avec ce
brillant virtuose.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„% Bruxelles.— Le succès de la reprise de l'Etoile du Nord dépasse
toute prévision. Chaque fois que l'opéra de Meyerbeer figure sur l'affiche,
la salle est comble, et dimanche dernier une grande quantité de places
ont dû être refusées.— Nous avons eu pour les représentations de la
semaine les Dragons de Villars et Guillaume Tell. Une débutante,
Mme Hiller-Mitchell, a subi sa première éprouve daus le rôle de Mathildo.
Ce début a été heureux.
*** Bruges.— On a repris dimanche dernier li Muette de Poriici devant
une salle comble.— A bientôt la première représentation du Pardon de
Ploërmel.
**t Gand. — On a repris dimanche les Dragons de Villars. Audran a
parfaitement chanté le rôle de Sylvain, et la romance du premier acte
lui a valu les suffrages de la salle tout entière. Mlle Kperche est char-
mante sous les traits de Rose Friquet. — Les Pantins de Violette ont ob-
tenu beaucoup de succès.
„*„ Anvers. — A la représentation de gala qui a eu lieu en présence
du roi et de la famille royale, on a donné Martha. L'opéra de Flotow a
été interprété de la façon la plus distinguée.
**„ Londres. — Les Huguenots, l'œuvre de prédilection des Anglais, fait
chaque soir salle comble au théâtre de Sa Majesté. Mlle Titjens est une
magnifique Valentme., et Giuglini l'un des meilleurs Raoul. Le succès
qu'obtiennent ces artistes après le fameux duo du quatrième acte est
prodigieux. Robin Hood continue sa carrière brillante et alterne avec
les Huguenots et Don Giovanni. — Dinorah, Lurline, la Rose de Castille et
les Diamants de la couronne ont été représentés cette semaine à Covent-
Garden. — La grande manufacture de pianos de la maison Chappel vient
d'être détruite par un incendie.
**„ Stuttgart, 44 novembre. — Hier a eu lieu ici la première repré-
sentation du Nid de Cigogne, opéra de Vogel, composé pour Bade et joué
l'année dernière. C'est sans contredit la meilleure œuvre musicale que
l'on ait écrite pour cette ville. La partition, fraîche et animée, rappelle
souvent ce que nous appelons en Allemagne la vieille école française
dont l'auteur a su rajeunir les formes en la relevant par des accom-
pagnements d'une élégance remarquable. C'est sur la demande, du roi
que l'ouvrage a été donné ; l'auteur était venu pour en diriger les répé-
titions. Le succès a été complut; plusieurs morceaux ont du être répé-
tés, et après la représentation, M. Vogel a été obligé de se montrer sur
le théâtre où les applaudissements l'ont accueilli. L'exécution n'avait
rien laissé à désirer pour l'orchestre ni pour les chanteurs. Mme Mar-
low a obtenu un succès d'enthousiasme, surtout dans la romance où
elle exprime le désir de voir revenir la cigogne, ainsi qne M. Schûtky
dans la grande scène mélodramatique. Pourquoi donc l'Opéra-Comique ou
le théâtre Lyrique dédaigneraient-ils de faire connaître cet ouvrage au
public parisien ? — On prépare plusieurs grands concerts dans la nou-
velle salle du Kœnigsbau (palais royal), ce magnifique monumenteonstruit
par notre célèbre architecte Leins, à qui le roi a hautement témoigné
sa satisfaction.
„,*„ Berlin. — Au théâtre Victoria, on a donné pour la première fois
la Traviata, de Verdi. Mme de Lagrange, qui débutait dans le rôle de
Violette, y a fait preuve d'une habileté prodigieuse, qui, jointe à un
jeu plein d'énergie, a produit un effet immense. Après la célèbre can-
tatrice, qui a reçu de nombreux témoignages de sympathie enthousiaste,
on a remarqué Délie Sedie, chargé du rôle de Georges Germonti. Un
nouveau ténor, Danielli, a interprété sans grand succès le rôle si im-
portant d'Alfred. — Mlle Trebelli n'a pas accepté l'engagement que
lui avait offert l'Opéra de la cour. — La Schiller-Marsch a été exécutée
avec le plus grand succès, à l'occasion de la fête du 10 novembre,
organisée par la Société le Schiller-bund.
*** Hambourg. — Une jeune cantatrice pleine de talent et d'avenir,
Mlle Spannagel, vient de succomber à un empoisonnement par impru-
dence. Des allumettes chimiques étaient tombées dans son café, qu'elle
prit immédiatement après les avoir enlevées : trois jours après,
Mlle Spannagel avait cessé de vivre. Elle avait paru pour la dernière fois
au Thalia-Theater, à Hambourg.
*% Munich. — L'association des membres de la chapelle royale, connue
sous le nom d'Académie de musique, a célébré, le <U'' novembre, le cin-
quantième anniversaire de son existence par un concert extraordinaire.
VAlleluia de Haendel, exécuté par trois cents artistes, produisit un effet
immense ; ensuite Mme Strassmann-Damboek récita une pièce de vers
analogue à la circonstance La solennité s'est terminée par l'exécution
d'Esther, oratorio que Haendel écrivit en i720. — Le célèbre poète Gei-
bel vient de publier le texte de Loreley, opéra dont Mendelssohn avait
commencé à écrire la musique.
£% Vienne. — La Société académique de chant a célébré l'anniver-
saire de la naissance de Schiller par une solennité dont la recette est
destinée au monument Schiller. A l'occasion du même anniversaire, il y
a eu au théâtre de l'Opéra de la cour une matinée musicale, où l'on a
exécuté entre autres : Hero et Léandre, ballade de Schiller, musique de
Lindpaintner, et la Cloche, avec tableaux vivants.
**„, Genève. — Le Roinan d'Elvire vient d'être mis à l'étude , sous
l'habile direction de M. Pépin, chef d'orchestre.
**t Turin. — M. Caliste Borelli vient défaire exécuter une symphonie
en quatre parties, dans le genre classique, et qui a obtenu un éclatant
succès. M. Borelli est élève du Conservatoire impérial de musique, et il
a obtenu un premier prix d'harmonie en 1S53.
„,** Rome. — Le nouvel opéra de Pacini, Gianni di Nisildu, a obtenu un
très-beau succès au théâtre Apollo. Le maestro n'a pas été rappelé
moins de vingt fois. Le trio du second acte a été répété à la demande
générale. Bettini a été fort remarquable. La l'onti a obtenu un véritable
succès.
„,*„, Port-Louis (île Maurice). — Les artistes français composant la com-
pagnie d'opéra-comique ont débuté le 29 septembre dernier par Robert
le Diable, et le 1" octobre ils ont chanté le Barbier.
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Le Pardon de Ploernsel, de MEYERBEER,
Op. 28. Transcription variée. Prix: 6 fr.
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Op . 72 . Fantaisie-caprice. Prix : 9 fr .
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Op. 45. — Villanelle. — Prix: 5 fr.
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Op. 127. — Souvenir du Tyrol. — Prix : 6 fr.
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Andante grazioso. — Op. 87.
Prix : 6 fr.
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Allegretto. — Op. 86. — 6 fr.
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Andante. — Op. 84. — 6 fr.
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Quadrille sur les motifs de l'opéra-comique de
Alfred Dufresne,
Pour le piano. Par STRAUSS. Prix: û fr. 50.
POUR PARAITRE PROCHAINEMENT
Iinipronifilu. — (Miiïr de lune. — Souvenance. —
Ballade. — Polka caractéristique. — Valse élégante.
(OEuvre posthume)
Fantaisie biillunlr sur DOS Jl U, de Mozart
FRANZ LISZT
Arrangement en MORCEAU Ris t'OA'CERT pour le piano, de la
COMPOSÉE PAU
G. MEYERBEER
km ci vn:\i i. m ;\ UOl.ECKV i
CB, BUE lïERCÈnE. 20.
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27e Année.
IV? 48.
2Î> Novembre 1860.
ON S'ABONNE 1
Dana les Dépnrtements et à l'Wr.'inger , chez tou»
les Morchnnds de Musique, les Libraires, et aux
Sureaux dus Messageries et dee Postes.
REVUE
PRIX DE L'ABONNEMENT :
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Le Journal paraît le Dimanche.
GAZETTE MUSICAL
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A partir du 15 décembre, ces Primes seront remises aux anciens abonnés qui renouvelleront leur abonnement
et aux personnes qui en prendront un nouveau.
SOMMAIRE. — Association des artistes musiciens et Association philanthropique
des artistes de l'Académie impériale de musique, par Adolphe Botte. —
Premier voyage artistique de Spohr, traduction de J. Duesberg. — Bio-
graphie universelle des musiciens: Alard, par Fttis père. — Paganini et Paér.
— Nouvelles et annonces.
ASSOCIATION DES ARTISTES MUSICIENS.
Messe de Sainte- Cécile à Saint -Eustaclie.
Les musiciens n'ont point encore cessé de fêter sainte Cécile ; il
faut même espérer que, malgré les progrès de la philosophie et bien
d'autres progrès encore, ils resteront fidèles à cet antique usage et
qu'ils reviendront toujours h l'église, ne fût-ce que par reconnais-
sance ; caries beaux-arts, en général, et la musique en particulier,
lui doivent d'immortels chefs-d'œuvre. Donc, mercredi, à Saint-Eus-
tache, une messe de M. Bonetti était exécutée au profit de l'Associa-
tion des artistes musiciens qui, ou ne saurait trop le dire, doit tant à
la haute intelligence, au caractère élevé et au noble dévouement
de M. le baron Taylor.
Pour rendre compte de cette messe, nous n'évoquerons pas les
ombres de Palestrina, de Roland de Lassus, de Marcello, etc., d'abord
parce qu'en parlant de ce glorieux passé de l'art, on s'attache seu-
lement aux œuvres impérissables, parce qu'on oublie volontiers tout
ce qui, dans le même système, avec les mêmes moyens et la même
harmonie, a été écrit de médiocre par les musiciens sans génie; en-
suite parce que tous ceux qui ont essayé de retourner aux anciens ont
fait de l'archaïsme, et n'ont retrouvé ni la naïveté, ni la croyance,
ni la simplicité, ni l'esprit d'autrefois.
Dans le tableau de Raphaël, sainte Cécile semble fouler aux pieds,
comme indignes, les flûtes, les violons, etc., toutes les voix mau-
dites de l'art profane , et paraît donner raison à ceux qui disent
qu'à l'église tout est sensuel excepté l'orgue. Malgré cela, et en dé-
pit des plus pures théories, il y a bien longtemps que l'orchestre re-
tentit dans le sanctuaire, et nous serions fâché qu'il en fût autrement.
D'ailleurs, la tonalité moderne, transportée à l'église, n'est pas seule,
406
REVUE ET GAZETTE MUSICALE;
n'est pas même coupable du tout des excès et des inconvenances
qu'on lui altribue.
Le Kyrie de la messe de M. Bonetti, écrite pour deux soprani,
deux ténors et une basse, est un andantino à 6/8 où abondent,
comme dans presque toute la partition, et nous parlons d'abord des
choeurs, le chant syllabique et l'harmonie plaquée.
Dans le Gloria, plus franc que distingué, nous avons retrouvé
l'éternel grupello qu'on emploie dans tous les opéras, dans toutes les
situations tristes ou gaies.
La pauvreté de certaines marches d'harmonie, l'abus de certaines
rosalies qui, sur ces mots, par exemple : Lavdamus, adoramus, des-
cendent toute une octave avec une grande uniformité, donnent de la
lourdeur et de la monotonie à ce morceau le plus développé de tous,
et celui aussi qui manque le plus d'unité.
11 y a encore beaucoup d'unissons; il y en a même trop : on en trouve
au Filins Patris, on en trouve encore au Domine Detts qui, par pa-
renthèse, rappelle singulièrement la marche du sacre du Prophète.
Le style fugué n'est pas plus employé dans le Credo que dans le
Gloria.
Le Sanclus est d'un assez beau caractère ; seulement, on y retrouve
encore des unissons et des rosalies qui sentent l'opéra bouffe, de fa-
çon à ne pouvoir s'y tromper.
Les chœurs AtYAjgnus Dei ont des velléités de style sévère. Les voix
n'entrent point lourdement ensemble ; elles se succèdent, elles s'ap-
pellent, et leur réunion n'en a que plus de charme et de puissance :
malheureusement, les soli ne sont autre chose qu'un charmant duo,
un charmant nocturne, où Mines Alboni et Penco ont prodigué les
accents séduisants, les roulades italiennes qu'elles ont coutume de faire
applaudir au théâtre. Les arpèges harmonieux des harpes qui accom-
pagnent ces cantilènes, ne sont ni assez riches ni assez variés.
Certes, les deux cantatrices ont fait merveille, et pourtant leurs
points d'orgue si bien exécutés sont, comme composition, sans pré-
cédent dans nos églises.
M. Bonetti, pensant probablement aux beaux talents de Mmes Alboni
et Penco, de MM. Badiali et Gardoni, aux mérites divers des artistes
qui devaient interpréter son œuvre, n'a pas ménagé les soli. Il y en
a que peut-être nous aimerions ailleurs, mais qui, là, ne nous paraissent
point à leur place. Quant à l'ensemble harmonique de celte composi-
tion, il est peu remarquable. Les parties n'ont souvent aucun intérêt
mélodique ; elles sont massées sans beaucoup d'art, et manquent, en
général, de ces élégants dessins, de ces figures de contre-point, de ces
ombres que los maîtres distribuent avec autant de science que de
goût, et qui jouent un rôle si important dans leur style. Comme mé-
lodiste, l'auteur est loin d'être original. On sent que ses souve-
nirs dramatiques le pressent de toutes parts. Il n'est pas, du reste, le
premier chef d'orchestre avec lequel on soit obligé de faire la part
d'assez nombreuses réminiscences.
En somme, l'œuvre de M. Bonetti est chantante, mais elle manque
des développements savants que le style sacré permet, à ce que disent
les uns, exige, à ce que disent les autres; elle est remplie de soli
gracieux et expressifs, mais elle est pauvre d'harmonies distinguées ,
et ne révèle aucune connaissance des artifices du contre-point.
Le maestro conduisait lui-même son orchestre. Les chœurs, dirigés
par MM. Chiaramonle et Hurand, ont marché avec beaucoup d'ensem-
ble. Indépendamment des célèbres solistes que nous avons cités, tout
le monde a apporté à cette remarquable exécution autant de zèle que
de talent. M. Edouard Batiste, qui touchait le grand orgue, s'est par-
ticulièrement distingué.
La journée a dû être bonne pour la caisse de secours de l'associa-
tion, car une foule nombreuse s'était rendue à cette fête musicale, où
l'art embellissait encore la charité.
ASSOCIATION PHILANTHROPIQUE DES ARTISTES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE
DE MUSIQUE.
Messe de Chernbinl à la Madeleine.
Mardi, trois cents artistes, conduits par MM. Dielsch et Vauthrot,
ont exécuté à la Madeleine la messe que Cherubini composa pour le
sacre de Charles X, ce qui prouve que les musiciens ont aussi leur
manière d'écrire l'histoire. C'était une véritable solennité musicale.
En choisissant l'œuvre de l'illustre compositeur, les membres de l'as-
sociation philanthropique des artistes de l'Opéra ont montré que pour
faire la quête bonne, ils ne comptaient pas seulement sur une belle
exécution et sur la distinction, la jeunesse et la grâce de leurs quê-
teuses.
Sans rechercher aujourd'hui si l'âme chrétienne trouve dans la mu-
sique de Cherubini tout ce dont elle a besoin, on peut affirmer que
celle musique est non-seulement pleine de science, exquise de forme;
mais encore qu'elle est noble et grande. Cette messe se distingue ,
comme toutes celles du maître, par une facture large, par un style
d'une pureté achevée, par un art profond qui sait tirer des voix et de
l'orchestre tout ce qu'ils ont d'harmonieux et de puissant.
Nous ne voulons certes pas établir un parallèle entre la messe de
Cherubini et celle de M. Bonetti. Pourtant il serait intéressant de voir
combien en Italie aussi le grand style, les grandes formes harmoni-
ques sont délaissés ou ignorés. De ces deux Italiens, l'un représente
l'imagination guidée, épurée et élargie par un immense savoir ;
l'autre, l'imagination facile, livrée aux caprices et dégagée de ce qu'on
appelle les lisières de la science. Tous les gens de goût qui, la veille,
s'étaient rendus à la Madeleine, ont pu se demander à Saint-Eustache
où était la vérité, le beau que nous cherchons tous, où était la justice
des reproches qu'on ne cesse d'adresser à cette pauvre fugue qui
n'est pas cause assurément de la stérilité de certaines inspirations.
Le Lauda Sion de Cherubini a été chanté par les sœurs Marchisio
avec un goût, une simplicité de méthode, une intelligence, une pureté
rares. On reconnaît chez ces jeunes filles presque aulant de qualités
innées que détalent. A ces accents naturels et justes, à cessons ve-
loutés, doux et moelleux, à ce fini de nuances, enfin à ce charme
irrésistible, on devinait sans peine des voix italiennes.
A présent, peu de chanteurs savent remonter aux inspirations d'un
autre âge. Michot, dont la jolie voix a laissé souvent désirer plus de
justesse et de sûreté, ne nous semble pas avoir saisi le style que
demande la musique de Slradella. Il s'y est montré inégal et mal à
l'aise.
Mû par la pensée fraternelle qui le réunissait, l'orchestre a été
excellent.
L'organiste de la paroisse, M. Saint-Saens, a fait apprécier plusieurs
fois le goût sobre, fin, châtié, la manière correcte et sévère qui ca-
ractérisent son talent.
Adolphe BOTTE.
PREMIER VOYAGE ARTISTIQUE DE SPOHR (l .
Louis Spohr naquit le 5 avril 1784 à Brunswick. Deux ans après
sa naissance, son père alla s'établir comme médecin à Séesen , petite
ville des environs. C'est là que le jeune Louis passa son enfance ;
puis il séjourna quelque temps dans la maison de son grand-père, mi-
nistre protestant à Woltershausen, et puis enfin il partit pour Bruns-
wick. Dans cette résidence il prit des leçons de violon d'abord chez
(1) Extraits de V Autobiographie de Spohr.
DE PARIS.
407
le musicien de la chambre Kunisch , puis chez le maître de concert
Maucourt; il fut initié aux éléments de l'harmonie et du contre-point
par l'organiste Hartung.
« Grâce à l'enseignement de M. Maucourt — dit Spohr dans son au-
tobiographie — j'étais pour mon âge d'une certaine force sur le vio-
lon. Cependant mes frères et sœurs grandissaient, et il devenait impos-
sible à mon père de subvenir plus longtemps aux dépenses qu'occa-
sionnait mon séjour à Brunswick. Au bout d'un an il lui sembla que
je devais avoir fait assez de progrès pour être à même de chercher
fortune comme artiste voyageur. Il se décida, par conséquent, à m'en-
voyer d'abord à Hambourg, où il avait des connaissances pour les-
quelles il pouvait me donner des lettres de recommandation.
» Habitué à obéir à mon père en toutes choses, tout disposé d'ailleurs
à me regarder comme un prodige, je ne fis point d'objection. Envoyer
au hasard dans le monde un enfant de quatorze ans, abandonné k lui-
même, c'était sans doute une idée très-aventureuse ; ce projet trouve
son explication dans le caractère entreprenant de mon père , qui dès
l'enfance, réduit à ses seules ressources, avait fait ses études sans
recevoir le moindre secours de la maison paternelle.
» Me voilà donc, le gousset assez faiblement garni, en route pour
Hambourg, dont le mouvement et les grands navires avaient fait
une vive impression sur moi lors d'un premier voyage. Plein de con-
fiance et d'espoir, je me rendis chez le professeur Bûsching, auquel
mon père m'avait adressé. Hélas! mes espérances ne tardèrent pas à
s'évanouir. Après avoir lu la lettre avec un étonnement toujours crois-
sant, il s'écria : « Votre père est toujours le même! Quelle folie!
laisser courir ainsi un enfant à travers le monde ! » Puis il m'expli-
qua comment, pour donner un concert à Hambourg, il fallait avoir
un nom déjà célèbre ou tout au moins avoir de quoi payer les frais
d'avance, ajoutant qu'au surplus, dans la belle saison où les familles
aisées habitent la campagne, un tel projet était de tout point inexécu-
table. Je restai anéanti devant ces explications; il me fut impossible
de proférer une syllabe, et j'avais de la peine à retenir mes larmes.
Je pris congé sans mot dire, et désespéré, sans songer à remettre mes
autres lettres de recommandation: je courus à mon hôtel. La certi-
tude que mes moyens pécuniaires suffiraient à peine pour quelques
jours me frappa d'un tel effroi, que je me croyais déjà entre les griffes
des vendeurs d'âmes (racoleurs), contre lesquels les récits de mon
père m'avaient mis en garde. Je pris résolument mon parti : j'embal-
lai mon violon et mes effets dans ma malle, les fis porter aux mes-
sageries après y avoir mis mon adresse à Brunswick, et me mis en
route à pied pour cette ville. Ce qui me restait, après avoir réglé
mes compLes, suffisait pour me défrayer en roule.
» Après avoir fait quelques lieues, je commençai à regretter ma pré-
cipitation — mais il était trop tard. J'étais profondément affligé, sur-
tout en pensant à la réception que me ferait sans doute mon père ;
lui, homme d'énergie et de résolution, il ne manquerait pas de me
traiter de poltron, d'enfant irréfléchi. A force de chercher un moyen
de m'épargner cette humiliation, il me vint l'idée de m'adresser au
duc de Brunswick, et de lui demander soit un emploi dans sa chapelle,
soit une subvention qui me mît à même de continuer mes études. Je
savais qu'il avait appris à jouer du violon, et j'espérais, par consé-
quent, qu'il apprécierait mon talent. « Quand il t'aura entendu exécuter
» un de tes concertos, me dis-je à moi-même, ta fortune sera faite. »
» Dès mon arrivée à Brunswick, je rédigeai une pétition. Je savais
que- le duc se promenait tous les matins dans les jardins du château.
J'allai l'y chercher, ma pétition dans ma poche; il voulut bien pren-
dre le papier que je lui présentais. Après y avoir jeté un coup
d'oeil, il m'adressa des questions au sujet de mes parents, et de mes
maîtres; j'y répondis sans me déconcerter. 11 me demanda également
qui avait rédigé ma supplique. « Eh ! quel autre que moi? Je n'ai pas
» besoin qu'on m'aide pour ces choses-là, » lui répondis-je, blessé des
doutes qu'il manifestait à l'égard de mon instruction. Le duc me dit
en souriant : « Viens me trouver demain à onze heures au château;
» nous causerons de ta pétition. »
» Le lendemain, à onze heures précises, je me trouvai en présence du
valet de chambre, que je priai de m'annoncer. «Quiest-il? » me demanda
celui-ci d'un ton assez bourru. En allemand, quand on adresse la parole
à des gens de condition inférieure, on emploie la troisième personne du
singulier au lieu de la troisième personne du pluriel. « Je ne suis point
un II, le duc m'attend, et il (en m'udressant au valet de chambre)
doit m'annoncer ! » lui répondis-je tout indigné. Le valet de chambre
alla m'annoncer, et je fus introduit avant d'avoir eu le temps de me
remettre de mon émotion. « Altesse, votre valet de chambre me traite
« de II; que cela n'arrive plus , je vous prie. » Telles furent les pre-
mières paroles que j'adressai au prince en entrant. 11 partit d'un éclat
de rire et me dit : « Allons, calme-toi, ça ne lui arrivera plus. »
Après m'avoir adressé plusieurs questions : « Je me suis informé de
« tes dispositions musicales auprès de ton maître Maucourt, » continua
le duc; « je suis curieux maintenant de t'entendre jouer une de tes
compositions , cela pourra se faire au prochain concert chez la du-
chesse. J'en ferai prévenir le maître de chapelle Schwanenberger. »
Ivre de joie , je quittai le chàleau, et courus chez moi ; dès lors je
me préparai assidûment pour la solennité.
» Ces concerts à la cour avaient lieu une fois par semaine. Ils répu-
gnaient beaucoup aux artistes de la chapelle ducale, parce que, pen-
dant l'exécution de la musique , selon la mode du temps, on jouait
aux cartes. Or, pour n'être pas dérangée au jeu, la duchesse avait,
donné ordre à l'orcheïtre de toujours jouer piano. Le maître de cha-
pelle avait par conséquent banni les timbales et les cuivres , et veil-
lait sévèrement à ce que l'on n'entendît jamais éclater -le moindre
forte. Comme cela était difficile clans les symphonies, par surcroît de
précaution la duchesse avait fait étaler sous l'orchestre un épais tapis,
pour amortir le son, si bien qu'on entendait ces mots : « Je joue, je
passe, » beaucoup plus distinctement que la musique.
» Mais le spir où je débutai, les tables de jeu et le tapis avaient dis-
paru. La chapelle, ayant appris que le dur. y serait, s'était préparée
convenablement et tout alla au mieux. Quant à moi, sachant que mon
avenir dépendait du succès que j'obtiendrais, je jouai avec un véri-
table enthousiasme, et j'eus tout lieu de croire que j'avais surpassé
l'attente du duc, car il me cria : bravo J à plusieurs reprises, et quand
j'eus fini, il vint à moi et me frappa sur l'épaule en me disant : « 11
» y a là du talent ; j'aurai soin de toi. Viens me voir demain. » Je
courus au logis informer sur-le champ mes parents de mon bonheur :
la joie et l'agitation m'empêchèrent longtemps de m'endormir.
» Le lendemain, le duc me dit : « Il y a une place vacante à la cha-
» pelle, je te la donnerai. Travaille et conduis-toi bien. Si au bout
» de quelques années tu as fait des progrès, je t'enverrai auprès de
» quelque grand maître, car ici il le manque un grand modèle. »
Ces dernières paroles me frappèrent d'étonnement ; jusqu'alors le jeu
de mon maître Maucourt m'avait paru le comble de la perfection.
» C'est ainsi qu'en entrant dans ma quinzième année je fus nommé
musicien de la chambre. Le rescrit, qui fut expédié plus tard, était
daté du 2 août 1799. Le traitement (100 thalers par an) était mo-
dique, mais avec de l'économie et avec l'argent que je gagnai de côté
et d'autre, il pouvait suffire, et dorénavant je n'eus plus besoin de
recourir à l'assistance paternelle; — j'eus même le bonheur de pou-
voir aider mes parents à élever les autres enfants en prenant avec
moi mon frère Ferdinand, plus jeune de huit ans, qui avait du goût
et du talent pour la musique, et en lui donnant des leçons.
Désormais la vie du jeune musicien de la chambre fut îles plus
actives. Je jouai aux concerts, à la cour et à l'orchestre du théâtre,
où depuis peu de temps on avait engagé une Société de chanteurs
et d'acteurs français, de sorte que je connus la musique dramatique
française avant celle de l'Allemagne, ce qui ne fut pas sans influence
sur les compositions que j'écrivis à cette époque. Enfin, comme pour
408
REVUE ET GAZKITE MUSICALE
le temps de la foire, on avait également appelé de Magdebourg une
troupe chantante allemande, je fus initié aux magnificences des opé-
ras de Mozart, qui resta mon idole et mon modèle pour le reste de
ma vie. «
Au bout d'un certain temps, il fut question de trouver un maître
potr Spobr. Viotti, qui faisait le commerce des vins à Londres, re-
fusa. Ferdinand Eck, à Paris, avait épousé une riche comtesse de
Munich et ne se souciait guère de donner des leçons. Il proposa son
frère, Franz Eck, et Spohr fut envoyé auprès de lui pour six mois à
Saint-Pétersbourg.
J. DUESBERC.
BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS
P»r I\-J, Fétis.
{Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.)
ALARD (DELPHIN).
Alard, professeur de violon au Conservatoire de Paris, et compo-
siteur pour son instrument, est né à Bayonne, le 8 mars 1815. Un
penchant irrésistible pour la musique se manifesta en lui dès ses
premières années. A l'âge de trois ans il suivait avec bonheur les
corps de musique militaire qui se rendaient sur les places. Son père,
amateur passionné, encouragea son penchant, et lui fit étudier la
musique vocale. Dès qu'il fut en état de lire à première vue les sol-
fèges de tout genre, on lui mit entre les mains un violon véritable,
au lieu de ceux qu'il improvisait auparavant avec tout ce qui lui tom-
bait sous la main. Un professeur de quelque mérite lui fît étudier de
bonne musique; et ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge de dix
ans il joua un concerto de Viotti dans une représentation extraor-
dinaire, au théâtre de Bayonne. L'effet qu'il y produisit fut tel, que
des amis de sa famille engagèrent son père à lui faire continuer ses
études musicales à Paris. Il y arriva environ dix-huit mois après, et
fut admis, en 1827, à suivre le cours de violon de Habeneck, comme
auditeur.
Une de ces circonstances inattendues qui exercent souvent une
grande influence sur le sort des artistes le fît admettre à concourir
pour le prix en 1829; car, au moment de l'épreuve, le courage fail-
lit à un élève de Habeneck. désigné pour le concours; il se retira,
et Alard, qui avait étudié en secret le concerto d'après les indica-
tion du maître, mais sans avoir eu de leçons personnelles, se pré-
senta, étonna le professeur, et remplaça son condisciple au concours.
Sa témérité fut heureuse ; car le deuxième prix lui fut décerné â
l'unanimité ; et dans le cours de l'année suivante, il emporta la palme
sur tous ses concurrents, également par une décision unanime du
jury.
Admis en 1831 dans le cours de composition de l'auteur de cette
notice, il le suivit pendant deux ans, jusqu'à l'époque où le profes-
seur donna sa démission pour prendre la position de maître de cha-
pelle du roi des Belges et de directeur du Conservatoire de Bruxelles.
C'est dans ces deux années d'études que Alard a acquis la manière
d'écrire élégante et pure qui distingue ses compositions.
Entré à l'orchestre de l'Opéra en 1831, il n'y resta que deux
années, parce qu'il voulut se préparer une meilleure position en se
faisant entendre dans les concerts. Jouant, en 1831, à la Société des
Concerts, dans la salle du Conservatoire, la polonaise d'Habeneck, en
présence de Paganini , qui venait d'arriver à Paris, ce grand artiste
loua beaucoup son talent, et ajouta ces paroles remarquables : Si les
élèves jouent comme cela ici, comment donc doivent jouer les maî-
tres? Dans un autre concert où Alard venait de se faire entendre,
Paganini, qui déjà éprouvait pour lui un vif sentiment de bienveil-
lance, lui fit don du bouquet qui lui avait été offert par une dame à
son entrée dans la salle.
En 1840, Alard entra dans la musique du roi, dont il devint pre-
mier violon, après la mort de Baillot. Il remplaça aussi cet artiste
illustre, en 1843, comme professeur de violon dans ce même Con-
servatoire où il avait commencé ses sérieuses et fructueuses études
seize ans auparavant.
En 1850 il a reçu le diplôme de chevalier de la Légion d'hon-
neur. Il est aujourd'hui violon solo de la chapelle impériale. Le ta-
lent de cet artiste, parvenu à sa maturité, a pour caractère distinctif
l'alliance entre les qualités classiques de l'ancienne et grande école
avec les innovations du mécanisme de Paganini et d'autres virtuoses
de l'époque actuelle, particulièrement en ce qui concerne la main
gauche. Grand musicien, nourri des beautés de la grande musique, il
est un digne interprète des œuvres de Haydn, de Mozart et de Bee-
thoven, et, dans le solo brillant, il a des hardiesses et des délicates-
ses qui semblent devoir le classer parmi les violonistes d'exception
destinés spécialement à jouer dans les concerts.
Quoique jeune encore, il a beaucoup écrit pour son instrument avec
accompagnement d'orchestre, de quatuor ou de piano. Ses œuvres
publiées jusqu'à ce jour sont celles-ci : 1° lr% 2e et 3e fantaisie sur
des thèmes originaux, op. 1, 4, 5. — 2° Fantaisie sur les thèmes de
Norma, op. 9. — 3° Id. sur Anna Bplena, op. 11. — 4° Id. sur Linda
di Chamounij, op. 12. — 5° Id. sur Maria Padilla, op. 17. — 6° ld. sur
la Favorite, op. 20. — 7° Id. (Souvenirs de Mozart), op. 21. — 8° Id. sur
la Fille du régiment, op. 28 . — Id. sur la Muette de Portici, op. 31.
— 9° Fantaisie caractéristique, op. 24. — 10° Premier grand con-
certo pour violon et orchestre, op. 15. — 11° Symphonie concertante
pour deux violons principaux et orchestre, op. 31. — 12° Six études
pour violon seul, dédiées à Paganini, op. 2. — 13° Dix études avec
accompagnement d'un second violon, op. 10. — 14° Idem, op. 16.
— 15° Dix études caractéristiques avec accompagnement de piano,
op. 18. — 16° Dix études dédiées aux artistes, op. 19. — 17° Pre-
mier quatuor pour deux violons, alto et basse, op. 8. — 18° Trois
duos élémentaires pour deux violons, op. 22. — 19° Trois duos faci-
les pour deux violons, op. 23. — 20° Trois duos brillants pour deux
violons, op. 27. — 21° Grand duo pour piano et violon, op. 25.
— 22° Tarentelle pour piano et violon , op. 14- — 23° Premier
nocturne1 pour violon avec accompagnement de piano, op. 6. —
24° Souvenus des Ptjrénées , deuxième nocturne, op. 13.
— 25° Barcarolle et tarentelle, pour piano et violon, op. 26. —
26" Élégie, mouvement perpétuel, caprice, op. 7. — 27° Villanelle,
0p. 09. — 28° Le Désir, fantaisie sur un thème de Schubert, op. 30.
— 29° Variations brillantes, op. 3. — 30° Ecole du violon, méthode
complète et progressive adoptée pour l'enseignement dans le Conser-
vatoire de Paris. Cet ouvrage, dont le mérite est incontestable, a ob-
tenu le succès brillant et solide auquel il pouvait prétendre. 11 en a
été publié des traductions en espagnol, en italien et en allemand.
PAGANINI ET PAER.
Notre confrère musical du Moniteur universel, dans son dernier
feuilleton biographique sur le grand violoniste génois, sait poser la
question suivante :
« Paganini a-t-il demandé des conseils à Paër? L'a-t-il seulement
» rencontré à cette époque? M. Fétis dit : non. M. Conestabile dit :
» oui. Le premier affirme que Paër, à cette date, était en Allemagne.
» Le second soutient que ce compositeur, entre deux ouvrages joués
» à l'étranger, revenait souvent dans sa patrie, et que rien ne prouve
» que Paganiui n'ait pu le voir et le consulter. Il me semble que cette
DE PARIS.
409
» polémique est oiseuse en présence du témoignage si précis du grand
» violoniste, qui (lit positivement que Paër l'accueillit courtoisement
» et le renvoya à Ghiretti, son propre maître, violoncelliste et contre-
» puntiste savant, l'un de ces musiciens consommés tels qu'il en sor-
» tait du fameux Conservatoire de la Pieta de Turclùni. »
Pour notre part, voici ce que nous tenons de Paër lui-même, qui
racontait fort comiquement la chose dans le salon de M. Bertnn, i'au-
teur dJ Aline et de Montana.
« Un jour, disait-il, dans les premiers temps de l'arrivée de Paga-
» nini à Paris, je vis entrer chez moi un homme grand, sec et pâle,
» qui tout à coup se laissa tomber sur un fauteuil, en s'écriant d'une
» voix brisée : — Ah! mon maître!... ah!... ah!.... J'avais beau le
» regarder, je ne reconnaissais nullement le personnage , qui sem-
» blait prêt à s'évanouir. Quand il fut revenu à lui , il nie dit son
» nom, en ajoutant que j'avais été son maître, et que le souvenir de
» mes leçons lui avait laissé une impression des plus vives. Ma mé-
» moire ne me retraçait rien... D'ailleurs le nom de Paganini est si
» commun en Italie qu'il avait pu s'en trouver un et même plusieurs
» parmi mes élèves. Puis, me ravisant, je ne pus m'empêcher de lui
» dire, sans malice aucune : — Mais, puisque'je suis votre maître et que
» vous vous le rappelez avec tant d'émotion, comment se fait-il que
» depuis tant d'années je n'aie jamais reçu le moindre petit mot de
» votre part ? »
Paganini balbutia n'importe quelles excuses, et Paër n'en resta pas
moins dans le doute sur la question de savoir s'il avait été ou non le
maître du virtuose le plus extraordinaire de notre siècle. Et ad/iuc
sub judice lis est.
Une belle et rare collection de musique religieuse, dramatique
et instrumentale, de livres sur la musique et d'instruments à cordes
des plus célèbres luthiers, provenant de feu Joseph Terby, maître de
chapelle de l'église primaire do Saint-Pierre, à Louvain, était annoncée
dans cette ville pour les 24 et 25 octobre dernier. Faute d'acheteurs,
cette vente n'a pu avoir lieu. Le catalogue, qui a été publié (Louvain,
G. Cuelens, brochure in-8° de 50 pages), comprend 57 i morceaux de
musique religieuse, 332 morceaux de musique théâtrale, 112 morceaux
de musique instrumentale à grand orchestre (ouvertures, symphonies,
concertos, etc.), 183 morceaux de musique de chambre, (trios, quatuors,
quintettes, etc.), 26 violons dont un stradivarius et deux amatis, deux
violoncelles, une contre-basse , une harpe, etc. Cette collection forme
dans sa spécialité un de ces assemblages rares et inappréciables aux
yeux des vrais amateurs. M. Terby y avait consacré plus d'un demi-siècle;
il fallait sa persévérance, son zèle infatigable, son amour du beau pour
arriver à un résultat si complet dans le but de ses recherches : une
histoire de l'art par ses monuments. Partant de l'époque où brillait Or-
lando di Lasso, on y voit la musique instrumentale acquérir insensible-
ment plus d'importance. Depuis le milieu du xvie siècle , les auteurs
célèbres s'y succèdent par une chaîne chronologique qui ne finit qu'à
nous. Les écoles italienne, flamande, française et allemande s'y trou-
vent au grand complet. Dans l'école italienne, les compositeurs napoli-
tains surtout sont en grand nombre. Ajoutons que beaucoup de mor-
ceaux de cette collection n'ont jamais été édités, et que plusieurs sont
introuvables. La copie en est généralement très-correcte. M. Joseph
Terby (né à Louvain le 23 décembre 1780), avait été un des meilleurs
élèves de Jean-Englebert Pauwels, compositeur et violoniste d'un grand
mérite. En 1809, il fonda dans sa ville natale l'Académie de musique
où il n'enseigna d'abord que le violon. Plus tard il y joignit une section
de chant. Les résultats en furent des meilleurs, car la musique, qui
jusque-là avait été négligée à Louvain, devint un art à la mode, on y
prit goût, et les amateurs augmentant chaque jour, le professeur fut
bientôt à même d'organiser des fêtes musicales à l'instar des grandes
villes voiswes. Terby était maître de chapelle de l'église primaire de
Saint- Pierre depuis 1833, et il est mort le 23 février 1860. Au nombre
des élèves qu'il a formés, nous citerons ses deux fils, Joseph et Fran-
çois, tous deux violonistes distingués et ayant chacun composé des
morceaux pour leur instrument. L'aîné, ancien violon honoraire du roi
Guillaume L" des Pays Bas, a été longtemps premier violon solo au théâ-
tre Italien de Paris. L'Annuaire dramatique de 1843 contient la biogra-
phie des Terby père et fils.
NOUVELLES.
*% Au théâtre impérial de l'Opéra, Robert le Diable a été joué mer-
credi avec son succès ordinaire. Semiramis et les sœurs Marchisio ont
défrayé les deux autres jours. — Aujourd'hui dimanche, par extraordi-
naire, le Prophète.
»■% Le nouveau ballet, le Papillon, est annoncé pour demain lundi.
„,*» Mardi dernier, pendant la répétition de ce liallet, Mlle Ba-
ratte, l'une des coryphées de la danse, s'étant trop approchée de la
rampe, le feu a pris à sa robe de gaze. M. de Saint-Georges, l'un des
auteurs du ballet, s'est élancé au secours de la jeune fille, que la
flamme entourait déjà. Mlle Baratte en a été quitte pour une grave brû-
lure au bras droit; M. de Saint Georges a reçu plusieurs atteintes au
visage et aux mains. Deux pompiers, qui lui ont prêté assistance, ont
également des brûlures aux mains. L'administration a décidé immédia-
tement qu'à l'avenir les danseuses seraient dans l'obligation de revêtir
aux répétitions les jupes carleronisées qui servent aux représentations,
et qu'aucun autre costume ne serait admis devant la rampe allumée.
t*t Le Prophète a été donné tout récemment à Bologne, avec un im-
mense succès. Mme Borghi-Mamo, qui chantait le rôle de Fidès, a été
applaud e à outrance et rappelée plusieurs fois. La célèbre cantatrice est
attendue le mois prochain à Milaa ; elle y restera jusqu'au printemps et
se rendra à Londres, où elle est engagée pour la prochaine saison.
*** La nouvelle de la rentrée de M. Leroy comme régisseur àl'Opéra-
Comique n'est pas exacte, au moins jusqu'à présent.
*** L'Etoile du Nord a été représentée dimanche et jeudi, et les deux
fois elle a rempli la salle de l'Opéra-Comique. Mme Cabel est plus que
jamais sans rivale par la manière dont elle chante le troisième acte du
chef-d'œuvre.
„% On annonce pour jeudi prochain la première représentation du
Roi llarkouf, le nouvel ouvrage en trois actes de MM. Scribe et Bois-
seaux, musique d'Offenbach.
*% Ensuite viendra l'opéra de MM. Scribe et Auber, dont les deux
premiers actes sont déjà entièrement sus.
„% L'inauguration du diapason normal au théâtre de l'Opéra Comique,
ayant été retardée par diverses causes, aura lieu pour la représentation
de ce dernier ouvrage.
„,*„, Le théâtre Italien a donné la Traviata mardi et samedi ; jeudi, le
Bar bière avec Ronconi.
„,** On répète activement Marta, qui sera chantée par Mario, Graziani ;
Mmes Marie Battu et Alboni.
„% Le théâtre impérial Italien prépare une grande solennité musi-
cale pour le mercredi 19 décembre, à huit heures du soir. On y exécu-
tera pour la première fois les Poèmes de la mer, ode symphonie avec soli,
chœurs et orchestre, poésie de M. J. Autran, musique de J. B. Wekerlin.
Cette exécution, sous la direction de l'auteur, aura pour interprètes cent
cinquante artistes.
„,*„ Par décret impérial, M. le comte Walewski est nommé ministre
d'Etat en remplacement de M. Achille Fould, démissionnaire.
*** Il y aura jeudi prochain un exercice des élèves du chant au Con-
servatoire. On y exécutera trois actes du Barbier de Scville.
#% Mlle Wertheimber a accepté des offres très-brillantes qui lui ont
été faites de la part de plusieurs grands théâtres de province, pour y
donner des représentations. La jeune artiste se rendra d'abord à Bou-
logne et à Lille, où elle a obtenu l'année passée de si éclatants succès.
,% Kotre illustre collaborateur, M. Fétis père, se trouve depuis
quelques jours à Paris.
„% S. Exe. le ministre d'Etat vient de charger M. Auvray de faire un
second buste de Lesueur, pareil à celui qui est dans le foyer do l'Opéra,
pour être placé dans les galeries historiques de Versailles.
„*„ La fête de sainte Cécile a été célébrée à l'église de Saint-Germain
des Prés par la réception d'un excellent orgue de chœur, sorti de la
maison Stoltz de Paris. Cet instrument, qui a deux claviers et quinze
jeux, produit le même effet qu'un grand orgue, grâces aux habiles com-
binaisons du facteur. Le crescendo surtout est remarquable. Tout l'orgue
étant expressif, cette nuance peut se produire sans secousses et l'effet
en est des plus heureux. La voix humaine, le cor anglais, la voix céleste
et le hautbois sont imités on ne peut mieux. M. Moncouteau, l'organiste
titulaire du grand orgue, connu par ses nombreux ouvrages sur l'har-
monie, a vivement félicité M. Stoltz. M. Adrien Gros, l'habile maître de
chapelle et organiste-compositeur, s'est distingué dans une improvisa-
tion très-brillante. M. J. Ch. Hess, invité par le facteur, a prouvé qu'il
était cligne de sa réputation. La cérémonie s'est terminée par la béné-
diction solennelle, dont les œuvres pleines de charme de M. Adrien Gros
ont fait tous les frais.
**„, Le jury de l'exposition universelle de Besançon vient de donner
410
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
un diplôme d'honneur â la maison Alexandre pour ses orgues, et une
médaille de première classe à MM. Aucher, fabricants de pianos.
»** Aujourd'hui dimanche, 25 novembre, l'Association des Sociétés
chorales de la Seine, à l'occasion de la fête de sainte Cécile et avec
l'autorisation de M. le curé de Saint-Roeh, fera exécuter clans cette église,
à dix heures et demie très-précises, sous la direction de M. Delafontaine,
son président, une grand'messe solennelle de la composition de Ch. Gou-
nod et de M. Ch. Vervoitte. Les soli seront chantés par MM. Battaille,
Dufrene et Ricquier-Delaunay. A l'Offertoire, la méditation religieuse de
S. Bach, arrangée par Ch. Gounod pour violon, harpe et orgue, sera
exécutée par MM. Adolphe Lebrun, Prumier et Leprévost, organiste-
accompagnateur de Saint-Roch. Le grand orgue sera tenu par M. Du-
rand. Une quête sera faite au profit de la caisse de secours de l'Associa-
tion des Sociétés chorales.
**„ Les journaux anglais annoncent pour l'année 1861 , un grand festi-
val international dans le genre de celui qui a eu lieu cette année.
Le comité qui a pris l'initiative de cette manifestation, a profité du
séjour à Londres de M. Delaporte pour en arrêter les bases. Cette
grande solennité réunirait les députations des orphéons de France aux
sociétés chorales anglaises.
„,*„, Mlle Léonie Tonel s'est fait entendre cette sem-aine dans une ma-
tinée intime, où elle a déployé son double talent de pianiste et de com-
positeur. On a notamment applaudi deux charmantes valses et rêveries,
qu'on a voulu entendre deux fois.
„,*„. Le congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique
d'église tiendra sa session du 27 novembre prochain au 1" décembre,
dans le local delà Société d'encouragement, rue Bonaparte , u° 44.
Les travaux du congrès seront inaugurés par une meSse du Saint-Esprit,
qui sera célébrée dans l'église de Saint-Eustache, le mardi 27, à onze
heures très-précises. Les chœurs de plusieurs paroisses de Paris ont bien
voulu s'adjoindre au chœur de cette église, pour exécuter, sous la di-
rection do M. Huraud , maître de chapelle de Saint Eustache, des mor-
ceaux de plain-chant, des fragments de Palestrina et du xv" siècle. Le
grand orgue sera tenu par M. Ed. Batiste; une allocution de circonstance
sera prononcée par M. l'abbé Victor Pelletier, chanoine de l'église d'Or-
léans, président du congrès. Le discours sera précédé du chant d'un
cantique du P. Brydaine.
„*„, V,. Théodore Ymbert vient de publier deux nouvelles fables de
la Fontaine, le Sahjie fi le Passant, pour voix de basse, et la Mort et
le Bûcheron, aussi pour voix de basse. Comme leurs devancières, elles
se recommandent à l'attention des amateurs de bonne musique.
„*„, Au concert donné le 20 novembre à l'hôtel de ville, au bénéfice
des Crèches, on a beaucoup remarqué et applaudi un trio d'Emile Al-
bert, interprété par MM. Lebrun, Lee et l'auteur, et le duo des Dragons
de Villars ; Mira la biavea luna, duo pour violon et violoncelle, de Si-
vori etSeligmann, a été très-bien exécuté par MM. Lebrun et Lee.
i% Le clavier Brouvver, nouvel instrument gymnastique, destiné à
exercer et fortifier les doigts isolément ou par groupes en conservant à
la main sa position normale sur le clavier, a reçu l'approbation de
M. llarmontel, professeur au Conservatoire.
„*» J. Schulhoff est attendu à Paris pour le 15 décembre. Il donnera
un concert dans le colirant de janvier.
„.%. La jeune et brillante pianiste, Mlle Octavie Caussemille, après une
longue absence marquée par les plus beaux succès, est de retour à
Paris, où elle passera l'hiver.
*x La circulaire que nous reproduisons ci-après vient d'être adres-
sée à MM. les commissaires de police de Paris et du département de la
Seine par M. le préfet de police :
« Messieurs,
» L'arrêté du 16 février 1859, qui a institué un diapason normal,
porte, article i : « Tous les établissements autorisés par l'Etat devront
être pourvus d'un diapason vérifié et poinçonné au diapason prototype, »
et article 5: « Le diapason normal sera mis en vigueur le 1er juillet, à
Paris; le 1er décembre dans les départements. A partir de cette époque
ne seront admis dans les établissements musicaux ci-dessus mentionnés
que les instruments au diapason normal, vérifiés et poinçonnés. » En
vertu de ces dispositions, S. Exe. le ministre d'Etat demande que l'ar-
rêté soit mis à exécution sans retard dans les concerts, cafés-concerts
et bals autorisés par mon administration. Je vous prie, en conséquence,
Messieurs, d'inviter chacun des directeurs de ces établissements qui se
trouvent sur votre quartier, à régler la tonalité de son orchestre sur le
diapason normal institué par arrêté ministériel et déposé au Conserva-
toire impérial de musique et de déclamation. Vous voudrez bien me
rendre compte du résultat de vos soins à ce. sujet. Agréez, etc. »
„*„ Le procès de M. Jules Barbier contre la commission des auteurs
vient de se terminer par un arrêt confirmant le jugement de pre-
mière instance, et motivé comme il suit : « Considérant que la Société
des auteurs et compositeurs dramatiques a été constituée notamment
pour la défense des droits des associés vis-à-vis des administrateurs des
théâtres, et pour la création d'une caisse de secours et d'un fonds
commun de bénéfices partageables; qu'aux termes des statuts, la com-
mission nommée par l'assemblée générale est autorisée à faire avec
toutes entreprises théâtrales des traités qui fixent les droits des auteurs
sociétaires, et chargée d'en assurer l'exécution de la part des contrac-
tants ; considérant qu'en vertu de ses pouvoirs, la commission, par acte
du 2 mars 1856, enregistré, a fait avec le directeur du théâtre Lyrique
un traité qui fixe à 12 0/0 de la recette la rétribution à partager par
moitié entre l'auteur des paroles et l'auteur de la musique ; que, le 29
janvier 1858, à l'occasion du Médecin malgré lai, opéra représenté au
théâtre Lyrique, la commission, eu égard à la nature de l'ouvrage, a
restreint les droits de Barbier et de Carré aux trois quarts des 6 0/0
revenant aux auteurs des paroles; restriction qui a été expressément
acceptée par lesdits Barbier et Carré ; que, plus tard, la même propor-
tion a été appliquée, par décision de la commission et par l'assemblée
générale, à l'opéra des Noces de Figaro, représenté sur le même théâtre
le 8 mai 1858; considérant que cette détermination, comme la précé-
dente, rentre dans l'objet de ia Société et dans les stipulations que les
statuts autorisent, etc., etc. »
t*j. En réponse au passage de son article biographique sur M. Beaulieu,
de Niort, dans lequel M. Fétis accuse les départements du centre et de l'ouest
delà France d'être restés musicalement presque à l'état sauvage jusqu'au
commencement de ce siècle, M. Meneau, de la Rochelle, nous écrit
pour rappeler que dès l'année 1790 une Société de concerts existait dans
cette ville, et que la Société philharmonique, à laquelle il se félicite d'ap-
partenir, n'a pas cessé de donner chaque année des soirées musicales d'a-
bonnement depuis 1815. Tous ces faits sont à coup sûr authentiques, et
pourtant le savant M. Fétis n'en a pas moins raison.
t*t L'éditeur Challiot publie l'album posthume d'Abadie contenant :
le Baptême d'un enfant, Rose des bois, le Vieux Castillan, les Clochettes, An-
dré Vésale, Bachehtte, Esclave et Créole, le Lutin des amoureux, le Fiancé de
Jeannette, Ils suivent la file comme les moulons, Diogène clierchant une
femme, Tout couleur de rose.
„..*„.. Le père de notre collaborateur et ami, Georges Kastner, vient de
mourir à Strasbourg dans sa quatre-vingt-unième année.
**„. Mlle Maurice P.euchsel, excellente musicienne, professeur de piano
et compositeur, est morte il y a quelques jours, au moment où elle com-
mençait à recueillir le fruit de ses longs travaux.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
t% Nantes, 23 novembre. — Le Pardon de Ploé'rmel a été exécuté avec
un ensemble parfait et a obtenu un succès immense Mme Raynaud a
merveilleusement joué et chanté le rôle de Dinorah : c'était un vrai
triomphe après l'air de l'Ombre. Comte-Borchard a dit son grand air et
ses couplets avec une âme et un brio qui lui ont valu deux ovations
justement méritées. Enfin, M. Charles est un Corentin comme il s'en
rencontre peu, à la fois bon chanteur, et comédien intelligent et dis-
tingué.
„% Le Havre. — On vient de reprendre les Dragons de Villars avec
Mlle Poussèze et M. Vincent. La partition de Maillart a été parfaitement
accueillie. Le Postillon de Lonjumeau a été reçu avec beaucoup de plaisir,
ainsi que Giralda, parfaitement interprétés, du reste, par M. Vincent et
Mlle Barrault. On annonce comme très -prochaines les reprises de la
Part du Diable, de Martha et de Haydée.
»% Marseille. — Roger a chanté deux fois le rôle de Jean de Leyde
dans le Prophète; le célèbre artiste a été accueilli avec les témoignages
de la plus vive sympathie. Il a dit la romance du second acte : Pour
Berlha moi je soupire, avec ce charme et cette poésie dont il semble avoir
seul le secret. A la chute du rideau, Roger a été rappelé et a reçu
l'ovation la plus brillante. — Le concert de Sivori avait attiré un
nombreux public. Les divers morceaux exécutés par le célèbre violoniste
ont soulevé l'enthousiasme le plus vif et le plus sincère.
t*é Marmnnde, 10 novembre. - Avant-hier, le cardinal-archevêque
de Bordeaux s'est rendu dans notre ville pour bénir notre nouvel orgue.
Son Eminence a été reçue, à l'entrée de la ville, par Mgr l'évèque d'A-
gen, le clergé de la ville et des environs ; on s'est rendu procession-
nellement à l'église, qui était splendidement illuminée et décorée. Après
. la bénédiction du l'orgue par Mgr Donnet, et un sermon prononcé par
un religieux, l'organiste de Notre-Dame de Bordeaux et celui de la ca-
thédrale d'Agen ont fait entendre le magnifique instrument construit
par Cavaillé-Coll, de Paris. La cérémonie s'est terminée ptr la béné
diction du Saint-Sacrement.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
„,*„ Londres. — L'événement de la semaine musicale a été la reprise,
à i'Opéra anglais de Covent-Garden, des Night dancers ( danseurs noc-
turnes), imité de Giselle, dont la musique est de Edw. Loder, et qui ob-
DE PARIS.
411
tint un très-grand succès lors de son apparition au Princess théâtre en
1846. Cet ouvrage fort remarquable n'a pas été moins bien accueilli
cette année, bien que l'exécution ait laissé a désirer en plusieurs points.
Mme Palmieri (Giselle), ainsi que MM. Uigh et Corri, chargés des prin-
cipaux rôles, ont été fort applaudis. — Les concerts populaires du lundi
viennent d'inaugurer, sous l'habile direction de l'excellent chef d'or-
chestre Benedict, leur troisième saison par une soirée très-brillante et
uniquement consacrée à l'exécution d'ouvrages de Weber, Spohr et
Dusseck.
%*x Bruxelles. — L'Etoile du Nord a été représentée deux fois dans le
cours de la semaine qui vient de s'écouler. Le grand opéra a eu une
belle soirée avec le Prophète. — M. Ch. Ilanssens vient de terminer la
partition du Siège de Calais, opéra en quatre actes, qui sera représenté
cet hiver au théâtre de la Monnaie. — Dans la séance du 8 novembre de
l'Académie royale de Belgique (classe des beaux-arts), M. Fétis a lu un
rapport sur la question de savoir s'il convient que la Belgique imite la
France en adoptant les mesures prises à l'égard du nouveau diapason.
Le savant directeur du Conservatoire est d'avis que le diapason
doit être fixé, mais non abaissé. — A l'occasion de la Sainte-Cécile,
on a exécuté, le 22 novembre, à l'église de Saint-Michel et Gudule, l?
messe solennelle de Charles Counod. Les soli de ténor ont été interprétés
par M. Cornélis, et les chœurs ont été. chantés par cent cinquante exé-
cutants.
**; Berlin. — La vogue est décidément à l'Opéra italien. Aous possé-
dons deux troupes italiennes à la fois, et Paris n'en a qu'une seule. Vous
savez que l'Opéra de la cour a renouvelé son traité avec Mérelli jusqu'au
15 janvier prochain. Cette société se trouvait dans la position la plus
critique, lorsque Mlle' Trebelli est venue la sauver. C'est la plus éton-
nante apparition que nous ayons vue surgir depuis longtemps à l'ho-
rizon dramatique, que cette jeune française, dont le véritable nom
est Gilbert. Mademoiselle Trebelli sera probablement la première
cantatrice d'un avenir très-prochain ; sa belle voix de contralto embrasse
deux octaves et demie; et dans cette étendue peu ordinaire, toutes les
notes de son organe sont également pures, vibrantes et du timbre le plus
sympathique. Ce qui distingue particulièrement Mlle Trebelli sur la scène,
c'est la manière large et puissante de traiter le récitatif, c'est l'habileté
consommée avec laquelle elle sait concilier les exigences de la dé-
clamation avec celles de la musique. Ce qui jusqu'ici manque sans
doute encore à la jeune cantatrice, c'est la passion.— Du 12 au 18 no-
vembre le théâtre de la Cour a joué : Sèmiramis, de Itossini ; Ca-
tarina Cornaro, de Lachner; Rigoletlo, de Verdi; Orphée, de Gluck;
le Templier et la juive , de Marschner. — La Société italienne du
théâtre Victoria a donné : la Traviata, de Verdi ; Lucia, de Donizetti ;
Rigoletlo, de Verdi. — Le 19, à l'occasion de la fête de la reine, l'aca-
démie de chant exécutera, dans l'église de la garnison, le Messie, de
Uaendel. Les soli seront chantés par Mmes Artot, Lagrange et Tre-
belli. — Au service funèbre pour la feue impératrice douairière de
Bussie — elle était la sœur du roi de Prusse régnant — le Domchor a
chanté les cantiques et hymnes funèbres dans la chapelle de l'ambassade
russe. — Les deux soirées de Mme Clara Schnmann ont été des plus bril-
lantes : on n'y a entendu que des œuvres classiques, exécutées avec une
pureté, une intelligence et une grâce incomparables. — Mlle Brunetti,
élève de Duprez, doit débuter incessamment au théâtre italien de la
Cour.
j*„ Weimar. — L'opéra de Chelard, Macbeth, que nous n'avions pas
entendu depuis vingt ans, a été repris ; le public lui a fait l'accueil le
plus sympathique. Le compositeur a été rappelé plusieurs fois. — Le
grand-duc vient de conférer à l'intendant général Dingelstedt la croix
de commandeur de l'ordre du Faucon.
**„ Leipzig. — Les honneurs du sixième concert du Gewandhaus ont
été pour Mme Clauss-Szarvady, qui a exécuté un concerto d'Hiller avec
cette netteté, cette vigueur et cette expression qui ont fait la renommée
de l'éminente pianiste. La deuxième partie du concert était consacrée
tout entière à Cherubini ; on a exécuté le Sanctus de son Requiem, l'ou-
verture et des fragments de l'opéra les Abencerrages, ainsi que l'ouverture
cVAnacrèon.
„,% Hanovre. — La compagnie italienne dirigée par M. L. Larina
a débuté au théâtre royal par Lucia. Le succès n'a pas été douteux un
seul instant. Mme Castellan s'est surpassée et a été très-bien accueillie ;
M. Baragli s'est montré le digne partenaire de la cantatrice.
*** Cologne. — Ce qui donnait un puissant attrait au deuxième concert
d'abonnement, c'est l'exécution magistrale d'un excellent concerto de
P. Hiller pour piano, par Mme Clauss-Sarvady, qui, en outre, nous
a fait entendre, avec non moins de succès, divers morceaux de Chopin.
*** Bologne. — Le Prophète a été représenté lundi et mardi avec un
succès immense. L'ouvrage, monté par Angelo Mariani avec un soin tout
particulier, a été accueilli con frenezia. Barbot a très-bien chanté Jean de
Leyde, et Mme Borghi-Mamo a déployé, dans le rôle de Fidès, toutes les
ressources de son beau talent. La célèbre cantatrice a eu de nombreux
rappels.
„,** Florence, 18 novembre. — La Schiller -Marsch a été exécutée hier
à la Filarmonica avec un immense succès. C'était pour la première fois
que l'on entendait cette belle œuvre de Meyerbeer en Italie.
*% Turin. — Le théâtre Gerbino vient de représenter la Bianca
lo de M. dell'Ongara. Cet ouvrage, dont le succès a été très-
grand, a été suivi de VEsmeralda, ballet de Perrot, mis en scène par
Frédéric Massini.
»% Saint-Fètersbourg. — Nos théâtres, fermés p?r suite du décès de
l'impératrice-mère, rouvrit ont le 2/14 décembre. Le théâtre italien inau-
gurera ses nouvelles représentations par la reprise du Pellegrinaggio di
l'ioërmel. C'est Mlle Fioretti qui y chantera pour la première fois le rôle
de Dinorah.
le Directeur : S DUl'OI 11 .
MAISON H. HERZ pianos, AS, rue de la
Victoire, à Paris.
.. A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle desconcertsdu Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n" 9.
u Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de celte espèce se distingua aussi des autres, sous
le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant, laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et Au obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
n A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, A l'unanimité, a cet artiste industriel, le premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. ■
[Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle (te Paris.)
Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu.
B"«3bS5«h nouvelle
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GRANDE PARTITION D'ORCHESTRE
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facteur de pianos. — Médaille
d'or, Exposition 1849; Médaille
de lro classe Exposition universelle 1855. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les
Expositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la
réputation est justement établie. Elle vient de
mettre en vente un nouveau modèle de piano
droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne
laisse rien à désirer sous le double rapport de la
quantité et de la qualité du son. — Magasin,
rue Montmartre, 161.
ALriîuHàii ù&A brevets d'invention cl de
perfectionnement.
Instruments F$uxomiiitoiti<incs. Invention à la-
quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con-
sacré la plus belle page dans son iuppout officiel {Ins-
truments de cuivre), dont voici de courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des troos d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par e'.le seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès a toutes les voix de chaque famille ; soprauos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application do ce système, a
(Page 1330.)
Breveté s. g. d. g.
Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en
bois. Ancien et nouveau système. Hue d'Abbcville, 5 bis,
près la place Lafayette, à Paris.
412
REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS.
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Musique de
E. GAUTIER
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TABLE THEMATIQUE
Ouverture 6 »
1. Morceau d'ensemble : Ma femme, ma femme 9 »
2. Duo chanté par Mlles Lemercier et Bousquet : Géralde est
son nom 6 »
3. Duo chanté par M. Couderc et Mlle Lemercier : Ah! ma
Dorine, Ah! cher Crispin 7 50
4. Couplets chantés par M. Berthelier : J 'aimons un' file
d' la campagne 2 50
k bis . Orchestre 3 »
5. Quintette: Pour écouter mes clients, d'ordinaire 9 »
Romance extraite du quintette, chantée par M. Warot :
La joie et la mélancolie 2 50
6. Air de Crispin, chanté par M. Couderc: L'argent gagné,
fade chimère 5 »
7. Finale : Ah! c'est trop fort, c'est incroyable 9 >>
Quadrille par Irltan.
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V Humour britannique , boutade anglaise de E. Bourget et
V. Parizot 2 50
Pile ou Face, de E. Bourget et G. Baneux 2 50
L: Dîner d". ma Tante, de E. Bourget et Lhuillier 2 50
Les Français en Chine, de E. Bourget et Plantade 2 50
CHANTÉES PAR JOSEPH KELM
Lon, Ion, la, noce normande, de Richemont, Joseph Kelm et
Léon Marie 2 50
Petit Minet, de Jules Bertrand et Marc Chautagne 2 50
Le Dernier des Boursiers, prophétie, de Roger d'Endoume et
Olivier Metra 2 50
Je resterai garçon, de Victor Mabille et Olivier Metra 2 50
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Exposition nationale française de 1844.
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27e Année.
IV0 49.
2 Décembre 1860.
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Sureaux des Messageries et des Postes.
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Formant un Album de chant, format in-a°.
A partir du 15 décembre, ces Primes seront remises aux anciens abonnés qui renouvelleront leur abonnement
et aux personnes qui en prendront un nouveau.
SOMMAIRE. — Théâlrc impérial de l'Opéra : le Papillon, ballet-pantomime
en deux actes et quatre tableaux, par Marie Taglioni et H. de Saint-Georges,
musique de J. Offenbacli, par E*anl Siuith. — Conservatoire impérial de
musique et de déclamation: exercice des élevés; le Barbier de Séoille. — De
la musique en Espagne (2e article), par Adrien de lia Fage. — Monument
à Cherubini. — Ilevue des théâtres, par I>. A. D. Saint-Yves. — Nou-
velles et annonces .
THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA,
IiE PAPIIXOW,
Ballet-pantomime en deux actes et quatre tableaur, par Marie
Taglioni et H. de Saint-Georges, musique de J. Offenbach.
(Première représentation le 2C novembre 18G0.)
Marie Taglioni! quel nom, quelle réclame pour un programme de
ballet, et quel honneur pour l'artiste qu'un tel auteur charge d'édi-
ter son œuvre I Tout d'abord Emma Livry s'était élevée au rang de
sylphide, et la voilà qui passe à l'état de papillon! 11 est vrai que
papillon et sylphide, c'est à peu près une seule et même chose. Les
bons sujets de ballet sont si rares, plus rares cent fois que les bons
sujets d'opéra, de tragédie et de comédie! En fait de conception pu-
rement chorégraphique, rien de borné comme l'infini : vous en at-
teignez le fond tout de suite. Si vous voulez retrouver un peu d'es-
pace et surtout de variété, revenez-en à notre pauvre terre, et deman-
dez-lut quelques-uns de ces drames que jadis on aimait tant chez
nous, que l'on aime encore sur la terre étrangère et que l'on nom-
mait ballets d'action. Mais pour les ballets d'action il faut des acteurs,
et nous n'en avons plus : depuis trente ans on s'est si bien appliqué à
en détruire la race! Nous n'avons que des danseuses et point de
danseurs, point de mimes ; restons donc dans les airs et dans les
flots de gaze; voltigeons, mourons axechSylphidcelwecGiselle, sa
sœur cadette; ressuscitons et montons au ciel avec son tout jeune
frère, le Papillon.
Avant de prendre son vol, le charmant lépidoptère avait pour
chrysalide la forme aérienne d'une noble fille enlevée à son père, un
h\k
REVUE ET GAZETTE MUSICAL"!'
émir circassien, par une méchante fée, qui en a fait sa servante. Cette
fée est elle-même sous le coup d'une métamorphose . venant de
n'importe quelle baguette. De jeune et belle qu'elle était, la baguette
l'a changée en vieille décrépite et la maintiendra telle jusqu'à ce
qu'un jeune homme lui fasse l'aumône d'un baiser.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ce que l'histoire ne nous dit pas, c'est que pour punir une ser-
vante dont les espiègleries l'impatientent, la fée Hamza ait pu vouloir
la changer en papillon. «Papillon, vole! vole! vole!» lui dit la fée, et,
tout en volant, le folâtre insecte vient se jeter tête baissée dans le
filet d'une bohémienne. La bohémienne le vend au prince Djalma,
qui s'est déjà épris de la servante et qui la revoit bientôt dans son
papillon. De là une suite d'événements et de péripéties que la magie
seule explique. Farfalla est reconnue pour fille de l'émir, et puis
elle redevient encore papillon. La fée Hamza redevient jeune et belle,
parce que le prince a le malheur de se tromper de joue et de dépo-
ser sur l'une le baiser qu'il destinait à l'autre. La fée entre en guerre
ouverte avec sa servante affranchie, et la remet sous le joug; elle
veut absolument lui ravir le cœur et la main du prince Djalma.
Vains efforts ! vains prestiges ! Au moment où l'union de la fée et du
prince va se célébrer devant la cour plénière des fées, un petit bon-
homme paraît, tenant à la main une torche enflammée (le livret dit
que c'est la torche de l'hymen). Farfalla, toujours papillonnante ,
aperçoit la flamme, et n'a rien de plus pressé que d'y venir brûler ses
deux ailes. Vous la croyez perdue, et pas du tout, c'est ce qui la sauve !
Le livret nous l'apprend ainsi : « Le charme est détruit avec les ailes
» de la princesje ; la baguette magique de la fée se brise dans sa
» main ; Farfalla redevient la belle jeune fille qu'adore le neveu de
» l'émir. » Vit-on jamais pareil miracle accompli par la torche de
l'hymen ?
De la Sylphide et de Giselle au Papillon il n'y a que la dis-
lance d'un thème à une variation. Dos partitions de Schneitzhoeffer
et d'Adolphe Adam, deux vrais chefs-d'œuvre, à celle d'Offenbach
quel est l'intervalle? La dernière venue est-elle aussi ce que son
auteur a écrit de mieux dans ce genre? On ne saurait le dire, puis-
que c'est son début, à lui, passé maître en tant d'autres exercices.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne pouvait écrire rien de vul-
gaire ni de mesquin ; mais on a beau posséder une habileté consom-
mée au service d'uue invention originale et hardie, on court le risque
de n'être pas tout à fait soi-même, lorsque pour la première fois on écrit
quelque chose qui doit être exécuté sur la grande >scène lyrique. On
fait sans se l'avouer un effort pour grandir, s'élever; on tend le jar-
ret pour montrer du nerf. Celte idée nous venait en écoutant l'ouver-
ture écrite par Offenbach, ouverture un peu longue quoique déjà
raccourcie, un peu obscure, un peu travaillée pour un musicien d'or-
dinaire si spontané, si clair. Hâtons-nous de déclarer que ces dé-
fauts, s'ils sont réels, n'apparaissent plus dans tout le reste de la
musique. Offenbach n'a eu que le tort de faire en entrant une révé-
rence trop étudiée, trop savante, et puis il s'est remis bien vite, il a
repris sa franche allure. Toutefois, sauf à revenir sur nos impres-
sions premières, la musique du nouveau ballet se distingue parj'in-
génieuse finesse d'une facture inspirée de la reine Mab plutôt que par
l'abondance de ces motifs au dessin net et populaire dont Offenbach
se montre si prodigue quand il est chez lui, ut home. Puisqu'il s'est
décidé à en sortir (el nous ne croyons pas que ce 'soit pour faire des
ballets), nous aurions mieux aimé avoir à le juger d'abord dans une
œuvre dramatique et chantante. La musique dansante a toujours cet
inconvénient grave, que les yeux donnent aux oreilles d'involontaires
distractions : on écoute le ballet, on regarde la musique.
Si Mlle Emma Livry n'eût existé, le Papillon n'était pas pos-
sible. A ce rôle tout aérien, tout diaphane, il fallait une artiste im-
palpable, dont le ballon fût l'apanage naturel, et Mlle Emma Livry
bnllonne comme on n'a jamais ballonné. Marie Taglioni elle-même
doit s'étonner en se voyant surpassée, mais elle se console sans doute
en songeant qu'elle avait la grâce, plus belle que la beauté. Sa légi-
time héritière n'a pas encore recueilli tout ce qu'il y a de bon dans
son héritage. En attendant, elle bondit et voltige comme nulle autre
ne pourrait le faire. Elle rase le sol, l'eau, les fleurs sans avoir seu-
lement l'air d'y toucher. Elle s'enlève comme la plume et retombe
comme la neige. Son danseur l'emporte si aisément qu'il l'emporte
trop. Quel dommage que ce danseur, ce jeune prince, ce bel amou-
reux, plein de talent du reste, ait une physionomie qui le rendrait si
propre à l'un des principaux emolois de l'ancien mélodrame, et ce ne
serait pas celui du traître! mais en revanche, quelle apparition ra-
vissante que celle de Mlle Louise Marcpiet, lorsqu'elle recouvre la jeu-
nesse et la beauté !
Le Papillon n'a qu'à se louer de la manière dont la direction et le
public ont fait les choses à son égard. Les décorations sont fort jo-
lies : on y reconnaît le pinceau des habiles qui se nomment (Jambon,
Thierry, Desplechin, Nolau, Piubé, Martin, radieuse pléiade ! La fête
n'eût pas été complète, si, après avoir demandé le nom des auteurs,
l'assistance n'eût demandé à voir l'un d'entre eux, Marie Taglioni, qui
s'est rendue à l'appel, heureuse et fière de reparaître encore une fois
sur le théâtre de sa gloire.
Paul SMITH.
CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION
Exercice Sjrïqne. — ïï,e BSarbier tle Sévilte.
Pour cette fois, le Conservatoire est en avance. L'année scolaire
commence à peine, et voilà déjà un exercice. Le Barbier de Séville
avait été choisi non sans raison : la prose de Beaumarchais et la mu-
sique de Rossini offrent une alliance de valeur assez rare pour n'être
pas des plus profitables. Parmi les élèves chargés des rôles princi-
paux, il y avait d'abord Mlle Balbi, MM. Capoul et Gourdin : Rosine,
Almaviva et Figaro. La Rosine est plutôt encore une Rosinette en trai •
de s'épanouir, une Galathéequi va s'animer, jouant peu mais biei
chantant plus et beaucoup mieux avec une voix pure, timbrée, légèrr
un style excellent de sagesse et de sobriété. L'Almaviva chante aust,
fort bien, mais un peu trop vile; il serre trop la note au lieu de m
souLenir et de l'arrondir. Figaro est acteur et chanteur par nature
musicien par étude : on le verra bientôt sur un de nos théâtres
Mlle Rolin, grimée en Marceline, M. Geraizer en Bartolo et M. Péroni
en Basile, méritent aussi d'être mentionnés.
La représentation des trois premiers actes du chef-d'œuvre a donc
marché on ne peut mieux. Par exemple, les gens experts, et il faut
convenir que le nombre en est infiniment petit, se sont fort étonnés
de ce que l'ancien diapason, banni de l'enseignement et des classes,
eût encore été conservé pour cet exercice. Est-ce que, par hasard, le
Conservatoire, en vertu de son titre, se serait cru obligé à cette mis-
sion conservatrice, lorsqu'au contraire il devait ouvrir la marche et
donner l'exemple ? Le grand Opéra, le théâtre Italien, le théâtre
Lyrique, ont pris le pas; pourquoi donc se mettre à la remorque de
l'Opéra-Comique, qui a son excuse pour être resté dans les traînards?
Le Conservatoire n'en a pas, et le chef du petit orchestre aurait dû le
comprendre. Celui qui a le plus besoin d'être obéi, no doit-il pas faire
preuve d'obéissance ? En tous cas, ce qu'on aura gagné, c'est d'en-
terrer solennellement l'ancien diapason, dont il ne sera plus question
en pareille circonstance.
P. S.
DE PAïliS
415
DE Là MUSIQUE EN ESPAGNE.
(2e article.) (1)
Le second volume de l'Histoire de la musique espagnole de M. Fuei-
tes commence par une introduction où l'auteur parle du chant ecclé-
siastique en général et finit par se restreindre à ce qui en ce genre
concerne l'Espagne. Dans le chapitre qui suit cetLe introduction, il se
transporte en France, parle des hardes gaulois et de l'état de la musique
sous les rois mérovingiens et carlovingiens ; il ne quitte la France qu'au
moment où celle-ci adopte l'opéra, et dans tout ce qui concerne la mu-
sique pendant cet espace de temps, il soutient qu'elle a fait de très-
fréquents emprunts aux Espagnols. Passant ensuite en Italie, il sem-
ble n'y arriver que pour donner de larges extraits de l'ouvrage de
Lampillas, dans lequel cet écrivain prend la défense de la littérature
et des arts chez les Espagnols, principalement contre Tiraboschi, qui
en avait parlé en effet avec un peu de légèreté. Que certains musi-
ciens espagnols aient aidé aux progrès de la musique en Italie, la
chose, pour moi, ne fait aucun doute. J'ai même cité à cet égard
un document fort peu connu (2) dans lequel un compositeur italien
parle du haut mérite des maîtres espagnols des xvr et xvir3 siècles, et
les met au-dessus de ceux de tous les pays en disant qu'il est, selon
lui, plus facile de les admirer que de les imiter. Mais encore, et en
négligeant toutes les objections susceptibles d'être faites à ce sujet, cela
ne veut pas dire que tout ce qu'ont fait les Italiens en musique leur
soit venu de l'Espagne. Le patriotisme gagne à se renfermer dans
de justes limites et surtout dans celles de la vérité.
Quelle opinion, par exemple, paraît mieux fondée en fait et en rai-
son que d'attribuer l'invention du draine lyrique aux Italiens, en ne
tenant pas compte de quelques essais informes et de certaines tenta-
tives sans suite qui avaient eu lieu antérieurement? Ne pouvant s'ins-
crire en faux à l'égard de points si bien établis, M. Fuertes n'en pré-
tend pas moins disputer les premiers lauriers de la musique drama-
tique aux Italiens de la fin du xvr3 siècle, notamment à Jacques Péri,
à Jules Caccini, à Jacques Corsi, etc. Voici comment raisonne le nouvel
historien de la musique espagnole: « Vincent Galilei, dit-il, et Jean-
Baptiste Doni, en leur temps les deux principaux réformateurs de la
musique italienne, conseillent aux compositeurs de leur nation d'imiter
en tout les chansons espagnoles. Telle fut, ajoute-t-il, la cause qui
détermina Caccini et Péri à reproduire dans leurs airs la douceur, la
naïveté et l'expression des chansons de l'Espagne, ce qui fut approuvé
avec enthousiasme par les littérateurs réunis à Florence. »
On pourrait répondre que les premiers auteurs de drames en mu-
sique ont assez peu imité le genre espagnol ; et s'il ne s'agit ici que
de chansonnettes, les Italiens en possédaient un grand nombre du
même genre que les musiciens d'alors tenaient au-dessous d'eux, ne
les croyant pas dignes d'être associées au drame lyrique. Les compo-
siteurs proprement dits pensaient que ces petites pièces étaient d'un
ordre inférieur; mais comme elles offraient de l'agrément, on avait fin.
par les imiter quant à la simplicité de la mélodie ; seulement on ajou.
tait à celle-ci une harmonie à deux ou trois parties dans le style du
temps, mais également fort simple, comme on peut le voir dans
quantité de recueils publiés en ce même temps en Italie sous les noms
de canzonelte, villanclle, zampille, arie napoletane, etc.
M. Fuertes ne s'en tient pas là, et ce n'est pas seulement la partie
mélodique des opéras dont il veut faire honneur aux Espagnols. Tout
le monde avait été jusqu'à présent à peu près d'accord pour attri-
buer l'invention du récitatif à Jacques Péri, ou, plus exactement, aux
seigneurs florentins et au poëte Octave Rinuccini, sous la direction des-
quels il avait travaillé; M. Fuertes ne partage point cette manière de
(1) Voir le n" ^9.
(2) Extraits du catalogue critique et raisonné d'une petite bibliothèque mu-
sicale, p. 39.
voir, et prétend que le véritable inventeur du récitatif est un certain
maître nommé Yillalobos qui fïorissàit au commencement du xvic siècle.
Son affirmation n'est du reste corroborée d'aucune preuve.
M. Fuertes ne dissimule aucunement ce que l'on a pensé com-
munément à cet égard. Il avoue qu'Ange Grillo, noble Florentin, se
trouvant en Espagne dans les premières années du xvnc siècle, adres-
sait alors à Jules Caccini une lettre dans laquelle il lui annonçait que
le récitatif invenlé'par Péri s'était déjà introduit chez les Espagnols.
L'auteur de la nouvelle histoire avoue aussi que Lope de Vega, dans
l'épître dédicatoire de sa Selua de amor sin amor, représentée à Ma-
drid en 1619, à l'occasion, de la guôrison du roi Philippe III, déclare
que ce genre de représentation musicale est tout à fait neuf en Es-
pagne en ce que l'on y trouve exprimés par la musique les points d'in-
terrogation et d' admiration, ce qui ne peut s'entendre que du ré-
citatif.
A ces preuves M. Fuertes oppose une pièce qui, si elle avait réel-
lement la valeur qu'il lui attribue, changerait toute la face de la ques-
tion; mais, comme on va le voir, en l'examinant avec attention, on
reconnaît bientôt qu'elle n'a véritablement aucune importance et que
sa valeur est toute imaginaire. Il est étonnant que M. Fuertes y ait
été trompé. Ce qui prouve du reste sa bonne foi, c'est qu'il a publié
cette pièce dans les planches de son livre.
Ce n'est autre chose que la romance Dulce esperanza mia, placée
par Cervantes dans la bouche d'un garçon muletier au quarante- troi-
sième chapitre de la première, partie de son immortel Don Quixote.
Cette romance fut mise en musique en 1591 par D. Salvador Luis,
chanteur de la chapelle et de la chambre de Philippe II ; M. Fuertes
en possède le manuscrit original. C'est là que, selon lui, se retrouve
le plus ancien récitatif, placé sur les deux derniers vers de la dernière
strophe :
No te desmaye el verte
A cada paso junto al de la muerte.
Je regrette bien de ne pouvoir reproduire ici l'air adapté à ces pa-
roles par Luis. En le lisant, j'avoue qu'il m'est impossible d'y voir
quelque chose de semblable à un récitatif: c'est au contraire, pour le
premier vers, une petite phrase progressive et chantante reproduite
immédiatement à la seconde, et pour le deuxième vers une manière de
terminer à laquelle le compositeur a cherché à donner une expression
en rapport avec le sens des paroles, mais où je n'aperçois ni la tour-
nure ni la forme du récitatif proprement dit, qui du reste en pareil
endroit eût été singulièrement placé.
M. Fuertes trouve encore un autre motif de supposer le récitatif
originaire d'Espagne: c'est sa forme d'accompagnement au moyen d'ac-
cords frappés et détachés, manière très-usitée sur la guitare. Il sup-
pose de plus que la première pièce où l'on ait chanté d'un bout à
l'autre est un drame espagnol intitulé El Parnaso; il aurait été tra-
duit en français et représenté à Paris ; or. Rinuccini n'a écrit son
Eurydice qu'après son voyage de France. Il y aurait lieu de discuter
longuement sur toutes ces propositions, mais la chose mènerait trop
loin.
Saint Philippe Neri, qui passe pour inventeur de l'oratorio, l'aurait
aussi emprunté aux Espagnols. Je pense qu'il ne l'a pas plus em-
prunté à ces peuples qu'à tout autre; car au moyen âge on a joué des
Mystères dans quantité de villes de tous les États de l'Europe, et
saint Philippe n'a aucunement eu besoin de sortir d'Italie pour avoir
eu l'idée de faire exécuter les pièces musicales que l'on a depuis nom-
mées oratorio.
Quant à ce que l'Espagne aurait pu fournir à l'Italie relativement à
la musique, il est mieux prouvé que des musiciens espagnols furent
appelés par Léon X pour représenter les comédies chantées qui s'exé-
cutèrent à Bologne au temps où Charles-Quint fut couronné roi de Lom-
bardie et empereur de Rome. Une de ces comédies, intitulée les Deux
vwnarques d'Europe, composée par Barthélémy de Salazar y Lima,
m
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
tHait encore une sorte de Mystère; on y voyait le couronnement mis
en scène, avec une procession de moii es et de prêtres qui entrait sur
le théâtre en chantant des paroles espagnoles, et toute la pièce était
en cet idiome (1).
11 paraîtrait aussi que les plus anciennes pastorales italiennes repré-
sentées à Naples, et que l'on a souvent regardées comme les premiers
essais du lyrodrame, furent mis en musique aux frais de D. Garcia de
Toledo, vice-roi de ce pays. Ce serait sur son ordre que le jésuite
espagnol Mosata, qui était aussi compositeur, aurait mis en musique
le Pas/or fidode Guarini et VAminta du Tasse.
Adrien de LA FAGE.
(La suite prochainement.)
MONUMENT A CHERDBINI.
La ville de Florence a résolu de rendre à Cheruhini l'honneur
qu'elle a rendu à ses hommes les plus illustres. Cherubini est né
dans cetle ville le 14 septembre 1760, et, à l'occasion de l'anniver-
saire séculaire de sa naissance, on a posé dans l'église de Santa-Croce
la première pierre d'un monument qui lui sera érigé à côté de ceux
de Michel-Ange et de Galilée. Une commission composée d'hom-
mes éminenls s'est formée à Florence pour recueillir les souscrip-
tions nécessaires et en diriger l'emploi. Le roi Victor-Emmanuel, le
prince de Savoie-Carignan, ont ouvert la liste des souscripteurs, et la
ville même y a contribué pour une somme importante.
La commission de Florence a fait un appel à la France, mais l'ini-
tiative prise en celte circonstance par l'Italie aurait pu l'être égale-
ment par nous, car on ne saurait dire à laquelle des deux nations
Cherubini appartient le plus. S'il est né en Italie, s'il y a fait ses
premiers pas d'artiste, c'est en France qu'il a composé ses chefs-
d'œuvre, fondé une école et laissé d'immortels souvenirs. Notre part
dans la dette commune est sans contredit la plus forte, et nous se-
rons heureux de l'acquitter. Un comité s'est donc constitué à Paris ;
il a lieu d'espérer que l'hommage de l'admiration et de la recon-
naissance sera digne des services rendus par ie grand artiste dont la
gloire demande une dernière consécration.
La souscription est ouverte au Conservatoire impérial de musique
et de déclamation, au bureau de M. Réty.
Les membres du comité :
MM. Auber, membre de l'Institut,
Prince Joseph Poniatowski, sénateur,
Halévy, membre de l'Institut,
Berlioz,
Carafa,
Clapisson,
Georges Kastner,
Meyerbeer,
Reber,
Rossini,
Ambroise Thomas,
Edouard Monnais,
Président.
Vice-Présidents
Membres de l'Institut.
Secrétaire.
(1) Cette comédie en musique a été conservée et se trouve dans les Comcdias esco-
gitas, imprimées à Madrid en 1CC5.
REVUE DES THÉÂTRES.
Odéon : l'Epreuve après la lettre, comédie en un acte, par M. A. De-
launay etE. Rosetti. — Gymnase : Reprise de la Dame aux Camé-
lias. — Vaudeville : les Mitaines de l'ami Poulet, comédie en
deux actes, par MM. Cormon et Michel Carré. — Palais Royal :
J'ai perdu mon Eurydice, vaudeville de MM. Marc-Michel et A. Cho-
Ier; le Passage Radziivill, vaudeville en trois actes, de MM. E.
Grange, Siraudin et Lambert Thiboust ; le Serment d'Horace, co-
médie de M. H. Murger ; le Passé de Nichetle, vaudeville de M- L.
Thiboust. — Porte-Saint-Martin : La 70e représentation du Pied
de mouton. — Ambigu : la Dame de Monsoreau, drame en cinq actes
et dix tableaux, par MM. Alexandre Dumas et A. Maquet. — Théa-
tre-Déjazet : — Reprise des Premières armes de Richelieu.
La comédie-proverbe a fait son temps, et les imitateurs d'Alfred de
Musset ou de M. Oclave Feuillet n'ont plus guère de crédit sur la
place. On s'est lassé à la fin de ce froid marivaudage, de ces scènes
sans action, qui n'étaient, a tout prendre, que les variations d'un
même thème. M. le comte de***cédera-t-il au caprice qui l'entraîne vers
Mme de X..., ou sa femme, par adresse ou par persuasion, réussira-
t-elleà conjurer la crise conjugale? Telle était l'éternelle question qui
s'agitait dans ces sortes d'esquisses plus ou moins littéraires, dont l'a-
bus a révélé l'uniforme faiblesse. Voici pourtant encore un petit pro-
verbe attardé qui s'est glissé l'autre soir timidement à l'Odéon, et
qui s'est fait accepter à la condition qu'il sera le dernier. Le sujet,
nous l'avons dit plus haut ; le titre, c'est l'Épreuve après la lettre, et
cela s'appelle ainsi, parce que le comte est mis à l'épreuve après la
trouvaille que sa femme a faite d'une lettre compromettante pour la
paix du ménage. Cette équivoque constitue, comme on voit, une va-
riété de la comédie-proverbe, c'est la comédie - calembour ; nous
ajouterons, en guise de circonstance atténuante, qu'il règne une cer-
taine dose d'esprit et de gaieté dans ce début de deux auteurs qui,
avant d'aborder le théâtre, avaient déjà essayé leurs forces dans le
journalisme.
— Il ne manquait au Gymnase qu'une seule pièce pour compléter le
répertoire de M. Alexandre Dumas fils, qui lui appartient désormais
tout entier. C'était la Dame aux Camélias, que le Vaudeville vient de
lui céder, et qui rencontrera bien certainement au boulevard Bonne-
Nouvelle un regain de succès, dans la comparaison qu'on voudra éta-
blir entre ses interprètes d'aujourd'hui et ceux de la création. Fechter
et Mme Doche y ont laissé des souvenirs, contre lesquels Lafontaine
et Mme Rose-Chéri auront besoin de réunir tous leurs efforts pour
faire pencher la balance de leur côté.
— Qu'est-ce que les Mitaines de l'ami Poulet, qu'on a jouées ces
jours-ci au Vaudeville ? Un étranger, peu familiarisé avec les syno-
nimes populaires de notre langue, aurait de la peine à résoudre la
question, et l'inconvénient de cette enseigne bizarre nous semble d'au-
tant plus gratuit, qu'on aurait pu lui substituer aisément celle de
l'Homme aux ménagements. L'ami Poulet est, en effet, un brave gar-
çon qui craint sans cesse de froisser son prochain, depuis le concierge
de la maison qu'il habite, jusqu'à la vieille tante qui s'érige en tyran
de son intérieur, sous prétexte que son héritage lui reviendra un jour.
Notre homme, par calcul ou par timidité, prend donc des mitaines avec
tout le monde, jusqu'à ce que, s'apercevant que chacun exploite sa
manie de conciliation, il soit forcé de sortir de son caractère et de
prouver qu'au besoin il n'est pas plus endurant qu'un autre. Cette
comédie est amusante parce qu'elle est vraei, et qu'elle fronde un
travers dont on rencontre à chaque pas des échantillons dans la so-
ciété. Aussi, a-t-elle franchement réussi, et ne prendrons-nous pas
de mitaines pour en souhaiter souvent de pareilles au théâtre de la
Bourse.
— Tous les comiques du Palais-Royal sont à leur poste, et les
DE PARIS.
417
nouveautés se succèdent à l'envi pour utiliser leurs services. Voici
d'abord Brasseur, qui, en digne fils d'Albion, chante h tous les échos :
J'ai perdu mon Eurydice, et pousse l'excentricité jusqu'au point
d'offrir de l'argent à un mari pour avoir le droit de contempler, dans
la personne de sa femme, le portrait vivant de son infidèle. Le marché
une fois conclu, il en résulterait de singulières choses, si l'Anglais
n'apercevait par la fenêtre son Eurydice au bras du géant du boule-
vard du Temple, et n'était à l'instant guéri de son amour. Qui se
serait jamais douté que la délicieuse mélodie de Gluck servirait de
prétexte à une facétie de ce calibre ? Ces vaudevillistes ne respectent
rien.
Deux rôles nouveaux composent la part de Ravel. Dans le Passage
Radziwill, c'est un monsieur qui court après les femmes en leur
offrant des parapluies. Les maris de ces dames, armés de son signa-
lement, le poursuivent à tous les étages de cet obscur passage, et
font retomber leur vengeance sur un marchand de parapluies, victime
du quiproquo. Drôlerie fiévreuse, un peu longuette, et qui se refuse
à l'analyse. Nous préférons de beaucoup le Serment d'Horace,
d'H. Murger. Là, du moins, les scènes sont plus posées, et Ravel
attrape les mots sans courir. Horace est un original qui a trouvé
un carnet sur lequel un inconnu a inscrit l'emploi de sa journée. Il
fait serment d'accomplir à la lettre tous les projets de l'inconnu, et
il s'y prend si bien qu'il finit par supplanter le propriétaire du carnet
auprès de la dame de ses pensées. Avis aux gens qui laissent traîner
leurs secrets sur la voie publique.
Enfin, le Passé de Nichette est un joyeux vaudeville, parfaitement
interprété par Gil-Pérès et par Luguet. Un monsieur se marie, mais au
moment d'entrer en possession de ses droits conjugaux, il reçoit la
visite d'un jeune homme qui vient lui redemander les lettres de
Mlle Nichette, son ancienne maîtresse. La mariée s'indigne, le mari se
justifie, et il obtient le pardon du passé, grâce aux promesses de
l'avenir.
— On ne signale encore aucune défaillance dans le succès du Pied
de mouton, à la Porte-Saint-Martin. L'habile direction de ce théâtre
n'épargne, il est vrai, ni soins ni dépenses pour maintenir des recettes
à leur apogée. Le jour de la 70' représentation de cette féerie,
tous les costumes ont été renouvelés ; un décor représentant la
salle de l'Opéra pour une nuit de bal masqué a fait sa première ap-
parition, et un corps de ballet tout entier, venu à grands frais d'Italie,
a remplacé le bataillon chorégraphique anglais, qui a repassé le dé-
troit. C'est une seconde période qui commence; il n'y a pas de raison
pour qu'elle finisse.
— Mais c'est assez nous amuser aux bagatelles de la porte ; entrons à
l'Ambigu, où s'est accompli le grand événement de la quinzaine, la
première représentation de la Dame de Monsoreau. Le roman, publié
sons ce titre, a partagé la vogue des Mousquetaires, de Monte-
Cristo et de quelques autres productions dues à l'heureuse associa-
tion de MM. Alexandre Dumas et Maquet, qui depuis... mais alors
la discorde ne s'était pas mise entre eux. Quoi qu'il en soit,
leurs dissidences n'ont pas empêché la transformation du livre en
drame. Le procédé est si simple et si commode ! il n'est presque be-
soin pour cela que d'une paire de ciseaux. Et c'est précisément la
popularité du roman qui fait l'attrait de la pièce; le moindre déran-
gement gâterait le plaisir du public. Nous n'en voulons pour preuve
que les modifications introduites après coup dans le rôle de Chicot et
qui ont failli compromettre le dénotaient de l'Ambigu. On connaît
les amours de Diane de Méridor, dame de Monsoreau, avec le baron
Bussy d'Ainboise; on se rappelle les merveilleux coups d'épée échan-
gés entre ce brave des braves et les mignons de Henri III; on n'a pas
oublié la sympathique physionomie de Chicot, le fou du Roi , ni les
allures rabelaisiennes du moine Gorenfiot qui conspire, inter pocula,
contre la monarchie des Valois. Mais ce qu'on ignore, c'est que le
personnage de Chicot est joué à l'Ambigu par Mélingue, et que, selon
les us et coutumes dramatiques, tout doit s'effacer devant ce comé-
dien exceptionnel, dont le nom est un aimant irrésistible pour les ha-
bitués du boulevard. Sans rien changer aux principales situations du
roman, il a donc fallu les faire tout doucement converger vers cette
étoile qui, du second rang, s'est ainsi élancée au premier. Puis, pour
clore dignement l'épopée de Chicot, il est devenu nécessaire de sa-
crifier un peu Bussy, et de faire un accroc à l'histoire , en mettant
Chicot aux prises avec les assassins soudoyés par le sire de Monsoreau.
Nous n'avons pas à nous prononcer sur le mérite de cette substitution;
il le fallait, comme on dit dans les Saltimbanques, et elle est au-
jourd'hui acceptée. Le tableau du guet-apens, modifié de la sorte,
est même un de ceux qui produisent le plus d'effet. Du reste , dans
tout l'ensemble de l'ouvrage, la direction de l'Ambigu a fait preuve
d'une excessive prodigalité. On ira voir la Dame de Monsoreau., non-
seulement pour les souvenirs qu'elle évoque, mais aussi pour la ma-
nière dont elle est interprétée et pour les magnificences de sa mise
en scène .
— La reprise des Premières armes de Richelieu fait émeute au
boulevard du Temple, et le petit théâtre Déjazet est assiégé chaque
soir par une foule avide d'applaudir l'inimitable actrice qui a créé
cette pièce il y a plus de vingt ans, et qui y est encore aussi jeune,
aussi vive, aussi spirituelle qu'au premier jour.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„*,„ Au théâtre impérial de l'Opéra, le Papillon a rempli les trois re-
présentations de la semaine, accompagné soit des deux premiers actes de
Lucie, soit du premier acte du Comte Ory. — Aujourd'hui dimanche, la
433° représentation de Robert le Diable.
t% Dans la représentation du Prophète donnée dimanche dernier,
Mme Tedesco a chanté et joué admirablement le rôle de Fidès. La cé-
lèbre cantatrice a partagé les bravos avec Gueymard, qui n'a pas été
moins admirable dans le rôle de Jean de Leyde.
»** Cinq représentations consécutives du Prophète à Bologne ont con-
solidé le succès du chef-d'œuvre de Meyerbeer et ont fourni à Mme Borghi-
Mamo, l'excellente interprète de Fidès, l'occasion de se faire applaudir
beaucoup plus encore qu'elle ne l'avait été jusqu'ici.
„.*, Al'Opéra-Comique, après une répétition générale de Barlcouf, dans
laquelle Mlle Saint-Urbain avait fort bien joué et chanté, cette artiste a
été prise d'une indisposition assez grave pour que la première repré-
sentation de l'ouvrage ait dû être remise, sans qu'on puisse prévoir
encore le jour où elle aura lieu.
*** L'ouvrage, en trois actes, de MM. Scribe et Auber, Faublas, se
répète au théâtre, et pourrait passer avant Barkouf.
„% On annonce pour après-demain la représentation de l'opéra-comi-
que, en un acte, l'Eventail, paroles de Carré et Barbier, musique d'Ernest
Boulanger. — Le même soir aura lieu la reprise de la Perruche, de Cla-
pisson.
t*t La représentation qui devait avoir lieu au bénéfice de Mme Marie
Cabel, a été ajournée au mois de mars 4 8(31.
4*„ Au théâtre Italien, dimanche dernier, Ronconi a joué Rigoletto.
Le célèbre artiste a justifié la réputation qu'il s'est faite dans ce rôle,
l'un des meilleurs de son riche répertoire. Mlle Marie Battu remplit tou-
jours avec distinction le rôle de Gilda.
t*x Lucia di Lammermoor a été jouée mardi, Rigoletto jeudi, et hier sa-
medi on a donné le Barbier de Séville.
*** Maria sera reprise mardi prochain.
*** Au théâtre Lyrique on a répété avec orchestre les Pécheurs de Catane,
de Maillart. L'affiche annonce la première représentation comme très-
prochaine. — On répète activement au foyer l'ouvrage de MM. Boisseaux
et Clapisson; le titre provisoire est Mardi-gras.
41S
UhVIE KT GAZETTE MUSICALE
„.% On s'occupe aussi des Ruines de Baïbec de M. Reyer, et les études
dt'Astaroth de M. Debillemont touchent à leur fin. — On vient égale-
ment de mettre à l'étude les Deux Cadis, opéra comique de MM. Furpille
et Ch. Inibert.
**, On vient de recevoir un opéra intitulé le Chevalier de Noël,
dont la musique est de M. Maillot, auteur de la Vendéenne, opéra joué
a Rouen avec succès.
„% Par suite de la suppression du ministère de la maison de l'Empe-
reur, le théâtre impérial de l'Opéra est replacé dans les attributions du
ministre d'Etat. Tous les théâtres, sans exception, relèvent dès aujour-
d'hui du nouveau ministre, M. le comte Waleski, L'Opéra n'en reste pas
moins une dépendance de la liste civile. Confié spécialement â l'admi-
nistration de M. le comte Waleski, il ne saurait en aucune façon être
assimilé aux entreprises particulières, ni rentrer dans le service ordi-
naire des bureaux.
,,% Par décret impérial, en date du 25 novembre, M. Eugène Mar-
chand, sous-directeur au département des affaires étrangères, a été
nommé secrétaire général du ministre d'État, en remplacement de
M. Pelletier, appelé à d'autres fonctions.
*% Mlle Rcy, du théâtre de 1 Opéra, et M. Tagliafico, du théâtre italien
de Londres, ont été engagés cette semaine pour le concert donné par
la Société philharmonique d'Arras au bénéfice des pauvres. Ces deux
artistes, nous écrit-on d'Arras, ont été dignement appréciés par notre
public. M. Tagliafico a littéralement fait furnre avec la romance de
l' Etoile du, Nord et la tarentella de Hossini.
„% Mous lisons dans un journal que la Traviata vient d'être défendue
à Berlin, à cause du libretto qui ne convient pas à une ville protestante.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la Dame aux camélias dans sa forme
primitive y a été représentée très-souvent sur des théâtres de drame.
**„ On connaît et on apprécie très-fort le beau talent de pianiste de
Mme Clara Pfeiffer. Comme compositeur, elle a droit à de non moins vives
sympathies. Sa sonate inédite, qu'on a entendue dimanche, chez elle,
pour la première fois, est une œuvre de haute portée, une œuvre
sérieuse, nous allions dire une œuvre de maître. Ecrite dans le genre
classique, elle, révèle une-netteté de pensée, une pureté de style et des
inspirations peu communes. Validante et le rondo ont peut-être plus par-
ticulièrement excité l'enthousiasme. 11 y a là autant d'imagination que
de savoir. Les mélodies ont de l'originalité, de la couleur, de la fran-
chise, et, dans les développements, de soudaines réapparitions du thème
principal produisent le plus bel effet, et attestent une étude approfon-
die des grands modèles de l'école allemande. Les quatre morceaux dont
se compose cette sonate ont été exécutés par l'auteur avec une verve, un
style soutenus, qui deviennent rares. Le talent est héréditaire dans cette
famille. Georges Pfeiffer a eu sa bonne part de bravos pendant cette
charmante matinée. 11 a joué deux morceaux de sa composition, la Hou-
lette et un Boléro de concert qui ont ravi l'auditoire. Dans ces pages lé-
gères, gracieuses et de caractères si différents, on reconnaît pourtant
une grande habileté, une harmonie toujours distinguée qui relève les
mélodies et leur donne beaucoup d'intérêt.
*„. Le violon stradivarius dont Spohr s'est servi pendant un demi-
siècle va être mis en vente par ses héritiers. On dit que c'est un des
meilleurs instruments à cordes connus.
t\ La célèbre cantatrice, Ida Bertrand, a quitté sa villa pour ren-
trer à Paris et reprendre le cours de ses leçons, ce qui ne l'empêchera
pas de se faire entendre cet hiver sur l'un de nos théâtres. De bril-
lantes propositions lui ont été faites après la solennité musicale donnée
par elle vers la fin de la saison, avec le concours de Oraziani et autres
artistes de prima sfera.
**„ Dans quelques jours paraîtra la partition pour piano et chant,
format in-8°, i'Olympie, de Spontini. Cette édition de bibliothèque, soi-
gneusement corrigée et revue par J. Rosenhain, va enfin permettre aux
artistes et aux amateurs de se procurer une œuvre, qui se recommande
à tant de titres à l'admiration, et qui formera le complément indispen-
sable de toute bonne collection des classiques modernes.
„*„, Le pianiste-compositeur Melchior Mocker, après une brillante
tournée en Italie et en Allemagne, et de très-beaux succès obtenus à
Milan, à Vienne et à Munich, vient de rentrer à Paris, où il ce fixe
désormais .
„*„.. Le célèbre pianiste. A. Jaell parcourt en ce moment la Suisse,
après avoir passé deux mois dans la retraite et le travail. Il a déjà donné
des concerts à Bâle, Saint-Gall et Zurich. Dans cette dernière ville, la So-
ciété chorale, que dirige le célèbre compositeur suisse, W. Baumgart-
ner, a salué son arrivée par une sérénade. Il se rendra aussi à Lau-
sanne et Genève.
,,% Parmi les nouveautés pour le piano qui vont paraître dans la pre-
mière quinzaine de décembre, nous recommandons spécialement deux
morceaux d'Emile Albert, ayant pour titres Menuet et Tarentelle. Emile
Albert est l'auteur du remarquable trio de salon, interprété avec tant de
succès au concert donné au bénéfice des crèches dans la salle de
l'Hôtel de ville, et qu'on a déjà beaucoup applaudi dans plusieurs villes
de la province.
*** Le célèbre violoniste Ernst se trouve en ce moment à Vienne.
L'état de sa santé s'est sensiblement amélioré, et l'on est fondé à espérer
que le compositeur-virtuose pourra bientôt faire exécuter un opéra qu'il
vient de terminer.
t% M. J. Massenet, appelé à Troyes par la Société philharmonique, a
obtenu un succès des plus brillants en exécutant au concert de cette
Société, le 28 novembre dernier, une valse de Chopin et une grande fan-
taisie de sa composition sur le l'ardon de Ploërmel. Mlle Monrose a aussi
été très-applaudie; elle a chanté la romance de la Part du Diable, les
couplets du Roman d'Elvire, et enfin le délicieux air de l'Ombre, du
Pardon de Ploërmel, qui lui a valu un véritable triomphe.
*% Rosenhain est de retour à Paris et va reprendre ses cours artis-
tiques. Il nous rapporte de Bade (où il a fait bâtir une charmante villa)
plusieurs nouvelles compositions pour piano, qui vont paraître prochai-
nement.
*% M. Reichardt passera à Paris une partie de l'hiver ; le charmant
ténor a fait tout récemment une tournée très-brillante en Angleterre
avec M. Beale. Il est non-seulement excellent chanteur, mais aussi com-
positeur d'une réelle distinction. Parmi les œuvres qu'il compte faire
entendre cette saison, on cite la délicieuse mélodie ayant pour titre :
Oh! belle étoile'- oh! doux reyard! destinée à un succès de vogue.
**„ Le célèbre violoniste Jean Becker vient d'obtenir de nouveaux
succès à Brème. Il s'y est fait entendre dans le concerto de Mendelssohn,
qu'il exécute avec une supériorité rare, et il a déployé aussi une habi-
leté prodigieuse dans le Nel cor piu mi non sento de Paganini.
**„, A l'occasion de la dernière séance annuelle de la Société des
sciences industrielles de Paris, un concert a été donné, le 25 novembre,
dans la salle Saint-Jean de l'Hôtel de ville. La Société chorale, l'Harmonie,
y a chanté plusieurs chœurs, parmi lesquels le Noël, d'Adam, arrangé
avec accompagnement de voix seules, par M. A. Elwart, a produit un
excellent effet. Le solo était chanté par Mme Adeone Chevillard, jeune et
déjà habile contralto de l'école de Mme Ugalde.
**,., MM. Alexandre père et fils, ces infatigables chercheurs, viennent
de mettre en vente un nouvel instrument d'une utilité incontestable
pour les familles, les salons et les artistes en général. Cette nouvelle créa-
tion se nomme V Annexe piano, et permet à toute personne ayant un piano
d'exécuter un duo d'instruments. Le clavier.de trois octaves de l'annexe
comprend trois registres, flûte, hautbois et voix céleste. La main gauche
fait les accompagnements sur le piano, tandis que la main droite exécute
à volonté le chant sur l'annexe, et traduit alternativement sur le piano
les passages brillants — V Annexe-piano se fixe sans travail et se déplace
sans avarie, sous le clavier de quelque piano que ce soit.
*** Péltinette, tel est le titre d'une petite polka chinoise composée poul-
ie piano par J. J. Rebsamen. Cette publication, qui est en ce moment
de circonstance, obtient un véritable succès.
.,,*„. Au Cirque-Napoléon, on offre depuis quelque temps un intermède
musical, dans lequel un Hongrois, M. Krathy-Baschik, exécute sur
l'harmonicor de véritables tours de force. L'harmonicor est un petit
instrument dont les dimensions, en long et en large, n'excèdent pas celles
d'uu doigt, et qui est percé de trous munis de petites lames de métal
assez semblables à celles de l'accordéon ordinaire. A l'aide de cet ins-
trument , d'une naïveté toute primitive, M. Krathy - Baschik exécute
des chants de plusieurs parties, avec des accords et leurs renverse-
ments. Sur un accompagnement à trois parties, le chant se dessine avec
toutes les difficultés de grupetti, d'appogiatures, etc. Le virtuose hon-
grois obtient chaque soir un très-brillant succès.
*** Le gouvernement actuel de la Chine se divise en quatre branches
principales, confiées à des mandarins qui exercent leur pouvoir sans
contrôle. Nous ne remarquons pas sans intérêt que la quatrième, le dé-
parlement de la musique, a pour président le seul frère survivant du pré-
cédent empereur.
„% Un amateur de musique français, M. Bordas, vient d'imaginer un
singulier instrument, le lithophom. C'est un clavier composé de simples
cailloux de silex de forme allongée et qui rendent des sons harmo-
nieux. Ces pierres mélophones ont été trouvées dans une carrière du
Périgord : quelques-unes sont des pétrifications antédiluviennes.
M. Bordas se place devant son clavier, et, avec deux cailloux non so-
nores, il frappe les touches et exécute les valses, des airs rustiques, des
accompagnements pleins d'originalité. Le lithophone conserve le ton un
peu cassant des castagnettes, mais ce n'en est pas moins une récréation
musicale très-ingénieuse et qui aura uu grand succès de curiosité cet
hiver.
»** Le directeur du théâtre du Vaudeville, .M. Louis Lurine, est mort
vendredi dernier. 11 était malade depuis quelque temps. La littérature
DE PARIS.
419
perd en lui un de ses écrivains les plus brillants et les plus féconds :
c'était aussi un orateur qui improvisait avec beaucoup d'éclat et d'a-
bondance.
,.% Charles Binder, compositeur et chef d'orchestre du théâtre Charles,
à Vienne, né en cette ville le 29 novembre 1816, vient d'y mourir ces
jours derniers.
*** F. -G. Tinney, pianiste et compositeur de musique de danse, est
mort à Londres le 13 novembre.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*** Strasbourg. — l'Étoile du Nord a été reprise dimanche. Les ar-
tistes ont été généralement à la hauteur de leurs rôles; Mme Rau'is et
M. Bonnefoy ont été très-applaudis.
„.% Caen. — Après avoir payé un juste tribut d'éloges au violoniste
Bazzini, le Moniteur du Calvados consacre quelques lignes à une jeune
cantatrice nommée Maria Talvo, qui s'est fait entendre au concert donné
par réminent virtuose. Mlle Maria Talvo a chanté de la façon la plus
pathétique le bel andante du Prophète, et le grand air qui le suit.
,.*„. Lyon. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se poursuivent ac-
tivement au Grand-Théâtre, et on y espère pouvoir donner très-prochai-
nement l'œuvre de Meyerbeer.
*** Toulon. — On vient de monter H Fée aux Roses. Décors, trucs,
machines, tout a été parfait. Les artistes ont fait merveille, et cette
reprise a eu beaucoup de succès.
*'■%, Bordeaux. — Aime Juliette Borghèse s'est fait entendre dans les
Dragons de Villars, dans l'intervalle de ses deux derniers débuts. Il est
impossible de rendre avec plus d'art et plus d'esprit les nuances du rôle
de Rose Friquet : aussi, après le triomphe remporté par Mme Borghèse,
un troisième début n'était plus qu'une formalité, et son admission a
été annoncée au bruit des applaudissements les plus unanimes.
*** Beauvais. — Les élèves du grand séminaire de cette ville ont exé -
cuté. le 21 novembre, sous la direction de leur professeur, une messe
à quatre voix du célèbre Sigismond Neukomm. Cette belle composition
est écrite pour quatre voix d'hommes avec soli et accompagnement d'or-
gue. Le soir de ce jour, qui était celui de l'anniversaire du grand sémi-
naire, les soixante chanteurs ont chanté au salut plusieurs motets de
l'élève d'Haydn. M. A. Neukomm avait été gracieusement invité à assister
à cette petite fête de famille, et c'est avec la plus vive émotion qu'il a
été le témoin des marques d'estime et de respect données à la mémoire
d'un maître, d'un ami et d'un frère bien-aimé.
a** Boulogne-sur-Mer, 2S novembre. — Le premier concert d'hiver de
la Société philharmonique vient d'avoir lieu. M. et Mme Patriossi se
sont fait vivement applaudir, particulièrement dans trois duos pris du
Barbier, ù'Ernani et de VElisir d'amure, qu'ils ont dit avec l'ensemble,
la méthode et l'esprit que possèdent les excellents chanteurs de l'école
italienne. — 1111e IL Filliette, jeune et gracieuse pianiste boulonnaise, a
justifié ce que promettaient son début de l'année dernière et ses ré-
cents succès obtenus à Dieppe ; elle a parfaitement interprété un Ca-
priccio de Mendelssohn , la Romance russe de Ketterer, et la Danse in-
dienne de Félix Godefroid, qui lui ont valu un nouveau triomphe. —
M. Delpeuch a aussi obtenu sa grande part d'applaudissements dans une
fantaisie pour le hautbois de Verroust, et l'orchestre, sous la bonne
direction de M. Chardard, a joué avec beaucoup de verve 13s ouvertures
du Farfadet et d'IIaydée
CHRONIQUE ETRANGERE.
**„ Londres. — La Maria de Flotow vient d'être donnée au théâtre de
la Beine avec un très-grand succès. L'interprétation n'a, du reste, rien
laissôâdésirer. MmesTitjens, Lemaire.MM. Giuglini et Violetti, se sont par-
tagé les applaudissements enthousiastes. Dans quelques jours on donnera
Lucia. Le baryton Briani chantera le rôle d'Arthur. La Lucrezia Viendra
ensuite.— Le 20 novembre, l'excellente compagnie italienne de M. Smith
s'est transportée de Buth, où elle a donné un grand concert. Giuglini a
chanté la romance de Marta : M'appari luit' amore, puis avec Mme Pa-
repo le duo de la Traviata, puis enfin une ballade de Balle ; Briani et
Vialetti ont eu leur bonne part d'applaudissements. — Les AWs de
Jeannette, de V. Massé, sous le titre the Marriage of Georgette, ont été
représentées à l'opéra anglais de Covent-Garden. Miss L. Pyne y a ob-
tenu beaucoup de succès dans le rôle principal. — Le théâtre anglais
de lier Majestys annonce la Reine Topaze avec Mlle Parepa.
*** Bruxelles. — Lundi dernier a eu lieu avec succès la première repré-
sentation d'flenu'anum. MM. Wicart, Depaitier, Mmes Elmire et Vanden-
haute, ont chanté les principaux rôles.— Les dernières répétitions avaient
été dirigées par M. Félicien David.
2*1, Hanovre. — MmeCastellan a chanté au premier concert delà saison
avec un grand succès. Au même concert, M. Joseph Joachim a joué le
concerto de Mendelssohn, et l'orchestre a exécuté sous la direction de
l'habile violoniste une des symphonies de Beethoven. Après la sympho-
nie, le roi et la reine ont reçu M. Joachim, et lui ont exprimé leur
satisfaction dans les termes les plus flatteurs. — Au prochain concert,
qui doit avoir lieu le 1er décembre, Mme Szarvady se fera entendre.
t*t Vienne.— Les répétitions de l'opéra de Rubinstein, les Enfunts des
lindes, ont commencé ; la pièce sera jouée probablement dans les der-
niers jours de décembre.— La baronne Pasqualati a obtenu le .privilège
d'un nouveau théâtre qui portera son nom.— Il est décidé qu'au théâtre
de la Cour il n'y aura pas d'opéra italien cette année. — Après bien
des hésitations et des revirements, il a été définitivement arrêté qu'au
printemps prochain le théâtre de l'opéra de la cour deviendrait une en-
treprise particulière. Le bail, selon la Gazette de Vienne, durerait de-
puisle Ier avril 1800, jusque fin mars 18GG. — M. Herbeck a fait traduire et
chanter par la Société chorale qu'il dirige, trois chœurs sans accompa-
gnement de Louis Lacombe. Le Corbeau et le Renard et la Chanson des
pirates, ont obtenu un succès d'enthousiasme.
**„ Dresde.— On annonce la mort de M. Frédéric Braun, célèbre di-
lettante de cette ville. Parmi les papiers du défunt on a trouvé le ma-
nuscrit d'un opéra inédit de Winter, auteur du Sacrifice interrompu.
t% Leipzig. — Mme Clauss Szarvady nous a quittés pour se rendre à
Hambourg, après s'être fait entendre à la deuxième soirée pour musique
de chambre et au septième concert du Geivandhaus . Dans ce dernier
concert, M . Jadassohn a fait exécuter sous sa direction une symphonie
inédite qui a reçu un bon accueil. La deuxième partie de la solennité a
été consacrée à l'exécution de la musique du Songe d'une nuit d'été, par
Mendelssohn.
<** Prague. — Le Pardon de Ploërmel a été repris avec beaucoup d'é-
clat. Mme Brenner, dans le rôle de Dinorah, s'y est montrée aussi bonne
cantatrice que comédienne.
„.% Rotterdam. — L'existence de l'opéra allemand a été garantie par
la souscription d'actions du capital de 750,000 florins. L'établissement
est eh voie de prospérité et les représentations sont très-suivies. Fideiio
a attiré le premier soir beaucoup de monde. Deux fois par mois nous
avons l'opéra français, qui vient de la Haye.
„*% Copenhague. — Ole-Bull s'est fait entendre plusieurs fois au théâtre
du Peuple, et chaque soir il a fait chambrée complète. Le célèbre violo-
niste se rend d'ici à tlelsingford, d'où il se dirigera vers la Russie. —
Un opéra nouveau de Nicolaï Berendt, l'Épreuve du cœur, a du succès au
théâtre Royal. — One compagnie française d'opéra donne des représen-
tations au Casino sous la direction de M. Morris.
„*„. Madrid. — Lucia a. été un véritable triomphe pour Mme Charton-
Demeur et le ténor Fraschini. Les deux artistes ont été rappelés trois
fois après le duo du premier acte. Mme Charton a ravi la salle entière
dans l'air final. Dans le Barbier, nouveau succès pour la cantatrice ;
elle a introduit dans la scène de la leçon de chant l'air de l'Ombre du
Pardon de Ploërmel, qui a été bissé.
*% Neio-Yorli. — La troupe italienne nous a quittés. Les quelques re-
présentations données en ce moment sont dues à l'initiative de M. Iti-
chard Mulder. Mme Fabri a été très-remarquable dans Robert le Diable,
Marta, Freischulz et les Huguenots. MM. Stigelli et Cari Formés ont été
aussi très-justement applaudis. — On se préoccupe vivement de la créa-
tion d'un Conservatoire de musique ; malheureusement les fonds man-
quent encore. Pour la direction supérieure de l'établissement, il serait
question de Liszt, Marschner et d'autres compositeurs célèbres.
420
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: V Eventail, opéra-comi-
que en un acte, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de M. E.
Boulanger; reprise de la Perruche, opéra-comique en un acte, paroles de MM. H.
Dupin et Dumanoir, musique de M. Clapisson, par D. A. B>. Saint-YTes.
— Théâtre impérial Italien : reprise de Maria. — De la musique en Espagne
(3e article), par Adrien de lia Page. — P<evue critique, par Adolphe
F Ilotte — Correspondance, Saint-Pétershourg. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE IMPÉRIAL DE 1/ OPÉRA- COMIQUE.
I/EVEJVTAIX,
Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Jules Barbier
et Michel Carré, musique de M. Ernest Boulanger.
(Première représentation.)
Reprise de la JRerrueAe,
Opéra- comique en un acte, paroles de MM. H. Dupin et Dumanoir,
musique de M. Clapisson.
(Mardi 4 décembre 18C0.)
[Sous n'oserions affirmer que le sujet de Y Eventail soit emprunté
au théâtre espagnol ; mais peut-être existe-t-il quelque part en germe
dans les œuvres de quelque émule de Caldéron ou de Lope de Véga,
sous le titre de II ne faut pas jouer avec l'amour-,
La senora Rosalinde est veuve et s'ennuie du veuvage. Penchée la
nuit sur son balcon, elle dit aux étoiles le secret de ses insomnies, et
leur confie ses plaintes. Survient un pauvre diable de poëte qui a
remarqué la belle affligée et qui forme l'audacieux projet de la con-
soler. Mais ses prétentions sont fort mal accueillies par Rosalinde, et
quatre valets, armés de lourds gourdins, sont chargés de lui solder lu
prix de ses sérénades amoureuses. Fort heureusement, le capitaine
Annibal, un assez méchant drôle qui a dressé sa tente au cabaret
voisin, 'lance à l'aide du poëte Fabrice, et met en fuite ses agres-
seurs. En sa qualité de mauvais sujet, Annibal ne se pique pas d'une
très-grande estime pour les femmes, et il offre au poëte de l'aider
à se venger de l'ingrate qui prétend reconnaître son amour par des
coups de bâton.
Un complot est aussitôt formé : Annibal, qui ne doute de rien,
obtiendra un rendez-vous de Rosalinde, et Fabrice prendra sa place
Z|22
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
pour humilier la veuve, et pour lui jeter au visage cette brutale décla-
ration : Vous aimez un autre homme, mais cet homme ne vous aime
pas ; et, moi, je ne vous aime plus.
Il n'y a qu'un petit obstacle à ce bel arrangement, c'est qu'il a eu
lieu sous les fenêtres de Rosalinde, et que la senora n'en a pas perdu
un mot. De telle sorte que sa contre mine est toute prête quand le
capitaine se présente à l'attaque.
Rosalinde joue la coquette avec lui, et après l'avoir bel et bien
ensorcelé, elle s'enfuit en laissant tomber son éventail, ce qui veut
dire en espagnol : rapportez-le, et vous serez reçu.
La première partie du programme est donc accomplie, et il ne s'agit
plus que de passer à la seconde, qui consiste à remettre au poëte
Fabrice le soin de rendre l'éventail. Mais alors le capitaine s'aperçoit
que son cœur a été pris au piège, dans l'instant même où Fabrice
reconnaît qu'il n'a jamais eu une passion bien forte pour la veuve, et
que les attraits de sa jeune sœur Phébé ont plus d'empire sur lui que
ceux de Rosalinde.
Une dernière épreuve contraint Annibal à avouer sa défaite. En
entendant Fabrice parler d'amour sur le balcon à une femme invisi-
ble, il s'imagine que c'est la veuve, et déjà il menace son rival ;
mais une main se pose sur son épaule:: il se retourne ; c'est celle de
Rosalinde qui a tout entendu, et qui, sûre désormais d'avoir appri-
voisé le farouche capitaine, consent à l'épouser et accorde la main de
sa sœur au poëte infidèle.
MM. Jules Barbier et Michel Carré ont souvent montré plus d'inven-
tion et d'esprit que dans l'Eventail. Le succès de ce petit ouvrage
revient surtout au compositeur, dont la part est même un peu large
pour un seul acte.
La pièce débute d'une manière agréable. Après une ouverture fort
bien faite, le rideau se lève sur une gracieuse plainte, soupirée sur
son balcon par la senora Rosalinde ; à peine est-elle terminée que
le capitaine Annibal entonne au cabaret une chanson bachique, vive
de couleur et de rhythme ; puis, le poëte Fabrice vient à son tour
chanter son martyre amoureux sous les fenêtres de son inhumaine,
avec accompagnement de mandoline. Cette entrée en matière, pleine
d'heureux contrastes, est parfaitement réussie, et l'ensemble qui s'y
adapte ne laisse rien à désirer.
Le morceau suivant : Bel astre aux doux yeux, est une séguedille
moqueuse chantée par Annibal, que l'on a voulu entendre deux fois et
qui mérite tous les bravos qu'elle a reçus. On citerait bien peu d'airs
bouffes plus pétillants d'esprit et de gaieté.
Nous mentionnerons encore avec éloges l'air de Rosalinde : Fi,
monsieur! c'est une honte, et les délicieux couplets en duo, chantés
par Phébé et Fabrice, l'une au balcon et l'autre sur la place.
Mais après l'air de Rosalinde : J'ai vingt ans, je suis veuve, dont le
cantabile et la péroraison, ornée de quelques vocalises , ont été fort
goûtés, nous ne trouvons guère plus rien à signaler dans les trois
duos qui se succèdent , sans que le compositeur ait songé à tirer un
meilleur parti des quatre voix qu'il avait à son service, pour varier
ses effets.
En somme, la partition de M. Ernest Boulanger est digne de l'au-
teur du Diable à l'école et des Sabots de la marquise.
Mme Faure-Lefebvre interprète à merveille le rôle de Rosalinde,
qui exige un adroit mélange de coquetterie et de finesse. Elle chante
avec infiniment de goût sa romance de l'introduction et ses deux airs,
dont les nuances sont si distinctes.
Crosti est doué d'un bon physique et d'une bonne voix , mais il a
plus de zèle que d'expérience. Avec de la persévérance et du travail,
il se défera bien certainement de cette teinte uniforme qui détruit en
partie l'effet de ses qualités naturelles.
Ponchard est bien placé dans le personnage moitié comique et moitié
sérieux du poëte Fabrice, et Mlle Angcle Cordier est très-convenable
dans le petit rôle de Phébé.
Avant V Eventail, on a revu avec plaisir la Perruche, encore un
opéra-comique à quatre personnages, qui date de vingt ans et qui n'a
pas vieilli. La musique de Clapisson est toujours vive et pimpante; le
libretto de MM. H. Dupin et Dumanoir vaut beaucoup mieux que la
plupart des productions du répertoire soi-disant jeune. Au fond, c'est
l'anecdote si connue du porteur d'eau qui rapporte à une marquise sa
perruche envolée et qui se fait donner un baiser pour récompense.
Elle a embrassé le porteur d'eau, dit à tout venant l'oiseau favori, à
qui l'enfant de l'Auvergne a appris cette phrase perfide, et notre
homme met à profit la confusion et l'embarras de la marquise pour
se faire octroyer une femme et une dot. Le rôle de Bagnolet , le por-
teur d'eau, a été fait pour Cholet , et est devenu depuis l'un des
triomphes de Mocker. 11 est tenu aujourd'hui par Laget qui s'y fait
applaudir , sinon comme comédien , du moins comme chanteur.
Mlle Pannetrat joue avec grâce et distinction le rôle de la marquise,
créé jadis par Mlle Prévost. Les deux autres personnages ont pour in-
terprètes Ambroise et Mlle Tuai, fort gentille sous les traits de la sou-
brette Coraline.
D. A. D. SAINT- YVES.
THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN
Reprise de MABTA, de I'iotoiv.
Cette reprise d'un ouvrage dont la popularité va toujours grandis-
sant partout où on le joue, offrait deux nouveautés dans la distribu-
tion des rôles de femme. Mlle Marie Battu succédait à Mlle Saint-
Urbain et à Mme Frezzolini dans le rôle de lady Enrichetta ;
Mme Alboni à Mme Nantier-Didiée dans celui de Nancy. Toutes les
deux n'ont qu'à se féliciter de l'événement, et le public ne s'en trouve
pas moins bien qu'elles.
Mlle Marie Battu ne pouvait rencontrer de personnage plus en rap-
port avec sa nature délicate et distinguée que celui de la noble dame
que l'ennui chasse du logis et détermine à faire une folie dont le dé-
noûment est si heureux. La jeune artiste chante et joue avec le même
talent, la même élégance de tenue et de style. C'est surtout dans la
romance de la rose qu'elle met l'expression la plus touchante et se
montre cantatrice accomplie ; Mme Frezzolini elle-même ne la disait
pas avec plus d'art et ne méritait pas plus de bravos.
Quant à Mme Alboni, le rôle de Nancy nous la présente sous un
aspect tout nouveau : c'est la malice et la gaieté dans tout leur épa-
nouissement, dans toute leur verve. Avec cela, quelle voix! quelle
sonorité puissante et variée! Aussi l'air chanté par elle au quatrième
acte produit-il un effet extraordinaire et qu'il était impossible de
deviner.
Quant à Mario, c'est toujours l'idéal du gentilhomme plein d'amour
et de mélancolie, dont la séduction n'a pas besoin de commentaire.
Graziani a toujours aussi le même éclat, le même entrain dans la
chanson du porter.
Les trois représentations consécutives de Marta n'ont pas cessé
d'attirer la foule. Il a fallu répéter le quatuor du rouet, la romance
de la rose, l'air de Mme Alboni elles couplets de Graziani. C'est donc
une reprise dont le répertoire fera grandement son profit.
R.
DE PARIS.
423
DE U MUSIQUE EN ESPAGNE.
(2e article.) (1)
Les ballets intercalés dans les pièces en musique auraient aussi,
dans le système de M. Fuertes, été transportés d'Espagne en Italie ;
les pantomimes seraient également parties fin même pays, pour s'éta-
blir sur les théâtres de l'Europe. Toutes les preuves qu'en donne
M. Fuertes se bornent à dire que ce genre de spectacles remonte en
Espagne à une antiquité immémoriale, et que sous le règne do Pierre Ier
on répétait une pièce intitulée Dansa gênerai, en, que entran lodos los
estados de gentes, et que ledit ouvrage, où se trouvent réunies la danse,
la musique vocale et instrumentale, et enfin la déclamation, se con-
serve dans la bibliothèque de l'Escurial. Or, à en juger par le titre,
ce ne doit être autre chose qu'une de ces Danses des morts qui furent
quelque temps en grande vogue chez nos pères, et telles qu'en possé-
daient la plupart des pays, même à cette époque où les lettres étaient
cultivées d'une manière encore très-imparfaite. On retrouve aussi la
danse mêlée aux représentations espagnoles, en 1475, aux noces
d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon, et plus tard, dans les
cours d'Espagne en d'autres occasions ; mais il ne suit pas de là que
ces mêmes danses ou d'autres de même genre n'aient pas été dès la
même époque en usage dans d'autres pays.
La poésie et la musique avaient brillé du plus vif éclat sous le
règne de Jean II ; elles durent s'obscurcir lorsque son incapable suc-
cesseur Henri IV monta sur le trône en 1454- Sous Alphonse d'Aragon,
une chaire de musique fut 'fondée à l'université de Salamanque. A
partir des règnes de Ferdinand et d'Isabelle, la gloire musicale des
Espagnols se fixe entièrement dans l'église, sous la dépendance de
laquelle tout dans le royaume se trouve peu à peu engagé.
Heureusement, du moins, les beaux-arts eurent à profiter de cet
état de choses : les peintres, les sculpteurs et les musiciens trouvèrent
de quoi exercer leur talent dans les travaux que leur confiaient non-
seulement les cathédrales, les églises, les couvents, mais encore dans
ceux que commandaient les riches prélats qui se faisaient construire
de magnifiques demeures.
Le goût que l'on prit généralement pour la musique ecclésiastique
procura aux compositeurs de riches prébendes et d'opulents emplois
dans les églises. Ces places ne s'obtenaient que par suite de concours
fort sérieux et fort disputés. Comme il suffisait pour devenir prêtre
d'avoir quelque teinture de latin, tous les musiciens des églises pre-
naientles ordres, afin de pouvoir ensuite obtenir des bénéfices qui les
mettaient à l'aise pour le reste de leur vie.
Mais bientôt cette situation, avantageuse pour les musiciens paresseux
plus encore que pour tous les autres, eut l'inconvénient de les séparer
des poètes dont ils n'avaient plus besoin, puisqu'ils n'écrivaient plus
que sur les paroles latines de l'Ecriture sainte susceptibles d'être
chantées à l'église. Jouissant de bons revenus, les musiciens espagnols
de quelque valeur cherchèrent tous à se caser dans les églises, conti-
nuant de se livrer aux combinaisons harmoniques, qui pour eux
semblaient être le caractère unique de la musique d'église. Ils parais-
sent avoir été si nombreux, qu'on a fini par n'y plus prendre garde,
et que le public cessait de goûter ce genre de musique grave et im-
posant, mais un peu monotone; les compositeurs, pour le satisfaire,
tombèrent finalement dans un excès contraire, en écrivant de la mu-
sique trop légère, trop libre, en un mot, 'plus susceptible d'être enten-
due dans les théâtres, concerts et réunions de société mondaine, que
dans les lieux destinés au culte.
Toutefois celte déviation ne fut complète que très-postérieurement
à l'époque dont il est ici question. Plusieurs institutions musicales ,
(1) Voir le n" 69.
telles que les chaires de musique des universités et ensuite la fameuse
école de Montferrat, sur le modèle de laquelle se fondèrent plusieurs
établissements de même genre, et d'une autre part les leçons parti-
culières des professeurs habiles, qui s'efforçaient de conserver et de
perpétuer les bonnes traditions, maintinrent la musique sérieuse dans
un état assez florissant.
Le cardinal Ximenez avait donné un soin particulier au chant litur-
gique de l'église de Tolède, qui, comme l'on sait, possède un office
et un rit particuliers connu sous le nom de rit mosarabique. Le bien
opéré en ce sens par le cardinal offre une triste compensation dans
l'ordre donné par lui de livrer aux flammes cinq mille manuscrits
arabes , trésors inappréciables des sciences et des arts , tels qu'ils
avaient existé pendant plusieurs siècles, et dont In stupide fureur de
Ximenez vint irréparablement priver la postérité. Hélas! l'on y fit
alors assez peu d'attention ; l'épouvantable lueur des bûchers allumés
par l'infâme Torquemada, où vingt mille créatures humaines étaient
brûlées après avoir subi des tortures cruelles, empêchait d'apercevoir
ceux où l'on ne brûlait que des papiers et des parchemins.
Ce fut, selon M. Fuertes, Philippe le Beau, comte de Flandres,
qui, en devenant allié de l'ancienne famille royale d'Espagne par
son mariage avec Jeanne la Folle, amena dans la Péninsule des
musiciens flamands, qui, au dire de notre historien, seraient venus,
non pour enseigner ou exercer leur art, mais pour l'apprendre. Alors
auraient commencé des dissensions ; les inimitiés auraient suivi , et
enfin les Espagnols auraient abandonné leurs propres composi-
teurs , dont quelques-uns seraient passés dans les pays étrangers.
Enfin M. Fuertes en arrive à dire que l'Espagne n'a dû à la venue
des Flamands dans le pays que la ruine de ses anciennes écoles.
C'est trop s'avancer ; car évidemment si ces Flamands eussent été de
simples écoliers, ils n'eussent été aucunement en position de détruire
les écoles.
Ces plaintes que l'on a faites en tout temps et dans plusieurs pays
sur l'invasion des artistes étrangers n'ont pas toujours été suffisamment
fondées, parce que souvent Yinvasion s'est bornée à quelques places
de musiciens de cour données souvent pour des causes particulières,
dans lesquelles le mérite véritable n'entrait que pour fort peu de
chose.
Des notes manuscrites d'un musicien nommé D. Vincent Perez,
ténor do la chapelle royale de Madrid dans la dernière moitié du
siècle passé, et qui sont actuellement entre les mains d3 M. Fuertes,
marquent qu'il en fut presque toujours ainsi chez les souverains
espagnols, et ceci est écrit à propos d'un compositeur qui n'est
pas autrement connu : « L'importance donnée dans la cour de
Madrid, dit Perez, à Corselli, maître delà chapelle royale en 1751, n'a
rien d'étrange pour les professeurs espagnols. Depuis l'invasion des
musiciens étrangers, nous avons été des fils bâtards de notre pays ;
on nous a préféré les Flamands, sous les règnes de Philippe II et
de Charles-Quint ; les Français, sous Philippe V, et les Italiens, sous
Ferdinand VI. Les œuvres de nos maîtres, convoitées et admirées chez
les étrangers, étaient en Espagne ignorées et dépréciées ; leurs mé-
thodes, qui ont porté la clarté dans les principes de l'art, ont disparu;
l'homogénéité, la progression et les finesses de l'enseignement se sont
changées en une véritable tour de Babel. Peut-on trouver étrange que
Corselli, pour enrichir les archives de la chapelle royale, propose au
cardinal Mendoza des ouvrages italiens, sans se souvenir de ceux de
nos sublimes maîtres ? »
Ces plaintes pouvaient n'être pas sans fondement ; mais il faut dire
que si la cour d'Espagne prenait des étrangers à son service, les cours
étrangères prenaient des Espagnols au leur, et l'on n'avait ainsi rien à
se reprocher. Je rappellerai même à cet égard une circonstance oubliée,
je crois, par M. Fuertes, c'est que pendant longues années l'Espagne
fournit à toutes les chapelles étrangères des castrats, d'abord fort peu
communs en Italie, et qui ne devinrent moins rares qu'au xvn0 siècle
m
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
et même seulement depuis 1650, lorsque les progrès de l'art du chant
firent sentir tout le mérite de ces admirables voix, et que l'opération
au moyen de laquelle on les obtenait se pratiqua chaque jour ouver-
tement dans presque toutes les provinces de la péninsule italienne,
et principalement dans les Etats de Rome et de Naples.
Ce serait, en effet, une grande erreur d'admettre que ces chanteurs
espagnols qui se trouvaient dans tant de chapelles pour la partie de
oprano, et notamment ceux qui étaient à la chapelle pontificale avant
que la castration devînt commune en Italie, fussent des ténors chan-
tant le dessus en voix de fausset, tel qu'il en existait en France en
assez grand nombre dans le siècle passé. C'est, du reste, là un sujet
sur lequel j'aurai occasion de revenir.
Adrien de LA FAGE.
( La fin prochainement.)
REVUE CRITIQUE.
BS. .Witgiiiis : fantaisie-caprice sur le Pardon de Ploermel. —
CIb. IVeustedt : transcription variée du Pardon de Ploermel.
— René Favarger : fantaisies sur les Huguenots et sur Maria.
Du temps de Montesquieu , on disait aux littérateurs : faite-nou
des Lettres persanes; aujourd'hui, à voir les transcriptions et les ar-
rangements qui paraissent chaque jour, il semble qu'on dise aux pia-
nistes : faites-nous des caprices et des fantaisies sur les opéras qui
nous charment au théâtre. Ce n'est pas que nous nous plaignions du
trop grand nombre de ces publications, car pour former l'intelligence
musicale des élèves il vaut mieux leur faire jouer de beaux airs d'o-
péra que les thèmes originaux de MM. tel ou tel ; cependant, pour que
l'influence soit bonne, il faut encore que les mélodies soient ornées
avec habileté; il faut que le piano, comme un traducteur intelligent,
sache, au besoin, ajouter quelque chose de convenable à l'original.
Parmi les opéras, le Pardon de Ploermel est un de ceux qui ont
inspiré le plus de morceaux; c'est à qui brodera, à sa façon, les
dernières et si poétiques inspirations de Meyerbeer. Dans sa fantaisie-
caprice, M. Magnus, pour varier sans doute, fait entendre en note
répétées le délicieux motif de valse : Ombre légère. C'est d'un effet
très-brillant et très-expressif; cependant nous lui préférons de
beaucoup le dessin primitif, que d'ailleurs la plupart des pianistes ont
conservé. Au commencement de la cinquième page, il fait entendre
aussi le passage en si bémol mineur qui succède immédiatement au
motif principal. Dans cette phrase, l'octave diminuée allant à la
basse par un mouvement contraire, nous semble peu satisfaisante ;
elle manque de douceur et donne du vague à la tonalité. A part
cette critique, des fragments de la berceuse et du chœur du Pardon
fort joliment disposés, un travail souvent intéressant, des traits qui
voltigent autour des chants de l'illustre maître, assurent à la fantaisie-
caprice de M. Magnus un très-honorable succès.
— On retrouve dans la transcription variée de Charles Neustedt,
la berceuse , plusieurs réminiscences de la marche et du chœur du
Pardon, arrangées avec beaucoup d'ampleur et de sonorité. Assez
court, sans prétention et néanmoins bien fait, ce morceau, essentiel-
lement mélodique, n'a d'autre ambition que celle de rappeler, en cinq
ou six pages, d'une exécution plutôt brillante que difficile, quelques
inspirations du dernier chef-d'œuvre de l'auteur du Prophète et de
l'Etoile du Nord. '
— Nous parlions dernièrement des charmantes compositions de
René Favarger; cet aimable auteur vient de publier deux nouvelles
fantaisies, l'une sur les Huguenots, l'autre sur Marta. Toutes deux
sont jolies. La première débute pompeusement par cette grandiose
inspiration qu'on appelle la Bénédiction des poignards ; puis, après
un expressif cantabile, vient le chœur des baigneuses, avec le charme
mélodique et la grâce enchanteresse que chacun lui connaît. L'ar-
rangement de ce chœur ne diffère guère de celui de Thalberg, mais
il est un peu plus facile ; il fait le fond de la composition, qui est va-
riée avec assez d'élégance et de brio. On remarque dans le finale
quelques-unes des larges et puissantes harmonies de Meyerbeer.
Abondante aussi en motifs, mais d'un tout autre style et d'un tout
autre caractère, la seconde fantaisie est claire, chantante et agréa-
blement travaillée, comme tout ce que fait René Favarger. Le chant
arpégé de la jolie romance de ténor rend aussi fidèlement que
peut le faire le piano les amoureuses langueurs, les plaintes élégia-
ques de cette fraîche cantilène, l'une des plus touchantes assurément
qu'ait écrites M. de Flotow. Comme on sait, l'accompagnement de
cette romance est ravissant, et l'enharmonie même y est employée
avec infiniment de goût.
Toute la première partie de ce morceau est bien traitée: les orne-
ments ne sont dépourvus ni de grâce ni de finesse. La seconde par-
tie, le rondo, est vive et spirituelle. Ainsi que dans la partition, tout
cela pétille et marche si lestement, avec une si franche gaieté, qu'on
croirait entendre une des plus délicates pages d'Auber.
Adolphe BOTTE.
Un journal russe, le Fils de la patrie, publait dernièrement les
considérations suivantes, qui ne nous semblent pas sans intérêt, sur
l'utilité de la création d'un institut spécialement destiné à l'enseigne-
ment de la musique :
« Les principales capitales de l'Europe possèdent des conservatoires ;
chez nous, c'est seulement cette année qu'un institut musical doit être
ouvert à Varsovie. Cet événement est très-heureux; mais on ne peut
s'empêcher de désirer qu'un institut semblable soit créé à Pétersbourg,
et avec le temps aussi à Moscou. Beaucoup de projets ont été faits, mais
pas un ne s'est réalisé
» Sans parler de l'influence morale de la musique en fait de civili-
sation, nous voulons prouver le bien matériel que peut faire, la propa-
gation des connaissances musicales. Outre sa portée morale, la musique
peut devenir pour un grand nombre de personnes un vaste champ d'ac-
tivité, et, comme travail honnête et bien rémunéré, contribuer au bien-
être de personnes qui. dominées par des idées de naissance, ne peuvent
se décider à se vouer à quelque métier, et cherchent une occupation
qui puisse leur donner le droit d'occuper une position honorable dans
la société
h Jusqu'à présent l'enseignement de la musique chez nous est presque
exclusivement entre les mains d'étrangers; la plupart des professeurs
de musique, dans les maisons particulières aussi bieu que dans les ins-
tituts, sont allemands; un maître de musique russe est une chose rare,
et la prévention contre les talents nationaux est encore si forte parmi
nous, qu'on a honte pour ainsi dire d'avouer que son fils ou sa fille reçoit
des leçons d'un Russe. — Une pitoyable mode exige absolument que le
professeur soit étranger! Ce sont les étrangers qui recueillent notre ar-
gent ; souvent le même individu occupe plusieurs places, se fait une
fortune, tandis qu'un Russe de talent végète inconnu dans la pauvreté.
» Il est hors de doute que les Russes sont richement doués de capaci-
tés musicales, il suffit de se rappeler les orchestres particuliers ; il y a
aussi beaucoup de belles voix parmi nos chantres. Et cependant combien
de talents avortent en Russie uniquement par défaut de moyens de se
développer I Un conservatoire aurait abrité tous les sujets capables, et,
en donnant un plein développement à leurs talents, leur aurait en
même temps fourni les moyens d'existence ; alors l'influence de l'élément
étranger s'effacerait graduellement d'elle-même. Le conservatoire aurait
pu fournir chaque année de bons professeurs de musique qui auraient
enseigné dans les maisons particulières et dans les instituts dans leur
langue maternelle et auraient ainsi rendu l'intelligence de l'art plus fa-
cile; car tout le monde ne sait pas le français ou l'allemand, et, faute
DE PARIS.
425
de savoir ces langues, plus d'un est obligé de renoncer â apprendre la
musique.
» Beaucoup de jeunes gens se seraient volontiers voués à l'enseigne-
ment de la musique qui leur aurait donné des droits et des moyens
d'existence. L'augmenta'ion du nombre des maîtres russes aurait eu
pour conséquence le développement de la musique nationale, et par
suite l'opéra russe aurait acquis de l'indépendance, de l'originalité, une
réelle et solide existence. Aucun étranger ne peut former un chanteur
véritablement russe; quelque habile qu'il soit, il ne peut lui inculquer le
caractère national que toute musique nationale possède, et particulière-
ment la musique russe.
» Le maestro le plus savant ne pourra comprendre toutes les beautés,
tout le style de la V,e pour le tzar, du Tombeau, a" Askold ou de la Naïade;
comment pourrait-il les faire comprendre au chanteur? Cependant on
rencontre chez nous très-souvent de belles voix, qui, après avoir reçu
une bonne direction, auraient pu concourir à l'ensemble d'un bel opéra
russe. Souvent on entend parler de l'apparition d'un remarquable so-
prano, ténor ou basse; le public attend avec impatience un chanteur
ou une cantatrice russe, mais la réalité le détrompe bien vite
» Passons maintenant à nos nombreux orchestres. Au milieu d'une
centaine d'étrangeis, comme une rare exception, on rencontre dans
quelque coin modeste un musicien russe; Ips pupitres sont occupés plu-
tôt par des Allemands et des Français qui reçoivent de bons appointe-
ments et des pensions; ils participent à tous les concerts, donnent des
leçons, et, après avoir servi le nombre d'années voulu pour obtenir une
pension ou amassé beaucoup de nos roubles, ils s'en vont dans leurs pays
passer tranquillement le reste de leur vie.
» Il est hors de doute, réj étons-le, que les Russes sont doués par
la nature d'aptitudes musicales et pourraient composer d'excellents
orchestres. En général, le conservatoire aurait pu fournir chaque année
des centaines d'individus utiles qui auraient pu assurer leur avenir;
les talents nationaux ne périraient plus dans l'obscurité et l'indigence,
la prévention contre les nationaux disparaîtrait, et avec elle passerait
la mode des étrangers. »
CORRESPONDANCE.
Saint-Pétersbourg, 19 novembre (1" décembre) 1800.
En attendant l'époque fixée pour la réouverture des théâtres impé-
riaux, la direction a eu l'heureuse idée de donner, dans le magnifique
théâtre Marie, nouvellement ouvert, une série de concerts qui attire une
foule énorme. Les dames y sont généralement en toilette de deuil. Le suc-
cès a été général et éclatant. Le programme du concert d'avant-hier était
surtout remarquable, et il a été splendidement exécuté. La première partie
débutait parl'ouvertureder.K(oï7e(iu Aror<i,quiaproduitson effet ordinaire
et provoqué un tonnerre d'applaudissements ; le chœur des Vestales , de
Mercadante; une romance russe chantée par Tamherlick ; le trio de
Béatrice di Tenda ; l'air de Mohtecchi e Capuleti ; une fantaisie sur les
motifs de Lestocq. par un élève de Servais, complétaient cette première
partie. La deuxième se composait de l'ouverture de Martha, parfaite-
ment rendue et chaleureusement applaudie ; de l'urioso de Fidès, du Pro-
phète; du trio des Lombardi; de l'air de soprano du Freischulz; du boléro
des Vêpres siciliennes, chanté avec beaucoup de charme et de talent par
la Fioretti, qui a été rappelée sept ou huit fois; du finale d'israam'etd'un
solo de clarinette, par Cavallini. Chacune de nos cantatrices aimées et
de nos chanteurs favoris a retrouvé dans la salle du théâtre Marie son
succès accoutumé, et, comme toujours aussi, notre célèbre prima donna
Mme Lagrua a été l'objet des applaudissements et des rappels les plus
enthousiastes. L'aWojo du Prophète a été dit par Mme Nantier avec
un sentiment exquis chaleureusement apprécié; elle a dû le bisser.
On a admiré un solo de violon, par Wieniawski. — La semaine prochaine
aura lieu un troisième concert, dont la composition ne sera pas moins
brillante. — On a entendu pour la première fois dans une de ces soirées
l'un des trois artistes belges engagés récemment pour l'orchestre par
S. Exe. M. Sabouroff. — 11. Golle, élève de Blaes,.qui a laissé de brillants
souvenirs en Russie, et qui égale aujourd'hui son maître, s'est de suite
fait reconnaître pour un clarinettiste de premier ordre, et dans une
fantaisie de Bouder, il a révélé les plus remarquables qualités. — Nous
entendrons incessamment MM. Charlet et Heymann, la flûte et le cornet
à pistons, dont on dit également le plus grand bien. — La réouverture
du théâtre Italien reste fixée au H-ltx décembre. On annonce Poliutu, la
Aestale, de Mercadante et le Pardon.
POl. ELLES.
*** Au théâtre impérial de l'Opéra, le Papillon a été représenté lundi,
mercredi et vendredi. Ce dernier jour, le ballet nouveau était précédé
d'Iwan IV, cantate récemment couronnée par l'Académie des beaux-
arts, et dont les paroles sont de M. Théodore Anne et la musique de
M. Paladilhe Certainement le jeune compositeur ne méritait pas moins
qu'un autre cet honneur obtenu si rarement, qu'il faut remonter jusqu'à
vingt années pour en retrouver un exemple. Du reste, nous n'avons ja-
mais pensé que notre grande scène lyrique fût favorable à l'exécution
des cantates, même en costume, et notre opinion n'a pas changé, malgré
le talent des trois artistes, Mlle Amélie Rey, MM. Michot et Cazaux.
t** Aujourd'hui dimanche, Sémiramis. — Demain lundi, le Prophète.
,% Mercredi prochain aura lieu la reprise de Guillaume Tell. Morelli,
l'excellent baryton, qui nous avait quittés pour les théâtres d'Amérique,
rentrera par le rôle de Guillaume, le meilleur de son répertoire, et
Mlle Carlotta Marchisio fera son second début dans le rôle de Mathilde.
On rétablit pour elle une scène et un air ordinairement supprimés.
+% Très-prochainement les Huguenots, avec .Mme Gueymard-Lauters
dans le rôle de Valentine.
* Lundi dernier, S. M. l'Empereur a honoré pour la seconde fois de
sa*présence la représentation du Papillon. Sa Majesté assistait également
mardi au spectacle donné par l'Opéra-Comique.
„*, A l'Opéra-Comique, on a repris les répétitions de Barkouf, inter-
rompues par l'indisposition de Aille Saint-Urbain.
* Aujourd'hui dimanche, au théâtre Italien, il Matrimonio segreto,
chanté par Mmes Penco, Alboni, Marie Battu, Gardoni, Badiali et Zuc-
chini. En outre, on entendra la grande scène avec chœurs du Giura-
mento, chantée par Graziani .
* Le théâtre Lyrique donnera vendredi prochain la première repré-
sentation des Pécheurs de Catane, drame lyrique en trois actes, de
M. M. Cormon et M. Carré, musique de M. Aimé Maillart. L'administration
n'a rien négligé pour augmenter l'intérêt qui s'attache à l'apparition d'une
œuvre nouvelle de l'auteur des Dragons de Villars. On parle de décors
et de costumes splendides. Mais outre ce luxe, auquel on est habitué au
théâtre Lyrique, la première représentation des Pécheurs de Catane servira
aux débuts de 5111e Baretti et de M. Peschard, deux élèves lauréats du
Conservatoire. Les représentations des Pêcheurs de Catane alterneront
avec celles du Val d'Andorre, dont les recettes se maintiennent au chiffre
le plus élevé.
t% Les Dragons de Villars, avec paroles allemandes et sous le titre de
la Clochette de VErmite, ont obtenu le plus brillant succès à Berlin, au
théâtre Frédéric-Guillaume. La musique de Maillart, à la fois si gra-
cieuse et si gaie, a charmé le nombreux auditoire, et l'ouvrage ne tar-
dera pas à être joué sur les principaux théâtres de l'Allemagne.
*** La Schiller-Marsch de Meyerbeer, arrangée par Liszt en morceau
de concert, vient de paraître. Ce morceau, grâce au nom de ses au-
teurs, ne pourra manquer de faire son chemin dans le monde.
„•„ Voici le programme exact du concert que Joseph Wieniawski
donnera le mercredi, 13 décembre, à huit heures du >oir, dans les salons
de Pleyel-Wolff.— i) Trio (en ré mineur), de Mendelssohn, exécuté par
J. Wieniawski, Armingaud et Lée; 2) a. Valse de salon ; b. Souvenir de
Lublin (romance variée], par Wieniawski ; c. Étude en la mineur, par
Chopin, exécutée par Wieniawski; 3) Air d'Orphée, de Gluck, chanté par
Mlle de la Pommeraye; 4) Grande sonate en si mineur (inédite), exécutée
par Joseph Wieniawski ; 5) Hommage à Haendel, duo à deux pianos par
J. Moschelès, exécuté par Mme Massart et J. Wieniawski ; 6) a. Lied de
B. Schumann, b. C Adieu de F. Schubert, chantés par M. Richard
Lindau; 7) a. Impromptu (inédit), 6. Pensée fugitive, c. Grande valse de
concert, composés et exécutés par J. Wieniawski ; 8) Air de la coupe de
l'opéra Uerculanum, chanié par Mlle de la Pommeraye ; 9) Barcarolle-
caprice (grand morceau de concert), composée et exécutée par J. Wie-
niawski.
*** MmeT.Wartel vient de donner à Londres un grand concert avec le
concours de MM. Sainton, Piatti et de Mme Sainton-Dolby. Le succès de
l'habile pianiste a dépassé ce que, sa renommée si bien établie en avait
fait concevoir. Son jeu, doux et brillant, unissant l'expression et la ten-
dresse, l'énergie et le goût, a enlevé tous les suffrages.
»% M. Ferdinand Schœn, dont le talent de pianiste est connu et
apprécié, est de retour de son voyage artistique dans l'Ouest. M. Schœn
se fera entendre cet hiver en public.
„% M. le major général de Candia, père du marquis Mario de Candia,
premier ténor du théâtre Italien de Paris, vient d'être élevé i la dignité
de commandant général de la division militaire de Sardaigne.
„*» A. Bessems est de retour de ses voyages artistiques. Plusieurs
séances de musique classique ont été données par lui à Anvers, et cet
artiste a obtenu de grands succès. On a exécuté aussi le jour de la Tous-
Zi26
REVl'E ET GAZETTE MUSICALE
saint a la cathédrale une belle messe de sa composition, et qui a impres-
sionné vivement les amateurs de musique religieuse.
**, Le concert du Cercle des Beaux-Arts de Nantes a eu lieu vendredi
dernier. Hermann et Mme Miolan-Carvalho se sont partagé les applau-
dissements d'un public d'élite. Hermann a tiré de son violon les accents
les plus suaves, et son brillant répertoire lui a valu de véritables ovations.
Le succès de Mme Miolan a été des plus grands. M. Warnots a eu aussi
sa part de bravos.
*** Bibi-Bamban, le nouveau quadrille d'Arban, ainsi que le quadrille
de Strauss, les Valets de Gascoijne, obtiennent un succès de vogue dans les
salons et dans les bals.
*** L'Art musical, nouveau journal de musique, sous la direction de
M. Léon Escudier, a paru pour la première l'ois jeudi dernier.
**„ Dès sa séance d'ouverture, le congrès pour la restauration du plain-
chant et do la musique d'église s'est empressé d'approuver la prorogation
de trois mois accordée aux maîtres de chapelle et organistes français et
étrangers pour l'envoi des manuscrits destinés au concours de composi-
tion de musique religieuse fondé par les éditeurs de la Maîtrise. On a
également adopté la modification sollicitée au sujet des messes et motets,
qui pourront être écrits indifféremment à trois voix égales ou non. Voici'
du reste, les conditions du concours qu'il importe de faire connaître
dans tous ses détails: Messes brèves : lCr prix. Une médaille en or, de la
valeur de 300 fr., sera attribuée à la meilleure messe brève comprenant
un Kyrie, un Gloria, un Credo, un Sanclus, un morceau pour l'élévation
et un Agnus Dei, avec orgue. 2e prix. Une médaille d'argent, de la valeur
de 150 fr., est instituée pour le même objet. Motets et chants sur des textes
approuvés par l'ordinaire: l" prix. Une médaille en or, de la valeur de
200 fr.,sera attribuée au meilleur recueil de trois morceaux, soit motets
ou pièces chantantes d'église, applicables aux offices, d'une exécution
facile, d'une bonne accentuation et dans un diapason restreint^ une, deux
ou trois voix). 2° prix. Une médaille en argent, de la valeur de luO fr.,
pour le même objet. Pièces d'orgue : i« prix. Une médaille en or, de la
valeur de 200 fr., sera attribuée au meilleur recueil de trois pièces
d'orgue applicables aux offices, avec ou sans pédale, mais d'une exécu-
tion facile, et pédale ad libitum. 2" prix. Une médaille en argent, de la
valeur de 100 fr., pour le même objet. De plus, douze médailles en
bronze, d'une valeur totale de 200 fr., seront décernées, ainsi que des
mentions honorables, aux morceaux qui, dans leur ordre de mérite, vien-
dront après les œuvres couronnées. Les manuscrits destinés au concours,
tous inédits, devront être adressés, du 1" au 10 novembre prochain, à
MM. Heugel et C", éditeurs de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. Les mor-
ceaux couronnés et ceux mentionnés seront publiés par les éditeurs de
la Maîtrise, qui en auront de droit la toute propriété, â titre gratuit, pour
la France et l'étranger.
»*„ Un nouveau journal musical vient de paraître à Florence sous
le titre de VItalia arlistica; cette feuille, qui en est à son huitième nu-
méro, s'annonce sous les meilleurs auspices.
»% Le jeune et célèbre violoniste J. Becker, dont nous constations
dimanche dernier les succès en Angleterre, vient d'être victime d'un
accident bien cruel. Une des cordes de son violon s'est brisée au mo-
ment où il la regardait et l'a atteint à l'œil droit, qui se trouve désor-
mais presque perdu. Ce malheur est d'autant plus déplorable, qu'il ar-
rête l'artiste au début d'une tournée artistique des plus brillante. C'est
à Leamington que J. Becker a été si douloureusement frappé.
„*„. Le plus célèbre des journalistes de Berlin, Louis Rellstab, a suc-
combé dans la nuit du 27 au 28 novembre. La veille, il avait assisté à
une représentation de l'Opéra, et le lendemain, il fut trouvé mort dans
son lit. Rellstab était né, le 13 avril 1799, à Berlin, où son père était
éditeur de musique et plus tard libraire. Après avoir terminé ses études
classiques, Rellstab entra, en 1815, au service, qu'il quitta en 1821 avec
le grade de lieutenant. En 1827, il fut attaché à la rédaction de la Gazelli
de Voss, où il écrivait les articles concernant la musique. 11 fut aussi l'un
des collaborateurs de la Revue et Gazelle musicale de Paris. Nos lecteurs
n'ont sans doute pas oublié ses dernières correspondances, qui se distin-
guaient par l'élégance poétique d'un style rempli d'images. Dans le
nombre de ses œuvres étrangères à la critique, il faut citer le libretto
du Camp de Silésie, dont Meyerbeer a écrit la partition. Un nombreux cor-
tège accompagnait ses restes mortels ; on y remarquait Meyerbeer,
M. de Ilulsen, intendant général des théâtres; le conseiller aulique
Schneider, et une foule d'artistes des divers théâtres, des journa-
listes, etc. Des chanteurs de. l'Opéra exécutèrent divers morceaux devant
le cercueil, avant la levée du corps. Après l'oraison funèbre, qui fut
prononcée par le prédicateur Stahn, le cortège se mit en marche, pré-
cédé de la sonnerie des cuirassiers et des dragons de la garde.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*% Dunkerque, 3 décembre. — La première représentation du ?ardon
de l' loermela.ua lieu hier avec un plein succès. Les trois rôles principaux
étaient remplis par Mlle Clara Voizel (Diuorah), MM. Duchaumont (Co-
rentin), Jorris (Hoel). M. Vert chantait celui du chasseur, M.Genincelui
du faucheur et Mme Duchaumont celui d'un des pâtres. Les chœurs de
l'ouverture étaient dits par soixante-dix chanteurs , parmi lesquels les
élèves des cours de musique vocale, fondés par l'Orphéon, étaient en
majorité. L'orchestre, sous la direction de M. Ulrich Paris, a parfaite-
ment interprété l'œuvre magistrale. — Dans le neuvième concert donné
par l'Orphéon et dirigé par M. Manotte, on a exécuté 1° la Saint-Hubert
de Laurent de Rillé; 2° V Aurore de Camille Devos; 3° Sérénade de Saintis
et 4° Valse des Etudiants. — Pour la Sainte-Cécile , l'Orphéon a chanté
une messe solennelle de Laurent de Rillé, laquelle a obtenu les suffrages
de tous les amateurs de belle et bonne musique religieuse.
*% Nantes. — Plusieurs représentations du Pardon de Ploermel ont
consolidé le succès de sa reprise au théâtre Graslin. A côté de la mise
en scène splendide qui a valu l'an dernier à M. Solié une lettre de fé-
licitation de l'illustre maestro, on a pu constater une interprétation ex-
cellente. Le rôle de Diuorah est parfaitement approprié aux moyens de
Mme Raynaud, dont le talent gracieux a soulevé d'enthousiastes applau-
dissements.
»% Bordeaux. — Mme Borghèse a continué avec beaucoup de succès
ses débuts dans le Prophète, en compagnie de M. Chenest, qui a été
admis malgré une assez forte opposition. — M. Colomyès est toujours
très-applaudi dans Martha.
**„ Nîmes. — Le Pardon de Ploermel, monté avec beaucoup de soin,
vient d'être joué pour la première fois. L'interprétation, comme en-
semble, a peu laissé à désirer. Mme Erambert et M. Martin se sont sur-
passés dans les rôles de Dinorah et de Hoël. Les couplets du chasseur
ont valu une véritable ovation à M. Dussargues. L'œuvre de Meyerbeer a
été accueillie avec une extrême faveur.
*** Strasbourg. — La seconde séance de la Société de musique de
chambre, qui a eu lieu dimanche dernier, a été, sous tous les rapports,
remarquable, et même brillante. MM. SchwaDderlê, Mayerhofer, Weber
et Oudshoorn, ont commencé la séance par le quatuor en ut majeur de
Mozart. Les trois parties de ce beau morceau, l'allégro, Vandante et le finale,
ont été également goûtées par tous les amateurs de musique classique, qui
s'étaient donné rendez-vous dans la salle de la mairie. La Volière, quin-
tette imitatif deBoccherini, a été exécutée par les mêmes artistes d'élite,
auxquels était venu se joindre un autre artiste de mérite, M. Schunké.
Ce morceau, d'une composition naïve et originale, a généralement plu;
on a surtout admiré, dans la partie : les Pâtres et les Chasseurs, un très-
bel effet de cors de chasse. Il faut des violoncellistes de la force de
MM. Oudshoorn et Schunké pour imiter ainsi le cor. Le troisième mor-
ceau a surpassé l'attente générale. C'était le cinquième concerto en mi
bémol majeur, de Beethoven, pour le piano, exécuté par Aille Wacken-
thaler avec accompagnement d'orchestre,; nous devons dire que cette
pianiste excellente s'est fait admirer autant par le talent avec lequel
elle a su triompher des difficultés les plus grandes que par l'expression
qu'elle a mise dans son jeu. Ajoutons qu'elle a été parfaitement secon-
dée par les artistes de l'orchestre du théâtre, sous l'habile direction de
M. llasselmans. Cette intéressante séance musicale s'est terminée par le
quatuor eii la mineur, de II. Schumann, exécuté par les quatre artistes,
si sympathiques au public, qui jouent ordinairement les quatuors.
**„, Nice. — Une riche société française, anglaise et russe s'est donné
rendez-vous ici pour l'hiver. Les bals et les concerts promettent d'être
brillants, et notre théâtre impérial italien jouit déjà d'une vogue féconde
en recettes, grâce à l'intelligente activité du nouveau directeur, M. Avette.
Dans la Favorite et le Trovatore, Mmes Sauchioli, Berini, ainsi que Pozzo,
Rossi et Binzeghi ont été souvent rappelés. Viceutini, le ténor applaudi
à, la Scala, a été engagé pour chanter dans la Traviata et Rigoletlo. Il y
a obtenu un succès d'enthousiasme, ainsi que Mme Berini.
CHRONIQUE ETRANGERE.
**„ Berlin. — Dans son répertoire de la semaine , l'Opéra de la cour
nous a offert deux des plus belles productions de l'école allemande : la
Flûte enchantée et les Huguenots; ces immortels chefs-d'œuvre ont alterné
avec le Barbier de kèville , Sèmiramis et Mathilde de Shabran , dont la
première représentation a eu lieu le 1"' décembre. Le théâtre Victoria
a donné : Norma, Lucia et Rigoletlo. Parmi les innombrables concerts,
nous remarquons la première soirée de M. de Bulow qui y a joué : ber-
ceuse, de Chopin; étude de Schumann; Meyerbeer, schiller-Marsch,
arrangée pour piano, par Liszt.
**„ La Haye. — La reprise du Prophète a eu lieu le 2û novembre.
Mlle Anaïs Pradal a chanté par complaisance le rôle de Fidès, et malgré
toutes les difficultés d'un rôle tout à fait en dehors de son emploi et de
ses moyens, la jeuue cantatrice a été très applaudie. En général, le Pro-
phète a été bien chanté et a obtenu un très-grand succès.
DE PARIS.
427
*** Dresde. — Faust, opéra de Spohr, a reçu un brillant accueil. Les
honneurs de la soirée ont été partagés entre Mme Burde-Ney (Ciené-
gonde), et M. Tichatscheck (comte Hugo).
*** Leipsig. — Au concert qui a eu lieu dans la salle du Geivandhaus
au profit du fonds de pension pour les artistes de l'orchestre, on a en-
tendu deux compositions inédites : sérénade de Brahms et un concerto
de Joaehim , où il y a de la verve, de l'invention , mais qu'on a trouvé
trop long et un peu trop hongrois.
t% Vienne. — L'association des écrivains et journalistes, Concordia,
doit donner au Carthealer un concert, où avec l'autorisation de Meyer-
beer, membre honoraire, seront exécutés des fragments du Pardon de
Ploermel, dont la première représentation se fait attendre trop longtemps
au gré des admirateurs du maestro. On y entendra , entre autres, l'ou-
verture et l'air célèbre de l'Ombre, chanté par Mlle Brenner, la prima
donna du théâtre de Prague. — Hellmesberger et ses collègues ont re-
pris leurs soirées de quatuors, qui sont toujours en grande faveur.
t*t Stockholm. — Herrmann Bérens vient d'être nommé chef d'orches-
tre du second théâtre, à la suite du succès que ses opéras avaient ob-
tenu dans notre capitale. Ces opéras sont : violeita, le Sunge d'une nuit
a"élé, opérette en deux actes, qui a été jouée vingt fois de suite, et Lully
et Quinault.
t*i Rome. — Malgré le succès croissant de Gianni di Nisida, du maes-
tro Pacini, on a donné au théâtre Appollo un autre nouvel opéra inti-
tulé Stefanias, qui a révélé le talent musical du ieune maestro Raffaele
Gentili. Le Pirate résume ainsi les qualités de l'œuvre nouvelle: «Mélodies
faciles et belles, conception neuve, instrumentation cl?ire, harmonieuse
et brillante.»— Un nouveau ballet de Rota a été donné au théâtre A polio.
Le sujet d'il Genio Anarack, est assez bizarre pour mériter une men-
tion. La scène se passe au pays des esprits, et l'un des actes représente
le cabinet d'un correspondant dramatique. Anarack , chef des esprits
follets, veut introduire dos innovations dans les spectacles et surtout
dans les ballets ; à cet effet, il envoie sur terre deux de ses agents pour
engager un maître de ballets. Les deux follets amènent bientôt Bo-
rioso, qui se hâte de mettre en scène un ballet déclaré à l'avance des
plus originaux. Or le ballet de Borioso n'est autre qu'un ballet de Rota,
et le plagiaire est condamné à passer sa vie dans un antre, où un mi-
roir lui représentera sans cesse les ballets de Rota qu'il a voulu faire
passer pour les siens.
Florence. — Le bénéfice de Vincenzo Sarti, le ténor toujours applaudi,
a eu lieu avec la seizième représentation du Prophète; le chef-d'œuvre
de G. Meyerbeer a été reçu comme d'ordinaire par des acclamations et
des applaudissements unanimes.
MAISON H. HERZ planos^S) -rue-. de la
Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
e rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce pian
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
>. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
« A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier
rang du concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
universelle de Paris.)
%(MV1 FTA facteur de Pianos. — Médaille
UUIUI JUillU d'or, Exposition 1849; Médaille
de V classe Exposition universelle 1855. Spé-
cialité de pianos pour l'exportation.
Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les
Impositions, des récompenses méritées par l'excel-
lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la
réputation est justement établie. Elle vient de
mettre en vente un nouveau modèle de piano
droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne
'aisse rien à désirer sous le double rapport de la
quantité et de la qualité du son. — SSagasi»,
rue Moiititias-trc, 161.
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Exposition nationale belge de 1841.
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de Hollande (1S45).
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Exposition nationale française de 1844
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Lès à présent, ces Primes sont remises aux anciens abonnés qui renouvellent leur abonnement
et aux personnes qui en prennent un nouveau.
SOMMAIRE. —Voyage de Spohr à Milan, par ef. Dnesber^. — Revue criti-
que, par Adolphe Kotte. — Correspondances: Saint-Pétersbourg. —
Revue des théâtres, par I». A. !ï. Saiiit-T&'ïes. — Nouvelles et annonces.
VOYAGE DE SPOHR A MILAN (".
Un mercredi, 5 septembre, fut le jour fortuné où s'accomplit un
de mes vœux les plus chers et que je nourrissais dès mon enfance,
je vis enfin le pays où « fleurit le citronnier ; » nous avions à peine
dépassé les frontières de la Lombardie, que déjà nous nous trouvions
en plein sud ; c'étaient des forêts de châtaigniers, puis des ligues et
des amandes dans les jardins ; de gracieux festons de vigne s'élan-
çant d'arbre en arbre, et auxquels étaient suspendus des raisins ma-
gnifiques. La chaleur allait en augmentant à chaque pas et finit par
devenir incommode ; à midi nous atteignîmes Domo d'Ossola, jolie
(1) Autobiographie de Spohr. (Voir le n° h&.)
petite ville. A l'hôtel du Cupeïlo Yerde nous eûmes ira premier dé-
bat avec l'hospitalité italienne; ce nous fut un avertissement de
discuter à l'avenir les prix avec les aubergistes. Après dîner nous
poursuivîmes notre route jusqu'à Lareno, situé tout au bord du lac
Majeur, en face de ces îles célèbres Isola Madré et Isola Bella, que
nous visitâmes le lendemain. A Isola Bella l'on nous fit voir, entre
autres curiosités, le chiffre de Napoléon, que le premier consul avait
tracé sur l'écorce d'un laurier peu de temps avant la bataille de Ma-
rengo. L'embarcation qui nous avait transportés à Isola Bella nous
conduisit à Sesto Calende, à l'extrémité du lac. Le lendemain, 7 sep-
tembre, nous partîmes avec un vetlurino pour Milan, où nous descen-
dîmes à la pension suisse, dont on nous avait vanté la propreté tout
allemande.
Milan, 9 septembre. — Le soir nous fûmes à la Scala ; on donnait
la Statue de bronze, opéra seun-seria de Solliva, jeune compositeur,
ancien élève du Conservatoire de cette ville. A. notre entrée, la gran-
deur et la beauté de la salle nous frappèrent : avec ses six rangs de loges
et un parterre très-vaste, elle ne peut contenir que trois mille spec-
430
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
lateurs ; cela tient aux dimensions des places, qui sont très-spacieu-
ses. Le prix d'entrée est le môme pour toutes les parties de la salle :
on paie 2 lire de Milan. L'orchestre, quoique très-nombreux, vingt-
quatre violons, huit contre-basses, autant de violoncelles, les cuivres
ordinaires, etc., ne suffit pas à remplir la salle. L'exécution surpassa
mon attente : elle était précise , correcte et calme avec beaucoup
d'énergie. M. Rolla, dont les compositions sont connues même à l'é-
tranger, tenait le premier \iolon et dirigeait. On ne dirige ni au piano,
ni avec la battuta ; le souffleur, qui a la partition sous les yeux, souille
les paroles aux chanteurs, et au besoin donne la mesure aux choristes.
La musique de la Statue de bronze se rapproche du style allemand ;
le jeune auteur a évidemment choisi ses modèles plutôt parmi nos
maîtres que parmi ses compatriotes, et a de préférence étudié Mozart.
Dans sa partition, l'orchestre ne joue point un rôle subordonné, comme
d'ordinaire dans les opéras italiens; au contraire, l'instrumentation en
est travaillée avec soin, souvent même elle couvre le chant : aussi a-t-
on lieu de s'étonner que l'ouvrage de M. Sol'va ait reçu un accueil si
favorable, ce genre d'opéra n'étant pas en général fort goûté dans ce
pays-ci. A la vérité, ce ne sont ni les morceaux d'ensemble, ni les
finales qui ont décidé le succès de la pièce, mais bien quelques canta-
bile assez insignifiants, que les chanteurs firent valoir par une fort
bonne exécution. C'est à ces cantabile seuls qu'on prêtait quelque
attention. Pendant l'énergique ouverture et plusieurs récitatifs accom-
pagnés avec beaucoup d'expression, il y avait un tel vacarme dans la
salle, qu'on entendait à peine la musique. Dans la plupart des loges
on jouait aux cartes , et dans toute la salle on conversait à voix
haute. Je ne peux me figurer de tâche plus ingrate que d'écrire pour
un tel public, et l'on a lieu de s'étonner qu'il y ail de bons composi-
teurs qui consentent à s'en charger. Après le premier acte, on donna
un ballet qui dura près d'une heure, de sorte que, quand il fut fini, on
avait totalement oublié le commencement de l'opéra. Après le second
acte, il y eut un ballet comique, dont la durée fut à peu près la même;
ce spectacle, qui avait commencé à 8 heures, ne se termina qu'à mi-
nuit. Quelle rude besogne pour les pauvres musiciens!
14 septembre. — Hier au soir, nous assistâmes à un concert que
donnait un professore di oboe, Ferlendis, de Venise. Il nous fit en-
tendre une œuvre de sa façon : le jeu de l'artiste et son œuvre
étaient également mauvais. En Allemagne, on l'aurait immanquable-
ment sifflé ; ici, quelques billets donnés applaudirent timidement.
Dans la deuxième partie, Luigi Belotti joua un concerto sur le cor ;
la composition ne s'élevait guère au-dessus du médiocre ; l'exécution,
par contre, était des plus remarquables. Belotti a un son d'une beauté
merveilleuse, beaucoup d'agilité et un goût très -pur. De peur que
l'horrible hautbois n'effaçât cette bonne impression, nous renonçâmes
au reste du concert.
10 septembre. — Une preuve de plus que les Italiens sont une
nation essentiellement musicale, c'est que les mendiants ne deman-
dent jamais l'aumône autrement qu'en chantant et en jouant d'un
instrument. On les voit par troupes, de quatre à cinq qui font une
musique passable le soir, devant les cafés ; d'ordinaire, ils sont ac-
compagnés d'une femme magnifiquement accoutrée, qui fait la quête.
Ou bien, ce sont trois chanteurs, qui, avec accompagnement de gui-
tares, exécutent d'une manière très-satisfaisante des morceaux à trois
voix ou des canons très-courts ; d'autres s'aventurent tout seuls, des
violonistes, joueurs de flûte ou chanteurs aveugles ; même des mar-
chands ambulants offrent leurs marchandises en chantant.
A midi, nous avons assisté à un concert donné par la Sociela del
rjiardino. Les daines Marcolini et Fabri chantèrent un duo de Rossini.
La Marcolini jouit d'une grande réputation eu Italie ; elle a un bel
organe et beaucoup de prestesse : par malheur elle chante trop bas.
La signora Fabri est la prima donna du grand théâtre ; ses notes éle-
vées sont magnifiques. Quant à la voix et au talent, les deux canta-
trices sont sur la même ligne ; toutefois, ici encore, le soprano l'emporte
sur le contralto. Dans la seconde partie, on chanta un duo de Pacini,
une cavatine de Bonfichi et un rondo de Paër : même ton, avec des
fioritures qu'on a entendues mille fois Presque toutes ces composi-
tions étaient également fades et sans liaison intime ; le chant était
souvent troublé ou couvert par les dessins insignifiants des instru-
ments.
22 septembre. — J'ai passé aujourd'hui quelques instants à une
espèce de concert d'étude ; des amateurs y exécutent, sous la direc-
tion de Rolla, des symphonies, particulièrement celles des com-
positeurs allemands. Les instruments à cordes sont tenus par des
dileltanti ; les cuivres sont ceux de la Scala. On venait de jouer la
symphonie en ré majeur de Mozart, et plusieurs ouvertures de maîtres
italiens, et l'on répétait en ce moment une des grandes symphonies
de Haydn. L'exécution était assez exacte, à la vérité, mais sans forte
ni piano, et en général assez grossière. Cela n'empêche pas que cet
établissement, le seul de cette espèce en Italie, ne mérite les plus
grands éloges ; il offre aux amateurs milanais l'occasion de connaître
nos admirables compositions instrumentales. Si je ne me trompe, ces
réunions ont lieu dans les salons d'un M. Motto, qui possède, dit-on,
une belle collection de fort bons violons. En général, il y a ici
d'excellents instruments. Un M. Caroli possède deux stradivarius; Rolla
en a un d'une grande beauté. Dans la nombreuse colleclion du
comte Gozio de Solence se trouvent, entre autres violons (de Amati,
Guarneri et Guardagnini), quatre stradivarius, dont on n'a jamais joué,
et qui, quoique très-anciens, ont l'air de sortir de l'atelier du cons-
tructeur : deux de ces violons sont de 1773; l'artiste avait quatre-
vingt-treize ans. A la simple inspection de ces violons, on voit qu'ils
ont été construits par des mains tremblantes ; les deux autres sont du
meilleur temps de Stradivarius, de 1743 à 1744 ; le son en est fort
et plein, mais avec cela neuf et sonnant le bois : pour devenir
excellents, il faut qu'ils aient été pratiqués pendant dix ans au
moins.
28 septembre. — Hier soir, notre concert a eu lieu à la Scala. Les
artistes de l'orchestre restèrent à leur place habituelle; la cantatrice,
Dorette (la femme de Spohr) et moi, nous nous établîmes entre
l'orchestre et la toile, qui resta baissée. Quoique d'une sonorité avanta-
geuse, la salle, à cause de ses vastes proportions , exige une grande
force de son et un jeu large et simple. En outre, il n'est pas facile de
faire agréer un violon, là où l'on n'est habitué qu'à entendre des
voix. Cette considération et l'incertitude au sujet de l'effet que mes
compositions et mon jeu feraient sur les Italiens, me rendirent quelque
peu timide à mon début, dans un pays où l'on ne me connaissait pas
encore; mais comme dès les premières mesures je m'aperçus que mon
jeu était goûté, cette timidité ne tarda pas à se dissiper, et je jouai
dès lors sans la moindre préoccupation. Aussi eus-je la joie de me
convaincre que dans mon dernier concerto que j'avais écrit en Suisse,
en forme d'une scène de chant, j'étais tout à fait entré dans le goût
italien, et qu'en particulier les morceaux de chant étaient accueillis
avec enthousiasme. Si agréables et encourageantes que puissent être
ces acclamations bruyantes pour le virtuose, elles n'en sont pas moins
un sujet de déplaisir pour le compositeur. Toute l'économie du mor-
ceau est dérangée, les tutti travailles avec tant de soin sont perdus
complètement, et puis on entend le compositeur recommencer dans
un ton tout différent, sans savoir comment l'orchestre, par ses modu-
lations, est arrivé à ce ton nouveau. Outre le concerto, je jouai avec
Dorette un nouveau pot-pourri pour violon et piano, et un deuxième,
avec accompagnement d'orchestre. Ce dernier, je dus le répéter sur
la demande générale. L'orchestre, le même que celui de l'Opéra, m'ac-
compagnait avec beaucoup de sympathie et d'attention; Rolla surtout
se donnait beaucoup de mal. Dans la seconde partie, mon ouverture
d'Alruna fut exécutée avec vigueur à la vérité, mais non sans encom-
bre. L'orchestre est trop habitué à des répétitions nombreuses, pour
pouvoir jouer un morceau à première vue. Mme Castiglioni, contralto,
DE PAÏUS.
431
chanta un air dans cette seconde partie avec talent et succès. Après
le concert, l'on m'engagea fortement à donner une seconde séance.
Mais le vendredi suivant le gouverneur doit donner une soirée, à
l'occasion de la fêle de l'empereur ; or, comme le vendredi est le seul
jour libre de la semaine, et que nous n'avons nulle envie de prolonger
notre séjour pendant quinze jours, je préfère donner ce second concert
à mon retour, et partir immédiatement pour Venise. Cette première
soirée, je fis tout au plus mes frais, qui se montaient à peu près à
50 ducats.
J. DUESBERG.
REVUE CRITIQUE.
AaiicMlée Méresius : Romance-Étude, Inquiétude, les Travestis-
sements , une Chanson d'autrefois, Au bord de la mer. —
A. Vineent : Transcription du Souvenir d'Amérique , de Henri
Vieuxtemps. — CîEiai-Bes «SeSlssEa : le Bouquet de la fiancée.
La province comprend les arts ; elle les cultive et les aime beau-
coup plus qu'on ne le croit généralement. D'ailleurs, si, comme on
le dit peut-être trop, elle n'apprécie guère les choses de l'esprit et
de l'imagination, il faut reconnaître du moins qu'elle nous envoie
souvent de vigoureux talents, pleins de sève, de jeunesse, d'illusions
et d'enthousiasme.
Rouen, par exemple, la patrie de Corneille et de Boïeldieu, nous
donnait dernièrement Gustave Flaubert, à qui nous devons M.idame
Bovary, et Louis Bouilhet, l'auteur de MelœnU, de Madame de Mun-
tarcy et d'Hélène Peyron, qui, l'autre soir, à l'Odéon, prouvait une
fois de plus que Paris n'avait le monopole ni des belles conceptions
ni des beaux vers. Cette ville possède bien encore quelques char-
mants poètes, que nous connaissons, mais elle les garde, comme elle
garde depuis un grand nombre d'années déjà M. Amédée Méreaux,
pianiste compositeur connu partout et dont certes notre Athènes mu-
sicale, si difficile qu'elle soit, s'honorerait à plus d'un titre.
Mais arrivons à notre critique , car nos souvenirs nous entraîne-
raient trop loin.
Après avoir écrit des œuvres sérieuses et de longue haleine, de
belles et bonnes éludes, M. Amédée Méreaux vient de composer,
pour le piano, cinq morceaux tout à fait remarquables et d'une rare
distinction. Cette fois, délaissant les grandes formes et les amples dé-
veloppements, auxquels il s'entend si bien, il a voulu être aimable
avant tout, presque concis, facile à comprendre et à exécuter. On
retrouve dans ces nouvelles pages toutes les qualités qui ont fondé
sa réputation : la clarté, la pureté, l'élévation de pensée.
Nous n'analyserons pas ces ravissantes petites pièces, nous nous
contenterons de dire que l'une fait valoir l'autre, et que toutes attes-
tent une grande diversité d'inspiration et une souplesse de style non
moins grande.
La Gavotte est délicieuse. D'où vient-elle? Appartient-elle en pro-
pre à M. Amédée Méreaux, ainsi que nous le pensons, ou bien est-ce
un écho du temps passé, un écho de ce que la cour, comme la ville,
aima tant depuis Bach jusqu'à Rameau?
Quoi qu'il en soit, elle est charmante; elle-sent pour ainsi dire les
mouches et la poudre ; elle fait penser aux petits vers malins dont
le xviii" siècle ne se montra pas avare.
Sans médire de rien, nous voudrions retrouver plus souvent dans
la musique de piano l'unité, la franchise mélodique, l'imagination
vive et jeune, la finesse d'harmonie, enfin la fermeté de style que
nous avons remarquée dans Une chanson d'autrefois, chanson plus
douce et plus spirituelle que bien des chansons d'à présent.
Souvent a quatre parties, ces morceaux sont écrits à la manière
classique, à la manière des maîtres; on y reconnaît jusque dans les
licences qu'autorisent le genre et les traits de ces petites compositions,
le pianiste habile de même que le musicien instruit et sévère.
La gaieté, l'esprit, la grâce, la légèreté, brillent partout, sauf toute-
fois dans la Romance-étude et dans Inquiétude, dont la teinte élé-
giaque, la mélancolie profonde, révèlent autant de sensibilité que les
modulations et les imitations de mouvement prouvent d'habileté et
de science.
En metlant en petit toute l'expérience, tout l'art exigés par de plus
grands ouvrages, en restant élégant, sobre de notes parasites dans
ces formas grêles de la rêverie et de la fantaisie où chaque jour
on jette tant de banalités, pour ne pas dire d'inepties, en satisfaisant
à la fois tous ceux que divise l'éternelle querelle du moule et de la
pensée, M. Amédée Méreaux s'est montré artiste sérieux et convaincu.
Il n'a voulu faire aucune concession à la frivolité, au mauvais goût;
il a ainsi, quoiqu'on ne cesse de répéter le contraire, assuré le suc-
cès de son œuvre et gagné les seules sympathies que doivent ambi-
tionner les artistes de sa valeur : les sympathies des intelligences
délicates et justement exigeantes.
— M. Auguste Vincent, à qui l'on doit déjà entre autres transcrip-
tions celles d'Orphée et du Pardon de Ploërmel, vient de faire avec
la même habileté le même travail pour le Souvenir d'Amérique, un
des plus beaux airs variés de Henri Vieuxtemps.
Si le piano n'a pas toutes les richesses du violon, il en possède
d'autres qui les égalent, pour ne pas dire plus, et qui certes ne sont
pointa dédaigner. Il reproduit, cette fois, aussi fidèlement qu'il peut
le faire, les élincelantes variations prodiguées par le célèbre violo-
niste. M. A. Vincent ne s'était du reste imposé que cette lâche, et il
l'a remplie non sans prouver qu'il connaissait toutes les ressources de
son instrument et qu'il avait une parfaite intelligence des capricieu-
ses, mais élégantes beautés de son modèle.
— Le Bouquet de la fiancée1, voilà un joli titre assurément; mais
ce qui vaut mieux, c'est qu'il n'a rien de décevant, et que le caprice
de l'excellent pianiste Charles Jeltsch est fort joli aussi. Ecrit sur le
chant national namurois de Nicolas Bosret, traité et orné avec, art, il
se termine brillamment par une marche puissante et sonore, variant
encore une fois très-ingénieusement le thème principal. Enfin, Char-
les Jeltsch a su faire — chose plus rare qu'on ne pense — un bon
morceau avec une bonne mélodie.
Adolphe BOTTE.
Nous avions bien compris le droit de réponse et nous repoussions
justement l'abus qu'on voulait en faire à notre égard. C'est ce qui
résulte d'un jugement rendu le 5 de ce mois par la sixième chambre
du tribunal de première instance, conformément aux conclusions du
ministère public, dans l'instance engagée par MM. Emile Chevé et
Aimé Paris contre MM. de Calonne, directeur-gérant de la Revue
contemporaine, et Dufour, directeur-gérant de la Revue et Gazelle
musicale. MM. Treitt et Chaix d'Est-Ange, avaient présenté la défense
des deux journaux, accueillie par le tribunal, dans les termes sui-
vants :
» Attendu que l'article, en forme de lettre, signifié à de Calonne à
la requête de Paris et de Clievé, par exploit du 20 juin 1860, avec som-
mation d'en faire l'insertion dans le plus prochain numéro du journal
la llvvue contemporaine, n'est point une réponse ù l'article publié dans
le numéro de ce 'journal du 30 avril précédent, qui renferme une ap-
préciation de la méthode Paris et Chevé: que cette prétendue réponse
ne contient qu'une suite de récriminations et d'attaques personnelles
contre l'auteur réel ou supposé de l'article qui y sert de prétexte; qu'elle
ne peut être considérée, dès lors, comme un exercice du droit de ré-
ponse consacré par les articles 'Il de la loi du 27 mars 1822 et 13 de
la loi du 1-7 juillet 1819; que c'est avec raison que de Calonne en a re-
REVUE El' GAZETTE MUSICALE
fusé l'insertion, et que c'est sans droit que Paris et Chevé demandent
qu'il soit condamné à le faire ;
» Par ces motifs :
« Déclare Paris et Chevé non fondés dans leur demande , les en dé-
boute et les condamne aux dépens. »
l.e tribunal a rendu un jugement exactement semblable en ce qui
touche M. Dufour.
Dans notre numéro du k novembre dernier, n~us avions pris
l'engagement de ne plus nous occuper ni des théories, ni des actes
de nos adversaires, et de ne plus même prononcer leurs noms. Ce
n'est sans doute pas manquer à notre promesse que d'enregistrer la
décision judiciaire qui prouve que le silence est la conséquence forcée
de leur système, et qu'il n'y a pas avec eux d'autre refuge contre les
mauvaises difficultés.
Le Moniteur du Calvados contenait récemment la note suivante :
« Notre excellente musique municipale va pouvoir, grâce à l'acquisi-
tion des instruments en cuivre perfectionnés par M. Alphonse Sax ju-
nior, donner à l'exécution des morceaux dont se compose son riche
répertoire, un degré de supériorité qui fera ressortir encore les qualités
incontestables qu'elle possède.
» On sait que M. Sax a opéré dans les instruments de cuivre une mé-
tamorphose complète. Ses procédés les ont portés à la hauteur des ri-
ches tonalités musicales dont les instruments à archets avaient eu le
privilège exclusif. D'après son système, l'exécutant peut allonger ou
raccourcir la colonne d'air de son instrument par la mise en fonctions
des pistons, et mettre, par conséquent, la même précision dans la pro-
duction du son que le fait le violoniste, qui modifie à son gré les inter-
valles, en posant le doigt sur une corde. Trente-six instruments perfection-
nés par M. Sax, cornets à trois et cinq pistons, bugles altos et contraltos,
basses et contre-basses, trombones, cors, trompettes, figuraient à la
dernière exposition universelle de Besançon, où ils ont été admirés par
tous les connaisseurs. On a remarqué surtout quatre trompettes saxom-
nitoniques chromatiques, de formes différentes, à quatre et à cinq pistons, et
dont la sonorité est admirable. La justesse, la sûreté d'attaque pour
toutes les intonations, la facilité de l'aire des trilles ou des arpèges sur
tous les degrés de l'échelle chromatique, soit par tons, soit par demi-
tons, font maintenant de la trompette l'instrument le plus parfait que
puisse désirer le compositeur où l'exécutant le plus exigeant. Le trom-
bone a été modifié d'une manière aussi avantageuse. En effet, tandis
que les trombones ordinaires à coulissa ou à piston n'ont que, sept
positions, dont deux sont plus ou moins vicieuses, le trombone saxom-
nitonique chromatique en a douze et toutes parfaites. Aussi, quoique
l'instrument soit en si bémol ténor, il peut jouer la partie de trombonne
basse ou contre-basse.
» Avec de pareils instruments, nous nous attendons à voir notre mu-
sique municipale marcher de progrès en progrès. En suivant l'impulsion
qui lui est donnée par son habile chef M. Le Tanneur, et en continuant
à répéter avec ardeur, comme elle le fait (sans répétitions, il n'y a pas
de succès possible) , elle soutiendra la haute réputation qu'elle s'est
faite, et se préparera à obtenir encore, dans les concours, la palme
qui lui a été déjà décernée, nous ne l'oublions pas, au grand concours
de Lisieux. »
CORRESPONDANCE.
Saint-PiStersbourg, 29 novembre/6 décembre.
Le concert donné le mercredi 22/4 au théâtre Marie, avec le personnel
du théâtre Italien, n'avait pas attiré moins de monde que le précédent,
quoique les morceaux indiqués au programme fussent en partie assez
faibles; mais on y voyait figurer la ichiller Marssh de Meyerbeer, exé-
cutée pour la première fois a Saint-l'étersbourg, et tous les amateurs
étaient empressés d'entendre et d'apprécier l'œuvre si renommée de
l'illustre maestro. — Nous n'avons pas besoin de dire que leur attente
a été complètement réalisée; notre public, si connaisseur, a admiré et
chaleureusement applaudi cette page grandiose et colorée, devenue par-
tout un superbe morceau de concert. On l'eût fait répéter certaine-
ment si la soirée n'avait été, relativement aux habitudes du pays, trop
avancée.
Calzolari et la Fioretti, indisposés, ont fait défaut ;\ cette soirée, dans
laquelle on a applaudi et fait répéter le Roi des Aulnes, chanté en alle-
mand par Mlle Lagrua, avec l'orchestration de Baveri. Sept ou huit rappels
ont témoigné à la célèbre cantatrice toute la satisfaction produite par
l'admirable talent et la touchante expression avec lesquels elle arendu
cette belle mélodie de Schubert.
Dne valse, chantée avec beaucoup d'entrain par Mme Pvantier-Didiée,
artiste très-aimée du public, et qu'elle a dû répéter, lui a valu égale-
ment de nombreux rappels.
Le triomphe de la soirée a échu à Wieniawski. Le premier violon de
Sa Majesté impériale'a joué deux airs russes arrangés par lui, avec une
supériorité qui rappelle l'exécution de Paganini ; il a dû les redire aux
acclamations et aux trépignements de la salle entière, lesquels n'ont plus
connu de bornes, lorsqu'au dixième on douzième rappel il a reparu
avec son violon pour exécuter le Carnaval de Venise, fantaisie hérissée des
plus inextricables difficultés, et que Wieniawski enlève avec une aisance
qui tient du merveilleux. — L'administration des théâtres impériaux
n'a qu'à se féliciter d'avoir organisé ces concerts qui, tout en produi-
sant des recettes considérables, font attendre avec plus de patience la
réouverture de l'Opéra italien, toujours fixée au 2/ii décembre.
On annonce aussi pour la fin de ce mois l'arrivée de la P.istori, qui
va donner vingt-quatre représentations consécutives, pour lesquelles
la direction a ouvert un abonnement qui se remplit rapidement.
Le 26/8 décembre a eu lieu le dernier concert donné par la direc-
tion des théâtres impériaux ; l'ouverture de VEloile du Nord et la
deuxième audition de la Schiller-Marsch en formaient la partie instru-
mentale. Au nombre des morceaux de chant, nous avons à citer l'hymne
du Prophète: Roi des Anges avec chœurs, chanté par Tamberlick; la
romance de ['Etoile du Nord, chantée par Calzolari et la cavatine de
Robert, chantée par Mlle Lagrua. La salle était comble, et les artistes
que nous venons do citer ont été, comme aux précédentes soirées, cou-
verts d'applaudissements et maintes fois rappelés. L'ouverture de V Etoile
du Nord et la Schiller-Marsch, brillamment exécutées, ont eu un immense
succès.
La valse chantée par Mme Nantier Didiée au concert précédent a été
composée par Ciardi, jeune artiste de talent, première flûte soliste des
théâtres impériaux
Demain dimanche, la Société philharmonique donne à son tour un
grand concert, dont le programme est fort riche ; l'ouverture et le qua-
tuor du Pardon de Ploërmd, l'introduction et chœur de l'Etoile du Nord,
deux opéras du célèbre maestro, très-goûtés de notre public, y figurent
au premier rang. Tous les artistes du théâtre italien , Wieniawski et
Kontski, se feront entendre dans cette matinée, donnée au bénéfice des
veuves et des orphelins, et qui attirera beaucoup de monde.
BEVUE DES THÉÂTRES.
Odkon : l'Oncle Million, comédie en cinq actes et en vers,
par M. Louis Bouilhet.
On a tant abusé, au théâtre, de la suprématie de l'argent ^ur tous
les autres intérêts de la vie, que la lutte du poëte contre le prosaïsme
de son entourage n'offre plus aujourd'hui qu'un intérêt médiocre. Cette
famille de province, qui ne comprend pas les vagues aspirations d'un
rinieur en herbe et qui le rejette de son sein, qui trouve plus rassu-
rant pour l'avenir de sa fille que son mari lui apporte en dot une
étude de notaire plutôt qu'un volume d'élégies plus ou moins lyri-
ques, toute cette société positive et ennemie des rêves creux, c'est
ce que nous avons déjà vu un peu partout. Si encore le personnage
de Y Oncle Million venait corriger cette donnée banale; mais nous le
connaissons aussi ce brave homme devant qui tout le monde courbe
l'échiné, parce qu'il est cousu d'or, et qu'il est pour sa nièce à l'état
d'espérance. Lui seul ne partage pas le dédain affiché par tous les
naturels de l'endroit pour les poètes et pour la poésie ; c'est une
affaire de goùl, dont nous sommes loin de le blâmer ; mais qti'en ré-
sulte-t-il ? Quelle leçon neuve et piquante va sortir de cette diver-
gence d'idées ?
Ici, nous avouons ne pas trop nous rendre compte des motifs qui
font agir l'Oncle Million. Au lieu de proclamer hautement que son
héritage est au prix de l'union du jeune Léon Rousset avec sa nièce
Clara Dufernay, il prend un détour, et pour mettre en fuite l'aspirant
notaire, il donne à entendre qu'il va lui-même se marier, et par con-
séquent déshériter sa nièce; puis il finit par où il aurait dû commen-
DE PAIUS.
433
cer, en la dotant à condition qu'elle épousera Léon, ce qui fait à
l'instant tomber tous les scrupules, toutes les hésitations des deux
familles.
Qu'est-ce que cela prouve en résumé ? Qu'il est permis d'être poëte
et d'avoir du génie, pourvu qu'on trouve un petit million dans la
corbeille de sa femme, Si telle est la pensée de M. Bouilhet, il faut
convenir que le précepte n'est guère d'une application usuelle et
facile. S'il a eu l'intention d'attester que l'appât de l"or est tout-puissant
et qu'il fait table rase des préjugés les mieux enracinés, était-ce la
peine de prendre la plume ?
Sous ce point de vue néanmoins la chose eût été regrettable, car
nous y aurions perdu de très-beaux vers qui n'ont qu'un tort, c'est
de faire parfois un singulier contraste avec le caractère ou la physio-
nomie des bons bourgeois et des parfaits notaires, dans la bouche
desquels l'auteur a mis ses tirades les plus rutilantes. On ne peut se
défendre d'une sorte de gêne et de surprise en écoutant des gens qui,
pour battre en brèche la poésie, emploient justement le langage
poétique.
Cette anomalie n'ôte rien au mérite de M. Louis Bouilhet, qui, s'il
a beaucoup à apprendre encore pour devenir un auteur dramatique,
est dès à présent un brillant et habile versificateur. C'est ce qui
explique pourquoi sa pièce a reçu un accueil honorable.
L'interprétation n'est d'ailleurs pas étrangère à cet heureux résultat.
Tisserant, Kime, Febvre, et, en première ligne, Mlle Tbuillier et
Mme Ramelli, complètent un remarquable ensemble.
D. A. D. SAINT-YVES.
NOUVELLES.
„*„ Aujourd'hui, par extraordinaire, la 240e représentation du Prophète,
avec Mme Tedesco et fiueymard.
„*,. Le Papillon a été joué mercredi et vendredi.
„% On s'occupe de la reprise du Philir/. Les répétitions ont com-
mencé.
»% Les débuts de Morelli et de Mlle Marehisio dans Guillaume TM,
annorcés pour mercredi dernier, sont retardés de quelques jours.
„% Les journaux italiens annoncent l'arrivée à Paris de M. P. Borri,
chargé de composer et de régler le ballet dont Mme Ferraris doit créer
le principal rôle l'automne prochain, au théâtre impérial de l'Opéra.
Suivant un journal de Bo'ogne, les frais de mise en scène de cet ouvrage
atteindraient le chiffre de 200,000 fr.
%*t Un décret impérial, en date du 10 de ce mois, rendu sur la propo-
sition de S. Exe. le ministre d'Etat, vient d'augmenter les droits des au-
teurs et compositeurs des ouvrages représentés au théâtre impérial de
l'Opéra. A partir du 1e' janvier prochain, les droits des auteurs et com-
positeur?, qui décroissaient après les quarante premières représenta-
tions de leurs ouvrages, ont été fixés à 500 fr. d'une manière permanente.
„*, Déjà les artistes du chant avaient joué le Prophète au bénéfice de la
Caisse des pensions de retraite des artistes et des employés de l'Opéra. Le
ballet à son tour vient de payer son tribut. Samedi a eu lieu le deuxième
bal annuel au profit de cette utile institution, qui a été ouvert par un
divertissement chorégraphique composé de fragments des meilleurs bal-
lets. L'orchestre a exécuté pour la première fois l'album de Strauss.
La recette a été considérable.
,% A l'Opéra-Comique, c'est Mlle Marimon qui remplacera Mlle Saint-
Urbain dans Barkouf, donton annonce la première représentation comme
prochaine.
„.*„, Mlle Numa, qui a obtenu de brillants succès dans les principales
villes de France et de l'étranger, a débuté hier par le rôle do Virginie,
du Caïd.
„** Le théâtre Italien a repris mardi dernier Sémiramide , qu'il n'a
pas craint de jouer dans sa primitive simplicité de décors et de costu-
mes, en face des magnificences déployées pour elle par notre grand
Opéra. C'est que l'habit ne fait pis le moine, ni la musique non plus, et
que des voix comme celles de Mmes Penco et Alboni peuvent braver
toutes les concurrences. Badiali, chargé du rôle d'Assur, y montre tout
son talent. Un jeune artiste espagnol, Lorenzo Pagans, débutait dans
celui d'Idreno : sa voix est légère, mais un peu grêle : il vocalise faci-
lement et se fera une place dans le répertoire.
*,*» S. M. l'Empereur assistait à la reprise de Sémiramide.
t% L'affiche annonce depuis quelques jours II ballo in maschera; ce-
pendant il est probable que l'ouvrage ne sera donné qu'au mois de
janvier.
**t Le théâtre Lyrique a fait relâche mercredi et vendredi pour les
répétitions générales des Pécheurs de Catane, dont la première repré-
sentation aura lieu demain, lundi.
,,*,, Aux Bouffes-Parisiens, on annonce les dernières représentations
d'Orphée aux enfers, malgré les salles combles qu'il n'a pas cessé de
faire, et qui nécessiteront une prochaine reprise de cet ouvrage.
**„, Cette semaine, la première représentation d'une opérette, le Mari
sans le savoir, dont la musique est, dit-on, d'un haut personnage.
**.,. Par décret impérial du 8 décembre 1860, M. le comte Bacchiochi,
premier chambellan de Sa Majesté, surintendant des spectacles de la
cour, a été nommé surintendant des théâtres impériaux. Le surinten-
dant des théâtres impériaux exerce, sous l'autorité du ministre d'Etat,
la haute surveillance du service des théâtres impériaux; à cet effet les
commissaires impériaux près le théâtre des Italiens et les théâtres de
l'Opéra-Comique et de l'Odéon sont placés sous ses ordres.
„% La Commission supérieure permanente instituée en -1854 pour
l'examen des affaires relatives â la gestion du théâtre impérial de l'O-
péra, a cessé ses fonctions.
,„*,, La Commission de la Société des auteurs et compositeurs drama-
tiques a été reçue lundi par S. Exe. le ministre d'Etat.
s% Mme Cabel obtient en ce moment de très-grands succès à Anvers,
d'où elle a l'intention de se rendre à Cologne et à Berlin.
„*,,, II. Berlioz vient de composer un opéra en un acte/ dont le sujet
est tiré d'une pièce de Shakspeare.
*** Une dépêche télégraphique qui nous est communiquée annonce
comme il suit le résultat du début de Mlle Maria Brunetti, l'élève de
Duprez, dans la Traviata, au théâtre royal italien de Berlin : « Grand
succès, sept rappels, félicitations unanimes. »
„*,, M. Dormeuil père est nommé directeur du Vaudeville, en rempla-
cement de M. Louis Lurine, décédé.
*** Cologne est la première ville de l'Allemagne qui ait adopté le
nouveau diapason normal. Le résultat de cette mesure est très-satisfai-
sant : le son des instruments à cordes n'en a nullement souffert, et
pour les chanteurs c'est un véritable bienfait.
t\ Richard Wagner vient de publier un volume divisé en deux par-
ties, dont l'une comprend une Lettre sur la musique, l'autre Quatre
poèmes d'opéras traduits en prose française. Dans la Lettre sur la musique
nous avons retrouvé des théories sur lesquelles ce journal a souvent eu
l'occasion de s'expliquer. Quant aux poèmes d'opéras, parmi lesquels
figure celui du Tannliœuser, dont la représentation est prochaine, nous
croyons devoir attendre qu'elle ait eu lieu pour le juger en pleine con-
naissance de cause. C'est, ce nous semble, le meilleur parti à prendre
pour l'auteur et pour nous.
„,*„, Le concert de M. Wekerlin sera donné mercredi prochain au
théâtre Italien. Voici le programme : Première partie, Hézia, ouverture
â grand orchestre ; ballade orientale pour ténor solo, chantée par
M. Lévy (chœur et orchestre) ; ode de Gilbert, pour basse solo, chan-
tée par Belval, de l'Opéra; V Adieu des Bohémiens, scène avec chœurs,
chantée par Mlle Balbi. (Ces quatre compositions sont de M. Wekerlin.)
Deuxième partie : les Poèmes de la mer, ode-symphonie, paroles d'après
le livre de M. J. Autran, musique de J. B. Wekerlin (150 exécutants) :
1° la Naissance des vayues (chœur); 2" Béuerie au bord de la mer, pour
mezzo-soprano (sur une note); 3° le Départ, scène pour chœur de voix
d'homme; ti° le Calme, la Nuit, peur soprano solo; 5° Chanson d'un
triton, solo pour voix de basse; 5° les Océanides, chœur de voix de
femme ; 7° Tempête (orchestre seul) ; 8° le Cabin-boij (le mousse), pour
soprano solo; 9° le Soleil sur la mer, chœur; 10° Promenade, solo de
ténor; 11° Epilogue, chœur final. On finira par le quatrième acte des
Uoraces, de P. Corneille, joué par Mlle Karoly, de l'Odéon.
„*„ C'est aussi mercredi soir que le concert de Joseph Wieniawski
aura lieu. iNous en avons donné le programme dans notre dernier
numéro.
Ù36
m; vie et gazette musicale
,*„. Au nombre des pièces qui sont en répétition au théâtre du Palais-
Royal, est une opérette de MM. de Leuven et Prilleux, dont la musique,
que l'on dit fort jolie, est de six compositeurs différents : MM.Clapisson,
Gewaërt, Gautier. Poize, Bazile et Sylvain Mangeant. Cette nouveauté
a pour interprètes : Pradeau, René Luguet, Lassouohe et Mlle Schnei-
der, qui trouvera une nouvelle occasion de faire briller sa charmante
voix.
,*t Jeudi dernier, a eu lieu chez Mlle Zaccone, professeur de chant,
la première séance musicale de son cours de musique d'ensemble.
L'exécution des principaux morceaux chantés par ses élèves a été de
tout point satisfaisante, et témoigne d'une méthode aussi sûre qu'habi-
lement enseignée. Entre autres artistes que nous y avons entendus, nous
citerons Mlle Ceronetti, jeune personne que nous applaudirons bientôt
au théâtre, et dont la voix pure et bien timbrée a produit le meilleur
effet; M. Lucien Lambert, qui a exécuté sur le piano, et avec un talent
vraiment remarquable, des variations composées par lui sur un air po-
pulaire de Louis Abadie. Enfin, la séance a été égayée par quelques
chansonnettes dites avec infiniment d'esprit par M. Lincelle.
s*t M. Edouard l'étis a rendu compte, à la dernière séance de l'Aca-
démie des B •aux-Arts de Bruxelles, de la situation de la caisse centrale
d^s artistes. Le capital appartenant à la caisse atteindra Dientôt pres-
que la somme ae 80,000 fr. Mgr le duc de Brabant vient encore,
tout récemment, de faire à l'institution un don de 300 fr.
„** Un nouveau quatuor bouffe, dû à l'heureuse collaboration de
MM. Edouard et Gilbert Duprez, va paraître cette semaine. Trois étoiles
chez un directeur, c'est le pendant du fameux trio des Trois ténors, d'une
gaieté si folle et si vraie. Le beau sexe chantant ne portera plus envie
au nôtre. Les Trois étoiles, exécutées au douzième concert annuel donné
par Duprez, en sa qualité de maire de Valmoudpis, ont obtenu un succès
d'hilarité irrésistible. Le quatuor avait pour interprètes Mmes Vanden-
heuvel-Uuprez, Marie Brunet, Godfrend et son illustre auteur. Lancé par
de tels parrains, il fera son chemin dans le monde
„,*„, Dreyschock, le célèbre pianiste-compositeur, doit prochainement
venir i Paris.
t% Parmi les ouvrages nouveaux dont nous devons bientôt rendre
compte, nous citerons un Aperçu philosophique sur la musique, par Paul
Charreire, et l' Histoire de la musique en France, par Charles Poisot.
a!*i Sous le titre de Solfège artistique, M. Henri Duvernoy publie un
recueil expressément composé pour préparer a l'étude des Vingt-cinq
leçons à changements de clefs dont il est aussi Fauteur. On y trouve une
suite de mélodies faciles, élégantes, toutes sur la clef de sol, ce qui en
augmente encore l'attrait pour les jeunes amateurs.
„*„. Le congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique
religieuse, qui avait ouvert ses travaux par une belle messe en plain-
chant et en style alla Palestrina, a voulu finir par une bonne action. A
la fin de la dernière séance, et sur la proposition de M. Batiste, une
collecte a été faite au profit de la caisse do l'Association des artistes
musiciens, et le produit en a été versé entre les mains de M. le baron
Taylor.
t% Un jeune et habile violoniste qu'on n'a point oublié à Paris,
M, Gleichauff est de retour pjrmi nous et se propose de nous consacrer
une bonne partie de l'hiver. 11 se fera entendre dans nos concerts et
nos soirées musicales. M. Gleichauff est, comme on sait, un des meilleurs
élèves de Vieuxtcmps. Il vient de Strasbourg on il a donné un fort
beau concert.
./'a, M. W. Erackmann, l'éminent pianiste compositeur, inspecteur des
études musicales de l'institut de Sainte-Catherine de Saint-Péters-
bourg, a composé, à l'occasion des funérailles de l'impératrice-douairière
de Russie, une très-belle marche admirablement réussie. Dans un de nos
prochains numéros nous rendrons compte de cette excellente publication.
t*t Deux virtuoses, l'un sur l'accordéon, l'autre sur le piano, Hip-
polyte Chartain et Louis Lapret, l'élève de Prudent, vont quitter Paris
pour se rendre à, Nice, en s'arrêtant dans quelques villes où leur dou-
ble talent leur assure des succès.
,..** Sous le titre : les Six Prières, MM. Armingaud et Edouard Moche
viennent de faire paraître six morceaux de chant pour voix seule, avec
accompagnement de piano. La Prière de l'enfant, la Prière de la jeune
fille, la Prière de la mère, la Prière du travailleur, la Prière de Varliste, et
la Prière du vieillard, sont de véritables petits poèmes qui peuvent être
chantés par toutes les voix.
t% M. Robert Nourrit, docteur en droit, fils du célèbre ténor Adol-
phe Nourrit, dont le souvenir est resté si profondément gravé dans la
mémoire de tous ceux qui l'ont connu, épouse Mlle Marie Pion, fille de
M. Henri Pion, imprimeur de l'Empereur.
„% M. Reichardt, l'excellent ténor-compositeur, vient d'arriver à
Paris, où il se propose de passer toute la saison : c'est une bonne for-
tune pour les salons parisiens. Déjà jeudi il s'est fait entendre dans une
réunion des plus distinguées, et il a obtenu un véritable succès d'enthou-
siasme. Accompagné par Mme la princesse M***, la Mécène féminine de
toutes les célébrités artistiques, M. Reichardt a chanté de la façon la plus
exquise ses deux nouvelles compositions, O belle étoile'. 6 doue regard i
et la Berceuse. Les applaudissements n'ont fait défaut ni à l'artiste, ni à
son noble accompagnateur.
,,*» L'accueil favorable qu'a reçu l'annonce des portraits-cartes de
visite de Mozart et de Beethoven, a engagé les éditeurs à publier
une collection des célébrités musicales ; les portraits deG. Meyerbeer.de
G. Rossini, Ad. Adam, Cherubini, Spontini, Haydn, F. Schubert, Doni-
zetti, Weber et Mendelssohn, viennent de paraître, et déjà le plus
brillant succès s'attache à cette publication, l'un des plus charmants ca-
deaux d'étrenues de l'année.
„*,,, Afin de satisfaire aux nombreuses demandes qui leur ont été adres-
sées, les éditeurs du Répertoire d-s orphéons, recueil d'opéras et de chœurs
divers arrangés pour voix d'homme sans accompagnement , viennent
do faire paraître une édition de ces choeurs réunis en volume. Le pre-
mier volume de cette publication, indispensable à toute Société chorale,
contient vingt chœurs d'opéras, et se vend G francs net. Le second volume,
contenant vingt chœurs originaux d'A. Adam, Beethoven, Kucken, etc.,
est coteau même prix.
„.*„. La maison Gamboggi frères vient de mettre en vente un album de
piano dédié à la mémoire de Coria par quelques-uns de nos pianistes-
compositeurs les plus en vogue. Cette publication, ornée d'un portrait
photographié du regrettable artiste, se vend au profit de Mme Goria. C'est
donc a la fois un splendide cadeau d'étrennes et une bonne œuvre que
nous signalons à nos lecteurs.
t\ Le monument funèbre élevé au célèbre violoniste Robberechts,
sur une généreuse initiative, est terminé. L'exécution en est complè-
tement digne d'éloges. On y lit "cette simple inscription : A André Robbe-
rechts, ses élèves, ses amis.
.,*„.. Le produit de la souscription ouverte en faveur de Mme veuve
Goria, s'est élevé à 7,000 fr. environ. Goria a laissé en mourant trois
manuscrits qui seront publiés prochainement. Ce sont des fantaisies sur
Don Juan, Philémon et Daucis et la Traviata.
„*4 Un comité s'est formé à Berlin pour l'érection d'un monument à
Louis Rellstab ; il se compose de Meyerbeer, de Hulsen, Boekh, Gus-
tave Bock, Krausnick, Lessing, Magnus et Taubert. Un concert doit être
donné aujourd'hui même au profit de la souscription. Les littérateurs et
artistes français qui voudraient y contribuer sont invités à envoyer
leur offrande.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE
*** Dijon. — Deux représentations de jl/ar(a ont été données cette se-
maine devant un public nombreux. L'ouvrage de M. de Elotow a obtenu
ici, comme ailleurs, un franc et légitime succès. Parmi tous les mor-
ceaux tour à tour vifs, légers ou mélancoliques que ce charmant opéra
renferme, le public a surtout fêté la délicieuse mélodie irlandaise dont
nous avions déjà eu un avant-goût, et que l'ranchomme nous avait chan-
tée sur son violoncelle avec autant de mélancolie que de tendresse.
Encore quelques représentations, et Marta sera ici tout à fait populaire
et tiendra une place distinguée dans le répertoire de notre théâtre.
#*# Bordeaux. — Le cercle philharmonique annonce son premier
concert de la saison. Le programme porte les noms de Mme Viardot,
de Sivori et du pianiste Magnus, qui doit exécuter son grand caprice
sur les Huguenots et divers autres morceaux de sa composition.
n% La Rochelle, 10 décembre. — Ces jours derniers, un de nos spi-
rituels compatriotes, M.Gustave Mareschal, nous donnait un proverbe:
Qui compte sans son hôte, pour lequel M. Léon Meneau a écrit une ou-
verture et huit morceaux de musique. La pièce a reçu l'accueil le plus
favorable ; on y a remarqué une abondance de mélodies tantôt légères
et faciles, tantôt sentimentales, le tout rehaussé par une orchestration
brillante. Nos acteurs, plutôt comédiens que chanteurs, ont fait leur
devoir en conscience. L'orchestre a été admirable de zèle et d'entrain
dans l'exécution de l'œuvre d'un de ses membres.
t*4 Nîmes. — Interprété avec un ensemble des plus remarquables, le
Pardon de Ploërmcl est aujourd'hui à sa quatrième représentation , et
DE PARIS.
435
le succès a toujours été en grandissant. M. Sujol a été parfait dans !e
rôle de Oorentin, et l'air de YOmbre est un véritable triomphe pour
Mme Erambert. — Les l'antins de Violette ont été joués pour la première
fois ici d'une façon très-satisfaisante.
CHRONIQUE ETRANGERE
»*„ Londres. — A l'Opéra royal anglais, le nouvel opéra de Balfe ,
Bianca, la fiancée du Bravo, vient d'obtenir un des plus beaux et des
plus légitimes succès. L'enthousiasme, qui a commencé dès l'ouverture,
est allé grandissant jusqu'à la fin du premier acte, après lequel le com-
positeur a dû paraître devant le public. Quatre actes, ne durant pas
moins de quatre heures et demie, n'ont pu lasser l'admiration générale.
M. Ilarrison représente le mystérieux et redoutable Bravo; rni?s Lonisa
Pyne a été comme toujours un modèle de grâce et d'exécution brillante.
Les deux artistes ont été très-bien secondés par M. J. Albiga et miss
Thirlwall. — L'oratorio Salomon, qui a inauguré la saison d'hiver
à la Sacred Harmonie Society, a été écouté avec le plus grand respect.
Les admirateurs de Ilaendel, qui assistaient en grand nombre à cette
séance, ont témoigné hautement de leur satisfactien. — La clôture de la
saison italienne doit avoir lieu le Vt décembre à [1er Majesty's Théâtre par
une grande représentation au bénéfice de Mme Titjens. Cette solennité
se composera du premier acte de Norma par Giuglini, Vialetti et la béné-
ficiaire; d'un fragment du Trovatore, du deuxième acte de Marlha et
du quatrième acte des Huguenots, dans lequel Mme Titjens et Giuglini
feront leurs adieux au public.
**« Bruxelles. — L'association des artistes musiciens de cette ville a
donné samedi son premier concert de la saison. La symphonie en la de
Beethoven et une ravissante ouverture de Glinka ont fourni à l'excel-
lent orchestre, dirigé par M. Ch. Hanssens, l'occasion de prouver qu'il se
maintient toujours à la même hauteur. Mlle Dupuy et M. Jourdan, du
théâtre de la Monnaie, avaient prêté le concours de leur talent— Le Con-
servatoire inaugurerala salle de Concerta l'ancien palais du prince d'Orange,
le 5 janvier prochain, par la distribution des prix aux lauréats du dernier
concours. Peu après aura lieu dans la même salle le premier concert de la
saison, dans lequel M. Fétis fera entendre la première symphonie deSchu-
mann, encore inconnue à Bruxelles. • Au théâtre de la Monnaie, après une
belle représentation de VElode du Nord, qui a eu lieu lundi, les Dragons
de Viltars ont été donnés mercredi au bénéfice du baryton Carman, qui y
remplit un de ses rôles favoris. Hercu'anum et le Domino noir ont complété
le répertoire de la semaine.
./"z La Haye. — Les débuts sont enfin à peu près terminés ; parmi
les plus heureux on cite ceux de Mlle Esther, Danhauser : c'est l'une dos
meilleures dugazons que nous ayons possédées. Voix suffisamment éten-
due et d'une justesse irréprochable dans les duos, témoin celui cTHaydée
avec Mme Ida Massy, qui a valu aux deux artistes un très-brillant succès.
*** Hambourg. — On vient de mettre à l'étude l'Exilé, opéra de Munch-
heimer; le sujet est tiré d'une légende des bords du Rhin.
„% Vienne. — S. M. l'empereur d'Autriche a ordonné que l'exploita-
tion du théâtre impérial de l'Opéra serait concédée à une entreprise
particulière. Les représentations seront limitées aux opéras et aux bal-
lets; l'obligation do donner des opéras italiens est désirable, mais il n'en
est pas fait de conditions expresses.
**.,, Pesth. — Au théâtre national on vient de représenter pour la
première fois le Pardon de Ploërmel. Le succès a été éclatant et l'inter-
prétation de l'ouvrage n'a rien laissé a désirer. Mlle Ilollassy représen-
tait Dinorah.
„.*„ Berlin. — Les Dragons de Villars (la Cloche de Vermitè) attirent cons-
tamment la foule au théâtre Frédéric-Guillaume. Au théâtre royal on a
joué du 3 au 9 décembre : Lucrèce Borgia, Malhilde de Sabran et Senvra-
mide. Dans ces trois opéras, c'est Aille Trebelli qui a chanté le rôle
principal. Quant à la troupe du théâtre Victoria, elle n'a point représenté
de pièces complètes; on prétend que Mme Vries, â la suite du procès
intenté par elle à l'imprésario Lorini, avait fait mettre les parti-
tions sous séquestre par voie judiciaire. — La recette de la cen-
tième représentation d'Orphée aux enfers, d'Offenbach, qui vient d'avoir
lieu, a été destinée à procurer des étrennes de Noël à des familles pau-
vres. — Le second concert d'abonnement de Radecke a eu lieu â la salle
de l'Académie du chant : on y a entendu deux compositions inédites :
187" psaume, mis en musiqnepar Vierling : c'est une œuvre remarquable,
empreinte d'une rare énergie et qui a fait une impression profonde
sur l'auditoire; l'ouverture de Richard Wuerst, intitulée un Conte, où il
y a de la verve et de la fraîcheur, mais dont l'ensemble n'offre point
un caractère déterminé.
,,*, Leipzig. — La saison est en pleine activité. Le Ier décembre, re-
prise de Faust, de Spohr; concert du Gesangverem Muller; le 2 décem-
bre, troisième soirée pour musique de chambre (Clara Schumann); con-
cert à l'Académie de chant, où a été exécuté le Requiem, de Cherubini ;
le 3 décembre, Freischutz, concert au profit de la famille Zœllner, avec
Û25 thalers de recette; le 5 décembre, la Flûte enchantée; le 6 décem-
bre, neuvième concert du Gewandhaus, où l'on a entendu Marie Cruvelli.
„..*„, Copenhague. — /.es Deux Journées, de Cherubini, viennent d'être
reprises avec beaucoup de succès. L'exécution en est fort remarquable.
On répèle au théâtre royal le Pardon de Ploërmel.
t% Milan. — Luca Fumagalti donnera son premier concert dans la
grande salle du Conservatoire royal. Le programme est des plus inté-
ressant : le jeune pianiste exécutera un trio de Mendelssohn, le Car-
naval de Venise, d'Adolphe Fumagalli , la fantaisie sur le Prophète et
plusieurs morceaux originaux.
ALPHONSE SAX ££
(.!U\'!0!l). — Neuf brevets d'invention et de
ctionnement .
Instruments Saxomnitoniqucu. Invention a laquelle le Juty de l'Exposition
universelle de Paris a consacré la plus belle page dans son rapport officiel
[Instruments de cuivre), dont voici do courts extraits :
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une com-
binaison nouvelle des trous d'entrée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu
à. conserver la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé
ou diminué considérablement l'emploi par son piston ascendant. Par la réunion
de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construction des ins-
truments à pistons aux conditions normales de justesse et d'égale sonorité. »
(Page 1333.)
« La combinaison résultant de l'application du principe de M. Alphonse Sax
est en quelque sorte une création nouvelle. C'est par e le seulement que peut
être résolu te problème d'une justesse paufaite pour les instruments à
pistons. Le mécanisme est partout de la plus grande simplicité. Nous appelons
sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est
radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix
de chaque famille; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses,
tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.)
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la fiancée, Fra Diavolo, Haydée, Lestocq, la
Part du Diable, la Neige, le Philtre, la Sirène, le
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■ — Lodoîska
Devienne. Les Visitandines . . .
Donizetti. Adelia
Ernest M (duc de Saxe-Cobounj) ■
de Solange
FIolow. Marta
— Stradclla
4.1 ii cS, . Iphigénie en Tauride . . .
— Iphigénie en Aulide
— Orphée • ■ in-4'
— Alceste in-4'
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— Le Guitarrei'o
— Le Nabab
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Sa h H L. ri. Les Dragons de Villars .
MciiiIclssoSiii. Paulus
Elie
Mci-cailniile. La Vestale.
— Elisa i Claudio . . .
]8fieyer!Be«r. 11 Crociato .
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Des à présent, ces Primes sont remises aux anciens abonnés qui renouvellent leur abonnement
et aux personnes qui en prennent un nouveau.
SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : les Pécheurs de Calane, opéra-comique en trois
actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Aimé Maillart;
débuts de Mlle Baretti et de M. Peschard, par Léon Diirocher. — Théâtre
impérial Italien: concert de M . Wekerlin ; les Poèmes de la mer, ode-sym-
phonie, par Paul Smith. — Concert de Joseph Wicniawski, par Adolphe
Botte. — Nouvelles et annonces.
THEATRE LYRIQUE.
LES PÊCHEURS DE CATANE,
Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel
Carré, musique de M. Aimé Maillart.
(Première représentation le 17 décembre 1860.)
Débuts de Mlle Baretti et de M. Peschard.
Quelques gens bien informés, — les gens bien informés savent tou-
jours tout jusqu'à l'heure précise où l'événement accompli vient dé-
montrer qu'ils ne savaient rien, — avaient 'donné à MM. Cormon et
Michel Carré un illustre collaborateur, l'auteur des Méditations poé-
tiques et de Jocdyn, l'historien des Girondins et des Constituants,
M. de Lamartine, rien que cela! Il est vrai que M. de Lamartine a
jeté aussi sur le papier, à ses moments perdus, ^quelques nouvelles
merveilleuses de style, et qu'on ne lit qu'avec une émotion délicieuse.
Grasiella en est une, et c'est justement Graziella qu'on prétendait
avoir été mise à contribution par les auteurs du livret de M. Aimé
Maillart. Il n'en est rien, Dieu merci ! La robe virginale de Graziella
n'a pas été chiffonnée par la brutale main du moderne opéra-comique,'
Nella, l'héroïne du théâtre Lyrique, ne lui ressemble guère, et don Fer-
nand, le séducteur de Nella, n'a rien de commun avec le jeune
Français qui, sans le vouloir, inspire à Graziella l'amour sans espoir
et sans remède dont elle meurt. Le libretlo n'a pris à la nouvelle
que le nom du cousin et du prétendu de Graziella, de ce bon Cecco
qui est laid, malingre, un peu bossu, mais qui a tant de dévouement
et dont l'amour est si désintéressé. L'amant méconnu de Nella s'ap-
pelle aussi Cecco, mais c'est un vigoureux gaillard dont le bras est
438
HEVUE KT GAZETTE MUSiCALE
aussi vaillant que le cœur. ]1 adore Nella qui a grandi à côté de lui
sous l'humble toit de sa vieille mère. Pourquoi Nella, au lieu de l'épou-
ser, — et c'est assurément ce qu'elle aurait pu faire de mieux, —
s'esl-elle retirée tout à coup au couvent de l'Annonciade sans rien dire
à personne des motifs d'une si étrange résolution ?
C'est que sa mauvaise étoile lui ^ fait rencontrer le seigneur don
Fernand, officier dans l'armée espagnole qui occupe la Sicile. Don
Fernand lui a dit : « je t'aime! » avec cette ardeur fiévreuse et cette
éloquence entraînante qu'a toujours un jeune seigneur quand il s'a-
dresse à une jolie villageoise. Mais quand la villageoise lui a dit
naïvement : « puisque vous m'aimez, allons trouver ensemble M. le
curé qui nous mariera, » Fernand a éludé la proposition, s'est éloigné
et n'a point reparu.
Fernand est fiancé à une comtesse espagnole dont je ne sais pas le
nom par la raison toute simple que Fernand, éLant son cousin, ne lui
dit jamais que : ma cousine. Mais rien ne s'oppose à ce que nous
l'appellions Inès. Inès est riche, elle est, je crois, nièce du gouver-
neur; c'est un grand parti, et Fernand, qui est militaire, a de l'am-
bition. Pour satisfaire à la fois son amour et son ambition, il fau-
drait qu'Inès fût sa femme et Nella sa maîtresse. Déçu dans son
projet machiavélique, il a mis provisoirement une sourdine à son
amour et le jour de son mariage est fixé.
Nella est sur le point d'achever son noviciat. On lui donne trois
jours de congé avant qu'elle prononce ses vœux définitifs. Elle descend
dans le village, elle revoit Cecco plus épris que jamais, Inès qui l'a
connue, et qui s'intéresse vivement à elle. Mais dans le tumulte de la
fête villageoise et pendant qu'elle anime les danseurs de sa voix et
de son tambour de basque, Fernand se glisse dans la foule et se pré-
sente tout à coup à ses yeux. Elle pâlit, elle chancelle, la voix lui
manque, et l'amour lui revient au cœur avec l'espérance. Le soir Fer-
nand la suit de loin à la pêche aux flambeaux, lui tient le langage le
plus passionné, lui arrache une demi-promesse de le suivre, sans
qu'elle songe même dans son égarement à demander où. Mais Cecco
surprend ce dangereux secret, et quand Fernand revient « aux grands
rochers » pour enlever Nella, il est entouré par la troupe menaçante
des pêcheurs de Catane qui ont d'excellentes raisons de haïr les offi-
ciers espagnols. On s'empare de lui. Il servira d'otage pour d'autres
pêcheurs, prisonniers de la police et des agents du fisc. Nella, qui a
plaidé sa cause le mieux qu'elle a pu, espère obtenir, par l'intercession
d'Inès, la liberté des pêcheurs. En ce cas, Fernand aussi sera libre.
Dans le cas contraire, il périra.
Les écrivains dramatiques ont toujours à leur disposition des moyens
expéditifs d'arranger les affaires. Inès, qui attend son fiancé et s'é-
tonne fort de ne pas le voir, — c'est le jour fixé pour la cérémonie,
— a dans sa corbeille de noces la grâce de tous les prisonniers.
Fernand est donc bientôt relâché. Il arrive, et se trouve entre Inès
et Nella. La situation est connue, et l'on en peut d'avance tracer le
programme : surprise, exclamations qui révèlent tout, vive indigna-
tion, reproches amers... Un petit évanouissement ne fait pas trop mal,
vers la fin. On répète, avec des variantes plus ou moins ingénieuses,
le célèbre dialogue de la Muette de Portici •■
La ■princesse : Voila donc ce mystère !
Le prince : Oui, tel est ce mystère !
La princesse : Il a trahi sa foi !
Le prince : Oui, j'ai trahi ma foi !
" Cette fois-ci, fort heureusement, le mariage n'est pas encore ac-
compli, et Inès ne tient pas assez h Fernand pour ne pas être parfai-
tement consolée. Elle lui rend sa parole ; elle le décide à épouser
Nella, sans se soucier du qu'en dira-t-on. Mais, hélas ! quand il vient
direà la pauvre fille : «Nella, voici ma main», Nella, qui n'a pu résister
à tant de secousses, est en train de rendre l'âme, et lui répond, d'une
voix éteinte, par ce mot fameux qui a déjà accompagné et expliqué
tant de catastrophes : « 11 est trop tard ! »
Je connais plus d'un spectateur qui aurait préféré im dénoùment
joyeux à ce dénoùment funèbre. 11 était si facile de sauver la vie à
Nella ! Il n'en aurait coûté à M. Cormon qu'un trait de plume. La
chapelle était toute prête, les cierges allumés, le prêtre à l'autel.
M. Maillart aurait couronné sa partition d'un petit morceau d'orgue
approprié à la circonstance, et l'on serait rentré chez soi l'esprit
tranquille et le cœur soulagé, comme après une foule d'ouvrages que
nous nous dispensons de citer. La conclusion qu'a préférée M. Michel
Carré est moins commune, mais elle est plus triste.
Avant d'expirer, la jeune Sicilienne a quelques accès de folie, —
folie intermittente, passagère, et qui n'amène aucun effet dramatique.
C'est dommage ! La scène est longue, et aurait eu besoin d'être un peu
relevée. Il nous semble que le succès de l'ouvrage, qui d'ailleurs n'a
pas été contesté un seul instant, serait plus complet et plus durable
si L'on abrégeait cette agonie.
La pièce n'est point parfaite. Un homme qui poursuit à la fois deux
femmes, et qui, par conséquent, ment à chaque mot qu'il dit, n'est
jamais bien intéressant. C'est un rôle fâcheux. Ce défaut est heureuse-
ment racheté par le rôle de Cecco, ce brave garçon dont la position
est toujours franche, la conduite toujours nette, et dont le dévoue-
ment survit à ses illusions et à ses espérances. Celui-là est toujours
sympathique au spectateur.
Il y a, en outre, quelques rôles secondaires, qui jettent de temps à
autre des lueurs de gaieté sur le fond un peu sombre de l'action
principale : c'est Mme Andréa, la cabaretière, qui serait si aise d'avoir
Cecco pour mari, mais dont la passion n'altère pas la bonté naturelle,
et qui sauve sa rivale quand elle pourrait la perdre ; c'est le niais
Nasoni, soupirant maltraité, mais opiniâtre de cette brave femme ;
c'est le capitaine Parpagallo, qui a si bon appétit, qui est si roide, si
galant, et si fier d'avoir gagné la bataille de Lépante. Le. rôle d'Inès, —
j'ai retrouvé son véritable nom, qui est Carmen, — le rôle de Carmen,
donc, a beaucoup de grâce. Carmen et Cecco soutiendront la pièce,
et la musique de M. Aimé Maillart la fera vivre.
On retrouve en effet dans la partition des Pêcheurs de Catane
foutes les qualités qui ont fait le succès des Dragons de Villars, la
mélodie naturelle, abondante et distinguée, l'harmonie élégante, l'ins-
trumentation riche et vivement colorée. Il semble même qu'à ce der-
nier point de vue l'auteur soit en progrès. Son orchestre a plus de
fermeté, plus d'éclat, plus de légèreté surtout. Ses accompagnements,
très-habilement travaillés, aident le chanteur et jamais ne le couvrent.
Il ne se laisse plus aller à ces détails parasites qui surchargent le
tissu harmonique et fatiguent l'attention. Il ne s'abandonne jamais au
plaisir décevant de développer mal à propos et outre mesure. Il est
sobre, concis et toujours scénique. Son ouvrage est très-riche,
et si l'on voulait en apprécier tous les morceaux l'un après l'autre, il
faudrait écrire un volume. Je me bornerai donc à indiquer ceux qui
m'ont paru faire sur l'auditoire l'impression la plus vive.
C'est d'abord le chœur d'introduction : Enfants de l'Etna. Il est
brillant, franchement rhythmé, et d'une harmonie très-vigoureuse.
Les couplets du pêcheur Cecco, qui lui succèdent et qui le ra-
mènent, ont beaucoup de couleur et posent bien le personnage.
Le quintette qui suit est plein de franchise, de naturel, d'élégance
et de légèreté, de plus, très-court, ce qui, tout bien considéré, ne gâte
rien. Un compositeur ne doit-il pas s'estimer très-heureux quand il a
fait dire à ses auditeurs: « Comment! c'est déjà fini? quel dom-
mage ! » — Consolez-vous, Messieurs, on se fera un vrai plaisir de
vous le redire après-demain.
L'air où Nella expose qu'elle n'est sortie de son couvent que pour
trois jours est remarquable surtout par la couleur de l'accompagne-
ment, l'habile emploi des instruments à vent et un trait de violon
d'un beau caractère. Les pêcheurs remplissent bientôt la scène et se
mettent à danser. Le premier air de danse a une vivacité de rhythme,
DE PABiS.
439
une légèreté, un entrain, une élégance qui seraient difficilement sur-
passés.
Le bal est interrompu par l'approche d'un collecteur de taxes,
escorté de soldats espagnols. Quand des soldats marchent sur le
théâtre, l'orchestre ne peut se dispenser de leur marquer le pas. La
marche de M. Maillart, écrite à deux parties, — une basse qui ma-
nœuvre sournoisement sous une dominante obstinée, qui gémit et qui
grince, — est une véritable création. Je ne sais rien de mieux ap-
proprié à la circonstance, rien de plus expressif.
La ballade chantée par Nella, — dernier morceau du premier
acte, — débute avec beaucoup d'élégance, mais elle finit par une ta-
rentelle. Cette tarentelle-là n'est-elle pas un peu longue? Je m'en
rapporte au goût de M. Maillart lui-même, quand, l'agitation des pre-
mières représentations étant calmée, il pourra écouter son œuvre de
sang-froid.
Rien de plus gracieux ni de plus tendre que la romance: du serment
qui m'engage, laquelle ouvre le second acte. C'est Fernand qui la
chante. Malheureusement, Cecco vient à son tour chanter la sienne,
et fait oublier Fernand. Cecco commence à comprendre que les refus
de Nella doivent avoir une cause, et que cette cause ne peut être
qu'un autre amour, un amour secret. « Je suis jaloux, » lui dit-il en
homme surpris et épouvanté de la violence du sentiment qu'il éprouve.
Ce sentiment est exprimé par le musicien avec une merveilleuse
énergie, dans une mélodie large et profondément passionnée. C'est un
des morceaux les plus remarquables de cette belle partition.
Le finale du second acte, où les pêcheurs indignés veulent tuer Fer-
nand, dont Nella défend les jours avec un indomptable courage, a
fourni au musicien une belle occasion de montrer tout son talent pour
disposer les masses vocales, et en tirer des effets vigoureux et saisissants.
Il n'y a pas manqué et, peu après, quand Nella s'embarque avec Cecco
sur la mer agitée par la tempête, il l'accompagne par un petit bout
de symphonie descriptive où la flûte, la harpe et les cors marient
leurs sonorités diverses de la façon la plus pittoresque.
Le premier chœur du troisième acte est charmant, et il y a de très-
piquants détails d'orchestre dans le quintette, où la duplicité de Fer-
nand étant enfin dévoilée, il se décide à déclarer que son cœur ap-
partient à Nella. Il me semble pourtant que cette scène, qui est la
plus importante de la pièce, aurait pu être traitée par le compositeur
avec plus d'ampleur, de mouvement et de passion. 11 n'a pas ren-
contré non plus d'inspirations bien saillantes dans la dernière scène,
où Nella bat la campagne et se débat contre la mort. Mais il a tant
donné jusque-là, qu'on aurait fort mauvaise grâce à exiger davan-
tage et à ne pas se déclarer satisfait. En somme, la partition des Pé-
cheurs de Catane ne peut qu'ajouter encore à la belle réputation que
M. Maillart s'est acquise par ses œuvres précédentes.
Les décors des Pécheurs sont fort beaux, surtout le second, où l'on
voit la mer bleue de Sicile bordée, jusqu'au bout de l'horizon, par
une magnifique falaise. Il faut louer l'administration de tout le soin
qu'elle a pris et de toutes les dépenses qu'elle a faites pour assurer
le succès de cet ouvrage. Si les accessoires ne remplacent pas le
principal, ils augmentent certainement sa valeur.
Mlle Baretti, qui a débuté dans le rôle de Nella, sort du Conser-
vatoire, et de la classe de M. Laget. — Très-jolie figure, encadrée
par une chevelure magnifique , taille bien prise , démarche pleine de
distinction, voix fraîche, limpide, et d'une charmante sonorité dans
l'octave supérieure. Le reste est un peu faible, et se développera sans
doute avec le temps. Une cantatrice ne peut avoir à dix-huit ans , et
le jour d'un début, ce qu'elle aura plus tard, quand elle connaîtra
mieux sa salle, son public, et qu'elle sera plus sûre d'elle-même. Elle
vocalise avec autant de correction que de facilité, et son style estfort
élégant. Son succès n'a pas été un moment douteux.
Il faut en dire autant de M. Peschard, élève de M. Révial, qui a une
voix de ténor d'une grande justesse, d'une étendue très-suffisante, et
d'un timbre délicieux. Il a si bien chanté sa romance qu'on la lui
a, je crois, fait répéter.
On a fait redire aussi à M. Balanqué (Cecco) sa jalousie. M. Ba-
lanqué chante en effet ce beau morceau avec une vérité d'expression,
une énergie d'accent vraiment admirables, et tout le reste de son rôle
à l'avenant. Il le joue en acteur intelligent et passionné. On n'a plus
à lui reprocher que quelques gestes mélodramatiques dont il se défera
sans doute, à mesure qu'il se convaincra par expérience que le na-
turel et la vérité frappent plus juste que l'exagération. Il a obtenu
un très-beau succès dans ce rôle de Cecco, dont la création comptera
certainement parmi les plus importantes de sa carrière d'artiste.
Les autres rôles sont très-convenablement remplis par Mlle Faivre,
Mme Vadé et M. Girardot. — L'orchestre et les chœurs ne laissent
rien à désirer, et l'on n'en finirait pas si on leur faisait tous les com-
pliments qu'ils méritent.
Léon DUROCHER.
THEATRE IMPERIAL ITALIEN
Concert «le M. Welkerlim. — JLes B'oè'estes «Se la mer,
o«!e-s>Mï]>li«>nïe.
Il y a déjà longtemps que M. Wekerlin aurait dû pouvoir s'essayer
dans le genre dramatique : il a travaillé, il est prêt, mais il n'a pas
encore trouvé le mot cabalistique, le sésame ouvre toi, qui fait tomber
tous les obstacles. En attendant, il s'est réfugié dans l'ode-symphonie,
qui ne ferme ses portes à personne, et il a écrit les Poèmes de la mer,
la mer, cet autre Désert que sillonnent des pèlerins à voiles et à va-
peur. C'est à M. Autran, le poëte marseillais, qui , dès l'année 1835,
publiait un beau volume intitulé la Mer, qu'il a emprunté son texte,
ou plutôt son prétexte musical. Le poëte s'est défendu d'avoir écrit
un canevas lyrique : « M. Wekerlin, a-til dit, m'ayant demandé dans
» le temps l'autorisation de détacher divers fragments des Poèmes de
» la mer et de les disposer à sa convenance en forme de scénario ,
» je lui donnai cette permission , laissant son inspiration s'exercer
» sur mon œuvre en toute liberté. Je suis donc étranger à l'arrange-
» ment du Ubretlo, et ne voudrais amoindrir en rien le double titre
» de M. Wekerlin, auteur de la musique et ordonnateur du poëme. »
L'œuvre du musicien se divise en plusieurs morceaux , tels que la
Naissance des vagues, Rêverie au bord de la mer, le Départ, Mer
calme, Chanson d'un triton, etc. , etc. : ce sont autant de petits
poëmes reliés entre eux par des vers déclamés. Ainsi, le premier,
la Naissance des vagues, est annoncé comme il suit :
Autour des archipels que Jehova découpe.
Autour des continents qui se creusent en lit,
La mer monte; elle écume, on dirait une coupe
Qui sous la main de Dieu s'emplit.
Et puis le chœur commence sur ces paroles :
Nous sommes les vagues profondes
Où les yeux plongent vainement.
Nous sommes les flots et les ondes
Qui déroulent autour des mondes
Leur manteau d'azur écumant.
Toute réserve faite à l'égard de ce système, qui prête des senti-
ments, des voix aux choses inanimées, et dont M. Wekerlin n'est pas
responsable, nous dirons que sa musique est constamment belle et
d'un caractère élevé, plutôt calme que fougueux, plutôt gracieux que
terrible. 11 a vu la mer avec amour et non avec effroi : il en a cou-
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REVUE ET GAZETTE MUSICALE
temple le côté joyeux de préférence au côté menaçant, et c'est bien
de lui qu'on peut dire :
. 1 . Tibi rident œquora ponti.
Cependant, il y a une tempête parmi ses poëmes : comment s'aven-
turer sur la mer sans y rencontrer de tempête ? Mais, à tout prendre,
la sienne tient peu de place, et n'altère pas trop la pureté habituelle
des lignes de son tableau. Pour nous, les plus heureuses et les
meilleures cantilènes, c'est la Rêverie au bord de la mer, note uni-
que, sous laquelle se balancent des dessins d'accompagnement déli-
cieux; ce sont la Mer calme, le Soleil sur la mer, et surtout le
Cabin-boy, ou le mousse, et encore plus la Promenade, solo de
ténor avec chœur, a bocca cldusa. Nous connaissons peu de mélo-
dies où le bonheur de vivre, de voir et de sentir s'exhale avec plus
d'effusion et de charme. Aussi l'auditoire a-t-il voulu l'entendre une
seconde fois, comme il avait déjà redemandé un morceau ravissant dit
par le soprano. Le soprano, c'était une élève du Conservatoire,
Mlle Balbi, jeune fleur qui commence à s'épanouir. Le ténor, M. Félix
Lévy, possède une voix tout à fait sympathique, et dont il se sert avec
beaucoup d'art; ce n'est qu'un amateur encore : on s'en apercevait
à son émotion extrême, et Mlle Balbi ne s'en privait pas non plus.
Belval, du grand Opéra, chantait un air de triton, qui rappelle trop
lepifl pafl des EuguenoU; Mlle Karoly, de l'Odéon, récitait noble-
ment les poétiques intermèdes.
Avant les Poëmes de la mer, on avait exécuté quatre autres pro-
ductions du même compositeur, une ouverture, nne ballade orientale,
une mélodie sur les stances de Gilbert, Au banquet de la vie, une
scène avec chœurs, Y Adieu des Bohémiens dans lequel il y a certai-
nement des choses originales, mais qui auraient besoin d'être plus
fortement rattachées par un fil commun.
En résumé, la soirée a été bonne pour M. Wekerlin ; sa vocation
d'artiste s'y est manifestée avec éclat. On a reconnu en lui le compo-
siteur formé à l'école d'Haydn, père de toutes les odes-symphonies,
sobre et pur comme son maître, souvent aussi mélodieux, jamais plus
hardi que lui. M. Wekerlin s'est de plus signalé comme chef d'or-
chestre, conduisant avec netteté, facilité, sans prétention, laissant
tous les effets à l'œuvre, n'en réclamant aucun pour sa personne.
— Nous devons une mention au concert annuel de la Société phi-
lanthropique savoisienne, donné dimanche dernier à l'Hôtel de ville.
Permis à un étranger de croire qu'il n'y avait là que des artistes de
premier ordre. Nous qui savons que pour la plupart c'étaient des
élèves du Conservatoire, nous n'y voyons qu'une raison de plus de
leur adresser nos compliments. Parmi les instrumentistes se distin-
guait M. Diémer, l'un des derniers lauréats du piano, élève de Mar-
monlel. Ensuite venaient le jeune Fourcade, enfant de douze ans,
élève de Verroust et qui joue du hautbois comme un maître;
Mlle Castellan, autre virtuose, élève d'Alard, et qui a déjà remporté
un second prix de violon ; Verroust jouait lui-même un solo de cor
anglais, comme pour prouver qu'entre les professeurs et les élèves
la distance était peu de chose. Pour la partie vocale, brillamment
inaugurée par la Société que dirige M. Batiste, trois élèves de Revial
suffisaient à la tâche : Mlle Cico et M. Capoul, qui appartiennent en-
core au Conservatoire, et M. Lutz, qui serait digne d'en être si ses
études complètes lui permettaient une autre destination que celle du
théâtre. Les accompagnateurs, M. Edmond Duvernoy et Mlle Leclercq,
ont aussi droit à leur part d'éloges dans une matinée où tout a fait
plaisir, et la nombreuse assemblée a su le prouver par ses bravos
et ses rappels toujours distribués avec une parfaite justice.
Paul SMITH.
CONCERT DE JOSEPH WIENIAWSKI.
A son concert donné mercredi dans les salons Pleyel-Wolff, Joseph
Wieniawski, le jeune et brillant pianiste qui, comme son frère Henri,
est l'un des meilleurs élèves que le Conservatoire ait formés, n'a pas
joué moins de huit soli, parmi lesquels se trouvait une sonate de sa
composition divisée en quatre parties.
Malgré le concours aimable de M. Richard Lindau, de Mlle de la
Pommeraie, qui a été fort applaudie dans les airs d'Orphée et à'Her-
culanum, le piano régnait peut-être trop despotiquement. Après avoir
dit sa partie dans le beau trio en ré mineur de Mendeîssohn et s'être
particulièrement distingué dans le scherzo, merveille de mélodie et
d'harmonie où se sont fait applaudir aussi le violoniste Armingaud et
le violoncelliste Lee, Joseph Wieniawski a fait entendre sa valse de
salon, une romance variée, Souvenir de Lublin, puis sa grande so-
nate inédite, œuvre sérieuse que le jeune compositeur soumettait
pour la première fois au jugement du public.
L'auteur en a fait ressortir avec beaucoup de talent toutes les
nuances et tous les aspects. Dans- le scherzo, notamment, il a mis
autant de feu , de brio que de netteté et de Dni ; mais quelques lon-
gueurs, quelques répétitions, surtout dans Yadagio, ont jeté un peu
d'ombre sur les parties excellentes, dont à une seule audition plus
d'un dilettante n'a peut-être pas apprécié toute la valeur. Le com-
positeur ne s'est montré ni absolument classique, ni tout à fait mo-
derne ; il a tenu le milieu entre les formes des maîtres, celles de
Weber surtout, et les formes de quelques musiciens d'aujourd'hui.
Pourquoi Joseph Wieniawski abuse-t-il quelquefois du joli effet des-
deux pédales : una corda ? Toujours placé à l'aigu, cet effet rappelle,
il est vrai, les sons de la harpe; mais prolongé trop longtemps, il
amène la monotonie et fait perdre au piano sa puissance, sa diver-
sité et son véritable caractère.
Un Impromptu , une Pensée fugitive, qui nous a paru être l'une
des plus expressives, des plus exquises inspirations de l'auteur, et la
jolie valse de concert, bien connue, depuis l'année dernière, de
ceux qui aiment la musique brillante et colorée , ont fait retrouver
au jeune pianiste toutes les vives sympathies que mérite son double
talent.
Comme exécutant, il a eu sa bonne part de succès. 11 joue sim-
plement, sans manière. Sous prétexte de sensibilité, il n'exagère rien,
et ses mouvements lents ou vifs, toujours bien suivis, ne cahotent pas
les rhythmes et les pensées par ce style faux et prétentieux qui fleurit
dans plus d'une école.
Moschelès, dans son Hommage à Haendel, a répandu à profusion
les plus heureuses combinaisons, les traits les plus ravissants ; il a
ménagé avec un grand art des sonorités si diverses qu'elles rappel-
lent souvent une ingénieuse instrumentation. Ça été une fête pour
tout le monde d'entendre ee duo à deux pianos : fête pour les audi-
teurs, fête pour Mme Massart qui, à côté de Wieniawski, a déployé
avec tant d'aisance et de grâce un si excellent sentiment musical
qu'on ne songeait plus au beau mécanisme qui donne tant de sûreté
et de clarté à l'exécution de la charmante virtuose.
Adolphe BOTTE.
CORRESPONDANCE.
Bruxelles, le 15 décembre.
A la séance du 6 décembre dernier de l'Académie royale de Bel-
gique (classe des beaux - arts), M. Van Hasselt a lu le rapport sur le
projet de publication d'une traduction des œuvres du célèbre musicien
nivellois, Jean Teinturier, connu sous le nom de Tinctoris. On se rap-
pelle que dans la séance précédente avait été déposé le manus-
w
crit du xvc siècle contenant les onze traités de cet auteur, ainsi que
la traduction, fruit des loisirs du savant directeur de notre Conserva-
toire. M. Van Hasselt et M. Snel avaient été désignés comme commis-
saires. Le premier s'est particulièrement chargé de contrôler la traduc-
tion, de s'assurer de la correction du texte; il a apporté à l'accomplis-
sement de sa tâche une conscience et une érudition peu communes,
même dans les académies. La publication des écrits de Jean Tinctoris
intéresse au plus haut point l'honneur national ; il ne s'agit de rien
moins que de restituer à la Belgique une gloire qu'on lui avait enlevée
pour en parer l'Italie. Un seul des onze traités de l'illustre musicien a
été publié; mais il est devenu une rareté bibliographique. Les autres, de-
meurés inédits, ont été copiés par les écrivains italiens, auxquels on en
a fait honneur. Il importe d'en donner une édition complète, d'y joindre
une bonne traduction, et de mettre en notation musicale moderne les
exemples intercalés dans les traités; c'est ce qu'a préparé M. Fétis.
L'importance des écrits de Tinctoris avait déjà été reconnue par des
juges très-compétents. En -1812, la classe des beaux-arts de l'Institut de
France avait déclaré que la publication de ces écrits intéressait au plus
haut degré la gloire de l'école française, lisez belge; — mais à cette
époque nous faisions partie de l'empire. — Cette déclaration avait eu
lieu sur le rapport d'une commission composée de Choron, Méhul et
Gossec. Les bouleversements politiques qui suivirent de très-près cette
résolution de l'Institut, mirent obstacle à la réalisation de la proposition
de ses commissaires. Il appartient à la Belgique de reprendre le projet.
Si la France de 18 1 3 pouvait, en quelque sorte, s'approprier les hommes
nés sur le sol annexé à son territoire, à plus forte raison pouvons-nous
aujourd'hui revendiquer ces gloires et les honorer comme elles le mé-
ritent. La classe des beaux-arts a accueilli par des applaudissements les
conclusions de ses commissaires. Elle demandera au gouvernement d'or-
donner la publication des œuvres de Tinctoris, avec la traduction de
M. Fétis, laissant à l'administration supérieure le soin de décider si elle
sera faite par l'Académie, au moyen d'une subvention spéciale, ou si elle
sera comprise dans la publication déjà décrétée des œuvres des musi-
ciens belges du xv et du xvi° siècles. Il nous semble que ce dernier parti
est le plus rationnel. Il serait convenable de rapprocher la théorie de
l'art de ce qui en est l'application pratique. On prouverait ainsi que
nos pères n'étaient pas seulement les premiers dans la composition et
l'exécution musicales, mais qu'ils ont devancé toute l'Europe dans la
science de la musique.
NOUVELLES.
*% Au théâtre impérial de l'Opéra, le Prophète avait attiré, dimanche
dernier, un nombreux public qui a chaleureusement applaudi Mme Te-
desco et Gueymard.
£% Le Papillon et Sémiramis ont été donnés lundi, mercredi et
vendredi.
,„*„, Vendredi, la cantate de M. Théodore Anne et du jeune Paladilhe
accompagnait, pour la troisième fois, le Papillon.
„** Aujourd'hui, la Favorite, avec Mme Tedesco, et demain Guillaume
Tell, avec Morelli et Carlotta Marchisio.
*** Les bruits qui avaient couru dans le monde et dans la presse sur
un changement de direction à l'Opéra-Comique sont complètement dé-
mentis. La position du directeur, M. Beaumont, est plus que jamais con-
solidée.
„*4 Aujourd'hui dimanche, pour la première fois, le diapason normal
sera mis en pratique.
„*„. La première représentation de Barkouf est annoncée pour demain
lundi.
s*„ L'ouvrage de Mil. Scribe et Auber sera joué vers le 15 janvier.
*% On répète un opéra-comique en trois actes, Salvator Rosa, dont
la musique est de M. Duprato. Mlle Saint - Urbain jouera dans cet ou-
vrage.
„,** Mme Numa qui a débuté, il y a huit jours, dans le Caïd, est une
artiste habituée aux succès. Elle a tenu le premier emploi dans plusieurs
villes importantes. C'est une élève de M. Piermarini, et elle a épousé
M. Numa Blanc, le célèbre photographe.
s*+ Mlle llcnrion quitte l'Opéra-Comique et va, dit-on, chanter sur le
théâtre de Marseille.
.*.,,. Au théâtre Italien, le Barbier, Sémiramis, Ernani et Rigoletto ont
composé le répertoire de la semaine. — On répète activement un Ballo
in Maschera, de Verdi, dont le sujet, ainsi qu'on l'a déjà dit, est le
même, quant au fond, que celui de Gustave III. Mais on a transporté
le lieu de la scène en Amérique et substitué un gouverneur au souve-
rain suédois, pour faire disparaître toute idée de régicide. Mario joue le
rôle qui correspond à celui de Gustave, représenté par Nourrit dans
l'opéra français ; Graziani, celui qui tient la place du personnage d'An-
karstroëm, créé par Levasseur. Mme Penco succède à Mme Falcon dans
le rôle de la femme du conspirateur ; Mme Alboni chantera la devine-
resse, créée rue le Peletier, par Mme Dabadie, et Mlle Battu, le page
qui empruntait les trails de Mme Dorus-Gras, dans l'ouvrage de
MM. Seribe et Auber.
*% Au théâtre Lyrique, le succès des Pécheurs de Calane n'a fait
qu'augmenter aux deuxième et troisième représentations.
,.** On vient de mettre à l'étude le nouvel ouvrage de MM. Michel
Carré, Jules Barbier et Reyer : les Ruines de Balbek. Les décors seront
exécutés par MM. Nolau et Rubé, Cauibon et Thierry, d'après les belles
photographies de M. Maxime Du Camp.
„.** Le Rêve de Fortunio, un acte, avec musique d'Offenbach, et les Mu-
siciens de l'orchestre, opérette de Delibes, Erlanger et Hignard, seront
joués aux Bouffes-Parisiens, immédiatement après Marié sans le savoir,
dont on annonce la représentation pour cette semaine.
*** Le premier concert de la Société du Conservatoire aura lieu le
13 janvier. Parmi les œuvres non encore entendues à Paris, qui doivent
être exécutées, on cite la Symphonie cantate, de Mendelssohn
„.** La Société des jeunes artistes du Conservatoire, sous la direction
de Pasdeloup , commencera ses concerts le 20 janvier. Parmi les œu-
vres, nouvelles pour son public, qu'elle répète, nous remarquons l'ode-
symphonie Faust, de Schumann, et des œuvres symphoniques de Gade.
Struensée, de Meyerbeer, figure parmi les œuvres déjà entendues qui
seront répétées.
.^*t Mardi, jour de Noël , à 10 heures très-précises , on exécutera à
l'église Saint-Eustache la quatrième messe à grand orchestre de M. Charles
Manry. L'orchestre et les chœurs, au nombre de deux cents artistes, se-
ront dirigés par M. Hurand, maître de chapelle de la paroisse. Le grand
orgue sera tenu par M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire
impérial de musique, organiste de la paroisse.
„.*,. Le jeune violoniste Sarasate vient d'être l'objet d'une distinction
toute particulière. S. M. la reine d'Espagne n'a pas trouvé qu'un cadeau
fût la digne récompense de cet enfant dont le talent honore son pays,
et elle lui a accordé la croix de Charles III, bien qu'il n'ait que seize ans
d'âge, et que les statuts de l'ordre en exigent vingt et un. Sa Majesté a
cru pouvoir faire une exception en sa faveur, parce qu'il est lui-même
une exception.
**.„ Mme Sanchioli est attendue à Naples, et doit débuter dans le rôle
de Fidès, du Prophète.
,,** A la seconde matinée de Mme Clara Pfeiffer, la partie vocale
était consacrée à l'audition des fragments d'un opéra inédit de M.
O'Kelly; Mlle Moreau, M. Legrand, du théâtre Lyrique, et M. Archain-
baud, ont interprété ces morceaux de manière à prouver qu'un grand
succès de salon n'était pas le seul qui leur fût dû ; des mélodies fraî-
ches et parfaitement vocales, une inspiration gracieuse et facile
sont rares et partout bien accueillies. La partie instrumentale compre-
nait le trio en ré de Mendelssohn, joué avec beaucoup de verve et
de largeur par Georges Pfeiffer, MM. Hammer et Rignault ; une sonate
piano et violon, l'adagio et le finale d'un concerto de Beethoven ont
été rendus par l'éminent professeur, Mme Clara Pfeiffer, avec le fini
d'expression et de grâce que son auditoire privilégié connaît ni
bien. Un des principaux attraits de cette matinée était l'audition
de deux nouveaux morceaux inédits de Rossini : l'un , le Mémento
quia pulvis es, grande page religieuse digne du Stabat de l'illustre maî-
tre ; l'autre, intitulé : Assez de mémento, dansons, charmante inspiration
pleine de gaieté et de verve ; Georges Pfeiffer les a exécutés avec une
perfection rare, et le public les a remandés.
„,*„, Six nouvelles productions pour le piano, d'Henri Litolff, ont été
publiées cette semaine, et déjà leur succès paraît décidé. Ces publi-
cations auront, sans doute, la vogue qui s'est attachée à la Chanson du
rouet et aux Octaves, publiés l'année dernière, et dont le succès est loin
d'être épuisé. Voici les titres de ces nouveaux morceaux, dont nous
rendrons prochainement un compte détaillé : Ballade, Valse élégante,
Polka caractéristique, Souvenance, Clair de lune et Impromptu.
*** Le 1 5 de ce mois le Cercle philharmonique de Bordeaux a donné
dans la salle Francklin un magnilique concert dans lequel se sont fait
entendre MM. Sivori, Magnus et Mme Viardot. M. Magnus a parfaitement
joué sur le piano sa grande fantaisie sur les Huguenots, morceau qui lui
avait été spécialement demandé, et plusieurs autres de ses composi-
tions; il a obtenu un très-brillant succès à côté de Mme Viardot et Si-
vori qui a excité l'enthousiasme du public.
„..*„, Dans quelques jours paraîtra une délicieuse romauce de Mlle Cé-
lina de Lapommeraye. Mam'selle Madeleine, interprétée par son auteur,
obtiendra cet hiver un véritable succès de vogue.
t\ Bazzini, le célèbre violoniste, vient de donner à Rouen deux
concerts qui ont été pour lui deux triomphes, du genre de ceux que
depuis quelques années, il ne cesse d'obtenir en France, en Italie et en
Allemagne. Cet éminent artiste avait eu déjà, il y a huit ans environ, de
magnifiques succès à Rouen, où son nom et son beau talent étaient res-
hhi
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
tés en grande estime. Cette fois, il a été plus inspiré et plus fêté que ja-
mais; ce qui n'étonnera personne.
„*„, Rémusat, l'excellent flûtiste, est venu passer en France quelques
semaines, que ses fonctions à l'orchestre de l'Opéra de Sa Majesté à
Londres lui laissent libres. Il se rend à Bordeaux où il donnera un con-
cert, et se fera ensuite entendre a Paris.
*** Schulhoff, l'excellent pianiste-compositeur, est à Paris en ce
moment.
*** M. Léo Marnet, auteur du Christ au roseau, et de Feuilles, tombez,
vient de publier deux nouvelles mélodies et un duo, que nous retrouve-
rons bien certainement dans tous les concerts de la saison : V Abeille et
Première /leur se font distinguer par une mélodie charmante, soutenue
par un accompagnement très-habilement écrit ; l'Enfant, duo, se distingue
par les mêmes qualités; nous les recommandons vivement.
**„ M. Brisson est de retour de ses excursions à l'étranger, et se pro-
pose de donner prochainement un concert. L'excellent artiste vient
d'ajouter à la belle mélodie de Meyerbeer, le Moine, une partie d'orgue
qui produit beaucoup d'effet.
**.,, On annonce que M. le conseiller Lueder aurait acheté le violon
de Spohr au prix de 1 ,000 thalers, pour en faire cadeau à l'élève favori
du maître, le virtuose de la chambre du roi de Hanovre, M. Koempel.
.„** Emile Forgues doit arriver bientôt à Paris, où il fera entendre un
concerto symphonique pour piano et orchestre, ainsi qu'une grande fan-
taisie de concert, sur des motifs du Stabat Mater de Rossini, et plusieurs
autres de ses compositions nouvelles.
„,% La charmante transcription du chant national namurois de Bosset,
par Charles Jeltsch, vient d'être arrangée pour musique militaire, par
M. Bonnet, chef de musique au 1er voltigeur de la garde, et pour musi-
que de cavalerie, par M. Cressonnois, chef de musique, .au 2e cuirassiers
de la garde Le Bouquet de la fiancée ainsi transcrit, est une bonne fortune
pour tous les corps de musique de l'armée.
t*t Astre des nuits et Echos du bal, tels (.ont les titres de deux
charmants morceaux de piano de Mlle Léonie Tonel qui viennent de
paraître.
„** M. A. Vialon, professeur de chant, 'auteur du Docteur Mirobolan-
pouff, des Trompettes de Jéricho, et de nombreuses scènes bouffes dont
nous avons constaté le succès, vient de composer, pour son album de
la Romance pour rire, huit nouvelles œuvres dans le genre comique. Les
paroles de ce joyeux recueil sont dues à la plume de MM. Ch. Delange,
Alex. Flan, Hipp. Guérin, de Richemont, Tailliar et Francis Tourte. Les
illustrations portent, comme toujours, la signature de Stop. Les Romances
bouffes de M. Vialon, interprétées par nos célébrités, feront partie cet
hiver de leur répertoire aux théâtres et dans les concerts.
„% La musique facile et bien faite est chose trop rare pour que nous
ne signalions pas, dès son apparition, une très-gentille fantaisie militaire
sur les motifs des Dragons de Villars, et due à la plume habile de Vali-
quet, l'auteur ordinaire et extraordinaire de tous les commençants.
**„, L'album posthume de L. Abadie est mis en vente chez l'éditeur
Challiot.
2*2 Clavier déliateur, tel est le nom d'un instrument aussi ingé-
nieux qu'utile, inventé par M. Joseph Gregoir, le pianiste-compositeur
belge. Si le mot déliateur n'est pas français, on ne le comprendra pas
moins, car l'étymologie en est suffisamment claire et en fait deviner la
portée. Il s'agit, en effet, d'un clavier qui sert à délier les doigts. Quelques
explications le prouveront jusqu'il l'évidence. L'instrument consiste en un
clavier de piano de huit touches, — cinq touches blanches et trois tou-
ches noires. A chacune de ces touches est adapté un ressort, auquel on
peut, au moyen d'un mécanisme des plus faciles, donner divers degrés
de force. 11 en résulte que plus la résistance du ressort est forte, plus
aussi les doigts éprouvent de peine à faire mouvoir les touches ; un
travail de dix minutes des cinq doigs sur ce clavier leur donne une
souplesse, un délié, que n'obtiendraient pas deux heures de travail sur un
piano ordinaire. Le toucher de chacune des touches du Clavier déliateur
pouvant être rendu plus ou moins léger, on pourra travailler séparé-
ment les doigts les plus faibles.
.,.% Un chanteur célèbre en son temps, le ténor Herrmann Breiting, vient
de mourir à l'âge de cinquante-sept ans. Pendant vingt ans il a fait partie
du personnel de l'Opéra de Darmstadt; mais les cinq dernières années, le
pauvre artiste les a passées à l'hospice des aliénés, à Hofheim, où il est
décédé le 5 décembre dernier.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
j*-„ Berlin. ■ — Les principales représentations du 9 au 10 décembre ont
été: au théâtre royal de l'Opéra, celles d'Armide, de Gluck, avec Mme
Kœster; du Trovalore, de Verdi, avec Mlle Trebelli ; de laFlûte enchantée,
de Mozart, et delà Traviata, pour le début de Mlle Brunetti, qui y a ob-
tenu un immense succès. Mlle Trebelli chantait le rôle de Gaston en y in-
tercalant l'air du page des Huguenots. — Au théâtre Victoria, Norma, Ma thilde
de Shabran ; dans les deux pièces les principaux rôles ont été chantés par
Mme Lagrange et Mlle Artot; Rigoletto, de Verdi, par Mme Lagrango. A
l'Académie royale, tableaux transparents avec accompagnement de chant
par le Domchor : Adoration des bergers, adoramus par Corsi; le Christ
et le tentateur au désert, miserere de Pisari; les deux Marie au saint sé-
pulcre, alla trinila (1540) ; Victoire de l'Ange, Sanctus Dominus, du comte
de Rœdern. — Parmi les nombreux concerts de la saison nous signalons
avant tout la fête commémorative en l'honneur de feu Rellstab, dont
voici le programme : Ouverture de Didon, par Klein; le texte de l'opéra
est de Rellstab; prologue, par Kœster; marche funèbre, de Beethoven;
Requiem de Mozart. — Le concert de la société Bach offrait par la compo-
sition de son programme un haut intérêt pour les amateurs de musique
religieuse. La Passion, de Schutz. le plus remarquable parmi iescompositeurs
allemands de musique d'église au xvnc siècle, composition dont la forme
se rapproche de celle de V Oratorio, mérite d'être mise en parallèle avec
les œuvres de son maître Gabrieli ; la cantate de Bach : Re-te auprès de
nous, car le soir approche, n'avait pas encore été exécutée à Berlin. La
composition du même maître , Mon âme était triste, est une espèce d'o-
ratorio, dont les chœurs, de formes très-diverses, ont produit une im-
pression profonde.
. *** Carlsruhe. — A l'occasion de l'anniversaire de la naissance du
grand-duc, le théâtre de la cour a donné une belle représentation
d'Orphée, de Gluck. On avait, par quelques coupures, réduit la pièce en
un acte, innovation qui n'est pas heureuse.
*% Leipzig. — Clara Schumann a donné dans la salle du Gewandhaus
une soirée où, comme toujours, la célèbre pianiste a été admirable, soit
en exécutant un trio de Beethoven avec MM. David et Davidoff, une so-
nate de Mendelssohn avec M. Davidoff, ou en jouant solo une sarabande
et gavotte de Bach, et une ballade de Chopin.
2*2 Vienne. — On pense généralement qu'il sera difficile de trouver
un imprésario pour l'exploitation du théâtre de l'opéra de la cour; non-
seulement il devra fournir un cautionnement de 60,000 florins, mais, de
plus, il sera tenu de conserver tous les artistes attachés à cet établisse-
ment, qui ont été engagés la plupart à des conditions très-onéreuses.
Le ténor Wachtel nous quitte; le jeune artiste s'est décidé à partir pour
Londres. Au Karl-Theater , la Poupée de Nuremberg, d'Ad. Adam, a eu
beaucoup de succès.
*** Bruges. — M. Pages, baryton, a été admis après son second début,
sur la demande de la direction, afin de faciliter et d'activer les études
du Pardon dePloërmel. Tout fait espérer maintenant que le nouvel opéra
de Meyerbeer pourra être représenté très-prochainement. — Dans un
intermède musical on a beaucoup applaudi Mme Mathilde d'Orban, qui
a exécuté sur le piano une très-belle fantaisie sur le quadrille des pati-
neurs, du Prophète.
t\ Saint Pétersbourg, 3/15 décembre. — C'est Mme Ristori qui a inau-
guré la réouverture des théâtres. Pour la première des vingt- quatre re-
présentations qu'elle doit donner, elle a joué Médée avec un succès
étourdissant. La reprise du Pardon de Ploërmel aura lieu le 10/22, avec
Mlle Fioretti, qui, à la répétition d'hier, a chanté dans la perfection le
rôle de Dinorah. Ceux d'Hoël et de Corentin sont restés à Debassini et
à Calzolari, et comme ils les possèdent beaucoup mieux que l'année
dernière, où les répétitions avaient été insuffisantes, cette reprise paraît
destinée â un brillant succès.
„*„ Naples, 1 6 décembre. — Hier soir San-Carlo a été le théâtre des
plus déplorables scènes, Après avoir supporté un mauvais ballet, accueilli
par des huées et des sifflets, on a donné un faible opéra, il Folletto,
dont le premier acte, exécuté par les plus mauvais artistes, a été
sifflé unanimement. La surintendance a empêché de continuer le spec-
tacle. La foule est montée sur les bancs, a envahi l'orchestre et la scène
aux cris de: A bas la surintendance l Pendant deux heures, San-Carlo a
offert les scènes les plus scandaleuses. Ce n'est qu'à onze heures et demie
que la foule a consenti à évacuer la salle en demandant éuergiquement
le changement du surintendant. San-Carlo va rester fermé, assure-t-on,
jusqu'à ce qu'on ait pu réorganiser ce théâtre.
2*j, Madrid. ■— Pour procurer à Fraschini un peu de repos, Morini
s'est chargé du rôle de Gennaro dans Lucrezia, et sa charmante voix, son
expression sympathique lui ont valu d'unanimes bravos. Mme Charton-
Demeur est de plus en plus en faveur auprès du public madrilègne.
„% New-York. — La déconfiture de l'opéra italien se coufirme;
la grande ville n'aura pas d'opéra cette année ! Les concerts de
virtuoses sont chose rare; la Société philharmonique et les deux
Sociétés de.quatuor subsistent seules. Le Liederkranz, sous la direction
de Paur, est une société vocale peut-être unique dans le monde : elle
se compose de cinq cents membres et possède un chœur mixte qui fait
merveille. Ou vient d'y mettre â l'étude le Paradis perdu, oratorio de
Rubinstein.
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SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : Barkouf, opéra bouffe
en trois actes, paroles de MM. Scribe et H. Boisseaux, musique de M. J. Of-
fenbach, par B. A. B. Saint-YTes. — Messe de M. Charles Manry, par
Adolphe Botte. — Ilevue critique, par le même. — Revue des théâtres, par
B. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces.
THÉÂTRE fflPÉRIAL DE LOPÉRÂ-COMQUE.
BARKOUF,
Opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Scribe et H. Boisseaux,
musique de M. J. Offenbach.
(Première représentation le 24: décembre 1860.)
Le voilà donc enfin ce fameux Barkouf dont on a tant parlé avant
sa représentation, et que les difiicultés produites par les indisposi-
tions soudaines de Mme Ugalde et de Mlle Saint-Urbain ont si long-
temps retardé ! De tels préliminaires étaient bien dignes d'un victo-
rieux dédommagement. Que ne nous est-il permis de constater ce
résultat sans faire aucune réserve! Malheureusement nous devons la
vérité aux auteurs de Barkouf, qui, du reste, ont assez souvent sa-
vouré les douceurs de la louange pour pouvoir aisément se résigner
aux inconvénients de la critique.
Et tout d'abord nous éprouvons un étrange embarras pour raconter
les péripéties de cette pièce que l'affiche qualifie de bouffonne. Si le
lecteur ne rit pas, tout naturellement il nous accusera d'en dénaturer
le sujet; mais à cela nous répondrons que le public n'a pas beau-
coup ri non plus, ce qui allège tant soit peu le poids de notre res-
ponsabilité.
Nous sommes dans l'empire du Grand Mogol, la patrie féerique des
aimées, des diamants et des cachemires. Le peuple de Lahore, pres-
que aussi turbulent que certaines populations de l'autre hémisphère,
se donne de temps en temps la petite distraction de casser les vitres
de ses gouverneurs et de les jeter par les fenêtres de leur palais. Le
Grand Mogol, tout féroce qu'on nous le peint, ramasse tranquillement
A41
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
les carreaux brisés et installe un nouveau kaïmacan à la place du
gouverneur contusionné. Au dixième pourtant, l'excellent monarque
commence à trouver la plaisanterie monotone, et, pour punir ses
sujets récalcitrants, il se fait représenter auprès d'eux par un chien
qui répond au nom de Barkouf.
Pour le coup, les habitants de Lahore sont complètement matés ;
le gouverneur a de bonnes dents et n'est pas d'humeur à se laisser
jeter parla fenêtre sans se défendre et sans mordre les faiseurs d'é-
meutes. Ce n'est même qu'avec des précautions infinies et des
terreurs non moins formidables que ses courtisans et ses con-
seillers intimes osent l'aborder dans ses instants d'apparente man-
suétude, car il lui arrive souvent de se fâcher et d'emporter le
morceau. L'ancien échanson Bababeck, élevé au poste de grand vizir,
est celui de tous qui est le plus exposé aux caprices du quioteux
kaïmacan. 11 voudrait bien donner sa démission, mais le Grand Mo-
gol ne l'accepterait qu'en l'admettant en échange aux honneurs du
pal.
Au milieu de ses perplexités le hasard lui adresse une jolie petite
bouquetière du marché, qui, en voyant Barkouf, offre an vizir d'ap-
privoiser son tyran et de le rendre aussi doux qu'un mouton, Or, il
est bon de savoir, en nous reportant à une confidence de la bouque-
tière Maïma à son amie Balkis, la marchande d'oranges, que Maïma,
de même que Calypso, ne peut se consoler de la perte de deux êtres
bien chers à son cœur, un amant et un chien. L'amant, on ignore
ce qu'il est devenu ; quaDt au chien, c'est ce même Barkouf que le
Grand Mogol a créé gouverneur de Lahore.
Le visir Bababeck s'empresse d'accéder à la proposition de Maïma
et la nomme secrétaire particulier du kaïmacan, dont elle seule peut
comprendre et traduire le langage. Grâce au crédit que sa place lui
donne, Maïma empêche le supplice de Xaïloum, l'amoureux de Balkis et
le chef des émeutiers; puis, reconnaissant dans la personne de Saëb,
jeune officier que le vizir veut faire épouser à sa fille Irès-majeure,
l'amant qu'elle a perdu , elle suspend la cérémonie par ordre de
Barkouf et casse le mariage sur le point de s'accomplir.
Sur ces entrefaites le parti des mécontents s'agite, et, après avoir
vainement tenté d'empoisonner le gouverneur, il ouvre les portes de
la ville aux Tartares, ennemis du Grand Mogol. Saëb, à la tête des
sujets restés fidèles, s'élance à la défense de Lahore, et Barkouf, bri-
sant sa chaîne, le suit au plus fort de la mêlée, où il trouve une mort
glorieuse. Le Grand Mogol qui arrive tout à point pour recueillir les
fruits de la victoire de Saëb, lui accorde la succession de Barkouf et
avec elle la main de Maïma.
Nous n'insistons pas sur la faiblesse et la puérilité d'une pareille
donnée, qui n'est ni assez comique pour un opéra bouffon , ni assez
intéressante pour un opéra sérieux. MM Scribe et Boisseaux ont be-
soin d'une prompte revanche, et ils sont gens à ne pas la faire at-
tendre.
Le plus à plaindre, dans celle occurrence, c'est à coup sûr le
compositeur. Cependant, s'il est vrai, comme on l'affirme, que
M. Offenbach ait eu le choix entre ce livret malencontreux, et un li-
vret moins bovffe , il faut convenir qu'il n'est pas à l'abri de tout
reproche.
Nous croyons que ses preuves étaient assez brillamment faites en
ce genre un peu subalterne, pour qu'il dût y renoncer en mettant le
pied sur la scène de l'Opéra-Coniiqueet saisir l'occasion qui lui était
offerte de donner un essor plus large à son talent populaire. Il n'avait
qu'à vouloir; quelques morceaux de sa partition l'attestent surabon-
damment. Son style a de l'éclat, de la finesse et de la légèreté; il
entend l'ordonnance scénique, et il sait fort bien tirer parti de toutes
les ressources de l'orchestre. Mais nous savions déjà tout cela, et nous
attendions quelque chose de plus, pour ne pas dire de mieux.
L'ouverture de Barkouf esi habilement traitée; elle débute par un
gracieux motif confié eux instruments à vent et principalement au
hautbois; la marche indienne qui lui fait suite plairait davantage si
certaine dissonance qui d'abord semble originale, n'était répétée jus-
qu'à l'abus. Elle a pour complément un trait de violons dont les dif-
ficultés sont bravement vaincues par l'orchestre de M. Tilmant. La
reprise de ce passage, sur lequel se dessine un chant large et pathé-
tique, est d'un très-bon effet.
Il y a de charmantes choses dans l'introduction; le chœur du
marché a bien l'animation qui convient et est suffisamment original ;
l'air de Bababeck : Je suis dans mon printemps, est moins heureux;
mais les couplets de Balkis et de Maïma, dont le refrain est à deux
voix, sont ravissants, quoique ou peut-être parce qu'ils se composent
à peine de quelques mesures. Le second : Que j'aime cette rose, a été
redemandé à Mlle Marimon.
Nous passerons sous silence l'air de Xaïloum : Vive le tapage, pour
arriver plus vite aux couplets du Grand Mogol, qui méritent d'être si-
gnalés pour leur franchise et pour leur gaieté. Le mouvement de valse
de la deuxième partie contraste de la manière la plus piquante avec
les rires sarcastiques des gardes qui en forment l'accompagnement.
La romance à deux voix de Maïma et de Balkis : L'espérance m'est
ravie, est assez agréable.
La fin de l'acte se compose d'une proclamation débitée à grand
renfort de trompettes, et du retour de la marche indienne de l'ouver-
ture, pour l'installation de Barkouf, le nouveau kaïmacan.
Le deuxième acte débute par des couplets bouffes de Bababeck,
dont la spécialité consiste dans l'imitation des aboiements du chien-
gouverneur. La romance de Saëb, qui lui succède, atteste , par sa
ritournelle et par son accompagnement, qu'Offenbach n'a pas oublié
qu'avant d'être compositeur il a été un habile violoncelliste. Vient
ensuite un quatuor bouffe dont l'effet est un peu atténué par le sou-
venir importun de Ba-ta-clan. De jolis couplets sont intercalés dans
le duo de Bababeck et de Maïma, qui a pour principal motif une vive
et joyeuse polka.
Si nous en croyons notre première impression, l'air de Maïma :
Ici, Barkouf, est, de tous les morceaux de la partition d'Offenbach,
celui qui est destiné au plus franc succès. Il est seulement à regretter
que le milieu de l'air n'ait pas la franchise du début, ni la suavité de
la fin. On a voulu l'entendre deux fois et il a été couvert de bravos
trôs-mérités.
Le finale de cet acte se distingue par un grand septuor à l'italienne,
avec le crescendo obligé et le formidable tutti qui couronne ces sortes
de morceaux. Cependant le rideau ne tombe qu'après un nouveau
changement de motifs. Vive, vive Barkouf ! crie le chœur, et c'est
encore sur un air de polka que les habitants de Lahore chantent les
vertus de leur gouverneur.
Avons-nous dit que le troisième acte de MM. Scribe et Boisseaux
était le plus faible, le plus triste, le plus tourmenté de leur pièce?
C'est ce qui explique, sans aucun doute, pourquoi le compositeur n'a
pas été aussi heureusement inspiré dans ce dernier acte que dans les
deux autres. Néanmoins, il serait injuste d'envelopper toute celte
partie de l'ouvrage dans une même réprobation. En proposant le sa-
crifice du chœur bouffe des conjurés, dont les intentions comiques
n'ont pas été comprises, nous nous ferons un plaisir de signaler à
l'attention la charmante valse que l'orchestre exécute dans l'entr'acie,
et sur laquelle se dessine plus tard le pas des bayadères, accompagné
par les voix du chœur, ainsi que l'air à boire où Maïma égrène les
perles de ses plus séduisantes vocalises; ajoutons que l'air : 7c/, Bar-
kouf ! est adroitement ramené dans le morceau final.
Maïma, c'est Mlle Marimon, qui a été fort applaudie, et toujours à
très-juste titre. Dans son passage du théâtre Lyrique à l'Opéra-Comi-
que, les progrès de celte jeune et gracieuse artiste ne se sont point
ralentis. Comme actrice, elle dit convenablement, d'une manière
agréable, quoique un peu maniérée. Comme cantatrice, on voit qu'elle
a mis à profit les bons conseils et ks bons exemples qu'elle a puisés
DE PARIS.
ViV
à l'école de Duprez, le professeur par excellence. Sa voix, assez faible
dans le médium, a du mordant et de l'éclat dans l'octave supérieure.
Elle phrase avec infiniment de goût, et elle vocalise avec une netteté,
une limpidité sans pareilles. Si Barkouf n'est pas assommé net par
son fâcheux livret, on peut prédire que Mlle Marimon n'aura pas peu
contribué à sauver du désastre commun la partition d'Offenbach, digne,
après tout, d'un meilleur sort.
Lorsqu'un ouvrage, dont le sujet vise à l'excentricité, n'est pas
bien pris du public, les rôles les plus bouffons deviennent d'une mono-
tonie, d'une tristesse désolantes, et leurs interprètes s'épuisent en
vains efforts pour paraître comiques. Ce n'est donc pas Sainle-Foy,
Berlheher, Lemaire, Mme Casimir, qu'il faut accuser du peu d'effet
qu'ils ont produit ; la faute n'en est pas eux, et nous la renvoyons à
qui de droit.
Les autres personnages sont bien effacés ; cependant Warot fait va-
loir, autant que possible, celui de Saëb, et Mlle Zoé Bélia est fort
gentille sous les traits de Balkis.
Nous ne finirons pas sans rendre à M.Alfred Beaumont la justice
qui lui est due. Pour sa part, il n'a rien négligé, rien épargné à cette
On d'assurer le salut de Barkouf. Sa mise en scène est splendide,
ses costumes indiens sont d'une richesse et d'un goût irréprochables.
Tous les décors, et spécialement celui du troisième acte, sont d'une
perfection idéale, et reproduisent fidèlement les rêves poéLiques que
notre imagination se plaît à concevoir des merveilles de l'Orient. Rien
de plus suave et de plus attrayant que le ballet des aimées ; le pas des
écharpes est délicieusement dansé par le charmant bataillon choré-
graphique attaché au théâtre. Enfin, tout le monde, sans oublier les
chœurs et l'orchestre, concourt au plus satisfaisant ensemble.
D. A. D. SAINT-YVES.
MESSE DE M. CHARLES IAHRY.
Au commencement du mois de Marie, nous avons rendu compte,
ici-même, d'une nouvelle messe à grand orchestre de M. Charles
Manry, exécutée à Saint-Roch, au profit de l'Association des artistes
musiciens. Le jour de la fête de Noël, cette œuvre a été chantée à
Saint-Euslache, et la seconde audition a pleinement confirmé tout le
bien que nous avions dit de cet ouvrage.
Cette messe, la quatrième de l'auteur, est bien écrite; mais cepen-
dant avec plus de fermeté, de vigueur et d'originalité que celles qui
l'ont précédée. Les mélodies sont toujours abondantes, douces, plei-
nes d'onction et de mélancolie ; mais elles ont en même temps plus
de variété, de relief, de puissance et de vie.
On a pu voir, au Gloria, que M. Charles Manry savait faire et bien
conduire une fugue. Toutefois, dans toute sa partition, il s'est éloigné
autant de la sécheresse et de la lourdeur scolastiques que de l'incon-
venance de ces mélodies brillantes, sautillantes et communes, qu'à
bon droit on se plaint de retrouver dans plus d'une messe que nous
ne voulons pas citer.
Le Credo est une belle et grande page, très-joliment instrumentée.
Puisque nous parlons de l'instrumentation, nous devons ajouter que
depuis le Kyrie jusqu'à YO salularis on remarque le même tact et
la même sobriété discrète et savante. Malgré les différences de carac-
tère exigées par le texte sacré, l'auteur, dans ses plus grands élans,
s'arrête toujours où commencerait le bruit exagéré, l'abus de la so-
norité, et cela avec un goût qu'il faut d'autant plus louer qu'il est
plus rare de nos jours.
Ce qui aurait pu étonner les admirateurs exclusifs du chant ecclé-
siastique, c'est le sentiment profondément religieux qui règne dans
la dernière composition de M. Charles Manry. Certes elle n'a ni l'aus-
tériLé ni la majesté du plain-chant, mais, si elle est franchement de
son temps, elle prouve néanmoins que la tonalité et l'harmonie mo-
dernes, renfermées dans de justes limites, ne sont pas incompatibles
avec les graves, naïves et pieuses paroles de la liturgie.
A cette solennité, on a chanté avec solo, < hœur et orchestre le
Noël d'Adolphe Adam. Avant cette belle mélodie et sa messe de
Sainte-Cécile, qui eût dit que l'auteur du Postillon de Longjumeau
aurait une de ces heures de noble inspiration et de hautes pensées,
qu'il comprendrait à ce point ce qui convient au culte catholique, et
qu'il s'élèverait tout à coup à la largeur et à la sévérité du style re-
ligieux ?
Adolphe BOTTE.
REVUE CRITIQUE.
Iïemasic«'S sans paroles «le Slcnslclssohn , premier
volume (Su Képertoâre eîe Enassïogsic cîaasïajue «Jca
piano. — Sis nouvelles mcloiïlea aie SLoimîs lUteoracSie.
Un musicien charmant et ingénieux, homme d'esprit, de goût et
de style, qui n'était pas un génie, mais qui, un jour, se montra digne,
tant 'I fut bien inspiré, d'être le collaborateur de Goethe, son ami.
Zeller, alors directeur du Conservatoire de Berlin , présenta , vers
1821 , à l'auteur de Werther un jeune maestro de onze ans , dont
l'érudition musicale était vraiment effrayante pour son âge , car il
connaissait et comprenait déjà tous les chefs-d'œuvre des maîtres.
Celui qui dans Faust traça avec tant d'ironie la scène du bachelier
sentit qu'il a\ait devant les yeux un être prédestiné à continuer la
gloire musicale de l'Allemagne. Il lui dit en vers magnifiques : u Si
ta passion te fait aimer les sévères partitions, suis ta carrière avec
courage, parcours le vaste champ de l'harmonie, et tu nous procureras
le plaisir et le bonheur que nous te souhaitons tous. » Ce frêle enfant,
que l'étude et les inspirations de la muse avaient prématurément pâli,
c'était Mendelssohn-Bartholdy, l'héritier de J.-J. Bach, d'Haydn, de
Mozart et de Beethoven : c'était le futur auteur d'Elie, de Paulus,
des beaux morceaux composés pour le Songe d'une nuit d'été et des
Romances sans paroles que la Gazette musicale vient de réunir en
un volume qui contient plus de musique et de plus hautes inspira-
tions que bien des opéras. Elle ne pouvait mieux commencer sa nou-
velle publication : le Répertoire de musique classique de piano, qu'en
rassemblant ainsi tant d'œuvres délicieuses. Nous nous dispenserons
d'analyser ici ces fougueux caprices, ces courts mais vigoureux allé-
gros, ces douces élégies, ces ravissantes chansons, ces touchantes rê-
veries, qui, dans leur cadre, sont aussi achevés, aussi pleins, aussi
riches et aussi neufs que tout ce que Mendelssohn a tracé depuis.
D'ailleurs, quel est le pianiste qui n'ait fait et qui ne fasse ses délices
de ta Chasse, des Barcarolles , de la Chanson de printemps , de la
Pileuse, et, entre toutes ces pièces adorables, de ce joli duello en la
bémol du troisième recueil? Que de sentiments divers, que de pas-
sions différentes chantent à la fois dans ces compositions où l'on re-
connaît la main d'un grand maître et le sceau du génie ! Tantôt c'est
un andante mélancolique, tantôt un moderato plein de quiétude, do
douceur et de tendresse; ici un agitalo fougueux et presque désor-
donné; là une simple cantilène suave et mystérieuse, apaisée et re-
cueillie , qui fait dire aux arpèges mille choses délicates qu'ils n'ont
pas toujours coutume de dire.
Mendelssohn, on le sait, était un grand pianiste; mais c'était aussi
un grand conlrapuntiste. Après avoir demandé à l'étude tout ce qu'elle
peut donner, il était parvenu à s'assimiler toutes les beautés, tous
les styles de ses devanciers, et à faire rayonner dans ses œuvres cet
éclectisme qui est une véritable transformation de l'art. Aussi, pour
ne parler que d'elles, ses Roma?iccs sans paroles ressemblent-elles bien
448
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
peu à certains grands morceaux que, nous l'espérons, on finira par
délaisser. Génie fécond, — les moins clairvoyants le reconnaissent à
cette heure, — il traita tous les genres avec une égale supériorité.
Le trouvant inattaquable du côté du style, on a dit qu'il manquait
d'originalité, qu'il imitait, ses prédécesseurs et qu'il profitait de tout ce
qu'ils avaient créé. Voilà certes une accusation bien accablante. Mais
qui donc n'a rien imité et s'est fait du premier coup une langue à
soi ? Pour ne citer qu'un exemple, quoiqu'ils abondent, Beethoven,
qui, on le reconnaîtra, ne manque ni d'originalité ni de puissance,
n'a-t-il pas imité Mozart, et Mozart ne dut-il rien à Phiiippe-Emma-
nuel Bach et à bien d'autres ? Singulière prétention de notre temps de
vouloir à toute force renouveler la mélodie, l'harmonie et le rhythme ;
ce qui conduit quelquefois, nous le voyons aujourd'hui, à bouleverser
et à méconnaître les lois de la mesure et de la tonalité. Il vaudrait
mieux, ce nous semble, continuer, comme l'ont fait tous les maîtres,
et se résigner à avoir un fonds commun, à moduler et à chanter non
avec la naïveté et la simplicité d'autrefois, qu'il sérail impossible de
retrouver, mais avec les nouvelles combinaisons que le temps et un
art plus raffiné ont amenées. Nous faisons donc des vœux (c'est le
moment) pour que les jeunes pianistes imitent à leur tour Mendelssohn,
et pour que artistes et amateurs élèvent leur intelligence et leur
goût, en étudiant plus souvent des œuvres pareilles à ce beau volume
de Romances sans paroles qui est pour eux ce que sont pour les
chanteurs les mélodies de François Schubert.
— Louis Lacombe est un artiste sérieux, chercheur, et, avec lui,
il ne faut pas s'attendre à de pâles, langoureuses et chétives produc-
tions. Les poètes où il a surtout puisé s'appellent Victor Hugo et
Théophile Gautier.
On connaît la chanson du pêcheur, Lamenta, de ce dernier ; c'est
par elle que s'ouvre l'album de Louis Lacombe. Ecrite pour ténor ou
baryton, accompagnée avec beaucoup d'art par un trémolo continu et
des harmonies larges, piquantes et claires, elle est l'œuvre d'un musi-
cien évidemment très-préoccupé de la vérité de l'expression et de la
couleur poétique du texte qu'il développe. Comme cette première mé-
lodie, les deux suivantes amènent la tonalité du mi bémol mineur que
l'auteur paraît affectionner; mais, en la prenant plusieurs fois pour
point de départ, il la conduit si différemment et lui fait parcourir tant
de chemin, qu'il est impossible à l'oreille la moins exercée de ne
pas reconnaître là une plume habile à toutes les finesses de l'har-
monie.
Nuits de juin est d'une suavité extrême. Le chant doux et distin-
gué murmure délicieusement ; il est soutenu par un accompagnement
avec sourdines où l'on remarque les jolis traits, nous allions dire les
amoureux soupirs des basses.
La ville frise est toute une scène orientale écrite par Victor Hugo,
qui, on le sait, se fait Grec, Indien, Romain quand il lui plaît, et qui
chante aussi magnifiquement Jehovah que Brahma, le christianisme
que le paganisme ou le mahoraétisme. Le compositeur, entraîné par
cette sombre et vigoureuse poésie, s'est montré aussi très-original.
Un travail harmonique assez compliqué, des développements assez
longs n'enlèvent rien à la netteté de la phrase mélodique. 11 faut si-
gnaler la terminaison en majeur, dont l'ampleur et la majesté, re-
haussées par les harmonieux et puissants arpèges du piano, attestent
une inspiration élevée et attirée plutôt vers les grands effets que vers
les combinaisons fraîches, naturelles, calmes et agréables.
Après la pompe de cette scène (il y en a aussi bien dans la mu-
sique que dans les vers) viennent la grâce et l'esprit de cette chanson
bien connue: Rames, dormez, aimes! C'est une basse qui chante
ces paroles délicieuses, et cependant nous pouvons assurer que Louis
Lacombe n'a jamais confié au ténor ou au soprano rien de plus frais,
de plus doux et de plus gracieux.
Une ballade pour mezzo soprano cl un clair de lune pour contralto
terminent ce recueil. Nous préférons de beaucoup la ballade, non pas
parce qu'elle est plus longue, mais parce que, indépendamment d'ac-
compagnements variés d'une façon neuve et imprévue, nous y trou-
vons plus d'unité, plus de souffle et moins de ces effets cherchés, la-
borieux, qui gâtent quelquefois par une harmonie contournée, par un
tour mélodique manquant d'aisance et de facilité, les meilleures inspi-
rations des compositeurs épris, comme Louis Lacombe, de nouveauté.
Ces six Lieder offrent des qualités éminemment dramatiques, fortes et
sérieuses. L'excellent pianiste n'a pas surchargé ses accompagnements,
et tout en leur donnant un vif intérêt, il ne leur a pas assigné une
importance exagérée, ennemie, quoi qu'on en dise, du tout-puissant
charme vocal.
Adolphe BOTTE.
REVUE DES THÉÂTRES.
La semaine des revues. — Vakiétés : Oh ! la, la, que c'est bête tout
çà! revue de 1860, en vingt-deux tableaux, par MM. Th. Cogniard
et Clairville. — Folies-Dramatiques : Il pleut, il pleut, bergère!
revue en vingt tableaux, par M. H. Thiéry. — Théatre-Déjazet :
Le Doigt dans l'œil, revus en vingt tableaux, par MM. Cn. Potier
et Dunan-Mousseux. — Réouverture et revue des Délassements-
Comiques.
Autrefois, c'étail le Palais-Royal qui avait le monopole des grandes
revues de fin d'année, et Dieu sait ce qu'il a mis d'argent dans sa
caisse avec les Pommes de terre malades et le Banc d'huîtres, de
joyeuse mémoire. Peu à peu le public s'est lassé de ce billet tiré sur
lui à échéance fixe par les excellents parodistes de l'ancien ihéàtre
de la Montansier, et l'on a cru que c'en était fait d'un genre usé
et passé de mode. Mais il paraît que ce n'était qu'une fausse peur, et
que cette spécialité toute parisienne ne cherchait qu'un prétexte d'é-
migration. A l'heure qu'il est, les revues ont reconquis une si énorme
faveur, que la semaine dernière, à elle seule, n'a pas mis au jour
moins de soixante à quatre-vingts tableaux satiriques, reproduisant
sous un jour assez peu flatteur les faits et gestes de l'année que
nous enterrons en ce moment. El que l'on ose encore médire de Tin-
constance des Parisiens !
— C'est aujourd'hui le théâtre des Variétés qui marche en tête de
cette croisade. Oh! là là, que c'est bêle tout ça .' semble un titre des-
tiné à prévenir le jugement habituel des spectateurs. En effet, ce re-
frain est, à quelques variantes près, celui qu'ils répètent tous les
ans, ce qui ne les empêche pas de s'exposer l'année suivante à le
redire. Il est donc reconnu, de l'aveu- même des auteurs, qu'ils ne
nous donnent en pâture que des bêtises. Tout serait pour le mieux
s'ils avaient au moins l'esprit de se rappeler qu'en fait de bêtises, les
plus courtes sont les meilleures. En retranchant une bonne heure de
spectacle de la revue des Variétés, il resterait assez de drôleries pour
défrayer convenablement toute la soirée, et les scènes conservées n'en
produiraient que plus d'effet. Mais à quoi bon donner un conseil qui
ne sera pas suivi ? Telle qu'elle est, la pièce a réussi et elle fera d'a-
bondantes recettes en dépit de ses longueurs. On pardonnera quel-
ques instants d'ennui en faveur des jolis yeux de Mlle Judith Ferreyra,
des piquantes minauderies de Mlle Alphonsine, du gazouillement
britannique de Mlle Hinry et des imitations burlesques d'Alexandre
Michel, de Christian et de Raynard. La mise en scène sera d'ailleurs
du goût de tout le monde, et l'on s'en ira satisfait des splendeurs dé-
ployées dans l'apothéose.
Nous adresserons le même reproche à la revue des Folies-Drama-
tiques qu'à celle des Variétés. Elle est trop longue d'un bon tiers;
mais elle est aussi splendidement montée que l'autre. On y trouve
aussi des imitations fort amusantes, de très-jolies femmes et des trucs
ingénieux. Nous citerons entre autres choses le jardin d'acclimata-
tion, le tir de Vincennes, le pas des patineurs figuré par des enfants,
DE PARIS.
kW
et la grande symphonie de Tanne-tout-le-monde en scie majeure .
C'est une bonne plaisanterie musicale. Le dernier tableau qui repré-
sente la Fête de la pluie, donne lieu à l'exhibition d'un magnifique
décor de MM. Zara et Laloue.
— Au thâétre Déjazet, les choses se passent à peu près comme
aux Variétés et comme aux Folies, c'est-à-dire que le Doigt dans
l'œil aurait besoin aussi de quelques coupures. La plupart des tableaux
sont du reste heureusement présentés ; presque tous les couplets sont
spirituels, et les rôles sont en général très-bien rendus. Quelques
intermèdes comiques, tels que le notaire sur la glace et les exercices
des chiens savants, provoquent une franche hilarité. Quant à la can-
tate de M. Eugène Déjazet, à propos de l'annexion , c'est une inspi-
ration patriotique qui fait honneur non moins aux bons sentiments
qu'au talent musical du directeur-compositeur. La pièce se termine
par la Fontaine des jouvencelles, brillant Lableau imité de la fameuse
fontaine vivante du Pied de mouton de la Porte-Saint-Martin.
Reste la grande revue des Délassements-Comiques, A vos souhaits,
que l'on a dû jouer hier pour la réouverture de ce théâtre, remis à neuf
et doré sur toutes les coutures. On sait que la revue annuelle est la
grande ou plutôt la seule affaire des Délassements, qui ferment ensuite
leurs portes, et se promènent pendant l'été, en attendant que la bise
soit venue. Cette année, Rigolboche manque à l'appel, mais elle est
avantageusement remplacée par' une foule de jolis minois et notam-
ment par Mlle Pannelle, que les habitués des Bouffes- Parisiens ont
acclamée depuis deux mois dans l'Amour, i'Orphée aux enfers.
D. A. D. SAINT-YVES.
IODVELLES.
*% Au théâtre impérial de. l'Opéra, la reprise de Guillaume Tell, qui
a eu lieu lundi, a produit tout l'effet qu'on pouvait en attendre. Morelli
est rentré en possession du rôle de Guillaume, qui était le meilleur de
son répertoire, et l'on a trouvé que l'absence ne lui avait rien fait perdre
de sa voix ni de son talent. Mlle Carlotta Slarchisio s'est acquittée du
rOle de Mathilde aussi bien que de celui de Sémiramis : elle chante
avec une excellente méthode et possède à fond les secrets de la belle
musique dont elle est l'interprète. Gueymard est toujours fort applaudi
et fort digne de l'être dans le rôle d'Arnold. Qbin a eu sa part de bravos
dans cette représentation remarquable. Tous ces artistes n'ont pas ob-
tenu moins de succès vendredi, où Guillaume Tell a été joué pour la se-
conde fois.
„*.,. C'est vers le milieu du mois de janvier que Mme Gueymard-Lauters
doit se faire entendre dans les Huguenots.
*** Herculanum sera repris, avec Mme Tedesco dans le rôle créé par
Mme Borghi-Mamo.
**„ Les sœurs Marchisio sont engagées pour les prochains concerts
de Nantes et d'Angers. On a demandé aux célèbres cantatrices les duos
de la Sémiramiie, de Mathilde de Sabran et de Norma.
„** Hier samedi, le théâtre de l'Opéra-Comique donnait une repré-
sentation au bénéfice de l'Association des artistes dramatiques. Le pro-
gramme en était fort attrayant, et la recette a été bonne.
„** Mercredi, à la deuxième représentation de Barlcouf, Laget a rem-
placé Warot, subitement indisposé, dans le rôle de Saëb. Il a lu le rôle
qu'il n'avait pas eu le temps d'apprendre entièrement.
,,*„, Jeudi, Mme Ugalde a fait sa rentrée dans Galalhée, avec tout le
succès auquel elle est habituée.
„** Mlle Henrion a chanté mardi dans Ilaydée avec beaucoup de succès.
L'excellente artiste ne quitte point ce théâtre.
„*„ On répète activement l'opéra-comique de MM. Scribe et Auber,
sous le titre provisoire à? Alexis.
„% Le théâtre Italien a repris dimanche dernier les Puritains.
Mme Penco, Gardoni, Graziani et Angelini remplissaient les rôles prin-
cipaux de cet opéra, si longtemps populaire, et qui, bien exécuté, re-
trouve toujours un peu de son ancienne vogue. Mme Penco a été plu-
sieurs fois rappelée dans le cours de la représentation.
„,\ Mme Borghi-Mamo a fait ses adieux au public de Bologne dans une
représentation composée de fragments du Prophète, du Barbier et d'O-
tdlo. La célèbre cantatrice s'est rendue â Milan, oô elle doit se faire
entendre pendant le carnaval.
*** L'engagement de Ronconi vient d'être prolongé jusqu'à la fin de
la saison.
,% Un ballo in Maschera, opéra de Verdi, dont la première représen-
tation sera donnée prochainement au théâtre Italien, paraissait, aux yeux
des éditeurs de Gustave III ou le Bal masqué, avoir quelque analogie,
quant au poëme, avec cette pièce de M.VJ. Scribe et Auber. Pour préve-
nir toute difficulté, M. Léon Escudier a offert à MM. Brandus et Dufour
de leur acheter cette dernière partition. L'offre de M. Léon Escudier
ayant été acceptée, l'opéra de Gustave III, avec tous les arrangements
qui s'y rattachent, est devenu l'entière propriété de IL Léon Escudier.
%** Roger reviendra prochainement à Paris. On annonce que les re-
présentations qu'il a données depuis un an en province et à ^étranger
lui ont rapporté plus de 125,000 fr.
**„, La saison dite italienne de l'opéra royal de Berlin, déjà prolongée
d'un mois, expire à lafin de décembre. Mlle Brunetti, qui se trouvait libre
à ce moment, a signé un nouveau traité avec la compagnie allemande
du théâtre royal ; son répertoire se composera de Lucie, la Sonmambula
et Roméo.
*** Les recettes dans les théâtres, pendant le mois de novembre, se
sont élevées à 1,530,358 fr. 65 c. Les théâtres impériaux |;gurent dans ce
chiffre pour 434,082 fr. 54 c, et les théâtres secondaires, pour
950,154 fr. 83 c.
*% M. Willert Bea'e, le célèbre imprésario anglais, a passé par Paris
se rendant à Vienne, où il se propose d'engagerpour sa tournée prochaine
dans les provinces d'Angleterre la charmante cantatrice Jetty Trefftz.
Mlles Marchisio, Mme Albon: et Mme Goddard feront également partie
de cette troupe d'élite.
*% Albert Sowinski a donné à Lyon un concert qui a inauguré la
saison musicale. Secondé par l'orchestre de la société philharmonique et
le Cercle choral, il a l'ait entendre l'ouverture de Mazeppa, qui a produit
une sensation vive ; un trio pour piano, violon et violoncelle, avec
MM. Poutet et Bauman fils, exécuté avec beaucoup d'ensemble; un
chœur, pour voix d'homme sur les paroles de J.-B. Rousseau, Dieu,
dans ta gloire adorable, qu'a chanté le Cercle choral, dirigé par M. Chain -
bon. L'artiste a encore joué sur le piano : Sicilienne et Tarentelle, le Sou-
venir du Nivernais et V Elude du petit doigt. Tous ces morceaux ont été
très-applaudis. Mlle Jeansenne, fille de l'ancien ténor de l'Opéra-Comi-
que, chantait dans ce concert : elle possède une très-jolie voix.
„** Le grand air du Crociato, de Meyerbeer, vient de paraître avec
l'accompagnement d'orchestre en grande partition.
,.** Joseph "VVieniawski a pris part au concert donné jeudi au lycée
Louis-le-Grand. L'éminent pianiste y a exécuté un concerto de Men-
delssohn, Souvenir de Lublin, et une valse de concert qui lui ont valu un
très- grand succès.
,.** Ernest Nathan vient de faire une tournée avec tMme Gaveaux-
Sabatier. Les deux artistes se sont arrêtés à Cherbourg, Caen, Falaise,
Mulhouse, Vesoul et Baie, et partout ils ont reçu le meilleur accueil, en
exécutant la Colombe pour voix et violoncelle, la sérénade de Gounod et
la Prière de Moïse, trio pour violoncelle, piano et orgue, qu'on a rede-
mandé, ainsi que la Berceuse et les chansons napolitaines, dont Ernest
Nathan est aussi l'auteur.
„% A. de Casella, le violoniste du roi de Sardaigne, est à Paris depuis
quelques jours.
a,** Une intéressante séance musicale a eu lieu dimanche dernier,
23 décembre, dans l'amphithéâtre de l'Ecole de Médecine, au profit de la
Société de secours mutuels du quartier de la Monnaie. La Société cho-
rale de l'Odéon, sous la direction de M. Delafontaine, y a fait entendre
des chœurs de Kueken et de M. Laurent de Rillé, exécutés avec un en-
semble et une verve remarquables. Mme Meillet, l'habile cantatrice du
théâtre Lyrique, y a dit l'air du Trouvère, la chanson de Marco Spada et
une romance de Paul Henrion, de cette voix sonore, brillante, sympa
thique, et avec cette élégance expressive qui ont élevé si haut sa répu-
tation. Elle était secondée, pour la partie vocale, par M. et Mme Morin-
iNilo et M. Lhomet, jeunes artistes de la plus grande espérance, et, pour
la partie instrumentale, par M. Eugène Mathieu, brillant pianiste, et le
charmant violoncelliste M. Loys. De chaleureux applaudissements ont
prouvé à ces virtuoses la satisfaction et la reconnaissance de l'audi-
toire.
.„*„, MM. Alard et Franchomme commenceront, cette année, leurs
séances de musique de chambre le 20 janvier.
t% Le concert de Henri Ketten aura lieu mercredi, le 16 janvier pro-
chain, dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et C% avec le concours de
Mme Meillet , MM. Meillet, Battaille et Fromant, du théâtre Lyrique. Ce
jeune et déjà célèbre artiste exécutera le septuor de Hummel en ré
mineur; et fera entendre une cantate de sa composition, intitulée Jephté.
Nous publierons prochainement le programme complet de cet intéres-
sant concert.
„*„ Marschner, l'auteur du Templier et la Juive, du Vampire et autres
opéras célèbres, est à Paris et a l'intention d'y passer l'hiver.
t% Une charmante Yillanelln d'Emile Albert, récemment publiée,
450
REVUE ET GAZETTE MUSICALE
obtient un sucoès de vogue en ce moment, à côté du Souvenir du Tyrol,
de Krug, dont un nouveau morceau, Champagne, galop de concert, se
trouve sous presse.
„,*t Samedi dernier, a eu lieu dans les salons de Pleyel le concert de
31. Hugo Jacoby. Le bénéficiaire, jeune chanteur de Berlin, a fait entendre
des morceaux classiques et des airs d'opéras modernes, et a été fort
applaudi. M. Hugo Jacoby a été secondé par Mlle Mancei, MM. Franco-
Mendès, Lebrun et Goldner, dont les talents ont profité de l'occasion.
**„, Les albums de la Romance, pour rire d'A. Vialon, que nous avons
annoncés dimanche, contiennent, est-il besoin de le dire? des choses
légères et dégagées. Mais, sous leur spirituelle insouciance, sous leur
belle humeur, elles cachent un goût, une habileté et un talent des
plus charmants. Quoique l'harmonie en soit franche et jamais triviale,
c'est par une mélodie abondante et vive qu'elles seront surtout remar-
quées. Dans plus d'une de ces petites scènes comiques il y a pour
ainsi dire des bouffées de gaieté a l'influence desquelles les dilettantes
les plus graves ne sauraient résister. A. Vialon a déjà écrit beaucoup
de musique : pour le piano, des morceaux délicieux qui ont obtenu un
légitime succès; pour les voix, des chœurs sérieux et développés qui
ont été accueillis tout aussi favorablement; mais il s'est rarement mon-
tré mieux inspiré, plus original que dans ses nouveaux albums. Il a
trouvé là un petit domaine, plus à lui, où il a fait une excellente ré-
colle de chants aimables, bien rhythmés et bien harmonisés, faciles à
retenir et à interpréter.
„** Dans une soirée donnée le 3 novembre, la Société chorale pour
voix d'homme de Vienne avait chanté uns hymne du duc de Saxe-
Cobourg-Gotha. Or, d'après les statuts de cette association, à l'auteur de
toute pièce de chant à plusieurs voix qu'elle exécute pour la première
fois, elle fuit remettre un ducat à titre d'honoraires. Ce ducat fut en-
voyé par conséquent au duc, qui l'accepta et adressa à la Société une
lettre de remercîment qui se terminait ainsi : « Par cette simple pièce
d'or vous m'avez honoré plus que n'aurait pu le faire l'hommage le plus
fastueux, et parmi les décorations que je possède, elle n'occupera pas la
dernière place. Et vous-mêmes, Messieurs, vous n'occupez pas une place
moins élevée dans mon estime par la conliance toute allemande avec la-
quelle vous m'avez considéré comme étant égal parmi des égaux. Et comme
tel je vous offre mon amicale salutation de chanteur. Votre tout dévoué,
{signé) Ebnest. »
*** On lit dans la Revue parisienne et départementale : « Parmi les
hommes dont les travaux ont contribué au progrès de l'enseignement du
chant, M. Dorval-Valentino mérite une mention particulière. — Ancien
élève pensionnaire du Conservatoire, M. Dorval-Valentino a su tirer de
l'audition et de la fréquentation des grands maîtres, Ponchard, Bordogni,
Duprez, etc., tous les éléments constitutifs d'une étude sérieuse de ce
grand art, trop souvent exploité par l'ignorance et la routine; son en-
seignement repose sur des principes clairs, précis, rationnels, d'une ap-
plication aussi prompte que facile. Depuis la connaissance des notes
jusqu'à la phraséologie de la mélodie et 1' 'expression, qui sont le complé-
ment des études, il possède un système de démonstration qui forme un
ensemble homogène, un tout parfaitement saisissable et à la portée des
organisations les moins heureuses. Le développement de la voix est un
résultat presque immédiat de sa méthode. M. Dorval-Valentino a publié
sur l'art de la prononciation un ouvrage remarquable, qui a été approuvé
par le Conservatoire, et dont un grand nombre d'exemplaires s'est rapi-
dement écoulé. »
j,** Au Casino, Arban et son orchestre attirent constamment la foule.
La Marche aux /lambeaux, de Meyerbeer, et les fantaisies d' Arban sur
Robert, le Trovature, le Pardon de Ploërmel, etc., captivent surtout l'atten-
tion du public.
**„, Le dernier bal de l'Opéra a été des plus brillants ; on a beaucoup
applaudi le nouveau répertoire de Strauss, et notamment le quadrille des
Valets de Gascogne sur les motifs de l'opéra-comique d'Alfred Dufresne,
et le quadrille liibi-bamhan, l'un des grands succès d'Arban.
CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE.
*** Bordeaux. — Mme Borghèse obtient de véritables succès; elle
vient de créer le rôle de Fidès du Prophète d'une façon admirable.
_ *** Toulon. — Le Pardon de Ploërmel, dont les répétitions ont été di-
rigées avec beaucoup de zèle, est annoncé pour la fin de ce mois.
*** Perpignan. — Les Dragons de Villars atteignent toujours le maxi-
mum de la recette, grâce à l'excellent ensemble formé par MM. Bru-,
neau, Montmaut, Achard; Mmes Bruneau et Grassau. — On annonce
comme très-prochaine la reprise du Comte Ory et de Maria, et, pour le
bénéfice de Mme Grassau, la première représentation du Pardon de
Ploërmel.
CHRONIQUE ÉTRANGÈRE.
* * Londres. — Sur nos théâtres lyriques c'est la pantomime qui
règne comme dans toutes les autres salles de spectacle. Au théâtre de
Sa Majesté, les représentations d'opéras anglais ont recommencé par la
Reine Topaze, qui accompagne la pantomime obligée. L'ouvrage de Victor
Massé a obtenu un franc succès. Mlle Perepa s'est fait surtout beaucoup
applaudir dans le rôle principal.
t*z Bruxelles.— Masaniello, de Carafa, a été repris, et le public lui a
fait bon accueil. MM. Jourdan et Anjac s'y sont fait remarquer, mais
l'exécution en général a laissé beaucoup à désirer. — Le bénéfice de
Mme Vandenhaute a eu lieu vendredi avec les Huguenots, par Wicart,
Camion, Depoitier, Battaille, Mmes Vandenhaute, Boulard et Dupuy. La
foule y a été grande. — Au théâtre du Parc on a repris la Vieille, de
Fétis, avec beaucoup de succès. — Mme Cabel s'est fait entendre au
Cercle artistique et au concert de la Grande Harmonie. La célèbre ar-
tiste a dû répéter l'air de Vombre, du Pardon de Ploërmel, et a obtenu
un véritable triomphe.
*** Bruges. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a
obtenu un très-grand succès. Mme Massot, MM. Pages et Scribot se
sont montrés à la hauteur de leur tâche; l'air de Vombre surtout a ex-
cité l'enthousiasme. Les plus grands éloges reviennent aussi à M. Steiner,
chef d'orchestre, qui a admirablement dirigé les répétitions et assuré
au nouvel opéra de Meyerbeer une vogue certaine.
s=*s. Wiesbade. — Dans la grande salle du Kurhaus a eu lieu, le 20 dé-
cembre, un concert de bienfaisance, où s'est fait entendre le violoniste
Wilhelmy, qui a joué avec le plus brillant succès la première partie du
concerto de Spohr, et le Carnaval de Venise. M. Wilhelmy est fils du
procureur général de la cour d'appel do notre ville. Ce qui a donné
un puissant attrait à cette solennité, c'est que Mme Schott, d ; Mayence,
s'y est fait entendre sur le piano : elle a exécuté des variations de Haen-
del, un rondo capricc'oso de Mendelssohn, une fantaisie sur des motifs
d'Oberon, par Goria, avec une élégance, une vigueur et un entrain qui
lui assureraient une place éminente parmi les plus forts virtuoses de
profession. La solennité avait attiré une nombreuse société : Mme la
duchesse de Nassau l'avait honorée de sa présence.
„.*.(. Berlin. — Au théâtre de la cour, deux chefs-d'œuvre de Gluck ,
Armideet Orphée, ont réuni les amateurs restés fidèles au culte de l'art
classique. Le rôle d'Armide est, comme on sait, une des meilleures créa-
tions de Mme Koester. Le_ public continue à se partager entre les
troupes Merelli et Lorini, car celles-ci continuent à jouer toutes les deux
le même soir. Il est juste de dire que les sympathies les plus nom-
breuses se prononcent pour la société Merelli; cette préférence est due,
en grande partie, au merveilleux talent de Mlles Trebelli et Brunetti.
*** Vienne. — Dix-huit compétiteurs se disputent l'administration de
l'opéra de la cour, qui en attendant fait de fort bonnes affaires. Tous
les soirs il y a salle comble; il est vrai que le personnel chantant est au
complet et qu'il forme un ensemble des plus satisfaisants. Dans la der-
nière représentation de Don Juan, Anders, dans le rôle principal, et Beck
(Ottavio) ont électrisé l'auditoire.
„.%. Leipsig. — Au dixième concert d'abonnement du Gewandhaus a
débuté un jeune pianiste, ayant nom Wallenstein; Mlle Marie Cruvelli y
a chanté l'air de Titus, des Lieder, et avec Mlle Scharuke, le duo do
Sé?niramis, dont l'exécution, fort bonne sous le rapport de l'habileté
[jurement technique, a laissé à désirer quant à la verve et à la passion.
Le morceau le plus applaudi a été la Jubel-Ouverture, de Weber. Au cin-
quième concert de la Société Euterpe, la Fête chez Capulet, de la sym-
phonie de/iomeo et de Juliette, qu'on n'avait pas entendue depuis plusieurs
années, a fait le plus grand plaisir. Dans la deuxième partie du concert
a été exécutée la symphonie en ut mineur, de Beethoven.
„% Saint-Pétersbourg. — Hier a été représenté au théâtre Italieu pour
la première fois depuis la réouverture, le Prophète, chanté par Tamber-
lick et Mme Nantier-Uidiée. Cette représentation a été très-belle. Tam-
berlick a chanté comme il chante le grand morceau du songe, l'hymne :
/loi du ciel et des anges, qui a provoqué les bravos enthousiastes de la
salle entière, et le magnifique duo du cinquième acte. Mme Nantier-
Didiée mérite une mention particulière pour l'art avec lequel elle a
conçu le rôle de Fidès. Depuis Mme Viardot, on ne l'avait pas vu inter-
prété ainsi. Gracieuse dans le morceau du premier acte avec Bertha
(Mme Dottini), pleine de sentiment dans l'arioso, Mon /ils, sois béni, elle
s'est élevée aux plus grandes hauteurs de l'énergie et de la passion dans
tout le quatrième acte et dans l'air et le duo du cinquième. Les deux
artistes ont été rappelés cinq ou six fois après chaque morceau, et à la
chute du rideau, les rappels se sont succédé sans interruption pendant
une de mi-heure. Dans la Favorita, donnée la veille, Mlle Lagramanti,
qui débutait dans le rôle de Leonore, a été très-froidement accueillie.
Elle est évidemment insuffisante. — La reprise du Pardon de Ploërmel
aura toujours lieu samedi, quoi qu'une indisposition de la Fioretti ait
fait craindre un ajournement. Cette cantatrice vient d'être engagée pour
trois ans, aux appointements de bO.OOU fr: et un bénéfice garanti
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quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a
consacré la plus belle page dans son rapport officiel
(Instruments de cuivre), dont voici de courts extraits:
« M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des
pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en-
trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con-
server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a
d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em-
ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux
perfectionnements importants, il a ramené la construc-
tion des instruments à pistons aux conditions norma-
les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.)
i( La combinaison résultant de l'application du prin-
cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa-
tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être
résolu le problème d'une justesse parfaite pour les
instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la
plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme
l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle
est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un
égal succès à toutes les voix de chaque famille; sopranos,
contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous
se perfectionneront par l'application de ce système
(Page 133G.)
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Victoire, à Paris.
« A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la
salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments
frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son
attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent
faites, et toujours le même instrument emporta les suf-
frages unanimes du Jury. Il portait le n* 9.
» Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à
l'audition des pianos à queue de petit format, un instru-
ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous
e rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta-
ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano
fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u-
nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28.
» Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle
les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent
entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30
et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première
et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia-
nos de cette espèce.
» A l'ouverture des listes qui suivît le concours, on
reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé
sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si
beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac-
cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier
rang du. concours, sous le rapport du volume et de la
qualité du son. »
(Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition
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